Vous êtes sur la page 1sur 8

Rééducation après fracture du premier

métacarpien (Bennett, Rolando) :


quel protocole aujourd'hui ?

RÉSUMÉ I SUMMARY
La principale complication après une fracture du premier méta- The complication to fear in the event of first metacarpal fracture
carpien est la perte de fonctionnalité du pouce, elle est source de is stiffness. It is a source of major functional disability. To avoid Denis GERLAC
handicap majeur. Pour éviter cet écueil, traitement chirurgical et this pitfall, early mobilization is the best way. This therapeutic
mobilisation précoce sont les meilleurs moyens. Ils permettent model is tending to become a consensus today. This therapeutic Kinésithérapeute
de lutter efficacement contre les adhérences tendino-périostées model is approved for several years. Here is an overview of its Orthésiste agréé
et les rétractions capsulo-ligamentaires, véritables fléaux pour implementation. Membre de la Société française de
le rééducateur. rééducation de la main (GEMMSOR)
DIU Rééducation de la main
La littérature nous enseigne que ce sont les progrès de la chirur-
après chirurgie
gie et de la rééducation qui ont permis d’améliorer la qualité des
Éducateur sportif 1er degré
soins et leurs résultats.
Échirolles (38)
Aujourd’hui, la mobilisation précoce fait consensus pour traiter
une fracture de premier métacarpien. Cet article, basé sur la lit-
térature, propose de montrer comment elle se pratique. Pr François MOUTET*
Chirurgien
MOTS CLÉS I KEYWORDS Dr Alexandra FORLI*
 Attelle  Fracture  Kinésithérapie  Orthèse  Splint  First metacarpal  Fracture  Physiotherapy
 Premier métacarpien  Rééducation  Orthosis  Rehabilitation Chirurgien

Dr Denis CORCELLA*

L
’objectif de la rééducation après frac- Cette rééducation doit être précoce. Néan- Chirurgien, Chef de service
ture de premier métacarpien (M1) est moins, la réalisation des mobilisations précoces
de restaurer la fonctionnalité du pouce. n’est pas aisée au premier abord. La difficulté est * Service de chirurgie de la main
Cela passe avant tout par la récupération de d’arriver à mobiliser une chaine polyarticulaire CHU Grenoble-Alpes (38)
l’opposition et de l’ouverture de la première constituée de plusieurs maillons osseux, alors
commissure [1]. Ces deux mouvements sont que justement un de ces maillons est fragilisé...
indispensables pour la réalisation des gestes de
préhension (de finesse ou de force). L’articula- Comment procéder ?
tion trapézo-métacarpienne (TM), pièce maî-
tresse de cette mobilité, est au centre de cette
rééducation, autant sa mobilité que sa stabilité,
CHOIX DU TRAITEMENT :
doivent être recouvrées.
conservateur ou chirurgical ?
Sur le premier métacarpien, les fractures de la
Toutes les fractures de premier métacarpien ne
base sont les plus fréquentes. Elles ont comme
se ressemblent pas. Elles sont classées en fonc-
caractéristique d’être particulièrement instables
tion de leur localisation (base, diaphyse, col,
et souvent déplacées. Dans ce contexte, le trai-
tement chirurgical est indiqué, il permet de tête), également en fonction de la direction du
réduire au plus près ces fractures et de les stabi- trait de fracture (transversal, oblique, spiroïde,
liser correctement. La finalité étant d’autoriser comminutive). Elles peuvent être articulaires ou
la mobilisation précoce, afin d’éviter les écueils non, ainsi qu’ouvertes ou fermées. Les compli-
liés à l’immobilisation prolongée [2-12]. cations prévisibles sont en rapport direct avec
ces caractéristiques [3, 15-19].
Après ces fractures, « la rééducation est l’outil le
L'auteur déclare ne pas avoir
plus efficace  » [13] pour retrouver la fonction. Statistiquement, les fractures de la base, divi-
un intérêt avec un organisme
Cette rééducation a pour mission la lutte contre sées en 2 groupes (articulaire et non-articulaire) privé industriel ou commercial
les adhérences tendino-périostées et les rétrac- (fig. 1), sont de loin les plus fréquentes [20]. Les en relation avec le sujet présenté
tions capsulo-ligamentaires, sources de raideur plus à craindre d’un point de vue biomécanique
et causes réelles d’échecs [3, 14]. sont les fractures articulaires car elles mettent Kinésithér Scient 2021;629:27-34

27
KS-629.indd 27 23/02/2021 11:28
Rééducation après fracture du premier métacarpien (Bennett, Rolando) :
quel protocole aujourd'hui ?

De la même façon, même si la rééducation


mise en place est précoce, grâce à la chirurgie,
il est préféré une immobilisation stricte entre
les séances de rééducation. Cela pour 4  rai-
sons, lesquelles sont sources de déplacement
secondaire :
– le pouce n’a pas doigt voisin pour réaliser une
© D. Gerlac

syndactylie qui protègerait la fracture et gui-


derait la mobilisation ;
A B C D – l’adductor pollicis et l’abductor pollicis longus
 Figure 1 sont des muscles extrêmement puissants. Les
Différents types de fractures de la base du 1er métacarpien laisser libre d’action engendre un risque de
A- Fracture de base extra-articulaire
déplacement secondaire ;
B- Fracture de base articulaire
C- Fracture articulaire de Bennett – la rotation spatiale de la colonne du pouce qui
D- Fracture articulaire de Rolando
se produit lors des mouvements d’opposition,
générée par l’action musculaire, est un risque
en péril la congruence des surfaces articulaires de déplacement secondaire ;
de l’articulation trapézo-métacarpienne. – le pouce est omniprésent dans les gestes de
Parmi les fractures articulaires se trouvent préhension et d’utilisation quotidienne. Le
les fractures de Bennett (en réalité fracture- laisser libre en dehors des séances de réédu-
luxation avec 2  fragments séparés par un trait cation est un risque de complication.
oblique) [21], les fractures de Rolando (fracture
L’attelle préconisée est un gantelet métacar-
à 3 fragments dont les traits dessinent un T ou
pien qui positionne la TM en antépulsion et en
un Y), et les fractures comminutives.
abduction (toutes les deux à 45° environ), et
À la différence des fractures de métacarpiens de immobilise également la MCP en flexion de 0 à
doigts longs qui tolèrent un déplacement ou un 10°. L’articulation interphalangienne du pouce
cal vicieux, ces fractures ne le tolèrent absolu- ainsi que les métacarpo-phalangiennes des
ment pas. Le risque est de voir naître une arth- doigts longs sont laissées libres (fig. 2). Pour ce
rose à court terme [22].
qui est du poignet, classiquement lui aussi est
Cela explique la raison pour laquelle, régulière- laissé libre, mais si les structures ligamentaires
ment, le choix thérapeutique pour ces fractures de cette articulation ont souffert lors du trauma-
s’oriente vers la chirurgie en première intention tisme initial, alors il sera immobilisé également.
[1, 3, 7, 23, 24]. L’intervention permet d’assurer
Le rôle de cette attelle est de parer les chocs
la congruence articulaire de la TM si elle est
compromise, et de la maintenir stable le temps éventuels, mais surtout d’immobiliser le pre-
de la consolidation. mier métacarpien afin de le protéger contre
tous les risques de déplacement secondaire.
De nombreuses  de méthodes chirurgicales
existe pour stabiliser ces fractures, mais là n’est Il est à noter que certains chirurgiens, pour palier
pas le sujet, car comme l’expriment certains, le le risque de déplacement liés aux contraintes
plus important n’est pas la méthode chirur- déstabilisatrices et de pression que subit la TM
gicale mais la récupération de la congruence lors des prises pouce-index, rajoutent l’immobi-
[2, 25]. lisation de l’IP dans l’attelle [6], ou bien encore si
Pour justifier l’intérêt de la chirurgie dans la le patient n’est pas compliant avec le protocole
prise en charge de ces fractures, on note que de rééducation, remplace l’attelle amovible par
les fractures traitées de façon orthopédique, un plâtre inamovible [27], alors que d’autres,
même avec une bonne immobilisation, restent prônant la nécessité des mobilisations précoces
instables [26] et que les résultats sont fréquem- et ayant toute confiance dans leur ostéosyn-
Kinésithér Scient 2021;629:27-34 ment des échecs [5]. thèse, ne prescrivent pas d’attelle du tout [28].

28
KS-629.indd 28 23/02/2021 11:28
© D. Gerlac

XXFigure 2
Attelle d'immobilisation du 1er métacarpien
L'interphalangienne est libre

OBJECTIFS pouce, c’est-à-dire : indolence, mobilité et force


DE LA RÉÉDUCATION  utiles à son utilisation quotidienne.

Le premier est d’éviter l’enraidissement de l’ar-


ticulation trapézo-métacarpienne. Ce qui est à
craindre c’est la perte des mouvements d’oppo- n Rééducation de J0 à J30 :
sition et d’ouverture de la première commissure, phase de consolidation
générée par les adhérences tendino-périostées (la radiographie confirmera
ou/et les rétractions ligamentaires. la consolidation osseuse) 
Le second est de conserver impérativement Il convient de débuter la rééducation aussi tôt
une bonne stabilité de la TM, elle aussi est que possible. Attention tout de même au type
garante d’une bonne fonctionnalité du pouce. d’ostéosynthèse mis en place. Certaines broches
Pour cela, il convient de bien effectuer les mou- placées pour stabiliser le foyer de fracture
vements de roulement et glissement au cœur peuvent être intermétacarpiennes et empêcher
de la TM (articulation en selle) lorsqu’on mobi- toute mobilisation de la TM. Il convient donc
lise M1. La recherche de mobilité ne doit pas se d’avoir l’accord chirurgical avant d’entreprendre
faire au détriment d’un bâillement de l’articu- les mobilisations de la TM.
lation provoqué par un effet de came. Ce der-
Une fois l’accord obtenu  : que la fracture soit
nier aurait pour conséquence de distendre les
traitée de façon orthopédique ou chirurgicale,
ligaments et engendrer une instabilité, source
que la fracture soit localisée au niveau de la
d’arthrose à plus ou moins court terme.
tête, du col, de la diaphyse ou bien de la base
Le troisième est d’éviter la survenue d’un cal du métacarpien, le traitement rééducatif reste
vicieux en rotation. Ce défaut n’a aucune inci- le même, axé sur les mobilisations précoces
dence lorsque le pouce est en ouverture, par (fig. 3, page suivante).
contre lorsqu’il se referme (opposition) sa pulpe
Les mobilisations précoces ne font pas tout en
risque de ne pas faire face à celles des autres
rééducation. Il est nécessaire d’utiliser d’autres
doigts, entraînant de la sorte une maladresse
moyens en complément, notamment pour lut-
handicapante lors des prises. Attention, il ne
ter contre l’œdème et la douleur.
faut pas confondre la rotation spatiale auto-
matique du pouce qui est en rapport avec la
forme et l’orientation des surfaces articulaires
■ Moyens de lutte contre l’œdème
qui le constituent [29,30], avec un cal vicieux.
Cette rotation spatiale automatique est, elle, « La lutte contre l’œdème fait partie intégrante du
physiologique. traitement, car l’œdème s’oppose à une mobilisa-
tion des segments digitaux. » [31].
Le dernier objectif conduit tout bonnement de
recouvrer la fonctionnalité proprement dite du Pour ce faire, la « méthode GREC » est efficace. Kinésithér Scient 2021;629:27-34

29
KS-629.indd 29 23/02/2021 11:28
Rééducation après fracture du premier métacarpien (Bennett, Rolando) :
quel protocole aujourd'hui ?

© D. Gerlac

 Figure 3
Mobilisations passives précoces (fractures de M1 ostéosynthésée par plaque vissée)

L’acronyme signifie : [6,  19, 32,  33]. Le doigt ayant préalablement


• Glace (G) : pour rafraîchir la zone traumatisée été dégonflé avec des drainages effectués par
afin de diminuer l’inflammation et la douleur. pression-glissées.
Des compresses réfrigérées, des cold pack, Ajoutons à cette méthode les mobilisations
des petits pois... peuvent être employés. Faire précoces qui ont-elles-aussi une action efficace
des applications assez longues en durée pour pour lutter contre l’œdème [6, 14, 17, 33-35].
qu’elles soient suffisamment efficaces, ceci
plusieurs fois par jour [32].
• Repos (R) : éviter d’agiter la main ou le membre n Moyens de lutte contre la douleur
supérieur de façon intempestive. Par exemple,
éviter de marcher le bras balan. Il est préfé- Il n’y a aucune ambiguïté, la majorité des réé-
rable, lors des déplacements, de mettre le bras ducateurs est d’accord avec Terri Skirven
en écharpe, au moins les premiers jours. lorsqu’elle écrit  : «  «  no pain, no gain  » est un
slogan qui doit être banni de la rééducation de
• Elévation (E) : comme la pluie, tous les liquides
la main.  » [32]. Cette majorité revendique que
subissent la pesanteur et s’écoulent vers le
la douceur, accompagnée de patience, est une
bas. Il est de ce fait important de penser à
bien meilleure alliée en rééducation.
positionner régulièrement dans la journée, la
main plus haute que le coude, lui-même plus Plusieurs moyens sont à disposition :
haut que l’épaule pour favoriser le drainage de – les massages  : ils ont comme vertu d’être
l’œdème [33]. décontractants, apaisants et procurer une
• Compression (C) : réalisée avec l’aide d’un ban- indolence certaine, produite par les effets du
dage légèrement compressif en utilisant par «  gate control  » d’écrits par Melzack et Wall
Kinésithér Scient 2021;629:27-34 exemple du Coheban® ou un gant compressif [36, 37] ;

30
KS-629.indd 30 23/02/2021 11:28
– les vibrations [38] : «  Les effets antalgiques fréquente et redoutable après fracture des os de la
de la stimulation vibratoire transcutanée (SVT) main. » [3, 15-18, 34, 45-47].
reposeraient sur la mobilisation massive des
Pour lutter contre cette raideur, la méthode de
afférences de gros diamètre en provenance des choix est la mobilisation précoce.
mécanorécepteurs cutanés, musculaires et ten-
dineux  ; ces mécanorécepteurs engendrent des
flux afférents de fréquence très élevée, ce qui • Mobilisations précoces, voire immédiates [28]
permettrait dans la théorie du « gate control » de
Le fait de mobiliser précocement les articu-
bloquer au niveau de la moelle les informations
lations (fig.  3) permet d’entretenir à la fois, les
douloureuses véhiculées par les fibres de petit plans glissement entre les tendons et les tissus
calibre. » [39]. adjacents [48], l’extensibilité des capsules et
Employées dans un but antalgique, la fré- ligaments articulaires afin d’éviter leur rétrac-
quence et les amplitudes de vibrations à uti- tion, et enfin de lutter contre l’œdème.
liser sont 100 Hz et 0,2 mm [40-42].
Il convient de rester pragmatique, l’objectif
Souvent décrites comme néfastes pour la réé-
essentiel du traitement après fracture de M1
ducation des fractures à cause du risque de
reste l’obtention de la consolidation osseuse
«  débricolage  » et de pseudarthrose qu’elles
ainsi qu’une bonne stabilité de la TM. Alors,
génèreraient, les vibrations sont aujourd’hui
il n’est pas utile de rechercher à tout prix les
réhabilitées. On doit cette rédemption à Rubin
amplitudes maximales lors de cette première
qui a permis, grâce à ses travaux, de mettre
période de rééducation consacrée aux mobili-
en évidence que les vibrations de basse fré-
sations précoces.
quence et de faible amplitude n’avaient aucun
effet délétère sur la consolidation osseuse. Si à la fin de cette première phase, dite de
Bien au contraire, elles seraient source d’os- consolidation, toutes les amplitudes n’ont pas
téogénèse... «  Des vibrations de basses ampli- été récupérées (sans doute à cause de l’œdème
tudes (0.3 mm), appliquées avec une fréquence ou de l’anxiété revendiquée par le patient), il
basse (20–90 Hz), vont augmenter le nombre et reste la seconde période, dite de récupération
la force des travées osseuses, ainsi qu’améliorer fonctionnelle, où là, du fait que la consolidation
la résistance et la force de l’os. » [43, 44] ; est acquise, on pourra plus facilement, et en
toute confiance, récupérer les degrés de mobi-
– le TENS (Stimulation Neuro-Electrique Trans- lité manquants.
cutanée) : à l’aide d’un courant de basse fré-
«  Dans la région grenobloise, les mobilisations
quence (en moyenne 70  Hz) qui passe entre
actives immédiates après fracture stable et peu
deux électrodes, elles-mêmes posées sur la
déplacée des métacarpiens, ou les mobilisations
peau de part et d’autre de la zone doulou-
précoces après ostéosynthèse, sont utilisées de
reuse, on obtient une antalgie une fois de plus
façon systématique et par principe. » [49].
produite par les effets du gate control [32, 37].
Le réglage de l’intensité est fonction du res- Cependant, il convient d’être posé et réfléchi
senti du patient, l’objectif est de court-circui- lorsqu’on réalise des mobilisations immédiates,
ter la douleur, donc dès que le patient perçoit et respecter les règles établies par Lucas-Cham-
le passage du courant, normalement cela suf- pionnière, car il est certain que « les fractures de
fit pour annihiler la douleur. la main peuvent être source de handicap fonction-
nel  ; cependant, une rééducation mal conduite
peut accroître ce handicap plutôt que de le faire
disparaître. » [17].
■ Moyens de lutte contre la raideur
Par conséquent, même s’ils vantent des résul-
La raideur est engendrée par l’œdème, les adhé-
tats fonctionnels que nous ne mettons pas en
rences tendino-périostées et les rétractions
doute, nous sommes à l’opposé du modèle
capsulo-ligamentaires.
rééducatif préconisé par Dean et Little, qui
Cette raideur, génératrice d’incapacité fonction- conseillent : « Plus agressive a été l’intervention du
nelle, est connue pour être «  une complication chirurgien, encore plus agressive doit être la réé- Kinésithér Scient 2021;629:27-34

31
KS-629.indd 31 23/02/2021 11:28
Rééducation après fracture du premier métacarpien (Bennett, Rolando) :
quel protocole aujourd'hui ?

Les amplitudes maximales autorisées pour


le patient sont en fait les amplitudes qu’il est
capable d’atteindre, il n’y a pas de limitations
à proprement parler. Seule, la douleur reste la
barrière à ne pas dépasser.
Chez les patients qui ne présentent pas de dou-
leur, c’est l’œdème qui est souvent le seul frein
de la mobilité totale. La sagesse est de ne pas
forcer, se rappeler que le premier objectif de
cette période est d’obtenir la consolidation de
la fracture (en bonne position).
Les vibrations mécaniques peuvent aider à pra-
tiquer les mobilisations précoces [38]. Elles ont
comme intérêts, de générer une antalgie quasi
instantanée [39-41], d’induire un réflexe myota-
© D. Gerlac

tique favorisant la mobilisation [39, 42] et elles


auraient la vertu d’activer l’ostéogénèse [43, 44].
Quoi qu’il en soit, il n’a jamais été observé d’ef-
 Figure 4
fet délétère sur les montages d’ostéosynthèse
Postures sur plateau canadien après J30
(débricolage, pseudarthrose...).

ducation postopératoire. » [50]. Nous sommes a


contrario du même avis que Bhatt qui observe : n Rééducation après J30 :
«  Les mobilisations précoces agressives sont une phase de récupération
cause fréquente de complications après fracture fonctionnelle (la radiographie
de la main. » [18]. confirme la consolidation)
En pratique, la première «  mobilisation pré- Une fois que la consolidation est acquise, il
coce  » est réalisée en actif aidée. Car, en actif convient de restituer la fonction. Cela passe par
simple, le patient est très vite limité. Il ne reven- la récupération des derniers degrés d’ampli-
dique pas forcément de douleur mais plutôt la tudes, de la force de poigne et des capacités
peur d’avoir mal. Il faut donc l’aider en accom- fonctionnelles.
pagnant le mouvement. Le choix de la localisa-
La fracture étant consolidée, la rééducation à par-
tion des prises et contre-prises est primordial,
tir de cette période présente moins de contrainte.
Le rééducateur doit utiliser des prises envelop-
pantes de façon à ce qu’elles soient rassurantes
pour le patient.
n Récupération des derniers degrés
Les mobilisations commencent par les articula- d’amplitudes
tions laissées libres par l’attelle, ensuite seront
entreprises des mobilisations analytiques de Le frein limitant la mobilité peut être d’origine
la colonne du pouce en abduction, adduction, musculaire. Dans ce cas, en fonction de la cause
antépulsion et rétropulsion, puis des mouve- (rétraction, adhérence...) il faudra réaliser soit
ments combinés en opposition et contre oppo- des étirements seuls, soit des étirements cou-
plés à des stimulations électriques, dites fonc-
sition. Les mouvements en rotation axiale sont
tionnelles, pour rendre au muscle concerné
interdits car ils pourraient générer un dépla-
toute sa course [51-53].
cement secondaire. Cependant, il faut veiller à
ce que la rotation automatique induite par la Les stimulations électriques pourront être cou-
forme en selle de la TM se produise correcte- plées ou non à l’utilisation simultanée d’appa-
ment de sorte que la pulpe du pouce s’oriente reil de dépresso-massage mécanique en cas
Kinésithér Scient 2021;629:27-34 vers celles des doigts longs en flexion. d’adhérence cicatricielle.

32
KS-629.indd 32 23/02/2021 11:28
© D. Gerlac

XXFigure 5
Attelle dynamique de récupération d'amplitudes de flexion

L’origine de la raideur peut également être une ■ Récupération de la fonctionnalité


rétraction capsulo-ligamentaire. Dans ce cas, les
C’est la dernière étape. C’est elle qui permet au
postures, manuelles ou instrumentales, sont un patient de reprendre confiance avec sa main. On
outil précieux pour les combattre. Ces postures fait intervenir simultanément la mobilité et la
sont réalisées avec l’aide d’un plateau cana- force dans des activités usuelles. L’objectif pour
dien pendant la séance de rééducation (fig.  4) le patient est de retrouver son emploi et recom-
ou bien avec l’aide d’orthèses, confectionnées mencer ses activités sportives ou de loisirs. Ce tra-
pour être portées à la maison. vail est axé sur la proprioception, la dextérité, la
maniabilité... Les exercices doivent correspondre
Le plus souvent, et paradoxalement, c’est face
aux activités de la vie quotidienne du patient.
à un déficit situé à distance de la fracture qu’il
faut agir. En l’occurrence un déficit de flexion Collaborer avec un service d’ergothérapie est un
de l’IP causé par une adhérence du tendon de plus pour le patient. Cette phase est le cœur de
l’extensor pollicis longus. Dans ce cas, une attelle leur profession. Les ergothérapeutes sont équi-
dynamique est très efficace (fig. 5). On utilise la pés et formés pour répondre à toutes sortes de
force d’un élastique pour amener la phalange sollicitations de la main au travail.
unguéale en flexion. Enfin, pour terminer sur la fonction, comme l’écrit
Barton : « La meilleure façon de remettre une main
au travail, c’est de la faire travailler ! » [13].

■ Récupération de la force

La force à considérer en rééducation est la force


fonctionnelle et non pas de la force athlétique.
CONCLUSION 
Le kinésithérapeute n’est pas un professeur de Depuis plusieurs décennies déjà, la mobilisation
sport, par conséquent son rôle est simplement précoce s’est imposée comme le traitement des
de récupérer la force nécessaire à la fonction- fractures du premier métacarpien. Il ressort de
nalité de la main et non pas à transformer le la littérature que cette technique a le potentiel
patient en bodybuilder. d’améliorer les résultats. Certes, cette technique
est délicate, mais son recours s’explique par le
Il est important de tenir compte de la physio- fait qu’elle permet d’éviter l’apparition d’une
logie et de l’utilisation du pouce lorsqu’on complication redoutable, la raideur, source d’in-
parle de renforcement de celui-ci. L’observa- capacité fonctionnelle.
tion quotidienne fait le constat que lorsque le
Plusieurs paramètres sont à prendre compte
pouce est employé pour sa force, c’est toujours
avant de débuter les mobilisations. Il convient
pour des efforts statiques. Lorsqu’il est utilisé
de tenir compte de la localisation de la fracture
pour des mouvements dynamiques il ne force
(articulaire ou non), du type de traitement de
pas, à quelques exceptions près (utilisation de la fracture (chirurgical ou conservateur), de la
ciseaux, de coupe-ongles...). Par conséquent, la compliance du patient, et bien sûr avoir l’aval
récupération et les exercices de force doivent du chirurgien.
être réalisés en statique.
Grâce à la chirurgie et la mobilisation précoce,
Les outils employés pour retonifier les muscles les fractures de premier métacarpien bénéfi-
sont classiques, ce sont des les altères, des mus- cient aujourd’hui d’un bon pronostic et de bons
clets, des massues... résultats fonctionnels [54]. ✖ Kinésithér Scient 2021;629:27-34

33
KS-629.indd 33 23/02/2021 11:28
Rééducation après fracture du premier métacarpien (Bennett, Rolando) :
quel protocole aujourd'hui ?

BIBLIOGRAPHIE
[1] Liverneaux PA, Ichihara S, Hendriks S, Facca S, Bodin F. Fractures and [29] Kapandji AI. Clinical evaluation of the thumb’s opposition. J Hand
dislocation of the base of the thumb metacarpal. J Hand Surg Eur Vol Ther 1992;5:102-6.
2015;40:42-50. [30] Cheema TA, Cheema NI, Tayyab R et al. Measurement of rotation of
[2] Carlsen BT, Moran SL. Thumb trauma: Bennett fractures, Rolando the first metacarpal during opposition using computed tomography.
fractures, and ulnar collateral ligament injuries. J Hand Surg Am J Hand Surg Am 2006;31:76-9.
2009;34:945-52. [31] Le Nen D. Extra-articular fractures of the digital metacarpals and
[3] Diaz-Garcia R, Waljee JF. Current management of metacarpal frac- phalanges of the long fingers. Chir Main 2014 Feb;33(1):1-12.
tures. Hand Clin 2013 Nov;29(4):507-18. [32] Skirven T. Rehabilitation after fractures of the hand. Operative Tech-
[4] Kerjean K. Les techniques chirurgicales du traitement des fractures niques in Orthopaedics 1997 Apr;7(2):152-60.
extra-articulaires des métacarpiens chez l'adulte. Maîtrise Orthopé-
dique 2005 Juin;145. [33] Packer JW, Colditz JC. Bone injuries: Treatment and rehabilitation.
Hand Clin 1986 Feb;2(1):81-91.
[5] Meals C, Meals R. Hand fractures: A review of current treatment stra-
tegies. J Hand Surg Am 2013 May;38(5):1021-31; quiz 1031. [34] Tubiana R. La mobilisation précoce des fractures des métacarpiens et
des phalanges. Ann Chir Main 1983;2(4):293-7.
[6] McNemar TB et al. Management of metacarpal fractures. J Hand Ther
2003 Apr-Jun;16(2):143-51. [35] Duncan RW, Freeland AE, Jabaley ME, et al. Open hand fractures:
[7] Ip WY, Ng KH, Chow SP. A prospective study of 924 digital fractures of An analysis of the recovery of active motion and of complications. J
the hand. Injury 1996;27:279-85. Hand Surg 1993;18:387-94.
[8] Ben-Amotz O, Sammer DM. Practical management of metacarpal [36] Melzack R, Wall PD. Pain mechanisms: A new theory. Science 1965
fractures. Plast Reconstr Surg 2015;136:370e-379e. Nov 19;150(3699):971-9.
[9] Fufa DT, Goldfarb CA. Fractures of the thumb and finger metacarpals [37] Wall PD. The gate control theory of pain mechanisms: A re-examina-
in athletes. Hand Clin 2012;3:379-88. tion and re-statement. Brain 1978 Mar;101(1):1-18. DOI: 10.1093/
[10] Rivlin M, Fei W, Mudgal CS. Bennett Fracture. J Hand Surg brain/101.1.1.
2015;40:1667-8. [38] Gerlac D, Moutet F. Fractures de métacarpiens et phalanges : utilisa-
[11] Uludag S, AtakerY, SeyahiA, et al. Early rehabilitation after stable tion des vibrations pour faciliter les mobilisations précoces. Kinesi-
osteosynthesis of intra-articular fractures of the metacarpal base of ther, Rev 2015;158:50.
the thumb. J Hand Surg Eur Vol 2015;40:370-3. [39] Neiger H, Gilhodes JC, Tardy-Gervet MF, Roll JP. Rééducation sensori-
[12] Xu Zhang, Vikas Dhawan, Shuming Zhao, Yadong Yu, Xinzhong Shao, motrice par assistance proprioceptive vibratoire. Kinesither Scient
Guisheng Zhang. Treatment of Bennett fractures with tension-band 1986;252.
wiring through a small incision under loupes and a headlight. The [40] Roll JP, Gilhodes JC. Méthode de rééducation motrice par assistance
Physician and Sports Medicine 2018. proprioceptive vibratoire. Partie 2 : Données fondamentales concer-
[13] Barton NJ. Fractures of the hand. J Bone Joint Surg [Br] 1984 nant les effets perceptifs et moteurs des vibrations tendineuses chez
Mar;66(2):159-67. l’homme. Ann Kinesither 1983;10(1-2):1-10.
[14] Hardy MA. Principles of metacarpal and phalangeal fracture manage- [41] Lundeberg T, Nordemar R, Ottoson D. Pain alleviation by vibratory
ment: A review of rehabilitation concepts. J Orthop Sports Phys Ther stimulation. Pain 1984 Sep;20(1):25-44.
2004 Dec;34(12):781-99. [42] Roll JP. Rééducation proprioceptive par vibration tendineuse. Prof
[15] Steven BA et al. Complications and range of motion following plate Kinesither 2009;23:11-6.
fixation of metacarpal and phalangeal fractures. J Hand Surg 1998
Sep;23(5):827-32. [43] Rubin C, Recker R, Cullen D, Ryaby J, McCabe J, McLeod. Prevention
of postmenopausal bone loss by a low-magnitude, high-frequency
[16] Balaram AK, Bednar MS. Complications after the fractures of meta- mechanical stimuli: A clinical trial assessing compliance,efficacy,
carpal and phalanges. Hand Clin 2010 May;26(2):169-77. and safety. J Bone Miner Res 2004;19:343-51. Published online on
[17] Markiewitz AD. Complications of hand fractures and their prevention. December 22, 2003.
Hand Clin 2013 Nov;29(4):601-20.
[44] Goodship AE, Lawes TJ, Rubin CT. Low-magnitude high-frequency
[18] Bhatt RA, Schmidt S, Stang F. Methods and pitfalls in treatment of mechanical signals accelerate and augment endochondral bone
fractures in the digits. Clin Plast Surg 2014 Jul;41(3):429-50. repair: Preliminary evidence of efficacy. J Orthop Res 2009
[19] Saunders SR. Physical therapy management of hand fractures. Phys Jul;27(7):922-30.
Ther 1989 Dec;69(12):1065-76. [45] Moutet F, Frere G. Les fractures des métacarpiens. Ann Chir Main
[20] Friedman DW, Kells A, Aviles A. Fractures, dislocations, and ligamen- 1987;6(3):5-14.
tous injuries of the hand. In: Grabb and Smith's Plastic Surgery, Sixth
[46] Merle M, Dautel G. La main traumatique. 1. L’urgence. 2 e édition.
Edition by Charles H. Thorne. Chapter 81: 790-802. Lippincott Wil-
Paris : Éditions Masson, 1997.
liams & Wilkins, 2007.
[21] Kang JR, Behn AW, Messana J, Ladd AL. Bennett fractures: A biome- [47] Kollitz KM, Hammert WC, Vedder NB et al. Metacarpal fractures:
chanical model and relevant ligamentous anatomy. J Hand Surg Treatment and complications. Hand (NY) 2014;9(1):16-23.
2018. [48] Wong HK et al. Treatment of phalangeal and metacarpal fractures: A
[22] Yoong P, Johnson CA, Yoong E, Chojnowski A. Four hand injuries not review. Pb J Orthop 2008;Vol-X(1).
to miss: avoiding pitfalls in the emergency department. Eur J Emerg [49] Thomas D, Moutet F. L’utilisation des coques métacarpiennes dans la
Med 2011;18(4):186-91. rééducation par mobilisation immédiate des fractures de métacar-
[23] Friedrich JB, Vedder NB. An evidence-based approach to metacarpal piens. Ann Kinesither 1990;17(5):252-4.
fractures. Plast Reconstr Surg 2010;126:2205-9. [50] Dean JF, Little C. Fractures of the metacarpals and phalanges. Orthop
[24] Wong VW, Higgins JP. Evidence-based medicine: Mana- Trauma 2011 Feb;25(1):43-56.
gement of metacarpal fractures. Plast Reconstr Surg [51] Thomas D, Frère G. Le point sur l’électrostimulation dans la rééduca-
2017;140(1):140e-151e. tion de la main traumatique innervée. Cah Kinesither 1979.
[25] Brownlie C, Anderson D. Bennett fracture dislocation: Review and [52] Thomas D. La mobilisation electroactive. Chapitre 15. In: Rééducation
management. Aus Fam Physician 2011;40(6):394-6. de la main et du poignet, anatomie fonctionnelle et techniques. Issy-
[26] Fischborn T, Beckenbauer D, Held M, Daigeler A, Medved F. Analysis les-Moulineaux : Éditions Elsevier-Masson, 2013 : 144-54.
of operative techniques of fractures of the first metacarpal base. Ann
Plast Surg 2018 May;80(5):507-14. [53] Thomas D, Moutet F. Rééducation des lésions articulaires et des
fractures au niveau de la main. In: Réadaptation de la main. Mono-
[27] Solomon J, Culp RW. Arthroscopic management of Bennett fracture. graphie de la Société Française de Chirurgie de la Main (GEM).
Hand Clin 2017;33:787-94. Expansion Scientifique Publications, 1999 : 117-29.
[28] Massart P, Bezes H. Place de l'ostéosynthèse par vissage simple [54] Xu Zhang, Vikas Dhawan, Shuming Zhao, Yadong Yu, Xinzhong Shao,
ou par mini-plaque vissée dans les fractures de la base du pre- Guisheng Zhang. Treatment of Bennett fractures with tension-band
mier m6tacarpien. À propos de 39 observations. Ann Chir Main wiring through a small incision under loupes and a headlight. The
1982;1:293-300. Physician and Sports Medicine 2018.
Kinésithér Scient 2021;629:27-34

34
KS-629.indd 34 23/02/2021 11:28