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[ Dossier & Interviews ]

La veille

C’est au début des années quatre-vingt-dix que la veille est devenue


un thème de préoccupation pour les entreprises. Il s’agissait, le plus
souvent, de grands groupes industriels qui développaient leurs opé-
rations à l’international et voulaient être informés des mouvements de
leurs concurrents, de l’évolution des technologies, de la solidité de
leurs fournisseurs…

C’est ainsi que sont apparues les premières cellules de veille. Mal-
heureusement, à cette époque la recherche des informations, la
constitution des dossiers de veille et leur diffusion représentaient un
lourd travail, très consommateur de temps, car ils restaient essen-
tiellement basés sur des supports papiers. Ainsi, malgré des efforts
conséquents, la veille restait isolée, réservée aux personnes qui en
avaient la charge et à quelques collaborateurs particulièrement moti-
vés, et surtout très peu outillée.

L'arrivée d'internet dans les entreprises a fait évoluer la veille. Sortant


de la sphère des professionnels, internet a permis le développement
de la recherche d'informations par les non-spécialistes, grâce aux
nombreux moteurs de recherche disponibles.

Avec l’internet, puis les bases de connaissances spécialisées, l’inté-


rêt de la veille est apparu à un grand nombre de collaborateurs et sa
professionnalisation est devenue une nécessité.

Depuis, la veille s’est insérée progressivement dans les modes de


fonctionnement des entreprises jusqu’à en devenir un élément natu-
rel. Elle est rendue possible par la mise en place d’une organisation et
de processus adaptés ainsi que par le déploiement des progiciels
spécialisés utilisant des technologies évoluées.

[ 2 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


et ses outils

Pour la première, la veille a pour fonction de rechercher des


informations à caractère anticipatif concernant l’évolution
d’une activité, d’un produit, d’une technologie… Usuellement,
ces informations sont appelées signaux faibles. Leur analyse
permet à l’entreprise d’anticiper sur les évolutions futures et
ainsi de mieux se positionner.

Pour la seconde, la veille doit permettre de rassembler thé-


matiquement des informations peu accessibles usuellement.
QU’EST-CE QUE LA VEILLE ? Il s’agit d’avoir une meilleure connaissance de l’environne-
ment pour améliorer les prises de décision opérationnelles.

La veille est souvent positionnée comme une activité clé dans Dans les deux cas, la veille permet d’identifier des risques et
le processus de définition de la stratégie. Dans ce contexte, elle des opportunités.
a pour rôle d’identifier et de rassembler les informations cri-
tiques qui vont permettre à la direction générale de définir sa Au final, la veille est un ensemble d’activités orientées vers
stratégie pour les années à venir. l’obtention d’informations à caractère stratégique ou opéra-
tionnel sur l’évolution de l’environnement pour viser la perti-
En fait, la veille n’a pas que ce rôle. Qu’il s’agisse de veille nence des processus de décision à court ou moyen terme.
concurrentielle ou de veille technologique, les activités de veille
sont actuellement profondément insérées dans les processus L’apparition du concept de veille s’est accompagnée de la mise
opérationnels. De nombreuses organisations sont là pour en en avant de trois types de veille : la veille stratégique, la veille
témoigner. concurrentielle et la veille technologique. Depuis le concept
s’est segmenté et de nombreux autres types de veille sont
Il existe plusieurs approches de la veille, l’une va privilégier apparus. Le tableau suivant (Figure 1) présente les différents
son caractère anticipatif et l’autre son aspect opérationnel. types de veille reconnus actuellement.

Informations recherchées
Veille stratégique Tendances globales d’évolution
Veille sociétale Signaux faibles sur l’évolution des comportements
Veille sectorielle Dynamique du secteur
Veille concurrentielle Chiffre d’affaires, résultats, nouveaux produits, acquisitions… des concurrents
Veille commerciale Besoins explicites et tacites des clients
Veille fournisseurs Pérennité, technologies, savoir-faire… des fournisseurs
Veille juridique et réglementaire Normes et règlements
Veille image Eléments de perception de l’organisation par les clients, les fournisseurs…
Veille technologique Evolutions des technologies actuelles et futures des produits et processus de l’entreprise
Figure 1 : Différents types de veille

] 3 [
LES APPORTS DE LA VEILLE

Même s’ils ne sont pas toujours évalués de manière quantita- Cependant, la mondialisation, le développement de plus en
tive, les apports de la veille aux organisations sont connus, il plus rapide de l’innovation qu’il s’agisse de nouveaux produits
s’agit notamment de : ou de nouvelles technologies, l’évolution parfois difficilement
identifiable des besoins clients… font que les professionnels
• La connaissance factuelle des évolutions ont des difficultés à être au fait de l’ensemble des évolutions de
de l’environnement, leur environnement.
• L’identification des menaces et des opportunités par
rapport à l’organisation, Une veille bien organisée peut leur être d’un grand secours
• L’appui à la prise de décisions opérationnelles ou par une surveillance ciblée de sources électroniques comme
stratégiques, par le recueil des informations transmises à partir des colla-
• La dynamisation de l’innovation. borateurs (sources humaines).

Usuellement, les collaborateurs des entreprises qu’il s’agisse D’un point de vue global, la veille en apportant des connais-
des chefs de produit, des ingénieurs de bureau d’étude, des sances externes à l’entreprise, l’interpelle dans ses offres com-
acheteurs connaissent le contexte de leurs activités, a fortiori me dans ses modes de fonctionnement. Elle l’incite à réagir, à
s’ils sont dans la fonction depuis plusieurs années. trouver des nouvelles solutions et au final à innover.

LA VEILLE N’EST PAS L’INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE

Dans les faits, même si l’intelligence économique et la veille se


rejoignent sur la nécessité de détecter les menaces et oppor-
tunités que l’entreprise peut avoir à affronter, l’intelligence éco-
nomique possède une orientation beaucoup plus active. Elle
peut être définie comme :

• La maîtrise et protection du patrimoine scientifique,


technologique et concurrentiel de l’entreprise,
• La détection des menaces et opportunités que l’entreprise
peut affronter,
• La constitution de stratégies d’influences au service de
l’entreprise.

Certains experts de l’intelligence économique ont cherché à


intégrer la veille dans un concept global. Dans celui-ci, la partie
de surveillance de l’environnement de l’intelligence écono-
mique relèverait de la veille. En fait dans les entreprises, les
Depuis la publication du rapport Carayon1 en juin 2003, l’in- praticiens de la veille ne se sont pas intégrés dans une telle
telligence économique est devenue une priorité nationale. Le approche.
retentissement de ce rapport a été tel que le terme intelligen-
ce économique a remplacé petit à petit celui de veille. Pourtant Il faut indiquer cependant que certains grands groupes ont
depuis de nombreuses années, les entreprises ont mis en pla- créé des cellules spécialisées dans l’intelligence économique.
ce des processus, organisations et systèmes d’information, Ils avaient une expérience développée de la pratique de la
que certains classeraient dans le domaine de l’intelligence veille et voulaient mettre en place des actions offensives par
économique, mais qu’elles mêmes positionnent plus couram- rapport à leurs concurrents.
ment sur le registre de la veille.
Conceptuellement, il est possible d’admettre que la veille s’in-
tègre dans l’intelligence économique, dans les faits elle ne s’in-
1 : « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale » -
Rapport au Premier ministre de Bernard CARAYON, député du Tarn - troduit dans les entreprises que lorsque leur pratique des
www.bcarayon-ie.com activités de veille a atteint un certain niveau de maturité.

[ 4 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


LE PROCESSUS DE VEILLE

Le schéma suivant (Figure 2) en fournit une représentation.

Le ciblage permet de définir les thèmes sur lesquels la veille


doit être déployée. De manière précise, il s’agit de fixer les sujets
qui doivent faire l’objet d’une surveillance active et de les hié-
rarchiser selon leur degré d’importance. L’activité de ciblage pro-
duit usuellement un plan de veille qui rassemble les thèmes et
les acteurs que l’on veut surveiller et les sources concernées.

La collecte d’informations vise à rassembler des faits, des opi-


nions, des études… sur les thèmes définis préalablement. Ces
éléments sont collectés à partir de sources formelles ou de
sources informelles. Les sources formelles sont le plus souvent
Après les premières expériences de mise en œuvre de la veille des sources électroniques. Il s’agit de l’Internet, de fils d’informa-
et en se basant sur la définition du cycle du renseignement, les tion, de bases de données professionnelles… Les sources infor-
praticiens ont défini un processus-type qui a fait référence. Le melles sont le plus souvent des sources humaines.
processus-type de veille, tel qu’il a été défini il y quelques
années rassemble les activités suivantes : L’analyse et la synthèse sont des activités à haut niveau de
valeur ajoutée. Elles doivent permettre de valider les informa-
• Ciblage, tions recueillies, d’en extraire le contenu pertinent, de l’intégrer
• Collecte d’informations, dans une ou plusieurs synthèses et éventuellement de faire des
• Analyse et synthèse, propositions d’action. Usuellement c’est lors des activités d’ana-
• Diffusion. lyse et de synthèse que sont produits les livrables de la veille.

Observateurs

Recueil de Experts
l'information

RESPONSABLE DE LA VEILLE
Analyse et
Comité de Informations Validation
veille brutes

Ciblage
Synthèse et
propositions
Demandeurs d'actions

Action

Diffusion
Action
Dossiers
Action

Figure 2 : Processus-type de veille

] 5 [
La diffusion est la mise à disposition des informations, le plus Les activités d’analyse et de synthèse ont elles aussi changé.
souvent dans des livrables spécifiques, ainsi que les échanges Plus précisément, l’augmentation de la maturité des collabo-
et l’enrichissement qui en résultent. Des propositions d’action rateurs par rapport aux flux informationnels amène à minimi-
sont souvent intégrées. ser l’activité de validation. Plutôt qu’une validation
systématique des informations recueillies par un ou plusieurs
L’intégration des activités de veille dans les entreprises, l’évo- experts, la tendance est maintenant que le responsable de la
lution de la notion de processus, le développement des sys- veille exploite les informations recueillies et les mette à dispo-
tèmes d’information de veille ont fait évoluer le processus de sition après les recoupements nécessaires, à charge aux des-
veille. Dans les mises en œuvre opérationnelles, le ciblage est tinataires des livrables de réagir lorsqu’ils considèrent que les
effectué une seule fois pour toutes avant le lancement de la informations mises à disposition sont erronées. Par ailleurs, le
veille. Il permet de réaliser un plan de veille qui est actualisé développement des technologies d’analyse textuelle et les
ponctuellement suivant les résultats obtenus. Cette mise à résultats qu’elles permettent d’obtenir, incitent à considérer les
jour n’est pas continuelle. N’étant, pour l’essentiel, réalisées activités d’analyse et de synthèse comme deux étapes dis-
qu’une fois, les activités de ciblage n’ont donc pas à être inté- tinctes du processus.
grées dans un processus, défini comme un ensemble d’activi-
tés interconnectées, contenant aussi la collecte, l’analyse, la Pour ce qui concerne la diffusion d’informations, il faut noter
synthèse et la diffusion. Il faut noter que ce point a été renfor- qu’elle ne s’accompagne plus systématiquement de proposi-
cé par l’utilisation des progiciels de veille. tions d’actions. L’information est mise à disposition et les des-
tinataires de livrables l’utilisent pour le mieux dans leurs
La collecte des informations formelles et informelles a été diverses activités métiers.
modifiée par la mise en œuvre de logiciels dédiés. L’utilisation
de ces logiciels a permis de faciliter la collecte des informations Au final, il semble qu’il faille plutôt considérer maintenant une
à partir de sources informelles en la rendant beaucoup plus activité de ciblage bien distincte et un processus de veille qui
facile à mettre en œuvre. Pour ce qui concerne le recueil d’in- regroupe les étapes suivantes :
formations à partir de sources formelles, le développement
des logiciels a permis d’automatiser la collecte des informa- • Collecte d’informations,
tions sur l’Internet public ou de bases de données payantes • Analyse,
(Factiva, Newsedge, Dialog…). Au final, la forme et les condi- • Synthèse,
tions de mise en œuvre des activités de recueil de l’information • Diffusion.
ont profondément changé.

[ 6 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


LES MÉTIERS DE LA VEILLE

Le fonctionnement originel d’une organisation de veille requer- Les demandeurs sont les destinataires des livrables de la
rait différents profils liés entre eux par le processus de veille. Il veille. Même s’ils n’ont pas tous exprimé leurs besoins de
s’agit des : manière formelle, ils vont recevoir les analyses et synthèses
produites.
• Responsable de la veille,
• Observateurs, Le comité de veille est une instance de pilotage de la veille. A
• Experts, ce titre, il a pour vocation principale de réaliser le ciblage des
• Demandeurs, thèmes de veille, d’être force de proposition auprès de la direc-
• Comité de veille. tion générale pour les actions à réaliser et de fournir un support
au coordinateur de la veille pour l’animation du réseau de
Le responsable de la veille est un élément clé dans le disposi- veille. Suivant les contextes, il peut impliquer la direction géné-
tif de veille. Ses rôles sont multiples. Il doit ainsi : rale ou ses représentants.

• Sensibiliser les collaborateurs de son entreprise à la veille, De la même manière que précédemment, le dispositif organi-
• Faire connaître ses apports, sationnel et les métiers de la veille ont bien évolué et quelques
• Identifier les nouveaux besoins, points doivent être précisés par rapport à l’organisation origi-
• Proposer des thèmes de veille, nelle de la veille.
• Faire valider ces thèmes auprès du comité de veille,
• Organiser le réseau de veille en mettant en place la coop- Dans certaines entreprises, il n’existe pas de responsable de
tation de ses membres, la veille. Il y a un coordinateur par type de veille : coordinateur
• Dynamiser les membres du réseau, de la veille concurrentielle, coordinateur de la veille technolo-
• Réaliser ou faire élaborer les analyses ou synthèses des gique… Il a les mêmes attributions que le responsable de la
informations recueillies, veille mais sur son domaine particulier. Il est le plus souvent
• Vérifier la satisfaction des destinataires des livrables de la rattaché à la structure fonctionnelle classique. Par exemple, le
veille. coordinateur de la veille concurrentielle est rattaché à la direc-
tion marketing, celui de la veille technologique à la direction
L’observateur ou capteur a pour rôle de collecter et d’injecter R&D. Dans ces conditions, la responsabilité de la coordina-
dans le réseau de veille les informations qui se rapportent aux tion de la veille, par exemple concurrentielle, ne devient qu’un
thèmes de veille retenus et dont il a connaissance. Ces infor- des aspects de la fonction du chef de produit.
mations peuvent être transmises sous différentes formes :
notes, questions… En plus de ces opérations, le capteur s’as- Dans certains contextes, la veille technologique par exemple,
treint généralement à apporter son regard critique sur les infor- les observateurs peuvent être les destinataires d’une partie
mations qu’il transmet en apportant ses commentaires. des informations contenues dans les livrables de la veille. Dans
cette situation, le passage par ces derniers peut paraître lourd
L’expert a principalement pour fonction de fournir ses compé- et non pertinent. En fait, la veille met en perspective les infor-
tences pour valider les informations recueillies. Certaines infor- mations brutes recueillies et sera ainsi porteuse de valeur ajou-
mations à caractère technologique, commercial ou concurrentiel tée même pour les collaborateurs ayant fourni une partie des
en provenance du terrain n’ont pas un degré de fiabilité absolu, informations brutes.
c’est pourquoi en préalable à leur utilisation, une opération de vali-
dation par des « sachants » est nécessaire. Comme indiqué précédemment, l’utilisation d’experts pour
valider les informations recueillies n’est pas toujours néces-
saire. Il faut néanmoins indiquer que la validation d’informa-
tions brutes par des experts permet de fiabiliser les
informations recueillies lorsque les observateurs ne sont pas
compétents sur le domaine. Par exemple, si les acheteurs ou
les commerciaux recueillent des informations technologiques.

La mise en œuvre d’un comité de veille n’a d’intérêt que pour


les veilles transversales comme la veille sectorielle, la veille juri-
dique et réglementaire… sinon la structure organisationnelle
classique basée sur les fonctions usuelles des entreprises est
suffisante. La veille concurrentielle et la veille commerciale
sont ainsi directement rattachées aux directions marketing et
commercial.

] 7 [
LE RÔLE ET LA PLACE DU SYSTÈME D’INFORMATION
DANS UNE DÉMARCHE DE VEILLE

Il ne peut y avoir de veille sans outils informatiques et système résultats de l’analyse et de les mettre en perspectives par rap-
d’information performants. Cependant, il ne faut surtout pas port à l’activité de l’entreprise. L’expertise humaine est indis-
cantonner la veille à la mise en œuvre de logiciels. pensable et n’est en aucun cas remplaçable par l’informatique.

Les outils informatiques sont utilisés dans le but d’assister les Au final, le système d’information est au service de la stratégie
différents acteurs tout au long du processus de veille. Ils vien- de veille. Dans ce cadre, la mission du DSI est double :
nent en soutien à la fois pour collecter, traiter et diffuser l’in-
formation. Ils ne vont en aucun cas remplacer l’expertise • être attentif à son environnement technologique et partici-
humaine. En effet, si comme nous allons le voir par la suite de per aux choix stratégiques en matière de technologies de
nombreux logiciels permettent d’analyser de grandes quanti- l’information pour proposer les outils les plus pertinents ;
tés d’informations, difficilement manipulables par un seul indi- • soutenir les projets de veille au sein de l’entreprise.
vidu sans l’aide d’un outil, ils sont incapables d’interpréter les

2
LES OUTILS DE VEILLE

Le marché des outils pour la veille est extrêmement riche. Une Outils de collecte d’informations
partie des outils existants, que nous ne détaillerons pas ici, est
bien connue : il s’agit des moteurs de recherche, des méta- Les outils de collecte d’informations sont de trois sortes : les
moteurs et des annuaires. agents de recherche et les agents de surveillance et les aspi-
rateurs de sites.
Par delà ces outils, l’offre en matière d’outils de veille se
décompose de la manière suivante : Les agents de recherche sont des logiciels qui permettent de
rechercher des informations de manière plus ou moins sophis-
• les outils monopostes, qui offrent généralement une seule tiquée sur des contenus internes ou externes et de les mettre
fonction du cycle de veille mais qui coûtent très peu cher à disposition après des traitements adaptés. (cf. : tableau 1).
(généralement moins de 100 euros).
• les outils d’entreprise, qui couvrent tout, les progiciels, ou A ces agents logiciels monopostes peuvent être ajoutés des
partie, les briques technologiques, du cycle de veille peu- outils d’entreprise dont la vocation est de fédérer et d’auto-
vent être vendus sous la forme de solutions client/serveur matiser la recherche d’informations sur des sources internes
ou en mode ASP. Ces outils sont coûteux : de quelques mil- et externes. (cf. : tableau 2).
liers d’euros par mois pour une offre ASP à plus de 10 000
euros pour une solution client/serveur. Les agents de surveillance sont des logiciels qui permettent
de mettre sous contrôle tout ou partie de sites Internet, de
Quels que soient leur type, ces outils peuvent être regroupés forums, de listes de diffusion. Ils scrutent à intervalles réguliers
en catégories fonctionnelles : le contenu de sources choisies et émettent une alerte lorsque
des modifications surviennent. (cf. : tableau 3).
• les outils de collecte d’informations ;
• les outils d’analyse et de mise en forme ; Les aspirateurs de sites sont des logiciels qui permettent de
• et les progiciels. copier à l’identique un site web sur sont propre disque dur.
(cf. : tableau 4).

Outils d’analyse et de mise en forme

Avec les outils d’analyse et de mise en forme, il faut entendre


principalement :
2 : La liste des outils présentée ne prétend pas à l’exhaustivité, certains
outils peuvent ne pas avoir été mentionnés. En fait, l’objectif de ces listes • les outils de classification ;
est plus d’illustrer la segmentation que de fournir un recueil exhaustif
• les outils de résumé automatique ;
des outils existants.

[ 8 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


• les outils d’extractions de connaissances ; cartographie sont de plus en plus intégrés aux systèmes de
• les suites logicielles de text mining ; veille, à l’appui ou comme l’aboutissement de leurs étapes de
• et les outils de cartographie. traitement et d’analyse de l’information.
La cartographie peut être la visualisation d’une recherche au
Les logiciels de classification permettent de réaliser des trai- sein d’un corpus spécialisé, sur base de données, sur Internet,
tements à haut niveau de valeur ajoutée sur des fonds docu- ou encore au sein de newsgroups et de listes de diffusion.
mentaires. Ils assurent la réalisation des opérations suivantes: Dans tous les cas et par rapport à une recherche « classique »
sur Internet, la cartographie permet de faire apparaître
• génération automatique de plans de classement : organi- d’autres liens, d’autres dynamiques.
sation de façon dynamique et intuitive d’un ensemble non
structuré de documents en thèmes et établissement d’une Les présentations graphiques se font sous forme de sphères,
véritable cartographie du fonds documentaire considéré ; de réseaux, ou de grappes d’information. En amont, des outils
• catégorisation automatique: classement par apprentissage spécialisés prennent en charge les relations spatiales, tempo-
des documents dans un plan de classement préexistant, il relles, statistiques, géographiques pour retracer tous les liens
est possible à ce niveau de catégoriser des fonds docu- entre les différents éléments du corpus. (cf. : tableau 10).
mentaires de natures hétérogènes. (cf. : tableau 5).

L’objectif d’un outil de résumé automatique est de produire, à Progiciels de veille


partir du contenu d’un document, une représentation conden-
sée dans laquelle les informations importantes du texte origi- Les progiciels de veille sont des outils intégrés qui rassem-
nal sont préservées tout en tenant compte des besoins de blent des fonctionnalités couvrant le champ complet des
l’utilisateur. besoins en matière de veille. Plus précisément ils offrent, à
des degrés divers, des fonctionnalités d’acquisition externe et
Il existe deux grandes catégories de techniques pour construi- interne des informations, de stockage et de traitement, d’ana-
re un résumé automatique : lyse, de mise en forme documentaire, de diffusion et d’admi-
nistration.
• la reformulation, s’attache à comprendre le contenu du
document de manière à générer un nouveau texte, conte- Il y a deux sortes d’outils dans cette catégorie, les outils géné-
nant de nouvelles phrases, différentes du texte original ; ralistes et les outils spécialisés.
• l’extraction, repose sur l’extraction d’information. Le résumé
obtenu contient les éléments jugés importants du texte ori- Les outils généralistes sont des suites logicielles incluant por-
ginal. C’est la technique la plus utilisée dans les logiciels tail, gestion documentaire, moteur de recherche… Elles peu-
commerciaux. (cf. : tableau 6). vent être utilisés de différentes manières. Le travail collaboratif
en est une. Avec un paramétrage adapté et, le plus souvent
La vocation des outils d’extraction de connaissances est des développements spécifiques, elles peuvent être utilisés
d’identifier l’information pertinente. Ces outils mettent en pour la veille. (cf. : tableau 11).
œuvre une analyse du texte pour interpréter et construire une
représentation formelle qui permettra d'apporter automati- Les outils spécialisés sont des logiciels intégrant les fonction-
quement des réponses précises à l'utilisateur. Il ne s'agit donc nalités d’un système d’information de veille tel que cela a été
pas simplement de sélectionner un fragment brut du texte, présenté précédemment. Des éditeurs proposent leurs outils
mais de mettre des éléments en relation pour restituer une en mode ASP avec un accès par un navigateur Internet au logi-
information complète et structurée à partir d’un patron prédé- ciel. Certains l’intègrent à des prestations plus globales d’ex-
fini. (cf. : tableau 7). ternalisation des activités de veille sous forme de service. (cf. :
tableau 12).
Nous pouvons également classer dans cette catégorie les
outils d’analyse de contenu dont la vocation est de déterminer
automatiquement les liens entre des concepts. La restitution
Il existe d’autres outils comme ceux de :
se fait généralement sous forme d’arbres ou de réseaux de
• Cipher Systems (www.cipher-sys.com),
termes. (cf. : tableau 8).
• Docere (www.docere.se),
• Strategy Software (www.strategy-software.com),
Les suites logicielles de text mining sont de véritables boîtes
• Novintel (www.novintel.com),
à outils dont la vocation est de faciliter la découverte de
• Traction Software (www.tractionsoftware.com),
connaissances. Cet ensemble d’outils propose l’ensemble des
• Wincite Systems (www.wincite.com),
fonctionnalités qui sont offertes par les différents outils que
• WisdomBuilder (www.wisdombuilder.com).
nous venons de voir. (cf. : tableau 9).
Il s’agit de logiciels américains, suédois ou finlandais qui
Utilisée traditionnellement et depuis longtemps à des fins de
ne sont peu ou pas du tout distribués en France.
repérage géographique ou géoéconomique, les logiciels de

] 9 [
Tableau 1 Logiciel Editeur Site Web
Copernic Agent Pro Copernic www.copernic.com/fr/
Strategic Finder Digimind www.strategicfinder.com
WebSeeker Blue Squirrel www.bluesquirrel.com

Tableau 2 Logiciel Editeur Site Web


ECI Services EMC-Documentum www.documentum.fr
Verity Federator Verity www.verity.fr

Tableau 3 Logiciel Editeur Site Web


Check&Get ActiveURLs www.activeurls.com
Copernic Tracker Copernic www.copernic.com/fr/
KBCrawl BEA Conseil www.beaconseil.com
KeyWatch Iscope www.iscope.fr
Vigilus Pragtec www.pragtec.com
WebSite Watcher Aignes www.aignes.com
Webspector Illumix www.illumix

Tableau 4 Logiciel Editeur Site Web


HTTrack Open Source www.httrack.com
MemoWeb Goto Software www.goto.fr
Teleport Pro Tenmax www.tenmax.com
WebCopier Pro Maximum Soft www.maximumsoft.com
Wysigot Wysigot www.wysigot.com/fr

Tableau 5 Logiciel Editeur Site Web


DQ-Server Caatoosee www.caatoosee.com
GammaWare GammaSite www.gammasite.com
LexiQuest Categorize SPSS www.spss.com/fr
MindServer Categorization Recomind www.recommind.com
Stratify Discovery System™ 3.0 Stratify www.stratify.com
Texis categorizer Thunderstone www.thunderstone.com
Verity Intelligent Classifier Verity www.verity.com/fr
Vivisimo Clustering Engine Vivisimo www.vivisimo.com

Tableau 6 Logiciel Editeur Site Web


Copernic Summarizer Copernic Technologies www.copernic.com
Inxight Summarizer Inxight www.inxight.com
Pertinence Summarizer Pertinence Mining www.pertinence.net

[ 10 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


Tableau 7 Logiciel Editeur Site Web
Moho Extractor Kofax (MohoMine) www.kofax.com
Mindset Infoxtract Xtramind www.xtramind.com
Verity Extractor Verity www.verity.com/fr

Tableau 8 Logiciel Editeur Site Web


Tropes Zoom Acetic www.acetif.fr
WordMapper Grimmersoft www.grimmersoft.com
LexiQuest Mine SPSS www.spss.com

Tableau 9 Logiciel Editeur Site Web


ClearForest Text Analysis Suite ClearForest www.clearforest.com
Enterprise Mining Suite Intelliseek www.intelliseek.com
Inxight SmartDiscovery Inxight www.inxight.com
Lingway KM Lingway www.lingway.fr
SAS Text Miner SAS www.sas.com
TEMIS Insight Discoverer Temis www.temis.com

Tableau 10 Logiciel Editeur Site Web


Anacubis Anacubis www.anacubis.com
Kartoo Visu Kartoo www.kartoo.net
MapStan WPS Social Computing www.social-computing.com
ThinkMap 2.5 ThinkMap www.thinkmap.com
VisuaLinks Visual Analytics www.visualanalytics.com
VizServer Inxight www.inxight.com

Tableau 11 Logiciel Editeur Site Web


Autonomy IDOL Server Autonomy www.autonomy.com
HummingBird Enterprise HummingBird www.hummingbird.com
Verity K2 Verity www.verity.fr

Tableau 12 Logiciel Editeur Site Web


AMI Market Intelligence Albert www.albert.com
Aperto Libro Alogic www.alogic.fr
Arisem Kaliwatch Profesionnal Arisem www.arisem.fr
Cybion Eye Cybion www.cybion.fr
Digimind Evolution Digimind www.digimind.fr
KnowledgeManager et Global Finder Knowings www.knowings.com
Pericles Datops www.datops.com
VS 2000 Ayonis www.ayonis.com

] 11 [
MISE EN ŒUVRE DE LA VEILLE

vent, à la hauteur des espérances. C’est la raison pour laquelle


nous allons exposer la première approche.

Définir une démarche valable dans tous les contextes est délicat,
en effet les situations locales sont très différentes, la maturité et
la disponibilité des collaborateurs pour implémenter de nouveaux
modes de fonctionnement et un logiciel sont donc très variables.

Cependant l’approche proposée ci-après met l’accent sur l’impli-


Pour mettre en œuvre la veille, deux types d’approches existent cation des collaborateurs et peut être considérée comme un
actuellement: l’approche fonctionnelle et l’approche outil. dénominateur commun à toutes celles qui sont possibles.
Elle est un retour d’expérience des nombreux projets de mise en
L’approche fonctionnelle va chercher à arrimer les processus et place de la veille sur lesquels sont intervenus les auteurs et les
l’organisation de la veille dans la société à travers des opérations consultants de KnowledgeConsult.
de sensibilisation aussi bien que de communication globale et
dans ce cadre choisir un logiciel qui permettra de réaliser la mise Le schéma ci-après (Figure 3) présente une vue d’ensemble de la
en œuvre opérationnelle d’un premier pilote qui sera généralisé démarche.
s’il rencontre du succès.
La réussite de la mise en œuvre d'une organisation et d'un systè-
L’approche outil va viser, dans un premier temps à définir, cher- me de veille supportés par des outils spécialisés repose sur des
cher puis choisir un logiciel qui dans un deuxième temps sera principes et s'appuie sur une démarche de projet.
déployé au travers d’un pilote puis généralisé en cas de succès.
Les principes à retenir sont:
Même si dans les deux cas, on souhaite procéder progressive- • Définir une organisation et un système de veille adaptés au
ment et mettre en œuvre un pilote, le point de départ n’est pas le contexte opérationnel,
même. Dans un cas, la démarche trouve son origine dans des • Etablir un ciblage précis des thèmes de veille qui permettent
besoins ressentis par la société qui vont être traités en tant que d'obtenir rapidement des résultats tangibles,
tels, dans l’autre cas, il est possible que des besoins aient été • Créer un dynamique organisationnelle autour du système de
identifiés mais ils ont été conceptualisés et la réponse par un veille qui permette la prise de décisions opérationnelles à fort
outil leur a été fournie. niveau de valeur ajoutée,
• Ne pas négliger les incitations à l'utilisation du système,
Il ne faut pas penser que la seconde approche est obligatoirement • Rester simple dans la mise en œuvre des outils et ne pas sur-
conduite par des informaticiens. De grands groupes ont procédé valoriser les technologies notamment celles d'analyse textuelle,
de cette manière alors que les chefs de projet étaient fonction- • Identifier, suivre et partager les apports de valeur de la veille
nels. Il faut indiquer que les résultats n’ont pas été, le plus sou- pour l'ensemble des parties prenantes.

Mise en oeuvre opérationnelle


Fixation des Construction d'actions de veille
objectifs du plan de
Organisation
travail
de la
pérennisation

Intégration du logiciel de veille


Obtention de la participation

Accompagnement continu

Figure 3 : Démarche de mise en œuvre

[ 12 ] [ it-expert • numéro 56 • juillet/août 2005 ]


CONCLUSION

Il reste que, si actuellement la plupart des entreprises ont mis


et mettent en œuvre des organisations, processus et systèmes
d’information de veille, certaines commencent à viser plus
loin. Elles ne veulent plus seulement utiliser les informations
que leur procure la veille pour améliorer leurs prises de déci-
sions mais souhaitent utiliser ces informations pour agir sur
leur environnement. Elles veulent ainsi passer de la veille à
l’intelligence économique. Or, c’est principalement la maîtrise et
le renforcement des activités de veille qui permettra aux entre-
prises d’entrer aisément dans l’intelligence économique. ■

Denis MEINGAN a travaillé pendant


plus de 15 ans dans de grandes socié-
tés de conseil comme Ineum, Solving
International, JMAC Consultants, PA
Consulting Group. Il a dirigé de nom-
breuses missions: amélioration de la
performance de la R&D, réorganisa-
tion des achats, conception de sys-
tèmes d'information… dans des
La veille, tout en se segmentant en différents types s’est insé- grands groupes internationaux com-
rée progressivement dans les organisations en affinant ses Denis MEINGAN me des moyennes entreprises. Ses
processus et modes d’organisation. Ce faisant, elle a laissé Directeur Associé premiers contacts avec le manage-
une place de plus en plus grande aux systèmes d’information KnowledgeConsult ment des connaissances remontent à
qui sont maintenant outillés par des progiciels spécialisés. 1993 au Japon, depuis il a réalisé de
nombreuses missions dans le domai-
Les nombreuses mises en œuvre de la veille font qu’il est ne et dans celui de la veille. Il est inter-
actuellement possible d’en établir un retour d’expérience sous venu dans les principaux pays
forme d’une démarche type. Des logiciels variés fournissent un d'Europe, aux Etats-Unis et au Japon.
appui appréciable aux veilleurs et aux responsables de la veille Denis MEINGAN réalise fréquemment
qui peuvent maintenant disposer d’une surveillance automa- des séminaires ainsi que des confé-
tique des sources électroniques comme d’une analyse appro- rences et fournit des contributions à de
fondie de grandes masses documentaires. nombreuses revues de management.

Qu’il s’agisse de laboratoires pharmaceutiques, de sociétés Gilles BALMISSE a travaillé dans les
industrielles, d’entreprises opérant dans le domaine des ser- départements R&D de grands groupes
vices non financiers, d’administrations ou de banques, la veille bancaires. Il a notamment participé à
apporte beaucoup aux organisations. l'introduction d'outils de knowledge
management et de veille au sein de dif-
férentes filiales du Groupe BNP Pari-
bas. Gilles BALMISSE inter vient
Pour aller plus loin régulièrement dans des conférences
et séminaires. Il est également chargé
• De nombreuses publications (livres blancs, articles, d'enseignements sur les outils du KM
notes d’études) sont téléchargeables gratuitement Gilles BALMISSE
dans de nombreux établissements.
après inscription sur le site de KnowledgeConsult : Directeur Associé
Il est par ailleurs l'auteur de l'ouvrage
www.knowledgeconsult.com KnowledgeConsult
« Guide des outils du knowledge
management », Vuibert (2005), ainsi
• Un annuaire des outils de veille et du knowledge que de livres blancs et d'articles sur
management est disponible à l’adresse suivante : les aspects informatiques du knowled-
www.gillesbalmisse.com/annuaire ge management.

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