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Universitatea din București Facultatea de Limbi și Literaturi Străine

Les particularités phonétiques, morphologiques et syntaxiques du chtimi

Coordonator Știintific: Prof. Univ. Dr. Viorel Vișan

Student: Maria- Mihaela Drăghici

Anul 3 Iunie 2009 1

TABLE DE MATIÈRES INTRODUCTION………………………………………………………………..……….... 3
PREMIER CHAPITRE : Notions générales sur les dialectes et patois français….................6 1.1 Définitions du dialecte……………………………………………………………………….6 1.2 Origine et évolution des dialectes français…………………………………………………7 1.3 Le picard………………………………………………………………..…………....……….9 1.3.1 1.3.2 1.3.3 Histoire du picard…………………………………………………………………. 9 Le domaine linguistique picard…………………………………………….......... 11 Traits phonétiques, syntaxiques et sémantiques du picard……………………… 11

1.4 Le chtimi…………………………………………………………………………..………... 13 DEUXIEME CHAPITRE : Analyse du chtimi…………………...………………………….. 15 2.1 Aspects Phonétiques…………………………………………………….…………………. 15 2.1.1 2.1.2 Consonnes………………………………………………………………………. 15 Voyelles…………………………………………………………………………. 19 Le pronom………………………………………………………….………….. Les déterminants…………………………………………………….…………

2.2 Aspects Morphologiques……………………………………..…………….……………… 23 2.2.1 2.2.2 2.2.3 2.2.4 23 24

Le verbe………………………………………………………………..………. 28 L’adverbe, l’adjectif et les prépositions………………………………..………. 33 Le génitif………………………………………………………………..……… 35 L’ordre des Mots………………………………………………………..……… 35 L’expression du sujet dans les constructions infinitives………………...……… 36 La reprise du sujet………………………………………………………...…….. 36 La négation……………………………………………………………………… 37 La phrase interrogative………………………………………………………….. 37 Les relatives……………………………………………………………………... 38

2.3 Aspects Syntaxiques………………………………..……………………………..………. 35 2.3.1 2.3.2 2.3.3 2.3.4 2.3.5 2.3.6 2.3.7

TROISIEME CHAPITRE : Glossaire chtimi…………………………………………….….. 39

CONCLUSION…………………….……………………………………..…….. 45 ANNEXES
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INTRODUCTION

Le chtimi, variété du picard, dialecte appartenant aux langues d’oïl, parlées au Nord de la France, est spécifique à la région Nord-Pas-de-Calais, et est dit d’avoir pris son nom des appellatifs des mineurs au temps de la 1e guerre mondiale. Le chtimi se présente comme le parler de la classe ouvrière ayant beaucoup de traits argotiques. C’est une des raisons pour lesquelles il a été interdit dans les écoles, ou même les familles forçaient leurs enfants à renoncer au chtimi en faveur du français. De nos jours, un fort mouvement de revitalisation du chtimi a été noté, et par le développement des réseaux Internet, les Chtimis peuvent prendre contacte, communiquer et partager des mots et expressions typiques, chansons, légendes, histoires ou proverbes, revitalisant leur folklore. Le but de ce projet est d’analyser les traits spécifiques du chtimi, afin de mettre en évidence le fait qu’il est une variété du picard, un langage patoisant qui mélange des particularités du picard et ceux du français populaire ou familier, en présentant l’évolution des dialectes français, l’évolution et les traits spécifiques du picard et ensuite, l’évolution du chtimi et ses traits phonétiques, morphologiques et syntaxiques. Cette analyse est soutenue par des textes spécifiques au folklore chtimi- des proverbes, des histoires drôles, des chansons, les soidites « cafougnettes ». L’ouvrage se présente comme suit. Le premier chapitre offre des informations générales comme point de départ de l’analyse et comprend trois sections. Dans la première partie nous proposons plusieurs définitions des notions du dialecte et du patois, pour une meilleure compréhension de ces termes et afin d’établir le domaine d’analyse. Nous passons ensuite à la présentation de l’évolution des dialectes français et nous présentons les divisions dialectales du domaine français, d’après la carte dialectale présentée sur Lexilogos. Nous réalisons ensuite une description du dialecte picard, son histoire, sa localisation géographique et, brièvement quelquesunes de ses particularités. Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés qui sont assez proches. Le chtimi, décrit dans la dernière section du chapitre est une variété du picard, parlé surtout dans la région Nord- Pas-de-Calais. On présente brièvement l’origine du nom de ce patois, son évolution à travers les siècles, influencé par la position géographique, et les développements industriels et économiques de la région Nord- Pas-de-Calais et de la Communauté Urbaine de Lille.

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Le deuxième chapitre propose une analyse du chtimi du point de vue phonétique, morphologique et syntaxique, qui met en évidence ses particularités, les traits communs avec le picard, dialecte duquel le chtimi a évolué et avec le français courant, les influences subies mais aussi les différences. La première partie de ce chapitre, « Aspects phonétiques » propose un inventaire des particularités de certaines phonèmes, d’après l’Atlas Linguistique et Ethnographique Picard de Fernand Carton, traits inventoriés par Alain Dawson. Dans la seconde partie du deuxième chapitre, l’analyse morphologique présente des différences entre le chtimi et le français et les similitudes entre le chtimi et le picard, qui prouvent que ce patois est dérivé du picard. Le pronom a des formes spécifiques. En ce qui concerne les déterminants, l’article défini est remplacé par la forme « ch » variation de « ce », l’adjectif démonstratif. Toujours en ce qui concerne l’article défini, on note la tendance de son assimilation, ce qui résulte en consonnes géminées de la forme [tu v vila - français « tout le ∫] village », aussi qu’en la neutralisation du genre. Caractéristique au chtimi est aussi la forme des adjectifs possessifs « min, tin, sin ». L’analyse des formes verbales est basée sur l’étude d’Alain Dawson qui comprend des paradigmes verbaux du picard. Nous faisons une analyse des différences du français courant en ce qui concerne les radicaux verbaux, les désinences, et aussi, le choix de l’auxiliaire, les locuteurs Chtimis ayant la tendance d’utiliser l’auxiliaire « avoir » même dans les cas ou « être » est nécessaire. En ce qui concerne l’adverbe et l’adjectif il y a surtout des différences d’ordre lexical. La troisième partie du deuxième chapitre comprend un inventaire des traits spécifiques de la syntaxe du chtimi, bien qu’elle ne soit pas complètement différente de la syntaxe du français courant, cela prouvant que le dialecte a évolué pareil au français courant à travers les siècles, mais on peut noter quelques différences spécifiques à la syntaxe du chtimi qui le particularisent. Ces différences concernent le génitif, l’ordre des mots, les constructions infinitives, le sujet, la négation, les phrases interrogatives, les phrases relatives. Le troisième chapitre comprend un glossaire des mots chtimi, avec une analyse étymologique pour certains d’entre eux, et leurs équivalents en français, qui prouvent le caractère patois du chtimi. Les Annexes comprennent les cartes des domaines linguistiques français et picard, des cartes phonétiques incluses dans « l’Atlas Linguistique et Ethnographique Picard » de Fernand Carton et des textes appartenant au folklore chtimi.

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Premier Chapitre Notions générales sur les dialectes et patois français
Le but de ce chapitre est d’offrir plusieurs définitions des notions de dialecte et patois, afin d’arriver à une meilleure compréhension de ces termes, et pouvoir ensuite passer à la présentation de l’évolution du dialecte et présenter les divisions dialectales du domaine français. Nous passerons ensuite à une description du dialecte picard, avec son histoire, localisation géographique et, brièvement quelques-unes de ses particularités. Du dialecte picard, il y a le chtimi, traité plutôt comme patois, qui sera analysé.

1.1 Définitions du dialecte Le mot « dialecte » provient du bas latin dialectus et du grec dialektos et réunit un ensemble de parlers qui présentent des particularités communes et dont les traits caractéristiques dominants sont sensibles aux utilisateurs (Larousse). Le dialecte peut se définir comme le parler d’un pays, d’une région qui diffère des parlers voisins du point de vue phonétique, syntaxique, sémantique, et qui comporte une culture littéraire¹. Pierre Guiraud définit le dialecte comme « une forme particulière prise par une langue dans un domaine donné. Le groupement des particularités donne l’impression d’un parler distinct des parlers voisins, en dépit de la parenté qui les unit » (5). Le français comprend deux langues apparentées mais autonomes - le français d’oïl (du Nord de la France) et le français d’oc (du Sud de la France) et chacune a ses subdivisions en dialectes (Guiraud 5). Des dialectes, on distingue les patois qui - selon le « Lexique de la terminologie linguistique » de Jules Marouzeau - désignent « des parlers locaux employés par une population de civilisation inférieure à celle que représente la langue commune environnante » (cit. dans Guiraud 6). Le Larousse définit le patois comme système linguistique essentiellement oral, 1. Definition prise du Dictionnaire Sensagent. http://dictionnaire.sensagent.com/dialecte/fr-fr/. On y offre la définition de « Littré » (1880) 5

utilisé sur une aire réduite et dans une communauté déterminée (généralement rurale), et perçu par ses utilisateurs comme inférieur à la langue officielle. Il n’est pas tout à fait correct de dire que les dialectes dérivent de la langue générale. La langue générale, qui n'est qu'un des dialectes arrivés par une circonstance quelconque et avec toute sorte de mélanges à la présence, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette langue générale se forme, les dialectes diminuent en utilisation et deviennent des patois, c'est-àdire des parlers locaux (Littré, Dictionnaire de la Langue Française, Tome II). Avant le XIV-e siècle il n'y avait pas de parler prédominant en France, il y avait des dialectes; et aucun de ces dialectes ne se subordonnait à l'autre. Après le XIVe siècle, une langue littéraire et écrite se forme et les dialectes deviennent des patois (Dictionnaire Sensagent). Il serait plus correct de considérer les patois comme des dérivations des dialectes, des variétés surtout orales spécifiques à une région plus restreinte et à une population inférieure du point de vue culturel. La langue est un phénomène social. Au niveau régional, on retrouve des dialectes. Comme on l’a présenté, le dialecte est une variété linguistique utilisée dans une région particulière. Prenez les exemples suivants: 1. On a pris le traversier pour aller à Levis. 2. On a visité les chutes ce matin. Le mot traversier s'utilise au Canada, mais pas en France, par exemple, où on dirait bac ou bien ferryboat. Et le mot chutes signifie autre chose pour les gens du sud de l'Ontario (les chutes de Niagara) que pour les habitants de Québec (les chutes Montmorency) (Lessard).

1.2 Origine et évolution des dialectes français Des causes diverses, complexes et variées ont été à l’ origine de la segmentation d’un idiome en dialectes. Parmi ces causes - historiques, géographiques, linguistiques - « la

géographie délimite des aires de peuplement entre lesquelles elle facilite ou, au contraire, réduit les échanges qui suivent les voies de communication» (Guiraud 23). Chaurand est d’avis que les conditions naturelles et géographiques jouent un rôle essentiel dans l’évolution linguistique, car elles favorisent, gênent ou empêchent les rapports: « voie de pénétration qu’offre le fleuve, écran des marécages ou des forets » (Chaurand 178-179).

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« La formation des variantes dialectales est liée au contact et à la superposition des langues à la suite des migrations, des invasions, des colonisations » (Guiraud 24). Ainsi, la langue française a évolué, à travers les siècles, sous l’influence de l’occupation latine, anglonormande, pendant la Renaissance, la période classique ou le siècle des Lumières, la période moderne et celle contemporaine. Les Gallo – Romains du Midi ont mieux conservé la forme latine, lorsque ceux du Nord l’ont altère sous l’influence des Germains, des Saxons, des Danois, des Bretons (Corblet 13-16), ainsi qu’il s’est produit une rupture entre la langue romane du nord et celle du sud de la France. À chaque période historique des mots ont été créés, soit par emprunt, soit par dérivation ou composition. Pourtant, l’origine des mots ne doit pas être réservée aux formes du fonds héréditaire latin ou germanique, car, la voie de formation savante a été doublée par une voie populaire, qui a influencé non seulement le lexique, mais aussi les formes grammaticales, la syntaxe ou la prononciation. La langue a évolué sous l’influence exercée par tous ces facteurs et les principales divisions dialectales du domaine français sont²: Le Centre (le orléanais, le bourbonnais, le champenois) ; Le Nord (le picard, le haut- normand, le wallon, l’alsacien) ; L’Est (le lorrain, le bourguignon, le franc-comtois) ; L’Ouest (le bas-normand, gallo, l’angevin, le maine) ; Le Sud-ouest ( le poitevin, le saintongeais, l’angoumois). À travers l’évolution de la langue, chaque variante couvre une certaine région. Ainsi il y a des aires à l’intérieur desquelles chaque fait linguistique (prononciation, grammaire, sens des mots) prend une forme particulière. Il y a, par exemple, des régions en France ou on prononce [k]- ( le Nord et le Midi), il y en a d’autres ou on prononce [ch] ( Guiraud 12- 13)³. Pierre Guiraud observe le fait que il y a des formes populaires du dialecte, coupées de leur tradition cultivée et littéraire, en rivalité avec la langue nationale qui sont chassées de 2. Division présentée par Pierre Guiraud dans « Patois et dialectes français » (34-35) et que nous retrouvons aussi dans la Carte des Langues de France de Lexilogos (Annexe 1). 3. Pierre Guiraud propose pour l’exemplification de la variation phonétique une carte des différentes prononciations du mot « chèvre », qui varient de « quèvre », « cheuve » à « kabro », selon les régions (Annexe 5).

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l’école, des actes publics et progressivement de la vie quotidienne, et leur littérature, leur presse, s’affaiblissent et finissent par disparaître. « Mais à la disparition du dialecte de culture, survit pour un temps plus ou moins long sa forme populaire qui n’est plus désormais qu’un patois coupée de ses sources de renouvellement, stagnant et soumis aux agressions de la langue commune qui le pénètre, et , petit à petit, le désorganise. Les dialectes qui sont repoussés au second plan survivent sous forme de patois à la campagne et continuent à imprégner les vulgaires urbains». (Guiraud 8).

1.3 Le picard Le picard est un dialecte parlé dans les régions Picardie et Nord - Pas de Calais en France, et dans la province du Hainaut de Belgique. En France, le picard est catalogué dans le rapport « Les langues de la France » du professeur Bernard Cerquiglini, remis aux ministres de la Culture et de l’Education Nationale en mai 1999. En Belgique, il constitue l’une des langues régionales internes visées par un décret de la Communauté Française de Belgique de 1990. (Chtimi Picard). Le but de ce sous- chapitre est de présenter l’origine et l’évolution du picard et ses traits phonétiques et morphosyntaxiques. Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés qui sont assez proches. On peut probablement distinguer les principales variétés suivantes: Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, Chtimi (Bassin Minier, Lille, Roubaix, Tourcoing, Comines, Artois), et Tournaisis, Borain, Boulonnais. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

1.3.1

Histoire du picard

Le picard a la même origine que le français, au sein des « langues d'oïl », parlées dans le nord de la France : ces langues ont évolué à partir du latin populaire amené par les légions romaines et adopté par les habitants de la Gaule, puis, à partir du 5e siècle, sous l'influence des parlers germaniques des envahisseurs francs. Le nord de la France a subi surtout des influences des peuples de la Germanie et des ceux de la Grande- Bretagne ; ici, ce langage vulgaire moins

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influencé par le latin, a pris le nom de « rusticus », et c’est de cet idiome que naissent plus tard le Roman - wallon et le Picard ( Corblet 13). L’un des tout premiers textes en « langue vulgaire » du Nord de la France, la « Séquence de Sainte Eulalie », écrit à la fin du neuvième siècle dans la région de Saint-Amand, comporte déjà des traces de picard : on y trouve des mots comme coze « chose », diaule « diable », encore utilisés dans les conversations en picard contemporain. L’histoire de la langue picarde a commencé dans le XIe siècle et s’est développée entre les XIIe et XIVe siècles : au Moyen-Âge, des écrivains comme les Arrageois Adam de la Halle et Jean Bodel, ou, en Picardie, Jacques d’Amiens ou Robert de Clari, écrivent en picard. Plus exactement, ils utilisent une scripta hybride franco-picarde, mélange d’ancien français (standard interrégional alors en cours d’élaboration) et de dialectalismes régionaux. La scripta picarde jouit au moyen-âge d’une popularité qui dépasse les limites de son domaine linguistique, ce qui permet à des linguistes comme Henriette Walter de parler d’une « exception picarde » (cit. dans Dawson): c’était la grande langue de littérature du Nord de la France, comme le Provençal était celle du Sud. Quand même, le picard n’apparaît plus guère dans les textes après le 15e siècle, après s’être presque dilué dans le français standard ; il perd alors toute légitimité comme langue de littérature. Cela ne signifie pas qu’il disparaît de l’écrit. Il y a eu une rupture, on est entré dans une nouvelle période, celle de la littérature patoisante, telle qu’elle survit encore de nos jours, comprenant des œuvres ou on décèle la complicité avec le lecteur, ou des idées comiques. De nos jours on écrit en picard pour ne pas écrire en français (alors qu’au moyen-âge on écrivait en picard en croyant écrire en français). Le picard n'est pas enseigné à l'école, en-dehors de quelques initiatives ponctuelles et isolées, et n'est parlé qu'entre amis ou en famille. Il fait néanmoins l'objet d'études et de recherches dans les Universités de Lille et d'Amiens. Quand même, le dialecte est loin d'être mort et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de la région.

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1.3.2

Le domaine linguistique picard

Le domaine linguistique picard comprend : en France, les régions Picardie (sauf le Sud de l'Oise et de l'Aisne) et Nord-Pas de Calais

(sauf l'arrondissement de Dunkerque), ainsi qu'une frange de la Seine Maritime. en Belgique, la province du Hainaut, jusqu'à La Louvière à l'Est (entre Mons et

Charleroi). Ce domaine est bordé à l'Ouest et au Nord-Ouest par la mer, au Nord par les parlers flamands, à l'Est par le wallon, au Sud par les parlers d'Île de France et le champenois, au Sudouest par le normand (Dubois )4 . 1.3.3 Traits phonétiques, syntaxiques et sémantiques du picard

Quelques- uns de ces traits seront analysés en détail dans le chapitre suivant, qui concerne l’analyse du Chtimi. La variation phonétique en picard présente un caractère systématique et n'affecte qu'un nombre restreint de phonèmes. Des plus importants traits phonétiques on peut mentionner : a. La palatalisation des occlusives vélaires (k, g) - kinne / tchinne « chêne », kère / tchère / kière (Artois) « tomber » ; b. La palatalisation des fricatives apico-dentales (spirantes) [s] et [z] : mason / majon (/moaison) « maison » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue ai), rosin / rogin (/roésin) « raisin » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue oi) ; c. L’alternance é / ié-. Des mots comme téte, féte, béte, fér « tête, fête, bête, fer » ont

une variante tiéte, fiéte, biéte, fiér. d. L’alternance -u / -eu-. Exemple : fu / feu « feu », ju / jeu « jeu », fiu / fieu « fils », miu / mieu « mieux » et de nombreux mots en -iu / -ieu. Du point de vue morphologique, on peut distinguer des particularités dans le cas des paradigmes pour les verbes « irréguliers » avoir, être, aller, suivis des trois "groupes"
4. La carte incluse dans l’ANNEXE 2 présente le Domaine Linguistique Picard décrit par Raymond Dubois dans son œuvre « Le domaine picard - Délimitation et carte systématique » (Arras, 1957). Le domaine comprend le Nord- Pas-deCalais, la Somme, l’Oise, l’Aisne.

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traditionnels du français (représentés respectivement par canter « chanter », finir « finir », vnir « venir »). Les formes données, qui sont une synthèse des variations observables sur le domaine picard, font appel à quelques astuce graphiques destinées à subsumer les variations phonétiques : a. a final représente aussi les prononciations alternatives [o], [eu]; b. ô (et o devant ï) représentent la variation de la diphtongue issue d'un ancien oi en finale en syllabe entravée nous maintenons la graphie oi qui sera interprétée [we] dans la Somme, [wa] et sporadiquement [o] ailleurs ; c. è représente la variation du [ɛ] final du participe passé ; d. ai représente aussi, en fin de mot, les variantes ouvertes/diphtonguées [èy, ay] ; e. (i)é représente l'alternance [e / ye]; f. Des déterminants épicènes (PIC le = FR le ou la, PIC me = FR mon ou ma) ( Eloy, « Le Picard, Langue d’oïl » 1) ; g. Des pronoms spécifiques, soit personnels (PIC mi, ti, li = FR moi, toi, lui), soit démonstratifs (PIC cho [∫o], o, a = FR cela). Au plan de la syntaxe, la spécificité du picard tient surtout à la grammaticalisation de nombreux traits communs avec le français oral « populaire » (relateur invariable que, redoublement du sujet, prépositions sans régimes etc.). Il faut cependant noter : a. La persistance du génitif direct (à l'mon Roger [a l mɔ̃ ro∫e] = à la maison de Roger) dans un nombre restreint d'expressions ; b. Un ordre des mots différent du français standard (du fin sé = du sel fin ; il o foait keud assé = il a fait assez chaud) ; c. L'expression du sujet dans les constructions infinitives : vlo in.ne pème pour ti l'mier = FR littéralement voici une pomme pour toi la manger). Comme toutes les langues et dialectes, le picard connaît une certaine diversité. Il se manifeste comme un ensemble de variétés, cependant très proches: le picard dans la Somme, le chtimi dans le Nord Pas-de-Calais, le rouchi dans la région de Valenciennes etc. Il existe de nettes variations géographiques, et les origines des locuteurs sont reconnaissables immédiatement à l'oreille aux connaisseurs, mais il existe aussi une intercompréhension et un sentiment d'identité culturelle commune (Eloy « Le Picard, Langue d’oïl » 2-3).

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1.4 Le chtimi Le chtimi se présente comme le parler de la classe ouvrière ayant beaucoup de traits argotiques. C’est une des raisons pour lesquelles il a été interdit dans les écoles, ou même les familles forçaient leurs enfants à renoncer au chtimi en faveur du français. De nos jours, un fort mouvement de revitalisation du chtimi a été noté, et par le développement des réseaux Internet, les Chtimis peuvent prendre contacte, communiquer et partager des mots et expressions typiques, chansons, légendes, histoires ou proverbes, revitalisant le folklore chtimi. Dans ce sous- chapitre nous allons présenter l’origine du nom de ce patois, son évolution à travers les siècles, influencé par la position géographique, et les développements industriels et économiques de la région Nord- Pas-de-Calais et de la Communauté Urbaine de Lille. Au moment de la grande expansion industrielle, les variétés du picard sont venues en contact à travers différentes situations de communication, avec des variétés du français, notamment du français populaire, et aussi avec le flamand des Belges. La conséquence a été la formation des patois tel que le chtimi, une variété du picard. Chtimi représente, donc, un mélange entre le français et le flamand et aussi des formes du français familier et populaire. Le patois chtimi prend son nom, pendant la Première Guerre Mondiale, des soldats des autres régions qui appelaient ainsi leurs camarades originaires du Nord- Pas-de-Calais. Chtimi n’est que la contraction des deux mots utilises dans la région : chti = celui-ci et mi = moi, ou « Ch’est ti ? — Ch’est mi » (C’est toi ? — C’est moi) (Wikipedia). C'est le grand succès des « Croix de bois » de Roland Dorgelès (Prix Fémina 1919), qui fît connaître le mot, considéré comme nouveau, au grand public, grâce au personnage de Broucke, « le gars de ch'Nord, ch'timi aux yeux d’enfant » (Carton). Le mot, né dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale pour désigner les « Poilus du Nord », visait initialement les habitants d’une région aux contours fluctuants (l’Artois minier, le Bassin minier dans son ensemble, le département du Nord). L'emploi du terme « Chti » est aujourd'hui général pour désigner familièrement des gens mais aussi le picard parlé et écrit dans le Nord-Pas-de-Calais. Le terme « chtimi » ou « chti » désigne pour les habitants des régions du sud de la Loire, tous les habitants au nord de Paris, plus exactement Nord- Pas-de-Calais, différents des habitants du département de la Somme.

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Du point de vue historique, il faut noter le développement de la région urbaine de Lille dont parle Timothy Pooley, dans son œuvre, « Chtimi : The urban vernaculars of northern France». Le terme « le grand Lille » est relativement récent et date depuis les années 1960. La Communauté Urbaine de Lille a été fondée en 1967, ayant comme principales villes Lille, Roubaix et Tourcoing. La position de Lille sur une des principales routes commerciales qui faisait la liaison entre le Nord- l’Hollande (Pays Bas) et la Flandre et Champagne en Sud a transformé la ville en un des plus importants centres régionaux à partir du Moyen-âge. Le développement politique au XVIIe siècle a transformé Lille dans une ville à importance stratégique militaire. La découverte des grands dépôts de charbon au sud de la ville a encore agrandi l’importance de la région au XVIIIe siècle. La création de la Communauté Urbaine de Lille a certes favorisé une uniformité de la région, du point de vue politique, économique, social et culturel. La région industrielle était soutenue par l’industrie textile, la période 1850- 1900 étant connue comme la « belle époque » de l’expansion industrielle, et surtout sur l’exploitation des mines de charbon. La principale main-d’œuvre venait des villages et des régions rurales voisines et aussi de l’autre coté de la frontière, notamment de Belgique, la région de Flandres n’étant pas développée du point de vue industriel à l’époque. Les ouvriers Belges représentaient plus de la moitié de la main d’œuvre au XIXe siècle (Pooley 24). La législation de 1889 a permis aux ouvriers étrangers de s’installer en France. Ceux qui ont choisi de s’y installer avec leurs familles, ont été assimilés. Ainsi, les deux langues parlées étaient le français et le flamand. Les noms des cafés et des boutiques étaient écrits en Français, aussi qu’en Flamand. Des mots flamands ont été assimilés, et des nouveaux mots, spécifiques aux zones industrielles (patois ouvriers) sont apparus. Les habitants des villages, qui sont devenus ouvriers dans les fabriques de textiles ou dans les mines ont du adapter leur langage et leur vocabulaire à celui urbain. La nature hybride du chtimi a contribuée à sa réputation comme patois, et des habitants de la région témoignent, qu’il était interdit de le parler dans les écoles ou même dans la famille. Pourtant, le chtimi a survécu et, de nos jours, on constate un vrai mouvement de revitalisation de ce patois, par des études sur les chansons, poèmes ou autres œuvres littéraires spécifiques.

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Deuxième Chapitre Analyse du chtimi
2.1 Aspects phonétiques

Les différences phonétiques sont les plus nombreuses et le plus facile à observer, car elles sont plus fréquentes. Les plus fréquentes occurrences ont mené à une certaine standardisation à l’intérieur du dialecte et servent à établir des différences entre le français standard et le dialecte. Le chtimi est défini tout de suite par une énumération de correspondances systématiques entre certains phonèmes « chtis » et ceux du français. La variation phonétique en chtimi, commune à celle du picard présente un caractère systématique et n'affecte qu'un nombre restreint de phonèmes. L’inventaire de ces variations, présenté ci-dessous, est basé sur des informations comprises dans « l'Atlas Linguistique et Ethnographique Picard » ¹. 2.1.1 Consonnes En ce qui concerne les consonnes, on peut noter certains traits particuliers : 2.1.1.1 Le dévoisement (assourdissement) des consonnes sonores finales Le dévoisement des consonnes sonores finales est une des plus persistantes caractéristiques du Picard. Le domaine lexical comprend tout mot ayant une consonne sonore finale qui a une corrélative sourde : [b], [d], [g], [v], [z] et [ʒ]. Ce phénomène est considéré spécifique aux régions où les habitants ont été en contacte avec les variétés allemandes (Jones et Esch). Exemples: (1) a. Sache [sa∫] - « sage » [saӡ] : « Si t'es sache et qu' te fais dodo » ; « I' l' rimplira, si tes sache ». (voir Annexe 18) ; b. Cosse [kↄs] - « chose » [∫ↄz] : « L'f emm' n'avot pus qu'eun' cosse à faire » (voir Annexe 20) ; « Y’a queq’cosse qui n’va pas. » ( voir Annexe 13) ;
1. L’Atlas Linguistique et Ethnographique Picard a été créé par Fernand Carton, linguiste français spécialiste des parlers picards, en collaboration avec Maurice Lebègue.

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c. Malate [malat] - « malade » [malad] : « Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate. » (voir Annexe 24). d. Rouche [Ru∫] – « rouge » [Ruӡ] : « J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. » ( voir Annexe 17).

2.1.1.2 [lj]- « l » mouillé est le plus souvent remplacé par [j] entre deux voyelles, et [l] en fin de mot ou devant une consonne Exemples : (2) a. Traval [traval] - « travail » [travaj] ; b. Boutel /boutelle [butɛl] - « bouteille » [butɛij] ; c. Fil [fil] - « fille » [fij] ; d. Ortel [ↄRtɛl] – « orteil » [ↄRtɛij] : « J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. » (voir Annexe 17) ; e. Toulier / touiller « mélanger » - ej toule (touille) « je mélange » ; f. Balier / bailler « donner », ej bale (baille) « je donne ».

2.1.1.3 Palatalisation des occlusives vélaires (k, g) Devant voyelle antérieure (i, é, u, in, un), ce phénomène caractérise principalement la Somme et l'Oise ainsi que la région lilloise. Il aboutit généralement dans ces zones à une affriquée ( [t∫], [dӡ]). Il apparaît également de façon sporadique dans l'Artois pour produire une occlusive post palatale (ky, gy). Exemples : (3) a. Kinne/ tchinne [kin]/ [t∫in] - « chêne » [∫ɛn] ; b. Bouk [buk] - « bouche » [bu∫] : « Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! » (voir Annexe 13) ; c. Quéminaie [kɛminɛ] - « cheminée » [∫ɘminɛ] : « L'quéminaie alle est bouchée ! » (voir Annexe 25). Voir carte : « Palatalisation du [k] », Annexe 6. 15

2.1.1.4 [∫, ʒ] deviennent [K, g] devant [ɑ̃ ], [aR] ou la diphtongue [ou]. Exemples: (4) a. Carbon [kaRbõ] - « charbon » [∫aRbõ] : « Plein d’poussières eud’carbon, in appelle ça: la silicosse. » (voir Annexe 17) ; b. Gardin [gardɛ] - « jardin » [ӡardɛ] : « Quittot s' maison pour el gardin grinn'-dints. » ̃ ̃ (voir Annexe 22) ; « Dins m' gardin, tout seu, j' perdos l'air. » (voir Annexe 16) ; c. Cambe [cɑ̃ mb] - « chambre » [∫ɑ̃ mbR]: « Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô d'cambe! » (voir Annexe 13) ; d. Caud [ko:d] - « chaud » [∫o:d] : « Y a plain d'iau caud' dins ein' bassine » (voir Annexe 15) ; e. Quien [kiɛ] - « chien » [∫iɛ] : « Ch’est in brin d’quien » (voir Annexe 13) ; ̃ ̃ f. Cosse [kↄs] - « chose » [∫ↄz] ; g. Canchon [kɑ̃ ∫ɔ̃] - « chanson » [∫ɑ̃ sɔ̃] : « Tâchot d'lindormir par eun' canchon. »; « Il a dit s' canchon-dormoire » (voir Annexe 18). 2.1.1.5 Palatalisation des fricatives apico-dentales (spirantes) [s] et [z]² Elles alternent, dans le Pas-de-Calais et la région lilloise, avec les pré-dorso-alvéolaires (chuintantes) correspondantes, soit ∫] et [ӡ ], lorsqu'elles sont précédées d'un [i] ou d'une [ ancienne diphtongue du type voyelle + [i]. Exemples : (5) a. Mason / majon [mazɔ]/[maӡɔ] - « maison » [mɛzɔ̃] (palatalisation par le i de l'ancienne ̃ ̃ diphtongue ai) : « Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min brav’fiu ! » (voir Annexe 19) ; « L'homme' rabroutte, infin, à s' mason, » ( voir Annexe 20) ; b. Rosin / rogin - « raisin » (palatalisation par le i de l'ancienne diphtongue oi) : « Min p'tit pouchin min gros rojin » ( voir Annexe 18) ;
2. La carte « Palatalisation du [z] », en Annexe 7, montre les occurrences de la variante picarde du français « raisin ».

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c. Garchon [gaR∫ɔ̃] « garçon » [gaRsɔ̃] : « In amiclotant sin p'tit garchon » (voir Annexe 18) ; d. Laicher [lɛ∫ɛ] - « laisser » [lɛsɛ] : « Ch’est pont dins mes manièr’s , d’laicher baffier les cons» (voir Annexe 19) ; « Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! » (voir Annexe 13) ; e. Chette [∫ɛt] - « cette » [sɛt] : « Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins l’berdoule ! » (voir Annexe 13) ; f. Pouchin [pu∫ɛ] - « poussin » [pusɛ] : « Min p'tit pouchin min gros rojin » (voir Annexe ̃ ̃ 18) ; « Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. » (voir Annexe 13) ; g. Canchon [kɑ̃ ∫ɔ̃] « chanson » [∫ɑ̃ sɔ̃] ; h. Plache [pla∫] - « place » [plas] : « Pou l’plache i a qu’à s’baisser, alors cha peut servir » (voir Annexe 19) ; Voir carte : « Palatalisation du [z] », Annexe 7. Dans certaines régions proches du nord on emploie également ch [∫] à la place de ge [ӡ] comme dans le patois lillois. Exemple : (6) − Ménache [mɛna∫] - « ménage » [mɛnaӡ] : « Occupes-te d'tin ménache ! » ; « Dins ches coron que’r’menue ménache » (voir Annexe 17) ; « L'femm' Tir'-Fond qui s'étot sans dout' trompé/ Ténot ménache avec Zant' Muscadin. » (voir Annexe 22). 2.1.1.6 [tj, dj] se prononcent [t∫, dʒ] Exemples: (7) a. Metier [met∫e] - « métier » [metje] ; b. Radio [radʒo] - « radio » [radjo]. Généralement, dans ce cas-ci, on garde la même graphie en Chti. 2.1.1.7 On trouve beaucoup de métathèses, de déplacements d'une consonne : fermer devient fremer, comme formage a donné fromage ; je devient ej', le devient el, le préfixe re-

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devient ar-. Ech'l'arnard = « le renard » ; armette = « remettre » (Armettez-vous comme vous étotes ! ); arfuser = « refuser » ; de devient ed : (ed perte = « de perdre »).

2.1.2 2.1.2.1 Fermeture du [a] final Le [a] en fin de mot se ferme en [o], [ɘ].

Voyelles

Voir carte « Variation des produits d’un ancien « a » final » en Annexe 10.

2.1.2.2 Variations affectant [ow] central (noté au) Des mots comme iau, bau, caud (« eau, poutre, chaud ») se prononcent, dans les zones centrales (Artois, Ternois) avec une diphtongue du type [ↄu] (le [ↄ] est ouvert et suivi d'un [ou] non syllabique). Ce son se distingue du [o] fermé que l'on trouve dans bo, co ("bois, coq"). Globalement, le Nord - Pas de Calais présente une prononciation de type [o] (ouvert ou fermé, éventuellement diphtongué) et la Picardie un type [ɘ]. Dans la Carte : « Variations des produits d’un ancien « au » final », de l’Annexe 11 on voit les occurrences du type [jœ], [jo]. Le même phénomène s'observe ailleurs qu'en finale, en toutes positions, sans la diphtongaison : caude "chaude". [ↄ] en syllabe fermée semble être une caractéristique obsolète de français standard. Il n’est plus présent en français standard, mais dans les variétés de Nord- Pas-de-Calais (Pooley 145).

2.1.2.3 Variation affectant [eu] fermé central (noté ue) Dans les zones centrales, il existe un [ɘ] fermé en finale dans des mots comme bue, nue ("boeuf, neuf"). Ce que nous notons ue peut se prononcer [u] au Sud, tandis que eu garde partout une prononciation [ɘ] éventuellement fermée et non diphtonguée. Le même phénomène s'observe ailleurs qu'en finale : plueve "pluie" [pleuf / pluéf / plwéf]. Pour cela on peut vérifier la carte « Variations de [ue] de l’Annexe 9.

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2.1.2.4 Variations affectant l'ancienne diphtongue « oi » L'ancienne diphtongue « oi » (présente notamment dans le morphème de l'imparfait) aboutit à des réalisations variables qu’on peut synthétiser comme suit (en finale) : a. une diphtongue ascendante (accentuée sur le second élément), du type [ue, ua, uo, ui], dans la partie centrale du Pas de Calais et aussi dans la Somme; b. une diphtongue descendante (accentuée sur le premier élément), du type [o(i), o(a)], dont le second élément est souvent absent (monophtongaison en [o], éventuellement fracturé en [ɘ]) dans le reste du Pas de Calais et le Nord c. une forme [eu] typique de la frange Sud du domaine- spécifique donc au Picard. d. En position entravée (suivie d'une consonne dans la même syllabe, comme dans pluevoir "pleuvoir"), l'alternance se limite généralement à [ua] dans le Nord - Pas de Calais; la diphtongue descendante éventuellement réduite [o(a) / o / ou] subsiste sporadiquement dans cette position. La carte « Variations d’un /oi/ final », incluse dans l’Annexe 8, délimite les zones de prononciation, qui varient, de [o] à [ue], [wo], [eu], [e]. 2.1.2.5 Alternance é / ié Des mots comme téte, féte, béte, fér "tête, fête, bête, fer" ont une variante tiéte, fiéte, biéte, fiér. 2.1.2.6 Alternance -u / -eu fu / feu "feu", ju / jeu "jeu", fiu / fieu "fils", miu / mieu "mieux" et des mots en -iu / -ieu. « Malgré l' coin du feu qu' j'ai si quier » (voir Annexe 16) ; « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » ( voir Annexe 13) ; « Te vos, fieu ! » (voir Annexe 20).

2.1.2.7 L’usage de [ɔ ] au lieu de [o]

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[Rɔz]- rose, [sɔv]- sauve, qui est, d’après Dauzat, une caractéristique de la prononciation obsolète du Français Standard ( 1927 : 35). 2.1.2.8 Diphtongues nasales L'ancien oin présente une alternance [on / on.ye / on.in / win] symétrique à la variation du oi oral. L'ancien ain présente une alternance [in / in.ye / an / an.ye / on / on.ye / win] symétrique à la variation du ai oral. L'ancien uin présente une alternance [uin / un.ye] (Dawson). 2.1.2.9 Opposition entre deux [ɛ] ̃ De nombreux parlers picards, desquels il y a surtout le chti qui présente cette particularité, distinguent, par exemple, vint " vent " et vin " vin ", ou encore kmint " comment " et kmin " chemin ". L’opposition existe dans tout le Pas-de-Calais, la région lilloise, et apparaît plus sporadiquement dans la Picardie administrative ; le Hainaut semble y échapper. Elle se réalise de façon variable, mais toujours comme une combinaison possible de trois traits : 1. l’aperture : [ɛ] a normalement une réalisation fermée, jusqu'à [ĩ] en certains points du ̃ Pas-de-Calais d’après « l’Atlas Linguistique Picard » (cit. dans Dawson) ; [ɛ] peut être ̃ relativement plus ouvert, jusqu'à [ɑ̃ ] en certains points de la Somme, voire [õ] (relevé en quelques points pour " chemin " dans l’Atlas Linguistique Picard. 2. la "mouillure" : présence d’un [j] final pour [ɛ] (Pas-de-Calais et région lilloise, mais pas ̃ aussi systématiquement que le trait précédent). 3. la nasalisation : sporadiquement (trois points de l’Atlas Linguistique Picard), [ɛ] est ̃ dénasalisé en [ ] . Dans les autres positions, la mouillure n'apparaît pas, mais les oppositions ɛ d’aperture et de nasalisation semblent exister ailleurs qu’en finale (dans le dictionnaire de l’Amiénois E. David (1977) (cit. dans Dawson), pranch = « prince » et princh = « prenne », subjonctif présent de « prendre »). 2.1.2.10 Variation du -é final Le -é final du participe passé (verbes du 1er groupe), du suffixe -té et de certains mots (dérivé du latin -atem), a tendance à s'ouvrir et à se diphtonguer en ɛj, aj ], spécialement dans [

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l'Ouest du Pas de Calais, le Vimeu, l'Oise ; il s'oppose en cela au -é (-er) de l'infinitif et d'autres mots qui restent normalement fermés sur tout le domaine. 2.1.2.11 Exemples : (9) a. Minger [mɛӡe] - « manger » : « - Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt ̃ par jour ? » (voir Annexe 23) ; b. Incore [ɛcoR] - « encore » : « D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? » ( voir Annexe 13) ; ̃ c. Gins [ӡɛ] – « gens » : « El lanque ed ches gins » (voir Annexe 19) ; « Mais si auteur ed ̃ ti, t’acout’s ches gins parler » (voir Annexe 19) ; « Faut s’méfier d’ches gins qui tournent comme eul’vint ! » (voir Annexe 13) ; d. Dins [dɛ] - « dans » : « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe ̃ 13) ; « Tout i arluit dins m' pétit' cuisine » (voir Annexe 15) ; e. Timps [tɛ] – « temps » : « I's'rot p'tête timps qu'te lèves el'pied au lieu d'lever l'coute. » ̃ (voir Annexe 23) ; « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! » (voir Annexe 13) ; f. Quind [kɛ] – « quand » : « Quind même, D'siré, te pourros freiner su le gn'nièfe. » ; ̃ « Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme. » (voir Annexe 23) ; g. Deminder [dɘmɛdɛ] – « demander » : « Pourquoi qu’té demindes cha ? » (voir Annexe ̃ 24) ; « Il in d'minde eun' fos pour souper » (voir Annexe 20) ; h. Pinser [pɛsɛ] - « penser » : « ‘’Conv'nu’’, dit s' femm', sans pinser d'l'attraper » (voir ̃ Annexe 20) ; « Vous n' pinsez point qu' pou un ménach' » (voir Annexe 15) ; i. Rincontre [Rɛcɔ̃t] ̃ – « rencontre » : « Par malheur, i rincontre in route, [ɑ̃ ] se prononce d’habitude [ɛ] ̃

Un ami qui li paie un' goutte. » (voir Annexe 20).

2.1.2.12 Exemple :

Dénasalisation

(10) [afɑ̃ ] « enfant »

21

2.2

Aspects morphologiques

À part la phonétique, c’est surtout du point de vue morphologique qu’on peut observer des différences entre le chtimi et le français et des similitudes entre le chtimi et le picard, qui prouvent que ce patois est dérivé du picard. Dans ce sous- chapitre nous allons faire une analyse des traits morphologiques du chtimi, en tenant compte des particularités caractéristiques aux catégories grammaticales des pronoms, verbes, déterminants, adverbes, adjectifs et prépositions.

2.2.1

Le pronom

En ce qui concerne le pronom, on peut noter la présence des pronoms spécifiques, soit personnels (mi, ti, li – « moi, toi, lui »), soit démonstratifs ( cho [∫ↄ], o, a – « cela, ça »). Exemples : (1) a. « Bin ouais, mi, cha va toudis. » (voir Annexe 24) ; b. « Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. » (voir Annexe 19) ; c. « Ch'étot, pour li, l' pus bonn' des régalades. » (voir Annexe 20) ; Les formes pronominales atones sont assez fréquemment utilisées. Exemple: (2) Assis-te [asit] « assieds-toi ». Le pronom personnel de 3e personne, féminin « elle » est rencontré assez souvent comme « alle ». Exemples : (3) a. « - L'quéminaie, alle est bouchée ! » (voir Annexe 25) ; b. « Alle a r’monté douze routes ed peun’tierres. » (voir Annexe 24) ; c. « Marie, alle est à s'mason. » (voir Annexe 25) ; Dans le cas du pronom personnel de la 3e personne, tant au singulier qu’au pluriel, le « l » n’est plus prononcé et la forme du pronom est réduite a « i ». Au pluriel on prononce [is] soit [iz] devant les mots commençant en voyelle.

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Exemples : (4) a. « I minge cha toudis. » b. « I s’ sont séparés d’ mi , comme i dijent à ches tiots ». c. « I sont curieux ches gins là. » d. « I z’ attintent après , i les éspèrent ! » e. « I z’ont arpris la route. » Voir Annexe 26. f. « I n’arrête point in-ne minute. » (voir Annexe 24). On trouve la forme « il » au singulier, avant les noms commençant en voyelle, pour éviter le hiatus. Exemple : (5) « Il in d'minde eun' fos pour souper... » (voir Annexe 20). Pour les pronoms personnels, on observe aussi la confusion entre le masculin et le féminin. Exemple : (6) « Acate-le, t'rope, si t'in as invie ! » Pour le pronom neutre « on » on retrouve la forme « in ». Exemple : (7) « Et pis je n'sauros nie arfuser les verres qu'in m'offe. » (voir Annexe 23).

2.2.2 Les déterminants

Les particularités du chtimi en ce qui concerne la catégorie des déterminants pourraient être ainsi structurées : 2.2.2.1 Un système de morphèmes de détermination original, souvent nommé « démonstratif-article »: la forme correspondant au déterminant démonstratif français « ce ». L'article défini est remplacé par l'adjectif démonstratif.

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L'ancien français connaît (surtout) deux démonstratifs, issus des formes latines iste et ille renforcées : ecce ille, qui donne cil, cel, celle ; et ecce iste, qui donne cest, cette. Le français a conservé les formes en el pour le pronom (celui, celle), et les formes en et pour le déterminant (cet, cette). En picard, cil donne chil, anciennement, conformément aux régionalismes phonétiques. Cette forme en ch’ a pris valeur d'article défini ( ch'poéyis /∫pweji/ - « le pays ») ; cet article doit être affecté d'une particule lo ou chi pour prendre la valeur démonstrative. (1) « Ch'poéyis-lo » – « ce pays » ;

Les formes apparentées ont suivi également cette évolution : (2) a. « Ch’t'homme » [∫tↄm] - « l'homme ». Même ch't'homme signifie couramment « l'homme », car pour le démonstratif, on renforce : ch't'homme-là. b. « Ch’nord » – « le nord » ; c. « Ch’fu » – « le feu » : « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe 13); d. « Ch’l'ecmin » [∫lɛkmɛ] - « le chemin » ; ̃ e. « Ch’l’intermint » [∫lɛtɛrmɛ] - « enterrement » : « Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout ̃ ̃ l’mond’connaîchot. » (voir Annexe 19). Dans les exemples d. et e. on note l’utilisation de la forme en ch’ aussi que l’article défini, sous la forme l’. À cause de l'utilisation du démonstratif on ne trouve pas de formes contractées à + le = au (à ches gins = « aux gens »). 2.2.2.2 L’assimilation de l’article défini Les locuteurs ont la tendance d’accentuer les syllabes accentuées et réduire les syllabes non accentuées, et cela produit des modifications - assimilations et élisions. Une des plus fréquentes est l’assimilation de l’article défini singulier avec le nom qu’il précède.

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Exemples: (3) a. [tu v vila∫] - « tout le village » ; b. [sy s sɛl] - « sur la chaise » ; c. [b bil] - « la bile ». Ce type d’assimilation résulte en consonnes géminées qui peuvent facilement passer sans être observées quand on parle très vite et en la neutralisation du genre (qui n’est plus marquée). L’usage fréquent des formes en « l » est possible aussi avec la neutralisation du genre. Exemples: (4) a. [al pɛk] - « à la pêche » ; b. [ɛl pjɛ] - « le pied » ; c. [ɛl lang] - « la langue ». 2.2.2.3 L’article indéfini apparaît sous les formes: « inn », « inne », « eun », comme équivalent de l’article féminin : Exemples : (5) a. « Qu’t’as chi inn’bell’ maîtresse » (Annexe 19) ; b. « I a vraimint inn’bonn’tiête. » (Annexe 19) ; c. « Inne crisse ed foie » (Annexe 23) ; d. « Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme. » (Annexe 23) ; 2.2.2.4 La forme caractéristique des possessifs est « min, tin ,sin » en chtimi, alors que la forme « mon, ton son » s’utilise en français, pour le masculin. Les formes « m’, t’, s’ » sont des équivalents des féminins français « ma, ta, sa ». Exemple : (6) « Donn' vit', donne' bien vite m' grillade !!! » (Annexe 20).

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Les adjectifs possessifs au singulier, surtout les formes du masculin, sont une caractéristique typique au chtimi. Tim Pooley note que les formes de masculin- « min, tin, sin » : « sin papa, sin café » - sont mieux gardés et plus fréquentes que leurs équivalents féminins – « m’maison, t’mère, s’voiture ». Le féminin apparaît avec un nombre restreint de noms – [ɘm mezõ] « ma maison » - d’habitude, des noms très usuels (150). Avant les noms féminins qui commencent en voyelle, on entend des formes comme : « s’n auto » [snↄtↄ], « s’n assiette » [snasjɛt], mais « min anniversaire » [mɛn anivɛRsɛR] ( Pooley 150). ̃ Le pareil semble se passer avec les pronoms disjonctifs singuliers « mi, ti, li ». Mi et li sont plus fréquents que ti. Li est utilisée comme clitique : « je li ai dit », mais aussi comme pronom disjonctif : « li- même », lorsque mi et ti sont seulement disjonctifs : « avec mi », « t’as fait du traval, ti ? » (Jones et Esch 29). Exemples : (7) a. « Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. » (voir Annexe 13) ; b. « Et tin tiot, toudis aussi archèle ? » (voir Annexe 24) ; c. « V’la tin pont qui est battu. » (voir Annexe 19).

2.2.2.5 La

forme

du

pronom

indefini

Français

« quelque

chose »

varie

entre « queq’cosse » et « quécose ». Exemples : (8) a. « Y’a queq’cosse qui n’va pas. » ; b. « Cha ch’est quécose. ». Voir Annexe 13.

26

2.2.3

Le verbe

En ce qui concerne le verbe, l’analyse qui suit est basée sur l’étude d’Alain Dawson4. On note un certain nombre de désinences verbales spécifiques qui font la différence entre le chtimi et le français. 2.2.3.1 L’indicatif présent Pour l’indicatif présent, dans le cas du verbe avoir, on note la variation « j’su(s)/ ej su(s) ». Exemples : (9) a. « Cha voudra dire que j’su mort ? » (Annexe 24) ; b. « Quand j’ sus vénue au monte. » (Annexe 26) ; a. a. « Si i’fait gris et j’cante, euj’sus heureux d’faire du campinche » (Annexe17) ; « Mi ej sus ichi fin bin. » (Annexe 17) ; Pour le verbe aller, on distingue au présent, 1e personne, singulier la variation « ej vôe/ ej va ». Il est aussi intéressant de remarquer le -d- de liaison pour les 1e et 2e personnes du pluriel : « nos (d)alons, vos (d)alez ». Pour les verbes de 2e groupe, ayant le radical –iss aux 1e et 2e personnes du pluriel, on note le changement phonétique et graphique : « nos finichons, vos finichez ». De même, pour les verbes du 3e groupe : « vous connaîchez » - « Qu’achtheur’vous connaîchez, allez y j’vous intinds .....! » (voir Annexe 19). En plus la 3e personne du pluriel, a une conjugaison assez particulière : « is finitte ». Le morphème -tte de la 3ème personne du pluriel se prononce [t] ou [tt] géminé ; dans ce cas, il est généralement suivi d'une voyelle d'appui : [tté] ou [tteu], lorsqu'il est suivi d'une consonne : « is finnitte cor » [i finit'té kor] -« ils finissent encore » (Dawson). Le -s de la 1ère personne du pluriel (-ons, sommes...) est purement graphique, comme en français, de même que le -t de is sont, is ont. 4. L’analyse de Dawson comprend des paradigmes du picard, construites à partir des variations à l’intérieur du dialecte. De ces paradigmes, on reprend ici, les traits spécifiques au chtimi, soutenus par des exemples précis tirés des textes attachés en annexe. 27

b. « J'su moche. »

Le –t de la 3e personne pluriel a été conservée dans la graphie mais il a un rôle phonétique aussi: [i duavt] « ils doivent », [is aRpRɛn] « ils reprennent ». 2.2.3.2 L’indicatif Imparfait Pour les formes d’imparfait, le répertoire ne comporte aucune forme commune au

français, les morphèmes étant des morphèmes spécifiques au picard. Les formes de l'indicatif imparfait sont sujettes à une variation assez importante. Dawson a organisé cette variation autour de trois paradigmes (Annexe 12), dont il n’y a que deux qui pourraient s’appliquer dans le cas du chtimi: A. Paradigme central (Nord et Ouest du domaine picard) a. Les désinences –ais, -ais, -ait pour les trois personnes du singulier, sont remplacées par : - ô, -ôs, -ôt/ -o, -os, ot. Exemples : (10) a. « Éch'tî quî voudrot, î pourrot. » = « Celui qui voudrait, le pourrait. »(Annexe 13) ; b. i(l) ét-ôt ; i(l) av-ot : « Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate. » (voir Annexe 24) ; c. « Èj n'în mînjros sûh l'tiète d'ûn pouilleûs ! » = « J'en mangerais sur la tête d'un pouilleux ! » (voir Annexe 13) ; d. « Jé m' prom'nos in chuchénant m' pipe » (voir Annexe 16) ; e. « Ch'étot l' matin, l'homme à s' boutiqu' s'in va. » (voir Annexe 18). b. Les désinences de pluriel : -ions, -iez, -aient sont remplacées par : -ônme, -ôte, ôtte/ônte. Le paradigme central se caractérise par son caractère agglutinant : morphème de l'imparfait -ô- + morphème personnel : singulier- 1e personne "zéro", 2e personne -s, 3e personne –t ; pluriel 1e personne -nme, 2e personne -te, 3e personne -tte (-nte). Exemples : (11) a. Nous etônme b. Nous cantônme c. Vous finichôte

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d. Is finichôtte c. La forme analytique pluriel -ô-nme, constituée du morphème de l'imparfait suivi du morphème personnel -me (avec nasalisation de la voyelle), cède parfois la place à une forme agglutinée : -inme dans l'Artois, -yinme, -ime dans la zone de Lille-Saint-Amand. Ces formes en -me remontent à l'ancien picard –iemes. (Gossen 79) d. La forme pl. 3 -ô-nte [on(in)t', on.nt'] apparaît autour de Lille (Dawson).

3

B. Paradigme simplifié (Arras-Douai-Cambrai) j' av-ô t' av-ôs i(l) av-ôt nos av-ô-te vos av-ô-te is av-ô-tte j' (d)al-ô te (d)al-ôs i (d)al-ôt nos (d)al-ô-te vos (d)al-ô-te is (d)al-ô-tte

j' ét-ô t' ét-ôs i(l) ét-ôt nos ét-ô-te vos ét-ô-te is ét-ô-tte

Ce paradigme prévaut dans la zone Arras-Douai-Cambrai. Bien que la seule différence réelle soit au niveau de la 1ère personne du pluriel, la simplification amène à opposer globalement une forme du singulier -ô à une forme du pluriel -ô-t(t)e (Dawson). 2.2.3.3 L’indicatif futur

Au radical du futur on ajoute les morphèmes personnels : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont. Etre: ej s-r-ai (j' ét-r-ai) Avoir: j’a-r-ai Aller: j' (d)i-r-ai te (d)i-r-as i (d)i-r-a (n)os (d)i-r-ons (v)os (d)i-r-ez is (d)i-r-ont Dans le cas du verbe venir : la forme théorique vènrai (avec voyelle d'appui) est souvent remplacée par verai (qui peut être prononcée [varè]), par assimilation du [n], ou, plus rarement, par vinrai, par nasalisation.

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2.2.3.4

Le passé simple

Le passé simple n'existe plus en picard moderne, où il a été remplacé par le passé composé. Néanmoins, ce temps est attesté jusqu'au XVIIIe siècle dans un paradigme simplifié. Avant sa disparition, le passé simple en -i- du 2ème groupe s'était étendu à tous les verbes réguliers. Sur la base des formes attestées, on pourrait le reconstruire sous une forme analytique, analogue à l'imparfait, constituée du morphème de temps-mode -i- suivi d'un morphème personnel : Exemples : (12) a. ej cant-i b. (n)os cant-i-nme c. ej fu d. (n)os fu-nme

2.2.3.5 Le conditionnel présent Comme l'imparfait de l'indicatif, le conditionnel présente trois paradigmes (central, simplifié, alternatif). Paradigme théorique : morphème de temps-mode -rô- + morphème personnel : singulier 1e personne "zéro", 2e personne -s, 3e personne –t ; pluriel 1e personne -nme, 2e personne -te, 3e personne -tte (-nte). Les formes amalgamées (-r(y)inme, -réte) ainsi que les deux autres paradigmes (simplifié et alternatif) suivent la même répartition que pour l'imparfait. Les variations de radical (s- / ét-, finich- / fini-) suivent la même répartition que pour le futur. 2.2.3.6 Le subjonctif Le subjonctif se forme de façon analytique en ajoutant le suffixe -che aux formes de l'indicatif présent. Ce morphème s'intercale, à la 3ème personne du pluriel, avant le morphème personnel -tte. 30

Exemples : (13) a. qu' ej seu-che, sô-che b. qu' (n)os seu-ch-on-che, soï-on-che c. qu' j' eu-che d. qu' (n)os eu-ch-on-che, aï-on-che e. qu' ej vai-che, va-che f. qu' (n)os (d)al-on-che g. qu' (n)os cant-on-che h. qu' (v)os cant-é-che i. qu' is cant-[t]te j. qu' is fini-ch-tte Le subjonctif en -che remonte à l'ancien picard (Gossen, 80). Il est issu de la généralisation des formes étymologiques telles que senche < lat. sentiam, fache < faciam, plache < placeam etc. 2.2.3.7 L’impératif seuche, sô seuch-ons, soï-ons seuchezs, soï-ez cante cant-ons cant-ez euche, aie euchon, aï-ons euchés, aï-ez fini finich-ons finich-ez va, marche (d)al-ons, march-ons (d)al-ez, march-ez vyin vn-ons vn-ez

2.2.3.8 Le passé Composé D’habitude, le passé composé est formé de l’auxiliaire avoir au présent et le participe passé. Même dans les cas où, en français on utilise l’auxiliaire être, en chtimi on utilise avoir : « j’ai vnu ». Il y a pourtant une exception, spécialisée sémantiquement : i est mort = « il est mort » (orientation aspectuelle perfective, « il n'est plus vivant ») - i a moru aïèr « il est mort hier » (orientation non-aspectuelle). D’ailleurs, pour tous les temps composés, on peut observer une préférence pour l’auxiliaire avoir, même pour les verbes conjugués avec être en français standard. Pooley fait l’inventaire de ces verbes en tenant compte de l’aspect, de la polysémie et 31

de la variabilité morpho- lexicale (151- 162). En bref, on peut distinguer qu’en picard, et certes, en chtimi, on a gardé la distinction aspectuelle caractéristique au français jusqu’au XVIIe siècle. L’auxiliaire avoir se combine avec des verbes [+perfectif], lorsque les temps formés à l’aide de l’auxiliaire être sont d’habitude interprètes comme [-perfectif]. En plus, des différences dans l’usage des auxiliaires peuvent être notées aussi en ce qui concerne le sujet grammatical. Avoir est retrouvé surtout dans les phrases au sujet pronominal, singulier, surtout je et tu. Ils favorise aussi avoir comme auxiliaire, comparatif à nous, vous, on ( Pooley 165). Exemples : (14) « L’a v’nu, le docteur. »

Une liaison facultative en [t] peut se faire aux trois personnes du singulier des verbes "être" et "avoir. Exemples : j' su-t invô "je suis parti", i s'a-t invô "il est parti". En ce qui concerne les formes verbales, Timothy Pooley note les formes du type « arvenir ». Du point de vue phonétique, il s’agit de la métathèse, l’inversion des sons [R] et [ɘ] : « arc’mincher »[aRkmɛ∫ɛ] - FR recommencer. Pooley préfère considérer que c’est une différence ̃ morphologique, et non pas phonétique, disant que le patois a un préfix dérivationnel différent (151). Le préfixe ar- est rencontré dans le cas des verbes comme : rabaisser, recevoir, recommencer, remettre, reprendre, retourner, revenir, retrouver, revoir.

2.2.4

L’adverbe, l’adjectif et les prépositions

2.2.4.1 Dans le cas de l’adverbe, on peut observer surtout des différences d’ordre lexical. • Exemple : (15) a. « Cha peut fair’gramint d’mau ». (Annexe 19) ; b. « Merci gramint des caups ! » (Annexe 14) ; c. « On gagne pas miroule dins ch'métier là ! ». Dans l’exemple a. , nous pouvons observer que la forme de l’adverbe « mal » est « mau ». « Miroule » et « gramint » remplacent le quantitatif « beaucoup ».

32

Dans le cas des marqueurs temporaux, « quiqu’fos » s’utilise « pour quelque

fois », « toudis » remplace le français « toujours ». Exemples: (16) a. « Quiqu’fos vaut bin miux s’tair’, laicher picher l’mouton. » (voir Annexe 19) ; b. « - Bin ouais, mi cha va toudis. » (voir Annexe 24) ; c. « Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. » (voir Annexe 13) ; d. « Cha va toudis miux à l’maison d’in aut’. » (voir Annexe 13).

2.2.4.2 Dans le cas de l’adjectif : • Exemple : (17) a. « Bonjour tiot' quette » (voir Annexe 15) ; b. « Mais personn’m’impech’ra ,d’vous cantez ch’tiot refrain » (voir Annexe 19). Le français « petit » est remplacé par « tiot ».

2.2.4.3 Pour les prépositions on note la métathèse dans le cas du français « de ». Exemple : (18)
a. « Ch'est dur ed perte ses habitudes. (voir Annexe 23) ; b. « Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô d'cambe! » (voir Annexe 13) ; c. « Qui s' dém'not dins s' parc ed' porions » (voir Annexe 16).

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2.3

Aspects syntaxiques

Le but de ce chapitre est de présenter un inventaire de quelques traits spécifiques de la syntaxe du chtimi, bien qu’elle ne soit pas complètement différente de la syntaxe du français courant. Il faut noter que le picard a évolué pareil au français courant à travers les siècles, mais on peut noter quelques différences typiques à la syntaxe du chtimi qui le particularisent, en ce qui concerne le génitif, les constructions infinitives, la négation, les phrases interrogatives, les phrases relatives, l’ordre des mots. D’un point de vue général, la syntaxe picarde possède et applique les règles syntaxiques essentielles qui opposent le français aux idiomes néerlandais et allemands. Le picard a suivi le français au long des siècles dans son évolution syntaxique, et la structure linguistique interne ou tout au moins les grands patrons syntaxiques internes sont les mêmes dans picard que dans le français courant. La spécificité du picard, notamment celle du chtimi aussi, tient surtout à la grammaticalisation de nombreux traits communs avec le français oral "populaire" (relateur invariable que, redoublement du sujet). Les traits particuliers les plus notables de la syntaxe du chtimi sont : 2.3.1 Exemple : (1) à l'mon Roger - « à la maison de Roger » La persistance du génitif direct dans un nombre restreint d'expressions

2.3.2

Un ordre des mots différent du français standard

L'adjectif est souvent antéposé au nom, comme en ancien français jusqu'au XIIe siècle, comme en anglais. Cela se retrouve aussi dans les noms de villes ou de villages, comme Neuville, Bénifontaine etc. Exemples: (2) a. « Du fin sé » – « du sel fin” » b. « Il o foait keud assé » – « il a fait assez chaud » c. « Min neu capiau » – « mon chapeau neuf»

34

2.3.3 L'expression du sujet dans les constructions infinitives Exemples : (3) a. « V’lo in’ne pème pour ti l'minger ! » - littéralement « Voici une pomme pour toi la manger ». b. « Pour moi faire » – « pour faire, pour que je fasse » c. « J'ai acaté in neu capiau pour mi aller à l'ducasse diminche. » – « j'ai acheté un chapeau neuf pour moi aller / pour aller à la ducasse dimanche ». Cette forme de subordonnée infinitive se retrouve en anglais : for me to go. 2.3.4 La reprise du sujet

Le sujet exprimé par un nom ou un syntagme nominal est repris par un pronom sujet, clitique ou par « ça ». Cette reprise n’a pas une valeur sémantique, mais une grande valeur stylistique et sociale (Pooley 176). Ce procédé est spécifique surtout au français populaire et même s’il est présent en chti, il n’est pas forcement un trait dialectal. Il sert de démontrer les influences du français populaire en chti. Exemples : (9) a. « Marie alle est à s'mason. » b. « L'quéminaie alle est bouchée. » Voir Annexe 25. c. « Mi j’ évite soigneusemint ches camions. » d. « Pis s’ maman alle a canté eune canchon triste. » Voir Annexe 26. Des structures comme : « Il mange beaucoup, le chien » ou « Ça mange beaucoup, le chien » sont très fréquentes en français parlé, familier et populaire, et leur présence dépend des facteurs comme la topicalisation ( surtout au début de la phrase) et l’introduction des nouvelles idées (surtout à la fin de la phrase), comme dans : « La viande il l’a mangée le chien » ou le sujet aussi bien que le COD sont doublés par des pronoms clitiques (Pooley 178). Ce procédé

35

permet aux locuteurs de déplacer des groupes nominaux et des COD en fonction des besoins de leur discours gardant en même temps l’ordre fondamental S-V.

2.3.5

En ce qui concerne la négation, « ne » tend à être éliminé. Tandis que « ne » est

obligatoire en français standard ou formel et aussi en français écrit, il est éliminé en français parlé, familier et populaire. Cette caractéristique du français non-standard est présente aussi en chtimi, et on voit ainsi l’influence du français non-standard dans le chtimi. Exemple : (4) « Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! » – « Hé, tu ne vas pas te laisser abattre ! » (Annexe 13). À part « pas » et ses variations phonétiques [p [pas] , on note l’usage des morphèmes ↄs], de la négation comme « nin » ( Gondecourt, La Gleize, Roubaix, Borin) , « point » ( Amienois, Artois, Vimeu, Lille), « mie » ( Amienois, Artois, Vimeu) (Pooley 170). L'ancienne négation ne... mie est encore courante en chti. Exemples : (5) a. « Et pis je n'sauros mie arfuser les verres qu'in m'offe. » – « Et puis, je ne saurais pas refuser les verres qu’on m’offre. »; b. « J'n'in veux mie ! » – « Mais non, je n'en veux pas ! »

2.3.6

Dans le cas des phrases interrogatives, on observe l’introduction de « que »,

spécifique à la langue populaire, réminiscence de « est-ce que » spécifique à la langue standard, prouvant de nouveau le caractère patoisant du chtimi.

Exemples : (6) a. « D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? » - « Où est-ce que tu as encore traîné ?» (Annexe 13); b. « Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? » (Annexe 23) ; c. « Pourquoi qu’té demindes cha ? » (Annexe 24) ; d. « Combin qu'cha coute ? » (Annexe 14) ; 36

e. « Combin qu'ej do ? » – « Combien est ce que je dois ? » (Annexe 13) ; f. « À quele eure qu'i est ch'train pou Boulonne ? » –« A quelle heure est le train pour Boulogne ? » (Annexe 13) ; g. « Quo qu'y a ? » – « Qu’est ce qu’il y a ? » (Annexe 25).

2.3.7

Les relatives

Dans les variétés dialectales du français, « que » sert de marqueur de phrase relative dans tous les cas, la fonction grammaticale étant accomplie par un pronom coréférentiel au sujet, objet, objet indirect antécédent. Exemples: (7) a. « L’fimme qu’elle habite là » – « La femme qui habite là » b. « Ch'est s'cuisinière à carbon qu'alle marche » – « C’est la cuisinière à charbon qui marche » (Annexe 25) ; c. « Ch ‘est mi que je me trompe » – « C’est moi qui me trompe » L’équivalent masculin « qu’il » est plus faible du point de vue phonétique que la variante féminine « qu’elle ». Avant les mots commençant en voyelle, la forme de pluriel « qu’ils » se fait remarquer par la présence de [z]. Exemple : (8) « Les garchons qu’ils ont mingé tout cha » – « Les garçons qui on mangé tout cela » (Eloy 1997 :137).

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TROISIEME CHAPITRE Glossaire chtimi
Le but de ce chapitre est de proposer une analyse lexicale des textes recueillis. À noter qu’il s’agit surtout des chansons, des blagues, des « cafougnettes », des histoires drôles, et autres textes populaires, ce qui démontre le caractère patoisant du chtimi. Nous offrons une variante en français des textes en chtimi, réalisée à l’aide des locuteurs natifs. Le glossaire a le rôle de mettre en évidence l’origine des mots, et démontrer la grande influence du français, le fait qu’il y a encore des mots spécifiques au chtimi, et le fait que l’action des linguistes de faire revitaliser ce patois est justifiée. Les mots en chtimi font partie de la catégorie des mots courants, utilises dans les situations courantes de la vie. De nombreux mots patois sont très proches du français mais un grand nombre de mots lui sont totalement spécifiques, surtout des mots appartenant au jargon minier. L’analyse comprend soixante-dix termes, dans certains cas, leur étymologie, leurs variantes graphiques et les équivalents en français courant. Il y a des mots qui prouvent l’existence de l’ancien français à l’intérieur du dialecte, et d’autres mots qui prouvent l’influence du flamand. La graphie varie de locuteur à locuteur, car, étant une langue surtout parlée, il n’y a pas une standardisation graphique.

1. Achteure = « aujourd’hui » ; La forme graphique de: « à chett’heure » [a∫tɘR]- « à cette heure », avec la chute du « e » instable dans le langage courant : « Canchons d'ichi et d'achteure » (Annexe 19) ; 2. Archèle = « remuant » ce mot s’utilise surtout quand on parle des enfants : « - Et tin tiot, toudis aussi archèle ? » (Annexe 24) ; 3. Archiner = « manger, manger son gouter » : « À quatre heures in archine d'eune bonne tartine » (Histoires des Chtis); 4. Amarvoïer = « faire enrager » : « J’vas l’dire à tin pa, té l’fais exprès pou nous amarvoïer. » (Le Blog Chti) ; 5. Amicloté = « mailloté » : « L'infant i est bin amicloté » (Annexe 15) ;

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6. Ærnéké – variante graphique : « arnéqué » = « mal fagoté, mal habillé » : « Råvîsse éch'tî-chî k'mînt qu'î é ærnéké ! » (Annexe 13) ; 7. Baffier = « parler » : « Ch’est pont dins mes manièr’s, d’laicher baffier les cons » (Annexe 19) ; 8. Batinsse = « porte » : « Qui che qui buque a l’batinsse ? » (Annexe 13) ; 9. Berloquer = « balancer, remouer, bouger » : « El lanque ed ches gins; /ch’est comm’eul queue d’ches t’chiens,/ Cha berloque, cha berloque, cha berloque » (Annexe 19) ; 10. Berdoule = « boue » : « Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins l’berdoule ! » (Annexe 13) ; 11. Bibusse – français familier « bibus » = chose sans importance, sans valeur, bricole ; FR [bibys] = Pic/Ch [bibys]; seulement la graphie est différente, en chtimi, le mot ayant forme de féminin ; « Choncante euros pou un bibusse insin, ch'est kèr ! » (Annexe 13) ; 12. Bouquette – variante diminutivale de bouque = « bouche ». La forme diminutivale est une marque du langage familier ; « In m' faisant des bais' à bouquette. » (Annexe 15) ; 13. Baler = « pencher, reverser, boire, vider » : 14. Braire = crier comme un âne, caractéristique au français populaire. Cf. CNRTL le mot est issu d'un lat. pop. *bragere dérivé d'une racine *brag qui est à rapprocher du gaélique braigh « craquer, crépiter » a. irl. braigim (THURNEYSEN, p. 92; v. aussi DOTTIN, p. 236). Ces formations ont en commun leur origine expressive. : « Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot qu'braire » (Annexe 18) ; 15. Briquet = casse-croûte ; cf. CNRTL le terme attesté en 1885 provient du wallon où il désignait un « quignon de pain ou paquet de tartines que l'ouvrier emporte quand il va travailler au dehors » (HAUST) spécialisation de sens du wallon briquet « bribe, morceau»; « Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un bos » (Annexe 27) ; 16. Buhaut = partie de la cheminée qui se trouve au-dessus du toit : « "Marie alle est à s'mason... sin buhaut y funque !" » (Annexe 25) ; 17. Buquot = l’imparfait du verbe transitif « buquer » var. reg. « frapper » : « À grands cops d' poing, all' buquot in criant » (Annexe 21) ; « Qui che qui buque a l’batinsse ? » (Annexe 13) ; cf. CNRTL le mot a été attesté en 1200-06 sous la forme picarde buskier « frapper » (R.
DE

CLARY, Constantinople, 78 dans T.-L.); av. 1492 bucquer (MOLINET,

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Chron., ch. CCXXVII, Buchon, ibid.); qualifié de ,,v. lang.`` dans Ac. Compl. 1842; attesté en dial. pic. mod. (JOUANC.; CORBLET). Il est, peut-être, considéré comme forme picarde, correspondant à bûcher « abattre du bois », «frapper » étant issu de ce dernier sens; 18. Cafougnette = le héros des histoires drôles dans la région Nord-Pas-de-Calais. C'est Jules Mousseron, poète et mineur de Denain (près de Valenciennes), qui a créé ce personnage. Après sa mort, en 1943, les gens de la région ont intégré le personnage de Cafougnette dans leur folklore. 19. Canchon-dormoire = « berceuse » : « Il a dit s' canchon-dormoire » (Annexe 18) ; 20. Càyèle = « chaise » : « Prîns eùne càyèle, pîs åssîs 'tte pàrh tièrre ! » (Annexe 13) ; 21. Cha’m’coûte pas un rond. = « Ça ne me coute rien » (Annexe 17) ; 22. Chirloute = « mauvais café » : « El chirloute ale arbout ! » (Le blog Chti) ; 23. Cocasse = français familier « drôle, plaisant » : « Alors, honteux, i dit d'un air cocasse » (Annexe 20) ; 24. Coulonneux = « colombophile » ; le chtimi « coulon » est l’équivalent du

français « pigeon » ; Le mot chtimi dérive du français « colombier » issu du latin «columbarium » (CNRTL) ; 25. Corons = quartiers d'habitation des mineurs, maisons des mineurs. Mots spécifique à la région Nord- Pas-de-Calais, ou l’industrie minière était développée. Le dictionnaire le présente comme régionalisme: « Quartier formé par les habitations, identiques et disposées régulièrement, construites pour les mineurs par les compagnies houillères, dans le nord de la France et le sud de la Belgique. » (CNRTL) : « Les villaches, les villes, nos corons » (Annexe 17) ; 26. Déhutter – variante graphique « déhuter » = « sortir » : «El pus biau, is volotte à l’cour, mi qu’j’éto habitué à vir cheux d’pa, déhutter d’ech coulombié pou baler dins l’castrole, ej n’in croïo pos mes z’yux. » ( Le Blog Chti) ; 27. Drach = « pluie » ; l’equivalent semantique d’averse : « Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins l’berdoule ! » (Annexe 13) ; 28. Ducasse = fête patronale de village, synonyme du « kermesse ». Étymologie et Histoire : cf. CNRTL, il s’agit d’un terme dialectal du Nord : Flandre (VERMESSE), Picard

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(CORBLET); variante de dicace (ca 1200 Dialogue Grégoire, 42, 1 ds T.-L. : dicaze), forme pop. de Dédicace*, 1391 ducace (Arch. Nord, B 1597, fo 34 vo ds IGLF) : « Éch'tî quî pårht àl' dûcàsse, î pièrhd eùss' plàche ! » (Annexe 13) ; 29. Ébriake = « exalté, un peu fou » « Si cha continue in pourra pus péter l’diminche, is d’viendront tartous ébriakes»! » ( Le Blog Chti); 30. Facho = « fasciste », abréviation de « fachiste » : « Un plein d’vices, un

facho,inn’salop’rie d’porion ! » (Annexe 19) ; 31. Fainiasse = « paresseux, fainéant » : « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’tila ! » (Annexe 13) ; 32. Fos = « fois » : « Et répété vingt fos che r'frain » (Annexe 18) ; « In l' traitant pus d' vingt fos d' soûlard » (Annexe 20) ; 33. Fos = « fosse, quantité » : « Il in d'minde eun' fos pour souper » (Annexe 20) ; 34. Fricot = français familier pour « friture, viande en ragout » ; « I fait chi bon, cha sint l' fricot » (Annexe 15) ; 35. El gardin grinn'-dints = « le jardin grince- dents » - cimetière ; 36. Galibot = jeune mineur « Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un bos » (Annexe 27) ; 37. Galoubis = jeunes ouvriers mineurs (Annexe 25) ; on observe la variation « galibot » et « galoubis », à cause de la métathèse ; 38. Glaines = « poules » : « I'n'faut pas qu'ches glaines is cantent pus fort que'ch'co. » (Annexe 13) ; 39. Gn'nièfe = « genièvre ». La forme chtimi a résulté après la chute de « e » instable et l’assourdissement de la consonne vélaire [v] : « Quind même, D'siré, te pourros freiner su le gn'nièfe » (Annexe 23) ; 40. Gouré = forme vieillie qui s’utilise en français populaire pour « duper, tromper » (cf. Dictionnaire CNRTL) ; « Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. » (Annexe 19) ; 41. Gargotte = « cuisine » ; la variante française « gargote/gargotte » signifie petit restaurant bon marché où l'on sert des plats peu délicats et/ou de mauvaise qualité; d’habitude utilisé en français familier, le mot signifie mauvaise cuisine, mets de mauvaise qualité (CNRTL) ; « Su min feu’d’bos, j’fais tout’ m’gargotte » (Annexe 17) ;

41

42. Guiffe = « figure, visage » : « Åttînd, te vås vîr, te vås prînte sûh t'guiffe ! » (Annexe 13) ; 43. Infinquer = « enfumer » ; 44. Intermint, variante graphique « interr’mint » ( Dictionnaire Laplouve) =

« enterrement » : « Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout l’mond’connaîchot » (Annexe 19) ; 45. Invo-dervyin = « aller-retour » : « Ej voro un invo-dervyin, san vos kmander. » (Annexe 13) ; 46. Kermesse = fête dans le Nord ; foire, fête patronale, grande foire annuelle célébrée en plein air, bruyamment et dans une atmosphère de licence, en Hollande, Belgique et dans le nord de la France. Synonyme régional « ducasse ». Étymologie et histoire : cf. CNRTL, les premières attestations proviennent des départements du Pas-de-Calais et du Nord (1397 ds GDF. Compl.; 1499 ds IGLF; 1531 ds GDF. Compl.; 1566 ds FEW t. 16, p. 314a). Le mot s'est répandu au XIXe siecle dans la langue littéraire par le vocabulaire de la peinture (BL.-W.2-5; FEW, loc. cit.). Le mot provient, par emprunt du flamand kerkmisse « fête patronale » ; « Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min brav’fiu ! » (Annexe 19) ; 47. Kière = « tomber » : « Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! » (Annexe 13) ; 48. Mamours = français familier - « signes d’amour » : « Des sourir’s jusqu’in haut, des grands si’n’s, des mamours. » (Annexe 19) ; 49. Miler = « Surveiller, guêter » : « i les milent » (Annexe 26) ; 50. Niflette = « nez » : « J’ai bin eu l’niflette pindint inne paire ed jours » (Annexe 24) ; 51. laicher picher l’mouton = « laisser pisser le mouton »- > laisser aller les choses 52. Ocheinnoire = « berceau » : « S' mèr' l'a mis dins s'n ocheinnoire » (Annexe 18) ; 53. Ourder = « monter » ; le français « hourder » signifie monter un échafaudage, construire un plancher, une cloison : « 54. Patelin = village ; en français, « patelin » signifie personne qui affecte une douceur et une amabilité trompeuses destinées à duper son entourage et à dissimuler ses véritables intentions. (CNRTL) : « j’m’in va mais j’quitte pas min patelin » (Annexe 17) ;

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55. Pochard = « homme saoul » : « Et j’ai flûté cinq, six lites eud’pinard en berloquant comme un pochard. » (Annexe 17) ; 56. Poiron = chef d'un groupe d'ouvriers dans les mines ; 57. Popotte = « plats cuisinés, bouffe, cuistance, mangeaille »; la forme courrante en francais familier est « popote » : « Euj’fais la popotte » (Annexe 17) ; 58. Quait = forme d’indicatif présent du verbe quer/ ker/ kier = « tomber » : « I est d'jà six heures, v'là l'soir qui quait » (Annexe 15) ; 59. Rabroutte = « rentre, revient » : « L'homme' rabroutte, infin, à s' mason » (Annexe 20) ; 60. Ramon = « balai » : « Ûn neûs ramon, î ramònne toudîs miù. » (Annexe 13) ; 61. Raviser = « regarder » ; en français, le mot « raviser » signifie changer d’avis ; « In ravisant in travers un carreau, i dit tout bas » (Annexe 17) ; 62. Rassarssir = « repriser » : « rassarssir les cauchettes »- « Y a des quauchett's à rassarssir » (Annexe 15) ; 63. Rojin = « raisin » : « Min p'tit pouchin min gros rojin » ( Annexe 18) – ici, avec un sens familier de « enfant »; 64. Roupiller = « dormir » : « Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! » (Annexe 13) ; 65. Saloperie = français familier - « fripouille, ordure ». Le mot se réfère non seulement au fait que les mineurs étaient toujours sales, travaillant sous la terre dans les mines, mais aussi au fait qu’ils étaient dignes de mépris, dans les yeux des gens appartenant aux autres couches sociales ; 66. San vos kmander = « s’il vous plaît » ; 67. Tubin = « seau, tuyau» : «Qu’aveuc em louche aussi, ej rimplichos ch’tubin » (Annexe 19) ; 68. Terril = tas de résidus de charbon sortis des mines : « Et j’passe mes vacances tout in haut de ch’terril. » (Annexe 17) ; 69. Tîmpe = « tôt » : « L'ôjiauw quî kante tîmpe au måtin, eùl kåt î l'prînt ! » (Annexe 13) ; 70. Ȗche = « porte » : « Èj vå l'foutte à l'ûche ! » ( Annexe 13) ; 71. Inn’carpette ed patron = une carpette de patron = « celui qui dit toujours oui au patron » : « Car ch’tot un biau salaud, inn’carpette ed patron » (Annexe 19).

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CONCLUSION

Le but de ce projet a été d’analyser les traits particuliers du chtimi, variété du Picard, dialecte parlé au Nord de la France. L’analyse a suit les aspects phonétiques, syntaxiques et morphologiques du chtimi. Le premier chapitre comprend des informations générales comme point de départ de l’analyse en trois sections dans lesquelles nous avons proposé plusieurs définitions du dialecte et de la notion de patois afin d’avoir une meilleure compréhension de ces termes ; nous avons présente l’évolution des dialectes français et les divisions dialectales du domaine français, ensuite nous avons fait une courte description du dialecte Picard, de son histoire, de sa géographie et de ses traits particuliers, la dernière partie du chapitre concernant le chtimi, son origine et son évolution. Le deuxième chapitre comprend l’analyse des traits phonétiques, syntaxiques et morphologiques du chtimi, en trois sections. Nous avons mis en évidence le fait que la plupart des traits sont communes au Picard, dialecte duquel chtimi dérive. Autres traits viennent directement du Français, et surtout du français populaire. Cela met en évidence le caractère populaire du chtimi, qui est parlé surtout par les ouvriers et par les habitants des régions rurales. Le troisième chapitre comprend un glossaire de termes chtimi, qui met encore plus en évidence le caractère patoisant du chtimi. Nous avons aussi offert les équivalents français de ces mots. Les Annexes comprennent des textes chtimis qui ont servi comme support pour l’analyse de ce patois et pour la réalisation du glossaire. Les textes ont une variante en français, réalisée à l’aide des locuteurs natifs.

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45

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46

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47

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48

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ANNEXE 1 Carte dialectale de la France

Source: Negre, Xavier. « Carte des langues de France. » Lexilogos. 10 mars 2009 <http://www.lexilogos.com/france_carte_dialectes.htm>.
i

ANNEXE 2 Le domaine linguistique Picard

Source: Dubois, Raymond. Le domaine Picard - Délimitation et carte systématique. 1957. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. « Geographie ». 10 mars 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/geo.htm>.

ii

ANNEXE 3 Le domaine linguistique Chtimi

Source: « Les Chti’s. C’est quoi un Ch’timi. » Web-libre.org. 2006. 02 juillet 2008 <http://www.web-libre.org/dossiers/les-chti-s,4872.html>.
iii

ANNEXE 4 La Communauté Urbaine de LILLE

Source: « Cache-Vignettes. » Guide de l’Entrepreneur Social en Nord Pas-de-Calais. 11 mars 2009 <http://www.entrepreneur-social-npdc.org/local/cache-vignettes/L442xH442/CarteLMCUb8f4c.jpg>.
iv

ANNEXE 5 La carte des différentes prononciations du mot « chèvre »

Source: Guiraud, Pierre. Patois et Dialectes Français. Paris: Presses Universitaires de France, 1968.
v

ANNEXE 6 Palatalisation du [k]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

vi

ANNEXE 7 Palatalisation du [z]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton> .

vii

ANNEXE 8 Variation de [oi]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

viii

ANNEXE 9 Variation de [ue]

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.
ix

ANNEXE 10 Variation des produits d’un ancien « a » final

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.

x

ANNEXE 11 Variation des produits d’un ancien « au » final

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Phonetique”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/phonetiq.htm#Carton>.
xi

ANNEXE 12 Les paradigmes de l’imparfait

Source: Carton, Fernand et Maurice Lebègue. Atlas Linguistique et Etnographique Picard. 1989, 1998. Dawson, Alain. Picard.free.fr. 2002. “Conjugaison”. 15 fevrier 2009. <http://www.picard.free.fr/lgpic/conjugai.htm#imparfait > .

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ANNEXE 13 Proverbes et expressions courantes Chtimi 1. I'n'faut pas qu'ches glaines is cantent pus fort que'ch'co. = « Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ». Source : « Le patois du Nord Pas-de-Calais. » Le Nord Pas- de- Calais.fr. 2008. 15 Fevrier 2009 <http://www.le-nord-pas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>. 1. Gærchôn, ærméht lés vièrhs kôme îs étòttent ! = « Garçon, remets les verres comme ils étaient ! » 2. Éch'tî quî pårht àl' dûcàsse, î pièrhd eùss' plàche ! = « Qui va à la ducasse (fête du village), perd sa place. ». Substitut nordiste de « Qui va à la chasse, perd sa place. » 3. Fàrme eùt'bouke, tîn néh î vå kéîr éddîn ! = « Ferme ta bouche, ton nez va tomber dedans ! ». Se dit de quelqu'un qui à l'air ébahi. 4. Ûn neûs ramon, î ramònne toudîs miù. = « Un balai neuf balaye toujours mieux. » Correspond à l'expression « Tout nouveau, tout beau ». Un nouveau montre du zèle et induit des changements. 5. Prîns eùne càyèle, pîs åssîs 'tte pàrh tièrre ! = « Prends une chaise et assi-toi par terre ! » Invitation à s'assoir. 6. Lon mînjeûs, lon ouvhreûs ! = « Long mangeur, long travailleur ! ». Equivalennt a « Celui qui met longtemps pour manger, met aussi longtemps pour travailler. » 7. Èj m'în vå à Gàrdîncourh, huï jourhs dîn mîn gàrdîn et huï jourhs dîn l'courh ! = « Je m'en vais à Gàrdîncourh (Jardin + cour), huit jours dans mon jardin et huit jours dans ma cour ! ». Expression utilisée en réponse à la question « D'oùk te vås în vagances ? » (où vas-tu en vacances ?) lorsqu'on ne va nulle part. 8. În n'é nîn néh dîn l'kåftièrhe pou råviser pà' l'bûsète ! = « On n'est pas né dans la cafetière pour regarder par le bec verseur ! ». Equivalent a : « On n'est pas né de la dernière pluie. » 9. Quîn în råvîsse quékîn, în' în vwå qu'eùle mihtîn ! = «Quand on regarde quelqu'un, on n'en voit que la moitié!».Equivalent a l’expression francaise : « Il ne faut pas se fier aux apparences. »
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10. Chàke paÿs chàke coutûme, chàke cûh chàke cròtte ! = « Chaque pays chaque coutume, chaque cul chaque crotte ! » Equivalent de « À Rome, on vit comme les romains ». 11. L'ôjiauw quî kante tîmpe au måtin, eùl kåt î l'prînt ! = « L'oiseau qui chante tôt le matin, le chat le prend. » 12. Ch'queû te m'dîs lå åssîs, èj te l'auros bîn dîs dd'boût ! = « Ce que tu me dis là assis, je te l'aurais bien dis debout ! » Pour en dire une pareille! 13. Éch'tî quî voudrot, î pourrot. = « Celui qui voudrait, le pourrait. ». Équivalent de : « Quand on veut, on peut ». 14. Èj n'în mînjros sûh l'tiète d'ûn pouilleûs ! = « J'en mangerais sur la tête d'un pouilleux ! » - « C'est très bon, j'adore ça! » 15. Èj m'étòke, ch'é påssé pà' l'traûw à tærhte ! = « Je m'étouffe, c'est passé par le trou à tarte ! » - « C'est passé dans la trachée! » 16. Î dråche toudîs îchî 'ddîn, în n'încàchrot nîn ûn kyîn à l'courh. = « Il pleut tout le temps ici, on n'enfermerait pas un chien dans la cour. » - Quel temps de chien ! 17. Såke éddîns ! – « Tire dedans ! » - « Vas-y, dépêche-toi! » 18. Åttînd, te vås vîr, te vås prînte sûh t'guiffe ! = « Attend, tu vas voir, tu vas prendre (une claque) sur ta figure ! » 19. Èj vå l'foutte à l'ûche ! = « Je vais le mettre à la porte! » 20. Råvîsse éch'tî-chî k'mînt qu'î é ærnéké ! = « Regarde celui-ci, comme il est mal fagoté ! ». On dit de quelqu'un de mal habillé. 21. Î é målåtte, î trànne kôme ûn viù kyîn! = « Il est malade, il tremble comme un vieux chien ! ». On dit de quelqu'un qui tremble, qui a de la fièvre. 22. Eùt'lîn åle s'rås ûséï qu'tés brås îs s'ront cô' tous neûs. = « Ta langue sera usée que tes bras seront encore tous neufs. ». On dit de quelqu'un qui parle beaucoup. 23. Åle å s'cûh kôme eùne mante à prònes! = « Elle a un cul comme une mande à prunes! ». On dit d'une fille qui a de grosses fesses. 24. Î å sés loupes kôme dés bòrhs ed'pô d'cambe! = « Il a ses lèvres comme des bords de pot de chambre! ». On dit de quelqu'un qui a des grosses lèvres. 25. Quîn l'glènne åle kante pù hiauw qu'eùl côh, în li råbåt toudîs sîn kåkét. = « Quand la poule chante plus haut que le coq, on lui rabat toujours son caquet. » Expression misogyne.

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Source : « Expressions Chti. » Wikipedia: The Free Encyclopedia. 17 avril 2009. 25 avril 2009 <http://fr.wikipedia.org/wiki/Expressions_ch'ti>. 26. D’u qu’ch’est qu’t’as incore trainé ? = « Où est-ce que tu as encore traîné ? » 27. Faut s’méfier d’ches gins qui tournent comme eul’vint ! = « Il faut se méfier des ces gens qui changent d'avis comme de chemise ! » 28. Hé, t’vas pas t’laicher abatte ! = « Hé, tu ne vas pas te laisser abattre ! » 29. Ch’est tout in rebus = « C'est une longue histoire ! » 30. Avec toute chette drach, in n’a pas fini d’marcher dins l’berdoule ! = « Avec toute cette pluie, il n’a pas fini de marcher dans la boue !» 31. Ch’est in brin d’quien = « C'est pas grand-chose » - (1. Merde- Du brun d'chien/ du brein d’chien- http://laplouve.free.fr/Dictionnaire/Lettre.htm) 32. Dins ch’nord, y’a toudis eun’alambic sus ch’fu. = « Dans le Nord, il y a toujours une cafetière sur le feu » 33. Y’a queq’cosse qui n’va pas. = « Il y a quelque chose qui ne va pas. » 34. Cha ch’est quécose. = « Ca, c’est quelque chose. » 35. Que fainiasse, i passe sin timps a roupiller ch’ti- la ! = « Quel paresseux, il passe son temps à dormir celui-là ! » 36. Rester bec- bot. = « Rester sans savoir quoi dire, rester bouche- bée » 37. Vins m’donner in baisse, min tio pouchin. = « Viens me donner un bisou, mon petit poussin. » 38. Qui che qui buque a l’batinsse ? = « Qui est-ce qui frappe à la porte ? » 39. Cha va toudis miux à l’maison d’in aut’. = « ça va toujours mieux chez les autres. » Source : Loecsen. La voix du Chti. 2009. 20 avril 2009 <http://www.lavoixduchti.com/>. 40. Choncante euros pou un bibusse insin, ch'est kèr ! = « Cinquante euros pour une telle bricole, c'est cher ! » 41. Ej n'ai pu un rouge doube ! = « Je n'ai plus un sou ! » 42. I n'chuche pon l'lavete ! = « Il boit beaucoup ! » 43. Combin qu'ej do ? = « Combien je dois ? » 44. I va kière des nèges. = « Il va tomber des neiges/ neiger. »
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45. A quele eure qu'i est ch'train pou Boulonne ? = « A quelle heure est le train pour Boulogne? » 46. Ej voro un invo-dervyin, san vos kmander. = « Je voudrais un aller-retour s'il vous plaît. » 47. Des cats cha n'jonne pon (nin) des kyins ! = « Les chats ne font pas des chiens ! » Source : « Dossier Chti. » L’Internaute. 2009. 22 mars 2009 <http://www.linternaute.com/humour/decouverte/dossier/chti/5.shtml>.

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ANNEXE 14 Quelques expressions pour se faire comprendre chez les Ch'tis « Les phrases pour ch'en chortir » Bonjour ! Au revoir ! Salut ! (au revoir) A bientôt ! A tout à l'heure ! Bonne nuit ! Bonsoir Comment ça va ? Bien, et toi ? S'il te / vous plaît… Merci beaucoup ! De rien Excusez-moi Combien ça coûte J'ai soif ! J'ai faim ! A la vôtre ! J'di bonjour ! A s'ervir ! Adé ! A tourade ! / A béto ! A d'soubite / A ttaleure ! Unne bonne nuit ! Bon bièpe ! Kmint qu'i va ? Mi cha va, pi ti ? San t'ekmander / San vos kmander… Merci gramint des caups ! / Fin merci ! Ni-a pon d'quo 'Mande escuse Combin qu'cha coute ? J'ai so / soé J'ai fain ! A l'vote !

Source : « Dossier Chti. » L’Internaute. 2009. 22 mars 2009 <http://www.linternaute.com/humour/decouverte/dossier/chti/5.shtml>.

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ANNEXE 15 Tendresse Par Renée Pierre-Lambert de Denain

I est d'jà six heures, v'là l'soir qui quait, Ch'est l' momint d'alleumer l' quinquet, Tout i arluit dins m' pétit' cuisine, Y a plain d'iau caud' dins ein' bassine, L'infant i est bin amicloté, Les poul's i z'ont eu leu paté, A ch't' heure ej' vas pouvoir m'assir, Y a des quauchett's à rassarssir. I fait chi bon, cha sint l' fricot, Y a du mouton aux z'haricots. Ch'est l' pus biau momint dé l' journée, Cha m' fait drôl', j' sus tout' artournée, J'ai des catouilleux dins tout l' corps, Ch'est com' si qué fréquentos cor. Jé l' rattinds com' ein' amoureus' ; Sitôt qu'i arrif', j'é m' sins heureus'. I dit si bin : Bonjour tiot' quette In m' faisant des bais' à bouquette. Vous n' pinsez point qu' pou un ménach', Ch'est biau, après dix ans d' mariach' ?

Il est déjà 6 heures, voilà le soir qui tombe C'est le moment d'allumer le quinquet, Tout reluit dans ma petite cuisine Il y a plein d'eau chaude dans ma bassine L'enfant est bien mailloté, Les poux ont eu leur paté, À cette heure je vais pouvoir m'assoir, Il y a des chaussettes à repriser Il fait si bon, ça sent la friture Il y a du mouton aux haricots C'est le plus beau moment de la journée Ça me fait drôle, je suis toute retournée (bouleversée) J'ai des frissons dans tout le corps, C'est comme si je fréquentais encore ( comme Si j'avais encore un amoureux) Je l'attends de nouveau comme une amoureuse Aussitôt qu'il arrive, je me sens heureuse. Il dit si bien: bonjour petite chérie? En me faisant des baisers par bouquet. Vous ne pensez pas que pour un ménage, C'est beau après 10 ans de marriage

Source : Renée Pierre-Lambert de Denain. « Tendresse ». Lenglos, Regis. Poemes Chti. ChtiBlog. 20 mars 2009. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/Poemes-chti>.

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ANNEXE 16 Politesse ‘ed nouvel an Par Jules Mousseron

Vieux beau, vieux poireau Ch'étot l' jour del nouvelle année. Au matin, malgré l' fort' gélée, Malgré l' coin du feu qu' j'ai si quier, Dins m' gardin, tout seu, j' perdos l'air. Jé m' prom'nos in chuchénant m' pipe, Quand j'aperchos m' visin, l' grand Ph'lippe, Qui s' dém'not dins s' parc ed' porions Pour n' d'avoir à mettre au bouillon. L' grand Ph'lipp', déjà d'un certain âche, Ch' t un bon visin ; mais, ch'est dommache ! Il est sourd, sourd comm' trent'-six pots ! I n'intind non pus qu'un caillau. El pauvre homm', révillé à peine, Piochot avec un pic à l' veine Dins s' parc ed' porions ingélés. I tapot comme in sourd qu'il est. J' li crie au d'sus del palissate : "Eh ! bin, quéqu' vous dit's, comarate ? Il a cor bin gélé ç' matin !" Li m' répond : "A vous parell'mint !"

Vieux beau, vieux poireau C'était le jour de la nouvelle année. Au matin malgrè la forte gelée, Malgrè le coin du feu que j'aime tant, Dans mon jardin, tout seul, je prenais l'air Je me promenais en suçant ma pipe Quand j'aperçus mon voisin le grand Philippe Qui se démenait dans son parc de poireaux Pour en avoir à mettre au bouillon. Le grand Philippe, déjà d'un certain âge C'est un bon voisin; mais c'est dommage Il est sourd, sourd comme 36 pots! Il n'entend pas plus qu'un caillou Le pauvre homme , réveillé à peine, Piochait avec un pic de veine Dans son parc de poireaux gelés, Il tapait comme un sourd qu'il est. Je lui crie au dessus de la palissade : « Eh bien, qu'est ce que vous dites camarade? Il a encore bien gelé ce matin! Lui me répond: « À vous pareillement! »

Source : Mousseron, Jules. « Politesse ‘ed nouvel an ». Lenglos, Regis. Poemes Chti. ChtiBlog. 16 février 2009. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/Poemes-chti>.
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ANNEXE 17 Tout In Haut De Ch'terril Par Edmond Tanière

Dins ches coron que’r’menue ménache, les mineurs viennent d’avoir leurs congés, Prennent leurs valises et partent voyager, à la campagne pou vire leurs parentés. Mi, comme les’z’autes, j’prinds mes bagages; et j’m’in va mais j’quitte pas min patelin J’vos du pays de’l’manière que j’m’y prinds, sans débourser un sous d’train. Et j’passe mes vacances tout in haut de ch’terril. J’ai toudis d’la chance, l’terrain y est jamais pris. J’monte eum’toile eud’tente, j’vis tout seu et j’m’arrinche Si i’fait gris et j’cante, euj’sus heureux d’faire du campinche Euj’fais la popotte, j’sus bin mieux qu’à l’hotel, J’mets comme les cocottes du rouche à mes ortels. Du haut d’m’couplette, j'eum’cros à Chambery Mais je’n’suis qu’au fait tout in haut de ch’terril. Comme point d’vue, faut vire s’que j’dégote: les bos, les prairies des invirons, Les villaches, les villes, nos corons; et j’eum'rince l’oeul et cha’m’coûte pas un rond Su min feu’d’bos, j’fais tout’ m’gargotte: viandox, pommes-tierre frites, morceaux’d’lard, Et j’ai monté trente-cinq lites eud’pinard, pou mi chucher in père peinard. Et j’passe mes vacances tout in haut de ch’terril. J’ai toudis d’la chance, dire s’que j’vos c’est à mi. Quind arrive eul’soir, et j’vos venir zes’z’amoureux, Is'z'attendent qu’il fasse noir, mais mi je n’les quitte pas des yeux. Is s’in vont s’inlassant, ch’disant des balivernes, Tout in s’imbrassant dins ches blés, dins ch’luzerne. Is s’font des papoules, in s’appelant "Mon Chéri".
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Dans les corons, quel remue ménage, les mineurs viennet d'avoir leurs congés, Prennent leurs valises et partent voyager à la campagne pour voir leurs parents. Moi, comme les autres, je prends mes bagaes et je m'en vais mais je ne quittepas mon patelin Je vois du pays de la manière dont je m'y prends, sans débourser un sou de train. Et je passe mes vacances tout en haut du terril J'ai toujours de la chance, le terrain n'est jamais pris. Je monte une toile de tente, je vis tout seul et je m'arrange. S'il fait gris, je chante, je suis heureux de faire du camping Je fais la popotte , je suis bien mieux qu'à l'hôtel Je mets comme les cocottes du rouge à mes orteils. Du haut de ma couplette, je me crois à Chambéry Mais je ne suis en fait qu'en haut du terril Comme point de vue, faut voir ce que je découvre: les bois, les prairies des environs, les villages, les villes, nos corons; et je me rince l'oeil et ça ne me coûte pas un rond Sur mon feu de bois, je fais toute ma cuisine: viandox, pommes de terre frites, morceaux de lard et j'ai monté 35 litres de vin pour les sucer en père peinard Et je passe mes vacances tout en haut du terril J'ai toujours de la chance, dire que ce que je vois c'est à moi. Quand arrive le soir, je vois venir les amoureux Ils attendent qu'il fasse noir mais je ne les quitte pas des yeux. Ils s'en vont en s'enlaçant, en se disant des balivernes, tout en s'embrassant dans les blés, dans la luzerne. Ils se font des chatouilles, en s'appelant « Mon

Et mi j’vos tout ça tout in haut de ch’terril

chéri». Et moi je vois tout ça dans haut du terril Mais avant hier je n'ai pas eu de chance: d'un seul coup, voilà qu'il se met à pleuvoir, je rentre à l'abri sous mon perchoir, ma tente elle pissait, c'était pire qu'un arroisoir. Alors j'ai poussé la romance, je suis sorti pour éviter le cafard Et j'ai avalé 5, 6 litres de vin en balançant comme un pochard J'ai dégringolé tout en bas du terril Arrivé au pied, je me suis relevé tout meurtri Je ne sais plus comment j'ai fait, j'avais tellement une cuite À la place de ma barrette , j'avais sur ma tête un chaudron à frites. À force de rouler ma panse sur les cailloux a certains endroits, il m'en manquait un morceau; j'ai mis un bout de loque, je ne suis pas prêt d'être guéri. Et je suis remonté tout en haut du terril. Alors pendant 30 ans, le mineur campeur ne quitte pas son cher terril. Même pensionné, il y va comme au passé. Seulement, aujourd'hui il est malade. La fosse, ça l'a usé. Il est dans son lit et les larmes aux yeux En regardant à travers un carreau, il dit tout bas: “Comme ça va vite, comme le temps passe, au terril j'ai campé bien des années, À cette heure, il faut l'abandonner, je ne suis plus qu'un vieux mineur pensionné. Je n'ai plus que des os dans ma carcasse. Je suis vieilli, mes jambes sont ramollies et par la fenêtre, en étant dans mon lit, en te regardant, j'ai dit « c'est fini ». Je ne remonterai plus tout en haut du terril Fini désormais, le médecin, je l'ai bien compris. Par 40 ans de fond, mes poumons ont quelque chose, Plein de poussières de charbon, on appelle ça la silicose.
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Mais avant hier, j’n’ai point eu d’chance: dins seul coup, v’là qu’i’s’met à pleuvoir, J’rintre à l’abri sous min perchoir, eum’tente elle pissot, ch’tot pire qu’in arrosoir. Alors j’ai poussé la romance, j’ai sorti pour éviter l’cafard, Et j’ai flûté cinq, six lites eud’pinard en berloquant comme un pochard. J’ai dégringolé tout in bas de ch’terril. Arrivé au pied, je m’suis relevé tout meurtri. Sais pu comme j’ai fait, j’avos tellemint eune cuite, À la place de m’barrette, j’avos su m’tiête eul’caudron à frites. À force de bouler m’panche su les caillaux, Y’a à chertaines places, il m’in manquot un morcieau; J’ai mis un bout d’loque, j’sus pas prêt d’ête guéri. Et j’sus armonté tout in haut de ch’terril

"Alors pendant trente ans, le mineur campeur i’n’quitte pas sin cher terril. Même pinsionné, il y va comme au passé. Seulemint aujourd’hui il est malade, Eul’fosse ça l’a usé. Il est dins sin lit et les larmes aux yeux, In ravisant in travers un carreau, i dit tout bas : "Comme cha va vite, comme le temps passe; au terril j’ai campé bin d’z’années, Àchteure, il faut l’abandonner, j’sus pus qu’un vieux mineur pinsionné. J’n’ai plus qu’des oches dins m’carcasses. J’sus veilli, mes gambes sont ramollies. Et par l’feniêtre, in étant dins min lit, in t’ravisant j’ai dit "C’est fini". J’armontrai plus jamais tout in haut de ch’terril Fini désormais, ch’médecin j’lai bin compris Par quarante ans d’fond, mes poumons i'ont quéqu’osse Plein d’poussières eud’carbon, in appelle ça: la silicosse.

Ch’est bintôt min tour, eud’partir comme tant de vieux Eud’faire un long séjour, là haut près du bon Dieu. J’espère qu’i m’laissera, quand j’s'rai au paradis, Cor venir in vacances tout in haut d’min terril.

C'est bientôt mon tour de partir comme tant de vieux De faire un long séjour la haut prés du bon Dieu. J'espère qu'il me laissera quand je serai au paradis, Encore venir en vacances tout en haut de mon terril.

Source : Taniere, Edmond. « Tout in haut du ch’terril ». Chansons et vidéos chtis Communauté: Les ch'timis. Over-blog.com. 2 7 f é v r i e r 2 0 0 8 . 2 2 m a r s 2 0 0 9 <http://chtimi.over-blog.fr/article-17043524.html>.
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ANNEXE 18 Canchon Dormoire (le P'tit Quinquin) par Alexandre Desrousseaux (1853)

R : Dors, min p'tit quinquin, Min p'tit pouchin min gros rojin, Te m'fras du chagrin, si Te n'dors point qu'à d'main. Ainsi, l'aut' jour eun' pauv' dintellière, In amiclotant sin p'tit garchon, Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot qu'braire, Tâchot d'lindormir par eun' canchon. Ell' li dijot : Min Narcisse, D'main, t'aras du pain n'épice, Du chuc à gogo, Si t'es sache et qu' te fais dodo. Refrain :… Et si te m' laich' faire eun' bonn' semaine, J'irai dégager tin biau sarrau, Tin patalon d' drap, tin giliet d' laine… Comme un p'tit milord te s'ras farau ! J' t'acat'rai, l' jour de l' ducasse, Un porichinell' cocasse, Un turlututu, Pour juer l'air du Capiau-pointu. Refrain :… Nous irons dins l' cour Jeannette-à-Vaques, Vir les marionnett's. Comme te riras, Quand t'intindras dire : "Un doup' pou' Jacques Pa' l' porichinell' qui parl' magas !… Te li mettras dins s' menotte, Au lieu d' doupe, un rond d' carotte ! I t' dira : Merci !… Pins' comm' nous arons du plaisi ! Refrain : … Et si par hasard sin maîte s' fâche, Ch'est alors Narciss' que nous rirons ! Sans n'n avoir invi', j' prindrai m'n air mache, J' li dirai sin nom et ses sournoms,
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R: Dors mon p'tit Quiquin, mon p'tit poussin, mon gros raisin Tu me feras du chagrin, si tu ne dors point jusqu'à demain Ainsi l'autre jour une pauvre dentelière, En berçant son petit garçon, Qui depuis trois quarts d'heures ne faisait que pleurer, Tâchait de l'endormir avec une chanson, Elle lui disait "min narcisse, Demain tu auras du pain d'épice, Des bonbons à gogo, si tu es sage et que tu fasses dodo. Refrain :... Et si tu me laisses faire une bonne semaine, J’irai chercher ton beau sarrau Ton patalon de drap, ton gilet de laine, Comme un petit Milord tu seras faraud ! Je t’acheterai, le jour de la ducasse, Un polichinelle cocasse Un turlututu, pour jouer l’air du chapeau pointu Refrain :… Nous irons dans la cour, Jeannette-auxVaches, Voir les marionnettes comme tu riras Quand tu entendras dire un sou pour Jacques, Par le polichinelle qui parle mal Tu lui mettras dans sa main, Au lieu d'un sou un rond de carrotte Il te dira merci, parce comme nous, il prendra du plaisir ! Refrain :… Et si par hazard son maître se fâche, C’est alors Narcisse que nous rirons Sans n’avoir envie, je prendrai mon air méchant,

J' li dirai des fariboles, I m'in répondra des drôles, Infin, un chacun Verra deux pestac' au lieu d'un… Refrain : … Allons serr' tes yeux, dors min bonhomme, J' vas dire eun' prière à P'tit-Jésus, Pour qu'i' vienne ichi pindant tin somme, T' fair' rêver qu' j'ai les mains plein's d'écus, Pour qu'i' t'apporte eun' coquille, Avec du chirop qui guile Tout l' long d' tin minton… Te t' pourléqu'ras tros heur's de long ! Refrain : L' mos qui vient, d' Saint-Nicolas ch'est l' fiête, Pour sûr, au soir, i' viendra t' trouver. I' t' f'ra un sermon, et t' laich'ra mette, In d'zous du balot, un grand painnier. I' l' rimplira, si tes sache, D' séquois qui t' rindront bénache, Sans cha, sin baudet T'invoira un grand martinet. Refrain : Ni les marionnettes, ni l' pain n'épice N'ont produit d'effet. Mais l' martinet A vit' rapajé l' petit Narcisse, Qui craingnot d' vir arriver l' baudet. Il a dit s' canchon-dormoire… S' mèr' l'a mis dins s'n ocheinnoire : A r'pris sin coussin, Et répété vingt fos che r'frain : Refrain : …

Je lui dirai son nom et ses surnoms Je lui dirai des fariboles, Il m’en répondra des drôles Enfin, chacun verra deux spectacles au lieu d’un Refrain : … Alors serre tes yeux, dors mon bonhomme, Je vais dire une prière au petit Jésus, Pour qu’il vienne ici, pendant ton somme, Te faire rêver que j'ai les mains pleines d'écus, Pour qu'il t'apporte une brioche, Avec du sirop qui coule Tout le long de ton menton, tu te pourlécheras trois heures du long Refrain : … Le mois qui vient, c'est la fête de St Nicolas, C'est sûr au soir il viendra te trouver Il te fera un sermon et te laissera mettre, En-dessous du ballot un grand panier Il le remplira si tu es sage, De choses qui te rendront heureux Sinon son baudet t’enverra un grand martinet Refrain : …

Ni les marionnettes, ni le pain d’épice, N’ont produit d’effet ; mais le martinet A vite calmé le petit Narcisse, Qui craignait de voir arriver le baudet Il a dit sa berceuse, Sa mère l’a mis dans son berceau A repris son coussin, et répété vingt fois le refrain Refrain : …

Source : Desrousseaux, Alexandre. « Canchon Dormoire ». Cafougnette.com. 22 mars 2009 <http://www.cafougnette.com/quinquin.php>.
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ANNEXE 19 El lang' ed ches gins ! « Canchons d'ichi et d'achteure » de Pierre Delannoy

El lanque ed ches gins; ch’est comm’eul queue d’ches t’chiens, Cha berloque, cha berloque, cha berloque, El lanqu’ed t’ches gins Ch’est comm’eul queue d’ches t’chiens, Cha berloque, cha berloque, forchémint.. Te vas à ch’l’intermint, d’un qu’tout l’mond’connaîchot, Te l’croyos quiqu’un d’bien, pour cha te l’respectos; Mais si auteur ed ti, t’acout’s ches gins parler, Bin ch’est mi qui te l’dis, té t’étos tout gouré. Car ch’tot un biau salaud, inn’carpette ed patron, Un plein d’vices, un facho,inn’salop’rie d’porion !

La langue des gens C'est comme la queue des chiens Ça balance, ça balance, ça balance La langue des gens C'est comme la queue des chiens Ça balance, ça balance, forcément Tu vas à l'enterrement d''un que tout le monde connaissait Tu le croyais quelqu'un de bien, pour ça tu le respectais Mais si autour de toi, tu écoutes les gens parler Bien c'est moi qui te le dis,tu t'étais complétement trompé Car c'était un beau salaud, une carpette de patron Un plein de vices, un facho (fasciste), une saloperie de porion! Tes voisins tu les connais, c'est tous les jours « Bonjour ! » Des sourires jusqu'en haut, des grands signes, des mamours (signes d'amour) Mais dés que tu as le dos tourné, faut entendre ce qu'on entend Sur ton compte c'est juré, tu en apprendrais tout plein Que tu as içi une belle maitresse, heureusement que tu es cocu C'est tous les jours la kermesse (fête dans le Nord) à ta maison, mon brave gars Député sera t il peut être aux prochaines élections Il a vraiment une bonne tête, et sûr qu'avec l'Union (le syndicat) Pour la place, il n'y a qu'à se baisser, alors ça peut servir Pour lui je vais faire voter et me dépêcher de

Tes vogins t’les connos, ch’est tous les jours: « Bonjour! » Des sourir’s jusqu’in haut, des grands si’n’s, des mamours. Mais dès qu’t’as l’dos teurné, faut intind’c’qu’in intind D’sus tin compte, ch’est juré !, te n’apprindros tout plein .... Qu’t’as chi inn’bell’ maîtresse, heureus’mint qu’t’es cocu, Ch’est tous les jours l’kermesse, à t’mason min brav’fiu ! Député sérot p’t’êt’e à z’prochaines z’élections, I a vraimint inn’bonn’tiête, et sûr qu’aveuc l’Union, Pou l’plache i a qu’à s’baisser, alors cha peut servir, Pour li j’ vas fair’ voter et m’dépêcher d’li dire.

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V’la tin pont qui est battu, cha in l’érot d’viné, lui dire. J’l’a toudis dis et su, que ch’tot l’mauvais bidet Ne viola-t-il pas qu'il est battu, ça on l'aurait deviné J'ai toujours dit que c'était un mauvais cheval « Acoutez chi, Phrasie! chu qu’j’ai vu à t’t’à Ecoutez ici Phrasie, ce que j'ai vu tout à l'heure l’heure , Quand était parti à la fosse (la mine), l'homme Quind à l’fosse tot parti ech l’homme à vous de votre belle soeur bell’soeur . À sa maison, c'est sur, j'ai vu rentrer le facteur A s’mason , j’in sus sûr, j’a vu ch’facteur Sur la tête de mon homme, je le jure, il est rintrer, resté 20 minutes D’zus l’tiêt’ de m’n’homm’jé l’jur’, qu’vingt Si votre frère le savait, j'aime mieux pas y minutes i a resté. penser Si vou frère il l’ savot , j’a puss querr’ pont Il se figurerait n'importe quoi, ça pourrait le l’pinser ! tracasser I s’figurot n’sais quo, cha pourrot l’tracasser ! Mais j’vas m’arrêter chi , cha servirot à rin, Qu’aveuc em louche aussi, ej rimplichos ch’tubin, Ches cops d’lanque ed vipèr’, cha peut fair’gramint d’mau, A n’in ram’ner la guerre, qui incor n’in brairot ? Ch’est pont dins mes manièr’s , d’laicher baffier les cons, Quiqu’fos vaut bin miux s’tair’, laicher picher l’mouton. Mais personn’m’impech’ra ,d’vous cantez ch’tiot refrain, Qu’achtheur’vous connaîchez, allez y j’vous intinds .....! Mais je vais m'arrêter ici, ça ne servirait à rien Qu'avec aussi ma louche, je remplisse le tuyau Ces coups de langues de vipère, ça peut faire beaucoup de mal Jusqu'à ramener la guerre, qui encore n'en pleurerait ? Ce n'est pas dans mes manières de laisser parler les cons quelquefois, il faut bien mieux se taire, laisser pisser le mouton mais personne ne m'empêchera de vous chanter le petit refrain qu'à cette heure vous connaissez, allez y, je vous entends!

Source : Delanoy, Pierre. « El lang’ ed ches gins ». Ch’tiBook. 2008. 10 mars 2009. <http://www.chtibook.com/carnet/article-chti.php?idart=224_20080628222028_2963>.
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ANNEXE 20 Les grillades Par Alexandre Desrousseaux

Un homme aimot fort les grillades. Ch'étot, pour li, l' pus bonn' des régalades, Il in d'minde eun' fos pour souper... "Conv'nu", dit s' femm', sans pinser d'l'attraper, Comme elle l'a fait, pus tard, par circonstance, On porrot mêm' dir 'par vengeance, Ainsi qu'min récit l' l' apprindra. Ch'étot l' matin, l'homme à s' boutiqu' s'in va. Par malheur, i rincontre in route, Un ami qui li paie un' goutte. Li, point pingre, in paie eune aussi Et veut partir... Mais l'aut', vrai sans-souci, Et bien connu comme amusette, Fait si bien, qu'i li tourne l' tiête, Et qu'i pass't'nt à boir', tour à tour, Des goutt's, de l' bière et du café, tout l'jour, Au point qu'i s' sont rindus malates...

Un homme aimait fort les grillades C'était pour lui la meilleure des régalades Il en demande une fosse pour souper « Convenu » dit sa femme, sans penser l'attraper Comme elle l'a fait pus tard par circonstance On pourrait même dire par vengeance Ainsi que mon récit te l'apprendra C'était le matin, l'homme s'en va à sa boutique Par malhuer il rencontre en route Un ami qui lui paye une goutte. Lui , pas pingre (avare), en paye une aussi Et veut partir...mais l'autre, vrai sans souci, Et bien connu comme amusette Fait si bien, qu'il lui tourne la tête Et qu'ils passent à boire tour à tour Des gouttes, de la bière et du café, toute la journée Au point de se rendre malades. À l'heure où l'on cuisait les grillades L'homme revient enfin à sa maison Faisant des zig zags sans raison Sans envie de manger, au contraire La femme n'avait plus qu'une chose à faire Le déshabiller et le mettre au lit.. C'est ce qu'elle fait...mais de colère et de dépit Qu'il lui donne tant de travail Elle lui frotte le bas de la figure, D'action, avec une couënne de lard En le traitant plus de 20 fois de saoulard Et elle mange ensuite toutes les grillades... Voilà que l'homme Bien remis, le lendemain Aussitôt levé , coupe un crouton de pain, Et dit à sa femme, « Cristi, que j'ai faim ! Je n'en peux plus, je sens que je deviens malade;

A l'heur' qu`on cuijot les grillades, L'homme' rabroutte, infin, à s' mason, faijant des zigzags... sans raison, Sans l'einvi' d'mainger... au contraire... L'f emm' n'avot pus qu'eun' cosse à faire : L' déshabiller et l'mette au lit... Ch'est chin qu'ell' fait... Mais d' colère et d' dépit, Qu'i li donnot tant d' tablature, Ell' li frotte l' bas d' s' figure, D'action, avec eun' couënn' de lard, In l' traitant pus d' vingt fos d' soûlard, Et mainge, après, tous les grillad's... Vl'a qu'l'homme, Bien r'mis, l' lind'main (In'avot fait qu'un somme) Sitôt l'vé, cope un croûton d' pain, Et di' à s' femme "Cristi, qu' j'ai faim !

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J'in peux pus, je m' sins v'nir malade ; Donn' vit', donne' bien vite m' grillade !!! "Quoi, t'grillad', dit l' femm', mais mallant ! T' l'as maingée, hier, in rintrant. Te vos, fieu ! vl'la chin qu' ch'est d' trop boire. Cha t'a fait perde tout l'mémoire. Pourlèque un peu tes lèv's, qu'ell' dit, Et vette au miro, comme t'barbe r'luit !... I se r'vette, i s'pourlèque et vot que s'barbe est grasse. Alors, honteux, i dit d'un air cocasse : "Ch'est l' pur' vérité !... J' le r'connos... Cré mâtin !... queull' cuit' que j'avos !!!"

Donne vite, donne bien vite ma grillade !!! « Quoi ta grillade, dit la femme, mais malin Tu l'as mangée hier en rentrant Tu vois fils ce que c'est de trop boire. Ça te faire perdre toute la mémoire Pourlèche un peu tes lèvres, qu'elle dit Et regarde au miroir, comme ta barbe luit ! Il se redresse, il se pourlèche et voit que sa barbe est grasse. Alors honteux, il dit d'un air cocasse: « C'est la pure vérité, je le reconnais Sacré matin, quelle cuite j’avais!!! »

Source : Desrousseaux, Alexandre. « Les Grillades ». Lenglos, Regis. Textes en Chti. ChtiBlog. 16 décembre 2008. 22 mars 2009 <http://www.chblog.com/?Textes-chti>.
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ANNEXE 21 La mort ed' Tir' Fond Par Jules Mousseron (1923)

Quand il est mort, l' brav' Tir'-Fond Philogomme, S' femme, désolée d' perdre un homm' si vaillant, Su l' grêl' cercueil où Tir'-Font f'sot l' long somme, A grands cops d' poing, all' buquot in criant : "A r'voir, Tir'Fond ! a r'voir ! un si bon homme ! Dûss' que t'in vas ? M' biau ! Mi qué j' t'aimos tant, Té peux r'vénir, Tir'-Fond, comm' té m' laiss', comme Té m'artrouv'ras, quand cha s'rot dins vingt ans !" Su l' boite ed bos, s' poing résonn', lamintape, Jusqu'au mommint qu' Philogomme, el pauv' diape, Quittot s' maison pour el gardin grinn'-dints.

Quand il est mort, le brave Tire Fond Philogomme, Sa femme désolée de perdre un homme si vaillant, Sur le grêle (faible) cercueil où Tire Fond faisait un long somme, À grands coups de poings, elle frappait en criant: « Au revoir Tire Fond! Au revoir! Un si bon homme! Où t'en vas tu? mon beau ! Moi qui t'aimais tant, Tu peux revenir Tire Fond, comme tu me laisses, comme Tu me retrouveras, même si c'est dans 20 ans!

Sur la boite de bois, son poing résonne, la main tape, Jusqu'au moment où Philogomme, le pauvre diable, Quittait sa maison pour le jardin 'grinn'-dints Trois mois après cette douleur tant prouvée, La femme de Tire Fond qui s'était sans doute trompée Tenait ménage avec Zant'Muscadin.

Trois mos après cheull' douleur tant prouvée, L'femm' Tir'-Fond qui s'étot sans dout' trompé Ténot ménache avec Zant' Muscadin.

Source : Mousseron, Jules. « La mort ed Tir Fond. La terre des Galibots. » 1923. Lenglos, Regis. Chti Lillois. ChtiBlog. 30 novembre 2008. 24 avril 2009 <http://www.chblog.com/?Dictonslillois>.
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ANNEXE 23 Un genièvre une pomme Par Michel Meurdesoif

« - Acoute, D'siré, cha fait cinq cops su l'mos qu'te m'appelles, inne crisse ed foie, la goutte et pis tout l'restant. I's'rot p'tête timps qu'te lèves el'pied au lieu d'lever l'coute. - Ouais, ch'est vrai, docteur, mais ch'est dur ed perte ses habitudes. Et pis je n'sauros mie arfuser les verres qu'in m'offe. - Quind même, D'siré, te pourros freiner su le gn'nièfe. Te sais chouqu'te devros faire ? - Nan, mais j'veux bin essayer. - Ch'est facile. Quind t'as invie d'un g'nièfe, té croques inne pomme. - Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? » Variante français : « - Ecoute, Désiré, ça fait cinq fois sur le mois que tu m'appelles, une crise de foie, la goutte et puis tout le restant. Il serait peut-être temps que tu lèves le pied au lieu de lever le coude. - Oui, c'est vrai, docteur, mais c'est dur de perdre ses habitudes. Et puis je ne saurais pas refuser les verres qu'on m'offre. - Quand même, Désiré, tu pourrais freiner sur le genièvre. Tu sais ce que tu vas faire ? - Non, mais je veux bien essayer. - C'est facile. Quand tu auras envie d'un genièvre, tu croques une pomme. - Ohu, docteur, c'mint qu'j'vas faire pour in minger vingt par jour ? »

Source : Meurdesoif, Michel. « L'minteux y est pas lon... ». Lenglos, Regis. « Un genievre une pomme. » Textes en Chti. ChtiBlog. 21 janvier 2007. 22 mars 2009 < http://www.chblog.com/?2007/01/21/610-un-genievre-une-pomme>.

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ANNEXE 24 Des nouvelles de la famille Par Michel Meurdesoif

« - Alors D’siré, d’pus l’dernier cop te t’as rmis ? - Bin ouais, mi cha va toudis. J’ai bin eu l’niflette pindint inne paire ed jours mais à ch’t’heure ch’est tout. - Et tin tiot, toudis aussi archèle ? - Te verros cha, un vrai ver à queue. I n’arrête point inne minute. I a inne rute sinté. I est pas si tôt rintré qu’le v’là déhors. - Et t’fin-me, cha va aussi ? - A m’ote qu’à ouais. Alle a r’monté douze routes ed peun’tierres. Pourquoi qu’té demindes cha ? - Pas’que te viens d’sortir de l’pharmacerie. Alors j’pinsos qu’y avot quelqu’un d’malate. - L’jour qu’te m’verras sortir du cimetière cha voudra dire que j’sus mort ? » Variante français : « - Alors Désiré, depuis le dernier coup tu t’es remis ? - Bien oui, moi ça va toujours. J’ai bien eu le nez qui coule pendant une paire de jours mais maintenant c’est tout. - Et ton petit, toujours aussi remuant ? - Tu verrais ça, un vrai ver à queue, il n’arrête pas une minute. Il a une rude santé. Il n’ai pas aussitôt rentré que le voilà dehors. - Et ta femme, ça va aussi ? - Il me semble que oui. Elle a remonté une douzaine de routes de pommes de terre. Pourquoi tu demandes ça ? - Parce que tu viens de sortir de la pharmacie. Alors je pensais qu’il y avait quelqu’un de malade. - Le jour que tu me verras sortir du cimetière ça voudra dire que je suis mort ? »

Source : Meurdesoif, Michel. « L'minteux y est pas lon... ». Lenglos, Regis. « Des nouvelles de la famille. » Textes en Chti. ChtiBlog. 23 février 2007. 22 mars 2009

<http://www.chblog.com/?2007/02/23/646-des-nouvelles-de-la-famille>.
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ANNEXE 25 La farce du buhaut Par André Balle

« Forgeron d'vint s'forge ; s' sut infunquaie dins l'boutique ! Le buhaut, c'est la partie de la cheminée qui se trouve au-dessus du toit. Dans nos commune rurales, au maison sans étage, le "buhaut" joue un rôle très important. D'un simple coup d'oeil, par exemple, on sait si : "Marie alle est à s'mason... sin buhaut y funque !" De même que la densité ou la couleur de la fumée font dire, à coup sûr : "Ch'est s'cuisinière à carbon qu'alle marche ou Alle a alleumaie sin fu d'bos. Nous avons souvenance (et pour cause) d'une "farce du buhaut" que nous avions faite au vieux forgeron du village (farceur également) en compagnie de quelques "galoubis" de notre âge : La cheminée de la forge s'élevait à peine au-dessus de la toiture basse, que l'un d'entre-nous eut vite fait d'escalader pour poser une vitre, à plat, au sommet du rectangle de briques. C'était par un bel après-midi d'été, aucune perturbation atmosphérique ne pouvait donc justifier la présence de l'épais nuage de fumée bleutée, dans lequel se débattait notre "victime". On la vit sortir précipitamment pour appeler "sa vieille" (c'est le nom que notre homme employait) - Quo qu'y a ? Ben mon Diu, t'as les larmes aux yux ! - L'quéminaie, alle est bouchée ! - Non, j'ai argardaie, on vot l'jour à travers ! - Ben cha alors, ch'est cor plus fort ! et... Nous n'avons pas écouté la suite... mais le lendemain, la vitre avait disparue... Nous n'avons plus jamais entendu parler de cette "histoire de buhaut", car un farceur n'avoue pas qu'il a été farcé. »

Source : Balle, André. « La farce du buhaut. ». Lenglos, Regis. ChtiBlog. 2 mars 2009. 22mars 2009 < http://www.chblog.com/?2009/03/02/1328-la-farce-du-buhaut>.
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ANNEXE 26 L’ pétite file au nom d’ tchien Par Bertrand Cocq

Mi , ch’est pon fort étonnant, j’ ai grandi , j’ ai vite pris trop d’ plache à lu mason , ils s’ y attindotent pas…alors i m’ont laichée sur l’ bord d’ l’ autoroute. Pas abandonnée, nan , i s’ sont séparés d’ mi , comme i dijent à ches tiots. Mais eusses ?…j’ les comprinds pon . I sont curieux ches gins là…mi j’évite soigneusemint ches camions et eusses , i les milent , i z’ attintent après , i les éspèrent ! I veutent des papiers ? Mi, in me les a donnés sans arien m’ deminder, quand j’ sus vénue au monte. On m’a inscrite sur le « L.O. F », l’ life des origines françaises. J’ sais pon chu que ch’est mais j’ cros que ch’est bien. On m’a donné un nom comme ches gins d’ la haute : « RAJA du domaine des Dunes »…ch’est curieux pour un nom d’ tchien nan ?…surtout pour un lévrier Afghan . Pour à s’ t’heure , j’ séros putôt : « RAJA de l’ aire de repos de Norrent-Fontes » . Un jour, je m’ sus glichée par in d’ sous du grillache et j’ sus allée les vire , in faijant bien attintion. I sont pas mécants , i s’ laichent approcher facilemint. Eune pétite file m’a donné un morcieau d’ sin biscuit qui étot keu à terre pis alle m’ a caressée , tout duchemint , in m’ dijant des affaires que j’comprénos pas. Après, s’ maman alle, l’a appelée . L’ pétite file alle s’appelot RAJA , elle aussi. Donner un nom d’ tchien à s’ n’éfant…i faut ête rudemint désespérée !. I sont curieux ches gins là ! L’ pétite alle est arpartie dins s’ baraque d’ carton et d’ plastique. Ch’est comme eune grande niche à tchiens, avec des couvertures. Pis s’ maman alle a canté eune canchon triste, pis elle a pus rien dit. Avint hier d’autes tchiens sont vénus d’ bonne heure au matin mais RAJA alle les a pas caressés , i moutrotent leurs longs dints . Alle s’a sauvée. Alle a pas trouvé l’ tro dins l’ grillache , pis d’ toutes manières, alle aurot pas réussi à s’ i intiquer , ch’ est un tro pour des tchiens , pas un tro pour eune pétite file…même avec un nom d’ tchien. Les tchiens i sont vénus m’ vire mais i n’ont pas non pus trouvé ch’ tro dins ch’ grillache, heureusemint pour mi . I n’ n’a un qui avot eune poupée d’ loque dins s’ gueule. Au moins ch’ ti là i n’ aboyot pas . Tout a brûlé : l’ baraque in carton et in plastique , les grands sacs rayés , les lifes et les cahiers , les couvertures et l’ poupée d’ loques . I restot pus rien. Ch’ matin , eun campine-car s’est arrêté sur l’aire d’ arpos, tout près de m’ muchette. J’ ai pon bougé. Des gins sont déchindus in parlant bien fort mais j’ comprénos pas chu qui dijettent. Décidémint, j’ai du mau à comprinte ches gins du bord d’ l’ autoroute !. I z’ont déployé eune tape et des cayelles et i ont fait cauffer du thé qu’i z’ont bu in s’ brûlant les loupes. L’ pétite file qui les accompagnot alle m’a vu et alle a crié.

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Ses parints sont vénus et m’ont donné des gâtieaux . I a un mot que j’ ai compris, ch’ est « Pudding » . Ch’est pas mauvais mais cha donne soif, alors i m’ont versé de l’ ieau dins un bol par terre dins l’ campine-car. L’porte alle s’a arfermée d’un cop et i z’ont arpris la route. J’ cros que j’ai trouvé eune nouvelle famile ! Dins eune paire d’heure j’ sérai in Ingleterre. L’ pétite file alle cante intre ses parints par devint, dins l’ campine-car. Par l’ carreau, un pétit peu plus loin sur l’ bord d’ l’ autoroute , d’l’ aute côté du grillache, j’ai vu eune pétite file avec un nom d’ tchien . Alle sortot de s’ baraque in carton et in plastique avec eune poupée d’ loque dins ses mains. »

Version en français : « Moi, c’est pas étonnant , j’ai grandi , je prenais trop de place à la maison, ils ne s’y attendaient pas…alors ils m’ont laissée au bord de l’ autoroute. Pas abandonnée, non…ils se sont séparés de moi comme ils disent aux enfants . Mais eux ?…je ne comprends pas ! Ils sont curieux ces gens. J’évite soigneusement les camions, eux les attendent, eux les espèrent. Ils veulent des papiers ? Moi on m’en a donnés à ma naissance. On m’a inscrit sur le L.O.F…le livre des origines françaises. On m’a donné un nom de noble : « Raja du domaine des Dunes » . Curieux comme nom pour un chien, non ?..surtout un lévrier Afghan !. Pour l’instant , je suis plutôt « Raja de l’ aire de repos » !. Un jour , je me suis glissée sous le grillage et je suis allée les voir , prudemment. Ils ne sont pas méchants , ils se laissent approcher . Une petite fille m’a donné un morceau de son biscuit qui était tombé par terre , elle m’a caressée en me parlant mais je n’ ai pas compris ce qu’elle me disait. Sa mère l’a appelée ensuite , la petite fille s’appelle Raja elle aussi !. Donner un nom de chien à son enfant , il faut vraiment être désespérée !. Il sont curieux ces gens. La petite fille est repartie dans sa baraque de carton et de plastique . C’est comme une grande niche avec des couvertures . Puis la maman a chanté un chant triste , puis elle s’est tue . Avant-hier , d’autres chiens sont venus les voir , de bonne heure le matin , mais ceux-là , Raja ne les a pas caressés , ils montraient leurs crocs et ont fait pleurer la petite fille qui s’est enfuie. Elle n’a pas trouvé le trou dans le grillage et de toutes façons , elle n’aurait pas pu s’y faufiler, c’est un trou pour les chiens , pas pour les petites filles… même celles avec nom de chien. Les chiens sont venus me voir en aboyant. Eux non plus n’ont pas trouvé le trou dans le grillage, heureusement !. Dans sa gueule , l’ un d’eux avait une poupée de chiffon éventrée , au moins lui n’aboyait pas. Tout a brûlé : la baraque en carton et en plastique , les couvertures , les grands sacs à rayures , les cahiers et les livres , la poupée de chiffon éventrée , il ne reste plus rien . Ce matin un camping-car s’est arrêté sur l’aire de repos , près de ma cachette . Des gens sont descendus ils parlaient mais je ne comprenais pas ce qu’ils disaient. Décidemment , je ne comprends pas les gens des bords de l’ autoroute !. Ils ont installé une table pliante et des chaises et ont fait du thé qu’ils ont bu en se brûlant les lèvres . La petite fille qui les accompagnait m’a vue et a crié .

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Ses parents se sont précipités et m’ ont donné des gâteaux . Il y a un mot que j’ai compris : « Pudding »… c’est pas mauvais mais ça donne soif , alors ils m’ont versé de l’eau dans un bol posé sur le sol dans le camping-car . La porte s’est refermée et ils ont repris la route . Je crois que j’ai trouvé une autre famille. La petite fille chante près de ses parents à l’avant du camping-car . Dans quelques heures je serai en Angleterre. Par la fenêtre du camping-car , un peu plus loin , au bord de l’ autoroute , j’ai vu la petite fille au nom de chien , derrière le grillage , elle sort de sa baraque de carton et de plastique , une poupée de chiffon à la main.

Source : Cocq, Bertrand. « L’ pétite file au nom d’ tchien ». Terreerrance.wordpress.com. 9 mars 2009. 22 mars 2009 <http://terreerrance.wordpress.com/2009/03/09/la-petite-fille-aunom-de-chien-par-bertrand-cocq/>.

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ANNEXE 27 Cafougnettes Dans la région Nord-Pas-de-Calais, le héros des histoires drôles s'appelle en général Cafougnette. C'est Jules Mousseron, poète et mineur à Denain (près de Valenciennes 59), qui a créé ce personnage. Après sa mort, en 1943, les gens de la région ont intégré le personnage de Cafougnette dans leur folklore. « Cafougnette suit le convoi d'un enterrement. Un de ses amis vient le rejoindre et dit : - Alors Cafougnette ! J'ai chu que t'femme cha n'allot pas tros fort ! Commint qu'all'va ? Et Cafougnette, montrant le corbillard : - Comme té vos... Tout duch'mint ! » « Cafougnette est victime d'un éboulement au fond de la mine : il est prisonnier dans une galerie avec un camarade. - Té connos inne prière, ti ? - Nan, j'n'in connos point ! Cafougnette insiste : - T'allos pas à l'égliche pou t'communion ? - Nan ! - Té n'vos pas qu'in va mourir ichi ! Faudrot faire que'cosse ed'religieux, comme in fait à l'égliche! - J'ai inne idée... in va faire inne quête ! » « Cafougnette travaille au fond de la mine. Il doit transporter sur le chantier des bois de soutènement. Le porion l'interpelle : - Hé là, ti ! Commint qu'cha s'fait qu'té portes seul'mint un bos à l'fos ? Tes comarates, i n'in portent deux à chaque cop ! - Ouais, mais eusses, i sont trop fates pour faire deux voïaches comme mi ! » « Cafougnette est en train de sculter une statue de Sainte-Barbe. Un de ses camarades d'approche et le regarde faire. - Ch'est du boulot, hein ! - Mais nan, innochint, ch'est du quêne » « C'est une institutrice qui est envoyée dans une école dans laquelle les enfants ont un langage patois prononcé. L'institutrice commence : - Bon, les enfants, vous allez me dire ce que vous avez eu comme cadeau de Noël. Un premier enfant lève la main et dit : - Mi, à Noël, j'ai eu inne poupée qui piche et qui cante - On ne dit pas cela comme ça, dit l'institutrice. On dit : "Moi , à Noël, j'ai eu une poupée qui fait
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pipi et qui chante". Un autre enfant lève la main et dit : - Mi, à Noël, j'ai eu inne carette qui fonche à toute berzing - On ne dit pas cela comme ça, dit l'institutrice. On dit : "Moi , à Noël, j'ai eu une voiture qui roule à toute allure". Un troisième lève la main et dit: - Mi, à Noël, j'ai eu in vélo - C'est très bien, dit l'institutrice, et un beau ? - Nin, in fer » « On raconte des histoires drôles entre voisins et madame Cafougnette dit : - Mi, o'z' avez bieau faire, quand in raconte des histoires, j'arrife jamais à les arténir ! Un voisin affirme : - Mi, j'sais pourquoi : cha rinte dins eun'orelle et ch'arsort par l'aute ! Et Cafougnette rajoute : - Ch'est parc'qu'y a rien intre deux pour les arténir ! » « Madame Cafougnette vient d'avoir son permis. Elle s'engage à contre-sens sur l'autoroute. - Mais i sont maboules ed'rouler si vite ! Et i n'savent pas rouler à droite, binde ed-niqu'doules ! Finalement, elle se fait intercepter par la police. - ej'm'in doutos qu'j'allos vous vir ! I m'faijottent tertous des appels ed'phares ! » « Madame Cafougnette va chez le médecin toutes les semaines. - Docteur, j'cros qu'min coeur i bat trop vite ! Docteur, j'cros qu'mes boïaux i sont loïés ! Docteur, j'cros que j'vas pas passer l'hiver ! A chaque fois, le médecin la rassure. Puis il ne la voit plus pendant six mois. Un jour, elle réapparaît dans son cabinet. -Ah ! Ch'a fait longtimps que je ne vous avais pas vue ! - J'n'ai pas pu v'nir ! J'ai été malate !! »

Source : « Cafougnettes ». Le Nord- Pas-de-Calais.fr. 2008. 24 mars 2009 < http://www.le-nordpas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>.

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ANNEXE 27 La polka du mineur (extrait) Par Edmond Tanière

Pindant l'briquet un galibot composot, assis sur un Pendant le casse-croûte un jeune mineur bos, L'air d'eune musique qu'i sifflotot composa, assis sur un bout de bois L'air d'une musique qu'il sifflota

Ch'étot tellemint bin fabriqué, qu'les mineurs C'était tellement bien fait que les mineurs lâchant leurs briquets Comminssotent à's'mette à'l'danser. lâchant leurs casse-croûte Commencèrent à le danser.

Source: Tanière, Edmond. « La Polka du Mineur. » Le Nord- Pas- de- Calais.fr. 2008. 16 mars 2009 <http://www.le-nord-pas-de-calais.fr/le-patois-du-nord-pas-de-calais-59-62.php>.

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