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Presses Universitaires de France

Les ambiguïtés des concepts husserliens d' « immanence » et de « transcendance »


Author(s): Rudolf Boehm
Source: Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, T. 149 (1959), pp. 481-526
Published by: Presses Universitaires de France
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Accessed: 25-10-2015 12:14 UTC

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Les ambiguïtésdes conceptshusserliens
d' « immanence
» et de « transcendance
»

II est aisé de montrer que les notionsd' « immanence » et de


« transcendance » dont il est faitusage dans la phénoménologie
« transcendantale » de Husserlsontambiguës.En effet, dès 1907,
Husserllui-même souligneexpressément, danssesFünfVorlesungen
surVideederPhänomenologie, que ces deuxnotionsontun « double
sensa1.Il n'estpas nonplusdifficilede retrouverl'origine
historique
de cette ambiguïté.Nous commencerons par là. Ensuite,nous
essaieronsd'en dégagerla signification profonde,c'est-à-direle
fondement « réel ». A cette fin,nous analyseronsen particulier
quelquestextescentrauxdes Ideen de 1913, ainsi que quelques
problèmes touchantla structure de cet ouvragehusserlien.

I
Aux premiers chapitresde la cinquièmedes LogischeUntersu-
chungen(II, 1901), Husserlest à la recherched'un conceptde
« conscience» convenable.A ce propos,il examinela distinction,
introduitepar Franz Brentano,entre« phénomènes psychiques»
et « phénomènes physiques»2.Celui-ciavait établi six caractères
distinctifspropresaux « phénomènespsychiques». Parmi ces
caractères,c'est, d'après lui, « l'in-existence » qui
intentionnelle
« caractérise
le plus rigoureusement les phénomènespsychiques»3.
Sur ce point,Husserlest d'accordavec son maître.De l'exposé
de Brentano,il citele passagesuivant: « Toutphénomène psychique
estcaractériséparce que les scolastiquesdu MoyenAgeontappelé
l'in-existence
intentionnelle (ou mentale)d'un objet et que nous
appellerions,
par des expressions qui ne sontcertespas dépourvues

1. EdmundHusserl, Gesammelte éditéssousla direction


Werke, de H. L. Van
Breda, t. II, p. 35.
2. Franz Brentano, Psychologie vom empirischenStandpunkt, 1874.
3. L. c, p. 127.
TOME CXLIX. 1959 31

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de touteambiguïté, soitla référence à un contenu,soitla direction


surun objet (un objet qu'il ne fautpas entendre ici au sensd'une
réalité)ou sur un objectifimmanent. Tout phénomène psychique
contientquelquechosequi en formel'objet,bienque toutphéno-
mènene contiennepas son objet de la mêmefaçon1.» Toutefois,
Husserlattireimmédiatement l'attention surle faitque la termino-
logiede Brentano peut donner lieu à des « faussesinterprétations »a.
En effet,Brentano qualifiel'objet intentionnel d' « objet 'mentar
ou 'immanent'», et ces expressionspeuventfairecroire« qu'il
s'agitd'unerelationréelleentredeuxchosesqui se trouveraient de
manièreégaledans la conscience, à savoirde l'acte et de son objet
intentionnel,et doncqu'il s'agitd'unesorted'enchevêtrement réel
d'un contenupsychiquedans un autre »3. En vérité,constate
Husserl,« les prétenduscontenusimmanentsne sont que des
contenusintentionnels(faisantl'objet d'intentions), tandisque les
véritablescontenusimmanents, ceux qui appartiennent à l'effectif
réeldes expériencesintentionnelles, ne sont pas intentionnels eux-

1. L. c, p. 115; cité par Husserl, Logische Untersuchungen,II, p. 347 de


la premièreédition de 1901, pp. 366-367 de la deuxième édition (II, 1) de 1913.
Dans la première édition, le chapitre en question est intitulé : « La conscience
comme acte psychique », dans la seconde : « La conscience comme expérience
intentionnelle.» Comme dans ce titre,nous traduironsErlebnis par « expérience» ;
la traduction par « vécu » présente, en effet,l'inconvénient qu'elle ne semble
pouvoir signifierque la composante « noématique » de l'expérience ; dans les
textes husserliensque nous aurons à analyser dans la présente étude, nous ne
rencontreronspas le terme d'Erfahrung qu'on rend ordinairementpar « expé-
rience ». - Par « in-existence », nous traduisons ici le mot Inexistenz, dérivé
de l'expression existere in ; Husserl soulignera lui-même que ce mot suggère
une « immanence réelle ». - Nous traduisons par « objectif » Gegenständlichkeit,
lorsque ce terme s'applique à un objet au sens le plus large ; nous dirons « objec-
tité » s'il s'agira d'exprimer le caractère même d'être objet.
2. Cf. le titredu § 11 de la cinquième des Logische Untersuchungen ; p. 350 de
la première,p. 370 de la seconde édition (sans changement). Les discussions qui
fontl'objet de ce § 11, ainsi que du § 16, serontreprisesau § 90 des Ideen auquel
nous reviendronsà la fin de la présente étude. D'autre part, dans l'édition des
Logische Untersuchungen de 1913, Husserl ajoutera en annexe aux §§ 11 et 20
de la cinquième Untersuchung,quelques « Remarques critiques touchant la
'théorie des représentations'et la théorie des objets 'immanents' aux actes »
(pp. 421-425).
3. Logische Untersuchungen,II, p. 351 de la première,p. 371 de la seconde
édition (II, 1), où ce texte est légèrement changé : après « se trouveraient»
se trouve intercalé « réellement » ; par contre, les mots « réelle » après
« relation » et « réels » après « enchevêtrement» sont supprimés. Cf. Die Idee
der Phänomenologie,l. c, pp. 12 et 71-72, où des expressions analogues sont
reprises.

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mêmes»*.La notiond' « objet immanent» tend à confondre les


« contenusintentionnels » de la consciencequi lui sontréellement
transcendants avec les « contenusréels» de cettemêmeconscience
qui,seuls,lui sontréellement immanents. En effet, l'idéed' « imma-
nence» ne semblepouvoirsignifier qu'une « immanenceréelle».
Or, à l'époqueoù il écritles LogischeUntersuchungen, Husserl
a uneraisontouteparticulière de s'opposerà touteconfusion entre
« contenusréels» et « objetsintentionnels » de la conscience. C'est
qu'à ce moment-là cettedivisiondes « contenus» de la conscience
lui sembleéquivalenteà « la distinction entrecontenusdescriptifs
et contenusintentionnels »2.Cettedistinction, il la conçoiten 1901
commeune « distinction entrele contenuréelou phénoménologique
(c'est-à-direrelevantd'unepsychologie descriptive) d'un acte et du
contenuintentionnel de cet acte »3.Ce ne sera qu'en 1913,lorsde
la première rééditiondes LogischeUntersuchungen (I et II, 1), que
Husserlsupprimera, dans le passageque nousvenonsde citer,les
mots: « ou phénoménologique relevantd'une psycho-
(c'est-à-dire
logiedescriptive) »4.En mêmetemps,il ajouteraau textela note
suivante: « Dans la première éditionde l'ouvrage,nous parlions
de 'contenuréel ou phénoménologique1 . En effet,dans cette pre-
mièreéditiondu livre,on visaitpar les mots'phénoménologique'
et idescriptifexclusivement les effectifs
réelsdes expériences... »6
Et Husserlavoue qu'à l'époquede la première éditiondes Logische
Untersuchungen, il n'avait pas encoredécouvert« qu'il y a une
autredirection encoredans laquelledes descriptions peuventêtre
opéréesde façonintuitiveet adéquate», des descriptions « égale-
mentphénoménologiques »6; et il renvoieà son nouvel ouvrage
Ideen zu einerreinenPhänomenologie, dont le premiervolume
vientde paraître,et plus particulièrement au chapitre« Noèse et
»
noème de ce livre7.
1. LogischeUntersuchungen, II, p. 353 de la première,p. 374 de la seconde
édition,où ce texteestconservé
sans changement. - Nous traduisonsici Bestand
par « effectif».
2. L. c, p. 374 de la première,p. 397 de la secondeédition; titreinchangé
du § 16.
3. L. c, p. 374 (1901).
4 r 4t ^v ^m i •« *-v■■4-vt
4. JL. c, p. oy/ (iyi«5).
5. L. c, p. 397, note (1913).
6. Ibid.
7. Nous reviendrons à la finde la présenteétudesur quelques-unsdes para-
graphesde ce chapitreet du chapitresuivantdes Ideen.

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En principe,les « objets intentionnels » de la consciencene


devaientdonc point faire l'objet d'analyseset de descriptions
phénoménologiques danslesLogischeUntersuchungen, de 1900-1901,
parcequ'une phénoménologiepure « » devait se limiter à la des-
criptiondes seulscontenusréelsde la conscience. Dans le cadrede
cetteconception primitive de la phénoménologie husserlienne,seule
l'immanence « réelle» de la conscience pouvait avoirune significa-
tionproprement phénoménologique. En 1901,Husserlvoulaitdonc
rejeterune « fausseinterprétation du rapport» de l'acte à son
objet intentionnel « qui en faitun rapportqui s'offre à la descrip-
tion » phénoménologique1. En 1913, il ne repousseraplus cette
« fausseinterprétation » que pourla raisonqu'elle faitdu rapport
en question rapport« réel au sens psychologique
un et l'intègre
au contenuréelde l'expérience »2.Cettedernière formule, le Husserl
de 1901l'auraitacceptéeégalement ; maisle Husserlde 1913devait
se distancerde la formuleprimitive.Ce qui importeà Husserl
en 1901,c'est que « l'objet 'immanent', 'mental'n'appartientpas
aux donnéesdescriptives de l'expérience, il n'est donc en vérité
absolumentpas immanentou mental»8. En 1913,Husserlinter-
caleradans cettephrase,après« descriptives », entreparenthèses,
le mot « (réelles)»4.
Dès l'Introduction à la premièreédition,en 1901, du second
volumedes LogischeUntersuchungen, Husserlavait assignéà la
phénoménologie la tâche « de rendre claireset distinctesles formes
et les lois de la connaissancemoyennant un retourà l'intuition
qui remplitadéquatement(nos visées) »5; en fonctionde cette
idée, il parle dès ce moment-là du « Moi phénoménologiquement
réduit»6,« réduitaux donnéesactuelles»7.C'estici que l'idéed'une
réductionproprement phénoménologique8 fait sa premièreappa-
ritiondansl'œuvrede Husserl.Cependant, danscettemêmeIntro-
ductionde 1901 que nous venonsde citer,il est dit aussi que la

1. L. c, p. 351 (1901).
2. L. c, p. 372 (1913).
3. L. c, pp. 352-353(1901).
4. L. c, p. 373 (1913).
5. L. c, p. 21 (1901 et 1913;. inchangé).
6. L. c, p. 332 (1901).
7. L. c, p. 342 (1901).
8. « Réductionproprement phénoménologique », disons-nous: il ne s'agit
manifestement pas ici d'une « réductionéidétique».

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phénoménologie ne vise qu'une « analyse descriptivedes expé-


riencesrelativement à leureffectifréel»*.En 1913,l'idée directrice
de la phénoménologie husserlienneseratoujourscelled'un « retour
à l'intuitionqui remplitadéquatement» nos visées; cependant,
Husserlaura découvertentretempsque le domaineprivilégiéde
la phénoménologie où « des descriptions peuventêtreopéréesde
façon intuitive
et adéquate » ne se « réduit» pointà ce qui est réel-
lement immanent à la conscience: au contraire,les frontièreslégi-
timesde ce domainerenferment également les données« réellement
transcendantes » constituéespar les « objetsintentionnels » de la
conscience.Cettedécouverteaura rendupossibleune « phénomé-
nologiepure» qui estaussiune« phénoménologie transcendantale ».
Cettetransformation importante dans la conceptionhusserlienne
d'unephénoménologie pureseraaccompliedès1907.Ace moment-là,
elle trouveson expressiondans les Fünf Vorlesungen sur Videe
der Phänomenologie.
Dans les LogischeUntersuchungen de 1901 - et mêmedans
leur rééditioncorrigéede 1913 - les notionsd' « immanence»
et de « transcendance », telles que Husserl les y emploie,ne
comportentguère d'ambiguïté.L'immanenceest l'immanence
« réelle». Il suffît alorsde préciserce derniermot.L'on sait que
Husserlassigneà chacundes deux adjectifsallemandsreellet real,
dontl'un est reprisdu français,l'autredirectement du latin,un
sensdifférent. Est real,selonHusserl,ce qui existeselonle mode
d'êtrepropreà la chose(res) « naturelle». Commecelledu « réel»
français,la signification du mot reell est plus large et moins
précise.Est reelltoutce qui est « réellement » ou « en réalité» au
sens ordinairede ces expressionsfrançaises,sans qu'il doive
pour autantpartagerla « réalité» spécifiqueet particulière des
« choses». On peut donc traduiresans plus reell(qui peut être,
en allemand,adjectifou adverbe)par « réel » ou, selonles cas,
« réellement ».
Uneimmanence qui est« reell» - ou immanence réelle- n'est
doncpointnécessairement « real».Aussi,dansles LogischeUntersu-
chungen, Husserl distingue-t-ille « contenuintentionnel » d'un
ce
acte de qui est « réellementimmanent » à cetacte de la conscience,

1. L. c, p. 21 (1901); nous soulignons.Ce passage devait évidemment


être
suppriméen 1913.

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afind'exprimer sa conviction qu' « en réalité», l'objetintentionnel


n'estaucunement (n'estpas réellement) immanent à l'acte qui vise
cet objet.Toutefois, dans ce qui suit,nousne pourronsuserde la
traduction que nousvenonsd'adopterqu'avec unecertaineréserve.
En voicila raison.
L'ambiguïtédes notionsd'immanence et de transcendance dont
nousparlerons plus loin apparaîtra au moment en
où, 1907, idée 1' «
de la phénoménologie » se sera transformée de telle manièreque
cettephénoménologie n'aura plus pour seul objet les « contenus
réels» des actesde la conscience, maisencoredes « contenuspure-
mentintentionnels » et « réellement transcendants ». Dès ce moment-
en
là, effet, Husserl éprouvera le besoin de rendre un sensnouveau
et plus conformeà la nouvelleidée de la phénoménologie, aux
notionsd'immanence et de transcendance. Il établiraune nouvelle
terminologie danslaquelletoutce qui est« authentiquement imma-
nent» ne se réduiraplusà ce qu'il continuera néanmoins d'appeler
« réellement immanent».
Plus précisément, l'ambiguïtéet les ambiguïtésdes concepts
husserliensd'immanence et de transcendance naîtront doncdes faits
suivants: d'une part, une transformation importantede l'idée
d'une phénoménologie pure donnera lieu au besoin d'attribuer un
sensnouveauà ces deux termes; d'autrepart,un emploiparallèle
de ces mêmestermesdans le senstraditionnel (d'immanence et de
transcendance « réelles») s'avéreraindispensable et sera conservé.
D'une manièregénérale,l'on peut direque cetteambiguïtéet les
ambiguïtés qui s'ensuivront serontles conséquences du faitqu'une
nouvelleconception philosophique cherche à se réaliser,en absence
d'une terminologie proprement élaboréeà ses fins,en usant d'un
langagephilosophique traditionnel qui est faitpourexprimer des
doctrinesd'un ordred'idéestoutdifférent. Plus une philosophie est
originale,
plus aussi elle aura à lutter avec ces «
problèmes linguis-
tiques» qui s'opposentà sa réalisation1.
1. L'on pourraitapprofondir les problèmesauxquels nous faisonsallusion
ici dans le cadred'une phénoménologie du langagetelleque M. Merleau-Ponty
l'a esquisséedans son ouvragePhénoménologie de la perception,1945 (surtout
au chapitreVI de la premièreet au chapitrepremierde la troisième partie),et
dans son étude« Sur la phénoménologie du langage» (dans Problèmes actuelsde
la phénoménologie, éditépar H. L. Van Breda,1952).D'autrepart,cetteproblé-
matiquen'estpas sansrapportavec celledontnousparlerons dansla sectionIV de
la présenteétude.

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II

Les Fünf Vorlesungen de 1907 sur Videeder Phänomenologie


sont accompagnées d'un résumédu Gedankengang de ces leçons,
rédigépar Husserl lui-même immédiatement la
après présentation
de ces dernières ; ce résuménous permetde rendrede manière
succincteles réflexions husserliennes qui aboutissentà une trans-
formation de l'idée de phénoménologie et exigentla modification
des notionsd'immanenceet de transcendance à laquelle nous
venonsde faire allusion.
Face au problèmede la connaissancequi continued'inspirer
l'idéehusserlienne d'unephénoménologie pure,celle-cis'imposeun
retourà des « donnéesabsolues»x; c'estce retourà une « sphèrede
présenceabsolue» qui constituela méthodede « réduction phéno-
ménologique »2.A titrede « donnéesabsolues» s'offrent, en premier
lieu,les cogitationes au senscartésien. A leurpropos,une« première
réflexion » du
épistémologique phénoménologue partirade la question
de savoir : « Qu'est-cequi rend (à ces cogitaliones) ce caractère
d'êtreindubitables, et qu'est-cealorsqui rendproblématique une
connaissance en d'autrescas3? » « On répondrad'abord- voilà,
en effet,la réponsequi s'offre immédiatement à l'esprit- en pro-
nonçant les deux mots ou concepts d'immanence et de transcen-
»
dance4. Les cogiiationes constituent des donnéesabsolues» parce
«
qu'ellessontdonnéesdans l'immanence de la conscience, et elles
sontseulesà l'être.La « réduction phénoménologique » devra donc
consister dansune« exclusion de toutepositiontranscendante »5.Mais
que faudra-t-il entendre, en phénoménologie, par cetteimmanence
et par cettetranscendance ?
« A y regarderde plus près », continueHusserl,« il faudra
distinguer une immanence réelleet une immanence au sens d'une
présence authentique qui se constitued'une manière évidente ». En

1. Die Idee der Phänomenologie.Fünf Vorlesungen,l. c. ; Gedankengangder


Vorlesungen,p. 4, et passim.- Nous traduisonsGegebenheit,
ici et dans tousles
cas où ce motdésigneun objet ou un phénomène donné,par « donnée» ; nous
traduironsce motpar « présence» et Gegebenseinpar « être-présent» s'il s'agit
du caractèremêmed'être donné; cf. p. 488, note 1.
2. L. c, pp. 5, 7, 9 et passim.
3. L. c, p. 4.
4. L. c, p. 5.
5 Ibid.

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effet,ce qui est « réellement immanent » peutêtreconsidéré comme


quelque chose d'indubitable, parcequ'il est donné absolument de
manièreévidente; mais Ton peut se demandersi inversement la
raisonspécifique en résideprécisément dansle faitqu'il est quelque
chosede réellement immanent. Dans l'immédiat, il fauts'arrêterlà :
« On considèrecommeindubitable ce qui est réellement immanent
parce qu'il ne représente riend'autre(que cela précisément qu'il
est en lui-même), parcequ'il ne 'renvoie'à rien'au delà' de lui-
mêmeet parceque toutce qu'on viseen lui estpleinement et entiè-
rementdonnéde manièreadéquateet authentique.Dans l'immé-
diat,on ne perçoitaucuneautreprésenceauthentique que cellede
ce qui est réellement immanent1. »
A son « premierdegré», la « méditationphénoménologique »2
s'arrêtelà et se borneà délimiter l'immanence réelle(reelleImma-
nenz)contrel'idéepsychologique d'uneimmanence naturelle(reale
Immanenz). Nous pouvons laisser de côté les considérations qui ont
traità cette dernièredistinction. D'autre part,cette « première
méditation phénoménologique » se termineen rétablissant les rap-
portsqui existent entrel'idée de transcendance (transcendentia) et
celled'unemétabase« logique» (fieraßoccjic sic áXXo yevoç)3.
La « méditation phénoménologique » accèdealorsà un « degré»
supérieuren posant la « questionfondamentale
sous sa formepure :
Comment la connaissance,
considérée en tantque phénomène pur,
atteindre
peut-elle à quelque chose qui ne lui est pas immanent,
commentest-ilpossibleque ce qui est absolument et authentique-
mentdonnéà la connaissance (et dansle phénomène de la connais-
sance)englobequelquechosequi ne l'est pas, et commentpourra-
t-oncomprendre unetelleextension (du domainedes donnéespures
et authentiquesde la connaissance)»4? En effet,si cettesphère

1. Ibid. - Nous souvenant de la significationoriginelle du mot « authen-


tique », nous traduisons Selbstgegebenheit par « présence authentique », selbstge-
geben par « donné de manière authentique », etc. ; cf. aussi p. 487, note 1.
2. Le résumé des cinq leçons, intitulé Gedankengangder Vorlesungen,divise
celles-ci en une partie introductrice(sans titre; c'est la premièreleçon) et trois
parties principales, sous les titres de a Premier degré de la méditation phénomé-
nologique » (correspondantgrosso modo à la 2e leçon), « Deuxième degré de la
méditationphénoménologique» (3e et 4e leçons) et « Troisième degré de la médi-
tation phénoménologique » (5e leçon).
S. L. c, p. 6. - Transcendentiaest la traduction latine de (xerapaatç.
4. L. c, p. 7.

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de présenceabsolue qui est aussi absolumentaccessibleà une


phénoménologie étaitlimitéeà la seule« immanence réelle» de la
conscience, on chercherait en vain une réponse aux deux questions
précédentes.
Cependant,du momentqu'au sujet des donnéesréellement
immanentes à la conscience(des cogitationes au sens cartésien),
nous faisonsla constatationgénéraleque « leurExistence'nous
estgarantieparleurprésence absolueetauthentique, parleurprésence
dansuneévidence pure»' nousrencontrons d'emblée« uneobjectité
nouvellequi est,elleaussi,unedonnéeabsolue,à savoiruneobjectité
essentielle»2: bienque, manifestement, elle dépassele domainede
ce qui est réellement immanentà notreconscience,la « donnée
générale» ou « essentielle », qui consistedans le faitque tout ce
qui est réellement immanent à la consciences'offreà nous dans
une présenceabsolumentauthentique, est, elle aussi,une donnée
absolueet authentique.
Il s'ensuit,d'après Husserl,« que Vimmanence réelle(et de
mêmela transcendance réelle3)ne constituequ'un cas particulier
auquel s'applique un conceptplus larged'immanence en général.
Dès lors,absolument donnéet réellement immanent ne sont pas,
commeon le croitgénéralement et sansy réfléchir, la mêmechose;
en effet, une généralité, bienqu'ellene soitpointréellement imma-
nente,peutêtreabsolument donnée.Carla connaissance d'unegéné-
ralitéest,certes,quelquechosede singulier, constituant un moment
(réel) du flux de la conscience ; mais la généralité elle-même, qui est
donnéedans cetteconnaissancede manièreévidente,n'est point
une singularité, puisqu'elleest, précisément, une généralité ; elle
est donctranscendante selonla signification réellede ce terme.
« Par conséquent, nouspouvonsaussidéterminer d'unemanière
plus préciseet plus profonde l'idée de réduction phénoménologique
et lui rendreun sensplus clair: cetteréduction n'exclutpas tout
ce qui estréellement transcendant (...), elleexclutseulement ce qui
est transcendant en ce sensqu'il ne constituepas une donnéeévi-
denteau sensauthentique, qu'il n'estdoncpas donnéabsolument
dans une intuitionpure4. »

1. L. c, p. 8.
2. Ibid.
3. Sic dans le texte; nous allons immédiatement ce lapsus calami.
rectifier
4. i., c, p. y.

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II nous suffitde rectifierun point particulier,quelque peu


négligemmentformulépar Husserl dans ce texte, pour donner à
ce derniertoute la clarté qu'on peut désirer: en effet,si l'imma-
nence réellene constituedorénavantqu'un « cas particulier» d'une
immanence qui dépasse la sphère de pure immanence réelle, le
domaine qu'il faudra appeler « transcendant» selon la nouvelle
division sera plus réduitque celui de la transcendanceréelle. Les
relations qu'on vient d'établir entre ces différentes« sphères »
peuventdonc être représentéessous la formedu schéma que voici :
Immanence pure1 Transcendance pure1
Moi Immanence intentionnelle1

Immanence réelle Transcendance réelle

Plus explicitement,Husserl explique ces différentesrelations


dans les Leçons elles-mêmesde la manièresuivante :
Par « transcendance», « on peut entendre,d'une part, le fait
qu'un objet de la connaissancene soit pas réellementcontenudans
l'acte cognitif(qui s'y rapporte); dans ce cas, on entendrapar les
expressions 'véritablement donné' ou 'donné dans l'immanent'
le fait (que quelque chose) soit réellementcontenu (dans un acte
de la conscience). (En effet),tout acte cognitifou toute cogitatio
comporte des momentsréels qui constituentréellement(ces actes
ou ces cogitationes) ; par contre,la cogitalio,en tant qu'expérience,
ne contient pas réellementla chose qu'elle vise, qu'elle prétend
percevoir,dont elle se souvient,etc., comme si cette chose faisait
réellementpartie de la cogitatioet existait effectivement en elle...
Immanentsignifiedonc, dans ce cas, réellement immanentà l'expé-
riencecognitive»2.
S'il est dit ici « qu'un objet de la connaissancen'est pas réelle-
ment contenu dans l'acte cognitif» qui le vise, il ne faut plus en
conclure, comme il le fallait selon les Logische Untersuchungen,
qu' « en réalité », les objets de la connaissancene sont, en aucune
façon,« impliqués» par les cogitalionesqui s'y rapportent.L'imma-

plus loin l'emploifait ici des termesd' « immanence


1. Nous justifierons
pure», de t transcendance
pure » et d' « immanence intentionnelle
».
2. L. c, p. 35.

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plus la seuleimmanence
nenceréellene signifie authentique. Dans
Videeder Phänomenologie, Husserlva mêmejusqu'à dire,à un
momentdonné,qu'on entendY « immanent » « dansun sensfaux»,
immanent
à ce qui est réellement
si Tonl'identifie et
à la conscience
à ses cogitationes1.
A son « premierdegré», la « méditationphénoménologique »
ne connaîtque la distinction entreune immanence et une trans-
cendance« réelles». Les LogischeUntersuchungen, de 1900-1901,
n'ontguèreatteintun niveausupérieur à ce « Premierdegréde la
méditation phénoménologique qu'il se trouvecaractériséau
», tel
début des cinq leçons sur Videe der Phänomenologie, de 1907.
de
D'aprèslesnouvellesconvictions Husserl, il est faux de supposer,
commeon le faitgénéralement, « qu'une présencevéritablement
compréhensible, indubitableet absolumentévidentene revienne
qu'aux seuls moments réellement contenus dans l'acte cognitif ; sup-
de
positionen conséquence laquelle on tient pourénigmatique et
problématique, par rapportà un objectifquelconquede la connais-
sance,toutce qui n'estpas réellement contenu(dansl'actecognitif
lui-même). Nous devrons apprendre bientôt2 que c'estlà une erreur
dangereuse »8. Pour l'éviter, la « méditation phénoménologique »
doit se ménagerun accès à un niveausupérieuren établissantla
nouvelledistinction que voici :
« II y a aussiuneautretranscendance et qui s'opposeà uneimma-
nencetoutedifférente (de l'immanence réelle; on définira ce nou-
veau conceptd'immanence par) une présence claire et absolue,une
présence authentique au sensabsolu.Cet être-présent, qui est abso-
lumentindubitable et s'identifie à une intuition et une saisieabso-
lumentimmédiates de l'objectifvisé dans son authenticité et tel
qu'il est,constitue l'évidence, l'évidence immédiate dans son accep-
tionstricte.Est transcendant en ce secondsens,touteconnaissance
privéed'évidence, c'est-à-dire touteconnaissance qui n'atteintpas à
Vintuition de
authentique l'objectif qu'ellevise et qu'ellepose.En cette
dernière connaissance, nous ce
dépassons qui nous estvéritablement
»
donné,ce que nous pouvonsvoiret saisir d'une manièredirecte*.

1. L. c, p. 57.
2. « Bientôt» : à savoir au momentd'atteindrele niveau du « Deuxième
degréde la méditation ».
phénoménologique
3. L. c, pp. 35-36.
4. L. c, p. 35.

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492 REVUE PHILOSOPHIQUE

Cettenouvelleconceptionde l'idée d'immanence qu'établitla


« méditationphénoménologique » à son « deuxièmedegré» est
seuleà saisir« l'immanence authentique a1.Cette« immanence pure»,
comme Husserl l'appelle aussi2,comprend,outre l'immanence
réelle,ce qui est« immanent au sensintentionnel »8.En unecertaine
mesure, Husserlcorrige ainsi,nefût-ce qu'implicitement, lescritiques
qu'il avait adressées à Brentano dans les LogischeUntersuchungen.
Ce qui permetà Husserld'établircetteidée d'une« immanence
pure» qui dépassel'immanence réelle,nousl'avonsvu, c'estl'intui-
tionde structures essentielles de la consciencequi sontabsolument
donnéesdans une évidenceparfaite,bien qu'ellesne soientpoint
elles-mêmes réellement immanentes à cetteconscience. D'autrepart,
cette idée d' « immanence pure » enlèvera au phénomèned'une
connaissance « transcendante » (au sensréel)son caractèreabsolu-
ment« énigmatiqueet problématique ». Elle ouvrel'accès à un
« Troisième degré de la méditation phénoménologique », qui permet
d'analyseret de résoudreles problèmes de « constitution phénomé-
nologique», proprement dits.
Husserlne publiapas les « cinq leçons» de 1907 sur Videeder
Phänomenologie ; elles ne parurentqu'en 1950,à titreposthume.
D'autrepart,les distinctions proposéespar les « leçons» de 1907,
ne furentpas réintroduites de façonexplicitedans les Ideen zu
einerreinenPhänomenologie, publiéespar Husserlen 1913. Il est
vrai que, dans cet ouvrage,une nouvelleterminologie proprement
phénoménologique a trouvéson élaboration.Néanmoins,nous le
montrerons, les distinctions entreimmanenceet transcendance
réelles,d'une part,et entreimmanence et transcendance « pures»,
de l'autre,telles qu'elles furentétabliesen 1907, continuentde
jouer un rôle fondamental dans cetteœuvrede 1913.

l. L. c, p. 11 : « echte Immanenz » ; nous traduisons donc ici, par « authen-


tique », echt.
2. L. c, p. 57. Le texte en question, le même auquel nous renvoyionsp. 491,
note 1, parle d'une « donnée qui est elle aussi une donnée purementimmanente,
bien qu'elle ne soit pas immanenteau sens faux, à savoir immanenteà la sphère
d'une conscience individuelle ». Nous soulignons.
à. L. c, p. 55. Le texte en question dit : « 11ne s agit pas seulementde ce qui
est réellementimmanent,mais encorede ce qui est immanentau sens intentionnel. »
Nous soulignons« pas seulement» et « encore». - Ce texte et celui que nous venons
de citer dans la note précédente établissent ensemble la terminologieexacte
des « cinq leçons ». Notons d'autre part que, /. c, p. 74, Husserl fait aussi emploi
de l'expression brentanienned' « in-existenceintentionnelle».

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R. BOEHM. -- LES AMBIGUÏTÉS DES CONCEPTS HUSSERLIENS 493

III

Dans les Ideen1, de l'immanent


la distinction et du transcendant
se trouveintroduite au chapitreII : « La conscienceet la réalité
naturelle »,de la deuxième sectionde l'ouvrage, sectionqui présente :
« La méditation phénoménologique fondamentale2. » Pour la pre-
mièrefois,il en estquestionau § 38, qui a pourtitre: « Réflexions
surdes actes.Perceptions immanentes et transcendantes8.» « Nous
de
prenonsici pourpoint départ la distinction entre perceptions,
et, en général,actes transcendants et immanents*. » La voici :
« Par actesdirigéssur Vimmanent, ou plus généralement par
expériences intentionnelles à V
rapportées immanent, nous entendons
des expériences dontYessence comporte queleursobjetsintentionnels,
s'ils existentdu tout,appartiennent au mêmefluxde l'expérience
qu'elles-mêmes...
« Sontdirigées surle transcendant les expériences intentionnelles
qui ne répondentpas à ce type...5 »
II n'estpas questionici d'unedistinction ultérieure entreimma-
nenceet transcendance « réelles», d'une part; et immanenceet

1. Nous analyserons ici le textede cet ouvragetel qu'il futpubliéen 1913


par Husserl; nous ne tiendrons comptequ'exceptionnellement des changements
apportésà ce texte ultérieurement par l'auteur et intégrésdans l'éditiondes
Gesammelte Werke,t. III (1950). Nous pourronsdonc entièrement profiterde
la traductionfrançaisedes Ideen,due à Paul Ricœur : Idées directrices pour
une phénoménologie, 1950. Aussi allons-nousrenvoyeraux pages de l'édition
de 1913; celles-cise trouventindiquéesen margedans le volumecorrespondant
des Gesammelte Werkeet dansla traduction française.- II estvraiqu'en faisant
nos citations,nousproposerons souventdes changements à apporterà la traduc-
tionde Ricœur.En effet, noussommesen désaccordavec lui surplusieurspoints
d'interprétation.Cela ne nous empêcheen aucune façon d'admirerle grand
travailaccomplipar cet excellentauteur,traducteur et commentateur.
2. Die phänomenologischeFundamentalbetrachtung.Ricœur traduit ce titre
par Considérationsphénoménologiquesfondamentaleset il y ajoute la note que
voici: « Cettesecondesectiona encoreun caractèrepréparatoire. » Nous revien-
dronssurcettetraduction et surcetteremarquedans la sectionIV de la présente
étude.
3. L. c, p. 68.
4. Ibid.
5. Ibid. « Immanent gerichteteAkte» signifie« actes dirigéssurl'immanent »,
et non « actes dirigésde façonimmanente », commeRicœurtraduitpar erreur
cetteexpression allemande.De mêmepour« transzendent ».- Nousconti-
gerichtet
nueronsde traduireErlebnispar « expérience», et non par « vécu » (Ricœur);
cf. p. 482, note 1.

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494 REVUE PHILOSOPHIQUE

transcendance « pures », de l'autre. Toutefois,la définition des


« actes dirigéssur l'immanent» qu'on proposeici est elle-même
ambiguë.
D'une part,en effet,afinde saisirce qu'il fautentendre ici par
« objets intentionnelsqui, s'ils existentdu tout,appartiennent »
à un « fluxde l'expérience » déterminé, nousne pouvonsque nous
reporter à la définitionsuivante,au § 36, « des expériences, au
sensle plus largedu mot» : on y entend,selonce texte,« toutce
qui se trouvedansle fluxde l'expérience : nonseulement parconsé-
quent les expériencesintentionnelles, les actuelles
cogitationes et
potentiellesprises dans leur plénitude concrète; mais tous les
momentsréelssusceptibles d'êtredécouverts dans ce fluxet dans
ses partiesconcrètesw1.Husserlexplique:
« On voit aisément,en effet, que loul moment réel,inclusdans
l'unitéconcrèted'une expérienceintentionnelle, ne possède pas
de l'intentionnalité,
lui-mêmele caractèrefondamental c'est-à-direla
propriétéd'êtreune 'consciencede quelque chose'. Cetterestric-
tionconcerne, par exemple,tousles datade sensation
qui jouentun
si grandrôledans l'intuition
perceptive des »
choses2. II fautdonc
compter,parmi les moments réelsdes expériences,comme Husserl
s'exprimeraplus loin dans l'ouvrage, aussi bien des moments
« noétiques» que des moments« hylétiques»3. Il resteque, seuls,

1. L. c, p. 65; cf. p. 493, note 1.


2. Ibid., cf. note suivante. - Le passage « le caractèrefondamentalde Vinten-
tionnalité» devrait être mis en italiques dans la traduction,ainsi qu'il l'est dans
l'original allemand dès 1913.
3. Cf. surtout le § 97 de l'ouvrage, intitulé : « Que les moments hylétiques
et noétiques sont des moments réels du vécu, et les moments noématiques non
réels » (Ricœur). Bien que Ricœur traduise ce titrede façon absolumentcorrecte,
il semble confondre,dans ses différents commentaires,le « réel » et T « hylétique »,
les identifiantl'un à l'autre, et finalementmême le « noétique » et 1' « hylétique »,
le « noétique » étant expressément appelé par Husserl un moment « réel », le
« réel » étant identifiépar Ricœur à 1' « hylétique » ; cf. par exemple, note 1 de
Ricœur à la p. 65, n. 1 de Ricœur à la p. 69. Cette dernièrenote se terminepar
la phrase : « Reell est donc toujours opposé à l'intentionnel.» En fait, les actes
ou « vécus » intentionnelsfontréellement partie du fluxde la conscience; seuls leurs
objets intentionnelsne sont généralementpas réellement inclus dans ce flux (à
l'exception de l'objet intentionnel d'une perception immanente, comme on le
verra par la suite). Dans la note 1 à la p. 76, Ricœur parle d'une « dualité du
moment hylétique du vécu et du moment transcendant de la chose » ; si cette
dualité existait, on devrait attribuerla « transcendancede la chose », ou du moins
une « transcendance réelle », aussi bien aux noèses qu'aux noèmes. Même ambi-
guïté dans la note 2 à la p. 73 : l'immanenceréelle semble réservéeici, par Ricœur

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R. BOEHM. - LES AMBIGUÏTÉS DES CONCEPTS HUSSERLIENS 495

des moments réellement inclusdans un fluxd'expériences semblent


pouvoir constituer les « objets intentionnels » d*« actes dirigéssur
l'immanent », selon la définition de ces derniers, fournie au §.38.
D'autre part,la signification de cettedéfinition paraîtmoins
évidentedès que nous examinonsles deux exemplesdontelle est
suivie: noussommesen présenced'un« actedirigésurl'immanent »
« par exemplepartoutoù un acte se rapporteà un acte (une cogi-
lalio à une cogitatio) appartenant au mêmemoi,ou encoreun acte
à un datumaffectif sensibleappartenant au mêmemoi,etc. »*.Les
deuxexemplesse réfèrent à des moments « réellement immanents »
à la conscience, le premierà un momentnoétique,le secondà un
momenthylétique. Toutefois, il fautnoterqu'il ne s'agitlà que de
deuxexemples (« par exemple...») et que, en outre,Husserltermine
la phrasepar un « etc. ». Or, ces deux exemplesépuisentà eux
seulsle domainede ce qui est « réellement immanent » à un flux
d'expériences (ou à une conscience déterminée), et néanmoins ils ne
sont, d'après Husserllui-même,que précisément des exemples.
Serait-ilpermisde penserà d'autresexemplesd'objetsimmanents
qui se situeraient en dehorsdes limitesde l'immanence réelle?
A titred'exemplespourles actes« dirigéssurle transcendant »,
Husserlmentionne ici : « Par exempletousles actesdirigéssurdes
essences ou surles expériences intentionnelles d'autresmoi,liées à
d'autresfluxd'expériences, de mêmetous les actes dirigéssur les
choses,surles réalitésen général,commeon le verrapar la suite1.»
Or,en ce qui concerne le premier de ces exempleset qui estsouligné
par Husserl,nous savons bien que ce n'est qu'au sens réelque
n'importequelle essenceest transcendante. Cependant,ce que
« nousverronspar la suite», c'est que, d'aprèsHusserl,« de même
qu'on distinguait sur le plan des objets individuelsentreobjets
immanents et transcendants, la même distinction s'applique aux
essencescorrespondantes »2.

aux seuls momentshylétiques des « vécus ». Nier,commele faitla note 1 à la


p. 186,« qu'on a faitdu 'sens' une composanteréelledu vécu, commela hylé»
(noussoulignons), c'est peut-êtreencoreconfondre le « réel» et 1' « hylétique».
S'il estnotéenfin,à titrede commentaire à la p. 201 (n. 2), que « la confrontation
de la hyléet du noèmeest pousséeplus avant, § 97 », on peut craindrequ'une
confusion préalabledu réelet de l'hylétiquen'ait amenéici le traducteur des Ideen
à concevoir le noétique,puisqu'ilestréel,commeun moment« au fond» hylétique.
1. L. c, p. 68 ; nous soulignons.
2. L. c, p. 114.

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496* REVUE PHILOSOPHIQUE

L'équivoquesemblese leverlorsquenous apprenonsà la fin


du § 38 qu' « une 'inclusion' réelle (...) est un caractèredistinctif
de la perceptionimmanenteet des prises de positionqui se fondent
surelle; il manquedansla plupartdes autrescas où des expériences
intentionnelles se rapportent à l'immanent, commedéjà dansle cas
des souvenirs de souvenirs w1.Parlantde l'immanence au sensd'une
telle« inclusion» réelle,l'on ne sauraitdonc affirmer que nous la
rencontrions « partoutoù un acte se rapporteà un acte (une cogi-
tatioà unecogitatio) ». N'en faut-ilpointconclurequ'en définissant
commeil vientde le fairedans ce mêmeparagraphe, les « actes
dirigés sur l'immanent », Husserl ne peut viser la seule immanence
(ou « inclusion ») réelledes objetsintentionnels au mêmefluxd'expé-
riencesauquel appartiennent ces actes? Alorsl'immanence définie
ici devraitcorrespondre à ce « conceptplus larged'immanence en
général », dont parlait Videe der Phänomenologie et dont l'imma-
nenceréelle,qui inclutl'objetintentionnel d'uneperception imma-
nenteà celle-ci, « ne constitue qu'un cas particulier ».
Encorey a-t-illa difficulté que voici : du débutdu textequ'on
vientde citer,on peut proposer,avec Ricœur,la traductionsui-
vante: « Ce type'd'inclusion1 réelle(...) est un caractère distinctif
de la perception immanente*... » Se fondantsurcettetraduction, on
«
peut douters'il fautvraimentconcevoircette inclusionréelle»
commeun « cas particulier » de l'immanence en général,ou bien
s'il s'agitseulement d'un modeparticulier de 1' « inclusionréelle»
elle-même et qui seraitpropreà la perception immanente.
Il semblede nouveau,à lire le § 41 (« La composition réellede
la perception et son objet transcendant »), que Husserln'emploie
ici les notionsd'immanence et de transcendance qu'au sens réel.
Au débutde ce paragraphe, il pose la questionde savoir: « Quels
sont,si l'on adoptetous ces présupposés, les éléments qui forment
la compositionconcrèteet réellede la perceptionelle-même,
prise au

1. L. c, p. 69 ; nous modifionslégèrementla traductionde Ricœur. Cf. note 5


à la page 493.
2. Ibid. : « Diese Art reellen 'Beschlossenseins'... » Ricœur ne semble pas
croire- le texte le permettrait- qu'il ne soit question ici que d'un mode parti-
culier d'immanence réelle. D'autre part, l'on pourrait se demander s'il a assez
clairementremarqué le fait que Husserl parle ici d'un « caractère distinctifde
la perceptionimmanente», c'est-à-dire d'un caractère particulierqui distingue la
perceptionimmanente, non seulement de toute autre perception et de tout acte
transcendanten général,mais encorede toutautreacteimmanent; cf. p. 494, note 3.

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R. BOEHM. - LES AMBIGUÏTÉS DES CONCEPTS HUSSERLIENS 497

sens de cogitalio1 ? » Et il commencepar y répondrenégative-


ment, en disant que le 'mondedes apparences'..., aussi *purement
subjectifqu'on le déclare,n'entrepas..., lui et toutesles choses
singulières et tous les événements qui le forment, dans la compo-
sitionréellede la perception ; il lui est opposé comme' transcen-
dant'))2.Il est manifeste que « transcendant » signifie
ici : réellement
transcendant. Il est vrai que les deux sens d'immanenceet de
transcendance pourraient se confondre dansle cas de la perception
immanente ; mais quel que soit le sens de ce derniermotlorsqu'il
sertà déterminer un typeparticulier de perception, il est évident
que, dans le texte qu'on vient de citer,il est certainement question
de la perception des « choses» transcendantes. - II ne resterait
que la seulepossibilité de croirequ'après«'transcendant* »estsous-
entendu: « réellement » ; en effet, pourrait-on fairevaloir,il nes'agit
expressément que d'une« 'transcendance' » du « monde» parrapport
à la « composition réellede la perception ». Maisunetelleargumen-
tationserait-elle suffisamment éclairante?
En effet, les ambiguïtés qui s'ensuiventdu « doublesens» des
concepts d'immanence etdetranscendance, clairement distingué dans
les Fünf Vorlesungen de 1907,semblentdégénérer, au chapitreII
de la « Phänomenologische Fundamentalbetrachtung » des Ideen
de 1913, en une confusioncomplète.Ou bien aurions-nous tort
d'insistertellementsur cetteanciennedistinction, introduite par
Husserl,malencontreusement peut-être, dans un cours qu'il ne
destinaitpointlui-même à la publication, et abandonnéedélibéré-
ment,à ce qu'il paraît,dans ce chef-d'œuvre que sontles Ideen?
La suitedes analysesdu chapitrenous confirmera, du moins,de
manièreirréfutable le
que problèmeque nous poursuivons n'estni
« faux», ni artificiel.
En effet,au § 42 du chapitreII, Husserllui-mêmefait une
allusiontrèsnetteau « doublesens» des idéesd'immanence et de

1. L. c, p. 73. - RicœurtraduitBestand,que nousrendonspar « effectif »,


par « composition » ; traduction sans douteforthabile,mais quelquepeu dange-
reuse; il en va de mêmepour« éléments» (motintercalépar Ricœur,sanscorres-
pondantau texteallemand).- La meilleuretraduction pourBestandserait,par
ailleurs,« intégralité » ; en effet,ce motfrançaissignifieà la foisun « contenu»
intégralet une conservation de ce « contenu», commec'est aussi le cas pour
Bestand; malheureusement, ce termefrançaisest peu maniable,surtoutau
pluriel.
2. Ibid.
TOME CXLIX. - 1959 32

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498 REVUE PHILOSOPHIQUE

transcendance. C'est d'ailleursce paragraphe, intitulé: « L'êtreen


tantque conscienceet l'êtreen tantque réalité.La distinction de
principe entreles modes d'intuition », qui doit à
établir, partir des
considérations précédentes, « la distinction de principela plusradi-
cale qui soit,en général,entreles modesde l'être,la distinction
entreconscience et réalilé('naturelle')1». Cettedernièredistinction
sera d'uneimportance «
capitalepour la possibilité de principede
détacherl'ensemble du mondenatureldu domainede la conscience,
de la sphèred'être de l'expérience»2,possibilitésur laquelle se
fondera,à son tour,la réductionphénoménologique « transcen-
dantale».
Husserlidentifie cettedistinction de principeentreles modes
d'êtrede la conscienced'une partet de la « réalité» d'autrepart,
avec celle entrel'immanence et la transcendance, en continuant
ainsi,immédiatement après avoir énoncé la première de ces distinc-
tions: « Cetteoppositionentreimmanence et transcendance enve-
il en
loppe(comme ressort, outre, de notre analyse)une distinction
de principedans la façon dont Vune et Vautrese donnent3.» Cette
traductionde Ricœurest bien exacte, c'est-à-direconformeau
;*c'est dans ce dernierqu'à vrai dire,noussemble-
textehusserlien
il
t-il, y a unmot » - « enoutre
de trop: « ferner ». D'aprèsnous,il fau-
draitsupprimerce dernier mot.En effet,c'estsurle seulfondement
de principeentreles modesde présence»4 - fonde-
d'une « distinction
mentaménagéen principepar les analysesprécédentes du cha-
-
pitre que Husserl peut établirici « la distinctionde principe...
entreles modesde Vêlre»5.Or,le mot« ferner)), dontnousdiscutons,
pourraitfairecroireque cettedistinction « ontologique» est indé-
pendante de la distinction« phénoménologique » entreles modes
de présence.En fait,non seulementla distinction « ontologique»
entreconscienceet réalitérepose-t-elle entièrement sur la distinc-
»
tion « phénoménologiqueentreles modesde présencepropresà
I' « immanence », d'unepart,et à la « transcendance », de l'autre;
mais encoreces dernières idées ne désignent-elles en elles-mêmes,
à y regarderde plus près,que deux modesde présence. - Nous

1. L. c, p. 77.
2. L. c, p. 87.
3. L. c, p. 77.
4. Pour notretraduction,ci, p. 487, note i.
5. Nous soulignons.

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voulionsinsistersurce pointafinde souligner l'importance fonda-


mentalequi revient, danscetteMéditation phénoménologique fonda-
mentale, à la distinction de l'immanent et du transcendant.
Or, au débutdu paragraphe,Husserlavait parlé une foisde
plus d'immanence et de transcendance au sens réel1.Cependant,
une vingtainede lignesplusloin,l'analysequi y étaitamorcéeest
interrompue et Husserlcontinueainsi : « Avant de développer
quelquepeucetteopposition de l'immanence et de la transcendance,
nous feronsencoreune remarque2... » D'après ce que nousvenons
de dire,« cetteopposition de l'immanence et de la transcendance »,
de
qu'il s'agira développer ultérieurement, ne semble pouvoir être
que cellede l'immanence et de la transcendance réelles.Toutefois,
la « remarque» préalablequ'on vientd'annoncer concernera préci-
sémentle rapportqui existeentrecettepremière distinction d'im-
manenceet de transcendance et une distinction ultérieure,basée
surdesconceptsdifférents d' « immanence » et de « transcendance ».
En ce sens,on pourraitconsidérer »
que cette« remarque apporte
elle-même un « développement » ultérieur à « cetteoppositionde
l'immanence et de la transcendance ». Le véritablesujet de cette
« remarque» ne serait-ilalorsriend'autreque l'affirmation fonda-
«
mentaledes deux distinctions de principe», dontnousvenonsde
parlerdéjà et qui seraientannoncéesici à titre d'une simple
« remarque» ? Mais ces dernièresdistinctions ne reposent-elles
point, elles aussi,comme nous venons de le souligner, surun déve-
loppement ultérieur «
de cetteopposition de l'immanence et de la
transcendance » ? Et quellesera doncla signification de l'allusion
que fera Husserl au « double sens » des concepts d'immanence et
de transcendance ?
Voicicette« remarque» elle-même : « Si nousmettonsde côté
la perception, nousrencontrons diversessortesd'expériences inten-
tionnelles qui excluentde par leuressencemêmeque leursobjets
intentionnels soientréellement immanents, quels que soientd'ail-
leursces objets.C'estle cas, par exemple,de toutesles espècesde
présenti fication: le souvenir,la saisie par intropathie de la cons-
cienced'autrui,etc. Nous n'avons pas le droitnaturellement de
confondre cettetranscendance avec celle qui nous occupeici3.»
l. L. c, p. 76.
2. Ibid.
3. L. c, pp. 76-77.

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500 REVUE PHILOSOPHIQUE

En premier lieuet d'unemanière générale, ce textenousconfirme


le
que problème d'une signification ambiguëdes conceptsd'imma-
nenceet de transcendance continuebien d'existerau niveau des
Ideen.Plus particulièrement, nous y trouvonsune confirmation de
notreinterprétation préalabledes remarquesdu § 38 au sujet du
« caractèredistinctif de la perception immanente ». En effet,il faut
bienles entendreen ce sensque, parmitous les actes immanents,
seulela perception immanente a le privilège d' e inclure» réellement
son objet intentionnel. Par contre,une transcendance réellede
l'objetintentionnel par rapportà l'acte qui le vise est caractéris-
tique de toutesles expériences intentionnelles en dehorsde la per-
ces
ceptionimmanente, expériences intentionnelles fussent-elles,
d'ailleurs,« dirigéessur l'immanent » ou « sur le transcendant »:
ou biende toutesles expériences intentionnelles, « quels que soient
d'ailleursleursobjets» ; vers1923,Husserly ajouteraencoreexpres-
sément: « Fussent-ils mêmedes objetsimmanents1. »
Et en effet,quelques lignesplus loin, après avoir énoncéla
« distinction de principeentreles modesde présence», Husserl
réaffirme : « Perceptionsimmanenteet transcendante ne se dis-
tinguent pas seulement en ce que l'objetintentionnel, authentique-
ment'présenten personne',est réellement immanent au percevoir
le
dans premier cas et ne l'estpas dansl'autre: la distinction tient
plutôtà une différence essentielledes modesde présencequ'on
retrouve également, mutatis mutandis, danstoutesles modifications
de la perception sous formede présenti fication,dans les intuitions
parallèles du souvenir et de l'imagination2. » Ce qui semblerevenir
à direque la différence qu'on peutétablirentrela perception imma-
nente d'une part et d'autre part, non seulementla perception
transcendante, maisencoretousles autresactesou toutesles autres
expériences, immanents ou transcendants, à savoirla différence qui
repose sur le « caractère distinctif de la perceptionimmanente »
d'inclureréellement sonobjetintentionnel, n'estpointla « différence
essentielle ». Cettedernière, cellequi permetd'établirla distinction
de principeentretouteprésenceimmanente (perceptive ou non) et
toute présenceradicalement transcendante (et donc aussi la dis-
tinctionultérieure entreles « modesde l'être» correspondants de
1. Cf. GesammelteWerke, t. III.
2. L. c, p. 77 ; nous modifions
la traductionplus élégante,mais néanmoins
moinsclairede Ricœur; cf. p. 488, note 1.

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R. BOEHM. - LES AMBIGUÏTÉS DES CONCEPTS HUSSERLIENS 501

la « conscience» et de la « réalité»), ne se réduiraitdoncpointà


l'oppositiond'immanence et de transcendance réelles.
Rappelantque tous les objets intentionnels sont réellement
transcendants par rapportà tous les actes qui les visent,avec la
seule exceptionde l'objet d'une perceptionimmanente,Husserl
nousdisait: « Nousn'avonspas le droitnaturellement de confondre
cettetranscendance aveccellequi nousoccupeici.» Nousentendons
immédiatement : « Nous n'avonspas le droitde confondre cette
transcendance »
réelleavec celle qui nous occupeici ; et nous en
conclurons évidemment : la transcendance « qui nous occupeici »
n'est pas la transcendance au sensréel.Et pourtantde nouvelles
difficultéset ambiguïtés ne tarderont pas de surgirdans la suite
de l'exposéhusserlien. Elles pourrontdonnerlieu à remettre en
doutejusqu'à l'interprétation apparemment évidentequ'on vient
de proposer de la phrase: « Nousn'avonspas le droitnaturellement
de confondre cettetranscendance avec celle qui nous occupeici. »
En effet, l'on pourrait faire remarquer: Husserlvient de faire
allusionà la transcendance réellepropreà tous les objets inten-
tionnelsde toutesles expériences intentionnelles, saufla perception
immanente. Cettetranscendance réelleappartient mêmeaux objets
intentionnels d'actes « dirigéssur l'immanent», pourvuqu'il ne
s'agissepas de perceptions. Dans le cas de ces actes-là,la trans-
cendanceréelle de l'objet intentionnel n'exclutdonc pas qu'il
s'agissenéanmoins d'un objet « immanent » dans un autresens.
Par contre,si l'objet intentionnel d'une perception la transcende
réellement,il s'ensuit d'emblée ne
qu'il peut en aucune façonêtreun
objetimmanent, étantdonnéque la perception immanente implique
nécessairement l'inclusionréellede son objet intentionnel en elle.
Il se peutdoncfortbienque Husserlait précisément vouluécarter
unetranscendance, sans douteréelle,maisqui n'exclutpas absolu-
mentune certaineimmanencede l'objet intentionnel réellement
transcendant, et retenirseulement une transcendance radicalequi
caractérise toutobjet qui demeureréellement transcendant, même
par rapport à une perception. Autrement dit, il se peut que, dans
cette« remarque » intercalée au § 42, Husserln'aitvouluqu'insister
davantageencoresur l'importance fondamentale qui reviendrait à
la distinction entrecetteimmanence réellequi constitue le caractère
distinctifde la seule perceptionimmanente, et la transcendance
réelleabsolument irréductible parceque résistant mêmeà la per-

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ception.Le passage suivant: « Perceptionsimmanenteet trans-


cendantene se distinguent pas seulement...», etc., devraitalors
également réinterprété soulignantles implications
être en « essen-
tielles» du mode de présencepropreà la perception immanente,
c'est-à-dire de l'immanence réelle.
En effet,commenousvenonsde le diredéjà, la suitede l'exposé
husserlien favorise nettement ces dernières interprétations : comme
il l'avait annoncéau momentd'introduire la « remarque» qu'on
vientd'analyser,Husserlcontinuera « de développer... cetteoppo-
sitionde l'immanence et de la transcendance » réelles.Par contre,
la distinction d'une immanenceet d'une transcendance « pures»
au sens de Videe der Phänomenologie, de 1907, et à laquelle la
« remarque » faitpourtantindiscutablement allusion,ne trouve,dans
le contexteque nousexaminons, pas la moindre explication positive.
Or, le texte des Fünf Vorlesungen n'étaitpointà la disposition
du lecteurdes Ideenavant 19501.
Sans doute,en opposantl'immanenceréellequi constituele
mode de présencepropreà l'objet intentionnel d'une perception
immanente, à une immanence qui comporteelle-même une trans-
cendanceréellede l'objet« immanent » par rapportà l'acte qui le
vise,le § 42 des Ideenrappelle-t-illa distinction de VideederPhäno-
menologie entre l'immanence réelleet une immanence « pure» qui
dépassela sphèrede cetteseule immanence réelle.Cependant,en
introduisant cette distinctionen 1907, Husserlvoulait affirmer
qu'une sphèrede présenceabsolueet authentiques'étendau delà
de la sphèrede l'immanence réelle.Or,il estvraique les §§ 44 à 46a,
qui terminent le chapitreque nous analysonsici sontcentrés,eux
aussi,surcetteidée,étroitement miseen rapportaveccelled'imma-
nence,d'une « présenceabsolue»3.Sans douteaussi la « différence
1. Ricœur en a eu connaissance au moment de publier sa traduction des
Ideen ; voir l'Introductionà celle-ci,surtoutp. xxxv, où il est question de la double
distinction entre immanence et transcendance dans Videe der Phännmenologie.
2. Nous sautons ici le § 43 qui contient 1' « Elucidation d'une erreurde prin-
cipe » ; nous ne pouvons le faire sans soulignerexpressémentque ce paragraphe
est un des plus importants de l'ouvrage tout entier. En effet,il offrela clé de
problèmes qui sont à l'origine même de la conception husserlienned'une phéno-
ménologie pure et d'une philosophie phénoménologique.Cf. notre étude « Zum
Begriffdes « Absoluten » bei Husserl », Zeitschriftfür philosophischeForschung,
XIII (1959), pp. 214-242.
3. L'expression de « présenceabsolue » (« absolute Gegebenheit »> n'apparaît pas
elle-même dans ces textes des Ideen. On ne la retrouve que dans des annexes

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essentielleentreles modesde présence» dont parle le § 42 lui-


mêmedoit-elleêtre comprisecommecelle qui existe entreune
« présenceabsolue» et tout autremode de présence.Sans doute
enfins'agit-illà, d'aprèsce derniertextemême,d'une différence
« qu'onretrouve
essentielle également, mutatis mutandis, danstoutes
les modificationsde la perceptionsous formede présenti »:
fication
ellene concerne doncpas seulement les (deux)modesde perception.
Toutefois,cettedistinctionne se fondeici que surle critèrede
l'immanence et de la transcendance réellesd'un objet intentionnel
parrapportà l'actequi le viselorsquecetobjetintentionnel devient
celui d'une perception.D'une manièreplus explicite,ce critèrede
la présenceabsoluese trouveénoncéau § 44 où il est dit « que la
perception d'une expérience est la visionsimplede quelquechose
qui dans la perception
estdonné(ou peut se donner)entantqu'absoluw1.
Or noussavonsque la perception d'une expérience(ou perception
a le
immanente) privilège d'inclureréellementsonobjetintentionnel.
un
Lorsquealors, peu plus loin,Husserlaffirme que « l'essencede
la présenceimmanente impliqueque celle-cidonneun absolu »2,
le lecteurn'y entendra-t-il pointqu'une présenceabsoluen'appar-
tienne,essentiellement, qu'à la seulesphèrede l'immanence réelle?
Contrairement aux thèsesdes « cinq leçons» de 1907,la sphère
de la présenceabsoluesemblese réduirede nouveauà celle de la
seuleimmanence réelle.L'exposédu chapitreII de la « Méditation
phénoménologique fondamentale » des Ideen,semblealorsconstituer
une rechutesur le niveaudu « premierdegré» de la « méditation
phénoménologique » de 1907,soitsurle niveaudes LogischeUnter-
suchungen.
Il est vraide nouveauqu'en affirmantla présenceabsolued'un
objet réellement immanent, Husserlne va pointjusqu'à exclure
de manièreexplicitequ'un objetimmanent, maisqui ne le soitpas
réellement, ne puisse apparaîtreégalementsous le mode de la
présenceabsolue. En fait,il n'est questiondans ces textes,de
façonexplicite,que de la « présenceimmanente » qui s'offreà la

husserliennesà cet ouvragequi datentde plustard; cf.parexemple,Gesammelle


Werke,t. Ill, BeilageXII (de 1922). Toutefois,dans les Ideen de 1913,il est
fréquemment faitusage d'expressionstellesque a donnéen tant qu' 'absolu' »
(* als Absolutesgegeben»), etc.
1. L. c, p. 81.
2. L. c, p. 82 ; légèremodification
de la traductionde Ricœur.

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perception dirigéesurl'immanent. Rappelonsici les titresdes §§38


et 41, citésplus haut déjà. Le § 44, intitulé: « L'être purement
phénoménaldu transcendant.L'être absolu de l'immanenta1,
aborde immédiatement son sujet par une comparaisonqui ne
concerneque la « perception de la chose»2,d'une part,et la « per-
ceptionde l'expérience »3,de l'autre.Le § 45 a pourtitre: « Expé-
riencenonperçue,réaliténonperçue» ; en réalité,il ne traitecepen-
dantque des perceptions possibles.Le § 46, enfin,n'exposeque la
«
thèse: Que la perception immanente estindubitable et la perception
transcendante sujetteau doute4.» Par le faitque dans les para-
graphes finaux du chapitre,il s'en tientquasi exclusivement à la
description des caractères distinctifsde la perceptionimmanente et
de la perception transcendante, Husserl esquive donc ici les pro-
blèmesqui se posent,relativement à l'idée d'une « présenceabso-
lue », en conséquencedu « doublesens» des conceptsd'immanence
et de transcendance ; « doublesens» qui se trouvaitexplicitement
analysé dans Videe der Phänomenologie et qui, rappelons-le, est
implicitement admis,du moinsau § 42 des Ideen.
C'estainsique ce chapitreII de la « Phänomenologische Funda-
mentalbetrachtung » des Ideen, chapitre où la distinctionde l'imma-
nentet du transcendant se trouveexposéepour la premièrefois
dans cet ouvrage,se terminesur une ambiguïtéqui frôlel'équi-
voque et la confusion.
IV

Avant de poursuivrenotreproblèmeen analysantles textes


des Ideenqui s'y rapportent
ultérieurs et qui pourront
J'éclaircir,
nousnousarrêtons d'ordreplus général,concer-
ici à une réflexion
et la problématique
nantle rôle,la signification particulièrede ce
chapitreII de la « Méditationphénoménologique fondamentale »
des Ideen,que nous venonsd'examinerà l'égarddu problèmede

1. Dans ce titre,la présenceabsolue se trouve pour la premièrefoisidentifiée


à un êtreabsolu. Les premiersparagraphes du chapitre III de la deuxième section
approfondirontcette idée. Dans la présente étude, nous faisons abstraction de
ce problème de l'être absolu ; pour l'aborder, il faudrait surtout tenir compte
de r « Elucidation d'une erreurde principe », tentée par Husserl, au § 43 des
Ideen ; cf. p. 502, note 2.
2. L. c, p. 80 ; nous soulignons.
3. L. c, p. 81 ; nous soulignons.
4. C'est nous qui soulignonsles motst nonperçue» et « perception» dans ces titres.

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la distinction de l'immanence et de la transcendance. Les résultats


de cetteréflexion nousaideront, la à
par suite, comprendre l'origine
de la confusionapparentede ces conceptsambigusà ce niveau
déterminé de la démarche husserlienne. D'autrepart,noussaisirons
mieuxaussi,à partirde là, l'importance capitalequi revient,en
fait, à la double distinction entre immanence et transcendance dans
la conceptionhusserlienne d'une phénoménologie « constitutive ».
Les analysesdu chapitreII de la deuxièmesection des Ideen
sontdestinéesà établirla possibilitéd'une réductionphénoméno-
logiqueen montrant « la possibilitéde principede détacherTen-
sembledu mondenatureldu domainede la conscience» ; à son
tour,cettepossibilité reposesurla « distinction de principe» entre
le « moded'être» de la « conscience » et celuide la « réalité» ; cette
distinction « ontologique » se fonde,elle,surune autre« distinction
de principe» préalableet qui concerneles « modesde présence»
de l'immanent et du transcendant. Or, nous venonsde constater
que cette dernièredistinctionfondamentale n'est dégagée elle-
même,dansce chapitre, que d'une manière ambiguë, voireconfuse.
Et pourtant, cettedistinction sembledevoirconstituer le fondement
mêmede la miseen œuvred'unephénoménologie à la fois« pure»
et « transcendantale », à l'aide d'uneméthodede réduction phéno-
ménologique. Gomment donc expliquerl'insuffisance manifeste de
ce textecentralde « La méditation phénoménologique fondamen-
tale », dans le chef-d'œuvre de Husserl?
Rappelonsici que Ricœurtraduit,d'unemanièreplusmodeste,
ce titrede la deuxièmesectionde l'ouvragepar « Considérations
phénoménologiques fondamentales ». En effet, il estimequ'à vrai
dire, « cette seconde section a encore un caractère préparatoire »*,
et non véritablement fondamental ; c'est pourcettemêmeraison,
sansdoute,qu'il préfère danssa traduction le plurieldu mot« consi-
dération » au singulier appuyédu titreallemand.En ce quiconcerne,
plusparticulièrement, le chapitreII de cettesection,Ricœur,dans
son résumé,le traitemêmeavec un certainmépris: « Le but est
modeste: il s'agitde se préparerà s'affranchir de l'attitudenatu-
relleen brisantle naturalisme qui n'en est qu'une des manifesta-
tionsles moinssubtiles.En langagehusserlien: la 'région'cons-
cienceest autreque la ' région'nature...Le cheminn'est pas sans*

1. Cf. p. 85, note 1.

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danger; il inclinedéjà à penserque la réductionconsisteà sous-


trairequelquechose : la naturedouteuse - et à retenirpar sous-
tractionun résidu: la conscienceindubitable. Cettemutilation...
est la contrefaçon de la réduction véritable...1 » Le problèmequi
-
préoccupeRicœur et qui n'estpas tellement étranger au nôtre-
ressortplusclairement de la première phrasedu résuméqu'il donne
du chapitreIII : « Le chapitreIII redresse l'analyse: la conscience
est non seulement autre la
que réalité, mais la réalitéest relativeà
la conscience...2 » En effet, le § 49 des Ideencontientun passageoù
il est affirmé toutà la foisqu' « entrela conscienceet la réalitése
creuseun véritableabîmede sens» et que « nousavonsd'un côté...
un êtrepurement contingent de l'autreun êtrenécessaire
et relatif,
et absolu...»3.Manifestement, ce passagedonnelieu à s'interroger :
comment affirmer l'existenced'un « véritableabîmede sens» entre
un êtreau sensabsoluet ce dontl'êtren'a un sensque relativement
à cet êtreabsolului-même ? L'êtrerelatifne doit-ilpointrecevoir
toutson « sens» proprede l'êtreabsoluet doncy « participer »?
Voilà un graveproblème que les interprètes de Husserlne semblent
guère avoir réellement résolu jusqu'à présent.En ce qui concerne
la solutionque Ricœur- et la plupartdes commentateurs -
semblentfavoriser, elle consisterait à ne
simplement pointprendre
au sérieuxle prétendu« abîmede sens» et à s'en tenir,en finde
compte,à la « relativité» de la réalitépar rapportà la conscience
absolue4.
De toutefaçon,Ricœurinterprète en fonction de cettesolution
»
fortsimpledu problèmede Y « abîme les texteshusserliens qui
nous occupentici. Ainsi,il note,en guised'interprétation d'une
« limitation » de l'èpocheque proposeHusserlau § 32 : « La réduc-
tion est limitéeau mondecommevis-à-visde la conscience.Du
mêmecoup,son sensest dangereusement altéré; elle n'est qu'une
exclusiondestinéeà révélerla consciencecomme« résidu» (§ 33,
début), c'est-à-direcomme'région'ontologique(§ 33)... Ce ren-
versement est le fruitde cetteréduction limitée,mais il est seule-

1. Edmund Husserl, Idées directricespour une phénoménologie,traduit par


Paul Ricœur. Introduction du traducteur, p. xvi.
2. L. c, pp. xvi-xvii.
3. Ideen, l. c, p. 93 ; cf. les « distinctionsde principe » au § 4*¿.
4. Cf. cependant p. 493, note 1. - Pour une autre solutiondu problème,voir
notre étude Zum Begriffdes * Absoluten» bei Husserl ; cf. p. 502, note 2.

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ment une préparationà la réductionradicale qui », continue


Ricœur,« n'estencoreque suggéréedans les Ideend1.Ici, Ricœur
admet- ou prétend- qu'il interprète le textedes Ideende 1913
en fonction de principesempruntés à d'autrestexteshusserliens,
datantd'unepériodeultérieure2. Maisil se fondepourtantsurcette
interprétation du § 32, lorsqu'ilcommente commesuit le passage
finaldu chapitreII de la secondesection,« touchantla possibilité
de principe de détacher(Ablösbarkeit) l'ensemble du mondenaturel
du domainede la conscience» : « Cetteexpression (d'Ablösbarkeit)
confirme le desseinde ce chapitrequi est de séparerune région
d'être.Ce desseinmêmeimposeaux conséquencesatteintesune
« validitérestreinte » (derniermot du chapitre); en effet, ellesne
peuvents'accorderqu'avec une èpocherestreinte et mêmelimita-
tivepourqui la conscienceest un résidu,non une origine3. »
II est vrai,en effet, ce
que chapitre II se termine la
par phrase
que voici : « Provisoirement, dégageonsnos conséquencessans
franchir les bornesd'unevaliditéencorerestreinte4. » Notonscepen-
dantque lescausesde cette« validitéencorerestreinte » se trouvent
indiquées dans la phrase précédenteque Ricœur a renoncéà
commenter : « II sera besoinultérieurement de quelquesdévelop-
pementscomplémentaires, d'ailleursfacilesà mettreen œuvre,
pour atteindre notrebut ultime5. » Ces « quelquesdéveloppements
complémentaires, d'ailleursfacilesà mettreen œuvre» et qui per-
mettront de (.<franchirles bornesd'unevaliditéencorerestreinte »,
suivront aux §§ 52 à 55. Le titremêmedu § 52 annonceces « Consi-
dérationscomplémentaires », et ce paragraphecommencepar la
phrase : « Mais il nousfaut apporter à présentlescompléments néces-
saires6.» Ricœur,dansunenote,affirme qu'il s'agitici de « Complé-

]. N. 1 de Ricœur à la p. 56 des Ideen,L c (trad.,p. 102).


2. Ricœur pense à la Formale und transzendentaleLogik, de 1929, et aux
Méditations publiéesen françaisdès 1931,ainsi qu'à l'article,auto-
cartésiennes,
risé par Husserl,d'EugenFink, « Die phänomenologische PhilosophieEdmund
Husserlsin dergegenwärtigen Kritik.MiteinemVorwort von EdmundHusserl»,
Kant-Studien, XXXVIII (1933),pp. 319-383;voirl'Introduction du traducteur,
/. c.
3. N. 3 de Ricœur à la p. 87, /.c. (trad.,p. 152).
4. L. c, p. 87, selon la traductionde Ricœur.
5. Ibid.
6. L. c, p. 97 ; légèremodification de la traductionde Ricœur qui dit :
« Mais il nousfautapporterquelquescompléments nécessaires», traduction
qui
ne laisseplusreconnaître le caractèrede renvoique possèdela phrasehusserlienne.

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mentsau § 40 d1.Ce n'estpas faux,maisce n'estpas exactnonplus*


Quoi qu'il en soit,en soulignantde tellemanièrela « validité
restreinte» (derniermot du chapitre)des résultatsacquis par
Husserlau chapitreII de la « Méditationphénoménologique fonda-
mentale», Ricœurnousproposeune explicationdes faitsque nous
venons de constaternous-mêmes.Seulement,par malheur,il
» au momentprécisoù Husserl,
insistesurcette« validitérestreinte
que « noireméditation
lui, vient d'affirmer atteintici son pointculmi-
nant.Nous avonsacquis les connaissances dontnousavonsbesoin.
Ces relationsessentielles qui se sont révéléesà nous contiennent
déjà les prémisses de la plus hauteimportance, d'où nous dégage-
ronsles conclusions que nous voulons introduiretouchantla possi-
de
bilité principe de détacher l'ensemble du monde natureldu
domainede la conscience «
»2.Du reste,la méditation », qui « atteint
ici son pointculminant», n'est pas seulementcelle qui remplitle
chapitrequi toucheici à sa fin,maisbien« La méditation phéno-
ménologique fondamentale » dans son ensemble.En effet,Husserl
faitallusionaux considérations qui vontsuivreet qui devrontse
fondersur les prémisses acquisesau coursdu chapitreII de cette
section.Il ne seraitdoncpointarbitraire d'admettre,contrairement
à l'opinionde Ricœur,que ce chapitreII, traitantde « La cons-
cienceet (de) la réaliténaturelle», constituele textecentralde
l'ouvragetout entier3.
Un faitincontestable semblepourtantdonnerraison,en prin-
cipe, l'interprétation Ricœur.Car il fautadmettreavec lui
à de
que, de toutefaçon,« les analysesles plusimportantes de la IIe sec-
»
tionsonten dessousdu niveaude la réduction et que ces analyses
« qui préparentà la réductionphénoménologique... sont encoreà
l'intérieurde 'l'attitude naturelle'qu'il s'agit précisémentde
réduire»4; cela vaut certainement pour le chapitreII, qui nous
intéresseici en premierlieu. En effet,après avoir parlé pour la
première foisde « La thèsede l'attitudenaturelleet (de) sa mise
horscircuit»6 au chapitrepremierde la section,Husserlrepart

1. N. 1 de Ricœur à la p. 97, /. c.
2. L. c, p. 87 ; légères modulations de la traduction de hicœur. inous
soulignons.
3. Cf. p. 505, note 1.
4. Ricœur, Introduction du traducteur, pp. xiv-xv.
5. Ne pourrait-ontraduireAusschaltungplus simplementpar « écartement» Y

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expressément,au début du chapitre II (§ 33), « du moi, de la


conscience,des expériencesqui nous sont données dans l'attitude
naturelle a1. Au § 39, il rappelle : « Nous n'avons toujours pas
abandonné le terrainde l'attitude naturelle2.» Dans une note qui
sera ajoutée au § 42, vers 1923, Husserl répète encore que c'est
« surle terrainnaturelque nous nous mouvons»3.Ce n'est qu'au § 50,
c'est-à-direau bon milieu du chapitre III, que « nous nous repor-
tons à nouveau au premierchapitre,à nos considérationssur la
réductionphénoménologique» et que « nous opérons la 'réduction
phénoménologique'4».
Si donc nous nous en tenons à ce que nous dit Husserl lui-
même,il nous faudra admettreque, paradoxalement,« La médita-
tion phénoménologique fondamentale » « atteintson pointculminant»
tout en restantsur « le terrainde l'attitude naturelle». Ce « point
culminant» de la méditationphénoménologiquefondamentaleest
atteint au chapitre II, chapitredont les analyses - Ricœur aussi
l'admet de manièreimplicite- sont « les plus importantesde la
IIe section» et néanmoins« en dessousdu niveau de la réduction».
Nous allons voir qu'en fait, les difficultés que nous avons ren-
contrées en analysant ce chapitre, remontentessentiellementà
cette ambiguïtéfondamentale, qui ressortdu fait que la « méditation
phénoménologique fondamentale» se situe elle-mêmesur un plan
« pré-phénoménologique »6.
Or, à vrai dire, il n'y a rien d'étonnant dans ce dernierfait.
Il ne tientni à une négligencefortuitede Husserl dans la rédaction
de l'ouvrage, ni à une insuffisance générale de la méthode phéno-
ménologiqueau niveau des Ideen de 1913 et que Husserl réussirait
peut-être à surmonterdans ses écrits ultérieurs. Il relève, au
contraire,d'une nécessitéessentielleet fondamentale: une phéno-
ménologiene peut se fonderqu'à partird'un « niveau » préphéno-
ménologique; c'est-à-direelle doit se fondersur le terrainmême
pe « l'attitude naturelle ». Ce terrain « naturel » se trouve « en
dessousde la réduction», dans un sens problématique,mais positif

1. L. c, p. 58; légerchangement de la traductionde Ricœur.


2. L. c, p. 69 ; légèremodification
de la traductionde Ricœur.
3. Cf. GesammelteWerke,t. III.
4. L. c, p. 94.
5. Expressionemployéepar Ricœur,par exemplep. xx de son Introduction
;
n. 4 à la p. 55 ; n. 3 à la p. 57, /.c.

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510 REVUE PHILOSOPHIQUE

et fondamental. Bien qu'elles doiventprécisément être dépassées


par une phénoménologie « transcendantale » qui abandonne « le
terrainde l'attitudenaturelle», des « considérations praphénomé-
nologiques» doiventnécessairement êtreà l'originede cettemême
phénoménologie « transcendantale ».
Toutefois,ces affirmations ont encorebesoind'une précision
importante. Manifestement, ellesne sontexactestellesquellesqu'à
condition le
que philosophe doive nécessairement opérerun passage
de l'attitudenaturelleà celle du phénoménologue, dite « attitude
transcendantale » ; c'est-à-dire à conditionqu'en réalitél'attitude
du philosopheen tant que tel soit primitivement et « naturelle-
ment» d'abordune attitudeparfaitement naturelle.On peut ima-
giner,en effet,qu'il n'en soit point ainsi et qu'au contraire,le
philosophene soit philosopheque précisément du fait qu'une
existencedans l'attitudenaturellelui soit refuséeoriginellement1.
Et dansce cas, la nécessitéde fonder toutephilosophie - ou toute
-
phénoménologie en partantde l'attitudepréphilosophique - ou
-
préphénoménologique et naturellen'existeraitqu'au point de
vue de la « réalisationextérieure » de cettephilosophie ou phéno-
ménologie. Il ne faudrait recourir au terrain naturel qu'afin de
communiquer l'idée philosophiqueà autrui, au « public », au
« monde». La philosophie ne devraitdonc être« fondée» sur le
terrainnaturelque sousla formede sa « présentation » « littéraire »
ou didactique.Toutefois, cela revientà direque, seule,une philo-
sophiemuette etpurement « intérieure » pourraitse dispenser d'opérer
ce retourfondamental etparadoxalà l'attitudenaturelle, c'est-à-dire
une philosophie qui renoncerait à se « réaliser». D'autre part,lea
problèmes de la réalisation d'une philosophie touchentà la problé-
matique fondamentale de la philosophie elle-même. En effet,que
signifiele faitqu'une philosophie doivenécessairement être« pré-
sentée», afind'êtreréalisée,commeune doctrines'établissantsur
un « terrain» où, en réalité,elle n'a pointses véritablesracines?
Quelleest la relationentrele « pointde départ» d'unephilosophie
qui se « réalise» et ses vraiesorigines ? Cettequestionest du même
ordreque cellequi concerne lesrapports entre« raisons» et « causes»
en généralet, plus radicalement, entrele rcpcoTov Tcpòc Y)(Jiaçet le
7rpcùTov xaG'ocuTÓ, problème métaphysique par excellence. Il serait

1. C'est ce que nous sommesenclinsà croire.

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doncsuperficiel et erronéde considérerle problème que nousvenons


d'évoquer comme étant d'un ordre «
purement didactique», voire
« rhétoriquea1.
Nous pouvonsconclurequ'en se demandantcommentles ana-
lyses qui se trouventau centrede la IIe sectiondes Ideen de
Husserlpeuventjouer un rôle fondamental pour la conception
d'unephilosophie « »
phénoménologique, quy ellesn'abandonnent
bien
point d'emblée l'attitudedite « naturelle», on pose un faux
problème. Au contraire, le faitmêmeque ces analysespartentdéci-
démentet expressément du terrainnaturelprouvequ'ellesconsti-
tuentréellement la partiecentralede « La méditation phénoméno-
logiquefondamentale ».
EugenFink futun des premiers à attirerl'attention,
dans son
articleDie phänomenologische
PhilosophieEdmund Husserls in der
gegenwärtigen Kritik2, à « cet étonnantparadoxequi s'attacheau
commencement de toute philosophie» et qui « s'exprimedans une
aporiede principeà laquellese heurtetoutetentatived'exposerla
réductionphénoménologique... En un sens,tout exposé de cette
réductionphénoménologique est (nécessairement) faux. Et cela
pour la bonne raison que son de
point dépari sera toujoursle monde,
le terrainde l'4attitudenaturelle',attitudeque l'opé-
c'est-à-dire
rationde la réduction doitprécisément surmonter... »3.
Ricœurn'ignorepas non plus ce problèmecapital; il renvoie
par ailleursaux remarquesde Fink que nous venonsde citer:
« Commel'a montréE. Fink,dansson articledes Kantstudien, tout
exposéqui débuteest condamnéà resterau plan qu'il s'agitpréci-
sémentde transcender ; prisedans le monde,l'attitudenaturelle
ne peuts'apparaîtreà elle-même dans sa significationtotale.Aussi
ne trouverons-nous ici qu'un exposé 'faux',qui 'fait appelà une
opérationqui le surmonte'4. » Cependant,Ricœur,commele fait
déjà sentirla note que nous venons de citer,voit cetteprobléma-
tique sousun autre angleque nous (et Fink)et il en tiredes conclu-

1. On pourra comparerici les remarquesque nous avons consacréesau


problèmede la réalisationd'une « philosophie
commesciencerigoureuse », dans
notreétudesur Husserlet l'idéalismeclassique(Revuephilosophique de Louvainy
LVII (1959),pp. 395-6).
2. Cf. p. 507, note2.
3. L. c, p. 346.
4. N. 3 de Ricœur à la p. 48 (au débutde la IIe sectiondes Ideen),l. c.

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sionsbiendifférentes de cellesqui serontles nôtres(et surtoutcelles


de Husserllui-même). En effet, il sembleestimer que Husserlaurait
dû évitertout recourspréalableau terrainde l'attitudenaturelle,
afinde fonderla phénoménologie « transcendantale » d'unemanière
véritablement radicale.En conséquencedu faitqu'on y prendson
départd'unpointde vue naturel,noteRicœuren guisede commen-
tairegénéralau chapitreII de la secondesection,« les plusimpor-
tantesanalysesdes Ideen sont... à mi-chemin d'une psychologie
phénoménologique et de l'idéalismetranscendantal. C'estle sensde
cetteréduction restreinte annoncéeau § 32 »*.« Ce rapportambigu
de la psychologie intentionnelle et de la phénoménologie transcen-
dantaleexpliquele mouvement du chapitre2... » En effet,« l'analyse
partiede l'attitudenaturelle se metpardegréau tonde la réduction
proposéede façonabrupteau chapitreIer.Celle-ci,au reste,n'est
pas présentée de façonradicaledansles Ideen,ce qui expliquequ'on
la
puisse rejoindreinsensiblement... - Dans les Méditations carté-
*
siennes,au contraire,il n'y a pas de psychologie intentionnelle'
* ».
préalable: on passe toutde suiteau mondecommephénomène'3
Par contre,« les Ideen dessinentun cheminascendantqui doit
conduireà ce que Husserlappellela réduction ou mieuxla 'suspen-
sion' de la thèsenaturelledu monde»4et même« les analysesde
la IIIe et de la IVe section» ne dépassentpeut-être pas « un niveau
indécisentrela psychologie préparatoire et la philosophie vraiment
transcendantale »5.
Ce qui se trouvedonc,d'après Ricœur,à l'originedes ambi-
guïtésde la « Méditationphénoménologique fondamentale » des
Ideen et qui établitle niveau « indécis» auquel s'installecette
sortede phénoménologie préphénoménologique que sembleêtrela
« psychologie intentionnelle », c'est le faitque, partantde l'attitude
1. Voir nos remarquesprécédentes(au début de cette section)au sujet de
l'interprétation,proposéepar Ricœur,du passageen questiondu § 32 des Ideen.
Ce qui étonneici, c'est que Ricœursembleinterpréter Yopinionde Husserllui-
mêmeà partird'une critiqueextérieureet postérieure.
2. N. 3 de Ricœurà la p. 57 (au débutdu chap.II), /.c. - Pource qui concerne
le rôled'une « psychologie phénoménologique » ou « psychologie »
intentionnelle
dans les Ideen,d'aprèsRicœur, voirl'Introduction du traducteur, pp. xv, xxi
et xxvi.
3. N. 1 de Ricœur à la p. 48 (au débutde la IIe section).C'estnousqui sou-
lignons « par degré », « insensiblement» et « tout de suite ».
l. c. p. xv.
du traducteur,
4. Ricœur, Introduction
5. Ibid.

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naturelle,Husserlne peut s'y éleverau niveau« transcendantal »


qu' « insensiblement)), et «
apar degré)) par un chemin ascendant », au
lieud'y passer« toutde suite», « d'unseulcoup»*et alors« de façon
radicale»- commeil le feradanslesMéditations cartésiennesde 1929.
La solution« radicale» du problèmeproposéepar Ricœurconsis-
teraitdonc,finalement, à fonderune phénoménologie « transcen-
dantale » en négligeantet en ignoranttotalement,au départ,
l'attitudenaturelleet son terrain,et à se placerainsid'embléeau
pointde vue du Moi transcendantal. Mais ce faisant,ne suppose-
rait-onpoint du coup l'épochéet la réductiontranscendantales
accomplies ? Plus précisément, ne pourrait-on alors se passerde
toute méthodephénoménologique de réduction ? En fait,on se
limiteraità justifierle pointde vue « transcendantal » qu'on aura
adoptécommepointde départen dérivantde lui une conception
et une explication du mondequi répondent à toutesles questions.
A la méthodede « réductionphénoménologique » se substituerait
alorsune méthodede « reconstruction » des données(prétendues)
du monderéel et des mondesidéaux à partird'un principeposé
d'avanceet « vérifié» ensuitepar l'accomplissement mêmede cette
reconstruction. Or, une « phénoménologie », établieà l'aide d'un
tel procédé,n'auraitplusaucuntitrepourêtreappeléeune phéno-
ménologie au senshusserlien du terme.Si, par ailleurs,elle voulait
fonderune philosophie de typeidéaliste,elle retomberait dans les
« constructions idéologiques», que reprocheHusserlà l'idéalisme
allemandclassique2.- Nous voyonsici de quelle manièrele pro-
blèmestructurel du « pointde départ» qui se posepourtoutephilo-
sophiequi veutse réalisers'attacheparticulièrement à l'idéemême
d'une phénoménologie au senshusserlien.
Quant à parler,à proposde certainspassages des Ideen et
surtoutde la « Méditationphénoménologique fondamentale », de
« psychologie phénoménologique » ou « intentionnelle », plutôtque

1. Cf. le passage suivantde l'Introduction de Ricœur, p. xix : « Faute de


pouvoiraccéderd'un seul coup (nous soulignons)à l'intelligenceradicale du
sujettranscendantal par rapportauquel la 'thèse du monde' prend son sens,
l'analysedes Ideen laisse la réductiondangereusement associée à l'idée de la
destruction du mondeet à l'idée de la relativitédu mondeà l'absolude la cons-
cience.» II est vrai que ce passageest en contradictionavec la solutiondu pro-
blèmede I' « abîme», pourlaquelleRicœurnousa sembléopter(voirplus haut,
début de cettesectionde notreétude).
2. Voir notreétudesurHusserlet Vidéalismeclassique;cf . p. 511, note 1.
TOME CXLIX. 1959 33

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de « phénoménologie transcendantale », il est vrai,non seulement


que Ricœur peut en appeler au Nachwort zu meinenIdeen, de
Husserl, et à l'articledéjà mentionné de Fink1,mais qu'en fait,
vers1923,Husserllui-même a introduit, sousformede notesmargi-
nales dans un de ses exemplairespersonnelsdes Ideen,plusieurs
changements du textequi proposentde façonexpliciteune telle
interprétation. Ces changements, on les trouvesurtoutau cha-
pitre II de la deuxième, mais aussi au chapitreIII (« Noèse et
noème») de la troisième section de l'ouvrage2.
Toutefois,ces précisions-là n'expriment point,en premierlieu,
unecritique de l'auteurrelativeà la méthodedontil usaitlui-même
dans son ouvragede 1913. En effet, elles datentd'une époque où
il vientde découvrir et de reconnaître l'existenced'autres« chemins
versla réduction »3,à côté de celuiqui étaitchoisidansles Ideen*.
Parmices autreschemins,celui qui passe par une « psychologie
phénoménologique » (antérieureà la « phénoménologie transcen-
dantale») revêtune importance particulière présente avan-
et des
tages considérables, surtoutpar rapportau cheminqui est suivi
en principedans les Ideen.C'est ce chemindes Ideen qu'Husserl
nommeradorénavant« chemincartésien»6. On peut en conclure
que les notes inscritespar Husserl,vers 1923, aux Ideen,n'ont
pourfonction que de faireressortir les passagesde cet ouvrageoù,
néanmoins, le « cheminpar la psychologie phénoménologique » se
trouvedéjà entaméet utiliséde fait.
1. Ricœur, Introduction du traducteur, /. c, pp. xm, xv, xxvi, etc.
2. Cf. GesammelteWerke,t. III, en comparant les Textkritische Anmerkungen
Werke,t. VIII, Einleitungdes Herausgebers
(cf.p. 493, note 1) ; voir aussi Gesammelte
(par l'auteur de la présente étude).
3. « Chemins vers la réduction » (« Wege zur Reduktion ») est le titre de la
section B I (à l'intérieurdu groupe B : « La réduction») des manuscritsdu Nachlass
husserlien,conservé aux Archives-Husserlà Louvain ; cf. H. L. Van Breda et
R. Boehm, « Les Archives-Husserlà Louvain », Les étudesphilosophiques,nouvelle
série, IX (1954), pp. 3-9, ainsi que notre Introductionau vol. VIII des Gesam-
melteWerke.- Ricœur, qui a consulté les Archives, n'ignore pas cette problé-
matique des « chemins vers la réduction » ; cf. son Introduction,p. xvi.
4. Pour toute cette problématique, voir aussi Edmund Husserl, Nachwort
zu meinen a Ideen... », § 4.
5. Voir surtout Edmund Husserl, Erste Philosophie (1923-24) : II. Theorie
der phänomenologischen Reduktion, GesammelteWerke, t. VIII, par exemple,
pp. 259 et 275. - Ricœur lui-mêmecaractériseà plusieursreprisesde « cartésien»
le chemin poursuivi dans les Ideen, et tout en y ajoutant à l'occasion que ce
« chemin n'est pas sans danger » ; cf., par exemple, son Introduction, pp. xvi
et xviii, et sa n. 1 à la p. 54, /. c.

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Par ailleurs,la mise en cause du rôle privilégiédu « chemin


cartésien» des Ideen,par le faitde la découverte d'unemultiplicité
d'autrescheminspossiblesversla réduction, entraînepourHusserl
de gravesproblèmesd'ordreméthodologique général.C'est cette
problématique «
qui faitl'objet principald'une Théoriede la réduc-
tionphénoménologique » que Husserlessaied'élaborerdans la partie
systématique d'un cours sur VErstePhilosophie, faiten 1923-241.
Pendantles annéessuivantes,Husserlconsacreraplus particuliè-
rementses recherches à son idée d'une « psychologiephénomé-
nologique»2.
Pourplusieursraisonsque nousne pouvonsexposerici,Husserl
recourraencoreau « chemindes Ideen», dans les Méditations carté-
siennesde 1929. Et il faut même admettre avec Ricœur que ce
« chemincartésien» versla phénoménologie transcendantale y sera
poursuivisous une formeplus pureet plus radicale.Il ne fautpas
oubliercependantque Husserlfinitpar abandonner son projetde
présenter l'essentielde sa philosophie sous cetteforme de « médi-
tationscartésiennes »3.Il écritune nouvelleIntroduction à la philo-
sophiephénoménologique, sous le titre: Die Krisisdereuropäischen
Wissenschaften und die transzendentale Phänomenologie*. Dans ce
dernierécrit,le « chemincartésien» des Ideenet des Méditations
est complètement abandonné.La partieprincipalede la Krisis est
intitulée: « Éclaircissement du problèmetranscendantal. Sur la
fonction qui incombeà la psychologie par rapportà ce problème

1. Voir note précédente.


2. Dans le cadre de l'éditiondes Gesammelte Werke,un volumeconsacre
aux recherches de cette périodeet relativesà l'idée d'une psycho-
husserliennes
logiephénoménologique est préparéactuellement par WalterBiemel ; cf. Gesam-
melteWerke,t. VII : Einleitung des Herausgebers,p. xv, note.
3. Aprèsla publication,en 1931, de la versionfrançaisedes Méditations
Husserl travaillapendantde longuesannéesà la mise au point
cartésiennes,
d'une rédactiondéfinitivedu texte allemanddes Cartesianische Meditationen,
à un autrerésultatque l'abandonde ce projet,vers1934-
sans aboutirfinalement
1935, en faveurd'une autre publication : Die Krisis der europäischenWissenschaf-
ten und die transzendentalePhänomenologie (cf. note suivante). Les versions
publiéesen 1931et en 1950 (Gesammelte
françaiseet allemandedes Méditations,
Werke,t. I) présententprécisément par Husserl.
le textejugé non satisfaisant
Cf. StephanStrasser, Einleitungau vol. I des Gesammelte Werke,pp. xxvi-
au vol. VIII.
xxix, et YEinleitung
4. Premièreéditionintégrale,par WalterBiemel, au vol. VI des hesam-
melle Werke; Eine Einleitung in die phänomenologischePhilosophie est le sous-
titrede cet écrit.

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transcendantal », et on y expose les deux « chemins» suivants:


« A. Le cheminvers une philosophiephénoménologique transcen-
dantalequi partd'uneréflexion surle mondepré-donné de la vie »,
et « B. Le cheminvers une philosophiephénoménologique trans-
cendantalequi partde la psychologie d1.Et voicice qu'on peutlire
au § 43 de l'écrit,paragraphequi « caractérise un cheminnouveau
vers la réductionen l'opposantau 'chemincartésien'2 » : « En
passant,je fais la remarque suivante : le chemin bien plus court
vers l'épochétranscendantale que j'ai utilisédans mes Ideen zu
Philosophieet
einerreinenPhänomenologieund phänomenologischen
que j'appelle le 'chemincartésien'(entendantpar là qu'il s'offre
à nous si nous réfléchissons simplement sur le sens profondde
Tépochéproposéepar Descartes dans ses Méditations et si nous
épuronspar une critiquecetteèpochedes préjugéset des erreurs
dontelleest entachéechez Descartes),ce chemincartésienprésente
un grandinconvénient. En effet, commed'un seul coup,il aboutit
à Yegotranscendantal, mais, comme touteexplicitation préalable
doit fairedéfautdans ce cas, cet ego apparaîtici commevide de
tout contenu.Par conséquent,on ne voit point,dans l'immédiat,
ce qui peut bien êtreacquis par la découvertede cet ego,et l'on
voitencoremoinscommenton pourraitétablir,à partirde là, une
sciencefondamentale nouvelle,d'un type tout nouveauet d'une
importance décisivepourla philosophie. Dès lors,on ne succombe
que trop facilement, et dès les premières démarches, à la tentation,
toujoursdangereuse, de retomber dans l'attitude naturelle et naïve;
l'accueilqui futréservéà mes Ideenl'a bienmontré3. » - « Nous
feronsdoncun nouveaucommencement et procéderons ici de telle
manière que nouspartonssimplement de la vienaturelleau monde,en
nousinterrogeant surlesmodesdela présence préalabledecemonde4. »

1. L. c. ; titresde la sectionIII de l'écritet des deux partiesque comprend


cette section.
2. L. c, p. 156; titredu § 43.
ó. L. c, pp. 1Ò7-1ÒO. il est înaispensaoieae partirae i « attuuae naturelle».
En l'évitant, on suggère précisément une compréhension au sens « naturel »
même des considérationstranscendantales.- Qu'il nous soit permis d'exprimer
ici notre conviction que, seule, une étude approfondie de YErsle Philosophie
(1923-24) permettra une compréhensionadéquate de la conception d'une philo-
sophie phénoménologique, telle qu'elle se trouve mise en œuvre dans Krisis,
ainsi que des rapports (« historiques » et « systématiques ») de cette dernière
■conceptionà celle des Ideen de 1913.
4. L. c, pp. 156-157 (début du § 43).

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Nouspouvonsdoncrésumer ainsi,en quelquesmots,l'évolution


par rapportau problème
de la penséehusserlienne qui a faitl'objet
de nos remarquesprécédentes: de fait,Husserlpense dans les
Ideen,de 1913,« La méditation phénoménologique fondamentale »
surle terrainmêmede l'attitudenaturelle; du reste,il en est par-
faitement conscient.Vers 1923,il reconnaîtde manièreexplicite
l'importanceprimordialequi revientà la possibilité
de principede
fonderune phénoménologie « transcendantale » sur une réflexion
qui prendpour pointde départce terrainnaturel(réflexion de
Tordred'unepsychologie phénoménologique). Dans la Krisisseule-
ment,vers 1936,Husserlreconnaîtla nécessité absolue,pourune
philosophie de
phénoménologique, partir du fait de la « présence
» de cettephilosophie de toutephilo-
préalable (à l'instauration et
sophie,en général)du mondede la vie naturelle.

Le butde la « Méditation phénoménologique fondamentale » des


Ideenestd'aménager le fondement mêmede la miseen œuvred'une
phénoménologie pure.Ce fondement consistedans « la possibilité
de principede détacherl'ensembledu mondenatureldu domaine
de la conscience », possibilitéqui est celle d'une « réductionphé-
noménologique ». Le chapitreIer de la section de l'ouvrage
consacréeà la « Méditation fondamentale » exposeVidéed'unetelle
réduction phénoménologique. chapitre établitles « prémisses
Le II »
on
dont peut conclure à l'existence de la de
possibilité cette réduc-
tion.La réalisation de cettepossibilité estaccomplieau chapitreIII.
Le chapitreIV contientune délimitation formelleet provisoire du
domainede recherche qui se trouve ainsi ouvertà une phénomé-
nologiepure.C'est doncle chapitreII qui renferme les véritables
« considérations fondamentales ». Il établit,en effet,la « distinction
de principe» entreles « modesde présence» de l'immanent et du
transcendant. Or,c'est en dernière analysesurcettedistinction de
principe que se fonde l'opération de la réduction phénoménologique.
Cetteopération elle-même se trouveaccomplieau § 50, à l'intérieur
du chapitreIII. Nous y lisons :
« Reportons-nous à nouveauau premierchapitre,à nos consi-
dérationssur la réductionphénoménologique. Il est maintenant
clair qu'en fait,à l'opposéde l'attitudethéoriquenaturelledont

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le correlaiest le monde,une nouvelleattitudedoit êtrepossible


qui, alorsmêmeque la naturepsychophysique tout entièrea été
misehorscircuit,laisse subsisterquelque chose,à savoirtout le
champde la conscienceabsolue.Au lieu doncde vivrenaïvement
dans l'expérienceet de soumettreTordreempirique,la nature
transcendante, à une recherche théorique,nousopéronsla 'réduc-
tionphénoménologique'1. En d'autrestermes,au lieu d'opérerde
façonnaïve,avec leursthèsestranscendantes, les actesqui relèvent
de la conscienceconstituante de la natureet de nouslaisserdéter-
miner,par les motivations qui y sontincluses,à des positionsde
transcendances toujoursnouvelles,nous mettonstoutesces thèses
« horsde jeu » ; nous n'y prenonsplus part; nous dirigeons notre
à
regardde façon pouvoir saisiret étudier
théoriquement cons-
la
cience pure dans son être propre absolu2. » Ainsi, l'idée de cette
« réduction phénoménologique » se définit parrapportà la « distinc-
tion de principe» de l'immanent et du transcendant. Ce qui fait
« l'objet » de la réduction, c'est le transcendant. Ce à quoi cette
réductionfaitretour,c'est la « sphèreimmanente ».
Nous avons constatéprécédemment que cettedistinction, pré-
supposée ici, ne se dégage en fait,au II,
chapitre que sous une
formeambiguëet confuse.Seule une distinction entreimmanence
et transcendance au sensréelde ces termess'y trouveétablieavec
une certaineclarté. Or, si nous interprétons la réductionqu'on
vientde définir au sensd'une« misehorsjeu » de toutce qui trans-
cende réellement les actes d'une consciencedéterminéeet d'un
retourexclusifà l'immanence réellede cetteconscience, nousnous
heurtonsd'embléeà des difficultés insurmontables. effet,au
En
même § 50 auquel nous venonsde nous référer, Husserlaffirme
aussiqu'en opérantla réduction phénoménologique, « nousn'avons
rien
proprement perdu, mais gagné la totalité de l'être absolu,
lequel, si on l'entend correctement, contient en soi toutes les trans-

1. Ricœur fait remarquer(n. 3 à la p. 94), à propos de « la répétitiondu verbe


vollziehen» (opérer) dans ce texte qu'elle « marque le passage à la phénoméno-
logie transcendantale ». Nous tombons d'accord avec lui en ce qui concerne ce
rôle du § 50 des Ideen. D'autre part, et pour des raisons que nous venons juste-
ment d'analyser, Ricœur n'a pas tort non plus lorsqu'il dit dans son Introduc-
tion, p. xv, que « ce qui déconcerte beaucoup le lecteur des Ideen, c'est qu'il est
malaisé de dire à quel moment on exerce effectivementla fameuse réduction
phénoménologique ».
2. Ideen, l. c, p. 94. Pour une fois, « expérience » traduit ici Erfahrung.

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cendancesdu monde,les 'constitue* en son seinw1. L*« êtreabsolu»


dontil est questionici, c'est manifestement « la consciencepure».
Or,nous avonsappris,au chapitreII précisément, que réellement,
seulela perceptionimmanente parmitousles actesde la conscience
« inclut» son objet. La consciencepurene peut donc« contenir»
dans son immanence réelle« toutesles transcendances du monde».
Au contraire,l'immanence réelleelle-même se définitparopposition
à toute « immanence» qui comporterait néanmoinsen elle des
moments« transcendants ». Si donc le domainede recherche ou
« champfondamental »2se réduisaità la « sphère»
de la phénoménologie
de l'immanence réelle,on ne perdraitpoint,en opérantcetteréduc-
«
tion, proprement rien» ; on perdrait,au contraire, tout accès
possible,mêmeau problème « »
de la constitution des transcen-
dances du monde.En outre,par ailleurs,toute phénoménologie
éidéliquedeviendrait alorsimpossible, étantdonnéque touteessence
transcende réellement l'acte qui le vise.
D'autrepart,s'il estvraique l'opérationde la réductionphéno-
ménologique elle-même consistera à « détacherl'ensemble
du monde
natureldu domainede la conscience», n'est-ilpas évidentque la
vraiedécouvertede ce « champfondamental » et
de la phénoménologie
doncaussiune délimitation adéquatedes « sphères» de l'immanent
et du transcendant ne peuventque résulter, en dernièreanalyse,
de Yaccomplissement de cetteréduction,au lieu d'y pouvoirêtre
simplement présupposées ? Nous allonsmontrer qu'il en est ainsi,
en effet.Si nousy réussissons,nousauronsmontréen mêmetemps
de la distinction
que l'insuffisance de l'immanent et du transcendant
que nousavonsrelevéeau chapitreII de la Fundamenialbetrachtung
dérive,en fait,de l'ambiguïtéfondamentale qui caractérisecette
dernièreet que nousvenonsd'analyser.Les considérations vérita-
blementfondamentales de cetteméditation doiventse situer,iné-
vitablement, surle terrainnaturel.D'autrepart,commeellessont
précisément destinéesà mettreau jour la possibilitéet la nécessité
d'une réductionphénoménologique, elles doiventaussi anticiper,
en quelque manière,sur l'idée et les résultats(le but) de cette
réduction. Ellesdoiventdoncfaireappelà unedistinction de l'imma-
nence et de la transcendance que seule la réduction accomplie

1. L. c, p. 94 ; légerchangement
de la traductionde Ricœur.
2. L. c, p. 95.

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permettra de concevoird'unemanièrephénoménologiquement adé-


quate. C'est ainsi que cette distinction y faitson apparitionsous
une formeambiguë,voireconfuse1. En vérité,le faitque la « Médi-
tationphénoménologique fondamentale », qui est une méditation
préphénoménologique ne réussitpas à établircettedistinction de
manièresatisfaisante, prouveaussi l'importance phénoménologique
capitalede cettedistinction : il est indispensable, semble-t-il, d'y
faireappel afinde montrer la « possibilitéde principe» d'opérer
une réductionphénoménologique ; d'autre part, cette réduction
elle-même serviraà dégagerla signification véritablede cettedis-
tinctionde l'immanentet du transcendant. - Husserldira par
ailleurslui-même, au débutdu chapitreII de la sectionsuivante,
annonçant« Le thèmedes études suivantes»a : « La réduction
phénoménologique nousavait livrél'empirede la consciencetrans-
cendantale: c'étaiten un sensdéterminé l'empirede l'être'absolu'.
C'estla proto-catégorie de l'êtreen général(ou, dansnotrelangage,
la proto-région) ; les autresrégionsviennents'y enraciner ; elless'y
rapportenten vertu de leur essence; par conséquent,elles en
dépendenttoutes.La doctrinedes catégoriesdoit donc intégrale-
mentpartirde cettedistinction au sein de l'êtrequi est la plus
radicalede toutes,entrel'êtrecommeconscience et l'êtrecomme
être ls'annonçanV dans la conscience,brefcommeêtre 'transcen-
dant'; cettedifférence, commeon le voit,ne peut êtreacquise et
légitiméedans toute sa puretéque par la méthodede réduction
phénoménologique3. »
Dans le textequ'on vientde citer,l'être« transcendant » est
aussi appelé « l'être's'annonçanV dans la conscience». Or, « tout
ce qui ne fait que 's'annoncer'dans les configurations de cons-
cience» est précisément « ce qui se 'constitue'en rapportà la
conscience,par exempleau moyend'apparencessensibles»4. De
même,ce problèmede la « constitution » des « transcendances du
monde» se trouvait-il évoqué dans cette du
phrase § 50, où Husserl
affirmait qu'en opérantla réductionphénoménologique, « nous

1. Cf.par ailleurs,/.c, pp. 170-171,les « Remarques de terminologie», annexées


par Husserl au § 84 des Ideen, et surtoutl'alinéa qui commence : « II faut d'ail-
leurs remarquer d'une manière générale... »
2. Titre du § 76.
3. L. c, pp. 141-142.
4. L. c, p. 176 ; léger changement de la traduction de Ricœur.

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n'avonsproprement rienperdu». Aussiest-ceà la finduchapitreII


et au débutdu chapitreIII de la IIIe section,lorsqu'ilopèrele
passageaux « problèmes fonctionnels portantsur la 'constitution des
» - «
deconscience1 lesproblèmes plus
objectités les vastes de tous »* -
que Husserlrevientsur la problématique d'une distinction phéno-
ménologiquement adéquate de l'immanent et du transcendant.
Aux paragraphes précédents, il avait été questionde « L'inten-
tionalitécommethèmecapitalde la phénoménologie »2 et de la
distinction de 1' « hylétique et du noétique ou de la « öXy]
» « » sen-
suelle» et de la « (Jtopcpv)intentionnelle »3; à cettedernière occasion,
il avaitété faitallusionunefoisde plusà la distinction de Brentano
entre« phénomènes physiques » et « phénomènespsychiques»4.
«
Passantalors,au § 86, au pointde vue de la fonction » qui « est
le pointde vue centralde la phénoménologie », Husserldéfinit ainsi
l'objetde la « phénoménologie fonctionnelle » : elle « tented'élucider
comment un êtreidentique,commentdes unitésobjectiveset non
réellement immanentes aux expériences, sont'conscientes', 'visées'5».
Nous constatons donc : l'opérationde la réduction ne limitepoint
le domainede recherche d'une phénoménologie « pure» à la seule
sphèrede l'immanence réelle; au contraire, l'élucidation de la consti-
tutiond'objectitésréellement transcendantes relèvedu « pointde
vue centralde la phénoménologie ». Au fondement méthodologique
d'une telleextensiondu domainede recherche d'une phénoméno-
logiepure,Husserlfaitune première allusiondans une parenthèse
à la findu § 86 ; il y distingue, en effet, à l'intérieur de la phéno-
« Y
ménologie, hylétique pure » de la « phénoménologie noétiqueet
fonctionnelle «
», et il y ajoute : (ces deux derniersaspectsde la
phénoménologie étant d'ailleursproprement inséparables)»6.
Au § 88 (chap.Ill), Husserlenrevient « aux choseselles-mêmes »7.
Voicile thème(et le titre)de ce paragraphe: « Composantes réelles
et intentionnelles de l'expérience. Le noème.» Ce termede « noème»,
qui apparaîtici pourla première foisdans l'œuvrede Husserl,ne
désignelui-même riend'autreque la « composante intentionnelle » (et
1. L. c, p. 176, début du § 86.
2. Titredu § 84.
3. Titredu § 85.
4. L. c, pp. 174-175.
5. L. c, p. 177; nous soulignons.
6. L. c, p. 178.
7. L. c, p. 180, findu § 87 : Doch nun zu den Sachen.

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non réelle,par oppositionaux composanteshylétiqueset noé-


tiques) de toute expérience: « Dans tous les cas, aux multiples
data composantle statutréel,noétique(et hylétique),correspond
une multiplicité de data susceptibles d'êtreexhibésdans une intui-
tionvéritablement pure: ils forment un 'statutnoémalique1 corrélatif,
ou plusbrièvement le 'noème'a1.Ainsidonc,la description de la struc-
turede touteexpérience, qui avait été donnéeau § 36, se trouve
«
corrigéeet complétée. La perceptionpar exemple», poursuit
Husserl,« a son noème,à savoir...le perçucommetel.De mêmele
souvenirpossèdechaque foisson 'souvenu1 commetel...; de même
encorele jugementcomporte le 'jugécomme Dans touscescas,
tel1...
le corrélatnoématique...doit êtreprisexactement tel qu'il réside
à titre'immanent'dans l'expériencede la perception,du juge-
ment,etc.2» II est évidentque ce noème,en tantque composante
intentionnelle des expériences, n'estpas « immanent », au sensréel,
aux expériences qui le visent. La sphère noématique» est donc
«
biencelle de Vimmanence intentionnelle dontil étaitquestiondans
VideederPhänomenologie*. Aussitôt,Husserlréintroduit également
le conceptplus large d'une immanence pure,qui englobeimma-
nencesréelleet intentionnelle, et doncégalement unetranscendance
réelle.De même, Husserl reparle ici d'une « transcendance » qui
correspond à l'idée d'une « immanencepure» : « Dans l'attitude
naturelle,le pommier(par exemple)est, pour nous, un existant
situédansla réalitéspatialetranscendante... Entrel'hommecomme
réaliténaturelleou la perceptioncommeréaliténaturelle,et le
pommiercommeréaliténaturelle,il existedes rapportsqui sont
égalementd'une réaliténaturelle...
« Passonsmaintenant à l'attitudephénoménologique. Le monde
transcendant prend ses 'parenthèses', son existenceest soumise
à l'époché...Et, pourtant,il subsistemanifestement une relation
entreperception et perçu,relationqui constitueune donnéeessen-
tielledans 'Himmanence pure',fondéede manièrepure sur l'expé-

1. L. c, pp. 181-182.
2. L. c, p. 182.
3. Reproduisons ici la note3 de Ricœur à la p. 182 des Ideen: « Cet usage
audacieux du mot 'immanent'pour désignerl'inclusionintentionnelle de la
transcendance veut rappelerque le monden'a perduaucunepropriété bienqu'il
ne soitplusmondeposédans la réalité,mais pur perçu,désiré,jugé,etc., 'dans'
la conscience.»

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rienceperceptive... phénoménologiquement réduite,et tellequ'elle


s'insèredans le fluxtranscendantal de l'expérience1. » Dans ce
texte, il est en outre affirméde façonexpliciteque le domaine de
recherche phénoménologique « »
n'est réduit qu'à la sphèred'une
« immanencepure », qui englobel'immanence intentionnelle. En
effet,« c'est 'dans*la perception réduite (dans l'expérience phéno-
ménologiquement pure)que nous découvrons, commeappartenant
indissolublement à son essence,le perçucommetel... »2,etc. On
ne peut détacherle noèmede sa noèse. Il s'ensuit,par ailleurs,
qu'en réduisantle domainede la phénoménologie pureà l'imma-
nenceréelle,on limiterait son objet de recherche, non seulement
à la perception immanente, mais même au phénomène particulier
de la perception d'une perception d'une perception, etc. En effet,
lorsque1'« objetintentionnel » d'uneperception « immanente » n'est
pas de son côté uneperception immanente, mais une autre expérience
quelconque,celle-cicomporteindissolublement, commenoème,un
momentréellement transcendant ; la perception « immanente » de
cette expériencene sauraitdonc être absolumentimmanenteau
sens réel,elle non plus. En opérantune réductionà l'immanence
réelle,on aura donc,précisément, « proprement toutperdu».
Le noème,mêmeréellement transcendant (commeil l'est dans
tous les cas, sauf celui de la perception immanente), est de « ce
qui appartientà une expériencesous formepurement immanente
et réduite(et) qui ne peut êtrepar la penséedétachéde l'expé-
riencetellequ'elleesten elle-même »3.Et pourtant, « tout» cela « est
séparépar un abîmede toutl'ordre de la nature et de la physique,
et non moinsde celui de la psychologie »4. Si donc la réduction
phénoménologique est destinée à « détacher l'ensembledu monde
natureldu domainede la conscience», cetteopérationne consis-
tera pas à opposerla transcendance à l'immanence réelle,mais à
établirla distinction fondamentale entrece qu'on pourraitappeler,
en usantde termescartésiens, « réalitéformelle » et « réalitéobjec-

1. L. c, pp. 182-183; nous soulignons.Nous proposonsici plusieursmodi-


ficationsde la traduction
de Ricœur.Celui-ci,parailleurs,renonceà toutcommen-
tairetouchantle termed' « immanencepure ». - Notonsenfinque l'exemple
de l'expérience est bienici un exemplede perception
perceptive •
« transcendante
(perception d'un pommier).
2. L. c, p. 184 (§ 89).
3. Ibid.
4. Ibid.

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tiveD1.Il fautadmettre, en effet, qu'il est malaiséd'exprimer cette


distinction dans la terminologie husserlienne.
Au § 90, Husserllui-même abordeces difficultés d'ordretermi-
nologique. Par il
ailleurs, y reprend une discussion qui se trouve
déjà dans les LogischeUntersuchungen (II, 1901) et dont nous
sommespartisnous-mêmes dans la présenteétude. Au reste,il
«
s'agittoujoursd'expliciter faitque, mêmesi l'objetreprésenté
le
ou penséd'unereprésentation donnée(et, en général,l'objetd'une
expérienceintentionnelle quelconque)n'existepas - ou si l'on
est persuadéde sa non-existence - la représentation ne peut être
dépouillée de son objet représenté en tant que tel, et donc qu'il
fautinstituer une distinction entrel'objet de la représentation et
l'existence de cet »2.
objet Or, poursuitHusserl, « une distinction
si frappante ne pouvaitmanquerde s'imprimer dans une tournure
littéraire.C'està elle,en effet, que renvoiela distinction scolastique
entrel'objetlmental''intentionnel1 ou "immanent, d'une part,et
' d'autrepart»8.Cependant,
l'objet 'rèeV « des interprétations fort
erronées...se trahissentici dans des expressions comme 'objet
mental','immanent' ; et mêmepar l'expression d* « objet inten-
tionnel», elles sont du moinsfavorisées»4. Husserlsembledonc
remettre en douteun usage terminologique qui est non seulement
celui de Brentano, mais aussi - en partie- le sien. En fait,il
n'entendque soulignerune foisde plus que 1' « immanence» de
I' « objetintentionnel » ne peutêtreconçuecommeune immanence
réelle.En effet, en usantde la terminologie scolastique,« la tenta-
tion est grandede dire que dans l'expériencel'intentionserait
donnéeavec son objetintentionnel ; celui-ciappartiendrait en tant

1. Cf. notre étude sur « Zijn en tijd in de filosofìevan Husserl », Tijdschrift


voorPhilosophie, XXI (1959), pp. 243-276.
2. L. c, p. 185 (cf. n. 5). - Le problème est donc toujours celui de savoir
si réellement,en opérant la réduction, « nous n'avons proprementrien perdu ».
- Lorsque Husserl affirmeici (comme en beaucoup d'autres endroits) « que,
même si l'objet représenté d'une représentationdonnée n'existe pas, la repré-
sentation ne peut être dépouillée de son objet représentéen tant que tel », il
ne s'agit certainement pour lui de prétendre que, « métaphysiquement », une
expérience du monde soit possible sans que ce monde existe lui-même. Son affir-
mation a un sens purement « épistémologique » : même en niant l'existence du
monde, on ne saurait nier 1' « existence » d'une conscienceconscientede « quelque
chose ».
3. L. c, p. 185. « Réel » peut servir ici de traduction pour wirklich.
4. L. c, pp. 185-186 ; légère modificationde la traduction de Ricœur.

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que tel de façoninséparableà l'intention : il résideraitdoncréelle-


menten elle d1.« Mais si nous tentonsde séparerde cettefaçon
l'objetréel (dans le cas de la perception externe: la choseperçue
dans la nature)et l'objet intentionnel, et d'inclurece dernierà
titreréel dans la perception, dans l'expérience, en tant qu'il leur
est 'immanent*, nous nous heurtonsà une difficulté : deuxréalités
semblentdésormaiss'affronter, alors qu'une seulese présenteet
qu'une seule est possible2.» Or, la distinction phénoménologique
fondamentale entrel'objet « réel » en tant qu'il existeet l'objet
intentionnel (ou encore: entrel'objet réel en tant que réalitéet
cet objet réelen tant qu'objectité),ne peut évidemment êtreune
distinctio realisen aucun sens.
Le chapitresuivant- le chapitreIV de la IIIe section- est
entièrement consacréà la « Problématique des structuresnoético-
noématique ; »3 il s'agit, par ailleurs, plus long chapitrede
du
l'ouvrage entier.Bornons-nous à citerles deux passagessuivants
du premier paragraphe (§ 97) de ce chapitre, paragraphe qui résume
les analysesprécédentes :
« II importemaintenant de décrirece qui subsistede cetteana-
lyse, à titrede résidu phénoménologique, si nous retournons à la
« pure immanence », et ce qui, dans ce cas, peut comptercomme
composanteréellede la pure expérienceet ce qui ne le peut pas. Il
fautalors apercevoiravec une clartétotaleque l'expérienceper-
ceptive,prise en elle-même,comportebien, et essentiellement,
« l'arbreperçucommetel », ou le noèmecompletqui resteintact
quand on met horscircuitla réalitéde l'arbrelui-mêmeet celle
de l'ensembledu monde; mais, d'autrepart,ce noèmeavec son
'arbre' entre guillemets,n'est pas réellement contenudans la per-
ception,pas plus que ne Vest Varbre de la »
réalité?.
« Si l'on a pu nommer'transcendantale' la réductionphéno-
ménologiqueet égalementla sphèrepure de l'expérience,c'est
parce que cetteréductionnous faitdécouvrirune sphèreabsolue
de matières et de formes de nature
noétiquesdontles combinaisons
1. L. c, p. 186. Dans ce raisonnement, seule la conclusiontouchantl'imma-
nenceréelleest fausse.
2. Ibid. Dans l'expressiond' « objet réel », « réel » sertde traductionpour
wirklich; l'expressiond' « inclureà titreréel » faitdu terme« réel » un usage
conforme à la terminologie fixéepar nous.
3. Titredu chapitre.
4. L. c, p. 202. Par « réalité», on traduitici Wirklichkeit.

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526 REVUE PHILOSOPHIQUE

déterminéeimpliquent,en vertud'une nécessitéessentielleimmanente^


cette propriétéétonnante : avoir consciencede telle ou telle chose
déterminéeou déterminable,donnée à la conscience comme un
vis-à-visqui est pourtantautre par principe,irréel,transcendant•
nous atteignonsici la source ultime d'où l'on peut tirer la seule
solution pensable en réponse aux problèmesles plus profondsde
la théoriede la connaissance,concernantl'essence et la possibilité
d'une connaissance objectivementvalable du transcendanta1.
Rudolf Boehm.

1. L. c, p. 204 ; quelques changementspar rapportà la traductionde-


Ricœur.

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