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l’Agence européenne des médicaments (à ce stade, les


vaccins russes ou chinois, utilisés en Hongrie, seraient
Certificat Covid: le Parlement européen
donc exclus), si elle a effectué récemment un test
bien parti pour expédier le débat PCR par voie nasale ou un test rapide de détection
PAR LUDOVIC LAMANT
ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 28 MARS 2021 d’antigènes, réalisé en pharmacie (mais les autotests
sont exclus), ou, enfin, si elle a guéri du Covid au cours
des 180 derniers jours (ce qui supposerait la présence
d’un niveau suffisant d’anticorps).
« J’étais réticente à l’idée d’un passeport vaccinal,
parce que cela revenait à rendre la vaccination
obligatoire, et risquait d’entraver la liberté de
circulation, explique à Mediapart Nathalie Colin-
Le 23 mars 2021, une expérimentation à Blankenburg, en Allemagne, de QR code Oesterlé, eurodéputée LR. À présent, le projet sur la
après un test Covid négatif © MATTHIAS BEIN / dpa Picture-Alliance via AFP
table est différent : il ne s’agit plus de prouver que l’on
Les eurodéputés s’apprêtent à approuver dès avril le
a été vacciné, mais d’apporter la preuve que l’on ne
« certificat vert numérique » réclamé par des pays
va pas contaminer d’autres personnes. »
d’Europe du Sud en vue de la saison touristique. Mais
des élus s’inquiètent de voir la Commission « mettre Dans l’esprit de la Commission, ce document ne sera
la charrue avant les bœufs ». pas obligatoire pour franchir une frontière. Tout au
plus va-t-il « fluidifier » les déplacements : « Le
Sous la pression de la Commission européenne, les
certificat ne constituera pas une condition préalable à
eurodéputés ont décidé d’aller à toute vitesse. À une
forte majorité (468 pour, 203 contre, 16 abstentions),
ils ont validé jeudi le recours à une procédure
d’urgence pour adopter un « certificat vert numérique
», ce sésame censé faciliter la circulation des citoyens
à travers l’Europe à partir de l’été (et dont la couleur
renvoie à l’imaginaire du feu vert, pour traverser les
frontières).
Cette procédure fait l’impasse sur le débat préliminaire
au sein des commissions spécialisées du Parlement. Le
texte devrait donc être voté en plénière, la semaine du
26 avril, sans un véritable travail d’amendement. Des
élus, à l’instar de la libérale néerlandaise Sophie in’t
Veld, ont dénoncé un « chantage » de la Commission :
« Les tentatives d’Ursula von der Leyen de contourner
l’examen parlementaire constituent un abus lié à une
situation d’urgence. Elle nous contraint à un choix
erroné, entre liberté [de circulation] et démocratie. »
À la demande de plusieurs États du Sud, dont la
Grèce, inquiets de la saison touristique à venir, la
Commission a présenté le 17 mars les contours, non
plus d’un passeport sanitaire, mais d’un certificat. Ou
plutôt de trois certificats en un. Ce document doit dire
si la personne a reçu l’un des vaccins autorisés par

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la libre circulation », avait martelé, mi-mars, le Belge citoyens européens, mais aussi les « ressortissants de
Didier Reynders, l’un des commissaires européens pays tiers qui résident dans l’UE et les visiteurs qui ont
chargés du dossier. le droit de se rendre dans d’autres États membres ».

Le projet de «certificat vert» de la Commission, version papier


L’exécutif espère lancer le document dès la fin mai
ou début juin – en tout cas avant le début de la
saison estivale. Pour Fabienne Keller (LREM), ce
certificat constitue ainsi « le moyen de rétablir la libre
circulation en Europe, de retrouver l’Europe que nous
aimons, où nous aimons circuler ». Mais s’il ne fait
guère de doute que le Parlement validera le projet,
de nombreux eurodéputés tiquent encore sur le projet.
Le projet de «certificat vert» de la Commission, version numérique
Au moins trois séries de critiques émergent. Elles
Ce sésame pourrait être, au choix, numérique, ou
pourraient s’intensifier à l’approche du vote.
en version papier. Gratuit, il contiendrait quelques
informations basiques : nom et prénom, lieu de D’abord, les incertitudes scientifiques. « Nous
naissance et lieu de délivrance du document, le tout avons besoin de données plus solides, du côté
accompagné d’un QR code, à flasher lors des passages de la recherche, pour s’assurer que le fait de
de frontières. Il a vocation à être temporaire, soit se faire vacciner, ou d’avoir guéri du Covid,
parce que la pandémie disparaîtra, soit parce que entraîne véritablement une période d’immunité, sur
l’Organisation mondiale de la santé prendra le relais, le long terme », met en garde Heléne Fritzon, une
à l’automne, avec une proposition de certificat valable travailliste suédoise. « Nous n’avons pas encore de
pour l’ensemble du monde. Enfin, il concernerait les preuve concluante que la vaccination empêche la
transmission de la maladie », rappelle, de son côté,
l’écologiste belge Philippe Lamberts, qui s’inquiète
du faux sentiment de sécurité qui pourrait se propager
chez les détenteurs de ce passeport. À quoi bon un
certificat sanitaire, si les vaccins ne bloquent pas
durablement les risques de transmission ?
D’autres élus jugent tout simplement le dossier, poussé
par des industries du tourisme exsangues, déconnecté
des réalités du terrain. D’autant qu’une nouvelle
vague de l’épidémie menace dans de nombreux pays

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d’Europe. « Je refuse de rentrer dans ce débat, que avant tout de généraliser – et de rendre plus accessibles
l’on perde des semaines ou des mois à cela, alors au grand public – les tests PCR, payants dans plusieurs
qu’on est incapables de fournir des vaccins », tranche pays d’Europe.
Jordan Bardella (RN). Pour Manon Aubry (LFI), « ça Dernière batterie de critiques: la protection des
me paraît mettre la charrue avant les bœufs, quand données. Les services du commissaire Thierry Breton
on sait que moins de 8% de la population européenne travaillent déjà à la mise en place de plateformes
est vaccinée ». Et la co-présidente de la GUE (gauche numériques pour ces futurs certificats. Consciente
critique) de se demander si la Commission accélère des inquiétudes sur ces partenariats public/privé, la
sur le certificat, pour « masquer son fiasco sur la Commission tente de rassurer. Elle affirme que ce
stratégie vaccinale » ? système n’obligera pas à créer une nouvelle base de
données à l’échelle de l’UE. « Les informations ne
peuvent être conservées par les pays visités. À des
fins de vérification, seules la validité et l'authenticité
du certificat sont contrôlées, en vérifiant qui l'a
délivré et signé [via le QR code – ndlr]. Toutes les
données sanitaires restent du ressort de l'État membre
qui a délivré un certificat vert numérique », promet
Le 23 mars 2021, une expérimentation à Blankenburg, en Allemagne, de QR code
après un test Covid négatif © MATTHIAS BEIN / dpa Picture-Alliance via AFP
l’exécutif.
Le lancement d’un passeport semble d’autant moins Suffisant pour convaincre ? Cela revient surtout à
urgent que de nombreux États pratiquent déjà ces déplacer les inquiétudes au niveau de chaque État
contrôles à leurs frontières. Les Français se rendant membre, souverain pour préciser les contours du futur
en Espagne doivent par exemple voyager avec un test certificat. La Commission ne propose que les grandes
PCR négatif, et se doter d’un QR code délivré par lignes d’un document, que les capitales pourront
les autorités sanitaires espagnoles. Pour éviter tout ou complexifier à leur guise. En Italie, en Grèce ou en
partie de la quarantaine en Belgique ou aux Pays- Espagne, les industries du tourisme pourraient être très
Bas, il faut aussi en passer par un PCR négatif… demandeuses de récupérer les données des certificats,
Bref, le certificat sanitaire est-il vraiment une priorité, pour s’assurer du profil sanitaire de leurs clients…
quand ces documents sont déjà exigés pour passer les Sur l’utilisation des données au niveau national, la
frontières? Pour le groupe des Verts, l’urgence serait Commission ne dit rien, et n’interdit rien non plus.

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