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A. .1. WIERTZ
A. J. WIERTZ

BRUXELLES
V l'ARENT Eï FILS, KDITEUUS
MoilUgtic tic Siou. 17

1860
ÉLOGE J)E UUIIENS.

— l.S-Kf —

Ou (Iciuriiidc rôlijyc île lluljeus. .le ne sjiis si (-"est ;ui.\

écrivains ou aux artistes qu'il convient de s'occuper de


ce travail. .Sans prétendre ici tiontestci' les raisons (|ui Ibul

préférer les premiers, je nie permettrai de l'aire reniar-


((uerque l'éloge d'un peintre, et d'un peintre tel ([ue Ru-
l)ens, est tout entier dans ses oeuvres, et que riioimiie de
lettres, eùt-il jnéme des notions de peinture, n'a [las sulli-
.saniment étudié les secrets de l'art pour y découvrir

Ce Moiuoii'e a oto cimruiiiié dans iiii coLicours ouverl il Anvers U rotcasiuii di's
lïUis l)i-sa'iilaii'fs 011 l'Iioiuiour de Hiihciis (I8tll). J'aurais désiré qu'il iii' lïil point livi'é
a l'inipressioii, niais on s'est avisé do copier ii inon insu le inanuscril avant qu'il mo liil

i-oniis, ot j'apprends qu'il en oirculc, coniro mon gré, quelques mauvaises eo|)ios. Ce
procédé, que je m'alistioiis de qualilier, m'oblige il publier le texte exact de cet éloge,
en déolaranl que je ne reconnais pour mon œuvre que ce qui est contenu dans cette
lirutbure. {X„le de l'auteur. \" Mi/ion.)
Sauf un Iragnioul, publié par le .loiiniiil d'Aiwers du l(i août 18 t0,eo Méniuiro n'a
paru qu'eu ISiiS : Iti'eiie Irimeslritilf, I. \\, pp.betsuiv., olbrodiure iii-t2 de j8 p|i.

Kriixolh's, Selliiée, 18jS.


tout ([ui mérite d'y être observé, (iu'uu ])eintre, un
musicien, un arcliitecte s'avisent de porter un jugement
sur Homère ou Virgile, quels reproches ne se croira-t-on
pas en droit de leur adresser ?
Dépourvu des talents nécessaires à l'accomplissement
de ce travail, si j'ai la témérité de l'entreprendre, c'esi

que, plein d'une juste admiration pour le grand maître


dont j'ai étudié les secrets pendant vingt ans, je crois
qu'apprécier les beautés (|ui brillent dans ses ouvrages
est le plus bel éloge, le seul (pii soit digne de lui.

Faire un éloge n'est pas chose lacile : on s'expose au


reproche de louer ({uand même, et de taire tout ce qui

peut iliminuer la gloire de son héros. Ce que l'on va lire

est moins un éloge que l'expression d'une conviction


profonde, le cri d'une conscience qui s'élève contre les

injustes critiques de l'ignorance ou de la mauvaise foi.

Quoi! Rubens, aujourd'hui si connu, si populaire, a-t-il

besoin qu'on le lone^ La voix des siècles l'a proclamé le

plus grand peintre du monde !

L'admiration, tel est le sentiment qu'insjiirent désor-


mais les œuvres de Rubens; mais cet instinct général
suffit-il à sa gloire, si souvent contestée ? l^énétrons plus
loin; soulevons le voile ({ui cache aux yeux de la foule

les secrets du maître; cherchons à montrer quelques-


uns de ces ressorts habiles, de ces rouages savants que
lui seul a connus, et Ruliens apparaîtra, dans la théorie
comme dans la prati(|uc, pour le savant qui l'admire
comme pour le vulgaire qu'il émeut, l'artiste phénomène,
le géant de l'art.

Afin de mettre, autant (|u'il nous est possil)le, de la

clarté dans ce que nous allons dire, posons une mé-


îliode.
—5—
L'art du peintre se divise en quatre parties principales :

Vinvcnlion . la coni position , le dpssin, le coloris.

Étal)lir un ijarallèle entre les œuvres des grands maî-


tres est le plus sûr moyen de les apprécier à leur juste
valeur.
Dans chacune de ces parties de l'art, nous allons donc
comparer le talent du grand peintre aux maîtres les
plus illustres.
C'est une sorte de lutte à laquelle nous voulons laire

assister le lecteur.
De même que, dans les champs troyens, le plus rohuste

guerrier comljattait tour à tour les plus redoutables

adversaires, ainsi nous verrons noire liéros lutter corps


à corps, ijour ainsi dire, avec tout ce (|ue l'art compte
d'athlètes les plus fameux.
Michel-Ange, Raiiliaël, Titien, Corrége paraîtront

successivement dans la lice. Le fougueux Michel -Ange


va, devenir l'antagoniste de Ruliens, sous le rapport de
l'invention et de la, composition; le divin Raphaël, sous
celui du dessin et de l'expression le vigoureux et har-
;

monieux Titien lui disputera la palme du coloris enfin, ;

Corrége, Rembrandt, Velasquez, ^'eronèse soutiendront


la partie du clair-oliscur et tout ce (|ui tieni aux moyens

pratir|ues de l'art.
.

A\:ili1 (le (Idlllicl- 11' sii^lKil de l;i liUlc, (|U(4(Hl<'s UKils

ciicdi'c :
:'\
l'oxomplc (ril()iiu"'r<', In "oiK'.-ildnic du lioros,
le coiill lat

l 'icrrc-l'ïiul Riilx'iis njuiiiit (l'une raniillc iioljle,

en 1577.
Deux villes se disputent le i^rund peintre : Cnloono se
vante d'avoir donné le jour à l'entant , Anvers d'avoir doiuK'
naissance au iirand homme.
(Uoire à la, ville d'Anvers!
T'est au sein de cette cité illusire (juc Kuliens lit ses
premières études; il se distiniiiia d'abord avec tant de
suceèsdaiis les leti l'es (pi'on jiut lui présager une lu'illaiile

carrière.
Son rang-, son éducation le tirent bientôt placer en
qualité de page chez la comtesse de Lalaing; mais un
penchant irrésistible l'entraînait vers la peinture. Ce ne
fut qu'après les pins vives instances qu'il obtint de sa
mère la permission de se livrer tout entier à son art. Il

devint l'élève de A^an Ort, ensuite d'Otto "\'enius, peintre

fort estimé de ce temps-là.


Quelques années suffirent pour metti'e Rubens à m("'ine
d'aller éludiei' ou Italie les ehofs-danivro de ranliiiue et,

des i^raiiils maîtres. Sa réputation se répandit hieuti'it daus


ce pays. Sou talent, s.a ipialilé de gentilhomme du due
de Mautouo lui donnèrent acres partout. 11 fil à Rome
plusieurs ouvrai^es pour le pape et les eardin.-inx.

Après sept anné(>s d'c'tude daus la terre elassi(|ue des

beaux-arts, une douleur profonde vint frapper tout à coup


le cœur de fiubeus. 11 ai)preud que sa mère est dauLic-

reusement malade ; il aliandonne ses travaux, arrive dans


sa patrie : sa mère avait cessé de vivre !

Ivuliens fut longtemps inconsolable; eufcrnié dans


ral)liaye de Saint-Micli(d (F.Vuvers, il se livra tout entier

,1 son afflidion. Ce ne fut ipfai>rès de longs mois de cette


douloureuse retraite que l'amour de l'art reprit accès sur

son cœur et qu'il songea à revoir l'Italie.

L'archiduc Albert etl'iid'aute Isabelle, sentant combien


le grand artiste honorait sa ])atrie, firent de vains efforts

pour le retenir.

()uand il revint, indéi)endant par son talent et par sa


fortune, recherché dans toutes les cours de l'Europe, son
génie l'avait placé si haut qu'il put servir sou pays dans
les atTaires publiques autant (|u'il Villustrait par son art.

Chargé par l'Infante d'une imixirtante mission, il se

rend à lacour d'Espagne, y jirépare des bases solides à,


ses négociations, passe en Angleterre poiu' achever
l'ceuvre et conclut la paix eidre les deux |iuissauees

rivales, qui le comblent d'honneurs.


Son ambassade en Hollande, en \ iie de rc'concilier les
jirovincesdu Nord et (hi Midi, fut moins heureuse pmu*
son pays, mais non moins glorieuse pour l'arliste.
Il est peu d'hommes dont la vie ait o\ô si laborieuse.

Le génie qui <'réa près de l,50t) ouvrages l'nl en iiièiiK'

temps cdiargé de didi'reiUes ii('>gociatiiiiis a\i'c les l'i'n-


— 8 —
vinces-IInies, avec Marie de Médicis, Gaston d'Orléans,
Wladislas, roi de Pologne, et d'autres i)rinces de l'Europe,
dont il marchait l'égal.

On raconte que pendant son séjour à Madrid, le roi dv


Portugal l'invita à Villa-Vieiosa. Rubens se mit en route
avec un train et une magnificence si extraordinaires que
le roi de Portugal, craignant de ne pouvoir subvenir aux
frais de cette visite, lui envoya un gentilhomme chargé
de lui offrir un présent et de le prévenir que des affaires
imprévues l'empêchaient de le recevoir, Ruliens refusa le
présent et dit à l'envoyé que son intention n'était point
de séjourner à Villa-Viciosa, mais qu'il avait apiiorté mille
pistoles qu'il comptait y dépenser avec ses amis.
Doué par la nature des dons les plus précieux, il joignait
à la l)eauté du corps, l'esprit, l'éloquence et toutes les
qualités du C(Pur qui font aimer l'honnne. Etranger à toul

sentiment d'envie, il voyait dans les artistes des frères et

non des rivaux, savait se mettre à la portée do chacun,


n'humiliant jamais ses inférieurs, encourageant les plus
jeunes et faisant partager à tous les avantages de sa

grande fortune.
Paibens fut marié deux Ibis. En 1009, il avait épousé
Isafielle Brandt; l'archiduc .Albert voulut tenir sur les

fonis baptismaux le premier enfant né de cette union ei

lui donna son nom. En 1630, il épousa Hélène Four-


ment; leur jjromier fils eut aussi pour ])arrain le gou-
verneur des i)rovinees lielgicpies, qui était alors le comte
d'Œssone.
Rubens mourut en 1640, âgé de 68 ans, arrivé à
l'apogée de son talent et de sa gloire.

Maintenant que nous connaissons le héros dans sa vie


privée, ouvrons la lutte,
K

PARALLÈL

DE RURENS ET DE MIGIIEL-ANfiE.

PARTIR DE l'invention ET DE I.A COMPOSITION.

Ruliens semlilc être né avec une org'anisation toile

qu'on ne peut en concevoir de plus jiropre aux concep-


tions (le l'art. Son imagination va.ste embrasse d'un trait

tous les détails de l'oHivre la, plus gigantesque et la iilus

compliquée. Nul artiste n'a montré tant de grandeur dans


la pensée, tant de promptitude dans la conception, tant
de verve dans l'exécution. Ses compositions sont touj(.)urs

des improvisations sorties tout d'une pièce de son cer-


veau, comme une statue de liron^/ie de son moule. Il com-
posait avec une facilité telle qu'il [iroduisait en un instant
cinq et six esquisses différentes du même sujet.
Songénielui suggéra tous les moyens d'émouvoir par le
sens de la vue : il comprit que la Grappe tie niisfn, donnée
par le Titien comme le modèle le plus parfait d'un groupe,
n'était point propre à exprimer toute chose. Il s'attacha
donc à donner à l'ensemble de ses masses une forme plus
variée, plus ondulée, plus caractérisée. Il trouva que les
— 10 —
masses, parfois tiraillées, ramassées ou alloiipées,
pré-
sentaient à l'imao-ination des idées de terreur ou de
colère, de calme ou d'effroi. Ainsi, nous
voyons dans ses
ensembles variés, tantôt l'image d'un mont qui s'écroule,
tantôt l'aspect d'un nuage poussé par les vents.
Ici, dans
des scènes tumultueuses, les objets semblent se
mouvoir
comme des serpents qui .s'entre-décliirent; là, c'est une
mer en révolte dont les flots montent jusqu'aux nues.
Veut-il nous donner l'ich'^e d'une puissance entraînant
une autre puissance par sa force ou [lar son poids? l'en-
semble de ses groupes semble ca,l(|ué, jiar exemple, sur
les masses toufîues d'un grand chêne
qui tombe et
entraîne avec lui tout ce (pii l'environne.
A oyez la Conversion de mini Paul : ci' in.'ignili(|ue groupe,
coupé en deux par des rayons de lumière, ne ressem-
ble-t-il pas à, un nicher pourfendu par
la foudre;' les
soldats culbutés roulent dans l;i poussière, coninie des
(piartiers de roc.
Souvent, il donne à l'ensemlile de s:i conqiosition la
forme serpentante de l'S. Uuelquefois, il jette comme des
gerbes de lignes parallèles qui multiplient et fortifient la
rapidité d'un mouvement. vVinsi, dans le Combat des Ama-
zones, les masses grouiiées se poussent, se pressent, se
renversent les unes sur les autres : les homnu's, les
armes, les chevaux, le feu, la fumée, tout semble se
mouvoir et comme emporté par la tempête. Rubens s'es1
insiiirésans doute d'un orage impétueux qui fond sur une
lorêt immense les arbres, les animaux, la poussière,
:

tout iienche ou fuit devant la. violence de la grêle et des


vents.
Dans l'art de composer de notre grand maître, il faut
remarquer une chose importante Nul avaiU, lui n'avai; :

songé à, exprimer le sujet par la disposition île reiiseinble


.

— 11 —
général. Nul avant lui n'avait songé à donner à cet
enseml)le un caractère propre au sujet.
Homère presque toujours exprime ses grandes pensées
par des comparaisons; Ruljens, lui, nous tait sentir la

comparaison dans l'ordonnance et dans l'ensemlile.


Jamais peintre n'a possédé à un aussi liant degré tous

ces moyens d'expression

Qn;mi aux règles ordinaires de la. composition, aucun


peintre n'a mis autant d'art que Rubens dans la grâce et
le pittoresque des contrastes; ses lignes toujours s'enchaî-
nent et s'harmonisent; rien n'est, inutile, rien n'est lan-

guissant, rien n'est confus; ses idées se développent sans


gène cl sans effort; savant et profond dans ses contours,
nerveux et concis dans ses grouiies, sobre et judicieux
dans ses accessoires, il n'oublie jamais que l'expression

est une des choses à, bupielle il faut songer d'abord,

et qu'il faut toujours parler à, l'Ame en charniant les

yeux.
(iu'on examine bien toutes les qualités du peintre dans
l'art de composer, et l'on dira qu'il est arrivé à un idéal
au-dessus de l'humain.
S'il n'a pas toujours cherché le calme (jui convient aux
affections douces et tranquilles, en revan<die il a, jeté dans
les scènes tumultueuses un emportement, un feu, une
verve qui vous effraye et vous terrifie.

Avec un génie non moins fortement organisé, Michel-


Ange possédait aussi cette puissance d'imagination qui
convient aux sujets grands et terribles. L'audace, l'impo-
sant, le grandiose sont aussi les caractères distinctifs de
ses compositions. L'aspect des œuvres de Michel-Ange
anima sans doute le génie de Rubens, mais combien le
— 12 —
fen (le celui-ci devint jilus firdent rpie l'étincelle qui
l'nvfiit
allumé !

Si nous voulons voir, par un exemple frappant, oîi se


trouve la suiiériorité, plaçons le Jugement dernier de
Mieliel-Aiige à côté de la Clmle des réprouvés de Rubens.
Ce qui distingue particulièrement le génie du peintre
d'/Vnvers, ce qui le place au-dessus des plus grands
maîtres dans l'art de composer, c'est, nous l'avons vu, la
science avec laquelle il sait, par la seule disposition de
l'ensemble, présenter, au liremier coup d'œil, l'image
vivante de son sujet.
De même que le peintre de la cliapelle sixtine, Ruljens
avait choisi un sujet vaste, terrilile, épouvanta) de. De
même que lui, il le composa d'un nombre
infini de figures
et lui imprima grandes lignes que comporte l'idée.
les

Il cherclia d'abord dans la nature des images capables


de présenter à l'esprit cette cliute, cette chute épouvan-
table d'iiommes lancés de la liauteur des
cieux aux
profondeurs des enfers. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur
le tableau pourvoir que Ruliens puisa sa grande image,
son image à la manière d'Homère, dans l'explosion d'un
effro,ya))le volcan*.
Les tourbillons de feu et de llammes ; les tonnerres,
les éclairs; les torrents de hives dévorantes; les scories
lancées au ciel fumée furieuse et folle les colères, les
;
la ;

rages des éléments aux [irises les étrangetés furibondes ;

qui se cherchent et se déchirent; les feux qui pétillent,


éclatent, tonnent, tomlientet dis])araissent dans l'aljime :


Dans .son raaiiiiscril envoyé ii Anvers, comme il le lit plus tard dans son Mémoire
conronné Sur les airaelères eonsliliilifs île In peinliire firimiimie, l'ailisle avait ajoiilé
des dessins ;i son lexie. Il avait placé ici denx dessins, l'on représentant l'explosion d'nn
viili'an; l'anire, i}ne esqnisse dn premier aspeci de la CItiile îles rfpniileès.
— 1:5 —
c'est à ces grandes c(nivulsions de l;i nature (jue l'imagi-
nation de Rubens s'échauffa; il eut Fart de trouver non-
sculenient fous les mouvements de lignes ([u'il iiouvait
emprunter à la scène solennelle qu'il se représentait, mais
encore les masses imposantes de l'oml jre et de la lumière,
les effets surprenants du clair-obscur, la magie des tons
et des reflets.
Voyons-le à l'oeuvre ; son premier soin est de tracer la

grande masse, la masse des masses, cette silhouette si

essentielle à l'expression générale; il lui inii)rime l'ondu-

lation de l'S, la plus propre aux grands mouvements. Une


l'ois cet ensemble tracé, il distrilnie tous les objets : les

groupes ])rincipa.ux vers le centre, les moins importants


sur les côtés. A la partie la plus élevée du tableau, l'ai'-
change Michel poursuit des légions de réprouvés; la gerbe
de rayons sur laquelle il descend lui donne un mouvement
de rapidité étonnante : ce sont les éclairs lancés de la
bouche du volcan. Sur le passage de Fange, d'innom-
brables grouiies s'amoncellent, tombent, reculent, se
refoulent en tourbillons nombreux ce sont les n(.)irs :

nuages roulant dans l'abîme. Parmi ces masses de chairs


entassées, on distingue des figures suspendues perpendi-
culairement les unes sous les autres ; c'est l'eff'et des longs
sillons que trace Fhorrible pluie de pierres et de scories;
ici le choix de l'image est vraiment sublime, en ce qu'elle
donne Ijien Fidée que cette pluie décrite par le pinceau

estune pluie d'hommes. Mais au milieu de ce grand


ensemble de corps qui roulent dans Fesiiaco, le maître
sent la nécessité de rompre la monotonie des lignes per-
pendiculaires par un mouvement de lignes diagonales;
dans ce but, il rassemble des figures à la suite les unes
des autres et en forme comme une chaîne dont chaque
homme est un chaînon : c'est l'effet des traînées de feu
qui is'échaiiiiciif du crnt^'iv ihms des (liivci i(nis i rnnsvci'-
sales.

Au centre, appiu-ait un i^roupe serré de lar-es masses,


Ibi'teinent éclairées, dont l'union amène au ])oint culmi-
nant de la composition les plus grandes portions de
lumière.
Ce n'est |ias tout; le niaitre songe à la richesse, à la
variété, à l'aljondance : les formes bizaj'res il'animaux
fantastiques, les serpents féroces, les démons rageurs,
les monstres aux mille formes et aux mille couleurs... Qui
pourrait dire toutes les qualités iiittoresqucs agglomérées
dans cette giga.ntes(iue i)age!
Des vides cependant rcsteiil sur les cotés de la masse
principale; l'esprit inventif de l'artiste ne reste pas
un
moment oisif; tout autre serait fatigué, refroidi; lui, son
imaginati(jn est semblable à la, marche rapide d'un incen-
die (|ui grandit, gi-andit sans cesse; il jette dans les vides,
(tomme à pleines mains, dos léginns d'honnnes et de
monstres, avec un art ijui étonne; ici, des combats de
démons et de damnés dont les lignes expriment si bien bi
lutte acharnée, ipio vous recule/ en frémissant; là, des
groupes allongés en lignes parallèles (pii semblent si bien
entraînés vers le gouH're prèi à les engloutir, ipic \'(ins
pâlissez d'horreur.
p]nfln, et comme |M.»ur lei-miner le drame par un d('noue-
ment éclatant, l'infatigable génie se surpasse lui-mèjne là
où il pouvait finir l'œuvre et se reposer : Aw bas de cette
espèce de trombe de feu, de fumée et de corps humains,
on voit l'enfer et ses plm horribles (épisodes. Quelle pro-
digieuse imagination ne fallait-il pas pour nous faire sentir
de si grandes scènes par la seule distribution
des lignes
pittoresques. Ces expressions de rage inou'ie, ces tiraille-
ments de chairs déchirées, ces contorsions de damnés
qui SI' iléist'spèi'clit, ces iiiou\\'ineuts do l'otatidu, (r:irr,-i-

eheniont, do [lousséo, d'ontraînemout, oos hiznrros cun-


toiu's qui 80 uiouvout au niiliou do idiosos sans nom et do
Ibrnios iiidofluissal)les, toufon oos idéos tuuriuoiitcut si

ibrtenieut l'esprit, agitent si vivement le coeur, troublent


l'ànio de iicnsées si profondes, (juo le spoctatour olourdi
se sent défaillir, pour ainsi tlire, sous le i)oiels vainipiour
de la puissante imagination de Rubens !

A.e Jiiliciiiciil dernier do Mioliol-Ango n'a rien do com-


parable à 00 que nous venons do voir*. l"n seul regard
suflfit pour comprendre (pio le peinti'o ifa pas luoiuo songé
à donner un ousonible pittoresque à ses masses; qu'il

s'est contenté d'une ordonnance soumise anx conventions


gothiiiues et qu'il fut complètement étranger aux artifices
des masses liées et du clair-obscur ([ui les enchaîne. Aussi,
l'uniti', cotte (|ualité émincnto de Kubens, n'est i|UO fai-
blenieur sentie dans l'onivre de l'artiste tlorcntin. A part
ces dol'auis (|ui caractérisent l'c'poijuc, cette page est d'une
grandeur et d'une magnilicenco qui la rend bien digne
d'être comparée à la Chute des répnnircx.

Les deux point res ont cherché à développer la jiuissance


de l(>nr gx'nie, cl tous deux ont atteint le iiec plus ultrà des
eft'orts de leur imaginalion. .Miclicl-Ange sans (U)utc
voulut jeter un défi à tous les [leintrcs à, venir, Rubens
voulut sans doute répondre à ce défi. L'un invente et
compose presque totijotirs sous l'inspiration de l'antiiiue,
l'ttutre ne pense et no travaille que sous l'insiiirtUion de
son génie et de la nature. ^licliel-Ango a tant d'haljitudc

1,'iirlislc, dans su» iiiaiiusiTil , avait place ki un dessin du Jiiijemeiil dernier di:

Jlicliel-.Vugo.
— IG —
(le cojiiiKj.seï- ([u'il s'nidc à peine du iiKjdèle d;uis la, com-
de ses nombreuses figures; Rubens a tant d'ima-
[losition

gination (jiie, sans le secours même du modèle, il place


ses figures et ses groupes dans les dispositions les ]ilus
inusitées et les plus difficiles. Le premier s'attache à lier
les ligures entre elles pour en former des groupes, le
second à lier les figures entre elles et les groupes entre
eux pour n'en former qu'un seul tout. Dans celui-là, on
admire la simplicité des poses; dans celui-ci la vérité, la
vie et le mouvement. D'un côté, l'expression du sujet est
dans les détails; de l'autre, elle est dans les détails et
dans l'ensemble. Les figures et les groupes du peintre
italien sont plus propres au développement du dessin;
ceux du i)eintre flamand sont plus favorables à l'expres-
sion, au clair-obscur et à la couleur. L'un compose en
statuaire, l'autre en peintre. Ici, on voit plus de ces pen-
sées qui tiennent à la, poésie écrite et qui plaisent aux
hommes de lettres; là, de ces pensées qui tiennent à la
véritable poésie repi'ésentée et qui plaisent aux peintres.
Michel-Ange possède les règles de la composition et
semble chercher une perfection plus grande encore;
Rubens, arrivé aux dernières limites du possiljle dans
l'art de composer, ne cherche plus, il semble avoir
atteint la perfection que rêvait Alichel-Ange. Enfin, si l'on
résumait, d'après ces tableaux, le talent des deux maîtres

dans la composition, peut-être pourrait-on dire que l'on


voit dans Michel-Ange
'

le grand peintre des sujets niysti-


(lues et allégoriques des Prophètes, dans Rubens le grand
peintre des convulsions de la nature et des passions hu-
maines, le talent le plus Ibugueux, l'imagination la plus
vaste, le génie le plus élevé des temps nK^dernes, l'Ho-
mère de la peinture !
PARALLÈLE

l)K lUJIîKNS ET DE IIAPIIAEL.

l'AllTIli nu DIÏSSIiN.

Bien des gens ont contesté à Rubens la qualité de


dessinateur jioui- l'accorder surtout à Rapliaél. Il faut
ici poser une bonne fois cette question : ces critiques se
sont-ils jamais avisés de donner leurs preuves^ se sont-ils
jamais avisés, par exemple, de placer l'une à coté de
l'autre des œuvres de ces grands maîtres, d'analyser les
qualités qui les distinguent, de peser leur valeur propre,
de les comparer ensuite, de donner des raisons valables
qui fassent préférer l'un à l'autre ^

r^a réputation, attacluîc à certaines eeuvres comme à


certains noms, ressemble fort à ces contes populaires qui
se l'épètent sans conscience, sans conviction, mais par
tradition seulement.
Le dessin île Hubens esl d'an jurt iiiaiirals choix : cette
espèce de dicton est un véritable conte de bonne femme.
Deux choses ont contribué à accréditer ces apprécia-
tions : la première est le nombre infini de tableaux at-
tril)ués faussement à notre grand peintre; la seconde, la
— 18 —
ri'édulité aveugle de la plupart des liouiuies pour le ju-
geinont des gens de lettres, crédulité qui, disons-le en
passant, est une véritable calamité pour l'art.

L'idée du beau en poésie est souvent diamétralement


opposée à l'idée du Ijeau en peinture. Le poète trouve
admirable un ciel Ijleu, des arlires verts, un linge blanc.
Pour le peintre, ces beautés sont quelquefois des défauts
contraires à l'harmonie. Le régulier, le poli, le léger, le
délicat sont des qualités qui ne sont pas toujours celles
qu'exige un tableau. Un teint de lis et de rose, des mem-
bres fins, un sein d'albâtre, un pied mignon, une taille

de guêpe, cette poésie-là n'est point la poésie pittoresque.


Le sentiment de la beauté à la manière des poètes est
malheureusement en vogue chez tous les peuples. C'est
on France surtout que ce sentiment est porté aux der-
nières limites du ridicule on n'y conçoit point la per- :

fection dans l'art du dessin au delà du Joli, du genlil.

Aussi cette nation se sentit toujours peu de sympathie


pour œuvres de Rubens.
les

A où les chefs-d'oeuvre de l'Euroiie furent


l'éjjoque

réunis par Napoléon P'' au Musée do Paris, les tableaux


du peintre flamand subirent les plus injustes critiques.
La nation petite-maîtresse* se révolta tout entière à
l'aspect de ces teuvres viriles ; on les trouvait sauvages,
repoussantes, outrées, et l'homme de guerre, comme
l'homme do lettres, tomliait en syncope à l'aspect de ces
formes vigoureuses et énergi(iues.

.II' lie Mil' scr\ irais |iliis ;iiijiiiirii'liiii de i:Mc ox|ii'essiuii : ceci fui ('cni ;i l'époiiiic oii
la iiliipart des w-L'ivaiiis IVaiirais poursiiivaiciil la llplgiciuc de misérables plaisaiileiies.
Ucinils, les Iciiips sont un peu cliaiii,'és : les Ki'ançais soiil les premiers il recoiuiailrc
que pai'krat les hommes sont îles liommes ;
que la grandeur des peuples se mesure,
non il l'éteudiie de la population, mais ;i colle de l'iulelligcncc, et que, tout bien compté,
cnlin, il n'y a qu'une seule grande nation, la nation des bomnies babitani la (erre.

(\olc (le l'aiilt'iir. Pi\'iit'ih\' ciHliint.)


.

— Il» —
Ce que l'on ne |>ouv;iil comijrendre, ou le ri(liculis;i, ei

Rubans, (|ue l'on ne trouvait ni genlil, ni joh, ]ii;ii,s seule-


nicut, hardi et effrayant, fut traiti; ik' franc harbuiulleur.
Ces absurdités répandues par les écrivains français firent
un tort considérable, non pas à Rubens, mais à, l'art en
général, en ce (lu'elles détournaient les artistes du vrai
senlior du beau, pour les jeter à cor[is perdu dans les
mignardises de la mode et du mauvais goût
Ces sarcasmes étaient d'autant plus nuisibles, ipi'iis

l)araissaicnt fondés ; on ne citait (pie des esipiisses, ou


des tableaux lâchés, jiresque entièrement jieinis par des
élèves. Cette façon de critiijuer, à l'aide de laquelle on
pourrait prouver aussi que l-lai)haél est médiocre, consli-
tuait un acte d'ignorance ou de mauvaise foi au(piel il

eût été facile de répondre.


Le dessin est ce qu'il y a, de moins généralement com-
pris, parce que généralement le sentiment du vrai lieau
est rare et les conditions du beau pittoresque ignorées.
A l'époque dont nous parlons, on s'imaginait que le dessin
consiste dans l'observa.tiou exacte de certaines mesures,
dans la régularité de certaines proportions, ou encore
dans la justesse avec laquelle
l'artiste cojiie le modèle.
Eh ))ien! non. IjCrendu miiuitieux du contour le plus
ditticile, le linéament le plus délié, la recherche la plus
pénible des os et des muscles, toute cette exactitude
mathématique, toute cette patience d'enfant à copier,
préciser, compasser, non, ce n'est pas le dessin. Prenez
un tableau deRaphaël, i)i'enez un tableau de Michel-Ange,

armez- vous d'un compas, placez là le modèle mesurez, :

comparez que voyez-vous ? rien (jue le compas approuve,


;

rien que le modèle autorise, rien qui soit juste, rien qui
soit exact, rien qui soit mathématique.
Il est ime science cachée que ne comprend point le
— -n) —
vulgaire ,
que ne comprennent pas même la plupart des
artistes. Cette science, ce sont les prestiges des maîtres,
ce sont les grandes lignes, les masses imposantes, les
grands jets d'ensemble ; ce sont les ruses savantes qui
accusent la justesse sans le comjias, le vrai sans le mo-
dèle; c'est cet art (pii <-()|)ie d'après n;iture la foudre qui
tombe, l'oiseau qui vole, la clioso qui ne pose point. Le
<lessin peut être dans ce liras (jue le vulgaire croit estro-
pié, dans ce torse qu'il croit impossible, dans ce mouve-
ment qu'il croit exagéré. Le dessin, c'est la chose prise
sous certains aspects, choisie dans certaines formes ; c'est
la chose comme on la voit et non comme elle est ; c'est

l'apparence d'une bonne proportion, rapjiarenee do la [iré-

cisiou, l'apparence de la réalité.

Cette science qu'ont possédée les plus grands ai'tistes,


est celle dans laquelle Rubens les surjiasse tous.

Remarquons-le bien, non-seulement Rubens dessine


pour le dessin, mais il dessine ])Our le clair-obscur, il
dessine pour la couleur, il dessine pour le mouvement, il

dessine pour l'expression. Son dessin à lui n'est pas un


sim])le contour sec et découi)é : c'est tout ce qui frappe,
émeut, enchante ; c'est la vérité, c'est la passion, c'est la

vie.

Criti(jues aux doigts noircis d'encre , connaisseurs


savants et iirolbnds, le dessin, dites-vous, ce sont les
formes antiques.
Voici ce que le maître lui-même vous réiiond :

" Il est constant que les statues les jikis belles sont
utiles comme les mauvaises sont inutiles et même dan-
^- gereuses y a des jeunes peintres qui s'imaginent être
: il

bien avancés quand ils ont tiré de ces figures je ne sais


y ([uoi de dur, de terminé, de difficile et de ce (jui est le
— 21 —
- plus épineux dans l'analoniic : mais tous ces soins vont
•• à lu honte de nature, puisqu'au lieu d'iniiier la
la.

- ehair, ils ne rcprésenlent (|ne du niarhi-c loiiil de


••
diverses couleurs.Car il y a jjlusieurs accidents à
- remaniuer ou plutôt à éviter dans les statues, nu'me
- les plus Ixdles, lesiinels ne viennent point de la faute de
- l'ouvrier; ils consistent principalement dans la didé-
" rence des onilircs, vu que la, chair, la peau, les carli-
" higes, par leurs qualités diaiihanes, adoucissent , |)()nr
• ainsi <lirc, la dui-cli - des conlours el l'ont ç\-itcr licaucoup
••
d'écueils (pii se trouvent dans les statues, à cause de
• leur ombre noire qui, par son oljscurité, fait jiaraître
•• la pierre, quoi(iuc I rès-opaipic , encore plus dni'e et
•' plus opaque qu'(dle n'est en etl'et. Ajoutez à, cela (pi'il
••
y a, dans le naturel, de certains endroits (jui cliaiii^-ent
• selon les divers mouvements, et qui , à cause de la
••
souplesse de la, |)eau, sont ([uelipiefois tantôt unis et
• tendus, et tantôt pliés et ramassés, que les sciUpteurs
pour l'ordinaire ont pris soin d'éviter, que les ])lus haliiles
• if ont pas négligés, mais qui sont absolument nécessaires

•• dans la peinture, i>ourvu cju'on en use avec modération.


• Non-seulement les ombres des statues, mais er]core
• leurs lumières sont tout à fait dillérentes de celles du
•• naturel ;
d'autant que l'éclat d(^ la, pievve et l'àpreté des
•• jours dont elle est' frappée élèvent la, superficie ]ilus
" qu'ilne faut ou du moins font paraître au.\ yeux des
choses f|ui ne doivent point être. ^

Ici, une (piestion se pr('sente, une question souvent


faite, souvent débattue : les formes de Raphaël peuvent-
elles se marier aux charmes do la couleur !

Le dessin do Raphaël tient en partie de l'antiiiue; c'est


le dessin (|uc tout le monde comprend, que tout le monde
approuvf. Rnphnël l'fipprouvn-t-il toujours lui-même^
Non : ari-iv(^ à rAi>o mûr, il filiniidonnait rantii|uo, le

cdiitour dur, hi liiiin' roido, la lorme do mnrhrc ; il deve-


nait plus moelleux snns être moins ferme, plus large sans
être moins Ijeau, plus varié, plus ondulé, sans être moins
vrai. Son dessin devenait plus effet, plus clair-obscur,
plus couleur, ])lus Rubens enfin.
Kubens, c'est Raphaël continué.
La question de l'alliance du dessin et de la couleur est-
elle résolue ? Non, et iious n'avons pas la jjrétention de la

résoudre ici; tâchons seulement de la débrouiller un i)eu.


D'un côté , les qualités qui constituent le dessin ; d'un
autre, les qualités (|ni constituent la couleur : mettons ces
deux choses en re^iu'd ; le lecteur décidera lui-même.

1.0 dessin lir r,;i|>ll;irl iIcm.iiKit' : rimlelli' lie lliiheiis ileniniiile :

l.r |Hili (li's surliircs. I.'inéiiilliir' lies Sllllnees.

I.f ((illliiill' pur (l'ai'riili'iils. !.e eiiiiliiii!' ;i\ee ;jeeiileijls.

Lu Inl'ltlc siiId'c lie (h'hiils. l.:i Ciielile rielie île iliHails.

I.Ullliê|-e el (Hiibres ilel:ielKiii( ehiiqne l.illiiii'l'es el oiiilii'es [lae unisses sur les
ohjci. iihjels.

EdV'ls (ie liiiiiièiT simple. Kll'els pii|iiaiils, aeeiileillês, pilioresqlies.

11 résulte, ]iar exemple, de tout ceci, que la forme


ondulée d'un Hercule est plus propre à, la couleur que la
forme polie d'une Vénus, le front ridé d'un vieillard que
la joue lérme et unie d'une jeune fdle, la colonne en ruine
que la coloinie toute neuve, un ciel nuageux qu'un ciel
sa,ns nuage, un bâton noueux qu'un jonc droit et sans
tnche.
C'est en partant de ce principi» que Ruljens clioisit In

forme a.ccidentéc, ondoyante, mouvementée; c'est en ]iar-


lant de ce principe ipfil oliiint vnrii'ii' de Ions où il : \ ;i

vnriété de surfnces, \-iii-iété de tcirites oi'i il


\- n viiriéMi' de
— 23 —
(létînls, vari('t('' d'omlire, de lumière, où il v a varicré
dans les lignes; la enuleur enfin, et toujours la cou-
leur.
D'autres raisons encore déterminèrent Rubens dans le

choix de son dessin, mais ce que nous venons de dire sul-


lira peut-être pour taire réfléchir les critiques.

Un mot encore :

Une démonstration palpable.


Rappelez-vous le Massacre des innoreuis de Rul)ens, et
ce soldat que l'on y voit attaqué par une femme qui lui

déchire le visage à l'aspect de ces formes extraordi-


:

naires, le critique s'écrie Quelle exagération quelles


; !

formes impossibles ! quelles incorrections !

Eh bien! critiques judicieux, ce dessin, ce dessin que


vous blâmez est admirable. Ce dessin se meut, il vit, il

respire : quelles savantes exagérations! quelle science!


quelle connaissance de l'anatomie! Voyez comme ces mus-
cles agissent ! Voyez le delto'ide, voj'ez le biceps ,
voj^ez

ces suppinateurs, voyez ces extenseurs, quelle justesse


dans leurs fonctions quel mouvement dans leur ensemble!
!

quelle vie dans le tout ! quelle vérité enfin dans ces


savants mensonges ! et puis quel cara,ctère ,
quelle éner-

gie, quelle expression ! et comme le choix de la forme est

propre à la couleur ! Voyez aussi cette femme ilans son

expression de rage : ces l)ras tordus, ces mains crispées,


cette fureur dans les doigts, rien de tout cela n'est fait

d'après le modèle, et cela est vrai; rien de tout cela n'est


exact, précis, compassé, et cela est juste, juste dans
l'attitude, juste dans le mouvement, juste dans l'expres-

sion, juste dans le dessin.

Rubens ignorer les proportions Rubens ignorer l'ana- !

tomie Rubens maladroit! iidiabile à - tirer de ranti(|ue


!

le dur, le terminé, le diftîcile! ••


Walhciireux! osez-vous croire Rabens moins fort qu'
rnpin dVicadémie!

C^ette scène du Massacre des innocents


conduit naturel-
lement à observer une autre scène du même genre
jtar
Raphaël, dans le même sujet* :

T'n soldat aussi et nue femme pleine de colère ipii lui


arrache les yeux.
Le dessin de cette figure est beau sans doute les con-
;

tours sont coulants, les muscles bien aftacliés, les pro-


portions liien observées. On y voit l'étude de Fantiquo et
du modèle; mais tout cela est froid, comiiassé, tout cela
pose, tout cela sent le marl)re, tout cela
est sans mouve-
ment, sans vie, auprès de l'œuvre de iKjlre immortel
maître.
N'établissons point de parallèle ce serait peu géné- :

reux. Ceci n'est qu'un accident, une lance


brisée; l'il-
lustre émule de Rubens va se relever, saisir des armes
plus formidables, porter des coujis plus terribles.
Le
combat sera acharné, furieux. Les dieux de l'Olympe
assemblés sont attentifs; Jupiter prend la balance d'or, et
chacun attend, dans une anxiété profonde, ri.ssiu; (hi
comI)at.

La Transfu/nralion la Dispute du sncreme»/


,
. /'/ùo/c
d'Alliènes, l'Incenilie de sont
Jiori/o, les armes imposantes
du peintre italien.
La Descente de croix, la CInile des réprnnvés la
, Bataille
des Amazones, l'Éreclion de la croix, sont les
])uis-
santes de notre héros.
Si l'on se rappelle ces cliefs-d'œuvre,
on voit d'alion.l
• I.'irrli.sti', ilmis s(,ii manuscrit, mW Ammé dessins, rc mi>,-s(.|ii.-im| |,.s
épisodes di' liiilieiis el de llnplKiël iléerit.
— 25 —
que les deux nrtistes se sont élevés n un idé'.'il i|ni loui-

était propre.

Raplmël dirig-e son 'j:t'nu' vers une perfection lumlée


plus particulièrement sur l'antique, Kaliens vers une per-
fection plus particulièrement fondc'c sur la nainrc. Le des-
sin de Raphaël a plus de grâce, plus de siiiipliciié\ plus
de sagesse; celui deRubens, plus de gramlenr, plus d'c^ner-

gio, plus d'expression. Le premier rend mieux les formes


féminines d'une nature idéale; le second, les formes
viriles, qui accusent la, force, la vigiieni-, la puissance.
Les contours de celui-ci charment par nm- ondidation
douce et harmonieuse; les contours de celui-là saisis.sent,

entraînent, par leur leur mouvemenr. L'un con-


vari('t(' et

naît tous les moyens de donner à la, forme un sentîmeni


de beanté .sereine que l'on voudrait rencontrer dans la

nature; l'autre a tant d(> jirestige dans le (dioi.x de ses


formes qu'elles paraissent plus palpitantes, jilus vraies
que la nature elle-même. Le dessin de Raphaël est si ]iur

(jn'il semble qu'il perdrait infiniment si l'on chendiait ;'i


y
appliquer les avantages de la couleui' ; le dessin île Rubens
est si parfaitement lié aux autres parties de l'art et les

complète si bien qu'il ne peut en être séparé. Enfin, l'on


pourrait dire que, parla, lieauté de .ses contours, Raphaël

grand dessinateur des temi)s modernes, et ipie,


est le [)lus
parle choix et la, combinaison de ses lormes, Rubens
en est le plus grand peintre.

EXPRESSION.

Sous le rapport de l'expression , \o peintre d'Urbin


aura-t-il plus d'avantages^ Cette partie <le l'art est inti-
mement liée à la composition et au dessin ; nous avons
déjà vu quel jugement l'on peut ])orter sur ces deux cotés
flu talent de Rubens.
Si Raijhaol peut ici lui être com-
paré, c'est qu'il s'est
montré grand dans l'expression de
certains sentiments, tandis que Rubens
est grand dans
tout ce qu'il exprime.
Aucun peintre n'a rendu avec autant de cliarme
que
Rapliaël, la douceur, rbumilité, la tendresse
toute céleste
de la Vierge. Aucun peintre n'a exprimé
avec autant de
vérité, de force et d'énergie que Rubens, la colère, la
frayeur ou le désespoir. Raiihaël plaît, charme, attac'he
;

Rubens émeut, saisit, étonne; premier excelle dans


le
l'expression d'une tète, d'une main, d'un doigt même,
dans lequelil met une iien.sée; le second est sans égal
dans l'expression générale de l'ensemlile,
qu'il fortifie par
le clair-o1)scur et par la
couleur, Raphaël est magnifique
d'expression rlan.s h Transfif/uraliou. la Di.ymte du .larre-
inonl. In Balaillr Consiantin
di' : mais l'on peut citer en
faveur de Rul)ens, la Desrente de rroi.r, la Chute des réprou-
ri-s. la llataille des Amazones.
Enfin, si l'on prétendait donner à Raphaël la palme de
^

l'expression par rapport aux


affections douces et fran-
qnilles, l'on ponrrail
répondre que Ruliens ne lui cède pas
même cet avantage; car, le jour où il voulut calmer
la
longue de son génie, plein d'un sentiment
inexprimable,
il créa l(> chef-d'œuvre d'expression le plus suave, le plus
étonnant, le plus élevé, le plus accompli qui fut jamais :

/ . lirouclieiiieul de Marie de Médicis.


PARAI.I.KI.I'

DE RURlîNS KT DK TITIEN.

Nous avons vn (|n<' les ouvrafj'es do Rultens snliironl en


France les c'rili(in<'s les plus injustes sous le rapporl du
dessin; e"est eneore en France e1 à la même ('poipie,

qu'ils Turent méconnus sous le l'apport de la couleur;


mais cette fois l'intluence delà criti(|Ui' rrançaise n'eut pas
un retentissement aussi pernicieux pour l'ai't ;
r(>c()le de
Venise était là tout entière pour protester contre des
attaques faites à la plupart do ses principes, et le monde
continua, comme par le passé, d'admirer l'un dos plus
grands coloristes (|ui aient jamais existé. Cependant, au
milieu de cette admiration générale, il s'est trouvé des
critiques qui prétendirent donner la préférence au Titien
sur Rubens. Tâchons do montrer jusqu'à, quel i)oint ces
prétentions sont fondées.
Le génie de Ruhens est si extraordinaire dans les

diverses parties de l'art, (|u'il ne se manifeste pas à tout


le nionile d'une manière intelligible : pour la plupart des
— 28 —
hommes, ses ouvrages sont, comme ceux du créuteur, des
énigmes sublimes que l'on ne peut facilement appro-
fondir. Si quelques doutes, quelques contestations se sont
élevés sur le véritable mérite de sa couleur, c'est que,
souvent, ainsi que nous l'avons vu plus liaut, l'ignorance
condamne ce qu'elle ne peut comprendre.
Rubens, ou ne peut le nier, puisa dans l'école de
"Venise, comme à une source profonde, les secrets de la
couleur : il étudia les maîtres de cette école et particu-
lièrement le Titien, qu'il regardait comme le ]ilas parfait

modèle dans cette partie. Mais son génie supérieur sut


mettre à profit l'expérience des maîtres il remarqua :

combien empâtements par couches réitérées de cette


les

école poussaient au noir; il sentit que la plupart de ces


grands coloristes n'obtenaient une certaine harmonie
qu'aux dépens du brillant et de la virginité des teintes, et
que la manière de peindre par glacis et retouches due ,

aux nombreux tâtonnements des jjremiers essais, pourrait


bien se remplacer par un procédé aussi riche, plus bril-
lant et plus expéditif. 11 o))serva que le ton des chrdrs des
peintres vénitiens ressemlilait quelquefois à la couleur
du Ijois ou de la brique, que souvent une trop grande
monotonie régnait dans leurs teintes; qu'ils manquaient
]ieut-être de ces oppositions qui font sentir que les chairs

rougeâtres ou jaunâtres ne sont pas précisément jaunes


ou rouges. Il remarqua que la lumière et l'ombre étaient
souvent éparpillées dans leurs oeuvres, ce qui nuisait à la

force, à la vigueur, à l'harmonie. Il comprit qu'ils

ne faisaient pas toujours le choix de formes favoraljles au


coloris, et qu'enfin ils étaient tellement esclaves du mo-
dèle, qu'ils imitaient quelquefois des choses contraires
aux effets que demande la couleur.
.\]irès ;ivoii' médit(> sur toutes ces choses, Rnliens fut
— i'.l —
saisi d'un brillant witliousiasine ; son iinaj>iiiali()ii lui fit

ontrevoii" l'idéal d'un coloris plus parlait, et, plein do ccllo


coudanco ipie donne le jj;('ine, il ivsolut de condialirc lo
Tilicn in(>iii(', en laisaut l'aire à, son ai-t un pas iinniense.
J'ixaniinous les savantes eoniliinaisuns au niovt'ii des-
Unelles il atteignit son liul.

Ruhens comprit (jue si, en oliservant !, 'ine liar-


inonie et la même viu'ueur, un (h^ployait pins de variété,
on obtiendrait un type de couleur plus s(''(luisaiU et plus
{jarfait. Il chercha donc à donner à ses ouvrages de plus
belle s masses d'ombres et de lumières; à cette distribution
particulière, base fondamentale de son coloris, il mit toute
son étude, tous ses soins, et, de même (|u'il avait fait
choix d'un dessin projire à la couleur, il fit eboix d'op-
positions de teintes si brillantes et si variées, d'un clair-
obscur merveilleux, si favorable an (b'veloppenient de
cette partie, que ce procédé seul le place au rani^' des pins
grands coloristes.
four obtenir la, variété, fîubens s'im|)()sa d'abord
l'obligation d'établir sur ditterents ])oints du tableau k^s
cini| couleurs primitives dans toute leur puretc-, le blanc,
le noir, le rouge, le bleu, le jaune; ces points ])Osés

deviennent une sorte de diapason sur le(piel se règlent


tous les tons intermédiaires; ainsi, une draperie du rouge
le [)lus pur et le plus éclatant l'autorisait à peindre des
carnations vigoureusement sanguines; le voisinage de
deux draperies, l'une jaune, l'autre d'un bleu brillant, lui
donnait la faculté de glisser dans ces mêmes carnations
des teintes jaunâtres et bleuâtres au plus haut degré.
Déjà le choix de formes constanmient accidentées l'aidait
puissanmient dans la variété de ses teintes; il rechercha
en outre les corps brillants et satinés, parce que ces
corps réfléchissent davantage les diverses nuances de la
,

luinièi'o cl. (les rollots, et il sr iiroposn, le s:itiu eoinine

modèle (l;ius l;i représentation des lumières (jui se


jouent sur la. surface de la peau d'une Ijelle chair.
Tsant de ce moyen, même [Kinr tous les objets (ju'il

aA'ait à iieindre, il parvenait à. donner à ses teintes une


variété telle ipu' nul autre que lui ne nous en montra
rexejni)le.

Le diaiiasou, indiqué par les cinq couleurs vierges qu'il


savait toujours i)lacer dans toute leur pureté, lui donna
aussi la l'acuité d'associer sans discordance les carnations
les plus disparates, depuis la teinte blanche et rosée d'un
jeune enfant jusqu'aux teintes rouges et enflammées de
la tète d'un vieillard. Ses carnations, quelque chaudes
quelque brûlées iju'elles fussent, n'eurent jamais l'incon-
vénient de rappeler la couleur du cuir ou du Ijois.

Avec non moins de prestige, Ruljens sut donner à sa


couleur un brillant, un éclat dont le Titien est loin
d'apiirocher. Il tenait beaucoup à. surpasser le maitre
vénitien sous ce rapport ; il
y parvint en montant au plus
haut degré de force le di;i]iason de ses couleurs primitives,
en les emi)àtant sans les fatiguer, poiu" les maintenir dans
toute leur fraîcheur, et en ado))ta.nt l'excellente pratique
(le peindre ;ui ])remier coup. De longues ('tudes lai avaient
a.p[iris (|ue la vigueur ne consiste pas à rembrunir, à
renforcer les ombres, ainsi que l'avaient pratiqué quel(|ues
Vénitiens, mais Ijien à. maintenir toujours la i)ureté
primitive des couleurs ;ui milieu des nombreux sacrifices
qu'exigent le clair-oliscur et l'iiarmonio. l'artant de ce
principe, au lieu de peindre les chairs jia.r teintes rom-
pues comme l'avaiit fait le Titien, il les traitait avec des
couleurs vierges. Ainsi, l'ocre jaune pur servait quelque-
fois de reliaui à des tètes au teint hâlé ; le carmin mêlé
au l)lanc colorait souvent la joue d'une jeune fille, et
— -M —
ch.-iquo <)l)jo( ciiliii, sous SOU piiicoail , so i'a|i|)['ocliiiit du
l>rill;uit (les couk'ui's primitives.
Les glacis employés par l'école de ^'ellise pi'éseiiiaiciii

des avantages; le maître d'Anvers eu découvrit les (U'Irc-

tuosités et sut les rendre plus l)eaux et plus durables |iar


l'application aa piniiicr coup des matières coloranies sui'
un fond d'un blanc éclatant. Cette manière (•xp('Mlili^e,

brillante, lut peut-être le rêve du Titien; Rubens la


réalisé.

Ajouter l'harmonie à tant de vérité, à, tant de brillaul,


à tant de vigueur, avait été ]iour le 'l'itien la piei're

d'achoppement, l'idi'al impossible; Rubens l'cnlrepril ei

réussit.

Là où les dillieultés augmentent, le génie de Ruijens


semble grandir pour les vaincre ; il n'est point de procédé
artistique (jue son imagination n'invente, qiu' sou {jinccau
n'accomplisse. Ce sont ces artilices habiles, ces mano'U-
vres savantes, dont ou trouve partout des traces pal|iables
dans ses ouvrages, qui l'ont l'admiration, le (h'scspoii' de
l'artiste, ou l'objet des erreurs et des criti(pu's de l'igno-
rant. L'harmonie de Rubens résulte aussi du concoui's des
qualités pai'ticulières de s(in elair-obscui' : a,vee (piel nrl
infini il sait, jiar rencli;iînementde ses lumières, aceoi'der
les tons les plus vigoureux avec les tons les plus tendres !

av'ec quelle adresse extraordinaire il [larvient, au moyen


des reflets d'une couleur dans l'autre, à, m;n'ier le bleu au
rouge, le blanc au noir ! quelles ressources d'harmonie
dans ces masses d'ombre ou de demi-teintes, jetées tantôt
sur des couleurs troj) criardes, tantôt sur des tons discoi-
dants! quelles ressources encore dans ces tons cluiuds,
bitumineux, avec lesquels il glace! avec quelle adresse il

applique ces glacis savants qui corrigent les couleurs, ou


tro]) Ijrillantes, on tro]) lumineuses, (ju ennemies! connue
,

iiiiiccau lieurtés, ces teintes non tbiidues


ces coups (le

inaclievées, ces négligences adroites, ces


ces pfirties
oublis prémédités, ces exagérations
combinées contribuent
puissamment à [iroduire d'un commun accord l'harmonie
la plus étonnante, la plus ravissante qu'il soit possible de

voir! <}ue de t'ijis cepeudant le critiiiue malin, le jjrétendu


s'est écrié Ceci est
connaisseur, en voyant ces choses, :

trop rouge, cela est trop Ces accessoires sont


bleu!

négligés, ces détails sont peu fiais! pourquoi ces taches


dans les chairs? pour-
.
de rouge et ces taches do jaune
bien plus
quoi ces ombres ainsi placées ? Le Titien est
tout est bien
naturel ses teintes sont moins heurtées
:
;

bien plus con-


plus l'oiidu. plus fini le clair-obscur est
;

ce
forme à la nature. Pouniuoi Rubens n'a-t-il pas suivi
là des
système? Founiuoi? pauvres gens! ce sont bien
distance
mystères pour vous! \'oyez l'œuvre de Rubens à la
peinture exige d'être vu examinez le
où un ouvrage de :

qui de près vous étonne et vous


résultat de ce mécanisme,
surpasse. Placez à côté de cette œuvre un tableau du
Titien, et dites-moi alors ensemble de Ruljens n'at-
si cet

tire pas plutôt vos regards et ne


vous enchante pas
davantage. Titien a une harmonie admiralile
mais ne >.

moins
vovez-vous pas que l'harmonie de Rubens, non
d'elfet, plus
admiral)le, est plus variée, plus surprenante
complète? Titien charme par la vérité de ses chairs,

insensible de ses teintes mais les chairs de


la Ibnte ?

Rubens, non moins vraies, vous charment par un


éclat

brillant comme un soleil. Le premier semble chercher à


jimpiv de
rendre la nature par l'imitation de la couleur
plus
cha(|ue chose le second nous la. rend jdus
:
sensible,

vraie, en donnant à chaque objet la couleur /om/e, telle


qu'elle apparaît, harmonieuse avec tout ce qui l'entoure.
couleur d'une façon toute matérielle.
L'un entend la
l'autre la conçoit d'une façon toute spirituelle. Titien avait

si bien le sentiment de la couleur qu'il en créa pour ainsi


dire les principes; Rubens les comprit si bien (ju'il sut
s'en emparer y ajouter tous ceux qui devaient les per-
et

fectionner. Le peintre de Venise fut imité par le peintre


d'Anvers, mais celui-ci atteignit si bien la perfection que
cherchait l'autre, (pie, si le maître italien revenait au
monde, il serait charmé de pouvoir imiter à son tour les
productions du maître flamand.
Si l'on doute encore de la supériorité de Rubens dans
la science du coloris, qu'on aille à Venise, (judu examine
les plus belles pages de Titien, l'Assomplion de la Vierge,
la Mort de suint Pierre, la Présentation au temple; que,
libre de toute prévention, l'on compare ces œuvres à
la Descente de croix, à l'Assomption de la Vierç/e, :m
Christ entre les larrons. Si après ce parallèle, le doute
pouvait subsister, qu'on se donne la peine de se rajipeler
qu'il reste encore dix ou douze cents tableaux du grand
artiste qui peuvent soutenir la lutte !

Pour nous, nous n'hésitons pas à le proclamer le


premier coloriste du monde.

3
PARALLÈLE

DE RUBENS, GORRÉGE ET REMBRANDT.

PAUTiE DL' CLAIR OBSCUR.

Nous avons dit précédemment que le clair-obseur de


Rubens a des qualités particulières et propres au déve-
loppement du coloris ces qualités, entièrement dues à
:

son génie, sont d'une si haute importance, qu'on ne peut


hésiter un seul instant à donner à Rubens le pas sur le
Corrége. Si ce dernier sut donner à son clair-obscur cet
idéal qui charme et attache, Rubens sut composer le sien
de toutes les qualités précieuses qui constituent un bon
tableau. Corrége recherche davantage les efTets factices
([wi trompent et éblouissent. Rubens a, dans ses effets de
lumière, plus de vérité, plus de force, plus de contrastes,
Le premier établit souvent dans ses tableaux
plus d'éclat.
une seule masse de lumière, autour de laquelle les objets
sont moins éclairés à mesure qu'ils .s'éloignent du centre
lumineux. IVautre, [ilus fidèle aux effets de la nature, et
songeant à la fois aux intérêts de la couleur et de l'ex-
pression, jette partout des échos et des réveillons, fait
et eueliaîne ses masses
sevpeiner diivaiilage ses luiuièi-es
nou-seulenient de beaux
de telle soi'te quelles pi'oduiseut,
mais encore expriment des
mouvements et des
effets
L'un a dans son clair-ol.scur
une certame mol-
],>.ssions
efféminée que l'on tolère dans
lesse une certaine grâce
et tranquilles; l'autre
a dans le sien des
les sujets doux
accentuées, .[ui expriment le mou-
qualités mAles et
portée et d'une grande
vement, les sujets d'une haute
Enfin, le clair-obscur de
Corrége semble être
.•tendue
celui de Ruhens plaît
taitpour plaire à des femmes;
surtout aux esprits
généralement à tout le monde, mais
initiés aux grands secrets de l'art.

quelquefois préférer le
Des systèmes d'école ont fait
celui de Rubens; il ne laut
elaii-oliscur de Rembrandt à
de l'art pour reconnaître
qu'un peu de connaissance
injuste.
combien cette préférence est
n'offre le plus souvent
Le clair-oliscur de Reml)randt
l'une toute clair,
que deux masses distinctes et uniformes,
essentiellement mono-
rautre toute noire! Ces masses,
ressources qu'exige la cou-
tones no peuvent fournir les
f ombre, cet entrelacement
leur Le jeu de la lumière et de
les passages fins delà demi-
continuel de clair et d'obscur,
variés enfin dont les plus grands
teinte tous les accidents
Rembrandt ne les possède
<.oloristes ont fait si bon usage,
clair-obscur donc ne peut guère
qu'à un faible degré. Son
de Rubens, si ce n'est sous
entrer en parallèle avec celui
d'eftet, qu'il nous suffi-
le rapport d'une certaine vigueur
de
rait de comparer à la
Chute des réprouvés, à la Descenle

beaucoup d'autres toiles, pour prouver que


croix et à
voulait, savait aussi donner à
ses
Rubens, quand il le

ces aspects piquants, vigoureux et


effets de lumière de
fantastiques, sur lesquels
Rembrandt semble avoir fonde
gloire.
la plus grande partie de sa
Eu tout CG que uous veuons de dire, nous avons vu
Rubens supérieur à ses rivaux, dans l'invention, la com-
position, le dessin, l'expression, le coloris, le clair-
obscur. 11 nous reste à le comparer aux maîtres les plus
habiles, dfins la pratique de l'art.

Nous voilà arrivés à ce dénouement suprême oii li^

héros se montrera dans toute la puissance de sa force et


de sa gloire.
Achille pour la dernière fois va combattre.

Si le génie de Rubens est extraordinaire dans la

tliéorie, il l'est davantage encore dans la pratique. Sa


facilité est telle qu'il semble, comme un dieu, n'avoir
besoin que d'un acte de volonté i)our l'accomplissement
de ses œuvres.
^'eut-on se faire une idée de cette prodigieuse a^rtitude?
établissons un concours, évoquons un instant ces grands
maîtres, voyons-les une oeuvre d'art.
accomplissant
\'oyons Rubens, Titien, Véronèse, Rembrandt, Velas-
quez, la palette à la main, devfint une toile prête à rece-
voir les insi)irations de leur génie.
Déjà l'impatient Véronèse brùh; du désir de montrer la,
franchise et l'énergie de son pinceau Rembrandt, plein
;

de confiance dans les ressources de son faire, ne croit


devoir craindre aucune supériorité l'audacieux et facile ;

Velasquez s'anime et rêve la victoire; une confiance


moins grande, mais plus réfléchie, tempère l'empresse-
ment de Titien son expérience est profonde; nul ne
:

semble pouvoir lutter contre son étonnante habileté.


Voilà les grands artistes qui travaillent avec ardeur :

le seul Rubens, les yeux fixés sur sa toile, reste


calme.
Ses émules crayonnent sur le panneau de rapides'
traits déjà l'on aperçoit des masses esquissées, des
:

figures ébauchées, des détails commencés; partout les


lignes se multiplient et se confondent, partout l'on eff^ace
et l'on corrige. Les uns, déjà satisfaits, arrêtent
des con-
tours ;
les autres, plus avancés, préparent les couleurs
;

mais hélas! une idée quelquefois mal conçue s'écroule et


s'anéantit; de nouveaux essais paraissent et disparaissent,
et l'imagination épuisée devient moins prompte, ^'aine-
ment Véronèse et Titien ont tenté d'assembler avec
justesse le plan de quelques groupes, le mouvement de
quelques figures vainement ; ils essaient de dessiner d'un
trait assuréquelques raccourcis difficiles, quelques nms-
clesen action. Ces deux maîtres, ainsi que Rembrandt et
Velasquez, sentent le besoin impérietix de prendre le
modèle mais cette ressource augmente l'embarras et les
;

difficultés : ce que l'imagination avait ébauché, le modèle


le détruit, et de pénibles travaux doivent recommencer
encore. Cependant avec une jiatience indomi)table
,
,

Titien et Rembrandt cherchent, par des couches super-


posées, par des glacis redoublés, à rendre, d'après le
modèle, le dessin, le modelé et la couleur. Ce n'est
(lu'après du uoinbi'eux essais, des liésitations pénibles,

qu'ils déterminent le mouvement des figures, le jet des


draperies; mais eette nature froide, ce mannequin ina-

nimé les induisent en erreur; bien des choses encore


doivent être refondues, recommencées, soumises à de
nouvelles recherches : ce n'est pas sans quelque peine que
Yéronèse parvient à réunir des masses de lumière, que
Titien obtient son harmonie, que Rembrandt arrive à
ses effets ; ce n'est pas sans quelques tâtonnements que
Velasquez arrive à donner à son pinceau les grâces d'un
hean faire. La pensée est prompte, mais la brosse est
lente et s'embarrasse.
Pvubens, toujours al^sorbé dans sa pensée, n'a rien
encore exprimé sur fimmense toile qui Fattend; son
génie seul agit et travaille. Comme un ouragan impé-
tueux s'amasse au loin dans un ciel enflammé d'éclairs,

ainsi se préparent en silence, dans le cerveau du maître,


les merveilles qui vont éclater à nos yeux. Ce n'est point
par les moyens ordinaires dont se servent ses rivaux que
le grand artiste exécute ses œuvres sublimes ce n'est :

ni le modèle, ni le mannequin qui lui inspirent ses éton-


nants mouvements, ses admirables expressions, ses frap-
pantes vérités, son rendu merveilleux. Ce n'est point
non plus par les vains essais d'un crayon timide mal et

assuré qu'il commence le premier jet de son œuvre.


Sa pensée mûrie, il saisit ses pinceaux, s'élance à la
toile, y jette des flots de couleurs : les lignes, les masses,
les formes, les ombres, les lumières naissent sous les
coups de la brosse rapide : à droite, à gauche, en haut,
en Ijas, la fée va, vient, vole, et la toile frémissante
bourdonne comme un tonnerre lointain. C'est la digue
qui se rompt, c'est le torrent qui bondit, c'est l'éclair qui
passe, c'est le l'eu qui pétille, c'est la flamme qui dévore.
— 40 —
c'est la force électrique qui agit, c'est la puissance d'un
démon qui, tout à la fois, veut, crée, accomplit.
Déjà les grandes lignes générales
apparaissent, les
grandes masses d'ensemble se dessinent
les effets de ,

lumière resplendissent le sujet vit :


tout entier! Comme
l'enceinte d'un grand cirque s'emplit tout à coup
, au
moment où ses portiques s'ouvrent à la
foule empressée,
ainsi se couvre rapidement de masses agitées le vaste
champ où le pinceau brûlant de Rubens
porte le mouve-
ment et la vie.
Le grand coloriste a posé sur divers points
les cin,]
couleurs primitives.A voir comment l'ombre et la
lumière naissent, grandissent et
détachent les objets
on se figure l'apparition subite du
soleil sortant (le là
mer et éclairant par degré la
nature plongée dans les
ténèbres autant les effets éblouissants
:
de l'astre sur-
prennent et encliantent, autant les capricieux accidents
de lumière qui surgissent sous la main de Rubens, sai-
sissent et étonnent. La fée va, vient, vole, et la'toile
frémissante bourdonne comme un
tonnerre lointain
Avec quelle écrasante rapidité, la brosse
large et hardie
attaque l'ensemble et les détails!
Avec quelle adresse
inouïe, elle sait donner à tous les
corps leur Ibrme, leur
caractère, leur couleur! Ici, elle
établit des masses
resplendissantes qui sont foyer le plus étendu de la
le
lumière là, elle débrouille et détache des
;
parties sourdes
renforce des parties faibles, atténue
des parties fortes, et,
tournoyant sans cesse dans une pâte Iraiche
et brillante'
étend ses soins prestigieux jusqu'aux
moindres détails'
Mais cette multitude d'olyets, ces êtres
aux mille
formes et aux mille couleurs attendent
la vie. Rubens,
dont le génie entrevoit d'un coup d'œil ce qui
manque à
la perfection, s'éloigne un instant et parcourt des yeux
— 41 —
son œuvre. Rapide comme l'éclair, il reprend sa palette
chargée de nouvelles couleurs. La fée va, vient, vole!
Partout les objets cliangent, se développent, grandis-
sent ;
partout se produisent des eflfets nouveaux. Doit-il
rendre la douleur, le calme, l'effroi? une touclie juste et
hardie l'exprime. Ce bras est-il trop long? ce torse est-il
trop court? le pinceau, d'un trait, rétablit les propor-
tions. Songeant ensuite aux intérêts de la couleur, il tem-
père ces parties trop brillantes; réveille ces parties trop
sourdes, salit celles-ci, illumine celles-là, ranime par des
teintes vierges les points principaux, revient rapidement
vers les détails qu'il arrondit, détache, modèle et finit.

La fée va, vient, vole ! Son impétuosité ne s'arrête pas un


instant; elle fouille les oml.ires obscures et profondes,
rehausse de lumières vives tous les corps saillants, les
empâte, les fait jaillir de la toile. Ainsi s'achève l'œuvre,
lorsque enfin le peintre attaque une dernière fois toutes
les parties du tableau, vivement de touches
les l'rappe

fines et légères, les creuse de noirs vigoureux, les


pique de blancs étincelants, et, comme si la matière dont
il imprègne ses pinceaux était dérobée au feu du ciel, il

donne à tout ce qu'il vient de créer l'expression et la vie.


Telle est la prodigieuse facilité de Rubens, telle est son
incomparaljle hal)ileté dans la pratique ; tandis qu'em-
Ijarrassés dans les difficultés de fexécution, ses rivaux
commencent à peine leur œuvre, le grand artiste a ter-
miné la sienne, où l)rillent, tout à la fois et au plus haut
degré, les (pialités les plus précieuses de l'art.

Et c'est ainsi que tu fis t;i Descente de cruix, 6 fils


innnortel d'.\nvers!
.

APPENDICE

Depuis l'époque où ces pages ont été écrites, j'ai beau-


coup étudié, beaucoup médité, beaucoup appris Rubens ;

n'est plus à mes yeux ce qu'il me paraissait alors ;

-Michel-Ange, Raphaél, Titien, Rembrandt, ^'elasquez,


sont comme de brillantes étoiles dans l'écrin des deux
;

mais il ne me semble plus possil)le d'établir de parallèle. .

On ne compare pas le soleil aux étoiles.


ÉCOLE FLAMANDP] DE PEINTURE.

C.VRACTÈUES CONSTITUTIFS DE SON ORIGINALITÉ.

— 1863* —

A Messicufs les Membres de l Aeadémie,


(elasse des beaux-aiis).

Messieurs,

Au point de vue oîi j'ai traité la question du concours,

j étais loin de rn'attendro à une récompense.


.T'ai osé m'atïrancliir de certaines exigences du pro-
ii-ramme. .Te nie suis permis d'éviter ce qu'il avait de
stérile, pour n'en voir que le côté important, le côté utile,
nécessaire, glorieux pour le pays.

(*) Ce mémoire, coui'onné !c 21 scptoinbre 1835, a paru en 18J-i dans les Màiwîirti

couronnés de IWeadéraic. La letire-proface est inédite. Les planches lithographiques


el les bois gravés, employés pour la présente édition, sont les mêmes que cenx qui ont

été exécutés sous les veux de l'arlistc et revus par lui, pour servir ii la publicalioii

académique.
J'ai osé, inalgré certains en-ouenieuts, citer
couraoeu-
sement l'école de Rubens, comme seule digne du nom
llamand.
J'ai osé, ce qui est
iilus fort, passer sous silence la
peinture primitive, qui, selon moi,
n'est point l'école
flanuinde et dont le caractère peu national
est un exemple
dangereux pour notre école moderne.
Je me suis permis encore de dire des
choses qui soulè-
veront peut-être bien des colères. J'ai signalé
les causes
fatales de la dégénérescence de notre
école. J'ai exprimé
cette pensée dominante de mon travail
:

•' L'école de Rubens possède plus hautes (qualités do


les
1 art. C'est à cette école que nos
peintres doivent demander
des enseignements, c'est dans cette
école qu'ils puiseront
la vraie science, la véritable originalité.
C'est en faisant
revivre cette grande école qu'ils pourront
continuer notre
ancienne réputation, notre vieille gloire artistique. ^
Malgré tout cela, :Messieurs, vous avez fait bon accueil
à mon œuvre.
Vous avez oublié un instant le programme, jwur vous
associer à ma pensée.
J'ai osé attaquer et vous avez
applaudi.
Je vous reiuercie. \oive approbation est
\m acte de
courage répondant à un autre acte de courage.
Poursuivons, Messieurs, nos tentatives de
régénéra-
tion; et puisse cet accord exercer une
salutaii'c inlkience
sur l'avenir de notre école moderne !

Agréez, lic.

WlERTZ.
ÉCOLE FLAMANDE DE PEINTURE.

CAUACÏÈIIES CONSTITUTIFS DE SON ORIGINALITÉ.

" Déterniiiior et analyser, au triple


point de vue de la
composition, du dessin et de la couleur, les
caractères
constitutifs del'orig-inalité de l'école
flamande de peinture,
en distinguant ce qui est essentiellement national
de ce
qui est individuel, v

Cette question, posée par l'Académie, est une idée


heureuse; voici pourquoi :

L'art aujourd'hui est entré dans une période de déca-


dence bonnes traditions s'oublient, les grands maîtres
;
les

sont incompris. En vain l'on clierclie des


routes nou-
velles, des principes nouveaux; on ne produit que
de
malheureux résultats. A défaut de qualités solides,
on
vise à l'originalité, une originalité, hélas! qu'on
ne sau-
rait louer. L'extravagance, la fantaisie, le
caprice, les
modes, tout cela semble remplacer le génie, l'étude et le
talent. On nie Phidias, on nie Raphaël, on nie Rubens,
on nie tout ce que la raison a de tout temps admiré, tout
ce que les siècles ont constamment approuvé.
Le culte
du beau est dans un désarroi complet.
— IC, —
Cet état de choses a des conséquences funestes. L'Aca-
démie l'a senti et elle s'en est émue. Elle a compris le
danger que courent nos jeunes artistes; en bonne mère,

elle a jeté un cri d(^ rappel, et ce cri, c'est la question


qu'elle vient de poser.

Parler de l'école flamande alors qu'on ne l'étudié plus,


parler de composition alors qu'on ne sait plus composer,
parler de dessin alors qu'on ne sait plus dessiner, parler
de couleur alors qu'on ne sait plus colorier, parler d'ori-
ginalité alors qu'on cherche l'originalité dans le faux,
dans l'absurde ;
parler de tout cela , n'est-ce pas ébranler

l'esprit des successeurs de nos grands maîtres? N'est-ce


pas leur dire : « Revenez au giron de la grande école !

Secouez le joug des modes corruptrices! Abandonnez les

principes erronés, les puérilités ridicules! Revenez,


revenez aux études sérieuses et viriles! Tâchez de régé-
nérer cette superbe école flamande, l'admiration des
siècles, la gloire de votre patrie ! ^

Telles sont les raisons qui nous font dire :

La question posée par l'Académie est une idée heu-


reuse.
Nous savons combien nous sommes téméraire en écri-

vant ces lignes, combien la tâche que nous nous impo-


sons ici est au-dessus de nos forces; mais on nous par-
donnera, nous l'espérons, en faveur de notre sincérité
et de nos convictions.
Sans autre préamlnile , entrons en matière ; nous
tâcherons d'être clair, vrai et concis.

Nous divisons ce travail en trois parties : la première


est consacrée à la composition, la deuxième au dessin,
la troisième à la couleur. Nous terminerons ir.w un
(hapitre conceiTKiut l'école llamande moderne.
L'ÉCOLE.

L'école flamande, c'est l'école de Rubens; c'est cette


pléiade d'artistes qui marcha sur ses traces. Avant eux,
notre peinture a peu d'éclat, elle n'a pas U7i caractère
national bien décidé. Après eux , l'école flamande tombe
dans une dégénérescence fatale. L'époque glorieuse de
notre peinture est donc celle de Rubens et de ses dis-
ciples, et cotte époque, si féconde en grands peintres,
finit pour ainsi dire avec eux.
De temps, une dernière étincelle des vieux
notre
maîtres brillait encore... sur la palette d'Herreyns.
Si l'on étudie attentivement l'école flamande, si l'on

cherche les bases sur lesquelles s'appuient ses principes,

on reconnaît tout d'abord quelle est son origine :

L'Italie est sa ]nère.

Florence l'inspire dans le choix de la forme et l'agen-


cement des groupes. A'enise lui apprend les charmes de
la couleur, les secrets du clair-obscur. Michel-Ange,
Raijliacl, "Mnti, Corrége, Titien, 'W'ronèse, sont tour à
tour intcrrogi's par elle.
De tous les sucs recueillis en Italie, le fondateur de
l'ëcolecomposa son miel. C'est à ce trésor de science que
tout un peuple d'artistes vint puiser à pleines mains.
Les grands peintres impriment toujours dans leurs
œuvres deux cachets : l'un, celui de leur originalité
propre; l'autre, celui desmaitres qu'ils ont étudiés. C'est
une loi éternelle.
Ainsi, le chef de l'école flamande allie à l'art italien ses
qualités individuelles, et cette association lui permet
d'atteindre aux jilus heureux résultats. Le génie greffé
sur le génie produit des fruits merveilleux.
L'originalité est ou n'est pas une qualité louable :

certains talents, certaines écoles se caractérisent par une


originalité blâmable. Disons aussitôt que l'école flamande,
elle, se distingue avantageusement par les qualités qui
lui sont propres. Son originalité est tout au profit de sa
gloire.
PRICMIÈRE l'AiniK

COMPOSITION.

Pai- (;(jui|iositi(Hi, il faut oiitemlre l'a^seml^laye des


divers objets contenus dans un tal)leau. Cet assemblage
a des règles nombreuses; elles sont généralement con-
nues : nous ne citerons ([ue celles (|ui sont nécessaires
à nos observations.
Bien composer, c'est à la fois charmei- les yeux et
parler à l'âme.
La composition charme les yeux lorsqu'elle olï're :

Variété dans le choix des oljjets, — Grandeur dans la


disposition des lignes, — Mouvement dans l\'nsoiul)le
des masses, - Perfection dans la forme des groupes, —
Harmonie dans le jet des lignes, — Disposition heureuse
dans du clair-obscur,
les effets — Choix d'objets fa^'o-
rables aux charmes de la couleur.
Elle est expressive lorsqu'elle présente :

Une ligne synthétique , caractéristique du sujet, —


Richesse d'idées caractéristiques, —
Unité, économie
et concision, — Choix convenable de caractères, de
formes et d'accessoires.
Pour comprendre clairement notre pensée sur
faire
la composition, analysons un tableau de Rubens. Les
œuvres du maître serviront souvent dans le cours de
ce travail ; le caractère de l'école flamande est tout entier
dans son chef.
Le mouvement des lignes, l'arrangement des groupes,

4
— 50 —
la Vrii'iété des l'onncs, l;i disposition dos niasses, Tout
oela iieut-il s'exprimer par le discours ( La plume peut-
elh' suivre le pinceau? Lîi phrase peut-elle préciser les
iiiidoiements de la ligne? A'ous ne le pensons pas.
Uu'on nous permette donc de joindre le crayon à la

plume.
.

— 51 —
Voilà l'esquisse au trait d'un tal)le;ui du yraud
peintre ILimand : le Poriement de la Croix. •

Nous indi(|U()iis \y,\v lettres alphabétiques les parties


auxquelles nous renvoyons le lecteur. Ainsi notre analyse
sera plus l'acile, et nos oliservations plus intelligibles.
Dans lacomposition, Rubans recherche avant tout le
liUlore.'^quc toujours l'idée esl subordonnée à, l'aspect,
;

soumise à, cet arrangement séduisant sans lequel un


tableau n'a point de' charme.
I.a première ligue que trace le maitre, en composant,
c'est la ligue synthétique (A) : elle embrasse toute l'éten-
due de la scène et, par son mouvement, elle exprime
tléjà le D ans le tableau des Amazones,
caractère du sujet.
cette ligne est une déroute; dans celui de (Constantin
contre Maxence, elle est un choc; dans la Chute des
Réprouvés, un écroulement
Dans le tableau qui nous occupe', la ligne syntliéti(iue
représente une marche.
La première ligne tracée (A), Rubens dessine les
grandes lignes secondaires (D) : elles forment des masses
mouvementées que j'appellerai embryonnaires.
Au milieu de ces lignes harmonieuses, on devine iléjà
des êtres animés, de nombreux groupes d'honnnes; on
voit de l'agitation partout, partout de la vie. 11 }- a, là
tumulte, empressement, effort. Il y a là un eff'rayant
mouvement de sinistre présage. 11 se passe là quehpie
chose de grand, d'imposant, deterriljle.
Telles sont les impressions ipie ]UMiduii ici le mouve-
ment des masses embryonnaires.
Xo'uA iu;iiut(jii;iiit bi composition complétée* .

Dans cette •
seconde partie de son travail, Rubens
apporte la variété dam le choix des objets : peuple, soldats,

vieillanls, chevaux, étoffes, cuirasses,


lemmes, entants,
arlires, plantes. Après cette oi>ération, le grand
ciel,
forme des groupes con-
peintre cherche la perfection dans la :

harmonie, mouvement, tout ici


trastes, r(jn<leur, variété,

est réuni. Lesgroupes s'étalent tantôt en


pyramide, tantôt

en grajiiies. Ruliens applique la forme arrondie aux sujets


tranquilles, la forme élancée aux sujets mouvementés.
Cette derniciv Corme est adoptée ici; les deux flgures(AA)
en sont un exemple frappant : elles caractérisent à elles

seules la manière du mai Ire les : jambes (BB) sont, au


point de vue de l'agencemenl, un trait de génie :
elles

expriment merveilleusement l'empressement de la mar-


che et impriment tonte In composition un entraiiie-
,'1,

ment harmonii|ue. Ces trois lignes parallèles sont comme


un coup de fouet douiii' au mouvement général.
Les dispusiliitiis heureuses dans les effets du clair-obsnir lavo-

riseiit tout à la fois le dessin, le mouvement, la couleur,

l'expression et le relicl'. l<-i, les niasses d'ombre et de

lumière sont distribuées avei^ un art inlini. 11 y a variété,


contraste, opposition, balancement; l'objet se détache

tnntôt en cdair sur ombre sur clair


ombre (C), tantôt en

(D); de toute part, jeu continuel du


lumineux et de
fobscur; de toute part, moyens ingénieux d'obtenir des

reliefs, des contrastes propres aux elFets et des effets

Voyez cette masse lumineuse partir


propres à la. couleur.
du pied de la ligure d'avant-plan (A); elle marche, mar-
clie, gagne le dos d'un larron (E), la croupe d'un cheval
l'homme ipii le monte (C), et se ]ierd dans les clartés
(F),

\*(iir l;i |)liiiliiL;r:i|iiii(' ci-juiiik'


du ciel. \'oyi'z cette nuire masse luniinouse commencer
adroite, au pied de l'enfant (H), s'étendre sur la Made-
leine, sur le bras d'un l)ourreau (I), sur le soldat à cheval,

et s'évanouir <lans les gi-oupes supérieurs du tableau.

Merveilleux enchaînements dont Rubeus seul connaît le

secret !

Dans le choix farorablc mi.r rhaniws de la mulcnr, le maître

est inépuisable en ressources iuiiénieuses : ici, ciel, terre,

figures, draperies, accessoires, tout (^oucourt à la syden-

deur du coloris.
I.es chairs de l'esclnve (pli pousse (A), celles des bour-

reaux, celles des larrons, des eufaids et de la Madeleine,


sont dans des conditions de iiittores(|ue admirable. Au
moyen de la masse d'ombre (K), le dos de l'esclave prend

de la vérité et de l'éclat; au moyen du manteau sombre


do la Vierge (L\ Madeleine devient fraîche i^t lirillante.
la

Au moyen des tons sourds du terrain, le groupe d'en-


fants resplendit de fraîcheur.

Passons à, la richesse d'idées caractérisiiqiies.

Voici un chemin tortueux, exprimant la montée du


t.lalvaii-e ; des hommes à, cheval, t'xi)rimant une grande
escorte; un homme sonnant la, tromi)ette, exprimant un
grand événement. Les enfants jouant au milieu de ce
di'ame navrant, sont une antithèse frappante, l.e bour-
reau saisissant le Christ par les cheveux, otfre une scène
de férocité caractéristique.
Le choix du caractère, des formes et des accessoires est pa.rfait

dans cette admirable composition. L'esclave ([ui pousse

affecte un saisissant cachet de grandeur, ses formes her-

culéennes sont bien adaptées au Le dessin en sujet.

général a la puissance qui convient aux temps Inbliques.

tîette page est homérique ])ar le fond, elle devait l'être


— 54 —
lj;ir la Ibrinc. l'eu d'iicf-essuires caractérisent la, scène.
La corde dozit s'est armé le bras d'un bourreau, la jiiquo
dont le Christ est frappé, sont d'une grande force d'ex-
pression : deux accessoires bien choisis et Ijien placés.
L'imilé, l'économie el la concision sont des qualités où
excelle encore le grand maître liamand. Les lignes liarm<j-
nieusement jetées, les lumières savamment concentrées,
les repos heureusenient distribués, les foi'ces adroitement
placées, constituent une parfaite unité. l<-i, les ri.'gards

sont attirés partout, mais l'œil est ramené sans cesse


vers un point : la croix. Effet merveilleux! cette croix
seniltle le lien (jui unit toutes ces grappes d'hommes.
L'économie dans les objets accessoires et la concision
dans l'agencement des groupes produisent tout à la fois
force, grandeur, clarté. Nous ne voyons pas ici un objet
inutile; les groui)es sont serrés et liien nourris; pas une
figure ne i>eut être ajoutée; pas un objet ne peut être
retranclié; tout est sagement mesuré; espaces occupés et
espaces vides sont ce qu'ils doivent être, rien ne peut
être changé.
La ligne de Rubens ne se corrige ])oint. ("est un vers
de ('orneille.
DEUXTÈMR PARTIR.

DESSIX.

11 est une beauté (fue nVippréole point le vulii;iire, c'est


lit beauté pittoresque.

Généralement, l'on confond le beau pittoresque avec


le beau sensuel. Cette confusion a donné lieu à bien des
appréciations fausses. On accuse de laideur, par exemple,
les formes pittoresques d'une tète de vieille; pourquoi^
Parce que ces formes n'éveillent point d'idées qui flattent
les sens. 0 est dans cet esprit d'appréciation que l'on juge
trop souvent le beau en peinture. Aussi, quelle opinion
se fait-on généralement du dessin Les hommes peu
?

versés dans les secrets de l'art vous disent - T,e dessin.


:
c'csl l;i tonne svelte, (Uaiicée, polie, urroiulie; le dessin,
ce sont (les contours bien nets, des détails Ijien exacts,
bien finis. Cette définition vnlgaire a été funeste à la

renommée de l'école Uamaude : longtemps on n'a vu dans


les (Buvres de nos maîtres (|ue des formes lourdes, com-
munes et incorrectes, des contours indécis et négligés.
Ce préjugé, comme tous les pri'jugés, est accepté sans
réflexion et sans examen.
Il importe de combattre ici ces erreurs [lopulaires.
On comiiare sans cesse le dessin de l'école flamande à
celui de l'école italienne ; on voit dans celle-ci les qua-
lités les plus pai'faites, et dans celle-là les défauts les
plus grossiers. Xoiis en demandons pardon au [iréjugé,

nous ne sonnncs |)as du tout de son avis. iS'ous avons des


raisons pour cela; nous allons chercher à les faire

valoir.
Le dessin n'est ]irécis('ment ni l'exact, ni le fini. Le
dessin est plnu^il l'cnsemlile, le caractère, le mouvement,
l'exriression, l'ampleur, la variété, la grâce, l;i vérité,

la vie.

Nous trouvons tontes ces choses dans le dessin italien,


il est vrai; mais nous les r<'lrouvons sou^'ent plus (•(em-
piètes dans le dessin flam.'ind. 11 est (cl tableau de .lor-

daens, ce dessinateur si calomnié, (jui ne le cède poini à

certaines pages d(^ Michel-Ange. Ce que nous disons là

doit sembler bien hasardi'; (pi'on nous permette d'expli-


quer notre ]iensée.

L'école italieiuie a l'habiiiide d'accuser la l'orme par


un contour sec, découpé; r(''cole flamande, par un con-
tour moelleux, fondu. Ces deux manières produisent sur
les yeux jien exercés des eflets opposés : le contour sec,

découpé, empoi'te avec lui rid('e de justesse, de précision;


le conloiii' moelleux, fnidii. seiiiMc ;iu coin r;i i rc de
l'iiiox;ictitu(ii', (le riiivi-aiseiiililaiicc. (jue .Micliel-Aiijic

tlossiiio la chose la, plus inipossilih», on a loi dans ses


contours : ils sont accusés avec force, avec netteté. Mais
(|ue nos maîtres flamands montrent les choses les ])lns

vraies, on ne les croii pas : ils n'allirment |ioint par le

contour sec et découpo'. L'un est semlilalile ;ui menteur


qui en impose par un air consciencieux et vrai; les antres,

à l'homme véridique auquel manque l'aploml) qui lait

des dupes.
Ce que nous venons de dire n'attaque point les beautés
réelles de l'école italienne. Si nous dévoilons ces petites

ruses de métier, c'est qu'elles égarent l'opinion sur le

véritable caractère du tlessin de notre école.


Ce que nous venons d'avancer, nous allons chercher à
le prouver. Qu'on nous permette encore la démonstration
du crayon jointe à celle de la plume.
Et d'abord, commençons par justifier Jordaens; ce
maître porte souvent à lui seul le fardeau des r(q)rochcs
adressés à l'école.

En voici un autre d'après Wicliel


Ange :
l):uis le jin'uiicr *, le \'ul^iiir(' lie tronve point ce ipi'il

iiljpelle la Ibriuc cDriveU'.


Dans le socond, il cniil voir l;i Inrine exacte.
Dans le dessin de Jordnens, les détails sont rendus
avec le moelleux des chairs; dans le dessin de Michel-
Ange, avec cette sécheresse, cette fermeté qui trompe.
Plaçons nn auti'c ilessiii de .lordaens ;'i coté d'un dessin
lie .Miehel-Aiiiiv.

Le dessin du niaitre llorenl.in présente (je la "randeur


et du style, des muscles larges et hien attachés, l'étude
de l'antique et le choix idéal; le tout modelé avec force
et ])récision. .Mais remarquons ceci : la figure de Jor-

l.es dessins du maniiscril ôlaieiU au crayon, rt les pfinture.s, a riniilc. I.a re|)i-u-
liuclinn n'a pu t^tri' d'uni* pxartilude l'iiinnviuiso, on W ciuliprondra.

(
ilf rrti'h'i/r. I''' Mif'inii I.
.

— 59 —
(biens ;i (les <|ualités non moins estimables : le muscle
ii'esl |ias sculpté, mais on le sent sous la peau; la forme
n'est point grecque, mais elh; est nuiiirp; le modelé n'est
point l'erme, mais il peint la chair. Cette figure n'a point
la l)ea,uté de la statue, mais elle a la beauté de l'homme
^i^•alll

Uue l'on accuse l'i'cole flamande d'incorrection, d'in-


vraisemblance, soit; mais iiouniiioi celte sév('rifi', si sou-
vent réservée à elle seule?
Le jugement dernier de Miclwl-Ange iburmille d'ini-
l)Ossibilités sans nom))re : la proportion, la perspective, le
modelé, l'anatomie même, y souH'rent des négligences
saillantes.
Horace ^'ernei disail un Jour : Michel-Ange sait,
(piand il lui i)laît, placer des uuiscles où il n'y en
a, pas.
Nous croyons (|ue c'est un devoir de ne pas s'inclinei'
devant le préjugé.
(hi'on nous permette donc de demander :

Si la main de e(> bras est pr()|)ori iomiée ^


si, ilenière cette montagne lointaine, la perspective
]iermet des figures de cette dimension ?

-Nous donnons ces deux exemples empruntés à la cha-


pelle Sixtiu(\ parce qu'ils frappent les plus simples
intelligences.
Nous croyons inutile d'en dire davantage sur ce sujet.
On a suffisamment compris ceci : que l'on pardonne à
l'an italien ce que l'on ne j)ardoiuie pas à, l'art flamand.
La peinture n'exige point le vrai réel, le vrai-mesure,
le vrai-compas; la peinture exige le vrai qu'on [«nit
appeler !< nui (ippnrcnl.

L'école flamande se distingue en cela. Son dessin n'a


point la correclion du réel, mais il a la, corredian du vrai
a/,piii('itl. .Vu jiremier aspect, le dessin italien l'emporte;
mais le dessin flamand prend liieutot sa revanche : ses
écarts sont des combinaisons habiles; ses fautes de dessin,
d'adroits stratagèmes; ses négligences, de savants men-
songes. L'école flamande sait plier un ciintour intelligent
en faveui', soit de l'exiiression, soit du caractère, soit du
mou\ement, soit de la couleur ou di' la vraisemblance,
t'es artifices, ces mensonges sont les vraies illusions de
l'art, les véritables secrets du dessiji.
— (il —
Ces deux figures, l'une de Rul)eiis, l'autre do Miehel-
Ange, viennent ici à l'appui de nos assertions.

Ni l'une ni l'autre de ees figures


n'ont la justesse
niathëmatique, la précision photographique;
chacune
d'elles a ses incorrections
intentionnelles, ses recherclies
intelligentes.
Les deux inaitres sont, dans l'art d'imiter, d'habiles
prestidigitateur.s. Mais on remarque dans ces figures des
diflférences qu'il est important de signaler elles carac-
:

térisent, tout à la fois et d'une manière bien nette, l'indi-


vidnnlité de Rubcns d,. son école.
— (i'i —
Si lions jetons un reyard siu- los dessins ci-dessus, il est
facile de saisir les similitudes et les divergences qui les
distinguent ; d'alxird une analogie rrapiiaiite s'aperçoit
dans la pose, le raouvement et le caractère. Mais voici
en ipioi les différences sont sensibles : la pose de Michel-
Ange est énergi(|ue et variée; celle de Ruljeiis plus variée
encore et jilus énergique. I.e niouvement du mailre
rtorentiu est bien senti; celui du maître llamand est plus
granil et plus expressif. Le premier a des formes athlé-
tiques à la manière antique; le second, des formes
atlilétiques trouvées dans la nature.
Remar(iuons dans le dessin de Rubeiis cette grande
ligne générale de la tète au pied, cette courbure de la

colonne vertébrale, cette grande Ilexion de la cuisse et de


la jambe droite, cette ondul.ation constante des lignes
d'ensemlile et des lignes de détail, cette vaiiété soutenue
dans tous les contours, cette morbidesse dans les chairs
et ces muscles palpitants sous la iieau. Puis, remarquons
l'épine dorsale s'efracant là où la lumière est appelée, ces
parties d'ombres sacrifiées à la couleur, ces muscles lom-
baires se perdant dans les replis si vrais de la peau.
Toutes ces choses sont les traits caractéristi(iues du
maître. Elles deviennent plus sensibles, plus faciles à
saisir dès (pfeii les cherche dans son antagoniste.
Ici, la, ligne d'ensemble l'st moins étendue, la colonne
vertébrale a moins de mouvement, les cuisses et les
jambes ont moins d'action la souplesse des chairs
,

est moins sentie, et l'on n'aperçoit nulle part des sa-

crifices en faveur du (lair-()])sciir, du r(diel' ou d(.' la

couleur.
Les combinai.sons de Michel-Ange tendent à oliteiiir
d'autres résultats. Nous n'avons pas à nous en oc-
cupel-.
\'()iri niaiiil(ii;iiit iiii autre exeinplc (•;nvic|(''risti(|iu' du
dessin de Rulunis.

Ces formes (A) ne souT. [iiiint bi copie lidcMe irnu


modèle vivant, elles ne sont point celles ^ue choisis-
saient les Grecs : ces formes sont l'idéal du beau pitto-
resque dans toute l'acception du mot.
A coté de ce dessin (A), nous en plaçons un second,
puis un troisième. Le second (B) rappelle les formes
de Midiel-Ange; le troisième (C), celles de l'a)iii(iue.
Ce parallèle nous fournira des démonstrations nou-
velles.

Nous avons poinlillé sur le dessin flamand le contour


antique; par ce moyen, nous déterminons le caractère du
dessin de Rubens, nous le rendons sensible aux yeux et en
quelque sorte palpable. L'originalité peut ici se mesurer
l)ar millimètres.
Le dessin de Michel-Ange (B) nous montre un terme
moyen, un milieu entre deux grandes époques de l'art ;
— (>i —
réi)0(iuc de Pliiilias et celle de Rul)enf^. Michel-Ange est

la transition de la forme grecque à la, forme flamande :

l'acheminement vers le mouvement, la morbidesse et

la vie.

i'our terminer, caractérisons d'un trait l'école lla-

mande :

Les ciiKi lignes ci-dessous tracées représentent ciii(|

caractères de maitrcs difi'érents :

La, première rappelle la roideur de la Renaissance, la,

na'iveté un peu gauche de (jiotto;

La seconde, le dessin déjà moins guindé et plus nourri


d'Alhert Durer;
La troisième, se ressentant encore des deux premières,
rai)i)elle la l^eauté et la grâce de Rai)haël ;

La quatrième, la force et l'ampleur de Michel-Ange ;

La cinquième, l'énergie, le mouveraeiU, la variété, le

pittoresque de Ruhens.
TROISIÈME PARTIE.

COULEUR.

Généralement, on accorde une bonne couleur à l'école


flamande. C'est son côté caractéristique le mieux connu,
moins contesté. (Quelques erreurs copendmit
c'est aussi le

se mêlent aux appréciations vulgaires. Nous avons vu


que l'on compare sans cesse le dessin (iauiand au dessin
italien. De même, la couleur flamande est souvent opjio-
sée à la couleur vénitienne. L'école flamande, dit-on, a
du brillant, mais les Vénitiens sont plus vrais, plus liar-

monieux. Voilà ce que répète la foule. Nous avons dit


Ijourquoi il est bon de combattre les préjugés ici encore:

nous les rencontrons, ici encore nous chercherons à réta-


blir la vérité.

Qu'entend-on par une bonne couleur ?


Les uns s'imaginent qu'elle consiste dans l'imitation
parfaite de la couleur propre à chaque objet. Les autres
la (dierchent dans certains tons dominants sur toute la

surface d'une œuvre : il y a des admirateurs de


taljleaux roux, des admirateurs de tableaux gris, des
— (iO —
de
admirateurs de lableaux noirs, et iiidéiieiidaumicut
règne une opinion générale, une
ces diverses opinions, il

et se renou-
opinion souveraine, (jui dure un temps, passe
velle. Ces manières de voir changent comme la pluie et

mode aiiporte à son gré les


le beau temps. Le vent do la
jaunes. Tout le
tons bruns, les tons gris ou les tons
couleur
monde se conforme à ces variations. On dit de la

tableau - C'est la mode -, comme ou dit C'est la


d'un :
:

mod(-' en parlant de la forme d'un cliapeau.


r
autorité
Nous ne nous laisserons point guider par cette
d'un. jour notre travail
:
est sérieux. Nous avons à invo-
ces lois seules serviront de
quer les lois du beau
éternel ;

base à notre examen.


une cbosc de fantaisie; la
La couleur donc n'est piis

comopsition et le dessin ont des règles, la couleur a des

règles aussi.
sui-
Une bonne couleur, c'est la réunion des iiualités
vantes :

Vérité,— A'ariété, — Lumière,— Vigueur,— Harmonie,


— Opposition, — Richesse. — Eclat
le blanc
I,es ressources du peintre sont très-restreintes ;

omlire. Pour
palette, par exemple, n'est que de
l
de sa
Idanc devienne lumière, il faut des opi.ositions.
que le
y a lumière; plus il y
a,
Plus il V a o[iposition, plus il

plus il y a
lumière, plus il y a relief; plus il y a relief,
vérité.
11 résulte de ceci iiue la gamme des tons Ijrillants est la
profondeurs, à la rondeur,
plus propre aux saillies, aux
à l'illusion, à la vérité.
puissance;
La gamme des tons soinlires a moins de

seuleincut, elle conduit lepeintre à une harmonie plus

facile.
La gamme aux tons brillants va du blanc pur aux
noirs les plus intenses.
La gamme aux tons sombres va d'un blanc sale aux
grands noirs.
Si cette gamme est comme un instrument à trois
octaves, la première est comme l'instrument à quatre
octaves, plus puissante que l'autre.
Avec une gamme bien composée, l'artiste n'est pas
encore coloriste; s'il a l'instrument, il lui faut encore l'art
de s'en servir.
La distribution de l'ombre et de la lumière, le choix
des tons convenables à cette distribution, l'opposition des
teintes chaudes aux teintes froides, l'économie dans l'in-

tensité des brillants, l'harmonie, etc., tout cela doit être


connu du peintre coloriste. Une science qu'il ne peut
ignorer surtout, c'est la science du clair-obscur.
Le clair-obscur, en effet, est presque à lui seul la cou-
leur. Voyez une estampe d'ajjrès Rubens, un de ces
clairs-obscurs traduits par Bolswert : cette estampe n'est
pas une estampe, c'est un tableau complet; on y voit
toutes les ricliesses de la palette.

Si la j)Iume a peine à décrire l'accident de l.-i. forme,


quelle doit être son impuissance à décrire la nuance des
tons!
Nous avons à parler des couleurs, c'est avec des cou-
leurs que nous devons expliquer notre pensée.
Prenons deux esquisses, d'après Rubens et Titien.
Si nous recherchons les traits caractéristiques dans de

simples esquisses, qu'on ne s'en étonne point. — L'es-


quisse, — supposons-la suffisamment exacte, — renferme
les qualités constitutives de la couleur. En effet, la cou-
leur est lùen i)lutôt dans l'ensemble que dans le détail.
.

08 —
do lumière, les opposition la,
Los masses d'ombre et
toutes ces qualités
variété 1 éclat, la vérité, l'harmointî,
général? Au premier coup
ne sont-elles pas dans l'efFet
la juge bonne
dœW on juge la, couleur d'un tableau; on
détail. Au milieu d'une
„u mauvaise, avant l'examen du
trouve aussitôt l'œuvre la
va^tc i^alerie, ou saisit, on
coup d'oeil, c'est l'effet
mieux'coloriée. L'effet du premier
de res(iuisse.
jeté sur ces esriuisses nous dit
Le riremier regard
conditions de la lionne couleur.
(lu'elles sont dans les
attire. Toutes
Toutes deux ont le lirillant, le lumineux qui
cette
deux ont vigueur, cette force qui étonne,
cette
enchantent.
vérité, cette harmonie qui
caractéristiques sont faciles à saisir.
Les différences

niFFÉRKNCKS D.VNS LK CLAIR-OBSCVR.

ombres de Titien offrent des masses


La lumière et les
liées entre elles, nuisibles à Ihai-
découpées (A), peu
Rubens ofïrent des
nioiiie La lumière et l'omln-e de
propres à former un bon
masses mieux liées, ,,lus
dispose indifféremment
ensemble Le peintre vénitien
(R). Le peintre flamand
dis-
ses clairs sur tous les olijets
brillant des chairs (A)
nosetoujours ses clairs au profit du
surface, des forces de même
Titien distribue, sur toute la
les forces avec écono-
valeur (A C C C). Rubens
distril)ue
degré d'intensité (B B B).
mie et o-radue sans cesse leur
oppositions d'oml)re et de
Le premier varie peu ses
cesse le jeu du .-lair et de
lumière; le second varie sans

l'oliscur.
DIFFÉRENCES PAXS 1-E CHOIX DES TEINTES.

Dans l'œuvre de Titien, nous voyons la gamme des


teintes sombres. Dans celle de Rubeus, la gamme
des
teintes
teintes brillantes. Titien semble rechercher les

chaudes que donne parfois le crépuscule. Rubens semlile


imiter hardiment l'éclat que donne la lumière du jour.
Les carnations de Titien sont d'une teinte généralement
l)rune, dorée, uniforme. Les carnations de Rubens sont
tantôt brûlantes (C), tantôt rosées, tantôt argentines. Le

premier donne aux ombres de ses chairs des teintes


rousses, brunes ou noires (D D). Le second des ombres
légères, transparentes, aériennes (DD).

DIFFERENCES DANS l'HARMONIE DES TEINTES.

Ici une grande analogie existe entre les deux maîtres.


Le peintre flamand s'est moins écarté du peintre vénitien.
Rul)ens, aussi bien que Titien, sait où placer une dra-
perie rouge [E E E), l»leue (R) ou jaune (E E); il sait,

comme accorder par des glacis, équilil)rer par des


lui,

rappels, lier par des échos. L'harmonie de Ruliens ne


diffère de celle de Titien que par l'éclat.

Placez un talileau de Titien au soleil, vous aurez l'har-

monie lie Rubens.

DIFFÉRENCES DANS I.E CHOIX DU VRAI.

La nature montre sous bien des aspects


se elle se :

colore de rouge au soleil couchant, elle prend des tons

aro-entins au soleil du midi, elle devient sombre et


bleuâtre au clair de lune. Quelle que soit la couleur
qu'elle emprunte à la lumière, elle est toujours vraie.

Une vaste latitude est donc laissée à l'imitation; de là

résulte un grand embarras pour le peintre : que doit-il

choisir l

Au point de vue de l'art, la nature a deux vérités : la

vérité rare et la vérité ordinaire.


Une vérité rare, c'est par exemple un ciel rayé par le

feu des éclairs, ce sont des chairs éclairées par la lueur


des flammes. Une vérité ordinaire, ce sont des objets hors

de toute influence qui les dénature, hors de toute con-


dition qui en change la couleur propre.

Le coloris vrai rare et le coloris vrai ordinaire sont

tous deux possibles, excellents, puisque tous deux sont


vrais. Mais ce qui est le vrai rare semble, en peinture,
moins vrai que ce qui est le vrai ordinaire. D'un côté,

il y a la vérité simple, de l'autre la vérité vraie.


Rnbens a la vérité vraie.

Ce que nous venons de dire de l'harmonie et de la


vérité coml)atti'a-t-il suffisamment ce dicton populaire :

- Les "Vénitiens sont plus vrais, plus harmonieux ? "


Si nous n'avons pas réussi à nous faire comprendre,
que l'on jette un regard sur nos esquisses la démonstra- :

tion peut-être sera plus Irappante; peut-être pourra-

t-on se convaincre que l'harmonie des teintes de Rubens


n'est pas moins parfaite que celle des teintes
de Titien,

et la vérité y est mieux choisie.


que
objectera sans doute que nos esquisses sont des
On
exceptions, et que c'est par l'ensemble des oeuvres qu'il

faut juger un maître. A cela, nous répondons que ces deux


exemples représentent assez la manière de nos grands
coloristes, et que, eussions-nous .sous les yeux
vingt
autres tableaux, nous n'aurions pas d'autres traits carae-
téristiques à signaler.

Et maintenant , quelfiues remarques sur le elair-

obscur.
Le clair-ol)scur, on le sait, fait \mvtie intégrante du
coloris.

Les deux dessins ci-joints résument, le premier, le

clair-obscur de Titien; le second, le clair-obscur llamand,


Supposons (jue, dans le tableau de Titien, un maître
llamand apporte des cliangements à sa manière, ajoute
ce qu'il croit devoir y substituer selon ses principes,
jetant ici des ombres, là des lumières. Supposons enfin

qu'il transforme le clair-oljscur vénitien en clair-ol)scur


flamand. Cette transformation donnera un résultat
curieux, elle jettera un grand jour sur un point impor-
tant de l'originalité de l'école flamande.
Disons d'abord ce que le maître flamand admet, ce
qu'il ne change point ;

L'opposition des masses obscures (AA, premier dessin)


aux masses de lumières (lîB), — la lumière ménagée sur
les chairs (CGC), — les échos (DD).
Ce qu'il n'admet pas, le voici : les trois masses
obscures, divisées et dirigées parallèlement (EEE) ; la

ligne des apôtres, découpée en silhouette noire sur le

ciel clair (FF) ; les masses tranchées de la figure de la

Vierge (G) et des figures du haut de la toile (HH) ; les

chairs peu lumineuses de la Vierge et celles de quelques


apôtres; la lumière papillotée des anges, dispersés dans
le ciel; la masse vide et uniforme de l'espace (I); l'éten-
diu' vide et uiiilnriiic du ricl /i riiorizoïi i^KK); l'égalité rl(^

force dans toute l'étendue du tahleau; runii'onnité


géné-

i-ale dans les eliairs, les draperies et les accessoires.

Signaler ce i|iie le peintre llnnmnd désa[)prouve, c'est.

ap|)eler les regards sur les points qu'il translbrnie :

Les trois masses d'ombre divisées et [larallèles sont

(«rrigées d'aliord pnr les deux moyens suivants : Une


masse obscure, roclier, muraille ou tombeau, (A, second
dessin] lie la ligne des apôtres à celle des ^ulges. Une
autre masse, nuages ou ligures, v;i de la ligne des anges

:'i la troisième ligne ipii couronne le tableau (B). Ces

deux masses posées connue Trait d'union amènent deux


;iutreschangements importants. Premièrement, elles
rompent la monotonie de la mnsse vide du haut du ciel;
secondement, elles coupent l'étendue vide du ciel à l'ho-
rizon. Deux moyens rendent aux chairs sombres de la
Merge une lumière resplendissante ; l'éclat du Ibiid

atténué par nuages déjà ajoutés, et la lumière vive-


les

ment frappée en échos. Des clairs répandus çà et là lient


les chairs brillantes des anges et en font un seul tout.

L'uniformité générale devient un ensemlde varié par les


oppositions, les rapiiels et les réveillons. L'égalité de
force est rompue par quchpu-s points d'un brun puissant,
faisant trombone dans celte harmonie pittoresque de
;('(
lumière et d'onibi'c (( 'i.

N'oilà le i;dilr;ni italien ilc\cnu uiic (cuvre llammtde.


RÉSUMÉ

Après ce que nous venons de dire, nous croyons pou-


voir nous résumer ainsi :

Ce qui constitue l'originalité de l'école flamande, c'est :

Au point de vue de hiouiposiiion


L'habileté dans la variété, la grandeur, le mouvement,
l'expression, l'harmonie, les lignes synthétiques, l'agen-
cement.
Au point de vue du dessin :

Le choix de la forme iiittorescpie, de la forme grande,


mais vraie, de la forme qui se prête au mouvement, à
l'expression, au coloris.
Au point de vue de la couleur :

La supériorité sur toutes les écoles dans l'art de distri-


buer la lumière et l'ombre, de [lorter haut l'éclat, la

vigueur, la vérité, l'harmonie.

CAR.VI'ï]-:RR Cili.N'ÉRAL HKS ÉCOLKS.

L'école florentine se distingue par le dessin.


L'école vénitienne se distingue par la couleur.
— 74 —
L'école lombfivdp se distin^iue par la £;r;îee et le clair-

obscur.
L'école hollandaise se distingue par la v<''rité et le fini.

L'école flamande, elle, se distingue par ce qu'il y a île

plus important dans l'art : Le beau pittoresque.

INDIVIDUALITÉS D.VXS l'ÉCOLE.

Quelques individualités se distinguent dans l'école,

nous citerons les principales.

Van Dyck a toutes les qualités du chef de l'école, mais


à un diapason moins élevé. Sa comiiosition a du mou-
vement, de la vie ; son dessin, de la vérité et de la grâce.
L'originalité de ce maître se manifeste en ceci : Gamme
de tons généralement sombre, grise parfois. Harmonie
d'une incompai-able perfection. Emploi d'un certain brun
auquel on a donné son nom. Clair-oliscur plein de mys-
tère et de charme. Modelé parfait.

JoRDAENS compose avec une fougue qui le place bien


près de Rubens. Son dessin a beaucoup de grandeur et
de vérité. Comme Van Dyck, son originalité est toute

dans la couleur. Il se distingue par le choix des tons


brûlants, par les oppositions violentes, par une gamme
dans les teintes de l'arc-en-ciel. Au milieu d'une galerie
où Rubens même étale ses splendeurs, Jordaens est un
feu, un volcan, un soleil.
Crayer est simple, tempéré, dans les diverses parties

de l'art. Il se distingue par une harmonie parfaite et une


vérité qu'on ne se lasse pas d'admirer.
Texiers semble n'ambitionner qu'une chose :
égaler

les plus grands maîtres dans l'art d'exprimer le vrai. Son


originalité est saillante dans le choix des sujets, dans la
manière de les composer et de les rendre.
ÉCOLE FLAMANDE MODERNE.

L'art est un édifice où chacun api)orte sa pierre. C'est


une pyramide aux proportions gigantesques d'intelli- ;

gents ouvriers l'ont élevée au point où nous la voyons.


Depuis Phidias jusqu'à Rubens, le monument a progressé.
Jusque-là tout s'appuie sur un plan unique, régulier.
Les grandes assises sont taillées dans de bonnes con-
ditions de solidité et de durée; elles s'enchaînent, se
combinent, se soutiennent mutuellement. L'édifice de
l'art est l'œuvre des génies les plus renommés ; il est le
type immuable du beau; nul n'oserait le démolir.
Les générations qui se succèdent sont appelées à con-
tinuer l'œuvre; mais quand des ouvriers nouveaux sont
impuissants, quand le découragement les saisit, étourdis,
éperdus, ils s'écartent du plan primitif et cherchent à en
établir de nouveaux. Alors, il y a confusion parmi les
travailleurs; l'édifice de l'art cesse de s'élever : il s'arrête
dans son achèvement, il devient Babel.
Un spectacle navrant alors frappe le regard. A côté de
l'iMlilicc jcstitenx, surfissent de petits édifices nioii-
slnieux. Ce s(jnt les (euvres de nos travailleurs décou-
ragés, encliaiués .'uix caprices des modes, livrés aux
Iblies de l'individualisme.
Cette siluation s'appelle décadem-e.

-7 K
RUB ENS.
RAPHAËL.'
jDfCAD£A/C£ MICHEL-AUGE ;

PHIDIAS
EDIFICE DE LART.

Trois choses principales amènent la décadence ; la


première, c'est l'incapacité et découragement;
h? la

s(^'onde, l'amour de la nouveauté; la troisième, les


c-ai)rices de la mode.
La nouveauté a tant d'attraits pour nous qu'un I)on-
heur continu nous tatigue, qu'un excellent mets, souvent
servi, nous fatigue, que rasi)ect constant d'un beau ciel

nous latigue.
(^uaiid Paris oublie Talma et admire un danseur de
ciirde, c'est (|u'il est fatigué; quand il s'écrie • : .V bas
lîacine! ^'ive le r(jmantisme! ^ c'est qu'il est fatigué;
(juand il demande (ju'on le délivre des (îrecs et des
Romains, c'est qu'il est fatigué.

Jj'aniour de la nouveauté est si grand parmi les hommes,


([u'ils changeraient, s'ils le pouvaient, hi nuit en jour, le

soleil en lanterne.
La. mode, troisième cause de décadence, est d'une
influence innnense : la mode trompe les yeux, trompe
l'esprit, troiuiK.' le lion sens. La mode nous lialiiUie :m
ridicule, à l'absurde, à. l'irapossilde. C'est elle qui a

inventé cette Vielle définition ; le beau, c'est lo khi!

Notre époque, nous l'avons dit en conmieneanl, est

une époque de décadence.


Ce mot décadence, à propos de nos peintres modernes,
doit sonner mal à certaines oreilles. Un des symptômes

de la décadence, c'est d'être invisible à ceux qui la subis-


sent. Ainsi, un Ijrouillard répandu dans l'atmosphère ne
semble point exister là où se posent nos pieds.
Avant d'aller plus loin, acquittons-nous d'un devoir ;

a
au milieu des apostasies qui nous environnent, il y
d'honorables exceptions.
Cela dit, continuons.
Api-ès la glorieuse époque des grands maîtres

flamands, les imitateurs pullulèrent : ils ne furent point


imitateurs comme Rubens l'avait été de Titien, comme
celui-ci l'avait été de Giorgione ; ils suivirent un bon

principe sans y ajouter leur originalité propre.


Ces copistes avaient du bon cependant; les nombi-euses
toiles qu'ils ont laissées ne sont point sans cliarme. C'est

que le souffle de Rubens avait passé par là, c'est qu'ils


avaient puisé à une source féconde, à une école où tout
pinceau se trempe vigoureusement, prend des allures de
grand maître, colore chaudement, brosse hardiment et
accomplit des œuvres de mérite, sinon des œuvres de
génie.
Pourquoi, parmi ces imitateurs, ne s'est-il point trouvé

un grand peintre ? C'est qu'ils ont manqué de courage et

de persistance, c'est qu'ils se sont laissé sulijuguer par la


mode et l'amour de la nouveauté.
Le désir de voir du nouveau était grand à la fm du dix-

septième siècle; il prit des proportions effrayantes à la


— 78 —
fin du dix-huitième. Alors, nos peintres flamands
s'éloi-
gnèrent toujours davantage de la peinture mère.
Bientôt, ils l'oublièrent complètement, pour se livrer
à l'étude des œuvres de nos voisins. A cette époque, la,
réputation de David faisait grand bruit, elle entraîna la
plupart de nos artistes; la peinture de David était de-
venue la peinture à la mode.
Les choses continuèrent ainsi jusqu'en 1830.
La révolution ].iolitique amena la révolution artistique.
L'amour de la patrie éveilla l'amour de l'art. On avait
combattu pour le bon droit,on voulut combattre pour la
bonne peinture. Ce tut un élan superbe le fusil donnait :

du cœur au pinceau. Toutes les têtes alors .s'entlam-


maient au mot de patrie. La patrie chacun voulait sacri- !

fier sur son autel. Les uns offraient leurs bras, les autres

leurs capacités, leur fortune. Le jjeintre sentit qu'il


devait aussi quehiue chose au pays. Tous les hommes
de l'art n'eurent plus qu'une pensée : ressusciter l'école
flamande, relever ce glorieux fleuron national. On criait :

^ Vive la Belgique ! r on criait : » Vive Rubens ! ^

Il fallait voir alors cette jeunesse ardente! Il fallait


la voir, dans nos musées, s'attacher à nos vieux maîtres,
les étudier, les anah'ser, les expliquer! Il fallait la voir
emi)oigner des toiles immenses, répandre à flots d'écla-
tantes couleurs, faire trembler nos grands hommes sur
leur piédestal! Singulière époque et heureux effet de
l'enthousiasme! on maniait le pinceau, on maniait la
carabine; au feu des liarricades s'allumait le feu du
génie. Toutes les palettes sentaient à, la fois le bitume
rubénien et la poudre à canon!
La lionne route était reprise enfin , la i)einture natio-
nale allait renaître et de grands peintres nous étaient
promis. Du courage et de la persistance encore, et la
— 79 —
vieille école reprenait vie! Encore un peu de temps et

l'on poursuivait 1 édifice de l'art, on continuait Rubens!


Hélas! tout cet enthousiasme, tout cet élan, s'écroula
bientôt : l'amour de la nouveauté et l;i, mode reprirent
leur empire.
La renaissance de l'art llamand [mrut cliose mon-
sirueuse ; c'était beau, mais c'était usé; - il l'allaii du
n<niveau !
-

A cette époi|ue, les Français étaient latiiiués du roman-


tisme; une modo nouvelle éclata parmi eux. Cette mode,
connue toujours, ne Ht qu'un saut de l^aris à Briixelles.

C'est alors qu'apparut la peinture f/risr. la [leinlure qui


règne encoi'e aujourd'hui.
vSupposez ([u'une personne étrangère à l'art s'a^'ise de
peindre : son leuvre n'aura ni couii)Osition, ni dessin,
ni ('oulenr; les foinnes, s'il y en a, seront plates, diîcou-
pées, impossibles; la couleur sera, l'roidc, Itlafarde et

grise ; les tons seront tourmentés, barliouillés, .salis ; les

plans, collés et les objets, sans relief. Il y aura ce que l'on

remarque dans les i)eintures d'enfants ; la couleur vraie,


la couleur locale ; le ton juste de la culotte du [lolichi-

nelle, le ton juste du bleu de son habit. L'ensemlile sera


d'un gris sale et rappellera les enseignes de village.
Tel est l'aspect de la peinture à la mode, importée de
France.
La peinture grise a des admirateurs passionnés, on se
prend d'amour pour le ton local, le ton juste, les tons
vrais et les tons gris ; on sait comment les enfants trou-
vent facilement toutes ces belles choses.
L'individualisme a des principes fort curieux; qu'on
en juge par les maximes suivantes :

L'étude des grands martres est pernicieuse !

11 faut être soi, ne rien faire de ce qui a été fait !


— 80 —
L'individualité est la qualité qui fait le
grand peihtre !

On conçoit quel débordement dut suivre de tels


con-
seils, quelle latitude surtout
ils laissèrent à l'ignorance

et à la paresse Chacun visant ! à l'individualité, il en est


résulté des prétentions à la célébrité,
des plus ridicules.

Notre école moderne n'est pas une école.


Où il
y a école, il
y a un principe accepté de tous; un
lirincipe au(p,iel tout le monde a foi et obéit.
Où il } a école, il y a la l'orcc collective .|ui fait les
grandes choses.
Où il
ya école, chacun vise au même but, et ce liut
est bientôt atteint.

Une école, c'est un gros de soldats s'élancant vers la


l)rècbe.

Loin de suivre la i-oute parcourue des grands hommes,


chacun de nos ],eintres se lilottit dans son petit coin,'
avec sa idée, son petit caprice et sa
[letite
petite origina-
lité, l'ourqu.ii chercherait-on à faire
mieux? Ce qu'on
fait ne ivsscnibl,. p„i,if nu.x maîtres, est unique dans son
genre, on n'a rien vu de i)areil. Pounjuoi chercherait-on
à faire niieu.x;! Ce (lu'on fait est imlividucl! Pourquoi
chercheraii on à l'aire mieux enfin? Ce (ju'on pro(biit ne
ra])porte-t-il p;is de beaux bénéfices?
Lt croirait-on (|u'il y ait des admirateurs et des
acheteurs de toutes ces folies !

Oui, cela est ainsi. La corruption du goût est géné-


rale il n'y a plus de règles, plus de
:
lois. C'est commode
jiour tout m(,ndc, l'ont
\v le monde ainsi juge sans être
connaisseur. Tout le monde est artiste sans avoir étudié.
Les encouragements ne ])euveiit inan(|uer. Chacun ap-
précie le lieau selon ses goûts, selon
ses connaissances spé-
ciales. Des archéologues, par exemple, vous
disent : - Le
— SI —
benii (l;ms IVirt, c'est l'archéologif •
; dos clirniii-

qumii's :
•• c'esi. rexncfitude des faits et des (hues ••
;

les antii|UMires ;i leur towv : - ee sont les eostumes, les


armures, - etc.

La mode a si bien troublé toutes les cervelles, que


d<'s hommes sérieux ont posé des questions telles que
celles-ci :

l']si-il bien vrai que la ]i<'intuL-e moderne soil su|i('-

rieure à l'ancienne >.

Kst-il vrai que la peinture n'ait pas besoin d'èire


enseii;née?
l'^st-il vi'ai que les aca.d('mies n'aient pas besoin di' [iro-

l'esseurs ?

Dans la confusion générale, les impuissants exploitent


les esprits abusés. Sous prétexte d'originalité, rignoran(H'

se pavane, — elle produit des monstruosités et dit : •• .)'ai

l'ait cela c.rjivh, »

Notre peinture moderne, on le (^oneoit, n'a pas de


rnmtière naiinnal ; ou peut dire même qu'elle n'a pas de
caractère.
Dans les œuvres de nos maîtres, il y a de l'école fran-
çaise et de l'école espagnole. Le style renaissance s'y fait

aussi sentir, tjuant aux vieux Flam:mds, ils sont peu


rappelés : il semble qu'on ait liutiens en horreur.
Les sujets sont presque toujours des sujets de genre.
Nul ne s'élève à ces grands agencements du nu qui font
la gloire de Rubens et de Miehel-jVnge. Le nu est soi-

gneusement évité, parce que le nu est diflficile. Des cos-


tumes, des accessoires, des modèles faciles à, po.ser, tels

sont les éléments rechercliés de nos maîtres. Ils ne dépas-


.sent point les études élémentaires académiques. Point
d'élévation de pensée, point de style surtout. Les scènes
historiques sont tr;titées comme les scènes de. taverne.
6
Xdi.i^ i-l'oyoïis .-ivoir lies pcinrrcN d'histoire, iti'ciu'I l'dur
pcinilrc riiistnirc, il faut en :i\o\r lesiylo; le sujet liisto-
rii|Ue ne l'ait point le peiiilfe d'iiisloife ;
W'jh'c no fait
|i(iillt le liéi-os.

il y a une |ii-i'ieniion liéni'fale à atleinilfe le vfai. On


(liMlaii^iie les sujets où l'iniay inaiion en'-e. Teindre ee que
l'on seul, ce i/kc l'on roil, ee r/in posi' . telle est la loi de nos
ari isies à la luodc.

Selon eux, IvulM'ns eut fort de peindre l;i Deseente


do croix, liapliaol eut ton de peindre des .saints et des
aiiiics. 'l'ont cela, faux pri'lextes : Histoire ilti renard et
dos raisins verts.
Tout <'st inat('riol dans les o-tivres de nos peintres
d'.auj<iurd'lnii. Ils s'atta(dioin à la mYua' liistoritpio. /i

1 exacfititde ehronolo^ir|ue et areliéoloji'i(|Ue, au rendu


des ('lolfes, des enirasses, des lialleliardes.
Foules (dioses [letites, eoinintines, niais(\s, faciles.
Dessiner lo poil îles .sourcils à l'Aiiolion du Belvr'der,
\'oilA notre (*poi"|ue.

On a dit :
• (Jiii nous ddlivrera dos (irecs ci dcs
lloin.aiiis? - On dira dans peu :
••
()m nous didivrera
du ré;disinc ^
• Uieii de fui;^a,nt eoinnie une eonstanic
rc'.alité. On reviendra .sans cesse aux œuvres d'iinai^i-
nation. Les ineusoiiLics iriloinère seront toujoui's pré-
féri's ;ntx \'érii('s liistori(|iies, les inagnifieinieos faliu-
leii.ses de rvuliciis ;i routes l(\s friperies exacterneni
copiées d'après le mannequin.
Le peinlre-maeliine p.asser.a, le peint re-eerveaii re.s-
(''f.a : toujours ri's|ii-ii l'einiiorte sur l,-i matière.

Au iioini de Mie de l.-i eonji»osirion, du dessin er de l.a

couleur, l'xaiiiinons iiiainieii;iMi nos intuiros.


Notre laétliodo de parallèle va nous seiTir encore.
Supposons, à eoté des toiles modernes, une (junre île

l-iubeiis ou (le 1 )\ ck.


.lu point (lo ni/' de la fij)iiposili(ii), tpie viiyoïis-noils ?

l)ans nos \'ienv niailres, r.'ispcci iniposaiii des liiiiies,

la inajesic.', l'aiapleni', l'aueneeiiieiii, les licMiiU's du nu.


I);ins iKis peinires inndei'ncs, un ensenilile sans tir^oi-

deUL', la seieiiee des lii^iics iiinorc'e, le nu dissiinuli', îles

assenililajics dVH'uliers, le senlinnail pilloi'esqne peu


dé\'i'liippi'.
<
'liez les premiers, le niouveuienl , l'unifi', rcxpi'essinn.
l;i ^ie. Chez les sceunds, rnctinn sans vii;U('ui', le sujci

mal exprinu', le Croiil du jnodèle parluur, la raideur du


mannequin partout, }»artout l'inrxpià'ienec ri l'iiinn-

ranee des ]n'-in<'ipes élernels.


l>à où il y a tendance à Tindiv idualisnu'. la rèiî-lc se

perd, l'ai't recommence, (riotro renaît.

Au point de viin du dcssiu, que |)ouvons-nous dire de nos


novateurs^ Us ont [tour principe de ne l'aire rien de ce
qui l'ut l'ail, de tourner le Nous ne
dus ,-uix riTulii ions.

[louvons donc mieux caractériser le dessin moderne que


[liU" ces mots : Tout ce (pri est contraire aux bonnes qim-
lili's des iii'ands nudtres.
.'/(( point de rue île lu, couleur. Fiiidividnalisnie s'in^i'uie

à irouver les choses les [tins extravayanles.


Ce n'est pas ainsi ipie les j^rands peinires du p.-issé

(diercliaient l'oriiilnalité ; ce qu'ils t';dsaient [lour y parve-


nir n'outraiieait |)oinl la raison. Pour ne i)as ressembler
à Tiiii^n, Tlubens ne salit point ses pinceaux, ne les

[ilonji'e jioint dans des Ions im)iossibles. Ses teintes sont


chaudes, pures, brillantes et vraies. Pour ne pas res-
seniljler à Ridteus, \im Dyck et Jordaens nenl'arinent
[loint leur palett(\ n'imiteiU poiiU la maladresse des
— S4 —
l'iil'aiils, ii'imliliciii pdiiii le cl.-iii'-dlisciir. l.-i |i('r]i('ct ivc,
le niodi'h'.

Vai iT'sunié, notre peinture modoi-iie îi tout ce qu'il l'iiuf

poui' ])laire ;'i In foule ignorante. Mnllieureusement, ce


i|UO l'on croit nouve;ui est vieux connue la terre; ce que
l'on ap])elle innovation ressemble aux premiers essais de
l'art, rappelle ce que firent d'al.iord les Égyptiens, [mis
les (Irees, jiuis les hommes de la Renaissance.
Clio.se singulière, l'arl a son i1ux et son l'clhix.
Depuis nos peintres d'hisloii-f Jus(|u'à nos pcinircs de
cabarets, tous travailleni ]iourl,'i loule.
Notre peinture moderne iieni à bon droit porter ce
litre : Peinture bourgeoise.
Si l'on compare l'art moderne à l'art ancien, un .senti-
ment de tristesse profonde vous saisit. La belle école
llamande devait-elle engendrer de pareils entants ^
(aiai)(l on songe que toutes ces tètes désorientées
sont
pleines d'heureu.ses dis]iositions; (|ue, parmi ces victimes
de l'erreur, il en est (jui ont du talent, du génie;
que
tout cela se fourvoie et se perd; (jue pour s'élever il
ne
faudrait à ces imaginations en déroute qu'un peu
d'amour
de la gloire, un ])eu d'amour de la patrie, qu'une
('uer-
gique volonté de renverser le démon de la mode,
de se
réveiller comme en 1830, de se jeter dans les
bras de
nos glorieux maîtres; quand on
y songe, la. pitié vous
prend, et un peu la honte aussi.
Si notre voix était paissante, nous dirions à nos
artistes :

•• Ouvriers de de l'art, plus de décourageraerU,


l'édifice
plus de mutinerie! A
l'œuvre! à l'œuvre! rentrez sous là
discipline! plus d'isolement, plus d'individualité!
L'indi-
vidualité, vous l'entendez mal; car, .seuls,
vous ne pouvez
rien. \ uyc/ \v ('dilicc. r(.'i;;ii'(U.'z-\ dus ;i sos )iii_'ils ;

i-oiniiir NOUS i'Mi.'s pciils, ((iiiiiut' \()us (''les ridicules! A


riiMnrc! suivez les siililiines arcliitecles. Iv-oiitez, ils

vous aiiiielleul , suivez leurs ;i\is. C'est au soiiiinel qu'ils

soiil, e'est là (|u'esl |ierl'eetil>ilit(:'', e'est là (|u'esi le prn-


;j;rès! e'est au soimuet! Allons, à Ud'uvre! là, \()us seri'z
forts; là. Mius si'rez utiles, vous serez ii l'a uds ;
là, vos
travaux ser(.iiii. bons, ils seront soutenus, ils seront liés,

liés à la masse solide, à l'cVlifiee éternel. Montez done,


iiiolitez voire piei're el voyez ofl il faut la poser.
- ()ui a |)os(' le dernier dej.;i'é^ ("est le gra,nd maître
llamand, c'est linliciis, e'est lui (|ui s'est élevé Jus(ju'à
la cime. C'est donc lui (|u'il faiil sui\'re, c'est lui (|u'il

faut atteindre, c'est lui qu'il l'aut surpasser! e'est sur sa


pierre (pi'il faut poser votre i}ierre, élever votre talent,

eoitronner indix idualiti^ !


••
11

PEINTURE MATE

l'UUCKllK .XUIX I'-.AI"


PKINTIJUE ^^ATK

PREMIÈRE PAllTIE.

A PROPOS DI.; L'isXPdSITIOX lU'.s C.VIiTONS Al.l.KMAMis.

U l;iul (lUc (('lui i|tii (hMciclic iiti iirii iiis se i(''siL:iir'

il entiMHiiT les ^n'iiuuillcs (((.ismt aiildiir iW lui.

V. Iln;(..

KSI'ÉCE l)K l'KKFAC'K.

Une |iivfacc irortliiiaii'e est une ]ii-k'ri' adressée an


lecteui-.

Notre pi'élace à nous sera tuie sdrte de (h'fi.

Cl Celle iii't'iiiii'i-e iKiL'lie :i paru il'alxini daiis la llcnic Irimeslrielk, liuue XXIII, |i. ."j

el suiv., cl a élé repriKhiile ou liruchure. Bruxelles iu-M" de


: j ( pages, l"r. Vau Mceuen
el C ISjII. Ou |>cuI voir pour les uu'iiies idées un arliele dé IXiT, sur la peiiiluie a
l'huile el un eliapiire du Salon de I8:il (Voir plus luiii.)
.
— un —
Non- iii' ilciii,-iiii|iiiis t;r:'ii'i' ;'i ci'liii iimis lit;

lions iK:' \-()iiliiiis [iDiiil iiiiMulicr ir;i|i|il'(iliali(ili; si le Icc-

Icnr Miiirir de i k ii rc ;in(|:ic(\ ll(lll^ xiiiriuns de sdii niiidiu-


IH i.iprc :
s'il s'.-n isi' lie mnis iim n'i I l'c, ikhis ;i\ iiiis les dcnls
.io'ti'cs.

\ DUS i|ui ciiUsjici-cz \(is \i:'illcs ;'|,


l;i Llidil'i' ilc Vus cdHi-i-
id\ cas, iiK.'ircz :Mi Jdur uni' d'in-rc i|iii \-diis lioiiorc, cctti'

d'in ic rut-cllc .-lU iii'dlii lie idiis, \()us cntdadrcz ;iussildt


1^1 l'onlr, l;i riiillc i'l|\-i('ilS(', crici' li;U'(_il

\(' r;iiii\s donc l'icii pdiir CCI II' Idiilc iiiy raid ; niicnx v.'iii-

dr.-iii. si idiis les lidiiiiiids n'en l'aisaiciii i|u'uii, si.mlUctdr


ddi lidiiiinc di lui çraclidr à la lace.

l-'ailcs Idiil pdiir l'art !

l'àl ildpil dds [lassidiis ha iiicuscs . parlez: i.'ll d('pil d<'s

nilllilds. des iiupllissaills ,


paridz. parlez. Dilds dd (pU'
Vdlls diil appids \'ds ('llldes. dd (pld \"(ills illspirelil \"ns

ddii\ddi iuiis.

Xdiis iid pri-'ldiiddiis pas pdi-siiaddr. Xoii ! dii iid per-


siladd plus pdi'sdiiiie ;nij(iurddiui. I nos jniirs. dhadun
rcsid icriiid dans ses idi'es. dans ses erreurs, ilaiis ses
dapi'idds. dans ses epiiiions, dans sds Iblids!

\drs(|U(d aliiiiid inareliuns-iidiis, iirand Dieu!


1 II lidinnie nie la lumière du solidl, il a des raisons
pour seul eiii r cela . I'\ir( dd \ ds dinn ictiiuis, n'oiis eoni-
lialIdZ cdl iKUUIlle ei \'ous iVrivez Ull \(dlline, à \"os

raisoinienieuis. cet lioniind ['('pdiid par deux A'olunids


d alisurdil('s; veiis rd])liipidz jiai' irois \"oluiiids (pii liv<

rdruli'ui ; Vdlfd aihcrsaifc iVrii i|itatrd volmiids de dia-


1 filles; vous eu t'dldVdZ (dll(|. il dU ('dril six et ainsi
justpr.-'i, ceill .

Sans doiile. raxcilir fera justice. l'dut-(dre! Maisipid


ri'sitlid-t-il pour Id inotiidnt dd ce (diec des passions;' l,a

luiuidrd, r<''poiidiv- \iius ? I'',rreiir. eri-eiir! Il en ri'sultd


— 1)1 —
le (léyoùt, 1,M li.-iiiii', l'iiliscurilé , riiicei-titiule, qui liiil

[larlnii; (l('sos|i('rcr ilc voir jamais la, Yci-it(' ti'iomplicr f^iu'

it'VlV.

V.n atlciidaiii lu liimii''rr se lasse en <'e jikiikIc

ei iiicliidlis :

Allellilu (|lie IdUle \('ril(' [lelll (''Ire ci )] 1


1 1 la 1
1
m lonte

eiTcm- seuli'ime ;

Atreiiilu i|irà 1oii( ar;iiU[iem (|iu alliriiie. il \ a lut

ari;uiiieiii ijui nie ;

Afleiidn iinaiiisi aucune discussion ne jieut linii-,

aucune (liscussien ne pcul eouvaincfe;


Nous conseillons ceci à toui^ liomiue qui ('eril un livi'c :

A cliajiue plii'ase suseepi ihle de controverse, poser le

si^lie sui\':uii ;

(
'e siuiie rcprt'senU" une pile de volumes, ipii rappel-
lerai! au lecleur un a^is ainsi conçu :

•• ^"oici mon idi'c, voici mon opi])ioii, voici ma eon\ ic-

lioii : i|uellcs que soient vos atTa(pies, quelles (pie soieni

vos olijeelioiis , ((uelles que soieni vos paroles, Je puis


sans cesse \'ous r('po]i(lre ;
j'ai cent Volumes di.' n'yiliqucs

à vous opposer. Aiiaijuez! pin'oi'ez ! cherchez à me c(.)jn-

baltr(>! dif("'s ce que \-ous \oulez! \-ous n'aurez poini li>


dernier moi ,
L'ART AUJOURD'Hri

Qu'il y ait progrès ou qu'il y nit décadoneo, no désespé-


rons point de l'avenir de l'art. Les temps de progrès don-
nent les exemples à suivre; les tem])s de décadence, les
exemples à éviter.
Toute tentative tourne au profit de lasciejice; l'avenir
saura en tirer parti. (Tloire cependant à ceux (pii mon-
trent le bon chemin !

I.E l'HOGRKS.

Tous nos désirs, tons nos travaux tendenl sans cesse à

l'entier accomplissement de notre volonté. Dompter le

l'eu, (lompt(n" l'eau, dompter l'air, marcher comme l'éclair,

parler aux deux pôles à la Ibis, déjà nou^^ faisons toutes


ces choses; notre volonté déjà commande. Nous ne nous
commencement. Bientôt
arrêtei'ons pas. Ceci n'est (ju'un
nous dirons à la vie - Nous connaissons tes mys-
:

tères. ^ Bientôt nous dirons à la mort Cesse de nous :

atteindre. ••
Bientôt, nous dirons à la matière : - Prends
^

— 1)4 —
cette tbvine, que ce eoi']is preiiiu^ ^ie, morclie! ^

le coi'ps vivivi, marcher;!.


L;i puissance attril)uée à nu jour sera la iKitrc.

Tout ce (|He udus voyons ou louchons, loul ce que nos

sens perçoivent est à nous. Terre, cicux, vous êtes notre


domaine, nous vous posséderons un Jour en iiiaitr(:'s ei

vous obéirez à notre voix.


Le côté impur de riuunaniO'. le rùu' (pii sans i-essc

s'oppose au coté intelligent, n'enipèchei'a poini le pro-

grès.
Amas odieux! vils erapaux, \ ils scrpenis. las d'insecli,';:^

"onllés d'envie, di' liètise ci de l;irlicr(', Inuli' stupide, tic

(|Uelle l'ange sortez-x'ous

(.'luKiue Jour nous soinjiies é'i(inn('s par de nouvelles


découvertes, chaque Jour la seience révèle un launde
nouveau, chaque Join- Fesprii monte ^el•s des ré'gions
inconiuies, et toujours nous deve]ioiis plus haletants,
l)lus émerveillé's ,
pins ('lourdis des promesses de
l'avenir.

(Ju'est-ce (pie nos oceuparioiis journalières devant ce

rêve éblouissant ^ liroitliaha d'iui paileia'c avant le lever

(lu rideau !

A mesure (pie riiiiiiianit(' se rajqiroehera de sa pirise


divine, elle [lortera ses regards vers les scieuees (pti

nous aux secr(3ts de la nature. Qiuuk] r(euvre de


initient

la cr(îation sera devenue vieille, quand les grauds engre-

nages seront usés, les soleils éteints, les mondes élm''-


chés ;
(juand Dieu, l'atigué de diriger ces machines, dira :

- il est temi)S de laisser à l'homme cette tàclie facile; r

à, (piels honnnes pense-t-on (pie l)ieu conlie le gouver-


nement des ali'aires du mondes
Sera-ce à des rois, sera-ce à des ministres, à des diplo-
mates, à des génénuix ^ sera-ce à de grands linaneiers, :i
d'adi'oifs joueurs (le l)oui-si', h iTIimMIcs sipécHbiiiMiiN. à
(le riclies ]i;irticnliei's?

Non, Dieu ehoisim dos lioiniiies île oeiiic, des philo-


sophes, (les physieieiis, des lUîitiK'mfiiieieMs, des iii<''e,-mi-

eiejis : les lout-iiuissiiiHs de l'aii ei de la seieiie(^! les


uialires de l'idée et de la iiiatic'i'e I

Dl'! l.'lXDIMllC AI.ISMi;.

Soiiimes-iioiis en péidode .-iseeiKlanli» ? Somnifs-nons de


ceux que l'avenir ré|iudiera
Nous avons parh' de Ui foule slupi(h'; idlc conipivnd
aussi la loiile des idiots de l'ai't. l.e mal laii dos piML;ivs
toujoui-s ci'oissants. Jai softise friomphe, le ridiculi; a du
sueeès, la l'olie tnnive des approbaieiirs. On no sauraii
trop s'élever contre cet état de choses.
On veut aujourd'hui de l'orieinaliti'", mais hi'las! c'est
une originalité mal entendue, réve cornu de nonv
épO(pie !

L'art est l'oMiYve de plusieurs, il ne peut èii'e ['(ouvre


d'un seul.
Le premier fpii ti7it;a lo pndll grossier d'un nez,
d'une bouche, lit toul ce (pi'il pouvait laire. Le sci-ond
(pli corrigea ce iirotil, lit tout ce (pfil pouvait laire. Le
troisième (pii le rendit meilleur, lit tour ee (juil pcmvail
laire.

(Juel (jiu- soit le génie d'un seul, il n'a (pt'une petile


part à donner, (pi'uiio [lerire [lierre à ai(Hiter à ['('dilice
de l'ai't.

Sans r(^iude de ce
((ui nous a précédés, nous ne jiou-

vous rien. Les grands talents toujours sont le résumé de


l'expérience des autres. Sans l'étude des (Irecs, du Péru-
gin, de liartholonnio, de Michel-.Vnge, Uapliaël restait
niôiliod'c. S:tns rônidc de \'inci, de ^^i(ll('l-Allfil^ de
^'l^l'on(s<', lie 'l'ilirii, de K;i]ih;t('l, Kulicns ii'dtait i>;is

llul)eiis.

Chose reiiiar(|U;ilili' ! l'Driiiiiuditi^ des ^tmikIs laleiifs,

c'est l'assemldage do toutes les (>i'i<<inalit(îs, c'est le suc


de toutes les llenrs, formant un miel i|ui ne resscmMc
point :uix sucs qui Font composé.
Nous sommes inl'ectés aujoui'd'hui d'uni' ('Inuiiic
lention, d'inviMition Touie moderne :

•• Soyez original, disent nos grands maintes à la mode ;

soyez vous-même! Que iious importent les oeuvres du


passée Va sur ce, les voilà, ipii liarhouillem, i[ui entassent
monceaux de couleurs sur monceaux de couleurs. Uni'
peinture à gâchis, une peinture à moellons! n'est-ce pas
originaU Peindre avec le doigt, le coude ou le ]iie(l, c'est

original. Colorer tout en bleu, tout eu gris, tout en


blanc, c'e.st original. Teindre nuageux, nébuleux, c'est

original. Dessiner comme les Etrusques, les Egyptiens ou


les enfants, c'est original. Découper toute chose comme
des objets de carton, c'est original. Xe l'aut-il pas aussi,
pour ètri' soi, se créer un genre;' Déjà, nous avons plu-
sieurs geni'es d'invention nouvelle. Nous avons le geni-c

simple, le genre grotesqtie , le genre cocasse , le genre


bizarre, le genre l»ète, le genre niais, le genre éidieveh',
le genre fou. Le tout s'exécute au mépris du vrai, au
mépris du bon sens, du bon goitt, des bonnes traditions.

On a toujours dit :
• Suivez les grands modèles. - Nos
génies à la mode se sont bien gardés d'écouter le conseil.

Suivre! se sont-ils dit, non pas! Fuir, c'est plus original.

Donc, au lieu d'étudier Ruijens, on a étudié les Etrus-


ques; au lieu d'étudier Michel-Ange, on a étudié Carlo
Dolce; au lieu d'étudier Raphaël, on a ('tudié n'importe
i[Ui'l malheureux barbouilleur oublié.
— 1)7 —
Ci'Iji, ('Si i-.-i |)ricii'll\, crlii est sol, ccl,'! csl ili'plol-jlltlc,

soit! ('('SI. oriLiiii;!! : on n',-! point suivi les m;ntiY's.


ne rcssciiilili' ni ;'i liiiplniol , ni ù linbcns, ni :'i

Alicliol-Aniîc ! Mnis, l'i injih'ilictiim ! mi rcssonililo .-'i lon1

ce i|u'il y II (l'oi-iliiioil'c, ilo ni(''lioci'(', de nninvnis, de


pildy/il)l(' , :ici-i)iii pli (I;mis les icnips priniiiils on do di'i-o-

doiico !

L'oi'iiiin;dil(', ni;d oiilondno, o loin li;is;i]'d, ii;ii(>i"inlo,

('ost lo pins ai'niid ll('ou donl l';nM puisse oiro nTteint.


IVoi'iiiiualitc', la véritable oiifiinalif('', eVst l'oi'i<^inalir(''

aux qualiti's ludles, iii'andes et snlilinies. C'est rori.Lîinalih'

de Ivapliat'l, nourrie des meilleiu'os choses qui l'eui

préeéd('' ; c'est c<'lle de Micliel-Aiiiic, neui-rie des meil-


leures choses ipii l'ont [)l'('c('d(' ; c'est celle de Rulieus,
noiirri(-' des meiUenres choses (pii l'ont prc'cédi'.

Nous ra\'ons dii jilns haiil, ehaipie inlellie'cnce n'a

qu'une petite part d'individualil('. Isole/ un henurie, ipie

cet lio)nnie (>ssaie de la poo'sie, de la peinturi', de la inu-


si(|ue : s'il n'a rien \n. rien ('tiidii'. s'il n'a souvenir de
rien, il sera orii.!inal, mais (pielle sera cette originalit(V
I )es chers-d'ieuvre à la manière des eid'ants, des enlu-
minures coninie en font les Chinois, des iniaiivs dignes
de l'admiralion des peuples sanvaiics!
l/aliaiidmi des types (-'ternels du lieati en vue d'(''tre

oi'igiual , c<-'tle di'plor:d)le (h'serriou de l'arl a ameiK'


des t'0USi'(jn('nc'es liravi's :

La raji'c de l'i ndi\-idualisnie a pouss(' chacun a iiiter-

jiréler le heau à sa t'acon; il en est r(''snlli' puur omiI li'

inonde une ol)scuril('', un lu^surdre d'idées, tels que dans


rappr(M;iation d'une leuvre, nos ju^-emenls resseinhlent à
du (hdire, à de la l'olie.

U n'est jilus possible, à l'heure ipl'il est, de sa\'oir : ce


ijui est li(\'HU, ce (pii est laid; ce qui esl vrai, ce i|ui est
t';m\; ce (|ui est ;iT:"in<l, ce qui e.sT iiCtU ; co (|Ui est gra-
cieux, <•(• (jui ne l'est pas; ce qui est esprit, ee qui est
bêtise; ee qui est dessin, ee qui est couleur; ee qui esl
ombre, ce qui est lumière; ee qui l'st ehnuil, ee qui est
froid ;
ce i|ui esl harmonieux, ee (Hii est sans hariuouie.
L'art, au milieu de ee chaos, s'est arrêté. Son char reste
embourb(' au milieu des im-ertitiides et des làloiiin-
meiits.
Supposez que, dans l'art d'('crire, eliaeiiii se serve, selon

son caprice et sa taiitaisic. d'une laiiiiiic, d'iine ortlio-


L;raplie, d'un stvle que pei-sonne ne comprenne; supposez
que vous appeliez ehe^al i-e ipie j'appelle por<-; rocher,

ce (pie j'appell(> nna^e; rivière, ce que j'appelle prairie ;

su])pose/ que vous écriviez C(^s mots av<'C des caraelèi'es


hiéroglyphiipies, liizarres, impossil)les ;
Mi]iposez tout
cela jeté au liasanl dans un amas inonstrueux d'idées
sans nom, de discours sans forme, où le commencement
soit le milieu; le milieu, la fin; et vous aurez une idée
bien failde encore delà [)eintiire d'aujourdliui.
L'individualisme, c'est la cdiiliision des laiiiiues, la

l^abel de l'art!
Sauf (piehpies excepliens, rariisie mcdi^riie est livre'

aux systèmes les plus dn'dcs, les plus faux, les ])lus

pitoyables qui se .soient jamais ^us. 'l'eus les cer\'eai!x


sont tournés. On n'y \'oit plus, on ne s'entend i)lus. on ne
se comprend plus. Pour sortir de là, poiii- nous rendre à
la raison, que faudra-t-il l'ne i^^'oliition. iiucaiaclysme,
un délug'e artistiipic quelc(.mqne I

Aimez-vous à rire, aimez-vous les contes bleus, les co(|-

à-l'àne , les surprises bouffonnes, les idées échevelées;


Irouveriez-vous curieux, amusant, par exemple, de voir
des gens se disputer sérieusement, se prendre aux idie-
veux sérieuseuHMit pour des qiKistioiis du ii'eure de celles-
— !)'.) —
ci :
• J>;i lime ;i-t-elle plus dVchil (|Uo le ^o\ci\>. LU vi',-ni

ost-il ordinaimneut plus <^tos (pu' s;( mèvo! CoMpii csi


lilfino est-il rt''elleiiieiit noir^ ••
ou lùen : - Co qui est noir
est-il réellement blanc ^ - Si de juireilles discussions
A'ous amusent , entrez dans une salle d'exjjosition. Mais,
si vous aimez les arts, si vous déplorez les (=i)oqnes de
désordre, n'v entrez pas. l'n penseur sérieux, s'il en
l'ranchit le seuil, éiirouvera une pénible émotion. 11 sera
placé dans cette alternative singulière oîi, comme le dit
un poète, on liési^e entre le rire et le sanglot.

Après des siècles de pertéction, disait \'olfaire,


viennent les siècles de (b^-adence.
En effet :

Nous avons vu Léonard de Miici, nous axons \\\

Micliel-Ange, liapliaèl, Iviibens : ou s'esl alla(pli' à ces


géants, on a ten1(' de s'élever à leur laille; on a iravaillé
beaucouj), on a lutté l)eaucoup. Mais, reliut(', ('puisé,
découragé, on a abandonné la partie. t"es( alors que,
dans leur impuissance, les i/i'iiics modernes se sont
écriés :
• Il faut de l'individualisme ! Les grands modèles,
cela est trop conmiun 1... ••

Oui...
l>es raisins soni irop vei'ts.

ORUilM'! 01 ,M.VI..

Toute cette ignorance, Ujutes ces bizari'eries, tout ce


dévergondage, voulez-vous en connaître l'origine, la

cause, la véritalde cause? la voici :

Il est un [)oint sur le glolie, un point où s'assemble un


million d'hommes. Là s'agite une foule (jui veui vivre,
vivre de luxe et de voluptés; là il l'aut de l'or, et iou-
,
jours de l'or; au pau^|•e. il en liuit pour du pïiin; au
'
il

— 100 —
riclic, il ni fiml iKnir srs jniiis.sfiiicc-;. l'niissiV |i;ir \\\

r.iu'i' (les licsiiiiis, rr'llc riilll'iiiilirrc 11 1 1 i ne, \iclil.

ôMirt. se |)i-('SN(', s("' coiidoio. i;r'(inillc, rmiillc, ii'oin|i("',

jouo. s'clldrltc, f;iil linn(|Url'(ill1c, Aolc, :iss;issiii(\ plciirr,

Imrlo, ^îrclotTc, suc, pue Iiixf. le crime ci l;i liiini.

liicii lie l'nrr(''tc; lie rmil-il ji.-is khh jicliclcr^ l„'i .science

s',-icllèfe , le Inleiil" s'acllèlc, l;i i'i'jill1;il ieli s';icllèlc. I.'l

iildil'C s';iellèle. Si \(ius H'jicllelez |i:is, \iills (''les ]ierilli,

•\-iills (Hi's iiillili('. ^|llls ("'les liierr. I''llssiez-\'iiiis L;<'liie,

l'ussiez-^o^s hieii, il Dinr lii'lieler le siii-cès, nelierer le

SlKïcès liliMllc qui ^•|)^s esl (lu. I.'i l'i


'|
1III ;il ii Ul ulli veiis ol
(lue, l;i Liloirc iiK'rili'c.

De l'or! lie l'er! sV'CTie s.'ilis ccs.vc l;i ii('ccssil('' : de


l'iil'l |-'.l ;'i e|i;ii|llc jour. ;'i eli:M|llc lielire. il linil line iih'C,

nue id(V liiiinelle. uni' clinse lioUN'clIc, nu s|icela(de


lliilU'eiill . 1 1 u'ilii |iol1<' (|llc <-ene chose s(iil 1 uail vu ise, i|Ue

celle iiK'C Soil l'uilsM', i|Ue ce s|iecl;ieie soil iuiiuoral.


("esl uoin'ean, coiisi'ijiieiiiluelil liou! La uoin'caUl(' a

touché sou l)Ul, elle a douiii' un dt'jeuuer à sou auleiir.


Les o'in'res ('•[ihéiuères. sorlies du lieu i|iie nous
d('cri\oiis ,
iiisjiiri'cs par l'aïuoiir du i;aiu ,
par les

capric('s de la iiioile, se ri'paiideiil dans lous les coins


de riMirope. ]-;iles y sont exp('di(''es dans le iiii'ane lialloi

a\ee les a,lolll's el les parures à la mode ihl .joli)-.

Aiissiii'ii di'lialK'c, la marchandise em'ahit le^ aleliers de


nos mailres, ci. semhialile à la colllaiiioli i|ili ne l'es-

pecie rien, idie parle la irace de ses poisons Jusipie


dans les leinres des ani^ies les plus si-'i-iciix.

Sai.'aiils, arlistes, lioinnics de leilres. u'.'ille/ pas là

limier voii'e i^i'aiie : rcsie/ (diez vous, coniine a laii

-\iieli(d-All,i;c, eoniiuc a IViil ,Miltoli, couinie a l'ait le

Tasse, l'oinille oui l'ail lalil d'ailU'es. (lu peut cire i;rand,

Irès-craiid. sans |iasser par là, ( Tard.cx-\!iiis d'appro(dicr


— loi —
ilu ij'iiiillVc ! l'ji l'csiaiil chez ^'diis, voii^^ ((l||^('|•^"l'|('Z '.oii-c

lorci' lUitivi', vos r;i<-iilT('s vicrL:cs, vos iiispirnlioiis oi'ini-


iiiilos; vous n'aurez poinr passi^ par le ci'euset contiimii, le
i-iviisor )ia|- où loni le liioiidc passe, le ei'ensel (le la

mode, du eaprie<', de la faulaisie. Là. pli(', toi'du, iiroyi'',

le génie îoHilie, se Iraine dans la fange, se fatigue,


désespère. Puis, un mal se déclare, la lièvre du luxe, bi.

lièvre des jouissances ; un mal ipii domie la soif, la soif


éjiidénii(|ue, la soil' niorlelle, la soif de loi'.

T(.)ut foyei- d(! corruplion ipii faii de fart sulilinie une


\Ui' inarcliaudise est un cancer an sein de J'iiuinanité :

lieu maudit! lut-il ma patrie, fùi-il ma demeure, je


dirais à, toute l:i terre :
• \e vous laissez ]ias attirer vers
l'aliime; on plutiit, courez, courez-y, ariiK's de torches
llajiilioyantes, et portez le fer ei le feu dans la plaie! -
I.'oriuiiic (ic \:\ |iciiiturc iiuii-ilc est I irssiiicicliiic les
;

IHTiiiicrs essais llirciil des plus ^russicrs : ou ju- soupe;!


irnlioril (|u':'i des dessins d'ornciiieiil;itiou , ;iY;iut d'cs-
sjiycr (lo [«diidro des Hj^ures liunudnes. (Juels (jue
rnssent les sujets ù représeutei', une idée doiuiunit. snus
eesse, eelle de .soumettre les inventions du peintre ;uix
lipiies (le l'areliiteeture. Examinez les ]ieiutures de
l'omiiéi : tout se plie, s'assouplit, .se combine à la, eour-
bui-e du cintre, à l'angle du panneau, à la rondeur de la

(;olonne. Oi'ner, orner seulement, orner toujours, tel

était alors le travail e(uistanl du pinceau. Le naturel, le


^rai, le possible, on n'y souLicait iioint, I,e bizarre et le
rantasti(|ue. mieux i|ue l'objet fait d'api-ès n;tture, rem-
])lissaieni le bui voulu.
D'âge eu âge, cette manière de \-oir s'esi pro]iagée, cl

les pi'océdés mati'riels m(''mes se soni eoufinu('s Jusqu'à


nos Joiu-s.

."-^i l'on se l'epoi'te aux leMl|is l'ecub's, celle rae<]n de


— iii;; —
r^iri. CCS iiKiyciis de rc\|)riiiici', tout cchi
csi ch;jrni:iiil ,
iiîiïC, plein de caudeui'. Los anciens
\culcnl peindi'c des murailles, c'est sur l;i muraille
mcine i|n'ils a|)|)li(iucnt la ceiileur. Us veulent reiiré-
senter des lionunes, des animaux : ils les représonteni
a,vec la simiilicité enfantine de leur ('p(ji]ue. Mais i><)ur-
i|Uiii Miulcii' aujcurd'hui , dans la peinture à fres(iue,
l'imitation du passe? rouriptoi vouloir être na'iTs, ijuand
nous ne p()U\()ns [)lus l'être; sim[)les, ipiand nous ne
pou\ ()ns plus l'èii'c ;
ignorants, ipiand nous ne pouvons
plus l'èlre? (Quelle i;ràce [letit n\n\r l'à^e mi'tr à se
doiuicr de [letils airs d'enl'ant?
La nnïvcU' siiutilée est une L;rim;icc, la simjilicilé
simulée est de la liaucherie, l'i^nnorancc sinnilée est une
faute eoupalile.
Quoi! le papier est in\'enté, et vous ('ciivez sur li;

saille! (,)uoi ! la tasse et le ^'erre sont inventés, et vous


binez dans votre luiiin! fjuoi! on tisse la laine cl le lin,

et votis nia.r(diez mis dans la rue! (^uoi! la \ apein' \'ous


conduit à cent lieues d'ici, et vous aile/ à pied! (,>tioi !

les arts noineatix, les sciences nouvelles, les d('cou-

vertes nouvelles vous tendent la main, et voits la refusez !

(Hioi! tout se meut, tout grandit, tout iiro^resse autour


de \ iius, el vous ne v(jus eu apercevez pas! Et cette
insouciance, cette iudiU'c'rence, cet aveui^lcment serail
un fait exprès !

^"oas n'êtes [joint tiaïfs, vous ifêtes point simples, vous


ifètes poiiii cîuidides : vous êtes une insulte aux hunières
et aux progrès.
Des liommes d'un talent r.-ire, des hommes de génie ont
surgi vers le Nord. 1 /Allemagne aui(jurd'hui 0]>]iose des
rivaux à Raphaël, à Micliel-Ange. Nous avons toujours
admiré, dans l'élite des pcinires allemands, la pensée pro-
— 10-1 —
loiidi', k' stylt' ('Icvi', If. l'diuijur yavuiit. Ce n'est point à
ces honoi'ables oxcei)ti(_)ns ((ue non^ allons faire allnsion.
I/art a-t-il |ionrliiir la di'coi'atioii d'un ((lifle(>, ou a-t-il

lioiif liiii (riiisiniiiT cl lie clianiicr les \c\\\!

I)aiis un |ii-(icliaiii n'awiil, (|ue nous inlilulous Du Ijraii

(luii.-i I mi, lions Iraiiei'ous celle i|n(>,iioii aM'c i|nel(|ne


(l('velo]i]iciii('iil . VjW attcndaiil, nous ne dirijiis, sni' (MHte

nialiérc, i|iic ce iioTrc procédé exiLi'e. Nous esjiéroiis


T'Irc sullisaiiiineiil coiiipris.

J"i peiiiliirc aujourd'liili n'a ni rèiilc ni lois ; donc (dia-


cliu en parle à sou aise.
Uu est-ce (jiie la peinturi' sans l'iih'c po(''ti(pie, dit le

]ioète; sans rid(H' pliilosoplii(pic, dit le pliilosojihe ; sans


l'idée morale, dit le moraliste; sans l'idi'e humanitaire,
dit le penseur; sans l'iiU'e relii^ieuse? dit l'homme reli-
gieux .

Ces exiij'cnccs di\erses ont |)roduii de déplorahles


ctieis : d(\s artistes ont pris h.^s crilii|ues au s('ricux, cl il

ou est qui pr<'leii(lent enseiiiiier, sur la toile, la monde,


la philosophie, la, rcdic-ioii. 1,'Allemai^iic, la rêveuse Alle-
magne ne iiouvait inani|iier de se livrer à son penchant.
La peinture allcniaudc en Liéau'ral esi toute philosoplii(pie,

toute lilU'rairc. coinnie la pcinlurc llainaiide es! lolite

matérielle, toute iiittores(|uc.


Disons-le tout d'aliovd :

La peinturi' pureuii-'nl litn'i'airi' ii'csi pas de la peiii-

II i'aut distiuc-uer dans cet art deux [larlies ; la [lartic


i|ui s'îidresse à l'esiirir, la p.-u'tic ipii .--'ailrcssc aux \"eii\.

I-a partie (pli s'adresse à l'esprit l'orme le caiie\as de


roni\rc.
La parlie ipii s'adresse aux v<'u\ l'ni'inc l'uMiNre elle-
in(''mc.
. .

Il suit (le 1;\ i|Uc l;i partie ({ui s'adi'cssc aux yeux «culs
|irtit l'aire talileau, tandis <iuo la. partie (|iu s'adresse à
l'esprit srnl tic peut. l'oriiK:'!' mil' (cuvrc d'art
1,1' t:d)leaii, pi'i"\'(^ de la ])arlie de l'esprit, mais |ii)iir\ai

des ipialit(''s ipii (diarineiit les ,\-eu\, peut être un lion

talileau

I>e talileatt, pri\'c'' des (pialil('s ipii ciiaruieiil les veux


et pourvu seuleineut dos ipialit(''s nui cliariiieiit l'esprit,
n'est jtas même un tableau.
(jii'ou lie s'éteune doue [las qu'un magot de Teiiiors,
une bambocliade d'Ostade, une l'riiicrie (pieleomiue,
soient des elle^s-d'^^nlvl•<' ; mais qu'on s'étonne encore
moins ipi'unc [inixc. pleine d'idées iiiysti(pies, pliiloso-
jibiipics, (levées, morales, jiuisse ùivc une (i'ir\'re (b'tcs-

lahle.

])e tout eci'i, pout-on eonchire ipi'uii tableau do'iw


s'adresser unlipu^'iuent aux yeux ?

Non.
La combinaison des parties ipii s'adi'essent à l'cspi-ii et

des parties qui s'adresseiil aux .\eitx, constitue l'ceinfc


complète, l'eieuvre sublime; mais à, uiks condition cepen-
dant, c'est ique la partie des yeux soit portée à la plus
liante perl'ection.

Allier la pai'lie de l'esprit à la paftie des yeux oil're une


dilliculté immense, et cetli' dillicult(i semble aujonrd'bui
li'i'néralement ignorée.
ici prend jilaee un des points principaux dont nous
avons à parler.
L'alliaiic(^ (k' la partie de l'esprit à la partie des yeux
est l'ai'emcnt bien c(.imprise.

La, plit]iarf des peintres (|(-> nos jours pr<icèdent de cette


manière :

'>U clierclie une pens(''e, une belle pcns('e. soit pliiloso-


. .

— KM") _
|)lli(|U(', Sdif pl.M'rK|nc, soil l]|ill"llc; ,;'];\ fjijl, o), se :

i-clii' iilt'c Ter;! f;il)l(':iii, un l:iblciiii iiiaL;iiili(|iK', un l^ilileau


un prcssidiiiicra
< Jn'arri vi'-l-il sdiivi'nl? i|U(' le talilcaii ii'csl pdiiil iiia-

i;iiilii|Uc, (]u'il ii'iiii|ii'('ssidUiic ]ias; le lalilcaii n'est [>i\s

un talilcau.

KUU'l dsl Id sccl'cl (le cd nidddiii|i|d^ C'rs] i|Ud l'aHisld


n'a [idint ti'diiv(' l'iddc cdincnalild. ri(l(M' i|ni se ])lid,

|)]'('rd, sd sdurnet aux d\ii!cncds de la jiailic s|i('-

diald (Id son an. la jiart ic des Vdiix.


Il iK' sullii ddiid pdini dd ii-diixcr uud licllc idir |idni'

adcd|ii|ilii- iiiid !i(dld (din i-d ; il laill ipii se Idriliuld,


pour ainsi dii-d, sons ractinn dn piiiddaii; il fanl i.'iiiKi':

l'ITTORKsiol i:.

l'dus les afis pnis(;ni au nidnic fdnds. jiiais idiacun


d'dux a un lauLiaud, une ia(;on d'dXpriniiT ou de rcndi'd
ipii lui est prd|)i-d.

l.d pdinii'd pdiii pdusdi' ddiinnd le pudlc, mais non


dxpi'inidi' sa ]idus('d ddiniud le pdètd.

Les ('eidvains, les pliilosdphds, les ^eus d'espril n'adini-


l'enl ijud rid('d, ri'u-elld mal ehoisie et contraire aux \ivr-

edpfds dd l'art. Les savants ne réfléchissent pas à cdci :

i|Ud rid('d (|u'ils adinircnt peut avoi}" été trdn\'('d dansnn


livre, inspir('e par un ami, sond^'c [lai' nu \'disin olli-
didux
I) après ce que nous \ dndns de dird, ou cnuiprend que
nous n'adnu'tlons jias cennne leuvrc d'art les peintures
mysti(pies, symlioliiiues, )iidralds, reliiiieuses, luiniani-
laircs; en un mot, (pie nous ne consitléron.s pas connue
lahleau et lion talileau cef1e peiniurc que nous a])])elle-

rons liiicraire, à moins qu'elle ne eoutii'une les (pialili's

voulues de jiiiioicxijur. de dessin, de couleur et de (dair-


ollseur.
— 107 —
rsous ci'oydiis (luc l;i mission de l'nri csl de pbiiri' .'iiix

Vf'ux d'iilKinl, polir |)l;iirr à l'csprii cjisiiiic; nous pou-


sons (pie pointure est iiiipuiss:uilo (pniiid il s'^iuii

d'instruire, (|Uo ee nV'st pas !A son allliin.', iju'nno [lai^o

('(•rite eu di) pins eent lois (pu' iplarauto iahle;ui.\

eusemlile.
Mais nous pensons aussi (pie l'an ne peiii ((A'oir pour
Ijut la d(_^eoration d'un ('diliee et (pie le style il(^eor;itit' nuit
à l'expression d'une i(l(ée. De (p.Kdh.' innii'ession eroit-on
l'raitjier les yeux par niio peiiilure où roruenieiii lirille

aux dépens du, vrai '.


Xe rira-i-on pas, par exemple, des
aiiii'es de Itois iiaLi-eani dans un ciel t\\<r'. (lui prendi-a au
sérieux le saini, ridieiilemenl .sym(:^iri(pie, risililemeiil

onluniiné^ I.e peintre nioralisti,' n'atleindraii-il |ias plu-


tôt son but, si son ciel el ses aliiics paraissaieiil vrais,

si le saint de carton ]irenait ap[]arenee de vie?


I.a grande peinture d'histoire est eliose sévi^re. Il taiii

(pi'elle soit traitée liltre de toute reeherelie syniétri(pie' ou


ornementale, dans ses formes, datis son eoloris, dans ses
etl'ets. Nous admettons i|ue rornemeiit joue, badine, si
r(jn veut, autour du cadre; mais nous voulons (|ue
l'œuvre soit respect('e ; (jue le pinceati, une fois entré
dans le i)anneau tpti lui est destiné, deviennt.' sérieux,
rationnel, vrai; (pie, semljlable au diamant enchâssé
dans son alvéole d'or, l'ieuvre brille par les (|ualit('s (pii

charment les yeux


(jui seules disposent l'àmc aux
et

impressions de Nous voudrions ipie le peintre;


l'idée.

d'histoire cherchât moins l'harmonie de sou (ouvre avec

(•(die de l'architecte et du maeon; (pK' son dessin fiit

vrai, malgré le style de l'architecte; ((ue son e(jloris fi'it

vrai, malgré la pierre, le plâtre ou le mortier. Le


lableau ne doit |)as s(>mliler être lait p(.)U)- r(Mlifiee, mais
r('dilice pour le lalile.-iii; c'est-à-dire (pie le peinir(.' (b.iit
.

— lus ~
s'iimuijirr (ic 111,-iuiôrc :, Dnrr de IV'ditico le r:\t\Yr natu-
rel de son ir'in'i'r; le cimti'aiiv tait perdre à l'(envre j^oii
inijifii-iancc, sa diuiiiii', ses m{)\eiis de leneliei' le vrri-
talile hiir,

.Nous le n'iiétdiis, la grande peiumre d'Iiistoire est


ehose sévère, et cette sévérit(' ini|ili(|iie le vrai sans les
conventions [luériles des lirenùers temps île l'ai^t.
riaeons la Dncmile de vimî.i: de Jiuliens à e(')té d'un(^
peinture aux snl)linies pensées niysti(|ues, mais déiniée
lie la vérité et du rendu de nos [leijitres llaiiiands. l'Ia-
çoiis lieuM'e pleine de vie près d'un de ces murs enlumi-
nés. Supposons notre parallèle sous les voûtes sacrées d'un
temple. Des i.;'riiupes intelligents se succèdent; de lionnes
gens pour ipii vous iravaillez sont agenouillés et prient :

on s(aueuf. on s'cxiasie, les yeiix .s'emplissent de larm(>s;


tlilcs-niiii. peinires ;'i fresipie, dii(_'s-moi, pei]sez-A'ous
que ce soit \-()lre peiiuuri' éaiiLimal iipie. iu\ raisemlilalile,

qui les imiD'cssiiiniK- >.

r.a ]ieintnre des yeux esl la seule liiame. pai'ee ipie la

peinlure (.'st l'art ipii s'adresse aux yeux, ipie c'esl pa|-
l<'s yeux que la peiiUuiv irouve le eheniiu de r/mn'.
La |ieiutui'e liltéraire passera
l.a peiiUui'e des yeUX esl l'Iernelle.
PEINTURE MXIT..

On liou.s (lein;;iii(ler:i en r|iioi ce ipii pivifrd,' so r^itt.-ichc

Nous répoiidroiis que, (biiis l;i iicindirc iiiiir;ilc, nous


voulons le vnii et que notre proc(''(|('', mieux que l;i l'resque
ancieiuie, se ])i'ète ù l'exprimer, (pie uoli'e proei'dé
se prèle merveilleusement à la couleur, à la loree, ù
l'effet, au modelé, au rendu, à tontes les (iualit('s enfin
ipii font la gloire de notre vieille ('-eole llamande, la
i^loire de nos vienx maîtres, si lialdli's à trouver l'idée
pittoresijn(.'.

On se tromperait grandemeni, si l'on s'imaginait que


les jiroeédo'S de l'art soirf sans inipuHanee. Pour cer-
laines aptitudes, le procédé est tout. 11 laut vingt ans
(l'exercice au maniement de la peinture .''i Fliuile. 11 est
même des artistes qui passent leur vie, impuissants à se
r(MKlre maîtres de la matière. Souv(ait le (U'daut de pi-a-
lique tient \e gcuiie en laisse; il on est qui ])OSsèdenl une
imagination ardente, et force leur fut totijoui's de
s'arrêter à quelques croquis.
(iénéralement une invention nouvelle est toujours
— 1 Kl —
;tss('z ni;il iK/cucillic. ( 'cliii (|ui dit :
.. Je viens d'iiiveiiier, -

soulève e()iiti'(.' lui des eoiitrjidicteni's sans noiulire. Tu


iuvéïiteui- est reilueiiii naturel d(^ <'eu\ i|ui n'inventent
pas; il lilesse souvent liii'ii d(-s saniti's eaeli(''(\s, d l,-i

l'ouïe d(\s niéfMjnfents se ili( roui lias ee mot nionaeanl :

- Je ne suis pas inventeur, je serai Juiî'e!

il y a trois sièeles (pie l'on ela^rêlie, il va 1r<ns sièeles


(pu.' l'on sent le Ijesoin d'un proe(*d(' nouve;ni ; il y a

lonf^'tenips ([u'on désire une peinture sans iniroiicmml,


une peinture mate ({ui oti're tout à lu l'ois la \ iL:uein' de
l'huile, sa transparence, sa forée et sout'elat.

Nous a vons elier(di(-'' et nous croyons avoii trouv('. ,

Xous ne prendrons pas ici de ridicules (U^tours de mo-


destie. \ous dii'(jns tout de suite et rrancliement (|ue nous

avons au delà de loul ce i|Ue nous îivions souliaito'.

Xous aîliriiions (|ue notre proci-'d*^ est pr(^f('ral)le à tous


les anci(^ns proc(^dés. Certaines (|ualit('s déjà peuvent
en être appréciées ; notre atelier contient des tableaux
peints depuis six ans *
dans la manière nouvelle.
'r(.)us les |)ro("'éd('s ont leurs (pialités (•omme ils ont
letu'S détàuls.

La, fres(pie ancienne a la ]iromi)titii(le, mais ne soull're

point de rciouclie. I,a d('trempe est l'ac-ile, mais manipu-


de solidit(''. ]j'a(iuarelle est lirillante, mais difticile à con-
server. Le |iroc('dé à l'iniile, le jjlus parfait de tous, a la

\-iiiiieur, mais il niinvtf et il est dillicih^ à manier. .'<ans

doute, il est possiMe de corriLicr le miroitement an mo\eii


de l'inclinaison, mais comliicn cette position inclinée jure
avec les lignes architeetm'ales! A l'aspeci d'une g'alcrie
de tableaux à l'huile, ne se croirait-on pas au monieni
d'un tr(^}iil)lenient de terr(^?

I.';ini^k' ((|'i\;iil ci'ci ni IS.MI. Ses [irt'niii'fs l;lt>li\ill\ pcinis itiilirès son pcoC(''(l('

ri'IltiHlIrtll fU l'IVri ;i l.S.'i.".


Noti-i' iiroi-édi' est dcsliiK' surioiii. .'i rriii|)l.-ici'i'

rrcsi|uo niiciemie.

La l'i'esqnc ;iiiciriiiip ,i dos incoiivcin(nirs.


La niuriiillc, consiili'ri'c dans sa solidiu', a laii pciisfr
quo la iieinlui'c sur iniiniillc doit (MI'i' Sdlidr. Kn'cur,
c-cpi'iKhnii , l{x|)i)s('(' :'i mille ;ici'i(l('ids (!nas(-'s par sdii
iiiiniuliiliré, l;i niiiraille soiiUrc, h couswjuemnieiir la
licmtiu-e avec elle. Tautia r'cst l'iiuiiiidiuj t|ui la pénètre,
tantôt c'est une lo/uvAi' ipii ri-vcidn', tantôt c'est un
incendie qui la détruit. Ce n'est p;is tout : des événements
|i()liti(|ues surviennent-ils^ rien n'('chappe mux dévasta-
lions du soldat, (^ite de précieuses fresques (>u Italie soiU
dégradées! Elles portent des iiiutilatiiiiis di' tiaile espèe(.',

et dans les thmcs de plusieurs l'on voit eticore la trace


des clous où l'urein jiendues des armes.
La salle oti Léonnrd de A'inci peijJiiit sa rameuse Cnii'.
servit itnjottr de cerps ije Linrde; les s(ild:its voulurent
eommuiii(iuer à tine pièce voisine ; (pie liretit <'es van-
dales.' Ils percèrent une porte, nue lnri;e porte , ;iu
milieu du clle^-d'(eu^•re !

La conservation d'une chose tient souvent moins s;i A,

solidité matérielle qu'aux moyens faciles de hi i^araiitir


des causes de destruction.
lui inceialie se d(iclare-l-il d;uis un (Mlilice? vite on
emporte ce (pte l'on peut : les meuliles sont sativi'-s, les
livres sont sativés, les pîipiers sont sativés, les raoiiidres

objets sont sauv.^s. tottt est sauvé, excepté la ])einturc


fresque.
L'idée de peindre sur le mur même nous vieiu d'an-
cieiine tradition, vlais coiuinuer à imiter les fresques
antiques et peinflre sur le mur, plus rien ne justifie cette
vieille liabitnde. Pour suivre cette méthode, que de
peiiie lie dnî-oii pas se doiim-r:' [\ iViUut Imter avec la
— -
liriquc, hxUt'V .'incc lu chaux, liiUci' iiv(^c le iiiorliei'. 11

lallut composer des ciinents prii'ticiiliers, se soumettre à


des diflicultés sans iidiulire, prodij^iiev du temps et de la

dépense. Puis, des obstacles d'un(> autre nature se sont


présentés, des olistaeles funestes au suceès de rieuvr(\
Le" ]ii'intr<j à. l'rcsipie n'est jamais sûr de faire ))ien. ou
du moins de faire ce i|u'il sait l'aire; v:iv il ne [Kait re-
venir sur le travail de la veille. Hier il a çonnnis une
erreur, aujourd'hui il est iro]) tard [lour la n-iiarer. S'il
est coloriste, il n'a i|u'uue "anime restn^inte à sa disposi-
i\im; s'il est dessinatenr, il ne peut se eorrii;'er; s'il sait

l'tudier, irouvia' un ton, une forme, un elfet, il opère a\('c


les plus nnmdes dilli(ailtés.

Ces inconvénients sont connus de t(ait le monde. Ajou-


lons seulenu'ut ceci. (.>n s'imaptne que la jKdnture murale
doit nécessair(jmeni faire cor]is avec le mur. l>es pi'('-

juo('s parfois olfrent de singuliers spectacles. Notre atta-


eliement à, certains usages, à certaines vieilles pratiques,
est (les |)lus réjouissants. (,)u'iin se demande le ]iourquoi
de hien des liahitudes, et l'on ne îi'ouvera d'autre r;dson
que celle-ci : e(da, se fait, |iarce (pie cela se fait. De hoinies
gens ^•ous disent, el il n'y a pas à ré])li(pier :

Il faut se servir de la main droite ]ilui('it ipic de la

gauche.
••
Le noml)i'e l.'l est perniciiai.x.
- Ln lune noircit le teint.

••
Saint-Médard amène la plui(.'.

r, es peintres à l'res(pa', eii.x, vous disent ; On ir' peul


peindre (jue siu' le mur. -

Résumons en peu de mots les avantages i\r noire


procédé ;

Plus de miroitement possible ; e.xéiaition facile, comme


si travaillait à (|uatre mains: emploi de toutes ma-
— I 1.-! —
coloivililcs; plus Licrcurvs, ,'i l'huile;
[ihis (IV'Ciiilles, (le j,-uuiissoirn'n( soliiliié A loiiie épi'euvc,
;

i-é8i,st;inco ;i riuimidité; liu-ulfé de iieiiidiv sur nuis l(>s

corps et. fin 118 tontos les dimensions, ihfililci ù i-oveiiii-


san.s ee.sse sui- k' trav.nii, po.ssiliiliie de i"aeof)i-déi' l;i

rotouelie à l'anoieuno i)oiuture; (;clHt d;ms l;i Inniièiv,


sup(M'ieup à celui de la, peintui'c ;'i l'iniile; eoiuhiiiai.soiis
eliimiques qui assuivut une existence in-oldiiuiV
delà de celle des peintures veniies.
La toile éerue (pie Udus eui]d((yoiis djius ueire peluluiv
murale otFre d'autres ;iv;(ni;iiics :

Elle (-•onser-ve sa souplesse .-ipirs r;i|iplie.-ii ion des


niati(''res eoloranP^s, et cette .souplesse penuei .'i l.-i i,iile
de suivre toutes les formes architecturales.
iHielfpies pointes su disent pour atfa(diei' la inile.
Kllese détache promptemeiil de la muraille, ei, eu (-.-(s

d'inc(mdie, une seule m;iiii. une si'coussi" vionurense,


lient l'enlevei'.

De plus, les (eledU^s, les ('elialaiidîi^cs, les c-isse-eou,


lesdéplac(îments, mille ;intres inconvi^iHeius ne soin plus
à redouter.
L'arti.ste, sans .sortir de son ateliei', tr-ivaille ionl .''i son
aise; 1 œuvre termin(je, il en (di;iri;c un ouvider; rouvriei'
])rend nu marteau, quatre clous, v.'i à eeni li(^ues, deux
(vnts lieues, on on lui a dit d'aller; l;'i , sur le nnu\
sur le plalbnd, sur un panneau d'un jjalais, d'inie c;dh('-

drale, l'ouvrier l'c'-tendra, rattachera par ses ipnure


clous; puis, cela tait, il s'en retournera. J.e mur sera
|)einl, un tahh^au innnense apparaîtra, l;i /i-cw/z^c ser,-i

(établie.

Veut-on déplacer le tahleau, soit pour un essai de jour,

soit pour un changement d'architecture, soit pour une


cause (piclcoïKpie. la miirnillo poinlc n liientôt dispnru.
,

— 1 1 1

^"(nI-oll s'apiiroclicr riuc('iidi(^ ou toute ;t,utre dévastation:'
(iii s;iil comiiion est facile ](- moyen de sauver notre pein-
ture murale.
Nous allions uuhlier la question d'économie; elle n'est
peut-être jias à d(''da,iijner. Les frais matériels ne s'élèvent
pas un dixième de ceux ipéexiiicnt la peinture -À l'huile
et l'ancienne fresque.

Les moyens d'exécution sont d'une facilité sans égale.


Supposons un jeune peintre faisant l'essai de notre
procédé; nous lui dirons :

Kiendoz la toile sur le mur ou sur un cliàssis; placez


les couleurs sur la palette dans le même ordi-e, de la

juème manière ([Ue les couleurs à l'huile; vos hrosses


\'os pinceaux sei-out les mêmes que ceux (|ui vous soni
connus.
Comme essai, peignez une houle, une simple houle. La
houle lionne l'exemple d'un heau modelé. Rendez çel
ohjet avec s(.in (jmhre, sa lumière, son relief, son point
hrillant.

La couleur ne sera pas empâtée lourdement comme à


l'huile; lahrosse effleurera hardiment, vivement et légè-
rement la toile. La matière colorante im])règnera peu à
peu le tissu. La teinte de la pehndie Jouera avec la ieiulc
appliqLK'c; c'est le mécanisme de l'aiinarelliste ménageani
le [lapier. l 'sez de l'adresse, de l'économie, de la, légèreté-
de ra(|uarelliste. La touche hardie, l'emp/ilement auda-
cieux, le fouillis profond seront le travail qui achève.
An premier moment d'essai, ne vous ri.diutez pas;
toute méthode nouvelle est d'tui ahord étrange; per-
sistez dix minutes, la main s'afiérmira; persistez \'in,L;i

iniiuttes, vous y prendrez goi'it; persistez une heure, vous


y ('prou\-ei'ez tni vrai plaisir. Alors, vous serez comme
dl(''g('', \i)us respiivM'ez à rais(>, et vous n<' pourrez vous
— HT) —
empèelier do penser à l'huile, ù cette indomptaljle Imile,
qui poisse, qui colle, qui sèche, qui (;iitraîne le pinceau,
s'en fait un esclave, le tounnenfe, l'alounlil, le l'atiouo,
le fait hésiter, détruire et recojninencer sans cesser
reem-re qui, malgré votre adresse, malgré votre savoir,
malgré votre génie, devient, sous le pinceau dominé i)ar
la matière, un assemblage d'oljjets où la forme, la cou-
leur, le modelé sont souvent d'un effet peu agréable aux
yeux.
Ainsi, notre procédé vous éi)argnera bien des sacri-
llces. \'ous n'userez pas votre jeunesse, votre intelli-
gence, votre vie à, un exercice [)é)dble et ridicule. "\'ous
aurez, toujours prête à vous oliéir, iirète à, suivre les
ordres de la volonté, une matière docile, soumise, facile
à manier, facile à se plier à tous les caprices de l'imagi-
nation, à toutes les inspirations du génie.
Le peintre habitué à combattre les dilîicultés de la
couleur à l'huile, le peintre habitué à ce travail pénible
trouvera, dans notre procédé, tout un monde d'éléments
nouveaux. Au premier coup de brosse, il se sentira luiis-
sant ; il lui semlilera que les masses d'ensemble sur-
gissent comme par enchantement; (pie les corps se déta-
client, se modèlent, s'a.rrondissent au gré de la pensée.
Il lui semblera qu'il est devenu plus dessiiiatonr, plus
coloriste, plus peintre. Il se sentira plus d'ardeur, |)lus
d'entliousiasme ; il se sentira gi-andir de ilix coudées.
S'il a l'adresse du mécanisme, cette adresse qui fait de
la main du peintre l'instrument le ]dus intelligent de la

création, s'il a ce feu sacré de la main joint à celui de


la tête, il trouvera dans notre in('thode des ressources
pittoresques immenses.
Sous sa brosse exercée, les tons, les formes, les effets
.s'offriront comme d'eux-mêmes sur la toile. Dans le
— lie. —
idui-liilkjii lie ri'lmuclic, il;iiis los masses qu'il .nii'.'i (Vn-i-

Iciiii'iii Ji'U'cs, racilciiK'iii IbiidiK's, riicilrinfiit coonloii-

iK'cs, raccidi'iii , ro raiitHSIique cnlaiil ilc la hrusso,

l'accident se inonlrera, souvent favoi'able , snuAent il

tournira rid(''e imprévue, la rornio Jion rêvée, le metil'

hon à, saisir. L'œuvre s'avancia-a , se déveli)|i|)era , se

perteetionuera ,
s'accomplira ili^ ii'lle x.irtc (inc. ra^ i,

entliousifismé, il s'écriera :
•• Sans doulc, des esprilsinvi-
^illles m'diil aid(' d.-ins ce ii-a\-;iil'
c(;ncllsioa.

Nous lermiiioiis ici le rosullai de nos focli<'ivIiO!s, cl:

nous l'ciaottoiis à un auTi'c nioiueut [lublicaticu des


secrets du procède.
Si notre invention est lioiiuc, si elle es|. utile, l'appreu-

^"era-t-ou !

Non.
Pouri|U(ji !

que nous soimnes xduv eonteniporaiu, parce


l'arce
que nous sonnnes votre confrère, ]iarcc ((ue nous ne
suivons point votre voie, votre voie individuelle; parce
ijucnous avons l'ait nous-nième notre éloge; parce que
Dons ne jions sommes pas lait humble, [letit, misérable;
|iarc(< ijuc iious a,-\-oiis nuirelié à pieds joints sur la

modestie, cette reiiii iuventée pour flatter la vanité


DEUXIÈME PARTIE.
'.
i.E l'KUCJiDÉ

Dans une précédente Ijroehui'e, nous avons parlé des


avantages de la peintui'e maie; nous venons divulguer
aujourd'hui les matières qui constituent notre procédé
et nous y ajoutons trois autres combinaisons, espérant
satistaire ainsi à toutes les exigences.

Certaines aptitudes, certains tempéraments demandent


telle ou telle méthode : à ceux-ci, il tant les moyens
prompts; à ceux-là, les moyens faciles; tel se comi)laît à
finir, à polir, à lisser; tel autre aime à heurter et à
brosser largement; on désire généralement ne pas sortir
de ses habitudes, et les peintres à l'huile surtout sont
l'ieu disposés à changer de manière.
Les divers procédés que nous propos<nis, [lenvent se
prêter à tous les genres, à toutes les aptitudes, satisfaire

Ce liiéniuirc esl inédil. L';ir!isk' fii ii lai-ssé lui prtiiiicr hriuiilloii li'i's-cdiirus , l'I

(ioiix cû|ucs, doiil runo, visiblt'iucitl !;i deniiLTC, :t servi ii l'iiiipi'essioii, siiuf ([ii(.'l(|iie?>

vîtriaiiles omprunloes à l'autre.


.

toutes les fyjjoa.s dr de sentir i_'t iJc fciidre. Ni,


[lar exception, (jiiehjtt'artiste ne [iotiv;ii( s'jicei.iniinoder
tlaucun d'eux, nons ;ivous les nioyens de lui en oUVii-
il'aulres; l'ettide ijue Jiotts avons l'nite du luisaid et dn
mai, perniel de h'ouvef iiidéliiiiineiil des conibinaisons
nou\"elles.

lil':s MATiKHi'S KMIM.OVI'tiS KT ni: LI'LliS ( (IM l;i X A1S( )\s

Xotis A'oiei aiTivi' ;i Cet insiMiii oii l'un va, s'<>eriér m-ee
la satisla(;iion de l'or^^iieil :

>v"est-ee (|tie e(da !

! t: 1 x 'l' r li mati;.

l'roc'iJe .\° \.

'l'i'ois matières sont employées dans ee proeédé :

1-a ni;ilièi'e eoloffUite ;

La matière adlu'rente;
l,a matière délayante.

Tonte matière colorante peiii ser\ ii'; d;ins l'a>a^'e ordi-


naire, on emploie :

l,e lilane de zinc ;

1 .(' noir (^i^dire ;

L'ocre jaune ou Jaune d(_' Na]ili's;

La terre de Sienm» ;

IjC lilelt de l'rtlsse;

Le vertnillon de ( 'liine ;

Les L'KpK.'s oi'dinaii-es.


— \2\ —
J.u liiiiLièlr adliéi'ciilc rsl l;i t(''ivl)i'iit I liiio de \'('iiiso.

La matière délayaiiio cnI IVsseiici' de lérebeurhiiu' uii


l'idcedr.

l'iini'ditruix v:r I'UI':i'aka'|-I(i\ |)i:s mai i kkivs.

matière coliiraurc duii ('-iiv l)ri)V('i' en pouissièi'e


impalpable.
Les matières, eob.iraiile. adiK'reiile et ih'la vaiile, seront
mestirées dans la piMporlioii sui\ant(' :

(Jouleiir : :i parties,
'l'érébciithiiic ; I partie.
K.s.sence :
> parties".

On fera dissumlre an l'eu d(aix la li'rc'bcntliine de


A cnise, dans l'c^ssence, jusiju'à iKimoi^vnèitè parfaite. A
ce liijuidi', on ajoutera, la eonletir. Le tout sera conserve
dans des \-ases hermétiquement fermés ou dans des
llacojis bien bouchés.
I^es couleurs, ainsi préparées, seroiu en lout ten]]is à,

la dis|iosition du pcintri'.

or>s|.;i;\ ATioNs.

Les chillres indiipK's pour les proportions peuvent


e(re plus ou ]n(nns élevés, selon le degré de solidité ijue
l'on voudra donner à la peinture.

' l'iio iiolt proparatoiro liil ici : - l,c, csMintis mi les ;ili.'uii|s. .

I.i's niuuiisi-rils (liftorenl ici. I.c prciuici' bruiiiiloii dit : - Ciiiiknir 8 parlics,
irsiiii; I, essence 8. n — La secuiidc cepie dil : ChiiIciii- paUies, fiTélitiilliiiie de
N fiiise I, e,sseiice S. - liriiuillyii ajiMile
I.i' : - lliiil parties de e.iidciir ni' simiI pas
de n>ieiii', eeeliillre peiil être plus ou moins éle\c; les uialieirs aii\ iiioléctiles tenues,
telles line le i)lanc de zinc, ponveni se passée d'une loi-le dose iFadlierenee. On laail
ii.iontei'à la piile culorantc le dohiyani ml libiliiiii. On emploie l'essence soil pour cafi ai-
e.liirles conleni's .sécliées par la pâlotte, soil pour faciliter le Iravail. -
— 1-22 —
l.iisM,ue 1er;! coiiiiirciiilrc (iric les coulem-s grossicrc-
ijiftit lirouH's ont hosdiii (l'une plus lumte dose d'adhé-
rence. Le l)htnc de zinc et généralement les couleurs à
luiiléeules impalpables seront sufiisanuiient ti\(''s p;ir un
ciiHjuième de matière adhérente*.

I,A TOILK.

La Unk- joiu' un grand rôle dans le [iroei'dé; on la

clioisira ('Crue, d'un tissu plus ou moins (in, selon le


Licnre d'exécution projeté. Outre les avantages donî nous
avons ]iarlé dans la première iiartie, la toile éerue ott're
des(|ualités précieuses, notaiiuneuT sa surlace pelucheuse
et veloutée et sa, nature spongieuse et absorliante. ("est
à la peluche de la toile (|ue r(jn devra, la force, la pro-
l'ondc'ur, la fraîcheur** des tous hruns. ("(^st à son tissu
spongieux (|ue l'on devra la racilit(: d'obtenir daiis h'

modelé une belle fonte de teinte"*.

l)f VHLOt'ÏOlR.

Le veloutoir est tuie sorte de brosse com[ios('e d'ai-


guilles longues et tenues assemblées sous tbrme de
blaireau.
Cet instriuuent sert à rendre le velouté à la, t(jile

engorgée de couleur ; la partie obstruée doit être


passée**'* à l'essence, avant l'action du veloutoir. Celui-

l.t' pcoDiei- Itrniiilliiii'dil ; „ rrdis riiii|iiiOilL's, >' L'I l;i srciiiKie ropio : -i L'ilc .sr[ilii'iiii'
|t;iclii'.

Ce iiiiil (laii^ le ilcl'iiiei' iiianilscril.


"' Ici k! iiivillicr lil'Ollilldn ajuillr :
'
Nnii,'< ne .scrinis |i;is ImriH'.s il l'cillliloi rte hl loik'
rcnio. Lii loik' ]i.sse, la [liercr, le l'ois, Ir veri'o poiiviail adssi si; couvrir (l'uite [teiithire

iiialc. .Nous (looncroiis dans ies aiilcos |ii'(ii-i'(li's ii's iiicuais ik' traili'r les siirl'aïa's iiolie.s.
Vai'iaiilo : « L(îg('reiiieiil passive, 'i
.

ri se mante eeiiuiie la linisse; il s'emploie !< plus sou-


veut dans les parties obscures (|ue l'on veut assombrir
encore.
C'est un agent très-utile dans les touelies fortes et les

fous d'un brun vigoureux.

EXÉCUTION.

Nous avons déjà tlit un mot, dans la [iremière partie,


sur la, manière d'a[ipli(iuer la couleur, sur le maniement
de la Ijrosse et le jeu de la teinte de la toile mêlée aux
tons de la palette. Nous ne reviendrons pas sur cet
objet; connaître tout ee qui y est relatif.
l'tisage fera

Nous nous bornerons à, ipud(|ues renseignements pra-


tiques.
Tant que l(?s couleurs sont conservées dans les tiac(ms

bouchés, elles se maintiennent à l'état liquide; une fois


déposées sur la palette, la dessication en devient rajjide.
r.e peintre doit donc, en tant que de l.iesoin, rafraichir
la couleur au nKjyen de l'essence.
La rapidité de la dessication n'est pas un inconvé-
nient; au contraire; on sentira, dans le cours du travail,
tout le parti qu'on peut en tirer.
Ue plus, la peinture pouvant toujours, sous l'action de
l'essence , redevenir humide , même après plusieurs
années, les retouches dans la pâte sont toujours possibles
et les teintes nouvelles se marient aux anciennes sjuis

(lue l'on ait à redouter ces tacites, si difficiles à éviter


dans la peinture à l'huile
Avant l'application des deritières retouches, oit pas-
sera la main mouillée ou une éponge humide sur la
surface de la peinture. Cette opération est nécessaire
pour enlever les quelques molécules colorantes qui
uui'aif'iit ('fluqijje à Factuni du vi)V\»- .
Si, aprrs
ce rroiteiuoiit, de lépèrcs allérations se laissaicni a|i';rcc-
\ou\ il serait lacilc d'y ri'iiK-Micr par des retiniclios.

Kn aulre moyen iradi'riiiir la mnleui' esl à la dispo-


silioil du [leilll re ; le Xii'nA :

i'reiiez el laiies dissiiudre euseialile ;

ttésine, iiiasti(|ue en aniri.- : 1 pai-lie.

l^ssejK'e de téi'élieat liiiie : :! parties.

Ce niéiauite Ibnuera, iiii léiiei' \ eriiis (|ui, passe; sur la

surface de la peiidnr(\ la (ixera satis eu altérer le mai.

(.'ette opération peut l'dre réiléi'ée si nu la, ju,L>e jii'ees-

saire à l^dleriuisseaueui . Mais il ue l'aiidraii pas <ai

abuser : l'exeès des couelies auéautiraii le mat et ramé-


Hi'raii ri>'UVfe à l^'lat de peinture serine.
Dans les loiles <1(.' petili' diiueiisieii, IViu peut taeililer

rexéontidii au iiK.iyeii de l'eau. Ou eu imhiliera la toile

jtisijii'à rassasieuieut complet, et l\in pmirra pciudrc


liai'dimeiit sur la surface luuuide. Cette mérliode pro-
cufe une tiierveilleiise liromptitude de lirosse et une
fonte de teintes stirprenaiite.
Les pcdntres hal.)itués à l'huili' triMncronl une ^l'andc
facilité d'eX(''cution, en emplo.vaiU eomnu' (kdayani l'es-

sence de lavande.
Pour le cas oit l'on vondrail peindre axcc .dmndaui-e
de délayant, il serait lion d'atta.cliei' à sa palette un cer-
tain nomfire tle <^()dets, .aliji d'y mainteinr la cduleur for-

tement li(juétlée.
On a pmir lialtitiide do nettoyer lii peininre A l'Iuiilo
[i;irun lavage assez rude; le ])laisir de la faii-e reviM-e
|)nur un instant donne lieu à un alnis que nous ne sau-
rions trop t)làmer. — Ce lavage, réitéré une fois par au,
peut, en moins d'un Al'de, amener des détériorations
faciles Adeviner par suite de nombreux frottements, la
:

poussière s'incruste dans les moindres interstices et on ne


peut guère l'expulser sans dégrader la, peinture et, si ;

danger existe pour les toiles lisses et vernies, on coju-


prend comhien le frottemeni doii être plus nuisible aux
surfaces rugiieuscs. La ]ioussière doil èirc secouée ou
soulll('e de toute peinlure, et surtout ûo la peiniurc
mate.
1,0 moyen est prompt et facile : prenez un châssis cou-
vei't de sa toile, (enez le châssis conune le vannier fait de
son van, placez-vous en face d(^ la, toile et, par uni^ action
à peu près semblable à oellc do vanner le grain, vous
é'pousseterez facilement le tableau. Pour les toiles sans
châssis et clouées au mur, ou les nettoie avec succès en
les [irenant par un des coins sans les détacher entièrement
du mur cl en leur inijirimant une vigoureuse secousse.

i'EINTriiK MATI-: .V l.'lUll.K.

l'mcrdr \" 2.

c:eux qui aiment la peinture à l'huile et la croient


seule
durable trouveront dans les procédés suivants de quoi
les satisfaire.
Ndus einployoïis l;i conleiu' i\. l'iinile telle (iii'oii l;i. ])ré-

[);ii'e d'habitude et nous l'aiipliquons sur la toile érrue


sans préparation. Pour faciliter la ibnte, on [letit ajouter
à la pâte liuileuse nu peu d'essence de térébenthine. Cette
manière de peindre est très-agréable, le modelé s'accom-
plit avec une facilit('' ('tonnante oi l'éljauche est toujours
d'un beau mat, (luoique peinte à l'huile. Mais l)ient('jt la

retouche amène le miroitement. C'est le moment d'y

remédii'r. On rétablit le mat à l'aide du veloutoir, et

l'opération doit se faire avant la dessiccation, ."^i l'action

du veloutoir ('tait impuissante, il faudrait se servir de In

liiiuppc absorbante i\ . n" 3). Ces deux moyens, cni-

plo\"('s à prdpds. sont tout le secret de la peintiu'e mate


;'i l'huile.
.\'. /;'. (}iioi((U(' celte jieinture puisse se laver A l'eau,

nous n'aimons pns, nous ^a^'o^s (b'jà dit, le lav;ii;'e rude;


nous préi'érons ipi'on expulse la poussière d'après les
indications donn(''es plus haut ixiur le uettoya,i^e de toute
peiniure, (piel ijuc soit le })roc(^d(''.

l' rdcvilé .Y" ô.

Peigiu^z à l'huile sur un objet lisse, travaille/ comme


d'habitude dans celte mnnière; puis confiez-nous voire
oeuvre un instant ; trois minutes ajjrès, la peinture,
toute luisante, vous sera rendue dans l'étïit mnt le plus

parfait.

C'est dniis la couleur nouvellement étendue (pie se fait

rop(''r;ition; on sème hardiment, sui' la, partie fraîchement


peinte, de poudre de pierre ponce, pulvérisée à
la, lii,

molette au plus haut dep'ré possible; puis, on passe le

bbiireau. Cnc ]iarticde la pondre tombera, l'nutrc s'atta-


— 1-27 —
i^hera, «'incorpdrt'm ù i;i matière coloranio, et la pcintni'c
aura u)i mat atissi ])oau que le pastel.

\'out-ori l'aire des retouches!' ou le peu! eueore, eu


ayant soin (!< rceoiuiueia-er ro|iéra(ion sur les retouches
taites.

La pierre ponce
peut se remplacer par la poudre
d'amidon ou verre iiroyé. Ces diverses matières sont
le

légères, transparentes, incolores; elles se fondent facile-


ment dans la pâte coloriée sans en altérer le ton.
Ce proeéd(! convient surtout aux surfaces p(jlics, le
bois, le marhre, le verre, etc., etc. Pour l'apiilieation
delà pierre pouce, on peut se servir d'une houppe ,|ui
l.'i

distribue d'iuie manière .sûre et uniforme.

l'ivri'ilr \" i.

l^royez vos couleurs à, l'eau, peignez surla toile écrue

préalal)lement inibihée d'eau; si vous avez un travail de


plusieurs jours à faire, faudra arroser
il la, peinture
deau, cha(jue fois que vous devrez y retoucher. Le
lalile.Mu terminé', le résultat sera seml)laJ)le au pastel; il
s'agira, de le fixer.

i'renez alors :

Térébenthine de \'enise : 1 partie.


Essence :
5 parties.

Ce vernis servira de fixatif; vous le passerez, à l'aide


d'une brosse de queue de morue, sur le côt{' de la toile
oj)posé à la surface peinte.
Il faut autant (|ue possible étendre le vernis
également.
Cela, est nécessaire pour éviter les taches qu'occasioa-
iicrair, en certains endroits, la surabondance du vernis,
. . ,

Alil'ès rMp|ilic,-iri()li (lu lixiilir, l;i rcliiiii'llc [illls

|iossilil(' II' iri(''lUi' prociMli' ; il si' Sl•l^i|•

jilors (le roiilciirs j)iv[i;n'i't's iritpr'r'.s le |)r(ici'(l(' n" ],

On sei'a surpris de l;i pi-dinptirudc et t\r l;i rficilii(' (|iii.'

permet ee precédi'.

])aiis certains ira^anx ili^siinés à, èii'c vus à distanec,

nous avons pu lerniiner di's toiles di- plusieurs pieds i^ii

un jour, et l'hatiitude de ccite ini'tliodi' eonduii'air à plus


de ])roi]i|)fitude encoi'c.

T,e nettoyai!!' l'uiiinii' au n" I

iiK i,A siii.iiu'ri-: i>i' i,\ oi i!i':i'",.

On ni' s'entend iii'iir'i'alcnicm puini sui- li' irioi ;

solidil('.

De houui's oens s'irnagineni ([u'uue pi'iutui'e doii ètri'

solide au point de résister à tous les chocs, à tons les


l'r( itt enients possi 1 îles

l'n quidam, un jour, iik' fit cetti- (|uestioi) :


.. \'(itri'

peinture mate est-elle solide ? — Oui. ri^pondis-je


autant qu'il est nécessaire à la peinture de l'i''!!-!'. —
\'oyons , continna-t-il eu l'ouillanl (buis sa ])ocli(' ;

voyons si elle rc'siste au.\ l'roijements du eanil'. — A


quoi lion? dis-je vivement, — l-^h mais! ne serait-ec
])a,s une preuve de solidité? — l'.'U'doii, monsieur,
on entend par soliditi» la résistance d'nm' chose placée
dans les conditions ordinaires, à l'aliri de ce qui [leui

l'endomniager. Uuand un tableau est en place, quelles


circonstances pouvez-vous prévoir qui puissent amener
sur sa surface des lames di^ caiiir? — Mi l'humiditi'.
monsieur, l'eau, la pluie? si la pluie tomliait dessus ?

— Une pluie même n'y ferait pas de mal. — Et l'essence,


monsieur, l'essence de térébentliine? Ah pardon! C'esl —
vrai! il tombe si sonvenf des averses d'essence de téré-
benthine! ••

La solidité est suffisante dès qu'elle est en rapport


avec les dangers auxquels l'olijet est exposé. Quelle
toile résisterait à la hache ou à la torche? Ce que l'on
doit exiger d'une peinture à ce jjoint de vue, c'est
qu'elle résiste à rhumi(lit('; (|u'elle soit facile à nettover
sans s'altérer; (ju'elle ne soit pas exposée aux change-
ments de teintes, et enfin qu'elle puisse facilement être
déijlacée et restaurée, dans les cas ^\^• danger les |ilus
imprévus.
Notre procédé réunit tous ces avantages.
On s'imagine généralement que le vernis est néces-
saire à, la durée; c'est une erreur,
Le vernis, empâté jusqu'au luisant comme dans la
peinture à l'huile, est plutôt un superflu d'adhérence
nuisil)le. Sous cette croiite , l'évaporation des huiles
devient difficile et amène inévitablement le jaunisse-
ment. De plus, la surface luisante se gcrc(^ , tombe en
éclats, et c'en est lait de la ])einture.

Notre procédé n'a aucun accident de ce genre à


redouter. Convenal)lement conservé ]iar des moyens
simiiles et faciles, déjà indiqués, nous ne iirévo\ons
pas de cause possilile à sa destruction. La matière
colorante n'a [las besoin d'une tbrte dose d'adhérence
poar r('sister au temps. Clh-apie molécule de couleur
est seraljlalile à la l)ri(|ue dans une niurailh^ un peu :

de nmrtier suffit à la fixer foi'tement. Qu'est-il liesoin


de iilàtrage ou de vernis, et ipt'ajoutent-ils à, la soli-

dité!' L'un et l'aulrc se gvrcent et toniljcnt en écailles.


— 1:30 —
l'iiiir iriiii-:iillr .-111 lûiiiiis, l.-i lirit"|iii"' r-osic mi |ibioi' (•]

rd'UN i'c (!'' I .ii'i'liiiccic ^'sl cojisci-Vi'c : iiinis h' ]il,-'ii i-iijv

il'iiii i.-iMc.'iu .-'i riinili' liiii-ninc dniis s.-i clmio |Vru\-i-i-

(lu pl'illUT'.

Si l'on ()l)jcci,-iii rr;tL;ilili' de la loik', je l'époniliviis

1:1 |i('iiiTnri' à l'huile ('inploie jiiissi h\ loile. 1 )ii';i-t-oii

iiirmic Toile jii-i^ii,-iréi' l'ési.ste mieux au teniiis et fi l'Iunni-

(lilé^ iju'ù eela ne lieiiue! en ]ieu1 se servir d'iiue Idili^

jirépfirée (^r peindre ù la peinnii'e maie sui- le eôi/'

(ippos('. ].'im|iei-m('aliililé de la Toile esl l'aeile à olilenir.


du resie; l'industrie moderne mauque ])as de moyens
pour cela. Le eaontehoue, le sulfaTe de enivre, les eor|is
liras, ele., apijliipn's sur la n)ile ou sur le nnu', penveni
li^s ji.irani il' de lonie aiteiiite iiuisihle. Kii outre, la toile

(pie nous emplovons peut être tendue sur cliàssis ei jilaci'i-

à disianee d'uit mur menae('' d'hinnidiU'.


On parle encore (jitelqiielbis de la solidité des l'resqttes

aueiennes, de leur résistance au i;raiid air-. Je doui(> Ion


ipi'on jinisse citer lieaiicou]i de ces ])eintures (lui se
soiem collser^'('(s d'une manière satisfaisante. Nous
,i\'oiis ilii .ailleurs l'état dans le(piel se trouvent bien di>s

fre-sques, quoique conveualilenieiii abritées.


Sachons L;f(^ à Mitdiel-Aiiiic, ^'inei, à Itaphaël et à

la plupart des fii-ands maîtres d'Italie île n'a\'oir poiiu

e\|iosi'' li^nrs Iresques en plein vent.


(Jnoiqu'il soii Irès-rare qtie l'on place des ira^au.\
si'rieux à ciel ouvert, nous a^ons peitsé au mo\en de
l'airi' l'aiiplication du procédé à l'exti'ripiir des édifices.
11 sutlira pour cela d'(.)bserver un certain mode de place-

ment que nous indiquerons dans un prochain travail *.

l.'aiiliMir |Kis Hiit rt' travail.


l-i'slliaci' les (|ilMlil('s l-rci)irini:"iii(lciil lioli-i'

!iror-(''(l.(V les \ oici '


:

I NissiiiiliU' (le |iciii(li'i' S!U' toulc ninlirl'i', (l;nis 1i)ii1cs

li's ilinu'iisinns él (bms ions les jours;


lùiililoi [(iiilc (loioiili^ matière coloraiiU';
KioiiiiaiiU' laeilitt' dans raj)|)lica,tioii dos couloiirs,
rapidité d'exéi-ntioii, i|ni est à la peinim-oà l'Iiiiilo ce (|iio

la in'osso Psi à la plinno ;

('airiino do oonloiii-s ]ihis ('loiiduo (pi'à l'Iuiilo;

Mal parfait, dioso imih < Iioi-cIm^o;

Soliditi'' plus Liraiido ipi'.-'i riinilo. iluri-o plus linjL'iio.

l'oint do jaliiiissonioni , ni do i;oi-(aii-os, ni d'iVaillos;

!,a plus Lii'ando lai-ilili' do sau\'ola^!(' , on o,-is do


d^iiiiior.

La IVesipio oi'dinairo n'osi pas pr(>]n'o aux oolni'islos :

la poiniuiT' niaio leur ])r(''lo do puissanlos rossoiu-oos.

(v>u'on no s'\ iiK'pi-onno pas oopondani : lo ])i-no(Mo o>,i

lai-ilô, mais il no siipph'ora pas au laloni. 'l'oui lo niondo


pour invonior uni' pointiiro sans luisani ; il n'a^ppail ioiii

ipi'à l'ariisio do hion ompluvor un pr(ic(''d(' (pioloompio.


Los oliarlalaiis tpii so li^uroraiont qu'il siiliîi do oonnaiiro
lo- .socr-ôl pour- faire (!< la ]ieiiitiii'o maie, sormil (ionn(''s

d'apprendre (|Uo les lions r('siillais d('pond(Mil du mi'oa-


iiismo de la lirosse.

Vn dernier mot :

Le miroitement est une sorte de liarliarisme i-i'sU' d;iiis

la peinture. Il est otraiiLiede le voir sulisistor et ri'i^nor

T'Mil rc siitl fvi i'\lr;nt iW liitlos (li'ljii'li.'cs.


f'ucnre.Nous croyons fermement iino tout firofédé qui eu
est entaché sera abandonné dans un avenir prochain.

Nous sommes k)in de prétendre (pu- ce sera en laveur de


notre procédé, mais nous osons allinner que ce sera au
profit d'une peinture mate qn(dcon(pie. Le jour oii \\m
reconnaitra qu'il est possihh- de peindre sans hiisani, le

Jour où l'on sera certain de trou\'er ilans le mal , la

vigueur, l'éclat et la solidité, ce Jour-là sera le d.ernier


jour de la peinture miroitante.

Nous voudrions ijuc des lionnin's de i;dent eu lissent


l'é]ireuve, mais r('preu\-e aver lionne volonté'.
111

REVUES DE SALON
SALON DE 18il - liUUXELLKS'

I. ii.juur, L-'cliiil il l';u'i>, je l'i'sokls dr liiiiï; un kililcaii qui lijuiiil as^rz liv

|irrrcftioiis puui- runU.iilei- l'Uil le uniinl''. Que liiirc, uie ili^ais-je, |niiii' iir-

l ivci' il l'ij bul.' Consultons (ont le uiuntie, on, iki moins, l'oiisultons les
lioimiies les iilus eouipéleiiU-, suivons exaclenieiil leurs conseils el leui's

eorreelions, et ne nous arrêtons pas qu'ils n'avouent IVanehenienl leur


salisfaelii'ii.

Voilii niir iili-e merveilleuse, |)eiisai-.je ; el nui eriliniie, eelii; fois, n'aui'a

la inoinilri.' chose ;i me rejiroeher. A|irès er'ile eOLirto et juste ri'IleNion, je

me mis ;i reenvre. I,e tiiblean que j'enlrepris représentait .Vilani el \'m-

après leur elmle. On voyait nos premiers parents assis tristenienl dans les

environs enelianlés d'Eden ; ;i eolé d'tivi', le jeune Cain, niontraiit au loin le

paradis perdu.
Je dois avouer ((ne j'eipronvai iiuelqu'embarras pour l'airo un elioix de
mes eonseillcrs et de mes erilii|ues : lant de lîens parlent des arts anjoiir-
d'iiuil l'ourtaiit, je me décidai pour les peintres et les écrivains. Le pre-
mier homme auquel je m'adressai Int .M. (kiérin, un des peintres français
les plus disliiiLî'ués, un lionime parraileineiil i.'oni|iéteul, il n'y avait point

de ilonle.

Voici les observations qu'il Ht sur mou tableau : u Je n'aime pas trnp la

'
llj'iiiiiiiiv lii-ji (Ir in [KiLii's. hiiivolk's, iiiiiaiiili'rie ilr I'. l'atis. IHii.
pusudu votre Ailam, mu dil-il ;
selon moi, elle n'exprime pa.s assez le siijfl...

Xe pourriez-vous changer cela ? La jambe de renlaiU me parait un peu


longue. Quel est ce disque à l'hoi'izon ? — C'est lune. — C'est inutile,
la

rliangez cela... celle idée nuit au sujet. — ci'oyez-vous, monsieur,


(Jiie

(pi'il l'aille faire encore'.' — Changer le fond ; et puis, tâchez d'êlrc pins cor-

rect : votre dessin est un peu llamand... étudiez l'antique. »


Tontes ces observations me semblaient fort justes, j'étais cuehanté. Je
l'emereiai M. Guérin de sa bonté, el, chargé de mon tableau, je pris la réso-
lution d'aller t'rajqjer à la porte de M. Gérard. Ce grand peintre recevait
avec beaucoup de liienveillance les jeunes gens désireux de recueillir ses
conseils. Moins classique que M. Guéi-in, M. Gérard ne professait pas la

même horreur pour le romantisme; il tolérait l'on les tendances vers la

couleur; c'était une autre opinion enliii. Kn m'ailrcssant à M. (;crard, je nie

gardai bien de lui dire ([ue je venais de voir M. Guérin : je ne voulais pas
influencer son jugement.
Après que je l'eus prié de me donner son opinion ; c. C'est bien, me dit-il,

très-bien : je comprends le sujet. Votre groupe est bien disposé, l'ensendjlc


de la composition me plail... — Mais, monsieur, répondis-jc, un peu ennuyé
de ce qu'il m_; taisait poiiU d'oliscrvalions utiles, la pose d'-\dam , ce me
scndde, n'exprime pas assez bien le sujet... — \u contraire, je la trouve
excellcnlc, et c'est une des meilleures choses de votre composition. Je ne

puis en dire autant d'Kve... Tâchez de changer cette pose. Changez aussi
l'C ciel. — Et la lune'/ — C'est une bonne idée... Vous avez mis de la

richesse dans votre fond... C'est bien. — La jambe de l'eid'ant n'est-elle

pas un peu longue'? — Non. — Que pensez-vous du dessin en général'? —


l'as mal : c'est nature... — Xe fant-il pas y rappeler davanlage les l'oianes

antiques'? — Xon, pai-bleu ! je ne vous le conseille pas... »

Sur presque tous les points, l'opinion de M. (iérard avait éle conlraire il

celle de M. Guérin; j'étais désespéré. Ouel parti prendre'? Ces artistes


avaient Ions deux [larlé de lioimc foi, tous deux juges compétents. Je me
trouvais dans cette position terrible de Sgauarelle, dans VAmour médecin,
lorsqu'après avoir consulté plusieurs savants docteurs sur la maladie de sa
lllle, il s'écrie : « Me voilà un peu plus incertain qu'auparavant ! »

Bans l'impossibilité de suivre un avis sans agir contrairement à l'iudre,

j'allais laisser h'i le lableau en repos, dans ipiehpie coin, lors(|u'un |ieintre
de mes amis essaya de me rcmcllre un peu de courage au C(Cur : k Ah ! la

belle composition ! me dil-il, l'admirable couleur! (Celui-ci était un roman-


ti(|He.) Quel ell'et de lunuère! .^lais, il faut le ilire sineèrcnieni, ecs-l'urmes-là

sont ilctestables, , . Cela sent furii'usenienl la jierruipu;', la forme antique.


Ouoi ! toujours étudier l'antique 1 Allons, changez-moi cela, cl ec sera
maguiliqnc. n
Pour le coii|i, je lïis h IjoiU : ce Jioiivel uvis rUiil loul aussi cuulraiiT im.\
lieux |)i'umici's, que ceux-ci rcîaiciit l'un à l'aulre.
Ce n'est pas toul .-
peu de joui-s après, j'eus la visite de |diisieurs iKuuuies
savants, parmi lesquels des poêles, des jourualisles, des aridiite(des, et
même des aéoloyues.
- Vous avez fait là un taljleau superlje, nie disait le
poète; avec i|uel art
vous avez rendu cette nature vierge encore, ces bois, ces eaux,
et ces
pi'airies émaillées de fleurs !... J'entends la timide
l'ouvette et le cri des
hiboux... Comme ce bleu du ciel se parsème agréalilemenl des blanches
étoiles du soiri ~ .le vous l'erai oliserver, nionsieui-, que inun ciel n'a pas
d'elodes. — S'il n'y en a pas, monsieur, je vous conseille Tort d'en mettre :

ce sera plus mélancoliiiue, plus poclique... Et puis, cela prèle


davautaye il

la description... Écoulez bien : le ciel bleu parsemé de blanelies étoiles...


— Je vous remercie; mais vos étoiles, ici, seraient autant de petites
taches l'ort nuisibles à l'iiarmonie de mon tableau. Qu'en dites-vous, mon-
sieur le journaliste'?— Vous avez raison ; mais je suis de l'avis de monsieur,
il faut de la poésie. Je ne mettrais point d'étoiles ; au contraire, je l'orais
un ciel tout en l'eu, pour exprimer ainsi poétiquement le courroux de l'Kter-
ncl ;'i ce moment supn'mc où nos premiers pareuls nous plongèrent pour
jamais dans le péché originel. ~ i\lessieurs , vos jiensées sont graniles
et sublimes; mais pourtiuit, ipie voulez-vous que je Tasse d'un ciel tout en
l'eu, derrière la ligure d'Adam, déjà .l'une teinte rougeàlre'? Il n'y aurail
plus tic contraste, plus de relief, plus d'harmonie. Vous êtes poètes,
messieurs, mais qu'a de commun votre poésie avec la poésie de la

peinture'/ «

Le géologue, qui jusqu'alors n'avait dit mot, et ([ui, |ioui' cela seul, mr
senibbut plus raisonnable que les autres, s'avisa cepeiulanl d'exiirimcr
aussi sa pensée. « S'il m'est permis, disait-il, d'émettre ici mon iqiiiiiou,
je dirai ([lie je suis tout à tait de l'avis de l'auteur de ce tableau. En ellél,
ce (pu me semble encore de la plus exacte vérité, c'est que personne ne
comprend mieux la peinture que les peintres, la poésie que les poètes, la

musique que les musiciens, et qu'il en est de même en toul art cl eu tout
métier. Je me garderai donc bien de donner ici des conseils à l'artiste :

seulement je lui ferai une petite observation forl juste et dont il pourra
lircr grand profit ». Le géologue n'en dit pas davantage. Le lendemain, le
savant m'apporta un morceau de terre cuite. Cet olijet était d'un rouge
foncé. « Tenez, me dil-il, remarquez celle terre ; mes expériences m'ont
appris qu'elle a di'i appartenir aux (iremiers âges du monde. Je vous prie,
monsieur, de copier celle teinte cl de la reproduire dans les terrasses de
votre tableau d'Adam et Ei'e ; c;ir je sais que la terre, au temps de la ci'éa-

lion, a di'i être d'un rouge foncé... » Ici je ne pus m'emi)èclier de rire...
- VàH —
i> Nu l'iuz iiic ilil il, jo vi'lis ]i;n-k Irrs-^-L'i'ifiLsLiiitiil, ci >i vuii^ voulez

'loniici' à V'iti'c Aïkiiii uii'j l'OiiIciii' vi-aiiiiriil |in(;lii|iir. iloiiiicz-liii la Iciiilr

n.nipj ^\'^ i-cllr in'lrilii'aliuii ; ct'Ilo iiliiu sci'a sublime un oc iiifellr esl l'oii-

iMi-ine au l''\k' île la liilile, (|iii nous appreiiil i|ue liieii. à l'aide il'iiii peu
'le teri'i', ei'!'a leilic pi'eniiei' pfax'. »

Allez doue vous lii-r aux luniièi'es des auU'es ! (;oii>uUez un peinlic elas-

.Mipie lin un l'onianlique, un adiniraleur d'Albert Duiei', de Ilubens. de


llurillo onde Heudiraiidt; eonsuUez des savaiils de toule espèce, des
hommes d'espiàl el de liuii sens, et vous aurez aulanl d'avis I

,'\lais, dira-L-oii, ee n'est point l'opinion d'un peintre, quel qu'il soit, d'un

savant ou d'un journaliste, qu'il faut reidierelier, e'e.^t l'opinion générale.

1:11! mou Dieu! en serai-je plus avancé! Ce qui est généralement admiré
aujourd'hui, le sera-t-il eneore dans trente ans'? L'opinion générale n'a-

l-elle pas, à de eerlaiin's e|Miques, préléi-é Pradmi il Karine, méprisé Alliiilif,

reiioussé Milton ï el, |)onr |iarler des |)einlres, serait-il jiéeessaire de citer ici

les é|ioques où elle adinii'a loin' à Imir l'éeole italienne el celle de liubcns,
si nous n'avions de nos jours un exemple bien frappant de l'Otte incon-

stance de l'opinion, dau^ l'iMibli uii esl loudié, depuis quinze ans, le ida<-

sieisnie si bien représiailé |iar Havid el snu école'.'

Il faut l'avouer, il nait de tous ccr- jugemeiils, en matière d'art, un


doute, un doide peruieieiis, qui égare el qui perd. .Nous lonruons sans

cesse dau> le même cercle, sans cesse nous reveuinis sur nos pas. I.e

liut auquel lions voulons atteindre nous esl indiqué en ccnl endroits;
et nous éprouvons l'embarras d'un voyageur égaré et auquel des roules
iliiréi'Cntes ont été indiquées chacune comme la inidllcurc, Uii rsl ih'iif le

l'L'iiii ihnix uiix? Kl i/«'i'.«(-ci' que /c lii'uii'.'

Je dois rapporter ici nu fait uù l'on \erra eummcnl celle queslion esl

iirdiiiaii'onicnt débattue par des honimcs eoni|ieleiils.


Me |M-omeiianl un jour dans les musées du Vatic! j'eus l'aNanlage d'y

rencontrer un groupe d'artistes el de savants disliugues, disculaiit sur


le mérile des cliefs-d'ieuvre qui les envirounaienl. l'arnii i-es hommes,
se trouvaient un Ulemaiid, un Flamaiiil el un .\nglais, l.'.UIeniand était
grand admirateur du l'érugin; le l'iauiand, de lUibens, et l'Anglais était fort

passionné pour les ouvrages de 'litieii.

(. Ouellc admirable cliose! s'é^eriait r.Mleniaiid, eu présence de la I'/ciï)c

du l'éi'ugin : puut-on s'arrêter devaul d'aulri's laldeaiix que celui-là'?


-- Kl le Siiiiil-Si'bitxlicii de Tilieii, répondit r.\iiglais, n'csl-ce pas le

I
lier-il'o'uvrc du musée'.'

l'our miii, répartit le l'Iamaïul, je ne vois rien d'aus-i beau que Itubcus.
.

I.'aMjLAIS

Mniihiriir, vi.liv ailiiiiiiiliull poiii' li; l'ci'Uyiii iiif ^liiil.ilc un prll L'Xiigcrco :

VUIIS i\r\i_'( livnuijl l|Ur rrs COlUlJlU'S SOIll SL'C.-i, Ces li.l;IIC> solll niidoS,
qu'il n'y :i lii ni (Mjiileur, ni liiiii-oliscur, ni iii.i'speclivc aOricuiic,..

i.'ai.i.ejumi.

Ah: uiDiisicur, ((in.' ilitc^-vuus Un Ces liyiicï, au coiili'aiiv, mjuI aduii-


l'ablus. Quelle simplieilé, (|uelle verilé, qiu^l raraelèi'c : e'e.st arrèlé eela,
e'esl éluilié. .

I.'aN'.I.AIS.

liais, iMiiiisieur, rVsl caide, e'esl plal, re il'esl |ias île la rliair...

i.'ai,li:m\M),

iloiiiiiieur.' mais e'esl d'une njiuleui' parfaile, il'uii ninilelé ailiuii'alile ; ces
eliairs soiil naliifelles...

i,'am.i.ais.

.le cri.iis, niunsieui' ,


ijiie viius voiis iiioipiez île luui. l'iaeez doue iiil

lalileau de Tilieu à eùle du l'eiaiL^iu, el vous \ei'iez île quel eoli' esl le

heau.

i.'ai.i.emami.

l>i!es-jieM, inoiisii'ili', ee ipie vous eiilemlez pai' le beau '.'

i.'am.i.ais.

•reiileiids pai' le beau ei' (jui me plail, ee qui me lait itlaisir.

i.'AMa:.\i iMi.

Id iiiid, iiiousieur, je \ons souliens ipie e'esl du ei'ile du l'eniyiii qu'esl


le beau, parée que cela me plail, parce que cela me l'ail |ilaisir aussi.
— 140 —

1,K FI,\M.\M).

jii.»ii'iii's, VOUS rirs (liiiis IVnxMif l'un l'I l';mliT. C'csl iliiiis li s oiivriigo
lie lliibuiis {|iic l'un li'tuive Ir vrai beau.

i.'amm.ais.

Miinsieiii', lliiliens ii'esl i-ieu à cùle île Tilieu : ses eliuii's siiiil des laelies:
elles ne sijnl pas nioileli'es, sa iiianiia'e de |ieindi-e n'a point de solidile :

ses leiiiles son! ti'anspai'enles i-oninie du veia'e... Olil Titien, Titien.'

I.K II.AM.VNU.

1^1 moi, je \'ons dis ipu.' les lLd.ileau\ de 'l'ilien sont neiii's connue du eliai'-

hoii, les eai'iialions brimes eoninie île la brique : ce n'esl pas eelle Iraiis-
parenia' admirable de ilubeiis... ee...
— iJo yi'i'iee, intei'rompit un des audileui's, impatienté de louLes ees eon-
Iridietions, de gràee, de qm I rolé est la vérité'.' En eoiiseienee, dites-moi,
je vous pi-ie, somme tonte, quid est le |ieinlre ipie l'on doit eonsidéi'er

comme le plus |iarl'ait modèle'.' "

Celle question éveilla l'allenlion de loul le inoiule; eliacun voiilul \

répondre,
•• C'ost lliibens, c'est l'inaiiiln, e'esl Tilieii, disaient à la lois nos adver-
saii'es.— C'est .Murillo, dit un rraneais. — lla|iiiaél, dit lin italien. — C'esl
lîeiiilirandt, dit un Hollandais.
— l'ardieu ,
ii''|iliqua riiUerlociileur , voilà une question liieii résolue!

auquel de vous me l'aut-il croire'.' "

Iles faits que je viens de rapporter, voici les cons(''qnences qui l'ésultenl.
conséipiences terribles, di''Ses|iéranles, et qui s'opposent aux progrès des
arts comme une barrière d'tiirain :

La première, c'est ipie non-seuidnind les individus, en général, ont une

idée dilTérente du beau dans la peinlurc, mais .aussi les nations: si liieii

i|u'unc chose peut être aussi mé|iriséc dans un pays (lu'elle est admirée
dans un autre.
I,a seconde, c'est que n'ayani point de principes lixes sur le licaii, point

de règles d'aiirès lesipiclles nous puissions dire, avec la certitude de ne

|ioiiil nous troLuper aux yeux de l'avi'nir : Tailà /e km. voilà le iiiuui'iiis, nous
simime.s, |iour jngei' de la |ieinlui'0, dans cet état de barbarie et d'igiio-
— 141 —
rnnco ofi en sérail la soeiélo s'il n'y avait poiiil de religion, poiiil di' lois,
et que ehneun eût le droit de rendre soi-même la justice.
Ces eons(;i|ueiiees en amènent encore une autre
(|ue voici :

6"m/ ijiiv loiii jiujnneiu iuilii'iilncl xiir /c.v iniiiTx ,1c ju'inliirc. deoienl.
•Iiit'biiif mlioiiiirl ijirU piiniixxr, iih.siinU' juiiir 1,'s uns, riilicide jiniir lex aiilirx.
iV, Iniil hifii rimxiilcrc, imrfdilcnwul iniilil,' jiuiir loiil iiiaii:!,-.

0 peintres! vous tous ipu' la ei'iliqne ('ment, jennes artisles, éeonli'Z :

voici lies rellexions (pii vous feront sourire de pilir à la hn- de l.nis rriix
qui vous prodigueront la louange ou le lil.-ime, tnsscnl-ils ilcs savanis, des
l'euillelonisles, ou même des pi-inli'es.

Souvenez-vous toujours :

1" (.lue la louange ou le hlàme n'est souvcid ipie le ri'snilal d'une


inqtrcs-
sionon d'un scnlinn^nt loul individuel, qui peut changer du jour an lende-
main. (Jne, si cette louange on ce blànie es! gi>ncral sur vos n^ivrcs, il ne
lient l'ctre longtemps la ri'adion, enfant dn caprice cl
:
île la nuide,
remettra demain sur le li'ùne ce qu'hier elle a jcli' dans la poussière.
yii'il
y a des millions d'Iinmmes qui hahilent l'ilalie, l'Allemagne,
l'Anglelerre, avec des iiliV's sur la peiulnre, aussi dilVércnles, aussi con-
h'aires entre elles, que le sont leurs modes, h^iirs minirs. cl les pays ipii
les ont vus naître.
;i" Que si tous ces hommes faisaient des l'enilictons sur votre compte,
vous en auriez au moins, selon toute probaliilité,
quelques milliers d'une
"l'iiiiu intraire à celle de vos admirateurs on do vos
critiques.
Après ces simples réflexions, que devient lejugement d'un
^enl homme
Quel feuilletonisie, critique on admirateur, ne ressemlile
alors a un aloiin'
parmi les atomes, à une goutte d'eau perdiu' dans la mei

1^ Mais que voulez-vous donc, me dira-t-on, vous qui allez aussi pniler
un jugement sur les a.>uvres exposcc's au salon? ..

A cela je réponds que, semblable à tant de milliers d'autres qui s'aviscnl


di' parler de pcinliire, ma manière de voir esl lonte inilividui;llc, et que je
n'y liens |ias pins que chacun ne tirait à la tienne; que, vu la diversili'-
d'opinions sur le beau en peinture, j'ai sur cette inalière n qnnioii .aussi,
dont personne n'a pas plus le droit de me blâmer, que je n'ai le droit de
blâmer celle des autres, et qu'enlin j'ai le droit, aussi bien que les |)oèlcs,
les savants et les feuillet(juisles, de [lorler mon jugement sur un tableau.
.\iiisi que laut d'autres, me voilà donc assis dans mon Iriliniial. prêt à
coiiilauinei' mi à alisondre, n'ayant comme appuis de mes jugements ni code,
ni lois. Kii l'aee de moi, sont les artistes assis sur leurs bancs, qui, écoutaiil
leur scnlenec, prélendeni avec raison qu'aucun aiaicle de loi ne peui
les eondaimier, cl .prils nie jugeront aussi, moi, qui viiais les juger. ,ie
.

— U2 —
plu-- loill la ii'lilr ilrs >)n'rl;ilCUrs i|ui, livrr 11'-: iiii'lllfv niis.-His f|lu

li-s |H'ii)ln-<. (.o'-li-mli-m sm!ï<i i|h>h\ wiiIs soiil les vi'-riliililrs ju-riv en

pfiiiliii'r'.

Kil |iri':sfncr li'iîiir U'ilc i-niifii^-ioii, cl vmiliUil il.ioiiri- à IIK-.-. jiiiionipiiW

riiisiiiis que je .-mis li s plus jiisirs, jf sons bi mi-cssil.' iViHalilir ci>iiimi-

hase li's pi-ini:i|)t'S siu' k'S(|iiels puisse fniiilii* iiirs ijiisoi'valion>.

>lini upiiiion li'i-dessns sera nue i.piiiiini comiiii' mu- anliv, appi'uiivi'e tl

fomlwlUic milln l'ois pni' aiilaiU de milliers iropiiiiùiis di' lnuir rsprcc, fl

i|ui, si elle paraît juste dans un temps, pra-aiti'a l'ansse dans un aiUce.

Selon moi, le moyen h' |ilns si'ir d'appiaM/iei- le mérite des i.envres de

peinlui'e, sei^ail d'établir un parallMe entre ecs mêmes oîiivres et eelles des

L;i'an(l> maîtres ipii ont olitonn, pendant des sièeles, les snll'rnges les jilns

e. instants et les plus unanimes '.


Si nous n'avons auenne idi'c lixesnr le liean,

ii'est-il pas raisonnable, an mitien de celte iliver.ù'eni-e d'opinions, de non^

en rapporter à ee qui a éli' le plus généralement aiqirouvr y t. [."antique et

eonstante admiration qiu' l'.iu a toujours eue iioiir nu ouvraite, a dit

l'.oilean, est une |irenvr sûre et infaillible qn'.iu le din't ailmirer. •> Ce ipu'

liijdeau .lisait à |n'0|His des l'ei-ivains. [leul Inrt bien, n- nie sendde, s'ap-

idiipnn' ans ai ls en i;i''ni''i-al.

n'hi'sile ibme pas à posi'r en principe ; 1" que b's nnvraçcs des peiii-

tri'S qui mil i''li'> le plus unanimement admirévs des siècles peuvent être

considérés comme des modèles du lican ; i- que, si la-s ouvrages pcuveni

être, considérés comme tels, ou doit raisoiinableiuent eoncliirc que les

.envres i|ni eu approelienl le plus sont aussi eelles qui doivent être ran-

iji'es parmi les productions d'un mérite supérieur.


Ces deu-\ prinei|)es posés, il me l'cste maintenant à miiiinier les maîtres

qui vont me servir de terme île comparaison. IVaprès les icidien lics

|(-.s plu- l'ousciencieiises sur les succès qu'obliureiil tmir à l'inr et ii

'
Il \ a lieux ans a rèiHKpic lie l~r\|Misiliiiii il'.Vii\ rl s, .i'ii\ ;iis -ninili- an iiniiisli-c un
lii'-ijri (pii avail [imif Inii it- l'aaidirr mis lunnlics \cis les grands |a'inri|irs tir l";n 1. Ce
jirnjct ronsislail il [liacrr, an lliitirn iti' uns rNposIlinns, les (alitranx ilrs plus L;[;inils

nlaiirrs i-l il'inivrir tnrnir lirs riinrniii s un le- ai iislcs ensseilf été :i|i|it'l(''S a liillin' cniilci'

.cs iiiaitrrs, ni laissant a ta iiiispa ilr le soin ilc |iriinniiia;r siiii jniiiaïunil

C.i-llr iili'-r, qui ilnl siinrirc ii Iniil ai lisle qui i(iinr !a iitoirr, :i IniU liniMitii' qui seul i c

que peut mil' aussi nitittc l'-nnitatinn. riail ailress.''c à iiti niiiiisire. Kile ne |)intvait niati-

pici' il"iqn- ifjrN'i' : ces liiniUiii'S'Ia sriilcnl-ils ilrs rliiiscs aussi pmi iiiali''i irlli's ?

.In \ nais li'apiircnilri'ijiii- II' .i'niiaïal 1.' I^lcl'f, dans son li'nilli'lnu du i''' scpli-nilirc.

;i iliniiir rr |ii i).ii'i cininiii' sii-ii. on la Miil, r;' Jninnal a |H'n de iiiéinniri'. l'ji allriiilanl,

imiss.Miii.n i.b'i' «.•rratiwriiiijMNi''. «. rmlimn.

* Cette lettre au luiiiistre litiurc it^.ii^ pir^ein vnl\iiin>; pu bi lyo\ivfrn ïmii. In min iiiiif :
Vremifi f
.livi'i'.-i--> (poqiics los peinlfc; dont nous connaissons i'Iiisiuiiv, il csi l'rr-
laiii que ccnx qui emporlcnt le plus prand iiomlirc ilc MillVa-cs soni : ];a-
pharl, Hnlirns, \lirlirl-An-o, ïilicn, llcmbcandl, (;ciMnl-l)o\v, le l.in'rain.
C'rsl donc aux onvi-a-cs de ces lioninies ininioilcls que je \ais conqiacer
sans cesse les lahl.'anx ilii Salon. .Snivanl la Ifedie quej,- lae .sni.^ iinpn^r'e,
,ie me lionierai à si-iialer ce ipii approcl]era le plus des heaiilés de ces
niailirs, e( je K^n'^lecai le jilus cinnpiet silence sur ce qui s'en l'doi-
ijneia. ,1e ne clieirhci-ii nnlleincnl à ex primée mes senlimenis personnels
m sur les di'l'aiiL-, ni sur les nioycus de les eorri-er, oliai|ue arlisie élnnt ii

même de senlir son col.' lailde Innles les fois (pfil v..inlra bien
supposer
se.s anivres placées à cùlç d,. celles
des niailres. .le d,)is ajoiHcr que,
aulant que possible, je comparerai aux ouvra-es exposés
les lableanx ile.s
maîtres (pii y sont analn-iu's. ,Mn.,i, les enivres qui
annoncent pins de
dessin que île conlenr, d'expression (|ue de clair-obscur,
seront coni|ia-
rées aux ouvrages de Hapliaél celles qui monlrerijnt
; une tendance vers les
compositions fougueuses, les ell'els de couleur et de luniièiv, trouveront
leurs modèles dans les o'uvrages de Titien, de Paibens,
dr [iembriuidl, eb'.
Il esl bon de faire observer ici que je ne regarderai comme uu
rappro-
ebement vers les maîtres aucune ,ruvre pastiebe, mais bien ce
(|ni se
soutiendra à ooK'^ des modèles par une jusb' obscrvalion des mêmes
prin-
cipes (pd eonsliluejit la beauté de ces cbers-d'.euvrc.
Je commence mon examen par le tableau (|ui occupe le fond de la salle
et, poursuivant à gaiicbe jusqu'au liout do la galerie qui s'étend au (lei;i des
objets de sculpture, je reviens par la droite au point il'où je suis parli.
Oue le lecteur se l appellc sans cesse que, dans cliaque
tableau que je vais
citer, je n'indiquerai i|ne les parlirs
,p ipmcbcid le pin. dc-s ivuvvs
des grands maîires.
Rimrrrelimi de Luuire.
i:-10.
-
coni|i08ilion goiiwilc. Lcxprossioii
(lu sujd,.Lo dessin (le la tûlo du Christ, de ki lèlo
de suiiU ,lemi, de la rcniiiie
agenouillée près du Clii'isl. Lo dessin do
plusioui-s loles du second plan, le
jel de la draperie du Christ.

I'- \.VN lilIliK.

S8S. Goicfroid de Bouilkm déposant son cpée


sur le Saint SepuU-re.
Lo dessin du personnage vêtu do rouge. Le
jet et la couleur do ses dra-
peries. Le dessin de la tète du jeune lioinnic portant une tiare.

Sl.lM,E.NEVi;il,

;il9. Le vaisseau —
La ooni]iosition et lexpression générale.
le Venijeiir.

Le clair-obscur. Le dessin de la ligure du jeune


liomme horizontalomoiit
couché au has du tableau. La couleur de la tète
eoinëe d'un bonnet rou^e.

Van EiCKEN.

itld, Le Clirisl descendu de la Croix. — La composition. La disposition


de la lumière. Le dessin de la tète de la Madeleine.

Cki.s.

G7. Jésus en prière au Jardin, des Olives. — Le dessin de la tète de


l'.^nge. Le jet de la drajierie de cette même figure.

Gisi.iiu.

206. Sainte Genceièee. — La couleur générale. La disposition des


masses do lumière.

CoicNET, de Paris.

7S. L'ne forèl en Aueerijne. — La couleur générale.

10

\
— 1 lu

Van YsKNLivoK.

()3;i. .Siiiiil Aliilwiisc de I.iijiairi en cdusc .


— l.c elaii'-obsciii'. l.ii cuiili;ur

lU; reiifaiiL tciuml ik'S livres. Le \iA ilc lu (lr;i|iei'i(; de l'Auge souleiiaiil

le Saint.

JlEl.ZElt.

.'tl l. Une l.crincsse Ihiinnnde. — l,a eomiiosiUoii générale. La ilispusiliuii

lies masses d'ombre et de Uimièiv. La enideiir yciiéi'ale.

Ile liiKFM.;.

UncAbnce. — l.a eomposiliuii. I,e jet île la draperie.

G.vi.i.Arr.

•Ï.M. Un purleuil. — La euideiir. Le elair-ulk-eiir. I.'liarimmie géné-

rale.

l'ilIllAliLS,

i.'ij. Un piiiiriiil .
— Le dessin i^énéral.

Fanv (liiErs.

iHi. Hiiinle Ceeile. — Le elair-i.iliseur. l.a ci.iulenr.

I'. \ A> l'.ISKi;.

.'iND. l'n juirli'nil. — Le dessin. La cenleiir de la tète.

VlEll.l.KVOVK.

GjU. Heène de musaucye à Lietjc. — Le elair-obseur. Le dessin.

Le Hon.

;-l7-i. Velres.se sur l'Oeéiin. ~ L'harmonie.

VEr.Evnr.

li.'iT. Exéeution de Jiieijnis Muliiii. — La eouleiir. Le elair-obseiir.

.Xam.z.

ilil. Lu ]'ierrje el Mnrie-Mndeleine. — Le dessin des ileii\ tètes.

l)Lei)i;iiiiN.

lS-2. L' Enniluije du frère Luee. — L'harmonie L;éiierale.


— 147 —
Mathiei.

!«:;. JuLvb cl Iî(wlivl.— Li\ couleur de riioiumc mic iiieiir. I.o cliiii'-

uljscur. L'harmonie générale. Le dessin delà tèlede Haeliel.

WlTÏKAJll'.

(ibl. Lf PrisuiDticr dv Cliilloii. — La ronleui' el le eluii'-ul)seui'.

Di; LoosE.

Clic Lcfiiii de iH«s((/«i-. — Le rendu de la rolie de salin lilanc.

Gemsson.

i6i. Vue prise des stiillcs de la calhcdrnle d'Aiiiiciis. — La dislrilnition de

la lumière. La eouleur.

Claes.

75. La Visite du parrain. — La eouleur générale.

lH:\vÉi:.

Hl.'i. Henri IV, empereur d' AHemaijne, cmuniitunic. — La eouleur.

Caitaekts.

(IG. André ]'ésale. — La eouleur.

KOEKKOEK.

;i:iU. Uiecr. — Le rendu.


Lr\s.

L'JJôlellerie. — La eouleur. Le elair-oLseur. Le rendu des lèles.

lîEEEANeÉ, de l'aris.

l'.l. Le l^elaur du saldal. — La eouleur,


DU.EE.NS.

n 1. Cil dimaiielie en Flandre au \\u^ siècle. -— La eouleur de la léle de

la vieille.
IpEEKEII.

Des paysans du ]]'e.slerieald surpris pur furuije. — Le dessin.

IIaeeaia.

-JHi. Puijsaije. — L'harmonie générale.


.

Llii L!i,uch.

107. Ce iiu'iiiii' iiii'n' jieul soiilJrir. — l.o claii'-obiL'Ui'. Lli p(;nbijc.

liEi.i.A.Nt.E , du l'aris.

18. Li'j iiuui'i'Ucs de la (jucrre. — La couleur.

N.vuiiîo.x, lie l'arib.

i-J'J. La JJcraasc naiiolilaini'. — Le dessin.

llOlSSIN.

1«3. l'uijsnijc. — La eouleui'. Le claii'-oljseuc.

IIau.ez.

-JS.j, Un jivrtrail. — La eouieur yeuéi'ule des cai'ualiuu.s. Le eUui-ul.iseui'.

llALZliLJl.

J8'J-iUl. ruijsaiji!,. —La euiiiiiosiliuu yeueralo.

JlATHUCl.

iO!. Cite Saintc-I-'aiitilU\ — La eûuleui'. Le elaii'-oliseur. L'Iiariuuiiie

générale.
llEM)r,R;K.\.

Cil J'oiirait. — Le elair-ubseui'. La euuleui' yéiujralc.

.MAïuua

La jiHe lie Ja'iir. — l.a compusiliou. La eouleui' générale. Le elaii'-

obseur. Le dessin de la léle du ChrisL Celle du Pharisien. Le jel de la dra-


perie du Christ
Lias.

;iU.'i. La eoiir du eiibarel. - Le elair-oliseur, La vigueur du euluris. Le


rendu des lèles.
M.VIllMS.

-loi. /laite d'un elturiul. — La eouleur générale,

Dr: lii.otK.

lis. Vue kermesse lUununde. — L'harniunie.

1'. Van Uiiiii:.

381. La piele liliale. — Le dessin (Je iiueh|ues parlies,


— 110 —
Iai'Iti),

Piijiififii'. - - l.rs li^iios (lo lu i'iini|io^ilioii.

.lAf,01i .Iac.ors.

300, I'hc (II' Cdiixlniiliiiopli-. — \.o clini\ îles li^iii',-;, l,n rniiloiii' 5'(''ni''rali'

(;issi,Kn.

2G7. Ecrr Iiomn. — l.a poiihiii'. I.a disposilion ilcs mnssrs di' himii'i'c.

Di-: (hisNi:.

III. Friniçnixi' di' Jiiiniiii. — l.ii foiilciii' L;(''iii''i'fili'. I,f ilissiii si'iii'i'iil ilc

la Irmmo.

MAnnr.

:îlli. Le civx/h/s. — I.a poiilrm' £;i'iii''i'ale. l,'(>N|ircssinii dr la jeiino fillr pI

ili"" riiommi' qui lui pai'lp.

Matiiif.i'.

'iO"i. Fil portriiil. — I.a coiilriii'. I.f: claii'-nliscui". I.c faliv en S'ialéral.

.M'"" Van 1Im;i;k.

Cli^. Fleurs et friii/s. — I.a ilisiinsilioii ilr la liimirrr. La eoiileiii- cl le

mnilcli'' Acf. ppolies.

M""' Geiîfs.

i2!1. rU'le, Amour, Douleur. — I.a coulcui' générale, l.c clair-obsfiu' du


lal.lraii ayaiil pour lili-p : Amour.

Moi.s.

i-2'f. Vue iVAlIièue.':. ~I.p do,'; liçtnes. I.a di^pnsilinii de la liimirro,

,l,\(;()rAMi,

313. Le A/iiii-iire medeeiu.—].:! pensée. I.a eonleni'. l'Iiiii'nionie générali;.

N-VVF.Z.

{3:i. Vue Saiiile-Finiiille. - I.e dessin général. I.a roulmir de l'iLnlanl

Jesns.
lIlMN.

307. /.c.ç Dernier.': conseih il'im jière. — I.a enniposillon de ipielques


SiTinpes. I.a eonlenr. I.'hai'mniiic
— .150 —

Hli. Une Iliillt' ili' i-hnxsriir-':. — l.n emilciii'. I.a ili>|irisilion f'i'iir'i'iile ili'

l;i liimicTP.

Stai'.c.k.

'liiT. 7,1' Clirixl nii IniuhraH. — 1,0 clioix ilos lii^iirs.

VlHILl.KVOYK.

(ififl. Pierre Dchc.r. — rnni|)n>ilioii. l.a disl rilmlinii Hf ];i himiri'o.

("nllleill' St'lll'l'alo.

I'. V\N RuKi:.

Dihiiliiile. I.a fom|iOM'linn. ].o ilcssiii ilr la li"lr ilii jciiiir liommc.

Van Vsk.mivck.

631. Lfiixseï- venir ii umi les pe/ilx oi/hh/s. — I.a ilis|msil ion clos f!a'riii|ios.

I.a oonloiii' si'iioralo.

RnnnK.

ilî.S. Ailimilu.r iiii piîliiriiije. — I.a liisposilioii do la Uimiri'o. I.i' ilossin

(le qiiolqiics animaux, l.o i'ciidii,

KllEMEIl,

/iilrrriignlnire île îjein Ciirlnx. — I.a rnmpnsilion siau'i'alo. I,a

ooidciir, 1,0 claii'-nlisonr,

Waitit.s,

i;7:!. . (/'/'l'ivV lies émises ileeiiiil Jerii-mlem . I.a ci.miiosilinn. Le do<sin,

i,a l'Oidoiii', 1,0 clioix dos plis,

TsrnAi.c.K.w i l-jni. I.

."Kl.s, hiléeieiie il'e'liilile. — I,a oonloni', l.r clair-idisciii',

MlOES,

llfl. Le Clirisi nu liniiheiiii. — I,es masses de Inmioro,

.Iacqianii,

W'i. Le Beneilieile, — 1,'lini'mnnio (j'onoi'ale,


Tollo r-Pl, au poiiil de viif (''lalili plus liaiil, laiialyso siicciiii'lo ilps pi'iiici-

pniix lalilenux ilc l'cxposiliiHi. Maiiilonaiil, pom- cpir l'on voie bien cpiellc

foi il conviciil. crnjonlci- aux coiiiplcs iviulns ilc MM. les l'euilletonisles, il

me siiUfira tropposeï- les uns aux aiilres f|iick|iieB passages des journaux,

où les divers critiques sont tombés dans les pins étranges contradictions.
Que le lecteur juge.

Le Commerce Belge du 7 seplemljrc dit, en parlant du grand lableau de

M Van Ysendyck : Le Cbrist est d'une liellc expression.

Le Globe du août dit fl : l.e Christ a une expression niaise et eomnnme.


Le Commerce Belge du 7 dit encore, eu reveiiaiil sur le labieau de

M. Van Ysendyck : Le ton général est cru.


Le Glohe dn "2(1 août ajonle de soii eob' : La couleur est sage cl liar-

nioniense.
-r.-

Le Commerce Belge dn 7 septembre dit, en parlant du xaini IJgum-i du


nifime artiste : Le saint est nne fort belle étude.

Le Globe du 2(1 août dit : Le saint frise presque la niaiserie.

Le Globe du fl aoùl avait dcjfi dit : M. Mathieu liilte contre une


organisation rebelle. Nous ne nous seiUons pas le courage île eriliquer

la Fille de Ja'ire.

L'h'm/incipiiliiin dn 7 seplembre ilil : On trouve dans ce iidjleau do


belles parties qui n'appai-lienncnl pas à un hnmini> onlinaire... Son avenir

est dans ses mains.


L'Émancipation dit encorn : Les têtes de la mère et de la hgure qui se
trouve derrière elle sont pleines d'expression.
Le Commerce belge dn 13 septembre ilit : L'expression manque de gran-
deur; nous signalerons .surtout la mère de la jeune fdle, et un grave per-
sonnage place sur le second plan.

Le Globe du 26 août dit dn Don Carlos de M. Kremer : Les draperies


soni riches el hardies,
i:Ok-<rrval,;ir fl seplon,!,,.,. :
ilraprnVs no soni pas I,

Ih III'OMSOS.

L-Oh,'rml,'iir .In 9 soploml.i'o dit, on parlant du ChulrfroUl


dr M. Wan-
lers Collo Irdio aocuso nn piv^ivs ilans
:
la inaniôro .lu poi.Uir.
J.'l-:m,im-ipalhu ,i„ srpl,.nil,ir^
i .lii ; M. Wanlors ,.sl rosi.'. slali..nnairo '

Ohbc dn i(i aoili ,lii ,ln Lnunr ,lo 11. Xavoz : l.a li^Hre .U, Chri.l
mnn.|H.. .lo ^l'aniloni' ol do ,vllo po.^sio profond., sans la.p,..ll,. on no
ji.iiivail alinrdi'r nn pareil snj.'l.

Commm-c Behjc dn
l:! aoni .lil Los lignes do la li-ni^e dn filirisl soni :

nobles; ce visage esl empreint de ninjoslc,


do confiance cl de sérénito.
Le morne nnnuTo de ce journal dit encore : Lm-arc sortant du loml.oan
est .l'un dessin, d'une expression, d'une
couleur irn:.prochables,
Le Ghbc du 20 août dit Le Z«-,«,r semble sortir d'un sac plul.'.l
:

.|ue
d'un tombeau... Nous reprochons à
M. Xavoz .'es idiairs molles, celte fraî-
.'henr em^min.^e f|u'il semldo ane.iionn.'r,
mais .pu .dioz nn homme soiianl
.l'iiii lomli.'aii esl an
moins .l.'plai-i'o.

COhscn'dlcur ,lu 12 sopleinliro ,lil, en s'a.Iressant à M. Ilunin : Vos


ji.nites tilles n,. s.ml pas des petites tilles, eo .sont .les .loinoiselles de
Ni ans ; grossissoz-leur la liHe sans augmenter le coi'ps.
Le Commerce Belge du 13 septembre dit Son dessin
:
esl toujours cor-
l'Oii et .tislingn.'-.

Le Ghilie du scplombi'e .lit, on parlant du tableau de M. Vieillevoyc :

Les étoffes sont riches, moelleuses, el d'un faire liar.li.

Le Commerce Bcl(jc dn -13 septembre dit On


: désirerait que l'arlisli^
l'vilàt la monoloni.. ilans sa manière de peindre les élolVes...
Il nous sem-

iili' voir des .'.(offos s.-ulpl.V.s en maître et enduites


de couleur.

L'Emaiicipalior, .In { septembre dit, on paiianl .le la Dibulude do ('. Van


Brée: Quel charme .lans la tiguredu jeun. -homme... et .-|uellepurclédo.l..ssin!
Le Commerce Behje du 31 août U
.lit : corps du jeune homme esl un
peu fort en proportion .le la lète; puis, le sein do la jeune hlle el l'épaule
lie s.. ni pas non plus ii-i'('-procli;dd.'s,
— ir,:1 —

/.I' Glnhc (lu 1 1 poplcmlire dil, fii |)ai'l;iiU de la Révollr ilf l'Enfor'. f.rllc
nvnlaiielif' déliras el de jambes sans g-randeiii' enmme sans pensée..
Le mémo journal du .'i seplenilire avail ilil ; Le g'renpi^ de j;'auehe a des
parties dignes de Ruliens.

Le Commerce Belge du IS scptcmln-e dil, en parlant du Lalilcau de


.M. Leys : Mêliez à cûlé de ses lableaux des Ostade, des Jlelzn, des Ter-
burg, ele., el alor.s vous dislinguerez tout l'éelal de .sou oris'inalilé.

L'Émuncipalion du 21 seplemlire répond : Quanl à Téclalanle originalih'


do M. Leys, nous l'avons on vain eborehée.
Le Commerce Belije du 18 septembre dit eneoro : Los ouvrage.s de
Leys penveiit marcber de pair avee les belles produolions des grands
maîtres.
L'Émnitcipalion du i'i septembre répond : Nous sommes làehé de ne
pouvoir melire M. Leys au rang île ees exeellenis arlistes.

/^'Jiiiuiiicipatioii du 8 septembre dil, on parlant de la L'iiinçoise île

Rimbii de M. Iieeaisiie : Los ('tolïes do la femme soni Irailé-es de main di;

maître.

Le Globe du 9 aotît dit : Les draperies de ee tableau sont raidcs, lourdes


et lourinentéos,

L'Émnncipntinn du 8 seplembre dit eneoro du mémo labloou :, Laeoideur


de ee tableau est vraie et forle.

L^'OlixeriHileiir ilu 1-2 seplembre dit : Le tableau péelie d'abord par la

eouleur.

L'k'iiinneipalion du 8 septembre dil, en parlant du porirnit de M, r.allail :

La main droite est digne de Van llyek.


/,( Ololw du fi août dil ; Nous reproebons à M. liallait de n'avoir pas
soigné les mains... Il y a une main ipu ressemble une serre de vautour.


l'iu' WicrI?.
ci'ninlr' il'iilmsrr ilr l;i paliciirr (lu loclciu' mo l'oi'fc ù Icrminoi' ici ces
rilaliniis. Qui :i loi'l / Oui n rnison? ,1e erois qnc le leeleiir sern Ibrl eml)nr-
i':issé lie répoiiiliv fi celle qiieslion. Que serail-ce, si'and Dieu ! si loiil le

iiionile l'aisnil des liiiilleliiiis.

.le ne puis m'arivlei-, sans eN|)rinier ii-i à eeii\ île nies confrères rpii clier-

clienl avec conslance les seci'els île nos i^raiiils iiiaîlres, comliien je fais île
vieux pour i|iie laiil île nobles ell'orls soieni nn jour appri'ciés. Bien des
Inlles, liien ili's didjoii'cs, je le sais, les allendenl dans colle carrière dilTÎ-
cile : la mode ol le mauvais goi'il des prétendus protecteurs des arts sont
souvent des obstacles presqu'impossibles à surmouter. Cependant, ne nous
plaignons pas : depuis quelques années, le retour vers les grauds maîtres
sost fait sentir d'une manière bien sensible : Rubens, Titien, l'école hollan-
daise, je dirai plus, le vci'ilable senlimi'nl du dessin des maîtres d'Italie, se

sont fait jour à travers l'almosphèri' d'ei'renrs où nous avait plongés le


siècle passe. Prolltons de ce nnimeul de ré'aclion, puisqu'il est favorable
aux progrès de l'art. Daus vingt ans |)eul-èlre, son règne sera passé. Rap-
peloiis-nous toujours que les n;'uvres qui onl été le plus constamment admi-
rées (les siècles peuvent être re<janlées comme les meilleurs modèles qu'il est
;

absurde et même dangereux d'imiter, comme le font certaines gens, les


premiers essais de l'art. Oublions, s'il se peut, la sécheresse d'Albert liiirer
et tons les tâtonnements de celte époque. On a fait mieux depuis, el celle
perfection, approuvée par le temps, ne nous pei'mel plus aujourd'hui de
reculer devant le sentier sùi' el lumineux qu'elle nous a tracé. .Selon moi,
ce serail aussi déraisonnable de nous eu ('carter, qu'il serait ridicule au-
jourd'hui de rctalilir l'usage de la llèclie et de la lance, qnaïul nous avons
la poudre et le canon; de nous faire lentement voiturcr sur les vieilles
routes quand nous pouvons voyager en chemin de fer. Nos artistc>s belges,
il faillie dire, se sont opposés comme une digue non seulement à l'inva-
sion de celle lendance vers riiiiilalioii des premiers essais de l'art, mais
eiicoi'C à l'imilalion des maîli'cs du i|iiiilriènie et du cinquième ordre. Ils

ont compris (|ue linbeiis et Titien valaient niiriix i|iie Murillo, Velas-
qiiez ou Salvalor-liosa ; que Ilaphaid et Michel-.\nge étaient des mailres
bien préférables à ceux de l'école espagnole et de l'école française.
Honneur donc à la Belgique! Elle possède des artistes qui ramèneront,
il faut l'espérer, les temps renommés- de la grande et bonne peinture. Déjà
bien peu de contrées, j'ose le dire, nous fourniraient des lableaiix mo-
dernes on les qualités du dessin, de la couleur, du idair-obscur, brillasseni
.à un aussi baiil degré lie perf.'clion (|ue dans lesbiiles de Wappers, f'.allail,
,

fie Keyser, Miithien, 'Waiitei's, île ISiefve cl. Deoaisne. Où li'ouvpi'ons-nous,


oxcoplc en Allemagne, le dessin cliiUié de Navez, les eomposilions savantes
et gi'aeieuses de P. Van Hrée? A tous ees noms (\m honorenl la patrie de
Rubens, on doit ajouter encore ceux de VerboeeUlioven ,
l.eys , liolibe,

.laeob Jaeojis, Van Eyken, de Tlloeli, Slingeneyer, Vieillevnye, C.énisson,


JUiwée, Cremei', llirnin, Van liony, \'nn Ysendycli, et tant d'antres ipii

ni'érhappenl dans le momenl.


Après avoir rendu justice aux artistes, l'auteur de cette brocimre se
permet de dire un mol sur son compte. Ce n'est point de ses ouvrages qu'il

sera ici ((uestion ;


mais, à l'exemple de beaucoup de gens, il veut parler île

l'homme à propos de ses onivres.


1,'auteur croit donc t'ermement que, si l'on a fait de lui un orgueilleux,
un andjilieux, un homme vain, rempli d'amour-propre, c'est : I» que dans
tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait, il ii trouvé lui-mèine le secret de
blesser l'amonr-pi'opre de beaucoup de gens; i" qu'il n'a point l'haliitude
de louer |)our être loue, d'admirer pour être admiré, et qu'en un mot, il ne
veut point avoir recours h tontes les ruses de la flatterie et de la fausse
modestie, poursc faire des amis et des approbateurs. Son système à lui est

tout à fait opposé à ces roueries-là, et il tient que les hommes qui se con-
sacrent aux beaux-arts ne sauraient trop s'environner d'ennemis. Nos
ennemis sont les véritables amis de notre avenir : ils veillent sans cesse à
nos défauts, ils nous corrigent quand nous faisons mal, ne nous llaltcnt

jamais quand nous faisons bien. Nos ennemis, en un mol, sont comme les

valets de notre renommée : ils nous servent comme de marche-pied pour


nous grandir et nous élever.
L'auteur donc prévient ceux îi qui ses manières d'agir paraissent étranges,
que son vœu le plus cher est de soulever contre lui les hommes vains et
orgueilleux, et que, s'il n'est ni humble ni flatteur, c'est qu'il sait que c'est
l.'i le moyen le pins sfir de blesser l'amour-propre de ees honnnes, les pins
propres à devenir des ennemis utiles.
L'auteur Huit en souhaitant vivement que celle dernière provocatimi
adressée à tiiules les susceptibilités orgueilleuses, lui amèiu' des cniieiuis
.nissi uoinbreiix que les grains de sable de la mer.
h
P
c
,

LE« i''EUlLLE'J'0.M8TES DÉMOLI^;

PAU iaX-.MÈ>ll'S'.

J.cs uns ili^Liit qiti: iiojij Ici iiuh'Ci (iuu oui


L't moi je dis f^uc oui et non.

KVIUAIT de UIVKIîS comptes UE.NDUS UE L'EXPOSITIUX D'A.NVEItS

(]bl3). .

«Itl.lJltS CONTIlAUK/no.NS lil; .NOS SI'IIUTL lOI.S ftl II.LElUMSTlih.

Joiiriitil de Bnuvclles, iO auùL — TabU-aiix du Ki-l'IUCL'. — La couleur est


lianiiouieuse, .savaiile, le dessin corruel, la louelie l'aeile.

L'Obscrvuleur, i'i aoùl. Je voudrais trouver ([uehjuo eliose de Ijieii

dans les tableaux de M. Krenier et je urciu|iresserais de vous le dire.

Joiinml de Bruxelles, 215 août. — Tableau de Slingeiieyer. — Guillaume


Tell. — l u coloris vigoureux, un dessin correct, hardi.
L'Obscmileur, "23 août. — La couleur est terne, le ilessiu louiil, raide et

sans hardiesse.

L'Indépendance , ti septembre. Tableau de llaniman. — L'Entrée


des archiducs Albcrl cl Isabelle, ii OsLcndc. — Il n'y a pas de confusion dans
ronsemble.
Journal l'f i'/'i/u-ï'/te, "Ji; août.— Les divers plans ne sontpas assez distincts.

Le Politiijuc, ii aoiH. —Tableau dliniilo Siynol. — La Vierye mysliquc.


Un journal d'Anvers l'a|]pelie une enluminure, uji journal do Bruxelles


Aut(igra|ihic ot .signO, sur une Icuillc volanlo, avco. cette suscriplion :
Lilli, |iar
llipiioi. de !a Perte, il'aprés le manuscrit et le dessin tie M. A. W, -
m livre unv ii'ri;vi'i'riiix: |jllis t;L';iiUl(; ciJCo|-f. — l/ei;fiiiU .lésub. —
lia)is 1111 voin do ses lèvres d'enfant, il y a nn magniliqnc mépris dus
douleurs (|ui l'allendent.

L'Iiiili'pcniliDU-e, (i septembre. — t/enfanl Jésus a une exi)ressiun de


mauvaise l)unienr, nn niouveincnl disgrarieux dans les lèvres.

Journal iVAnnis, -11 août. — Tableau de Waulers. — ic /^«H/t nrilaiil


SCS ivrs ilcciiHt Bi'atrix cl ses ctimpnijncs, ii Florence. — Kt ee Dante! voyez
eonimc il est iièremeiU eainpé 1

Le Commerce behjc, 18 août. — A la place du Hanle, nous voyous une

espèce de Ironbadonr éear(|nillaut les jambes.

Le l'oliliiiiic , Ri août. — Tableau de M Cieers. — La •Sainle-Aijncs


l'emporle de beaucoup sur ee que nous connaissons de cette artiste. —
Sa Jeune Fille n'a in cliair (pu frémit, ni eceur qui bat.

Joiirniil d'Anvers, li août. — Nous préférons de beaucoup ii la Sainle-


.Vynès, la jeune Mlle.

Journal d'Aiiccrs , t!7 auùl. Tableau de De Keyzer. Rufluiel cl

Lu Foruurina. — lîeaulé de coloris, eariuitioii vraie et bien seidie.

Le Commerce hchjc, i!) aofd. — Ton jaunâtre. Ion conventionnel, faux.

Le Journnl d'Anvers, i'i aoi'd.. — Correclioii de dessin...


L'Observateur, 18 août. — Quel ly|ie trivial! celle femme est llétrie,

sa chair est llasque et jaune.


Le Journal (l'Anvers. — L'artiste a été blâmé pour avoir mis llapliaèl au
second plan. — Nous no sommes pas de cet avis.

Le Journal de Lru.eclles , aont. — Tableaux de Meizer. — Ce ipii dis-

tingue son talent, c'est une i^rande délicatesse de touche cl une l'are

entente de la couleur.

La' Poliliquc, 31 août. — Le coloris se compose de louches état;ées, (pii

se lient comme des ardoises sur un toit.

Le Journal de Jiru.cellcs, 11) aoi'd. — Tuldcau de W appers. — J'ierre le

Grand il .Suurdaai. — L'expression de Pierre 1" exprime bien une volonté


ferme, une inlelligence puissante, une noble satislaclion de soi-même.
L'Emdnrijiuliun, -i!! aoiU. — Celle ligui'c n'a imi'iiiie acliun, n'eNiuiiiio

aucun scnliuicnl, ne parail animée il'aucune passion.


L'Observateur, -18 aoùl. — Le dessin no manque pas do roL'reulion.
Le PoUtUiiic, ii aoùl. — Le dessin esl souvenl inoorreol.

Journal ilf Brn.relks , '2H aoiU. — Tableau de Dolilook. — J-'ck ilr

priiicurs auj: l'uriroiis d\lnirrs. — SI. Deljiocl» a une Ijonne louclie.

Le l'vlilique, 1-i aoùl. — Sa louche est salji'éo et lourmeiilée.

L'Ohsereiilcur, IS aoùl. — Tableau de Wioilz. — L'Edueulivn de lu

Vierge. — La Vierge esl ravissanle, sa pose a une naïvelé, un abiuulon, une


innocence qui frappent et émeuvent ; sa tête est d'une pnrelé inexprimable.
Journal d'Anvers, 12 aoùl. — Nous n'aimons pas, sur ces trails pi'ivés

d'animation et presque de vie, cette expression de simplicité qui va jusqu'à


l'aHeetation.

Le PuliUiiiie, 1-2 aoùl. — T-iddcauN de liiai'd. — M. liiard s'est surpasse


celte l'ois comme coloriste.
Journal île Bruxelles, ly août. — Un l'eproche à M. l'.iard une grande
négligence de coloris.

Journal d'Anvers, 12 aoùl. —Tableau de Vaudenberglie.— <S'«(»^-/«()i.—


Il y a du style dans l'ordonnance de la composiliou.
Le l'oUtbiue, lli aoùl. — Nous ne louerons pas l'ordonnance de la

composition.

L' fudéiieudance, G septembre. ~ Tableau de Kru.-.enuiii. — Berijers de tii

enmpaijne de Llouie. — l.a couleur est chaude et solide.

Revue d'Anvers, -20 août. — La couleur est grise et pàle.

Le temps ni l'espace ne me pcrmellenl de conliuuer à ri'Ievcr ici loulcs


les plaisantes contradictions de nos prétendus crilii|ues ; il n'est, tlu reste,
plus besoin aujourd'hui de signaler ces |)reuves irrécusables de leur
incompétence en matière d'art. La terrible phalange de ces grands démo-
lisseurs de réputations a bien changé de ton depuis quelque temps. Il ne
rc^le qucliiaus |ihiiiirs uiiliiiilincs, iiicuiiiuirh, (/«(
'li'iiiriil ïc /«/)•(' iviiiKiilrc. l'aniii ces iioiivoaiiN arislaniucs, j'en cuimais
liUisic'Ui's niii, dans l'espoir d'uijlenii- les lionneni's de la cai'iealui'e, nj'onl
allaqné ileniièrenieiil dans les colonnes de lenr estimable
juui'nal.
Grâce au )jon sens publie, les ealenibours el les bons mois
ne sonl plus
reçus aujourd'hui eoniuic pianeipes de peipUue; ou
rcvienl enlin à des
idées plus saines, el Don Quiblague lui-même, Don
(juiblaguc, de bur-
lesque mémoire, el avec lui son confrère de V Imiependmn,
ont senli, eux
aussi, (jue le publie en avait assez de leurs aimalilcs plaisanteries, Ces
deux inessieurs, i|ue j'ai l'éduils
à i^ardcr ilésorniais le plus parfait silence

sur mes ouvrages exjiosés, se sont dépouillés enlin du


masque grotesque
dont ils s'étaient alVublés, pour venir, de concert avec les artistes,
rire de
toutes les folies ipi'ils ont écrites et jetées on pàturo
à la crédulité
publique.
•le prolite de cette petite occasion pour dire encore une fois aux peintres,
line le plus puissant moyen de s'instruire
de eoniiiaier dans leur arl, c'est
leurs ouvrages à ceux des grands maîtres; de les comparer,
non i)as m
cK.e-màih'x comme l'a imaginé un de nos innocents
léuillelouistes, mais en
les plaçant cote it côte avec les cliefs-d'eeuvrc qui doivent leur servir de
guides. C'est dans une exposition générale, — là où le jour, la distance et
l'entourage de nombreux objets d'art iniluent sur l'aspect d'un tableau, —
qu'ils doivent juger de leurs travaux. se trompe
Il celui qui, environné de
toutes les llatteuses illusions do l'atelier, se contente de
juger son o.nivre
par dos comparaisons faites en hii-incmc.
Il faut que les peintres osent se prendre eoi'ps à corps, pour aijisi dii'c,
avec les grands niaitres; il faut surtout ipie chacun d'eux ait le courage
de mépriser les beaux mouvements d'indignation que cette généreuse
résolution inspire à de certains amours-propres; il faut enlin que les
hommes à qui il esl donné de protéger les arts, veuillent bien ne point se
sentir humiliés en suivant une idée que j'ai si souvent émise : celle de
|)laeor, au milieu de nos expositions moderne's les chefs-d'œuvre
, des
grands maîtres anciens.
Le jour où cette idée sera réalisée (car faut qu'elle se réalise lot
il
ou
lard), eejour-lù, les jieintrcs auront l'ail un pas immense dans leur arl.
Ce jour-là, le public, lui aussi, aura appris à juger, et les feuilletonistes,
toujours si empressés d'aider
les peintres de lenr lumière, pourront alors

formuler une opinion avec connaissance de cause. Ils auront là devant


eux des nujdèlcs du beau, ipii les guideront, et les dispcnscroid de
cher-
i-licr lies calembours el de tondjcr
dans les plus étranges coulradictious.
KXl'OSITION >A riU.NAl.l-, DKS liEAUX-AliTS

SALON DE 1848

l'KlNTllE. PEINTURE ET liRITIQUE*

ni': i.A (.uiTiyri-;.

I' La l'i'iUquu n'rsl qu'un besuiii de ramoui'-iJi'opi'c, ii dit lui |ihiloso|ilii',

(jl la louange cl le blâme ne sont que les vengeances de la vanilé.

Si l'on en excepte les idiols, il n'est peut-cti'C pas un seul homme sur
cette terre, séjour de passions et de misères, qui no soit pourvu d'une
dose assez forte d'amour-propre. L'aspect d'une belle œuvre, le récit d'une
action glorieuse, le bruit d'un grand nom apportent toujours dans l'àme.
même la plus modeste, une sorte de trouble et de perturbation. La supé-
riorité des autres excite en nous un secret mouvement, y anime une
puissante envie d'attirer les regards d'autrui sur notre propre méi'ite.

Louer ou bUlmer sont les petits moyens commodes, faciles, souvent mis
en usage en pareille occasion.

'
liiiiiriiin'' d'abin'd en IViiilIrlon dutis lejnui'iiiil la Sfiliim , cl piiMit' riisiiili' l'ii mic
liriicliarc in-8", (Ir "i iraws. Bruxelles, Raos. IRiH.

11
— \&2 —
Uiielle i'iuic Cïl usïCz hoiliie, assez caiuliilc |iuiu' iyiiorcL' ([u'aii l'uiid du
cu.'ui' des liouinics, /y«i'c Vfiit dire : « Je suis juste, je suis géiiéi'eux, je
suis eoniiaisscur, je suis no pour le grand, je sais apprécier le beau, je
sons vivement lo sublime ! >i que blâmer veut dire : « Je suis dillieile, je suis

éclairé, je suis capable, et, moi aussi, Je pourrais l'aire de belles choses,
je pourrais même devenir un jour un grand honinic ! «

Ouand, |iar la louange ou le blâme, nous croyons être parvenus a l'aire

pressentir que nous possédons aussi de belles qualités, que nous sommes
aussi dignes d'admiration, un baume salutaire se répand dans toute notre
àme, le mérite d'autrui s'abaisse devant nous, l'aniour-prupre est satisfait.

Ainsi est l'aile notre chélive nature. Hélas!

l'ETlTE l'UliltlJGATIVE lllî LA ClilTlyLIÎ.

I.a ci'ili(pie a l'immense avantage d'être absurde sans danger et d'avoir

loujoui's beau jeu, alors même qu'elle a loi'l. Altaque-t-elle des hommes dont
le talent, jiar son éclat, blesse généralement les amours-propres, elle trouve
de toutes parts des approbateurs nombreux. On est toujours charmé de
voir la critique raballreun peu d'une gloire qui n'est pas la noire. Malheur

à qui regimbe contre la critique I Quels que soient les droits à la plainte
ou à kl justification, il faut se laisser piquer, mordre et déchirer à belles
dents, sous peine d'étro battu jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un pauvre
diable se plaint de ce que son onivre est jugée avant même d'avoir vu le

jour : tout le monde s'écrie qu'il n'est pas modeste et que la critique a bien
raison .'

Les jirérogatives de la critique sont belles, en vérité; elles sont même


consolantes : il est juste, après tout, que nous ayons le droit de battre
tout à notre aise ceux qui, par des ehcfs-d'onivi'c, nous font un peu soidl'rii-

dans notre amour-propre.

L.\ ClllTlyVE OEI'E.NUANT PELT frfllE nAÏTLIi.

Au temps du malin Apelles, la critique ne se serait point avisée, comme


aujourd'hui , de fustiger impunément les malheureux artistes. Les
méchants esprits, si empressés à faire la leçon aux peintres, seraient bien
attrapés si ceux-ci , à l'exemple du peintre grec, se cachaient derrièi'o
leurs tableaux afin d'épier le moment où passe le bout de l'oreille du
censeur; les jiauvres critiques seraient bien intimidés si une voix cachée
deri'icre la toile était toujours là, lu'êtc à leur dire : « Coiduiiiiier, pris plus
haut que la elmussure '. "

Les critiques, aujourd'liuî. peuvent être lorl lr.inquillc> : les |ieiidres de


— K;: ', ~
notre temps sont les meilleurs enl'yiits du luoiule et leurs tableaux, iriiiuo-
eentes toiles qui se laissent dire les plus grosses drôleries (|u'on puisse
entendre. Aucune voix, aucun rire moqueur ne\ie»t troubler le coniiuis-
.v'«f dans la jouissaneu des jietits plaisirs (|u'il se donne.
Pourquoi se l'ait-ou moins de scrupule d'attaquer le talent i|ue la |iro-

bité? Je ne sais. On ne songe pas que, porter atteinte au talent du pauvre


artiste, est pcul-êlro, pour lui, ebose aussi sensible (|ue porter atteinte à sa
moralité. Les artistes ne feraient-ils pas bien de prendre la défense de
leurs ouvrages, alors qu'ils les croient injustement attaqués'/ Est-il donc
inutile de dire le jM«rry«0( et le comment qui nous justifieraient aux yeux
des gens sensés'? La modestie, bêlas ! nous réduit toujours au silence !

C'est une belle chose que la modestie !

.S'il y avait, pour la défense des ouvrages de peinture, un tribunal, un


code, des lois, (|ue de gens seraient condamnés pour ealonmic !

En attendant que le tribunal, le code et les lois s'établissent, il serait à


souhaiter que les peintres, les poêles et généralement tous les hommes
exposant des oeuvres au jugement de la foule, prissent la l'ésolution de

suivre la méthode d'Apelles.

Profiter de la critique des cordonniers en ce qu'elle a de juste et de


sensé, se moquer de ces bonnes gens quand la petite vanité les porte trop

loin, ce procédé ne manque point d'csiirit, n'est point dépourvu de


sagesse.
Une rétlexion cependant : (pie les peintres ne se laissent point enqjortcr
Irop loin. Ilailler tous les cordonniers de notre temps donnerait peut-être
trop grande besogne; recueillir leurs bons avis donnerait iiout-ctre trop

peu de profit.

TEl II>LlîrONl.STES , ET EN OKXKlt U. I.KS (;RNS h'eSI'HIT , SOT-IL.S


l'F.t'S Il.Mill.ES V .IL'GER UN T.UîMi.Vl" yi li l.ris IIOM.MES Sl.lll'l-ES ET
SAXS INSTKI CTION ?

Il est tout naturel tic croire les gens d'esprit plus lialn'les (|ue les

ignorants à juger une couvre d'art, b'cspérieucc souvent pi'ouvc le con-


traire.

Des observateurs judicieux ont l'ail les remarques suivantes ;

Dans un salon d'exposition, la critique d'un homme simple, d'un igno-


rant est souvent juste.
Celle des écrivains, des gens de^l)ril, rarement raisonnable.
Celle des peintres, rarement de bonne foi.

Celle des poètes, |iresque toujours ridicule.


D'iu'i \icnucnl ces diverses nu.anccs'.'
— I(i4 —
Il esL à pL'osumer que la vaiiilo ici encore juiic suji njle.

Il faut cependant remarquer que la vaiiilé no contribue pas seule à lorniu-


Icr le jugement des hommes de lettres sur des œuvres de iieinlure : une
:uitre cause encore induit ces messieurs en erreur.
Les hommes de lettres répètent souvent que la peinture et la poésie sont
soeurs. C'est vrai. Mais qu'est-ce que cela prouve dans un compte rendu?
Ce que l'homme de lettres s'imayinc èire un Ijcau sujet pour le [leinlrt!,

une pensée sublime, souvent ne l'oui iiil qu'une brioche de rapin!


Homère fait baisser le sourcil de .lupilcr, loul l'Olympe tremble. Celle
idée est poétique, sublime. Lu peinlre traite le même sujet, il fait baisser
aussi le sourcil de son Jupiter, mais l'Olympe ne tremble pas. La peinture
ne rend point les pensées qui ne s'expriment pas d'une fai;on matérielle.

Encore une chose qui peut inspirer bien des sottises aux l'eullletouisles,

c'est le beau pittoresque.


Lu palais bâli de pierres bien laillécs, suulenu de colonnes bien polies,
bien alignées, peut nous donne]' l'idve du beau dans le sens généralemeni
compris. Une chaumière bien pauvre, bien sale, couvcrle de mousse, ])eiil

nous donner l'idée du beau pittoresque.


Un ciel bleu et sans nuage, un teint de lys et de rose, un sein d'allwtrc,
une robe d'une entière blancheur sont peut-êlro des beautés en [locsie.
En peinture, elles seraient contraires aux ]irincipes de cet art elles pro- :

duiraient des images, des enluminures d'enfanl.


Ce que nous venons de dire des l'euilletoinsles, des [loctes, des peintres,
des gens d'esprit et des ignorants porte à conclui'o ceci :

l'our juger de la peinture, les gens d'esprit sont des ignoi'anls, et les
ignorants sont des gens d'esprit.
Molière, dit-on, consultait sa servante. Si cette liile simple et illellrée l'ut

choisie parmi les beaux esprits du temps comme le meilleur juge, il est cons-
tant qu'elle ne dut l'emporter sur ses spirituels rivaux ipi'à cause de sa
naïveté et de sou ignorance.
Que les disciples d'.Vpelles consultent les cuisinières et les cordojiniers :

ce sont là les meilleurs critiipics, les liomnics les plus cunipétents.

LUS KCUIV.VINS .SO.NT-ll,S .MKILl.ia ILS ,11 (;iis KN l'HIMlIlE


ylE LUS l'EIN'tliKS'.'

()ue devons-nous penser de cette idée, généralemeni accréditée chez les


hommes de letti'es : que les écrivains sont meilleurs juges en peinture que les

jieinires eux-uiêmes? ,1e sais que les écrivains s'appuient généralement de


l'exemple de celle bonne servante de Molière; mais, s'il est vrai (pie leur
ignorance en peinture lutle avaiitageusemeiit avec l'ignorance de la naïve
paysanne en lUtératui-o, poui-rail-on en dire anlanl do la simplicilo de leur
esprit, do la sincorilo de leur conscience, de l'innocence de leur amour-
propre? Sonl-ils assez dépourvus de prévention et de préjugés pour se
comparer fi la simple et naïve servante de Molière?
Voici comment les reuiUclonistcs nous prouvent l'incompélence des
peintres en matiùre do peinture :

Les peintres ne peuvent juger les peintres; les rivalités, les systèmes
d'écoles, les penchants particuliers vers telle ou telle manière les induisent
en erreur et les aveuglent. Si l'on recueillait les diverses opinions de la

plupart des peintres sur les œuvres de leurs contemporains, ou même sur
les peintres anciens, on resterait convaincu que, pour porter un jugement
sain sur des uuivres de peinture, il vaut mieux cent fois ne pas s'y entendre
du tout.

Ils ajoutent :

Les peintres, en général, sont pleins de vanité et d'amour-propre. Ils ne


souffrent aucune critique de la part des écrivains. On ferait Lien de laisser
tous ces barbouilleurs se perdre dans une foule d'erreurs, qui malheureu-
sement conduiraient bientôt l'art à une décadence complète.
Ce que disent les feuilletonistes des conséquences de la rivalité des
peintres entre eux est un excellent argument, mais ils oublient qu'une
rivalité peut exister entre un peintre et un écrivain : une rivalité d'hommes
de talent. Ce qu'ils disent encore de la divergence des opinions des
peintres sur le mérite des tableaux est parfaitement vrai. Nous reviendrons
là-dessus. Il est vrai aussi que si l'on n'a pas étudié les choses, il est
impossible d'avoir des systèmes d'écoles, des penchants particuliers. Si les

feuilletonistes sont heureux d'être des ignorants en peinture, partant des


juges habiles, je ne veux pas cependant conclure de là qu'il serait à sou-
haiter que les peintres fussent des ignorants dans l'art qu'ils professent.
S'il est bien vrai que l'ignorance constitue la capacité de corriger les
défauts, ainsi que les écrivains le prétendent, on se demande comment il

se fait qu'un tableau, résultat d'une suite infinie de corrections, soit l'onivre

d'un peintre.
Vous dites que le peintre ne sait point juger les oeuvres de peinture.
Tout homme qui crée est son propre juge! A chaque heure, chaque
minute, chaque seconde consacrée à l'exécution de son ouvrage, l'artiste
ne doit-il pas se juger lui-même? Or, s'il est constant qu'il est juge de son
œuvre pendant tout le temps de la création, pourquoi eesserait-il do l'être,
l'œuvre terminée ?

On objectera que l'artiste, y ayant mis la dernière main, a épuisé tout son
savoir, tous ses moyens, qu'alors il est fatigué, ébloui, aveuglé; mais le

jour on il expose son lablean. serait-il celui ni'i il ne voit plus rien à relon-
l'iicr? N'osl-co pas, au coiUraire, ilniis co iiiomciU solcnnol que, ciilouré ûo
lant d'ouvrages ilivers, opposés à sou labicau, il sail uiieux que jamais
découvrii' ses défauts?
J'ai vu bicH des peintres le jour d'une ouverture d'cxposiliou, je ne me
souviens pas d'en avoir rencontré un seul qui n'ait téraoign(', en ce jour
lerrilile, lo plus vif désir de recommencer son œuvre.
Ce jour est pour le peintre un jour de lumière, jamsts il ne voit mieux,
ne sent mieux, ne comprend mieux, jamais il n'a clé plus peintre, jamais
il n'a été meilleur juge.

Il est remarqualde ((ue ce jour-là est précisément celui où messieurs les

feuilletonistes disent aux infortunés artisles :

« î\ous y voyons plus clair que vous. "

Généralement les peintres sont un peu entêtés et connaissent mal leurs


propres intérêts : les feuilletonistes, y voyant plus clair qu'eux, élant de
meilleurs juges, pourquoi ne point captiver leur amitié, afin de profiler
coustarament de leurs conseils'.' Un peinire serinl assuré de produire tou-
jours des clicfs-d'o?uvre si, toujours près de lui, planté là, à côté de son
chevalet, un feuilletoniste voulait bien, à chaque coup de pinceau, apporter
son jugement, indiquer ces corrections successives, sans lesquelles un
tableau ne peut s'achever.
Car, si, comme le dit Waltelct, la peinture n'i'st qu'un continuel raison-
nement, on ne peut douter qu'avec les heureuses dispositions dont mes-
sieurs les feuilletonistes sont doués, ils ne s'acquittassent merveilleusement
de la lâche difficile de peindre des tableaux.
Une .seule objection se présente : — L'amour-piopre des peintres cédera-
l-il à l'idée de voir passer aux mains des feuillelonisics la palette et les

pinceaux? Si messieurs les feuilletonistes exposaientà leur tour leurs ohcfs-


d'œuvre, ne pourrait-il prendre envie aux peintres de s'emparer de la

plume des feuiUetoiiistos, et de faire delà peinture des écrivains une sévère
et terrible critique? Les passions sont les mêmes chez lous les hommes
placés dans les mêmes circonstances. Oserait-on assurer que les feuille-
tonistes remplaçant les peintres ne devinssent aussi furieux, au.ssi révoltés

contre la criti(iue des peintres, que les peintres le sont aujourd'hui contre
la critique du feuilletoniste? Voici une chose plus grave encore : Quelle
colère les feuillclonistes no seraient-ils pas en droit de faire éclater à la

lecture du feuillelon d'un peintre ? Comment l'homme de lettres pourrait-il

contenir sa fureur si cet homme, étranger à l'art d'écrire, lui disait ; « Vos
passions, vos systèmes, vos penchants particuliers vous aveuglent; vous ne
pouvez juger une œuvre littéraire; jugez de la peinture, c'est là votre
nll'aire; votre ignorance en celle malièrc vous le permet, de mêu)e (\[\o mou
ignorance on liUiirilni'o me permel de jus'ci' de ee qui aii|wrlienl h voli'e

profession. »
Au train dont vont les elioscs, il est à craindre qu'un jour messieurs les
peintres et messieurs les feuilletonistes ne se brouillent sérieusement.
S'il n'est jilus permis do citer le vieu.K proverbe qui dit ; A chacun son
métier, est-il impossible d'entendre un jour les feuilletonistes elles peintres

se dire avec humeur des choses à peu près semblables fi celles-ci : « Croyez-

moi, mon cher, mêlez-vous de mes aflaires, et laissez-moi, je vous prie,


me mêler IranquilleinenI de.s vôtres.

l'KïlTi: Dll'l ;C1 l.TK.

Kn coiiseillanl au.\ peintres de s'associer à des reuiUetonisles qui vou-


lussent bien se charger de faire toute la besogne, je n'avais pas prévu une
pelitediffleullé. Si l'opinion des feniUetonistes est partagée surlemérite d'une
niuvre de peinture, tout aussi bien que celle des peintres eux-mêmes. Dieu
merci, cela a clé assez prouvé par un relevé que j'ai fait de divers comptes
rendus de l'cxijosition do 1843 à Anvers, sous le litre de : Les fcmitetonisles
démolis par eux-mêmes. Ce relevé renferme trente-trois contradictions oi'i

chaque peintre reçoit quatre et quelquefois cinq, six conseils difl'érents sur
son œuvre.
Le peintre qui désirera s'aider des leçons des feuilletonistes, fera-il bien
de choisir un ou plusieurs de ces messieurs?
S'il n'en prend qu'un, il court grand risque d'êire en bulli- ii la ci-iliqne

lies antres.

S'il en prend deux, l'un dira peut-être : ^ .le veux là du noir, » préci-

sément à l'endroit ofi l'autre dira : « Je veux là du blanc. » La position du


malheureux peintre serait intolérable.

S'il les prend tous à la fois, n'est-il pas à craiiidre que chacun d'eux,
vonlani soutenir son opinion, ne laisse l'artiste dans cette terrible alterna-
live du pauvre Sganarello qui, après avoir consnilé plusieurs médecins
h'écrie : « Oui croire des deux et quelle ri'solution prendre sur des avis si

opposés? »

Quel sera donc le meilleur pai-li à prendre? .le renonce à diVider la (pies-

!ion.
— 1(>N —
l.KS rp.l ILl.ETOMSTr.S IMinsilAlKNT lÏTIIK l)K FVMF.I X l'EINTlIRS.

Quelle organisalion que rdlc iKim fwiillcloiiisle


! I,e feiiilleloiii.sie iloiim.
des Icfons aux poiiUres, aux musi,'iens, aux
danseurs; comme si liii-mOnie
élail peinire, musicien, danseur. Rien ne
l'einhai-rasse, rien ne l'arrèle il :

a des mois pour loul dire, lout exprimer,


même les choses donl il ifa pas
la moindre idée. Qui n'a cLc souvent surpris en lisant dans un
jouiMial le
compte rendu d'ujie exposition de l'induslrie, où Fauteur parle'avcc une
l'acililé élonuaule de tous les arts cl de lous les mi'Liers V

l.a sui'pi'ise des bons lecteurs serait bien plus g-raude encore
s'ils appre-
naient que la plupart des choses si bien décrites, si liimi appi'éei('es,
n'oni
quelquefois pas été examinées, pas même vues.
Faut-il s'étonner de ce que les feuiliclonisles partent si bien peinlure sans
avoir jamais étudié cet art? Que serait-ce, bon Dieu! s'ils s'avisaient de
manier le pinceau '.'

l'IU UQl m LUS I10JIJIE.S DE l.ETTHES .SO>T-ll.,s IIKS SU ANTS E.\ l'EIMt liE,
-MAi.r.iiÉ EEi II ic;.\oiiam:e en i:ETrE matihiie ?

Cabricws ani tltiir.ini,


ingriiKirilcr

i jl^ l'ilKlil' !

D'où vient qu'il est échu l'homme de


ù letires une si lai'-e part de con-
naissances universelles? D'où vient son aplitude
à loul connaître, à tout
expliquer? En voici les causes :

Ceia s'adresse seulement aux honnébis bourscois p,.u initié's au<c res-
sources do l'espril et de la plume.
Trois cho.ses font la .science du leuillelouisic dans les inalièrcs (p,i lui
sont étrani;èrcs.
La première, c'est l'ignorance du lecleur.

La seconde, les séductions de l'esprit et du


slyle.
La troisième, le singulier respect qu'impose, hiul
à linuimc qui lil, la
lelire moulée.
Ces mots r'c.v/ vrai, piiis,],,,' resl dnn.s mon
:
juiirmil, sont dits plus sou-
vent qu'on ne |)ense, avec la plus profonde conviction. On ne
fait pas atlen-
liou à l'idée absurde que vient de débiter un ami; mais
on trouve belle
.'uimirahie, pleine dejuslesse et de
bon sens, la même idée exprimée le len-
demain avec slyle, espi'il cl lollirs iiiotiléis. m
— 1()9 —

PETITS lilîNSF.ir.NRMRNTS INCTII.KS AUX FEVIl.I.ETOMSTKS.

Piiistiu'il est néfPssnii-e, pour liieii jui;ef un tableau, de ne paini v'i/ caii-

II ni Ire il II loiil, les quelques ligues (|He l'on va lice ne s'atlressenl luiinl aux
IVnilletonistes. Ces messieurs sonl done |iri(''S île vouloir liicn ne pas les
lire : elles pourraient peul-èlre gâter Irs heureuses qualités (|ni les dis-
tinguent comraejuges en peinture, et ce serait dommage, en véi-ilé.

Ceci s'adresse seulement aux personnes qui, — eutendantsouvcnt dire en


présence de tels tableaux : a\oûh un beau dessin, voilà une belle couleur! »

oi'i elles ne voient qu'affreux barliouillage de couleurs rousses, jaunes ou


vertes, — sont curieuses d'avoir une petite explication sur ces prétendues
beautés qui parfois plongent les amateurs en de si douces extases.
11 est certains objets d'art ou d'industrie dillieiles h apprécier : ce sonl
ceux dont la licautc n'est que le résultat d'une dilllcullé vaincue, dr
l'exacte observation de certaiues règles établies.
11 est des choses mêmes qui n'ont de mérite, qui ne sont lielles que parce
qu'elles sont rares, utiles ou conformes à quelque mode.
J'admirais un jour de la dentelle faite à la mécanique. Conqiarée à la den-
lellc de Malinos, j'en trouvais le travail beaucoup plus beau, plus régulier.
Des dames se prirent à rire de moi. J'appris bientôt ce que mon ignorance
ne me permettait point de comprendre. La dentelle de Malines esl plus belle
que la dentelle à la mécanique, et pourquoi ? C'est que la denlello de Ma-
lines est faite à la Luaiu, qu'elle est de mode, qu'elle esl plus durable,
qu'elle est plus..., ele., elc.

Vous avez devant vous deux gravures, l'une en taille douce, l'autre sui'
bois, f.elle-là vous plaît davantage, remplit mieux le but de l'art; il se peut
répondant qu'un connaisseur préfère celle-ci. Vous êtes élonné? S'il vous
explique les diincultés de rendre par la gravure sur bois les effets rendus
facilement par le cuivre, vous admirez alors avec lui la gravure sur bois.
C'est une beniile' de di/jieiille' minciie.
In violoniste, jouant de son instrument, le lient sous le menton. N'allez
point le blâmer de ee qu'il ne le lient point sur la hanche, sous prétexte que,
placé là, cela serait plus licau, |)lus gracieux, etc. Évidcmmenl, c'esl un
principe.

C'est ainsi qu'en peinture il est une foule de règles, de principes, di'

conventions qui constituent le beau et qu'il faut nécessairement connaître


avant d'apprécier l'œuvre d'un peintre.
Soyez done prudent, cher lecteur, en présence d'un lalileau, fùl-il à vos
yeux la |ilus grande ermle du monde. Nous pi'onoueer sur nue i|ueslioi|
nous fsl l'Iransi'i'e, eVsl c.iii'ir ijniigr-i-
l,-' (li< faii-e l'iiv ilo nous ceux
qui l'onl, éludico lonio lem- vie.
Je le répèle, soyez pnideiil. — I,a poilnno <le cel Hercule n'esl poinl
failc comme la vôli-c, ni la jambe de celte nymphe loiu-née comme celle
(le madame voire épouse : sVnsuil-il d,: là que cela soil mauvais, que cela
no soit pnini dans la ualure?
Cci cliairs rouges comme de la brique, jaunes comme de la cire,
bleues comme les chairs d'un noyé, de lelles chairs, vous n'en avez jamais
vu. Il ]i'esl pas constant pour cela qu'elles n'cNislent pas dans
la nature,
que le peintre ait eu tort de les faire ainsi.
Ceci vous étonne? Vous pouvez vous Iromper :

Parce que vous ne connaissez poinl les règles, les


I"
principes qu'a
suivis on voulu suivix; le peintre, et qu'il l'iuit lii
après tout, savoir ce
qu'il a voulu l'aire, avant de condamner
ce qu'il a lait.
-1" l'arce que la nature est infinie dans la vai'iété île ses formes, di. sa
couleur, de ses mouvements, de ses accidents,
et (pi'il est im|iossilile à
vous d'avoir tout vu, tout étudié.
^" Que le peintre peut bien avoir vu ce que vous n'avez
pas vu vous-
même, présumer que les milliers de modèles qui lui oui sei'vi
et qu'il est à

d'études, lui ont appris des choses que vous n'aurez


pas observées, vous
qui n'avez vu de la nature sans voile, que voire ami
entrant au bain, ou
voire frère au moment où il se couvrait de son bonnet
de nuit.
Et maintenant si je vous disais par quelle règle, quel principe doivent
être distribués tous les objets d'un lableau; quel
usage doit faire le peintre
des lignes droites, des lignes courbes par quel moyen
; il parvient ;i donner
l'action, le mouvement, l'expression, la grandeur, la force, la simplicité,
la na'ivclé, la grâce; si je vous disais les proporlions, la forme, le carac-
tère dù à chaque chose ;
si je vous disais enfin tous ces mystères qui fout
la science du peintre, peul-être conviendriez-vous qu'il
est aussi témé-
raire à vous, cher lecteur, do donner au peintre des leçons do peinture,
qu'il le serait à lui de vous en donner sur la fabrication des plus beaux
draps, des plus beaux cachemires, ou des meilleurs
sucres de betterave.

(,)i 'r,sT-i:i; e \.v. iikai en PEiNTi iiF//

llîlljlO. ialc ilit Cfli, lll.Tis C:ilirii .liL mu

une immense question. Les grands maîtres ont formé, comme


Voilà
on
sait,des écoles dont les principes sont souvent oi)posés.
Est-ce en l'école italienne que nous devons avoir
foi? Est-ce en l'école
Mamaude, ou française, ou espaijnoli', ou hollandaise?
— 171 —
f.liacuno (Ifl ces écoles a des milliers d'atleples ; el si nous ailrcssons
relie qiieslion à ce monde immense de peinlces, d'amateurs et de connais-

seurs : « Quelle csl, de toutes ces écoles, celle qu'il faut prérérer, celle qui

nous montre le véritable type du beau? » cliacun la résoudra eu faveur do


son école, et vous voilà un peu plus embarrassé qu'auparavant!
C'est à propos de cette incertitude où sont les peintres sur le beau, que

les feuilletonistes leur ont dit : « Nous sommes en peinture de meilleurs


ius'cs que vous. Si, parmi vous, les uns trouvent beau ce que d'autres
trouvent laid, si même tous les systèmes, toutes les manières do voir ont

leurs admirateurs ou leurs critiques, nons, qui jugeons par impression,


notre manière vaut mieux que celle des peintres et des connaisseurs. »

L'accusation dos feuiUelonistes est grave, il faut bien l'avouer. Si j'ai

promis plus baul de revenir sur cette question, ce n'est pas dans l'espoir
de disculper ici les peintres d'une accusation qui tend si bien à prouver
leur ignorance dans les éléments qui constituent le beau, mais alin d'exa-
miner si l'accusation sur laquelle les feuilletonistes fondent l'importance
de leur critique, n'est pas au conli'aire ce qui la rond douteuse et peut-être

inutile.

« Des goi'ils cl des couleurs, il ne faut point disputer. » 11 n'est peut-

être point d'occasion où ce vieux proverbe puisse être mieux applique que
lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur un tableau. J'ai là devant moi une
toile dont je désire eonnaîire le mérite : j'interroge dos peintres, des ama-
teurs, des connaisseurs, des feuilletonistes. Qu'arrive-t-il? Les uns me
disent : « L'ouvrage est excellent; )i les autres : « Il est détestable. » — Kn
matière de jurisprudence, il est facile de juger; les lois sont là. En pein-

lure, ainsi que nous l'avons dil, point de loi : la seule loi, c'est le goût, le

caprice, la fantaisie, et Dieu sait combien tout cela est varié dans la

nature ! On répondra peut-être que les seules lois en peinture sont les

règles, les principes, l'étude de la nature el des grands maîtres. Nouvel

embarras, même dissidence d'opinions 1 J'admets les règles, les principes,


l'étude de la nature et celle dos grands maîtres. J'admets tout cola comme
le code des lois de la peinture. Je pose ce code à côte du tableau dont je

désire connaître le mérite. Je fais de nouveau appel à tous nos peintres,


nos amateurs, nos connaisseurs, nos feuillelonisles, et jeteur dis : « Jugez
selon le code que vous avez sous les yeux. »
Cette question posée, que répondront-ils?
Voici à peu près le colloque qui s'établira :

Un peintre. Si l'exemple des grands maîtres, les principes qu'ils onl


élablis, et la nature sont des lois, ce tableau est admirable : j'y vois un
dessin digne de Jlicbel-Angc, un coloris beau comme celui du Titien, une
vérité conforme à celle de In nalure.
— 172 —
Un aiiire peintre. Si je bnsp mon jiigemeiil, ainsi que mon confrère, sur
l'exemple des i;i-iunls maîlres, les prineipes qu'ils ont élablis et la naliu-e,
je Iroiive ce lablenu déteslalile : le dessin en esl tout diflërent de celui de
Michel-Ange, le coloris ne rappelle en aucune façon celui du Titien :

quant à la vérité de la nature... ^bui clier ronfrèri\ voyez-vous la nature


aussi rouge, aussi jaune...?

— .le la vois même plus rouge et plus jaune.


l'n In, isièmc peintre. Ktmoi je ne In vois ni rou-e, ni jaune, je la vois bleue.
i n rininteiir. S'il faul dire mon opinion srlon les lois que l'on vient
d'établir, ji' dirai ([ue l'ouvrage esl assez médiocre ; on n'y voit point
l'empàtemcnl, la Iransparencc, la tonelie délicale et spirituelle des grands
coloristes.

Un feiiillctoni.ste. Messieurs, vous êtes tous de fort mauvais apprécia-


teurs :
vos systèmes, vos règles et vos principes faussent votre jugement :

r'esl par impression qu'il faut juger un tableau et pour exprimer


; fi'ancbe-
uicnt mou opinion sur celui (pii nous occupe ici, je dii'ai qu'il me paraît
bien mauvais car il me cause une iuqiression fort désagréable.
:
Kt vous
monsiiiii' A., (pielle impri'Ssion vous cause-l-il?

— l:ne impression contraire à la votre, mon clier monsieur, une impres-


sion agréable : le tableau est excellent. Et vous, monsieur n., quelle esl
voire impression ?

— Impression nnidioci'c.
— Et vous, monsieur C. ?

— impression singulière.
— Et vous, monsieur 1), ?

— Impression ine.N|dicable.
— El vous, monsieur E. 't

— Aucune impression.
De tout ceci que faul-il conclure'.'

l,lue, vu les peliles liberli's i|ue prcuiieni ii.is guiils el nos impressiiius
dans l'appréeialiou d'une leuvre il'arl, la règle du bcim pourrait bien éli'e
celle-ci ;

i.iî Fii:u .x'k.st .U TitE CHOSE yi E CE yn xoi s cemt.

I.e peinli'e a donc le liroil ili' diiv : Mon tableau esl beau, /mrcc (/«'// me
plnît.

I.e critique a celui de dire : \olre tableau n'est pas beau, parce iju'il ne
me plaît pas.

Le peintre |ieut dire encore : Celle critique el ce reuillelon n'ont pas le


sens l'ommun. purée iiii'ih ne me plaisent pn.t.
— 17:5 —
Le censeur peut iv|«:iuilro : Ma criliiiuc d iiniii leuillelou smit excel-
lents, parce qu'ils me pluiscnl.

Que pourrait-on eoneluro ciieore îles p(Miles lil)erlés (|iie preiinciil nos
goûts et nos impressions?
1° ftue les peintres sont de grands sots de s'enquérir de l'avis des aulres,
el eeux-ei de Itien iîonnes gens de cherelier à leur en donner.
5" Une les lionunes sont l'ous, ou tout lui moins munis de bien petiles
cervelles; que Dieu, dans sa bonté infinie, jugeant sans doute l'honime
assez malheureux de posséder la scienee du bien et du mal, ne voulut
point lui révéler celle du beau et du laid, afin que, en verlu de la faculté
de trouver plein de cliarme ce que d'autres regardent avec horreur, chacun
en ee monde trouvât sa petite paj't de bonheur el de jouissance ; car
rien dans la nature n'est perdu pour nous. 0 prévision vraiment paternelle
du ci'catcur de toules choses!
§ 11.

yl.lCLQVKS 1DJ•:I•.^^ Sl'lt LliS l'KIXTRKS ].;ï LA PEINTURE.

Il cxislo panni les peiiilros deux sccles ; riinc a pour bul l'argcul, ou
bien l'argent et la gloire loul à la l'ois ;
l'aulrc, la gloire suulenieiil.

Colle dernière esl peu nombreuse cl peu eonnue.


Voici quelques-uns de ses prineipes :

M'èlre domino que par une seule passion, eclle de la gloire.


Cliereher à porler la |ierreelion de l'art aux dernières limites du
possible.
Tàeher d'atteintire ee but avec un courage, une constance, un licroïsine
dignes des plus liantes vertus antiques.
Sacrilier il l'amour de l'art tout ce qui, dans la vie nialèrielle, s'aiipclie
l'orlune, bonheur, [ilaisir, amour.
l'art n'est point arrivé à son apogée, il n'a pas nicnic l'ait la moitié du
chemin qu'il doit parcourir.

Uapliaël, Rubens, )lichel-.Viige semblent les plus avancés dans la pertec-


lion de l'art : il l'aut chercher à les égaler, ù les surpasser même.
I.e génie chez les hommes n'est point inné, les grands hommes ne sont
point de grands hommes, ils sont seulement les enfanls gâtes des circon-
stances et des accidenls ; leur succès ne doit ni nous elfrayer ni nous
décourager.
Tous les hommes dont l'organisation physique et inlelleclnelle est com-
plète, peuvent devenir de grands peintres.
Faire bien n'est qu'une question de temps.

Les peintres passionnés pour la gloire ne doivent point vendre leurs


ouvrages, cette résolution devant leur permettre de les corriger sans cesse
ou de les anéantir s'ils sont indignes de porter leur nom dans l'avenir.

Ne point craindre de se faire des ennemis. Les ennemis, par leurs


sarcasmes ou leurs critiipies, réveillent eu nous le désir de nous élever,
de les combattre par des chel's-d'o.'uvrc.

I.'ainbilioii, l'orgueil, — la vanilé, fainour-pi'oprr inéine, sonl des


vci'lus (le l'yrliblc : cllus le sliiiuileiil, l'eiicouriigciiU'l lu suiUiciiiieiU tiaiis
SCS Iravaux.
Ui modestie esl une verlii liiiii-ercuse : elle leiul luiliii'ellemeiil à alUii-
Ijlii' loiilcs ces qualilés.
Tels sont la plupart des principes .pii constituent doctrine
la des
peintres de la seole notivclle.
Nous allons examiner quelques-unes de ces i|ucstions, si dillercniinent
résolues par les amis du luxe et de la bonne clièrc, par les peintirs (|ui se
nourrissent des l'uméos de la renommée.

KST-CE IXE |-OIJIi QLH hK I>K1M)I11'; l'Olll l,A t;i,0|l!E?

Uuand on jette les regards vers la votUe des cieux, quand on considère
les milliers de mondes qui roulent dans
l'esi)ace, quand on songe au petit
grain de sable sur le(piel nous rampons, (picst-ce que
riiommeV et puis
qu'est-ee que la gloire?
Bien des gens rient de la gloire, la traitent de cldmèi'e. Ces gens ont
peut-être bien raison. Mais quand ces philosophes passent leur vie à dicter
des lois au monde on à amasser les dons précieux delà fortune, |iensont-ils
quelque chose de sérieux? Hélas! l'atome qui s'ajipelle l'homme ne
l'aire

semble naître que pour mourir, et mourir pour grossir de sa


poussière le
sol qui l'a porte! Tout est chimère !

Ne blâmons point ceux qui aiment la gloire : celte chimère n'eu vant-elk'
|)as une autre? et les plus heureux ne sont-ils pas ceux qui savent le mieux
se bercer en ce monde des plus douces et des plus nombreuses illusions?
.\dmeltons qu'il y ait des hommes assez fous pour chercher à ))orlcr l'art
de la peinture aux dernières limites du possible. Placés au jioiut de vue
d'où ils voient les choses, ont-ils tort de se forliller de tout
ce que l'amour
de la gloire donne de force, de courage et d'enthousiasme?
Si nous lisons l'histoire de la Grèce et de Home, si nous nous reportons
au temps du moyon-àge, quelle passion, en clfet, autre que celle de la
gloire, sut accomplir dans les arts, dans les sciences, comme dans le
métier de guerre, tant de prodiges qui frappent notre imagination?
la

Les temps, hélas sont bien changés!!

L'amour de la gloire a bien dégénéré, et avec lui la création des grandes


choses qu'il sait faire naître !

La civilisation, —
cette déesse à la froide raison, aux sentiments
secs et
compassés, recherche de tout ce qui est nécessaire, utile, sensé,
à la
a —
éteint les grandes liassions. On rit, on a pitié
des héros d'Homère, des
chevaliers du moyen-àge, peut-être mcnie de ces
héros non moins' su-
blimes (|ui abi'cuvèreni de leur sang les lieus du Culyscc.
— 17(i —
Oii nous coiiiliiii'ii l;i cix ilisalioii y l'iiiii-i-t-clli-' |i!ir nous persiiiider

liieii Ijoii'e, bien in:iiii;or, bieu uiiruiir, vruil mieux que loiiles les eliimèi'es

(le la gloire, i|iu; les rêves sublimes dont s'enivre iiueiiiueluis noire imiiui-
nalion '.'

l.eijonlieur ne île l;i pensée :i|i|iiuiienl ;'i l'Iiomme.


I.e bonlieui' ]ie des sens nppiirlienl :nix animnux.
La porfeelion, eliez l'homme, le rapprocberail-clle de la brûle'.'

IJes gens sonlii'nnenl que l'amour île l'or n'empèclie [loinl de l'aire des
cliers-d'œiivi'e ; ipie les llapliai'l, les Micliel-Ange, les Rubcns, les Van Uyek,
nous l'on! souvent prouvé. Ils prélendeni que l'on peul Iravailler lout à la

l'ois et pour la gloire el pour l'argent.

Voici ce que les peintres de la secte nouvelle répondent à cela :

« Si de grands peintres ont produit des chefs-d'œuvre, alors même ipi'ils

élaienl guidés par l'amour de l'or, on doil en l'endre grâces à leur génie, el

non aux intentions ipii les inspiraienl. Omnid les hommes puissants, distri-
buteurs des l'orUines, onl dielé à leur |iiiu'eau des bnilaisies el des caprices,

csl-il bien constaté qu'alors leur génie prenait tout son essor, s'élevait à
kiulo la sublimité dont ils eussent été capables, livrés à eux-mêmes, libres,
sans contrainte et sous l'inspiration seule de l'amour de la gloire'.'

1) De grands peintres ont produit de belles choses, il est vrai, guidés seu-

lement par l'appât du gain ; mais aussi une foule d'ouvrages sortis de leurs
mains doivent leur médiocriléà rinfluenee luêmede cet ap[)àt. Nos musées,
nos galeries, nos cabinets, ne sont-ils pas remplis de ces œuvres indignes
dimom (pi'elles portent et où des idées souvent ridicules, bizarres et mal
assorties n'aei-nsent que trop l'aveugle obéissance ilu génie à la main (pu
paie'.'

" On peut concilier l'amour de l'argenl avec celui delagloire, dites-vous'.'


» Le peintre pourra-l-il concilier les idées, le goi'd, les penclianls d'un

amateur avec les grands principes de l'art'?

'1 Si l'amateur est un iviiiini.ssi'in-, ses idées, ses goûts, ses penchants,
choses si variées chez tous les hommes, seront-ils d'accord avec les grandes

Iraditions'? cl. s'ils sont d'accord, combioi de cuiiimissfiirs de ce genre le


peintre est-il sûr de rencontrer dans le cours de sa vie'.'

I) Si le connaisseur laisse an peintre peu de liberlé, que sera-ce lorsqu'il


lui faudra travailler au gré de l'ignorant ne jiayant que ce qui lui plaît, que
ce qu'il comprend; au gré du marchand de tableaux, qui, ipioique connais-

seur, n'achète que ce qu'il espère vendre à des amateurs , souvent foi't ca-

pricieux ou fort peu éclairés, ou amoureux d'une mode passagère'? »


LlvS l'IilNTUKS UOIVEXT-ILS VEXDliE (.EtRS OtVUAUES?

/.e iiUlisil' de bien boire, bien raangei',


bien dorniii', fait-il le bonheur
buprènic d'un arliste? Alors, on ne peut
que louer eet artiste do plier
son talent aux circonstances de la mode, aux
divers goùls des anialeurs,
afin de vendre aussi bien que possible des ouvrages
dont le prix doit
amener au foyer riomeslique ces douceurs matérielles (|ue chacun sait
apprécie]'.

l'approbation, accordée à l'homme qui cherche à


i\lais
satisfaire des goùls
etdes plaisirs matériels, serait-elle refusée à celui qui
cherche à satisl'aire
dos gofits et des plaisirs d'une nature tout opposée?
Je ne le pense pas.

.'^i, brùlantd'atteindre les idus hautes régions de l'art, l'ai-tiste ne vend point
ses ouvrages, albi de les retoucher sans cesse
ou de les anenntir «'//.v soiil
indignes déporter son nom dans l'avenir, quelle raison
peut faire condamner
une telle conduite? Cette folie ne trouve-t-elle pas son excnse dans le noble
but qu'elle se propose ? Et en dernière analyse, toute folie n'est-elle pas sa-
gesse, dès l'instant ([u'elle nous rend heureux?
Si l'on cite à ce propos
l'exemple de quelques grands peintres qui, malgré
leurs nombreuses
erreurs, n'en ont pas moins acquis beaucoup
de gloire, les peintres de la
secte nouvelle répondront « Ces grands peintres ne seraient-ils pas plus
:

grands encore, s'ils avaient eu le courage ou de retoucher


ou d'anéantir
des œuvres indignes d'eux? Quelle haute idée n'aurions-iious
pas do liubcns
et de tant d'autres s'ils n'avaient laissé subsister ([ue leurs meilleurs
ou-
vrages? »— Pauvres fous! dira-t-on, plus ou n)oins de gloire, est-ce
la peine
d'y songer? .liais il faut se souvenir ici qu'au point de vue tic la secte
nou-
velle, l'art est une religion : une seule imperfection qui échap|ie au pinceau
est donc chose aussi grave, aussi importante que jient l'être, aux
yeux du
saint anachorète ou du saint mai'tyi', le péché mortel qui lui ferme à jamais
les polies de la vie élcrnelle.
— 178 —

SI LES AiniSTES l'ASSIO.NMis l'Ol i; LA GlJJIIlli Mî l'EUVEMT Vli.NllI'.E

LliEllS IILÎVUAUES, IJIHES SEIIONT I.El l'.S JIOVK.NS d'eXISTE.NCE ?

A ccUi; t|iiesliuii, .suuveiil l'aile par les |iciiUa!S amis tlu la boiiiic chère,
vuiei ce i|iie rcpûiulent les peiiilres amis de la yloire :

« Si vous ne vous sonlez poiiil (;cl amour ardenl, ce courage indoiiiplable,


eello force puissanlc, col enthousiasme prodigieux qui fail loul
sacrifier
au profil de l'arl, ne soyez poinl des noires. Mais, si la passion (pii nous
anime remplil voire âme, venez à nous, el vous comprendrez alors ii eoni-
l)ien peu do chose se réduisent les besoins de la vie, combien le corps est
sobre el peu exigeant, alors que lame n'a jilus qu'une pensée, qu'un désir,
qu'un vœu.
<> Cependant, si un jour vous èles assez malheureux pour n'avoir en mains
que votre pinceau contre les besoins les pins impérieux de la vie, que ce
jour suit un jour de deuil pour vous que dans celle extrémité
!
l'unesle, dans
ce momciU d'un désespoir profond, votre lalenl descende des lianlenrs on
la gloire l'appelle, mais qu'il s'euvelop|ie d'un déguisemeni tel iiue la |ioslé-

rilé no songe jamais à placer voire nom au-dessous d'une o;uvre indigue
de vous, et (pi'uno impérieuse néecssilé vous aura forcé d'accomplir. »

EST-IL IIIEN l'O.SSM!LE DE SI IIPASSEU LE.S CIIANUS MAITllES IIE l'aUt'.'

C.eipie noire imagiiialion ne peut eoucevoir, nous en admettons dillici-


lenient l'exislence. l'arle-t-on d'une perfection,
d'une invention nouvelle,
liersoiine n'y croit; niius celle perfection, celle invention vienl-ello à se
l'ealiser, chacun alors s'écrie : « .le l'aurais deviné! » Ainsi se sonl porfec-
lionnécs bien des choses, au grand ébahissemcnt
de la foule. Ces leçons si
sonvonl données il noire imprévoyance
ne nous ont poinl rendus plus
sages. Nous n'avons foi qu'aux choses préseules,
nous fermons les veux sur
loul ce qui doit éclore dans l'avenir.

Parmi les esprits arriéres donl le nujudc pullide, il faul ciler parliculiè-
l'cment les peintres. Rien de plus iudolcnl,
de plus mou, déplus paresseux
que ces paisibles enfants d'A|,ollou;
laudis ipie depuis des siècles loul
se meut, change et se pcrfecUonue, ils rcsleni impassibles, courbés sous
leurs vieilles l'ouliiies, el loujuiirs liilèles ;i leurs dieux (lesséelié.s el ver-
inoulu.s.

Osez dire ù un peinlre a Vos moyens iiiéciiniiiucs soiil iijiparlïiils


:
; ils ue
seeoiidont point les cllbils de In pensée; vos couleurs ii l'huile eu usii^e
depuis fiualro siècles absorbent vinyl ans de la vie dans
uu sol exercice
pratique; vos Raphaël, vos Hubcns, vos Mieris, v<is Cérard
llow, vos Claude
Lorrain sont encore dans renlanec de l'art cherchez à liiirr
mieux chassez ;
;

ces dieux ; meltez-vous à leur place. »

Osez dire de seuiblables idioscs !

Ouel blasphème!

TdlS MÎS IKI.MMUS IHIXT l.'ol!i;.\.N!SA'llllN l>IIVSU,U r; K.T IN'niM.KCTlWiLI.K


EST (:i))lI>t>ÈTIÎ, l'Hl Vi:.XT-II.S IlliVICMV, IliC (;I1A.X|IS l'EINÏlŒSV

Est-il bien vrai ipie l'on naisse poète, peintre ou musicien'? qu'au sein
de noire mère, la nature nous inocule pour ainsi dire le germe des arts cl
des sciences? S'il en est ainsi, que faisait donc dame nature avant l'inven-
tion de la peinture, de la sculpture et do la mnsi(|ue'? Sans doute
(in'alors
elle avait bien peu de besogne, celle bonne déesse. En revanche, combien
elle doit être alerte aujourd'hui! Ouelle activité ne doil-elle pas déployer,
en ce siècle de lumières, pour distribuer à chaque petit embryon les
sciences nouvelles qu'il doit apporter avec lui en naissant!
J'ai vu dans une académie trois cents jeunes gens, tous à peu près du
même âge, commencer des éludes de peinture. Au bout de cinq à six ans,
les uns étaient fort avancés, d'autres fort en arrière.
On clablil alors trois classes. La première conlenail les plus avancés ; la
seconde, ceux qui l'étaient moins; la troisième, les individus paraissant les
moins disposés à cultiver la science.

Que concluail-on alors des dispositions de ces élèves?


Oue les individus de la première classe étaient les lionimes doués, les
ui'tisles élus.

Suivons le temps tlans son couvre.

Cinq ans plus tard, les rôles sont changés : une iiartie des deiaiierii
rangs est arrivée au premier et une partie des prenn'ers est restée stalion-
naire.

Etonnemeut des lirofesseurs ! Les augures avaient un peu menti.


Suivons le temps dans son œuvre.
Cinq ans plus lard, les rôle^s sont encore changés ; les circonstances
favorables aux uns , défavorables aux autres, onl apporté, au Iherino-
— —
iiic'Li'c ilu |iniyivs, ilf ciii'iuusL'S viii'ialions ; Dus iiidiviilu^, liasses iriiiii'

inaiiii'i'L' si iiiallciRlUL' ;i la iirciiiiùro classe, restent à leur loin' slaliou-

iiaii'es.

lauiiiieiiieiU eroissaiil îles iirufesseurs , eOiieloeiU alors nue les

talents déjà iJistint;ués, soriis de ces é|)reu\es, sont les véritables yénies

mués 1

Suivons le temps dans suii leuvre.

liien des années se sont écoulées encore : la iiUipart des génies innés

sont restés slationnaires. Quelques-uns niénié ont aljandonné l'art peur


devenir, ou marchands de draps, uu épiciers, ou commis voyageurs. —
Changement extraordinaire! — tics individus proclamés jusqu'alors les

moins doues de ces petits présents que donne la bonne nature il l'état

d'embryon, ont développé tout à coup leurs facultés. Les voilà, eus, qui se

montrent à leur toiu' sii|)éi'ieurs aux géides innés!


Suivons encore le tenqis dans sou oaivre.

l'eu d'années se sont écoulées, cl déjà ces dennei's cuiuuieneenl a de-

venir slationnaires... Où cela s'arrétera-t-il?

.Ainsi nuu'chenl dans leurs dé\eloppenieul> nus facultés; ainsi elles mar-
cheraient sans cesse, si les bornes de la vie ne meltaieid un lerine ;i ces

incessantes variations.
Maintenant je pose une question :

Quels sont, parmi les liomnies dont nous venons d'apprécier les progrès
dans diverses phases de la vie, les génies innés, les génies supérieurs'.'
Si l'on accorde la palme à ceux qid, en ilernicre analyse, sont les plus

avancés, est-on bien certain ipie le tenqis les lidsse à leur place?

Si l'on considère comme inférieurs les liomines restés en ari'ière, est-on

bien assuré que le temps ne les grandisse pas'/

CII.NCLl SKi.X.

l.cs llaphaël, les linheus, les .Micliel--\nge oui subi aussi, dans la marche
de leurs progrès, les vicissitudes attachées à la nature humaine.
l^n dernièi'e analyse, ils se sont montrés supérieurs à leurs rivaux. Est-il
bien certain qu'en supposant la continuité île la vie chez tous ces hommes,
l'icuvre du temps n'eût point rendu le talent des peintres illustres station-
naiir et accru celui de leurs rivaux'.'

Que nous prouve tout ceci? dira-t-oii.


lieux choses : la première, qu'il est |ierini< de douter de la supériorité
r

~ 181

lies liomnios qui so sniil le plus (lisliiiL;iii's |ipiitlaiil ini rri'lain Ifiiips i\r la

vio, soit au rammeni'cmi'iil, soil à la lin.

I,a sccoiiili'. (juc la supéi'iorili; qu'ont déployée les grands liommcs poui'-
l'ail bien n'avoii' d'aulre uiérile que ecUil d'un prompt dévèloppemenl des

[iiciilh's, dont la eause ne ]ieulêlre allribuée qu'aux circdiixlniire^ <:riih-iiif)iL

el non aux ilons dn eiel, l'Oiais dés le sein de noli'e mère.

Toutes ces oliservalioiis nous méiieni à eoneinre eeei :

Ce n'est point sans quel(|ne raison, que les peinli-es de la seele nnuvelle

élalilissenl le sysième suivani ;

I" Tdiis Ifs hniiimcx bien ivipinixi'x pciivfui tl.evciiir île (iranils priiiln-x ;

i" Le ijeiiie n'esl peix iiiiie ;

li" Les (irands hommes ne senil jioiii! de ijmiids liommes. iiinis seiilemenl

les enfinils (piles des eieeonsliniecs et des neeidenis.

Ce sysième conduit nalnrellemenl la secte nouvelle à formulei' relie

exhortation si présomptueuse aux yeux de la foule :

Le succès des grands hommes ne doit point nons elfrnip'e ni iimis deemien-

(jcr : il faut chercher à les égaler, à les surpasser même.


Les rénexions qti'on vient de lire auront-elles quelque empire sur l'es-

prit des jeunes gens de talent et d'avenir, mais découragés par celle idée
généralement accréditée, que le talent doit être inné'?

Hélas I nos arguments resteront peut-être sans résultai !

I n l)on bourgeois, favorisé des dons de la forlune, s'imaginera que ces

mois : Les grands hommes sont les enfants ipités des eireonstnnees , lid soni

spécialement adressés.
l'n gros garçon, jouissant d'une santé lloi'issanle, croira peul-êire li'ouver

son horoscope dans ceux-ci : Tous les hommes bien leeijrenises peueeni de-

eenir de granits peintres.


Cette dernière ligne, (dier lecteur, vous l'ail sonriri' : je vous vois vous
rengorger avec un pelit air lier et salisfait...

Seriez-voiis un feiiilli'lonistey

F.VIliE TllEX x'RST 1)1 'rXE ril RsTION T)E TKMl'S.

Voici ce que la seele nouvelle enlend par là :

1,'arlisle acquiert Ions les jours des connaissances nouvelles dans son
ai'l : relie pregressii ui ne peul s'ari clér (|u'au terme on les facull('S s'alTai-
— 182 —
l.lisscnl pai-IVigo, rpo(|Uo sombip
ii hiMiiclIc il qiin rhnmme moral liiiisso
sa pnn'iùi'c.

Si |-ai-lisleappreiHl tous les jours, cvicicmmeiil la durée


de la vie est pour
lui d'une liaule importanee. Non-seulenicnl une
lousne carrière permet
d'accumuler de la science, mais encore elle donne des chances
uouibr.'uscs
de renconlrei- /c.v circimxlnnres lieiirniscs qui conduisent an snccùs.
line, lie
beaux génies niauquaid de lemps pour (clore, sont
morts à vinsi ans,^ igno-
rés, ensevelis sons la poussière:
Fnire bien j/'ca7 qu'une qiirsliim ilc temps. Il fani se souvcnii' ipn'
cette maxime ne se rapporte qu'à l'artisle dont toutes les pensées sont
des aspirations vers la sloire, tous les instants des elTorts pour la
conquérir.
I.e génie, c'c.W la imliciuv, a dil lUifTon. N'esl-ce pas comme s'il avail dil
Ui palience cl le lemps? Dans le sens on l'a com|n'is le grand écrivain, celle
patience ne doit-elle pas être opiniâtre, continue, sans borin's?
El eonnneni
la concevoir telle, sans du Icnijjs, beaucoup
de lemps'?
L'homme doué de persévérance no serait qu'un liomme fort incomplet,
si la durée de son existence ne lui permettait pas de faire l'application de
i-elte patience qui, selon DuPTon, constitue le génie.
On objectera peut-être que bien des hommes ont donne des preuves de
génie en peu de temps; que P.aphaél à trente ans sut produire des chefs-
d'œuvre. X cela, l'on peut répondre ce que nous avons dit plus haut des
circonstances favorables au prom|it développement des l'acnlb's, circon-
stances qui sont l'équivalenl d'une cxislence prolongée.

I. A.MiirnoN, i.'iiiu;! l'K,, \.\ \ A.\ni;, i.'v.mih ii-i'iuiciip. sont-ii.s des


\KUÏI S ht: l' MITISTI']?

.\iusi (puj de nnudM-cuses cohortes de l'onrmis, rampant çà et là dans les


senliers étroils de votre jardin, vous |iaraisscnt dignes de pitié, ainsi pa-
raissent, aux yeux des peintres do la secte nouvelle, tous les hommes,
habitant la terre. Debout, à la hauteur des dieux de l'Olympe, nos peintres
lihilosophcs n'appartiennent point au monde matériel où nous vivons :

ri'nivcrs pour eux, c'est l'art; nos affaires les plus importantes, nos
grands démêlés |iolili(pies, de petils liourdonnemeuls d'insectes, indignes
lie leur attention.
On cet orgueil, celle vanité, cet amour-pj'opre les condinseut-ils? On
s'accorde généralement à dire (pu;' la noble andiiliim, le noble orgueil sont
les bases des grandes verlus. des grandes actions ; (pu' ces passions slimn-
lent le génie, l'exaltent, renllamment ;
mais, jamais jusqu'il ce jour, on ne
,

s'était avisé d'alti'ibuer à la vanité et à rauiour-propi e les mêmes résultats.

Ces viles passions, se dil-on, nous inspirent une sotte snlisrni'liiui île imus-
nirines, et leiulciil sans cesse à nous iiveni^lrr sur nos ili'raiits.

tieoulons ec que nos peiiilres iiniliilieii\ soiilieniiriil à ce sujet.


Si la vanité et l'aniour-propre, iliscnt-ils, liroduisent sur de ccriains
osprits de funestes cllets, que peuvent-ils sur des hommes passionnés do
notre trempe? Qui sait aimer la cjloirc a des yeux iVnigle sur ses propres tlé-

faiils. Quand, se préparant àcomliallre sous les murs d'Ilion, les généreux
enfants de la Grèce se vantaient d'accomplir les plus brillants exploits, ces

sentiments de vanité et d'amour-propre ont-ils été funestes à leur lié-

roi'sme, à leurs vertus? Ces audacieuses pi'oniesses ne furent-elles pas au

contraire le gage de la victoire? Lorsque, |irès de succomber sous les

ell'ortsdcs valeureux Troyens, le lilsd'Atrée les leur rappela : usuelle honte!


s'écriait-il, quelle honte! 0 Grecs! opprobre de votre race! fantômes de
héros! que sont devenues les bravades qui étaient dans notre bouche,
lorsque nous nous disions les plus héroïques des hommes? A Lemnos, éle-

vant un front ivre d'un vain orgueil, vous nourrissant do la chair des vic-
times et portant les coupes à vos lèvres, chacun de vous se vantait do
soutenir dans le combat l'cU'ort de cent, même do deux cenis Troyons ! »

Autres temps, autres moeurs.


Aujourd'hui, nos héros ne s'avisent plus de dire : « .le combattrais cent,
deux cents Troyens. » Généralement, nous avons peu de raisons qui nous
autorisent à nous vanter d'une pareille vigueur.
En revanche, la civilisation nous a dotés d'une qualité qui nous place

bien au-dessus des héros de la Grèce.


Cette qualité, c'est la modestie.

Avec elle on ne se compromet jamais, lîchouez-vous dans une entre-


prise, vous êtes il l'abri de la honte et du reproche; vous ne vous êles
point vanté.
0 civilisation! mère de la mollesse, de la paresse, de la pollronncrie et
du repos I

l.l'S AHTI.STKS IHIIMÎNT-ILS l'vnilO .MOIllîSÏRS '.'

Il faut bien distinguer, dit-on, la véritable modestie de la fausse. l'ré-

jiigé, préveiilion, liabiUide de répéter, sans réilexion et comme des perro-


quets, ce que nos pères nous ont appris!
Tour peu qii'iui examine sérieusemcnl la chose, on verra que, de
l'es ilfiix mnclrslifs que l'on ilisliiigiK-. . il nVii (-^| ,|iriinr- (-•Vsl
: la
l'riiisso.

I.a modestie, (|ucllc que soil sa (léiiominalion nVsl qn'iuic vanilo


,

adi-oilcmciU iléguiséc, un moyen arlideieiix de s'allirei' la lonans'e des


hommes.
Celui qui esl modeste esl loujours eensé isnorei' les qualités dont on le
lone. Or, s'il ignoi'e ((u'il a île l'esprit ou du talent, on doit supposer qu'il a
peu ou point di' ju-emeni, ee 'qui n'est iias vraisemblable, puisque, pour
aequérir du Inlenl, il lui a fallu se lui-même
.iu.i;er el se eomparer souvent
aux autre.,. Il met done de la fausseté à parler de lui.
I.a mudeslie ne nous paraîl une vertu si belle que parée qu'elle eliatouille
agréablement notre amour-propre, un homme, par ses talenis ou son
.^li

espril, semble effacer votre mérite, vous vous


senlez frappe dans votre
amour-propre. —
.s'il se vanle, vous saisissez
celte occasion pour le pnnii'
do vous êire supérieur vous le signalez comme un homme
:
lioulii d'or-
gueil. — Que cel homme vienne vous serrer
la main et vous tlirc <> Ce :

n'est pas moi, monsieur, qui


du laleni, c'est vous seul », votre amour-
ai

propre est satisfail; vous trouvez cet liomme-là admirable,


et vous êtes
content de lui —
11 est modeste!
:

C'est ainsi que nous nous surprenons les uns les autres, en flattant nos
passions, et que nous témoignons de l'admiration poni' une priHendue
vertu, qui n'est, ù vrai dire, qu'un allmpc-niais.

Les peintres de la secte nouvelle ont compris, non-seulement tout


ce que
la modestie de faux
et de ridicnh!, mais encore tout ce qu'elle
a
peut avoir
de nuisible au talent par ses tendances à étouffer
l'enthousiasme et l'exal-
lalion. l'arliste, ainsi que cela se voit
.Si
aujourd'hui, est estimé d'anlant
plus qu'il est modeste, à quelle extrémité
conduira donc la modestie'.'
.N'est-il pas à craindre qu'à force d'être modesle l'artiste ne finisse par
s'éludier à ne pas s'élever au-dessus de ses rivaux
? Pour une conscience
délicate no doit-il pas sembler peu honnête de
dire sans cesse à son ami, à
son voisin : Je ne prétends pas faire mieux que vous, tandis que Irailreu-
sement on cherche à éclipser son mérile en se montrant supérieur à
lui:'

l.'honmie est bien l'animal le plus perfide qu'il y ail sur la terre !

I.'liomme modesle surloul.


— 185 —

l,ES ARTISTES 1101 VENT- ILS cmiMHlE IIE SE 1 MUE HES ENNEMIS?

La nouvelle seele se prononce ninsi sur eelle qnesUon :

Que celui tlonl l'ambition se borne aux jouissances de la vie malérielle.

se fosse des amis; qaa ces amis soient des princes, dos ministres, des
journalistes ;
qu'il se sorge de tons les honneurs, do tous les dons que ces
hommes adressent à son amour-propre; que, se croyant arrivé au faîte

de la gloire, il s'endorme, ainsi que l'insoiu'ianl animal qui s'engraisse de


glands : j'y consens; c'est la conduite que peul Icnir un bon bourgeois, un
honnête artisan.
Mais ;i l'homme qu'enti-afne la passion de la gloire il l'aul des ennemis
nombreux.
Qui, mieux que nos ennemis, sait nous éclairer sur nos défauts? Nos
ennemis, e!i etTet, sont les plus grands ands de notre gloire ; l'o'il con-
stamment fixé sur nous, le moindre écart, la moindre bévue, ils nous les

signalent scrupuleusement; pour eux, nos cruvres ne sont jamais assez


étudiées, assez travaillées, assez parfaites. Pour nos ennemis, nous n'avons
jamais assez d'imagination, d'esprit, d'éloquence; pour leur plaire, nous
devrions sans cesse nous appliquer ;i nous montrer supérieurs à ce que
nous sommes. — En nous poursuivant sans cesse de leurs verges impi-
toyables, nos ennemis nous obligent, comme malgré nous, îi faire de noire
mieux, et à force d'être scrupuleux et méchants, ils nous font faire des
chefs-d'oeuvro.

C'est à ses ennemis que lîoilcau doit la perfcclion de ses vers. .-Uissi ne

leur laissait-il aucun relâche; sans cesse appliqué à blesser leur vanilé par
de nouveaux efforts, il se cr(''ait ainsi des slimiilants qui j.amais ne man-
quaient leur but.

0 vous qui rêvez un nom immortel, à l'exemple de Boilcau, faites-vous


de nombreux ennemis. Montrez, dans vos actions, dans vos œuvres, une
fierté, un orgueil, une ambition sans bornes. Marchez à pieds joints sur la

modestie ; osez dire publiquement, ouvertement : « Je veux de la gloire; je


travaille pour la gloire, rien que pour la gloire; je serai grand, je veux être
grand! » Osez dire toutes ces choses, el bientôt vons verrez une foule
d'ennemis surgir de toutes parts, cl Ions les hommes on général se senti-
ront pleins de colère contre vous, et eeux-h'i mêmes (|ui ne vous onl jamais
vu, vous hai'ront de toute la force de leur âme.
C'est que vous aurez trouvé le secrel, le véritable secrel d'exciler leur
haine : c'est que vous aurez marché par-dessus la modestie.
alors d'avoir soulevé coïKre vous taiil de polères
Ili'iiiviix
ot tant do
liâmes, vous vous scnlircz dans une position
à ne plus reculer devant vos
nudaeieuses paroles, vos ambitieux projets, vosdclls
orgueilleux il l'auiira :

ui;irclier droit et ferme! f.ar, blessée


au eœur, la Ibule ennemie aura ra-
masse le yanl; elle vous demandera réparation
d(! rolleusc; elle vous
eriera « En gariU^! » Klle vous sommera devons armer de tout
:
voti'e cou-
rage, de vous d('déndre de tous vos ellbrls;
e'est un eomhat à mort qu'elle
vous livrei'a, un romlial de lion, un eonibat
de tigre, où il n'y aura point
de (piarlier; un l'ondiat où eependant il faudra
triomplier, la'poster par des
idiefs-ir(]Mivre, puis
des rùefs-d'o'uvre, puis encore des cliefs-d'aïuvre !

Doue, quelle puissance plus capable d'enllammer tout


ce qu'il y a en
nous de courage, de force et d'énergie, que la niécliancelé de nos
ennemis?
Non, tous les diamants des pi'inces, tous les banquets des amis, leurs
discours llalteurs, leurs toasts hruyaiits, leurs su|ierbcs
ai'ticlcs de joui'-
iian\, ne peuvent faire vibrer plus puissamnienl
toidcs les libres du giaiie
elle/, l'homme vraiment m': pour la gloire.
Ainsi prêche la secte nouvelle.
l'Ile fait peu de |u'osélytes les loasis :

bruyants et les banquets dos amis sont généralement plus estimés que le
courage, la force et l'énergie que peut exciter en nous la mécliauceté de
nos ennemis.
Il l'sl à présumer que la secte nouvelle prèidiera longtcuqis dans le
iléserl.

ni Mi^ii.i.ia II Mdvi'.N m: uAMi:.\i:i>, i,a ckini i lii: ^kidkunf. vi^iis i.i:s

(;n.\Mis cuixciiucs m; i.'un.

Iians une brocluiro que j'ai publiée en \Hli, j'ai déjà examiné cette ques-
tion. On n'a point compris mon idée : peut-être a-t-on fait sonthiant de ne
piHut la comprendre.
I.e meilleur moyen, le seul peut-être de diia'ger les peintres dans une
lionne voie, ce serait de placer au milieu de nos CNjiositions les onivres
(les grands maîtres.
Bien des gens ont objecté (lu'il y avait, iioiir le peintre, un vain ui'gueil
à placer ses (ouvres à e(")lé de celles des grands liommes.
\ cela j'ai répondu :

11 n'y a point d'orgueil à chercher à établir un parallèle entre ses propres


travaux el ceux des pcin|n<s les plus renommés; mais il
y a de la vanité, et
— 1S7 —
henucoup, à l'ociilcr devant un Ici pai-allùlc; c'est, l'iininur-propi'c, la seule

crainte d'une comparaison exposant les dél'aids à la criti(pie et conipro-


metlanl la part de i'(''pulalion acipiise, qui l'ait |ii'enili'e à la plnparl des
peinli'es le parti iiimlcslc d'éviter toule comparaison.
(luclques personnes ont cru (pie ma mctliode devait faii'c londier dans le

|)aslielic.

Évidemment ces personnes ne ni'oul point compris.


Quand j'ai dit : Placez vos œuvres à cote de c.ellos dos grands maîtres, je

n'ai pas voulu dire : Imilez leur niiinière, leurs défauts; mais : Clierchez
à vous pén('trer de leurs principes, .à vous élever à la hauteur de leur
talent.

Des feuilletonistes ont prétendu que le peintre devait faire des compa-
raisons do mémoire, c'est-à-dire rapprocber dans leur esprit les clioscs
qu'ils ont vues de celles qu'ils voient. Pour répondre h cette observation,
j'en appelle à l'expcricnco des peintres, sur la différence qui existe entre
les comparaisons faites de mémoire et celles qui .se fout en présence de
lahleaux côte à cote placés,

NOIli ATTIÎ>TM A LA (M.dllir; IIK Ilt lîEN.S.

.Ayant vainement sollicité, dans l'intorêl des artistes, le placement de


tableaux anciens dans nos expositions, j'ai voulu, pour mou propre compte,
mettre îi profit la méthode que je crois la plus propre à l'instruction d'un
peintre. A cet ell'et, j'écrivis à M. le ministre de l'intérieur : je le priai de
vouloir bien me permettre de placer momentanément un des tableaux
de Rnbens appartenant au .Musée, à côté de mes derniers ouvrages ex-
posés.

M. le ministre comprit parfaitement quelle leçon ce devait être pour moi


que lo parallèle que je voulais établir : j'obtins une promesse des plus satis-

faisantes.

Vaine espérance!
Des artistes ayant appris quel était mon projet, crurent y découvrir un
affreux guet-apens, une audacieuse conspiration contre la gloire du chef
do l'école flamande
Une protestation énergique fut faite.

.le ne pus obtenir de lahleau...


Ainsi les défenseurs de llulicns sauvèreni ce grand maîire d'un immincnl
dangi'r...
Sans (loiile l'omliiT du grand ppiiUro, fliarniée tlo Irm- |ici'S|iieaeili' cl de
leiii' (li'voiicmpiil, U-m adrosscrn ilc clialeiiroiix iTiiifri-ÎMifriis aux Cliaiiips-
lîlysrés, — si im ji.iir il paniriU à li's il('roiivi-ii- en celli' ilemriiiT IVn liini'T

ilos granils liommcs.

l'AIIOliï \ïl()\.

Ilii Icrmiiiaiil ici mes i]iicl(|iips iili'c.s mu- los priiilres i-l la iifinliirc, je
i-i-nis iiniivoii' rapiifli'i- Ir-s paroles qiio j'ailressai un jour à jniiifs
|n'ii)li'("'s :

!• Méprisez les dons de la l'oiiinir ;


que wiliTS'énic l'esle libre, indr^pendaiil ;

ayez une liaiile idée de votre arl, comme ce fier Ilalien qui ne voidul poinl
se découvrir dcvanl le ]ia|ie qni le voyail |ieindre. Ne clHarliez poinl la

faveur dos grands : que sonl-ils près de vous, si vous devenez un grand
arlisie? La gloire d'un grand peiiUrc esl au-dessus de loules les gloires. (In

parle avec adniiralion de Rapliaél, de Rubens, de Van Dyck ; on sail à peine


II- nom des grands seigneurs ou des fiers cl liaulains minislres qui vivaienl
de leur lemps. Qu'une si belle carrière cxalle votre cntliousiasmo, en-
fiamme voire courage. Gardez-vous d'imiter vos conleniporaiiis dont les
succès ne sont souvent dus ipi'aux ciqiriees d'une mode passagèi'c; (Hilez
surtout la contagion qui répand dans les arls l'esprit l'idile et b'gcr
lie mis voisins : les oaivres des grands maîtres qui ont été approiivi'cs par
les sièides, doivent seules vous servir d'éludé. Lisez Plularque. Comme le
disait un peintre célèbre : A la leelui'e de la vie des grands liommcs notre
imagination s'écliaull'e et grandit, (inel (|ue soit le genre d'ambition donl
ils aient élé animés, leur exemple excite en nous une immense énergie, un
d('>sir lu-i'dant de nous élever comme eux. Quand vous vous
livrerez aux
iravaux de votre arl, rappelez-vous avec quelle liéro'iquc Fureur ses grand.s
hommes ont ti'availlé à leur gloire. .\lexandre-le-t;rand s'appliquait sans
cesse àimiter les sublimes liéros de l'Iliade; César, jaloux d'égaler l'il-

lustre Macédonien, pleurait un jour en songeant que lui. César, n'avait lài ii

fait encore, dans un âge où ce héros remportait d'éclatantes victoires. Avant


de vous melire à l'ienvre, souvenez-vous de lous ces Irails de vertu, d'In''-
l'uïsme, tic rus clicrs-iJ'a'UVi'o Ut's arts qui l'ont l'iulinii'iiUuii ilos sii'cics.

Qiiu si, au soiivonii' ilr toiiles ces choses, vous clés saisi dViitliousiasnie, si

vous selliez (|uc voire poilriiie se goiille, qu'une soil de i^ioirc vous lr;ms-
poi'le, c'est que vous aussi, vous èles arlislc. Alors vous saisirez vos pin-

eeiui\ et, coniiiic uu de ces lieros d'Homère eliercliant dans la mêlée un


ennemi digne de lui, vos regards se porteront vers les ojuvres imniorlclles

de Raphaël, de Mieliel-Angc, do lUibcns. Alors vous travaillerez avec le

dtjsir ardent d'égaler ces maîtres; et, votre tâche achevée, plein d'une
uohle fierté, vous vous écrierez comme Salvator liosa : Que Mu-licl-Aiiije

ru'iiiii' iiiainiciiatil , cl iiciis verrous s'il (ail mieux!


Ce que vous aurez l'ait ne sera peul-èlre ipi'une chose iniparlaile eueorc,
mais au moins ce ipie vous aurez produit sera le résidlal de loul ee ipic

pouvait l'entier développement de vos Facultés, cl, soyez-eu bien sàr, ee


que jamais l'amour du gain n'eùl pu vous inspirer.
f
s in.

F.XAMKN DKS TAliLHAIX.

AUumiii line, sdun mes comicliuns. 1;, enliiiuc darl rire nm>\-
ilori'c :

1" Coimiio une iiiMiHÏcsIalion de la vaiiiuj el de l'a]iioiU'-|ii'.i|ire ;

3" Comme une eliose souverainement sollc, làdienle, absurde, lors(|ii'elle


iiroeède surtoul de lopiiiion des gens
despril, des poùtes, des leuilleto-
nisles el même des peintres ;

Comme une dépense d'inlelliyenee inutile pour tout le monde, puis(|ue


eliaciui est donc d'un sentiment dillërent du bani el
du liiiil, et qu'après
lonl, /( beau ii'i'xl autre chose (/ne ce qui imus jiliiil.

Je diielare ne point pj'dleiidre du tout l'aire ici de hi erilique à l'abri des


gracieuses épitliiites ci-dessus mentionnées.
Là où presque tous les liommes ne montrent qu'absurdité,
divagation,
lolie, qui oserait se natter de paraître sage à leurs yeux ?
J'ajouterai qu'un but secret, et que je divulguerai plus tard, me loree ici
a me rendre coupable d'une faute pour laquelle j'éprouve
la plus violente
repulsion, la plus grande horreur.
gue Dieu, les peintres, les poêles el les reiiilletonistes daignent me par-
ilonner!

Cette déelaralioii l'aile, il me reste à dire par (luel procédé je vais essayer
de porter mon jugement sur les œuvres du salon.
Si nous n'avons point d'idées fixes sur
le beau, n'est-il pas sage de s'en
rapporter ù ee que nous en disent les grands maîtres dans
leurs (ruvres'/
« L'antique el conslanle admiration (pie l'on a toujours eue pour
un
ouvrage, a dit Boileau, est une preuve sûre el infaillible
qu'on le doit
admirer. »
.Il; iiruiul? iluiie [uiuf iiiudrlus ilu beau, lu.s Uiiilciilix |iL'iiiUijb lus plus

l'eiiijiiiiiics, rljc les |ilai'L' (')? iiiinniiialioii parmi ceux à IVxaiiirii tlesipicls

ji) vais procéder, r.ii et là, je nie repré.sciUe des enivres de Hubens, de 11a-

phaël, de Mieliel-.Uige, de Tilieii, de l!eiiibraiidl, de Gérard Dow, de l.ur-


l'aiii, etc., etc.

Ces coiiiparaisoiis seront iiiallieureiisemeiU l'ailes de mémoire ; mais il i|iii

la faille, si un parallèle d'un autre ^enre ne peut se réaliser;'

Mes observations auront pour résultat d'indiquer, dans chaque talileau,

deu.\ choses sculcmcul, deux choses plus intéressantes pour l'arliste, plus
propres à lui suggérer d'utiles réilexions, que tous les discours, toutes les

appréciations poétiques de nos pvélique-'i reuillelonistes. Ces deux choses


seront divisées ainsi qu'il suit .

1" Les parties les pins rapprochées du beau, comme l'ont entendu les
grands inaitres ;

i" Les parties les moins rapprochées de ce beau.


-\iusi, dans l'examen d'un tableau, je dirai :

Composition, dessin, ou expression, etc., dans Iclle ou telle partie... On


sous-entendra ([ne ces parties, sous le rapport de la eomposiliou, du
dessin, de l'expression, sont les meilleures de l'œuvre conrormément aux
principes des grands peintres choisis comme type de porléction.
Pour le second point, le silence sullira, de sorte que les parties d'un
tableau dont il ne sera pas l'ail mention sont celles qui m'ont semblé s'éloi-
gner des types du beau.
Celte méthode, la plus pi'opre, je crois, à formuler le jui;enient le moins
absurde possible, je la conseille à messieurs les IViiilletoiiistes, quand liui-

tel'ois le goiit, le scnliment et la mémoire des beaux modèles, que tlonnenl


vingt ans d'études, leur permellruut de la mellre en pratique.
Jlon |)rogramme posé, je coniinence :
— liW —

MATIIIELI (I,.).

Ar Chri.sl un loiiibcau. — Coiiiposilion. Dessin, liivohtiûii rl

expression île la Viei'ye.

CALLAir.

31)0. Dernier.^ iiiuiiieiUs du aiiiHc d'Jiijmunl. — liiveiiliuii. <!uiileiii'.

K.\pfcssioii de lu tèLe d'Egmonl. i\loilelc des mains.

VA.\ EVCKHN (Jean).

',)S-2. L'ubunduiicc de t'utiin'it ISiT. — Coniposilioii. Kes^in el modèle de


la lèle de la jeune foiiinie. Masses do lumière.

ROUliE {l.ons).

7.'n. Animaux uu pulurnije. — Ton vigoureu.x. Ilai-moiiie.

VA^ SCHENDEL il'.).

lOii. Un niuirhc l!olluudui-\. lîrndu.

13
NAVi-:z k;. .1.).

lilid. Lu iSuiiile /'luiiillc. — r,oni|iijbilioii. Slylr.

STEVK.NS (Jos.l.

SU!). Lt'.v iiicndiunix, un IJrti.nilfs le iiiuliii. — (Couleur. Faiix'.

I,AI'IT0 (A.i.

ii'i. l'iic prise aux ciwiruns de Sanvic. — Choix dus liyiiL'S. Slyle.

GE.MSSO.N.

l 'lie ijcndruh' inlcncurc de l'eijlixe de l'ubbajie d'Aeerbode. — (^uuk'Ui'

ll;i!'iiiO!i!L'. l'crsprclivc :ict'iciiii(.'.

l'USE (K. W.i.

1 Pinj-stiije, eue prise duns le Tijrvl, près de >ialdn'urij. — Choix de.

li.L:nes.

VAN LEIlll:^ (.liiMJ'Mi.

IWi. Lu L'Iiule de l'bumme. — llisli'ihulioii de hi liiinièi'C.

CIIAl VIN (A.i.

117. Les Bourgmestres Beekmanu et Liiruelte. — Expression. Coloiis


llannoiiic.

COOJIANS (.losEi'iii.

l'iT. Im Dernière eliunje d'Attila ii la bataille de Cbùloiis-sur-Mariie .



lliirinoiiio. Couloui'.
— 105 —

Fl-lail\ (liOlSEKï).

Jeanne «V/ioi-f, cuiidiimnee comme adultère el ei'iiiiiie xareiéee, exi en


huile aux iitsulles. — Coloris vigoureux. Clair-obscur. N'orilu do ciii'iuilioii.

lîclifr,

il.AMM.AN

i'M. Lu Lcelure imntuijruélique. — Composilioii. Coloris.


ii7. André ]'ésale. — Harmonie.

(jUlNALX (J.).

7ii. Vue prise dans les Ardcniies. — Liyiies. Couleur. Ilariiiouie.

TSCIIACGENV (lÎDOlAliiii.

'Jo8. Une Femme poursuivie par au Inareau. — Couleur ilu taureau.

VKlillEYiJO (F.).

IO(i!t. La L/alaiifiiire. — Coni|iositiou. Dessin.

ISII.LAHDEï (U;oN-.\lAr,iE-,losiii'H).

•2i. Héloiseel Abélard surpris par Fullierl. — luveiiliou. Coiii|josilioii.


.Moiivemcul.
io. Pierre le f'éuéralde, célèbre abbé de Ciunij. — iJessiu. .Modelé de
la main.

CIIAIVIN (A.i,

M'J. L'uile en L'ijijple. — Inveutiou, Coiiii)Osiliou,


l'ORTAELS (,lE,\N).

735. Fitimn lu Bolu'miemic. ~ liivonlioii. Expression.


7;-!i. Li Shmiini : xniivnur ili- .S'i/nV. — Invpnlioii, Oiialili' de
coiilciii'.

l!l.'^CHM.\NN (C.isT-UEl.

"."). Jiiijemoil lie Rt'hrmi pnr les Templiers. — i)nM\r ilos Inns.

CACT.AElîT.S.

i< En ilexire;-eiiiix '.'


" — Couleur. .Modelé.

DE NOTEn (H.win.)

IG-l. Les pri'pdriilifs tVini (jriinil repus. — Composilion.

FOlfiMOlS IF.).

?ififl. f'iie bruyère ihiiis le (jrnnd-diiehé île liiiile. — Viii'iieiii' de \;\ eonle
Vorilé.

EEEI RY (RoriEm).

3(i.'i. Une l'eniiiie IrieolirnI. — Invenlioii. f.hdi'- nlisi'ur. \'ii;iU'iii'

((di)i'is.

(;EEr.S (M'"' E.4NNVI.

:)!).'>. Suinte Aiinès. — Musse de hiinière.

i;einis.son.

411. Vue lin eliivur île l'église île Suinl-Snurene, il liruges. — l'ii|uai]l

l'ellel. Ilelief.

IIUNIN.

iTi. Bienj'uisunee de .Viirie-Tlierése. — ll.ni'mniiie.


IlOliErn" iA!.i;XANi)iii:i.

7(H. Ijiiid Siiiïiiirclli , ri'léhrc peintre iliilii-ii (iiisiiiil Ir juiiiiiiil de fih,

innrt iifritleitletlemnil .
— Invciilion. Expression i\r la li'lc ilo Sipiioi-olli.

.lACOliS-.lACniîS.

!S-2. Ifiille 'l' Ariilies ilniix le ih'seel, aux eiivimnx Jex Piiraiiiidex. — Choix
ilis li^iios. Iiispusiliou ilo la liimiôi'o.

i8f. i'Iiiine lie 'l'Iièhc iiiimilee pur le Xil. — l'ir|li;iill ilc l'cIVi'l. \'oi'ili'.

.1 ACl.lLAMi.

ix,'). Le ijiiel-ujieiis, xvi^' sitl'ole. — luveiilioii. r,uloi-is.

CAI.LMT ll.ons).

:j,s9. Lu leiiliilin)!. — Dessin île la lèlc de In jeinie lillr. MoHelé el relier

lie la lêleel îles mains lUi sainl. Coiileni'. ilaraionie.

KINUERIIA.NS I.I.-H.).

.'iui. Pitijsdiie : me île l'Emlilère [Anlennes]. — Clioix (les lignes, l'ei'spee-

live aérienne.

KOEKKOEK.

.'ÎKl. F.niree île furêi. — Eaire. Vérilé île la eonlenr.

iailNE\ (Eonsi.

oi.'l. Z,('s ritiiies ilii iiuiiivir; soleil coucliunt. — ("oniposilion. Eraîelu'iii'

lie Ions.

LE POITTEVIN (Eugène).

5"1. David Teniers conduisant Don Juan d'Aulriclie. son élève, visiter
inie l.crmeise. — Coniposltion, Tons liarmoniciix,
— 190 —

II'COXNEI.I, iM'"" Fiii:i)i:iiiQiK|.

lixi. Pdiiriiil. — Coloris. Oiirililé do r;ii-n;ilion. Ilai'moiiio.

(i7(). L'urrexiulion de CliaiioUf Corduij. — Compixilioii MonvompDl.


ilolni'is. Oislriliiilioii do l;i lomioi'c.

IJNMC iW.i.

• IKI. l'in' l'niisiiliniiiiii. Ilisli-ihulion ilo la Uiinioi'o.

DATAIIJJi (.1.1.

10. Miirillu (lesxiiniiil un jfinii- iiinnliiiiil ilmix l'iiIrliiT i]r acs (Hèivst, —
ViiiiO'iir do In oouloiir.

IIOI'.KUT (A.).

Sfliii'i')iir (lu mnloii dTiiimviild. — Tons vis'oiii'oiix. W'i'ih'.

KOlilE (,l.).

77i. Tiitili'iiii ili' /h'iirx. — Hoiidu. \orilo tics ninri'oaiix du l'oolior.

SMNCENEYKIi (EllNEST).

.Sljï. Biilnille de. Lcpiiiilc. — Mouvement dans les gi'oupos do la pai-lio

infii'ionre du laliloaii. [irillanl delà roideur. Audace ilii faire.

W.U TEKS (Chaulksj.

1103. Charles le 'JViiii'niire etahlismnl à MiiUncx h' [iriind-i-oiixeil un


IKirli'iiieiii. — r.oiilour. Relief. Perspeolive aérienne.

N.WEZ (F.-J.).

061. /('i/Hfs fiUes: !i In finilniiie. — Composiiion. Dessin ries lôlos des


jounos filles.
Le hiiiijnfic ili'x Ih'iirx. — Vi^iipiir île roloi'is, f.lair-nliscui'. Clianiio
lir l'ii.'ii'niruiir.

:!:-!(!. Lu liiilclli'. — (Jiirilili' lies Ions. riis|iosilin!i dr lu liimirri'.

liOlTlAEN iFiiANçois).

SIO. flic nilliY diiiis l'Olin-liniil hcnniis. !, iiinlhi. - Choix îles lii^nes.

l'ei'speplive ;ir'i'ieiliie

SU. !/uf fhiile ilr VAar iliiiix /es Hniiles-Alpi-s. -- XrvUv. Finesse île

Ions.

sr.nEi.niniT.

si:',, Pn)jxt\{ji\ — \V:|-ili'' lie lu eoilleiir.

IIATMIEC (I,.).

l'i'iiliiliim i/7','(v'. — InvenliiHi. Ilessiie Coloris.

['<i'.\. Lr liiii/iiiiii , xniii'ciiii' ih' Triiise. — Dessin. Crilee.

lillI I.S

I l:!i. L'i'iil'iiiil pri-ilii. — Coiliposilion. Cmileiii'. [jiirmonie.

I |:i.';. Ijt ]irih-r. — Celui île la eoiileiir.

.'^WCUTS (.lEAN).

L'c.rili'. — Invenlion.
TinF.HCIIICN ll.oiis).

i1-2'f. L'i<isii<rli\ — Invenlion. Clioi.\ îles plis.

V.\N CYKK.N i,lK.\M.

il'.lll. /-.'liiMuIr ilii fall'iiii;'. — Culiipiisiliiiii.


VAN MF.EN (Cii.i,

III II!. marcliitiiit ih- ijihicr. — Kiiidii ilii siliii'i'.

VAN liOOV.

10;;7. /,(( viniih'. — (Couleur.


VKIIIIOECKIIOVEN iKickmo.

Lfl.'ii). Aiihiiiui.r i) lu priiiric. — W'rilc'. liPiiilii. >l.iclloii\. l'iiiiv. lliidcli'

Toiiclie.

WITTKAMP (.l.-n.).

1118. Lu lU'Iivrnnri' il,' Li'ijilv. r.niilciii-, lliinii.jiiii'. I.iimirri'. Kriiii

.'llisc ilii fiiiiv. l'ri'sppi'livr arricniif.

TAVEMNIP.H.

!)10. yiiil i}'i'lc. — [iivonlioii.

Sn.MKKS (Enrisi,

IIGI. Adrien Wilhini. fie Bruges, iliriijeniil uue de iet eeiiipiixilioii.

iiiiisieiilex. — llni'mrmie. HciiiIu des saliiLs.

VOOlinECKEll iièi'p ill.i.

Illlli. /'lie liiissc-eniir. ~ \ét'aé d(<s ;iiiim;iii\ de l'iivanl- |il;iii.


l'XAMMN |i|-:s sTVTI l'.s.

Il Hors le mi, (lisnil >lirlirl-AiiL;'o, poiiil ije sailli pour la slaliiaii'o : sans
Ir lui, l'ai-lislo roiii'l L;rainl i-isqiir ilc loiiilipi- ilans le ruriiilleiu: cl Ir

l.cs ai'lisics l'iiiinoiils, aiileiii's ili'S iiioimiiiciils qiir l'on vienl d'ôi'iij'ei',

ilni'enl sans ilouli! liirii sonllVii'on |ii'osliliinnl Ipiii" lalenl à reNrcHlion dr


siijels si peu fails poni' la slaUiaii-c.

L)o quelle indlsnalioii M. Siiiionis ne ilut-il pas se senlii' l'niii lorsipie,

ileseendu des liaules régions où son beau gcuie se nourrit de la ligne pure
el, sublime des Grées, il fut eonlraint de faeoiiner, de son ébanchoir vierge
encore, les niasses gigantesques ordonnées par le gouvernement !

I,a sculpture, plus encore (|ue la peinture, exige des stijets de choix.
lîst-ce à dire pour cela que le nombre des iiioiiiimenis à (''lever aux
grands hommes doive être restreint'/
Non, mais, à l'exemple des Grecs, 'sachons choisir, sachons dépouiller nos
héros de ces accessoires qui, par leur singularité, leur bizarrerie, ont la

triste prérogative, non-seulement de sympathiser peu avec la beauté des


formes, mais encore celle de ridiculiser aux yeux de l'avenir les grands
hommes que nous voulons lionorer.
Dans l'examen que je me pro[iosr de faire ici, je veux établir, ainsi que
pour la peinture, un parallèle entre les onivres anciennes les pins renom-

mées et celles dont je veux appr(''cier le mérite.

Les chefs-d'œuvre des Grecs devant me servir comme types du beau, on


conçoit que les formes peu sculpturales ordonnées par le gonvernement ne
peuvent entrer en lice.

Que dirait en elVet l'auteur de Wnium'iivi' , ce grand artiste si conscieii-

cieux, si je m'avisais de comparer les formes à la fois sveltes el robustes de


r.\chille, du Gladiateur, de l'Hercule, ;i son héros couvert de la colle de

maille, du casque pesant et du lourd bouclier? Que dirait-il si je comparais


à son gros et magnitique liayard les chefs-d'ojuvre du monte Cnoallo?
M, .lehotle ne me l'irail-il pas an nez si, à côté rie son héros envelop]ié
irnii liiiliit supei'bemcnl galonné, oliaussii de Ijoltos h Vécuyvvc ol alTiihli'

(l'une pcri'iu|iic à [rois niai-leaiix, je plaeais l'A|iollon ilii [SclvéïlèiT'.'

/Jicn rliois/r Ir rsV, pnHi' Ir yntlfili'iu' roiirnii' j'oirr Ir pfinh'i\ un lint!


lit' gciiit'.

Ouantl les goiivernemenls coriiiircinlronl-ils qu'il ne leni' appai-lienl pas


lie (licier auxarlisles les sujels qu'ils doivenl Irailei'V

lin allendanl qu'ils y r(;lléeliissenl, examinons ceux qui, liliies de Inule


cduli'ainle, ont suivi leur iiin'il el leurs ius]iiralious.

l'UAlKIN (i;.-f.,).

:n-2. Pxyiitc iij'peliiiil l'Aiiiour ii son sccmn-s; slnliie en pldirc. — Inven-


lii:in. Coniposiliou. Dessin. Grâce. Flean idéal. Slyle.
:!7I. L'Amour caplif; slalne tn iii/iiinr. — Invenliou. Coinposilieu.
nessin, Expression. Kxéeulion.

DAME!,.

f'If'upâlye; xintnr eu mnrhn'. — Morbidessc. Draperie. Exécution.

ilE 1!AY (,lnsiîi.n).

179. Arijnx otdormi ftiir Mernire nu xon de xn lli'ile ; sliilue m jiliilrc. —


Invention. Style. Nature.

DE rUYPEP, IL.).

20.'). Une jeune mère eanadienne répnndnni son Util sur le berceau de son
eiifani : sliilue en mnrbre. — Invention, Originalité. Soupbîsso des chairs.

r)UCA.ii:

302. Derniers )nitinenls de Jioduonnal ; ijroiipc en plnlre, -- roniposiliou.


Hardiesse du mouvement.

GEEFS (JosEiMi).

S9". Le Ulessuger d'unionr. — Conqiosilinn,


— -idi —

.lACOlET (.Ins.)

iST. L'Amaiir ili'.nir)ih' ; xliiliic l'ii ;i/«/)r. — lilvi'iilion. Tlrssiii. \;iliii-r.

iSS. Li! pi'i'iiiinr lu/il ; sinl/ii' ni jibi/iw — Cnni|io.sili<in.

ISOUUÉ (Pavi,).

36. Siiupnge surpris par un xcrpml; statue en plâtre. — Invoiilion. rmii-


posilion (les lii^'iios. Dessin. r.:iraclore noponUio des muscles.
.")7. Le jeu ilr hiUes ; slalfie eu plnlre. InxTiilinn. Ct^iniposilioii. IhiriiKiiiie

lies ligues. Niilui'e. .Simiiliriu'i iiiiliqiie.

AIEI I.IlEiiMANS (.1.1.

(I:i7. Lu Pruriileuee éeluire h' luuiule j>ui' lu eeliijioii Jex seieueexe/ lesuiis;
stulue eu plûire. — Slyle.

VAX OEMHKIU; (Ch.).

I0->1, T,e Rêve il'niiujur; slulue eu pliilre. — Dessin.

VERBOECKIIOVEN (EiiièmO.

illlii. Lu .Ve':liluli,ui ; .statue eu plâtre. — Messin, \iililiv.

*
— 206 —
\AN DE.N KK1;i;K1I0VE,N ijKAM.

I Kil). Vi'iiiis el l'.-liiKiKr; yroiipr en plnlrc. — Coiuposilioii.


1 171, Mdihiiw: jUjurc ni marbre. — Dessin. l!e;iu iilwil.

VA>,' DE.N KERCKIIOVEN" (Eoiis).

1 175. Le litiii jiusieiir ; slaiiie en marbre. — Dessin.


Je lenniric iei mon examen des ouvrages du salon. 11 est encore une
roule d'artistes d'un mérite remarquable dont je désirerais citer les
noms,
mais l'espace un peu restreint de mon cadre nu me le permet point. D'ail-
leurs, je dois faire place ici à des .apprecialions plus importantes el snr-
loul [lins amusantes que celles que l'on vient de lire. Les voici :

EXTRAITS
imti COMl'TKS KH.MIVS DK gl'ELQUKS KKL'1LLKT(IX1«TKS ;

co>;ti{.u>1(;tiuxs dk eus Miissii-:uRs.

Les uns diseiil ((un non,


Les autres disent que oui,
Et moi je (lis que oui et non.

S(;,\>A]ij.:j,(.[-:.

Ee lecteur voudra-t-il bien se raiipeler ce qui a 61(3 dit aux pages précé-
dentes sur la divergence d'opinion des l'euilletonistes en mati(jre d'art. Voici
ipn vient merveilleusement à l'appui de ce qui y est avancé à ce sujet :

>L\TI11EL'. — (CiiiusT ,u ro.\iin;,\i'. 1

l'rà-iirscar d'Aiieerx ila itl «cii;. ~ L'artiste serait arrivé à lairc une
(cuvre accomplie s'il eût été un peu plus avare de lumière.
Independauee ilii ia eiuùl. — Son coloris est sombre l'excès. i\

.luarnal des .ic/.v ((« no)i;. — Qucbiues iinpeii'ect(ons de détails, des


indécisions...
Précurseur d'Anvers. — Il y a dans ses contours une précision...

(iALLAlT. — TEM.MIOX.I

.loiirnul de Bra.eelics du ia avili. — Celle temnic pose cl ne seduil pa^.


— -206 —
J:'iiiiiii(ipiilioii lUi l!l mitl. — Elle vuus allauliL' un cluii'iiic ilonl ou iic

SI.: rcjml pus coiuiile.


h'minitiinliuii. — l.'aiirroli.' ili.' cliiislelc i'(.'|ian(liK' sur 1rs ilclii-iL'Ux l'ou-

luurs...

Prccur-seur du — Sus cluu'iucs oui


i'J autit. lilé llélris [lai' la ili'liauclic.

A'mnncipaliiiii, — Colle expression iriiiuouence elile canileui'...

— Celle figure respire


Prà-urseiir. la seusualilé, déuole le vice.

Émancipation. — La ualiu'o n'esl poiul aussi uoirc que les œuvres de

l'éeole espagnole dont M. Callait s'inspire.


Pnrarxeur. — Sa eouleur l'appelle eelle du Titien.

SAVEZ. — (.Vsso.ui'Tio.N iiE I..V MEiu;i;.i

Iitdqicndaih e du io auùl. — Tout ee ipie nous pouvons dire de la emiipo-


sition, e'est ipi'elle est bien ordonnée.
Jinimal dcx Aits du SI iiiiàl. — Devant cette eompûsilion, nous nous
sentons l'iinagination glacée.
Iitdrjiendanec .
— l'armi les anges ipii entourent la Vierge, plusieurs sont

remarqués pour la linesse du enloris.

Sanciw du :-l si'plfiidnr. — >l. Savez a mis nu ir/V. jusqu'aux ludiitauts des
régions célestes.

HOllEIlT l'I.Kl ia. ~ |.li;.v>iNE Suoiu;.)

l-jinfiiripulion du i acpicndirc .
— .Nous ne lei'ons pas eoinplimenl ii

\y. Uolierl Fleury de l'échaidillon que la l'ranee nous envoie de ses pçin-
Ires d'histoire.

Jnurnnl di'xAiixdu 'i scpU'niliri'. — C'est une des plus belles toiles du salon.
Émmii'ipdliini. — Dessin commun, ineorreel, flélri.

Journal des ^irls. — Jeanne Shore est une ligure atlmirable, .leanne
Sbore est si belle...

Inik'pt'ndunci- dn 1 •iplcinln-t'. — Jeanne Slinre est lioi'rible à voir.

C.'VL.AMATTA. — (ÉvE.I

Indépendance du i\) uniil. — Le dessin d'Lve est l'orl tourmenté et n'est

pas Irés-correcl.
Jiiurnul des Ails du ii 1 août. — Le corps d'Kve est pui'enieul dessiné.
IlOBUlT ALK.V. ~- (Lie.v Sn',Noiti:i,i,i. i

Jndejiendiince du ', scjdeiidire. — L'expression de la ligure du peintieesl


d'une grande vérité. C'est de la douleur profonde.
Journal des Aris du 10 sejilcnibi'e. — La tète du peintre exprime plus la

rélloxion d'un plnlosoplie que la douleur d'un père.


— -ioT ^

IIA.MMAX. — il. A i.ECTLiiK I'Anïm;iui:i,I(.ii li.i

h'iiiiiiiriiuilivii (lu [ l xejilciiibrf. — \x corps ilu L'elle l'ciiiiHc sY'Uik' incc


une suii|ilc;sso ravissaiito sur le yejiu» du roi.
Inilcpciidancc iht srjiiciiilnr. — Il y a trop do raideiir daii.s sa pose.

lULLI.VUDET. — (l/AiiuK UK Ci.i NV,)

Juin mil ik'x .liix ilh ;jl (wùt. — Voilà du vrai cai'aclùro reliyiou.x; tlii

slylc naïl'.

Iiidépeniiancc du i scplfiiibi'i:. — Sans oaraelore. L'uxpressioii ou esUkii'o


el Bôclie.

f.OOMAN'S. — (l,A iiEiiNMinii cuAi»;!-; u'Attm.a.i

luuruiil de Jiru.itlli's du II sriilciuhri'. — Des oliovaux (iessiuos d'un jol

cl uiorvoilloux do luouvouionl.
Indépcndiiuvr du ',
septembre .
— l.'arlislc jj'rxi-ello |ias à poindre los oliu-
vaux. On on voit i|ui no sonl ni doboul ni rouolios.

CIIALVIiN. — (IM; riiïE en K(,vi'1e).

Joiiruiil de Lk'ije du li seplembrc. — La couleur est puissanle.


Judepciidaiwe du '2!) iiiml. — Tout a une leiule verlo dans ce lubleaii.

VA.N EVCIvE.N. (S.u.nte C.eoiee.i

Imlepeuduuve du -29 um'il. — Los draperies sonL lari;onieul Irailoos.


Précurseur d'Aiieers du iseplembre. — \.os draperies manquoni d'ampleur.

SLINGE>iEVEI',, — (I'.atau.ee de LéI'Ante.i

Siiuelii) du 'i srpleiubre. — Don ,luan esl cnipreinl d'une disliiioli<ni ol

d'une noblesse peu communos.


Obscrmlcur du 29 août.— Don Juan est une dos ligures les moins siKnili-
cativcs, les uioius allraclives du lableau.

WILLEIIS. ~ (Les HioiENuis.)


Observateur du 17.S(7j/chi//ci.'.— Exécutiougénoreuse, touclio l'erme elsolido.
Indépendance du lo septembre. — Faire liuiide et maigre.

VAX .UALDEG1IE,\L

Jouriiul des Arts du :}[ iiuùt. — De l'originalité, do l'Iiarmonio. La com-


position a do la poésie et de la grandeur.
Jndepcndunec du '29 ttinU. — C'est île la poinlui-o tausso et maniérée.
WITïr.AJII'. — |,IjA Dtl.lMlAMil', IIK IIK. I

l'i'rfiirsf'iii' du -Ji) iim'il. — Olùivre !iKiri|ii;iiilc |i;ir réiiL'i';^ic cl la Ihiiiiic

ulUcnlu dt! kl coiilt'iii'.

Jnnrnnl (h's Arts du 7 srjih'mhir. — Lu Lui) guilOi'al de uu Lij))lcau est j:iu-

lùlre L'I nioiioloiie.

MANCHE. — (l'LNKliAII.I.KS ll'lS NlillVIEN.)

Kminn'ipiiliim du l i scplciidire. — l'.v foup d'essiii donne lui d;iiis revenir


du peintre.
riidepeiiiluinc du 10 xcjileiid'ri'. — M. Manelie n'csl jias né peur l'idre de lu

peinture.
VOORDECKEK. — (Saintk kajiiw.e.)

ObsernUeur du 6 sepicmbrc. — liieii dessinée.


/iidépendanve du 29 «««/. — Graves ineorrcctions de dessin.

V.'VN I.ÉKll S. — (La i;mi:te ni-; i.'jio.mme.)

Pfccin-^cuy du "l .\('pU'iid!n' .


— Lve est d'un beau galbe.
Indcpotdiiuce du 29 auùt. — f.\e est une grosse l'eninnj rose aux rernies

vulgaires.

COULUN". — (Les imie.miekes mihv.s et les I'oissons ikieges.)

Ohscrmicttr du 12 sejdL'iidnr. -- Ces lableaux Irappenl par la vivarilé et

la IVaielicur du coloris.
du 13 st'jdi'mhiY. — Ces lableaux
/itiU'i'Ciidunci' sont l'aibles de coloi'is.

— Son pinceau est


(ibsn'i'uU-ur. l'ernic.

hulépcndaiirc. — C'est peiiU tinndcnicul.

.le n'en liinrais point si .je devais insc]'ire liiulcs les |ietiles conli'ailii'-

lions i|id nie reslenl. J'en fais grâce au lecteur : il me saura bon gré, ,i'cn

suis sur, de ni'arrclcr ici.

A l'année proebaine, la conlinualiou du même travail. Es|)éroiis toutefois

i|uo messieurs les reuillelonislcs voudront bien ne poinl se coia-igcr de la

plaisante manie i|ui les pousse sans cesse à porter leur jugement sur des
ojuvres de peinture cl à l'aire îles eomplcs rendus.
J-IST-KLLI': l'ossiui.i.; !

Trois choses accusent la faiblesse de l'esprit luiiiiaiii, trois choses aceu-


sciil noire impuissance à saisir le vrai, ce sont :

>'os opinions,

Xos préventions.
Nos discussions.

Avant d'enti'cr en matière, disons un mot sur ces trois choses.


C'est en rappelant à la mémoire la façon toute merveilleuse dont les
iiommes voient, sentent et discutent, qu'il sera possible pcut-ëlro d'ap-
l'ortcr quelques lumières dans la ipiestion dont il s'agit.

DES OPINIONS.

" 1,'opinion dispose de tout, a dit Pascal, clic l'ait la beauté, la justice cl
le bonheur, qui est le tout du monde. >>

En effet, l'écrit, le tableau ou le morceau de musique que vous ad-


mirez, — souvent je le trouve détestable.
I.a femme que vous trouvez belle à ravir, je la trouve laide à faire peur,
L'homme que vous dites vertueux, — selon moi, a mérité la corde.
Ilélas ! la pauvre liumanité en est encore à se l'aire ces questions :

1-i
— 2K) —
Uu'osl-co quo lu bien '.'

ftu'(;sl-cG que le mal ï

Qu'est-ce que te juste'/


tiu'esl-ec que l'injuste?

Qu'est-eo que le beau ?

ftu'cst-ce que le laid?

Iliei' je lisais clans un joui-nal : « Un tel, condamné à mort |ini' ki Cuiir

d'assises de..., vient d'être acquitté pai' laCoui'de... «

Où donc est la justice ? — la véritable?

I n lionnne, plein de probité et tic conscience, disail, l'autre joui', à la

tribune : « Mes principes, messieurs, mes iirincipcs seuls conduiraient au

but désiré. »
Un autre liomjne, non moins consciencieux, répondait ,
" Erreur, mes-
sieurs, mes idées seules vous conduiraient à ce but. "
Un troisième, tout aussi consciencieux que les deux premiers, répli-
quait : « Ma doctrine, messieurs, ma doctrine seule est celle à laquelle il

laut se rallier. »

Les trois orateurs avaient appuyé leur système d'aryiiinents les i)lus

convaincants .

Le premier avait raison.


I.e second avait raison,
l.c troisième avait raison.

On est la verllé? — la véritable?

.l'ai Ibrnié un tort beau cabinet ;


je possède tlivers objets d'arl : ces objets
d'art sont-ils beaux? sont-ils laids? je l'ignore.

,)'ai consulté des hommes compétents dans la nialièrc, et voici :

Les uns m'ont dit :

Ct'.vi beau.

Les autres m'ont dit :

C'esl laid.

Uii est le beau? on est le laiil? — le vei'itable beau? le vérilable laid?

Peu satisl'ait des réponses données par nies sa\:ints, j'ai considlc des
livres alin de ni'instruire dans l'art d'apprécier le beau.
Le premier livre qui nie tomlia sous la main lut l'ouvrage de Mcngs ;

le lus :

Lv beau csl une l'crfeclioii visible, image impurj'ailc de ta perfeeliun suprême.


Ceci ne in'éclairant que médiocrement, je pris un autre livre, le livre de
Topllér :
— Essai sur le beau.
— 211 -
Col auleui' ponsc bien, écnl bien, tlissorlo saycmenL;
il su moqiio buaii-
lioup du loules les dcfinitioiis des savants sur
lo beau cl, lorsqu'il osl prûl
à nous parler do la sienne, il s'écrie :

« A présent, lecteur, souhaitons-nous le bonsoir étalions nouscoucbor. »


Voilà un moyen simple et facile d'en liiiir sur luie question aussi ardue.
Je ne me décourageai point cependant : j'ouvris l'ouvrage de Win-
kelmann.
Cette fois je m'adressais à l'auteur des auteui's
sur la matière, à un écri-
vain compétent, profond. Je lus :

« Le. beau est une chose dont il es/ plus facile de dire ce iiuelle ncsl pus que
de dire ce qu'elle

J'aurais voulu demander au savant Winkelmann de me dire seulement


00 qu'elle n'est pas, la chose, et je me serais accommodé du reste : mais il

est des questions qu'on se lasse de répéter.


.Après la lecture du savant Winkelmann, j'ouvris l'ouvrage d'un autour
plus moderne. Les connaissances humaines,
me disai.s-je, l'ont chaque jour
d'étonnants progrès il
y a chance de trouver vérité sous
; la la plume des
derniers venus.
Je lus sur le beau cette déliiiition ooncluaute :

Lo beau, c'est le laid.

loi, je fus parl'aitemont éclairé, et dans l'appréciation que depuis hivh


Je fais du beau, il ne me manque que la connaissance d'une seule chose, ii

savoii' :

Ce que c'est que le luid.

On le voit, l'embarras est toujours le mémo.


Pascal aurait-il ditvrai? La beauté, la laideur, la jusiice, la boidé, lo bon-
liour, opinion que tout cela?

Je ne connais rien de déplorable comme la dissidence do nos opinions.


Dissidence d'opinions! cela ne dit-il pas faiblesse, incertitude, ignorance,
tâtonnements?
La dissidence de nos opinions, e'esl le bout tlo l'oreille do l'humanité.
Vous êtes philosophe, économiste, publiciste, jurisconsulte,
artiste ; vous
avez étudié pendant vingt ans une question, vous
l'avez résolue avec préci-
sion, avec bon sens, avec clarté; vous communiquez votre pensée à vos
concitoyens : Déception
mille opinions, sorties de la tête de gens étrangers
!

au sujet que vous avez étudié, s'élèvent eonli'e vous on


; vous soutient que
vous êtes dans l'erreur, que vous n'êtes qu'un songe-creux.
Èles-vous réellement dans l'erreur, êtes-vous réellement
un songe-creux?
C'est l'opinion qui vous a jugé, c'est l'opinion qui vous condamne. Voyez si
vous pouvez vous lier à l'opinion.
eu iiioikIl, son idée, sa cliiTO idcc, su lioiiiic yiMv iilco,
(-.luiL-un, lUiiis il

laqucllo csl meilleure que toutes les idées îles autres.


e'cst douter de tuut.
C'est iléeourageaiit, e'est déscsporaiit,
;i l'aice

"
Qui n'a dit, au moins une l'ois en sa vie ; « Ah ! si j'étais l'oi

lleuieuscment, le bon Dieu a mis oi'dre à ces désirs immodérés et nieiia-

i;ants.

u Chaque rêveur imagine suii utopie, » a dit Thomas Moins.


Cette vérité est elïrayante.

L u temps viendra — c'est à ])résumer — où les lumières seront généra-

lement répandues; un temps viendra où tous les


hommes parleront cl
écriront avec une admirable facilité; un temps viendra
où chacun montera

soutiendra, avec la logique et l'acharnement de l'homme


a une tribune,

lustruil, son idée, sa chère idée.


donc alors, bon Dieu'.' I'iuirons-nou,i par nous
Uue se passcra-t-il

prendre tous aux cheveux?


L'univers dcviendra-t-il un jour une assemblée législative'.'

0 raison humaine! où nous conduiras-tu'.'

l)l.;s PKEVE.\TIO^;S.

.\oiis rions souvent lies préjuges, des préveiitioiis, et eependaiil nous

subissons tous leur iniluencc avec un aveuglement d'enfant.

Un livre toiil à la fois curieux et utile pourrait s'écrire sous ce titre :

Commeiil Us iircjitgés et les prcivnUons cUMissenl des répiiliilioiis li

[niisseiit notre jugement sur tontes choses.

Par exemple, à propos d'art, il y aurait, dans un pareil livre, bien des
grands hommes à rabaisser, bien des chefs-d'œuvre à rabattre. Dans un
pareil livre, il y auraitbiendes hommes obscurs à relover, bien désoeuvrés

à exhumer de la poussière.

In pareil livre serait un Jugement dernier où les premiers seraient les

derniers et les derniers les premiers.

Je professe la plus grande admiration pour les grands hommes que l'on

a toujours admirés. Cependant, l'avouerai-je'/ dans un de ces moments oii

la pensée sonde les abîmes du cipur humain, je me suis l'ait une i|ueslioii

bien hardie, bien téméraire : je me suis demandé si les hommes élevés au

rang des premiers peintres sont bien les premiers peintres.


— 213 —
Poiii- l'épomlre li celle queslioii impie, j'ai pi-is la Ijalanee que chacun
porle au (oml de sa conscience ; celle balance aux plaleaux inexorables, où
loules les absurdilés sont reclifiées, quelle que soil leur inviolabililé; quels
que soienl le respect qu'on leur doil, les autels qu'on leur drosse.
J'ai vu, et j'ai découvert quelques-unes do ces petites clioses qui fonl
quelquefois les grandes choses.
J'ai vu ce qu'il fallait d'ingrédients pour former une répulalion de grand
homme.
Oes ingrédienls, ma balance les a pesés :

Tant d'onces de génie,


Tant d'onces de talent,
Tant d'onces de préjugés, de prévention.

Je dois eonslaler ici que ce dernier |ioids fnil souveni ilescendi'e le

plaleau jusqu'à lerre.

Je me suis livré ii des recherches asse;: cnrieuscs, assez singulières sur


les réputations.

I.os répulalions, ce sont des bruits qui nous parviennent d'écho en écho
et donl l'origine souvent csl inconnue. Les réputations, ce sont des flots

qu'une petite pierre jelée au milieu d'un lac a mis en mouvcmenl et qui
arrivent jusqu'à nous en cercles toujours croissants. Les réputations, c'est

quelquefois le fracas de l'avalanche, causée par le pas léger d'un insecle,


par la chute d'une feuille, par le grain d'orge tombé du bec d'un oiseau.
Les répulalions se font parce qu'elles se font. Xnl, le plus souveni, ne
sait pourquoi ni comment elles se fonl.

Voulez-vous faire la répulalion d'un homme de bois, d'un simple manne-


quin? Voulez-vous que cet homme de bois jouisse de la réputation de grand
écrivain, de grand peintre, de grand musicien? rien n'est plus facile.
Lancez l'éloge sans ménagement par toutes les voix de la publicité, et
personne no demandera compte de la réalité du fait.

L'éloge une fois répété, c'est un incendie qui éclate, se communique, se


propage, s'agrandit de moment en moment. Tout le monde en parle, tout
lo monde s'en étonne.

Savez-vous la cause de cet incendie ?

C'osl un brin de paille qui a mis le l'eu!

fiaphaël osl un des j)his grands peintres du monde; niais, lui aussi, n'a pu
échapper aux singuliers ell'ets de nos préjugés, do nos préventions.
C'est aux écrivains, historiens ou biographes, que souvent nous devons
il'avoir allumé le brin de paille, cause de l'incendie.
C'i'sl un poêle qui, le premier, ajouta au nom île liaphar-l l'épilhèle
— 214 -

ondée lie (fîi'îji. Celte épithèle, un second poiHc la répéln, puis un Iroi-

sième, puis un qiiali'iL'me, et voilù l'incendie nlliimc!

Demandez à votre cuisinière pourquoi elle dit : Divin Raphaël; elle

répondra : « J'ai ontcndu dire cela. » Faites à un honnête bourgeois la même


f|uestion, il répondra : « J'ai lu cela dans un livre. <>

Demandez à l'auteur du livre pourquoi il dit : Kapliai'l le iliviii ; l'auleur du


livre vous renverra à un autre livre.
liemontez de livre en livre, d'écho en écho, jusqu'au premier livre, jus-
qu'à la première bouche qui se servit de l'épilhète.
Demandez à l'auleur du premier livre, demandez à la première bouche,
pourquoi l'épilhète est appliquée; on vous répondra : « Harmonie d'un vers...
fantaisie de poète... sympathie pour le grand homme. »
Aujourd'hui, tout le monde dit : « Raphaël le divin, le divin- Raphaël. »
Parmi les milliers d'hommes qui répèlent en perroquets l'épilhète du
poète, il en est assurément qui l'ont acceplée comme une jusiice rendue ou
comme l'expression de leur propre admiration.
Ces hommes, qu'ils me permettent de les prendre un moment par les

cheveux h la manière dont fut pris le prophète Baruch et de les transporter


au Vatican, l.ii, Innetles sur le nez et comniodémcnt placi's en face des
neuvres qu'ils adniircnl et que beaucoup d'enti'e eux n'oni probablemeni
jamais vues, Je leur fais les questions suivantes :

1. Dites-moi pourquoi — le pourquoi raisonné, le pourquoi scientifique, le

pourquoi inconteslable, le véritable pourquoi, — dites-moi pourquoi vous


accordez le titre de divin à Raphaël plutôt qu'à Rubens, plulol qu'à Micliel-
.\nge, plutôt qu'à jVpellcs, plulol qu'à Phidias?»
.\ ces questions on ne répondra point ou bien le colloque suivani s'éla-
lilira :

— «Nous disons ilii-iii Raphni'l parée que ses ouvrages soni les plus admi-
rables.
— Pourquoi sont-ils plus admirables? les

— Parce qu'ils nous plaisent davantage.


— Pourquoi vous plaisent-ils davantage .'

— Parce qu'ils sont les plus beau.x.


— Pourquoi sont-ils les plus beaux''
— Parce que nous avons entendi: dire qu'ils étaient les plus beaux.
—Voilà une excellente raison sans doute, mais je persiste : pour(pu:ii

sont-ils beaux? pourquoi? »

Poi:rqi;oi ?

Voilà le grand pourquoi lâché, le terrible pourquoi! Sans la réponse à ce


pourquoi, rien ne m'oblige îi trouver beau ce que vous trouvez beau, laid
— 215 —
co que vous trouvez laifl. Sans la rcponso à ce pourquoi, je vous déRe de
justifier votre admiration pour ce que vous admirez, de répondre fi ma
question par d'autres mois que ceux-ci :

Je l'ai enlendu dire.


Sans la réponse à ce pourquoi, entre nous division ineessanli' d'idi'es
sur le beau, doute, ténèljres, confusion.
Pouri|uoi une chose esl-clle belle? pourquoi ne l'esl-elle pas?
Ce pourquoi adressé à une assemblée d'artistes, de connaisseurs, de
[iliilosophcs, y jette à l'instant le Irouble et la stupéfaction.

C'est la foudre qui éclate, c'est un mauvais génie qui apparaît, c'est une
pomme de discorde qui tombe... Vous voyez aussitôt les esprits .s'agiler,

les discussions s'animer, et rien, rien ne répond au grand pourquoi, là,

debout, semblable à un spectre, attendant le mot de l'énigme qu'il vioiil

de pnseï'.

i,es réputations semblent fondées sur deux choses bien oiseuses.


L'une est une sorte de merveilleux, inventé au grc' du g'oi'd, du caprice,
de la fantaisie.

L'autre, l'appréciation du beau, qui elle-même n'(^sl qu'une manifestation


du goi'it, du caprice et de la fantaisie.

L'épithète donnée à Raphaël est un fait pris au liasard : co fait constate


comment les réputations s'enfantent, grandissent et s'immortalisent.
Des exemples de ce genre, il y en a mille; riiisloirc îles grands hommes
en fournit sans nombre ; j'en citerai un encore.
La l'éputation d'.^pelles est évidemment la plus grande qui soit parmi les
peintres. Depuis nombre de siècles, les ouvrages d'Apelles n'existent plus,
mais cela n'empêche pas que ses ouvrages soient admirés, pronés, chantés.
Les grâces de son pinceau, hi perfection de son talent, la sulilimih' de son
génie sont citées comme des modèles.
Un dit à un jeune peintre que l'on estime : « Je vous soulniite, monsieur,
l'habileté du pinceau d'Apelles. »

Ce souhait peut être agréable au peintre, assurément: mais n'est-il pas


un peu hasardé?
De quel droit le pinceau d'Apelles a-t-il le pas sur le pinceau de Dubens,
sur le pinceau de Raphai'l, sur le pinceau île iMichel-Ange? De (pud droit?
qui lui donne ce droit?
On répondra peut-être ceci : k Pline là-dessus a dit de fort belles choses. <>

Mais Pline a-t-il connu les œuvres de Michel-Ange, de Raphaël, de


Rubens? Non ! Pline n'a donc pu ilire : h Apelles est supérieur à Raphaël, à

Michel-Ange, à Rubens. »

Avons-nous l'onnu les œuvres d'Apelles'' .Von! (,)ui donc s'est avisé
— 210 —
iiujourd'Iiiii iIp ilirc « Apcllps osl su|)('rii'iii'
:
;'i Hlieliel-Aiigc, à r.iilions, ;i

Un|ihaï'l? »

Il (ma poiii'lant que quelqu'un ait le premiei- porlé ce jugement eourlois


en faveur du grand Apelles. Qui lui a fait eelle politesse?
I n écrivain, un liiogra|)lie, un poète !

Les préjugés et les préventions ne sont point les moindres ridicules iloni
le ciel ait doté notre espèce.
Vous présentez la foule une ceuvrc d'art et vous dites
:'t
: t> Cette œuvre
est de tel ou tel grand homme. .Aussitôt la foule admire et s'extasie. »
•l'ai vu, à l'exposition de Paris, des cercles
nombreux admirer pendant
trois jours un petit tableau attribué à 1)., artiste célèbre. I.e tableau
n'était point de lui. Les amateurs furent bien surpris d'apprendre que le
lableau de M. II. n'était point de ;\r. I). I.e lendemain de cette
découverte,
ils trouvaient r(euvre moins belle, puis médiocre, puis
enfin détestable.
II nous arrive liieu parfois de nous révolter un
peu contre les préven-
lions; il nous arrive de dire tout bas « C'est stupide cette chose :
que
lout le momie admire!
Mais qui l'oserait dire haidcment? Braver des pré-
»

ventions, n'est-ce pas être aux yeux dn plus grand


nombi'e, un insensé, nn
téméraire, un ignorant?

I.a statue de .1Iiehel-.\nge, retrouvée parmi les mines antiques et admirée


comme nn elief-d'reuvre des Grecs, était une belle leçon iloniii'c, par l'an-
leui' véritable de la statue, à la ]iré'vention.

La prévention devait être de ci' coup à jannns tuée : il n'en fid rien.
I.'lionnne esl incorrigiblr,

Di'.s Dtscrssioxs.

(lu pourrait diviser les discussions en deux catégori{'S,


Les discussions de la première catégorie, je les nomme :

Discussions ii fiimie passible ou « conclu s ion.


Les discussions de la seconde, je les nomme :

Discussions à finale impossible ou sans conclusion.


.l'entends par diseussions à finale possible celles dont les
conclusions
reposent sur des preuves simples, claires, incontestables aux yeux
de tous
les hommes, quels que soient leurs goiits, leurs caprices, leurs penidiants.
Exemple :

\ousdile-i : <. I.ri, an boul de ce champ, trois arbres soni |daul('S.


— 217 —
Je dis moi que Ifi, nuljoiitdc ce rliamp, ilcux aiiiros, ol non li-ois, sonl

plantés.
Qui de nous osl dans l'erreur?
Nous approchons, nous examinons cl nous comptons : un, deux...
trois !

C'est moi C|ui suis dans l'erreur : la discussion est lermince :

C'est une discussion « finale pnssiblv.

.le nomme discussions à linalo impossible, colles dont les conclusions


i'epo.sont sur des preuves de nature ;1 être soumises à l'appréciation des

S'oi'ils et des sentiments divers :

Exemple :

Vous dites : « L'action de cet homme est mauvaise. »

Je réponds : « L'action de cet homme est bonne. »

Le bien et le mal étant deux choses que, selon nos opinions, nous dcll-

nissons différemment, je pose cette question :

« Qu'entendez-vous par bonne action ? »

Vous répondez : « J'entends par bonne action celle qui est conforme à la

saine morale.... »
La saine morale étant une chose que, scion nos opinions, nous définis-
sons différemment, je demande :

Qu'entendez-vous par la saine morale?


— J'entends par saine morale ce que la vertu et... ••

La vertu étant une chose que, selon nos opinions, nous définissons dill'é-

remment, je demande :

« Qu'entendoz-vous par la vertu?


— J'entends par la vertu ce que lua conscience, la justice.... »

La justice étant une chose que, selon nos opinions, nous définissons dific-

i-emment, je demande :

<c Qu'entendez-vous par la justice ? » etc.

On le voil, ce genre de discussion ne finit point.


C'est une discussion» finale iinirnssible.

A moins de s'entendre sur la définition des termes, les discussions à

finale impossible peuvent durer toute une vie d'homiue.


Avis aux utopistes, empressés de faire adopter leurs principes.

Chaque fois qu'un orateur, fut-il mémo un Cicéron, emploiera dans la

discussion des mots dont la définition n'est point la vôtre, il ne pourra


jaiuais vous convaincre.
Toutes les fois que votre adversaire se servira des mots :

liiru, justice, beanli', linnliéui', lionli', vertu, gloire, sait-esse, liberti'.


— 218 —
nnioiir, ambilion, plaisii\ iioiii]<>iii-, elc. , ailressez-hii har.iimonl ppllp
aposli'&phe ;

'< .le vous (lùrie de mo proiivor ce que vous avancez, d

\.B tliahie a Iroiivé moyen de lout embrouiller dans le monde ; ce moyen,


le voici :

Il nous a placé à lous des luneUes invisibles sur le nez; à celui-ci des
lunelles rouges, à celui-là des lunelles noires, cet nuire des
à luneUes
jaunes.
Les mêmes objets se voient en l'ougc, eu noir, en jaune, se voient de
toutes les couleurs.

De là naissent, dans les arts, ces opinions si diverses; de là, les indéci-
sions, les tâtonnements ; de là, cette éternelle confusion dans l'appréciation
du beau.

ba diversité de nos idées est un (Hernel obslacle à l'accomplissement dos


grandes choses.

l'ourquoi le malin esprit nous permel-il de rester parfailement d'accord


sur de certaines vérités ?

Le temps qui passe, la laim qui nous poursuit, la mort qui nous attend
sont d'affreuses vérités que tout le monde reconnaît sans discussion.
Chose singulière! toute vérité tenant du chiffre est ineontestable. Ain.^i,

vous me dites : « Le beau, c'est le laid ; » niais vous n'osez me dire : « Deux
et deux ne font point quatre. »

Nos différentes manières de voir, les discussions qui en sont les consé-
quences sont une des choses les plus plaisantes d'ici-bas.

Nous voyons parmi les hommes, même les plus sages, des discussion.^
acharnées, intorminaliles ; la raison en est ipie ces honimes sages oiiblieni
de l'élléchir à ceci :

Il est une foule de choses diversement définies dans la pensée de cha-


cun, une foule de choses dont nos gofits, nos penchants, nos passions
enlin sont les seuls appréciateurs.

On ne peut prouver à un homme qu'il ne sent pas ce qu'il sent, ne voit


pas ce qu'il voit, n'entend pas ce qu'il entend.
Pascal, dans son Art de persuader, dit : « Accordez-vous sur la déllnitiou
des termes avant de discuter. »
Quoique les règles de Pascal soient très-connues, il n'csl peul-être jias

hors de propos d'en rappeler ici quelques-unes.


— 219 —

IlÉdLES NliCESSAiriF.S POIR LES DliFINlTlONS.

N'émcllriî nuLHin des lermes un peu obscurs ou éiniivoques sans (li'lî-

niUon.
ÎN'eniployei', dans les définitions, rpie des termes pai'failement eonniis ou
iléjà ex|)]ifpiés.

nÈOr.ES NÉCESSAUIES POI R I,ES AXIOMES.

Ne formiilei' en axiomes cpie des elioses pai'failomont éviilont(>s.

llÈr.l.E NÉCESSAIIIE POm LES DEMONSTRATIONS.

Prouver toutes les propositions, en n'employant à leurs preuves (|ue des


axiomes très-évidonis par eux-mêmes ou des propositions déji"i démontrées
ou accordées.
N'abuser jamais de l'équivoque des termes, et pour cela ne manquer
jamais de leur substituer au moins mentalement les définitions qui les
restreignent et les expliquent.

Ces règles de Pascal, une fois prcisentes à la pensée, quel dialeeticicn


habile pourrait nous tromper? Que deviendraient les équivoques, les

termes obscurs, les définitions absurdes, Pascal à la main!


1/esprit sans défiance se laisse facilement tromper.

On demandait à Thucydide s'il était plus fort à la lutte que Périidès :

« La chose serait difticile, répondit-il, car, lorsque je l'ai jeté ù terre, il

persuade à ceux qui nous regardent qu'il n'est pas tombé, et j'ai tort. »

lin orateur ou un écrivain sait, quand il lui plaît, prouver tout ce qu'il

veut, en se plaçant au point de vue de ses propres définitions.


Si la définition du mol liero'isme est pour vous ce qu'est pour moi la défini-

tion du mot folie, vous me prouverez qu'un héros n'est pas un homme sensé.
Si la définition du mot richesse est pour vous ee qu'est pour moi la défi-'

nition du mot siiperfliiilé, vous me prouverez que la richesse est nuisible à


notre existence.
Si la définition du mot iicnu est pour vous ce qu'est pour moi la définition
du mot laid, vous me prouverez que ce qui me charme par sa beauté est
chose afl'reuse et repoussante.
On peut tout prouver.
Tout !

On ne peut rien prouver,

H ion :
— 218 —
nmoiu-, ambition, plaisir, lionmnii-, elc, fidressez-Iui hiiivlinionl polli
aposli'&phe :

« Je vous (lullc de me prouver ee f(iie vous avancez. »

Le diable a trouvé moyen de embrouiller dans


loiil le monde ; ce
le voiei :

Il nous a pincé à tous des lunetles invisibles sur le uez;


h celui-ci de?
lunettes rouges, à celui-là des Innelles noires, à cet autre des lunette.-
jaunes.
Les mêmes objets se voieul en rouge, en noir, en
jaune, se voieni d(
toutes les couleurs.
De là naissent, dans les arts, ces opinions diverses; de
.si là, les indéci-
sions, les tâtonnements de là, cette éternelle confusion
; dans l'appréciation
du beau.

I.a diversité de nos idées est un élcrnel ohsiacle


à l'accomplissement des
grandes choses.

Pourquoi le malin esprit nous permet-il de rester parfaitement d'accord


sur de certaines vérités ?

Le temps qui passe, la laim qui nous poursuit, la mort iini nous attend
sont d'affreuses vérités que tout le monde reconnaît sans discussion.
Chose singulière! toute vérité tenant du ehilTre est incontestable. Ainsi,
vous me dites : « Le beau, c'est le laid ; » mais vous n'osez me dire : « Deux
et deux no font point quatre. »
Nos différentes manières de voii', les discussions qui en sont les consé-
quences sont une des choses les plus plaisantes d'ici-bas.

Nous voyon.s parmi les hommes, même les plus sages, des discussion.^
acharnées, interminables; la raison en est que ces hommes sages nublieni
do réfléchir à ceci :

11 est une foule de choses diversement dclînies dans la pensée de cha-


cun, une foule de clioses dont nos gofds, nos penchants, nos passions
enfin sont les seuls appréciateurs.

On ne peut prouver à un homme qu'il ne seid pas ce qu'il sent, ne voit


pas ce qu'il voit, n'entend pas ce qu'il entend.
Pascal, dans son Art de persuader, dit « Accordez-vous sur
:
la définition
des termes avant de discuter, u
Quoique les règles de Pascal soient très-connues, il n'esl peut-cire (las
hors de propos d'en rappeler ici quelques-nnes.
— 219 —

nKlil.ES NF.CIÎRSAmES mtn les IlÉFINmONS.

N'énicttro aucun des lermos un peu obseurs ou équivoques sans défi-

nilioi).

N'employer, dans les dénudions, que des termes parfinlcmenl ronnus ou


déjà expliqués.

RÈni.ES NÉOESsAiriES roni les axiomes.

N'e formuler eu axiomes que des choses parfailemeni, cvidenles.

RÉni.E néoessaike poi:ii t.es démonstrations.

Prouver loules les propositions, en n'employant à leurs preuves que des


axiomes très-évidents par eux-mêmes ou des propositions déjà démontrées
on accordées.
N'abuser jamais de l'équivoque des termes, et jionr cela ne manquei'
jamais de leur substituer au moins mentalement b's diMiuitions qui les

restreignent et les expliquent.

Ces règles de Pascal, une fois présentes h la pensée, quel dialecticien


habile pourrait nous tromper? Que deviendraient les équivoques, les

termes obscurs, les définitions absurdes, Pascal à la main!


L'esprit sans défiance se laisse facilement tromper.

On demandait a Thucydide s'il était plus fort à la lutte que Péricdès :

u La chose serait dilTicile, répondit-il, car, lorsque je l'ai jeté à terre, il

persuade it ceux qui nous regardent qu'il n'est pas tombé, et j'ai tort. »

Un orateur ou un écrivain sait, quand il lui plaît, prouver tout ce qu'il

veut, en se plaçant au point de vue de ses propres définitions.

Si la définition du mot héroïsme est pour vous ce qu'est pour moi la défini-

tion du mot folie, vous me prouverez qu'un héros n'est pas un hoiumo sensé.
Si la définition du mot ricJiessc est pour vous ce qu'est pour moi la défi-'

nition du mot siiperfliiiW, vous me prouverez (pie la richesse est nuisible à

notre existence.
Si la définition du mol beau est pour vous ce qu'est pour moi la définition

du mot laid, vous me prouverez que ce qui me chai'mo par sa beauté est
chose affreuse et repoussante.

On peut tout prouver.


Tout !

On ne peut rien prouver,

Kien :
— 220 —
.1.^ vous prouve que deux cl deux foiU qualre, c'est lu'en : mais, pour peu
que vous soyez opiniiilre dans la discussion, vous évoquez ic syslème pyi'-
l'Iionien et vous diles :

H Prouvez-moi que deux cl qualre exislenl.


« Pl'ouvoz-moi que lout ce qui nous environne exislc. l'rouvez-moi que
j'exisle, prouvez-moi que vous existez, n
On peul lout prouvci', tout On ne peut cicn prouver, rien
1
! Je le répèle.
Cet axiome est connu de lout le monde. Nous voyons cependant des iiommes
d'esprit monter à nue tribune avec cette innocente pensée qu'ils pourront
sans dilllcultés convaincre leurs adversaires.
Si dciix magiciens cherchaient à se surprendi'c l'un rauli'é an moyen des
mêmes secrets, que dirions-nous?
Nos héros de tribune sont initiés aux mêmes mystères, et pourtaul ces
messieurs savent se regarder sans rire !

ll'lionneur, les augures romains élaicnt moins naïl's !

Avant toute discussion, je voudrais que l'on fil un examen ainsi conçu :

La discussion est-elle à posùbk on non?


.^i elle est à linale possible, discutons.

Si elle est à linale impossible, ne discutons point.

Il- est peu de diseussions où la mauvaise foi, l'amoiir-propre et les ruses


oratoires ne jouent un très-grand rôle.
.Souvent aussi la plupart des disnissions Hnissent par ces paroles :

<i .le soutiens, monsieui', que j'ai parrailement raison je vous


: l'ai
prouvé.
— Et moi, monsieur, je sonliens que vous avez parfailenieid lori ; je
vous l'ai prouvé. »
Parfois, de pari cl d'autre, les ailversairos se ])ortent des
(h'^lls gigan-
tesques.
Mais qu'en sorl-il souvenl?
Du vont.

Cette indiflférence, cette mollesse, cette lâcheté, avec


laquelle les hommes
en général abandonneni une discussion, n'esl-elle jias nuisible aux progrès
des lumières?
.le voudrais que tous les hommes convaincus missent plus
le grand
ncharnoment ,^ prouver ce qu'ils ont avancé, sans jamais se laisser décou-
rager, soit par des dimcultés matérielles, soit par l'éloquence
ou l'opiniâ-
treté d'adversaires entêtés.

S il ne tant qu'un grain de sable d'une certaine nuance pour pi'onver


l;i

viu'ité de votre asserlion, allez le .dierclicr, l'nl-ce même an fnnd d,-


la mer.
J';ii ét(j souveiil Icinoiii di'ï discussions les |ilu.s ;iiiiiiiL'us, cl viiciec nue
j'iii i-ciiiarquc :

Les hommes ([ui emploieiiL les ruses oraluircs rcni|ioi'lciit |m-csi|uc lou-
joui'S sur ceux qui ne les connaissent poiiU.
Pour obvier à col inconvénieni, je dirai aux victimes de ces l'uses ;

ic Appelez à voire secours une parole exercée qui soit en cette circonstance
comme voire avocat »
Mais voici qui est iiiliuiiiieiil nieillcur : un moyen simple, l'acilo, com-
mode, à l'usage de ceux i|ui ainnuil à disculci'. Ce moyen rend les parties

égales an poiiil de vue de l'allaqueel de lu défense, anéantit les subtilités


des beaux parleurs et l'ait arriver promplement à la découvej'te de la

vérité.

liliGLE DU liAKXX.

AiMiirioN \L\ n i;c, I, Ks ni; I'ascai..

.Nus voisins d'outro-Jlanclie sont en beaucoup de matières plus judicieux


ipie Jious; ils savent aussi mieux lire dans les replis du cceur humain.
Deux adversaires viennenl-ils à soutenir deux thèses contraires ? La
vérité se cache-t-elle sous d'adroites paroles, de vaines rodomontades,
d'audacieux mensonges, de perfides insinuations? Des paris sont à l'inslaiU
établis, et la partie convaincue de fausseté, est bientôt punie.
L'usage des paris est trop pou connu dans notre patrie.
Contre le pari, viennent se briser, comme le pot de terre contre le pol

de fer, l'obstination la plus féroce, l'éloquence la plus entortillée, le syllo-

gisme le plus obscur, le stratagème le mieux combiné.


Le pari, c'est le pied de la justice sur la gorge du mensonge, c'est la
pierre de louche à l'usage des amis de la vérité, du bon droit, de la bonne
foi. Le pari fait la lerreur des faux bi'aves, des faux savants, comme des
faux llercides. La mission du pari ne peut être complète, si la vérité
découverte n'apparail à tous les regards pure, évidente, palpable.
La règle du bàlon proposée ici, n'est autre chose qu'une formule de pari.
"
I.a voici :

La partie, obsédée par l'abus d'une plume ou d'une langue trop sublile,
doit eu appeler au jugement d'hommes conq)étcnts dans la matière sur
la(|uclle on discute. La question décidée |iar le jury, — la chose est facile
22i
tUms une discussion ;i Ihiuk' pussiblc, — le vaiiuiiiuiir l'cruil coimiie récom-
pense un bCilon.

Ce l)àlon tlécerné iiii gagnant doil dcvcuii' rinslriiniciil d'un eluHimcnl


appliqué au pei-danl.
Le jonc du vainqueur doit donc, d'après des conditions arrêtées à

l'avance, tomber un certain nombre de fois sur les épaules du vaincu.


Ce procédé semble une plaisanterie ; je prie le lecteur de le prendre l'orl

au sérieux; c'est un remède souverain.


Je puis aftïrmer que la proposition seule de niellre cette règle en pra-
tique, a rendu des rhéteurs entêtes, doux comme des agneaux cl empresses
à se rendre au plus vite à l'évidence.

Sans doute, l'on peut, dans un pari, mettre un enjeu plus agréable qu'un
vil bâton; sans doute, une certaine somme au profit des malheureux, serait
chose plus belle, plus nolile ; mais ici, un point doit être observé.
11 est des hommes peu disposés à mettre en jeu leur or, il est des

hommes peu disposés à mettre en jeu leur peau : il faut donc choisir le

genre de châtiment le mieux approprié aux tempéraments.


Après l'exposé de ce moyen simple, eflioace, j'ajouterai un mot.
Si, dans toutes les grandes discussions, quelle ([n'en soit la nature, l'on

taisait usage de ma règle, bientôt la vérité apparaîtrait pure et sans taches,

liientôt cette foule de bavards intarissables, d'écrivains aux idées opjio-

sées, se verrait forcée de s'entendre et de rendre hommage à la vérité.

Savants, philosophes, artistes, voulez-vous mettre un terme à ces éter-


nelles contradictions si fastidieuses '.'
laites usage des règles de l'ascal ou
de la règle du bâton.
Mais vous n'écouterez point mon cojiseil : le Ciel créa l'honime paresseux
et poltron ; il ne peut rien contre sa nature.
Vous discuterez et discuterez sans cesse; toujours avec la même indo-

lence, la même paresse ;


toujours cet argument peu concluant à la bouche :

« C'est mon opinion. »

Vous n'oserez jamais parier, exposer votre bourse ou votre dos, pour
prouver la justesse d'un fait, d'un principe.
Vous n'oserez jamais le faire pour prouver une vérité acipiisc par la

science.
Vous n'oserez jamais le faii'c pour prouver à vos adversaires qu'ils sont
dans l'erreur.

Les discussions chez les hommes sont de |ietits jeux, Iranquilles, amu-
sants, commodes, où l'on peut soutenir tout à son aise les plus grandes
absurdités au prolit de l'amour-proprc.
Dites sans crainte : « Cela est beau, cela est laid ; celle eeuvi'C estsubliine,
— 223 —
œllu œuvre csl médiocre; « nul ne vous poi'tura lo ihf séi'ioux ilc jimuvur
ce ([ue vous avancez.

Je termine ici le peu de mots que j'avais à dire sur les oiiiiiions, les pré-
ventions, les discussions.
J'avais besoin de rappeler i\ la pensée comble» nous sommes, dans nos
opinions :

Injustes, ridicules, absurdes ;

Dans nos préventions :

Injustes, ridicules, absurdes;

Bans nos discussions :

Injustes, ridicules, absurdes.


Ce qui nous amène à celte conséquence inq)urlantc :

Nous sommes, dans nos jugenuuits sur les arts, |)arlieulici'ement


.iiir la

peinture :

Injustes, ridicules, absurdes.

Maintenant, entrons en matière.


iioiului'e II pour olijcl la repi csciilaliuii iruii rerUiin Ijuaii i'c|iaiiiUi dans
la nature ; le elioix de ce beau n'a point de vi"^\c Use : le goût, la mode, le

eiipi'iee, l'opinion, la prévention, de eertaines eonvenlions, sont souvent

en cela nos seuls guides.


Une œuvre de peinture est doue la inanil'estalion du goi'il, du peneliaiil,

du caprice, des opinions, des préventions du peintre qui l'a créée.


\a\ eriti(pie d'une œuvre de peinture est aussi une œuvre la manifesta- :

lion du goût, du peueliant, du caprice, de l'opinion, des préventions de


l'écrivain qui l'a créée.
Maintenant, que répondre à la question suivante ; « Le got'it a-l-il le droit

de juger le goût, le caprice le caprice, le penchant le peueliant, la préven-


tion la prévention, l'opinion l'opinion? »

Dans une discussion entre le peintre et sou criti(ine, les régies de l-'ascal

peuvent-elles s'établir dans toute leur rigueur'?


Comment pourront s'accorder deux hommes dont la discussion doit se
baser sur des termes aussi diversement délinis que le sont les molsbcnii et
litiiJ ?

,1e l'us un jour témoin d'une discussion entre nn peintre et un homme de


lettres : ces Luessieurs, en matière do peinture, s'entendent d'ordinaii'c

comme chien et chat.

— o Comment, monsieur, disait l'homme de lettres, je n'aurtiis point le

droit de dire mon opinion sur votre Oîuvre'/


— Sans doute, monsieur, ré|iondait le peintre, vous avez ce di'oit, comme
aussi j'ai le droit d'exprimer mon opinion sur votre critique.
— Votre tableau est détestable, monsieur.
— - C'est possible, monsieur, selon votre manière de voir ;
mais selon la

mienne, il est excellent, ijui de nous est dans l'erreur'.'

— C'est vous, monsieur.


— Qui me prouvera'.' le

— Tout monde sera le ici de mon avis.


— i2o —
Ici lus avis rurcnt recueillis, et l'on fui d'accord ainsi que le sont oïdi-
nairenicnl les l'cuilletonistes en jugeant une œuvre do peinture.
« Los avis sont partagés, reprit le peintre, je m'y attendais; car notez
bien ceci je vous délie de me citer une œuvre de peinture qui
:
n'ait ses
admirateurs et ses oriliiiues. »

Je l'ai dt!}!» dit ailleurs : en maliére de peinUii'e il est jiermis de eiler,


connue en niatii^îre de cuisine, ce lu'overbe eoinui : On ne peut discuter du
IJOÙI.

Cette similitude est décourageante, tlésesijéi'anle, igiiolile, je le sais ;

mais il faut bien se l'avouer à i-egret, la cuisine et la peiiilure oui un coté


singulièrement ressemblant.

IJes hommes pensent qu'il esl des cbers-d'œuvrc invariablement admirés


de l'univers, i|ue le beau esl le beau en lout temps, en tout lieu. IJcs
hommes pensent (|ue le goût, la mode, le caprice, l'opinion, ont peu on
point d'influence sur noire manière d'envisager le beau,
en un mot que le
beau est le beau.
Erreur! I.c beau en peinture est dillércinnient conqn-is chez les diverses
nations do la terre et diU'éremment conq)ris dans les diverses écoles.
I-e beau est diU'éremment compris dans un siècle et dans un antre siècle,
par le même individu ;'i diverses époques de sa vie, et au commencement,
au milieu, à la lin d'une icuvre à laquelle il travaille.

En Italie, on est presque exclusivement admirateur de Itapliaël et de


Michel-Ange; liubensy est peu connu.
lin .VUemagne , un grand nombre admire iiaphaèl, tliolto , l'errugin ,

Léonard de Vinci; un petit nombre admire liubens.


En France, un certain nombre admire Raphaël; nu nombre égal admire
l'aul Veronèse, Titien, Murillo, Hubens.
En Hollande, un nombre admire Raphaël; un grand nombre admire
petit

IlembrandI, Rubens, Tenicrs, Gérard


Dow.
En Relgique un grand nombre admire Uubeus, un petit nombre adinii c
Hapliaèl, Giotto, l'errugin, Léonard de Vinci, illichel Ange.

En voyant les hommes divaguer de la sorte, le bon Dieu, du haut des


cieux, ne doit-il point se rire de nous, pauvres insensés que nous sommes'?

15
iliversiLu ili' nos iilffs, cuiii'tji'iiaiil lu liniu, usl il'iiiir iiilliifiieu ili'plii-

i-aljle sur lu cai'riéru tle l'aiiistc : le pciulre, que Uiiil tro|)iiiioiis jeltonl (iaii.s

riiusitalion, est semblable au voyageur à qui l'uu ludique eeut roules

diverses pour arriver au bul,


Bien des gens nous disenl : <> C'est 'lu clwc des idées (|ue jaillit la

lumière. «

Mallieureusemoat la lumière qui a jailli devienl souvent à sou tour le

sujet d'interminables discussions.


^(Arc siècle semble l'urieuscmeul enclin ii ces déb;its sans lin et sans

IJi'Olit.

Une i|uestiou ici se préseulc :

['aul-il line, dans l'inlérèt de la |iciutui'e, nous suivions cette tendance


vei's le l'ïioc des idées ?

.le vais faire ;'i ee sujet quelques observations.


I.o elioo des idées égyptiennes et des idées greciiues apporta la lumière
à Athènes. C'était alors l'enfance de l'art.

Plus tard, il y eut unité d'idée sur le beau, .\lors apparurent les sublimes
conceptions de l'Hercule, de l'Apollon, du Laocoon.
Au contact des Romains, le clioc des idées reprit son cours. Alors iléca-

dencc de l'art.

Plus tard, la renaissance vint, avec elle l'unité des idées, .\lors appai-ition
de Léonard de Vinei, de Perrugin, de Raphaël.
Aujourd'hui, le choc des idées règne de nouveau. Où sont les Léonard
do Vinci, les Perrugin, les Raphaël ?

Voltaire, en parlant du goût, dit : u Le goût peut se gâter chez une


nation : ce malheur arrive d'ordinaire après les siècles de perlection. «

Ce mot ne doit-il pas nous faire réfléchir?

Des observations précédentes, il résulterait que le choc des idées l'ait |n'0-

gresser les arts lorsqu'ils sont encore au bei'ceau et amène le doute, le

trouble, la décadence dans les arts arrivés à un certain degré d'élévation.

L'unité des idées l'ait les grandes écoles, les grandes écoles l'ont les

grandes œuvres.
L'école des Grecs comprenait le beau de la même manière.
Raphaël et son école comprenaient le beau de la même manière,
Hubens et son école également.
— 221 —
Lus peintres, iiujoui'd'luii, vivent dans un seeptiuisiiie iléploi'uljle ; ils

liUonnent sans eosse, reproduisent les essais de tontes les époques. Sons
prétexte d'indwidualile, ils ne ressemblent ni à Uapliael, ni à Titien, mais
ils imitonl à ravir Watleau, Jîonelier, Murillo, Pierre Mignard, Jacques
i:allot, et une foule do peintres de troisième et de quatrième ordre.
Ce qu'il y a de remarquable dans la conduite des artistes d'aujourd'hui,
c'est que chacun d'eux se croit le senl dans la bonne voie.
'<Les peintres, on général, sont un pou fous, » disent les bonnes gens.
En vérité, on n'a pas le courage de elierclicr à soutenir le eonlraire.
Voici une polito parabole qui donne une idée assez juste de la conduite
des peintres modernes dans le choix de leurs études :

Un jour, de joyeux compagnons avaiejil à se diriger de Bruxelles à Anvers,


où un banquet splendide les attendait.

Les convives étaient pressés, et dans la crainte d'arrivor trop tard, ils
s'informèrent des routes les plus directes, des moyens de transport les plus
prompts i)0iir arriver au but désiré.

« Prenez le chemin do for, leur disait-on de toutes ijurts , et vous arri-


verez à temps. »
Nos voyageurs goûtèrent fort ce conseil cl manifestèrent leur admira-
tion et leur enthousiasme pour cette route si belle, si directe, qui s'offrait à
leurs yeux.
Mais quel no fut pas l'étoniiement de tout le monde lorsque, l'heure du
départ venant à sonnei', MM. les voyageui's iiour .Vnvers se tournèrent le
dos et se dirigèrent vers des points opposés.
— « Mais que faites-vous donc? » s'avisa-t-on de dii'e ;i l'un de ces
voyageurs.
— tt Laissez-moi faire, répondit celui-ci, j'ai iiiun idée; je connais mon
chemin. » Et s'approchant d'un air malin de l'oreille de ceux qui l'inter-
rogeaient, il leur dit : « Je vais par la porte de liai ; c'est, croyez-moi, le
chemin le plus court ; mes compagnons n'ont pas le sens commun. "

— « Et vous, dit-on à un autre voyageur, où allez-vous en prenant la

chaussée de Louvain »

— K Laissez-moi faire, l'épondit cet autre, j'ai iium idée : je me dirige


vers le pays de Liège. C'est, croyez-moi, la route la plus courte; mes
compagnons n'ont pas le sens commun »

— « Et vous? » dit-on encore à un autre qui, marchant sur la |)Oinlc

des pieds et riant sous cape, se dirigeait vei's la station du Midi.


— u Laissez-moi faire, j'ai mon idée : je passe par Valeneiennes, Paris,
Lyon, Marseille. C'est, croyez-moi, la route la plus courte ; mes cojnpa-
gnons n'ont pas le sens commun, n
— —
Il y ainsi cciil vuyagcurb uuxgut'ls on lit lus iiièuicb 4Uuslioiis. A ces
quesliuii'i, lus niûinus l'qionscs à jieu prùs furent faites ol terminées par ces
mots : K Mes compagnons n'ont pas lésons comnuin. »

C'est ainsi (pie eliaque peintre niarclio selon san idée, el eroitùlre le seul

dans le bon clicniin.

.Ne soniiiios-nuns |ias assez vieux, assez nn'iris, assez expérinienlés ',' Aos
idées ne se sonl-ellcs ])as assez ehoquces'' iNe savons-nous encore liiscerncr
le beau du laiil '?
l'auilra-t-il encore pour la eentièmo fois reconnaître ipie

toutes les routes contraires à colles qu'ont suivies les l'Iiidias, les llapliael,
les Ilubens, ne conduisent à rien'?

Quand je dis : « Suivons la même roule, » je ne veux point dire :

" Devenons des plagiaires, faisons des pasliclics. «

llapbaël lit mieux que l'errugiu, el que f'ra Darlliolonieo , en snivaiil la

même route.

Itubens (il mieux ipie Giorgione el que l'aul Verunèsc, en [lareoui-anl


la même voie.

Faisons nueux, nous, (|ue liaplnu'l el Mubens, en suivant le eiieiinn

(pi'ils ont suivi.

Toute tentative individuelle, si elle n'est une perfection ajoutée aux jiei'-

lections connues, n'est qu'un misérable essai, comme tous les essais, lors(pie

la main du tenqis ne les a point développés et garantis du sceau do son


approbation.

La plus grande perfection do l'art sei'a toujours l'assemblage de toutes les


perfections soudées de siècle en siècle.

Ce n'est point avec nos idées divergentes sur le beau que nous ferons
progresser la peinture; co n'est point en suivant la roule de Van (islade,
de Uoucher, de Wattcau, que nous grell'orons des beautés sur les beautés
de Raphaël, de Jlieliol-Angc, de Ilubens.
Il nous manque une cliose, je le répèle :

L'unité lies idées sur le beau.

Uue l'on rélléeldsse bien aux eonsequenees de nos dissidences d'npi-


nions. b'art ne fera pas un pas si nous n'avons tous
Urées foi, comme les
et les grandes écoles, dans un principe, dans un type regardé par loul le
monde comme le vrai pi'incipe, le vrai lype du liean.
I.'art ne fera plus un pas si nous ne reiioneons une bonne fois il nos
petites idées individuelles.
Idées individuelles f|ui iii'ofèrenl fieriiiii ;'i Pliidias!

Idées individuelles qui profèrent Oolce îi llapliaël !

Idées individiiollos qui préférenl Murillo i'i Tilien ou à Ilubcns !

Idées individuelles qui préfèronl une cruclie, une pipe, un li;dai, nn pol
eassé aux pins liellos eonceptions de l'arl !

Oe tout ee qui vient d'être dit, l'on ppui conclure qu'aiijourd'luii les pro-
Srès do la peinture ne sont pins possibles qu'à une seule condition ; celte
condilion, la voici :

KTvBi.in iiEs er,i>cii'i"N fixes srti i.i; iinu'.

Ces règles devraient être puisées dans les rcuvrcs le plus conslaninienl
admirées des siècles.
lîieii des objections peuvent ici prendre place : je ne répondrai pas à

toutes pour le moment.


On objectera peut-être que le beau no peut avoir de principes fi.KCs, que
le sentiment seul de l'artiste est la règle.

A cela, je réponds que le.s arts dans leur enfance ont él(' pratiqués loiil

do sentiment, mais que le temps a établi des règles.

Les anciens dessinaient de sentimeni la perspeclivc; aujourd'luii on lu

dessine avec des règles fixes.

Nous disons encore aujourd'hui : le sentiment du dessin, le senti-


ment de la couleur. Ces deux parties de l'art n'ont pas encore été bien
étudiées sous le l'apport des éléments qui les constitiicjil. Plus tard, b'

dessin et la couleur soroni soumis h des règles, aussi fixes que la perspec-
tive.

Il no s'ensuivra pas de IJi que tout le monde sera dessinateur et coloriste.


Ces qualités uno fois acquises la foule, d'autres difficultés d'un ordre
supérieur surgiront cl la création des chcl's-dVcuvrc sera toujours aussi
difficile.

On a trouvé bon de fixer des principes dans les langues : pourquoi ne


lixerions-nous pas aussi des principes dans la langue des peintres?
Nous serions choqués si chacun di^ nous s'avisail de parler ou d'écrire
selon dos principes créés à sa façon.
Nous ne sommes point choqués aujourd'luii en voyant chacun de nous
exprimer ou apprécier le beau selon son goi'it, ses fantaisies, ses caprices.
Le beau de nos jours n'a point d'orthographe; serait-ce ilnne chose
déraisonnable de chercher il lui en donner une?
— ?30 —

Dopiiis longtemps, j'ai soiigij au mal qui loiirmenlP iuccssammciil


l'ailisloct qu'on nomme u la divei-silé de nos opinions sui' le beau. »
J'ai i-i'solu d'apporler, pour ma paii. une page à l'oeuvre qu'aecomplironi
un joui' lies hommes de laleni, el qui aura pour liii'e : Griimmtiirc des
IX'illIl't'S.

J'ai l'ait nn reeucil d'observalinns sur les eauses qui eonslilnent le beau
c\\C7, les plus grands maîtres. Ce que Hapliaid, Alirliel-.Vnge, liubens, ele..
ont xenli, sera érigé en principes.
Ce travail sera publié prochainement, sous ce titre : hraii ihiiis l'iiii

<lc lu pi'inlurf' . (^et essai sera soumis à la sagacité d'hommes eouipétenls,


et les principes, je l'espère, en seront lU-viili's «iri' iinr eneniic xuiileiiiir

et une rigoureuse observation des ri^'gles de Pascal.


I.a définition du mot /iraw ne sera point faite à la fai.'on de ceux qui se
sont occupés jusqu'h ce jour de celte question.
Celle explication philosophique : le beau c'est la splendeur du vrai, ou
cette autre : le bean, e'esl le laid, ne snllil point à l'artiste, ne sidlil point
nu pi'ogrès de l'art.

r.e qu'il faul à l'artiste, c'est /c poiiniiwi. le vi'rilubif jioiirijiioi . Ce qu'il

lin faid, e'esl la démonslraliou palpable, la cause mali'rielle qui conslilue


le beau el le laid.

.l'accompagnerai mes observations de dessins : on verra par quels


moyens matériels la forme séduit les yeux, parle au cœur, à l'esprit, l.cs

oliservalions s'appuieront sans cesse de l'exemple des statues antiques el

des plus belles peintures de Raphaël.


Iles dessins coloriés expliqueront également les causes matérielles de la

beaiili'' (le la couleur dans les oeuvres de Titien, de Rubens, ele.


On demandera peut-èli'C si l'antique, si Raphaël, Michel Ange, Rubens,
sont les lypes qui doivent nous servir à élafilir les principes du beau '!

\ lada, je ]'i''poiiilrai qu'ils ont rei'ii /c j'Iiix s.uivi'iit l'approlialion des


siècles ; que les siècles ont probablement raisoji.

A défaut d'une vérité évidente, il faut bien croire à une vérité probable,
.'^i nous n'avons point do confiance dans la perfection des œuvres admi-
nrs des générations, sera-ce dans les œuvres qu'une mode passagère a
l'ait naître qu'il faudi-a avnir foi?

I.'iirlish' iTrii :i liii'isr qui' iinrlipi.'s l'riiiiiacDls qn'iin lrniivrr;i iiliis Iniii.
LA nRlïIQfE KT l.KS PEINTRES.

Nous l'avons vu, en malièrcde peiiilure poiiil de lois.

I n ci'iliquc f|iiclcont|ue peut donc dire au peintre le plus cspcrimcntr'


dans son art : « Vous êtes un ignorant et votre oeuvre est sans mérite. —
Votre dessin ne nae plaîl pas ; votre couleur idem: ee n'est point ainsi que
je coiiipreinix le licnii. »

Un peintre, fi son tour, peut dire au critique : « Vous Aies un is'noraul.

votre critique est alisurdc. Vous ne comprenez point le lieaii. '>

.Nous somni(!s en peinture ce qu'est un peu|ile sauvag'c sans foi ni lois :

le plus fort l'emporte; chacun rend jusiice à sa manière el comme il

l'entend.

lAdisencc de régies en peinture donne souvent lieu à des discussions


hizarres entre les peintres et leurs critiques.
fies discussions enire l'artisle vl ses criliques est précisément ce que

j'appelle :

Di^icussioii-'i il [iiiale ÎDipossihle.

I.a définition des termes n'y est point accnnléc : henii el hiiil soni iliiïé-

remmenl compris.

Point de règles sur le beau, voilà la cause, la véritable cause de lant de

jugements divers sur les œuvres de peinture.


Point de règles sur le beau, voilà pourquoi le critique dit souvent lani

lie sottises dans toute la sincérité de son âme.


Voilà pourquoi ces mêmes sottises peuvent être soutenues avec d'excel-

lentes raisons.

Voilà pourquoi il
y a, entre le peintre et ses criliques, impossiliilité

de se comprendre, pourquoi il y a entre eux une antipathie semblable à

celle qui existe entre gastronomes do goûts différenls,


— 2?>2 —
l'oiiil lie l'ègle? sur le hcna, voil-i rc qui donne lieu ;iiin aNinmes siii-

v.'inls :

<- Il y fi en pcinUire îles ni'S'umenIs pniir Innl ennil.'inniei- ; il y en n poni'


linit niisonili'e.

i) IVis line eeiivre qui ne puisse èli'o eriliquée.


•i l'as une erilique qui ne puisse cire comballue.
V On condamne aisémeni, un ouvi'a^;'e de peinlnn- quand l'auleui' n'esl
|ias là poni' le défeniliv.

» Le moycii d'enihan'asscr un erilique, r'csl de le di-lier de soulcnii', en


pi-ésenee de l'arlisle inrnio, les choses qu'il ilidM'Ie ;i son aise dans un
jounnil.

Telles soni les idiVs qu'un ])einlre peni i;'i'avei' en lelii-cs d'oi' sni' sa
palclle.

Il est temps que, dans l'inlércl de l'aid, la critique devienne sciacnsemcnl


utile aux arlisles.

Il est temps que l'arliste, lui, cesse de se moquer de ses eriliques. C'est
du reste d(;ioyal ; il a trop beau jeu.
Entendons-nous doue sur ce que l'on doit considérer comme h' bniii
ou comme le liiid.

Il serait essenliel qu'aprijs s'être accordes sur les termes, les peiulres et
leurs eriliques entrassent eu discussions réglées.

Uue ces discussions fussent bien dos discussions selon les règles de
Pascal, qu'au besoin, ce (pii n'est pas à souhaiter, l'on fit usage de In rèrile
du bâton.
.\os feuillelonisLes ont assez fait de dépenses d'encre et de papier en
pure perle.
C'est vraiment donuuage que tant d'intelligence, d'espril, de dévoile-
ment, ne soil poiul rais à profil, l'anle de .s'culeudre.
linlendons-nous donc, encore une fois, procédons avec médhode, el la

critique porlera ses frnils.


APPKI. A I;\ CKTTTQrR.

l u vaste local vieiU d'être consiniil ilans lo qiinrliei' I.éopokl, moins


poiii' y abi'itoi" quelques mauvaises toiles que poui' v onvi-ii' un cliamp iiu-

uiense à la discussion on matière de peinture.


i;ne tribune sera élevée au milieu de la salle. I.a ciilique aux eeni voix
pourra s'y déljattre à l'aise.

Les peintres seront invités à y apporter ieurs oeuvres, et les penseurs


il discuter sur les défauts de ces oeuvres.
Les ouvrages des grands maîtres ou des estampes qui les rappellent se-
ront po.sés à eôté des tableaux mis en jitqement et serviront de hase à la

critique.

Un li ibunal de jieinlres va donc être érigé, et les exemples ùes, perfec-


tions les plus avancées seront les lois d'après lesquelles les tableaux pour-
l'ont être jugés.
Ici, point de quartier pour le peintre : les critiques, feuillelonisics,
savants ou bourgeois, sauront condamner avec connaissance de cause.
Ici, plus de mode, de caprice, d'opinion individuelle : la r.oi sur, r.i- iiEAr,
sera Ifi pour condamner ou absoudre.
flomme il est juste que tout accusé ait droit de défense, le peinlie aura
le droit do se justifier selon ces règles.
Les discussions ne .seront point comme les discussions ordinaires, elles
seront maintenues avec ordre, soutenues avec persévérance, sans l'uses
oratoires, sans détours calculés, sans faux foyants, sans lâcbetc' et selon
joute la rigidité des préceptes de Pascal.

Les discussions seront cominuées jusqu'il solution complète, claire, évi-


dente aux yeux de tout le inonde. Il n'y aura point de merci pour le rusé,

pour le polti'on.

Le pari, l'implacable pari, la terreur des beaux iiarleiii's, sera, au biS^oiu,


fréquemment mis en usage.
.Unsi les peintres désormais auront à trembler devant leurs juges.
Ocsormais, la critique, libre de loules recherches fulilcs, de discoui's

jil

^1
.

— ?34 —
inuUlos, lie calembours cl ilc lions mois, sniira riisli.soi' lo pninti'C îi pon]i
silr el le frapper au véritable cléfaul de la cuirasse.
MM. les fcnilletonisles appronilront ossui-ëmciU celle nouvelle avee joie.
I,a crilique bien inlenlionnce — la vcrilablc critique — saisira avee em-
pressement, on ne peul en doutci'. l'oei'asion de devenir sérieusemeul lUile

à l'art et à l'arlisle.

Les liommos de la presse, j'en ai la conviction, se garderont bien désor-


mais de publier leurs bienveillantes critiques avani que ces criliques aieni
été au préalable sanctionnées par la ilixnixxion

Désormais, le bon bourgeois, lisant dans sou journal rai'li(de Beaux-


Arts, pourra le lire en toute confiance.
Si la critique ou l'éloge d'une couvre d'art n'y était point précédée de ces
mots : disfuli an tribunal des peintres, il serait à craindre alors que le

lecteur, lui, n'exprimAl ;i son Inur son opinion par ce mol peu fran(.'ais.

mais énergique :

Bliujnes !

.l'aime la critique. Les correclious faites à jnes ouvrages sont souvent

dues aux conseils d'hommes compétents. Cependant mes attaques contre


la critique oui fait croire l'i beaucoup de gens que je me révoltais à son
endroit. Quelle erreur !

Si j'ai parfois bblmé la critique, c'est la crilique fondée sur d(-s idées
indii'idudies ; la propagation de principes dictés par le (jnnl. le caprice, la
fantaisie de tel on Ici.

•l'ai dit : le journalisme exerce une iniluencc pernicieuse sur la peinlui'c,

parce qu'il est en crilique l'organe d'idées indiriducUes, conséiniemmenl


un obstacle h l'élablisscment de Vanité des idées sar le beau.
Le journalisme pourrait exercer, an conlraire, une influence salulairc sur
la peinture, s'il voulait baser ses leçons sur l'idée du lieau puisée dans les
œuvres des grands maîires de l'arl.

Le journalisme serait salutaire à la peinture, s'il nous ramcnail à Yanitr


des idées qui fut, pour les firocs et pour les grandes écoles de Hapliaél, de
Rubens, etc., cette puissance prodigieuse qui, eu loules choses, acconiplil
des merveilles.
1.0 journalisme serait salutaire à la peinture, s'il cessait de publier ces
appréciations contradictoires qui mettent le pauvre peintre dans la situa-

tion de Sganarelle qui, après avoir consulU' ses médecins, se ti'onvail un


peu moins avancé qu'auparavant.
Personne n'a, plus que moi, foi dans les avantages que présente la cri-

lique. Je crois qu'elle peut amener d'heureux ri-sullals dans l'avenir de


l'art : mais fi deux condilions :
— 235 —
l,n première, riii'eUe soit hasce sur des règles fixes ilii lierm.

I,a seeondo, ot:'F.i,i,E sniT soi mise a r,A DisorssiiiN.

Pénélré de celle pensée, je fais ii'i appel à lu eritique stir mes propres
ouvrages.
Qiiolciues laLileaux exposés dans le local cili' plus hani réclament lonle
la rigueur do la criliquc.

Je suis Irès-peu satisfait do ce que j'ai fait; aussi ai-je résolu île ne jamais
me dessaisir de mes essais afin de les corriger sans cesse.
Chaque jour, le peintre acquiert des eonnaissanccs nouvelles ; consc-
quemmenl, faire bien ii'esl qu'une qiieslion de temps; je l'ai déjfl dit

ailleurs.

.le sais que bien des gens no veulent point comprendre cet axiome et

sont prêts à vous soutenir ceci :

« Plus on avance dans la vie, plus on recule dans l'art. »

A ce compte, il serait à souhaiter que les peintres en restassent à leur


premier coup do crayon.
Non. Avec une vie de trois siècles et conservant ses facultés inlellec-
luelles, un peintre, c/hc/ <iirit snil. ponri'ait espérer de surpasser les plus

grands maîtres de l'art.

Dans une autre occasion, je prouverai ce que j'avance.


Maintenant, je reviens i) lues critiques.
,1e leur demanderai la permission de leur poser des conditions qui, si

leur intention est de m'être utile, seront acceptées avec empressement.


Je placerai à côté de mes essais des œuvres de Piaphaël ou dos eslampes
qui les rappellent, des œuvres de Michel Ange, de Rubens, etc.
Ainsi que je l'ai dit plus haut, les ouvrages de ces grands maîtres peu-
vent être considérés comme règles du beau.
C'est d'après ces règles que je désire entendre faire la critique de mes
travaux.
Une l'ois bien d'areord avec mes censeurs sur ce que Pou peut appolei' le

beau ou lo laid, qu'il me soit permis d'entrer avec eux en discussion.


Quand mes juges auront prononcé leur arivt, les questions suivantes
seront posées :

« L'arrêt prononcé, est-il bien celin de tous mes censeurs sans e.ceeptio»
iiiietmc? »

i> Cet arrêt serait-il bien celui qu'approuveraient les hommes de diverses
nations, de diverses époques, de diverses croies^ »

Sur l'affipiuative, les corrections seront l'i l'instant failes en présence


même des juges.
Toule eriliqiio, non soumise ù ce iii'océdé, non soumise fi i.a disci'ssion.
peut ("ti'o regardée, selon moi, comme une opinion loiile individuelle doni
on peul grandement soupçonner l'importance.
Toule erilique, hlollie dans le coin obscur d'un journal, enseignaiU la

science à l'aide de phrases ambiguës, de Irails saliriques cl de persnu-


nalilés,

.le la iléfie de comparaître devant le Irilninal des peintres.


l/uxpusiUuii lie viuiU lurl à |ii'u|)Ob uuvi'ir un cliainii ii la tlis-
tussioii.

Line roule du IViiilluloiiislcs, dcjà, su soiU l'ait iiisuniv iioiir pi'ciNlir la


parole à tribune des peiiilrcs. Los discussions seroid
la
eliaudes, à eu que
je erois, eteela promet d'ùlre fort curieux.

Il sera l'ait pi'ocliaiiiuinent un complu l'uudii des premiers debals.

Oaiis le règlement, établi


au sujet des discussions lirojetées, MM. les ei
i-
liipiesenrôlés sont convenus d'intercaler l'article
suivani :

<'Tous les censeurs seront invités à venir à la


tribune discider avec
leurs contradicteurs les idées qu'ils
auront émises dans leurs juyunients
portes sur les œuvres du .Salon.

" En cas de refus, les critiques récalcitrants


vuudivnt bien jicrnieltre a
leurs adversaires de les proclamer à
son de trompe :

« leSOIlAMS, JlALVEILI.ANrs OU l'OI/riiONS. »

Uans une des séances qui auront lieu, je me |)ropose de faire uueexpe-
l'ience, sinon utile, au moins curieuse.
Je prierai mi. les critiques de l'aire
choix d'un mauvais tableau, de le
placer à coté d'un tableau excellent, afin
de juger de leur mérite réciproque.
Cela lajl, je prouverai, mais pruimrai
selon les régies infaillibles de
l'aseal ou avec celles du bâton, que le tableau mauvais est cjxcllenl, que le
tableau réputé excellent CildetcsKMe.

Dans une séance suivante, je prouverai - et totijours selon les ré-lcs de


- je prouverai tout
-

l'aseal le milrairc de ce que j'aurai avancé dans


la
précédente réunion.

A'h miliàe depeiiilmr il a des tmjuinenls pour


ij
Uml condtwnicr, il y en «
pour loul absoudre.
l-ecleur, veuillez vous uji souvejiii'.
Kii atluiuliiiil l'oiivurtiiru des glorieux dcbals iiiii ;iuronl lieu ;iu tribunal

des peintres, voiei un extrait des comptes rendus de MM. les feuilletonistes
sur l'exposition de ISSt.
Ce travail, on le sait, se l'ait à eliaque oxiiosilion triennale.

Les contradictions qu'on va lire, suite naturelle do l'absence de rcf/lcx

fixes sur le beau, seront le sujet des discussions prochaines.


Les jugements contradictoires de MM. les feuilletonistes, quelque
réjouissants qu'ils soient, présentent à l'esprit deux pensées également
tristes.

L'une de ces pensées est toute dans l'intérêt de l'art; on sait déjà ((uelle

peut être cette pensée.


L'autre est dans l'intérêt de riiumanité.
En voyant ainsi les hommes sentir, voir et juger si dilVéremmcnt les

choses, on est tenté de formuler cette conclusion peu flatleuso pour


l'espèce humaine ;

Les lioinmcs sont fuus ou sont bien près de l'être.


EXTRAITS

DES COMl'TES RENDI S DK UM . LES KEriELETOMSTlCS

SLl! .L'IiXI'USITlON DU 18o].

Lt's uns (lisent ijni; non,


Les anli'es disent ipic oui,
Ll miii je (lis que oui et non.

SCANAIÎELLE

.NAVEZ.

Kmaïu-iimlion ilu 30 auai. —


La Ci.éjienciï Isalke est tl'un l)oii slylo.
Sancho du 31 aoùL —
». Niivez est ilépourvu do iiolilosso et do graiideuf
dans son style.

KmunnpaUuii. — lu dessin sérieux.


."iaiiclw. — Un dessin <iui renvei'se toutes les lois de l'analoinie.

DE KEVSEH.

liuléjieiidutuf du -M août. — i\L De Keyser est resté ee qu'on l'a vu à ses


débuts, un artiste sage ol consciencioux.
Saiwho du 31 août. — M. De Keyser, jadis si Iji'illant, nous est revenu si
énervé et si piile...

Indépendance du ao août. — (La fille ue jAiUE.) — Les draperies blan-


ehes qui l'entourent sont d'un bon style.
Émuncipalion du -U aoiU. — Le style do ees draperies n'a pas preeisé-
nienl la lai'geur historique.
i

— -no —

G,\LL.\IT.

Sdiiclw ilii -25 :iuùl. — lAisi i:ï l.im-iiii;. i ... (.raiiiluiii- du ^tylc.
Messager de Gund du il aoùl. — Iic^ aiti:>li'S lui uni reiirotliù du luaii-

ijuci' de style.

Kmuin'iimliv» ilii lU août. — (Cii.mtk he iioiim: ,


etu.) I, ex|U'e.ssion est iui

puissaule...

BiiUelin de Piiris du "21 .'e|ileiiiliiv. — Hualre ùu cinq de ses person-


nages iiiauqucnt d'expression.
Independiinee. du "20 aoùl. — tjuaut à l'exéeulion, i\l. (kdlait s'est montre
plus habile que jamais.
Ohseraiteiir du 1" aoùl. — La louelio n'est pas assez délibérée et ne
rencontre jamais d'ell'els imprévus.
Indépendance, du "20 aoùl. — La force et richesse du coloris.
la

Messafierde Gund du -2'2 — Des artistes ont reproché M.


août. à Gallail

tl'avoir l'ait abus du bi'uu cl du i;ris.

Emaitrijinlimi du l!l août. — Tout cela est d'une mei'vcilleusc


vérité.

Messager de Gund du -2-2 aoùl. — Des artistes lui reprochent du peindre


la nature dans sa vérité.
iSaneliii du 2[ aoùl. — - i.Vjit et l.iiiEimo.) ~ Ah! nous disons merci u

dallait, pour avoir réalisé, d'une manière aussi poélique, aussi lière, aussi

noble, la Ijelic et austère pauvreté de l'artiste ! Nous aussi, nous avons


ressenti ces joies non|)aruilles, etc.

Messager de Gund du -2'2 août. — J'ai cnlcndu une dame se .scajidaliscr de


l'air néglige héros, et dire ([u'elle ne voudrait pas prendre cet improvi-
sateur avec des pinceltes.

l'OliTAKLS. — i.S()L\E.\ir, m: Sieiu:.

Kuianeipaliun du 'M aoùl. — Paysage aux grandes lignes cl d'une nature


grandiose.
.S'«K(;/i«du 7 seplendjrc. — l.u fuisai du iM. l'orlaels, nous l'esiiérons, Uii
donnera désorjnais plus de modestie.
liaianeipalion. — Ce paysage démontre (|u'uii ai-lisle do talent peut
s'cs.sayer dans tous les genres.
'i'unclai. — Toute cette teuvre représente un honnête éci'an de cliuuiinee.
— Ul —

F.miiiiaïKiiKiii du H iioiU. — L;i li-iirc de Kiiboii^, iloiU lu ciiraclero lin


L'I ilislinguc tsl l)ien conserve...

Saneho dn 14 septembre. ~ Le |ier.«innïigo do liubens osl li'Oi) sacrilié.


Presse industrielle du U soplembrc. ~ ... Line lumière qu'il prodigue
également à ses toiles. Est-ce le soleil, est-ce une lampe? On reste dans
un doute assez fatigant.
Sanclw. ~ C'est cette lumière dont parle Sbakespearc qui ne l'ajeunit
pas seulement la nature, mais chasse du cœur de l'homme les noirs
soucis, etc.
Sanclw du 1 ! septembre. — Les attitudes sont laciles, élégantes et
vraies.

Précurseur ûu S septembre. — Chacun des personnages est une indivi-


dualité insigniliante agissant pour elle.

Sanclw. — Les caractères des figures graves et réiléehis


Précurseur. — On découvre une masse de traits inertes
Sanclw. — On sent ([u'ils comprennent et respectent l.-i niaiesté de
l'art.

l'nrurscur. — Ils scnilileiil savoii' qu'ils ne se li'ouvenl sui' (a loile que


|iour la eonlcui'.

THOM.\S.

Indépendmice (\u -1 septembre. — l.ltuirn.) La tète de .luditli est tl'uuc


belle couleur.

Sanclw <\u 7 septembre. — Cette grande femme rougeaude...


Indépendance. ~ (Les Em-ants u'Ki)ou.4hd.) — Nos observations porteront
sur le dessin des mains qui n'est pas irroprocliable.
Sanclw. — Los mains sont dessinées avec une rare distinclion.
Indépendance. — Le ton général trop jaune.
Sanclw. ~ Le coloris est riclie et liarmonienx.
Indépendance. — Celte composition est faite pour émouvoir doucement.
Sanclw. — On frémit en entrevoyant dans l'ombre, etc.

VAN EYKEN. — (OssiAN et Malvisa.)


l'.'iiiiineipaliwi du août, - La tète du barde est il'uii bel accent
Sanclw du 1 septembre. — Son Ossian est un modèle d'alclier, orne d'une
barbe en peau do lapin.

16
— 242 —
HAMMAM.

Imlciiciuluiicc du 10 bu|ilu]iiljre. — (llA.ui.iir. i Celle ligure est en loiil jioiiil

réussie.

Messaijer de Garni du 1' ''


seiileiubre. — Cul élcgùiil rushiuiudjle leiiif une
lète do moL'L à ki main ! Fi ! que cel;i est de mauvais goût!
Indépendance. — 11 y a dans les li-ails d'ilamlel une pi'ul'onde li'is-

tessc.

Messager. — Tristesse éléganle.


Indépendanee. — Une expression bien sentie de pitié pour les choses de
ee monde.
MessiKjer. — Jamais, monsieur, ee jeune dandy ne prononcera le l'amcux
monologue : « Mourir, dormir, » etc.

Observaleiir du 19 septemlirc. — 1!o.mi;o tr Juliette se quittent en


rêveurs.
Indépendance du lo septembre. — L'expression, nous la trouvons malc-
làelle...

Obseraueur du J9 septembre. — La Irailuetion de Shakespeare est ;i la

hauleui' du texte original.


£^maH6'i';j«ii(«j du 23 septembre. — ...dont l'artiste n'a jias compris lu

poésie.

DLiPREZ. — (PAY.SAGES.)
Presse Industrielle du i!l septembre. — M. l)U])rez a doux toiles d'une
exquise fraîcheur et d'une végétation bien naïvement Immido.
Journal d'Anvers du 7 septembre. — M. IJuprez a le malheurde mal voir
les paysages qu'il peint.

Presse Industrielle. — D'un ensemble ravissant.


Journal d'Anvers. — Exemple frappant d'une maladie du nerf visuel.
IJKETO.N'. — (La Kaim. )

Pres.'^c Industrielle du H seplendjre. — Le dessin est ignoble et


grotesque.
Messager du septenibre. — t'.'esL inliniment mieux dessiné i|ue

M. Courbet.
ÉmnncipaUvn du -2i août. — Un ne peut contester des qualités de
couleur.
Presse. — La couleur est lei reusc.
— 243 —
J>uk'i„ndance du -28 aoùL - Une seule ligure .uerile d'OU'e louée, c'csi
celle d une jeune llllo qui esl agenouillée.
Bmancipalioii. - La parlie intéressanle du Udjleau e.^l un jeuue eulaiU
couché à plat venlre,

1-OUHMOIS. ^ (Le Moulin.)

^
mnanapaUvn du 5 septembre. - Le ciel est largement traite et d'une
loroc inouVe.

Prccarseur du 19 septembi'e. -
Excessivement tourmenté et sans cllét.
Emancipation. La couleur est vigoureuse...
--

Précurseur. — Des teintes grisâtres...


Cercle ic, ArL, du li septembre. - Do brillants nuages roulent dans
l'azur du ciel.

Précurseur. — Un ciel blalard.

LAEllLEIN. — (Vision de Zaciiauie.)

Sanclw du li septembre. — Ici tout est colossal, inspiré.


Indépendance du 20 août. - 11 y a beaucoup do paru pris dans la bizar-
rerie do l'œuvre.

VAiV MALDEGllEM. - (Le Christ imiéch.^nt, etc.)

Sanelio du
21 septembre. -
L'artiste a utilisé ses souvenirs de voyage
en Orient pour nous donner un vrai
paysage biblique.
Indépendance du 29 août. -
L'arliste a besoin do faii'c de ce genre une
élude spéciale.
Indépendance. -Le iiersonnago an premier plan se fait remarquer
par
un l'aire large et vigoureu.x qu'on voudrait trouver
dans le reste du tableau.
Sancho. - Cela est lourd, pâteux et l'ait taclie sur le ton général île
l'œuvre.
Sancko. — L'altitude du Christ est noble...
Indépendance. — L'attitude du .Sauveui' est mauvaise.
MOUEUTl. — (K,\CHEI. PLEURANT SES ENFANTS.)

Umancipaliun du 30 août. — Les enfants surtout sont traités avec senti-


ment ;
le plus jeune est rendu avec douceur, etc.
Indépendance du 2 scpleinbre. - Mallieureuseinent. les enfants sont de
piei're et non de chaii'.
— —
M""' CALAMATTA.

Bulletin lie Plinx (lu -i-2 .scplcmlirc. — M"" CaUuiiaUa s'est bonicu ii

julL'f lieaiicoiip (lo grâce el de coloris dans ses toiles.

Imlrpcndanee du i'i septomljrc. — (Le coloris.) M"" Calaïuatla n'en a m


le sentiment ni le goût.

UKCAISNE. — (L.v .Matekmïé.)

Cluinmn du 15 septembre. — Ce tableau est d'un lion st>le, la eom|i()-

sition en est savante, les lignes sont l'ranclies, hardies, bien ordonnées; le

dessin est pur, correct, etc.


Cercle des Arts du 21 septcudji'e. — C'est une o'uvi-e manquéc com-
plètement.

l.LMINAI.S. — (Les Pii.lelks ue .mek.)

Inilependiiucc du L'i si'plembre. — Hommes, l'enunes, entants s'acharnent

a leur cruelle industrie. Leur e.sprcssion d'avidité, etc.

.hiiiriml d'Anvers du 7 septembre. — Tous ces crapauds bleus Jie nous

disent rien.

UECAJIl'S. — (l'.WS.UiE OIUENT.VI..)

Jùiianeipalimi du .'1
septembre. — Les tons diaprés de ces terrains, (lai -

semés de riches couleurs, dénotent assez le maître coloriste.

Journal de Liàje du '* septembre. — Ce sont des épinards pla(|ués.

IlUBNEK. — (Age u'ok.)

/iideiieiiddiire iln 11 septembre. — Ln jnodelé délicat,

f'rci-«r.vf«r du 21) août. — Le modelé laisse à désirer.

COLLOiN.

Cluirimri du lo seplendji'e. — Il compose avec esprit.

.laiinmt d'Anvers du T septembre. — Il donne dans le fade et le nia-

nieié.
— 245 —
riOI RI.ARll. - 1 llF.rx ANfiES Diiciiiis. )

Messager de Gmid du -l"' septembre. — Du coloris, de lu friiiclieiii'.

Journal d'Anvers du 7 seplenibre. — C'est une loile mal eoloive.


Messager. — lin beau et largo dessin.

Journal tV Anvers. — C'est uni' Inile mal dessinée.

COliRBET. — fl.Es Cassecrs de piertif..)

Observateur du 1" septembre. — Le talileau de M. Courbel est un tableau


lie religion.

Journal d'Anvers du 7 septembre. — Tableau ii peine digne de servir


d'enseigne à une taverne de bas étage.
Observateur. — l'n lableaii fait pour rapproeher de llieu les humbles cl

ceux qui souffrent.


Journal d'Anvers. — Nous dénonçons hautement les casseurs de pierre
ainsi que le joueur de basse du mOme peintureup comme des lypes de
dépravation et d'insolence.
Sancho du 24 août. — La vérité des attitudes...
Messager de Gand du \" septembre. — Ses contours snni niaigi'es.
Sancho. — La sobriété de sa couleur...
Messager. — Son coloris est faux.
Sancho. — La na'iveté et fermeté du dessin. la

Messager. — M. Courbet ne dessiner sait ni ni peindre.

Le temps ni l'espace ne me permettent pas de continuer à recueillir toules


ces contradictions qui, avec une fureur toti,jours croissante, cnnimencenl ;i

pulluler dans la plupart de nos journaux.


Si l'on suppose maintenant que tous les visiteurs du salon, aussi parfai-
tement d'accord que le sont MM. les censeurs delà presse, s'avisent d'écrire

des comptes rendus, je demande si tous les magasins d'encre el de papier


de la capitale suffiraient à fournir les choses nécessaires fi noter toules les
joyousetés de la critique?
Il est fort heureux que Messieurs les bourgeois n'aient pas tous la

faculté de publier leurs bonnes petites idées individuelles et que les censeurs
préférés de Molière, les servantes, les cuisinières et les bonnes d'enfanl,
aient le bon espril de ne pas écrire des feuilletons.
- 24G —

r'?; i\[OT ST'R LA FRIÎSQI'iR.

Il y n ilix ans, je faisais la pivdiciJon suivaiilo :

H lîiciUôL coiiimoiiccra pai'mi nous une ère nouvelle poui' la peinluro. »


Aujouril'hui celle pi'édirlion commence à s'accomplii'.
lieux causes ilevaienl, nc'cessairemeiit amcnci' une révolulion dans le
goùL de nos peintres el dans celui du public : la première, la l'atiguc ijue

cause loulo mode Irop longlemps prolongée; la seconde, les progrès


de nos voisins d'Allemagne.
Les admirables pelils tableaux llamand?., ces cliefs-d'oiuvre de couleur,
d'cflotet de rayoùl piUoresque, subisseiU, aiijourd'luu le sort des
aieilloures
choses du monde, goûléos à saliélé.

l.'homme est ainsi fait : inconstance perpétuelle, appétits loujours nou-


veaux.
I.a peinture à fresque a fait invasion dans noire pairie. L'apparilion du
choléra no nous causa ni plus d'émotions ni plus d'alarmes.
« Qu'est-ce que la fresque? » se disent les bonnes gens : « .le veux voir
de la fresque ; je veux avoir un tableau à fresque. » Celte curiosité, ce
désir, ce mouvement d'impatience générale à propos de la fresque, osl peu
rassurant pour nos artistes.
Tous les peintres, cejiendant, no sont point d'humeur h peindre do la
fresque : l'habitude des succès obtenus dans un genre, rend parfois tran-
quille et insouciant. I,a pointure l'huile a des charmes
it auxquels le
peintre et l'amalcur de tableaux renonceront dinicilement.
A l'huile, l'ar-
tiste peut se distinguer par les seules qualilés d'un beau tel |ieintre
foire :

estremarquable pour sa touche, celui-ci pour ses emprdements, cet autre


pour la transparence de ses tons. Chacune de ces choses peul faire la
gloire d'un peintre.
Iians la peinture à fresque, n'en est pas tout à ainsi
il fail : les qualilés
— 247 —
d'un beau Taire, si rocherohéos dans notre pays, y sont presque nulles. \.u

fresque exige au plus haut degré la heauté de la forme; le dessin est son
essence ; les antres parties lui sont subordonnées.
Le peintre, peu soucieu.\ du dessin, ne doit donc pas espérer, dans lu

peinture à fresque, trouver moyen do se ralimper par d'autres parties: il

faut qu'il se résigne et prenne le p.irli de roplon£;ei' ses pinceaux dans


l'huile.

« Mais encore une fois, qu'esl-co donc que cette peinture à fresque? >>

me disent des personnes pou familières au jargon des peintres.


La fresque n'est autre chose qu'une peinture comme toutes les peintures;
elle ne diffère essentiellement de celle-ci que par le procédé el son applica-
tion plus constante aux compositions de grand style.

Une qualité éminente la l'ait préférer à la pointure à l'huile ; elle n'oll'rc

point comme celle-ci une surface luisante. C'est cette qualité précieuse qui
permet de l'employer dans les grands édifices où le jour est si souvent
contraire aux tableaux à surfaces vernies.
Le procédé h fresque, employé par les anciens artistes de l'Italie, est dif-
llcile à cause des précautions à prendre dans son application. C'est pendani
((ue l'enduit du mur, préparé it la peinture, est humide encore que l'artiste

doit y étendre ses couleurs. L'enduit trop tôt séché, il n'est plus permis au
peintre d'appliquer aucune retouche.
On le conçoit, un procédé qui ne laisse point à l'artiste la liberté de

corriger le lendemain ce qu'il a commencé la veille, est un procédé Irès-

incomplct.
On s'étonne que Michel-.'Vngect Raphaël, ces hommes si pleins d'imagina-
lion, aient eu la bonhomie de se soumettre à ces moyens mécaniques si

peu faits pour seconder le génie. Le génie, dira-t-on, est prompt dans ses
opérations. Oui, mais le procédé de la fresque ne lui convient pas. Chaque
jour nos idées progressent ; rien no doit s'opposer à leur développement.

Quelle que soit la perfection d'une belle œuvre, le génie qui la conçut
peut après un certain temps la rendre plus parfaite encore.
Fhire bien n'est qu'une question de temps.
Dieu lui-même semble être soumis à cotte loi. Qui oserait nier la perfec-
tion qu'acquiert chaque jour le plus bel ouvrage du créateur : l'homme ?

Les Allemands, ces grands penseurs, ont compris tout ce que les anciens
procédés de Michel .4nge et de Uaphael ont do défectueux. Un moyen
nouveau inventé en Allemagne, connu sons le nom wasser-ijlass, rem-
place avantageuseiuent l'ancienne peinture des Italiens; il laisse la faculté

de retoucher à plusieurs reprises une œuvre commencée.


Le procédé allemand, malgré tous ses avantages, est, sous bien des rap-
ports, susceptible encore de perfection.
— 248 —
Allciiilons nvcc coiillfincc le nisiillnt dos recliorches nniivclles.

Il faiil ,î hi graïule peinUire d'Iiisloiro un prociklé prompt, l'iicile, n'oxi-


yi.'aiil ilii peinlre nueun cll'orl tlo patience, aucun exercice prcalahle, mais
encore une l'ois, qui perniellc (le l'ctouclier.

Dans l'inlérêl île noire école moderne, l'inh'odin'tion de la Lirande pein-


inro est-elle un Lion, osl-elle un mal ?

Oui et non, telle est ma réponse.


i»ui, pour l'avenir de l'école: non, pour ses succès présents.
I.a peinlure de style demande, de la part de l'arlisle, de l'inslrnclion. I.a

peinture ordinaire demamle de In patience.


I.'liomme instruit, soumis aux exigences de l'exi'enlion malc'a'ielle, perd
les qualités qui le distinguent dans l'art.

L'homme patient, lui, perd les qualités qui le dislinnuent dans l'arl, à

mesure ijuo l'instruction l'éelaire.

L'homme à la fois instruit et patient eonsliino l'arliste phénomène : tel

est le peinlre d'Urhin. C'est le cheval fougueux immoliile sous le frein, c'esl

à la fois le calme et la eolèn-, Vrau cl le feu.

Ce que j'avance ici peut être développé, appuyé sur des exemples ; mais
je réserve ce travail pour une autre occasion.
L'introduction de la grande peinture l'sl donc nu mal pour notre école
moderne : l'enthousiasme, le désir de proiluirc des i-euvres immortelles
vont liri'der, comme un feu diîvorani, le cerveau de nos peintres, les faire
liondirdu tabouret moelleux où ils siègent avec tant d'assiduité etdc succès.
.\dieu palicnce et tous les charmes de l'exécution ! adieu la couleur
coquette, le rendu précieux, la touclnj légère! adieu tous les séduisants
ell'els, si séduisants pour l'amateur et le marchand! adieu la peinlure facile
qui laisse l'esprit si tranquille et la conscience en repos! ailieii la bonne
liierre, la bonne pipe et suiaout les nombreux écus I

L'apparition de la grande peinture en Belgique sera pour nos peintres ce


i|u'est parfois un remède violent poui' un malade : elle causera, pour le

moment, anxiélé, douleurs pi'ofondcs, mais bienlùl elle prodtnra les ell'els

1rs plus salidaires.

i,)nanil, il y a dix ans déjà, ji> disais à lout ce qiu; la pairie contient d'ar-
tistes généreux, enthousiastes, hrnlant d'une soif de gloire : « Osez, osez,
tels que des héros, vous mi^surei' aux héros de l'art! » mes vo:'nx n'étaient
pas Lien loin de s'accomplir.
néjà nous pouvons compter de nobles et glorieux elTorts, déjà cpielques
grandes pages au grand style décorent des monuments publics.
Honneur à cenv ipn onl osé'! honneur à .1111. Van Kyken cl l'orlacis,
d'.'IVoi)' osi'- sollir de rni-uièri- l'omuniur !
— 249 —
Espérons que ce noble exemple amènera uns arlisles vers l'élude des
ehefs-d'œuvre les plus renommés.
Espérons que les peintres commenceront à comprendre la nécessilé
do placer les œuvres des grands maîtres au milieu de nos expositions mo-
dernes. Il est temps de savoir oii eu est l'ai'l, ce (|u'il a fail di'pnis quaire
siîicles, l'o ipi'il lui reste à l'iiire peur doter la pairie d'une ('cole, la pre-
mière lîenle du monde.
— 250 —

PROJET d'T'NP: liCOLU NOUVELLE, QUI PRENDRAIT LE NOM


d'écoliî dics k(;oles.

Depuis Cimaluie jusciu'à Rubens, toulcs les manièros de voii', ilc scnlii-

el (le rendre oiUélé essayées en peinUire.


Quels que soicnl les essais nouveaux qu'aujourd'hui l'on expose à nos
yeux, ils no sont que les reflets de ec qui a été fait depuis des siècles.
L'art donc revient sur ses pas, tourne sans cesse dans le même cercle :

il est temps, grand temps que la peinture prenne un essor nouveau.


Ceux qui nous ont précédés dans l'art ont apporté leurcontingent d'essais
cl de perfectionnements. Les Micliel-.\nge, les liaphaëi, les Titien, les

l'iubens ont fourni des matériaux précieux : sachons-nous en servir et for-

mons une école, l'école des écoles.

Qu'une société d'artistes, déjà initiés aux mystères de l'art, mais jeunes,
enthousiastes, animés du plus ardent amour de gloire, ose concevoir le

projet de surpasser par des chefs-d'œuvre les chefs-d'œuvre les plus


renommés.
Aux enfants des arts, et notamment ;i ceux qui ont cultivé la peinture, a

manqué souvent la passion, l'enthousiasme, cette exaltation chevaleresque


qui, dans tous les travaux d'une haute portée, nous fait accomplir des
choses grandes et sublimes.
Nul lie pourra être admis parmi les artistes de cette école, sans apporter,
avec les talents voulus, la liberté et l'indépendance, ces auxiliaires des
grands travaux de l'intelligence.
Ces hommes ainsi choisis s'occuperont avant toute chose d'un travail
d'une portée immense.
Les questions suivantes seront discutées et résolues avec la plus inébran-
lable fermeté :

Quelles sotil les ijualilés qui consliuienl le beau- en peinlure?


Quels sont les douis premiers tableaux du monde?
Quelles sont les perfections qu'on peut ajouter à ces tableaux?

Les douze chefs-d'œuvre proclamés, on avisera au moyen deseprocurer.


sinon les originaux, au moins d'excellentes copies.
I

— 251 —
Ces œuvres contiendronl les Pxoni]iles les plus pnrfnils des cinq premières
parties de l'art :

i;invcntion, la eomposition, le dessin, l'expression, In eouleiir.


lin vaste local doit être mis à la disposition îles soldats de la croisade
nouvelle.
I.à, au milieu des douze plus beaux eliefs-d'o-uvre de l'univers,
les auda-
cieux champions des grands maîtres de auront
l'art à soutenir une lutte
difficile et terrible.

Là, chacun, des combattanls pourra dresser des toiles, déployer tout
l'éclat de ses inspirations.
A chaque œuvre terminée, la croisade tout entière s'assemblera, afin d'en
faire une critique raisonnée.
L'n parallèle sera établi entre la toile nouvelle et les
ouvrages des grands
maîtres choisis. L'invention,la composition, le dessin, l'expression
et la
couleur seront les points examinés tour à tour,
comparativement tout ce fi

que le génie de l'homme aura produit de plus parfait dans


ces cinq parties
do l'art.
Les fautes seront soigneusement signalées, les moyens
d'y remédier
iMés avec une telle force de raisonnement, une telle persévérance dans la
recherche des preuves, qu'il sera permis de défier la postérité d'y ajoutei-
un mot.
Ces deux questions, \e poimitwi et le comment,
seront toujours clairement
expliquées, dussent-elles coûter des jours et des nuits
de persévérantes
discussions.
Entre rivaux, la leçon sera bonne; car il
n'y aura point de llatleuses
complaisances, point de ridicules ménagements.
Les peintres croisés se souviendront qu'un
seul moyen nous reste
aujourd'hui pour surpasser les chefs-d'œuvre les plus admirés
c'est de :

nous approprier toutes les perfections des diverses écoles, citées comme les
modèles les plus parfaits.

Tout tableau sorti de l'école des écoles ne doit scnlir ni la copie ni le


pastiche.

L'individualité sera de rigueur, la banalité exclue.


Les œuvres des croisés, faites toutes dans un but de gloire, ne pourront
servira aucun profit matériel : après l'examen critique, elles seront desli-
nées, si elles en sont jugées dignes, à orner les grands monuments, les
églises du pays.

L'ambition, l'orgueil, la vanité, l'amour-iiropre, seront considérés dans


l'école comme des vertus.
Tout croisé pourra, à l'exemple des combattants d'Homère, se
vanter
d'attaquer les plus vaillants héros de l'art sa vanité ne sera hlessanleel
:
ricliciile qu'anlant que le succès no répondra point à sos lirillanlos pro-

messes.
Tels sont les prineipanx points il'ortranisalion de ïh'i-ole drx c'colfx.

Sa devise sera :

Audace! audace! audace!

\.c sujet do ses discussions :

lieoherolio constante du beau ; moyen d'en fixei' li's principes.

Le but de tous ses eflbrts :

Hclipser la gloire des anciens par des cliefs-d'u'uvre nonveanx . lionnrer


hi patrie par un nom inimoi'lel

Clirisl. a |i;ini ilaii-- Ir


l.fM.' i;r:iMMv, i'c|iirsc-ii(i' Un ('|HSiiili' ilii Triiiniphi- ilii

(ànil|>lt' iriliiii jlhoirr illl sapin lic ISiK,


IV

PREMIERS ARTICLES, BROCHURES

ET PAMPHLETS.
IJKLIKE U'LiN AMATEUR DE l'ElMl |{E

A l'aspect uns TAliLEALX MObEliiNES, EXl'OSliS AU MUSÉE d'aNVEIIS.


— 18-2o' —

Où (js-Ui donc lillo de Mars et de Vénus;' divine harmonie, Ion origine


cl ta puissance sont iei inconnues. Tu n'iiablles plus comme autrefois les
ateliers de la poésie muette; et toi, magique liarmonie du clair-obscur,
qui lis la gloire de I école hollandaise, toi qui attaches les regards, et jmr
cet artilice donnes un moyenpuissant pour attacher l'esprit, l'artiste (|ui
doit faire respirer la toile, croyant posséder la haute poésie de Part,
n'in-
voque plus ton secours.
Divin Raphaël vous possédiez l'art qui nous rcprésenlc
!
les passions
les plus délicates du cœur humain à cet égard, nous vous
;
pardonnons
votre manière peut-être trop simple d'énoncer;
mais vous autres artistes,
si vous ne pouvez atteindre à ce sublime iiu'il ne vous est pas donné de
parler à mon âme, il ne vous convient guère de négliger
le langage de
ce clair-obscur, qualité qu'exigent indispensablement
l'art,
les sujets de
genre, que par penchant vous préférez. Je le répète,
si vous ne iiouvez
émouvoir mon âme, charmez au moins mes yeu.x, vous pouvez encore
cueillir des palmes glorieuses sur les traces
de l'école vénitienne.
La nature, me dites-vous, ne prend aucun soin de grouper, irenchainci',
de masser, et cependant il
y règne un accord de clair-obscur inimitable!

Jourmd du commerce
de cet article iiiioiiyinc est coii.sirvc
de:< l'iii/s-Has. .VnuT.s 1-2 si'|.(oiiiiiir \Hio. U mumiMiH
— ^56 —
Ile ! iiiiis(iiril csl iniiiiilablc, ayez, donc l'ccours aux moyens mysléi'ieiix
liennciit lieu îles iicrfections d'imlUilion auxquelles il est impossible d'al-
leindi'e. Mais, sans disconiement, vous me donnez uue seène paUiélir|ue
dans le slyle badin; là, le beau carmin de la palelte de Sprondonck colore
un sujet qui devait me remplir d'borreur; ici, un sujet historique, travesti
eu genre par la multitude des accessoires; plus loin, le terrible Achille,

sous les formes voluptueuses de lîacchus ou des portraits de famille, sem-


blables à des boutiques de quincaillerie, attirent la foule des connaisseurs
qui ne se lassent d'admirer, parmi toute cette afféterie, un beau paon dont

la queue déployée leur paraît, par un l'cndu minutieux, avoir atteint la vraie

illusion... Tous les genres de peinture deviennent tableaux do genre, en ce


qu'ils manquent de ce nerf, de cette couleur, de ce style que le caractère
(les sujets d'histoire exige avec plus ou moins de réserve. En o« monieni,
je suis trop distrait par le clinquant de la discordance; tout est brillant,

rien uc l'est; mes yeux sont partout, ils ne sont nulle part. En vain, je
cherche l'harnionie...
Mes yeux, après une si grande tension, ont besoin de repos; entrons
au musée. C'est ici que je te retrouve dans toute ta splendeur, ô divine
harmonie! C'est ici ton temple... Le prince des peintres, par sa magie,
m'ai)pelle ;i son lableau du Calvaire; son clair-obscur me force aussitôt à
jeter les yeux surle héros de son poème; je ne vois que lui ; ;iussi, lui seul

m'intéresse. C'est bien là ce gi'and législateur mort [lour le salut du


monde, Quelle expression île calme dans tout ce corjis divin! Je suis en la

présence de l'Iloinme-Dieu. — .le l'réinis, c'est une illusion! (juel est donc
cet art qui me fait éprouver la même impression que si j'eusse été à la

scène du Golgotha? Ue même que si j'y avais été, je n'ai qu'une idée cou-
lusc de tout ce qui entourait le sujet principal. Uuelle conformité avec la

nature! Je conclus, tout en admirant ce cbef-d'œuvi'c, qu'il fallait que


riiarmonie eiit réservé tous ses dons pour le siècle de Rubens.
(Coiiuniiiiiiiue.)
i.A i)ii'i'iciii;rÉ

IJIi ,ltc;ur. I.ES OUVliAGES DE PEINTIISE, ET DES (JONNAISSA.NUES


yilE CE JUGEMENT EXIGE.

l8-i8' —

l'oui'juger des ouvi';ii;i!s de |ieiiiUii'e, i! liiut deseoimaissuiicessi elendues


rl si proloiules qu'il csl iDipossi))le qu'un seul individu, ni même plusieurs
liuissent apprécier le juste degré de mérite d'un tableau.
Cependant, tout le monde veut juger. Sans vouloir m'ériger en connais-
seur, ni poser des principes, j'essaierai de montrer la manière qui, selon
moi, me paraît le plus convenable pour distinguer le mérite ilans les
ouvrages de concours.
La peinture est composée de plusieurs parties, plus ou moins essentielles,
que l'on peut diviser en supérieures et inférieures. Celles du premier ordre
sont l'invention, la composition, le dessin et l'expression. Celles du second
ordre sont le coloris, l'imitation et tout ce qui tient au mécanisme. S'il se
rencontre, dans un concours, que l'un excelle dans l'invention etl'autre dans
la couleur ou l'imitation, il sera facile de faire le oboix. Si deux artistes, dit
liapbaël Mengs, ont atteint le même degré de perfection, l'un dans l'imita-
Uon, l'autre dans l'idéal, il faut préférerle dernier; car celui qui ne possède
i|ue l'imitation n'est qu'un babile ouvrier. Ainsi, quoique le talent de
Netclier, de Gérard Dow, de Miéris, soit supérieur à celui de Rapliaël pour
le coloris et l'imitation, ils ne peuvent cependant lui être comparés. Si, dans
le concours, le mérite se balance dans les premières parties de l'art, c'est
plus difllcilc à juger; alors il faut que celui qui doit être im[)artial et
juste dans .son jugement, connaisse bien le caractère du sujet, iiuelles
sont les parties de l'art i|ui y doivent dominer ou être plus ou moins eu

Jiiurmil f/M«rr« 'lu ->\ ;iuiil IHix. I,,: iii:iiiii,-rril do arlicio aiinii\|]ii> rsl
ruliscrvr.

17
i'vidi;iiCL' ;
iiu'il siirliu qut; les sujets lr:iiK|uillcs ou luuiiiHufUN , Uirrililes

ou agréables, yais ou mélancoliques, doivent se disposeï', se composer cl

s'exécuter d'une manière convenable à leur caractère ; que tous les sujets ne
doivent pas être traités du même style; qu'il faut que toutes les parties de
l'art concourent à rendre l'expression générale du sujet; que c'est cette
expression du sujet qui est la principale partie de l'art, et qu'il note bien

i(uc c'est en cela queronsisie le vrai mérite; que pour l'expression l'artiste

doit quelquefois tirer parti lie la dureté, de la crudité, de la séclieresse et


lie la discordance ; qu'une belle couleur dans un sujet n'est pas une bonne
couleur dans un autre; i|u'il ne doit pas se laisser séduire par une exécu-
tion lécliéc dans un sujet où elle doit être lieurtée ; que l'harmonie doit être
ou douce, ou agréable, ou tranchante, selon que le sujet le comporte que ; le

tableau est totalement manqué si le sujet et l'exprcsiion n'y sont pas éga-

lement rendus; eidin qu'un juge doit être dépourvu de toute prévention
et doit toujours se délier de soi-même. Ce n'est pas ce qui est conrornie
il son opinion particulière, ce qui ressemble à sa manière ou au mauvais
goi'it ilu temps, qu'il doit prélérer, niais bien ce qui est conforme aux vrais
principes de l'art et à ce qu'en ont dit les grands maîtres; il ne doit pas
dire : c'est bien jiarce que cela me pinil, miiis il doitdii'e pdiirquoi eclii lui

pliiil et en donner, selon les principes, des raisons démonstratives et con-


vaincantes : les modes, qui s'insinuent dans la peinture comme en hcaucon|)

lie choses, ne doivent point le guider; il doit considérer ipi'on lui a conlii'

le soin de découvrir le niérilc, et que ce serait le comble de l'injustice et

du ridicule de soumettre le sort d'un individu aux caprices et aux 0|)inious

lii/.;irres. Telles sont, selon moi, les choses qu'il doit principalement envi-

sager. Je crois aussi que des juges, quelque habiles qu'ils puissent être, ne
peuvent, en une heure de temps, comparer, raisonner, rniivr dans l'iii-

tenlion de chaque ai'tiste, alin de connaître les causes qui l'ont déterminé

l.i' iirrmii'i' .sfiiii dt' Uii[ili;irl ,


ipiaiii! il vuiilaii rimiimsL'r un tiiliU!ii)i t'Iail tir peiisiT
a l'cxiiri'ssiuii ; r'csl-a-ilii'o ipicl iluvait on être le sujot, et (luollcs liassions clevaieiil
iiiiiiner 1rs |icrsiiaiia^'cs ipi'il voulait cra|iliiyer; riisuile il raleulail les (le!jn''s lie ces
[lassions et di-terniitiiiit les iiersiinitiiiirs aiixi|iiels il fallait les ilnniicr, quelles espères île

tiiiures il poiiviiil eiii;)lii\er el en quel noiiilire ; a quelle distanee il fallait les |ilaeer de
l'objet iirjne!|ial [loiii- eimeimi-ir a l'expression liénéraie. et par ee moyen il eoiieevail

riMendiie de son niivra^e ; si le eliainp qu'il devail remplir était ijrand , il |iréviiyail :

l'oiobieii rolijet pi'iiii'ipal on l'expression des priiieipanx ^'rniipes avait de rapport avee
les autres ; si l'ai lion se lioriiait an nioniciit aelnel ou si elle devait s'étendre au-dela;
si elle était d'une expression forte on faible ; si elle avait été préeédée de quelque cvé-
iienieot aiilérieiir on bien si elle devait èire suivie de qnelipi'anlre ;
si e'élait un événe-
ment lr,aiiqiiille et ordinaire, ou bien nu tumulte extraordinaire ; une scène agréable,
d'une Iranqnillilé lugubre, ou d'une tristesse tumultueuse.
llENGS, Rélh' iioiis si(r la lieaiilé et sur le iioiil ilniis la peiiiliire
fiaiis son choix. Il liiiit voir plusieurs lois et plusieurs jours lie suile; au-
il esl bien ilillicile, en un instant, de mieux raisonner sur un oljjct, que
celui qui y a pense' deux ou trois mois.

L'on doit donc convenir que la talent de juger n'appartient qu'a un très-
petit nombre d'hommes ; ee petit nombre, quelque savant qu'il puisse être,
a toujours des opinions et des penchants particuliers, et ces penchants,
malgré lui, inilueront sur ses jugements. I,a peinture, comme toutes les
choses humaines, éprouve des révolnlions : tantôt elle s'élève jusqu'à un
i.'crtain degré de perfection et tantôt elle tombe de nouveau, de sorte que ce
(|ui, dans un tenips, est l'objet principal de l'art, est regardé, dans un aulie
temps, comme à peine nécessaire. Le vil intérêt cause souvent la décadence
de la peinture; généralement les artistes cherchent fi plaire à la multitude,
et pour plaire à cette multitude il faut des choses à la portée de ses con-
naissances. Ainsi l'imitation servile d'un objet, un jnécanisme facile cl
agréable seront alors regardés comme parties essentielles de l'art. Ce sont
ces parties qui constituent les tableaux que nous Non- nommons genre.
seulement l'imitation des objets burlesques a l'avantage de plaire à tout le
monde, mais encore l'artiste éprouve, en les produisant, toute la facilite
possible, et, comme le plaisir résulte de cette facilité, tout le inonde s'en
incle; alors la confusion des principes est tellement généi'ale et le goût des
futilités tellenieni à la mode, qu'ils se glissent dans les ateliers des peiidres
mêmes, qui semblaient ne s'être destinés qu'au grand gcm'e de l'histoire;
de sorte qu'il no faudrait pas s'étonner si, dans les occasions où il faudrait
décider du mérite d'un ou plusieurs ouvrages, on juge en faveur de celid
qui flatte le goût général, si dépravé qu'il puisse être.
Heureux le jeune artiste ami des vrais principes, .s'il nait dans un temps
où les encouragements sont décernés par le bon goût! Mais s'il nait dans
un siècle où le mécanisme est préféré à l'expression et où l'invention et la

composition ne sont considérées que comme peu imjiortantes, alors il doit


céder au torrent, ou avoir le courage, s'il peut, d'imiter le grand Poussin,
de peindre pour la postérité et, luttant continuellement contre le mauvais
goni, rester toujours pauvre, mais devenir grand artiste.
,

— m) —

vovAci: .\r\ r,M r,iis i»k mm. o... r;r iv..

iiiAi.u(;i i; icNTiu; ciiK >iiissiia i;s lii l'i.ijsiixiis Aiii isins ciiLÎiuuiis
M'X CII.Oll'S-KI.VSICES.

— Ij iiLC i:mi'. I8-2K ' —

lloulli (jui IlKlI > l'clIbL-.

M. (I.

.Messieurs, j'uspùro i|uc iioU'c voyage aux liiilcrs vu uous iirueui'er loul

lu phiisii' i|uc nous un tiUonilons. Déjà nous appi-oohons le sombre i-iv;ige,

"ù se Irouvenl, sans duule, les ombres de nus l'amcux arlisles, les lUibens,

les l'oussin, les HembraniU

M. .N.

.Ma loi, niuu eiier (I


, je crois que nous elierelierons vaincmenl [lariiM

eelle loulc conluse, el quo les dieux, aussi bien que les bommes, auront
eu la lolie de les plaeer aux ran^s des hommes célèbres. Passons aux

r.liamps-lîlysées.

M. (I.

Vous avez raison, je ]]ie réjouis à l'avanee de eonl'ondre lous ces nigauds

et d'écraser en quelques mots leur Taux système.

M. r.

Nos iiuvrayes. Messieurs, nos ouvrages vont parler pour nousl .Je suis

l'urieux de voii' noli'e l'ameux Hubons; j'espère que le tableau que je porte

avee moi suffira pour lui prouver que, malgré sa fougue et son prétendu
génie, on peut lui a|iprendre ii peindi'e des batailles.

Iiit'ilii.
M. N.

AIniisiciir T., je crois qu'il sera éloiaii' il la vue de nos lablcauN ;

celte vérité, ee l'ciidti, en Uni précieux, jusque dans les moindres acces-
soires, prouveront à cette têl^i ehimérique combien nous sommes au
dessus des systèmes de son temps, et que l'invention, la composition et
les grandes eoneeptions qui n'apparlienncnt qu'à des têtes déréglées, soni

bien moins ce qui constitue lo vrai Inleiil, que celte imilalion pavlaili' de In

nature telle qu'elle se pri'sente.

11. 1'.

Il faut avouer qnc c'est là lo riifllcile de l'art, et en cela nous sommes


liien supérieurs à ces Messieurs là ! Ust-il rien de plus adjnirable que celle
exéeulion soignée qui rend les objets jusqu'à l'illusion? Voilà lo langage
de l'arl, et c'est ce seul langage qui, par ses attraits pnissants, captive
l'àmo du spectateur. Cela est si vrai que, l'autre jour, obligé de juger qtuil

était, parmi les élèves de notre académie, celui qui possédait le plus de
talent, je ne pus résister davantage dans mon irrésolution, à la vue du
tableau d'un do nos plus jeunes élèves qui, avec une patience et un génie
supérieurs, avait imité jusqu'à l'illusion la plus parfaite, une plume servant
lie panache an chapeau d'un personnage de son tableau. Croyant voir la

nature elle-même, je m'approchai pour m'en assurer; une mouche qui


paraissait se promener sur le tableau, couvrait une partie du petit chel-

d'œuvre, je lève la main pour en chasser rimpnulenio, mais que vois-je !..

C'est aussi une peinture. .\ ce double talent, à celle dnublr preuve di^

génie, je ne balançai pas à lui accorder la palme.

}l. N.

.l'aurais élé de votre senlimenl.

M. 0.
• lit moi aussi.

Jl. \.

Quel élait le sujet qu'avait Irailé votre jeune élève '.'

M. P.

Oelques paysans hollandais au bord de la nier.

M. N.

1.0 sujel est pilloresque.


M. P.

(lui, c'i'.sl vr;ii. Kh liicii ! fo sniil ces siijels que j'iiime qu'ils Iraileni ;

l'ieu ii'esi plus !;loi'leux pour un ai'lislc que do rpli'ncer les scènes iuléres-
s;iulcs (le sou pays el ili; li'iinsmellre :i l!) poslériki les faits écl.Hniils (pii
liiil illuslrc sa pallie. Au resle,.ie ne veux point foreor leur goût; ceux qui,
pac iiue iiuaginalion trop houilinnie, veulent se perdre clans le laliyrinllie
du si^iiiil li'cure de l'hisloirc, je les laisse s'i'pniscr en vains eflbrls,
cl liicnlôl. revenus de leur erreiir el dociles à ma voix, ,
je leur trace l:i ronlc
du vi'ai el do lion S'oùl.

M. N.

Pour moi, j'iiLîis à peu près de mt'me, je traite mes élèves en amis
cl leur donne les conseils les plus salutaires; je leur dis : Messieurs,
qii'esl-cc que la peinture. .N'est-ce pas l'art d'imiter la naliire? i;ii hien !

voici le modèle, copiez ses formes, copiez .-a couleur, el vous aurez
atteint le but. Ce sonl là les seules études qui doivent vous occuper joiii--

iiellenieut. De mon cùlé, veillant eonliniiollemenl à votre avanecmont, je


serai là pour vous guider, je saurai vous dire si vos teintes sonl Irop rouges
ou trop grises. Le grand art, Messieurs, est d'imiter ce que l'on voit.
.\llaeliez-voHs snriont à rendre les objets avec celte exécution polie et
agréalile qui charme les yeux, et vous réussirez. C'est une erreur, Messieurs,
lie se lirouiller la lêle par des études d'analoinie, do perspective, etc., el de
se gfilcr le pinceau par celte manière de peindre des esquisses et toujours

des esquisses. Il est vrai que c'est un moyen puissant pour s'exercer dans
l'invonlion, la com|iositioii, etc., mais qu'est-ce que cela? Je vous le répèle :

la composition n'est que l'clfcl du liasarri; c'est en cliorcliant, en essayani


lie toutes manières, que l'on y parvicnl. Croyez-moi, sachez exécuter el
vous serez grands arlisles.

:M. P.

\nilà les vrais principes, mais malheureusement ils sont négligés ilans
la pliiparl de nos académies, el notamment à celle d';\ Ce professeur
qui la dirige est enc.ire lin de ces bouillants gV'nies onllioiisiasies des pré-
Iciidiis grands principes el à qui l'on ne peut faire entendre raison sur ce
point. Mais, à propos de l'école d'.A comment ont réussi vos l'Ièves
au concours du grand prix de la peinliirc historique?

M. N.

Ils ifcinl pas (''II' j'cçiis.


M, I'.

I';is 01 p i'p(;iis 1.

M. II.

(;>iiiinii'iil I |i;is l'Ii' it(;ms, dilcs-vniis 1

M. N.

l'as élé reçus, vous dis-jo. C'est un gniimalias à n'y lien Poni|ii-eiuli'e;

il liiiil que les élèves do celte académie soient diablement avancés depuis
l'année dernière; ou, ce que je ei'ois do plus probable, c'esl (pTil y ;i

ilu louche dans le juiiemenl des concours préparatoires.

M. 0.

Oui, vi'aimeul, je ci'nis i|ue vous avez raison ; oui, il y a du louidic là

dedans. C'est un cou)i de patte. Monsieur iN., qui mérile bien un bon
coup de poins. Nous verrons ce que ces élèves à génie auront produil au
concours dénuitil'. Ils ont échoué l'année ilernicre. cl l'c ne sera pas ma

Innlc s'ils ne croulent pas cette année.

.M. P.

Pour moi, j'y serai S('vère en diable, cl...

.11. N.

Il faudra du Imn. ji' vous assni'c, |ioui' échappei' à ma vcns'cauce.

.M. 11.

r.'est conli'C le professeur sui'lonl qu'il faut lancer la foudre ; cl, dans
II- jus'cmenl, peu importe i|Uelli- sera son opinion, il faut le coul raricr

sur tons li'S pdints.

C'est aussi mon intenlion, et. s'il s'avise de nous parler d'invention, de
coniposilion, d'idéal, d'esquisses, peintes sans le secours d'aiilrui, cl de
lonles e(!s babioles sur lesquelles il l'onde toute sa gloire, nous lui répon-
ilrous, nous, selon nos principes, et celle rencontre sera bien inoins un
jugement (|u'iin idinm|i de bataille, d'oi'i eertaiiicmenl nous soi'tirons

vainqueurs.

W. I'.

Il me larde d'en venir là ! l'onr moi, je vous assure i|ue je n'en dénior-
— i(>l —
iliMi lias, iliissé-.jc .Mais voici i(ne nous approchons des rliamps
lorlnnés; ne scrairnl-cc pas là. Messieurs, les ombres îles aiM.isles que iiou-
rherehoiis?

liiroctivemenl, je les reconnais ! ;\llons! Messieurs, lionne eoiUcuanee.


r;oUe ombre qui s'avauce avcr m.ajesli' me paraîl rire celle île Ruliens.
.Monsieur 0., à vous la parole,

M. 0.

I.a pri'seiicp d'un lel personnage est toujours imposanb', el jr vous avoue
i|ue.ie ue suis pas ici dans lonte ma verve poi'liqiie.

M. N.

Prenons eourape ; le voici.

Piini-xs.

Messieurs, quel est le motif qui vous inspira la liardiesse de porler vos
pas sur le domaine des grands hommes?

M. 0.

-Avide d'iuie ri'pulation éclatante, il n'est rien que nous ne hasardions


pour l'établir même jusqu'aux Enl'ei-s. Plusieurs lois, sans doule, l;i

lienommée fil retentir à vos oreilles les noms de N. et 0.'.'

M. P. itinx il M. 0.1.
t:i de p.

M. f). {Iiiml\.

F.t di' IV

M. P.

Tous trois lenani le sceptre de la peinture!

Pii;iiENs.

Messieurs, vous entièrement ignorés ici-bas. l,cs seuls noms qui soient
è-tcs

parvenus jusqu'à nous, sont G. G. D. et quelques autres. Mais ce n'est l'ien,


consolez-vous, nous vous rendrons justice. Voyons vos ouvrages.
ili-i It's (iiiihn's lie Pi)nxsiii l'I île UemhriiniU x'iiriiiin'iil.}

M. P. (ilrroiilnnt avec jierW sim liibkaii de la hiitaille de il' )

Messieurs, voilà comme on peint aujourd'hui !

IMM. 0. et .V. s'empresxeiii missi de ile/ihi/er leurs mivenqes.)


.

— 265 —

V. 0.

Nous vous ons'as'eoiis :'i no pas nous ciu'liei' voli'o spnlinifnl, cl ;i nous
l'itii'e fl'anclienicnl les ohsfTvalions (|ui pouvraienl n(Uis ôli'i' nlilos ;'i

l'avenii'.

[iriii-Ns.

Nous nous l'erons un plaisir de vous insli'uii-e el do vous donner les con-
seils que l'on doit toujours aux jeunes arlistes. Je m'exprime ainsi, enr
vos ouvrages annoncent le jeune talent; le elioix du coloris, l'harmonie, la

magie des eflets, l'ensemble, tout cela vous est encore inconnu ; votre
esprit n'a pas encore atteint ce degré de savoir, oe génie créateur avec

lequel l'artiste s'exprime eu quelques coups de brosse; vous en êtes encor{'


aux premiers rudiments, à l'imitation, que vous me paraissez cependaril
posséder à nu assez liant degré de perfection.

51. N.

r.a que vous appelez rudiment, est aujourd'hui la première partie de l'an
Nous no voulons pas éblouir, comme autrefois, par un brillant bixc d'ima-
gination ; mais, d'un pinceau moelleux, l'aressant, assujetti à la plus rigou-
reuse imitation, nous imprimons partout, jusque dans les moindres acces-
soires, cette empreinte sacrée de la vérité, cette puissante expression, qui,

par son ascendant, séduit, attache et force le .spectateur olouné ;'i rendre
hommage an pinceau, ximpir imitateur ilr lu nnltire.

ni:EENs.

.le vous avoue que je ne me serais pas attendu coque nos modernes, pour fi

nous surpasser, se fussent avisés de tourner leur vue sur ce point. Mais je
suis fâché de vous le dire, tel est l'ed'et produit par votre tableau, qu'il

ressemble à une assemblée nombreuse d'orateurs véhéments qui, voidani


à l'envi faire briller leur espril, crient tous fi la fois et étourdissent l'au-
diteur, forcé de se retirer sans recueillir aucun fruit utile de cette
multitude de discours qui, séparés peut-être, auraient produit leur effet.
Si un homme parle dans l'assemblée, les autres doivent se taire ; de même
le tableau doit oflrir un objet principal auquel les autres doivent être
subordonnés.

M. N.

Trouvez-vous que l'on ne distingue point l'objet principal dans mon


lahlonu '.'
— 268 —
séduire pai' le vil iiUéi'Ol, \)biv. du mauvais goùl. il sei'a oiUraîiié par la

marclic et l'exemple des autres, et ue fera que passer pai' la porte rojii-
mune, saus oser s'ouvrir aucune route inconnue vers une plus liaiilt-

perfection. Les jeunes gens adonnés au grand art de la peintiiro, soiil

ordinairement guidés par les préjugés, ou par la sotte autorité des pré-

tendus génies du siècle; ils laissent étoutTer en eux le feu do cet esprit

inventif qui, livré à lui-même et lier d'oser, comme un nouveau Colomb, eiit

découvert un monde artistique nouveau, inépuisable do richesses incon-


nues. -Vais tel est le sort des arts qu'ils ne doivent leur avancement qu'il

l'audace d'un génie supérieur qui ose s'affranchir de la tyrannie opiniâtre

des préjugés. Chacun de ces hommes hardis marque un pas de l'art sur
les degrés de cette échelle iinmense et difficile qui conduit à la perfection.

Nous n'avons vu, depuis le divin liaphaél, que quatre ou cini( de ces
géants : l'espace de temps que la nature avare emploie à l'enfanlement de
ces prodiges est comme un temps de famine où l'artiste timide ne fait que
glaner les restes du champ que le dernier colosse a moissonné, .le crains
bien, en voyant ces ouvrages modernes, que la peinture ne soit dans cet
état d'ineplic qui, s'il se prolonge, la réduira bientôt à une décadence
lolale.

M.

Vous voulez donc dire qucnos ouvrages sont dépourvus d'originalité' el...

M. 0,

Vous croyez peut-être que nous ne pouvons nous placer à côte des plus
Lii'ands maîircs : Voyez mon Pygmalion el vous serez convaincu 1

>l. P.

Voyez, Messieurs, ma bataille de \V..., rl vous jugerez si jamais l;i Ibd-

lando produisît de tels ouvrages?

IIF.JICUANDT.

Kolàl doucement Monsieur, les ouvrages de l'.cmbi'andl vous sont-ils


inconnus ? Si cela est, jevaisvous en montrer un.
(/("/ RpiiibrninU l'iiil prirailre un itr ac-s i'ii:v)'iifies. i

.M. I'., -l'iipiiriii-lHiiil l'oiir rinniiriiiwr l'f.rénilitm.

L'exécution n'est pas...

Remur.vndt.

N'approchez pas le nez aussi pivs. Monsieur! [.a peinlure est malsaine el \:\
i iiilussc clos coups (le Iji'osso poui'rail pcotliiii'o ;'(
la dclii-utussc de vulie iifi i'

(iptii|ui), (lus sciisalloiis poiiiljles ipil vous foraiciil juyor mal de iiiuii

lahleaii. Voyez, à la distance.

:M. P.

r'csl i|Me.ie l'eiiianiuais le peu de liiii et de

liEMlillAMU.

l'eu iuiporle, Mousieui'l Lu tableau est liai ipiaiid l'artiste a atteint le

liut qu'il s'était proposé, c'est-à-dii'e lorsqu'il produit sur l'àiue du speeta-
teur l'impression qu'exige le sujol.

M. N.

l'ermette/.-moi de vous l'aire oliserver (|ue eette draperie n'est pas |iei]ite

d'après nature : ((uc ees sortes d'étoffes donnent ordinairement des


demi teintes moins eolorées, et, sur le passage de l'ombre à la lumière, des
nuances un peu moins tendres.

lli,.iiiiiiANnr.

Mon cbei' Monsieur, que vous êtes minutieux et que vous connaissez
peu les mystères do l'art! Sachez que ces négligences sont à propos,
.liais je cesse de vous
vois que ce raisonnement est au-dessus
le dire, je

de votre poi'tée et que vous n'avez pas encore rrancbi ces bornes qui
séparent le maître de l'élève.

.M. ;\.

-Apjireaez, Monsieur, que ces élèves ne pâliront point à coté des grands
maîtres de votre siècle.

M. 11.

Il nous sullit que le public nous admire.' ICIi ! si nous obtenons ses
sulTrages, n'est-ce pas une preuve évidente de notre supériorité '?

M. 1'.

Les ouvi'ages que nous vous présentons doivent assez vous prouver i|ue
l'art ne l'ut jamais porté à un aussi haut degré de perfection.

(Les ombres, indiçjiurs de laiil (L'orgueil, s'éloUjnenl eu plmiuiil avee iiia-

jesle; eblouismnles de ijloire, elles mtl s'asseoir sur des trônes d'ivoir'-,
voibraiji's de hntrier^.l
l. \( ADKMIK D A.NVKHS.

MATMIKL \ \> liltliK.

— IS5S' —

C'tljil. une cliusc iidmiriiljk' que l'Acailu mie d'AiiVL'is, un IS-iï!, (|U;iik1 le

liMii vieux culoi islo llerreyiis en (Hait le ilii'ecieur, i-l que M. Van Bi'cc, alors

plein lie vigueur el île santé, en ('iLiil l'àme tout entière.

Si l'anc-ienne irole lliniande lient une des plus belles palmes de la pein-

liiie, elle peut aussi se vanter d'avoir eu, à notre époque, la première Aca-

démie du monde. Ceux qui l'ont vue alors, qui y ont puisii, comme dans
une mer profonde, toutes les l ieliesses de leur palette, doivent en avoir un
souvenir de reeoniiaissanee el d'adniiralion ; il ne faut jamais oublier une

bonne mère.
Peu d'iiomuies ont roiiiiu ce que renlei'niait ee vaste loeal, trop petit

pour le tîL'ide qui le remplissait de son lident jusqu'à la voûte, l'eu

d'hommes ont vu, excepté les inities aux mystères de ce temple de l'art,

peu d'Iiomnies ont pu voir ces vastes murs tapissés de tous ces dessins
ingénieux, de ces fragments d'anatomie, do perspeetivc, d'areliitecture, ces
savantes combinaisons de lignes si bien ordonnées, si bien inventées, si

mode plus parfait de l'éducation des peintres série


bien appropriées au le ;

immense et profonde, où tout ce que l'antiquité, Micbel-Aiige et Raphaël

ont laissé de plus beau et de plus pur brillait dans tout son éclat. Ce

colossal amas, dont on aurait pu faire une immortelle pyramide, celte

réunion du beau, du bon, de l'ulile, de l'inslructil', ces


immense
théories, l'Cs principes, ces applications, cette grande et ingénieuse bous-

sole des beaux-arts, une seule lèlc l'avait lèvée une seule main l'avait

réalisée.
Ces matières précieuses aceunndees, bien ilislribuécs, bien gouvernées,


Publié eu lï-uiUefoii dans le JoKriiiil (le l'mje ai IS5H, rtproiUiil ou parlic |Kir li'

journal d'Amers du 1 1 octobre 1858.


*

lïlisuient (le rAciidémic cuiiiiik; une gniiule ruehe ilunl Vuii Rrce l'Uiil

i iilieille et le roi.

Kl c'était un coup d'œil ailniirable que cette jeunesse iirdente, (|u'(jn

voyait copier ou méditer ces pages savantes, ces lumières pures et élasti-
ques allumées au fanal des grands maîtres : ceux qui ont copié ces dessins
doivent les garder précieusement; ils seront loujours un sOr bouclier
contre les modes et le mauvais gont.
Qui pourrait dire, excepté les élèves de ce lem[is, condjien l'Cs excni-
jiles si éloquents allumaient d'entliousiasme dans toutes ces jeunes têtes
d'artistes '.'

Oa])s celle hrillaidc école de l'arl, cliaquc intelligence croissail, llcuris-

sait, se dévclo|ipait dans le degré d'atmosphère qui lui était propre.


Van lîrée était la luiuièir, le rayon du soleil, (|ni, ii cliacnnc de ces àmcs
pleines de sève et d'avenir, distribuait sa pari du l'eu sacré : son souille
créait des peintres, des sculpteurs, des arcidtccles.

Devant celte loule brûlant de l'amour de l'art, armée de ci'ayons, de pin-


ceaux, de compas, et atleiidaut une leçon, i|uel talent ne l'allail-il pas pour
se du^e : « Toùl ce que cette masse doit savoir, je le sais et c'est nuji i|ui
dois le lui apiu'endrc. »

Qui n'a point vu l'.\cadciuie d'alors, ne sait pas(.c(|ue peut riniclligencc


d'un seul homnii' sur un millici- d'iniclligences.

Qui n'a point vu l'académie d'alors ne peut (.'oncevoir que l'esprit d'un
seul homme puisse se multiplier, se diviser ainsi que le pain miraculeux,
pour en nourrir mille talents divers, pour doiinei' à chacun un guide sur, à
chacun de la l'orce, ouvi'ir à chacun la carrière.
.\insi échauffée par le génie qui la présidait, l'.AeadéiDie aloi's étail toute
remuante, toute l'eteutissante de cris d'enthousiasme; toutes les têtes
lioudionnaient et rév.dcnl la gloire; c'était une ardeur brûlante, inex|na-
niable tous les visages étaient animés, res|iiranl l'aiiiour
:
de l'étude; les
concours, en se renouvelani entrelenaieni de nobles jalousies.
, Oucls
efforts, quelle émulation parmi tant déjeunes rivaux! et comme leurs
co;'urs battaient à l'approche d'un nouveau coniball
.Mais si, par hasard, vous étiez passé vers
le soir près du jardin de l'Ara-
dcniic, vous eût élé impossible de ne point ilemander
il
« Oh(,' vent :

celle jeunesse impatiente, rayoniiaute de joie?


cl l'on vous eut repondu :

" il est près de cinq heures, la leçon va commencer.


tl sous ces arbressi trais, si pitloresques, plantés par la
main qui réglait
tout, les groupes, eu allcndant, parlaient peinture ou poésie.
On admirait
le buste de Hubens, et l'on disuit Celui qui (il cela maniera le marbre
:

quand il lui plaira.

Tout à coup, un cri de joie se taisait entendi'c : Il vient de passer, noti'c


inaiUvI A la luron. l'oiile enconibi'ail rain|jliitliéàli'e. I.u prolcssoui'
rlail dcjà là au milieu, calme, alteiulant le silence. Si cetailuuc leçon
d'anatomie, il tciiail d'une main un fragment de squelellc, suf lequel ses
yeux d'ai'tiste litaicnl (ixés; de l'aulre, un morceau de craie, qui allail

l'aire des miracles.


.\ côté de lui, se voyait une vaste planelie ii la surlace noire et |)Olie ;

c'était la page sur laquelle allail se déployer sa pensée au.\ yeux des assis-

lants. Toute sa pliysionomie aloi's était rélléchie, et, quoique douce, elle

portait un caractère de gravité et de profondeur imposante: son rcgaril


annonçait d'avance que le maître allait parler du premier des arts. El cette
tète, toute pensive, toute expressive, toute empreinte d'une profonde con-
viction, faisait une belle tète d'étude et nous parlait déjà de l'art rien iju'eii

se niontranl.

Le moment (|ui précédait la leçon avait (|uel(|Ue chose de solennel ; c'était

le calme imposant du Vésuve avant l'ériiplion.

Si je voulais confondre ses délraeteurs, c'est dans ce moment, là, à cùte

de lui, que je voudrais les placer. Il n'est |)oinl il'image pour peindre la

rapidité de la foudre; il n'en est point pour peindre le trail blanchissant


sous la main rapide du professeur : c'était sur le fond noir une apparition
subite, inattendue. Ceux qui étaient là restaient frappés, surpris, et atten-

daient du prophète l'explication de ces lignes, vraies énigmes et paroles


désespérantes pour les uns, mais intelligibles et sublimes pour les autres.
C'est dans ce moment d'une chaleureuse inspiration qu'il fallait le

voir jeter, tout d'un trait et sans jamais hésiter, des altitudes entières,

commençant par les pieds, (Inissant par la tête. Sa njain tourbillonnail,


taisait paraître et disparaître, comme autant d'ombres magiques, toute

cette charpente humaine, tous ces leviers de chairs, tous ces mouvements
mécaniques. I,a main de Van Brée, armée d'un crayon, c'était la foudre qui

d'un seul coup vous déchirait un cadavre en nulle pièces, pour en étaler
tous les détails à l'œil observateur.
lît qu'on ne pense pas que ces traits lancés comme des éclairs étaieiU

des à-peu-près, de simples esquisses : non, le dessin était juste, juste à

désespérer les maîtres eux-mêmes.


Ou'il était beau à voir près de la planche des leçojis, s'élancer toul à

coup, l'inonder de traits, la cribler d'images frappantes, d'audacieux rac-


courcis, de poses à la ^lichel-.Vnge ; sa main une lois élancée ne s'arrêtait
plus, elle volait comme la locomotive sur les rails, toujours plus élour-

dissanlc, toujours plus ell'rayanle, parcourant des espaces immenses de


dinicullés, et toujours dans le bon chemin. La main suivait la pensée, la

parole suivait la nudn. La voix allail toujours, expliquait, eiiait, prouvait,

appuyail d'exemples. Celle voix relenlissante, ces paroles abondâmes


— --il-A —
laisaicnt un i)uignili(iuc accord avec le l)oiii-iloiiiiumciil du panneau et les
silllemenls de la craie, ccliaullëe, broyée, pulvérisée sur la plancha cl dans
SCS doigts.

Le noir panneau devenait palpitaiil, mouvant, auinic de chairs déclii-


quetées, de bras, de jambes, de torses qui se jdiaient, se courbaient, se
crispaient comme dans la vie. Chaque os était accusé dans ses articu-
ations, chaque muscle dans ses attaches ; à ceux-ci, la craie savante avait
blanchi le gonOement des fibres, à ceux-là, imprimé l'àme et le mouvement.
Devant ce spectacle, étonnant, iustructir, les yeux attentils, immobiles, se
troublaient, et cependant on comprenait, on devenait anatomistc.

En une heure de temps, l'éloquent panneau, comme un chani]) de bataille,


avait été couvert de mille cadavres hachés, disséqués ; Tardent crayon
avait formé, arrondi, l'ait vivre des os et des chairs. Alors la l'oule s'ap-

prochait, tout était l'ail, tout avait été dit, la leçon était linie; le prol'esseur
n'était plus là ; on osait aller voir de près, contempler de près, toucher
celle planche encore frémissanlo, admirer la justesse des contours, la

beauté du dessin, la hardiesse des attitudes. On restait pétrifié.


Van Brée, dans une leçon, c'était un démon, une jiuissance, un volcan
vomissant la science qui coulait, inondait et s'imprimail dans le cerveau
de ceux qui l'écoiuaient.
Dans l'histoire, la composition, la perspective, la philosophie pitto-
resque, dans les leçons qui embrassaient à la fois tout ce qui constitue les
beaux-arts, c'était toujours lui, lui, toujours savant, profond, persuasif,
prompt comme la pensée. C'était le prol'esseur type, qui créa une Aca-
démie type, l'Académie de 1822.
Quand on songe que la main d'un tel homme est paralysée par la douleur,
tandis que la pensée toute verte, toute jeune encore, vibre au fond du
cœur, emprisonnée dans les liens d'une maladie exténuante, quand ou
songe à un tel dénoûment, cela émeut, cela bouleverse.
S'il est vrai qu'il ait de nombreux ennemis, tant mieux :
qui est grand a
des ennemis. Si ces ennemis, pour l'accabler, ont profité du coup qui le

foudroya, tant pis pour eux. L'histoire aura son jour.


Si le public, fasciné par la mode, a pu méconnaître un instant l'homme
de génie, s'il a pu lui comparer une foule de pygmées que ses doux doigts
d'artistes eussent écrasés, la postérité est là qui accomplit l'oiuvre de justice.
11 y a un siècle, on osait préférer Pradon à Racine, M. de Lamotte à Homère.
Malgré toutes ses angoisses, l'homme qui enfanta trois mille artistes
sème encore la science. Trois mille artistes peuvent dire encore avec
oi'gueil, avec bonheur : Notre père est toujours là.

Etna en repos, mais grondant encore.

18
— 274 —

SI 11 I.A COMl'OSniON, l.li DIvSSI.N. l.A DdUl.liLI! L IIAIlSlOMIi.

— I8ÔI) —

,-1 Monsieur li' Rcthii'leiir de /'Esi'Oii;.

Monsieur,

liiu cliosu (jininoiuiiieiil ulik' aux jeunes iirlisles, ce sei'ail de lenc

expliquer les |irincipcs qui onl, yuiclé les grands maîtres, el, eonlrairenienl
,\ lu eoulunie des savants qui se bornent à dire cela est beau, de tàolier de
leur l'aire cnleudre pouniuni eelii esl beau.

Prenant ainsi pour exemple un do ces eliel's-d'onivrc approuvés îles

sièelos, el interrogeant pour ainsi dire elmque coup de pinceau, l'un

pourrait reeueillir des observations utiles non-seulement aux artistes,

mais encore à ceux qui jugent les beaux-arts.

A eutq) sûr, cet examen exige un jugement solide et des conuaissances

réelles. Aussi prions-nous i^l.M. les leuiUetonistes de vouloir bien, dans

l'intérêt de l'art et des artistes, s'oecupei' de cette queslion, et, en attendaiU,


de répondre il celles-ci :

QtHSTIOXS Si;it COMPOSITION HT LE IIES.SIN.

]ji Mei'ijc à la ehuise île lùipluiël.

l'ourquoi, dans celle composition et en général dans toutes celles de

luiphaël, les lignes tendent-elles à former des masses elliptiques '?

l'ourquoi l'avant-bras do la Vierge, le bras et la jambe de l'eiil'ant Jésus

ne laissent-ils i>as d'espace vide entre eux et prennent-ils presque tous la

mémo direction '?

Quel effet produirait la jambe de l'eid'ant si elle était plus tendue sur la

cuisse '!
Ouel inconvénient résulterait-il si elle était lléchie davantage '.'

Pourquoi dans les plis du genou de la Vierge y u-t-il un o.ùl profond '.'

tète de St-Jcan était plus proche do celle de ,lésus qu'en résulterait-il


'.'

Si la

Eu supposant la joue droite de l'enfant éclairée, quelle partie en serait


altérée '!

'

liii|iriiiic' diiii.s le juuriial /'L'ô^jy//' lia lit uctobre IHÔit.


-i/o —
Uuolles lumières, quelles ombi'cs, ol quels coiiloui'S l'aucirait-il chimgei'
si l'on eliereliail ii ajoutei' à ee dessin la eouleui' Je lUibeiis ?

Si l'on augmenlait le volume de la coilViirc de la Vierge, quel aspeel


aurait alors la l'aee?

Pourquoi derrière eetle même eoilliire un nœud de ruban ? (|iielle faute y


aurail-il à le retrancher?
Pourquoi le pied droit de l'enfant est-il relevé?
Si l'on retranchait le montant de la chaise, la composition yyaanerait-elle ?

Pourquoi Uaphaël a-t-il si souvent évité les rellets?


Si les cheveux {|ui couvrent les tempes de la Vierge étaient plus rappro-
ches de l'œil, la tête perdrait-elle de sa grâce, et pourquoi ?

Quelle partie do l'art serait altérée si l'on cherchait à donner à cotte com-
position le clair-obscur do Rembrandt?

(JLESrKINS SLll LA COlLliCll Kt l'haU.MIIMK.

Le Chi'isl ail iombeuu de Riibenx (Musée d'Anvers )

Pourquoi le corps du Christ parait-il être une admirable copie de la

nature, tandis qu'un cadavre mis à oôlé ne nous montre ni ce mouvement,


ni cette forme, ni cette couleur?
Si l'on changeait la couleur de la draperie blanche, la couleur du corps
devrait-elle changer?

Pourquoi les contours en général sont-ils si ondoyants et, s'ils l'étaient


moins, quel changement devrait subir la couleur en général ?

Pourquoi le sang de la plaie coule-t-il jusqu'à la draperie blanche , et


pourquoi cette draperie est-elle tachée?
Pourquoi la main de .loseph d'Arimathie, malgré sa vigueur de ton, se
lie-t-elle avec les chairs blanches du Christ?
SI la manche de la Vierge n'était point rouge, (|uelle devrait être la cou-
leur de la Madeleine et celle de Joseph?
Si la draperie de la Vierge n'était point bleue, quel devi'ait être le Ion
général du corps du Christ?
Pourquoi Ruhens a-t-il mis de la paille sur la pierre?
Pourquoi une agrafe d'or à la draperie de Joseph ?

Pourquoi les cheveux du Christ sont-ils d'un ton roux?


Pourquoi les muscles ne sont-ils pas toujours à la place qu'indii|ue le

modèle, et en quoi cela touche-l-il aux principes de couleur?


Pourquoi les bras et les mains du Christ sont-ils lâchés de sang?
Pourquoi kl Vierge a-t-elle les paupières rouges?
Pourquoi le bras droit du Christ esl-il dans l'ombre?
— 270 --

I.EriRK D'IJiN MEM15UE DU JURY.

— 1859 —

Voici lo lac-simile d'une lellre aOressée à M. Wicrlz par un membre du


jury des rticompensos pour roncouragomenl des Ijeaux-arls : cette lettre,

[ileiiie de bionveillanee pour l'artiste, prouve combien les lumiiires et la

bonne loi ont dû présider au jugement rendu par la commission :

Brussd, le 1 x'"" m'y

là je siipose aile Criss un lambeau

'
Autographic sur une IViiillo voUiiilo, avec (ie nombreuses ratures ([lie nous u'avons
pu rcproduii'C.
,,

Monsieur

J'ai le plaisir de vous anonce' que. vôte reptUlassion et faite, puisse (jiie vous
avé xune me'daillc, doute vous aie marché a la poste e'rrile'e; vous uvié bisoin
mon cliaire monsieur, dune médaille, puisse que le publi(juc jinje loujour dapré
rcla est sans conessance, sans cela voie lallant élé iiiaix conu; il 1/ « ;/ liaucou de

disenstion , on a trnueér vote Pallcrokque buucou Iro grand pour nos mœurs et

nos institussion , viile Crissa du bon, mais l'une alimiie du eler-osseeur iiuiuque
fluns lu paueée de linleliijunce loluloueul; ainsi, mon chair iuonsieur, peu cent
fauft con orait pas porter vole non à la pauste érite'e cl des reconpanee sino'n
moi que jui fé remarque les baulé de vêle tableau ; la comissioii a fé bocou

d'osscrvation ; pour lintcliqanee des osservassion de la comistion je vous fé ici

une apersu de vôte héve; vous me pardoneré si cest fait un peu vite, mais cest

tassé pour zespliqué; mon chaire ami , la comistion doute je suis l'orque une
toute ten admirant ville tallan, a rendu justissc a vôte tallan, mai ou a trouvé
boucou de défo; dahor la janbe, quatid bien même le bra serait naturelle, le bru
droi, la comistion a Irouver la main dan une fosse posission, ilonle elle doit être

plu o ou plu bu : t'uroiniiir de la pcrspellif né pas naturel, lu têtle cl bien


inaiivése, elle et ri aisesan espreslion, ccliin yranil iléfo; et permelériiie jedoniie
mm avi sur l'avi de la comklion sur le chanijcmanl; pour change l'espresxinii
(lui et dan la hoiiche tro sérieuse, N'A, relevé le coin de la bouche plu fort pour
Icspression et mu xaure' lespressio» meilleur et sa sera plu raff'aelesse et su

sent iilu linii un petit peu (ail lioeou. N' B, les x-ieu.r plu (frun parsijue plu les
:icii:i: son ijrnn plus les -Jeux son hau. N" C, le tiirer cl Ira rcdc mai le cor a
(le In sinpiicitr', pour cela ce bien lir bien pnrsijiic j'nimc In simpliciU' el i/«r
iiiite première maire était simple aussi. Voilà, mm chaire monsieur, pour(juoi
In comistion et contante de von et mu xa valu une si (jranile distinluion.

Soyei- persuader (jue Ruhbens, lia/J'aclle et Miche et l'aube noré pas juijé
nutremenl (iiie nous avoii juije; jespaire, mon chaire monsieur, ijue cette

eucoiirraçiemenl cou \cncourra(je.rat heaacim et i/uc cou prendre, pus mauvaise

part les petit dc'j'o de In enmmislio)! (jncl a trouve', avecijiie Iniiuelle jai l'nnciir

de cou snliK'.

Un membre du jurii (h- reronpcnccs.

P. S. ConW Icnjour sur inn prnicLiion.


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QrEi.(^i;i:s idées

srii I N Nocviî.u' MoriK n'iîNrdijRAr.EsiiîNï riK t,\ i'FIN'tit.k<