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Jean Nicod

La conservation des sols


In: L'information géographique. Volume 16 n°1, 1952. pp. 17-23.

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Nicod Jean. La conservation des sols. In: L'information géographique. Volume 16 n°1, 1952. pp. 17-23.

doi : 10.3406/ingeo.1952.1116

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ingeo_0020-0093_1952_num_16_1_1116
MISE AU POINT

LA CONSERVATION DES SOLS

sion; mais il peut être dégradé lentement par un


processus physico-chimique de concentration des
solsDepuis
l'agronomie
politique.
président
est devenue
dix-huit
Franklin
C'est,
et une
outre-Atlantique
enans,
D. effet,
préoccupation
Roosevelt
la lutte
aveccontre
que
lele majeure
thème
New
commença,
l'érosion
n° de1 des
Deal du
de
en
la acides ou des sels ou, plus secrètement encore, par

1933, la gigantesque entreprise de restauration du


territoire cultivable ou forestier de l'Union, territoire
que la progression effrénée des cultures, jusqu'à la
crise mondiale, avait singulièrement détérioré. Le
péril à conjurer était immense et les calamités
gigantesques se succédaient, tel l'ouragan de 1934
qui arracha 500 millions de tonnes de terre au
Nebraska et au Dakota, ou la tempête de 1938 en
Nouvel le- Angleterre, sans compter les catastrophiques
inondations du Big-Muddy, du Missouri, le « Grand
Boueux ». En 1938, des témoins eurent « l'impression
que le vent, l'eau et le sol circulaient ensemble. En
certains endroits le sol était transporté de bas en
haut suivant les pentes douces, puis emporté en
ruisseaux de l'autre côté du relief. Le sol argileux
ou sableux était transformé en boue liquide (Furon,
p. 150) (1). Ces catastrophes étaient à l'échelle du Fig. 1. Contouring et Strip-cropping.
second continent du monde. A l'échelle de la puis Mauvaise méthode; II, contouring; III, strip-cropping.
sance américaine furent les remèdes, et les bull
dozers de la Tennessee Valley Authority boulever
sèrentla topographie et le cadastre des deux Etats.
Mais ces désastres avaient frappé l'imagination des
savants et des hommes d'Etat; craignant la famine
pour leur patrie ou la pression belliqueuse d'un voisin
en quête d'espace cultivable, avec l'érosion des sols,
comme W. Vogt, ils s'inquiétèrent de « la faim du
monde ».
La conservation des sols se présenta peu à peu
comme un ensemble complexe de techniques, qui
correspond à la multiplicité des formes de dégradation
des sols.
I. RAPPEL DES FORMES D'EROSION
ET DE DEGRADATION DES SOLS
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ces
formes de dégradation que les traités de pédologie
ont depuis logtemps envisagées (Erhart) et sur
lesquelles nous possédons le complet ouvrage de
R. Furon.
Rappelons que tout sol est un ensemble complexe,
qui tient à la géologie par sa base et à la biologie
par ses horizons supérieurs. Un sol peut être érodé
par l'action violente du ruissellement ou de la
Fig. 2. Terracing.
( 1 ) Afin d'alléger le texte et les notes, la liste bibli A, Restanques (bench terraces); B et C, graded terraces
ographique a été reportée à la fin, et les noms d'auteurs y des
mentdeux
des terrasses.
types (B rétention, C déversement); D, réaligne- p
I/
renvoient.
l'action excessive ou amoindrie des bactéries de ses plus commode d'en dresser un tableau à double
couches supérieures. Dans ces deux cas, il n'y a pas entrée ( 1 ) :
d'érosion, le sol est toujours en place; en fait, ce ( 1 ) En adoptant la classification pédologiqus russe, qui
n'est plus un sol sans bactéries, c'est une roche du tient le plus grand compte des milieux climatiques et phy-
quaternaire actuel qui se forme, une couverture tosociologiques, plutôt que la classification américaine qui
morte et bientôt fossile qui s'ajoute aux strafes sous- se soucie surtout du degré d'évolution (teneur en Fe et
jacentes. Pour rappeler les différentes formes d'éro en Co, pédalfers et pédocals). Rappelons que l'Information
Géographique vient de publier une mise au point sur ce
sion et de dégradation des sols, il nous a semblé sujet, dans le n° 3 de 1951 (article de P. BRUNET).

CLASSIFICATION DES SOLS ET DES FORMES D'EROSION ET D'ALTERATION DES SOLS


Classification des sols Erosion Erosion Actions Destruction
Climats, végétation, sols par ruissellement éolienne biochimiques physico-chimique

I. Sols zonaux
Tempéré maritime.
forêts. Podzol Solifluxion. Action bactéries Podzolisation.
Landes. S. Tourb Creeping. faible, acidifi Formation d'un
cation. Ortstein, d'où
Continental froid. les marais.
Forêt. Podzol Creeping.
S. Tourb Ravinements Id. Id.
Continental à été chaud mais
arrosé.
Steppe noire. Tchernoziom Ravinements. Forte (Dust- Action des bac Impossible.
« Ovragi ». Bowls) . téries optimum.
Prairie . '. . . ? . BAD-LANDS.
Continental sec.
Steppe grise. Sols châtains et gris BAD-LANDS. Id. Limitée aux pé Efflorescence et
riodes humides. croûtes salines.
Désertique. Solontchaks.
Gris clair Excessive. Faible et sols Id:
souvent fossiles.
Tropical humide.
Forêt. Sol laréritique Dissolution. Action des bactér Accumulationdes
Creeping. Ra iesexcessive. oxydes de Fe
vinement au Destruction et d'AI. Inas
maximum. très rapide de similables.
l'humus. En
traînement des
bases.
Tropical à longue saison
sèche.
Savane. Sols rouges sur CARAPACE LATERITIQUE INDESTRUCTIBLE. Formation de la
carapace (Bo-
II. Sols azonaux wals) .
Squelettiques de montagne.
Sur sous-sols siliceux Erosion intense. Acidification.
Bad-lands.
Sur calcaire (rendzines) Ravines. Tor
rents.
Juvéniles de vallées océaniques. Formation tourbe.
» méditerranéennes Couverture par Forte.
déjections tor
rentiel es.
« Terra-Rossa
rouges méditerranéennes.
» et terres
Ruissellement.
Terres volcaniques tropicales
très fertiles. Id. Entraînement des
bases fertil
Sols juvéniles de vallées isantes.
tropicales (très noirs). Inondations fer
18 tilisantes.
Cette classification est incomplète : il convient ments; on a le temps de prendre des mesures pour
d'en étudier surtout les conditions humaines; l'acti y remédier. Au contraire, dans la zone intertropicale,
vitéde l'homme, en effet, perturbe l'équilibre que la il peut être irrémédiable : le labour, même à la houe,
nature parvient à instaurer entre le sol et la végé facilite l'érosion mécanique et, par combustion de
tation. l'humus, la disparition du complexe absorbant et
Les destructions traditionnelles, dénoncées depuis l'entraînement des bases.
des siècles, continuent d'être perpétrées, parce que Ainsi, les services de conservation du sol doivent
Iss peuples qui les commettent sont dans de telles repenser et expérimenter sous tous les climats, toutes
difficultés économiques qu'ils sacrifient l'avenir au les pratiques agricoles, même les plus simples et,
présent. Ainsi, la surcharge pastorale dans les régions apparemment, les plus inoffensives.
semi-désertiques a fait du Sahara un désert presque
total et qui tend à s'étendre. La lutte contre les
excès des troupeaux a servi de cadre aux civilisations II. — LES TECHNIQUES DE CONSERVATION
méditerranéennes; on comparera au privilège de la DES SOLS
Mesta des xvire-xvine siècles les excès des Berabers
jusqu'à l'achèvement de la pacification du Maroc. Chaque forme d'érosion ou de dégradation des sols
Depuis l'aube de l'histoire, de part et d'autre de la exige plusieurs remèdes et non un remède spécifique,
zone désertique, les incendies de forêt ont été pro appliqué avec énergie, qui pourrait produire d'autres
pagés. Si les règlements protègent, bien difficilement, maux : une irrigation trop abondante empêche l'ac
les reliques forestières des. pays méditerranéens, cal tion du vent mais provoque la formation d'une croûte.
iforniens, australiens, au milieu du maquis, de la Les méthodes de conservation peuvent et doivent être
garrigue, du chapparal et du scrub, les feux de appliquées par chaque agriculteur; cependant, lorsque
brousse dévastent toujours les savanes. La culture le mal est général, les mesures individuelles ne suf
des « lieux penchants et ardus », les essârts tempor fisent p!us à l'écarter : le fermier essayera en vain
aires et définitifs disparaissent des mc/htagnes de d'arrêter les ravines que son voisin laisserait se déve
l'Europe moyenne, mais les rays ( 1 ) continuent de lopper à l'aval. Aussi, l'intervention technique et
dévaster les forêts intertropicales, et pour toujours. financière de l'Etat est nécessaire et amène la plani
A Madagascar, la pratique du tavy a fait perdre à fication. On distinguera donc soigneusement les
l'île les neuf dixièmes de sa superficie cultivable. remèdes en eux-mêmes des systèmes planifiés qui
Au Brésil et dans les îles tropicales, les champs des intéressent également la production de courant élec
Caboclejs contribuent au ravinement. Plus graves trique, l'industrie, les transports et même le tourisme.
encore sont les destructions opérées par l'esprit de Les techniques de conservation du sol sont parfois
lucre de la civilisation moderne, dont les puissantes très anciennes : au contraire, les systèmes planifiés
machines labourent sans précaution le sol épuisé par sont postérieurs à 1933.
des cultures extensives non assolées. Dans les grandes
plaines des Etats-Unis, la généralisation des labours a) Des remèdes contre le ruissellement et le gliss
mécaniques, la monoculture d'une céréale sur d'im ement des sols sont connus depuis fort longtemps,
menses parcelles carrées, sans tenir compte du relief, parce que ces formes d'érosion, souvent violentes, se
le dry-farming, la destruction des zones forestières sont exercées au sein des régions de peuplement
ont rejeté sur la génération actuelle une suite ini dense, où se sont développées les grandes civilisations
nterrompue de calamités : extension des bad-lands, agraires. Antioche avait des cultures en terrasse
dust-bowls, inondations catastrophiques du Missour 600 ans avant J.-C; et; dès l'époque de Caton l'An*
i, etc. Dans les pays tropicaux, les destructions sont cien, le mélange des cultures et des arbres fruitiers, la
encore plus irrémédiables. Le front pionnier du Brésil coltura promiscua assurait la protection des sols. La
s'avance progressivement vers l'intérieur « comme une conquête romaine généralisa ces techniques autour
vague qui déferle, mais qui laisse derrière elle une de la Méditerranée. A la limite du Sahara, lei
économie en ruine» (P. Deffontaines) . Les planta
tionsdes forêts équatoriales, par le Clean weading, àl'irrigation
Romains,
l'époquedans
d'Hadrien,
et laune
construction
première
surent ébauche
combiner
des terrasses
dele planffication,
dry-farming;
: « l'œuvre
ont détruit pour toujours des millions d'hectares
forestiers, les concessions retournent à l'Etat « quittes de consolidation et de conservation des sols apparaît
et libres de toutes charges », en fait dénuées de nettement comme ayant été à la base de tous les
valeur (R. Furon, p. 210). travaux d'hydraulique agricole antique» (Colonel
Au cours de l'histoire, des peuples ont dégradé J. Baradez) .
volontairement les terres de leurs ennemis : les Arabes La terrasse méditerranéenne, restanque ou bancaù
en Afrique du Nord, et au Séistan, les Mongols en Provence, bench terrace des Américains, a été
«tuèrent la terre» (R. Furon, p. 77). En Chine, exportée dans tous les pays du monde avec la culture
révolutions et guerres sont marquées par la destruc de la vigne. Le rideau, si fréquent sur les collines de
tion l'Europe occidentale, consf+ue une autre forme tra
des digues, suivie des inondations les plus catas
trophiques. ditionnel e de Bench terrace; mais, à la différence
du bancaù, il n'est pas soutenu par une murette, mois
Il existe enfin des dégradations involontaires. Dans
les pays tempérés, l'épuisement du sol en bases est aménagé peu à peu par les actions combinées du
lent, et signalé par la baisse progressive des rende- creeping et du labour parallèle aux courbes de niveau
(Cf. L. Aufrère). En Chine du Nord, des rideaux
il ) Ray = culture temporaire de montagne en Indo sont découpés dans le loess; c'est à eux que s'appa
chine. A pour équivalent le caïngin aux Philippines, le rentent les terrasses à riz de l'Extrême-Orient, munies
lougan en Afrique Noire, le tavy à Madagascar, le milpa d'un rebord nécessaire à leur submersion.
:

au Mexique, le coruco au Venezuela. Le ladang de l'Indo Les Américains n'ont fait qu'adapter ces vieilles
nésie en est une forme améliorée par l'enfouissement de-
branchages verts. techniques à leurs immenses espaces et à leurs
moyens mécaniques. Quand les pentes sont faibles, la fixation préalable des dunes peut être nécessaire
ils se contentent du contouring et du strip-cropping, (par des peuplements d'oyats, de pins maritimes, de
généralement associés. Le contouring consiste à saxaoul, etc.). D'une façon générale, il y a deux
labourer suivant les courbes de niveau; les sillons sortes de remèdes contre l'action du vent : on peut,
perpendiculaires à la pente brisent la force du rui d'abord, disposer la végétation pour la lutte contre le
s el ement et favorisent la pénétration de l'eau dans vent dominant. Nous retrouvons donc ici la coltura
la terre. Le strip-cropping (culture en bandes) fait prontiscua et le strip-cropping : les bandes rési
alterner, dans les champs soumis au contouring, des stantes, perpendiculaires à la direction du vent, pro
bandes menacées et des bandes de cultures rési tègent les céréales et les terres soumises au dry-
stantes, souvent bisannuelles (trèfle, luzerne, Buffalo farming. L'enjonçage, vieux procédé de notre Lan
Grass, Dallis Grass, etc.) qui entravent l'érosion. guedoc, mécanisé aujourd'hui, permet de limiter la
Bien entendu, l'assolement s'effectue par permutation déflation dans les cultures comme la vigne qui
des bandes. exigent un sol toujours meuble. Les écrans-barrières
Le terracing américain dérive du contouring et du protègent les cultures qu'ils abritent sur une largeur
strip-cropping : labours suivant les courbes *de niveau, égale à trente fois leur hauteur. En Provence, on
réalignement des terrasses pour araser les saillants emploie pour chaque champ des claies de cannes de
du relief et combler les rentrants (fig. 2, D), cultures Provence, ou des haies de cyprès et de thuyas. Le
diversifiées. Deux raisons suffisent à expliquer l'aspect rôle du bocage sur nos côtes de l'Ouest est analogue.
des terrasses américaines : comme la place ne manque L'emploi de boisements protecteurs, pratiqué en All
pas, on peut gazonner ou reboiser toutes les pentes emagne du Nord, a été introduit par des colons
trop raides, inférieures souvent aux pentes sur le allemands en Ukraine, aux U.S.A. et au Canada,
squel es se sont édifiées nos Restanques (1); elles lorsqu'ils sont venus cultiver dans ces pays (Pro
doivent pouvoir être aménagées par des terrassements ceedings, p. 246) .
effectués au bulldozer. D'ailleurs, seule, la Californie Aujourd'hui, dans les pays neufs, de gigantesques
possède des bench terraces soutenues par des talus, boisements-barrières sont établis, sur des centaines
comme des rideaux. Partout ailleurs les agronomes de kilomètres, perpendiculairement au vent dominant;
ont construit des graded terraces, de deux types ils ont la forme de toits pour mieux résister aux
(H. H. Bennett) : ouragans; ils sont composés des espèces les plus
appropriées par leur hauteur et leur résistance à la
1 . Terrasses d'interception et de rétention de torsion (.1). Parfois, enfin, le gazonnement général,
l'eau; avec des plantes adaptées à la sécheresse, s'avère
2. Terrasses d'interception et de déversement de nécessaire.
l'eau; La seconde catégorie de procédés vise à l'humidi
les premières s'employant dans les régions les plus fication du sol. Sans irrigation, le dry-farming peut
sèches. être perfectionné, comme au Texas et au Colorado,
Le Terracing exige souvent la lutte préalable par la construction de terrasses horizontales, level
contre les bassins torrentiels (gully control). On terraces, séparées par de profonds sillons qui faci
emploie là les traditionnels barrages en terre, fascines litent la pénétration de la pluie dans le sol. Les
et maçonnerie, modernisés, par l'emploi des grillages méthodes d'irrigation sont variées : par submersion,
et des rails. Comme dans nos montagnes, la lutte par arrosage (siphons en matière plastique aux
contre la torrentialité dans les bads-lands doit être U.S.A.) ou par tubes poreux souterrains. L'irrigation
accompagnée d'un gazonnement systématique, de souterraine, que les Chinois ont pratiqué de tous
l'expulsion générale des moutons et chèvres, et, si temps avec des gouttières de bambou dans le loess du
possible, du reboisement. Chan-Si, constitue le procédé le plus sûr; le chevelu
La forêt constitue le meilleur remède à l'érosion radiculaîre des plantes est mieux développé, ce qui
des pentes. La futaie retient jusqu'aux trois quarts facilite à la fois leur croissance et la lutte contre la
des précipitations, et le pouvoir érosif des gouttes déflation; la quantité d'eau nécessaire s'adapte
d'eau y est très diminué. Bien plus, les mousses et rigoureusement aux besoins de la végétation et, si
la couverture morte peuvent absorber sept fois leur on maintient une couche superficielle meuble, les
poids d'eau (Bordas), et suppriment le ruissellement. processus ascendants perdent de leur valeur. Ainsi
Enfin, la lutte contre l'érosion violente des rivières et est évité le grand inconvénient de l'irrigation : la
des fleuves doit être conjurée par l'édification de remontée en surface des sels et la formation d'efflo-
barrages réservoirs dont le fonctionnement permet de rescences (cf. Bordas)
réduire les inondations à l'aval et d'amener l'inhibi
.

tionprogressive de l'érosion torrentielle à l'amont. c) La lutte contre les dégradations biologiques et


chimiques des sols s'effectue en général par des asso
b) La lutte contre l'érosion éolienne intéresse sur lements, rotations de cultures qui intègrent de nom
tout les vastes plaines steppiques au climat conti breuses pratiques. Ainsi dans la rotation classique
nental ou les savanes à saison sèche longue; et, p!us betteraves-blé-plantes fourragères, la première sole
localement, des plaines méditerranéennes ou des côtes représente les labours profonds qui entravent la
océaniques soumises à des vents très violents. Parfois,- podzolisation, l'apport maximum d'engrais et le sar-

( 1 ) Un type de barrière comporte en Amérique, Je


l'avant à l'arrière : Caragana (arbuste caucasien qui donne
établir
pente
deux
mètres
plus
« graded
une( 1 égales
)distance
mètres
Enune
desurterracss
Provence,
haut.
àmuraille
deshorizontale
de Au
12°, pentss
»large,
lesque
par
contraire,
les
talus
toise
àsur
soutenues
anciens
de45°
ayant
41des
deononpieds.
pente,
alors
règlements
ne
pentes
trouve
parprévoit
5quelle
des
pieds
inférieures
desmurs
aux
obligsaient
que
deferrasses
U.S.A.
haut
soit
de oucette
deux
pour
des
ceà
au des fourrés épais), genévriers, oliviers de Russie, frênes
(Fraxinus exelsior L.) qui, par leur hauteur et leur rési
stance maximum à la torsion, forment le faîte du toit,
:

ormes, hackbsrry ou cerises d'angoisse, des pins (Pinus


20 ponderosa) et divers arbrisseaux.
clage; la troisième sole l'enrichissement en bactéries carrés, pour préserver la merveilleuse vallée de
et la restitution d'azote au sol. Yellowstone. Plus tard, l'activité touristique encou
Dans les pays froids et tempérés maritimes, dans ragea la constitution de ces musées de la Nature
les montagnes, le nombre des bactéries doit être (21 actuellement).
augmenté par l'apport de fumier et par la culture Avec la crise mondiale et le programme Roosev
des légumineuses. Au Turkestan, des sols fossiles ont elt(1), commença véritablement la lutte pour la \
pu être réensemencés en micro-organismes. Dans les protection des so's cultivés, sous la direction des
pays intertropicaux, il faut, au contraire, limiter la ingénieurs du SOIL CONSERVATION SERVICE. En
combustion trop rapide du carbone de l'humus : ce 1933, fut commencé la T.V.A. (Tennessee Valley/
sont des branchages verîs que les Indonésiens Authority) où reconstruction agricole et développe- \
enfouissent dans leurs ladangs (mêmes pratiques en ment industriel sont combinés. Dans les deux États
Afrique orientale, cf. P. Gourou, p. 101); dans les du Kentucky et du Tennessee, particulièrement frap
plantations, tous les résidus des cultures sont en pés par la crise du coton, la mévente du maïs fet
terrés. Dans les pays à podzolisation intense, les l'érosion des sols. Contre celle-ci, 6 millions d'acres
labours mécaniques profonds sont nécessaires (mais (14.800 kilomètres carrés) furent préalablement
attention au ruissellement !); les sols tourbeux sont gazonnés et reboisés; de gigantesques barrages le
drainés; parfois, on doit crever l'ortstein (alios des long de l'Ohio, du Tennessee et de leurs affluents,
Landes) . Les sols salins sont utilisables, avec une réduisirent l'importance des crues et rendirent ces
irrigation superficielle préalable de dessalement. Dans rivières navigables. La protection des sols arables fut
les plantations en forêt équatoriale, les grands arbres réalisée par le contouring et le terracing; en même
de la sylve restent en place, pour empêcher, par leur temps, le strip-cropping contribua à la fois à la lutte
ombrage, le durcissement des argiles latéritiques. contre l'érosion et à la restauration agricole des deux
A côté des assolements à cycle court (dans le Etats, par substitution de la polyculture à des cultures
détail desquels nous ne saurions entrer), l'extension dévastatrices et ruinées.
des herbages exige maintenant, en France, la génér Dans l'Ouest, des ensembles de moindre impor
alisation du vieux système vosgien de la fourrière tance combinent le développement de la production
(remise en culture de temps en temps pour aérer la hydroélectrique et de l'irrigation. La construction du
terre, l'enrichir en bactéries, combattre la podzoli barrage de Grand Coulee a été suivie par la mise en
sation). La conservation des Landes serait liée à un valeur du bassin de la Columbia : irrigation et poly
cycle long forêt-prairies-vignes (L. Gachon), l'ass culture sont substituées à une maigre économie pas
èchement et le dessalement de la Camargue nécessite torale et au dry-farming. En Californie, le système
la rotation riz-prairies artificielles-vignes. Dans les de la Central Valley est en achèvement. L'énergie
pays intertropicaux, sauf sur les alluvions des vallées fournie par le barrage de Shasta permet de pomper
où des cycles très courts, même annuels, s'emploient les eaux du Sacramento dans un canal de ceinture
(riz-soja par exemple), la rotation cultures sous pour irriguer la vallée du San-Joaquim et la région
forêt-végétation naturelle exige des étendues consi de Los Angeles.
dérables. Dans les systèmes les plus modernes, les Dans les grandes plaines, la lutte contre la torren-
pratiques culturales ressemblent singulièrement à tialité et les dust-bowls a commencé dès 1933 par
notre « conversion en futaie ». Dans les plantations la correction des torrents et l'établissement de bar
de Malaisie « le défrichement est réduit au minimum rières forestières pour 2 milliards de dollars. La
nécessaire, à la mise en terre des hévéas, la végétat guerre a interrompu ces travaux et augmenté les
ionoriginelle est ensuite progressivement sélec dangers avec l'extension rapide des emblavures
tionnée, de manière que les. plantes les plus favo ( inondations de 1942, 1943, 1944). Avec la Recon
rables soient seules conservées. On passe ensuite avec version a été mis en chantier le gigantesque plan de
des transitions continues de la forêt originelle à la la M.V.A. (Missouri Valley Authority). Les mésent
plantation d'hévéas actuelle avec sous-bois » (P. Gour entes entre Etats, puis la guerre de Corée, ont
ou, p. 167). retardé les travaux de la M.V.A., ce qui vient de
se traduire par la terrible inondation des 9-1 1 juillet
III. — LES SYSTEMES DE CONSERVATION 1951 (1 milliard de dollars de dégâts).
DU SOL B) C'est à l'exemple des U.S.A. que les Pays
Neufs ont lutté contre l'érosion des sols. Partout ont
La lutte contre la "destruction des sols se présente été créés des parcs nationaux : les douze parcs du
donc sous une multitude d'aspects et avec une Canada, le célèbre parc national Krijger et le parc
variété remarquable de pratiques millénaires ou du Drakensberg, dans l'Union Sud-africaine, les
modernes. Ce qui est nouveau, c'est l'organisation de réserves naturelles d'Australie, d'Uruguay, Argent
ces pratiques en systèmes, sous la direction d'instituts ine,etc. Tous ces pays ont adopté les méthodes du
et d'ingénieurs spécialisés, et la mise en œuvre des Soil Conservation Service des U.S.A.
planifications générales. L'U.R.S.S. a prévu un gigantesque plan de boise- a f \*V(
ments-barrières dans la steppe ukrainienne, réali-
A) Les Etats-Unis, Jes plus frappés» par l'érosion sable en quinze ans (1951-1965) : quatre grandes *% ,1J*
des sols qu'ils avaient longtemps gaspillés, se sont barrières forestières prépareront la transformation de
lancés, les premiers, dans la réalisation des systèmes la steppe en bocage à grandes mailles (P. George) (2) .
planifiés.
Mais, bien auparavant, ils avaient dû prendre des (1) BUCHANAN, «amendement 1929». Constitution du
mesures de protection intégrale de la Nature, contre «Soil Erosion Service», 1933. Constitution du «Soil Conser
l'ardeur dévastatrice de leurs pionniers. Dès 1 872, vation Service », 1935.
un National Park fut constitué sur 9.000 kilomètres (2) « Plan stalinien de transformation de la Nature », <*«
imite en Hongrie. /.y
L'importance des systèmes d'irrigation dans les pays millénaires la plantation de 500 millions de jeunes
Ç de la Volga, en Transcaucasie et au Turkestan est arbres a été prévue pour la seule année 1950
V écrasée par la réalisation du Plan Davydoff de détour- (J. Chesneaux) .
jnement des fleuves sibériens pour la mise en culture
/des semi-déserts aralo-caspiens. D) C'est dans les pays intertropicaux que l'œuvre
de conservation des sols est la moins avancée au
C) Les vieux pays d'Europe et d'Extrême-Orient regard d'une économie infiniment destructrice.
n'ont point de projets aussi vastes parce que de En raison de leur densité, les pays de l'Asie des
sages précautions y ont été prises depuis des siècles, moussons ont cependant dû prendre des mesures de
ou, parce que, comme dans les montagnes méditerra protection du sol. Grâce à leurs traditions, les services
néennes, le mal est consommé. On rappellera d'abord agricoles hollandais ont organisé les premiers, en
l'œuvre ancienne et actuelle des ingénieurs hollandais Indonésie, la lutte contre l'érosion (barrages, ter
dans l'assèchement des marais et les réalisations du rasses) . En Malaisie, les plantations d'hévéas ont
Second Empire. Plus récemment, Anglais et Irlandais abandonné le clean-weading pour une agronomie
tropicale savante. La grande péninsule hindoue met
en œuvre, avec le Plan de Colombo, la- lutte contre'
l'érosion des sols. Au Pakistan, le nouveau système
d'irrigation comporte des mesures générales contre le
ravinement et la torrentialité; à Ceylan, la construc
tion de grands barrages hydroélectriques s'accom
pagnede la correction des torrents. Mieux encore
l'Union Indienne met en chantier des plans ana
logues à la T:V.A. pour la restauration systématique
des bassins fluviaux. Les trois principaux projets sont
ceux de la vallée de la Damodar, de la rivière
Mahanadi retenue dans le réservoir d'Hirakud et du
Bhakra et Nagal (The Colombo Plan). Les deux
premiers ensembles, situés à l'Ouest de Calcutta,
visent particulièrement la restauration de l'agricul
ture dans le Bihar riche de possibilités industrielles
mais dégradé par l'érosion des sols; le troisième amé
nage la région sèche du Sutlej, au Nord-Est de
Delhi, pour y installer des réfugiés venus du Pakistan.
Sous l'impulsion des U.S.A. (Conférence inte
raméricaine de Denver, 7-20 septembre 1948), les
Etats d'Amérique Centrale et du Sud ont commencé
à prendre des mesures pour la conservation du sol.
Fjg. 3. — Procédés de lutte contre le vent. Partout l'exploitation des forêts a été réglementée,
I, Dans les plaines du Bas-Rhône; II, coupe à travers des parcs nationaux et des réserves ont été const
une barrière forestière aux U.S.A.; Ill, divers types d'irr itués. Ainsi, l'Equateur a limité les coupes, interdit
igation et level terraces. les incendies de forêt, créé des réserves, institué une
fête de l'Arbre. Mais la protection des sols cultivés
ont lutté contre l'acidification du sol, et le gouverne est peu avancée; seul le Mexique entreprend des
ment hitlérien essaya de coloniser tourbières et planifications : le projet de Papaloayan combine la
landes. Dans les pays méditerranéens, les problèmes lutte contre les torrents et l'érosion du sol, le déve
de l'irrigation viennent en tête, mais ils sont souvent loppement de l'agriculture, de l'énergie hydro-élect
liés au drainage des marais côtiers insalubres et à la rique et de l'industrie; le plan d'adduction d'eau à
lutte contre la torrential ité qui engrave les retenues. Mexico inclut la conservation des sols dans les vallées
On a ainsi la bonification intégrale italienne, la lutte de Mexico et de Toluca (Proceedings).
contre l'érosion et le développement des barrages en Le retard de l'Afrique en matière de conservation
Afrique du Nord, la planification partielle de la basse du sol provient non seulement de l'importance des
vallée du Rhône, Camargue comprise. problèmes sociaux, les mêmes qu'ailleurs (comment
Dans les pays d'Extrême-Orient, la patience du faire renoncer l'indigène à des pratiques millé
paysan, tournée vers la conservation du sol, est pro naires?), mais surtout de la complexité des pro
verbiale : irrigation, drainage, endiguement, construc blèmes politico-économiques (comment les Européens
tion des terrasses, assolements, fumures, tout est limiteront-ils leurs propres dévastations?). Cepend
méticuleusement soigné. Les Japonais, amoureux de- ant, les gouvernements ont pu assez facilement
leurs arbres, ont conservé la parure forestière de leurs constituer des réserves : au Congo Belge le célèbre
îles (67 p. 100 de la surface); dès 1781, ils avaient parc national Albert s'étend sur 800.000 hectares,
engagé un ingénieur hollandais pour construire des des rives du lac Kivu aux glaciers du Ruwenzori,
digues et reboiser; depuis 1897, ils ont étendu syst onze réserves -ont été délimitées à Madagascar, des
ématiquement les bois dans l'archipel et dans ses zones forestières classées en A.O.F. Mais la lutte
dépendances. Ainsi, les collines de Séoul se voyaient contre la dégradation des sols cultivables n'est que
recouvertes d'une forêt protectrice (cf. R. Furon) . localement l'objet des précautions des indigènes
Eh Chine, le gouvernement de Mao-Tsé-Toung vient (Ouganda-Kenya) et des planteurs (colons allemands
'

de mettre sur pied un plan de lutte contre la torren- du Cameroun occidental). Les administrations se
tialité (correction de la rivière Yi), d'irrigations et bornent à la propagande, seule la commission de
de reboisement. Dans ce pays déboisé depuis des l'érosion en Rhodésie du Sud a fait exécuter, pour
protéger les terres arables, 2.500 kilomètres de talus. l'augmentation démographique favorisée par les
Parmi les petites îles volcaniques tropicales, si expo Européens, et la stérilisation latéritique aidée aussi
sées aux typhons qui font crouler leur sol fertile, par eux ? Seules les planifications générales per

'
seules deux dépendances américaines, Porto. Rico et mettent de lutter contre l'érosion et la dégradation
les îles HawaV ont construit systématiquement des des sols lorsqu'elles ont atteint des contrées entières.
bench terraces pour leurs spéculations fruitières. Les pays neufs tempérés, avertis par d'immenses
Ainsi la conservation du sol, presque statique dans désastres, mais riches de possibilités industrielles,
nos vieux pays où les techniques ancestrales ont peuvent, comme les Etats-Unis, reconstruire leur
patiemment cherché un équilibre entre le sol et pays. En pourra-t-il être de même des pays tro
l'exploitation agricole, est devenue dynamique dans picaux, où la mesquinerie des moyens effraie devant

.
les pays neufs qui avaient soumis brusquement un la rapidité de la destruction, alors que la population
sol vierge aux cultures extensives et mécanisées. Que augmente ? Ainsi, une lourde inconnue pèse sur
dire des pays tropicaux où se livre une course entre l'alimentation de l'humanité.
J.'NICOD.
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