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CHAPITRE VI

LA VIE ET LE COMPORTEMENT D’UN VRAI CHRÉTIEN

On lit dans l’Évangile que, un jour, un docteur de la loi demanda au Seigneur Jésus-Christ
quel était le plus important de tous les commandements de la loi de Dieu. En réponse, le
Christ lui dit : « "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de
tout ton esprit"1. C’est là le plus grand et le premier commandement. Un second lui est
égal : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" 2. Dans ces deux commandements tient
toute la Loi, ainsi que les Prophètes » (Matthieu 22, 35-40 ; Marc 12, 28-31). Dans le même
sens, on lit dans un autre passage du Nouveau Testament : « N’ayez de dette envers personne
que de mutuelle charité, car qui aime autrui a accompli la Loi. En effet, les préceptes "Tu ne
commettras pas l’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas" et tous les
autres se résument en cette parole, à savoir : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". La
charité ne fait point de mal au prochain. La charité est donc le plein accomplissement de la
Loi » (Romains 13, 8-10). C’est de l’amour de Dieu que naît l’amour envers Ses créatures, et
en particulier envers tous les hommes. Le vrai chrétien aime Dieu parce qu’il sait que Dieu l’a
aimé en premier (cf. 1 Jean 4, 9-11. 19 ; Romain 5, 5-8), et cet amour de Dieu lui ôte l’envie
de s’attacher aux plaisirs et aux richesses de ce monde transitoire (cf. 1 Jean 2, 15-17). À
mesure que cet amour de Dieu grandit dans son cœur, son zèle ne cesse de croître pour servir
Dieu et pour faire le bien à son prochain. Il se rend compte que Dieu est son Père céleste et
que, dans le Christ, il est enfant de Dieu (cf. Jean 1, 12 ; 1 Jean 3, 1-2). C’est pourquoi il place
sa confiance en Dieu et s’efforce, en pensées, en paroles et en actions, de L’honorer et de Le
glorifier (cf. Psaume 63, 1-8). Chaque fois qu’il est tenté par Satan, il dira, comme le fit
Joseph : « Comment ferais-je un si grand mal et pécherais-je contre le Dieu ? » (Genèse 39, 9)
et, tout ce qu’il fait, il le fera à la gloire de Dieu et pour Lui faire plaisir à Lui et non pas aux
hommes (cf. Colossiens 3, 23). À mesure que grandit sa connaissance et son amour de Dieu, il
ne cessera de Le remercier et de Le louer pour toutes les bénédictions temporelles et
spirituelles qu’Il lui accorde, et il Lui manifestera sa gratitude et sa satisfaction non pas
seulement par des paroles mais aussi par tout son comportement (cf. Psaume 34, 1 ;
Colossiens 3, 17 ; 1 Thessaloniciens, 5, 15-22).

Une autre caractéristique du vrai chrétien est que, lorsque des problèmes temporels le mettent
dans l’embarras ou dans la détresse, il ne s’en remet pas à l’homme mais à Dieu [[cf. Psaume
118, 8]]. Il ne recherche pas de grandes richesses ni un rang social élevé et il ne s’inquiète pas
non plus excessivement de ce dont il vivra, mais il prie Dieu de le bénir dans son activité
professionnelle afin que ce qu’il gagne honnêtement soit suffisant pour couvrir ses besoins.
Du fond du cœur, il est convaincu que son Père céleste l’aime (cf. 1 Pierre 5, 7) et que, par
conséquent, il peut en toute sécurité se décharger sur Dieu de toutes ses inquiétudes. Il sait
que Dieu lui a ouvert la porte de la salle de Son trésor spirituel dans le Christ Jésus, et il est
donc sûr que le Très-Miséricordieux ne permettra pas qu’il soit privé des choses temporelles
dont il a besoin (cf. Psaume 28, 7 ; Matthieu 6, 9-34 ; 1 Timothée 6, 6-11).

Le chrétien est reconnaissant à Dieu de l’aisance et de la prospérité, sachant que « tout don
excellent et toute grâce parfaite » viennent de Lui (Jacques 1, 17). Mais, dans les tribulations,
la détresse, le chagrin, la douleur et la persécution, il est patient, sachant que tout concourt au
bien de ceux qui aiment Dieu (cf. Romains 8, 28). Il s’entend dire les mots prononcés par un
sage d’autrefois : « Toute la vie du Christ fut une croix et un martyre ; et toi, tu rechercherais
le repos et la joie ? » Il sait que, si son Père céleste permet qu’il souffre, c’est dans le dessein
1
Deutéronome 6, 5.
2
Lévitique 19, 18.
de le rapprocher de Lui. C’est pourquoi il est capable de se réjouir dans les tribulations (cf.
Romains 5, 3-5 ; 12, 12) et de dire : » C’est Yahweh ; ce qui lui semblera bon, qu’il le
fasse ! » (1 Samuel 3, 18). Il se rappelle que, s’il vit dans le monde, il n’est pas du monde car,
comme Abraham, il recherche « la cité aux solides fondements, dont Dieu est l’architecte et le
constructeur » (Hébreux 11, 10 ; voir aussi Psaume 37, 5 ; 2 Corinthiens 4, 10-18 ; Hébreux
12, 5-6).

Le vrai chrétien adore Dieu « en esprit et en vérité » (Jean 4, 24). Il désire rester en
permanence conscient du fait qu’il est toujours en présence de Dieu. À tout moment, il se
tourne vers Dieu comme un enfant vers un Père aimant, connaissant l’amour que Dieu lui
porte. Lorsqu’un enfant demande quoi que ce soit à son Père, il le fait naturellement et sans
employer de forme verbale particulière. C’est ainsi que le chrétien n’est pas obligé
d’employer une quelconque formule spéciale ni même un quelconque langage sacré car il sait
que Dieu est toujours plus prêt à écouter l’homme que l’homme n’est prêt à prier, et que les
dons de Dieu sont plus grands que tout ce que nous pouvons désirer ou mériter. Dieu connaît
nos besoins avant même que nous ne les exprimions, et il sait aussi à quel point nous sommes
ignorants de ce qui nous convient le mieux. C’est pourquoi le vrai chrétien demande toutes les
choses terrestres dont il a besoin – mais à une condition : « Pour autant que ce soit Ta
Volonté, ô mon Dieu ! ». Par contre, pour ce qui est des choses célestes et des bénédictions
spirituelles, l’homme peut demander librement, sans aucune condition, sachant que ces choses
sont bonnes pour lui et que Dieu est tout disposé à les lui accorder. Lorsqu’un homme a vécu
une nouvelle naissance spirituelle (cf. Jean 3, 3-5) et qu’il a ainsi été illuminé par l’Esprit
Saint de Dieu, il ne cesse jamais de chanter à Dieu dans son cœur, de le louer pour Sa bonté et
de rester en communion spirituelle avec Lui. Quoi que puisse faire un tel homme, il le fait
pour la gloire de Dieu. Sachant que Dieu sonde les reins et les cœurs de l’homme et qu’aucun
secret ne Lui est caché, cet homme va s’efforcer de soumettre toutes ses pensées à l’amour de
Dieu. Confiant sa propre personne mais aussi tous ceux qui lui sont chers à l’amour et à la
miséricorde de Dieu, il trouve le repos et la paix du cœur et de l’esprit (cf. Mathieu 6, 5-15 ;
Luc 18, 1-8 ; Jean 16, 23 ; Philippiens 4, 6-7 ; 1 Thessaloniciens 5, 17-18 ; 1 Jean 5, 14-15 ;
Jacques, 5-8).

Outre les prières qu'ils disent en privé, les chrétiens récitent aussi, en général, des prières chez
eux, lorsque le père de famille se rassemble avec sa femme et ses enfants pour demander à
Dieu le pardon et la bénédiction et pour lire ensemble la Parole de Dieu. En outre, dans des
églises et des chapelles, à des temps fixes et en particulier le dimanche, jour où le Christ est
ressuscité des morts, les chrétiens se rassemblent pour célébrer un culte public et pour écouter
la lecture de la Bible et la prédication de l'Évangile, qui sont faites par des hommes
spécialement appelés par Dieu et soigneusement formés à cette fonction et à ce ministère.
Lors de ces cultes publics, certaines communautés de chrétiens préfèrent avoir des formes
fixes de prière, considérant que celles-ci sont plus utiles pour la congrégation. D'autres
préfèrent que les prières soient ex tempore. Dieu connaît toutes les langues des hommes ;
aussi, pour Le prier, aucune d'entre elles, pas même le grec ou l’hébreu, ne Lui est plus
acceptable que d’autres. Par contre, ce qui est nécessaire, c'est de célébrer Son culte dans la
sincérité, en esprit et en vérité. Tous les lieux où est célébré un culte est saint, pour autant que
ce culte Lui soit offert du fond du cœur. C'est la seule chose prescrite dans l'Évangile (cf. Jean
4, 24), qui ne prévoit ni rite, ni formule, ni comportement, ni lieu particuliers pour rendre un
culte à Dieu.

Un vrai chrétien reconnaît que tous les hommes sont ses frères. Il désire leur bien-être comme
il désire le sien propre, et il s’efforce de l'établir en faisant aux autres tout le bien qu'il peut,
dans les domaines tant spirituel que temporel (cf. Mathieu 7, 12 ; 22, 39 ; 1 Corinthiens 10,
24). Le Christ lui a enseigné la Règle d'Or (cf. Mathieu 7, 12 [[« Tout ce que vous voulez que
les hommes vous fassent, faites-le aussi pour eux »]]), laquelle, si tous les hommes
l'appliquaient, ferait de cette terre presque un Paradis ; c'est pourquoi le chrétien s’efforce de
faire aux autres non pas ce qu’ils lui font à lui mais ce qu’il voudrait qu'ils lui fassent. S’ils
sont malades, il les soigne ; s’ils ont faim, il les nourrit ; s'ils ne connaissent pas Dieu, il leur
enseigne ce que le Christ lui a enseigné (cf. Mathieu 18, 19-20). Il aime tous les hommes,
mais tout particulièrement ceux qui partagent sa foi (cf. Galates 6, 10 ; comparer Mathieu 23,
8 ; Jean 13, 34-35). Il aimera jusqu'à ses ennemis et ceux qui le persécutent (cf. Mathieu 5,
44 ; 1 Thessaloniciens 3, 12 ; 2 Pierre 1, 5-7), sachant qu’eux aussi font partie de ceux pour
qui le Christ est mort, que certains des ennemis les plus acharnés de l'Évangile sont devenus, à
la fin, des chrétiens, et que les méchants ne sont que des brebis égarées que le Bon Berger
veut sauver du loup (cf. Jean 10, 11-16).

Le vrai disciple du Christ est véridique, juste, bon et pur (cf. Matthieu 5, 37 ; Ephésiens 4,
25 ; Jacques 4, 11-12). Il s'efforce de promouvoir l'harmonie et la concorde parmi les hommes
(cf. Romains 12, 18). Il est plein de sympathie pour les affligés (cf. Romains 12, 15 ; Hébreux
13, 16). Il supporte avec patience les torts qu'on lui fait, confiant sa cause à Dieu (cf. Mathieu
11, 29 ; Ephésiens 4, 25-32). Par contre, la vue des torts faits aux autres, le spectacle de
l'oppression et de la tyrannie suscite dans son cœur une juste indignation, et il s'efforce de
faire en sorte que justice soit rendue à de telles victimes, quel que soit le sacrifice que cela
implique pour lui-même. On connaît des exemples de chrétiens qui ont accepté d'être vendus
comme esclaves afin de pouvoir apporter une aide et un réconfort spirituels à ceux qui avaient
été réduits à un sort si cruel.

Le vrai chrétien sait qu'il a été créé pour servir Dieu, qu'il a été racheté au prix du Très-
Précieux Sang du Christ (cf. 1 Corinthiens 6, 20 ; 7, 23) et que son corps est le sanctuaire de
l'Esprit Saint de Dieu en raison de sa foi au Christ (cf. 1 Corinthiens 3, 16-17 ; 6, 19). C'est
pourquoi il se refuse à polluer et à détruire son corps, son âme et son esprit en se laissant
séduire par les désirs charnels, mais il s'efforce au contraire, par la grâce de Dieu, de se garder
de toute impureté tant de la chair que de l'esprit et de vivre dans la sainteté (cf. 2 Corinthiens
7, 1 ; Ephésiens 5, 4 ; Jacques 1, 21). Mais il ne va pas pour autant s'imaginer que, depuis
l'établissement de la Nouvelle Alliance dans le Christ, certaines sortes de nourritures sont
interdites ; néanmoins, il s’abstient soigneusement des nourritures malsaines, sachant que telle
est la volonté de Dieu. Il sait que, aux yeux de Dieu, ce qui souille l’homme, ce n’est pas ce
qui entre dans sa bouche mais c'est le mal qui, venant de son cœur, passe ses lèvres (cf. Marc
7, 14-23). Bien entendu, le gaspillage et la gloutonnerie sont interdits aux chrétiens (cf. 2
Corinthiens 10, 31 ; comparer Romains 14, 20-21 ; Timothée 4, 4-5), tout comme l'ivrognerie
(cf. Luc 21, 34 ; Romains 13, 13 ; 1 Corinthiens 5, 11 ; 6, 10 ; Galates 5, 21 ; Ephésiens 5, 18)
ainsi que toutes ces faiblesses de la chair qui sont autant de péchés.

Le vrai chrétien évite toute parole ou action indigne et, en toutes choses, il s'efforce de servir
Dieu et de faire Sa volonté (cf. Matthieu 16, 24 ; Romains 6, 11-23 ; 1 Corinthiens 6, 12-20 ;
1 Thessaloniciens 4, 3-8 ; 1 Pierre 1, 22), résolus à grandir dans la grâce et la connaissance de
Dieu par le Seigneur Jésus-Christ (2 Pierre 3, 18), parce qu'il sait que cela seul a une valeur
authentique et durable, alors que les richesses et la puissance de ce monde que s'efforcent
d’obtenir les hommes qui appartiennent au monde sont transitoires et fugitives (cf. Matthieu
16, 26 ; Ephésiens 1, 15 – 2, 6 ; Philippiens 3, 7-16).
Quelle que soit l'activité professionnelle qu'il exerce, le vrai chrétien s’efforcera de plaire à
Dieu et de Le glorifier, faisant de son mieux, évitant l’indolence et la négligence, gagnant son
pain quotidien par son travail, si nécessaire, ne s’endettant jamais et se rappelant que tout ce
qu’il a appartient à Dieu et lui est confié pour être employé au service de Dieu (cf. Matthieu
25, 14-30 ; Luc 19, 12-27 ; Colossiens 3, 23-24 ; Thessaloniciens 4, 11-12 ; 2 Thessaloniciens
3, 10). De cette manière, en servant fidèlement le Christ, il arrivera à Le connaître et à
L’aimer toujours plus, au point que ni la persécution ni la mort ne pourront le séparer de son
Dieu (cf. Romains 8, 35-39). À mesure qu'il progresse dans la vie chrétienne, il devient, dans
sa personne, de plus en plus semblable au Christ (cf. 2 Corinthiens 3, 18 ; 1 Pierre 2, 9). Étant
réconcilié avec Dieu, sa volonté se conforme de plus en plus à celle de son Père céleste. C'est
pourquoi il reçoit de grandes joies et consolations spirituelles en dépit des épreuves et des
souffrances qu'il subit sur la terre ; et, même en cette vie, il perçoit un avant-goût des
bénédictions spirituelles qui lui sont réservées dans l'au-delà. Ce sont là quelques-uns des
résultats qu'une foi véritable et vivante en le Christ produit dans le cœur et la vie d'un homme.
Il a le courage de faire son devoir car, dans la plénitude de sa foi, il peut dire : « Je puis tout
en celui qui me fortifie » (Philippiens 4,13).

Pourtant, dans ce monde, le chrétien est encore loin de la perfection. Il reste exposé aux
tentations du monde, de la chair et du diable, et il doit lutter virilement contre elles jusqu'à la
mort. Parce qu'il a placé sa confiance dans le Christ, Satan ne peut pas le vaincre. Comme
tous les hommes, le chrétien n’échappe pas aux souffrances physiques, mais le souvenir de la
présence du Christ – qui a Lui-même porté nos maladies, qui s’est chargé de nos douleurs (cf.
Isaïe 53, 3-5) et qui a promis de demeurer avec ses serviteurs tous les jours de leur vie (cf.
Mathieu 28, 20) – lui permet d'endurer avec patience tout ce que Dieu permet qu'il lui arrive.
Il attend avec impatience une demeure meilleure au-delà de la tombe (cf. 2 Corinthiens 5, 1-
9 ; Philippiens 1, 23) et, plus encore, une joyeuse résurrection lorsque le Christ reviendra et
foulera de Ses pieds glorieux tous ses ennemis (cf. Jean 5, 21-29 ; 6, 40 ; 1 Corinthiens 15 ;
Philippiens 3, 21).

Dans le monde à venir, les vrais chrétiens connaîtront Dieu tel qu'Il est ; ils contempleront Sa
gloire et demeureront en la présence du Christ (cf. Mathieu 5, 8 ; 1 Corinthiens 2, 9 ; 13, 12 ;
Apocalypse 22, 3-41). Alors, ils posséderont la pureté parfaite et la parfaite liberté de tout
péché, ils hériteront une joie et un honneur que l’œil n'a point vus, que l'oreille n'a point
entendus [[cf. 1 Corinthiens 2, 9]], ils demeureront à jamais dans la lumière de la faveur et de
la bénédiction divines. La pensée de ces choses et de la miséricorde de Dieu qui veut sauver
les pécheurs et les amener à la sainteté et au bonheur éternel nous amène à nous associer à
l'Apôtre des Gentils qui loue Dieu en disant : « Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la
science de Dieu ! Que Ses jugements sont impénétrables, et incompréhensibles Ses voies !
Car qui a connu la pensée du Seigneur ? Ou qui a été Son conseiller ? Ou qui Lui a donné le
premier pour avoir à recevoir en retour ? Oui, de Lui, par Lui et pour Lui sont toutes choses.
À Lui la gloire pour toujours ! Amen ! » (Romains 11, 33-36).

Nous avons présenté le portrait d’un chrétien tel qu'il devrait être et tel qu’il serait s'il
observait les préceptes de l'Évangile. Souvent, nos frères musulmans mettent en opposition
cette description avec la vie de beaucoup d'Européens qu'ils rencontrent, et ils disent ensuite
que les chrétiens sont tout aussi méchants, égoïstes, matérialistes et licencieux que les adeptes
de toutes les autres religions. Pourtant, il leur suffit de réfléchir un instant pour comprendre
que cette affirmation n'est pas exacte. En premier lieu, beaucoup d'Européens ne prétendent
en aucune manière être des chrétiens. C'est une erreur grossière que de considérer que les
mots « chrétien » et « européen » ont le même sens. En second lieu, beaucoup de gens qui
professent être chrétiens ne le sont qu’extérieurement, pas du fond du cœur. Mais il faut que
le christianisme règne dans le cœur de l'homme pour qu'il puisse transformer et ennoblir sa
vie. Il est absolument faux de dire : « L'extérieur est le reflet de l'intérieur »3, sinon
l'hypocrisie n'existerait pas. Beaucoup plus sage est ce qu'a dit le poète persan : « Pour ce qui
est de leur comportement et de leur personnalité, on connaît les hommes non par leur
apparence ou par ce qu'ils disent, mais par ce qu'ils font »4.

On reconnaît le vrai chrétien à son comportement, au fait qu'il obéit à la loi du Christ. Lorsque
l'on voit quelqu’un désobéir aux commandements du Christ, comment peut-on dire que la
religion qu'il professe des lèvres est responsable de ses mauvaises actions ? Un Ghazi afghan
qui, lorsque l'une djihad est proclamée, se rue courageusement au combat et se bat jusqu'à ce
qu'il tombe mort entouré des ennemis qu’il a abattus donne un exemple de la religion de
l'islam d'un certain point de vue ; semblablement, un missionnaire et médecin chrétien qui
risque sa vie et peut-être la perdra pour essayer de guérir des gens appartement à une race et
une religion différentes qui meurent de la peste ou du choléra, celui-là montre quel est le
devoir d'un chrétien. Chacun d'eux agit conformément aux préceptes de sa religion
particulière. Mais si le Ghazi agissait comme le missionnaire médecin, s'efforçant non pas de
tuer mais de guérir dans la djihad, tout le monde dirait qu'il n'est pas un vrai musulman, pas
un vrai disciple du « prophète au glaive ». On reconnaît l’arbre à ses fruits. Si quelqu'un se
prétend chrétien et agit d'une manière malhonnête ou méchante, même ceux qui ne sont pas
eux-mêmes chrétiens diront à juste titre qu’il ne peut pas être un chrétien. Dans ce sens, ils
portent témoignage de la noblesse et de la sainteté inculquées par la foi chrétienne. C'est
pourquoi l’Apôtre dit : « Celui qui pratique la justice est juste, comme Lui-même [le Christ]
est juste. Celui qui commet le péché est du diable, car le diable pèche dès le commencement.
C’est pour détruire les œuvres du diable que le fils de Dieu a paru » (1 Jean 3, 7-8).

Contester la foi des chrétiens à cause des péchés de ceux qui désobéissent n'est guère digne
des sages. Troisièmement, même les ennemis les plus acharnés du christianisme admettent
que l'on trouve, ici et là, des vrais chrétiens qui, quoiqu’étant bien conscients de leurs propres
imperfections, sont bons, nobles, altruistes et que leur vie est un véritable témoignage rendu
au Christ. Certains d'entre eux sont à la fois missionnaires et médecins, d'autres sont
infirmières dans nos hôpitaux chrétiens, d'autres encore sont officiers dans l'armée, et on en
trouve de même dans tous les métiers et professions honnêtes. À l’heure actuelle, il n'est pas
une seule religion qui produise de telles personnalités, et nos ennemis eux-mêmes l’admettent.
Quelle autre religion a construit tant d’hôpitaux, par exemple en Inde, en Perse, en Égypte et
dans bien d'autres pays ? Quelle autre religion envoie des hommes et des femmes enseigner et
s’occuper des lépreux ? Dans quels pays autres que les pays chrétiens récolte-t-on
d’importantes sommes d'argent pour soulager la détresse des pauvres, pour nourrir ceux qui
meurent de faim chaque fois qu'une famine se produit dans une quelconque partie du monde ?
Quels sont les pays qui ont supprimé la traite des esclaves, aboli l'esclavage partout où ils le
pouvaient et se sont même lancés dans des guerres très coûteuses en argent et en hommes
pour renverser des tyrans et libérer les opprimés ?

En outre, les effets produits par la véritable foi en le Christ ne se limitent pas aux hommes et
femmes d’une seule nation, d'une seule race ou d'une seule couleur. En Inde, en Perse, en
Égypte, en Chine, au Japon et dans tous les autres pays où l'Évangile a été prêché, nous
trouvons des exemples d'hommes et de femmes qui, après mené une vie égoïste et mauvaise,
ont tellement changé depuis qu’ils sont devenus chrétiens que même leurs ennemis admettent
3 ْ
.‫ألظا ِه ُر ُع ْن َوانُ ْالبَا ِط ِن‬
4
.‫ما درون را بنكَريم و حالرا ـ نَي بِرونرا بِنكَريم و قالرا‬
qu'ils sont bons et justes et qu'ils craignent Dieu. Beaucoup d'entre eux ont été persécutés et
sont restés fidèles à leur foi jusqu'à la mort. De telles personnes sont des « lettres vivantes »
du Christ (2 Corinthiens 3, 2-3), des lettres que tous les hommes connaissent et lisent.

Malheureusement, dans certaines sectes, des chrétiens adorent, sous une forme ou sous une
autre, les saints et la Vierge Marie et vont même jusqu'à se prosterner devant des images et
des tableaux. Mais cela est contraire tant à la Torah qu’à l’Injil (cf. Exode 20, 2-5 ; Jean 14,
6 ; 1 Timothée 2, 5). Le Nouveau Testament dénonce explicitement et fermement l'idolâtrie
(cf. 1 Corinthiens 5, 10-11 ; 6, 9 ; 10, 7-14 ; Galates 5, 20 ; Éphésiens 5, 5 ; Colossiens 3, 5 ; 1
Pierre 4, 3 ; Apocalypse 9, 20 ; 21, 8 ; 22, 15). En outre, nous trouvons dans l'Ancien
Testament de nombreux exemples où Dieu a sévèrement châtié Israël précisément à cause de
ce péché. Comme de telles pratiques sont condamnées par toute la Bible, il n'est pas vrai de
dire que les chrétiens sont des idolâtres, tout comme il serait faux de porter la même
accusation contre les musulmans pour la simple raison que beaucoup d'entre eux,
contrairement à ce que prescrit le Coran, adorent les auliya 5 et d'autres personnes mortes, ou
bien, dans certains cas, des arbres ou des pierres, ou encore la Pierre Noire de La Mecque.

Le vrai chrétien est celui qui suit le Christ et qui, par sa vie et son comportement, témoigne
véritablement de Lui. Dans l'Église Visible, le Seigneur Jésus nous a Lui-même dit que de
l'ivraie pousserait au milieu du blé (cf. Mathieu 13, 24-30. 36-43). Mais aucun sage ne
confondra la mauvaise herbe avec le blé, ni le mal avec le bien. Et, pour un marchand sage et
juste, ce n’est pas parce qu’il existe des fausses pièces de monnaie qu’il va refuser d’accepter
celles qui sont authentiques.

5
[[« amis de Dieu », « rapprochés d’Allah », équivalent de « saints »]]