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Partie 3

La globalisation financière
A l’issue de cette partie, les participants doivent connaître :
- Les principales phases de la globalisation financière
- Origines et supports de la globalisation financière actuelle
- Les acteurs de la globalisation financière
- Les effets de la globalisations financières
- Les projets de réforme du système financier international

La globalisation financière est un des principaux facteurs de la mondialisation de


l'économie.
Certes, les mouvements de capitaux à l’échelle mondiale ne sont pas un phénomène
nouveau. Les capitaux ont toujours circulé pour compenser les déficits et les
excédents qui apparaissent au niveau de la balance des paiements de chaque pays
comme cela a été évoqué dans la première partie de ce cours.
Mais la globalisation financière telle qu’on l’observe aujourd’hui est née au début des
années 1970 avec les chocs pétroliers et le gonflement de la liquidité internationale
qui en a résultée d'une part, et au flottement généralisé des monnaies depuis
l’abandon du régime de change fixe en vigueur depuis 1945 d’autre part. Le
phénomène s'est par la suite nourri de la libéralisation des activités financières se
traduisant par l'abandon du contrôle des changes, la déréglementation et la
dérégulation, le décloisonnement et la désintermédiation, les avancées
extraordinaires dans l'ingénierie financière, l'électronique, l'informatique et les
télécommunications.
Mais la répétition des crises amène à se poser des questions sur une régulation
minimale de ces marchés qui échappent à tout contrôle.

Mais qu’appelle-t-on globalisation financière ?


La globalisation financière est un ensemble de transformations qui ont affecté les
principes de fonctionnement de la finance. Ce sont des transformations très
profondes qui associent étroitement la libéralisation des systèmes financiers
nationaux et l'intégration internationale (Aglietta,1999).1

La finance se globalise dès lors qu'elle est unifiée à l'échelle du monde entier.
L’unification des marchés financiers se déroule dans l’espace (les places sont de
plus en plus interconnectées grâce aux réseaux modernes de communication) et
dans le temps (le marché fonctionne en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre,
successivement sur les places financières de l'Extrême-Orient, de l'Europe et de
l'Amérique du Nord. ). De ce fait, le système financier international est devenu un
« méga-marché » unique de l'argent.

1
Aglietta M., Economie mondiale 2000, La découverte, 1999.

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1. Les Etapes de la globalisation financière

1.1- L'évolution jusqu'aux années 1980

Trois grandes phases peuvent être distinguées.


1.1.1- la période 1870 à 1914, les pays industrialisés dégagent des
capacités de financement qui alimentent des flux de capitaux à grande échelle
vers les pays neufs à fort potentiel de croissance : Amérique du Nord et du
Sud, Australie, Russie…

Selon le FMI, les sorties nettes de capitaux de Grande-Bretagne atteignent à


leur apogée (fin du XIXe siècle) 9 % du PIB. Les chiffres réalisés par la
France, l'Allemagne et les Pays-Bas étaient proches. Ces mouvements de
capitaux étaient surtout orientés vers le financement des lignes de chemin de
fer et autres infrastructures, ainsi que vers les titres de la dette publique, peu
risqués.
Plusieurs éléments expliquent cette forte internationalisation des mouvements
de capitaux :
- En premier lieu, une grande liberté de circulation des capitaux (peu ou
pas d'entraves sur les mouvements de capitaux privés), corrélée à l'adhésion
quasi générale à l'étalon-or et à ses principes : la forte crédibilité de
l'engagement des pays à assurer la convertibilité en or de leur monnaie facilite
l'essor de la circulation de capitaux ;

- En second lieu, la place centrale de la Grande-Bretagne dans le


commerce mondial et le rôle prépondérant de la place financière de Londres
qui, grâce à une livre sterling solidement ancrée à l'or (adoption du currency
principle par le Banking Act de 1844) et à une omniprésence bancaire
internationale, constitue la plaque tournante de l'activité financière
mondiale. Une structuration du commerce international et des flux de capitaux

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selon une problématique de centre / périphérie se dessine dans le dernier tiers
du XIXe siècle.

1.1.2- La période de l’entre-deux-guerres


La guerre de 1914-1918 marque une rupture très nette avec l'évolution des
cinquante années précédentes. L'instauration du cours forcé (Suppression ou
suspension de la convertibilité d'une monnaie en or), puis les difficultés pour
reconstruire un ordre monétaire stable, la généralisation du contrôle des
changes et des mouvements de capitaux, ont entraîné une véritable
désintégration des marchés internationaux de capitaux, surtout dans les
années 1930.

La faible crédibilité de l'étalon de change-or (GES) issu de la Conférence de


Gênes de 1922), l'absence d'instances de régulation internationales et surtout
le repli protectionniste et la division du monde en zones monétaires, ont tari
les flux de capitaux à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

1.1.3- L’après-seconde guerre mondiale jusqu’au milieu des années


soixante-dix
Lors de la conférence de Bretton Woods (1944), les choix opéré par les
nations signataires vont, dans une large mesure, confirmer les restrictions
aux mouvements de capitaux. Celles-ci constituent même un élément clé du
système de changes fixes mais ajustables pour répondre aux dévaluations
compétitives des années 1920 et 1930. L'analyse par le triangle des
incompatibilités monte que la fixité des changes et l'autonomie des politiques
économiques supposent la limitation de la circulation internationale des
capitaux.

Cette situation, ainsi que d'autres éléments (existence d'une inflation


structurelle,en particulier) favorisent l'émergence d'une économie

4
d'endettement : les marchés financiers sont donc caractérisés par une forte
segmentation et une activité réduite.

Dès la fin des années 1950, deux éléments vont progressivement remettre en
cause cette configuration :

- En premier lieu, le fort développement des échanges internationaux et


l'émergence des firmes multinationales (FMN) surtout américaines,
s'accommodent mal de la segmentation des marchés financiers : le système
bancaire doit s'internationaliser afin d’accompagner et suivre le
développement des entreprises à l’échelle international.

- En second lieu, la fin des années 1950 est marquée par le développement
des euromarchés, qui vont jouer un rôle décisif dans le processus de
financiarisation de l'économie mondiale.
Une double rupture allait intervenir dans les années 70 et qui ne manquera
pas d’accélérer le mouvement de globalisation financière.
D’une part, les positions américaines s’affaiblissent du fait du déséquilibre
croissant de leurs paiements courants. Ils sont devenus une terre d’appel
pour l’épargne mondiale.
D’autre part, les pays exportateurs de pétrole disposent brutalement de
sommes faramineuses (environ 400 milliards de dollars d’excédents) à placer
suite aux deux chocs pétroliers des années soixante-dix (1973 et 1979). Ces
fonds étaient placés dans les Banques européennes (Grande-Bretagne,
Suisse) et aux Etats-Unis. Ils ont pris la forme de bons des divers Trésors
occidentaux et d’investissements immobiliers. Une partie allait être recyclée
par les banques occidentales pour financer des pays en développement
prometteurs et surtout solvables à l’époque.
La crise de la dette de 1982-1983 marque un tournant. Les PED endettés sont
en situation de cessation de paiement à la suite de la hausse brutale des taux
d'intérêt et du dollar, hausse qui accroît fortement la charge de leur dette.

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1.2 - La situation actuelle : une accélération sans précédent de la circulation des
capitaux et de nouvelles modalités de financement de l'économie

La fin des années 1970 et le début des années 1980 marquent le passage à
une économie de marchés financiers, qui ont connu depuis lors une
croissance considérable, suscitant un développement extraordinaire
d'innovations financières dans un contexte de concurrence accrue.
L'explosion des activités financières est un des faits marquants de la décennie quatre-
vingt. La croissance des transactions financières a suivi un rythme sans rapport avec
celui des transactions sur biens et services. Cette autonomisation des mouvements
financiers n'a fait que s'accentuer depuis. Les acteurs de cette globalisation sont
désormais connus.

Ainsi, un rapport de la Réserve fédérale, la Banque centrale américaine, estimait


récemment que seulement six banques commerciales contrôlent 90 % des opérations
sur les produits dérivés (contrats d’option, contrats de futures de taux et de change),
lesquels connaissent une croissance phénoménale depuis quelques années. Ils
représentent à ce jour la forme la plus achevée mise en place par les grands acteurs
pour démultiplier les opérations et allonger les chaînes de crédit.
Une étude publiée par le Fonds monétaire international et consacrée à la crise des
marchés des changes de l'été 1992 estime que de 30 à 50 banques (et une poignée de
maisons de courtages) tiennent le marché des changes des devises-clés. Les fonds de
pension et les firmes multinationales constituent les autres grands acteurs des
marchés financiers internationaux (actions, obligations).

Même si le terme de marché est utilisé pour caractériser les opérations financières, leur
organisation et leur structuration permettent en fait de parler de système financier
mondialisé. Un système qui s'est constitué par étapes successives au cours des
décennies 80 et 90 et dont la croissance semble aujourd'hui illimitée malgré les
ruptures intermittentes suite à des crises financières ici et là.

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L’accroissement du volume des transactions internationales est fabuleux: en
1982, les financements internationaux nets enregistrés par la Banque des
règlements internationaux2 (BRI) atteignaient 1 230 milliards de dollars; 10
ans plus tard, c’était 5 000 milliards $, 4 fois plus. Aujourd’hui, d’aucuns
prétendent que ces chiffres ont doublé.

Une caractéristique majeure des transferts internationaux de capitaux au cours de cette


période c’est qu’ils ont changé d'orientation pour suivre une logique Nord- nord : les
excédents du Japon et de l'Europe (surtout de l’Allemagne) financent désormais le
déficit massif des États-Unis.
Dans le même temps, les politiques d'ajustement imposées par le FMI éliminent le
déficit global des PED. La globalisation financière va aller de pair avec cette
réorientation des flux financiers internationaux. Avant 1982, l'essentiel des
financements internationaux passait par l'intermédiaire du système bancaire. C'était
une logique d'endettement bancaire international. La montée des déficits jumeaux
(budgétaires et extérieurs) américains, la crise de la dette et la réorientation Nord-Nord
des flux financiers internationaux font basculer le système vers une logique de finance
directe (non intermédiée) et planétaire. Les financements et les placements
internationaux se font désormais directement, sans passer par les banques.

Cette nouvelle organisation de la finance répond à la demande des acteurs


dominants du jeu financier, prêteurs comme emprunteurs. Investisseurs
institutionnels (compagnies d'assurances, fonds de retraite, fonds
d'investissement), Trésors publics nationaux, trésoriers des banques et des
entreprises multinationales, tous préfèrent s'endetter ou placer sur le marché
des titres, une technique plus souple et moins coûteuse grâce à la
suppression du coût de l'intermédiation.

2
BRI : Créée en 1930 pour la gestion des réparations allemandes, la BRI joue un rôle important dans la coopération monétaire
internationale actuelle. Son siège se trouve à Bâle (Suisse).

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Désormais, celui qui investit (ou emprunte) recherche le meilleur rendement en
passant d'un titre à l'autre, ou d'une monnaie à l'autre, ou d'un procédé de couverture à
l'autre : de l'obligation en francs suisse à l'obligation en dollars, de l'action à l'option,
de l'option au future… au total, ces marchés particuliers (financiers, changes, options,
futures…) sont devenus les sous-ensembles d'un marché financier global, lui-même
devenu mondial.

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2. Les origines de la globalisation financière des
années 80
Lorsqu’on parle de la globalisation financière des deux dernières décennies, il
y a lieu de distinguer entre ses sources et les facteurs responsables de son
accélération. A la base de la circulation des capitaux dans le monde se trouve
des besoins de financements à satisfaire soit pour maintenir un niveau
d’activité surtout les pays industrialisés(financement des déficits publics) soit
pour financer les déficit externes (surtout aux Etats-Unis). La vague des
libéralisation du secteur financier (la règle des « trois D ») dans un bon
nombre de pays dans les années 80 ont accélérer le phénomène de la
globalisation. Mais les deux éléments nous semblent inséparables, car La
libéralisation financière a été imposée par la gestion des déficits publics.
Considérons chacun de ces deux éléments.

2.1- Déficits publics et globalisation financière


Il existe un lien direct entre la montée en puissance de la finance globalisée et
libéralisée, d'une part, et l'augmentation des déficits publics dans les pays industrialisés
depuis le début des années 1980, d'autre part. Avec l'alourdissement de la dette, les
Trésors publics nationaux ne pouvaient plus compter exclusivement sur les
investisseurs nationaux. Il fallait faire appel aux investisseurs internationaux, en
particulier les investisseurs institutionnels, pour acquérir les titres publics nationaux.
C'est ainsi qu'au départ, les autorités publiques ont libéralisé et modernisé les systèmes
financiers pour satisfaire leurs propres besoins de financement. Cet objectif a été
largement atteint puisque, parmi les grands pays industrialisés, la part des titres publics
détenue par des étrangers a augmenté au Canada, au Royaume-Uni et, encore plus, en
France et en Allemagne, comme le montre le tableau ci-dessous.

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Le déficit public américain a été un moteur de la globalisation financière. En effet,
l’enchaînement déficit public- globalisation financière s'est déclenché à partir des
États-Unis. Ceux-ci ont en effet enregistré une dégradation rapide de leur solde
budgétaire, qui est passé d'une situation d'équilibre à la fin des années 1970 à un
déficit estimé à 3,8 % du PIB en 1985. Le solde de la balance américaine des
transactions courantes a accusé une évolution parallèle, passant également de
l'équilibre au déficit. Ce qui signifie que les États-Unis se sont mis à faire appel aux
investisseurs étrangers pour couvrir un besoin de financement extérieur causé par la
montée du déficit budgétaire. Ce phénomène est connu sous le nom de « déficits
jumeaux ».

Ce recours massif des États-Unis à l'endettement international a entraîné une


modification profonde dans la répartition des mouvements internationaux de

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capitaux entre grandes régions de l'économie mondiale. Et c'est précisément à
partir de ce moment que l'on a assisté à l'émergence du processus de
globalisation financière.

2.2- La règle des « 3 D » et globalisation financière

Au total, si la finance se globalise dès lors qu'elle est unifiée à l'échelle du


monde entier, il convient encore d'invoquer à son propos la règle des trois D.

2.2.1 Décloisonnement des marchés

La condition nécessaire de la globalisation financière a, bien sûr, d'abord été


non seulement celle de l'ouverture des marchés nationaux, mais aussi, à
l'intérieur de deux-ci, de l'éclatement des compartiments pré-existants. On
mentionnera seulement pour mémoire l'intense mouvement de
déspécialisation des activités illustré d'abord aux États-Unis et qui est allé vers
une mise en question de plus en plus nette des distinctions traditionnelles
séparant aux États-Unis banques commerciales et "Investment Banks"
spécialisées dans le placement des valeurs mobilières.
Ce qui frappe, dans toute cette mesure, c'est en fait le double registre du
décloisonnement : il touche autant les barrières internes jusqu'ici étanches,
que celles qui existent avec l'extérieur.
2.2.2- Déréglementation
Également multiforme, elle est née en fait aux États-Unis pour gagner à des
degrés divers les autres marchés. En Amérique, les fameuses innovations
financières se mirent rapidement en place, presque simultanément avec la
nouvelle politique de base monétaire. En faisant, en particulier, sauter les
distinctions entre les comptes à terme et les comptes à vue : comptes NOW
(Negociable Order Withdrawal) qui permirent aux titulaires de comptes à terme
de retirer des fonds à condition de laisser un solde minimum et, par la suite,
les comptes Super Now qui autoriseront, sous certaines, conditions, à faire

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des chèques à partir de ces comptes à terme. Avec les Automatic Transfer
Service : virement automatique des comptes à vue aux comptes à terme et les
Share Draft (comptes de parts sociales), les autorités monétaires américaines
donnaient l'exemple d'une volonté poussée de déréglementation.

En fait, ces innovations financières, combinées avec la nouvelle politique


monétaire américaine (contrôle de la base et libéralisation des taux d'intérêt),
allaient aussi profondément affecter tout le marché international des capitaux.
Avec des taux d'intérêt beaucoup plus mobiles et des cours de change eux-
mêmes fortement volatils, le système allait secréter toute une série de
nouveaux instruments pour gérer cette double instabilité.

En réalité, les "nouveaux produits" allaient avoir une triple vocation : permettre
de gérer l'instabilité des taux d'intérêt et du change mais, bien au-delà, de
passer d'un compartiment du marché (interne) à un autre (taux variable – taux
fixes ; marché au comptant – marché à terme ; etc.) et également, à aller plus
facilement d'une devise à une autre.
Le mouvement de déréglementation et les innovations ont convergé pour
assurer les opérateurs contre l'incertitude, mais aussi pour leur permettre de
fabriquer la devise de leur choix, et donc, d'avoir d'emblé cette optique multi-
devises qu'implique justement la globalisation du marché. (…)

2.2.3- Désintermédiation par la titrisation


La titrisation est cette activité qui consiste à placer des effets à court terme
renouvelables et qui donne à l'emprunteur l'assurance d'un financement à long
terme, avec, le plus souvent, l'engagement par la banque de reprendre elle-
même ce "papier" si elle ne trouve pas acquéreur sur le marché.

Après 1982, c'est parce que les ratios de solvabilité (capitaux propres +
réserves / créances) s'étaient fortement dégradés du fait de la crise de

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l'endettement des pays en développement, que les banques (d'abord aux
États-Unis, puis dans d'autres pays) cherchèrent ainsi à soulager leurs bilans.
Tout en réduisant drastiquement à partir de 1983 leurs prêts consortiaux aux
pays endettés, elles s'engagent dans une politique de développement
accéléré du hors-bilan.
L'idée était, pour les banques, de soustraire du bilan le maximum de créances
douteuses ou sans grand avenir (crédits aux PED, crédits hypothécaires,
crédits à taux renégociés, etc.) et de se faire intermédiaire pour les placer
auprès d'emprunteurs finals (fonds de pension, caisses de retraite, particuliers,
etc.) sous forme d'effets renouvelables et, par voie de conséquence, à taux
variable.)
Le fondement était triple :
- fractionner de gros emprunts en petits montants ;
- les renouveler fréquemment – tous les trois ou six mois – de façon à parvenir
à des financements longs ;
- n'intervenir qu'à titre d'intermédiaire, quitte pour les banques, en cas
d'insuffisante liquidité du marché, à reprendre elles-mêmes les effets…

Pour conclure sur ce point, on peut dire que l'intégration financière, marquée
par les 3 D (Décloisonnement, Déréglementation, Désintermédiation), est
caractérisée par le respect de la règle d'unité de temps (elle fonctionne vingt-
quatre heures sur vingt-quatre) et l'unité de lieu (les places sont de plus en
plus interconnectées) et aboutit bien à un véritable méga-marché financier
mondial. Ce marché mondial des fonds prêtables à une autre propriété inédite
: grâce à l'électronique et aux ordinateurs, il fonctionne pratiquement en temps
réel et toute information "publique" y est pratiquement diffusée
immédiatement, d'une extrémité du monde à l'autre.

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3. Les supports de la globalisation financière
Jusqu’à la fin des années 70, le pilier de la globalisation financière était le système
bancaire international. Aujourd’hui le support ce phénomène ce sont les marchés
financiers internationaux. On est donc passé d’une finance internationale indirecte
(intermédiée) à une finance directe ou de marché.

Part des différents compartiments du marché financier international en %


1990 2000
Les différents compartiments du
marchés financier international

Eurocrédits 70.6% 25%

Euro- 24.1% 52.4%


obligations

Euronotes 2.8% 7.3%

Euro- 2.4% 15.2%


actions

Total des financements internationaux 608.7 2078


(nets) en milliards USD

On assiste donc depuis la décennie quatre-vingt-dix à une progression de


340% en dix ans, avec une titrisation croissante des euromarchés. Ce qui
témoigne de la nette domination de la finance de marché à l’échelle
internationale.

Dans ce contexte, les mouvements de capitaux sont surtout des flux Nord-
Nord avec l’exception d’un petit nombre de pays émergents de l’Asie (chine et
Singapour). La globalisation financière est donc un phénomène sélectif.

Les principaux pays exportateurs sont : le Japon, l’Allemagne, Russie, suisse,

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Norvège. Les principaux importateurs de capitaux sont les USA avec près
75% des flux mondiaux. Le monde finance les déficits jumeaux des USA.

Si les transactions financières internationales ne datent pas d’aujourd’hui force


est de reconnaître que la naissance des marchés financiers internationaux est
un phénomène récent. Cette naissance coïncide avec l’apparition des
EUROMARCHES.

La spécificité des euromarchés réside dans la dissociation entre la monnaie utilisée


dans la transaction financière et la localisation de l’institution bancaire qui assure le
prêt ou reçoit le dépôt.
Les euromarchés sont des marchés strictement internationaux car obéissant à
des règles de fonctionnement propres. Il en résulte donc que certains
segments de ce marché échappent aux contraintes réglementaires (réserve
obligatoire, assurances sur les dépôts…).

3.1- L’intermédiation financière internationale : Les eurobanques

Elles ont pour mission principale, la Collecte des liquidités en euromonnaies et


accordent des eurocrédits. La liquidité a pour origine: les dépôts à terme en
euromonnaies (maturité entre 7 jours et 6 mois), les certificats de dépôt
euromonétaires négociables sur un marché secondaire .
Les eurocrédits sont des crédits en euromonnaies. Ils ont constitué pendant longtemps
le principal instrument de financement international.
Ce sont des crédits syndiqués. Ils sont alimentés par des eurodépôts ou par des
emprunts auprès d’autres eurobanques.
Ils peuvent être soit traditionnels (différé d’amortissement) ou des eurocrédits
renouvelables (stand by credits, crédits revolving).
Ils exposent les eurobanques à un double risque de liquidité et de taux d’intérêt.
Les Eurobanques opèrent sur un marché interbancaire. Ce dernier joue une double
fonction:

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Une fonction de redistribution des risques assumés par chaque intermédiaire lors des
opérations de transformation et une fonction de détermination des taux directeurs des
principales euromonnaies dont le LIBOR (London Interbank Offered Rate). Ce taux
joue un rôle important dans le transfert des risques de défaillance des emprunteurs en
ajoutant au taux de base un pourcentage supplémentaire (spread) qui est fonction de la
qualité des emprunteurs.

3.2- Les financements directs : Le marché financier international


Ce sont des émissions auprès de centre financiers distinct de l’espace de
circulation de la monnaie utilisée.
Trois types d’émission principales doivent être distinguées: les euro-obligations, les
euronotes, les euroactions.

3.2.1- Les euro-obligations

Plusieurs catégories doivent être distinguées :


- Les euro- obligations à taux contant (70% du total du marché).
- Les euro-obligation à taux variable (floating rate notes)
- Les euro-obligations perpétuelles à taux flottant
- Les euro- obligations à coupon zéro (flux d’intérêt actualisés à la date
d’émission)
- Les euro-obligations convertibles en actions
- Les euro-obligations avec warrants (droit de souscription pendant en
délai précis)

3.2.2- Les euro- notes


Ce sont des émissions à court terme (sept à trois cent soixante jours)
Il existe deux types d’euro-notes:
- Les euro-notes garanties par un syndicats bancaire. La garantie prend
la forme d’une ligne de crédit bancaire (back up line).
- Les euro-notes non garanties par le syndicat qui assurent le montage
de l’émission. Puisque la garantie bancaire a été rarement sollicitée (comme

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c’est le cas des euro-notes garantis), on a vu naître les euro-notes non
garanties.

3.2.3- Les Euro- actions


Les euro- actions sont des titres émis par des résidents en euro-devises et
dont les souscripteurs sont des unités non résidentes. Il reste peu développé
par rapport au marché des euro-obligations.
Plusieurs facteurs expliquent le développement de ce compartiment du
marché international des capitaux:
- La règle des 3 D
- La baisse des taux d’intérêt à partir de 1993 dans pluseiurs pays.
- Les privatisations
- Le développement de principes internationaux de corporate governance
(meilleure organisation du pouvoir au sein des entreprises cotées)
- Les stratégies de diversification de portefeuille entreprises par les
investisseurs institutionnels (hedge funds, mutual funds)
La forte concurrence qui règne désormais a favorisé l'émergence de marchés d'actions
réservés aux entreprises récentes à fort potentiel de croissance : le NASDAQ, créé aux
États-Unis dès 1971, ou le Nouveau Marché en France en 1996.

3.3 Les marchés de couverture contre les risques de taux

Le développement d’opérations financières à taux flottants font courir aux


opérateurs des risques de taux. D’où le développement d’une véritable
titrisation des risques. Le lieu de couverture de ces risques ce sont les
marchés dérivés de taux. Deux compartiments peuvent être à distingués sur
ce marché : le marché des contrats à terme (futures) et le marché des options.
On assiste aussi au développement d’instruments de couverture de taux
variable de gré à gré comme les swaps de taux.
C'est le compartiment du marché financier qui a connu, et de loin, la
croissance la plus spectaculaire.

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Les marchés de produits dérivés sont apparus dans les années 1970 aux
États-Unis avec l'ouverture à Chicago de l'International Monetary Market en
1972. En Europe, les plus importants sont le London International Financial
Future Exchange (LIFFE, 1982) et le Marché à terme international de France
(MATIF 3
Le développement des marchés de produits dérivés correspond à de
nouveaux besoins et à l'apparition de nouveaux risques. Ils sont nés des
réactions du marché face à l'instabilité des changes flottants et des taux
d'intérêt à la fin des années 1980 : l'abandon du système de parités fixes de
Bretton Woods en 1971 et l'entrée dans la crise qui s'est traduite par
d'importantes fluctuations de taux d'intérêt ont accru l'incertitude et accentué
les risques de taux d'intérêt et de change. Les produits dérivés répondent
d'abord à un besoin de couverture contre ces risques. Ils ont cependant très
vite donné prise aux comportements spéculatifs, notamment à travers l'activité
des hedge funds 4.

3
MATIF : Créé en 1986, le MATIF est un marché à terme d'instruments financiers permettant la couverture contre les risques
de volatilité des taux d'intérêt.
4
Hedge funds : Fonds de capitalisation très spéculatifs, souvent situés dans des paradis fiscaux et spécialisés dans les
produits dérivés.

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Les futures de taux ou contrats à terme de taux d’intérêt (« futures »)

Le « future » de taux est un engagement de livrer (contrat de vente pour emprunteur) ou de prendre
livraison (acheteur de contrat pour le prêteur) à une date future bien définie, de titres financiers, pour
un montant déterminé
Les instruments financiers sous-jacent sont des bons du trésor, des eurodollars, des devises…
Les caractéristiques du marché sont les suivantes:
- La cotation: elle se fait sous forme d’indice I correspondant à : I= 100-i (taux implicite)
- La fluctuation minimale est appelée « tick ». C’est un point de base. Ce dernier est fixe pour chaque
monnaie (sur l’eurodollar, un tick = 0.01%)
- La base : différence entre le taux à terme et le taux au comptant
- Échéance : 4 échéances trimestrielles
-Dépôts en garanties versés à une chambre de compensation: dépôts initiaux (2 à 4 % du montant des contrats),
dépôts supplémentaire en cas de position débitrice (appel de « marge ».
Le principe de la couverture consiste à faire en sorte que le profit ou la perte réalisé(e) en dénouant
un contrat de future par une opération de sens inverse permet de compenser la perte ou le gain
résultant de la hausse ou de la baisse des taux d’intérêt du sous-jacent.
Exemple : Le risque de baisse de taux d’intérêt
- Recette d’exportation: 5 mio GBP
- Placement dans 3 mois
- Libor 3 mois= 10%
- Cours du future = 100-i
- Montant unitaire du contrat GBP = 250 000
- Valeur de la fluctuation minimale « Tick » = 6.25 (250 000*0.02%* 3/12)
- A l’échéance, le taux d’intérêt = 8%.
Résultat :
A l’échéance la baisse du taux d’intérêt occasionne une perte pour le placeur : 5 000 000 (10% - 8%) *
90/360
= - 25 000 GBP
Sur le marché des contrats de futures, le trésorier vend les contrat qu’il acheté auparavant, le gain
enregistré permet de couvrir la perte d’opportunité résultant de la baisse du taux d’intérêt : 20
contrats * 200 fluctuations minimales *6.25 GBP
(valeur d’une fluctuation minimale) = +25 000 GBP

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Les options de taux
L’achat d’une option de taux permet à l’acheteur de s’assurer un taux maximum (s’il est emprunteur)
ou un taux de rendement minimum (s’il est prêteur) tout en gardant la possibilité de bénéficier d’une
évolution favorable des taux.
Le marché des options de taux:
- Un marché organisé (Amsterdam, Chicago, Londres, Sydney, Singapour..)
- Une option donne le droit d’acheter ou de vendre un contrat de taux à un cours fixe appelé prix
d’exercice et moyennant le paiement d’une prime.
- Les contrats sont standardisés (échéance et montant)
- Les prix d’exercice sont donnés par intervalle de 0.25 USD pour le contrat sur le contrat en
eurodollars
- Les cotations sont données en point d’indice (point de base). Un point d’indice sur le contrat
eurodollars est égal à 25 USD. La fluctuation minimale est égale à un point de base.
- Les contrat sont facilement négociables
Une chambre de compensation veille à la régularité des opérations.
La couverture du risque de taux sur le marchés des options, elle se fait à travers :
- L’achat d’une option de vente: le cas d’un emprunteur
S’il veut s’endetter dans trois mois en USD. Il achète des options de vente sur le contrat d’ eurodollars
trois mois. Si le prix prix d’exercice est de 94, il se garanti un taux d’intérêt de 6%, auquel il faut
ajouter le prix de l’option (prime)
- L’achat d’une option d’achat: le cas d’un prêteur
S’il veut placer dans trois mois en USD. Il achète des options d’achat sur le contrat d’ eurodollars trois
mois. Si le prix prix d’exercice est de 95, il se garanti un taux d’intérêt de 5%, auquel il faut retrancher
le prix de l’option (prime).

20
Les instruments de gestion des taux variables : les SWAPS de taux
Il s’agit d’un échange de taux fixe contre taux variable (SWAPS de coupon)
C’est un contrat d’échange de flux d’intérêt sur un capital selon une périodicité définie et pour une
même durée.
Exemple :
Deux société (X et Y) veulent s’endetter pour 10 millions USD.
La première veut emprunter à taux variable, alors que la seconde souhaite s’endetter à taux fixe.
Les conditions du marché sont les suivantes:

Société X Société Y
Taux fixe 8% 9%
Taux variable Libor+ 1% Libor +1.25 %
Par l’intermédiaire d’une banque, elles peuvent recourir à un SWAP :
Gain global de l’opération
De SWAP - Différence de taux fixe = 1% soit 100 points

- Différence de taux variable = 0.25% doit 25 points

- Gain si on procède au SWAP = 75 points

Le partage du gain global dépend du pouvoir de


négociation de chaque partenaire. On suppose que le - 50 points pour X, soit 0.5% d’intérêt en moins sur l’emprunt à taux variable
partage se fait comme suit
- 25 points pour Y, soit 0.25 % en moins sur l’emprunt à taux fixe
Résultat global de l’opération
- X paiera à Y : libor + 0.5%

- Y paiera à X : 8%+libor+1.25%-(libor+0.5%) = 8.75 %

21
4- Les acteurs de la globalisation financière
Plusieurs acteurs participe au développement de la finance globalisée :

- Les administrations publiques (Etats, collectivités territoriales et organismes


de protection sociale) qui, confrontées à la montée des déficits publics dans
les principaux pays industrialisés , ont procédé à l’émission d’une dette
publique peu risquée et bien rémunérée qui a contribué au dynamisme des
marchés financiers depuis les années 80 ;

- Les entreprises et les banques qui, du fait de l’importance croissante prise


par leurs fonds propres, notamment pour faire face aux risques, ont donné un
rôle croissant aux marchés boursiers.
- La montée de l’incertitude quant à l’avenir, concernant notamment le
financement des retraites, a amené les salariés à accroître leur épargne
financière de précaution, cette collecte sera le fait des investisseurs
institutionnels, qui sont aujourd’hui l’un des acteurs les plus influant sur la
scène financière internationale.

Selon les classifications habituelles, les investisseurs institutionnels (les


"zinzin"), regroupent trois types d’institutions : les organismes de placement
collectif (OPC), les compagnies d’assurances et les fonds de pension. […]

4.1 Les fonds de pension

Les fonds de pension, qui ont pour vocation de financer les retraites, géraient
en 1995 près du tiers (32% des actifs financiers détenus par les investisseurs
institutionnels. Ces institutions collectent les contributions du bénéficiaire et du
commanditaire (en général une grande entreprise ou un syndicat) et les
placent, en vue d’assurer les droits acquis par le premier. […] Dans les pays
qui pratiquent les systèmes de retraite par capitalisation - en particulier les
États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada - les fonds de pension ont connu

22
une forte expansion : les actifs gérés par ces institutions ont été multipliés par
sept aux Etats-Unis et par huit au Royaume-Uni, de 1980 à 1996. […]

4.2 Les compagnies d’assurances

Les compagnies d’assurances, qui détenaient le plus gros portefeuille d’actifs


financiers en 1995, sont difficiles à distinguer des autres investisseurs
institutionnels, des fonds de pension en particulier. Si l’on prend comme critère
la nature des produits qu’elles offrent, les compagnies d’assurance-vie en
fournissent une illustration : leur activité, qui tient une place importante dans le
secteur de l’assurance, repose sur des instruments, tels que des rentes ou
des contrats de placement garanti, adaptés aux besoins des plans de retraite
individuels ou collectifs. […] Si l’on retient le critère du poids global des actifs
financiers gérés par les compagnies d’assurances dans chaque pays, il
apparaît que ce secteur est dominé par les Etats-Unis et le Japon, qui
"pesaient" environ 3000 et 2000 milliards de dollars respectivement en 1996,
suivis du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France (de 800 à 600 milliards
de dollars). […]

4.3 Les organismes de placement collectif

Les organismes de placement collectif (OPC) correspondent aux mutual funds


américains et aux OPCVM français. C’est la catégorie d’investisseurs
institutionnels dont la croissance globale a été la plus vive au cours des dix
dernières années. Ce dynamisme concerne l’ensemble des pays
industrialisés. Il s’explique par le fait que les OPC sont devenus le principal
instrument de placement en titres négociables pour les particuliers. Le bas
niveau de l’apport minimal et leur cadre juridique bien défini augmentent leur
attrait auprès des petits investisseurs. […]

23
4.4 Les fonds spéculatifs

Les fonds spéculatifs (hedge funds) constituent une dernière catégorie


d’institution de placement qui a beaucoup fait parler d’elle à l’occasion des
dernières crises. A la différence des OPC, les fonds spéculatifs s’adressent à
une clientèle, composée de personnes physiques ou morales, disposant d’un
patrimoine élevé et présentant une plus grande tolérance à 1’égard du risque
(on parle de risk lovers). En général, les gestionnaires perçoivent une
rémunération directement liée aux performances de leur fonds dont ils
détiennent des parts. A la fin de 1997, il y avait environ 3000 fonds spéculatifs,
la plupart américains, dont les avoirs propres atteignaient près de 200 milliards
de dollars, ce qui est faible (moins de 1%) par rapport à l’ensemble des actifs
gérés par les investisseurs institutionnels. Les fonds domiciliés aux Etats-Unis
dominent, mais il y a aussi de nombreux fonds offshore mal recensés. Ces
opérateurs recourent à l’endettement bancaire, ce qui leur permet de mettre
en œuvre des effets de levier importants, et ils utilisent une large palette
d’instruments financiers (produits dérivés, obligations, actions). […]

24
5- Les effets de la globalisation financière

La globalisation financière est tantôt diabolisée, tantôt idéalisée. Mais le moins que
l’on puisse dire c’est qu’en longue période, le développement d’un pays est bien sûr
corrélé avec son degré d’intégration financière. Mais la trajectoire de développement
peut être plus ou moins chaotique, suivant notamment l’adéquation entre son niveau
d’intégration financière internationale et ses caractéristiques intrinsèques. Donc les
acteurs de la globalisation ne peuvent être considérés comme les vecteurs d’une
“bonne”, ou d’une “mauvaise” intégration financière, car ils s’appuient sur
l’environnement qui leur est proposé. Sans rentrer dans un débat sur le rôle du cadre
institutionnel dans la « réussite » ou « l’échec » d’une intégration financière
internationale, on peut dire que la globalisation financière a des « vertus » théoriques
mais a eu également des effets réels dévastateurs dans certains contextes.

5.1- Les vertus théoriques de la globalisation financière

Les défenseurs de la globalisation financière peuvent avancer plusieurs


arguments pour justifier les bienfaits potentiels de la globalisation financière.
En effet, la théorie économique ne laisse pas de doutes quant aux avantages
potentiels de relations financières globales.
5.1.1- Une meilleure mutualisation des risques
Les marchés financiers internationaux permettent aux résidents de différents
pays de grouper différents risques, permettant ainsi une assurance plus
efficace que ce que pourraient permettre des arrangements purement
domestiques.
5.1.2 Faciliter les financements internationaux
En outre, un pays souffrant d'une récession temporaire ou d'une catastrophe
naturelle peut emprunter à l'étranger. C’est le cas des pays en développement
qui avec peu de capital peuvent emprunter pour financer leurs
investissements, et donc promouvoir la croissance économique sans
importantes hausses des taux d'épargne. Cet argument a été développé

25
depuis quelques années par la théorie des deux écarts ou déséquilibre « two
gap approch » dont la version la plus complète a été développée en 1966 par
Chenery et Strout 5 .
L’hypothèse de départ est que si l’épargne intérieure est importante en
matière de formation du capital dans les premiers stades d’industrialisation,
elle le devient moins lorsqu’on commence à aborder des phases à complexité
technologique croissante. Dans cette phase la disponibilité de devises
étrangères pour importer des biens d’équipement, biens intermédiaires,
matières premières et de technologie devient plus importante. Le déficit de
devises peut alors l’emporter sur le déficit d’épargne en tant que principale
contrainte pesant sur le développement. Par conséquent tant que l’économie
ne produit pas ses propres biens d’équipement et un grand nombre des biens
intermédiaires destinés à l’industrie, il se produit une augmentation sensible
de la demande d'importation et donc les besoins en devises étrangères qui se
traduit par des difficultés de balance de paiements pour nombre de pays en
développement. Ces difficultés peuvent être allégées grâce au recours aux
capitaux étrangers.

Au niveau global, le marché international du capital conduit l'épargne mondiale


vers son emploi le plus productif, quelle que soit sa localisation.

5.1.3 L’effet discipline des financements internationaux


L'autre principal rôle positif potentiel des marchés internationaux de capitaux
est l'effet discipline exercé sur les décideurs publics, qui pourraient être
tentés d'exploiter un marché du capital domestique captif. Des politiques non
viables – par exemple, un emprunt gouvernemental excessif ou une
réglementation bancaire inadéquate – déclencheraient des flux sortants de
capitaux spéculatifs et des taux d'intérêt plus élevés. En théorie, la crainte de

5
H.B., Chernery et A.M., Strout, « foreign assistance and economic Development »,
American Economic Review, September, 1966.

26
ces effets pourrait modifier le comportement du gouvernement vers plus de
réserve.

5.1.4 Une étude objective des effets de la globalisation financière exige


des analyses contre-factuelles
Il est certainement difficile de quantifier les gains que les pays ont réalisés
grâce à la mobilité internationale du capital, car une tentative rigoureuse
demande un modèle complet dans lequel l'hypothèse contre-factuelle de
l'absence de mouvements de capitaux pourrait être simulée.
Mais, l'histoire suggère néanmoins des bénéfices conséquents, notamment
pour les petits pays, qui sont le plus à même de profiter de l'échange. La
Norvège a emprunté l'équivalent de 14 pour cent du produit intérieur brut dans
les années 1970, pour développer ses réserves de pétrole de Mer du Nord.
Singapour a connu des taux d'emprunt international à deux chiffres par rapport
à son PIB dans les années 1990, déployant une épargne domestique
abondante pour financer l'investissement productif réalisé à l'étranger. Des
prévisions préliminaires de l'Organisation de Coopération et de
Développement Économique montrent un emprunt international pour la
Pologne d'environ 6 % du PIB pour 1998 et 1999 a pu participer à la réduction
du taux de chômage et a permis la réalisation d’ un taux élevé
d'accumulation du capital. Cependant, le risque non négligeable que
l'économie polonaise connaisse une surchauffe et succombe à une crise
financière, malgré des politiques macroéconomiques domestiques restrictives,
illustre un problème sérieux lié à l'accès au marché global du capital. Les
emprunteurs peuvent se surexposer, déclenchant une panique des
investisseurs craignant que les dettes étrangères ne puissent être
remboursées à temps. Ce scénario a été constaté dans plusieurs pays
émergents depuis les années quatre-vingt-dix.

27
5.2 - Les effets négatifs de la globalisation financière

La globalisation financière n’est pas une situation statique. C’est processus


dont les effets doivent être évalués constamment à travers une observation de
la réalité. Sur la base d’une analyse des faits des vingt dernière années, on
peut faire les constats suivants :

5.2.1 La perte d’autonomie des politiques économiques nationales


La libéralisation des mouvements de capitaux s'accompagne d'une extension
du modèle de financement des entreprises par les marchés financiers.
L'unification du marché mondial des capitaux place désormais sous
surveillance les politiques économiques des Etats : le niveau des taux d'intérêt
et du taux de change dans chaque espace monétaire dépend désormais du
jugement porté par les marchés. Cela remet en question toute possibilité de
mener des politiques économiques autonomes et prive ainsi les Etats d’
instruments d’intervention classiques à savoir le taux d’intérêt et le taux de
change. Ces derniers sont de moins en moins fixés en fonction d’objectifs
économiques intérieurs (création d’emploi, croissance…), mais plutôt en
fonction des tendances des marchés internationaux de capitaux.

5.2.2 La globalisation accentue la détermination financière des taux de


change
La globalisation financière scelle le lien entre les marchés financiers et le
marché de change. Elle accentue donc le rôle de la variable financière dans la
détermination des taux de change. En effet, les écarts de taux d’intérêt
expliquent la variation des cours des monnaies par les mouvements de
capitaux qu’il suscitent. Cette influence des taux d’intérêt sur les mouvements
de capitaux conduit plus d’un gouvernement à gérer les taux d’intérêt à court
terme en fonction des taux d’intérêt étrangers et des évolutions des parités de
change. La gestion des cours de change par les taux d’intérêt a des effets
redoutable à long terme notamment sur le service de la dette extérieure

28
(gonflement suite à l’augmentation des taux d’intérêt et de change). Elle peut
également entraîner des distorsions des taux d’intérêt, chose qui perturbe
l’allocation optimale du capital. Ce dernier au lieu de s’investir dans l’économie
réelle (production), il s’oriente vers des placements spéculatifs d’où une
volatilité des cours sur différents compartiments du marché qui nourrit ce
qu’on qualifie de « bulles spéculatives ».

5.2.3 La globalisation financière favorise la naissance des bulles


spéculatives

Une bulle spéculative est une surévaluation de la valeur d’un titre, ou bien de
l’ensemble des valeurs d’un secteur.

En premier lieu, il convient de comprendre comment est évaluée la valeur


d’une action en théorie financière. Il s’agit en fait de l’actualisation des
dividendes futurs distribués par l’entreprise. En effet tout actionnaire peut
percevoir des dividendes de la part de l’entreprise lorsque celle-ci décide de
pratiquer une politique de distribution. La valeur de l’action est alors donnée
par la somme (net du taux d’intérêt) de tous les dividendes présents et futurs à
percevoir.

La première remarque fondamentale est de dire qu’aucun individu ne peut


connaître ou anticiper le futur à long terme. De par cette incertitude, les agents
suréagissent donc aux informations circulants sur les marchés, en modifiant
continuellement leurs anticipations. Ainsi, lorsque l’entreprise X annonce une
prévision de perte nette, le cours de son action chute considérablement, car
les actionnaires anticipent alors une baisse de leur dividende futur.

On peut distinguer plusieurs types de bulles spéculatives :


- Si un secteur s’annonce très fructueux en bénéfice d’ici quelques années,
tous les investisseurs se précipitent sur ce marché ( La bulle de la nouvelle

29
économie et des valeurs technologiques, qui nous promettaient des bénéfices
gigantesques).

-La deuxième explications s’appelle les anticipations autoréalisatrices.


Reprenons nos précédents individus qui ont anticipés une hausse de la
distribution des dividendes pour les actionnaires des entreprises high-tech.
Sans trop de craintes ils vont alors achetés des actions de la nouvelle
économie. Or, lorsque ce sont plusieurs million de titres qui sont désirés, alors
par les mécanismes d’offre et de demande, les prix s’envolent. Ainsi, les
individus sont confortés dans leurs anticipations : ils avaient bien prévu que
ces valeurs promettaient des dividendes massifs (c’est-à-dire que le cours des
actions augmenteraient). Le mécanisme des anticipations autoréalisatrices est
très simple : si un spéculateur anticipe l’augmentation de la valeur d’une
action, alors il va l’acheter pour la vendre lorsque son cours sera assez élevé.
Si tous les investisseurs du marché font de même, alors la demande de
l’action augmente, ce qui fait croître le prix de cette action. En dernier lieu, le
spéculateur observe bien une augmentation du cours de l’action, ce qui
confirme ses anticipations.

-Le troisième point explicatif des bulles spéculatives doit d’abord passer par la
division des spéculateurs en deux populations d’individus : les chartistes et les
fondamentalistes. La détermination de la valeur future d’une action possède
donc deux écoles de pensée : celle s’appuyant sur l’analyse graphique de
l’évolution du cours d’une action, et l’autre considérant les fondamentaux de
l’entreprise. Les chartistes analysent avec des supports graphiques l’évolution
du cours de bourse et repère des figures géométriques explicitent qui sont
censées révéler les futures valeurs de l’action.
Les fondamentalistes déterminent quant à eux la valeur future d’un cours par
analyse des états financiers de l’entreprise : emprunt en quantité égal risque,
baisse du chiffre d’affaires équivaut à lanterne noire, alors que bénéfice en
hausse signifie plus d’argent !!

30
Le problème vient du fait que les chartistes représentent près de 80% des
spéculateurs. Ainsi, si une des méthodes d’analyse graphique est très
répandue, alors tous les individus "voyant" une hausse de la valeur d’une
action, vont acheter : d’où une hausse effective du cours du titre, ce qui,
comme nous l’avons vu, confirme les anticipations des spéculateurs, et pire,
accrédite la fiabilité de la méthode employée.

En conclusion, l’exemple de la bulle spéculative de la nouvelle économie est


un très bon exemple. Les entreprises opérant dans le domaine de la haute
technologie (high tech) promettaient une rentabilité hors norme en un temps
record et les premiers signaux d’une ou deux entreprises rentables n’ont pas
tardé à faire affluer les investisseurs de toutes sortes. Cette augmentation
massive de la demande en valeurs high tech a donc fait gonfler les prix dans
un premier temps. Confirmant les premières anticipations, cette hausse des
cours a attirer les spéculateurs chartistes qui ont alors appliquer des méthodes
pas forcément, mais qui par le mécanisme des anticipations autoréalisatrices
a fait gonfler la bulle d’autant plus.
Pour finir, les fondamentalistes de la première heure se sont aperçus de leurs
erreurs d’estimations sur la rentabilité de certaines Start-up, et ont commencé
un retrait de leurs capitaux. Notons qu’a ce moment donné de l’histoire, ce
sont bien eux qui ont empoché le gros du pactole. Puis, la descente une fois
amorcée, les analystes ont réutilisé leurs méthodes pour anticiper une baisse
des cours.
Les cours actuels de la nouvelle économie peuvent être considérées comme
"fidèle" à la vraie valeur des entreprises.

Au lieu de se fonder sur des éléments rationnels, les anticipations tiennent


ensuite compte de celles exprimées sur les autres marchés.

Ainsi, un titre surévalué continuera de monter et de créer une valeur artificielle


dès lors que les opérateurs considéreront que la tendance du marché est à la

31
hausse. "La théorie des bulles rationnelles" résume cette attitude: il est
rationnel de continuer à acheter un titre ou une devise alors même qu'il est
trop cher par rapport à sa valeur fondamentale, tant que le risque de perte est
plus que compensé par le gain en capital susceptible d'être réalisé.
L’éclatement de ces bulles explique l’apparition de crises boursières (crashs
boursiers).

5.2.4 L’éclatement des bulles spéculatives provoque des crises


boursières : Exemple le cas de la bulle internet

La bulle Internet (en anglais : dot-com bubble) est une bulle spéculative, qui a
affecté les « valeurs technologiques », c'est-à-dire celles des secteurs liés à
l'informatique et aux télécommunications, sur les marchés d'actions à la fin
des années 1990. Son apogée a eu lieu en mars 2000.

L'indice IXIC du marché électronique Nasdaq, qui était à 1000 au début de


1995 a ainsi été multipliée par 5 en 5 ans et culminé à plus de 5000. Cette
exagération est liée à plusieurs causes parmi lesquelles figurent :

* un excédent mondial d'épargne financière, lié notamment à la


prépararation, par la génération nombreuse du baby boom, de sa retraite;
* une politique monétaire très accomodante aux États-Unis et au Japon;
* l'apparition du réseau Internet en 1994, qui a fait croire à beaucoup
qu'on était à la veille d'une deuxième révolution industrielle et, partant, d'une
période de croissance économique faramineuse.

La bulle internet était ainsi avant tout une spéculation fondée sur la potentialité
(et non la réalité) de croissance des nouvelles entreprises liées au
développement du réseau.

32
Un effet de culte du cargo s'y ajoutait : quand une petite société avait déjà la
notoriété d'une grande, le site Internet d'une grande, etc., on pouvait la
percevoir à tort comme déjà une grande, qui aurait simplement été sous-
cotée.

Sous la pression de la remontée des taux d'intérêt à long terme (cf graphique
ci-contre), la bulle a fini par « éclater » de mars 2000 à début 2002, sous
forme d'un krach, s'étendant à l'ensemble des bourses et initiant une
récession globale de ce secteur et même de l'économie en général, lorsque
les investisseurs se sont aperçu que les bénéfices ne seraient pas au rendez-
vous dans un avenir très proche.

Cette péripétie a eu du moins l'intérêt de montrer que contrairement à un


préjugé répandu les investisseurs ne s'intéressent pas qu'au court terme.
Dans le cas présent, ils avaient même largement exagéré l'importance du très
long terme dans leurs estimations (et négligé de calculer que certaines de ces
sociétés consommaient trop vite leur capital pour espérer atteindre un jour ce
très long terme).

5.2.4 Les marchés financiers atteignent une large autonomie par rapport
à l’économie réelle
La globalisation financière a transformé la finance en une véritable industrie
qui s’auto-alimente, reléguant au second rang la fonction première de celle-ci,
à savoir la facilitation des échanges et de l’allocation des ressources. . Par
exemple, pensons aux marchés de changes. La fonction principale des
marchés de changes vise en théorie à faciliter le règlement des échanges
commerciaux. Or, il a été estimé que le montant des transactions liées aux
échanges de marchandises représentait à peine 3 % du montant des
transactions quotidiennes sur le marché des changes. Donc les marchés
financiers ont acquis une large autonomie par rapport aux activités
économiques qu’ils étaient sensés animer. Cette sphère réellement

33
mondialisée ne répond plus à des impératifs stratégiques, mais uniquement
aux appels d’opportunités changeantes.

5.2.5 La libéralisation financière internationale n’a pas de contrepartie


sur le plan de la régulation
La libéralisation financière a entraîné une volatilité des taux de change et
d’intérêt, volatilité que l’on a voulu diminuer en créant des produits dérivés.
Ces produits eux-mêmes ont été également détournés de leurs fonctions
premières, soit par exemple garantir un taux à un entrepreneur et sont donc
devenus objet de spéculation. Ce jeu risqué est exercé non seulement par
des spéculateurs clairement identifiés mais aussi de façon très discrète par les
départements de trésorerie de grandes multinationales. La concentration de
l’argent, les innovations financières, l’importance des sommes en cause, les
imperfections du système et l’absence de régulations internationales
complètes augmentent les risques, d’autant plus que même des experts et des
représentants des autorités monétaires avouent leur incapacité à réguler et
même comprendre le tout. Les Etats ont de plus en plus de mal à contrôler
les vagues spéculatives qui peuvent attaquer les monnaies et leur imposer
des trajectoires non désirables. Les Etats ne disposent pas toujours des fonds
suffisants pour contrôler des coalitions de spéculateurs capables de mobiliser
des capitaux faramineux pour modifier les parités monétaires à leur profit. On
se souvient de la crise du franc français en 1992. Les interventions
incessantes de la banque de France pour stabiliser la valeur du franc par
rapport au Mark allemand, n’ont pas évité la descente aux enfers du franc. Et il
a fallu une coopération monétaire internationale (notamment l’intervention de
la Bundesbank allemande) pour stabiliser le franc et enrayer les fuites de
capitaux vers l’extérieur.

Si cette globalisation financière anarchique affaiblit les Etats, et même les


plus puissants, elle n’a pas non plus de contreparties régulatrices au niveau
mondial. Elle est encadrée par des institutions que certains trouvent

34
inefficaces et obsolètes, ou mal centrées. Du moins, c’est ce que pense
Jeffrey Sachs (Professeur à Harvard) qui dénonce régulièrement l’inefficacité
de la Banque mondiale et du FMI. Ces institutions n’ont pas, selon lui, le
pouvoir d’interventions adaptées aux problèmes auxquels elles veulent
s’attaquer ou ont des stratégies tout à fait inopérantes.

5.2.6 L’accélération de la circulation des capitaux à l’échelle mondiale ne


préjuge pas de l’efficience des marchés financiers mondiaux
Le rôle des technologies de l’information et de la communication dans
l’intégration financière mondiale a été largement évoqué par tous ceux qui se
sont intéressés à la globalisation financière. Mais le fait que chaque jour les
marchés financiers transfèrent d’un endroit à un autre du monde des milliards
de dollars à un coût de transaction infime n’implique pas que ces marchés
soient efficients au sens économique du terme. Depuis les années 1970,
que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, les économistes ont intégré dans
leurs modèles économiques des hypothèses telles que l’asymétrie
d’information, les situations de concurrence imparfaite, les anticipations quasi-
rationnelles, les phénomènes de panique et de mimétisme, etc.
Le cas de l’asymétrie de l’information est un exemple-type des limites de
l’efficience des marchés. Celle-ci est une caractéristique essentielle des
marchés financiers. En général, les emprunteurs ont davantage d’information
que les prêteurs sur la valeur et le risque de leurs projets. Cela peut les
amener à choisir des investissements excessivement risqués. Si le pari sur
l’investissement est réussi, c’est l’emprunteur qui gagnera beaucoup ; si
l’investissement ne réussit pas, c’est le prêteur qui perdra beaucoup. Ce
phénomène dit d’« aléa moral » fait qu’on est très loin du paradigme des
marchés efficients.
Donc malgré l’internationalisation des flux de capitaux, l’information est
toujours loin d'être parfaite, contrairement à ce que certains théoriciens
attendaient. L'on peut même affirmer que son imperfection est justement le
gage des profits boursiers, dans la mesure où les intervenants qui peuvent y

35
accéder les premiers prendront les meilleures positions (grâce à des
opérations d’arbitrage et de spéculation). Les prix sur les marchés financiers
ne correspondent donc pas à la réalité mais à des anticipations dont le ressort
premier est psychologique. La mondialisation des flux de capitaux a
certainement aggravé ce phénomène, car en augmentant le volume des
transactions, elle a dû amplifier le caractère artificiel des valeurs des actifs
(d’ou l’apparition de bulles spéculatives).

5.2.7 La globalisation financière a créé des asymétries dans l’application


des règles prudentielles
Ce que l’on reproche à la globalisation financière c’est qu’elle a crée des
« zones de non droit» dans l’application des règles prudentielles. Si ces règles
s’appliquent de manière stricte aux établissements financiers, les fonds
spéculatifs et les organismes de placement privés, sont exemptés de la
plupart des obligations de déclaration et de publicité imposées aux banques et
aux fonds communs de placement, car ils n'ont pas le statut des
établissements financiers.
Aux États-Unis, ces sociétés ne sont soumises à aucune réglementation
prudentielle (en matière de capitaux propres ou de diversification) ni à aucune
autorité de tutelle. Dans la mesure où un fonds possède moins de 99 associés
et ne fait pas appel à l'épargne des petits porteurs, il n'est pas soumis au
contrôle de la Securities and Exchange Commission (SEC), ce qui lui permet
de « jouer » des sommes sans rapport avec les fonds propres qu'il détient.
Ces fonds limitent leur clientèle à un petit nombre d'investisseurs fortunés,
opèrent souvent à partir de centres off-shore et cherchent à obtenir des
rendements élevés en plaçant des montants considérables de capitaux
empruntés dans un large éventail d'instruments financiers. Ainsi, la défaillance
d'une position est sensée être couverte par les gains sur d'autres positions.

36
Les effets de l’absence totale de réglementation prudentielle des fonds
spéculatifs : le cas du fonds américains LTCM
LTCM, célèbre fonds au début des années 90, résume le caractère dangereux
desdits fonds. LTCM a recherché de hauts rendements en faisant des
hypothèses sur l'évolution des marges de taux d'intérêt et la volatilité des
cours. Depuis sa fondation en 1994, le fonds avait obtenu régulièrement des
résultats supérieurs à la moyenne de quelque 40 % en 1995 et 1996 et 20 %
en 1997, en utilisant des leviers très importants. Son bilan au 31 août 1998
faisait apparaître un actif de plus de 125 milliards de dollars. Cela implique un
effet de levier dépassant 25, par rapport à son capital de 4,8 milliards de
dollars en début d'année.
Sa quasi-faillite l'a aussi érigé en symbole des dangers du nouveau paysage
financier. L'incertitude quant aux conséquences possibles d'une faillite
désordonnée de LTCM, en particulier la crainte que l'impact ne se propage à
des intervenants sans lien direct avec le fonds et ne dépasse les frontières
des États-Unis, montre le caractère inextricable des interdépendances entre
institutions et marchés aujourd'hui. Cette incertitude tenait surtout à l'ampleur
et à la portée des opérations de LTCM, qui couvraient de nombreux
instruments financiers et des marchés très divers, ainsi qu'à la nature de ses
activités, qui comportaient beaucoup de contrats complexes. Le risque d'une
perturbation financière généralisée, en cas de défaillance soudaine du fonds
explique pourquoi des établissements du secteur privé ont accepté de
participer à une solution concertée sous l'égide de la Banque de réserve
fédérale.

37
5.2.8 La globalisation financière a augmenté les risques de crises financières
internationales.
Dans les pays les plus avancés, les désastres financiers se sont multipliés au
cours des dernières années. On se souvient également du désastre de 150
milliards des « saving and loan », et des difficultés encore présentes du Crédit
Lyonnais de France. Dans le monde des produits dérivés, il y a eu au cours
des récentes années, les problèmes de Kashima Oil et de Daiwa Bank (New
York office) du Japon, de Metallgesellshaft d’Allemagne, le différend légal
entre Procter and Gamble et Bankers Trust. Toutes ces affaires se sont
soldées par des pertes phénoménales. Certes chaque cas est particulier,
mais, d’une façon ou d’une autre, il est relié aux possibilités (et aux ratés) de
la globalisation financière.

Mais c’est dans les pays en développement que les crises financières ont été
les plus spectaculaires. Ainsi depuis 1980, plus de 100 pays en
développement ont connu des crises bancaires. Depuis 1988, 5 pays africains
ont dû consacrer plus de 10 % de leur PNB pour payer leurs dettes. Le Chili a
connu une crise majeure dans la première moitié de la décennie 80 qui lui
aurait coûté beaucoup plus. On peut aussi évoquer la grave crise mexicaine
de décembre 1994 dont l’effet « tequila »a eu des effets dramatiques, et ceci
malgré la bouée de sauvetage de 38 milliards $ lancée par l’étranger pour
atténuer l’impact négatif.
Les thèses sur les origines de ces crises financières foisonnent. Tantôt on
privilégie des facteurs externes (les effets de la libéralisation financière
prématurée dans les pays émergents) tantôt c’est dans les facteurs internes
que l’on cherche les causes de ces crises. Et le débat est loin d’être clos. Mais
une analyse objective nous conduit à prendre en compte à la fois des causes
internes et des causes externes.
Le facteur externe le plus généralement évoqué est celui de la libéralisation
financière « imposée » dans certains pays émergents. Pour comprendre
pourquoi de nombreux pays ont, les uns après les autres, réduit voire éliminé

38
les restrictions réglementaires sur les mouvements de capitaux, il est utile
d’évoquer les arguments pour justifier cette libéralisation.
S’il existe un surplus d’épargne en Europe, par exemple en prévision du
vieillissement de la population, celui-ci peut s’investir dans les pays en voie de
développement où en revanche il existe un besoin de financement pour des
investissements dont on peut penser que le rendement économique (et social)
est plus élevé que celui qui existe dans les pays développés. Dans ce cas
très simple, on voit bien en effet l’avantage mutuel d’une libéralisation
financière. Même les critiques les plus virulents de la globalisation financière
ne veulent pas restreindre ces flux de capitaux privés finançant des
investissements de long terme.
De ce point de vue, la globalisation financière offre une puissante opportunité
pour les pays émergents de financer leur développement.

Ce type d’argument est important et a été largement appuyé par la position


dominante qui a régné au Trésor américain, au FMI et à la Banque Mondiale
pendant les années 1990, et qu’on a appelé le « consensus de Washington
» 6 . Ce consensus constitua la base idéologique permettant de justifier la
pression exercée sur les pays en voie de développement pour qu’ils
libéralisent rapidement les mouvements de capitaux. L’objectif affiché était que
la globalisation financière et plus généralement l’intégration des pays pauvres
dans un marché mondial leur permette de se développer. Un autre objectif,
moins clairement affiché, était qu’une telle stratégie permettait de faire
l’économie d’une véritable aide au développement, de moins en moins
populaire aux Etats-Unis même si celle-ci est la plus faible des pays riches.
Jeffrey Sachs (économiste en chef à la Banque mondiale) : l’Amérique ne

6
Le compromis de Washington : Au cours des années quatre-vingt-dix, nombre d’études empiriques ont été publiées qui posent
la question de l’efficacité économique de la libéralisation des opérations financières et des flux de capitaux privés pour les pays
émergents. Plusieurs proviennent de cercles appartenant au “deuxième consensus de Washington” qui prônait, au début des
années 1990, une ouverture assez systématique du compte de capital de la balance des paiements dans le cadre de la
libéralisation des marchés. Le FMI en faisait même régulièrement une conditionnalité d’aides.

39
faisait ainsi qu’élargir au monde sa vision de la pauvreté : les riches n’ont pas
besoin d’aider les pauvres, le marché permettant à ces derniers, un jour, de
devenir riches eux-mêmes.

La libéralisation financière dans les pays émergents envisageait la balance


des paiements d'une manière inversée. Au lieu de chercher des excédents
courants (commerce des biens et des services), on espérait des entrées de
capitaux. Un déficit de la balance courante allait en résulter. Mais il était censé
ne pas exprimer de déséquilibres, puisqu'il découlait d'un équilibre épargne -
investissement à l'échelle mondiale, où la plus haute rentabilité des pays
émergents attirait naturellement les prêts et les placements des institutions
financières des pays développés.
À partir de 1991, l'application de cette doctrine a déclenché des entrées de
capitaux au-delà de toute espérance. Les réserves de change s'accumulèrent,
rendant les économies très liquides et déclenchant des vagues d'euphorie
dans les pays bénéficiaires. L'équilibre épargne-investissement intérieur se
conforma à des modèles contrastés en Amérique latine (hors Chili qui avait
maintenu des contrôles stricts de capitaux) et en Asie. En Amérique latine, les
entrées de capitaux se sont substituées à une épargne intérieure qui s'est
effondrée dans le secteur privé. Elles ont donc financé la consommation des
classes sociales aisées. Le Mexique a été le cas d'école avec une
appréciation excessive du taux de change réel de 20 % entre 1989 et 1994 et
un déficit courant creusé à 8 % du PIB en 1994. En Asie, les apports de
capitaux étrangers ont été complémentaires de l'épargne interne qui est
demeurée très élevée. L'abondance du crédit a permis de soutenir des
rythmes de croissance très forts grâce aux investissements industriels
(Corée) ou à la spéculation immobilière (Thaïlande, Malaisie).

Les crises financières induites par la libéralisation dans les pays en développement ont
été nombreuses. La première a éclaté au Mexique fin 1994 et concernait au premier
chef la dette publique à court terme. Ensuite, la crise des pays d'Asie émergents a

40
débuté en Thaïlande en juillet 1997 et atteint son paroxysme dans l'ensemble de la
région de la mi-octobre à la fin décembre de la même année. Elle a eu des
répercussions étendues à l'ensemble des pays émergents et en transition qui s'étaient
engagés dans la libéralisation financière. Son origine était l'excès d'endettement des
agents privés. Mais l'instabilité a fait retour sur des pays dont la dette publique a été
jugée insoutenable par des opinions financières rendues très pessimistes et très
nerveuses. Ce furent la Russie en août 1998 et le Brésil à plusieurs reprises jusqu'en
janvier 1999.
Toutes ces crises ont en commun la combinaison d'un endettement
international en devises étrangères, croissant d'autant plus vite que les
capitaux étaient attirés par des rendements plus élevés que dans les pays
d'origine des prêteurs, et de régimes de change rigides que les investisseurs
étrangers tenaient pour solides.
Les banques locales ont été les maillons faibles de cette intégration financière
par l'endettement. S'endettant en devises à court terme et finançant en
monnaies locales selon les cas des opérations spéculatives, des dettes
publiques dangereusement alourdies, des investissements industriels à la
rentabilité douteuse, elles ont cumulé les risques.

Ainsi, la fuite en avant dans la libéralisation financière, sans mise en place


d'une réglementation pour diversifier les risques et imposer des provisions
minimales en capital, mais aussi sans supervision bancaire digne de ce nom,
a été le terrain propice au mûrissement des crises. Le défaut de contrôle
public sur le système financier a, en effet, permis la sous-évaluation des
risques et le surendettement pratiqués par des banques qui n'avaient aucune
expérience de la gestion décentralisée du risque dans des marchés financiers
concurrentiels.

Mais ces crises financières trouvent aussi leurs explications dans les alliances
douteuses entre le pouvoir en place dans certains des pays émergents et les
milieux d’affaires. C’est une dimension importante, mais qui est souvent

41
négligée au profit de thèses exagérant les causes externes de ces crises
(libéralisation forcée, rôle des organisations financières internationales…).

Ainsi des garanties furent offertes à quelques-uns, proches du pouvoir, sur des
investissements financiers au rendement douteux au moment même où le coût de
financement de ces investissements diminuait du fait de la globalisation. Le taux de
change fixe entre les devises de ces pays et le dollar faisait croire aussi aux
investisseurs que l’emprunt en dollar était sans risque. Dans le cas de la Thaïlande
par exemple, la globalisation financière a facilité une prise de risque et un endettement
en dollars à très court terme qui se sont révélés désastreux au moment de la crise.
Parce qu’à partir de 1995, l’ouverture aux mouvements de capitaux facilitait cette
suraccumulation du capital, et conduisait à une bulle spéculative sur les actifs
financiers de ces pays, de nombreux intérêts privés et proches du pouvoir politique
étaient en cause. Ces intérêts privés, parfois liés aussi au blanchissement d’argent sale
(dans le cas de la Thaïlande), avaient tout intérêt à ce cocktail explosif mêlant
ouverture aux marchés de capitaux, endettement bon marché à l’étranger et
socialisation des risques. Ce cocktail, avant d’aboutir à la crise, a un effet euphorisant
sur toute l’économie : l’investissement dans les secteurs les plus spéculatifs (en
particulier l’immobilier) gonfle artificiellement la croissance. On retrouve ce type de
schéma en Corée, en Indonésie et en Malaisie à partir de 1995. La dévaluation du baht
thaïlandais par rapport au dollar a conduit à une forte réévaluation des dettes libellées
en dollars (de 45% dans le cas de la Thaïlande) et a conduit à la liquidation brutale de
ces investissements. En Thaïlande par exemple, l’investissement s’effondra entre 1996
et 1998 de près de 50% et le revenu sur la même période diminua de plus de 8%, alors
que dans les années précédentes il augmentait à un rythme proche de 10%. Du fait en
particulier de l’augmentation du chômage et de l’absence de filet de sécurité sur le
plan social dans ces pays, la crise a touché très fortement les plus pauvres et abouti à
une augmentation des inégalités.

42
6- Les réformes du système financier international

Deux thèses se sont affrontées depuis quelques années sur la manière de


réformer le système financier international.
Les tenants de la libre circulation des capitaux croient que les crises
financières et les problèmes de répartition de richesse s'expliquent en raison
de périodes d'ajustements et que le marché finit toujours mettre en place par
lui-même des freins pour limiter les abus.

Leurs opposants croient au contraire qu'il est urgent d'intervenir avant de


perdre totalement le contrôle de ces marchés. On sait par exemple que si la
libre circulation des capitaux a été profitable pour le monde des affaires, elle
l'a également été pour les groupes de criminels organisés.

Les propositions de réformes foisonnent et nous nous limitons à évoquer


quelques- unes.

6.1 – La réforme des institutions de Bretton-woods


Parmi les solutions avancées pour mettre de l'ordre dans l'économie
mondiale, vient en premier lieu celle de la réforme des institutions financières
internationales. Cette réforme est souhaitée par plusieurs, dont
principalement, le groupe Attac (Association pour la taxation des transactions
financières).
Les deux institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI) se sont
progressivement éloignées de leur fonction initiale pour devenir des
instruments à travers lesquels le marché financier transnational impose aux
pays dépendants et endettés ses préceptes d'organisation: l'ajustement
structurel. Elles se caractérisent par un profond déficit démocratique: secret
des études et des décisions, concentration des pouvoirs aux mains des pays
les plus riches.

43
Les institutions financières ont imposé des politiques contraires aux exigences
d'un véritable développement en privilégiant le paiement de la dette et
l'ouverture aux capitaux au détriment d'autres objectifs. Ces politiques se sont
soldées par de graves échecs : crises à répétition et montée des inégalités
sociales."

Attac propose de remettre en cause la nature même des institutions et la


logique qui détermine leurs actions. Elle souhaite que le développement
économique et social devienne leur objectif principal. Que ses fonctions
soient: d'organiser l'annulation de la dette extérieure des pays pour qui c'est
vital, de leur assurer des conditions de financement qui leur permettent un
développement durable, d'organiser des dispositifs de prévention et de gestion
de crises, de donner au pays une assistance technique pour se protéger
contre les mouvements de capitaux spéculatifs et d'aider les pays à construire
des institutions ou à reconstruire des institutions qui leur permettent de
soustraire leurs exportations aux aléas de l'instabilité des monnaies et des
cours des matières premières.

6.2- Une taxation des flux de capitaux spéculatifs

Le nom de M. Tobin a été associé, au grand déplaisir du principal intéressé,


au projet de taxe sur les transactions financières véhiculé par les militants anti-
mondialisation (ou alter-mondialistes).
Pour James Tobin, la taxe, en effet, pourrait offrir aux pays vulnérables une
protection contre la spéculation; il serait alors plus facile, pour ces pays,
d'ouvrir davantage leurs marchés.
L'idée de la taxe remonte à 1972 mais elle s'était toujours heurtée à plusieurs
obstacles. "Pour que le projet fonctionne, il faut évidemment que tous les
pays soient d'accord pour l'appliquer. On compte aujourd’hui plus d’une
trentaine de paradis fiscaux qui se feraient un plaisir de ne pas appliquer la
taxe. Avec l'imposition de la taxe dans la plupart des grands pays

44
industrialisés, il y aurait un déplacement massif des transactions vers ces
micro-États parasites. Avec l'avènement d'Internet, c'est encore plus vrai
aujourd'hui qu'en 1972.
Par ailleurs, il est loin d'être certain que la taxe soit efficace pour décourager la
spéculation. Vous avez l'occasion de réaliser un gain de 10 millions de dollars
en spéculant à la baisse sur le peso mexicain; vous laisserez-vous arrêter par
une taxe de 10 000$ ? Poser la question, c'est y répondre.
Enfin se pose l'épineuse question de la redistribution du produit de la taxe. Qui
décidera où ira l'argent, et comment les décisions seront-elles prises?
Comment s'assurer que cette manne providentielle ne soit pas détournée par
des fonctionnaires, politiciens ou militaires véreux? Ces obstacles ne sont pas
insurmontables, mais posent des problèmes administratifs d'une complexité
inouïe.
Voilà, entre autres, pourquoi la majorité des spécialistes considère qu'il s'agit
d'une idée sympathique mais irréalisable, du moins tant qu'on n'aura pas
surmonté le principal obstacle, celui des paradis fiscaux .
Le projet serait sans doute tombé dans l'oubli si les militants antimondialisation
ne l'avaient pas ressorti au milieu des années 1990. L'enthousiasme était tel
que certains ont même présenté la taxe sur les transactions comme la solution
à tous les maux de la planète."

6.3- La question des paradis fiscaux


"De plus en plus de gens croient que les problèmes de stabilité financière sont
indissociables de la corruption, des profits du crime et des paradis fiscaux. Le
11 0ctobre 2001, le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, démissionnaire en
1999 de son poste d'économiste en chef de la Banque mondiale, dénonçait la
grande hypocrisie des Américains en ce qui concerne les paradis fiscaux
parce qu'ils avaient toujours défendus les paradis offshore au nom de leur
utilité pour le monde des affaires et de la libre concurrence fiscale. Phillipe
Chalmin, spécialiste français de la finance internationale, dit que le problème
des paradis fiscaux est beaucoup plus facile à régler que celui du

45
développement des pays les moins avancés, ou que l'établissement
hypothétique de la taxe Tobin.

Lorsque tous ces capitaux circulent à la vitesse de la lumière et en totale


liberté, les grosses fortunes et les multinationales vont chercher à se
soustraire aux lois. Ainsi, la multinationale Enron avait créé plus de 800
sociétés écrans dans des paradis fiscaux, des Caraïbes principalement.
Plusieurs se sont demandé si Enron était une exception ou une tendance dans
le comportement des entreprises.
Les paradis fiscaux sont appelés les trous noirs de la finance globalisée.
Depuis une vingtaine d'années, on assiste à la prolifération des paradis
fiscaux. Ceux-ci ne se trouvent pas seulement dans les petites îles du sud. En
1963 par exemple, il y avait 6 banques au Luxembourg, petit pays situé au
cœur de l'Europe contre 200 aujourd'hui. Toutes ces banques garantissent
l'anonymat et le secret aux investisseurs.

On estime qu'il y a actuellement une centaine de paradis fiscaux, la majorité


étant de minuscule colonies de l'Angleterre ou des pays fictifs. Il y a quelques
exceptions à cette règle dont la Suisse, le Luxembourg qui sont de véritables
États qui ont les moyens de s'opposer à la communauté internationale.

En 1998, l'OCDE a défini les critères qui permettaient d'identifier les paradis
fiscaux et a produit, en 2000, une liste de 35 pays qui rencontraient ces
critères. Ils ont tous été invités à signer en juillet 2001 une déclaration par
laquelle ils s'engageaient à desserrer le secret bancaire pour les autorités
fiscales des autres pays. Seulement 10 pays ont signé et les autres ont
invoqué le fait que la Suisse, Hong Kong et Singapour qui ne figuraient pas
sur la liste bénéficieraient de la fuite des capitaux.

Les sommes mises en circulation dans les paradis fiscaux représenteraient


cinq mille milliards de dollars, soient entre 15 % et 30 % des dettes publiques

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cumulées. Il ne s'agit pas seulement de l'argent de groupes de criminels
organisés ou de groupes de terroristes. Les grandes fortunes et les
multinationales en font aussi un usage massif.

La France s'est engagée, sur le plan international, à lutter contre la criminalité


financière. En juin 2000, l'Union européenne a pris la décision d'introduire
avec effet en 2010 un échange général d'informations entre les banques et les
autorités fiscales des pays membres, ce qui lèverait le secret bancaire. Le
Luxembourg et l'Autriche ont donné leur accord à la condition que tous les
pays européens et les États-Unis mettent en place une réglementation
équivalente.

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