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Universitatea din București

Facultatea de Limbi și Literaturi Străine

Les particularités phonétiques, morphologiques et syntaxiques du


chtimi

Coordonator Știintific:
Prof. Univ. Dr. Viorel Vișan

Student:
Maria- Mihaela Drăghici

Anul 3
Iunie 2009

1
TABLE DE MATIÈRES
INTRODUCTION………………………………………………………………..……….... 3
PREMIER CHAPITRE : Notions générales sur les dialectes et patois français….................6
1.1 Définitions du dialecte……………………………………………………………………….6
1.2 Origine et évolution des dialectes français…………………………………………………7
1.3 Le picard………………………………………………………………..…………....……….9
1.3.1 Histoire du picard………………………………………………………………….9
1.3.2 Le domaine linguistique picard…………………………………………….......... 11
1.3.3 Traits phonétiques, syntaxiques et sémantiques du picard……………………… 11
1.4 Le chtimi…………………………………………………………………………..………... 13
DEUXIEME CHAPITRE : Analyse du chtimi…………………...………………………….. 15
2.1 Aspects Phonétiques…………………………………………………….…………………. 15
2.1.1 Consonnes………………………………………………………………………. 15
2.1.2 Voyelles…………………………………………………………………………. 19
2.2 Aspects Morphologiques……………………………………..…………….……………… 23
2.2.1 Le pronom………………………………………………………….………….. 23
2.2.2 Les déterminants…………………………………………………….………… 24
2.2.3 Le verbe………………………………………………………………..………. 28
2.2.4 L’adverbe, l’adjectif et les prépositions………………………………..………. 33
2.3 Aspects Syntaxiques………………………………..……………………………..………. 35
2.3.1 Le génitif………………………………………………………………..……… 35
2.3.2 L’ordre des Mots………………………………………………………..……… 35
2.3.3 L’expression du sujet dans les constructions infinitives………………...……… 36
2.3.4 La reprise du sujet………………………………………………………...…….. 36
2.3.5 La négation……………………………………………………………………… 37
2.3.6 La phrase interrogative………………………………………………………….. 37
2.3.7 Les relatives……………………………………………………………………... 38
TROISIEME CHAPITRE : Glossaire chtimi…………………………………………….….. 39
CONCLUSION…………………….……………………………………..…….. 45
ANNEXES

2
INTRODUCTION

Le chtimi, variété du picard, dialecte appartenant aux langues d’oïl, parlées au Nord de la
France, est spécifique à la région Nord-Pas-de-Calais, et est dit d’avoir pris son nom des
appellatifs des mineurs au temps de la 1e guerre mondiale. Le chtimi se présente comme le parler
de la classe ouvrière ayant beaucoup de traits argotiques. C’est une des raisons pour lesquelles il
a été interdit dans les écoles, ou même les familles forçaient leurs enfants à renoncer au chtimi en
faveur du français. De nos jours, un fort mouvement de revitalisation du chtimi a été noté, et par
le développement des réseaux Internet, les Chtimis peuvent prendre contacte, communiquer et
partager des mots et expressions typiques, chansons, légendes, histoires ou proverbes,
revitalisant leur folklore. Le but de ce projet est d’analyser les traits spécifiques du chtimi, afin
de mettre en évidence le fait qu’il est une variété du picard, un langage patoisant qui mélange des
particularités du picard et ceux du français populaire ou familier, en présentant l’évolution des
dialectes français, l’évolution et les traits spécifiques du picard et ensuite, l’évolution du chtimi
et ses traits phonétiques, morphologiques et syntaxiques. Cette analyse est soutenue par des
textes spécifiques au folklore chtimi- des proverbes, des histoires drôles, des chansons, les soi-
dites « cafougnettes ».
L’ouvrage se présente comme suit. Le premier chapitre offre des informations générales
comme point de départ de l’analyse et comprend trois sections. Dans la première partie nous
proposons plusieurs définitions des notions du dialecte et du patois, pour une meilleure
compréhension de ces termes et afin d’établir le domaine d’analyse. Nous passons ensuite à la
présentation de l’évolution des dialectes français et nous présentons les divisions dialectales du
domaine français, d’après la carte dialectale présentée sur Lexilogos. Nous réalisons ensuite une
description du dialecte picard, son histoire, sa localisation géographique et, brièvement quelques-
unes de ses particularités. Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés qui sont assez
proches. Le chtimi, décrit dans la dernière section du chapitre est une variété du picard, parlé
surtout dans la région Nord- Pas-de-Calais. On présente brièvement l’origine du nom de ce
patois, son évolution à travers les siècles, influencé par la position géographique, et les
développements industriels et économiques de la région Nord- Pas-de-Calais et de la
Communauté Urbaine de Lille.

3
Le deuxième chapitre propose une analyse du chtimi du point de vue phonétique,
morphologique et syntaxique, qui met en évidence ses particularités, les traits communs avec le
picard, dialecte duquel le chtimi a évolué et avec le français courant, les influences subies mais
aussi les différences. La première partie de ce chapitre, « Aspects phonétiques » propose un
inventaire des particularités de certaines phonèmes, d’après l’Atlas Linguistique et
Ethnographique Picard de Fernand Carton, traits inventoriés par Alain Dawson.
Dans la seconde partie du deuxième chapitre, l’analyse morphologique présente des
différences entre le chtimi et le français et les similitudes entre le chtimi et le picard, qui
prouvent que ce patois est dérivé du picard. Le pronom a des formes spécifiques. En ce qui
concerne les déterminants, l’article défini est remplacé par la forme « ch » variation de « ce »,
l’adjectif démonstratif. Toujours en ce qui concerne l’article défini, on note la tendance de son
assimilation, ce qui résulte en consonnes géminées de la forme [tu v vila∫] - français « tout le
village », aussi qu’en la neutralisation du genre. Caractéristique au chtimi est aussi la forme des
adjectifs possessifs « min, tin, sin ». L’analyse des formes verbales est basée sur l’étude d’Alain
Dawson qui comprend des paradigmes verbaux du picard. Nous faisons une analyse des
différences du français courant en ce qui concerne les radicaux verbaux, les désinences, et aussi,
le choix de l’auxiliaire, les locuteurs Chtimis ayant la tendance d’utiliser l’auxiliaire « avoir »
même dans les cas ou « être » est nécessaire. En ce qui concerne l’adverbe et l’adjectif il y a
surtout des différences d’ordre lexical.
La troisième partie du deuxième chapitre comprend un inventaire des traits spécifiques de
la syntaxe du chtimi, bien qu’elle ne soit pas complètement différente de la syntaxe du français
courant, cela prouvant que le dialecte a évolué pareil au français courant à travers les siècles,
mais on peut noter quelques différences spécifiques à la syntaxe du chtimi qui le particularisent.
Ces différences concernent le génitif, l’ordre des mots, les constructions infinitives, le sujet, la
négation, les phrases interrogatives, les phrases relatives.
Le troisième chapitre comprend un glossaire des mots chtimi, avec une analyse
étymologique pour certains d’entre eux, et leurs équivalents en français, qui prouvent le caractère
patois du chtimi. Les Annexes comprennent les cartes des domaines linguistiques français et
picard, des cartes phonétiques incluses dans « l’Atlas Linguistique et Ethnographique Picard » de
Fernand Carton et des textes appartenant au folklore chtimi.

4
Premier Chapitre

Notions générales sur les dialectes et patois français

Le but de ce chapitre est d’offrir plusieurs définitions des notions de dialecte et patois,
afin d’arriver à une meilleure compréhension de ces termes, et pouvoir ensuite passer à la
présentation de l’évolution du dialecte et présenter les divisions dialectales du domaine français.
Nous passerons ensuite à une description du dialecte picard, avec son histoire, localisation
géographique et, brièvement quelques-unes de ses particularités. Du dialecte picard, il y a le
chtimi, traité plutôt comme patois, qui sera analysé.

1.1 Définitions du dialecte

Le mot « dialecte » provient du bas latin dialectus et du grec dialektos et réunit un


ensemble de parlers qui présentent des particularités communes et dont les traits caractéristiques
dominants sont sensibles aux utilisateurs (Larousse). Le dialecte peut se définir comme le parler
d’un pays, d’une région qui diffère des parlers voisins du point de vue phonétique, syntaxique,
sémantique, et qui comporte une culture littéraire¹. Pierre Guiraud définit le dialecte comme
« une forme particulière prise par une langue dans un domaine donné. Le groupement des
particularités donne l’impression d’un parler distinct des parlers voisins, en dépit de la parenté
qui les unit » (5).
Le français comprend deux langues apparentées mais autonomes - le français d’oïl (du
Nord de la France) et le français d’oc (du Sud de la France) et chacune a ses subdivisions en
dialectes (Guiraud 5).
Des dialectes, on distingue les patois qui - selon le « Lexique de la terminologie
linguistique » de Jules Marouzeau - désignent « des parlers locaux employés par une population
de civilisation inférieure à celle que représente la langue commune environnante » (cit. dans
Guiraud 6). Le Larousse définit le patois comme système linguistique essentiellement oral,

1. Definition prise du Dictionnaire Sensagent.


http://dictionnaire.sensagent.com/dialecte/fr-fr/. On y offre la définition de « Littré »
(1880)

5
utilisé sur une aire réduite et dans une communauté déterminée (généralement rurale), et perçu
par ses utilisateurs comme inférieur à la langue officielle.
Il n’est pas tout à fait correct de dire que les dialectes dérivent de la langue générale. La
langue générale, qui n'est qu'un des dialectes arrivés par une circonstance quelconque et avec
toute sorte de mélanges à la présence, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette
langue générale se forme, les dialectes diminuent en utilisation et deviennent des patois, c'est-à-
dire des parlers locaux (Littré, Dictionnaire de la Langue Française, Tome II). Avant le XIV-e
siècle il n'y avait pas de parler prédominant en France, il y avait des dialectes; et aucun de ces
dialectes ne se subordonnait à l'autre. Après le XIVe siècle, une langue littéraire et écrite se
forme et les dialectes deviennent des patois (Dictionnaire Sensagent). Il serait plus correct de
considérer les patois comme des dérivations des dialectes, des variétés surtout orales spécifiques
à une région plus restreinte et à une population inférieure du point de vue culturel.
La langue est un phénomène social. Au niveau régional, on retrouve des dialectes.
Comme on l’a présenté, le dialecte est une variété linguistique utilisée dans une région
particulière. Prenez les exemples suivants:
1. On a pris le traversier pour aller à Levis.
2. On a visité les chutes ce matin.
Le mot traversier s'utilise au Canada, mais pas en France, par exemple, où on dirait bac
ou bien ferryboat. Et le mot chutes signifie autre chose pour les gens du sud de l'Ontario (les
chutes de Niagara) que pour les habitants de Québec (les chutes Montmorency) (Lessard).

1.2 Origine et évolution des dialectes français

Des causes diverses, complexes et variées ont été à l’ origine de la segmentation d’un
idiome en dialectes. Parmi ces causes - historiques, géographiques, linguistiques - « la
géographie délimite des aires de peuplement entre lesquelles elle facilite ou, au contraire, réduit
les échanges qui suivent les voies de communication» (Guiraud 23). Chaurand est d’avis que les
conditions naturelles et géographiques jouent un rôle essentiel dans l’évolution linguistique, car
elles favorisent, gênent ou empêchent les rapports: « voie de pénétration qu’offre le fleuve, écran
des marécages ou des forets » (Chaurand 178-179).

6
« La formation des variantes dialectales est liée au contact et à la superposition des
langues à la suite des migrations, des invasions, des colonisations » (Guiraud 24). Ainsi, la
langue française a évolué, à travers les siècles, sous l’influence de l’occupation latine, anglo-
normande, pendant la Renaissance, la période classique ou le siècle des Lumières, la période
moderne et celle contemporaine. Les Gallo – Romains du Midi ont mieux conservé la forme
latine, lorsque ceux du Nord l’ont altère sous l’influence des Germains, des Saxons, des Danois,
des Bretons (Corblet 13-16), ainsi qu’il s’est produit une rupture entre la langue romane du nord
et celle du sud de la France. À chaque période historique des mots ont été créés, soit par
emprunt, soit par dérivation ou composition. Pourtant, l’origine des mots ne doit pas être
réservée aux formes du fonds héréditaire latin ou germanique, car, la voie de formation savante a
été doublée par une voie populaire, qui a influencé non seulement le lexique, mais aussi les
formes grammaticales, la syntaxe ou la prononciation.
La langue a évolué sous l’influence exercée par tous ces facteurs et les principales
divisions dialectales du domaine français sont²:
- Le Centre (le orléanais, le bourbonnais, le champenois) ;
- Le Nord (le picard, le haut- normand, le wallon, l’alsacien) ;
- L’Est (le lorrain, le bourguignon, le franc-comtois) ;
- L’Ouest (le bas-normand, gallo, l’angevin, le maine) ;
- Le Sud-ouest ( le poitevin, le saintongeais, l’angoumois).
À travers l’évolution de la langue, chaque variante couvre une certaine région. Ainsi il y
a des aires à l’intérieur desquelles chaque fait linguistique (prononciation, grammaire, sens des
mots) prend une forme particulière. Il y a, par exemple, des régions en France ou on prononce
[k]- ( le Nord et le Midi), il y en a d’autres ou on prononce [ch] ( Guiraud 12- 13)³.
Pierre Guiraud observe le fait que il y a des formes populaires du dialecte, coupées de
leur tradition cultivée et littéraire, en rivalité avec la langue nationale qui sont chassées de

2. Division présentée par Pierre Guiraud dans « Patois et dialectes français » (34-35) et que nous
retrouvons aussi dans la Carte des Langues de France de Lexilogos (Annexe 1).
3. Pierre Guiraud propose pour l’exemplification de la variation phonétique une carte des
différentes prononciations du mot « chèvre », qui varient de « quèvre », « cheuve » à « kabro »,
selon les régions (Annexe 5).

7
l’école, des actes publics et progressivement de la vie quotidienne, et leur littérature, leur presse,
s’affaiblissent et finissent par disparaître. « Mais à la disparition du dialecte de culture, survit
pour un temps plus ou moins long sa forme populaire qui n’est plus désormais qu’un patois
coupée de ses sources de renouvellement, stagnant et soumis aux agressions de la langue
commune qui le pénètre, et , petit à petit, le désorganise. Les dialectes qui sont repoussés au
second plan survivent sous forme de patois à la campagne et continuent à imprégner les vulgaires
urbains». (Guiraud 8).

1.3 Le picard

Le picard est un dialecte parlé dans les régions Picardie et Nord - Pas de Calais en
France, et dans la province du Hainaut de Belgique. En France, le picard est catalogué dans le
rapport « Les langues de la France » du professeur Bernard Cerquiglini, remis aux ministres de la
Culture et de l’Education Nationale en mai 1999. En Belgique, il constitue l’une des langues
régionales internes visées par un décret de la Communauté Française de Belgique de 1990.
(Chtimi Picard). Le but de ce sous- chapitre est de présenter l’origine et l’évolution du picard et
ses traits phonétiques et morphosyntaxiques.
Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés qui sont assez proches. On peut
probablement distinguer les principales variétés suivantes: Amiénois, Vimeu-Ponthieu,
Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, Chtimi (Bassin Minier, Lille, Roubaix, Tourcoing, Comines,
Artois), et Tournaisis, Borain, Boulonnais. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques,
morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

1.3.1 Histoire du picard

Le picard a la même origine que le français, au sein des « langues d'oïl », parlées dans le
nord de la France : ces langues ont évolué à partir du latin populaire amené par les légions
romaines et adopté par les habitants de la Gaule, puis, à partir du 5e siècle, sous l'influence des
parlers germaniques des envahisseurs francs. Le nord de la France a subi surtout des influences
des peuples de la Germanie et des ceux de la Grande- Bretagne ; ici, ce langage vulgaire moins

8
influencé par le latin, a pris le nom de « rusticus », et c’est de cet idiome que naissent plus tard le
Roman - wallon et le Picard ( Corblet 13).
L’un des tout premiers textes en « langue vulgaire » du Nord de la France, la « Séquence
de Sainte Eulalie », écrit à la fin du neuvième siècle dans la région de Saint-Amand, comporte
déjà des traces de picard : on y trouve des mots comme coze « chose », diaule « diable », encore
utilisés dans les conversations en picard contemporain.
L’histoire de la langue picarde a commencé dans le XIe siècle et s’est développée entre
les XIIe et XIVe siècles : au Moyen-Âge, des écrivains comme les Arrageois Adam de la Halle
et Jean Bodel, ou, en Picardie, Jacques d’Amiens ou Robert de Clari, écrivent en picard. Plus
exactement, ils utilisent une scripta hybride franco-picarde, mélange d’ancien français (standard
interrégional alors en cours d’élaboration) et de dialectalismes régionaux. La scripta picarde
jouit au moyen-âge d’une popularité qui dépasse les limites de son domaine linguistique, ce qui
permet à des linguistes comme Henriette Walter de parler d’une « exception picarde » (cit. dans
Dawson): c’était la grande langue de littérature du Nord de la France, comme le Provençal était
celle du Sud.
Quand même, le picard n’apparaît plus guère dans les textes après le 15e siècle, après
s’être presque dilué dans le français standard ; il perd alors toute légitimité comme langue de
littérature. Cela ne signifie pas qu’il disparaît de l’écrit. Il y a eu une rupture, on est entré dans
une nouvelle période, celle de la littérature patoisante, telle qu’elle survit encore de nos jours,
comprenant des œuvres ou on décèle la complicité avec le lecteur, ou des idées comiques.
De nos jours on écrit en picard pour ne pas écrire en français (alors qu’au moyen-âge on
écrivait en picard en croyant écrire en français). Le picard n'est pas enseigné à l'école, en-dehors
de quelques initiatives ponctuelles et isolées, et n'est parlé qu'entre amis ou en famille. Il fait
néanmoins l'objet d'études et de recherches dans les Universités de Lille et d'Amiens. Quand
même, le dialecte est loin d'être mort et constitue un élément encore important et vivant de la vie
quotidienne et du folklore de la région.

9
1.3.2 Le domaine linguistique picard

Le domaine linguistique picard comprend :


- en France, les régions Picardie (sauf le Sud de l'Oise et de l'Aisne) et Nord-Pas de Calais
(sauf l'arrondissement de Dunkerque), ainsi qu'une frange de la Seine Maritime.
- en Belgique, la province du Hainaut, jusqu'à La Louvière à l'Est (entre Mons et
Charleroi).
Ce domaine est bordé à l'Ouest et au Nord-Ouest par la mer, au Nord par les parlers
flamands, à l'Est par le wallon, au Sud par les parlers d'Île de France et le champenois, au Sud-
ouest par le normand (Dubois )4 .

1.3.3 Traits phonétiques, syntaxiques et sémantiques du picard

Quelques- uns de ces traits seront analysés en détail dans le chapitre suivant, qui
concerne l’analyse du Chtimi. La variation phonétique en picard présente un caractère
systématique et n'affecte qu'un nombre restreint de phonèmes.
Des plus importants traits phonétiques on peut mentionner :
a. La palatalisation des occlusives vélaires (k, g) - kinne / tchinne « chêne », kère /
tchère / kière (Artois) « tomber » ;
b. La palatalisation des fricatives apico-dentales (spirantes) [s] et [z] : mason / majon
(/moaison) « maison » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue ai), rosin / rogin
(/roésin) « raisin » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue oi) ;
c. L’alternance é / ié-. Des mots comme téte, féte, béte, fér « tête, fête, bête, fer » ont
une variante tiéte, fiéte, biéte, fiér.
d. L’alternance -u / -eu-. Exemple : fu / feu « feu », ju / jeu « jeu », fiu / fieu « fils », miu
/ mieu « mieux » et de nombreux mots en -iu / -ieu.
Du point de vue morphologique, on peut distinguer des particularités dans le cas des
paradigmes pour les verbes « irréguliers » avoir, être, aller, suivis des trois "groupes"
4. La carte incluse dans l’ANNEXE 2 présente le Domaine Linguistique Picard décrit par
Raymond Dubois dans son œuvre « Le domaine picard - Délimitation et carte systématique » (Arras,
1957). Le domaine comprend le Nord- Pas-deCalais, la Somme, l’Oise, l’Aisne.

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traditionnels du français (représentés respectivement par canter « chanter », finir « finir », vnir
« venir »). Les formes données, qui sont une synthèse des variations observables sur le domaine
picard, font appel à quelques astuce graphiques destinées à subsumer les variations phonétiques :
a. a final représente aussi les prononciations alternatives [o], [eu];
b. ô (et o devant ï) représentent la variation de la diphtongue issue d'un ancien oi en finale
en syllabe entravée nous maintenons la graphie oi qui sera interprétée [we] dans la
Somme, [wa] et sporadiquement [o] ailleurs ;
c. è représente la variation du [ɛ] final du participe passé ;
d. ai représente aussi, en fin de mot, les variantes ouvertes/diphtonguées [èy, ay] ;
e. (i)é représente l'alternance [e / ye];
f. Des déterminants épicènes (PIC le = FR le ou la, PIC me = FR mon ou ma) ( Eloy, « Le
Picard, Langue d’oïl » 1) ;
g. Des pronoms spécifiques, soit personnels (PIC mi, ti, li = FR moi, toi, lui), soit
démonstratifs (PIC cho [∫o], o, a = FR cela).
Au plan de la syntaxe, la spécificité du picard tient surtout à la grammaticalisation de
nombreux traits communs avec le français oral « populaire » (relateur invariable que,
redoublement du sujet, prépositions sans régimes etc.). Il faut cependant noter :
a. La persistance du génitif direct (à l'mon Roger [a l mɔ̃ ro∫e] = à la maison de Roger) dans
un nombre restreint d'expressions ;
b. Un ordre des mots différent du français standard (du fin sé = du sel fin ; il o foait keud assé
= il a fait assez chaud) ;
c. L'expression du sujet dans les constructions infinitives : vlo in.ne pème pour ti l'mier = FR
littéralement voici une pomme pour toi la manger).
Comme toutes les langues et dialectes, le picard connaît une certaine diversité. Il se
manifeste comme un ensemble de variétés, cependant très proches: le picard dans la Somme, le
chtimi dans le Nord Pas-de-Calais, le rouchi dans la région de Valenciennes etc. Il existe de nettes
variations géographiques, et les origines des locuteurs sont reconnaissables immédiatement à
l'oreille aux connaisseurs, mais il existe aussi une intercompréhension et un sentiment d'identité
culturelle commune (Eloy « Le Picard, Langue d’oïl » 2-3).

11
1.4 Le chtimi

Le chtimi se présente comme le parler de la classe ouvrière ayant beaucoup de traits


argotiques. C’est une des raisons pour lesquelles il a été interdit dans les écoles, ou même les
familles forçaient leurs enfants à renoncer au chtimi en faveur du français. De nos jours, un fort
mouvement de revitalisation du chtimi a été noté, et par le développement des réseaux Internet,
les Chtimis peuvent prendre contacte, communiquer et partager des mots et expressions typiques,
chansons, légendes, histoires ou proverbes, revitalisant le folklore chtimi. Dans ce sous- chapitre
nous allons présenter l’origine du nom de ce patois, son évolution à travers les siècles, influencé
par la position géographique, et les développements industriels et économiques de la région
Nord- Pas-de-Calais et de la Communauté Urbaine de Lille.
Au moment de la grande expansion industrielle, les variétés du picard sont venues en
contact à travers différentes situations de communication, avec des variétés du français,
notamment du français populaire, et aussi avec le flamand des Belges. La conséquence a été la
formation des patois tel que le chtimi, une variété du picard. Chtimi représente, donc, un
mélange entre le français et le flamand et aussi des formes du français familier et populaire.
Le patois chtimi prend son nom, pendant la Première Guerre Mondiale, des soldats des
autres régions qui appelaient ainsi leurs camarades originaires du Nord- Pas-de-Calais. Chtimi
n’est que la contraction des deux mots utilises dans la région : chti = celui-ci et mi = moi, ou
« Ch’est ti ? — Ch’est mi » (C’est toi ? — C’est moi) (Wikipedia).
C'est le grand succès des « Croix de bois » de Roland Dorgelès (Prix Fémina 1919), qui
fît connaître le mot, considéré comme nouveau, au grand public, grâce au personnage de
Broucke, « le gars de ch'Nord, ch'timi aux yeux d’enfant » (Carton).
Le mot, né dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale pour désigner les
« Poilus du Nord », visait initialement les habitants d’une région aux contours fluctuants
(l’Artois minier, le Bassin minier dans son ensemble, le département du Nord). L'emploi du
terme « Chti » est aujourd'hui général pour désigner familièrement des gens mais aussi le picard
parlé et écrit dans le Nord-Pas-de-Calais. Le terme « chtimi » ou « chti » désigne pour les
habitants des régions du sud de la Loire, tous les habitants au nord de Paris, plus exactement
Nord- Pas-de-Calais, différents des habitants du département de la Somme.

12
Du point de vue historique, il faut noter le développement de la région urbaine de Lille
dont parle Timothy Pooley, dans son œuvre, « Chtimi : The urban vernaculars of northern
France». Le terme « le grand Lille » est relativement récent et date depuis les années 1960. La
Communauté Urbaine de Lille a été fondée en 1967, ayant comme principales villes Lille,
Roubaix et Tourcoing. La position de Lille sur une des principales routes commerciales qui
faisait la liaison entre le Nord- l’Hollande (Pays Bas) et la Flandre et Champagne en Sud a
transformé la ville en un des plus importants centres régionaux à partir du Moyen-âge. Le
développement politique au XVIIe siècle a transformé Lille dans une ville à importance
stratégique militaire. La découverte des grands dépôts de charbon au sud de la ville a encore
agrandi l’importance de la région au XVIIIe siècle. La création de la Communauté Urbaine de
Lille a certes favorisé une uniformité de la région, du point de vue politique, économique, social
et culturel. La région industrielle était soutenue par l’industrie textile, la période 1850- 1900
étant connue comme la « belle époque » de l’expansion industrielle, et surtout sur l’exploitation
des mines de charbon. La principale main-d’œuvre venait des villages et des régions rurales
voisines et aussi de l’autre coté de la frontière, notamment de Belgique, la région de Flandres
n’étant pas développée du point de vue industriel à l’époque. Les ouvriers Belges représentaient
plus de la moitié de la main d’œuvre au XIXe siècle (Pooley 24). La législation de 1889 a permis
aux ouvriers étrangers de s’installer en France. Ceux qui ont choisi de s’y installer avec leurs
familles, ont été assimilés. Ainsi, les deux langues parlées étaient le français et le flamand. Les
noms des cafés et des boutiques étaient écrits en Français, aussi qu’en Flamand. Des mots
flamands ont été assimilés, et des nouveaux mots, spécifiques aux zones industrielles (patois
ouvriers) sont apparus. Les habitants des villages, qui sont devenus ouvriers dans les fabriques de
textiles ou dans les mines ont du adapter leur langage et leur vocabulaire à celui urbain.
La nature hybride du chtimi a contribuée à sa réputation comme patois, et des habitants
de la région témoignent, qu’il était interdit de le parler dans les écoles ou même dans la famille.
Pourtant, le chtimi a survécu et, de nos jours, on constate un vrai mouvement de revitalisation de
ce patois, par des études sur les chansons, poèmes ou autres œuvres littéraires spécifiques.

13
Deuxième Chapitre
Analyse du chtimi
2.1 Aspects phonétiques

Les différences phonétiques sont les plus nombreuses et le plus facile à observer, car elles
sont plus fréquentes. Les plus fréquentes occurrences ont mené à une certaine standardisation à
l’intérieur du dialecte et servent à établir des différences entre le français standard et le dialecte.
Le chtimi est défini tout de suite par une énumération de correspondances systématiques entre
certains phonèmes « chtis » et ceux du français. La variation phonétique en chtimi, commune à
celle du picard présente un caractère systématique et n'affecte qu'un nombre restreint de
phonèmes. L’inventaire de ces variations, présenté ci-dessous, est basé sur des informations
comprises dans « l'Atlas Linguistique et Ethnographique Picard » ¹.

2.1.1 Consonnes

En ce qui concerne les consonnes, on peut noter certains traits particuliers :

2.1.1.1 Le dévoisement (assourdissement) des consonnes sonores finales


Le dévoisement des consonnes sonores finales est une des plus persistantes caractéristiques du
Picard. Le domaine lexical comprend tout mot ayant une consonne sonore finale qui a une
corrélative sourde : [b], [d], [g], [v], [z] et [ʒ]. Ce phénomène est considéré spécifique aux
régions où les habitants ont été en contacte avec les variétés allemandes (Jones et Esch).
Exemples:
(1)
a. Sache [sa∫] - « sage » [saӡ] : « Si t'es sache et qu' te fais dodo » ; « I' l' rimplira, si tes
sache ». (voir Annexe 18) ;

b. Cosse [kↄs] - « chose » [∫ↄz] : « L'f emm' n'avot pus qu'eun' cosse à faire » (voir Annexe
20) ; « Y’a queq’cosse qui n’va pas. » ( voir Annexe 13) ;

1. L’Atlas Linguistique et Ethnographique Picard a été créé par Fernand Carton, linguiste français
spécialiste des parlers picards, en collaboration avec Maurice Lebègue.

14
c. Malate [malat] - « malade » [malad] : « Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate. »
(voir Annexe 24).
d. Rouche [Ru∫] – « rouge » [Ruӡ] : « J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. »
( voir Annexe 17).

2.1.1.2 [lj]- « l » mouillé est le plus souvent remplacé par [j] entre deux voyelles, et
[l] en fin de mot ou devant une consonne
Exemples :
(2)
a. Traval [traval] - « travail » [travaj] ;
b. Boutel /boutelle [butɛl] - « bouteille » [butɛij] ;
c. Fil [fil] - « fille » [fij] ;
d. Ortel [ↄRtɛl] – « orteil » [ↄRtɛij] : « J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. »
(voir Annexe 17) ;
e. Toulier / touiller « mélanger » - ej toule (touille) « je mélange » ;
f. Balier / bailler « donner », ej bale (baille) « je donne ».

2.1.1.3 Palatalisation des occlusives vélaires (k, g)


Devant voyelle antérieure (i, é, u, in, un), ce phénomène caractérise principalement la
Somme et l'Oise ainsi que la région lilloise. Il aboutit généralement dans ces zones à une
affriquée ( [t∫], [dӡ]). Il apparaît également de façon sporadique dans l'Artois pour produire une
occlusive post palatale (ky, gy).
Exemples :
(3)
a. Kinne/ tchinne [kin]/ [t∫in] - « chêne » [∫ɛn] ;
b. Bouk [buk] - « bouche » [bu∫] : « Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! » (voir
Annexe 13) ;
c. Quéminaie [kɛminɛ] - « cheminée » [∫ɘminɛ] : « L'quéminaie alle est bouchée ! » (voir
Annexe 25).
Voir carte : « Palatalisation du [k] », Annexe 6.

15
2.1.1.4 [∫, ʒ] deviennent [K, g] devant [ɑ̃], [aR] ou la diphtongue [ou].
Exemples:
(4)
a. Carbon [kaRbõ] - « charbon » [∫aRbõ] : « Plein d’poussières eud’carbon, in appelle ça:
la silicosse. » (voir Annexe 17) ;
b. Gardin [gardɛ]̃ - « jardin » [ӡardɛ]̃ : « Quittot s' maison pour el gardin grinn'-dints. »
(voir Annexe 22) ; « Dins m' gardin, tout seu, j' perdos l'air. » (voir Annexe 16) ;
c. Cambe [cɑ̃mb] - « chambre » [∫ɑ̃mbR]: « Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô
d'cambe! » (voir Annexe 13) ;
d. Caud [ko:d] - « chaud » [∫o:d] : « Y a plain d'iau caud' dins ein' bassine » (voir Annexe
15) ;
e. Quien [kiɛ]̃ - « chien » [∫iɛ]̃ : « Ch’est in brin d’quien » (voir Annexe 13) ;
f. Cosse [kↄs] - « chose » [∫ↄz] ;
g. Canchon [kɑ̃∫ɔ̃] - « chanson » [∫ɑ̃sɔ̃] : « Tâchot d'lindormir par eun' canchon. »; « Il a
dit s' canchon-dormoire » (voir Annexe 18).

2.1.1.5 Palatalisation des fricatives apico-dentales (spirantes) [s] et [z]²

Elles alternent, dans le Pas-de-Calais et la région lilloise, avec les pré-dorso-alvéolaires


(chuintantes) correspondantes, soit ∫][ et [ӡ ], lorsqu'elles sont précédées d'un [i] ou d'une
ancienne diphtongue du type voyelle + [i].
Exemples :
(5)
a. Mason / majon [mazɔ]̃ /[maӡɔ]̃ - « maison » [mɛzɔ̃] (palatalisation par le i de l'ancienne
diphtongue ai) : « Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min brav’fiu ! » (voir
Annexe 19) ; « L'homme' rabroutte, infin, à s' mason, » ( voir Annexe 20) ;
b. Rosin / rogin - « raisin » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue oi) : « Min p'tit
pouchin min gros rojin » ( voir Annexe 18) ;

2. La carte « Palatalisation du [z] », en Annexe 7, montre les occurrences de la variante picarde du


français « raisin ».

16
c. Garchon [gaR∫ɔ̃] « garçon » [gaRsɔ̃] : « In amiclotant sin p'tit garchon » (voir Annexe
18) ;
d. Laicher [lɛ∫ɛ] - « laisser » [lɛsɛ] : « Ch’est pont dins mes manièr’s , d’laicher baffier les
cons» (voir Annexe 19) ; « Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! » (voir Annexe 13) ;
e. Chette [∫ɛt] - « cette » [sɛt] : « Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins
l’berdoule ! » (voir Annexe 13) ;
f. Pouchin [pu∫ɛ]̃ - « poussin » [pusɛ]̃ : « Min p'tit pouchin min gros rojin » (voir Annexe
18) ; « Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. » (voir Annexe 13) ;
g. Canchon [kɑ̃∫ɔ̃] « chanson » [∫ɑ̃sɔ̃] ;
h. Plache [pla∫] - « place » [plas] : « Pou l’plache i a qu’à s’baisser, alors cha peut servir »
(voir Annexe 19) ;
Voir carte : « Palatalisation du [z] », Annexe 7.

Dans certaines régions proches du nord on emploie également ch [∫] à la place de ge [ӡ]
comme dans le patois lillois.
Exemple :
(6)
− Ménache [mɛna∫] - « ménage » [mɛnaӡ] : « Occupes-te d'tin ménache ! » ; « Dins ches
coron que’r’menue ménache » (voir Annexe 17) ; « L'femm' Tir'-Fond qui s'étot sans
dout' trompé/ Ténot ménache avec Zant' Muscadin. » (voir Annexe 22).

2.1.1.6 [tj, dj] se prononcent [t∫, dʒ]

Exemples:
(7)
a. Metier [met∫e] - « métier » [metje] ;
b. Radio [radʒo] - « radio » [radjo].

Généralement, dans ce cas-ci, on garde la même graphie en Chti.

2.1.1.7 On trouve beaucoup de métathèses, de déplacements d'une consonne : fermer


devient fremer, comme formage a donné fromage ; je devient ej', le devient el, le préfixe re-

17
devient ar-. Ech'l'arnard = « le renard » ; armette = « remettre » (Armettez-vous comme vous
étotes ! ); arfuser = « refuser » ; de devient ed : (ed perte = « de perdre »).

2.1.2 Voyelles

2.1.2.1 Fermeture du [a] final


Le [a] en fin de mot se ferme en [o], [ɘ].
Voir carte « Variation des produits d’un ancien « a » final » en Annexe 10.

2.1.2.2 Variations affectant [ow] central (noté au)


Des mots comme iau, bau, caud (« eau, poutre, chaud ») se prononcent, dans les zones
centrales (Artois, Ternois) avec une diphtongue du type [ↄu] (le [ↄ] est ouvert et suivi d'un [ou]
non syllabique). Ce son se distingue du [o] fermé que l'on trouve dans bo, co ("bois, coq").
Globalement, le Nord - Pas de Calais présente une prononciation de type [o] (ouvert ou fermé,
éventuellement diphtongué) et la Picardie un type [ɘ]. Dans la Carte : « Variations des produits
d’un ancien « au » final », de l’Annexe 11 on voit les occurrences du type [jœ], [jo].
Le même phénomène s'observe ailleurs qu'en finale, en toutes positions, sans la
diphtongaison : caude "chaude".
[ↄ] en syllabe fermée semble être une caractéristique obsolète de français standard. Il
n’est plus présent en français standard, mais dans les variétés de Nord- Pas-de-Calais (Pooley
145).

2.1.2.3 Variation affectant [eu] fermé central (noté ue)


Dans les zones centrales, il existe un [ɘ] fermé en finale dans des mots comme bue, nue
("boeuf, neuf"). Ce que nous notons ue peut se prononcer [u] au Sud, tandis que eu garde partout
une prononciation [ɘ] éventuellement fermée et non diphtonguée. Le même phénomène s'observe
ailleurs qu'en finale : plueve "pluie" [pleuf / pluéf / plwéf]. Pour cela on peut vérifier la carte
« Variations de [ue] de l’Annexe 9.

18
2.1.2.4 Variations affectant l'ancienne diphtongue « oi »

L'ancienne diphtongue « oi » (présente notamment dans le morphème de l'imparfait)


aboutit à des réalisations variables qu’on peut synthétiser comme suit (en finale) :

a. une diphtongue ascendante (accentuée sur le second élément), du type [ue, ua, uo, ui],
dans la partie centrale du Pas de Calais et aussi dans la Somme;

b. une diphtongue descendante (accentuée sur le premier élément), du type [o(i), o(a)], dont
le second élément est souvent absent (monophtongaison en [o], éventuellement fracturé
en [ɘ]) dans le reste du Pas de Calais et le Nord

c. une forme [eu] typique de la frange Sud du domaine- spécifique donc au Picard.

d. En position entravée (suivie d'une consonne dans la même syllabe, comme dans pluevoir
"pleuvoir"), l'alternance se limite généralement à [ua] dans le Nord - Pas de Calais; la
diphtongue descendante éventuellement réduite [o(a) / o / ou] subsiste sporadiquement
dans cette position.
La carte « Variations d’un /oi/ final », incluse dans l’Annexe 8, délimite les zones de
prononciation, qui varient, de [o] à [ue], [wo], [eu], [e].

2.1.2.5 Alternance é / ié

Des mots comme téte, féte, béte, fér "tête, fête, bête, fer" ont une variante tiéte, fiéte, biéte,
fiér.

2.1.2.6 Alternance -u / -eu

fu / feu "feu", ju / jeu "jeu", fiu / fieu "fils", miu / mieu "mieux" et des mots en -iu / -ieu.

« Malgré l' coin du feu qu' j'ai si quier » (voir Annexe 16) ; « Dins ch’nord, y’a toudis
eun’alambic sus ch’fu. » ( voir Annexe 13) ; « Te vos, fieu ! » (voir Annexe 20).

2.1.2.7 L’usage de [ɔ ] au lieu de [o]

19
[Rɔz]- rose, [sɔv]- sauve, qui est, d’après Dauzat, une caractéristique de la prononciation
obsolète du Français Standard ( 1927 : 35).

2.1.2.8 Diphtongues nasales


L'ancien oin présente une alternance [on / on.ye / on.in / win] symétrique à la variation
du oi oral.
L'ancien ain présente une alternance [in / in.ye / an / an.ye / on / on.ye / win] symétrique
à la variation du ai oral.
L'ancien uin présente une alternance [uin / un.ye] (Dawson).

2.1.2.9 Opposition entre deux [ɛ]̃


De nombreux parlers picards, desquels il y a surtout le chti qui présente cette
particularité, distinguent, par exemple, vint " vent " et vin " vin ", ou encore kmint " comment "
et kmin " chemin ". L’opposition existe dans tout le Pas-de-Calais, la région lilloise, et apparaît
plus sporadiquement dans la Picardie administrative ; le Hainaut semble y échapper. Elle se
réalise de façon variable, mais toujours comme une combinaison possible de trois traits :
1. l’aperture : [ɛ]̃ a normalement une réalisation fermée, jusqu'à [ĩ] en certains points du
Pas-de-Calais d’après « l’Atlas Linguistique Picard » (cit. dans Dawson) ; [ɛ]̃ peut être
relativement plus ouvert, jusqu'à [ɑ̃] en certains points de la Somme, voire [õ] (relevé en
quelques points pour " chemin " dans l’Atlas Linguistique Picard.
2. la "mouillure" : présence d’un [j] final pour [ɛ]̃ (Pas-de-Calais et région lilloise, mais pas
aussi systématiquement que le trait précédent).
3. la nasalisation : sporadiquement (trois points de l’Atlas Linguistique Picard), [ɛ]̃ est
dénasalisé en [ɛ] . Dans les autres positions, la mouillure n'apparaît pas, mais les oppositions
d’aperture et de nasalisation semblent exister ailleurs qu’en finale (dans le dictionnaire de
l’Amiénois E. David (1977) (cit. dans Dawson), pranch = « prince » et princh = « prenne »,
subjonctif présent de « prendre »).

2.1.2.10 Variation du -é final

Le -é final du participe passé (verbes du 1er groupe), du suffixe -té et de certains mots
(dérivé du latin -atem), a tendance à s'ouvrir et à se diphtonguer en ɛj,
[ aj ], spécialement dans

20
l'Ouest du Pas de Calais, le Vimeu, l'Oise ; il s'oppose en cela au -é (-er) de l'infinitif et d'autres
mots qui restent normalement fermés sur tout le domaine.

2.1.2.11 [ɑ̃] se prononce d’habitude [ɛ]̃

Exemples :
(9)
a. Minger [mɛӡ̃ e] - « manger » : « - Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt
par jour ? » (voir Annexe 23) ;
b. Incore [ɛc̃ oR] - « encore » : « D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? » ( voir Annexe 13) ;
c. Gins [ӡɛ]̃ – « gens » : « El lanque ed ches gins » (voir Annexe 19) ; « Mais si auteur ed
ti, t’acout’s ches gins parler » (voir Annexe 19) ; « Faut s’méfier d’ches gins qui tournent
comme eul’vint ! » (voir Annexe 13) ;
d. Dins [dɛ]̃ - « dans » : « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe
13) ; « Tout i arluit dins m' pétit' cuisine » (voir Annexe 15) ;
e. Timps [tɛ]̃ – « temps » : « I's'rot p'tête timps qu'te lèves el'pied au lieu d'lever l'coute. »
(voir Annexe 23) ; « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! » (voir Annexe
13) ;
f. Quind [kɛ]̃ – « quand » : « Quind même, D'siré, te pourros freiner su le gn'nièfe. » ;
« Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme. » (voir Annexe 23) ;
g. Deminder [dɘmɛd̃ ɛ] – « demander » : « Pourquoi qu’té demindes cha ? » (voir Annexe
24) ; « Il in d'minde eun' fos pour souper » (voir Annexe 20) ;
h. Pinser [pɛs̃ ɛ] - « penser » : « ‘’Conv'nu’’, dit s' femm', sans pinser d'l'attraper » (voir
Annexe 20) ; « Vous n' pinsez point qu' pou un ménach' » (voir Annexe 15) ;
i. Rincontre [Rɛc̃ ɔ̃t] – « rencontre » : « Par malheur, i rincontre in route,
Un ami qui li paie un' goutte. » (voir Annexe 20).

2.1.2.12 Dénasalisation

Exemple :
(10) [afɑ̃] « enfant »

21
2.2 Aspects morphologiques

À part la phonétique, c’est surtout du point de vue morphologique qu’on peut observer
des différences entre le chtimi et le français et des similitudes entre le chtimi et le picard, qui
prouvent que ce patois est dérivé du picard.
Dans ce sous- chapitre nous allons faire une analyse des traits morphologiques du chtimi,
en tenant compte des particularités caractéristiques aux catégories grammaticales des pronoms,
verbes, déterminants, adverbes, adjectifs et prépositions.

2.2.1 Le pronom

En ce qui concerne le pronom, on peut noter la présence des pronoms spécifiques, soit
personnels (mi, ti, li – « moi, toi, lui »), soit démonstratifs ( cho [∫ↄ], o, a – « cela, ça »).
Exemples :
(1)
a. « Bin ouais, mi, cha va toudis. » (voir Annexe 24) ;
b. « Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. » (voir Annexe 19) ;
c. « Ch'étot, pour li, l' pus bonn' des régalades. » (voir Annexe 20) ;
Les formes pronominales atones sont assez fréquemment utilisées.
Exemple:
(2) Assis-te [asit] « assieds-toi ».
Le pronom personnel de 3e personne, féminin « elle » est rencontré assez souvent comme
« alle ».
Exemples :
(3)
a. « - L'quéminaie, alle est bouchée ! » (voir Annexe 25) ;
b. « Alle a r’monté douze routes ed peun’tierres. » (voir Annexe 24) ;
c. « Marie, alle est à s'mason. » (voir Annexe 25) ;
Dans le cas du pronom personnel de la 3e personne, tant au singulier qu’au pluriel, le « l »
n’est plus prononcé et la forme du pronom est réduite a « i ». Au pluriel on prononce [is] soit [iz]
devant les mots commençant en voyelle.

22
Exemples :
(4)
a. « I minge cha toudis. »
b. « I s’ sont séparés d’ mi , comme i dijent à ches tiots ».
c. « I sont curieux ches gins là. »
d. « I z’ attintent après , i les éspèrent ! »
e. « I z’ont arpris la route. »
Voir Annexe 26.
f. « I n’arrête point in-ne minute. » (voir Annexe 24).
On trouve la forme « il » au singulier, avant les noms commençant en voyelle, pour éviter
le hiatus.
Exemple :
(5) « Il in d'minde eun' fos pour souper... » (voir Annexe 20).
Pour les pronoms personnels, on observe aussi la confusion entre le masculin et le
féminin.
Exemple :
(6) « Acate-le, t'rope, si t'in as invie ! »
Pour le pronom neutre « on » on retrouve la forme « in ».
Exemple :
(7) « Et pis je n'sauros nie arfuser les verres qu'in m'offe. » (voir Annexe 23).

2.2.2 Les déterminants

Les particularités du chtimi en ce qui concerne la catégorie des déterminants pourraient


être ainsi structurées :

2.2.2.1 Un système de morphèmes de détermination original, souvent nommé


« démonstratif-article »: la forme correspondant au déterminant démonstratif français « ce ».
L'article défini est remplacé par l'adjectif démonstratif.

23
L'ancien français connaît (surtout) deux démonstratifs, issus des formes latines iste et ille

renforcées : ecce ille, qui donne cil, cel, celle ; et ecce iste, qui donne cest, cette. Le français a

conservé les formes en el pour le pronom (celui, celle), et les formes en et pour le déterminant

(cet, cette). En picard, cil donne chil, anciennement, conformément aux régionalismes

phonétiques. Cette forme en ch’ a pris valeur d'article défini ( ch'poéyis /∫pweji/ - « le pays ») ;

cet article doit être affecté d'une particule lo ou chi pour prendre la valeur démonstrative.

(1) « Ch'poéyis-lo » – « ce pays » ;

Les formes apparentées ont suivi également cette évolution :

(2)

a. « Ch’t'homme » [∫tↄm] - « l'homme ». Même ch't'homme signifie couramment


« l'homme », car pour le démonstratif, on renforce : ch't'homme-là.
b. « Ch’nord » – « le nord » ;
c. « Ch’fu » – « le feu » : « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe
13);
d. « Ch’l'ecmin » [∫lɛkmɛ]̃ - « le chemin » ;
e. « Ch’l’intermint » [∫lɛt̃ ɛrmɛ]̃ - « enterrement » : « Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout
l’mond’connaîchot. » (voir Annexe 19).
Dans les exemples d. et e. on note l’utilisation de la forme en ch’ aussi que l’article
défini, sous la forme l’.
À cause de l'utilisation du démonstratif on ne trouve pas de formes contractées à + le =
au (à ches gins = « aux gens »).

2.2.2.2 L’assimilation de l’article défini

Les locuteurs ont la tendance d’accentuer les syllabes accentuées et réduire les syllabes

non accentuées, et cela produit des modifications - assimilations et élisions. Une des plus

fréquentes est l’assimilation de l’article défini singulier avec le nom qu’il précède.

24
Exemples:

(3)
a. [tu v vila∫] - « tout le village » ;

b. [sy s sɛl] - « sur la chaise » ;

c. [b bil] - « la bile ».

Ce type d’assimilation résulte en consonnes géminées qui peuvent facilement passer sans
être observées quand on parle très vite et en la neutralisation du genre (qui n’est plus marquée).
L’usage fréquent des formes en « l » est possible aussi avec la neutralisation du genre.
Exemples:
(4)
a. [al pɛk] - « à la pêche » ;
b. [ɛl pjɛ] - « le pied » ;
c. [ɛl lang] - « la langue ».

2.2.2.3 L’article indéfini apparaît sous les formes: « inn », « inne », « eun », comme
équivalent de l’article féminin :
Exemples :
(5)
a. « Qu’t’as chi inn’bell’ maîtresse » (Annexe 19) ;
b. « I a vraimint inn’bonn’tiête. » (Annexe 19) ;
c. « Inne crisse ed foie » (Annexe 23) ;
d. « Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme. » (Annexe 23) ;

2.2.2.4 La forme caractéristique des possessifs est « min, tin ,sin » en chtimi, alors que la
forme « mon, ton son » s’utilise en français, pour le masculin. Les formes « m’, t’, s’ » sont des
équivalents des féminins français « ma, ta, sa ».
Exemple :
(6) « Donn' vit', donne' bien vite m' grillade !!! » (Annexe 20).

25
Les adjectifs possessifs au singulier, surtout les formes du masculin, sont une
caractéristique typique au chtimi. Tim Pooley note que les formes de masculin- « min, tin, sin » :
« sin papa, sin café » - sont mieux gardés et plus fréquentes que leurs équivalents féminins –
« m’maison, t’mère, s’voiture ». Le féminin apparaît avec un nombre restreint de noms – [ɘm
mezõ] « ma maison » - d’habitude, des noms très usuels (150). Avant les noms féminins qui
commencent en voyelle, on entend des formes comme : « s’n auto » [snↄtↄ], « s’n assiette »
[snasjɛt], mais « min anniversaire » [mɛñ anivɛRsɛR] ( Pooley 150).
Le pareil semble se passer avec les pronoms disjonctifs singuliers « mi, ti, li ». Mi et li
sont plus fréquents que ti. Li est utilisée comme clitique : « je li ai dit », mais aussi comme
pronom disjonctif : « li- même », lorsque mi et ti sont seulement disjonctifs : « avec mi », « t’as
fait du traval, ti ? » (Jones et Esch 29).

Exemples :

(7)
a. « Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. » (voir Annexe 13) ;
b. « Et tin tiot, toudis aussi archèle ? » (voir Annexe 24) ;
c. « V’la tin pont qui est battu. » (voir Annexe 19).

2.2.2.5 La forme du pronom indefini Français « quelque chose » varie


entre « queq’cosse » et « quécose ».

Exemples :
(8)
a. « Y’a queq’cosse qui n’va pas. » ;
b. « Cha ch’est quécose. ».
Voir Annexe 13.

26
2.2.3 Le verbe

En ce qui concerne le verbe, l’analyse qui suit est basée sur l’étude d’Alain Dawson4.
On note un certain nombre de désinences verbales spécifiques qui font la différence entre le
chtimi et le français.
2.2.3.1 L’indicatif présent

Pour l’indicatif présent, dans le cas du verbe avoir, on note la variation « j’su(s)/ ej
su(s) ».
Exemples :
(9)
a. « Cha voudra dire que j’su mort ? » (Annexe 24) ;
b. « Quand j’ sus vénue au monte. » (Annexe 26) ;

a. « Si i’fait gris et j’cante, euj’sus heureux d’faire du campinche » (Annexe17) ;


a. « Mi ej sus ichi fin bin. » (Annexe 17) ;
b. « J'su moche. »
Pour le verbe aller, on distingue au présent, 1e personne, singulier la variation « ej vôe/ ej
va ». Il est aussi intéressant de remarquer le -d- de liaison pour les 1e et 2e personnes du pluriel :
« nos (d)alons, vos (d)alez ».
Pour les verbes de 2e groupe, ayant le radical –iss aux 1e et 2e personnes du pluriel, on
note le changement phonétique et graphique : « nos finichons, vos finichez ». De même, pour les
verbes du 3e groupe : « vous connaîchez » - « Qu’achtheur’vous connaîchez, allez y j’vous
intinds .....! » (voir Annexe 19). En plus la 3e personne du pluriel, a une conjugaison assez
particulière : « is finitte ». Le morphème -tte de la 3ème personne du pluriel se prononce [t] ou
[tt] géminé ; dans ce cas, il est généralement suivi d'une voyelle d'appui : [tté] ou [tteu], lorsqu'il
est suivi d'une consonne : « is finnitte cor » [i finit'té kor] -« ils finissent encore » (Dawson).
Le -s de la 1ère personne du pluriel (-ons, sommes...) est purement graphique, comme en
français, de même que le -t de is sont, is ont.
4. L’analyse de Dawson comprend des paradigmes du picard, construites à partir des variations à
l’intérieur du dialecte. De ces paradigmes, on reprend ici, les traits spécifiques au chtimi,
soutenus par des exemples précis tirés des textes attachés en annexe.

27
Le –t de la 3e personne pluriel a été conservée dans la graphie mais il a un rôle
phonétique aussi: [i duavt] « ils doivent », [is aRpRɛn] « ils reprennent ».

2.2.3.2 L’indicatif Imparfait

Pour les formes d’imparfait, le répertoire ne comporte aucune forme commune au


français, les morphèmes étant des morphèmes spécifiques au picard. Les formes de l'indicatif
imparfait sont sujettes à une variation assez importante. Dawson a organisé cette variation autour
de trois paradigmes (Annexe 12), dont il n’y a que deux qui pourraient s’appliquer dans le cas du
chtimi:
A. Paradigme central (Nord et Ouest du domaine picard)
a. Les désinences –ais, -ais, -ait pour les trois personnes du singulier, sont remplacées par :
- ô, -ôs, -ôt/ -o, -os, ot.
Exemples :
(10)
a. « Éch'tî quî voudrot, î pourrot. » = « Celui qui voudrait, le pourrait. »(Annexe 13) ;
b. i(l) ét-ôt ; i(l) av-ot : « Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate. » (voir Annexe
24) ;
c. « Èj n'în mînjros sûh l'tiète d'ûn pouilleûs ! » = « J'en mangerais sur la tête d'un
pouilleux ! » (voir Annexe 13) ;
d. « Jé m' prom'nos in chuchénant m' pipe » (voir Annexe 16) ;
e. « Ch'étot l' matin, l'homme à s' boutiqu' s'in va. » (voir Annexe 18).
b. Les désinences de pluriel : -ions, -iez, -aient sont remplacées par : -ônme, -ôte,
ôtte/ônte. Le paradigme central se caractérise par son caractère agglutinant : morphème de
l'imparfait -ô- + morphème personnel : singulier- 1e personne "zéro", 2e personne -s, 3e personne
–t ; pluriel 1e personne -nme, 2e personne -te, 3e personne -tte (-nte).
Exemples :
(11)
a. Nous etônme
b. Nous cantônme
c. Vous finichôte

28
d. Is finichôtte
c. La forme analytique pluriel -ô-nme, constituée du morphème de l'imparfait suivi du
morphème personnel -me (avec nasalisation de la voyelle), cède parfois la place à une forme
agglutinée : -inme dans l'Artois, -yinme, -ime dans la zone de Lille-Saint-Amand. Ces formes
en -me remontent à l'ancien picard –iemes. (Gossen 79)
d. La forme pl. 3 -ô-nte [on(in)t', on.nt'] apparaît autour de Lille (Dawson).

3 B. Paradigme simplifié (Arras-Douai-Cambrai)

j' ét-ô j' av-ô j' (d)al-ô


t' ét-ôs t' av-ôs te (d)al-ôs
i(l) ét-ôt i(l) av-ôt i (d)al-ôt
nos ét-ô-te nos av-ô-te nos (d)al-ô-te
vos ét-ô-te vos av-ô-te vos (d)al-ô-te
is ét-ô-tte is av-ô-tte is (d)al-ô-tte

Ce paradigme prévaut dans la zone Arras-Douai-Cambrai. Bien que la seule différence


réelle soit au niveau de la 1ère personne du pluriel, la simplification amène à opposer
globalement une forme du singulier -ô à une forme du pluriel -ô-t(t)e (Dawson).

2.2.3.3 L’indicatif futur

Au radical du futur on ajoute les morphèmes personnels : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont.
Etre: ej s-r-ai (j' ét-r-ai)
Avoir: j’a-r-ai
Aller: j' (d)i-r-ai
te (d)i-r-as
i (d)i-r-a
(n)os (d)i-r-ons
(v)os (d)i-r-ez
is (d)i-r-ont
Dans le cas du verbe venir : la forme théorique vènrai (avec voyelle d'appui) est souvent
remplacée par verai (qui peut être prononcée [varè]), par assimilation du [n], ou, plus rarement,
par vinrai, par nasalisation.

29
2.2.3.4 Le passé simple

Le passé simple n'existe plus en picard moderne, où il a été remplacé par le passé
composé. Néanmoins, ce temps est attesté jusqu'au XVIIIe siècle dans un paradigme simplifié.
Avant sa disparition, le passé simple en -i- du 2ème groupe s'était étendu à tous les verbes
réguliers. Sur la base des formes attestées, on pourrait le reconstruire sous une forme analytique,
analogue à l'imparfait, constituée du morphème de temps-mode -i- suivi d'un morphème
personnel :

Exemples :
(12)
a. ej cant-i
b. (n)os cant-i-nme
c. ej fu
d. (n)os fu-nme

2.2.3.5 Le conditionnel présent

Comme l'imparfait de l'indicatif, le conditionnel présente trois paradigmes (central,


simplifié, alternatif).
Paradigme théorique : morphème de temps-mode -rô- + morphème personnel : singulier
1e personne "zéro", 2e personne -s, 3e personne –t ; pluriel 1e personne -nme, 2e personne -te, 3e
personne -tte (-nte).
Les formes amalgamées (-r(y)inme, -réte) ainsi que les deux autres paradigmes
(simplifié et alternatif) suivent la même répartition que pour l'imparfait.
Les variations de radical (s- / ét-, finich- / fini-) suivent la même répartition que pour le
futur.

2.2.3.6 Le subjonctif

Le subjonctif se forme de façon analytique en ajoutant le suffixe -che aux formes de


l'indicatif présent. Ce morphème s'intercale, à la 3ème personne du pluriel, avant le morphème
personnel -tte.

30
Exemples :
(13)
a. qu' ej seu-che, sô-che
b. qu' (n)os seu-ch-on-che, soï-on-che
c. qu' j' eu-che
d. qu' (n)os eu-ch-on-che, aï-on-che
e. qu' ej vai-che, va-che
f. qu' (n)os (d)al-on-che
g. qu' (n)os cant-on-che
h. qu' (v)os cant-é-che
i. qu' is cant-[t]te
j. qu' is fini-ch-tte
Le subjonctif en -che remonte à l'ancien picard (Gossen, 80). Il est issu de la
généralisation des formes étymologiques telles que senche < lat. sentiam, fache < faciam,
plache < placeam etc.

2.2.3.7 L’impératif

seuche, sô euche, aie va, marche


seuch-ons, soï-ons euchon, aï-ons (d)al-ons, march-ons
seuchezs, soï-ez euchés, aï-ez (d)al-ez, march-ez
cante fini vyin
cant-ons finich-ons vn-ons
cant-ez finich-ez vn-ez

2.2.3.8 Le passé Composé

D’habitude, le passé composé est formé de l’auxiliaire avoir au présent et le participe


passé. Même dans les cas où, en français on utilise l’auxiliaire être, en chtimi on utilise avoir :
« j’ai vnu ». Il y a pourtant une exception, spécialisée sémantiquement : i est mort = « il est
mort » (orientation aspectuelle perfective, « il n'est plus vivant ») - i a moru aïèr « il est mort
hier » (orientation non-aspectuelle). D’ailleurs, pour tous les temps composés, on peut observer
une préférence pour l’auxiliaire avoir, même pour les verbes conjugués avec être en français
standard. Pooley fait l’inventaire de ces verbes en tenant compte de l’aspect, de la polysémie et

31
de la variabilité morpho- lexicale (151- 162). En bref, on peut distinguer qu’en picard, et certes,
en chtimi, on a gardé la distinction aspectuelle caractéristique au français jusqu’au XVIIe siècle.
L’auxiliaire avoir se combine avec des verbes [+perfectif], lorsque les temps formés à l’aide de
l’auxiliaire être sont d’habitude interprètes comme [-perfectif].
En plus, des différences dans l’usage des auxiliaires peuvent être notées aussi en ce qui
concerne le sujet grammatical. Avoir est retrouvé surtout dans les phrases au sujet pronominal,
singulier, surtout je et tu. Ils favorise aussi avoir comme auxiliaire, comparatif à nous, vous, on
( Pooley 165).
Exemples :
(14) « L’a v’nu, le docteur. »
Une liaison facultative en [t] peut se faire aux trois personnes du singulier des verbes
"être" et "avoir. Exemples : j' su-t invô "je suis parti", i s'a-t invô "il est parti".
En ce qui concerne les formes verbales, Timothy Pooley note les formes du type
« arvenir ». Du point de vue phonétique, il s’agit de la métathèse, l’inversion des sons [R] et [ɘ] :
« arc’mincher »[aRkmɛ∫̃ ɛ] - FR recommencer. Pooley préfère considérer que c’est une différence
morphologique, et non pas phonétique, disant que le patois a un préfix dérivationnel différent
(151). Le préfixe ar- est rencontré dans le cas des verbes comme : rabaisser, recevoir,
recommencer, remettre, reprendre, retourner, revenir, retrouver, revoir.

2.2.4 L’adverbe, l’adjectif et les prépositions

2.2.4.1 Dans le cas de l’adverbe, on peut observer surtout des différences d’ordre lexical.

• « Miroule » et « gramint » remplacent le quantitatif « beaucoup ».


Exemple :
(15)
a. « Cha peut fair’gramint d’mau ». (Annexe 19) ;
b. « Merci gramint des caups ! » (Annexe 14) ;
c. « On gagne pas miroule dins ch'métier là ! ».
Dans l’exemple a. , nous pouvons observer que la forme de l’adverbe « mal » est « mau ».

32
• Dans le cas des marqueurs temporaux, « quiqu’fos » s’utilise « pour quelque
fois », « toudis » remplace le français « toujours ».

Exemples:
(16)
a. « Quiqu’fos vaut bin miux s’tair’, laicher picher l’mouton. » (voir Annexe 19) ;
b. « - Bin ouais, mi cha va toudis. » (voir Annexe 24) ;
c. « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe 13) ;
d. « Cha va toudis miux à l’maison d’in aut’. » (voir Annexe 13).

2.2.4.2 Dans le cas de l’adjectif :


• Le français « petit » est remplacé par « tiot ».

Exemple :
(17)
a. « Bonjour tiot' quette » (voir Annexe 15) ;
b. « Mais personn’m’impech’ra ,d’vous cantez ch’tiot refrain » (voir Annexe 19).

2.2.4.3 Pour les prépositions on note la métathèse dans le cas du français « de ».

Exemple :
(18)
a. « Ch'est dur ed perte ses habitudes. (voir Annexe 23) ;
b. « Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô d'cambe! » (voir Annexe 13) ;
c. « Qui s' dém'not dins s' parc ed' porions » (voir Annexe 16).

33
2.3 Aspects syntaxiques

Le but de ce chapitre est de présenter un inventaire de quelques traits spécifiques de la


syntaxe du chtimi, bien qu’elle ne soit pas complètement différente de la syntaxe du français
courant. Il faut noter que le picard a évolué pareil au français courant à travers les siècles, mais
on peut noter quelques différences typiques à la syntaxe du chtimi qui le particularisent, en ce
qui concerne le génitif, les constructions infinitives, la négation, les phrases interrogatives, les
phrases relatives, l’ordre des mots.
D’un point de vue général, la syntaxe picarde possède et applique les règles syntaxiques
essentielles qui opposent le français aux idiomes néerlandais et allemands. Le picard a suivi le
français au long des siècles dans son évolution syntaxique, et la structure linguistique interne ou
tout au moins les grands patrons syntaxiques internes sont les mêmes dans picard que dans le
français courant.
La spécificité du picard, notamment celle du chtimi aussi, tient surtout à la
grammaticalisation de nombreux traits communs avec le français oral "populaire" (relateur
invariable que, redoublement du sujet).
Les traits particuliers les plus notables de la syntaxe du chtimi sont :
2.3.1 La persistance du génitif direct dans un nombre restreint d'expressions
Exemple :
(1) à l'mon Roger - « à la maison de Roger »

2.3.2 Un ordre des mots différent du français standard


L'adjectif est souvent antéposé au nom, comme en ancien français jusqu'au XIIe siècle,
comme en anglais. Cela se retrouve aussi dans les noms de villes ou de villages, comme
Neuville, Bénifontaine etc.
Exemples:
(2)
a. « Du fin sé » – « du sel fin” »
b. « Il o foait keud assé » – « il a fait assez chaud »
c. « Min neu capiau » – « mon chapeau neuf»

34
2.3.3 L'expression du sujet dans les constructions infinitives
Exemples :
(3)
a. « V’lo in’ne pème pour ti l'minger ! » - littéralement « Voici une pomme pour toi la
manger ».
b. « Pour moi faire » – « pour faire, pour que je fasse »
c. « J'ai acaté in neu capiau pour mi aller à l'ducasse diminche. » – « j'ai acheté un chapeau
neuf pour moi aller / pour aller à la ducasse dimanche ».
Cette forme de subordonnée infinitive se retrouve en anglais : for me to go.

2.3.4 La reprise du sujet


Le sujet exprimé par un nom ou un syntagme nominal est repris par un pronom sujet,
clitique ou par « ça ». Cette reprise n’a pas une valeur sémantique, mais une grande valeur
stylistique et sociale (Pooley 176). Ce procédé est spécifique surtout au français populaire et
même s’il est présent en chti, il n’est pas forcement un trait dialectal. Il sert de démontrer les
influences du français populaire en chti.
Exemples :
(9)
a. « Marie alle est à s'mason. »
b. « L'quéminaie alle est bouchée. »
Voir Annexe 25.
c. « Mi j’ évite soigneusemint ches camions. »
d. « Pis s’ maman alle a canté eune canchon triste. »
Voir Annexe 26.
Des structures comme : « Il mange beaucoup, le chien » ou « Ça mange beaucoup, le
chien » sont très fréquentes en français parlé, familier et populaire, et leur présence dépend des
facteurs comme la topicalisation ( surtout au début de la phrase) et l’introduction des nouvelles
idées (surtout à la fin de la phrase), comme dans : « La viande il l’a mangée le chien » ou le
sujet aussi bien que le COD sont doublés par des pronoms clitiques (Pooley 178). Ce procédé

35
permet aux locuteurs de déplacer des groupes nominaux et des COD en fonction des besoins de
leur discours gardant en même temps l’ordre fondamental S-V.

2.3.5 En ce qui concerne la négation, « ne » tend à être éliminé. Tandis que « ne » est
obligatoire en français standard ou formel et aussi en français écrit, il est éliminé en français
parlé, familier et populaire. Cette caractéristique du français non-standard est présente aussi en
chtimi, et on voit ainsi l’influence du français non-standard dans le chtimi.
Exemple :
(4) « Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! » – « Hé, tu ne vas pas te laisser abattre ! » (Annexe 13).
À part « pas » et ses variations phonétiques [pↄs], [pas] , on note l’usage des morphèmes
de la négation comme « nin » ( Gondecourt, La Gleize, Roubaix, Borin) , « point » ( Amienois,
Artois, Vimeu, Lille), « mie » ( Amienois, Artois, Vimeu) (Pooley 170). L'ancienne négation
ne... mie est encore courante en chti.
Exemples :
(5)
a. « Et pis je n'sauros mie arfuser les verres qu'in m'offe. » – « Et puis, je ne saurais pas
refuser les verres qu’on m’offre. »;
b. « J'n'in veux mie ! » – « Mais non, je n'en veux pas ! »

2.3.6 Dans le cas des phrases interrogatives, on observe l’introduction de « que »,


spécifique à la langue populaire, réminiscence de « est-ce que » spécifique à la langue standard,
prouvant de nouveau le caractère patoisant du chtimi.

Exemples :
(6)
a. « D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? » - « Où est-ce que tu as encore traîné ?» (Annexe
13);
b. « Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? » (Annexe 23) ;
c. « Pourquoi qu’té demindes cha ? » (Annexe 24) ;
d. « Combin qu'cha coute ? » (Annexe 14) ;

36
e. « Combin qu'ej do ? » – « Combien est ce que je dois ? » (Annexe 13) ;
f. « À quele eure qu'i est ch'train pou Boulonne ? » –« A quelle heure est le train pour
Boulogne ? » (Annexe 13) ;
g. « Quo qu'y a ? » – « Qu’est ce qu’il y a ? » (Annexe 25).

2.3.7 Les relatives


Dans les variétés dialectales du français, « que » sert de marqueur de phrase relative dans
tous les cas, la fonction grammaticale étant accomplie par un pronom coréférentiel au sujet,
objet, objet indirect antécédent.
Exemples:
(7)
a. « L’fimme qu’elle habite là » – « La femme qui habite là »
b. « Ch'est s'cuisinière à carbon qu'alle marche » – « C’est la cuisinière à charbon qui
marche » (Annexe 25) ;
c. « Ch ‘est mi que je me trompe » – « C’est moi qui me trompe »
L’équivalent masculin « qu’il » est plus faible du point de vue phonétique que la variante
féminine « qu’elle ». Avant les mots commençant en voyelle, la forme de pluriel « qu’ils » se fait
remarquer par la présence de [z].
Exemple :
(8) « Les garchons qu’ils ont mingé tout cha » – « Les garçons qui on mangé tout cela »
(Eloy 1997 :137).

37
TROISIEME CHAPITRE
Glossaire chtimi

Le but de ce chapitre est de proposer une analyse lexicale des textes recueillis. À noter
qu’il s’agit surtout des chansons, des blagues, des « cafougnettes », des histoires drôles, et autres
textes populaires, ce qui démontre le caractère patoisant du chtimi. Nous offrons une variante en
français des textes en chtimi, réalisée à l’aide des locuteurs natifs.
Le glossaire a le rôle de mettre en évidence l’origine des mots, et démontrer la grande
influence du français, le fait qu’il y a encore des mots spécifiques au chtimi, et le fait que l’action
des linguistes de faire revitaliser ce patois est justifiée.
Les mots en chtimi font partie de la catégorie des mots courants, utilises dans les
situations courantes de la vie. De nombreux mots patois sont très proches du français mais un
grand nombre de mots lui sont totalement spécifiques, surtout des mots appartenant au jargon
minier.
L’analyse comprend soixante-dix termes, dans certains cas, leur étymologie, leurs
variantes graphiques et les équivalents en français courant.
Il y a des mots qui prouvent l’existence de l’ancien français à l’intérieur du dialecte, et
d’autres mots qui prouvent l’influence du flamand. La graphie varie de locuteur à locuteur, car,
étant une langue surtout parlée, il n’y a pas une standardisation graphique.

1. Achteure = « aujourd’hui » ; La forme graphique de: « à chett’heure » [a∫tɘR]- « à cette


heure », avec la chute du « e » instable dans le langage courant : « Canchons d'ichi et
d'achteure » (Annexe 19) ;
2. Archèle = « remuant » ce mot s’utilise surtout quand on parle des enfants : « - Et tin tiot,
toudis aussi archèle ? » (Annexe 24) ;
3. Archiner = « manger, manger son gouter » : « À quatre heures in archine d'eune bonne
tartine » (Histoires des Chtis);
4. Amarvoïer = « faire enrager » : « J’vas l’dire à tin pa, té l’fais exprès pou nous
amarvoïer. » (Le Blog Chti) ;
5. Amicloté = « mailloté » : « L'infant i est bin amicloté » (Annexe 15) ;

38
6. Ærnéké – variante graphique : « arnéqué » = « mal fagoté, mal habillé » : « Råvîsse
éch'tî-chî k'mînt qu'î é ærnéké ! » (Annexe 13) ;
7. Baffier = « parler » : « Ch’est pont dins mes manièr’s, d’laicher baffier les cons »
(Annexe 19) ;
8. Batinsse = « porte » : « Qui che qui buque a l’batinsse ? » (Annexe 13) ;
9. Berloquer = « balancer, remouer, bouger » : « El lanque ed ches gins; /ch’est comm’eul
queue d’ches t’chiens,/ Cha berloque, cha berloque, cha berloque » (Annexe 19) ;
10. Berdoule = « boue » : « Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins
l’berdoule ! » (Annexe 13) ;
11. Bibusse – français familier « bibus » = chose sans importance, sans valeur, bricole ; FR
[bibys] = Pic/Ch [bibys]; seulement la graphie est différente, en chtimi, le mot ayant
forme de féminin ; « Choncante euros pou un bibusse insin, ch'est kèr ! » (Annexe 13) ;
12. Bouquette – variante diminutivale de bouque = « bouche ». La forme diminutivale est
une marque du langage familier ; « In m' faisant des bais' à bouquette. » (Annexe 15) ;
13. Baler = « pencher, reverser, boire, vider » :
14. Braire = crier comme un âne, caractéristique au français populaire. Cf. CNRTL le mot
est issu d'un lat. pop. *bragere dérivé d'une racine *brag qui est à rapprocher du gaélique
braigh « craquer, crépiter » a. irl. braigim (THURNEYSEN, p. 92; v. aussi DOTTIN, p. 236).
Ces formations ont en commun leur origine expressive. : « Qui, d'puis tros quarts d'heure,
n'faijot qu'braire » (Annexe 18) ;
15. Briquet = casse-croûte ; cf. CNRTL le terme attesté en 1885 provient du wallon où il
désignait un « quignon de pain ou paquet de tartines que l'ouvrier emporte quand il va
travailler au dehors » (HAUST) spécialisation de sens du wallon briquet « bribe,
morceau»; « Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un bos » (Annexe 27) ;
16. Buhaut = partie de la cheminée qui se trouve au-dessus du toit : « "Marie alle est à
s'mason... sin buhaut y funque !" » (Annexe 25) ;
17. Buquot = l’imparfait du verbe transitif « buquer » var. reg. « frapper » : « À grands cops
d' poing, all' buquot in criant » (Annexe 21) ; « Qui che qui buque a l’batinsse ? »
(Annexe 13) ; cf. CNRTL le mot a été attesté en 1200-06 sous la forme picarde buskier «
frapper » (R. DE CLARY, Constantinople, 78 dans T.-L.); av. 1492 bucquer (MOLINET,

39
Chron., ch. CCXXVII, Buchon, ibid.); qualifié de ,,v. lang.`` dans Ac. Compl. 1842;
attesté en dial. pic. mod. (JOUANC.; CORBLET). Il est, peut-être, considéré comme forme
picarde, correspondant à bûcher « abattre du bois », «frapper » étant issu de ce dernier
sens;
18. Cafougnette = le héros des histoires drôles dans la région Nord-Pas-de-Calais. C'est
Jules Mousseron, poète et mineur de Denain (près de Valenciennes), qui a créé ce
personnage. Après sa mort, en 1943, les gens de la région ont intégré le personnage de
Cafougnette dans leur folklore.
19. Canchon-dormoire = « berceuse » : « Il a dit s' canchon-dormoire » (Annexe 18) ;
20. Càyèle = « chaise » : « Prîns eùne càyèle, pîs åssîs 'tte pàrh tièrre ! » (Annexe 13) ;
21. Cha’m’coûte pas un rond. = « Ça ne me coute rien » (Annexe 17) ;
22. Chirloute = « mauvais café » : « El chirloute ale arbout ! » (Le blog Chti) ;
23. Cocasse = français familier « drôle, plaisant » : « Alors, honteux, i dit d'un air cocasse »
(Annexe 20) ;
24. Coulonneux = « colombophile » ; le chtimi « coulon » est l’équivalent du
français « pigeon » ; Le mot chtimi dérive du français « colombier » issu du latin
«columbarium » (CNRTL) ;
25. Corons = quartiers d'habitation des mineurs, maisons des mineurs. Mots spécifique à la
région Nord- Pas-de-Calais, ou l’industrie minière était développée. Le dictionnaire le
présente comme régionalisme: « Quartier formé par les habitations, identiques et
disposées régulièrement, construites pour les mineurs par les compagnies houillères, dans
le nord de la France et le sud de la Belgique. » (CNRTL) : « Les villaches, les villes, nos
corons » (Annexe 17) ;
26. Déhutter – variante graphique « déhuter » = « sortir » : «El pus biau, is volotte à l’cour,
mi qu’j’éto habitué à vir cheux d’pa, déhutter d’ech coulombié pou baler dins l’castrole,
ej n’in croïo pos mes z’yux. » ( Le Blog Chti) ;
27. Drach = « pluie » ; l’equivalent semantique d’averse : « Avec toute chette drach, in n’a
pas fini d’marcher dins l’berdoule ! » (Annexe 13) ;
28. Ducasse = fête patronale de village, synonyme du « kermesse ». Étymologie et Histoire :
cf. CNRTL, il s’agit d’un terme dialectal du Nord : Flandre (VERMESSE), Picard

40
(CORBLET); variante de dicace (ca 1200 Dialogue Grégoire, 42, 1 ds T.-L. : dicaze),
forme pop. de Dédicace*, 1391 ducace (Arch. Nord, B 1597, fo 34 vo ds IGLF) : « Éch'tî
quî pårht àl' dûcàsse, î pièrhd eùss' plàche ! » (Annexe 13) ;
29. Ébriake = « exalté, un peu fou » « Si cha continue in pourra pus péter l’diminche, is
d’viendront tartous ébriakes»! » ( Le Blog Chti);
30. Facho = « fasciste », abréviation de « fachiste » : « Un plein d’vices, un
facho,inn’salop’rie d’porion ! » (Annexe 19) ;
31. Fainiasse = « paresseux, fainéant » : « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti-
la ! » (Annexe 13) ;
32. Fos = « fois » : « Et répété vingt fos che r'frain » (Annexe 18) ; « In l' traitant pus d' vingt
fos d' soûlard » (Annexe 20) ;
33. Fos = « fosse, quantité » : « Il in d'minde eun' fos pour souper » (Annexe 20) ;
34. Fricot = français familier pour « friture, viande en ragout » ; « I fait chi bon, cha sint l'
fricot » (Annexe 15) ;
35. El gardin grinn'-dints = « le jardin grince- dents » - cimetière ;
36. Galibot = jeune mineur « Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un bos »
(Annexe 27) ;
37. Galoubis = jeunes ouvriers mineurs (Annexe 25) ; on observe la variation « galibot » et
« galoubis », à cause de la métathèse ;
38. Glaines = « poules » : « I'n'faut pas qu'ches glaines is cantent pus fort que'ch'co. »
(Annexe 13) ;
39. Gn'nièfe = « genièvre ». La forme chtimi a résulté après la chute de « e » instable et
l’assourdissement de la consonne vélaire [v] : « Quind même, D'siré, te pourros freiner su
le gn'nièfe » (Annexe 23) ;
40. Gouré = forme vieillie qui s’utilise en français populaire pour « duper, tromper » (cf.
Dictionnaire CNRTL) ; « Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. » (Annexe 19) ;
41. Gargotte = « cuisine » ; la variante française « gargote/gargotte » signifie petit restaurant
bon marché où l'on sert des plats peu délicats et/ou de mauvaise qualité; d’habitude
utilisé en français familier, le mot signifie mauvaise cuisine, mets de mauvaise qualité
(CNRTL) ; « Su min feu’d’bos, j’fais tout’ m’gargotte » (Annexe 17) ;

41
42. Guiffe = « figure, visage » : « Åttînd, te vås vîr, te vås prînte sûh t'guiffe ! » (Annexe
13) ;
43. Infinquer = « enfumer » ;
44. Intermint, variante graphique « interr’mint » ( Dictionnaire Laplouve) =
« enterrement » : « Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout l’mond’connaîchot » (Annexe
19) ;
45. Invo-dervyin = « aller-retour » : « Ej voro un invo-dervyin, san vos kmander. » (Annexe
13) ;
46. Kermesse = fête dans le Nord ; foire, fête patronale, grande foire annuelle célébrée en
plein air, bruyamment et dans une atmosphère de licence, en Hollande, Belgique et dans
le nord de la France. Synonyme régional « ducasse ». Étymologie et histoire : cf.
CNRTL, les premières attestations proviennent des départements du Pas-de-Calais et du
Nord (1397 ds GDF. Compl.; 1499 ds IGLF; 1531 ds GDF. Compl.; 1566 ds FEW t. 16, p.
314a). Le mot s'est répandu au XIXe siecle dans la langue littéraire par le vocabulaire de la
peinture (BL.-W.2-5; FEW, loc. cit.). Le mot provient, par emprunt du flamand kerkmisse
« fête patronale » ; « Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min brav’fiu ! » (Annexe
19) ;
47. Kière = « tomber » : « Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! » (Annexe 13) ;
48. Mamours = français familier - « signes d’amour » : « Des sourir’s jusqu’in haut, des
grands si’n’s, des mamours. » (Annexe 19) ;
49. Miler = « Surveiller, guêter » : « i les milent » (Annexe 26) ;
50. Niflette = « nez » : « J’ai bin eu l’niflette pindint inne paire ed jours » (Annexe 24) ;
51. laicher picher l’mouton = « laisser pisser le mouton »- > laisser aller les choses
52. Ocheinnoire = « berceau » : « S' mèr' l'a mis dins s'n ocheinnoire » (Annexe 18) ;
53. Ourder = « monter » ; le français « hourder » signifie monter un échafaudage, construire
un plancher, une cloison : «
54. Patelin = village ; en français, « patelin » signifie personne qui affecte une douceur et
une amabilité trompeuses destinées à duper son entourage et à dissimuler ses véritables
intentions. (CNRTL) : « j’m’in va mais j’quitte pas min patelin » (Annexe 17) ;

42
55. Pochard = « homme saoul » : « Et j’ai flûté cinq, six lites eud’pinard en berloquant
comme un pochard. » (Annexe 17) ;
56. Poiron = chef d'un groupe d'ouvriers dans les mines ;
57. Popotte = « plats cuisinés, bouffe, cuistance, mangeaille »; la forme courrante en francais
familier est « popote » : « Euj’fais la popotte » (Annexe 17) ;
58. Quait = forme d’indicatif présent du verbe quer/ ker/ kier = « tomber » : « I est d'jà six
heures, v'là l'soir qui quait » (Annexe 15) ;
59. Rabroutte = « rentre, revient » : « L'homme' rabroutte, infin, à s' mason » (Annexe 20) ;
60. Ramon = « balai » : « Ûn neûs ramon, î ramònne toudîs miù. » (Annexe 13) ;
61. Raviser = « regarder » ; en français, le mot « raviser » signifie changer d’avis ; « In
ravisant in travers un carreau, i dit tout bas » (Annexe 17) ;
62. Rassarssir = « repriser » : « rassarssir les cauchettes »- « Y a des quauchett's à
rassarssir » (Annexe 15) ;
63. Rojin = « raisin » : « Min p'tit pouchin min gros rojin » ( Annexe 18) – ici, avec un sens
familier de « enfant »;
64. Roupiller = « dormir » : « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! »
(Annexe 13) ;
65. Saloperie = français familier - « fripouille, ordure ». Le mot se réfère non seulement au
fait que les mineurs étaient toujours sales, travaillant sous la terre dans les mines, mais
aussi au fait qu’ils étaient dignes de mépris, dans les yeux des gens appartenant aux
autres couches sociales ;
66. San vos kmander = « s’il vous plaît » ;
67. Tubin = « seau, tuyau» : «Qu’aveuc em louche aussi, ej rimplichos ch’tubin » (Annexe
19) ;
68. Terril = tas de résidus de charbon sortis des mines : « Et j’passe mes vacances tout in
haut de ch’terril. » (Annexe 17) ;
69. Tîmpe = « tôt » : « L'ôjiauw quî kante tîmpe au måtin, eùl kåt î l'prînt ! » (Annexe 13) ;
70. Ȗche = « porte » : « Èj vå l'foutte à l'ûche ! » ( Annexe 13) ;
71. Inn’carpette ed patron = une carpette de patron = « celui qui dit toujours oui au
patron » : « Car ch’tot un biau salaud, inn’carpette ed patron » (Annexe 19).

43
CONCLUSION

Le but de ce projet a été d’analyser les traits particuliers du chtimi, variété du Picard,
dialecte parlé au Nord de la France. L’analyse a suit les aspects phonétiques, syntaxiques et
morphologiques du chtimi.
Le premier chapitre comprend des informations générales comme point de départ de
l’analyse en trois sections dans lesquelles nous avons proposé plusieurs définitions du dialecte et
de la notion de patois afin d’avoir une meilleure compréhension de ces termes ; nous avons
présente l’évolution des dialectes français et les divisions dialectales du domaine français,
ensuite nous avons fait une courte description du dialecte Picard, de son histoire, de sa
géographie et de ses traits particuliers, la dernière partie du chapitre concernant le chtimi, son
origine et son évolution.
Le deuxième chapitre comprend l’analyse des traits phonétiques, syntaxiques et
morphologiques du chtimi, en trois sections. Nous avons mis en évidence le fait que la plupart
des traits sont communes au Picard, dialecte duquel chtimi dérive. Autres traits viennent
directement du Français, et surtout du français populaire. Cela met en évidence le caractère
populaire du chtimi, qui est parlé surtout par les ouvriers et par les habitants des régions rurales.
Le troisième chapitre comprend un glossaire de termes chtimi, qui met encore plus en
évidence le caractère patoisant du chtimi. Nous avons aussi offert les équivalents français de ces
mots.
Les Annexes comprennent des textes chtimis qui ont servi comme support pour l’analyse
de ce patois et pour la réalisation du glossaire. Les textes ont une variante en français, réalisée à
l’aide des locuteurs natifs.

44
Bibliographie

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• « Tiot diqchionnaire Chti. » Parole de Chti. 20 mai 2009
<http://www.paroledechti.com/dico.pdf>.

49
ANNEXE 1

Carte dialectale de la France

Source: Negre, Xavier. « Carte des langues de France. » Lexilogos. 10 mars 2009
<http://www.lexilogos.com/france_carte_dialectes.htm>.

i
ANNEXE 2

Le domaine linguistique Picard

Source: Dubois, Raymond. Le domaine Picard - Délimitation et carte systématique. 1957.


Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. « Geographie ». 10 mars 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/geo.htm>.

ii
ANNEXE 3

Le domaine linguistique Chtimi

Source: « Les Chti’s. C’est quoi un Ch’timi. » Web-libre.org. 2006. 02 juillet 2008
<http://www.web-libre.org/dossiers/les-chti-s,4872.html>.

iii
ANNEXE 4

La Communauté Urbaine de LILLE

Source: « Cache-Vignettes. » Guide de l’Entrepreneur Social en Nord Pas-de-Calais. 11 mars


2009 <http://www.entrepreneur-social-npdc.org/local/cache-vignettes/L442xH442/CarteLMCU-
b8f4c.jpg>.

iv
ANNEXE 5

La carte des différentes prononciations du mot « chèvre »

Source: Guiraud, Pierre. Patois et Dialectes Français. Paris: Presses Universitaires de France,
1968.

v
ANNEXE 6

Palatalisation du [k]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

vi
ANNEXE 7

Palatalisation du [z]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton> .

vii
ANNEXE 8

Variation de [oi]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

viii
ANNEXE 9

Variation de [ue]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

ix
ANNEXE 10

Variation des produits d’un ancien « a » final

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

x
ANNEXE 11

Variation des produits d’un ancien « au » final

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

xi
ANNEXE 12

Les paradigmes de l’imparfait

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard.


1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Conjugaison”. 15 fevrier 2009.
<http://www.picard.free.fr/lgpic/conjugai.htm#imparfait > .

xii
ANNEXE 13

Proverbes et expressions courantes Chtimi

1. I'n'faut pas qu'ches glaines is cantent pus fort que'ch'co. = « Il ne faut pas que les
poules chantent plus fort que le coq ».

Source : « Le patois du Nord Pas-de-Calais. » Le Nord Pas- de- Calais.fr. 2008. 15 Fevrier 2009
<http://www.le-nord-pas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>.

1. Gærchôn, ærméht lés vièrhs kôme îs étòttent ! = « Garçon, remets les verres comme
ils étaient ! »
2. Éch'tî quî pårht àl' dûcàsse, î pièrhd eùss' plàche ! = « Qui va à la ducasse (fête du
village), perd sa place. ». Substitut nordiste de « Qui va à la chasse, perd sa place. »
3. Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! = « Ferme ta bouche, ton nez va tomber
dedans ! ». Se dit de quelqu'un qui à l'air ébahi.
4. Ûn neûs ramon, î ramònne toudîs miù. = « Un balai neuf balaye toujours mieux. »
Correspond à l'expression « Tout nouveau, tout beau ». Un nouveau montre du zèle et induit des
changements.
5. Prîns eùne càyèle, pîs åssîs 'tte pàrh tièrre ! = « Prends une chaise et assi-toi par
terre ! » Invitation à s'assoir.
6. Lon mînjeûs, lon ouvhreûs ! = « Long mangeur, long travailleur ! ». Equivalennt a
« Celui qui met longtemps pour manger, met aussi longtemps pour travailler. »
7. Èj m'în vå à Gàrdîncourh, huï jourhs dîn mîn gàrdîn et huï jourhs dîn l'courh ! =
« Je m'en vais à Gàrdîncourh (Jardin + cour), huit jours dans mon jardin et huit jours dans ma
cour ! ». Expression utilisée en réponse à la question « D'oùk te vås în vagances ? » (où vas-tu en
vacances ?) lorsqu'on ne va nulle part.
8. În n'é nîn néh dîn l'kåftièrhe pou råviser pà' l'bûsète ! = « On n'est pas né dans la
cafetière pour regarder par le bec verseur ! ». Equivalent a : « On n'est pas né de la dernière
pluie. »
9. Quîn în råvîsse quékîn, în' în vwå qu'eùle mihtîn ! = «Quand on regarde quelqu'un, on
n'en voit que la moitié!».Equivalent a l’expression francaise : « Il ne faut pas se fier aux
apparences. »

xiii
10. Chàke paÿs chàke coutûme, chàke cûh chàke cròtte ! = « Chaque pays chaque
coutume, chaque cul chaque crotte ! » Equivalent de « À Rome, on vit comme les romains ».
11. L'ôjiauw quî kante tîmpe au måtin, eùl kåt î l'prînt ! = « L'oiseau qui chante tôt le
matin, le chat le prend. »
12. Ch'queû te m'dîs lå åssîs, èj te l'auros bîn dîs dd'boût ! = « Ce que tu me dis là assis,
je te l'aurais bien dis debout ! » Pour en dire une pareille!
13. Éch'tî quî voudrot, î pourrot. = « Celui qui voudrait, le pourrait. ». Équivalent
de : « Quand on veut, on peut ».
14. Èj n'în mînjros sûh l'tiète d'ûn pouilleûs ! = « J'en mangerais sur la tête d'un
pouilleux ! » - « C'est très bon, j'adore ça! »
15. Èj m'étòke, ch'é påssé pà' l'traûw à tærhte ! = « Je m'étouffe, c'est passé par le trou à
tarte ! » - « C'est passé dans la trachée! »
16. Î dråche toudîs îchî 'ddîn, în n'încàchrot nîn ûn kyîn à l'courh. = « Il pleut tout le
temps ici, on n'enfermerait pas un chien dans la cour. » - Quel temps de chien !
17. Såke éddîns ! – « Tire dedans ! » - « Vas-y, dépêche-toi! »
18. Åttînd, te vås vîr, te vås prînte sûh t'guiffe ! = « Attend, tu vas voir, tu vas prendre
(une claque) sur ta figure ! »
19. Èj vå l'foutte à l'ûche ! = « Je vais le mettre à la porte! »
20. Råvîsse éch'tî-chî k'mînt qu'î é ærnéké ! = « Regarde celui-ci, comme il est mal
fagoté ! ». On dit de quelqu'un de mal habillé.
21. Î é målåtte, î trànne kôme ûn viù kyîn! = « Il est malade, il tremble comme un vieux
chien ! ». On dit de quelqu'un qui tremble, qui a de la fièvre.
22. Eùt'lîn åle s'rås ûséï qu'tés brås îs s'ront cô' tous neûs. = « Ta langue sera usée que tes
bras seront encore tous neufs. ». On dit de quelqu'un qui parle beaucoup.
23. Åle å s'cûh kôme eùne mante à prònes! = « Elle a un cul comme une mande à
prunes! ». On dit d'une fille qui a de grosses fesses.
24. Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô d'cambe! = « Il a ses lèvres comme des bords de
pot de chambre! ». On dit de quelqu'un qui a des grosses lèvres.
25. Quîn l'glènne åle kante pù hiauw qu'eùl côh, în li råbåt toudîs sîn kåkét. = « Quand
la poule chante plus haut que le coq, on lui rabat toujours son caquet. » Expression misogyne.

xiv
Source : « Expressions Chti. » Wikipedia: The Free Encyclopedia. 17 avril 2009. 25 avril 2009
<http://fr.wikipedia.org/wiki/Expressions_ch'ti>.

26. D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? = « Où est-ce que tu as encore traîné ? »
27. Faut s’méfier d’ches gins qui tournent comme eul’vint ! = « Il faut se méfier des ces
gens qui changent d'avis comme de chemise ! »
28. Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! = « Hé, tu ne vas pas te laisser abattre ! »
29. Ch’est tout in rebus = « C'est une longue histoire ! »
30. Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins l’berdoule ! = « Avec toute
cette pluie, il n’a pas fini de marcher dans la boue !»
31. Ch’est in brin d’quien = « C'est pas grand-chose » - (1. Merde- Du brun d'chien/ du
brein d’chien- http://laplouve.free.fr/Dictionnaire/Lettre.htm)
32. Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. = « Dans le Nord, il y a toujours une
cafetière sur le feu »
33. Y’a queq’cosse qui n’va pas. = « Il y a quelque chose qui ne va pas. »
34. Cha ch’est quécose. = « Ca, c’est quelque chose. »
35. Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! = « Quel paresseux, il passe son
temps à dormir celui-là ! »
36. Rester bec- bot. = « Rester sans savoir quoi dire, rester bouche- bée »
37. Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. = « Viens me donner un bisou, mon petit
poussin. »
38. Qui che qui buque a l’batinsse ? = « Qui est-ce qui frappe à la porte ? »
39. Cha va toudis miux à l’maison d’in aut’. = « ça va toujours mieux chez les autres. »

Source : Loecsen. La voix du Chti. 2009. 20 avril 2009 <http://www.lavoixduchti.com/>.

40. Choncante euros pou un bibusse insin, ch'est kèr ! = « Cinquante euros pour une telle
bricole, c'est cher ! »
41. Ej n'ai pu un rouge doube ! = « Je n'ai plus un sou ! »
42. I n'chuche pon l'lavete ! = « Il boit beaucoup ! »
43. Combin qu'ej do ? = « Combien je dois ? »
44. I va kière des nèges. = « Il va tomber des neiges/ neiger. »

xv
45. A quele eure qu'i est ch'train pou Boulonne ? = « A quelle heure est le train pour
Boulogne? »
46. Ej voro un invo-dervyin, san vos kmander. = « Je voudrais un aller-retour s'il vous
plaît. »
47. Des cats cha n'jonne pon (nin) des kyins ! = « Les chats ne font pas des chiens ! »

Source : « Dossier Chti. » L’Internaute. 2009. 22 mars 2009


<http://www.linternaute.com/humour/decouverte/dossier/chti/5.shtml>.

xvi
ANNEXE 14

Quelques expressions pour se faire comprendre chez les Ch'tis

« Les phrases pour ch'en chortir »

Bonjour ! J'di bonjour !


Au revoir ! A s'ervir !
Salut ! (au revoir) Adé !
A bientôt ! A tourade ! / A béto !
A tout à l'heure ! A d'soubite / A ttaleure !
Bonne nuit ! Unne bonne nuit !
Bonsoir Bon bièpe !
Comment ça va ? Kmint qu'i va ?
Bien, et toi ? Mi cha va, pi ti ?
S'il te / vous plaît… San t'ekmander / San vos kmander…
Merci beaucoup ! Merci gramint des caups ! / Fin merci !
De rien Ni-a pon d'quo
Excusez-moi 'Mande escuse
Combien ça coûte Combin qu'cha coute ?
J'ai soif ! J'ai so / soé
J'ai faim ! J'ai fain !
A la vôtre ! A l'vote !

Source : « Dossier Chti. » L’Internaute. 2009. 22 mars 2009


<http://www.linternaute.com/humour/decouverte/dossier/chti/5.shtml>.

xvii
ANNEXE 15

Tendresse

Par Renée Pierre-Lambert de Denain

I est d'jà six heures, v'là l'soir qui quait, Il est déjà 6 heures, voilà le soir qui tombe
Ch'est l' momint d'alleumer l' quinquet, C'est le moment d'allumer le quinquet,
Tout i arluit dins m' pétit' cuisine, Tout reluit dans ma petite cuisine
Y a plain d'iau caud' dins ein' bassine, Il y a plein d'eau chaude dans ma bassine
L'infant i est bin amicloté, L'enfant est bien mailloté,
Les poul's i z'ont eu leu paté, Les poux ont eu leur paté,
A ch't' heure ej' vas pouvoir m'assir, À cette heure je vais pouvoir m'assoir,
Y a des quauchett's à rassarssir. Il y a des chaussettes à repriser
I fait chi bon, cha sint l' fricot, Il fait si bon, ça sent la friture
Y a du mouton aux z'haricots. Il y a du mouton aux haricots
Ch'est l' pus biau momint dé l' journée, C'est le plus beau moment de la journée
Cha m' fait drôl', j' sus tout' artournée, Ça me fait drôle, je suis toute retournée (bouleversée)
J'ai des catouilleux dins tout l' corps, J'ai des frissons dans tout le corps,
Ch'est com' si qué fréquentos cor. C'est comme si je fréquentais encore ( comme Si j'avais
Jé l' rattinds com' ein' amoureus' ; encore un amoureux)
Sitôt qu'i arrif', j'é m' sins heureus'. Je l'attends de nouveau comme une amoureuse
I dit si bin : Bonjour tiot' quette Aussitôt qu'il arrive, je me sens heureuse.
In m' faisant des bais' à bouquette. Il dit si bien: bonjour petite chérie?
Vous n' pinsez point qu' pou un ménach', En me faisant des baisers par bouquet.
Ch'est biau, après dix ans d' mariach' ? Vous ne pensez pas que pour un ménage,
C'est beau après 10 ans de marriage

Source : Renée Pierre-Lambert de Denain. « Tendresse ». Lenglos, Regis. Poemes


Chti. ChtiBlog. 20 mars 2009. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/Poemes-chti>.

xviii
ANNEXE 16

Politesse ‘ed nouvel an

Par Jules Mousseron

Vieux beau, vieux poireau Vieux beau, vieux poireau

Ch'étot l' jour del nouvelle année. C'était le jour de la nouvelle année.
Au matin, malgré l' fort' gélée, Au matin malgrè la forte gelée,
Malgré l' coin du feu qu' j'ai si quier, Malgrè le coin du feu que j'aime tant,
Dins m' gardin, tout seu, j' perdos l'air. Dans mon jardin, tout seul, je prenais l'air

Jé m' prom'nos in chuchénant m' pipe, Je me promenais en suçant ma pipe


Quand j'aperchos m' visin, l' grand Ph'lippe, Quand j'aperçus mon voisin le grand Philippe
Qui s' dém'not dins s' parc ed' porions Qui se démenait dans son parc de poireaux
Pour n' d'avoir à mettre au bouillon. Pour en avoir à mettre au bouillon.

L' grand Ph'lipp', déjà d'un certain âche, Le grand Philippe, déjà d'un certain âge
Ch' t un bon visin ; mais, ch'est dommache ! C'est un bon voisin; mais c'est dommage
Il est sourd, sourd comm' trent'-six pots ! Il est sourd, sourd comme 36 pots!
I n'intind non pus qu'un caillau. Il n'entend pas plus qu'un caillou

El pauvre homm', révillé à peine, Le pauvre homme , réveillé à peine,


Piochot avec un pic à l' veine Piochait avec un pic de veine
Dins s' parc ed' porions ingélés. Dans son parc de poireaux gelés,
I tapot comme in sourd qu'il est. Il tapait comme un sourd qu'il est.

J' li crie au d'sus del palissate : Je lui crie au dessus de la palissade :


"Eh ! bin, quéqu' vous dit's, comarate ? « Eh bien, qu'est ce que vous dites camarade?
Il a cor bin gélé ç' matin !" Il a encore bien gelé ce matin!
Li m' répond : "A vous parell'mint !" Lui me répond: « À vous pareillement! »

Source : Mousseron, Jules. « Politesse ‘ed nouvel an ». Lenglos, Regis. Poemes Chti. ChtiBlog.
16 février 2009. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/Poemes-chti>.

xix
ANNEXE 17

Tout In Haut De Ch'terril

Par Edmond Tanière

Dins ches coron que’r’menue ménache, les mineurs Dans les corons, quel remue ménage, les mineurs
viennent d’avoir leurs congés, viennet d'avoir leurs congés,
Prennent leurs valises et partent voyager, à la Prennent leurs valises et partent voyager à la
campagne pou vire leurs parentés. campagne pour voir leurs parents.
Mi, comme les’z’autes, j’prinds mes bagages; et Moi, comme les autres, je prends mes bagaes et je
j’m’in va mais j’quitte pas min patelin m'en vais mais je ne quittepas mon patelin
J’vos du pays de’l’manière que j’m’y prinds, sans Je vois du pays de la manière dont je m'y prends,
débourser un sous d’train. sans débourser un sou de train.
Et j’passe mes vacances tout in haut de ch’terril. Et je passe mes vacances tout en haut du terril
J’ai toudis d’la chance, l’terrain y est jamais pris. J'ai toujours de la chance, le terrain n'est jamais
pris.
J’monte eum’toile eud’tente, j’vis tout seu et Je monte une toile de tente, je vis tout seul et je
j’m’arrinche m'arrange.
Si i’fait gris et j’cante, euj’sus heureux d’faire du S'il fait gris, je chante, je suis heureux de faire du
campinche camping
Euj’fais la popotte, j’sus bin mieux qu’à l’hotel, Je fais la popotte , je suis bien mieux qu'à l'hôtel
J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. Je mets comme les cocottes du rouge à mes orteils.
Du haut d’m’couplette, j'eum’cros à Chambery Du haut de ma couplette, je me crois à Chambéry
Mais je’n’suis qu’au fait tout in haut de ch’terril. Mais je ne suis en fait qu'en haut du terril

Comme point d’vue, faut vire s’que j’dégote: les Comme point de vue, faut voir ce que je découvre:
bos, les prairies des invirons, les bois, les prairies des environs,
Les villaches, les villes, nos corons; et j’eum'rince les villages, les villes, nos corons; et je me rince
l’oeul et cha’m’coûte pas un rond l'oeil et ça ne me coûte pas un rond
Su min feu’d’bos, j’fais tout’ m’gargotte: viandox, Sur mon feu de bois, je fais toute ma cuisine:
pommes-tierre frites, morceaux’d’lard, viandox, pommes de terre frites, morceaux de lard
Et j’ai monté trente-cinq lites eud’pinard, pou mi et j'ai monté 35 litres de vin pour les sucer en père
chucher in père peinard. peinard
Et j’passe mes vacances tout in haut de ch’terril. Et je passe mes vacances tout en haut du terril
J’ai toudis d’la chance, dire s’que j’vos c’est à mi. J'ai toujours de la chance, dire que ce que je vois
Quind arrive eul’soir, et j’vos venir c'est à moi.
zes’z’amoureux, Quand arrive le soir, je vois venir les amoureux
Is'z'attendent qu’il fasse noir, mais mi je n’les quitte Ils attendent qu'il fasse noir mais je ne les quitte pas
pas des yeux. des yeux.
Is s’in vont s’inlassant, ch’disant des balivernes, Ils s'en vont en s'enlaçant, en se disant des
Tout in s’imbrassant dins ches blés, dins balivernes,
ch’luzerne. tout en s'embrassant dans les blés, dans la luzerne.
Is s’font des papoules, in s’appelant "Mon Chéri". Ils se font des chatouilles, en s'appelant « Mon

xx
Et mi j’vos tout ça tout in haut de ch’terril chéri».
Et moi je vois tout ça dans haut du terril

Mais avant hier, j’n’ai point eu d’chance: dins seul Mais avant hier je n'ai pas eu de chance: d'un seul
coup, v’là qu’i’s’met à pleuvoir, coup, voilà qu'il se met à pleuvoir,
J’rintre à l’abri sous min perchoir, eum’tente elle je rentre à l'abri sous mon perchoir, ma tente elle
pissot, ch’tot pire qu’in arrosoir. pissait, c'était pire qu'un arroisoir.
Alors j’ai poussé la romance, j’ai sorti pour éviter Alors j'ai poussé la romance, je suis sorti pour
l’cafard, éviter le cafard
Et j’ai flûté cinq, six lites eud’pinard en berloquant Et j'ai avalé 5, 6 litres de vin en balançant comme
comme un pochard. un pochard
J’ai dégringolé tout in bas de ch’terril. J'ai dégringolé tout en bas du terril
Arrivé au pied, je m’suis relevé tout meurtri. Arrivé au pied, je me suis relevé tout meurtri
Sais pu comme j’ai fait, j’avos tellemint eune cuite, Je ne sais plus comment j'ai fait, j'avais tellement
À la place de m’barrette, j’avos su m’tiête une cuite
eul’caudron à frites. À la place de ma barrette , j'avais sur ma tête un
À force de bouler m’panche su les caillaux, chaudron à frites.
Y’a à chertaines places, il m’in manquot un À force de rouler ma panse sur les cailloux
morcieau; a certains endroits, il m'en manquait un morceau;
J’ai mis un bout d’loque, j’sus pas prêt d’ête guéri. j'ai mis un bout de loque, je ne suis pas prêt d'être
Et j’sus armonté tout in haut de ch’terril guéri.
Et je suis remonté tout en haut du terril.

"Alors pendant trente ans, le mineur campeur Alors pendant 30 ans, le mineur campeur ne quitte
i’n’quitte pas sin cher terril. pas son cher terril.
Même pinsionné, il y va comme au passé. Même pensionné, il y va comme au passé.
Seulemint aujourd’hui il est malade, Seulement, aujourd'hui il est malade.
Eul’fosse ça l’a usé. Il est dins sin lit et les larmes La fosse, ça l'a usé. Il est dans son lit et les larmes
aux yeux, aux yeux
In ravisant in travers un carreau, i dit tout bas : En regardant à travers un carreau, il dit tout bas:

"Comme cha va vite, comme le temps passe; au “Comme ça va vite, comme le temps passe, au terril
terril j’ai campé bin d’z’années, j'ai campé bien des années,
Àchteure, il faut l’abandonner, j’sus pus qu’un À cette heure, il faut l'abandonner, je ne suis plus
vieux mineur pinsionné. qu'un vieux mineur pensionné.
J’n’ai plus qu’des oches dins m’carcasses. J’sus Je n'ai plus que des os dans ma carcasse. Je suis
veilli, mes gambes sont ramollies. vieilli, mes jambes sont ramollies
Et par l’feniêtre, in étant dins min lit, in t’ravisant et par la fenêtre, en étant dans mon lit, en te
j’ai dit "C’est fini". regardant, j'ai dit « c'est fini ».

J’armontrai plus jamais tout in haut de ch’terril Je ne remonterai plus tout en haut du terril
Fini désormais, ch’médecin j’lai bin compris Fini désormais, le médecin, je l'ai bien compris.
Par quarante ans d’fond, mes poumons i'ont Par 40 ans de fond, mes poumons ont quelque
quéqu’osse chose,
Plein d’poussières eud’carbon, in appelle ça: la Plein de poussières de charbon, on appelle ça la
silicosse. silicose.

xxi
Ch’est bintôt min tour, eud’partir comme tant de C'est bientôt mon tour de partir comme tant de
vieux vieux
Eud’faire un long séjour, là haut près du bon Dieu. De faire un long séjour la haut prés du bon Dieu.
J’espère qu’i m’laissera, quand j’s'rai au paradis, J'espère qu'il me laissera quand je serai au paradis,
Cor venir in vacances tout in haut d’min terril. Encore venir en vacances tout en haut de mon terril.

Source : Taniere, Edmond. « Tout in haut du ch’terril ». Chansons et vidéos chtis -


Communauté: Les ch'timis. Over-blog.com. 2 7 f é v r i e r 2 0 0 8 . 2 2 m a r s 2 0 0 9
<http://chtimi.over-blog.fr/article-17043524.html>.

xxii
ANNEXE 18

Canchon Dormoire (le P'tit Quinquin)

par Alexandre Desrousseaux (1853)

R : Dors, min p'tit quinquin, R: Dors mon p'tit Quiquin, mon p'tit poussin,
Min p'tit pouchin min gros rojin, mon gros raisin
Te m'fras du chagrin, si Tu me feras du chagrin, si tu ne dors point
Te n'dors point qu'à d'main. jusqu'à demain

Ainsi, l'aut' jour eun' pauv' dintellière, Ainsi l'autre jour une pauvre dentelière,
In amiclotant sin p'tit garchon, En berçant son petit garçon,
Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot Qui depuis trois quarts d'heures ne faisait que
qu'braire, pleurer,
Tâchot d'lindormir par eun' canchon. Tâchait de l'endormir avec une chanson,
Ell' li dijot : Min Narcisse, Elle lui disait "min narcisse,
D'main, t'aras du pain n'épice, Demain tu auras du pain d'épice,
Du chuc à gogo, Des bonbons à gogo, si tu es sage et que tu
Si t'es sache et qu' te fais dodo. fasses dodo.
Refrain :… Refrain :...
Et si te m' laich' faire eun' bonn' semaine, Et si tu me laisses faire une bonne semaine,
J'irai dégager tin biau sarrau, J’irai chercher ton beau sarrau
Tin patalon d' drap, tin giliet d' laine… Ton patalon de drap, ton gilet de laine,
Comme un p'tit milord te s'ras farau ! Comme un petit Milord tu seras faraud !
J' t'acat'rai, l' jour de l' ducasse, Je t’acheterai, le jour de la ducasse,
Un porichinell' cocasse, Un polichinelle cocasse
Un turlututu, Un turlututu, pour jouer l’air du chapeau
Pour juer l'air du Capiau-pointu. pointu
Refrain :… Refrain :…
Nous irons dans la cour, Jeannette-aux-
Nous irons dins l' cour Jeannette-à-Vaques, Vaches,
Vir les marionnett's. Comme te riras, Voir les marionnettes comme tu riras
Quand t'intindras dire : "Un doup' pou' Jacques Quand tu entendras dire un sou pour Jacques,
Pa' l' porichinell' qui parl' magas !… Par le polichinelle qui parle mal
Te li mettras dins s' menotte, Tu lui mettras dans sa main,
Au lieu d' doupe, un rond d' carotte ! Au lieu d'un sou un rond de carrotte
I t' dira : Merci !… Il te dira merci, parce comme nous, il prendra
Pins' comm' nous arons du plaisi ! du plaisir !
Refrain : … Refrain :…

Et si par hasard sin maîte s' fâche, Et si par hazard son maître se fâche,
Ch'est alors Narciss' que nous rirons ! C’est alors Narcisse que nous rirons
Sans n'n avoir invi', j' prindrai m'n air mache, Sans n’avoir envie, je prendrai mon air
J' li dirai sin nom et ses sournoms, méchant,

xxiii
J' li dirai des fariboles, Je lui dirai son nom et ses surnoms
I m'in répondra des drôles, Je lui dirai des fariboles,
Infin, un chacun Il m’en répondra des drôles
Verra deux pestac' au lieu d'un… Enfin, chacun verra deux spectacles au lieu
Refrain : … d’un
Refrain : …
Allons serr' tes yeux, dors min bonhomme, Alors serre tes yeux, dors mon bonhomme,
J' vas dire eun' prière à P'tit-Jésus, Je vais dire une prière au petit Jésus,
Pour qu'i' vienne ichi pindant tin somme, Pour qu’il vienne ici, pendant ton somme,
T' fair' rêver qu' j'ai les mains plein's d'écus, Te faire rêver que j'ai les mains pleines
Pour qu'i' t'apporte eun' coquille, d'écus,
Avec du chirop qui guile Pour qu'il t'apporte une brioche,
Tout l' long d' tin minton… Avec du sirop qui coule
Te t' pourléqu'ras tros heur's de long ! Tout le long de ton menton, tu te pourlécheras
Refrain : trois heures du long
Refrain : …
L' mos qui vient, d' Saint-Nicolas ch'est l' fiête, Le mois qui vient, c'est la fête de St Nicolas,
Pour sûr, au soir, i' viendra t' trouver. C'est sûr au soir il viendra te trouver
I' t' f'ra un sermon, et t' laich'ra mette, Il te fera un sermon et te laissera mettre,
In d'zous du balot, un grand painnier. En-dessous du ballot un grand panier
I' l' rimplira, si tes sache, Il le remplira si tu es sage,
D' séquois qui t' rindront bénache, De choses qui te rendront heureux
Sans cha, sin baudet Sinon son baudet t’enverra un grand martinet
T'invoira un grand martinet. Refrain : …
Refrain :

Ni les marionnettes, ni l' pain n'épice Ni les marionnettes, ni le pain d’épice,


N'ont produit d'effet. Mais l' martinet N’ont produit d’effet ; mais le martinet
A vit' rapajé l' petit Narcisse, A vite calmé le petit Narcisse,
Qui craingnot d' vir arriver l' baudet. Qui craignait de voir arriver le baudet
Il a dit s' canchon-dormoire… Il a dit sa berceuse,
S' mèr' l'a mis dins s'n ocheinnoire : Sa mère l’a mis dans son berceau
A r'pris sin coussin, A repris son coussin, et répété vingt fois le
Et répété vingt fos che r'frain : refrain

Refrain : … Refrain : …

Source : Desrousseaux, Alexandre. « Canchon Dormoire ». Cafougnette.com. 22 mars 2009


<http://www.cafougnette.com/quinquin.php>.

xxiv
ANNEXE 19

El lang' ed ches gins !

« Canchons d'ichi et d'achteure » de Pierre Delannoy

El lanque ed ches gins; La langue des gens


ch’est comm’eul queue d’ches t’chiens, C'est comme la queue des chiens
Cha berloque, cha berloque, cha berloque, Ça balance, ça balance, ça balance
El lanqu’ed t’ches gins La langue des gens
Ch’est comm’eul queue d’ches t’chiens, C'est comme la queue des chiens
Cha berloque, cha berloque, forchémint.. Ça balance, ça balance, forcément

Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout Tu vas à l'enterrement d''un que tout le monde
l’mond’connaîchot, connaissait
Te l’croyos quiqu’un d’bien, pour cha te Tu le croyais quelqu'un de bien, pour ça tu le
l’respectos; respectais
Mais si auteur ed ti, t’acout’s ches gins parler, Mais si autour de toi, tu écoutes les gens parler
Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. Bien c'est moi qui te le dis,tu t'étais
Car ch’tot un biau salaud, inn’carpette ed complétement trompé
patron, Car c'était un beau salaud, une carpette de
Un plein d’vices, un facho,inn’salop’rie patron
d’porion ! Un plein de vices, un facho (fasciste), une
saloperie de porion!

Tes vogins t’les connos, ch’est tous les jours: Tes voisins tu les connais, c'est tous les jours
« Bonjour! » « Bonjour ! »
Des sourir’s jusqu’in haut, des grands si’n’s, Des sourires jusqu'en haut, des grands signes,
des mamours. des mamours (signes d'amour)
Mais dès qu’t’as l’dos teurné, faut Mais dés que tu as le dos tourné, faut entendre
intind’c’qu’in intind ce qu'on entend
D’sus tin compte, ch’est juré !, te n’apprindros Sur ton compte c'est juré, tu en apprendrais
tout plein .... tout plein
Qu’t’as chi inn’bell’ maîtresse, heureus’mint Que tu as içi une belle maitresse, heureusement
qu’t’es cocu, que tu es cocu
Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min C'est tous les jours la kermesse (fête dans le
brav’fiu ! Nord) à ta maison, mon brave gars

Député sérot p’t’êt’e à z’prochaines Député sera t il peut être aux prochaines
z’élections, élections
I a vraimint inn’bonn’tiête, et sûr qu’aveuc Il a vraiment une bonne tête, et sûr qu'avec
l’Union, l'Union (le syndicat)
Pou l’plache i a qu’à s’baisser, alors cha peut Pour la place, il n'y a qu'à se baisser, alors ça
servir, peut servir
Pour li j’ vas fair’ voter et m’dépêcher d’li dire. Pour lui je vais faire voter et me dépêcher de
xxv
V’la tin pont qui est battu, cha in l’érot d’viné, lui dire.
J’l’a toudis dis et su, que ch’tot l’mauvais bidet Ne viola-t-il pas qu'il est battu, ça on l'aurait
deviné
J'ai toujours dit que c'était un mauvais cheval
« Acoutez chi, Phrasie! chu qu’j’ai vu à t’t’à Ecoutez ici Phrasie, ce que j'ai vu tout à l'heure
l’heure , Quand était parti à la fosse (la mine), l'homme
Quind à l’fosse tot parti ech l’homme à vous de votre belle soeur
bell’soeur . À sa maison, c'est sur, j'ai vu rentrer le facteur
A s’mason , j’in sus sûr, j’a vu ch’facteur Sur la tête de mon homme, je le jure, il est
rintrer, resté 20 minutes
D’zus l’tiêt’ de m’n’homm’jé l’jur’, qu’vingt Si votre frère le savait, j'aime mieux pas y
minutes i a resté. penser
Si vou frère il l’ savot , j’a puss querr’ pont Il se figurerait n'importe quoi, ça pourrait le
l’pinser ! tracasser
I s’figurot n’sais quo, cha pourrot l’tracasser !

Mais j’vas m’arrêter chi , cha servirot à rin, Mais je vais m'arrêter ici, ça ne servirait à rien
Qu’aveuc em louche aussi, ej rimplichos Qu'avec aussi ma louche, je remplisse le tuyau
ch’tubin, Ces coups de langues de vipère, ça peut faire
Ches cops d’lanque ed vipèr’, cha peut beaucoup de mal
fair’gramint d’mau, Jusqu'à ramener la guerre, qui encore n'en
A n’in ram’ner la guerre, qui incor n’in pleurerait ?
brairot ? Ce n'est pas dans mes manières de laisser
Ch’est pont dins mes manièr’s , d’laicher parler les cons
baffier les cons, quelquefois, il faut bien mieux se taire, laisser
Quiqu’fos vaut bin miux s’tair’, laicher picher pisser le mouton
l’mouton. mais personne ne m'empêchera de vous chanter
Mais personn’m’impech’ra ,d’vous cantez le petit refrain
ch’tiot refrain, qu'à cette heure vous connaissez, allez y, je
Qu’achtheur’vous connaîchez, allez y j’vous vous entends!
intinds .....!

Source : Delanoy, Pierre. « El lang’ ed ches gins ». Ch’tiBook. 2008. 10 mars 2009.
<http://www.chtibook.com/carnet/article-chti.php?idart=224_20080628222028_2963>.

xxvi
ANNEXE 20

Les grillades
Par Alexandre Desrousseaux

Un homme aimot fort les grillades. Un homme aimait fort les grillades
Ch'étot, pour li, l' pus bonn' des régalades, C'était pour lui la meilleure des régalades
Il in d'minde eun' fos pour souper... Il en demande une fosse pour souper
"Conv'nu", dit s' femm', sans pinser d'l'attraper, « Convenu » dit sa femme, sans penser
Comme elle l'a fait, pus tard, par circonstance, l'attraper
On porrot mêm' dir 'par vengeance, Comme elle l'a fait pus tard par circonstance
Ainsi qu'min récit l' l' apprindra. On pourrait même dire par vengeance
Ainsi que mon récit te l'apprendra
Ch'étot l' matin, l'homme à s' boutiqu' s'in va. C'était le matin, l'homme s'en va à sa boutique
Par malheur, i rincontre in route, Par malhuer il rencontre en route
Un ami qui li paie un' goutte. Un ami qui lui paye une goutte.
Li, point pingre, in paie eune aussi Lui , pas pingre (avare), en paye une aussi
Et veut partir... Mais l'aut', vrai sans-souci, Et veut partir...mais l'autre, vrai sans souci,
Et bien connu comme amusette, Et bien connu comme amusette
Fait si bien, qu'i li tourne l' tiête, Fait si bien, qu'il lui tourne la tête
Et qu'i pass't'nt à boir', tour à tour, Et qu'ils passent à boire tour à tour
Des goutt's, de l' bière et du café, tout l'jour, Des gouttes, de la bière et du café, toute la
Au point qu'i s' sont rindus malates... journée
Au point de se rendre malades.

A l'heur' qu`on cuijot les grillades, À l'heure où l'on cuisait les grillades
L'homme' rabroutte, infin, à s' mason, L'homme revient enfin à sa maison
faijant des zigzags... sans raison, Faisant des zig zags sans raison
Sans l'einvi' d'mainger... au contraire... Sans envie de manger, au contraire

L'f emm' n'avot pus qu'eun' cosse à faire : La femme n'avait plus qu'une chose à faire
L' déshabiller et l'mette au lit... Le déshabiller et le mettre au lit..
Ch'est chin qu'ell' fait... Mais d' colère et d' C'est ce qu'elle fait...mais de colère et de dépit
dépit, Qu'il lui donne tant de travail
Qu'i li donnot tant d' tablature, Elle lui frotte le bas de la figure,
Ell' li frotte l' bas d' s' figure, D'action, avec une couënne de lard
D'action, avec eun' couënn' de lard, En le traitant plus de 20 fois de saoulard
In l' traitant pus d' vingt fos d' soûlard, Et elle mange ensuite toutes les grillades...
Et mainge, après, tous les grillad's... Voilà que l'homme
Vl'a qu'l'homme, Bien remis, le lendemain
Bien r'mis, l' lind'main (In'avot fait qu'un Aussitôt levé , coupe un crouton de pain,
somme) Et dit à sa femme, « Cristi, que j'ai faim !
Sitôt l'vé, cope un croûton d' pain, Je n'en peux plus, je sens que je deviens
Et di' à s' femme "Cristi, qu' j'ai faim ! malade;

xxvii
J'in peux pus, je m' sins v'nir malade ; Donne vite, donne bien vite ma grillade !!!
Donn' vit', donne' bien vite m' grillade !!! « Quoi ta grillade, dit la femme, mais malin
"Quoi, t'grillad', dit l' femm', mais mallant ! Tu l'as mangée hier en rentrant
T' l'as maingée, hier, in rintrant. Tu vois fils ce que c'est de trop boire.
Te vos, fieu ! vl'la chin qu' ch'est d' trop boire. Ça te faire perdre toute la mémoire
Cha t'a fait perde tout l'mémoire. Pourlèche un peu tes lèvres, qu'elle dit
Pourlèque un peu tes lèv's, qu'ell' dit, Et regarde au miroir, comme ta barbe luit !
Et vette au miro, comme t'barbe r'luit !...
I se r'vette, i s'pourlèque et vot que s'barbe est Il se redresse, il se pourlèche et voit que sa
grasse. barbe est grasse.
Alors, honteux, i dit d'un air cocasse : Alors honteux, il dit d'un air cocasse:
"Ch'est l' pur' vérité !... J' le r'connos... « C'est la pure vérité, je le reconnais
Cré mâtin !... queull' cuit' que j'avos !!!" Sacré matin, quelle cuite j’avais!!! »

Source : Desrousseaux, Alexandre. « Les Grillades ». Lenglos, Regis. Textes en Chti. ChtiBlog.
16 décembre 2008. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/?Textes-chti>.

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ANNEXE 21

La mort ed' Tir' Fond


Par Jules Mousseron (1923)

Quand il est mort, l' brav' Tir'-Fond Quand il est mort, le brave Tire Fond
Philogomme, Philogomme,
S' femme, désolée d' perdre un homm' si Sa femme désolée de perdre un homme si
vaillant, vaillant,
Su l' grêl' cercueil où Tir'-Font f'sot l' long Sur le grêle (faible) cercueil où Tire Fond faisait
somme, un long somme,
A grands cops d' poing, all' buquot in criant : À grands coups de poings, elle frappait en criant:

"A r'voir, Tir'Fond ! a r'voir ! un si bon homme « Au revoir Tire Fond! Au revoir! Un si bon
! homme!
Dûss' que t'in vas ? M' biau ! Mi qué j' t'aimos Où t'en vas tu? mon beau ! Moi qui t'aimais tant,
tant, Tu peux revenir Tire Fond, comme tu me laisses,
Té peux r'vénir, Tir'-Fond, comm' té m' laiss', comme
comme Tu me retrouveras, même si c'est dans 20 ans!
Té m'artrouv'ras, quand cha s'rot dins vingt ans
!"
Su l' boite ed bos, s' poing résonn', lamintape, Sur la boite de bois, son poing résonne, la main
Jusqu'au mommint qu' Philogomme, el pauv' tape,
diape, Jusqu'au moment où Philogomme, le pauvre
Quittot s' maison pour el gardin grinn'-dints. diable,
Quittait sa maison pour le jardin 'grinn'-dints

Trois mos après cheull' douleur tant prouvée, Trois mois après cette douleur tant prouvée,
L'femm' Tir'-Fond qui s'étot sans dout' trompé La femme de Tire Fond qui s'était sans doute
Ténot ménache avec Zant' Muscadin. trompée
Tenait ménage avec Zant'Muscadin.

Source : Mousseron, Jules. « La mort ed Tir Fond. La terre des Galibots. » 1923. Lenglos, Regis.
Chti Lillois. ChtiBlog. 30 novembre 2008. 24 avril 2009 <http://www.chblog.com/?Dictons-
lillois>.

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ANNEXE 23

Un genièvre une pomme


Par Michel Meurdesoif

« - Acoute, D'siré, cha fait cinq cops su l'mos qu'te m'appelles, inne crisse ed foie, la goutte et pis
tout l'restant.
I's'rot p'tête timps qu'te lèves el'pied au lieu d'lever l'coute.
- Ouais, ch'est vrai, docteur, mais ch'est dur ed perte ses habitudes.
Et pis je n'sauros mie arfuser les verres qu'in m'offe.
- Quind même, D'siré, te pourros freiner su le gn'nièfe. Te sais chouqu'te devros faire ?
- Nan, mais j'veux bin essayer.
- Ch'est facile. Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme.
- Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? »

Variante français :
« - Ecoute, Désiré, ça fait cinq fois sur le mois que tu m'appelles, une crise de foie, la goutte et
puis tout le restant.
Il serait peut-être temps que tu lèves le pied au lieu de lever le coude.
- Oui, c'est vrai, docteur, mais c'est dur de perdre ses habitudes.
Et puis je ne saurais pas refuser les verres qu'on m'offre.
- Quand même, Désiré, tu pourrais freiner sur le genièvre.
Tu sais ce que tu vas faire ?
- Non, mais je veux bien essayer.
- C'est facile. Quand tu auras envie d'un genièvre, tu croques une pomme.
- Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? »

Source : Meurdesoif, Michel. « L'minteux y est pas lon... ». Lenglos, Regis. « Un genievre une
pomme. » Textes en Chti. ChtiBlog. 21 janvier 2007. 22 mars 2009 <
http://www.chblog.com/?2007/01/21/610-un-genievre-une-pomme>.

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ANNEXE 24

Des nouvelles de la famille


Par Michel Meurdesoif

« - Alors D’siré, d’pus l’dernier cop te t’as rmis ?


- Bin ouais, mi cha va toudis.
J’ai bin eu l’niflette pindint inne paire ed jours mais à ch’t’heure ch’est tout.
- Et tin tiot, toudis aussi archèle ?
- Te verros cha, un vrai ver à queue. I n’arrête point inne minute. I a inne rute sinté.
I est pas si tôt rintré qu’le v’là déhors.
- Et t’fin-me, cha va aussi ?
- A m’ote qu’à ouais.
Alle a r’monté douze routes ed peun’tierres.
Pourquoi qu’té demindes cha ?
- Pas’que te viens d’sortir de l’pharmacerie.
Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate.
- L’jour qu’te m’verras sortir du cimetière cha voudra dire que j’sus mort ? »

Variante français :
« - Alors Désiré, depuis le dernier coup tu t’es remis ?
- Bien oui, moi ça va toujours. J’ai bien eu le nez qui coule pendant une paire de jours mais
maintenant c’est tout.
- Et ton petit, toujours aussi remuant ?
- Tu verrais ça, un vrai ver à queue, il n’arrête pas une minute. Il a une rude santé. Il n’ai pas
aussitôt rentré que le voilà dehors.
- Et ta femme, ça va aussi ?
- Il me semble que oui. Elle a remonté une douzaine de routes de pommes de terre. Pourquoi tu
demandes ça ?
- Parce que tu viens de sortir de la pharmacie. Alors je pensais qu’il y avait quelqu’un de malade.
- Le jour que tu me verras sortir du cimetière ça voudra dire que je suis mort ? »

Source : Meurdesoif, Michel. « L'minteux y est pas lon... ». Lenglos, Regis. « Des nouvelles de
la famille. » Textes en Chti. ChtiBlog. 23 février 2007. 22 mars 2009
<http://www.chblog.com/?2007/02/23/646-des-nouvelles-de-la-famille>.

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ANNEXE 25

La farce du buhaut
Par André Balle

« Forgeron d'vint s'forge ; s' sut infunquaie dins l'boutique !

Le buhaut, c'est la partie de la cheminée qui se trouve au-dessus du toit.


Dans nos commune rurales, au maison sans étage, le "buhaut" joue un rôle très important.
D'un simple coup d'oeil, par exemple, on sait si : "Marie alle est à s'mason... sin buhaut y
funque !"
De même que la densité ou la couleur de la fumée font dire, à coup sûr :
"Ch'est s'cuisinière à carbon qu'alle marche ou Alle a alleumaie sin fu d'bos.

Nous avons souvenance (et pour cause) d'une "farce du buhaut" que nous avions faite au vieux
forgeron du village (farceur également) en compagnie de quelques "galoubis" de notre âge :

La cheminée de la forge s'élevait à peine au-dessus de la toiture basse, que l'un d'entre-nous eut
vite fait d'escalader pour poser une vitre, à plat, au sommet du rectangle de briques.
C'était par un bel après-midi d'été, aucune perturbation atmosphérique ne pouvait donc justifier
la présence de l'épais nuage de fumée bleutée, dans lequel se débattait notre "victime".
On la vit sortir précipitamment pour appeler "sa vieille" (c'est le nom que notre homme
employait)

- Quo qu'y a ? Ben mon Diu, t'as les larmes aux yux !
- L'quéminaie, alle est bouchée !
- Non, j'ai argardaie, on vot l'jour à travers !
- Ben cha alors, ch'est cor plus fort ! et...

Nous n'avons pas écouté la suite... mais le lendemain, la vitre avait disparue...
Nous n'avons plus jamais entendu parler de cette "histoire de buhaut", car un farceur n'avoue pas
qu'il a été farcé. »

Source : Balle, André. « La farce du buhaut. ». Lenglos, Regis. ChtiBlog. 2 mars 2009. 22mars
2009 < http://www.chblog.com/?2009/03/02/1328-la-farce-du-buhaut>.

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ANNEXE 26

L’ pétite file au nom d’ tchien

Par Bertrand Cocq

Mi , ch’est pon fort étonnant, j’ ai grandi , j’ ai vite pris trop d’ plache à lu mason , ils s’ y
attindotent pas…alors i m’ont laichée sur l’ bord d’ l’ autoroute.
Pas abandonnée, nan , i s’ sont séparés d’ mi , comme i dijent à ches tiots.
Mais eusses ?…j’ les comprinds pon .
I sont curieux ches gins là…mi j’évite soigneusemint ches camions et eusses , i les milent , i z’
attintent après , i les éspèrent ! I veutent des papiers ?
Mi, in me les a donnés sans arien m’ deminder, quand j’ sus vénue au monte. On m’a
inscrite sur le « L.O. F », l’ life des origines françaises. J’ sais pon chu que ch’est mais j’ cros
que ch’est bien.
On m’a donné un nom comme ches gins d’ la haute : « RAJA du domaine des Dunes
»…ch’est curieux pour un nom d’ tchien nan ?…surtout pour un lévrier Afghan .
Pour à s’ t’heure , j’ séros putôt : « RAJA de l’ aire de repos de Norrent-Fontes » .
Un jour, je m’ sus glichée par in d’ sous du grillache et j’ sus allée les vire , in faijant bien
attintion. I sont pas mécants , i s’ laichent approcher facilemint.
Eune pétite file m’a donné un morcieau d’ sin biscuit qui étot keu à terre pis alle m’ a
caressée , tout duchemint , in m’ dijant des affaires que j’comprénos pas.
Après, s’ maman alle, l’a appelée . L’ pétite file alle s’appelot RAJA , elle aussi.
Donner un nom d’ tchien à s’ n’éfant…i faut ête rudemint désespérée !. I sont curieux ches gins
là !
L’ pétite alle est arpartie dins s’ baraque d’ carton et d’ plastique. Ch’est comme eune
grande niche à tchiens, avec des couvertures. Pis s’ maman alle a canté eune canchon triste, pis
elle a pus rien dit.
Avint hier d’autes tchiens sont vénus d’ bonne heure au matin mais RAJA alle les a pas
caressés , i moutrotent leurs longs dints . Alle s’a sauvée.
Alle a pas trouvé l’ tro dins l’ grillache , pis d’ toutes manières, alle aurot pas réussi à s’ i
intiquer , ch’ est un tro pour des tchiens , pas un tro pour eune pétite file…même avec un nom d’
tchien. Les tchiens i sont vénus m’ vire mais i n’ont pas non pus trouvé ch’ tro dins ch’ grillache,
heureusemint pour mi . I n’ n’a un qui avot eune poupée d’ loque dins s’ gueule. Au moins ch’ ti
là i n’ aboyot pas .
Tout a brûlé : l’ baraque in carton et in plastique , les grands sacs rayés , les lifes et les
cahiers , les couvertures et l’ poupée d’ loques . I restot pus rien.
Ch’ matin , eun campine-car s’est arrêté sur l’aire d’ arpos, tout près de m’ muchette. J’ ai
pon bougé.
Des gins sont déchindus in parlant bien fort mais j’ comprénos pas chu qui dijettent.
Décidémint, j’ai du mau à comprinte ches gins du bord d’ l’ autoroute !.
I z’ont déployé eune tape et des cayelles et i ont fait cauffer du thé qu’i z’ont bu in s’
brûlant les loupes. L’ pétite file qui les accompagnot alle m’a vu et alle a crié.

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Ses parints sont vénus et m’ont donné des gâtieaux . I a un mot que j’ ai compris, ch’ est «
Pudding » . Ch’est pas mauvais mais cha donne soif, alors i m’ont versé de l’ ieau dins un bol par
terre dins l’ campine-car.
L’porte alle s’a arfermée d’un cop et i z’ont arpris la route. J’ cros que j’ai trouvé eune
nouvelle famile ! Dins eune paire d’heure j’ sérai in Ingleterre.
L’ pétite file alle cante intre ses parints par devint, dins l’ campine-car.
Par l’ carreau, un pétit peu plus loin sur l’ bord d’ l’ autoroute , d’l’ aute côté du grillache, j’ai vu
eune pétite file avec un nom d’ tchien . Alle sortot de s’ baraque in carton et in plastique avec
eune poupée d’ loque dins ses mains. »

Version en français :

« Moi, c’est pas étonnant , j’ai grandi , je prenais trop de place à la maison, ils ne s’y
attendaient pas…alors ils m’ont laissée au bord de l’ autoroute. Pas abandonnée, non…ils se sont
séparés de moi comme ils disent aux enfants .
Mais eux ?…je ne comprends pas ! Ils sont curieux ces gens. J’évite soigneusement les camions,
eux les attendent, eux les espèrent.
Ils veulent des papiers ? Moi on m’en a donnés à ma naissance. On m’a inscrit sur le
L.O.F…le livre des origines françaises. On m’a donné un nom de noble : « Raja du domaine des
Dunes » . Curieux comme nom pour un chien, non ?..surtout un lévrier Afghan !.
Pour l’instant , je suis plutôt « Raja de l’ aire de repos » !.
Un jour , je me suis glissée sous le grillage et je suis allée les voir , prudemment. Ils ne sont pas
méchants , ils se laissent approcher . Une petite fille m’a donné un morceau de son biscuit qui
était tombé par terre , elle m’a caressée en me parlant mais je n’ ai pas compris ce qu’elle me
disait.
Sa mère l’a appelée ensuite , la petite fille s’appelle Raja elle aussi !. Donner un nom de
chien à son enfant , il faut vraiment être désespérée !. Il sont curieux ces gens.
La petite fille est repartie dans sa baraque de carton et de plastique . C’est comme une grande
niche avec des couvertures . Puis la maman a chanté un chant triste , puis elle s’est tue .
Avant-hier , d’autres chiens sont venus les voir , de bonne heure le matin , mais ceux-là , Raja ne
les a pas caressés , ils montraient leurs crocs et ont fait pleurer la petite fille qui s’est enfuie.
Elle n’a pas trouvé le trou dans le grillage et de toutes façons , elle n’aurait pas pu s’y faufiler,
c’est un trou pour les chiens , pas pour les petites filles… même celles avec nom de chien.
Les chiens sont venus me voir en aboyant. Eux non plus n’ont pas trouvé le trou dans le
grillage, heureusement !. Dans sa gueule , l’ un d’eux avait une poupée de chiffon éventrée , au
moins lui n’aboyait pas.
Tout a brûlé : la baraque en carton et en plastique , les couvertures , les grands sacs à
rayures , les cahiers et les livres , la poupée de chiffon éventrée , il ne reste plus rien .
Ce matin un camping-car s’est arrêté sur l’aire de repos , près de ma cachette . Des gens sont
descendus ils parlaient mais je ne comprenais pas ce qu’ils disaient.
Décidemment , je ne comprends pas les gens des bords de l’ autoroute !.
Ils ont installé une table pliante et des chaises et ont fait du thé qu’ils ont bu en se brûlant les
lèvres . La petite fille qui les accompagnait m’a vue et a crié .

xxxiv
Ses parents se sont précipités et m’ ont donné des gâteaux . Il y a un mot que j’ai compris : «
Pudding »… c’est pas mauvais mais ça donne soif , alors ils m’ont versé de l’eau dans un bol
posé sur le sol dans le camping-car .
La porte s’est refermée et ils ont repris la route . Je crois que j’ai trouvé une autre famille.
La petite fille chante près de ses parents à l’avant du camping-car . Dans quelques heures je serai
en Angleterre.
Par la fenêtre du camping-car , un peu plus loin , au bord de l’ autoroute , j’ai vu la petite
fille au nom de chien , derrière le grillage , elle sort de sa baraque de carton et de plastique , une
poupée de chiffon à la main.

Source : Cocq, Bertrand. « L’ pétite file au nom d’ tchien ». Terreerrance.wordpress.com.


9 mars 2009. 22 mars 2009 <http://terreerrance.wordpress.com/2009/03/09/la-petite-fille-au-
nom-de-chien-par-bertrand-cocq/>.

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ANNEXE 27

Cafougnettes

Dans la région Nord-Pas-de-Calais, le héros des histoires drôles s'appelle en général


Cafougnette. C'est Jules Mousseron, poète et mineur à Denain (près de Valenciennes 59), qui a
créé ce personnage. Après sa mort, en 1943, les gens de la région ont intégré le personnage de
Cafougnette dans leur folklore.

« Cafougnette suit le convoi d'un enterrement. Un de ses amis vient le rejoindre et dit :
- Alors Cafougnette ! J'ai chu que t'femme cha n'allot pas tros fort ! Commint qu'all'va ?
Et Cafougnette, montrant le corbillard :
- Comme té vos... Tout duch'mint ! »

« Cafougnette est victime d'un éboulement au fond de la mine : il est prisonnier dans une galerie
avec un camarade.
- Té connos inne prière, ti ?
- Nan, j'n'in connos point !
Cafougnette insiste :
- T'allos pas à l'égliche pou t'communion ?
- Nan !
- Té n'vos pas qu'in va mourir ichi ! Faudrot faire que'cosse ed'religieux, comme in fait à
l'égliche!
- J'ai inne idée... in va faire inne quête ! »

« Cafougnette travaille au fond de la mine. Il doit transporter sur le chantier des bois de
soutènement.
Le porion l'interpelle :
- Hé là, ti ! Commint qu'cha s'fait qu'té portes seul'mint un bos à l'fos ?
Tes comarates, i n'in portent deux à chaque cop !
- Ouais, mais eusses, i sont trop fates pour faire deux voïaches comme mi ! »

« Cafougnette est en train de sculter une statue de Sainte-Barbe.


Un de ses camarades d'approche et le regarde faire. - Ch'est du boulot, hein !
- Mais nan, innochint, ch'est du quêne »

« C'est une institutrice qui est envoyée dans une école dans laquelle les enfants ont un langage
patois prononcé.
L'institutrice commence :
- Bon, les enfants, vous allez me dire ce que vous avez eu comme cadeau de Noël.
Un premier enfant lève la main et dit :
- Mi, à Noël, j'ai eu inne poupée qui piche et qui cante
- On ne dit pas cela comme ça, dit l'institutrice. On dit : "Moi , à Noël, j'ai eu une poupée qui fait

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pipi et qui chante".
Un autre enfant lève la main et dit :
- Mi, à Noël, j'ai eu inne carette qui fonche à toute berzing
- On ne dit pas cela comme ça, dit l'institutrice. On dit : "Moi , à Noël, j'ai eu une voiture qui
roule à toute allure".
Un troisième lève la main et dit:
- Mi, à Noël, j'ai eu in vélo
- C'est très bien, dit l'institutrice, et un beau ?
- Nin, in fer »

« On raconte des histoires drôles entre voisins et madame Cafougnette dit :


- Mi, o'z' avez bieau faire, quand in raconte des histoires, j'arrife jamais à les arténir !
Un voisin affirme :
- Mi, j'sais pourquoi : cha rinte dins eun'orelle et ch'arsort par l'aute !
Et Cafougnette rajoute :
- Ch'est parc'qu'y a rien intre deux pour les arténir ! »

« Madame Cafougnette vient d'avoir son permis. Elle s'engage à contre-sens sur l'autoroute.
- Mais i sont maboules ed'rouler si vite ! Et i n'savent pas rouler à droite, binde ed-niqu'doules !
Finalement, elle se fait intercepter par la police.
- ej'm'in doutos qu'j'allos vous vir ! I m'faijottent tertous des appels ed'phares ! »

« Madame Cafougnette va chez le médecin toutes les semaines.


- Docteur, j'cros qu'min coeur i bat trop vite ! Docteur, j'cros qu'mes boïaux i sont loïés !
Docteur, j'cros que j'vas pas passer l'hiver !
A chaque fois, le médecin la rassure. Puis il ne la voit plus pendant six mois.
Un jour, elle réapparaît dans son cabinet.
-Ah ! Ch'a fait longtimps que je ne vous avais pas vue !
- J'n'ai pas pu v'nir ! J'ai été malate !! »

Source : « Cafougnettes ». Le Nord- Pas-de-Calais.fr. 2008. 24 mars 2009 < http://www.le-nord-


pas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>.

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ANNEXE 27
La polka du mineur (extrait)
Par Edmond Tanière

Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un Pendant le casse-croûte un jeune mineur
bos, composa, assis sur un bout de bois
L'air d'eune musique qu'i sifflotot L'air d'une musique qu'il sifflota
Ch'étot tellemint bin fabriqué, qu'les mineurs C'était tellement bien fait que les mineurs
lâchant leurs briquets lâchant leurs casse-croûte
Comminssotent à's'mette à'l'danser. Commencèrent à le danser.

Source: Tanière, Edmond. « La Polka du Mineur. » Le Nord- Pas- de- Calais.fr. 2008. 16 mars
2009 <http://www.le-nord-pas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>.

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