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17th February 2013 La finance islamique dans le monde

PARTIE 235 Cours


La finance islamique dans le monde
Créé le 06 novembre 2012 - Dernière mise à jour le 06 novembre 2012
© IEFP – la finance pour tous

Malgré son encours estimé à plus de 1000 milliards de dollars, la finance islamique représente seulement 1 % de la finance classique.
Autrement dit, son activité reste relativement marginale. Cette forme de finance est essentiellement pratiquée dans les pays du Moyen-
Orient qui, avec quelque 400 milliards de dollars, représentent presque la moitié de son encours total.

Par ailleurs, on note depuis cinq ans une accélération significative de son encours. Selon les projections d’Ernest&Young, il pourrait
atteindre plus de 4500 milliards de dollars en 2020.
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Quelles sont ses réelles perspectives de développement ?


Depuis les révolutions arabes, les pays d’Afrique du Nord (Tunisie, Egypte, Maroc) représentent une nouvelle source potentielle de
développement. Selon un rapport de Standard&Poor’s publié en février 2012. Si les actifs islamiques ne représentent pour l’instant que 5
% de l’ensemble des actifs bancaires, leurs perspectives de croissance sont substantielles du fait des mutations économiques et
sociopolitiques que connaissent actuellement ces différents pays.

Par ailleurs, la finance islamique ne s’adresse pas uniquement au 1,5 milliard de musulmans. Plusieurs pays occidentaux s’y intéressent
car elle présente des caractéristiques intéressantes en matière de transparence et de régulation bancaire. Sur ce point, le Royaume-Uni
fait office de précurseur. La financial Services Authority a ainsi créé des normes pour ces nouveaux produits financiers et a ouvert un
département spécifique dédié à la finance islamique. En 2004, l’Islamic Bank of Britaina ainsi ouvert ses portes, une première en Europe
occidentale. Aussi, la banque mondiale HSBC, en tête sur ce segment au Royaume-Uni, a récemment indiqué qu’elle arrêterait de
proposer des produits de finance islamique dans ses agences présentes sur le territoire britannique, aux Emirats Arabes Unis, au Bahreïn
et dans d’autres régions du globe et ce afin de recentrer cette activité en Malaisie et en Arabie Saoudite où la finance islamique représente
plus d’un tiers des pratiques financières classiques.

En Allemagne et en France, comptant à eux deux près de 9 millions de musulmans, la finance islamique n’a pas encore pénétré le
marché bancaire traditionnel. Autrement dit, aucune grande banque allemande ou française ne propose à ses clients d’investir dans des
produits dit « charia-compatibles », c’est-à-dire conformes à la loi islamique. Quelques initiatives ont cependant émergé ces trois dernières
années.
En Allemagne, la banque islamique turque Kuveyt Türk pourrait ouvrir ses portes prochainement à Francfort et dans d’autres grandes villes
allemandes comme Berlin en commercialisant des produits bancaires tels que le crédit immobilier « charia-compatible ».
En France, une société civile en placement mobilier, France Sukuk Courtage a récemment ouvert ses portes en proposant un produit
d’épargne immobilier répondant aux critères de la Charia. Elle est gérée par une société de gestion agrée par l’Autorité des Marchés
Financiers, plusieurs projets en partenariat avec plusieurs établissements bancaires n’ayant pas abouti.

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Quelles limites au développement de la finance islamique dans le monde ?


Malgré des projections de développement encourageantes dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la finance islamique peine
encore à trouver un écho en Europe et ce pour plusieurs raisons.

Note : en 2015, le secteur bancaire islamique du MENA devrait représenter un encours total de 990 milliards de dollars, (2010 = 416 Mds
de dollars).

Tous les établissements bancaires commercialisant des produits dits « charia-compatibles » doivent être validés par un organisme
islamique en charge de ce contrôle (Organisation de Comptabilité et d’Audit des Institutions Financières Islamiques (AAOIFI)). Or,
l’empreinte des principes religieux adossés aux produits islamiques peut être « gênante » dans le processus d’intégration et de
standardisation de ce type de produit au système financier classique. Comme le souligne Ada Di Marzo (Les Echos, 12/10/2012), « Les
limites au développement de cette activité aujourd'hui sont plutôt liées à l'offre et non pas à la demande ».
Par ailleurs, les produits de la finance islamique devant prendre la forme de produits financiers (crédits classiques, comptes à terme et
comptes sur livrets étant interdits), doivent, comme chaque produit financier commercialisé en France, disposer d’un agrément délivré par
l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Enfin,dans la plupart des pays européens, les préoccupations économiques et sociales liées à la
crise de la dette de la zone Euro semblent avoir poussé au second plan la question de l’intégration et du développement des pratiques
financières islamiques au sein des banques conventionnelles.

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A méditer : les banques islamiques seraient plus stables et efficaces que les banques classiques
Une étude universitaire américaine publiée en septembre 2012 propose de comparer l’efficacité et la stabilité des banques islamiques et
conventionnelles.
Cette étude révèle notamment que les frais de fonctionnement des banques islamiques sont plus élevés que ceux rencontrés dans les
banques conventionnelles. Cependant, elles disposent de services d’intermédiation financière supérieurs, (part des services rendus par les
intermédiaires financiers non facturée à la clientèle) et présentent dans leurs bilans une meilleure qualité d’actifs. Ces deux derniers
éléments justifient en partie la meilleure résistance des banques islamiques face à la crise financière. En 2007, la banque Lehmann
Brothers présentait un ratio d’endettement de 30 :1. Autrement dit, le montant des dettes de la banque américaine était trente fois
supérieur au montant de ses capitaux propres. Parallèlement, la plupart des banques islamiques présentes en Afrique du Nord et au
Moyen Orient disposait d’un ratio d’endettement de 10 :1. En effet, tout investissement étant tenu de disposer d’un sous-jacent réel, cela
contribue à réduire l’exposition aux risques de la banque et sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur en cas de défaillance du système
mondial.
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La finance islamique en pratique


La finance islamique distingue les modes de financement « avec participation » et « sans participation ».

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Financement « avec participation »


Le premier type de financement repose sur le principe de partage des pertes et profits. Dans un cas, la banque se contente d’apporter le
capital financier à l’entrepreneur. On parle alors de moudaraba, contrat de partenariat passif s’apparentant au fonctionnement d’une
société en commandite dans notre système financier classique. En effet, la banque (l’associé bailleur de fonds) ne dispose d’aucun droit de
regard sur la gestion du projet. En cas d’échec, la perte en capital est totalement supportée par la banque. A l’inverse, dans le cas
d’une mouchara,la banque peut intervenir dans la gestion du projet. De par ses modalités de fonctionnement, ce partenariat actif entre
l’entrepreneur et la banque se rapproche d’une joint-venture couramment rencontrée en finance classique. En cas d’échec, la perte est
supportée par l’ensemble des associés (deux au minimum) selon l’apport en capital préalablement effectué par chacun.

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Financement « sans participation »


Les opérations « sans participation » concernent essentiellement les opérations à caractère commercial (achat ou vente d’actifs).
Le mourabaha et l’ijara sont les contrats les plus utilisés.

Le premier est un contrat de vente soumis à des clauses précises issues des principes énoncés par la charia. La vente doit être
instantanée, l’objet vendu licite et son prix clairement affiché et justifié. Ce type de contrat peut également être utilisé comme source de
financement. Dans ce cas, la banque islamique joue le rôle d’intermédiaire financier entre l’acheteur et le vendeur. En effet, la banque
achète au comptant un bien pour le compte d’un client pour ensuite lui revendre à un prix augmenté d’une marge bénéficiaire.

L’ijara s’apparente à un crédit-bail ou contrat de location en finance classique. A la différence du mourabaha,ce type de contrat transfère
l’usufruit du bien, c'est-à-dire le droit de l’utiliser, et non son entière propriété.

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Un sous-jacent réel
Les modes de financement participatifs et non participatifs en finance islamique ont un principe commun : toute opération financière ou
commerciale doit avoir un sous-jacent réel. Dès lors, tous les produits dérivés rencontrés en finance classique sont proscrits. Pourtant, les
banques islamiques interviennent sur les marchés et ce par l’intermédiaire des soukouks souvent assimilés à des obligations classiques.
Elles sont émises par des établissements financiers islamiques, par des Etats (Bahreïn, Malaisie, Arabie Saoudite…) ou par des
entreprises et permettent le financement de projets spécifiques. Contrairement aux obligations classiques, les soukouks disposent d’un
actif sous-jacent, condition préalable à leurs émissions. Depuis la crise de la dette de la zone euro, plusieurs pays européens s’intéressent
à cette nouvelle source de financement. En 2004, une province allemande (Saxe-Anhalt) a ainsi émis un emprunt obligataire islamique de
100 millions d’euros. En 2008, le Royaume-Uni l’a envisagé pour un montant de 2 milliards de livres (2.3 milliards d’euros). Depuis 2009,
l’Etat français autorise l’émission de soukouks et ce afin d’élargir les possibilités d’octroi de crédit à des petites et moyennes entreprises.
« La finance islamique peut être un levier additionnel pour financer les grands projets d'infrastructures. Les besoins en Europe sont assez
importants puisque, de 2011 à 2020, plus de 1.700 milliards d'euros d'investissements sont prévus, notamment en transport et
énergie » Ada Di Marzo, entretien avec Les échos (12/10/2012).

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Compte bancaire et compte épargne, quelles différences ?


Compte bancaire : comme en finance classique, toute personne physique ou morale peut déposer des fonds sur un compte courant qui
sont garantis par la banque islamique. Les déposants bénéficient gratuitement de chéquiers, de services, de transferts de fonds etc. En
France, seule la Chaabi Bank propose l’ouverture d’un compte bancaire dit « charia-compatible ».
Les cartes bancaires :on rappelle que dans le cadre de la finance islamique, l’argent ne peut fructifier ex-nihilo. Dès lors, si la carte
bancaire entraine d’autres frais que les frais de gestion, son utilisation est proscrite. Seules les cartes de retrait et les cartes « Prepaid »
sont proposées aux clients des banques islamiques.
Compte épargne :comme énoncé précédemment, la thésaurisation est en principe interdite. En finance islamique, les comptes
d’épargne s’apparentent à des contrats épargne en unités de compte proposés en finance classique. Le capital n’est pas garanti et le
titulaire du compte n’a aucun droit de regard sur la gestion de ce dernier.

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Quelles différences entre un prêt classique et un prêt « islamique » ?


Un individu décide d’acheter un bien (par exemple une voiture). La banque achète pour le compte du client ce bien et devient ainsi co-
investisseur avec l’emprunteur. Le remboursement s’effectuera sous forme de versements de loyers augmentés d’une marge bénéficiaire.
Cette marge ne s’apparente pas à un intérêt puisqu’elle correspond à la transformation d’un paiement de court terme en long terme,
autorisée par la loi islamique. Jusqu’ici, il n’existe pas de différence significative entre l’octroi d’un prêt par une banque classique et une
banque islamique.
Par ailleurs, si l’emprunteur présente des difficultés dans le cadre du remboursement de son prêt, la banque ne peut facturer des pénalités
de retard (aucune réalité ne le justifie : il n’existe pas d’actif sous-jacent).

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Souscrire un prêt islamique en France : est-ce possible ?

Même si des discussions sont en cours, la loi française ne permet pas encore aux entreprises et particuliers de souscrire un prêt
islamique.

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Origines et fondements de la finance islamique


Le Coran, principale source du droit islamique, et la Sunna, retranscription des actes et propos du prophète Mahomet, sont les deux
principales sources religieuses de la finance islamique. La Charia, loi islamique régissant notamment les pratiques économiques et
sociales, donne naissance aux principes sur lesquels reposent les pratiques financières islamiques. Ces pratiques se fondent sur ce qui est
interdit (haram)et sur ce qui est autorisé (halal).
En théorie, est recommandé le partage des pertes et profits (PPP) et la redistribution de richesse, le principe d’équité étant le pilier central
des pratiques financières islamiques. Sont interdits ou proscrits :

Le prélèvement d’intérêt prédéterminé (riba) : l’argent ne peut être créé sans « travail ». Dès lors, la création de richesse ne reposant
pas sur une transaction réelle est interdite.

Il ne faut pas confondre l’intérêt et le bénéfice. Le premier porte sur la création d’argent ex-nihilo alors que le deuxième
se définit comme une différence de valeur lors de transactions « réelles » et est donc autorisé en finance islamique.

La thésaurisation. Seule est autorisée une épargne de précaution destinée au remboursement des dettes ou à des besoins sociaux.

Pour respecter ce principe, plusieurs investisseurs islamiques doivent nécessairement, faute de pouvoir épargner,
investir dans des projets gigantesques. C’est ce que l’on peut notamment observer dans certains pays du Golfe,
notamment aux Emirats Arabes Unis (la tour Burj Khalifa de Dubaï ou encore le projet de construction d’une réplique du
Taj Mahal dont le budget est estimé à plus d’un milliard de dollars…)

Les activités ou opérations financières et commerciales liées à la survenance d’évènements aléatoires tels que les contrats
d’assurance en finance classique. La finance islamique autorise seulement certains contrats d’assurance : les assurances-vie fondées
sur le principe de précaution et non d’incertitude, l’assurance dite tacafoul reposant sur plusieurs principes spécifiques.

La spéculation (maysir) :sont ainsi proscrits tous les produits financiers dont l’évolution du sous-jacent est incertain tels que les
contrats à terme, swaps, options… Par ailleurs, les ventes de biens ou de services dépendant par nature d’évènements aléatoires tels que
l’agriculture sont autorisées (négocier le prix des matières premières avant la récolte par exemple).

Investir dans des activités amorales :toute opération liée au tabac, à l’alcool, aux jeux, soit tout investissement dans une activité
contraire aux principes de la Chariaest interdite.

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La finance islamique est-elle vraiment si différente ?
En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/finance-islamique-est-elle-vraiment-differente-kaouther-jouaber-snoussi-
392912.html#uguPoq0i6R2KjoHX.99 [http://www.atlantico.fr/decryptage/finance-islamique-est-elle-vraiment-differente-kaouther-jouaber-snoussi-
392912.html#uguPoq0i6R2KjoHX.99]

Publié le 3 juillet 2012

http://www.atlantico.fr/decryptage/finance- La finance islamique est née et s’est développée dans les pays musulmans du Golfe et de
islamique-est-elle-vraiment-differente- l’Asie du Sud-Est depuis près de 40 ans. Elle est ainsi présente en Malaisie, au Bahreïn, à
kaouther-jouaber-snoussi- Singapour et dans d’autres pays de la région. Des institutions financières islamiques existent
392912.html#FbE0SmUHtrBYGJ27.99 également sur le continent africain au Maroc, en Tunisie ou encore au Soudan. Des
[http://www.atlantico.fr/decryptage/finance- banques et des fenêtres islamiques ont également vu le jour en Europe occidentale,
islamique-est-elle-vraiment-differente-kaouther-
notamment en Grande Bretagne et en France, ainsi qu’aux Etats Unis. De grandes banques
jouaber-snoussi-
occidentales, y compris françaises, se sont implantées dans la région du Golfe et excellent
392912.html#FbE0SmUHtrBYGJ27.99]
La spécificité de la finance islamique dans le développement d’une activité conforme au droit musulman pour proposer des
provient donc du fait qu’elle veille au produits islamiques aux entreprises et aux banques islamiques de la région.
respect d’un ensemble de règles et de
principes dictés par l’éthique
C’est une finance qui se veut ouverte à tous les acteurs, et pas seulement à ceux de
musulmane. Elle impose ainsi des
confession musulmane. Certains acteurs des marchés financiers s’y intéressent
contraintes spécifiques en matière
d’abord parce qu’elle répond à leurs principes moraux. D’autres pour les performances
notamment de traçabilité des
financières dont elle est capable. La clientèle des non-musulmans semblerait d’ailleurs
investissements et des risques. A la
majoritaire pour certains produits, à en croire les déclarations de certains gérants de fonds
différence de la finance conventionnelle qui
islamiques. Il s’agit donc d’une forme de finance alternative conforme à l’éthique musulmane
autorise le taux d’intérêt et la spéculation,
la finance islamique les interdit et propose et offrant des solutions authentiques pour les opérations de financement et d’investissement.
la prise de risque et la marge commerciale Elle a de nombreux points communs mais également de réelles différences avec la finance
comme seules sources de rentabilité. Tout conventionnelle.
en intégrant des objectifs de rentabilité, la
finance islamique se doit de respecter Avant d’être « islamique », c’est avant tout une forme de « finance ». En effet, de même
l’ensemble des principes éthiques que la philosophie libérale, la doctrine musulmane incite à l’entreprenariat et au
musulmans. C’est cette contrainte majeure commerce, et encourage le profit. Toutes deux poursuivent donc des objectifs proches en
qui induit la nécessité d’innover et de termes de performance financière. Toutefois, si en finance conventionnelle, la norme qui
développer de nouveaux produits préside aux décisions financières est l’optimisation du couple risque-rentabilité, la
structurés.
performance n’est pas l’unique ni le principal critère de décision pour les opérateurs
Par ailleurs, le fait que la philosophie de la
islamiques. Comme dans d’autres formes de finance éthique et socialement responsable, la
Finance Islamique repose à la fois sur un
recherche de profit ne devrait pas être la seule finalité d’une opération financière islamique.
investissement dans la durée et sur le
partage du risque financier fait d’elle un Par conséquent, la spécificité vient du fait que, dans sa définition de la rationalité
modèle économique particulièrement économique, la finance islamique prend en compte une notion plus large, celle de l'intérêt
adapté à la période que nous traversons général.
pour financer l’activité productive loin des
dérives spéculatives. Cela étant, elle La finance islamique consiste donc à structurer des produits répondant à cette
demeure pour l’heure une niche peu
double exigence, à la fois financière et conforme à l’éthique musulmane. Il en découle
exploitée.
que la finance islamique moderne est régie par un ensemble de règles applicables aux
Avec un recul de seulement trente ans, relations économiques et commerciales que les théoriciens regroupent dans cinq principes
l’industrie contemporaine de la finance fondamentaux :
islamique reste jeune et fragile. Elle
présente encore des limites, notamment
dans sa mise en pratique, et doit aussi 1. L'interdiction de l'usure :
surmonter un certain nombre de
défis. Force est de constater que le secteur L’interdiction de l’usure (riba) se traduit le plus souvent par une interdiction de
de la finance islamique n’a pas à ce jour su l’intérêt. Aussi, la grande majorité des penseurs musulmans ne font aucune distinction entre
tirer tous les bénéfices des solutions l'usure et l'intérêt, étant tout deux le fruit de l'écoulement du temps et non de la rentabilité
offertes par la théorie financière islamique.
d’un projet sous-jacent. C’est la raison pour laquelle ils sont prohibés, considérés comme
La complexité de certains instruments
des sources potentielles d'une mauvaise allocation des ressources au niveau de la société.
financiers, le niveau de prise de risque
qu’ils impliquent en l’absence de produits
de couverture et de gestion des risques, 2. Le partage des profits et des pertes :
couplés avec la lourdeur et le manque
d’harmonisation des procédures juridiques
Si la pratique de l’intérêt est interdite, le prêt en soi ne l'est pas. Toutefois, toute
font que des produits tels que la murabaha,
opérations d’achat-vente avec marge, sont rémunération du prêteur, doit être fonction des résultats du projet qu'il finance. Ce principe
privilégiés par les praticiens au détriment implique que le pourvoyeur de fonds et celui qui les utilise doivent partager le risque
des produits de partage de pertes et de économique de manière équitable. Pour une banque islamique, cela signifie que les
profits. En outre, l’offre de formation aux dépositaires, la banque et les emprunteurs partagent tous les risques et les revenus des
principes et pratiques de la finance projets financés par les dépôts relevant de ce principe.
islamique est encore insuffisante. Des
praticiens, souvent formés exclusivement
aux techniques de la finance 3. L'interdiction de l'incertitude et de la spéculation :
conventionnelle, ont du mal à se détacher
des modèles classiques pour explorer des La prise de risque n'est pas interdite en Islam, au contraire, elle est même encouragée car,
modèles propres à la finance islamique. Le en plus de la marge commerciale et en l’absence de taux d’intérêt, c’est la seule source
développement de la finance islamique se
heurte parfois aussi à des barrières reconnue de rentabilité. L'incertitude (maysir) ou la dissymétrie dans les termes d'un contrat
socioculturelles. Dans certains cas, un cependant le sont, ces derniers pouvant aboutir à la spéculation (gharar). Il est ainsi
effort d’information et de pédagogie est à interdit d'acheter ou de vendre un bien dont le prix ou les caractéristiques seraient
fournir.
définis ultérieurement. C’est ainsi que les contrats d'assurance traditionnels et les produits
D’autres innovations financières devraient dérivés par exemple sont considérés non conformes aux principes de la finance islamique.
voir le jour une fois que la formation et la
recherche auront atteint une masse critique
4. L’adossement à un actif tangible :
capable d’alimenter la théorie et la pratique
financières et bancaires en produits
nouveaux répondant mieux à la fois aux L'argent, instrument concourant à la création de valeur et à faciliter les échanges, ne peut en
exigences de l’éthique musulmane et aux soi faire l'objet d'un échange. Le rôle attribué à l’argent en Islam est en effet bien
besoins du marché, notamment en matière explicité comme un capital potentiel ne pouvant devenir réel qu’après association
de couverture et de gestion des risques. avec une autre ressource, en l’occurrence le travail et l’effort, dans un objectif
d’entreprendre une activité productive. Il ne représente qu’un simple moyen d’échange,
En savoir plus sans aucune utilité intrinsèque. Il ne remplit donc pas ce rôle de transfert inter temporel de
sur http://www.atlantico.fr/decryptage/financ valeur qui lui est reconnu dans les économies occidentales. L’interdiction du commerce
e-islamique-est-elle-vraiment-differente- d’argent écarte par conséquent tout profit tiré d’une transaction purement financière.
kaouther-jouaber-snoussi-
392912.html#uguPoq0i6R2KjoHX.99 Ainsi, toute opération financière nécessite d'être adossée à un actif tangible. C’est
[http://www.atlantico.fr/decryptage/finance- l’assurance qu’il existe un bien réel clairement identifié comme étant l’objet de la transaction,
islamique-est-elle-vraiment-differente-kaouther- ce qui d’une part en garantit la traçabilité et d’autre part permet de raccrocher la sphère
jouaber-snoussi-
financière à la sphère réelle.
392912.html#uguPoq0i6R2KjoHX.99]

5. L'interdiction de certaines activités et produits:

La finance islamique obéit non seulement à l’interdiction de l’intérêt et de toute spéculation,


mais également à une obligation de responsabilité sociale. Ainsi quelque soit la forme du
mode de financement, certains secteurs d’activité, répréhensibles du point de vue éthique et
religieux, sont exclus. C'est le cas des jeux de hasard, du tabac, de l’alcool, de l’élevage
porcin, de l’armement, ou encore de la pornographie.

Cette articulation particulière entre finance et religion qui caractérise la fiance islamique est à
l’origine du développement de produits spécifiques. La finance islamique est ainsi dotée
de ses propres instruments financiers dans les domaines de la banque commerciale,
du financement de projets, de la banque de marché, de la gestion d’actifs par
exemple. Il s’agit pour la plupart d’engagements de gré à gré à l’instar des
contrats Murabaha, Ijara, Mudharaba, Mucharaka ou Takaful. La majorité de ces opérations
sont encore très peu standardisées et souvent élaborées sur mesure. Il existe également
des produits financiers islamiques cotés tels que des fonds, des indices boursiers et des
trackers sur indices. Toutefois, ces marchés sont encore assez peu profonds et faiblement
liquides, comparés à leurs équivalents conventionnels. Le caractère islamique d’un produit
financier est validé par un conseil de conformité au droit musulman (Sharia Board) composé
de jurisconsultes musulmans (Sharia scholars).

Publié il y a 17th February 2013 par Laplagne Guy

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