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Revue de botanique appliquée et

d'agriculture coloniale

A propos de l'Acajou blanc de la Côte d'Ivoire


Auguste Chevalier

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Chevalier Auguste. A propos de l'Acajou blanc de la Côte d'Ivoire. In: Revue de botanique appliquée et d'agriculture coloniale,
8ᵉ année, bulletin n°79, mars 1928. pp. 207-211;

doi : https://doi.org/10.3406/jatba.1928.4599

https://www.persee.fr/doc/jatba_0370-3681_1928_num_8_79_4599

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A propos de l'Acajou blanc.de la Côte d'Ivoire.

Par Aug. CHEVALIER.

M. Aubreville, Inspecteur des Eaux et Forêts, vient de publier une


note intéressante (1) sur l'Acajou blanc {Khaya sp.) de la Côte
d'Ivoire, nouveau bois ressemblant à l'Acajou, mais de teinte plus claire
dont l'exploitation a été commencée sur certains chantiers de cette
colonie. L'arbre est incontestablement une Méliacée du genre Khaya.

Le port est celui de l'Acajou de la Côte d'Ivoire ou Acajou de Bassam (K.ivo-


renxis) ; mais l'écorce du tronc est entièrement lisse et blanchâtre, même chez
les gros arbres. Le bois à l'état frais est blanc-rosé, beaucoup plus pâle que celui
du K. ivorensis. Les feuilles sont aussi plus grandes, le rachis a couramment
15 à 20 cm. de long. Les folioles ovales au nombre de 7 dont 3 par paires sont
surtout beaucoup plus grandes et plus larges et mesurent courammeni8-15cm.
de long X i - 8 cm. de large; elles sont arrondies au sommet et terminées
brusquement par un très court acumen. Nervures secondaires 6 à 8 paires.
Capsules subsphériques blanchâtres ordinairement dO cm. X 8 cm. toutes à
5 valves.

L'Auteur émet l'hypothèse que ce Khaya semble devoir être


rapproché du K. grandis exploité par les Anglais de la Nigeria.
Cet Acajou est connu des indigènes sous le nom de Ira, sur le Mafou,
et par les exploitants de l'Agniéby sous les noms de M' Poié ou M' Pohé.
Ce serait le Krala du Bas Sassandra.
Les exploitants européens le désignent sous le nom de Acajou blanc,
Acajou à peau lisse, ou Acajou Claa, du nom de l'exploitant qui a
été un des premiers à l'abattre sur ses chantiers de l'Agniéby.
M. Aubreville donne des renseignements très détaillés sur la
répartition de ce Khaya à la Côte d'Ivoire. Il ne se trouve pas sur la Côte,
au moins dans la région centrale desservie par le chemin de fer, mais
il apparaît environ à hauteur d'Agboville à 80 km. de la mer.
Dans les chantiers Claa sur l'Assouby, il est mélangé à l'Acajou de
Bassam dans la proportion approximative de quatre Acajous blancs
pour un Acajou de Bassam. Plus au Sud, sur le Mafou, tout est
Acajou de Bassam au bord de la petite rivière et dans les vallées aboutis-

(1) Bulletin mensuel de l'A yen ce économique de l'A. 0. F,, 8ft année, n° 83,
nov. 1927, p. 245-248.
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santés. Sur les pentes, l'Acajou blanc apparaît et en se rapprochant de


la route d'Abengourou vers le Nord, sa proportion vis-à-vis de l'Acajou
de Bassam ressort de quatre à un (pour s'élever encore sous les anciens
chantiers Bernard de l'Assouby). En remontant le cours du Mafou,elle
diminue au contraire et FAcajou blanc disparaît complètement. Sa
limite sud se relève en allant vers l'E. il existe à l'exclusion de l'autre
dans la zone réservée de Bongouanou. C'est aussi le seul Khaya de
Tiassalé, Divo, Lakola.
Vers l'W, il se rapproche de la mer : sur la rivière Bobo, à l'W de
Lakou, à quelques km. de la mer, V Acajou blanc domine par rapport
à l'espèce de Bassam. Il est aussi assez répandu dans le Cercle duBas-
Sassandra et y est activement exploité. L'Acajou blanc subsiste sur le
San Pedro, pour disparaître plus à l'W à Tabou. Quant à l'Acajou de
Bassam, il ne dépasse pas Fresco vers l'W.
L'Auteur donne ensuite des renseignements plutôt pessimistes sur
l'avenir de l'exploitation de l'Acajou ordinaire dit de Bassam, c'est-à-
dire K. ivorensis. « Déjà il apparaît, écrit-il, que l'aire de l'Acajou
ordinaire est restreinte, eu égard à l'étendue totale de la forêt de la Côte
d'Ivoire. Il est probable qu'exception faite de la zone réservée du Co-
moé, la majeure partie de la forêt à Acajou ordinaire est déjà mise en
exploitation ou du moins concédée à l'exploitation. Cette aire de
l'Acajou semble ne s'étendre que sur une partie des cercles de Lahou, de
l'Indénié, de l'Agniéby et des Lagunes et englobe complètement ceux
de Bassam et d'Assinie. »
Ainsi donc, dans cette zone la plupart des porte-graines de cette
espèce ont déjà disparu ou sont appelée à disparaître, puisque les
territoires où vit l'espèce sont concédés. Quand se décidera- t-on à faire
des plantations de cet arbre précieux, plantations forestières réelles,
n'existant pas seulement sur le papier, semblables aux plantations de
Teck de Java, dont le bois n'est pas plus précieux que celui de l'Acajou
de Bassam?
Mais revenons à Y Acajou blanc. La description très complète qu'en
donne M. Aubreville nous a permis de reconnaître une espèce que
nous avions déjà remarquée à la Côte d'Ivoire, et que nous avonsnaguère
signalée sous le nom de Khaya agboensis A. Chev. Explor. Bot.
Afrique Occidentale, I, 1920, p. 116.
Tous les caractères donnés par M. Aubreville concordent avec notre
plante, sauf toutefois que le spécimen que nous avons vu portait à la
fois des capsules à cinq lobes et d'autres à quatre lobes. Mais des
variations analogues sont connues dans d'autres espèces de Khaya. Nous
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avons décrit le K. senegalensis var. spectabilis A.. Ghev. qui a des


capsules les unes à 4, les autres à 5 lobes; de même le K. ivorensis
quadrifida A. Ghev. a une partie de ses fruits à -4 lobes, alors que le
K. ivorensis type est à 5 lobes.
Je retrouve dans mes notes (i) une description de l'arbre qui cadre
tout à fait avec la description publiée par M. Aubp.eville. Je la
reproduis ci-après :

Khaya agboensis A. Chev. — Arbre avec des épaississements ailés à la


base, s'élevant de 25 m. à 3b ni. de hauteur, à tronc de 0 m. 80 à 1 m. de diam.
long de 10 à 15 m. Sans branches et parfois bifurqué à quelques mètres
seulement au-dessus du sol.
Ecorce mince, blanchâtre à l'extérieur, rougeâtre sur la tranche.
Bois d'un blanc légèrement rosé, avec de jolis dessins.
Rameaux de dernier ordre souvent très courts (1 à 2 cm.) et réunis par petits
groupes de 2 à 5 à l'extrémité des branches, jamais eftilés comme dans K.
ivorensis, robustes (6 à 8 mm. de diamètre) à écorce lisse.
Feuilles insérées à l'extrémité des rameaux, robustes, longues de 20 à 30 cm.
pétiole compris, portant ordinairement 3 paires de folioles (rarement 2 paires
et une foliole terminale) opposées ou subopposées, longuement pétiolulees (pétio-
lule robuste de 10 à 15 mm), entières, peu ondulées sur les bords, coriaces,
épaisses, d'un vert sombre en dessus, pâles en dessous, obovales, obovales-
elliptiques ou oblanceolées, toujours cunéiformes à la base, très brusquement
terminées par un large acumen obtus très court, parfois arrondies ou même
émarginées, longues de 7 à 12 cm. sur 3 cm. l> à 7 cm. 5 de large, toutes
semblables ou la paire inférieure plus petite. Nervures latérales I : 5 à 7 paires, à
peine saillantes en dessous, saillantes aussi et bien visibles en dessus. Nervures
latérales 11 : très fines, obliques, orientées dans tous les sens, formant des
réticules peu apparents. Fruits subsphériques ligneux, se divisant à maturité en
5 lobes et souvent aussi en 4 lobes, à paroi ligneuse mince, d'un blanc cendré
à l'extérieur.
Côte d'Ivoire, dans la forêt, assez rare. Agboville, environs du pont du Chemin
de fer, km. 83, 8 novembre 1909 (en fruits jeunes).

Enfin à la date du 2 décembre 1909, j'ai consigné encore dans mes


données les notes suivantes :

{[) Mon ouvrage sur les Bois de la Côte d'Ivoire, publié à la suite de mon voyage
de 1906-1907 ne donne qu'un aperçu très incomplet des espèces ligneuses qui
constituent la forêt. J'ai séjourné en 1909 en diverses parties de la forêt tant au N qu'au S
et l'ai traversée dans toute sa largeur, tn'attachant surtout à étudier les arbres qui
m'avaient échappé au premier voyage.
On trouvera la liste des espèces rencontrées avec leurs localités dans Explora-
lion botanique, mais mes notes forestières de ce voyage, de beaucoup les plus
importantes, sont restées inédites.
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« Le K. agboensis est assez commun dans la forêt entre Bongoua-
nou et Andé (Morénôu). Ce Khaya paraît exister dans le Nord de la
forêt de la Côte d'Ivoire à l'exclusion du K. ivorensis. Au dire des
indigènes il se rencontre aussi dans l'Atlié et l'Indénié. Les indigènes le
nomment Donkourou (agni du Morénou). Il est connu des coupeurs de
billes sous le nom à? Acajou blanc.
Cet Acajou était, en effet, connu et exploité des coupeurs dès 1909,
mais il était peu recherché ; il dépréciait les lots d'Acajou de Bassam,
aussi la plupart des exploitants ne le coupaient pas. C'est un des plus
anciens coupeurs d'Acajou de la Côte d'Ivoire, M. Picard, qui me fît
connaître cette espèce ; lui-même avait renoncé à l'exploiter.
Je me suis demandé comme M. Aubreville si l'Acajou blanc ou
K. agboensis ne devait pas être rattaché à l'une des espèces de l'W
africain décrites par les botanistes anglais. Ces espèces sont :

K. grandis Stapf Kew Bull. (1908).


K. Punchii Stapf Kew Bull. (1908 et 1912) p. 92.
K. grandifolia Thomson Col. Rep. Miss. N°51, p. 4,6,87 (1908) nomennudum.
Les botanistes allemands ont, de leur côté, décrit venant du Cameroun :
A", euryphylla Harms, K.'aMilbrœdii Harms (1917).

Le K. grandis Stapf est un arbre de la Nigeria du Sud et du


Cameroun que j'ai récolté à Old Calabar et je l'ai rapporté à tort dans
Exploration botanique à K. Klainei ?
Il est à remarquer que K. grandifolia Thompson est synonyme de
K. grandis ; c'est aussi à la Nigeria qne Thompson l'a découvert.
Quant au K. kissie?isis A. Chev. Explor. Bot., p. 117, il s'identifie
complètement ainsi que j'ai pu le vérifier depuis la publication de mon
livre avec K. Punchii Stapf du Lagos, espèce décrite antérieurement.
Reste l'Acajou blanc ou Khaya agboensis que je n'ai pu rattacher à
aucune des espèces énumérées ci-dessus.
Il a pourtant déjà été signalé à la Cold Coast. H. N. Thompson dans
son Rapport sur les Forêts de la Gold Coast (Colonial Reports Mis-
cellan, n° 66, 1910) mentionne dans les forêts situées au S W de
Coumassie, à la limite de la forêt dense p. 58 un grand Khaya dont
l'écorce et le bois sont de couleur claire et qui forme à la limite de la
forêt dense dans la partie où les arbres perdent en partie leurs feuilles
une des espèces dominantes, alors que l'Acajou ordinaire de la Gold
Coast (que Johnston considérait comme une espèce nouvelle, mais qui
a été reconnu depuis par T. F. Chipp comme étant K. ivorensis)
n'existe là qu'en petite quantité.
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A la page suivante de son rapport, Thompson donne d'intéressants


renseignements sur ce Khaya blanc; nous croyons utile de les Ira-
dure : « Le nouveau White Mahogany (le Kwabaho des Ashantis)
constitue une grande découverte; c'est actuellement la quatrième
espèce de Khaya connue de moi. Il est très commun dans les parties
les plus sèches (the drier portions) des mixed deciduous forests (1).
Il fournit un bois des plus précieux. C'est aussi l'espèce la plus
caractéristique de ce sous-type de forêt ».
Enfin Thompson identifie son White Mahogany avec Khaya antho-
theca C. DC, espèce décrite sur des spécimens provenant de l'Angola.
Il figure (PL IV) ce Khaya anthotheca qui semble en effet identique
à notre K. agboensis.
Khaya anthotheca (Wehvitsch) C. DC. in DC. Monogr. Phanerog.
I, p. 721 (1878) = Garretia anthoteca Welw. est un grand arbre des
districts de Golungo Alto et Dembos dans l'Angola, atteignant jusqu'à
20 mètres de haut avec un tronc de 1 m. 30 de diamètre, à feuilles
5-10 juguées, caduques au moment de la floraison, les folioles sont
obovales-obtuses, sèches-coriaces, brièvement cuspidées-mucronulées
au sommet, àbase subaiguë ou obtuse; les fleurs et les fruits sont
tétramères. Ce fut la deuxième espèce connue de Khaya.
Son existence à la fois dans l'Angola et dans l'ouest africain au nord
du Golfe de Guinée n'a pas lieu de nous surprendre puisque diverses
essences des régions forestières situées au sud du Bas-Congo ont été
retrouvées par nous dans la forêt de la Côte d'Ivoire (2).

(1) Les forestiers indiens donnent ce nom aux forêts tropicales où vivent en
mélange des arbres à feuilles caduques et des arbres à feuilles persistantes.
Thompson a été le premier à montrer que ce genre de forêt se rencontre en
Afrique Occidentale, à la limite Nord de la forêt dense et même en pleine forêt
dense là où il existe des portions en relief où le sol est asséché pendant plusieurs
mois.
(2) Au moment où cette note était composée, j'ai été informé par M. Hutchin-
son que mon K. agboensis s'identifiait en effet avec l'Acajou blanc trouvé par
Thompson à la Gold Coast et que ces deux plantes appartenaient au K.
anthotheca DC. Quant aux K. Punchii et K. kissiensis, ils doivent être rapportés d'après
M. HuiGHiNSON au K. grandifoliola DC. que j'avais découvert dans l'Oubanguien
1902. M. Hutchison a observé dans nos récoites de la Côte d'Ivoire un quatrième
Khaya, le K. caudata Stapf connu auparavant seulement à la Nigeria du Sud.