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Droit fondamental

à l’éducation :
une école pour tous,
un droit pour chacun
Rapport droits de l’enfant 2016

Face au droit, nous sommes tous égaux


Droit fondamental
à l’éducation :
une école pour tous,
un droit pour chacun
Rapport droits de l’enfant 2016
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

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Avant-propos

L
e présent rapport, qui est le En outre, il a été retenu de ne pas traiter
premier à être consacré aux l’ensemble des droits des enfants au sein de
droits à l’éducation depuis la l’école, tels que le droit à être protégé comme
création d’une autorité indépen- toute forme de violence, ou le droit à parti-
dante chargée de défendre les cipation et expression… Vaste sujet pour
droits des enfants, a pris le parti lequel l’intervention du Défenseur des droits
de se concentrer sur l’école, et en particulier est régulièrement requise et qui méritera
l’école publique. ultérieurement des développements appro-
fondis. En revanche, la mise en œuvre
Ce choix ne signifie toutefois pas que le
effective du principe de non-discrimination
Défenseur des droits ne soit pas conscient
contenu dans la CIDE a irrigué l’ensemble
de l’importance, au-delà de la scolarisation
des travaux d’élaboration du rapport.
formelle, de tous les autres lieux ou espaces
dans lesquels les enfants vont pouvoir De manière plus précise, plusieurs questions
bénéficier de processus d’apprentissage et ont été écartées, soit qu’elles aient déjà donné
d’expériences de vie en société tout aussi lieu à des recommandations ou rapports
essentiels pour leur permettre d’acquérir spécifiques de l’institution, soit qu’elles néces-
confiance en soi et en les autres, et de sitaient des travaux complémentaires, soit
développer leurs talents et leurs capacités. qu’elles étaient engagées mais non abouties :
Citons en particulier l’action des mouve- à titre d’exemple, l’accessibilité des locaux
ments d’éducation populaire et de jeunesse. scolaires, le passage de l’enseignement privé
à l’enseignement public, ou le numérique.
Mais il a semblé prioritaire de traiter les
sujets ressortant le plus fréquemment des Enfin, sur la forme, un glossaire des sigles et
saisines reçues par l’institution relatives aux acronymes figure en annexe du rapport.
difficultés de scolarisation des enfants, leur
Ajoutons que les termes de «  enfants en
nature et leur contenu, afin d’être en mesure
situation de handicap », « enfants porteurs de
de faire progresser l’effectivité des droits des
handicap » et « enfants handicapés » seront
enfants par des recommandations concrètes
employés indifféremment dans le texte.
et opérationnelles.

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Sommaire
Édito 6

Droit à l’éducation : l’activité du Défenseur des droits 10

1ère partie : L’égalité des droits devant l’école 19


Chapitre 1. Le droit à accéder à l’école 20
I. Les conditions de l’inscription scolaire 20
A. L’information des familles 21
B. Les obligations des Maires 22
C. Les obstacles rencontrés 23

II. L’impact de la précarité de logement et d’hébergement 29


A. Les enfants sans logement ou mal logés 29
B. Les enfants vivant dans des campements 32
C. Les enfants du voyage 34

III. Les difficultés rencontrées par les enfants étrangers 36


A. Des délais d’affectation longs pour les enfants allophones 36
B. Des atteintes spécifiques à la scolarisation des mineurs non accompagnés 38

IV. L’accès aux transports, cantine, activités périscolaires 39


A. L’accès au transport des enfants vivant dans des bidonvilles 39
B. L’accès à la cantine et aux activités périscolaires 40

Chapitre 2. Le droit à être accompagné dans sa scolarité 45


I. Les enfants handicapés 47
A. Le droit à une école de référence 48
B. Le droit à un parcours scolaire continu et adapté 52
C. Le droit à un accompagnement spécifique 55

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II. Les élèves à haut potentiel intellectuel 59


III. Les élèves allophones nouveaux arrivants  61

2ème partie : L’égalité des droits dans et par l’école 67


Chapitre 1. L’école et les inégalités sociales et territoriales 69
I. Le poids de l’origine sociale et du lieu de résidence des élèves 70
A. Des inégalités de réussite entre académies 71
B. De la ségrégation résidentielle à la ségrégation scolaire 72
C. Des inégalités de ressources entre territoires 75

II. L’orientation scolaire comme mécanisme d’exclusion 82


III. Le combat contre le décrochage scolaire 88
IV. Le droit à l’éducation hors obligation scolaire 91
A. La maternelle 91
B. L’enseignement supérieur 95

Chapitre 2. L’école et les ruptures dans la scolarité 99


I. Les enfants confiés à la protection de l’enfance 99
A. L’amélioration de la coopération entre l’école et l’ASE 103
B. Le développement du projet pour l’enfant sur l’ensemble du territoire 105

II. Les enfants en conflit avec la loi 107


III. Les enfants malades 114
A. Des disparités de situation en milieu hospitalier 115
B. Les conditions d’une scolarisation continue de l’enfant hospitalisé 117
C. L’enfant pris en charge à son domicile 121

Conclusion124

Annexes127

Notes136

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Édito

E
n vertu de l’article 29 de la Convention Internatio-
nale des droits de l’Enfant, l’éducation de l’enfant
doit «  viser à favoriser l’épanouissement de la
personnalité de l’enfant et le développement de
ses dons et aptitudes mentales et physiques,
dans toute la mesure de ses potentialités ; (...)
préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans
une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix,
de tolérance , d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous
les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et
avec les personnes d’origine autochtone ».
La portée de cet article doit être appréhendée en lien avec
les principes fondamentaux inscrits dans la convention qui
reconnaît à chaque enfant des droits égaux et inaliénables,
dans le respect de la dignité humaine de chacun, mais aussi
par la prise en considération primordiale de son intérêt
supérieur, par la promotion du droit essentiel à exprimer
librement son opinion sur toute question le concernant, et
par le principe de non-discrimination inscrit à l’article 2 de la
convention. La convention repose aussi sur des prescriptions
qui le rejoignent : la liberté d’expression, la liberté de penser,
le droit à l’information, les droits des enfants handicapés, le
droit à l’éducation pour la santé...
L’éducation doit être axée sur l’enfant, adaptée à ses besoins
et sa singularité, et émancipatrice. Comme le précise l’obser-
vation générale n° 1 du 17 avril 2001 du Comité des droits
de l’enfant de l’ONU relative aux buts de l’éducation, «  les
processus d’éducation doivent être fondés sur les principes
mêmes qui y sont énoncés ».
Ainsi, le droit à l’éducation dépasse largement le droit à la
scolarisation, lui-même inscrit à l’article 28 de la convention.
Et ses enjeux dépassent largement le seul cadre des politiques
menées par le service public de l’éducation nationale.

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Pour autant, quand nous avons décidé de le retenir comme


thème de notre rapport annuel pour 2016 sur les droits des
enfants, nous avons choisi de centrer ce rapport sur l’école
en France aujourd’hui, à partir des nombreuses réclamations
reçues à ce sujet.
Nous n’avons en effet pas de compétence particulière pour
nous intéresser à l’évaluation du système éducatif, par
exemple, au contenu des programmes scolaires ; en revanche
nous disposons d’une véritable légitimité à traiter la question
de l’accès à l’éducation, tirée de notre expertise de la défense
et de la promotion des droits de l’enfant.
En effet, nous a d’abord frappé le constat que l’accès à
l’école aujourd’hui en France n’est pas un droit effectif pour
de nombreux enfants, ceux qui sont plus vulnérables que les
autres. Pour ces enfants le droit essentiel d’espérer une place
dans la société conforme à ses aspirations, et de se dégager
des déterminismes en tout genre, n’est pas respecté.
Nous avons également fait le constat que l’école peinait à
garantir le respect de la singularité et de l’individualité de
nombreux enfants, au détriment du meilleur développement
possible de leurs capacités et talents, avec pour consé-
quence des difficultés majeures en termes d’absentéisme et
de décrochage scolaire.
Ainsi trop d’enfants aujourd’hui se sentent exclus par l’insti-
tution scolaire, et nourrissent des sentiments d’injustice et
de rejet, ayant eux-mêmes, de surcroit, perdu confiance et
estime de soi au long de parcours scolaires chaotiques et
non respectueux de leur dignité et de leurs projets.
Cependant, nous ne saurions faire de l’école le bouc émissaire
de tous les maux de notre société : une école à laquelle il est
assigné de manière souvent impérative des missions de plus
en plus nombreuses, sans toujours définir clairement les
attentes ni lui donner les moyens de les réaliser.

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A l’instar du Comité des droits de l’enfant de l’ONU qui a rendu


ses observations finales en janvier 2016 à l’issue du processus
périodique d’examen de la situation de la France, nous
sommes en effet satisfaits des évolutions contenues dans la
loi de 2013 portant refondation de l’école de la République
qui vont dans le sens d’une école inclusive pour tous et pour
chacun, de même que des avancées autour de la notion
de «climat scolaire». Mais le présent rapport justifie notre
préoccupation permanente concernant l’effet des inégalités
sociales et territoriales et des discriminations sur l’accès à
l’école et le maintien dans l’école pour de nombreux enfants,
au-delà même de ceux souffrant de situations de pauvreté
économique ou socio culturelle, ou de leur statut d’étrangers.
Nous sommes inquiets du sort et de l’avenir d’un nombre
élevé de jeunes qui quittent le système scolaire sans avoir
acquis les compétences de base leur permettant de se
préparer aux défis de leur vie et qui dépassent les savoirs
académiques : qu’il s’agisse de la capacité à prendre des
décisions rationnelles, d’établir des liens sociaux appropriés,
de faire preuve d’esprit de responsabilité ou d’esprit critique...
Pourtant l’école est aujourd’hui le seul lieu où vont se retrouver,
en raison de l’obligation scolaire, tous les enfants de même
âge, et où ils vont pouvoir faire l’apprentissage concret des
différences, et de la tolérance, pour peu qu’ils soient portés
par une approche bienveillante et respectueuse.
C’est d’ailleurs pourquoi nous avons renforcé depuis deux
ans le programme des jeunes ambassadeurs des droits des
enfants (JADE) auprès des collégiens et des lycéens, qui aura
bénéficié en dix ans à plus de 260 000  enfants et adoles-
cents, en métropole et en outre-mer.
C’est aussi la raison pour laquelle nous lançons désormais un
programme d’éducation au droit et aux droits, appuyé d’une
part sur un partenariat avec des intervenants professionnels
du droit et, d’autre part, sur un espace numérique qui sera
prochainement ouvert sur le site internet du Défenseur des
droits.

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Car nous sommes convaincus du caractère déterminant


du droit pour renouer le contrat social tellement fragilisé
aujourd’hui.
Les enfants eux-mêmes sont bien conscients de l’impor-
tance du droit à l’éducation, ainsi que le montre la consul-
tation d’enfants effectuée par la représentante spéciale
du secrétaire général de l’ONU chargée des violences : les
résultats de cette consultation, rendus publics récemment,
indiquent en effet que l’éducation est leur première priorité,
avant les violences mêmes.
Dans l’opinion de ces enfants, l’éducation améliore les
compétences de la vie et l’hygiène de vie, aide à prévenir la
violence et à lutter contre l’intolérance, et renforce le dialogue
et la réflexion critique.
Écoutons la parole des enfants et respectons les promesses
qui leur ont été faites il y a déjà près de 30 ans !

Jacques TOUBON, Geneviève AVENARD,


Défenseur des droits Défenseure des enfants
Adjointe du Défenseur des droits

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Droit à l’éducation :
l’activité
du Défenseur des droits
Les concernent également des
problèmes liés à la scolarité
scolarité des enfants
handicapés qui, par exemple,
réclamations de ces enfants.
De manière plus précise, les
ne bénéficient pas de
l’accompagnement de l’aide
individuelles saisines du Défenseur des
humaine qui leur a pourtant
été accordée par la MDPH,
droits concernent tant les
que l’enfant soit scolarisé
En 2015, les situations difficultés d’accès à l’école,
en école publique ou privée
ayant trait à l’éducation ont le droit à l’école, que le
sous contrat.
représenté 22,53 % des respect des droits de l’enfant
saisines du Défenseur des au sein de l’école. Ainsi, Concernant le respect
droits relatives aux droits de concernant l’accès à l’école, des droits au sein de
l’enfant. Elles concernent il est régulièrement saisi l’école, le Défenseur des
l’éducation, la petite enfance de difficultés d’inscription droits est régulièrement
ainsi que les activités scolaire des enfants vivant saisi de questions liées
périscolaires. La part dans des bidonvilles ou à la discipline dans les
des saisines concernant hébergés en hôtel social. établissements, notamment
l’éducation a donc augmenté Par ailleurs, il est souvent quant à l’organisation des
puisqu’elles représentaient alerté face à l’absence de conseils de discipline ; de
17,71 % en 2014. scolarisation des mineurs violences à l’école, entre
non accompagnés pris en les élèves ou de la part du
Il convient également de charge par l’aide sociale personnel éducatif, en filière
souligner qu’une partie à l’enfance notamment générale et professionnelle ;
des saisines relatives lorsque ces derniers ont plus ou encore de questions plus
au handicap (11,53 % de de 16 ans. précisément liées à des
l’ensemble des saisines situations de harcèlement.
relatives aux droits de L’attention du Défenseur
l’enfant) et aux enfants des droits est également
étrangers (9,58 %) appelée sur des difficultés
d’aménagement de la

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Le multidimensionnelle et
analyses différentielles,
des filles et des garçons
de lycées professionnels,
financement Université de Nantes,
CREN ;
Université Toulouse II Le
Mirail, CERTOP-PDPS-
d’études • O. COSNEFROY et all.,
CEREQ ;
• J. ZAFFRAN, Sortir par la
et de
Analyse dynamique de la
motivation des enfants fenêtre, entrer par la porte :

recherches en fonction de la nature


des interactions élèves/
dispositifs et trajectoires
d’élèves décrocheurs-
enseignants, Université raccrocheurs, Université
Le Défenseur des droits Pierre Mendès-France Bordeaux 2, Centre Emile
s’est intéressé de longue Grenoble 2 ; Durkheim.
date à la thématique de
• E. CAPPE & BOUJUT, La • H. VEYRAC, Etude de la
l’école. Ainsi, il a lancé en
scolarisation des élèves catégorisation des élèves
2013 un appel à projets
ayant un trouble du spectre par les professeurs.
partenarial aux côtés de la
autistique : stress des Description du processus
Direction de l’évaluation,
enseignants et relations de déshumanisation de
de la prospective et de la
avec les compétences la relation professeur/
performance (DEPP) du
empathiques l’auto- élève, Ecole Nationale de
ministère de l’Education
efficacité, le soutien social, Formation Agronomique,
nationale et de l’Agence
le coping et l’épuisement UMR EFTS ;
nationale pour la cohésion
professionnel, Université
sociale et l’égalité des • F. RENARD, Entre
Paris Descartes, LPPS EA
chances (l’ACSE) désormais relégation scolaire et
4057 ;
intégrée au CGET. aspiration professionnelle :
• P. VEYRUNE et all., La le « jeu » des inégalités
Cet appel à projets a permis
complémentarité éducative sociales et sexuées lors
d’explorer trois thématiques :
au service de l’éducation de l’orientation en CAP,
le bien-être à l’école,
prioritaire : concevoir des Université de Poitiers ;
l’évaluation de dispositifs
dispositifs de formation
mis en place dans le cadre • J. GRENET et all.,
conjointe d’acteurs
des politiques d’éducation Inégalités scolaires, choix
éducatifs, Université
prioritaire, les inégalités d’orientation et vœux
Toulouse II Le Mirail, UMR
sociales dans l’orientation et d’affectation après la
EFTS ;
les parcours scolaires des classe de troisième dans
élèves. • N. GUYON et all., Choix l’académie de Paris, PSE/
d’orientation et origine Ecole d’Economie de Paris ;
Onze rapports de recherches
sociale : mesurer et
ont été produits à l’issue de • N. MONS, Inégalités
comprendre l’autocensure
cet appel1 à projets, dont le scolaires et enseignement
scolaire, Fondation
rapport annuel 2016 a pu individualisé des élèves
Nationale des Sciences
bénéficier : à l’école primaire et au
Politiques (LEP) ;
lycée, Université de Cergy-
• P. GUIMARD et all., Le Bien-
• P. KERGOAT, Le lycée Pontoise.
être des élèves à l’école
professionnel, vecteur
et au collège : validation
d’égalité des chances ?
d’une échelle d’évaluation
Enquête sur le bien être

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Les textes Unies; (…)Préparer


l’enfant à assumer les
particulières d’ordre
physique, intellectuel,
fondateurs responsabilités de la vie
dans une société libre,
social, affectif,
linguistique ou autre ».
du droit (…) ».
Article 29 de la Convention
Déclaration de
Salamanque3, 1994, prise
à l’éducation internationale relative aux
droits de l’enfant.
sous l’égide de l’UNESCO.
•  « L’inclusion est
•  « Les Etats parties •  « Nul ne peut se voir considérée comme
reconnaissent le droit refuser le droit à un processus visant
de l’enfant à l’éducation, l’instruction ». à tenir compte de la
et en particulier, en vue Article 2 du premier diversité des besoins
d’assurer l’exercice de ce protocole additionnel à la de tous les apprenants
droit progressivement et Convention européenne et à y répondre par une
sur la base de l’égalité des des droits de l’homme. participation croissante
chances (…) Ils rendent à l’apprentissage,
•  « Le but est (…) non
ouvertes et accessibles à aux cultures et aux
seulement d’offrir à tous
tout enfant l’information collectivités, et à
les enfants une chance
et l’orientation scolaires réduire l’exclusion qui
d’aller à l’école, mais
et professionnelles se manifeste dans
aussi de veiller à ce qu’ils
(…) Ils prennent des l’éducation ».
suivent une instruction de
mesures pour encourager Principes directeurs pour
qualité, qui contribuera au
la régularité de la l’inclusion : Assurer l’accès
développement de leurs
fréquentation scolaire à « l’Education pour tous »,
capacités personnelles et
et la réduction des taux UNESCO, 2006.
les aidera à réaliser tout
d’abandon scolaire ». leur potentiel. » •  « Aux fins d’éliminer
Article 28 de la Convention Conseil de l’Europe, et de prévenir toute
internationale relative aux résolution 2097 (2016) du discrimination au sens de
droits de l’enfant. 29 janvier 2016. la présente Convention,
•  « Les Etats parties les États qui y sont
•  « L’accès à l’éducation
conviennent que parties s’engagent à
revêt une importance
l’éducation de l’enfant (…) Abroger toutes
cruciale pour la vie et le
doit viser à (…) Favoriser dispositions législatives
développement de tout
l’épanouissement de la et administratives et
enfant, quelle que soit sa
personnalité de l’enfant et à faire cesser toutes
situation administrative
le développement de ses pratiques administratives
et que lui refuser cet
dons et de ses aptitudes qui comporteraient
accès, c’est le rendre plus
mentales et physiques, une discrimination
vulnérable encore ».
dans toute la mesure dans le domaine de
Comité européen des droits
de leurs potentialités; l’enseignement (…)
sociaux, Décision DEI c/
(…) Inculquer à l’enfant Prendre les mesures
Pays-Bas, 20 oct. 20092
le respect des droits de nécessaires, au besoin par
l’homme et des libertés •  « … l’école devrait la voie législative, pour
fondamentales, et des accueillir tous les enfants, qu’il ne soit fait aucune
principes consacrés dans quelles que soient discrimination dans
la Charte des Nations leurs caractéristiques l’admission des élèves

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dans les établissements secondaire sous ses •  « L’éducation est


d’enseignement; (…) diverses formes; rendre la première priorité
N’admettre, en ce qui accessible à tous, en nationale (...) ».
concerne les frais de pleine égalité, en fonction Article L. 111-1 du code de
scolarité, l’attribution de des capacités de chacun, l’éducation.
bourses et toute autre l’enseignement supérieur;
•  « Tout enfant a droit à
forme d’aide aux élèves, assurer l’exécution par
une formation scolaire
l’octroi des autorisations tous de l’obligation
qui (...) concourt à son
et facilités qui peuvent scolaire prescrite par
éducation ».
être nécessaires pour la loi (…) Assurer dans
Article L. 111-2 du code de
la poursuite des études tous les établissements
l’éducation.
à l’étranger, aucune publics de même degré
différence de traitement un enseignement de •  « Tout enfant, tout
entre ses nationaux par même niveau et des adolescent présentant
les pouvoirs publics, conditions équivalentes un handicap ou un
sauf celles fondées en ce qui concerne la trouble invalidant de la
sur le mérite ou les qualité de l’enseignement santé est inscrit dans
besoins (…) Accorder aux dispensé (…) Assurer l’école ou dans l’un des
ressortissants étrangers sans discrimination établissements (scolaires)
les même droits d’accès à la préparation à la le plus proche de son
l’enseignement qu’à leur profession enseignante ». domicile, qui constitue
propre nationaux ». Article 4 de la Convention son établissement de
Article 3 de la Convention concernant la lutte référence ».
concernant la lutte contre contre la discrimination Article L. 112-1 du code de
la discrimination dans le dans le domaine de l’éducation.
domaine de l’enseignement l’enseignement de •  « Tout enfant doit pouvoir
de l’UNESCO, 1960. l’UNESCO, 1960. être accueilli, à l’âge de
•  « Les États, parties à •  « L’École pour tous et trois ans, dans une école
la présente Convention chacun entend s’adapter maternelle ou une classe
s’engagent en outre à à la personne et non enfantine le plus près de
formuler, à développer l’inverse. Elle place la son domicile, si sa famille
et à appliquer une personne au centre en fait la demande ».
politique nationale visant de tout projet éducatif Article L. 113-1 du code
à promouvoir, par des en reconnaissant les de l’éducation.
méthodes adaptées potentialités de chacun et •  « Le service public
aux circonstances et ses besoins spécifiques ». de l’éducation veille à
aux usages nationaux, Déclaration du l’inclusion scolaire de tous
l’égalité de chance Luxembourg4, 1996. les enfants, sans aucune
et de traitement en distinction ».
•  « La Nation garantit l’égal
matière d’enseignement, Article 2 de la loi de 2013
accès de l’enfant (...) à
et notamment à (…) de refondation de l’école
l’instruction ».
Rendre obligatoire et de la République5.
Préambule de la
gratuit l’enseignement
Constitution de 1946.
primaire; généraliser
et rendre accessible
à tous l’enseignement

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Observations d’outre-mer, notamment


Mayotte. Il demeure
24. Le Comité réitère sa
recommandation antérieure
finales préoccupé par l’absence de
progrès dans la réalisation
et prie l’État partie de
redoubler d’efforts pour
du Comité d’analyses budgétaires
cohérentes.
promouvoir une culture de
l’égalité, de la tolérance et
des droits 19. Le Comité salue les
du respect mutuel, pour
prévenir et combattre les
de l’enfant efforts entrepris par l’État
partie pour diffuser le
discriminations persistantes
et pour garantir que tous
concernant texte de la Convention
et mener des activités
les cas de discrimination

le cinquième de sensibilisation et de
formation concernant ses
à l’égard des enfants dans
tous les secteurs de la

rapport dispositions, mais reste


préoccupé par le fait que
société font concrètement
l’objet de mesures (voir
périodique les enfants, la population
CRC/C/FRA/CO/4 et Corr.1,
par. 31). Il recommande
en général et les autorités
de la France, publiques connaissent
également à l’État partie
de redoubler d’efforts pour
mal la Convention et son
23 février 2016 - contenu. Il note également
combattre les stéréotypes
CRC/C/FRA/CO/5 de genre, notamment dans
avec préoccupation que
le cadre du plan d’action
la plupart des enfants
pour l’égalité, en établissant
9. Le Comité note avec ne bénéficient pas d’un
des objectifs mesurables
préoccupation que les enseignement approfondi
et un calendrier et en
progrès réalisés en ce qui concernant leurs droits.
ciblant spécifiquement
concerne l’élaboration d’une 20. Le Comité recommande les enfants à tous les
politique globale durable à l’État partie de rendre niveaux d’enseignement.
de mise en œuvre de tous obligatoire la sensibilisation Il lui recommande enfin
les droits consacrés par la à la Convention à l’école, de rendre obligatoires les
Convention sont insuffisants de veiller à ce que les formations pertinentes
et que les différentes enseignants soient destinées aux éducateurs.
stratégies relatives à correctement formés à
l’enfance mises en œuvre 57. Le Comité a conscience
cet égard et de mener
dans l’État partie ne des efforts faits par l’État
systématiquement des
contiennent pas d’objectifs partie pour améliorer
campagnes nationales
mesurables. l’inclusion des enfants
d’éducation. Il lui
handicapés. Il constate
13. Le Comité note avec recommande également
néanmoins avec
préoccupation que, de diffuser le texte de
préoccupation que la mise
malgré d’importants la Convention aussi
en œuvre des lois n° 2005-
investissements publics largement que possible
102 du 11 février 2005 et
en faveur de l’enfance, auprès des enfants et des
n° 2013-595 du 8 juillet
l’attribution de certaines professionnels qui travaillent
2013 relatives à l’éducation
ressources est inéquitable, pour ou avec eux.
inclusive pour tous les
concernant en particulier les
enfants est lente et inégale,
enfants marginalisés et les
et que peu de progrès ont
départements et territoires

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été accomplis en ce qui ont droit, notamment des faveur de ces enfants ;
concerne les mesures heures d’accompagnement
b)  D’adopter des mesures
prises pour que les enfants scolaire en quantité
visant à faciliter et à
handicapés fréquentent des suffisante ;
assurer l’accès à une aide
écoles ordinaires plutôt que
c)  L’insuffisance de la appropriée ;
d’être accueillis à l’hôpital
formation et du soutien
ou dans des institutions c)  De former tous
dont bénéficie le personnel
médico-sociales ; il note que les enseignants et
scolaire, le nombre
le problème est exacerbé les professionnels de
insuffisant d’assistants
dans les départements et l’éducation à l’éducation
spécialisés et qualifiés
territoires d’outre-mer. Le inclusive et au soutien
et le nombre limité de
Comité relève également individualisé, en créant des
programmes scolaires, de
avec préoccupation que environnements inclusifs
supports d’enseignement
la loi prévoit un système et accessibles et en prêtant
et d’évaluation et de salles
d’unités spécialisées au l’attention voulue à la
de classe accessibles et
sein des écoles ordinaires situation particulière de
adaptés.
pour les enfants dès l’âge chaque enfant ;
de 3 ans, que certains 58. Rappelant son
d)  De garantir l’allocation de
enfants handicapés sont observation générale n° 9
ressources suffisantes pour
placés en institution, (2006) sur les droits des
tous les enfants, y compris
que d’autres fréquentent enfants handicapés, le
les enfants handicapés,
encore des écoles séparées Comité prie instamment
allocation qui doit être
et que d’autres encore l’État partie d’adopter
soutenue par le plan le plus
abandonnent l’école faute sans délai une approche
approprié pour répondre
de places et de soutien. du handicap fondée sur
à leurs besoins et à leur
Le Comité est en outre les droits de l’homme, de
situation ;
préoccupé par : reconnaître le droit de tous
les enfants à l’éducation e)  De mener des
a)  La persistance de la campagnes de
inclusive et de veiller à ce
discrimination à l’égard sensibilisation pour lutter
que l’éducation inclusive
des enfants handicapés, contre la stigmatisation
soit privilégiée, à tous les
en particulier des enfants et les préjugés dont sont
niveaux d’enseignement,
présentant des handicaps victimes les enfants
par rapport au placement
multiples, en termes handicapés.
en institution spécialisée
d’accès à l’éducation et
ou à la scolarisation en 71. Le Comité salue la
d’égalité avec les autres
classe séparée. Le Comité décision prise par l’État
enfants, notamment
recommande en particulier partie de pourvoir à titre
pendant les activités
à l’État partie : prioritaire 60 000 postes
récréatives et extra-
scolaires, au sein des a)  D’organiser la collecte d’enseignants d’ici à 2017. Il
établissements scolaires de données sur les enfants est toutefois préoccupé par
et dans le cadre de la handicapés et de concevoir les graves répercussions
formation professionnelle ; un système efficace de qu’ont eues sur les enfants
détection précoce, afin la suppression, ces
b)  Les grandes difficultés dernières années, de 80 000
de faciliter l’élaboration
qu’ont les familles à obtenir postes d’enseignement,
de stratégies et de
et à conserver le soutien par le recrutement de
programmes appropriés en
nécessaire auquel elles

15
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

remplaçants non formés et l’école précocement et sans professionnel et la


par le très grand nombre qualifications ; formation professionnelle
d’élèves par enseignant à l’intention des enfants
d)  Que la formation
dans certaines écoles. Il est qui ont quitté l’école sans
dispensée aux
également préoccupé par le diplôme, afin de leur
professionnels de
rôle déterminant que joue permettre de réintégrer
l’éducation est insuffisante
l’origine socio-économique le système scolaire et
et inadaptée ;
des enfants dans les d’acquérir des compétences
résultats scolaires et par les e)  Que les réseaux et des aptitudes pratiques
disparités dans les crédits d’aides spécialisées aux pour la vie quotidienne ;
alloués aux établissements élèves disparaissent
b)  De garantir à tous les
scolaires, qui varient d’une progressivement, ce qui
enfants le droit à l’éducation
municipalité à l’autre. Il porte particulièrement
sans discrimination ;
constate en outre avec atteinte aux enfants
préoccupation : qui ont des difficultés c)  De prendre des
d’apprentissage ; mesures pour améliorer
a)  Que certaines catégories
les qualifications des
d’enfants, en particulier f)  Que la violence et le
enseignants, notamment au
les enfants handicapés, harcèlement généralisé
moyen de programmes de
les enfants qui vivent dans sont fréquents chez
formation continue ;
des bidonvilles, les enfants les adolescents et que
migrants non accompagnés les professionnels de d)  De redéployer et de
(en particulier à Mayotte) et l’éducation n’ont pas la financer convenablement
les enfants en situation de capacité de les prévenir et les réseaux d’aides
conflit avec la loi, ont du mal de les combattre. spécialisées aux élèves ;
à entrer, à rester et à revenir 72. Le Comité recommande e)  De redoubler d’efforts
dans le système éducatif à l’État partie de renforcer pour combattre le
et dans les activités et sa réforme de l’éducation harcèlement et la violence
structures liées à l’école ; afin de réduire l’incidence à l’école, notamment en
b)  Que certains enfants, de l’origine sociale des veillant à ce que les écoles
notamment les enfants enfants sur leurs résultats adoptent des politiques et
roms, les enfants migrants scolaires, et de prendre des des outils de prévention
non accompagnés et les mesures complémentaires et de traitement des
enfants vivant dans des pour assurer la disponibilité affaires de harcèlement
logements précaires, ont d’un nombre suffisant et en veillant à ce que le
beaucoup de difficultés à d’enseignants qualifiés et personnel scolaire soit
s’inscrire dans les écoles ainsi garantir à tous les dûment formé à détecter,
ordinaires ou à accéder aux enfants le droit à l’éducation. prévenir et combattre la
cantines scolaires et, dans Il recommande également à violence et le harcèlement.
certains cas, ne sont pas l’État partie :
autorisés à le faire par les a)  De continuer de
municipalités ; renforcer les mesures
c)  Que les progrès sont visant à réduire les taux
lents en ce qui concerne d’abandon scolaire et
la réduction du nombre de redoublement et de
élevé d’enfants qui quittent développer l’enseignement

16
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

Nous voulons des écoles


et de l’éducation pour offrir
un avenir lumineux à chaque enfant (...)
Un enfant, un enseignant,
un stylo et un livre
peuvent changer le monde.

Malala YOUSAFZAI,
discours à l’ONU, 12 Juillet 2013

17
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

18
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

1 ère p a r t i e

L’égalité
des droits
devant
l’école

M
algré l’affirmation du droit
à la scolarisation pour tous,
de nombreux enfants ren-
contrent encore des difficul-
tés de nature à entraver leur
accès effectif à l’école, qui
relèvent à la fois de l’Education nationale, des
collectivités locales et des autorités préfecto-
rales.
Une fois l’accès à l’école acquis, les aménage-
ments nécessaires à la scolarisation de l’en-
fant, du fait de besoins particuliers, ne sont pas
toujours prévus ou, s’ils ont été prévus, ne sont
pas toujours mis en place, en contradiction
avec le principe d’une école inclusive.

19
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Chapitre 1
Le droit à accéder à l’école

L
es obstacles à une scolarisation effective pour les enfants sont multiples. Si
ceux liés à l’inscription sont davantage le fait des collectivités locales, ceux qui
concernent les conditions de leur accueil dans un établissement scolaire relèvent
de responsabilités partagées. En effet, certains enfants de familles en situation
de précarité sociale sont soumis à une instabilité résidentielle qui rend difficile
leur scolarisation. Par ailleurs, le Défenseur des droits a pu constater, au travers
des saisines qu’il a reçues, des délais d’affectation particulièrement longs pour les enfants
allophones. Ces difficultés sont accrues pour les mineurs non accompagnés. Enfin, de
nombreux enfants n’ont toujours pas accès aux transports scolaires et aux temps périsco-
laires, qui font pourtant partie de la « vie à l’école ».

I. Les conditions
de l’inscription scolaire
Deux familles de comprendre les notions de lieux de
résidence et de domiciliation administra-
de nationalité tive que le maire évoquait, tout comme de
comprendre si ce motif était justifié ainsi
espagnole que les démarches qu’elles devaient réaliser
pour pouvoir inscrire leur enfant à l’école.
et slovaque, Le Défenseur des droits a été saisi par les
services sociaux départementaux.
vivant dans un squat, ont souhaité inscrire
leur enfant respectif, Edouardo et Gabriella, Un des délégués du Défenseur des droits
au sein de l’école maternelle de la commune a d’abord essayé de résoudre la situation à
de leur lieu d’habitation. Après un an de l’amiable. Il s’est toutefois heurté à un refus
démarches, l’inscription des enfants n’avait catégorique des services municipaux. Le
pu aboutir au motif que ces familles étaient squat ayant été évacué au cours de l’instruc-
domiciliées administrativement dans une tion de ce dossier, le Défenseur des droits a
autre commune. Les parents ne parlaient décidé d’adresser au maire un courrier de
pas français. Il leur était donc très compliqué rappel à la loi lui rappelant ses obligations en
matière d’inscription à l’école élémentaire6

20
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

et lui demandant qu’à l’avenir une attention ainsi qu’une parfaite information des usagers
particulière soit apportée à cette question, ne maîtrisant pas la langue française.
afin de garantir la scolarisation des enfants

Le Défenseur des droits est essentiellement comme tous les autres, ils se heurtent bien
saisi de refus d’inscription en école mater- souvent à des « refus de guichet » ou à des
nelle et primaire pour des enfants d’ori- réponses peu claires concernant le caractère
gine étrangère ou en très grande précarité prétendument incomplet de leur dossier. En
sociale. Ces refus qui mettent en évidence outre, si des voies de recours existent devant
les manquements de certains maires à les juridictions administratives, ces familles,
leurs obligations. Dans son rapport de mai particulièrement vulnérables, mécon-
2016 consacré aux droits fondamentaux des naissent souvent leurs droits. Elles ne sont
étrangers, le Défenseur des droits a relevé ainsi pas toujours en capacité de les faire
des décisions discriminantes et des attitudes valoir, même si des associations et collec-
parfois vexatoires à l’égard des parents7. tifs de bénévoles les accompagnent dans
ce sens. Elles viennent ainsi alimenter au
Force est de constater que les enfants dont les
sein des populations vivant en France la part
familles demeurent dans des campements
de ceux qui n’ont pas recours à leurs droits,
installés sur des terrains sans droits ni titres,
populations envers lesquelles le Défenseur
ou dans des squats, ne sont pas toujours
des droits s’engage afin de renforcer les
les bienvenus dans les écoles communales.
actions d’information et de promotion des
Lorsque les parents manifestent le souhait
droits.
légitime de voir leurs enfants scolarisés

A. L’information des familles


L’accès à l’école publique maternelle ou Les médiateurs scolaires jouent à cet égard
primaire est conditionné à une démarche un rôle essentiel en faisant le lien entre les
d’inscription. Les parents doivent dans un familles vivant au sein des campements
premier temps se rapprocher de la mairie, et les services de l’Education nationale, de
avant de se présenter à l’école, munis du même qu’un grand nombre d’associations
certificat d’inscription qui leur a été délivré qui expliquent les démarches aux familles,
par le maire. Or, ce qui ne devrait être qu’une si nécessaire dans une langue qu’elles
simple formalité à accomplir s’avère, pour les comprennent, et les accompagnent pour les
personnes les plus vulnérables, un véritable réaliser. Ces associations et médiateurs inter-
parcours du combattant. viennent comme facilitateurs et permettent
bien souvent une inscription plus rapide de
Le système ainsi mis en place demande
l’enfant à l’école. De plus, en se rendant direc-
des capacités qui peuvent dépasser celles
tement dans les campements, ils sensibi-
de certains parents, notamment ceux qui
lisent les parents quant à l’importance de
ne maîtrisent pas ou trop peu le français,
scolariser leurs enfants dès le plus jeune
ou ceux pour qui le monde des institutions
âge, ce qui est d’autant plus opportun que les
est très éloigné, avec des démarches admi-
parents peuvent soit ne pas avoir eux-mêmes
nistratives qui apparaissent extrêmement
été scolarisés, soit avoir connu un parcours
compliquées.
scolaire douloureux et/ou compliqué. La

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

circulaire de 20128 portant sur l’organisation d’accueil, procédures d’inscription, conseils


de la scolarité des élèves allophones nouvel- pratiques, etc.). Le Défenseur des droits
lement arrivés met l’accent sur le besoin observe toutefois que ces informations leur
d’une information claire et facilement acces- sont remises « dans la mesure du possible »
sible présentant le système éducatif français, dans leur langue d’origine, ce qui apparaît
les droits et les devoirs des familles et des nettement insuffisant. Il est en effet impératif
élèves ainsi que les principes qui régissent le que ces informations soient communiquées
fonctionnement de l’école. Le texte prévoit en aux familles a minima dans une langue qu’elles
particulier qu’au niveau de chaque académie, comprennent et le plus en amont possible de
le CASNAV9 élabore un document dans lequel leurs démarches. De plus, le Défenseur des
les parents trouvent des informations quant droits recommande que les documents soient
aux dispositions administratives, aux condi- accessibles dans les mairies ainsi que dans
tions de scolarisation à l’échelon local et aux les centres communaux et intercommunaux
ressources utiles (nom de l’établissement d’action sociale.

B. Les obligations des Maires


Les compétences en matière d’inscrip- refusée. Le Défenseur des droits tient donc
tion des enfants à l’école du premier degré, à rappeler les dispositions de l’article L. 211-2
sont exercées par les maires au nom de du code des relations entre l’administration
l’Etat10, en application de l’article  L 2122-27 et les administrés qui prévoient que «  les
du code général des collectivités publiques. personnes physiques ou morales ont le
Ainsi, il ne s’agit pas ici de libre administra- droit d’être informées sans délai des motifs
tion des collectivités territoriales (article  72 des décisions administratives individuelles
de la Constitution) mais d’une compétence défavorables qui les concernent. A cet effet,
liée prescrite par la loi, en l’espèce codifiée doivent être motivées les décisions qui : (…)
par le code de l’éducation, qu’ils exercent en Restreignent l’exercice des libertés publiques
responsabilité partagée avec les services de (…) Refusent un avantage dont l’attribu-
l’Education nationale. tion constitue un droit pour les personnes
qui remplissent les conditions légales pour
Dans l’hypothèse où il estimerait que les
l’obtenir ».
conditions prévues par les textes ne sont pas
réunies, le maire peut refuser de procéder à Ces règles permettent en effet d’assurer le
l’inscription scolaire, mais cette décision de respect du droit des familles à un recours
refus doit respecter certaines règles pour effectif.
assurer un égal accès au service public de
Ainsi, toute démarche d’inscription scolaire
l’éducation.
de la part d’un parent doit donner lieu à une
Or il est constaté que bien souvent les familles réaction de l’administration, a minima sous
n’ont pas connaissance des motifs fondant forme d’un récépissé de la demande, afin de
le refus de l’administration et qu’elles sont garder une preuve de celle-ci qui entraîne
rarement en possession d’un document les des conséquences en droit. Il en va du droit
précisant. De ce fait, un certain temps peut fondamental à l’éducation des enfants mais
s’écouler entre le moment où la demande de également de l’égalité de toutes les familles
scolarisation est effectuée par le parent et le dans l’accès aux services publics sur tout le
moment où il comprend que sa demande est territoire national.

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Recommandation 1

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’intérieur et aux associations d’élus


locaux de rappeler aux maires le cadre normatif dans lequel ils exercent leur compétence
d’inscription des enfants à l’école du premier degré, et en particulier leur obligation de scola-
riser tous les enfants installés physiquement sur leur territoire, cette installation se prouvant
par tout moyen ; leur obligation de procéder sans délai à l’information des parents et de
motiver leur décision de refus.

Enfin si le maire refuse ou néglige de il a considéré en 200211, que «  en refusant


procéder à l’inscription à l’école des enfants illégalement, comme il a été dit ci-dessus, de
qui demeurent sur le ressort de sa commune, procéder à son inscription, le maire a refusé
le représentant de l’Etat peut y procéder de faire un des actes que lui prescrit la loi ;
d’office (article L2122-34 du code général des qu’en refusant de se substituer à lui, le préfet
collectivités territoriales). A ce titre le tribunal a également pris une décision illégale qui ne
administratif de Paris a été très clair quand peut être qu’annulée ».

Recommandation 2

Le Défenseur des droits rappelle aux préfets leur obligation de se substituer aux maires qui
refusent illégalement l’inscription d’enfants dans les écoles du premier degré, en application
de l’article L. 2122-34 du code général des collectivités territoriales.

C. Les obstacles rencontrés


1. Recensement droits constate des difficultés pour des
enfants vivant en grande précarité sociale.
des enfants soumis Dans ce cadre, le maire fait connaître sans
à l’obligation scolaire délai au directeur académique des services
de l’Education nationale agissant sur déléga-
Les articles L. 131-1 et L. 131-6 du code de tion du recteur d’académie, les enfants en
l’éducation disposent qu’à l’occasion de la âge d’être scolarisés mais qui ne le sont pas
rentrée scolaire, le maire dresse la liste de de manière effective.
tous les enfants résidant dans sa commune Si les textes ne précisent pas les moyens à la
et soumis à l’obligation scolaire, soit tous les disposition du maire, agissant dans le cadre
enfants des deux sexes, français et étran- de sa fonction d’officier d’état civil, pour
gers, âgés de six à seize ans. Cette liste est vérifier foyer par foyer la présence d’enfant
mise à jour tous les mois. en âge d’être scolarisé, ils mettent en
Si pour une majorité des enfants ce recen- revanche à sa charge, une obligation positive
sement se fait aisément, le Défenseur des de faire respecter le droit à l’éducation de

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

tous les enfants résidant sur le territoire


de sa commune, corollaire indispensable à
2. Inscription
l’obligation scolaire pesant sur les familles. en maternelle
Les obligations et sanctions pénales qui
pèsent sur les parents en matière d’obli-
gation scolaire devraient s’accompagner Oumar
d’une clarification sur le contenu des obliga-
tions pesant sur les services de l’Etat et les
est âgé
maires, ainsi que sur les modalités pratiques
d’exercice.
de 4 ans et demi,
Il peut être relevé à cet égard qu’en cas il est non scolarisé en école maternelle malgré
d’expulsion de terrains occupés illégalement, la demande que ses parents ont adressée
les maires parviennent à procéder au recen- au maire de leur commune de résidence.
sement des familles qui y résident, par la Le médecin qui accompagne cette famille,
police municipale notamment, afin de leur hébergée à l’hôtel par le Samu social, précise
notifier nominativement les arrêtés d’expul- qu’elle ne bénéficie pas d’une prise en charge
sion. S’agissant des enfants demeurant dans globale efficiente, du fait de sa situation
des squats ou des bidonvilles, en âge d’obli- d’errance. Le médecin fait le constat clinique
gation scolaire, des modalités particulières d’une absence de stimulation préjudiciable
et actions de recensement devraient égale- au développement psycho-affectif d’Oumar.
ment être dûment mobilisées, pour pouvoir Or, ses parents déclarent que le maire de la
accompagner ensuite les familles vers des commune refuse sa scolarisation au motif
demandes de scolarisation. d’un manque de place dans les écoles de sa
commune.
Ainsi, le Défenseur des droits recommande
de préciser, par voie réglementaire, les Le Défenseur des droits s’est rapproché
modalités opérationnelles découlant de l’obli- du maire mis en cause qui a confirmé être
gation incombant aux maires de recenser dans l’impossibilité d’accueillir de nouveaux
les enfants en âge d’obligation scolaire, enfants en école maternelle sans construire
notamment les enfants les plus vulnérables de nouveaux locaux. En outre, la commune
installés dans des habitats précaires. évoque un usage adopté en lien avec des
services académiques de veiller à accueillir
En tout état de cause, le recensement
un nombre plafonné d’élèves au sein des
« proactif » des enfants à scolariser pourrait
écoles maternelles classées en Réseau
de plus permettre de remettre très en amont
d’éducation prioritaire (école de secteur
aux familles les informations quant au droit à
d’Oumar), dans un objectif pédagogique.
l’éducation évoquées plus haut (démarches à
réaliser en vue d’une inscription, documents Convaincu de la nécessité de scolariser
à fournir…). l’ensemble des enfants présents sur sa
commune et de ses obligations légales
en la matière, le maire a lancé des travaux
d’extension sur les fonds propres de la
collectivité sans autre subvention publique,
et s’est même engagé à créer des modes
d’accueils et de socialisation précoces sur
son territoire.

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Le Défenseur des droits observe que apprend aussi à coopérer, à s’engager dans
certaines mairies tendent à considérer que l’effort, à persévérer. Les années d’école
l’inscription des enfants en classe de mater- maternelle posent les bases des apprentis-
nelle n’est pas une obligation pour elles dans sages ultérieurs. Elles sont par conséquent
la mesure où l’âge de la scolarité obligatoire décisives »14.
des enfants est fixé par le code de l’éducation
L’attachement des ministres successifs de
entre 6 et 16 ans.
l’Education nationale à la scolarisation des
C’est faire une lecture erronée des textes. En enfants en classe de maternelle et depuis
effet, l’inscription des enfants en maternelle quelques années à la scolarisation des
est de droit lorsque les parents en font la enfants de moins de 3 ans devrait en consé-
demande, conformément à l’article L 113-1 du quence s’accompagner de rappels clairs
code de l’éducation, un refus d’inscription ne adressés aux maires quant à leurs obliga-
pouvant alors être justifié que par des consi- tions en la matière, en particulier au profit
dérations d’effectifs précisément justifiées. des enfants issus de milieux particulière-
ment défavorisés en situation de plus grande
Les jurisprudences administratives sont
vulnérabilité et d’isolement social.
à cet égard très claires. Ainsi, le tribunal
administratif de Paris a jugé en 200212, que
« alors même que AA., née le 27 juillet 1997,
n’était pas soumise à l’obligation scolaire
3. Les pièces
qui ne vise, selon l’article L. 131-1 du code de justificatives
l’éducation que les enfants entre six et seize
ans, le maire du 15ème arrondissement était
demandées pour
tenu de l’accueillir en vertu des disposition l’inscription scolaire
de l’article  L. 113-1 et à la demande de sa
famille, dans une école maternelle proche de
son domicile ». Sept familles
Plus récemment, il ressort de la décision du
tribunal administratif de Cergy-Pontoise13, se sont vues
que seules des considérations d’effectifs et
l’absence de places disponibles pourraient
refuser
fonder un refus d’inscription d’un enfant
en classe de maternelle, à condition que
la délivrance
celles-ci soient « objectivement et précisé-
ment justifiées ». Il appartient à la commune
d’un certificat
de communiquer les effectifs sur son terri- d’inscription
toire et d’informer l’Éducation nationale des
difficultés rencontrées, à charge pour l’ins- scolaire
pecteur académique d’étendre les capacités
d’accueil et d’ouvrir des postes d’ensei- par le maire de la commune en vue de la
gnants, si nécessaire. scolarisation de leurs enfants. Le maire tenait
un tableau recensant les enfants non scola-
En outre, ainsi que le souligne le ministère risés de la commune, mentionnant la situa-
de l’Education nationale « l’école maternelle tion de leurs parents (demandeurs d’asile,
est le moment de la première expérience déboutés du droit d’asile…) et les dates d’expi-
collective. L’enfant y apprend le respect de ration des autorisations provisoires de séjour.
soi, l’attention aux autres et l’entraide ; il

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Le Défenseur des droits, saisi de cette situa- Domicile et résidence :


tion, a mené une instruction qui l’a conduit
L’article 102 du code civil situe le domicile au
à prendre une décision15. Il a estimé que ce
« lieu où la personne physique a son principal
refus était constitutif du délit de discrimina-
établissement ».
tion prévu par l’article 225-1 alinéa 1 du code
pénal, du fait du refus du bénéfice d’un droit L’article  L. 131-5 du code de l’éducation
(éducation) accordé par la loi, à raison de prévoit que «  chaque enfant est inscrit
l’origine des familles concernées et de leur dans la commune où ses parents ont une
situation administrative au regard du droit résidence  ». L’article  R.113-8 du code des
au séjour. Le procureur de la République a relations entre le public et l’administration
procédé à un rappel à la loi auprès du maire. prévoit quant à lui que «  la justification du
domicile peut être exigée pour les forma-
D’une manière générale, il peut être relevé
lités d’inscription dans les établissements
que les informations à disposition des
scolaires et les établissements d’enseigne-
familles quant aux pièces à fournir lors d’une
ment supérieur ».
inscription à l’école maternelle et primaire
sont souvent imprécises et donc peu claires. Les difficultés d’application de ces disposi-
En conséquence, il est parfois difficile pour tions concernent principalement les enfants
celles-ci de savoir avec exactitude ce que dont les parents ne sont pas en mesure de
les administrations sont en droit de leur communiquer un document courant de
demander ou non. A titre d’exemple, le site justification de domicile, tel que facture EDF,
«  www.service-public.fr  » indique que les quittance de loyer…
pièces nécessaires à l’inscription d’un enfant En ce sens, le ministère de l’Education natio-
à l’école maternelle sont : « le livret de famille nale a indiqué que la preuve du domicile
ou une carte d’identité ou une copie d’extrait pouvait être établie par tous moyens et
d’acte de naissance de l’enfant, un justificatif n’était donc pas limitée à la seule domicilia-
de domicile, et un document attestant que tion administrative (JO Sénat du 19/08/2010
l’enfant a subi les vaccinations obligatoires page 2127).
pour son âge ou justifie d’une contre-indica-
tion ». Si ce site Internet dresse bien la liste La jurisprudence a rappelé à plusieurs re-
limitative des seules pièces pouvant effecti- prises que les considérations de fait devaient
vement être exigées, il n’apporte pas de préci- primer sur les considérations administra-
sions sur des points pourtant importants : tives pour la détermination du domicile16. La
Cour de cassation a ainsi été amenée à juger
• ce que recouvre le justificatif de domicile ; que le domicile est le lieu dans lequel l’on
• le délai de transmission des certificats peut « se dire chez soi quel que soit le titre
médicaux obligatoires ; juridique de son occupation  », dans lequel
on manifeste une présence dont pourrait se
• et surtout le fait que l’enfant dans tous les
déduire «  une intention de s’y établir pour
cas devrait être admis provisoirement dans
y demeurer ou y séjourner fût-ce de façon
un établissement scolaire.
très momentanée et de conférer à cet « im-
Ces différentes questions et le manque de meuble » le caractère d’un domicile »17.
clarté qui les entoure, sont à l’origine des
Pour sa part le Défenseur des droits a rappelé
principales difficultés dont le Défenseur des
que la notion retenue pour une domiciliation
droits est régulièrement saisi.
est celle « d’installation », de présence effec-
tive, qui doit s’entendre de façon aussi large
que possible18.

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Doivent donc notamment être prises en susceptibles, selon les situations, de carac-
considération les attestations réalisées par tériser des faits de discrimination fondée sur
les associations intervenant sur le terrain ou l’origine, la nationalité, le lieu de résidence ou
encore des attestations sur l’honneur. encore la particulière vulnérabilité résultant
de la situation économique, réprimés par les
Or le Défenseur des droits observe au travers
articles 225-1 et 2 et 432-7 du code pénal.
des situations qui lui sont soumises des
pratiques très diverses des communes dans Le projet de loi « égalité citoyenneté » vient
leur appréciation de ces documents. réaffirmer ces dispositions en son article 48
qui insère, avant le dernier alinéa de
Certaines réclamations soumises au Défen-
l’article L. 131-5, l’alinéa suivant : « Le statut
seur des droits montrent que des maires, en
ou le mode d’habitat des familles installées
s’appuyant sur l’article  R.113-8 du code des
sur le territoire de la commune ne peut être
relations entre le public et l’administration,
une cause de refus d’inscription d’un enfant
font primer la domiciliation administrative
soumis à l’obligation scolaire. Lorsque la
des familles sur la notion de résidence des
famille n’a pas de domicile stable, l’inscrip-
enfants pour refuser l’inscription d’enfants à
tion dans un établissement public ou privé
l’école. Ils considèrent ainsi que les enfants
peut être cumulée avec l’inscription auprès
des personnes accueillies dans des hôtels
du service public du numérique éducatif
de leur commune au titre de l’hébergement
et de l’enseignement à distance prévu à
d’urgence assuré au nom de l’Etat, qui sont
l’article L. 131-2. ». Comme l’a rappelé l’asso-
administrativement domiciliées sur d’autres
ciation des maires de France (AMF) dans
communes, ne relèvent pas d’une scolarisa-
sa contribution adressée au Défenseur des
tion sur leur territoire.
droits dans le cadre du présent rapport, cette
Il convient donc de rappeler que la notion disposition vise à mieux encadrer juridique-
de résidence permettant le rattachement à ment les conditions d’inscription à l’école
la commune pour l’accès à l’école est bien des enfants et donc à rappeler expressé-
distincte de la domiciliation administrative ment que le droit à l’éducation vaut pour tous
laquelle est une appellation sans contenu les enfants quelles que soient la situation
juridique correspondant au «  choix d’une administrative des parents et les modalités
adresse postale  » et non au lieu de vie de de leur stationnement et de leur habitat sur
l’enfant19. la commune. L’AMF précise toutefois que les
En outre, l’illégalité de l’établissement sur la maires peuvent parfois rencontrer des diffi-
commune ne peut être utilisée par la mairie cultés pour scolariser sans délais de nouveaux
pour refuser une inscription scolaire, de élèves. Bien que conscient des difficultés qui
même que l’existence d’une décision d’expul- peuvent ici se poser, le Défenseur des droits
sion du lieu occupé. La situation adminis- rappelle que toutes les mesures doivent être
trative des parents, la situation d’emploi, ou mises en œuvre pour que la scolarisation de
encore des considérations étrangères à la ces enfants soit immédiatement effective.
situation de la famille, telle que le manque
d’assiduité d’autres enfants résidant dans le Certificat de vaccination
même campement, constituent des motifs
En application des articles L.  3111-2 et
illégaux de refus de scolarisation.
R. 3111-17 du code de la santé publique, un
Ces décisions portent atteinte au droit fonda- document attestant des vaccinations obliga-
mental à l’éducation et au principe d’éga- toires pour l’enfant doit être présenté en vue
lité dans l’accès au service public, et sont de l’inscription à l’école ou, à défaut, dans un

27
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délai de trois mois à compter de son admis- tion d’autorité parentale sur les enfants
sion. En cas de contre-indication à la vacci- concernés. Ceci est contraire au code de
nation, une attestation médicale est exigée. l’éducation (art. L131-4) qui confie à toute
personne exerçant une simple autorité de
Ainsi, la non-communication de ces
fait sur un enfant la charge d’assurer son
documents lors du dépôt du dossier en
instruction. A cela, s’ajoute la variabilité des
mairie ne peut constituer un obstacle à l’ins-
pièces à fournir selon les communes.
cription administrative de l’enfant en école
élémentaire, comme le Défenseur des droits En conséquence, à Mayotte, 5.000 enfants
l’a déjà rappelé à plusieurs reprises20. ne seraient pas scolarisés.
De plus, le moment de la demande d’inscrip- Le Défenseur des droits souhaite donc
tion doit constituer une occasion pour les rappeler aux maires :
services municipaux de jouer un rôle actif
• que la scolarisation des enfants en classe
pour encourager les familles à faire vacciner
de maternelle est de droit dès lors que les
et suivre médicalement leurs enfants. A
parents en font la demande et qu’il est de
cet effet, les services municipaux doivent,
leur responsabilité d’alerter la DASEN en
dès les premières démarches des familles
cas de manque de place ;
pour l’inscription de leurs enfants, accepter
les dossiers même incomplets et inviter les • qu’ils sont fondés à demander dans le cadre
parents à se rendre auprès des services d’une inscription scolaire les documents
médicaux de proximité (protection mater- suivants, à l’exclusion de tout autre  : un
nelle et infantile, permanence d’accès aux document d’identité, une justification de
soins santé, associations spécialisées dans résidence sur la commune pouvant être
les soins…), puis les engager à compléter apportée par tout moyen, un document
leurs dossiers auprès des services munici- attestant que l’enfant a subi les vaccina-
paux, préalablement à l’accueil de leurs tions obligatoires pour son âge ou justifie
enfants dans une école de la ville. d’une contre-indication ; ce document peut
toutefois être présenté dans les trois mois
L’ensemble des difficultés d’accès à l’école
de l’admission de l’enfant à l’école et son
sont sévèrement majorées dans certains
absence lors de l’inscription administra-
départements, en particulier à Mayotte où le
tive ne peut faire obstacle à une admission
Défenseur des droits est saisi de nombreuses
provisoire ;
réclamations portant sur les procédures
d’inscription. Il demande au ministère de l’Education
nationale de clarifier en ce sens les mentions
Les mairies demandent en effet que soit
figurant sur les sites internet à destination
fourni un acte juridique prouvant la déléga-
des usagers des services publics.

Recommandation 3

Le Défenseur des droits rappelle aux directeurs académiques des services de l’Education
nationale et aux directeurs d’établissement du premier degré que les directeurs peuvent
procéder à l’admission provisoire des enfants à l’école, même en l’absence de certificat d’ins-
cription délivré par la mairie, en tenant compte cependant de la sectorisation des écoles
arrêtée par la commune et dans la limite des capacités d’accueil.

28
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II. L’impact de la précarité


de logement
et d’hébergement
L’affectation d’un enfant dans un établis- s’agit d’enfants qui présentent un cumul
sement d’enseignement public du premier de difficultés sociales et pour lesquels un
ou du second degré obéit au principe de la ensemble de droits fondamentaux ne sont
sectorisation en vertu duquel les élèves sont pas respectés  : les enfants hébergés avec
scolarisés dans l’établissement qui corres- leur famille dans un hôtel « social » dans le
pond à leur lieu de résidence, à proximité de cadre du dispositif d’hébergement d’urgence,
leur domicile. ou ceux qui vivent dans des campements
soumis à des expulsions régulières. Enfin,
Or, malgré ce principe, certains enfants
sont concernés les enfants appartenant à la
peuvent se trouver affectés dans des écoles
communauté des gens du voyage.
très éloignées de leur lieu de vie effectif. Il

A. Les enfants sans logement


ou mal logés
L’hébergement d’urgence est un droit incon- stabilisation, 45 000 places d’hébergement
ditionnel pour les personnes sans domicile en d’insertion, pour l’essentiel en CHRS, plus de
situation de détresse, selon les dispositions 46 000 places pour les demandeurs d’asile
de l’article  L. 345-2-2 du code de l’action et quelques 198 000 places en logements.
sociale et des familles. Il doit permettre
Malgré tout, le dispositif ne répond toujours
une prise en charge médico-sociale et une
pas aux besoins, comme le démontre le
orientation « vers tout professionnel ou toute
nombre d’appels au «  115  » qui restent
structure susceptibles de [leur] apporter
sans réponse. La Fédération nationale
l’aide justifiée par [leur] état, notamment
des associations d’accueil et de réinser-
un centre d’hébergement et de réinsertion
tion sociale (FNARS) relève que la moitié
sociale, un hébergement de stabilisation,
des demandes d’hébergement ne sont pas
une pension de famille, un logement-foyer,
honorées faute de places disponibles22.
un établissement pour personnes âgées
dépendantes, un lit halte soins santé ou un De ce fait, l’accueil en chambre d’hôtel est
service hospitalier ». de plus en plus sollicité afin de répondre aux
besoins d’hébergement, notamment des
Les capacités d’accueil d’urgence ou tempo-
familles avec enfants.
raires ont fortement augmenté ces dernières
années. Selon le 20ème rapport de la Fondation Or, ce type d’hébergement hôtelier s’avère
Abbé Pierre sur le mal-logement en France21, peu adapté aux besoins fondamentaux des
on compte aujourd’hui plus de 344 000 places enfants («  jouer  », «  faire ses devoirs  »,
dont 56 600 places d’accueil d’urgence et de « disposer d’une intimité »,…).

29
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Il s’accompagne en outre de changements un minimum de stabilité sociale. L’école est


fréquents de lieu d’accueil, provoquant ainsi appréhendée par ces derniers comme un
ce qui peut être appelé «  une instabilité pivot de la vie quotidienne qu’ils s’efforcent
résidentielle » lourde de conséquences pour autant que possible de préserver malgré des
les enfants concernés. temps de transport parfois supérieurs à 30
minutes25. Or, cet éloignement peut, sur le
En moyenne, les familles sans logement
long terme, non seulement avoir des consé-
changent 2,7 fois de commune de résidence
quences négatives sur les apprentissages
chaque année et 1,7 fois de département
(fatigue, manque d’attention etc.), mais risque
de résidence, avec des variations selon les
également d’amener à un désinvestissement
départements. A titre d’exemple, au bout d’un
de l’école, voire même une déscolarisation.
an d’hébergement, plus de quatre familles
sur cinq hébergées dans l’Essonne, le Val-de- Le Défenseur des droits a ainsi accueilli avec
Marne ou le Val d’Oise ont quitté leur hôtel, satisfaction l’annonce en 2015 par la ministre
alors que près d’un tiers des familles héber- du Logement et de l’Egalité des territoires
gées en Seine-Saint-Denis sont toujours d’un plan de réduction des nuitées hôtelières
dans le même hôtel23. visant à offrir aux familles des condi-
tions d’hébergement plus dignes et mieux
L’enquête ENFAMS de l’observatoire du
adaptées à leurs besoins, en réorientant
Samu social de Paris montre qu’en 2013
les crédits consacrés au financement des
10 % des enfants sans logement âgés de 6
nuitées hôtelières vers des dispositifs tels
à 12 ans n’étaient pas scolarisés et que cette
que l’intermédiation locative, les résidences
valeur atteignait même trois points de plus
sociales ou encore les maisons-relais26. Il
pour les enfants habitant en hôtel social24.
insiste sur l’enjeu de stabilisation effective
Cette non-scolarisation est directement des familles, laquelle devrait avoir des consé-
liée à l’instabilité résidentielle  : ainsi 31 % quences bénéfiques sur le bon dévelop-
des enfants qui avaient déménagé une fois pement des enfants et le respect de leurs
et plus durant les douze mois précédents besoins fondamentaux et de leurs droits, en
n’étaient pas scolarisés (respectivement particulier le droit à l’éducation.
10 % et 21 %), alors que le taux de non-sco-
Le Défenseur des droits recommande
larisation des enfants n’ayant pas déménagé
que dans l’attente des effets concrets des
s’élevait à 4 %.
mesures annoncées, le changement de lieu
En effet, toute nouvelle inscription d’un enfant de vie des familles bénéficiaires du dispo-
dans une autre école rend nécessaire de sitif d’hébergement d’urgence n’intervienne
recommencer à accomplir des formalités qu’en dernier recours afin de garantir la
administratives parfois difficilement compré- continuité de la scolarisation et des appren-
hensibles et réalisables pour des parents en tissages. Il importe en effet de donner aux
grande précarité sociale, d’autant plus quand enfants concernés un maximum de chances
ils parlent pas ou peu le français. Elle va en pour bénéficier du droit à l’éducation.
outre se heurter aux obstacles déjà décrits
De la même façon les processus d’orienta-
avec le risque de déscolarisation auxquels ils
tion des familles vers un lieu d’hébergement
conduisent. C’est sans doute pourquoi dans de
d’urgence doivent impérativement tenir
nombreuses situations les enfants continuent
compte du lieu de scolarisation des enfants, en
à fréquenter l’école dans laquelle ils étaient
tant que critère déterminant pour la décision.
jusqu’alors scolarisés malgré les distances
accrues depuis leur nouveau lieu de vie, Rappelons que ces processus relèvent de la
leurs parents étant soucieux de leur assurer responsabilité de l’Etat et sont mis en œuvre

30
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

par les services intégrés d’accueil et d’orien- d’assurer l’orientation des personnes après
tation (SIAO), créés par la circulaire du 8 avril une évaluation sociale en fonction de leur
2013 et consolidés par la loi n° 2014-366 du situation de détresse.
24 mars 2014 pour l’accès au logement et un
L’absence de prise en compte, aujourd’hui, de
urbanisme rénové, dite loi ALUR. Ils ont notam-
la dimension « scolarité » dans le processus
ment pour mission, dans chaque départe-
vient méconnaître directement l’intérêt
ment, de recenser l’ensemble des demandes
supérieur de l’enfant qui doit être une consi-
d’hébergement et l’offre disponible en matière
dération primordiale dans toute décision qui
d’hébergement d’urgence, de stabilisa-
le concerne.
tion, d’insertion ou de logement adapté, afin

Recommandation 4

Le Défenseur des droits recommande aux préfets de veiller à la prise en considération des
lieux de scolarisation des enfants des familles sans logement et du calendrier scolaire, à
l’occasion des décisions d’orientation assurées par les services intégrés d’accueil et d’orien-
tation (SIAO), en particulier en cas de déménagement d’une famille déjà accueillie dans le
dispositif d’hébergement d’urgence.

Enfin, l’établissement d’enseignement peut l’Ile-de-France. Or, dans le second degré,


dans les faits se trouver être éloigné du lieu l’affectation dans un établissement scolaire
de vie dans les situations où l’élève (sa famille) déterminé est proposée par l’application
dispose d’une adresse administrative distincte AFFELNET27 qui ne contient qu’une rubrique
qui est retenue pour l’affectation scolaire. concernant l’adresse ne permettant pas de
Cette situation se présente notamment en différencier le lieu de domiciliation adminis-
région parisienne, où le parc hôtelier du Samu trative du lieu de vie réel.
social de Paris est étendu sur l’ensemble de

Recommandation 5

Le Défenseur des droits demande au ministre de l’Education nationale d’intégrer dans le


logiciel AFFELNET la possibilité de distinguer l’adresse administrative de l’enfant de son
adresse de résidence effective afin que cette dernière puisse être utilisée dans les proposi-
tions d’affectation.

31
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B. Les enfants vivant


dans des campements
La problématique d’accès aux droits de pose gnement et d’insertion qui a pu être engagé
de manière exacerbée pour les enfants vivant ainsi que la scolarisation des enfants »32.
dans des campements illicites ou des squats.
La circulaire interministérielle du 26 août
Selon un état des lieux réalisé par la Déléga- 2012 relative à l’anticipation et à l’accompa-
tion Interministérielle à l’Hébergement gnement des opérations d’évacuation des
et l’Accès au Logement (DIHAL)28, 17 510 campements illicites est venue rappeler la
personnes vivaient dans 569 campements nécessité d’un diagnostic préalable global
illicites en avril 2016. Parmi elles, 3 602 de la situation de chacune des familles ou
enfants mineurs ont été recensés sur les personnes isolées présentes dans le campe-
330 sites pour lesquels cette donnée a été ment, prenant en compte l’ensemble des
renseignée. problématiques (situation administrative,
état de santé, logement, emploi, scolari-
Le rapport de l’Unicef, paru en juin 2015,
sation,…), les spécificités de chacune des
reprenant les estimations du sociologue
familles et leur projet.
Olivier Peyroux et des associations travaillant
auprès de ces populations, apporte quant à En matière de scolarisation, la circu-
lui le chiffre de 8 000 à 10 000 enfants vivant laire rappelle que le principe de l’obliga-
dans des campements illicites. tion scolaire s’applique et précise que «  En
relation avec les maires et les associations,
Concernant leur scolarisation, l’European
les services de l’Education nationale, plus
Roma Rights Centre (ERRC) évoquait, lors
particulièrement ceux chargés de la scolari-
d’une enquête réalisée en 2014, que selon
sation des nouveaux arrivants et des enfants
les personnes interrogées, moins de 50 % de
du voyage, conduiront les actions permet-
leurs enfants en âge d’aller à l’école étaient
tant de prendre en charge sans délai et avec
effectivement scolarisés.29 Le GIP Habitat et
un souci de continuité les enfants présents
Interventions Sociales relevait pour sa part,
dans les campements ».33
lors de diagnostics sociaux opérés auprès de
113 campements illicites d’Ile-de-France, une Il doit néanmoins être constaté que cette
scolarisation de seulement 12 % d’enfants.30 circulaire reste encore peu ou mal appli-
quée par les services de l’Etat. Depuis trois
Comme l’analyse le Collectif pour le droit des
ans, le Défenseur des droits a été saisi de
enfants Roms à l’éducation (CDERE) suite à
nombreuses situations d’expulsions et est
une enquête réalisée auprès de 161 jeunes
intervenu dans plus de treize contentieux
entre 12 et 18 ans vivant en bidonville31, une
devant les juridictions nationales, en vue
des causes de cette non-scolarisation est
d’obtenir un sursis à l’évacuation. Dans son
la multiplicité des opérations de déman-
rapport de 2013, il a invité le gouvernement
tèlement des campements subies par ces
à dresser un bilan précis des mesures mises
familles par suite de décisions préfectorales.
en œuvre par les services de l’Etat pour
En 2014, la DIHAL notait sur ce point que respecter la circulaire du 26 août 2012, et
«  L’expérience des derniers mois démontre notamment anticiper les opérations d’éva-
que l’insuffisance d’anticipation et de propo- cuation en respectant l’obligation d’un
sition de solutions en amont des démantèle- diagnostic social.
ments, met en échec le travail d’accompa-

32
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L’expulsion, les enfants vivant sur le campement étaient


identifiés et suivis pour certains depuis
à l’été 2015, plusieurs années par les services sociaux
et les associations, et la plupart d’entre eux
du campement étaient scolarisés.

illicite le plus
Il est difficile de connaître le nombre d’enfants
qui ont été effectivement déscolarisés à

ancien d’Île- la suite de cette expulsion compte tenu de


l’éparpillement des familles qui a suivi. Un
de-France intervenant associatif a pu indiquer aux
services du Défenseur des droits, fin février
qui abritait 80 familles, illustre l’absence 2016, avoir perdu la trace de 42 enfants sur
de respect de la circulaire. Saisi du dossier, les 50 qui étaient inscrits en antenne scolaire
le Défenseur des droits a constaté que le mobile avant l’expulsion. Les 8 autres auraient
diagnostic social, condition préalable à toute rejoint l’école ordinaire. Il n’est pas possible de
évacuation, avait été tardivement et partiel- dire si ces enfants ont été scolarisés dans une
lement mis en œuvre. Alors que le juge avait nouvelle école proche de leur nouveau lieu
octroyé un délai de six mois pour accompa- d’implantation, mais la stabilité et le suivi dont
gner les familles, aucune solution pérenne ils avaient pu bénéficier pendant plusieurs
d’hébergement et de prise en charge sanitaire années ont été radicalement interrompus lors
et sociale ne leur avait été proposée. Enfin, de cette évacuation.

Recommandation 6

Le Défenseur des droits rappelle aux préfets la nécessité d’informer et d’associer, systéma-
tiquement, les services académiques, en amont de toute opération de démantèlement de
campement afin que des mesures puissent être anticipées pour assurer la continuité de la
scolarisation des enfants concernés.

Au-delà du fait que cette situation est source DIHAL aux préfets les invitant à renseigner,
d’insécurité psychologique pour les enfants, pour chaque expulsion, une fiche portant sur
elle est également de nature à ne pas inciter le nombre de personnes concernées et les
les parents à demander et effectuer les solutions d’hébergement proposées et/ou
démarches en vue de la scolarisation de leurs acceptées.
enfants, qui plus est lorsqu’une expulsion et
Il regrette néanmoins que la fiche à rensei-
une déscolarisation ont déjà été subies.
gner ne contienne pas d’item spécifique sur
Le Défenseur des droits a pris note à cet égard la scolarisation des enfants concernés par
de l’instruction ministérielle adressée par le l’expulsion.

33
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

C. Les enfants du voyage


La circulaire du 2 octobre 201234 relative à Outre l’accès effectif à une aire d’accueil, la loi
la scolarisation et à la scolarité des enfants du 5 juillet 2000 tend également à permettre
issus de familles itinérantes et de voyageurs une scolarisation des enfants. Ainsi, elle
définit les orientations générales de la scola- prévoit que les aires d’accueil soient situées
risation des enfants du voyage. Elle rappelle au sein ou à proximité des zones urbaines
ainsi que « le droit commun s’applique en tous afin de permettre un accès aisé aux diffé-
points à ces élèves : ils ont droit à la scola- rents services, notamment scolaires.
risation et à une scolarité dans les mêmes
La circulaire d’application de cette loi36
conditions que les autres, quelles que soient
précise que l’évaluation des besoins, dans
la durée et les modalités du stationnement
le cadre du schéma départemental d’accueil
et de l’habitat, et dans le respect des mêmes
des gens du voyage, doit inclure l’étude « des
règles » et précise que le fait qu’une famille
actions socio-éducatives à mener auprès
soit hébergée de manière provisoire sur le
des gens du voyage, pouvant contribuer à
territoire d’une commune doit être regardé
favoriser la préscolarisation et la scolari-
comme sans incidence sur le droit à la scola-
sation des enfants, l’alphabétisation des
risation. On l’a vu, en vertu de l’article L131-6
adultes ».
du code de l’éducation, c’est la résidence
sur le territoire d’une commune qui déter- Néanmoins, le séjour sur une aire d’accueil
mine l’établissement scolaire d’accueil. reste temporaire, avec une durée de station-
Dès lors, par principe, la scolarisation des nement qui ne doit pas excéder 5 mois, ce
élèves concernés s’effectue dans les écoles qui n’incite pas les familles du voyage à
et les établissements du secteur du lieu de scolariser leurs enfants au sein des écoles
stationnement. communales.

Deux lois successives dites lois Besson La possibilité pour une famille de prolonger le
du 31 mai 1990 et du 5 juillet 2000 visent séjour sur une aire d’accueil jusqu’à la fin de
respectivement la mise en œuvre du droit au l’année scolaire est toutefois envisagée par la
logement et à l’accueil et à l’habitat des gens circulaire du 3 août 2006 relative à la mise en
du voyage. Ces lois imposent aux communes œuvre des prescriptions du schéma dépar-
de plus de 5 000 habitants de prévoir des temental d’accueil des gens du voyage37 afin
terrains aménagés pour le séjour des gens de permettre une scolarité plus suivie et
du voyage. régulière pour tous les enfants de familles
itinérantes et de voyageurs.
Un schéma départemental doit déterminer
«  au vu d’une évaluation préalable des La Cour des comptes indique à cet égard, dans
besoins et de l’offre existante, notamment son rapport d’octobre 2012 relatif à l’accueil et
de la fréquence et de la durée des séjours l’accompagnement des gens du voyage que
des gens du voyage, des possibilités de «  La scolarisation des enfants du voyage
scolarisation des enfants, d’accès aux soins tend à s’améliorer sur les territoires où sont
et d’exercice des activités économiques  », présentes des aires d’accueil, en particulier
les secteurs géographiques d’implantation lorsque les règlements intérieurs autorisent
des aires permanentes d’accueil, ainsi que une prolongation de la durée de séjour en
les communes où celles-ci doivent être cas de scolarisation  »38. Le rapport note à
réalisées35. titre d’exemple qu’en Seine-et-Marne, sur
les aires d’accueil des syndicats d’agglomé-

34
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

rations nouvelles où les séjours longs étaient Le Défenseur des droits regrette dès lors
autorisés pour les familles qui s’engageaient l’absence, dans chaque règlement intérieur
à scolariser régulièrement leurs enfants, le des aires d’accueil des gens du voyage, de
taux de scolarisation approchait les 90 % dispositions particulières permettant une
pour l’école élémentaire alors que, a contrario, dérogation à la durée maximale de stationne-
les services académiques de l’Hérault avait ment, lorsque les enfants sont scolarisés et
souligné que la scolarisation au collège des afin d’éviter toute rupture de la scolarisation.
enfants du voyage était difficile pour les itiné-
rants, la durée de séjour autorisée sur l’aire
de Montpellier étant courte et ne faisant pas
l’objet de dérogations.

La scolarité scolarisés de manière continue et intégrale,


ni à leurs familles de répondre aux exigences
de Jessica, 4 ans, légales de scolarisation car aucune déroga-
tion au règlement intérieur précité ne semble
qui réside avec ses parents sur une aire prévue notamment pour les familles ayant
d’accueil des gens du voyage, est interrompue des enfants en âge d’être scolarisés. Les
de manière régulière sur des périodes allant parents ont sollicité une dérogation auprès de
de 2 à 3 mois, en raison notamment de la communauté de communes sans succès.
l’article  12 du règlement intérieur de l’aire Considérant que ce refus est contraire à son
qui prévoit expressément que «  la durée de intérêt supérieur et particulièrement préju-
stationnement sur l’aire est limitée à 45 jours. diciable à l’instruction et à la socialisation de
(…) Au minimum, une carence de 2 mois sera l’enfant, le Défenseur des droits vient de saisir
respectée entre deux séjours sur l’aire ». Cette la communauté de communes. L’instruction
disposition ne permet ni aux enfants d’être de ce dossier est toujours en cours.

Recommandation 7

Le Défenseur des droits recommande aux collectivités locales l’adoption de dispositions


particulières au sein des règlements intérieurs des aires d’accueil des gens du voyage afin
de permettre des dérogations à la durée maximale de stationnement, lorsque les enfants
sont scolarisés.

35
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

III. Les difficultés rencontrées


par les enfants étrangers
Malgré l’affirmation du principe d’égal accès amplification pour les mineurs non accom-
à la scolarisation des enfants de nationalité pagnés, dont la prise en charge au titre de
étrangère certaines circonstances viennent l’aide sociale à l’enfance conditionne souvent
retarder l’exercice effectif de ce droit. Sont la possibilité d’affectation au sein d’un
concernés principalement les enfants établissement scolaire.
allophones39 dans le second degré, avec une

A. Des délais d’affectation longs


pour les enfants allophones
Dès leur arrivée sur le territoire français, procédure d’évaluation.  » Concrètement, il
les élèves allophones doivent se soumettre est prévu que l’élève et, dans la mesure du
à une évaluation de niveau permettant de possible sa famille, rencontre un conseiller
les orienter vers une classe correspondant d’orientation psychologue qui analyse le
à leurs besoins, qu’il s’agisse d’une classe parcours scolaire de l’enfant et organise une
ordinaire ou d’une classe relevant d’un dispo- évaluation pédagogique. Il est indiqué que
sitif spécifique. l’équipe chargée de cette évaluation doit
transmettre les résultats aux enseignants
Dans le premier degré, l’élève intègre direc-
qui accueillent ces élèves et que leur affecta-
tement la classe correspondant à son âge
tion est « aussitôt » prononcée par l’autorité
et c’est au sein de celle-ci que l’évaluation
académique qui tiendra compte, d’une part,
de ses connaissances et des compétences
du profil scolaire de l’élève établi lors de ces
qu’il a d’ores et déjà acquises, est réalisée.
évaluations et, d’autre part, de possibilités
En fonction des résultats de cette évaluation,
d’accueil adaptées, à une distance raison-
une réponse pédagogique adaptée à la situa-
nable du domicile.
tion de l’élève est élaborée. Son orientation et
son affectation au sein d’une classe est alors Ainsi, l’affectation doit en principe intervenir
prononcée. très rapidement après l’obtention des résul-
tats obtenus à l’évaluation passée par les
Dans le second degré, une circulaire du 2
jeunes concernés.
octobre 201240 relative à l’organisation de la
scolarité des élèves allophones nouvellement Or, de par les réclamations dont il est saisi
arrivés précise que « En fonction du nombre et au cours des auditions réalisées pour le
d’élèves à accueillir, les centres d’orientation présent rapport, le Défenseur des droits a
et d’information, de manière déconcentrée pu constater que l’affectation au sein d’un
ou au sein des cellules d’accueil mises en établissement scolaire pouvait intervenir
place dans les services départementaux de plusieurs mois après la réalisation de l’éva-
l’Education nationale apportent leur contri- luation, jusqu’à six ou huit mois selon les
bution à l’établissement d’accueil, dans cette académies.

36
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Mircea, Dominica, arrivants tout en participant à certains cours


en classe ordinaire dans un collège. Cepen-
Bisha, Loubinitsa, dant, des difficultés d’affectation persis-
taient pour les cinq autres jeunes. Trois
Putsha, Cinoro, d’entre eux étaient en âge d’être scolarisés
au collège, en classe de sixième, mais dans
Azlan, Gyula la mesure où ils n’avaient pas le niveau suffi-
sant, une affectation en CM2 avec UPE2A
et Nara était envisagée. Cependant, un refus était
opposé au motif que l’école de secteur ne
vivaient dans un campement illicite en disposait pas de place disponible et que les
région parisienne et rencontraient des diffi- classes de cette école contenaient déjà un
cultés quant à leur scolarisation. Ils avaient nombre conséquent d’enfants vivant dans
bien passé les tests d’évaluation au CIO mais, des campements illicites. Pour les autres,
deux mois après, demeuraient en attente était évoqué le fait qu’ils n’avaient jamais été
d’une affectation au sein d’un établisse- scolarisés antérieurement et qu’ils devaient
ment scolaire. La situation de quatre d’entre donc intégrer une UPE2A-NSA, déjà saturée
eux était en cours de régularisation et une et éloignée du lieu de vie des enfants. Le
affectation devait leur être adressée afin Défenseur des droits est intervenu auprès
qu’ils puissent bénéficier d’un suivi en des services académiques et tous ces
unité pédagogique pour élèves allophones enfants ont pu être scolarisés.

Recommandation 8

Le Défenseur des droits recommande aux services académiques de veiller à l’affectation


rapide des élèves allophones au sein d’un établissement scolaire, afin de leur permettre
d’accéder à une scolarisation effective dans les meilleurs délais, y compris après 16 ans.

Par ailleurs, la circulaire mentionne une Parmi les enfants allophones, c’est sans
unique évaluation pédagogique. Pourtant, le doute pour les mineurs non accompagnés
Défenseur des droits a pu constater que les que l’accès à la scolarisation s’avère le plus
enfants allophones étaient, dans plusieurs difficile.
académies, soumis à une double évaluation,
par le CASNAV puis par le CIO.

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B. Des atteintes spécifiques


à la scolarisation des mineurs
non accompagnés
Le Défenseur des droits est régulièrement décisions41 ainsi que dans son rapport
saisi de nombreuses atteintes au droit à relatif aux droits fondamentaux des étran-
l’éducation pour ces mineurs, qu’ils soient gers en France, paru en mai 2016. Il insiste
dans l’attente d’une évaluation de leur sur la nécessité de scolarisation des jeunes
minorité, que celle-ci soit contestée et qu’ils migrants dès leur accueil temporaire. Cette
soient dans l’attente d’une audience devant scolarisation doit être une priorité absolue
le juge des enfants, ou qu’ils soient pris en tant pour les services de l’aide sociale à
charge par l’aide sociale à l’enfance mais que l’enfance que pour les services du CASNAV
leur scolarisation n’ait pas été réfléchie et en charge des affectations scolaires.
mise en œuvre.
Par ailleurs, le Défenseur des droits est
Dans certains départements, les mineurs saisi dans plusieurs départements pour de
non accompagnés ne parviennent pas à être nombreux mineurs non accompagnés qui,
scolarisés tant qu’ils ne bénéficient pas d’une bien qu’évalués mineurs et pris en charge par
prise en charge au titre de la protection de les services de l’aide sociale à l’enfance au
l’enfance. Or, les démarches et procédures titre de la protection de l’enfance, ne bénéfi-
en ce sens peuvent s’avérer particulièrement cient pas d’une scolarisation effective, essen-
longues. Ces délais impactent lourdement la tiellement concernant les jeunes de plus de
possibilité pour ces jeunes de s’insérer dans seize ans, non soumis à l’obligation scolaire.
la société française notamment à la faveur de
Sur ce point, l’article L. 122-2 alinéa 3 du code
l’élaboration d’un projet professionnel, mais
de l’éducation précise que « Tout mineur non
aussi hypothèquent leur chance d’obtenir un
émancipé dispose du droit de poursuivre
titre de séjour à la majorité.
sa scolarité au-delà de l’âge de seize ans. »
Ainsi, de nombreux jeunes qui se sont vu Dans la continuité de ce texte, la circulaire
opposer une décision administrative de du 25 janvier 2016 souligne l’importance de
refus d’admission à l’aide sociale à l’enfance, veiller à la scolarisation des jeunes étrangers
se présentent au CIO ou au CASNAV accom- y compris entre 16 et 18 ans et après 18 ans,
pagnés par des bénévoles ou des membres lorsque ces deniers souhaitent poursuivre
d’associations. leur cursus de formation.
Ils se voient néanmoins refuser la possibilité
de passer leur évaluation, ou, s’ils peuvent Recommandation 9
la passer, ne seront affectés au sein d’un
établissement scolaire qu’après leur prise en Le Défenseur des droits rappelle aux conseils
charge au titre de l’aide sociale à l’enfance départementaux leur obligation d’assurer un
décidée et effective. accès effectif à une scolarité ou à une forma-
tion professionnelle, à tous les mineurs non
Le Défenseur des droits reste particuliè-
accompagnés dont ils ont la charge, y compris
rement attentif au respect du droit à l’édu-
lorsqu’ils sont âgés de plus de 16 ans.
cation des mineurs non accompagnés et
réitère à cet égard les recommandations
qu’il a pu notamment formuler dans diverses

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

IV. L’accès aux transports,


cantine, activités
périscolaires
En plus des problématiques d’accès à l’école déjà décrites, les enfants vulnérables ren-
contrent des difficultés d’accès aux transports, à la cantine et aux activités périscolaires.

A. L’accès au transport des enfants


vivant dans des bidonvilles
Les auditions réalisées par le Défenseur ont une incidence forte sur la fréquentation
des droits, notamment auprès d’associa- scolaire (à titre d’illustration, le transport, la
tions accompagnant les populations vivant cantine, les fournitures scolaires) ».
au sein de campements illicites, ont mis en
Les informations transmises au Défenseur
lumière les problématiques particulières des
des droits permettent d’affirmer que ces
enfants concernés, l’isolement géographique
dispositions ne sont pas encore totalement
rendant parfois impossible toute scolarité.
appliquées. Les transports scolaires sont
Une fois surmonté l’éventuel refus d’ins-
souvent inexistants ou difficilement acces-
cription scolaire par les mairies, les familles
sibles en raison de leur coût. Or, l’école est
sont confrontées au problème de l’absence
souvent à plusieurs kilomètres du campe-
de transports en commun pour se rendre à
ment dans lequel les enfants résident, ce qui
l’école.
ne leur permet pas de se rendre en classe.
La circulaire interministérielle relative à l’anti-
Ce sont alors parfois les militants et
cipation et à l’accompagnement des opéra-
bénévoles qui sont contraints d’assurer les
tions d’évacuation des campements illicites
allers/retours quotidiens entre le campe-
du 26 août 2012 demande pourtant expres-
ment et les établissements scolaires afin
sément aux préfets de veiller « à prévoir des
d’assurer le transport des enfants scolarisés
actions portant sur les conditions matérielles
en école primaire et au collège.
de scolarisation dans la mesure où elles

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Plusieurs scolaires refusait qu’ils y aient accès par


crainte que la délivrance des cartes de trans-
enfants vivants ports scolaires ne soit utilisée par les familles
dans le cadre d’une procédure contentieuse
dans un bidonville, pour attester notamment de leur résidence
effective sur le territoire de la commune. Le
dans le sud de la France, étaient inscrits à délégué territorial du Défenseur des droits
l’école publique de la commune de résidence a rappelé fermement à la collectivité locale
mais ne pouvaient effectivement s’y rendre, l’atteinte aux droits de l’enfant et la discrimi-
faute d’accès au bus scolaire. En effet, alors nation pouvant être caractérisée par ce refus
qu’un point de ramassage existait à proxi- d’accès. La communauté d’agglomération a
mité de leur campement, la communauté finalement délivré les cartes de transport et
d’agglomération gestionnaire des transports les enfants ont pu enfin accéder à l’école.

Recommandation 10

Le Défenseur des droits insiste sur la nécessité d’organiser les transports scolaires pour les
enfants vivant dans des campements illicites, condition nécessaire à leur scolarisation effec-
tive, ce qui implique une action concertée des acteurs locaux.

B. L’accès à la cantine
et aux activités périscolaires
Clément Ayant vocation à prolonger le temps de
scolarisation42, les temps passés à la cantine
s’est vu refuser et aux activités périscolaires contribuent à
améliorer la vie des enfants à l’école et sont
l’inscription aux indissociables de la scolarisation au sens
strict.
temps d’activités Or, l’attention du Défenseur des droits est

périscolaires , appelée régulièrement sur la question du


coût des temps d’activités périscolaires mis
en place depuis 2013 ainsi que sur celles du
par le maire de sa commune de résidence.
transport et de l’accompagnement par un
Ce dernier justifiait sa décision au motif que
tiers.
la situation administrative des parents était
en cours de régularisation.
Le coût des temps d’activités périscolaires
Les parents ont saisi un délégué du Défenseur (TAP)
des droits. Ce dernier a entrepris un règle-
ment amiable auprès de la mairie, rappelant Initiée en 201343, la réforme des rythmes
les obligations du maire en la matière. Cette scolaires a été généralisée à la rentrée 2014,
démarche a pu aboutir positivement. avec notamment pour finalité de lutter contre

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les inégalités sociales. Elle modifie l’orga- de consacrer une partie du fonds «  Publics
nisation de la semaine scolaire des écoles et territoires  » à cette même fin. Selon les
maternelles et élémentaires en prévoyant services du ministère de l’Education natio-
une nouvelle répartition entre les temps nale, ces fonds permettraient de couvrir
scolaire et périscolaire et la mise en place 100 % du coût engendré par les TAP et les
d’activités périscolaires. communes qui proposaient la gratuité des
activités périscolaires n’auraient pas changé
Malgré la charge importante en termes
leurs pratiques avec la mise en place de
d’organisation et les efforts de financement
la réforme. Toujours selon les services du
que la mise en place de cette réforme a pu
ministère, 2/3 des communes proposeraient
engendrer pour les collectivités locales et qui
la gratuité de ces activités46.
a été rappelée dans la contribution de l’AMF
au présent rapport, le taux de communes Les réclamations adressées au Défenseur
inscrites dans le processus est passé des droits mettent en évidence la situation
aujourd’hui à 92 %, contre 30 % en 2013. particulière des enfants handicapés dans le
Pour la rentrée 2015/2016, cela représente cadre des activités périscolaires.
96 % des élèves44 concernés.
En 2011, le Conseil d’Etat a reconnu l’obligation
Si cette réforme relève de la responsabilité pour l’Etat de prendre en charge les mesures
du ministère de l’Education nationale qui propres à assurer l’accès des enfants handi-
fixe le cadre et les exigences pédagogiques capés aux activités périscolaires (en l’occur-
auxquels la programmation des TAP doit rence l’accompagnement par un AVS sur le
répondre, la mise en œuvre de ces activités temps de la cantine), alors même que ces
relève de la responsabilité des collectivités activités ne relèveraient pas en tant que telles
locales. Ces dernières fixent en particulier les de sa compétence, dès lors que ces mesures
tarifs selon le principe de libre administration apparaissent comme une composante néces-
des collectivités territoriales, dans le respect saire à la scolarisation de l’enfant et qu’elles
de l’article L. 551-1 du code de l’éducation qui sont préconisées par la CDAPH47.
prévoit que le projet éducatif territorial doit
La question de savoir si l’Etat a vocation, par
veiller à ce que « les ressources des familles
dérogation au principe général de compé-
ne soient pas un facteur discriminant entre
tence des communes, à prendre en charge
les élèves  ». Ainsi, sous ces réserves, les
les besoins spécifiques des enfants handi-
communes sont libres de facturer ou non ces
capés dans le cadre des TAP, semble être
activités.
désormais tranchée par la lecture combinée
Afin d’aider au déploiement de la réforme des articles L. 917-1, issu de la loi de finances
sur l’ensemble du territoire, l’Etat a proposé pour 2014, et L. 216-1 du code de l’éduca-
d’accompagner les communes, notamment tion aux termes desquels : « Les communes
pour tenir compte des surcoûts engendrés supportent la charge financière des activités
par les TAP pour les collectivités territoriales. périscolaires. Des agents de l’Etat [AESH],
dont la rémunération leur incombe, peuvent
Il a ainsi été mis en place un fonds d’amor-
être mis à leur disposition».
çage45 qui prévoit que toutes les communes
appliquant la réforme, disposant d’au Une jurisprudence récente du tribunal
moins une école maternelle ou élémentaire administratif de Rennes du 30 juin 201648est
publique ou privée sous contrat, perçoivent venue toutefois préciser que la compé-
une dotation de 50 euros par élève, qui peut tence de la commune en matière d’organi-
être portée à 90 euros pour les communes sation des activités périscolaires ne fait pas
dites « cibles ». Par ailleurs, la CNAF a décidé obstacle à une prise en charge par l’Etat d’un

41
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

accompagnant pour l’enfant sur ces TAP qui Les transports vers les lieux
constituent une composante nécessaire à de restauration scolaire
la scolarisation de ce dernier, ce qui exclut et de déroulement des TAP
les temps extra scolaires et les temps de
Selon le rapport de la sénatrice Françoise
halte-garderie.
CARTRON49, une commune sur quatre a
L’appel à témoignages, lancé par le Défen- éprouvé des difficultés d’organisation pour
seur en 2013, alors même que la réforme les transports des enfants dans le cadre de
des rythmes scolaires n’était pas pleinement la réforme des activités périscolaires.
opérationnelle, confirmait les problèmes
Les principales difficultés concernent des
rencontrés par les enfants handicapés pour
enfants handicapés. Le Défenseur des
accéder aux activités périscolaires. Ainsi,
droits est ainsi fréquemment saisi aux fins
selon l’enquête, 65 % des enfants concernés
de favoriser l’accès à un moyen de trans-
(sur un échantillon de 1146 témoignages
port adapté pour permettre à ces enfants de
spontanés) n’avaient pas accès aux activités
bénéficier et d’accéder de manière effective
périscolaires mises en place après l’école.
à la cantine et aux activités périscolaires.
Le manque d’accompagnement adapté Les situations rencontrées vont du refus de
était pointé comme étant l’une des princi- prise en charge du transport à l’inadéquation
pales difficultés rencontrées par les enfants des horaires de passage et des horaires des
handicapés pour accéder aux activités activités.
périscolaires.
Les solutions apportées par l’institution
Au regard de la complexité des probléma- sont l’information et/ou l’accompagnement
tiques soulevées, le Défenseur des droits a des réclamants vers une saisine du service
constitué, en 2015, un observatoire réunis- concerné de transport public spécialisé et/
sant les acteurs du périscolaires suscep- ou une demande de réévaluation de l’alloca-
tibles d’apporter, à partir des bonnes tion d’éducation de l’enfant handicapé par la
pratiques repérées, des réponses concrètes MDPH pour financer un transport individuel.
aux problèmes rencontrés par les familles.
Le Défenseur des droits est également
Cette initiative s’est traduite par des mesures saisi de refus de prise en charge de frais de
concrètes dès la rentrée 2015-2016 puisque transport «  domicile-lieu d’activité périsco-
la CNSA a donné des instructions aux MDPH laire  » ou «  établissement scolaire-lieu de
afin que les besoins d’accompagnement pause méridienne » opposés par les conseils
de l’enfant sur le temps périscolaire soient départementaux.
évalués dans le cadre du projet personnalisé
Il convient donc de rappeler qu’en application
de scolarisation. En outre, dans la continuité
de l’article R213-13 du code de l’éducation, les
de cette initiative, le ministère de l’Educa-
frais de déplacement exposés par les élèves
tion nationale, en partenariat avec le Défen-
handicapés qui fréquentent un établissement
seur des droits, a mis en place début 2016
d’enseignement général, agricole ou profes-
un groupe de travail afin d’élaborer une fiche
sionnel, public ou privé sous contrat, et qui
pratique à destination des collectivités terri-
ne peuvent utiliser les moyens de transport
toriales pour améliorer l’accueil d’un enfant
en commun en raison de la gravité de leur
en situation de handicap sur les temps d’acti-
handicap, médicalement établie, sont pris en
vités périscolaires dans le cadre d’un projet
charge par le département de leur domicile.
éducatif territorial (PEDT), en valorisant les
Ces dispositions n’excluant pas les autres
témoignages et les bonnes pratiques.
déplacements de l’élève handicapé pouvant

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être rendus nécessaires par la fréquentation l’enfant soit accompagné par un AVS sur
de son établissement scolaire, un refus de le temps périscolaire alors que l’enfant est
prise en charge par le conseil départemental autonome et n’a pas besoin d’un AVS sur le
pour les temps d’activités périscolaires et les temps scolaire. De même, bien souvent, les
pauses méridiennes est illégal. Le Défenseur communes décident de mettre en place des
des droits a d’ailleurs déjà eu l’occasion de moyens humains spécifiques pour répondre
se positionner en ce sens dans sa décision aux besoins des enfants handicapés alors
n° LCD-2011-70 du 22 novembre 2011 relative que l’accompagnement pourrait être assuré
au refus de prise en charge de frais de trans- par les animateurs qu’elles recrutent déjà, à la
port d’un élève handicapé pendant la pause condition qu’ils puissent être mieux préparés
méridienne. à accueillir l’enfant (formation, accompagne-
ment ponctuel et transitoire par des profes-
A noter que la loi «  NOTRe  »50, prévoit le
sionnels du médico-social, etc.).
transfert de la compétence des transports
des départements vers les régions à compter L’examen des pratiques des MDPH révèle
du 1er janvier 2017. Les mêmes obligations des disparités d’appréciation du besoin de
légales pèseront donc désormais sur les l’enfant selon les départements. Certaines
régions. CDAPH se prononcent sur les besoins
d’accompagnement sur le temps périscolaire
L’accompagnement de l’enfant tandis que d’autres limitent leur intervention
par une tierce personne au temps strictement scolaire. Or, l’évalua-
tion de la situation globale de l’enfant par la
Le Défenseur des droits a été saisi de CDAPH, en application de l’article  241-6 1°
situations dans lesquelles des mairies se du CASF, apparaît comme l’unique moyen
réservent le droit d’exiger, selon les cas, la d’objectivation du besoin et, par suite,
présence d’un AVS auprès de l’enfant sur le comme un préalable nécessaire à une prise
temps périscolaire51 et le temps de cantine. en charge raisonnée, en termes de moyens
Or, il convient de rappeler ici, qu’un refus humains et financiers.
opposé aux enfants par les collectivités
territoriales pour l’accès à ces deux temps De plus, si l’article L. 351-3 du code de l’édu-
constitue une rupture dans la continuité de cation prévoit expressément que la CDAPH
leur parcours scolaire. est compétente pour définir le besoin
d’AESH sur le temps scolaire, il ne limite pas
Des points de blocage ont été particulière- son champ de compétence à cette seule
ment identifiés  : le premier concerne l’éva- mission, ce qui est confirmé d’ailleurs par
luation par les MDPH des besoins d’accom- l’article L. 917-1 du code de l’éducation.
pagnement des enfants handicapés et le
second concerne la délicate question de Ainsi, selon notre analyse, rien ne s’oppose à
l’intervention de l’AVS-AESH hors du temps ce que la CDAPH se prononce sur le besoin
scolaire. d’accompagnement global de l’enfant et la
nécessité d’un accompagnement par un
AESH sur le temps périscolaire.
Sur l’évaluation des besoins de l’enfant
par les MDPH Le juge administratif, saisi dans le cadre
d’un référé liberté suite à un refus d’accueil
Le Défenseur des droits constate souvent des
d’un enfant handicapé dans le cadre des
réponses inadaptées liées à une mauvaise
activités périscolaires, renvoie d’ailleurs la
appréciation des besoins d’accompagne-
CDAPH dans son rôle d’évaluation du besoin
ment de l’enfant, par exemple l’exigence que
d’accompagnement52.

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Il est à noter, enfin, que le nouveau modèle Une fois admise la possibilité pour la MDPH
de document formalisant le projet person- de se prononcer sur le besoin d’accompa-
nalisé de scolarisation53 mentionne au titre gnement de l’enfant hors du temps scolaire,
des priorités et objectifs « l’articulation entre il reste la question de l’opposabilité de cette
les temps d’enseignement, les temps péris- décision aux collectivités locales.
colaires et les interventions psychologiques,
En tout état de cause, un certain nombre
éducatives, sociales, médicales et paramé-
de maires conditionnent déjà l’accueil de
dicales avec comme exemple les interven-
l’enfant sur le temps méridien à une décision
tions prioritairement en dehors du temps
de la MDPH se prononçant sur le besoin
scolaire »54.
d’accompagnement de l’enfant.

Recommandation 11

Le Défenseur des droits rappelle aux présidents des conseils départementaux et aux prési-
dents des conseils régionaux qui assumeront la compétence «  transport  » à compter du
1er  janvier 2017, leur obligation de prendre en charge, à titre individuel, les frais de trans-
port d’un enfant handicapé ne pouvant utiliser les moyens de transport en commun et ce,
pour tous les trajets effectués dans le cadre de sa scolarité, y compris les trajets desservant
les lieux d’activités périscolaires. Il leur recommande d’organiser le transport individuel des
élèves handicapés de manière à leur permettre d’accéder aux activités périscolaires sur la
base de l’égalité avec les autres enfants.
Le Défenseur des droits recommande la clarification du cadre juridique en matière d’évalua-
tion des besoins d’accompagnement des enfants handicapés sur le temps périscolaire par
les MDPH de manière à harmoniser les pratiques entre les départements.

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Chapitre 2
Le droit à être accompagné
dans sa scolarité

L
a loi n° 2013-595 d’orientation et ses apprentissages. Il ne s’agit plus seule-
de programmation pour la refon- ment de répondre aux difficultés de certains
dation de l’école de la République élèves mais de donner à tous les moyens
du 8 juillet 2013 est venue de progresser, en mobilisant des pratiques
modifier l’article  L. 111-1 du code pédagogiques diversifiées et différenciées ».
de l’éducation qui stipule désor-
Cette adaptation aux besoins réels de chaque
mais que « Le service public de l’éducation
enfant correspond bien au principe proclamé
(…) reconnaît que tous les enfants partagent
par la convention internationale selon lequel
la capacité d’apprendre et de progresser.
l’éducation de l’enfant doit notamment « viser
Il veille à l’inclusion scolaire de tous les
à favoriser l’épanouissement de sa person-
enfants, sans aucune distinction. ».
nalité et le développement de ses dons et de
Partant du principe que la diversité des ses aptitudes mentales et physiques, dans
élèves accueillis dans les écoles et les toute la mesure de leurs potentialités ».
collèges doit être prise en compte, le minis-
Il est clair toutefois que pour permettre un
tère de l’Education nationale s’est fixé pour
déploiement à grande échelle des actions
objectif de développer des actions visant à
destinées à favoriser l’adaptation aux besoins
proposer et mettre en œuvre des pédago-
des enfants, une réelle implication notam-
gies différenciées, propres aux besoins de
ment des personnels des équipes éducatives
l’élève concerné55. La circulaire de rentrée
sera nécessaire, étayée par des formations
n° 2015-085 du 3 juin 2015, précise sur ce
et temps d’échanges de bonnes pratiques,
point que «  Tous les enfants, sans aucune
indispensables dans chaque académie afin
distinction, sont capables d’apprendre et de
d’impulser une réelle dynamique en ce sens
progresser  : ce principe d’une école inclu-
et éviter que les objectifs affichés ne restent
sive qui ne stigmatise pas les difficultés
lettre morte.
mais accompagne tous les élèves dans leur
parcours scolaire constitue le cœur du décret Dans ce cadre, les actions mises en œuvre
n° 2014-1377 du 18 novembre 2014 relatif au peuvent être formalisées via un programme
suivi et à l’accompagnement pédagogique personnalisé de réussite éducative (PPRE)56
des élèves et doit concerner l’ensemble des qui va permettre de coordonner la prise en
pratiques pédagogiques. Dans son travail charge de l’élève. Il a pour objectif notamment
quotidien en classe, l’enseignant fait en sorte d’identifier les besoins grâce à un diagnostic,
que chaque élève progresse au mieux dans de fixer des objectifs précis en nombre réduit

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et de prévoir les modalités d’évaluation des qui y exercent  » est venue rappeler le rôle
progrès réalisés et des suites à donner. Le des enseignants spécialisés, aux côtés des
PPRE est défini sur un temps relativement enseignants des classes, en vue de proposer
court, et doit recueillir l’adhésion de la famille en équipe une réponse adaptée aux diffi-
et de l’élève. Les aides proposées vont de la cultés d’apprentissage et d’adaptation aux
différenciation pédagogique57 dans la classe exigences scolaires qu’éprouvent certains
aux aides spécialisées. élèves. Ainsi, après une période de forte
réduction du nombre de RASED sur le terri-
Par ailleurs, la circulaire n° 2014-107 du
toire, déplorée par le Défenseur des droits
18  août 2014 intitulée «  Fonctionnement
dans son rapport d’appréciation au Comité
des réseaux d’aides spécialisées aux élèves
des droits de l’enfant de l’ONU, ce texte
en difficulté et missions des personnels
encourage à nouveau leur déploiement.

Recommandation 12

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale de poursuivre


son effort de développement des RASED en veillant à garantir l’égalité entre les territoires.

Enfin, plusieurs dispositifs ont été réfléchis et élèves handicapés, les élèves intellectuel-
mis en œuvre pour tenir compte des caracté- lement précoces, et les élèves allophones
ristiques singulières de certains enfants : les nouvellement arrivés.

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I. Les enfants handicapés


Dans ses observations finales du 23 février scolaire et la socialisation, conformément à
2016, le Comité des droits de l’enfant « prie l’objectif de pleine intégration.
instamment l’État (…) de reconnaître le droit
En droit interne, la loi du 11 février 2005
de tous les enfants à l’éducation inclusive et
marque le point de départ d’un véritable
de veiller à ce que l’éducation inclusive soit
changement de paradigme concernant les
privilégiée, à tous les niveaux d’enseigne-
enfants handicapés, en privilégiant leur
ment, par rapport au placement en insti-
scolarité en milieu ordinaire, dans une école
tution spécialisée ou à la scolarisation en
inclusive.
classe séparée. »
Ainsi, depuis 2006, le nombre d’élèves en
C’est sans doute pour les enfants handicapés
situation de handicap scolarisés en milieu
que le terme d’école inclusive a été d’abord
ordinaire a plus que doublé atteignant plus
pensé.
de 260 000 à la rentrée 2015.
La convention relative aux droits des
Ces chiffres doivent toutefois être appré-
personnes handicapées reconnaît, en son
hendés avec vigilance dans la mesure où les
article  24, le droit des personnes handica-
études réalisées ne donnent aucune indica-
pées à l’éducation. Elle préconise ainsi que
tion sur les modalités concrètes de scolari-
des mesures d’accompagnement indivi-
sation de ces enfants, et notamment sur les
dualisées efficaces soient prises dans des
quotités d’heures d’enseignement qui leur
environnements qui optimisent le progrès
sont effectivement prodiguées.

L’accès à l’école je crois que c’est normal et tout le monde le sait.


Le Handicap ça fait partie de l’apprentissage, malgré le handicap,
je peux comprendre les choses. L’école est importante pour mon avenir
professionnel. (…). Je me sens différent, la différence ça peut arriver
à tout le monde, ce n’est pas ça qui compte.

Alexandre, 17 ans ( jeune autiste),


Propos recueillis dans le cadre du projet « Parlons jeunes »
d’ENOC 2016 consacré à l’éducation.

La scolarisation à temps complet reste un de la nature ou de la lourdeur de son handicap


droit pour ces enfants et doit être réaffirmée notamment. Il rappelle que la question de
comme l’objectif à atteindre. la quotité horaire de présence en classe de
l’enfant doit être abordée au sein des équipes
Toutefois, le Défenseur des droits est
de suivi de scolarisation et être inscrite dans
conscient que l’application de ce principe
le projet personnel de scolarisation de l’élève.
peut être source de fatigue, de stress et de
Une telle décision doit toujours être motivée
difficultés pour l’enfant concerné en fonction

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par la seule prise en considération de l’intérêt reconnaissance de handicap par la MDPH


supérieur de l’enfant examiné in concreto, (handicap psychique).
conformément à l’article 3 de la Convention
De même, ces chiffres globaux ne permettent
relative aux droits de l’enfant. Elle ne saurait
pas de mesurer les évolutions selon le type
être fondée sur des considérations d’organi-
de handicap et donc de repérer suffisam-
sation ou de charge de travail supplémen-
ment les difficultés persistantes. Le Comité
taire pour l’équipe éducative du fait de la
des droits de l’enfant a ainsi relevé les
présence de l’enfant en classe.
problèmes spécifiques rencontrés par les
Par ailleurs, l’augmentation du nombre enfants autistes aux fins de bénéficier d’une
d’enfants handicapés scolarisés en milieu scolarité en milieu ordinaire.
ordinaire tient également à l’émergence
Enfin, l’augmentation indéniable du nombre
d’une définition plus large de la notion de
d’enfants handicapés scolarisés depuis 2005
handicap qui a conduit à reconnaître de
ne saurait cacher les difficultés rencontrées
nouveaux troubles relevant du handicap,
dans leur accompagnement dont attestent
c’est le cas par exemple des troubles des
de nombreuses saisines adressées au
apprentissages et du langage ou des troubles
Défenseur des droits.
du comportement pouvant conduire à une

A. Le droit à une école de référence


La loi du 11 février 2005 a adopté une œuvre les moyens nécessaires afin que le
position innovante en affirmant le principe droit à l’éducation et l’obligation scolaire aient
de l’inscription scolaire de l’enfant handi- un caractère effectif pour tous les enfants
capé au sein de l’école ou de l’établissement handicapés. En effet, le droit à la scolarisa-
scolaire le plus proche de son domicile, qui tion des élèves en situation de handicap est
constitue son établissement de référence58. un droit opposable et la carence de l’État est
Cette inscription a pour objectif de rappeler à cet égard constitutive d’une faute de nature
que le maintien ou le retour dans l’école à engager sa responsabilité.59
de référence doit rester le principe et être
Le droit à l’inscription scolaire dans l’éta-
autant que possible privilégié. Elle permet
blissement le plus proche de son domicile
également de mettre en avant la responsa-
ne doit toutefois pas être confondu avec la
bilité de l’Etat auquel il incombe de prendre
scolarisation effective au sein de ce même
l’ensemble des mesures et de mettre en
établissement. En effet, l’enfant peut être

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orienté, par la CDAPH, en fonction de ses La circulaire précitée du 21 août 2015 prévoit
besoins, vers un établissement ou un service désormais que la carte des Ulis est arrêtée
médico-social et être ainsi scolarisé dans annuellement par le recteur d’académie en
une unité d’enseignement au sein de ces fonction des caractéristiques de la popula-
derniers. Il est à souligner que, dans cette tion scolaire concernée, des caractéristiques
situation également, l’enfant conserve son géographiques de l’académie et de la carte
droit à une inscription dans son école de des formations professionnelles, bassins
référence. de formation, en lien avec les partenaires
concernés et les collectivités territoriales.
Au sein de l’école, plusieurs dispositifs ont
été élaborés afin de permettre l’inclusion des Ces dispositions, si elles n’imposent toujours
enfants handicapés. Ils peuvent ainsi être pas l’implantation d’un nombre d’Ulis sur
par exemple scolarisés au sein d’une classe un territoire donné en fonction des besoins
ordinaire, avec ou non l’accompagnement identifiés, semblent toutefois constituer
d’un SESSAD, ou au sein d’unité locale d’inclu- une avancée vers l’adéquation du nombre
sion scolaire du premier degré (Ulis-Ecole) de places disponibles et de ces besoins. En
ou du second degré (Ulis-Collège). effet, est désormais retenu comme critère
le nombre d’élèves handicapés dans le
Ces Ulis, comme leur nom l’indique, proposent
département. Ce critère semble a priori plus
une réelle inclusion des élèves handicapés
efficient que ceux organisant l’implantation
qui y sont orientés, notamment depuis la
des anciennes CLIS qui étaient basés sur
création des Ulis-Ecole qui ont remplacé
les notifications d’orientation prises par la
les CLIS60, pour lesquelles le Défenseur des
CDADH62, ce qui biaisait de fait le diagnostic
droits a régulièrement été saisi sur la question
des besoins, les décisions de la commission
du manque de places. Les élèves handicapés
étant souvent fonction des places dispo-
sont regroupés au sein de ces unités pour
nibles et des dispositifs existants. Cette
des temps communs, mais restent inscrits
avancée nécessitera toutefois d’être évaluée
dans une classe ordinaire, à laquelle ils sont
en termes d’adéquation entre l’offre et les
rattachés et dont ils suivent les enseigne-
besoins en la matière.
ments. Des va–et-vient sont organisés entre
cette classe ordinaire et l’unité d’inclusion, Dans l’hypothèse où la scolarisation de
permettant ainsi à l’enfant handicapé d’une l’enfant en établissement scolaire est jugée
part d’être scolarisé et d’autre part de parti- inadaptée, la MDPH peut l’orienter vers un
ciper à la vie de l’établissement, avec les établissement médico-social, qui se doit de
autres élèves. garantir son droit à l’éducation en le scola-
risant au sein des unités d’enseignement
Cette évolution récente reste à évaluer pour
prévues aux articles D. 351-17 et D.351-18 du
objectiver l’apport des Ulis en matière de
code de l’éducation.
scolarisation et d’entrée dans les apprentis-
sages des enfants handicapés. C’est du reste Ces unités, dans lesquelles sont détachées
une recommandation du Défenseur des droits des enseignants de l’Education nationale,
auprès du ministère de l’Education nationale. ont pour mission, avant tout, d’organiser,
de mettre en place, d’accompagner et de
Une autre évolution positive concerne le
réguler le parcours de formation de chaque
processus de création des Ulis. La création
élève à partir du contenu du projet personnel
d’une Ulis dépend de la volonté des recteurs
de scolarisation (PPS) décidé par la CDAPH.
d’académie, aucun texte ne leur imposant le
L’ambition n’est pas seulement d’apporter
nombre d’unités à créer ni leur catégorie61 en
un enseignement aux enfants accueillis
fonction du nombre d’enfants nécessitant
mais d’élaborer pour eux un véritable projet
une prise en charge.

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de formation orienté vers l’extérieur. La du 2 avril 2009. La mission d’inspection


scolarisation au sein de l’unité d’enseigne- identifiait notamment un nombre impor-
ment n’est plus considérée comme une tant de jeunes qui ne bénéficiaient d’aucune
fin en soi (classe interne à l’établissement forme de scolarisation et un volume d’ensei-
médico-social) mais doit permettre à chaque gnement dispensé souvent très faible.
enfant, chaque fois que cela est possible, de
Parallèlement, une enquête qualitative64 a
reprendre sa place en classe ordinaire. La
été réalisée au printemps 2014 par la caisse
création des unités d’enseignement amène
nationale de solidarité pour l’autonomie
ainsi un réel changement de perspective par
(CNSA), la DGESCO et la DGCS auprès des
rapport aux classes internes préexistantes et
services et établissements médico-sociaux
s’accompagne d’une coopération entre les
ayant déjà une unité d’enseignement exter-
établissements scolaires et les établisse-
nalisée, c’est-à-dire délocalisée au sein des
ments et services du secteur médico-social
écoles ordinaires. L’objectif était de repérer
organisée sous forme de conventions.
les facteurs facilitateurs et les freins à l’exter-
Le dispositif tel qu’envisagé par ces textes nalisation des unités d’enseignement.
correspond ainsi pleinement à la volonté
Les états des lieux réalisés semblent avoir
affichée d’inclusion scolaire de tous les
impulsé une nouvelle dynamique visant à
enfants handicapés.
l’externalisation des unités d’enseignement.
Néanmoins, le Contrôleur général écono- D’une part, le 3ème plan autisme a prévu
mique et financier, l’Inspection générale des notamment la création, dès la rentrée scolaire
affaires sociales, l’Inspection générale de 2014, de 30 unités d’enseignement pour les
l’Education nationale et l’Inspection générale enfants présentant des troubles du spectre
de l’administration de l’Education nationale autistique ou envahissants du développe-
et de la recherche, dans un rapport conjoint63 ment au sein d’écoles maternelles. 30 autres
rendu dans le cadre de l’évaluation du dispo- unités ont ensuite été créées à la rentrée
sitif, en 2014, formulaient, dans un rapport 2015 et 50 supplémentaires ont été prévues
conjoint rendu en 2014 dans le cadre de pour la rentrée 2016. Par ailleurs, l’externa-
l’évaluation du dispositif, un constat particu- lisation de 100 unités d’enseignement vers
lièrement négatif quant à la mise en œuvre les écoles ordinaires a été annoncée lors de
effective de ce dispositif. Ils notaient à cet la conférence nationale du handicap du 11
égard que «  la signature des conventions décembre 2014.
constitutives a beaucoup tardé et est loin
Ces unités locales externalisées s’inscrivent
d’être achevée. (…) Le fondement même des
dans le principe d’une réelle inclusion
unités d’enseignement n’est pas en place  :
scolaire des enfants handicapés. En effet, si,
les jeunes accueillis dans les établissements
contrairement aux enfants scolarisés en Ulis,
médico sociaux et de santé arrivent sans
ils sont regroupés au sein d’une classe spéci-
«  projet personnalisé de scolarisation  » et,
fique, ils participent néanmoins à la vie et
dans la grande majorité des cas, sans même
aux temps de l’école avec les autres enfants
une prescription faisant état de leurs besoins
scolarisés dans les classes ordinaires. Le
de formation, ne serait ce que pour leur
Défenseur des droits appelle de ses vœux le
assurer la continuité du parcours engagé ».
déploiement de ces dispositifs au sein des
Pour les inspections, il était dès lors « illusoire
écoles, dans la mesure où ils représentent
d’attendre que le projet de l’unité d’ensei-
une réponse alternative pour les enfants
gnement soit élaboré à partir des besoins
ne pouvant être directement scolarisés au
des élèves dans le domaine scolaire, définis
sein des classes ordinaires ou spécifiques
sur la base de leurs projets personnalisés de
relevant de l’Education nationale.
scolarisation » comme préconisé par l’arrêté

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Le point sur :

Les conséquences puisqu’«  une des difficultés tient ici à la


nature des agréments donnés par les ARS
du manque aux ESMS et donc aux conditions et tem-
poralités de l’offre médico-sociale ». Or, « le
de places en nombre insuffisant de places a pour consé-
quence le maintien de l’enfant au domicile
établissements familial avec pour corollaire une déscolari-
sation souvent très longue de l’enfant » ou,
médico-sociaux lorsqu’ils sont scolarisés, dans des condi-
tions non conformes à l’évaluation de leurs
sur la scolarisation besoins. En effet, le Défenseur des droits

des enfants constate que ce manque généralisé de places


en ESMS conduit les CDAPH à prendre une
orientation principale vers le médico-social
Le Défenseur des droits a, à plusieurs et des orientations secondaires vers le milieu
reprises, appelé l’attention des pouvoirs ordinaire, solutions venant alors emboli-
publics sur les conséquences du manque ser les dispositifs et moyens de l’Education
de places en établissements et services nationale. Par exemple, par défaut de places
médico-sociaux (ESMS). D’abord dans sa en IME, l’enfant se retrouve orienté en ULIS
contribution de 2014 au rapport de Denis ou en classe ordinaire avec un accompagne-
PIVETEAU « Zéro sans solutions », puis dans ment individuel (AVSi). Par suite, les dispo-
son rapport de 2015 consacré aux droits de sitifs ULIS se retrouvent saturés et les aca-
l’enfant, le Défenseur des droits a fait état démies ne parviennent pas à répondre aux
d’un «  manque de structures en regard, demandes d’AVS, ce qui a des conséquences
notamment, des particularités tenant aux non seulement pour l’enfant concerné mais
handicaps psychiques, aux polyhandicaps aussi pour l’ensemble des élèves en situa-
ou aux troubles envahissants du dévelop- tion de handicap qui ont vu leurs conditions
pement  ». C’est l’Etat, au titre de son obli- de scolarisation aménagées.
gation de résultat, qui en est responsable

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B. Le droit à un parcours scolaire


continu et adapté
L’article L.  112-2 du code de l’éducation prévoit dicales répondant aux besoins particuliers
qu’« afin que lui soit assuré un parcours de des élèves présentant un handicap (…) »65.
formation adapté, chaque enfant, adolescent
L’élaboration du projet personnel de scolarisa-
ou adulte handicapé a droit à une évaluation
tion relève de la compétence de l’équipe pluri-
de ses compétences, de ses besoins et des
disciplinaire de la MDPH, laquelle évalue les
mesures mises en œuvre dans le cadre de
besoins de l’enfant dans le domaine scolaire
ce parcours, selon une périodicité adaptée à
sur la base du guide d’évaluation des besoins
sa situation. (…). En fonction des résultats de
de compensation en matière de scolarisation
l’évaluation, il est proposé à chaque enfant,
(Geva-Sco). Cet outil doit permettre d’évaluer
adolescent ou adulte handicapé, ainsi qu’à
non seulement les compétences actuelles de
sa famille, un parcours de formation qui fait
l’enfant, mais également ses potentialités. Il
l’objet d’un projet personnalisé de scolari-
est le support de toutes les demandes d’éla-
sation assorti des ajustements nécessaires
boration ou de réexamen d’un PPS adres-
en favorisant, chaque fois que possible,
sées à l’équipe pluridisciplinaire. Il doit être
la formation en milieu scolaire ordinaire.
renseigné par l’équipe éducative, en cas de
Le projet personnalisé de scolarisation
première demande auprès de la MDPH, ou
constitue un élément du plan de compen-
par l’enseignant référent66 au sein de l’équipe
sation visé à l’article  L.  146-8 du code de
de suivi de scolarisation67. Les parents sont
l’action sociale et des familles. Il propose
théoriquement étroitement associés à l’éla-
des modalités de déroulement de la scola-
boration du PPS de l’enfant, puisqu’ils parti-
rité coordonnées avec les mesures permet-
cipent à l’équipe de suivi de scolarisation.
tant l’accompagnement de celle-ci figurant
Le PPS construit par l’équipe pluridiscipli-
dans le plan de compensation  » telles que
naire, est ensuite soumis à la validation de la
« les actions pédagogiques, psychologiques,
CDAPH. Il prend alors la forme d’une décision
éducatives, sociales, médicales et paramé-
opposable.

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Le point sur :

Le plan tion, permettant de décider et de mettre en


œuvre des mesures d’aménagement de la
d’accompagnement scolarité d’un élève sans avoir besoin de faire
appel aux dispositifs spécifiques du handicap
personnalisé et donc de passer par la MDPH. Néanmoins,
la place fondamentale réservée au médecin
En termes d’inclusion scolaire, un nouvel de l’Education nationale dans l’élaboration de
outil, le plan d’accompagnement personna- ce projet, qui ne peut aboutir sans lui, renvoie
lisé (PAP), a été introduit par la loi n° 2013-595 au manque d’effectifs des professionnels
du 8 juillet 2013 et s’adresse aux élèves dont de santé au sein de l’Education nationale
les difficultés scolaires résultent d’un trouble et au risque de blocage du dispositif qui en
des apprentissages. Il vise à définir, après découle68. Le Défenseur des droits a évoqué
avis du médecin de l’Education nationale, les difficultés d’effectifs des services de
les mesures pédagogiques qui permettent médecine scolaire dans son rapport d’appré-
à l’élève de suivre les enseignements. Il ciation remis au Comité des droits de l’enfant
apparaît comme une mesure de simplifica- en février 2015.

Or, les réclamations dont le Défenseur des


droits a pu être saisi et les auditions réali- Elise,
sées dans le cadre du présent rapport
révèlent un manque important d’appropria-
âgée de 15 ans,
tion de ces outils. D’une part, le GEVA-Sco rencontre des difficultés relatives à la mise
est encore mal connu des professionnels de en œuvre du GEVA-Sco, conduisant ses
terrain, d’autre part, lorsqu’il est utilisé, il est parents à saisir le Défenseur des droits. Ainsi,
parfois seulement renseigné par l’enseignant il apparaît que dans certains établissements,
de la classe de l’enfant. Parfois les MDPH ce document serait rempli en dehors de
reprennent seulement les préconisations toute réunion éducative, par les enseignants
contenues dans le compte-rendu de l’équipe ou par l’AVS directement et transmis à la
de suivi de scolarisation sans évaluation de MDPH, sans que la famille ait été consultée,
la situation de l’enfant. ait participé à sa rédaction ou ait même été
informée de son contenu. Suite à l’inter-
vention du Défenseur des droits auprès du
DASEN, celui-ci l’a informé que deux guides
allaient être élaborés et que des réunions et
des remises d’information seraient organi-
sées auprès des inspecteurs de l’Education
nationale, des chefs d’établissements et des
équipes de suivi de scolarisation.

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Le Défenseur des droits rappelle que les en ce sens, ce qui apparaît contraire à
articles 1 et 2 de l’arrêté du 6 février 2015 l’article  146-9 du code de l’action sociale
prévoient l’implication des parents dans et des familles, la décision prise devant se
la mise en œuvre du GEVA-Sco. Dans le fonder sur une évaluation globale des besoins
cas d’une première saisine de la MDPH, le de l’enfant handicapé par l’équipe pluridisci-
GEVA-Sco doit être renseigné par l’équipe plinaire, et viser son orientation en fonction
éducative ; lorsqu’il s’agit d’un réexamen du de ses besoins réels, indépendamment des
GEVA-Sco, il revient à l’enseignant référent de demandes exprimées.
renseigner le document lors de la réunion de
l’équipe de suivi de la scolarisation (ESS). Or les
textes précisent que les parents font parties Les parents
de l’équipe éducative69 et de l’équipe de suivi
de scolarisation au titre de leurs responsabi-
de Nadia ont saisi
lités éducatives envers leur enfant70. le Défenseur
Par ailleurs, des difficultés peuvent égale-
ment être observées dans le cadre de des droits
l’examen des besoins de compensation par
la CDAPH. face aux difficultés qu’ils ont rencontrées
dans le cadre de l’orientation de leur fille par
A cet égard, le PPS revêt une importance la CDAPH. En effet, cette commission a rejeté
particulière dans le cadre de projets partagés leur demande de renouvellement d’accom-
de scolarisation. Cette dernière pourra en pagnement de Nadia par un auxiliaire de vie
effet s’effectuer par exemple à mi-temps scolaire au motif que « les besoins formulés
au sein d’une unité d’enseignement d’un pour l’accompagnement à la vie scolaire ne
établissement médico-social, et l’autre correspondent pas aux missions de l’auxi-
mi-temps au sein d’une classe ordinaire. Le liaire de vie scolaire » et ce malgré les préco-
PPS va alors fixer les modalités d’échange nisations de l’équipe de suivi de scolarisa-
et de coopération entre les deux établisse- tion qui s’est prononcée pour la poursuite
ments et permettre une cohérence dans le de cet accompagnement. Il est par ailleurs
parcours et les aménagements mis en place. précisé, dans cette même notification de
Il est dès lors étonnant de voir encore parfois décision, qu’une «  demande d’orientation
deux notifications prononcées par la CDAPH, CLIS est à déposer  ». Une orientation de
l’une orientant vers le secteur médico-social, Nadia au regard de la seule prise en compte
l’autre vers l’établissement scolaire. des « besoins formulés » par ses parents et
Le principe du parcours continu et adapté de l’absence de décision d’orientation d’office en
l’enfant handicapé impose l’élaboration d’une Unité locale d’inclusion scolaire du premier
seule notification organisant le parcours degré (ULIS-Ecole) questionne au regard des
scolaire global. compétences des CDAPH et de la démarche
d’évaluation globale des besoins de l’enfant
Il arrive en outre que la CDAPH refuse un
handicapé par l’équipe pluridisciplinaire. Le
aménagement demandé par les parents,
Défenseur des droits a interrogé la MDPH
considérant qu’il ne correspond pas aux
concernée afin de recueillir ses observations.
besoins de l’enfant, sans se prononcer sur
l’orientation vers un autre dispositif dans la
mesure où celui-ci n’a pas expressément été
demandé par les parents. Ces derniers sont
ainsi invités à déposer une nouvelle demande

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Recommandation 13

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale que l’ensemble


des enseignants soient informés et/ou formés aux processus d’évaluation des besoins des
enfants handicapés en matière d’aménagement de la scolarité, en vue de l’élaboration du
GEVA-Sco, cette dernière devant impérativement associer les parents.
Il insiste auprès de la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et des maisons dépar-
tementales des personnes handicapées sur la nécessaire adéquation des décisions relatives
aux aménagements de la scolarité aux besoins de l’enfant handicapé, dans le cadre d’une
évaluation globale de sa situation. A cet égard, le Défenseur des droits rappelle qu’un seul
PPS doit être élaboré par enfant et comprendre l’intégralité des aménagements mis en place
à son égard, quel que soit son mode de prise en charge.

En outre, le Défenseur des droits a constaté, au effectifs disponibles ». Ces pratiques rappor-
travers de ses saisines, que certaines CDAPH tées sont problématiques tant au regard du
pouvaient, lorsqu’elles se prononcent sur respect du droit à un recours effectif que du
l’accompagnement des élèves par une aide respect du droit à l’éducation des enfants,
humaine, soit ne pas motiver leur décision de sorte qu’une enquête du Défenseur des
de refus soit accorder cet accompagnement droits est actuellement en cours auprès des
«  sous réserve que l’autorité académique MDPH afin d’en mesurer la réalité.
compétente y donne suite en fonction des

C. Le droit à un accompagnement


spécifique
L’article L. 112-1 du code de l’éducation précise des activités physiques et sportives,... des
que : « Dans ses domaines de compétence, adaptations sous la forme notamment d’exer-
l’Etat met en place les moyens financiers et cices différenciés, de programmes et d’éva-
humains nécessaires à la scolarisation en luations adaptés, d’accompagnements par
milieu ordinaire des enfants, adolescents ou des services ou professionnels spécialisés
adultes handicapés ». (orthophoniste, service d’éducation spéciale
et de soins à domicile, service académique
Comme pour leur orientation, la décision
d’assistance pédagogique à domicile, centre
d’octroi des aménagements nécessaires à
médico-psycho-pédagogique, centre d’ac-
la scolarisation effective et à l’entrée dans
tion médico-sociale précoce), de mobilier
les apprentissages des enfants handicapés
adapté,… L’aide peut également être maté-
relève de la MDPH.
rielle, par exemple avec le prêt d’ordinateur
L’aménagement de la scolarité de l’élève portable, ou humaine avec l’accompagne-
handicapé peut consister en des aménage- ment par un accompagnant d’élève en situa-
ments pédagogiques, avec par exemple une tion de handicap (AESH).
scolarisation sur un temps majoré, la mise à
disposition d’outils adaptés, l’aménagement

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L’accompagnement humain constitue la


modalité d’aide quantitativement la plus Marc
accordée aux élèves handicapés. Il peut
prendre la forme d’un accompagnement
bénéficiait d’un
individuel ou mutualisé.71
accompagnement
Dans ces deux cas, la CDAPH définit les
activités principales de l’accompagnant. par une aide humaine à hauteur de 21 heures
Toutefois, lorsqu’elle accorde une aide indivi- par semaine. Or, l’année suivante, l’AVS était
duelle, la CDAPH doit préciser la quotité présent à ses côtés seulement 7 heures dans
horaire, et définir les activités principales de la semaine. Cette situation engendrait une
l’accompagnant. Lorsque l’aide est mutua- incompréhension pour les parents de cet
lisée, l’employeur de la personne chargée enfant. L’instruction menée par le Défen-
d’apporter une aide mutualisée organise seur des droits a permis d’établir que Marc
son service pour répondre aux besoins des bénéficiait d’une notification de la CDAPH
différents élèves qui bénéficient de l’aide, pour une AVS mutualisée. La 1ère année, il
après concertation, le cas échéant, avec les avait été le seul dans sa classe à avoir besoin
directeurs des écoles et les chefs d’établis- de cette aide et avait pu être accompagné
sements scolaires où cette personne exerce sur l’ensemble des heures de présence de
son activité. Ainsi, aucun emploi du temps l’AVS. L’année suivante, l’emploi du temps de
de présence de l’accompagnant mutua- l’AVS mutualisée avait été partagé entre trois
lisé auprès de l’enfant n’est formalisé et les enfants qui bénéficiaient d’une notification
parents n’ont pas de retour sur les activités de la CDAPH.
exercées par ces derniers, ce qui a tendance La possibilité d’un accompagnement par
à engendrer chez certain un doute sur une aide mutualisée a été introduite par la
l’effectivité de l’accompagnement et l’apport loi de finances 2012 adoptée le 28 décembre
de cette aide. 201172, soit il y a bientôt 5 ans. Pour autant,
Plusieurs réclamations ont été adressées à en l’absence de bilan d’évaluation du dispo-
ce sujet par des parents au Défenseur des sitif, il n’est pas possible à l’heure actuelle de
droits. déterminer objectivement l’efficience de ce
dispositif.

Recommandation 14

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale d’effectuer un


bilan du dispositif d’accompagnement des élèves handicapés, s’agissant notamment de
l’accompagnement par une aide mutualisée.

Le Défenseur des droits est également fréquents de personnes, ce qui peut être très
régulièrement saisi de l’absence d’affec- insécurisant pour certains enfants handi-
tation d’un accompagnant humain auprès capés nécessitant un cadre et des repères
des élèves handicapés, malgré une décision stables. Il a été également saisi de difficultés
de la CDAPH leur accordant le bénéfice de relatives à la précarité du statut des person-
cette aide, ou bien encore des changements nels accompagnants et à l’absence de profes-

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sionnalisation de ces derniers, entraînant De fait, il s’agira de transformer progressi-


des difficultés de continuité de l’accompa- vement 56  000 contrats aidés en 32  000
gnement auprès de l’enfant. Face à ces diffi- emplois d’AESH. L’ouverture de ces postes
cultés, l’Education nationale a été conduite devrait permette aux personnes jusqu’alors
à annoncer la création d’un véritable statut embauchées à titre précaire d’accéder à un
de l’accompagnant de l’élève en situation de statut plus protecteur. A terme, ce sont plus
handicap (AESH), bénéficiant d’une forma- de 50 000 emplois d’AESH formés et stabi-
tion particulière et appelé progressivement lisés dans leur emploi qui accompagneront
à se substituer aux autres emplois existants, les élèves en situation de handicap.
dont les emplois vie scolaire.
Le Défenseur des droits a salué ces évolu-
De plus, à l’occasion de la Conférence natio- tions et les moyens mis en œuvre, tout en
nale du Handicap tenue le 19 mai 2016, a relevant qu’il n’était pas certain que les
été annoncée la création de 32 000 postes mesures envisagées permettent de répondre
d’accompagnants sur les 5 prochaines années. à l’intégralité des besoins.

Recommandation 15

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale d’évaluer les


effets de la politique de professionnalisation et de reconnaissance d’un véritable statut des
personnels accompagnants des élèves handicapés, en termes de qualité, de continuité et
d’effectivité de l’accompagnement des enfants.

Le point sur :

La participation mais dont la mise en œuvre effective néces-


site encore des progrès.
aux voyages En effet, il est régulièrement saisi des diffi-
cultés rencontrées par les enfants handicapés
scolaires des élèves ou relevant d’un plan d’accompagnement

handicapés
individualisé (PAI), à participer aux voyages
scolaires avec l’ensemble de leurs camarades.

La circulaire n° 2016-117 du 8 août 2016 Il apparaît que, malgré la présence des


relative aux parcours de formation des élèves familles aux réunions préparatoires, et malgré
en situation de handicap dans les établisse- les questions qu’elles soulèvent quant aux
ments scolaires rappelle en préambule que aménagements nécessaires à la participa-
la participation de ces élèves aux sorties et tion de leur enfant aux voyages scolaires, ces
voyages scolaires est un droit. situations sont mal anticipées par les équipes
éducatives, ce qui ne permet pas toujours de
Le Défenseur des droits est en accord total trouver la solution la plus adaptée à l’enfant.
avec la réaffirmation de ce principe, qui
contribue au bien-être et à l’épanouissement La problématique financière est récurrente
des enfants et à la qualité du climat scolaire, dans les situations soumises au Défenseur
des droits. Certaines familles sont ainsi

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amenées à faire face à des frais supplé- les voyages scolaires. En revanche, certaines
mentaires (de transport ou de rémunéra- académies, telles que Grenoble, produisent
tion de personnes accompagnantes) afin des documents qui permettent d’avoir une
de permettre à leur enfant de partir dans de vision assez exhaustive des formalités à
bonnes conditions avec ses camarades, alors envisager, et de l’impact des différents
même qu’en vertu de l’article L. 112.1 du code statuts des accompagnants d’enfants en
de l’éducation, la prise en charge d’éventuels situation de handicap sur leur participation
frais supplémentaires devrait être assurée au voyage scolaire (avec ou sans nuitées,
par l’Education nationale. avec ou sans modification des emplois du
temps etc…) .
Par ailleurs, plusieurs enfants n’ont pas pu
être accompagnés par leur auxiliaire de vie De telles pratiques pourraient être encou-
scolaire, son statut étant incompatible avec ragées afin de permettre aux équipes
des séjours comprenant des nuitées. Le pédagogiques d’être mieux informées des
Défenseur des droits note que le guide pour contraintes liées à l’accompagnement des
la scolarisation des enfants et adolescents élèves en situation de handicap et de pouvoir
handicapés, publié par le ministère de l’Edu- les anticiper suffisamment pour ne plus
cation nationale est assez succinct dès lors exclure les enfants concernés des voyages
qu’il s’agit d’évoquer les sorties de classe et et sorties scolaires.

Recommandation 16

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Éducation nationale d’informer les


équipes éducatives, via notamment l’élaboration et la diffusion de guides pratiques, sur les
conditions et les modalités de participation des élèves handicapés ou souffrant de troubles
de santé aux voyages scolaires.

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II. Les élèves à haut potentiel


intellectuel
Parmi les enfants à besoins spécifiques trer. Le quotient intellectuel, longtemps
que l’école inclusive doit prendre en consi- utilisé comme unique critère de repérage
dération, les enfants intellectuellement des enfants intellectuellement précoces,
précoces73, également appelés élèves à haut est aujourd’hui considéré comme un simple
potentiel intellectuel, présentent un fonction- indicateur parmi d’autres. Les résultats aux
nement cognitif qualitativement et quantita- tests doivent être mis en perspective avec
tivement différent des autres enfants. d’autres informations psychologiques et
pédagogiques.
Il en résulte que, bien que présentant de
remarquables capacités intellectuelles, ils Des adaptations de la scolarité et des accom-
peuvent rencontrer d’importantes diffi- pagnements spécifiques sont prévus pour
cultés en classe se traduisant parfois par répondre aux besoins spécifiques des élèves
des redoublements et un désinvestissement intellectuellement précoces. L’article D.321-7
progressif de l’école, souvent accompagné du code de l’éducation précise à cet égard que
de désarroi psychologique et/ou de troubles «  Tout au long de la scolarité primaire, des
et de conduites addictives. Les auditions aménagements appropriés sont prévus au
réalisées par le Défenseur des droits dans le profit des élèves intellectuellement précoces
cadre de la préparation du présent rapport ou manifestant des aptitudes particulières
ont mis en évidence des difficultés préva- qui montrent aisance et rapidité dans les
lant chez les garçons en école primaire. Leur acquisitions scolaires. Leur scolarité peut
scolarité semble mieux se dérouler en 6eme être accélérée en fonction de leur rythme
mais conduit souvent à des décrochages d’apprentissage. Le cas échéant, ces élèves
ou des exclusions en fin de 3ème, notam- peuvent bénéficier des dispositions prévues
ment si les troubles des apprentissages à l’article D. 321-3 ou à l’article D. 311-13. »
n’ont pas reçu de réponses appropriées. Ils
Ainsi, l’enseignant pourra proposer de mettre
peuvent alors être orientés vers un cursus
en place un programme personnalisé de
de formation professionnelle, mais dès lors
réussite éducative (PPRE). Les associa-
se sentir davantage encore en décalage et
tions de parents d’enfants intellectuellement
donc en décrochage. Les filles, quant à elles,
précoces ont toutefois indiqué au Défenseur
semblent décrocher plus tardivement, c’est-
des droits que cet outil était en pratique peu
à-dire vers la fin de la 3ème, en seconde ou
utilisé pour répondre aux besoins spécifiques
en terminale. Elles présentent souvent à ce
des enfants présentant un haut potentiel
même moment des troubles psychologiques
intellectuel.
se traduisant par des conduites à risque, des
scarifications, des troubles alimentaires ou Un accompagnement personnalisé peut
des phobies scolaires. également être proposé aux élèves intellec-
tuellement précoces en présentant le besoin.
Une évaluation psychologique et intellec-
Il peut par exemple porter sur l’adaptation des
tuelle est indispensable à la connaissance
rythmes d’apprentissage et des méthodes
des capacités intellectuelles de l’enfant et à
pédagogiques, sur l’environnement de
la compréhension des difficultés d’appren-
travail ou sur une évaluation adaptée ou
tissage qu’il peut éventuellement rencon-

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

différée. Un accompagnement éducatif peut variables selon les académies, une absence
aussi permettre à l’élève intellectuellement de concertation et d’échange entre référents
précoce d’approfondir les apprentissages en ainsi qu’une formation encore limitée des
lui apportant l’aide et les outils nécessaires enseignants et des équipes éducatives,
au développement de son autonomie. Les malgré les préconisations en ce sens75 et
activités culturelles ou sportives peuvent l’élaboration d’outils76 par le ministère de
l’amener à s’investir davantage dans sa l’Education nationale.
scolarité, en contribuant à son inclusion dans
Des pratiques intéressantes initiées dans
le groupe ou en faisant appel à sa curiosité
certaines académies existent néanmoins.
intellectuelle. En effet, il a pu progressive-
Ainsi, en Haute-Corse, avec la mise en place
ment, par ennui, désinvestir les apprentis-
d’une cellule pour les enfants intellectuel-
sages et compenser son éventuelle lassi-
lement précoces et un protocole d’accueil
tude par un comportement rêveur ou agité,
et de suivi de ces élèves élaboré au sein de
qui peut être gênant pour la classe et reflète
l’académie en septembre 2014, qui concerne
souvent une souffrance.
la scolarité de la maternelle au lycée.
L’accélération du cursus scolaire, possibilité
Autre exemple, une action a été menée dans
prévue par décret74, est une réponse possible
l’académie de Nice, de 2009 à 2013, dans le
aux besoins de ces enfants. Ce saut de classe
cadre d’un programme de réussite éduca-
doit correspondre au niveau des acquisitions
tive avec la ville de Nice, avec les services
de l’élève concerné. Il doit par ailleurs faire
académiques et l’association nationale pour
l’objet d’un accompagnement particulier et
les enfants intellectuellement précoces
ne saurait se suffire à lui-même.
(ANPEIP). L’action, qui s’est déroulée dans
L’ensemble du dispositif d’accompagnement 3 quartiers d’éducation prioritaire de Nice,
des enfants intellectuellement précoces a permis, pour les élèves repérés, de poser
dépend des référents nommés au sein de un diagnostic, d’expliquer les difficultés de
chaque académie, voire de chaque dépar- l’enfant et reconsidérer sa scolarité au vu de
tement. Or, les associations auditionnées son potentiel, de redonner confiance à la fois
dans le cadre du présent rapport ont mis en à l’enfant en améliorant son estime de soi et
avant des pratiques et charges de travail très aux parents en renforçant le lien famille-école.

Recommandation 17

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale d’intensifier ses


actions de sensibilisation et de formation des enseignants au repérage et à l’accompagne-
ment spécifique des élèves intellectuellement précoces.

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III. Les élèves allophones


nouveaux arrivants
Selon les données publiées par le minis- une nouvelle communauté d’apprentissage,
tère de l’Education nationale77, 25 500 composée d’adultes et de pairs »78.
élèves allophones ont été scolarisés en
Le principe retenu est celui de l’adaptation du
école élémentaire en France en 2014-2015,
fonctionnement aux situations territoriales et
22 300 au collège et 4 700 au lycée. Sur ces
aux impératifs institutionnels. Dans certains
52 500 élèves allophones, répartis dans près
territoires, en effet, les UPE2A dépendent
de 9  200 écoles et établissements, 71 %
d’un établissement, alors que dans d’autres,
sont arrivés en cours d’année. Neuf sur dix
elles peuvent être itinérantes et intervenir au
bénéficient d’une scolarité dans une classe
sein de plusieurs écoles ou établissements.
particulière ou d’un soutien linguistique.
Par ailleurs, aucun texte n’impose l’ouverture
Il faut ajouter à ces chiffres près de 1 600
d’un nombre déterminé d’unités en fonction
jeunes pris en charge par les missions de
du nombre d’enfants allophones arrivants.
lutte contre le décrochage scolaire (MLDS)
Ainsi, les dispositifs existants peuvent être
en raison principalement de leur âge.
saturés, ce qui peut parfois entraîner des
L’enjeu est de passer de la logique d’inté- délais d’affectation au collège ou au lycée
gration à une démarche d’inclusion. Ainsi, de certains enfants. Cette difficulté semble
les élèves allophones nouveaux arrivants particulièrement prégnante dans le cas des
qui étaient jusqu’alors scolarisés au sein élèves allophones arrivants non scolarisés
d’une classe séparée, avec pour objectif de antérieurement ainsi que dans la situation
les intégrer aussi rapidement que possible des mineurs de plus de seize ans. Selon la
dans une classe ordinaire, vont être direc- DEPP79, à la fin de l’année scolaire 2014-2015,
tement scolarisés en classe ordinaire, avec près de 1 800 jeunes étaient en attente d’une
des temps d’accueil au sein d’une unité scolarisation et d’une prise en charge dans
spécifique : l’unité pédagogique pour élèves un dispositif propre. Environ 60 % étaient en
allophones arrivants (UPE2A). attente d’une affectation depuis plus de six
mois. Parmi ces derniers, les jeunes de plus
Pour les élèves allophones arrivants non-sco-
de 16 ans étaient surreprésentés.
larisés antérieurement, des UPE2A-NSA
peuvent être mises en place dans le second Bien que l’obligation scolaire des élèves de
degré. 16 à 18 ans soit rappelée par l’annexe 6 de
la circulaire interministérielle du 25 janvier
L’accueil des enfants allophones ne repose
2016 relative aux mineurs privés temporai-
pas sur la simple prise en charge dans un
rement ou définitivement de la protection
dispositif spécifique. Il est conçu comme
de leur famille, ce texte ne prévoit aucun
relevant de la responsabilité de l’ensemble
dispositif spécifique pour ceux ne possé-
de la communauté éducative et repose sur
dant pas un niveau scolaire suffisant pour
la définition d’un projet pédagogique d’inclu-
entrer dans les apprentissages, ce qui rend
sion défini pour eux. Ce projet doit permettre
complexe leur accompagnement par l’aide
« de favoriser le processus d’acculturation à
sociale à l’enfance dans le domaine de leur
de nouveaux codes scolaires, d’appropria-
scolarisation.
tion d’une nouvelle langue et d’affiliation à

61
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Le Défenseur Le Défenseur des droits a souhaité disposer


d’éléments objectifs à ce sujet d’où le finan-
des droits a cement d’une étude, nommée «  Evascol  »,
actuellement en cours concernant les condi-
été saisi par tions de scolarisation des enfants allophones.
Cette étude cherche à repérer les freins
un collectif et leviers d’un parcours scolaire réussi en
s’intéressant au ressenti des élèves et au
d’associations point de vue des familles. Elle comprend trois
axes de recherche : approfondir la connais-
concernant un appel à projet lancé par un sance sur les conditions effectives de scola-
conseil départemental pour la prise en charge risation ; rassembler des informations sur les
des mineurs non accompagnés sur son terri- pratiques pédagogiques mises en œuvre et
toire. Dans le cadre d’une médiation interins- évaluer les performances des élèves, enfin
titutionnelle mise en place et à l’occasion mesurer la qualité de l’intégration des élèves
d’échanges, la direction des services acadé- dans leur établissement.
miques a informé le Défenseur des droits
Le ministère de l’Education nationale a
de la hausse du nombre d’élèves allophones
rappelé dans le cadre de l’élaboration du
présentant des parcours fragmentés voire
présent rapport avoir récemment impulsé
inexistants ces derniers mois dans le dépar-
une démarche visant à rendre davantage
tement. Au regard des difficultés de scola-
effectif le principe d’inclusion scolaire des
risation évoquées, le Défenseur des droits
élèves allophones nouveaux arrivants en
a facilité la mise en relation des services
apportant un appui à sa mise en œuvre
départementaux de l’Education nationale et
opérationnelle. Des documents visant
les services de l’ASE. Une session d’accueil et
à poser des repères en vue d’améliorer
d’immersion pédagogique a été créée pour des
l’accueil et l’accompagnement de ces élèves
jeunes de 11 à 16 ans non scolarisés antérieu-
ont ainsi été élaborés suite à un groupe de
rement afin de permettre leur immersion
travail à l’échelon national qui a réuni des
linguistique à temps plein sur des sessions de
représentants de différentes académies. Ces
six semaines. Une nouvelle UPE2A à vocation
documents ont pour objectif une plus juste
professionnelle pour les jeunes de plus de 16
appréhension des besoins particuliers de
ans a également été ouverte.
ces élèves afin de contribuer « à la réussite
La diversité de fonctionnement et la souplesse de leur parcours scolaire, dans le respect du
du dispositif doit permettre de s’adapter à principe d’inclusion inscrit dans la loi d’orien-
la fois aux réalités territoriales mais égale- tation et de programmation pour la refonda-
ment aux besoins des élèves concernés. Il tion de l’École de la République »80. Des outils
n’en demeure pas moins que la qualité de pédagogiques ont également été élaborés
cette prise en charge semble très variable et sont disponibles en ligne et visent, par
d’un dispositif à l’autre et semble beaucoup exemple, à permettre une meilleure évalua-
reposer intuitu personae sur l’enseignant de tion des compétences langagières des
l’UPE2A. Par ailleurs, les éléments portés à élèves allophones nouveaux arrivants81 ou à
la connaissance du Défenseur des droits aider les enseignants à prendre en compte
dans le cadre de la préparation du présent ces élèves en insistant sur les compétences
rapport témoignent d’un fonctionnement des professionnelles nécessaires82. Ils ont plus
dispositifs qui seraient plutôt positif dans le largement pour objectif de permettre aux
premier degré, mais davantage probléma- enseignants, qu’ils exercent en UPE2A ou en
tique dans le second. classe ordinaire, de se questionner sur leurs

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

pratiques et leur posture professionnelle afin tions devant le tribunal administratif saisi
de répondre au mieux aux besoins éducatifs d’un recours contentieux contre la décision
des élèves allophones nouveaux arrivants. litigieuse83.
Mais encore faut-il que les équipes éduca-
Si la prise en charge des élèves allophones
tives aient connaissance de ces ressources
implique des dispositifs spécifiques, comme
et qu’un travail d’appropriation soit réalisé
des unités pédagogiques de type UPE2A,
sur le terrain.
adaptés aux besoins individuels, elle doit
Le programme «  Ouvrir l’école aux parents se faire dans des classes ordinaires, et non
pour la réussite des enfants  » peut égale- selon un a priori qui laisserait penser que ces
ment constituer un bon exemple de travail élèves, du seul fait de leur nationalité ou de
avec les familles en vue d’une meilleure leur mode de vie, doivent être regroupés au
scolarisation des enfants. Ce programme, sein de classes spécifiques situées, qui plus
qui s’adresse aux parents d’élèves, primo-ar- est, en dehors d’un établissement scolaire. La
rivants, immigrés ou étrangers hors Union mise en place de tels dispositifs, non prévus
européenne, volontaires, vise à favoriser par les textes, peut se révéler discriminatoire.
leur intégration en les impliquant notam-
Il convient là encore d’adopter une démarche
ment dans la scolarité de leur enfant. Des
prenant en considération in concreto l’intérêt
formations leur sont proposées au sein des
supérieur de l’enfant. Certains acteurs, insti-
écoles et établissements scolaires en vue
tutionnels ou associatifs, indiquent à cet
de l’acquisition du Français, de la connais-
égard considérer qu’une intégration directe,
sance des valeurs de la République ainsi que
immédiate et sans préparation de l’élève, dans
du fonctionnement et des attentes de l’école
une classe dont il ne connaît pas la langue,
vis-à-vis des élèves et des parents.
les codes et les principes peut éventuelle-
En outre, le Défenseur des droits est réguliè- ment être vécue comme une violence à son
rement saisi de l’ouverture de classes spéci- égard. Ces arguments doivent être entendus
fiques, hors établissement scolaire, pour ces et un travail préalable de médiation scolaire,
enfants. Dans sa décision n° MDE-2013-91 d’incitation des familles et de préparation
du 7 mai 2013, il a relevé le caractère discri- tant des enfants que de leurs parents à la
minatoire et stigmatisant du dispositif mis en «  norme scolaire  » peut parfois s’avérer
place par une commune consistant à inscrire nécessaire afin que leur inclusion scolaire
administrativement une vingtaine d’enfants soit réalisée dans les meilleures conditions
étrangers résidant dans deux campements et ne se traduise pas par un mauvais départ
illicites mais à les scolariser dans une classe qui engendrera nécessairement des consé-
mise en place exclusivement pour eux, en quences sur le long terme, tant en termes
dehors de tout établissement scolaire, dans de réussite scolaire que de fréquentation et
un bâtiment jouxtant un commissariat de d’assiduité à l’école. Ils ne sauraient toutefois
police. A la suite de l’intervention de l’institu- à eux seuls, sans objectivation et évalua-
tion, les enfants ont été effectivement scola- tion de la situation singulière et des besoins
risés dans les écoles élémentaires de la ville. particuliers de chaque enfant, justifier la
non-scolarisation de ces derniers au sein
Le Défenseur des droits a également été saisi
des écoles communales, des collèges et des
de la décision d’un maire de scolariser une
lycées.
dizaine d’enfants dans une salle attenante à
un gymnase municipal et non au sein d’un
établissement scolaire. Le Défenseur des
droits a décidé de présenter des observa-

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Un dispositif tement en milieu ordinaire en raison de


l’absence de scolarisation antérieure dans
de scolarisation au leur pays d’origine et de maîtrise de la langue
française. Les enfants scolarisés antérieu-
sein d’une caserne rement ont en revanche été directement
affectés au sein des écoles communales. Ce
désaffectée dispositif transitoire était présenté comme
provisoire et nécessaire pour leur donner les
a été mis en place, conjointement par la outils dans l’objectif d’une inclusion future
préfecture et les services de l’Education au sein des écoles ordinaires. Le Défenseur
nationale, pour des enfants de familles des droits, au vu des différents échanges de
étrangères primo-arrivantes hébergées dans courriers d’instruction avec le préfet, le maire
ce lieu dans l’attente de leur orientation vers et le directeur départemental des services
un centre d’accueil des demandeurs d’asile. de l’Education nationale concernés, poursuit
Ce dispositif de scolarisation concernait les l’instruction de cette situation afin d’évaluer
enfants qui, suite à des tests de positionne- l’intérêt du dispositif au regard de l’objectif
ment, ne pouvaient être scolarisés immédia- d’école inclusive.

Le point sur :

Enfants exilés qui leur incombent en vertu de l’obligation


scolaire et de veiller à ce que les enfants
et réfugiés : présents au sein du bidonville de la lande
soient scolarisés.
la scolarisation Dans sa décision du 20 avril 2016, le Défen-

dans le bidonville
seur des droits a accueilli avec satisfaction
l’engagement de la ministre de l’Education

de la lande à Calais nationale de mettre à disposition deux ensei-


gnants spécialisés pour assurer a minima
l’instruction de ces enfants et lui a demandé
Le Défenseur des droits s’est prononcé à
d’être tenu informé des mesures concrètes
plusieurs reprises sur la question du respect
prises en vue d’assurer leur scolarisation
des droits fondamentaux des personnes
effective.
exilées présentes à Calais et a formulé
diverses recommandations84. Ce sont finalement trois postes d’ensei-
gnants qui ont été prévus, deux enseignants
Au cours de leurs différents déplacements*,
étant en poste depuis fin mai 2016, pour
le Défenseur des droits et son adjointe, la
assurer l’instruction des enfants dans deux
Défenseure des enfants, ont pu constater que
salles de classes situées au centre Jules
le droit à l’éducation des enfants présents
Ferry. Une trentaine d’enfants bénéficient de
sur le site, qu’ils soient accompagnés ou
ce dispositif, ce dernier devant être souple
non, était loin d’être assuré, malgré la grande
et évolutif. La ministre de l’Education natio-
implication de bénévoles, notamment au
nale a précisé que la situation des enfants
sein de l’école associative des dunes. Ils ont
résidant sur la lande et souhaitant fréquenter
donc demandé, dans un rapport du 6 octobre
le dispositif d’accueil et d’enseignement
2015 au Préfet du Pas-de-Calais et au maire
pourrait faire l’objet d’un cadrage particulier
de Calais d’assumer les responsabilités
dans un avenant.

64 *Notamment février 2015, juillet 2015, avril 2016, juin 2016 et octobre 2016.
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d e v a n t l ’ é c o l e

Bien que conscient de l’intérêt d’assurer tendre vers une scolarisation des enfants en
l’école sur site pour des familles qui ne milieu ordinaire.
formulent pas le projet d’une stabilisation en
Au regard de ce qui précède et du nombre
France, le Défenseur des droits a cependant
d’enfants qui ne bénéficie actuellement pas
rappelé, dans sa décision du 20 avril 2016,
d’un accès effectif à l’éducation, le Défen-
que la scolarisation des enfants doit se faire,
seur des droit renouvelle l’ensemble de ses
dans toute la mesure du possible, au sein
recommandations pour rendre effectif ce
des écoles de la République et que les efforts
droit, que les enfants soient accompagnés
des enseignants et des opérateurs doivent
ou non.

65
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

66
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

2 ème p a r t i e

L’égalité
des droits
dans
et par l’école
L’école française est parfaite…
Hélas pour seulement 50 % des élèves

Jean-Paul Delahaye,
inspecteur général honoraire de l’Education nationale

67
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

L
a France répond pour la très ultramarins ou ceux qui rencontrent des
grande majorité des enfants ruptures dans leurs parcours de vie. Pour les
à son obligation d’instruction enfants migrants ou les enfants handicapés,
étendue à 16 ans révolus depuis nous l’avons vu, la situation est plus critique.
1959 mais trop de jeunes restent
Pour instaurer une véritable égalité des
confrontés à l’échec scolaire,
chances, l’École devrait théoriquement diffé-
quittent l’école sans diplôme et ne reçoivent
rencier, adapter l’action éducative selon les
qu’une éducation limitée. Cette rupture de
élèves puisqu’ils connaissent, à l’extérieur
parcours entrave le droit de l’enfant à l’éduca-
de l’école, des situations très inégales, parce
tion tel qu’il est garanti par la CIDE et qui doit
que les enfants ne se transforment pas en
« préparer l’enfant à assumer les responsa-
élèves uniformes à l’entrée des établisse-
bilités de la vie ». Au-delà du simple accès à
ments. Or, comme nous le verrons, les situa-
l’enseignement primaire et secondaire pour
tions de vulnérabilité dans lesquelles se
tous, les Etat parties doivent prendre «  des
trouvent certains enfants, de manière passa-
mesures pour encourager la régularité de
gère ou au contraire continue, se traduisent
la fréquentation scolaire et la réduction des
directement dans les parcours scolaires. Ils
taux d’abandon scolaire ». Plus globalement,
sont bien davantage exposés aux risques
l’Ecole doit être organisée «  sur la base de
de ruptures, au point que leurs parcours
l’égalité des chances ».
confinent trop souvent au destin scolaire.
A ce titre, le Comité des droits de l’enfant
Miroir de la situation de notre société, l’école
de l’ONU a réitéré en 2016 ses recomman-
française se caractérise par de fortes inéga-
dations à l’État français de poursuivre et
lités qui tendent, au fil des années, à s’accen-
d’accroître ses efforts pour réduire les effets
tuer, venant alors renforcer les inégalités
de l’origine sociale des enfants sur leurs
sociales préexistantes, à rebours même des
résultats scolaires et de redoubler d’efforts
objectifs que la République a fixés à l’école.
pour faire baisser les taux de redouble-
Ces inégalités viennent fragiliser l’institution
ment et d’abandon. Il l’a invité également à
elle-même, et en premier lieu le système
prendre toutes les mesures nécessaires pour
éducatif public, et la confiance que portent
garantir le droit de tous les enfants à une
en elle certains enfants, jeunes et leurs
éducation intégratrice. Des recommanda-
parents.
tions qui peinent à faire leur chemin au sein
du système éducatif français, en dépit des De même, notre système d’éducation ne
politiques publiques initiées au cours de ces répond pas à ses objectifs d’inclusion pour
dernières années. les enfants dont les parcours individuels
sont marqués par des ruptures de vie qui
Comme le souligne le très récent rapport de
tendent à les éloigner de l’école. Les parcours
France stratégie, notre système scolaire a
scolaires que vivent ainsi les enfants confiés
avant tout été organisé pour répondre à un
en protection de l’enfance, ceux qui sont en
objectif de «  sélection méritocratique des
conflit avec la loi ou les enfants hospitalisés
élites »85 : dans la compétition qui répartit les
sont encore mal accompagnés et la conti-
positions sociales hiérarchisées, dans une
nuité de leur droit à l’éducation n’est pas
logique très pyramidale, chacun est censé
toujours assurée.
bénéficier des mêmes chances d’accéder à
chaque position, notamment aux positions En conséquence, un nombre élevé d’enfants
d’élite. L’Ecole ne semble parfois pas à même achèvent leur scolarité «  sans avoir acquis
de réaliser cette définition limitée de l’égalité les moyens de faire face aux défis auxquels
des chances pour les enfants des territoires ils seront confrontés au cours de leur vie »86.

68
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Chapitre 1
L’école
et les inégalités sociales
et territoriales

S
i l’enseignement en France 33 % et l’école française est aujourd’hui celle
s’est considérablement démo- où l’origine sociale des enfants influe le plus
cratisé depuis quelques dé- sur le niveau scolaire. En outre, le système
cennies, les écarts de réussite français est encore plus défavorable pour
et de parcours entre les mi- les enfants issus de l’immigration  : même
lieux sociaux n’en demeurent à situation sociale égale, ils n’ont pas les
pas moins importants et se sont même mêmes chances puisqu’ils sont « au moins
creusés depuis les années 200087. Comme deux fois plus susceptibles de compter parmi
le rappelle Stéphane Bonnéry, « Démocrati- les élèves en difficulté  »89. Ces inégalités
sation et inégalités ne s’excluent pas. Elles scolaires liées à l’origine sociale et ethnique
vont de pair. Depuis 150 ans, chaque fois que des élèves trouvent une traduction spatiale
l’école ou un degré supérieur du système particulière puisque les populations les plus
s’est ouvert à une plus large population, les fragiles sont concentrées dans certaines
mécanismes de sélection se sont déplacés. parties du territoire mais également une
Ce n’est pas démocratisation ou inégalités, traduction temporelle : les parcours scolaires
mais les deux en même temps »88. sont davantage écourtés et les enfants
exposés au décrochage.
L’enquête-test sur les performances des
systèmes éducatifs du monde entier publiée La catégorie sociale et l’origine territoriale
tous les trois ans par l’Organisation de coopé- constituent donc des facteurs déterminants
ration et de développement économiques de rupture des parcours scolaires des enfants
(OCDE) dans le cadre de son programme et des jeunes. Ces facteurs sont particulière-
international pour le suivi des acquis des ment mis en visibilité dans les mécanismes
élèves (PISA), révèle à cet égard que la d’orientation qui interviennent dans les
France bat des records d’injustice. étapes majeures du parcours. Ils contri-
buent également au décrochage scolaire, qui
Sur les 10 dernières années, les résultats de
malgré les dispositifs mis en place, reste un
l’enquête mettent en évidence un accroisse-
problème majeur de notre système éducatif.
ment des écarts de niveau entre les élèves
Le système éducatif tente de garantir à
issus de familles aisées et ceux de familles
chacun un parcours complet, de la mater-
défavorisées et une augmentation du
nelle à l’enseignement supérieur, mais la
nombre d’élèves en difficulté. Depuis 2002,
continuité des parcours et la réussite de tous
le poids de l’origine sociale sur les perfor-
connaît de sérieuses limites et contraintes.
mances des élèves de 15 ans a augmenté de
69
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

I. Le poids de l’origine sociale


et du lieu de résidence
des élèves
Alors qu’une école inclusive se mesure en d’une ou plusieurs des sécurités, notamment
particulier dans sa capacité à intégrer et celle de l’emploi, permettant aux personnes
à favoriser l’égalité des chances pour les et familles d’assumer leurs obligations
groupes vulnérables en s’efforçant de déve- professionnelles, familiales et sociales, et de
lopper pleinement le potentiel de chaque indi- jouir de leurs droits fondamentaux  »93. Les
vidu90, les résultats de l’enquête-test de l’OC- conditions de vie des familles en situation de
DE montrent que tous les enfants n’ont pas précarité ont des incidences considérables
les mêmes chances de réussite : les enfants sur la scolarisation des enfants, leur entrée
issus de familles défavorisées sont trois fois dans les apprentissages et leur possibilité de
plus susceptibles d’être en échec scolaire progresser. Deux rapports récents font auto-
que les enfants issus des classes moyennes rité en la matière : le rapport pour le CESE Une
et supérieures91. Or, la proportion d’enfants école de la réussite pour tous de Marie-Aleth
pauvres en France ne cesse de croître depuis Grard94, vice-présidente d’ATD Quart Monde,
1997. 1,2 million d’enfants vivent dans des ainsi que le rapport Grande pauvreté et réus-
familles pauvres, soit un enfant sur dix92. site scolaire, le choix de la solidarité pour
la réussite de tous de Jean-Paul Delahaye,
La crise économique et financière a aggravé
Inspecteur général de l’éducation95.
la précarité caractérisée par «  l’absence

Comment entrer sereinement dans les apprentissages quand on rencontre


des difficultés pour se loger, pour se nourrir, pour s’habiller, pour se cultiver ?

Jean-Paul Delahaye,
Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous,
Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche,
mai 2015

Les différents acteurs de terrains auditionnés les familles défavorisées ne doit pas conduire
dans le cadre du présent rapport ont égale- à en faire le «  cadre explicatif  » unique de
ment mis en avant l’impact des fragilités, l’échec scolaire des élèves les plus démunis
parfois cumulées, des familles sur la scolarité et à exonérer l’école de ses propres respon-
des enfants. Néanmoins, comme le souligne sabilités. Il serait en effet abusif de conclure
Jean-Paul Delahaye, mettre l’accent sur l’ori- que les enfants issus des classes populaires
gine sociale et les difficultés rencontrées par sont dans l’incapacité de réussir leur scola-

70
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rité compte tenu d’un prétendu «  handicap posée à l’école est bien celle de sa capacité
socio-culturel » et que l’école n’y peut rien96. à réduire les déterminismes sociaux et «  la
reproduction sociale  » qui frappe tous les
En effet, face aux inégalités de réussite
niveaux d’enseignement, du préscolaire au
scolaire induites par l’origine sociale et terri-
supérieur97.
toriale des élèves, à la ségrégation scolaire et
aux ressources inégales, la question qui est

A. Des inégalités de réussite


entre académies
Dans son référé de 2012, la Cour des comptes et de la performance conduite en novembre
établit que « le pourcentage d’élèves n’ayant 2015 auprès d’un très large échantillon
pas atteint des acquis suffisants lors des d’élèves représentatif de chacune des
évaluations de français en CE1 est deux fois académies (160 000 élèves de sixième)100.
plus élevé dans les académies de Créteil ou Les niveaux de performance sont contrastés
de Rouen que dans celles de Rennes ou de selon les académies et le niveau social
Clermont Ferrand et que le taux de réussite au moyen de leurs habitants. Ainsi, l’académie
bac dans l’académie de Créteil est inférieur de Paris, qui connaît le niveau social moyen
de plus de douze points à celui de l’aca- le plus élevé de toutes les académies affiche
démie de Nantes »98. Ces écarts de réussite le score le plus élevé en compétence 1 du
scolaire entre académies s’expliquent par la socle commun101 alors que les DOM ou les
concentration de populations favorisées ou académies du Nord, avec un niveau social
défavorisées dans certains territoires. En moyen peu élevé, affichent de plus faibles
effet, c’est dans les académies de Créteil performances102.
et de Rouen que le niveau social est le plus
La part des élèves maîtrisant la compétence
faible. Comme le relève l’atlas académique
1 atteint près de 90 % à Paris alors qu’elle ne
des risques sociaux d’échec scolaire de 2014
dépasse pas 75 % dans les DOM  : Guyane
dans l’académie de Créteil, le département
(40,5 %), La Réunion (67,9 %), Guadeloupe
de Seine Saint Denis se distingue par ses
(69,1 %). Comme le souligne le groupe
difficultés sociales car « un canton sur deux
« Outre-mer » du Conseil économique, social
de ce département relève du type ‘cumul de
et environnemental, dans son rapport sur les
fragilités économique, familiale, culturelle en
inégalités à l’école, « cette situation n’est pas
milieu urbain’ ». Ce département concentre
due au fait que les petits ultramarins ne sont
un grand nombre de chômeurs, de non
pas aussi doués ou aussi travailleurs que les
diplômés, de familles monoparentales et de
autres, mais à un ensemble de causes qui font
ménages habitant en logements sociaux.
que les difficultés et les inégalités rencon-
A l’inverse, les cantons de l’académie de
trées à l’école en outre-mer ne peuvent
Rennes se singularisent plutôt par des carac-
s’expliquer que si elles sont replacées dans
tères économiques et sociaux favorables et
un contexte plus global, à la fois écono-
aucun ne présente ce cumul de fragilités99.
mique, social et culturel »103. Il faut souligner
Cette école à deux vitesses, dès le niveau de combien les enfants ultramarins cumulent
la primaire, est confirmée par une étude de les fragilités : ils sont plus nombreux à avoir
la Direction de l’évaluation, de la prospective un parent au chômage (entre 23 % et 27,8 %

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

contre 9,2 % en moyenne nationale), à vivre et la Guyane). Enfin, c’est en Guyane et à la


dans un foyer monoparental (plus de 40 % Réunion que la part d’enfants appartenant à
contre 18,5 % en moyenne nationale), à vivre des populations dites « défavorisées » est la
dans un logement surpeuplé (plus de 40 % plus élevée de France : respectivement 59 %
contre 12,5 %, avec 62 % pour la Réunion et 50 %104.

B. De la ségrégation résidentielle


à la ségrégation scolaire
Outre les différences entre académies, des Les populations les plus fragiles socialement
disparités de réussite s’observent également et économiquement se retrouvent donc
entre établissements relevant d’une même concentrées sur les mêmes territoires et
académie, reflétant la fine ségrégation dans les mêmes écoles.
territoriale et scolaire des élèves. La carte
Cette ségrégation scolaire est en outre
scolaire et la sectorisation mises en place en
renforcée par les stratégies résidentielles
1963 dans l’objectif de gérer les flux crois-
des familles très attachées à la sectorisa-
sants des élèves et de garantir une bonne
tion scolaire et par les stratégies de contour-
répartition géographique des établissements
nement de la carte scolaire de nombreux
et des élèves, ont eu pour conséquence de
parents. Derrière la faiblesse de la mixité
refléter les divisions spatiales selon l’ori-
sociale affichée par les établissements
gine sociale des habitants puisque l’affecta-
scolaires se niche le développement d’une
tion d’un élève dans un collège ou un lycée
école à deux vitesses. Les différents rapports
dépend de son lieu de résidence. Or, si les
de l’ONZUS montrent en effet que les élèves
disparités socio-économiques s’inscrivent
des quartiers «  politique de la ville  » ont,
depuis longtemps dans l’espace, cette polari-
en moyenne, des résultats scolaires moins
sation sociale de l’espace s’est accentuée
favorables que ceux du reste du territoire
ces dernières décennies105.
national et des orientations scolaires diffé-
A la rentrée 2013, sur les près de 5,5 millions rentes. Une plus grande mixité permettrait
d’élèves du secondaire de métropole, plus de d’augmenter la performance des élèves et
460 000 résident dans un quartier prioritaire de pallier les inégalités sociales de réussite
et ces élèves se concentrent dans un nombre scolaire. A ce titre, Marie Duru-Bellat signale
limité d’établissements106  : un peu plus de à partir des recherches françaises dispo-
1 000 établissements (785 collèges et 279 nibles, que «  si l’on prend en compte les
lycées) sur près de 11 000 établissements, acquis scolaires de toute une classe d’âge,
comprennent plus de 25 % d’élèves résidant ce sont les classes hétérogènes qui s’avèrent
en quartiers prioritaires. Dans les collèges les plus ‘productives’, maximisant les
publics comprenant plus de 25 % d’élèves progrès des plus faibles sans obérer propor-
de quartiers prioritaires, la part des élèves tionnellement les progrès des plus forts »107.
de 6ème dont les parents appartiennent à une Cette analyse est également partagée par
classe défavorisée représente plus de 60 % Christian Monseur et Marcel Crahay qui ont
des effectifs (contre moins de 40 % dans les exploité les données de l’OCDE sur l’évalua-
établissements de moins de 10 % d’élèves de tion PISA de 2006 relative aux compétences
quartiers prioritaires). en sciences des élèves  : les élèves ont une

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performance supérieure à celle que l’on tion sociale n’est pas linéaire mais, comme
attend d’eux lorsqu’ils fréquentent des écoles l’affirme le Conseil national d’évaluation du
favorisées ; lorsque les élèves fréquentent système scolaire (CNESCO), «  Étudier dans
des écoles «  socialement mixtes  », cette une école très ségréguée pour ce qui est
situation est « toujours favorable » pour les du statut socioéconomique constitue un
élèves défavorisés108. L’effet de la composi- désavantage pour un élève »109.

S’il n’y avait pas de discriminations, la société serait meilleure. Je pense qu’on
est tous les mêmes. Peut-être pas la même couleur ou les mêmes idées, mais
on est tous les mêmes. Tout le monde doit recevoir une bonne éducation.
L’égalité dans l’éducation est importante car ça donne à tout le monde
l’occasion de devenir quelqu’un, de communiquer avec les autres.

O l i v i e r, 1 8 a n s ,
Propos recueillis dans le cadre du projet “Parlons Jeunes”

Des expériences d’assouplissement de la de certains collèges classés en éducation


carte scolaire ont été mises en œuvre à prioritaire comme le confirment les études
plusieurs reprises et notamment en 2007 financées par la DEPP, le CGET et le Défen-
afin de «  favoriser l’égalité des chances et seur des droits  : les demandes de déroga-
améliorer sensiblement la diversité sociale tion à l’entrée en sixième sont plus élevées
dans les collèges et les lycées » en permet- dans les collèges de l’éducation prioritaire
tant aux familles de choisir l’établissement de que dans l’ensemble des collèges publics de
leur enfant, sur autorisation du DASEN et dans France métropolitaine mais moins de 5 % des
la limite de la capacité d’accueil de l’établis- demandes proviennent d’élèves boursiers114.
sement souhaité110. Lorsque les demandes de
Ces stratégies d’évitement, qu’on observe
dérogation excèdent les possibilités d’accueil,
dorénavant également pour le primaire, sont
le DASEN accorde les dérogations, après avis
notamment rendues possibles grâce au jeu des
de la commission d’affectation, selon l’ordre
options rares et sélectives. Or, ce sont souvent
de priorité arrêté111. Depuis quelques années,
dans les quartiers les plus favorisés que les
de nombreux rapports et études convergent
établissements proposent des options telles
pour souligner les résultats limités, voire
que l’apprentissage d’une langue rare (chinois,
négatifs de ce dispositif sur la mixité sociale112.
japonais, russe) ou des classes spécialisées en
Ce sont les familles les mieux informées,
musique ou danse qui requièrent l’admission
généralement plus aisées, qui se sont appro-
préalable au conservatoire. La situation dans
priées la réforme et qui ont le plus profité des
un département comme celui des Hauts-
possibilités de dérogations afin d’éviter que
de-Seine est significative  : l’offre scolaire la
leurs enfants n’aillent dans l’établissement
plus riche et la plus diversifiée se concentre
de secteur considéré comme peu attractif,
dans les collèges et lycées situés dans les
surtout s’il relève de l’éducation prioritaire113.
communes à forte présence de catégories
L’assouplissement de la carte scolaire a ainsi
supérieures telles Neuilly, Sceaux, Rueil-Mal-
contribué depuis 2007 à amplifier l’évitement

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maison, Boulogne-Billancourt, Saint-Cloud 2014 s’explique par une offre d’établisse-


alors que le nord du département, nettement ments abondante dans la capitale alors que
plus populaire (Gennevilliers, Villeneuve-La dans la plupart des secteurs scolaires où
Garenne, Colombes, Nanterre, Clichy), est l’offre est moins dense, les demandes ne
quasiment vierge de toutes options rares115. peuvent se concentrer que sur un nombre
Dans cette concurrence, l’enseignement privé très faible d’établissements dits attractifs.
occupe de nouvelles niches et semble bénéfi- Il convient de rappeler que si les capacités
cier de la réforme puisque le choix d’un collège d’accueil de l’établissement souhaité sont
privé est un des moyens qui permettent atteintes, la sélection des candidatures est
aux parents d’éviter la scolarisation de leur renvoyée à une commission d’affectation
enfant dans le collège de secteur, notamment plutôt défavorable aux élèves de milieux
lorsqu’une dérogation a été refusée. populaires comme l’observent Marco Oberti,
Edmond Préteceille et Clément Rivière qui
Ainsi, ces réformes successives n’ont fait
n’hésitent pas à partir de leur étude, financée
qu’accroître les phénomènes de disparités
par le Défenseur des droits, à évoquer le
de l’offre éducative, et de ghettoïsation de
schème des discriminations118.
certains établissements. Elles n’ont pas
freiné l’émergence d’un véritable «  marché Par ailleurs, Affelnet repose sur les choix
scolaire » peu propice à la réalisation de l’éga- des élèves et de leur famille ; or, le manque
lité des chances des enfants. A cet égard, la d’information et l’autocensure des familles
procédure d’affectation automatisée des et des jeunes des milieux populaires consti-
élèves (Affelnet) pour le lycée, généralisée au tuent un terreau pour le développement des
même moment que l’assouplissement de la inégalités : les demandes de première affec-
carte scolaire, ne semble pas constituer un tation dans les établissements du haut des
outil pleinement efficace pour lutter contre la hiérarchies scolaires sont très massivement
ségrégation scolaire. Si Gabrielle Fack, Julien le fait des familles appartenant à des milieux
Grenet et Asma Benhenda considèrent que sociaux aisés119.
le barème d’affectation mis en place dans
Au vu de ces éléments, le Défenseur des droits
l’académie de Paris, et notamment le bonus
est d’avis que la manière dont sont actuelle-
« boursier », contribue fortement à la mixité
ment affectés les élèves doit être repensée
sociale des lycées publics de la capitale116,
pour agir de manière effective sur la mixité
d’autres chercheurs, à l’instar du sociologue
sociale des établissements. En ce sens, le
Choukri Ben Ayed, nuancent sensiblement
Défenseur des droits salue la volonté du minis-
cette affirmation. La mixité sociale, si elle
tère de l’Education nationale de développer
est avérée, serait le fait d’élèves de milieux
un nouveau mode d’affectation des élèves
populaires dont les résultats scolaires sont
et sera attentif aux premiers résultats de
élevés. Dès lors, Afflenet ne constitue pas
l’expérimentation lancée à la rentrée 2016.
«  un instrument de ‘discrimination positive’
mais plutôt d’opérationnalisation de la Il est important enfin de relever que ces
méritocratie scolaire. L’usage de la termi- mécanismes de ségrégation peuvent exister
nologie de mixité scolaire sociale peut ainsi au sein d’un même établissement. En effet,
paraître discutable puisqu’il s’agit dans ce le choix des options permet de maintenir
cas de mixité soigneusement contrôlée et séparées certaines catégories d’enfants
choisie, de mixité de bon élèves  »117. Aussi, dans l’établissement scolaire tout en conser-
Choukri Ben Ayed relève que la modification vant, potentiellement, une certaine mixité
de la composition sociale des établissements sociale. Les classes proposant latin et
parisiens constatée dans l’étude publiée en langues vivantes, fréquentées par les élèves

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issus des catégories socio-professionnelles ment des enfants contre l’organisation de


supérieures et les bons élèves, sont, à ce titre, classes de niveau homogène »121.
les principaux outils de ségrégation scolaire
Ces inégalités sont durement ressenties par
intra-établissement120. Cette pratique est
les élèves, nourrissant un sentiment d’injus-
caractérisée comme un «  deal collectif où
tice et de rejet de l’institution scolaire plus ou
l’on échange le maintien dans l’établisse-
moins prononcé.

Les États parties doivent éviter des niveaux de concentration élevés d’enfants
à risque dans des écoles ou des classes spécifiques.
Extrait de l’article 4 de la déclaration sur « l’égalité des chances pour tous les enfants
dans l’éducation » des membres du réseau européen des ombudsmans pour enfants
(ENOC)

C. Des inégalités de ressources


entre territoires
La France investit-elle autant pour l’éduca- remplaçant constituent près de 65 % des
tion et donc pour l’avenir de chaque enfant? affectations des enseignants débutants
En tout état de cause, elle ne semble pas dans le second degré public, contre 32 %
répartir cet investissement de manière juste. environ pour les autres enseignants »124. Du
Comme le démontre la Cour des comptes fait du système de points qui prend surtout
en juillet 2012, il existe des disparités entre en compte l’ancienneté, les mutations dans
les dotations de l’Etat aux différentes acadé- les établissements les plus attractifs bénéfi-
mies sans qu’il y ait de corrélation entre les cient aux enseignants expérimentés, ceux
moyens mis à disposition et les difficultés présents dans les zones les plus difficiles sont
des élèves122. jeunes, inexpérimentés et donc peu préparés
à enseigner devant un public qui cumule les
Les établissements relevant de l’éduca-
fragilités et moins bien rémunérés.
tion prioritaire, et donc censément mieux
dotés, sont principalement composés de En outre, les conditions difficiles d’enseigne-
nouveaux enseignants alors que c’est juste- ment dans les établissements relevant de
ment dans les zones les plus défavorisées l’éducation prioritaire favorisent un turnover
que l’expérience pédagogique des ensei- important des néo-titulaires. L’enquête « Où
gnants de carrière serait pertinente123. C’est fait-il bon enseigner » met en évidence que
notamment ce que démontre le rapport de les enseignants préfèrent travailler dans
la Cour des comptes de mai 2013 qui établit un collège du secteur privé plutôt que dans
que «  chaque année, les affectations sur un collège public, surtout lorsque celui-ci
des postes en établissement difficile et de relève de l’éducation prioritaire125. Ainsi, « la

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durée de poste moyenne est de deux ans


et demi inférieure dans les établissements Lors
ECLAIR et réseaux de réussite scolaire (RRS)
à ce qu’elle est dans les établissements
de la rentrée
ordinaires  »126. Pourtant, la mise en place
d’une équipe pédagogique pérenne serait
scolaire 2014,
bénéfique aux élèves comme aux ensei- des centaines d’enfants des établissements
gnants. Elle est même indispensable pour de Seine-Saint-Denis n’avaient pas d’ensei-
bâtir de véritables projets pédagogiques gnants ou se sont retrouvés face à des
collectifs, s’inscrire durablement dans son enseignants contractuels qui n’avaient reçu
environnement local, établir des liens de aucune formation. Face à cette situation
confiance avec les familles et construire ainsi alarmante, plusieurs parents d’élèves ont
une école réellement inclusive. Par ailleurs, la constitué le Collectif des Bonnets d’ânes et
présence d’enseignants chevronnés dans les ont saisi le Défenseur des droits.
établissements difficiles bénéficierait égale-
ment aux jeunes professeurs en ce qu’ils Après examen des faits, le Défenseur des
pourraient s’appuyer sur leur expérience. droits a caractérisé l’existence d’une rupture
du principe d’égalité des usagers devant le
Enfin, les difficultés de ces territoires et service public, reconnu constitutionnelle-
établissements ont pour conséquence de ment. En conséquence, il a notamment été
laisser vacants de nombreux postes, faute recommandé au ministère de l’Education
de candidats, notamment dans l’académie nationale d’évaluer les besoins dans cette
de Créteil et plus particulièrement en Seine académie « de poursuivre le mouvement de
Saint Denis. Le ministère de l’Education rééquilibrage concernant l’ancienneté des
nationale a signalé au Défenseur des droits enseignants […] et de prendre les disposi-
qu’à l’issue des opérations du mouvement tions leur permettant de rester durablement
2014, le nombre de postes non pourvus à attachés aux établissements dans lesquels
Saint-Denis s’élevait à 64, dont 45 postes en ils sont affectés  », démontrant ainsi une
classe et 19 postes de remplaçants127. Cela va volonté de lutter contre le cumul des inéga-
de pair avec un nombre record d’enseignants lités sociales et territoriales.
contractuels (recrutés hors concours et sans
aucune réelle formation) dans ce départe- Afin de répondre aux difficultés rencontrées
ment (353) qui représentent à eux seuls plus dans le département de la Seine-Saint-
de la moitié des contractuels comptabilisés Denis, le ministère de l’Education nationale a
au niveau de la France métropolitaine. En présenté le 19 novembre 2014 le plan triennal
juin 2015, ces effectifs avaient encore forte- d’action « 9 mesures pour les écoles de Seine-
ment augmenté. Si 83 % de ces enseignants Saint-Denis  ». S’étendant jusqu’en 2017, le
contractuels de la Seine-Saint-Denis avaient plan prévoit une série de mesures en matière
un niveau supérieur à un master 1,17 % ne de création d’emplois, d’affectation des ensei-
dépassaient pas le niveau de licence 3. gnants titulaires, d’accroissement des réseaux
d’éducation prioritaire, d’accompagnement
et de formation des enseignants contrac-
tuels et enfin, d’amélioration de l’organisation
administrative de l’académie de Créteil. Tout
en relevant les efforts engagés par le minis-
tère de l’Education nationale en termes de
renforcement des moyens d’enseignement

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de ressources humaines et de révision des devant les élèves sur plusieurs semaines
procédures, le Défenseur des Droits continue ou d’absence de remplacement des ensei-
de s’interroger sur le caractère suffisant des gnants. Outre la perte d’heures de cours,
moyens déployés pour rendre effectifs, dans cette situation entraîne la répartition des
la ville de Saint-Denis, l’ensemble des objec- élèves dans les classes dont les enseignants
tifs relatifs à la présence d’enseignants dans sont présents, avec pour effet de surcharger
toutes les classes, l’absorption de la crois- les classes, de rendre plus difficiles les
sance démographique et ceux de l’éducation conditions de travail des enseignants et de
prioritaire. favoriser l’échec scolaire des enfants qui
relèvent de territoires déjà défavorisés.
En effet, le Défenseur des droits a de
nouveau été saisi par les réclamants, réunis Cette situation porte donc atteinte au droit
au sein du collectif du «  ministère des de l’enfant à l’éducation garanti par la CIDE
bonnets d’âne », qui indiquent que des diffi- et l’Etat doit en faire plus pour respecter ses
cultés de remplacement des enseignants obligations en matière de recrutement et de
absents se sont à nouveau manifestées au gestion du personnel, d’une part, et une juste
cours de l’année 2015/2016. Les nombreux répartition des moyens afin d’assurer en
témoignages adressés au Défenseur des particulier l’égalité d’accès au service public,
droits, concernant principalement des d’autre part128.
écoles de la commune de Saint-Denis mais
Décision MSP-2015-262 du 9 novembre
aussi d’autres établissements du départe-
2015 relative aux difficultés rencontrées par
ment, font état de problèmes récurrents et
des élèves de la commune de Seine-Saint-
persistants de succession de remplaçants
Denis à la rentrée scolaire 2014

Recommandation 18

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale de dresser un


bilan des besoins des écoles du département de la Seine-Saint-Denis, de continuer à mobiliser
les ressources nécessaires en vue de pouvoir atteindre l’ensemble des objectifs fixés au titre
de l’éducation prioritaire. Il recommande également au ministère de l’Education nationale de
poursuivre le mouvement de rééquilibrage concernant l’ancienneté des enseignants au sein
des écoles de la commune de Saint-Denis et de prendre les dispositions leur permettant de
rester durablement attachés aux établissements dans lesquels ils sont affectés.

Si ce constat illustre une rupture du principe pousse l’élève à se dépasser et à dépasser


d’égalité dans le système éducatif français, les préjugés pour réussir sa scolarité, pour
cette situation ne doit pas masquer les peu que le climat scolaire soit bienveillant et
réussites individuelles. Fort heureusement, que l’enfant puisse se sentir suffisamment
de nombreux enfants issus de familles soutenu, en confiance et valorisé par ses
défavorisées et résidant dans des quartiers enseignants.
populaires parviennent à réussir leur scola-
Cette influence des interactions élèves/
rité brillamment malgré les obstacles et les
enseignant sur la motivation des élèves a été
carences de l’institution scolaire. L’origine
ainsi notamment démontrée dans une étude
sociale peut être un facteur de motivation qui
financée par le Défenseur des droits129.

77
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

De manière plus globale, la loi n° 2013-595 Pour cela, un ensemble de 14 mesures-clés


d’orientation et de programmation pour la ont été définies autour de trois axes : 1) des
refondation de l’école de la République du élèves accompagnés dans leurs appren-
8 juillet 2013 a redéfini les principes fonda- tissages et dans la construction de leur
mentaux sur lesquels doit s’appuyer désor- parcours scolaire ; 2) des équipes éducatives
mais le service public de l’éducation « conçu formées, stables et soutenues ; 3) un cadre
et organisé en fonction des élèves et des propice aux apprentissages.
étudiants. Il contribue à l’égalité des chances
Relevons que ce plan est issu d’importants
et à lutter contre les inégalités sociales et
travaux sur la refondation de l’éducation
territoriales en matière de réussite scolaire
prioritaire, conduits durant l’année 2013
et éducative. Il reconnaît que tous les
dans le cadre d’une démarche d’évaluation
enfants partagent la capacité d’apprendre
des politiques publiques mais que les délais
et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire
rapportés aux objectifs restent flous130. A
de tous les enfants, sans aucune distinc-
cet égard, le diagnostic dresse un bilan de
tion. Il veille également à la mixité sociale
l’Education prioritaire globalement plutôt
des publics scolarisés au sein des établis-
décevant même s’il est difficile d’évaluer ce
sements d’enseignement. Pour garantir la
qui se serait passé sur la même période hors
réussite de tous, l’école se construit avec la
politique d’éducation prioritaire.
participation des parents, quelle que soit leur
origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte Le ministère de l’Education nationale a
par le dialogue et la coopération entre tous également entrepris une réforme de l’allo-
les acteurs de la communauté éducative ». cation des moyens pour toutes les écoles et
tous les collèges afin de réduire les inégalités
Dans ce cadre, la refonte de l’éducation
territoriales et donner plus de moyens aux
prioritaire, préfigurée à la rentrée 2014 et
départements et aux territoires infra-dé-
pleinement mise en œuvre depuis la rentrée
partementaux qui en ont le plus besoin.
2015, s’inscrit dans l’objectif de corriger
Le nouveau modèle de répartition déployé
l’impact des inégalités sociales et écono-
depuis la rentrée 2015, qui ne se limite plus au
miques sur la réussite scolaire. Cet objectif
critère démographique, vise à tenir compte
doit se traduire très concrètement par une
des caractéristiques sociales et territoriales
réduction à moins de 10 % des écarts entre
constatées au niveau des communes et à les
les élèves scolarisés en éducation prioritaire
agréger au niveau départemental et acadé-
et ceux scolarisés hors éducation prioritaire
mique, traduisant ainsi l’hétérogénéité des
dans la maîtrise des compétences de base
situations locales et autorisant un réglage
en français et en mathématiques sans que
plus fin de l’allocation de moyens.
les résultats globaux ne baissent.

Recommandation 19

Le Défenseur des droits recommande au gouvernement de poursuivre sa réforme de l’éduca-


tion et d’évaluer cette politique publique afin d’atteindre les objectifs énoncés à l’article L. 111-1
du code de l’éducation.

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Le point sur :

Numérique Dans les territoires ruraux, l’accès au


numérique peut ainsi permettre la mise
et techniques en relation des classes isolées, à travers
des dispositifs de visio-conférence ou des
de l’information et espaces numériques partagés, ce qui permet
de réinscrire leurs élèves dans des commu-
la communication nautés scolaires plus larges131. Cependant la
réussite de ces dispositifs est conditionnée
(TICE), facteurs d’une part, à l’accès matériel aux outils du
numérique et d’autre part, à leur maîtrise et
d’égalité : utilisation effectives132.

la situation des Le territoire français demeure caractérisé


par des inégalités en termes de connexion
territoires ruraux internet. Si les programmes «  France Très
Haut Débit » et « Ecoles connectées » visent
La politique menée dans le domaine du une couverture exhaustive du territoire d’ici à
numérique à l’école illustre également la 2020 et l’amélioration de la qualité de l’accès
volonté de mobiliser cet outil pour renforcer à internet dans toutes les écoles, des inéga-
l’égalité entre élèves. lités persistent entre établissements qu’il
s’agisse de la vitesse de connexion ou du
Le développement d’outils numériques
matériel à disposition133. Par ailleurs, l’acces-
intégrés au fonctionnement des institutions
sibilité matérielle des outils numériques ne
scolaires répond à l’avancée spectacu-
garantit pas leur utilisation, et leur appro-
laire d’Internet qui fait de la maîtrise de ces
priation par les équipes pédagogiques et
outils une compétence incontournable pour
par les élèves, variables d’un établissement
accéder à ses droits, réussir scolairement
à l’autre134. En ce qui concerne le cahier de
et professionnellement. Il représente égale-
texte numérique, obligatoire depuis 2010135,
ment un facteur important de lutte contre
qui devrait justement permettre aux élèves
les inégalités entres les élèves. Ces outils
notamment hospitalisés de maintenir des
favorisent en effet les liens entre les établis-
liens avec leur classe, l’association L’Ecole à
sements, les familles et les élèves, quels que
l’hôpital soulignait en juillet 2016 que  : «  ça
soient la mobilité ou l’éloignement géogra-
ne marche pas ou exceptionnellement. Il
phique des élèves ou des familles.
n’est que peu rempli. Il n’y a pas d’automa-

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

tisme concernant la transcription des infor- l’éducation, annoncé en mai 2015. Il vise un
mations de la part des enseignants. De plus, quart des collèges et 1 800 écoles, répartis
c’est un outil peu connu et il faut un code sur l’ensemble du territoire et évalués
pour y accéder136». comme prioritaires, et semble favoriser l’uni-
formisation des pratiques  : outre la mise à
Afin de permettre à ces différents outils
disposition de ressources pédagogiques, ce
d’avoir un impact réel sur les inégalités
programme vise notamment la formation
entre les élèves et de limiter les ruptures de
des enseignants et l’équipement mobile des
parcours scolaires, des efforts d’équipement
élèves et des enseignants en partenariat
à destination de l’ensemble des établisse-
avec les collectivités territoriales. Son exten-
ments, mais surtout de formation des ensei-
sion à l’ensemble des institutions scolaires
gnants apparaissent nécessaires pour une
pourrait contribuer à réduire les inégalités
pleine appropriation de ces outils par tous.
entre régions, entre établissements, voire
Des politiques publiques ont été lancées en
entre classes.
ce sens, à l’instar du plan Numérique pour

Une attention particulière doit être apportée l’après-midi. Pour autant, la mobilisation des
à la situation en Outre-Mer qui appelle une responsables locaux de l’Education natio-
réelle mobilisation des pouvoirs publics nale est à souligner, ainsi que les efforts faits
et des investissements importants pour pour permettre aux enfants de bénéficier de
respecter le droit à l’éducation des enfants « collations », et aux parents d’être accueillis
ultramarins, dont les difficultés socio-éco- et accompagnés au sein des établissements
nomiques ont déjà été décrites. Les dépar- scolaires. Le Défenseur des droits, à l’instar
tements d’Outre-Mer sont marqués par une du Comité international sur les droits écono-
sous-représentation d’enseignants titulaires, miques, sociaux et culturels139, s’inquiète
des dépenses par collégiens faibles et une du nombre élevé d’enfants qui n’ont jamais
part importante prise par l’éducation priori- fréquenté l’école et du taux élevé de décro-
taire. La population lycéenne y est plus chage scolaire à Mayotte.
faible qu’ailleurs, de même que le nombre
En Guyane, où la plupart des communes
d’apprentis. Le corps enseignant, en grande
dites de l’intérieur ne sont pas accessibles
partie originaire de métropole n’est pas
par voie terrestre et où le défaut d’établis-
stabilisé localement et se trouve souvent
sements scolaires de proximité est majeur,
confronté à de grandes difficultés sur le
les enfants des communes isolées préfèrent
terrain, en particulier en Guyane où la plupart
redoubler voire abandonner leur scolarité
des élèves étrangers, en forte proportion
plutôt que de quitter le cadre familial dès
dans la population scolaire, ont un accès
l’âge de 10 ans. En effet, faute d’internats, qui
difficile au français137.
lorsqu’ils existent sont vétustes ou fermés
En outre, l’importante croissance démogra- pendant les week- end, les enfants seraient
phique en Guyane et à Mayotte, et par hébergés dans des familles où la qualité de
conséquence de l’effectif scolaire, a entraîné l’accueil reste à prouver. L’échec scolaire
un manque d’infrastructures138. Aussi massif des enfants des communes isolées
un système de rotation a été instauré à de Guyane explique en partie le taux de
Mayotte  : alors que certains élèves vont à suicide 20 fois plus élevé qu’en métropole.**
l’école le matin, d’autres se rendent en classe

** Compte-rendu de mission sur l’égal accès aux droits et aux services publics en Guyane du Défenseur des droits, janvier 2015
(Yvette Mathieu, chargée de mission auprès de Jacques TOUBON) ; constats relevés également au cours du déplacement du
80 Défenseur des droits en Guyane courant octobre 2016.
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Les conditions dans lesquelles se déroule Le Défenseur des droits a immédiatement


l’enseignement, d’une manière générale, exprimé ses plus vives inquiétudes et a
sont donc encore plus problématiques qu’en demandé que l’ensemble des acteurs (dépar-
métropole et le Défenseur des droits ne peut tement, Etat et institutions européennes)
que déplorer les difficultés dans l’exercice prenne ses responsabilités et mette en place
du droit à l’éducation, constatées dans les des solutions pérennes dans le respect
saisines qu’il reçoit ou observées lors de des droits et libertés fondamentales. Il a
ses déplacements en Outre-Mer140. De fait, également exhorté au calme et à la retenue
il convient de poser la question de la perti- l’ensemble des mahorais et rappelé que les
nence d’une politique publique de l’éduca- solutions devaient s’inscrire dans le cadre
tion spécifique dotée de moyens adéquats à des principes fondamentaux et des lois de la
Mayotte et en Guyane. République. En outre, le Défenseur des droits
a décidé de mener une enquête indépen-

En janvier dante pour vérifier les conditions dans


lesquelles ces expulsions s’étaient déroulées.
et février 2016, Par suite, il a en effet observé que les
expulsions avaient eu pour conséquence
le Défenseur des droits a pris connaissance immédiate la déscolarisation d’une centaine
de la situation de familles et d’enfants d’ori- d’enfants, ce qui est contraire aux droits
gine comorienne expulsés très violemment et aux principes de la Convention interna-
de leurs villages dépendant de la commune tionale des droits de l’enfant. Une action
de Chirongui à Mayotte. Ces expulsions est actuellement en cours concernant les
étaient menées par des collectifs d’habitants actions engagées par les autorités compé-
se plaignant d’une forte pression migratoire tentes (rectorat, préfecture, procureur de la
et d’une grande insécurité. République) pour re-scolariser ces enfants.

Recommandation 20

Le Défenseur des droits recommande au gouvernement de prendre toutes les mesures


nécessaires pour lever les barrières à l’accès à l’éducation en Outre-Mer, notamment par
le renforcement des investissements pour développer la scolarisation précoce, et rendre
ce droit pleinement effectif en augmentant, autant que possible, l’offre d’enseignement
dispensé dans des lieux raisonnablement accessibles, en prenant en charge le transport des
élèves, et en développant les structures de soutien et d’accueil des enfants qui quittent leur
village pour continuer leurs études.

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II. L’orientation scolaire


comme mécanisme
d’exclusion
Les inégalités sociales et territoriales exposées toujours cherché à détecter leurs aptitudes
plus haut se traduisent dans les parcours et appétences pour réussir dans des appren-
scolaires et prennent une importance consi- tissages propres à la voie professionnelle, ce
dérable lors de la procédure d’orientation. Le qui pose question notamment au regard du
droit à l’école connaît des bifurcations, des respect de la parole de l’enfant et de son droit
voies de garage et des filières d’excellence et à exprimer librement son opinion sur toute
le chemin pris par chaque élève dans le cadre question l’intéressant garanti par la CIDE142.
du système d’orientation reste éminemment
Outre les résultats, l’origine sociale et le
déterminé par ses origines.
niveau de qualification des parents consti-
Dès la maternelle, des difficultés d’apprentis- tuent des facteurs déterminants de l’orien-
sage majeures sont constatées chez certains tation, en particulier lorsque les résultats
enfants. Ces difficultés sont le produit de la scolaires sont moyens ou faibles143. Alors que
différenciation passive liée au milieu socio- les familles d’origine modeste vont s’autocen-
culturel des familles, et au déficit des liens surer dans la formulation de leurs vœux, les
sociaux qui découle directement de leurs familles socio-culturellement plus favori-
situations de précarité économique. Elles sont sées vont privilégier certaines orientations
aussi le fruit des représentations et préjugés et chercher à éviter la voie professionnelle,
qui persistent, concernant particulièrement particulièrement stigmatisée en France,
l’origine sociale, l’origine « ethno-raciale » ou même avec de faibles résultats scolaires.
encore le sexe des enfants, ce qui souligne Ainsi, le milieu social reste un marqueur fort
la nécessité d’accompagner les enseignants des vœux d’orientation émis par les familles
et l’ensemble de la communauté éducative et « ces disparités sont d’autant plus fortes
aux fins de s’interroger et faire évoluer leurs que le conseil de classe n’intervient pas pour
pratiques141. corriger à la hausse les vœux d’orientation
des élèves originaires de milieux populaires
Les orientations dans le secondaire qui
dont le niveau scolaire permettrait d’accéder
constituent des étapes clés du parcours
à un cursus scolaire plus ouvert  »144. Les
scolaire sont non seulement concernées
inégalités sociales qui se traduisent dans les
par ces mêmes préjugés et discriminations
vœux d’orientation des enfants s’en trouvent
systémiques mais viennent leur donner une
alors entérinées.
visibilité particulière.
Les représentations et stéréotypes, en parti-
De multiples paramètres jouent un rôle
culier liés à l’origine sociale et au sexe de
déterminant sur l’orientation. En premier lieu
l’élève, demeurent également très prégnants
bien sûr, les résultats scolaires, eux-mêmes
dans les prises de décisions des profes-
corrélés aux données sociales et territo-
seurs qui constituent une pièce maîtresse du
riales. En fin de troisième, les élèves en
processus d’orientation comme l’ont montré
difficultés sont écartés de la seconde
de nombreuses recherches en sociologie145
générale et technologique sans qu’on ait
mais aussi en psychologie sociale146. A niveau

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

scolaire égal, les professeurs ont tendance à retrouvent dans des formations non mixtes,
orienter plus facilement les élèves de milieu c’est-à-dire des formations fréquentées par
favorisé en seconde générale et les élèves moins de 30 % de jeunes de l’autre sexe149. Il
de milieu défavorisé en seconde profession- faut souligner que cela concerne particuliè-
nelle. Au final, l’origine sociale et l’orientation rement les classes populaires, du fait d’une
dans des classes spécialisées sont fortement surreprésentation des enfants d’ouvriers,
corrélées. Une récente note d’information de d’employés et d’inactifs dans l’enseignement
la Direction de l’évaluation, de la prospective professionnel.
et de la performance (DEPP) du ministère de
Les différences d’orientation se poursuivent
l’Education nationale indiquait que, parmi les
après le baccalauréat. Après l’obtention du
enfants affectés dans des classes spéciali-
bac S, les jeunes femmes sont par exemple
sées pour des troubles intellectuels et cogni-
peu présentes dans les filières scientifiques
tifs, 6 % étaient issus de milieu social favorisé,
des classes préparatoires aux grandes
contre 60 % d’un milieu très défavorisé.
écoles scientifiques (30 %) ainsi que dans
S’agissant de la division sexuée de l’orienta- les écoles d’ingénieurs (28,2 %). A contrario,
tion, les statistiques officielles du ministère de elles représentent 84 % des effectifs dans
l’Education nationale montrent que d’impor- les écoles paramédicales et sociales. S’il est
tantes différences dans les choix d’orientation indéniable que ces choix d’orientation, diffé-
persistent selon le sexe. Malgré une meilleure rents selon le sexe, résultent de l’intériorisa-
réussite scolaire147, les filles se dirigent moins tion des stéréotypes de genre par les élèves,
vers les filières les plus sélectives et les plus l’école ne semble pas aujourd’hui corriger
valorisées telles que les filières scientifiques les différences de choix influencées par les
et techniques dans le droit fil des stéréotypes stéréotypes mais aurait plutôt tendance à les
de genre. Lorsque les élèves s’orientent vers renforcer. Le «  laissez faire  » du processus
la voie professionnelle à l’issue de la classe d’orientation conforte les stéréotypes
de troisième, le domaine de la production véhiculés dans les processus d’autocen-
est davantage investi par les garçons alors sure des élèves et des familles150. En outre,
que celui des services est davantage investi le Défenseur des droits constate que lorsque
par les filles148. Ainsi, à l’issue de la classe les élèves parviennent à dépasser ces
de troisième, le Commissariat général à la stéréotypes, ils sont parfois rattrapés par les
stratégie et à la prospective relève que plus propres représentations de la communauté
de 20 % des jeunes, garçons et filles, se éducative. Si des actions proactives sont

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effectivement menées par l’Education natio- à renforcer la sensibilisation et la formation


nale pour lever l’autocensure des élèves et pour faire évoluer durablement les pratiques
les éduquer à l’égalité filles/garçons, il reste quotidiennes des personnels éducatifs.

Après avoir Clémence,


postulé à élève en
une formation CAP agricole
professionnelle (CAPA) option
d’esthétique, maréchalerie
Julien s’est vu opposer un refus au motif souhaite devenir maréchale ferrante. Lors
que «  les formations esthétique au sein du de l’épreuve de ferrage et de forgeage, les
CFA sont ouvertes uniquement aux filles  ». examinateurs de son centre d’examen ont
Julien a donc saisi le Défenseur des droits tenu des propos sexistes, estimant que le
qui a constaté que cette pratique n’était pas métier de maréchal-ferrant était un « métier
isolée et qui a conclu que le refus systéma- d’homme » et Clémence a été ajournée à cet
tique des candidatures masculines caracté- examen. S’estimant victime d’une discrimi-
rise une discrimination fondée sur le sexe. Le nation en raison de son sexe, elle a saisi le
Défenseur des droits a donc recommandé Défenseur des droits qui aux termes de son
aux écoles un changement des pratiques enquête a constaté un écart important dans
et a également recommandé au ministère les taux de réussite femmes-hommes dans ce
de l’Education nationale ainsi qu’au minis- centre d’examen. En 2013, le taux de réussite
tère des Affaires sociales, de la Santé et des des femmes était de 33 % contre 73 % pour
Droits des femmes de sensibiliser l’ensemble les hommes dans le centre d’examen mis
des écoles et centres de formation d’esthé- en cause alors que le taux de réussite des
tique à la non-discrimination et la mixité. femmes était de 46 % et de 56 % pour les
Suite à son intervention, les écoles mises en hommes selon les statistiques nationales.
cause ont modifié leurs pratiques et le minis- L’écart constaté dans les taux de réussite
tère de l’Education nationale a adressé une femmes-hommes pour le centre d’examen
instruction aux rectorats afin de sensibiliser concerné étant suffisamment significatif
les établissements proposant une formation pour conforter les allégations de Clémence,
d’esthétique à l’interdiction des discrimi- le Défenseur des droits a recommandé au
nations fondées sur le sexe et au dévelop- ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire
pement des pratiques visant à favoriser la et de la Forêt de prendre les mesures néces-
mixité filles/garçons dans ce secteur. saires pour que chaque centre d’examen
s’assure de l’absence de critère d’évaluation
Décision MLD-2015-305 du 3 décembre
discriminatoire ou de biais discriminatoire
2015 relative à l’exclusion d’office des
dans le processus d’évaluation.
hommes à la formation professionnelle
d’esthétique par plusieurs écoles privées Décision MLD-2015-051 du 30 mars 2015
relative au déroulement des épreuves
pratiques du certificat d’aptitude
professionnelle agricole option maréchalerie

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Le Défenseur des droits recommande de chez les élèves descendants d’immigrés152.


favoriser la diversification des choix d’orien- Selon F. Dhume, l’orientation telle qu’elle est
tation scolaire et professionnelle des filles pratiquée serait largement discriminatoire
et des garçons, des jeunes femmes et des pour les élèves issus de l’immigration153. A
jeunes hommes pour parvenir à une plus performance égale, on refuse plus souvent
grande mixité des filières et des métiers et les vœux des élèves vus comme immigrés
ouvrir ainsi les horizons professionnels de et ces derniers ont plus de risque d’être
chacun et chacune, notamment par le biais orientés vers des filières dévalorisées ou
de la formation des personnels éducatifs. des classes spéciales telles que le SEGPA154.
L’institution scolaire porterait des « lunettes
A cet égard, l’Institution assure des actions
ethnico-raciales  » lorsqu’il s’agit d’élèves
de formation et développe des outils dans
et de parents issus de l’immigration, favori-
le cadre de sa mission de lutte contre les
sant des « jugements ethniques » à tous les
discriminations et de promotion des droits
niveaux du système155. Les stéréotypes et
de l’enfant, dans le but de faire reculer
préjugés, qui existent plus largement dans
ces préjugés et discriminations. A titre
notre société, trouvent dans l’école un écho
d’exemple, le programme des Jeunes
particulier. Certaines catégories bénéficient
Ambassadeurs auprès des enfants (JADE)
d’un préjugé favorable qui persiste dans le
permet de présenter leurs droits à près
temps, par exemple l’image du «  bon élève
de 30 000  enfants chaque année dans les
‘asiatique’  » à qui l’on prête, notamment en
classes et établissements spécialisés151
mathématiques, des qualités particulières
L’impact de l’origine «  ethno-raciale  » est alors que d’autres enfants sont, à l’inverse,
quant à elle plus rarement étudiée alors l’objet d’une mise à distance et de jugements
que le sentiment de discrimination est fort plus négatifs.

De nombreux élèves sont victimes de préjugés à l’école. Quand on est victime


de préjugés à l’école, cela peut provoquer beaucoup de choses, comme des
décrochages scolaires ou un manque de confiance en soi. Ce que je ferai
c’est en parler, car souvent les gens qui jugent c’est souvent des personnes qui
ont peur de l’inconnu. (…) L’Education nationale devrait former les enseignants
à accepter les choses telles qu’elles sont.
Peterson, 18 ans,
Propos recueillis dans le cadre du projet “Parlons Jeunes”

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Face à ces constats, le Défenseur des droits de traitement dans et par l’école, mais déjà
regrette que les futurs enseignants, conseil- comme thème d’enseignement »156.
lers principaux d’éducation et conseillers
Il n’est pas étonnant dès lors qu’une partie
d’orientation-psychologues soient rarement
importante de ces jeunes rejette l’institution
formés contre les stéréotypes et discrimi-
scolaire.
nations. A ce titre, l’étude « Former et ensei-
gner sur la (non)-discrimination à l’école ? Or, si l’ambition de l’Education nationale est
Un enjeu politique incertain  » financée par d’offrir à toutes et à tous une égalité devant,
le Défenseur des droits et l’ARDIS montre dans et par l’école, il est nécessaire de former
que «  La question de la discrimination est tous les acteurs de l’Ecole pour mettre fin
quasi absente de la formation [dispensée aux biais d’orientation qui conduisent à des
dans les écoles supérieures du professorat parcours scolaires différenciés selon l’ori-
et de l’éducation], non seulement en tant que gine sociale, l’origine ethnique et le sexe des
paradigme invitant à réfléchir les inégalités élèves.

Les principes de non-discrimination et d’égalité des chances


devraient être inclus dans la formation initiale et continue des enseignants […].
Les institutions européennes et les États parties devraient veiller à ce que les
programmes de formation des enseignants soient conçus et développés
en tenant compte de tous les principes d’égalité des chances et en évitant
toutes éventuelles pratiques discriminatoires

Extrait de l’article 11 de la déclaration sur « l’égalité des chances pour tous les enfants
dans l’éducation » des membres du réseau européen des ombudsmans pour enfants
(ENOC)

Sur l’orientation des élèves, le Haut Conseil «  rendent ouvertes et accessibles à tout
de l’Education souligne que «  l’institution enfant l’information et l’orientation scolaires
scolaire a encore des progrès à faire pour et professionnelles ». Par conséquent, il est
que les décisions d’orientation encouragent, important de suggérer des possibilités aux
lorsqu’elles sont légitimes, les ambitions élèves au lieu de se contenter de répondre
des élèves des milieux les moins favorisés, à l’expression de la prime demande. Un tel
les moins diplômés, et aussi les moins travail d’information et d’accompagnement
informés  »157. Le Défenseur des droits fait permettra d’éviter plusieurs écueils  : d’une
donc sienne la recommandation formulée part, l’autocensure de certaines familles
par la mission d’information du Sénat sur et, d’autre part, la prégnance des différents
l’orientation scolaire visant à renforcer stéréotypes, notamment sexués. De façon
l’accompagnement des élèves et des plus générale, cet effort d’accompagnement
familles158 d’autant que le droit au conseil en permettra également de rendre intelligible
orientation et à l’information fait partie du l’organisation du système éducatif, souvent
droit de l’enfant à l’éducation. La CIDE précise méconnue des parents d’élèves, particuliè-
en son article  28 d) que les Etats parties rement des plus défavorisés.

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Recommandation 21

Le Défenseur des droits recommande au ministère de l’Education nationale de systématiser


la formation aux stéréotypes et aux discriminations dans la formation initiale et continue des
acteurs de l’école et notamment des enseignants.
Il recommande également de donner aux élèves et à leurs familles les moyens de faire des
choix éclairés et informés, en luttant contre le défaut d’information, l’autocensure et les
stéréotypes, dans le cadre des orientations scolaires.

Enfin, l’orientation des élèves est forte- du niveau CAP-BEP au niveau bac + 2 et la
ment conditionnée par la structure de l’offre mobilité des élèves n’est pas toujours encou-
éducative très disparate sur le territoire159. En ragée et facilitée par les familles. De plus,
effet, selon la région où l’élève habite, il n’aura comme le souligne la mission d’informa-
pas les mêmes possibilités d’orientation et de tion du Sénat sur l’orientation scolaire « les
formation. L’enseignement professionnel de procédures d’affectation tendent parfois
niveau CAP-BEP prédomine dans les régions à démentir les décisions d’orientation, en
où les classes populaires sont majoritaires particulier dans la voie professionnell  : des
alors que l’enseignement général et techno- élèves souhaitant une spécialité précise
logique prédomine dans les régions où les peuvent ainsi se voir affectés contre leur gré
milieux favorisés sont très représentés. Si dans une autre formation »160. Le nombre de
l’offre répond à la demande de beaucoup places disponibles par filière fait donc égale-
d’élèves, elle contribue également à struc- ment partie des contraintes qui pèsent sur
turer cette demande et par conséquent à l’orientation des élèves.
entretenir la spirale des inégalités. Toutes les
Par conséquent, à l’issue de la troisième,
spécialités d’une voie de formation n’étant
orientation rime trop souvent avec sanction
pas proposées dans chaque établissement,
et provoque un sentiment d’injustice chez de
le choix semble quelque peu imposé aux
nombreux élèves  : «  ils sont quatre sur dix
élèves en fonction de l’offre de formation de
environ à considérer que leur orientation a
leur lycée de proximité.
été plus subie que voulue  »161. Ces orienta-
Les possibilités de poursuite d’études dans tions contraintes engendrent souvent par la
une même spécialité sont, elles aussi, très suite une rupture du parcours scolaire. 37 %
diverses  : les établissements n’offrent pas des élèves «  décrocheurs  » déclarent des
toujours des filières complètes de formation, refus de leurs vœux d’orientation162.

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III. Le combat contre


le décrochage scolaire
D’autres facteurs externes, que ceux liés aux Face à ce phénomène massif, de nombreuses
mécanismes d’orientations, peuvent venir actions ont été entreprises par l’Education
expliquer le décrochage scolaire d’un élève nationale mais aussi par d’autres acteurs
tels que l’offre de formation sur le territoire, notamment en matière de remédiation. A cet
les conditions économiques et sociales, la égard, les classes relais (créées en 1998) et
santé et l’environnement familial. les ateliers relais (créés en 2002) permettent
un accueil temporaire adapté des collégiens,
Selon le rapport de l’OCDE de juillet 2015163,
éventuellement des lycéens, entrés dans un
chaque année, près de 140.000 jeunes, qu’on
processus de rejet de l’institution scolaire
appelle « décrocheurs », sortent du système
qui peut se traduire par des manquements
scolaire sans diplôme164. L’étude de l’INSEE
graves et répétés au règlement intérieur,
confirme que les risques de décrochage ne
un absentéisme chronique non justifié, une
sont pas les mêmes selon le milieu social,
démotivation profonde dans les apprentis-
les aspirations du jeune et de sa famille165.
sages, voire une déscolarisation167.
Ce phénomène touche davantage les élèves
issus de familles défavorisées et notam- Ces dispositifs relais s’appuient sur un
ment les garçons. Plus de la moitié des encadrement éducatif, scolaire et périsco-
décrocheurs sont des enfants d’ouvriers laire renforcé, et visent un réinvestissement
alors que les décrocheurs de familles des apprentissages ainsi qu’une appropria-
aisées sont rares  : seulement 5 % d’entre tion des règles de vie sociale et scolaire pour
eux ont des parents cadres et 60 % ont des un retour en formation de droit commun. En
revenus jugés insuffisants par leurs familles ce sens, ces dispositifs participent à l’objectif
pour poursuivre des études. Les ambitions d’inclusion de l’ensemble des élèves dans
scolaires sont également plus limitées : seul l’école de la République. Cela dit, il est regret-
un tiers des décrocheurs vit dans une famille table que les 16-18 ans en soient exclus.
qui avait pour ambition de mener le jeune au Rappelons ici que, quelle que soit la situa-
moins jusqu’au baccalauréat. Certains sont tion du jeune, ce n’est pas parce que l’âge de
davantage exposés compte-tenu de leurs l’obligation scolaire est atteint qu’il n’y a plus
caractéristiques, et notamment les jeunes d’intérêt à ce qu’il soit formé y compris au
des départements d’Outre-Mer, des zones sein de l’école dans des apprentissages dits
d’éducation prioritaire, des zones très rurales. « classiques ».
La jeunesse ultramarine, qui représente 5 % Les services de l’Education nationale ont
de l’ensemble de la jeunesse française entre indiqué au Défenseur des droits qu’en
15 et 24 ans est particulièrement touchée  : moyenne les élèves restaient en classe relais
un quart des jeunes Martiniquais, Guadelou- entre 3 à 4 mois. Ils ont également précisé
péens et Réunionnais de 20 à 24 ans ayant que dans 75 % des cas, le retour de l’élève
quitté le système scolaire n’avaient atteint se fait dans le même établissement168. Or, le
que le niveau du primaire, contre 14 % en Défenseur des droits souligne que lorsque le
métropole166. retour se fait au sein du même établissement,
des difficultés peuvent subsister eu égard à

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l’image du jeune vis-à-vis de l’équipe éduca- avec tous les professionnels concernés  :
tive. Il est donc important que cette dernière enseignants, coordonnateurs des réseaux
puisse faire évoluer la représentation qu’elle (en éducation prioritaire), éducateurs, anima-
s’est faite de lui afin qu’il ne soit pas pris en teurs, travailleurs sociaux, psychologues. De
charge dans les mêmes conditions qu’avant sérieuses réserves sont néanmoins émises
son passage dans le dispositif relais et qu’elle sur le PRE. Un récent rapport réalisé par l’Ins-
puisse être accompagnée dans le cadre de titut des politiques publiques/Ecole d’éco-
son retour. nomie de Paris indique ainsi qu’«  Il n’existe
pas, dans nos données, d’indice permet-
Le ministère a également signalé au Défen-
tant de démontrer que les Programmes de
seur des droits que 55 % de jeunes qui ont été
Réussite Educative (PRE) ont, en moyenne,
orientés dans des classes relais fréquentent
fait progresser, sur le plan cognitif et non-co-
toujours l’école un an après la fin du passage
gnitif, les enfants bénéficiaires davantage
dans ce dispositif. Si ce chiffre est encoura-
que des enfants non-bénéficiaires aux diffi-
geant, les 45 % de jeunes restants qui ont
cultés de départ très comparables ». Les PRE
tout de même abandonné l’école ne manque
touchent 100 000 jeunes pour un budget de
pas d’interroger l’efficacité du dispositif. Il a
100 millions d’euros.
pu être précisé au Défenseur des droits que
la Direction de l’évaluation, de la prospective Depuis 10 ans, de nombreux rapports, études,
et de la performance était chargée de réaliser colloques se sont succédés et de multiples
une étude de cohorte sur les dispositifs relais préconisations ont été faites. En juin 2013,
dont les chiffres seront connus en 2017/2018. l’Inspection générale de l’Éducation natio-
Il sera particulièrement attentif à celle-ci nale en dénombrait 165 dans le champ des
et aux recommandations qui pourront être politiques publiques et se posait la question
formulées. de « l’utilité de ces préconisations, qui se font
écho d’un rapport à l’autre, sans que l’école et
Comme le relève l’Inspection générale de
son fonctionnement en soient véritablement
l’Education nationale (IGEN), jusqu’à récem-
modifiés. Face à une telle abondance de
ment, les réponses proposées ont générale-
publications, […] la question n’est plus pour
ment consisté à externaliser la prise en charge
l’école de lancer des recherches mais de tirer
des décrochés dans des dispositifs dépen-
de ce qui est désormais connu des ensei-
dants de financements non pérennes et la
gnements pour engager des actions »170.
prévention des sorties précoces du système
scolaire, dans le cadre des établissements, est En ce sens, le gouvernement a réalisé une
aujourd’hui une priorité169. Dans ce domaine, évaluation partenariale de la politique de
les Programmes de Réussite Educative lutte contre le décrochage scolaire ayant
(PRE), déjà évoqués, constituent un dispositif abouti à 5 constats principaux : 1) Le décro-
intéressant. Créés en 2005 par le ministère de chage scolaire est un processus multifacto-
la Ville et gérés par l’ACSé, maintenant CGET, riel complexe ; 2) La mesure du décrochage
ces programmes sont destinés à des enfants scolaire est perfectible ; 3) La politique de
de 2 à 16 ans résidant prioritairement dans les lutte contre le décrochage scolaire est en
quartiers de la politique de la ville et présen- construction et centrée aujourd’hui sur la
tant des signes de fragilité et/ou ne bénéfi- remédiation et l’intervention ; 4) Les moyens
ciant pas d’un environnement social, familial consacrés à la politique sont relativement
et culturel favorable à leur développement modestes, quoi que difficiles à évaluer ; 5) Le
harmonieux. Le PRE implique un suivi indivi- pilotage de la politique reste embryonnaire et
dualisé, en accord avec la famille et en relation inégal selon les territoires171.

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A l’issue de cette évaluation, le gouver- Il est à ce jour trop tôt pour mesurer l’effi-
nement a présenté en novembre 2014 un cacité de ce plan mais le Défenseur des
nouveau plan de lutte contre le décro- droits se montrera attentif aux évaluations
chage scolaire. Ce plan fait écho à l’objectif réalisées. Cette vigilance fait ici écho aux
annoncé par le Président de la République de recommandations du Comité des droits de
diviser par deux au cours de sa mandature le l’enfant qui presse la France de « continuer
nombre de décrocheurs et s’inscrit dans un de renforcer les mesures visant à réduire les
contexte européen. La réduction du taux du taux d’abandon scolaire  » et de de réinté-
décrochage scolaire dans les Etats membres grer ces enfants qui ont quitté l’école sans
de l’Union européenne est en effet l’un des diplôme dans des systèmes scolaires et de
cinq axes définis dans la « stratégie Europe formation afin qu’ils puissent acquérir des
2020  » pour une économie durable, intelli- compétences et des aptitudes essentielles
gente et inclusive. pour la vie quotidienne172.

Les Etats devraient mettre en place des mesures visant à réduire le décrochage
scolaire et augmenter l’accès à diverses formes d’enseignement post-obligatoire.
En particulier, les Etats devraient prendre des mesures flexibles de soutien afin
de prévenir les abandons de l’enseignement obligatoire, mais aussi développer
de plus nombreux et de meilleurs programmes de «  deuxième chance  » afin
d’augmenter les chances des groupes les plus vulnérables.

Extrait de l’article  5 de la déclaration sur «  l’égalité des chances pour tous les enfants
dans l’éducation » des membres du réseau européen des ombudsmans pour enfants (ENOC)

Recommandation 22

Le Défenseur des droits réitère ses préconisations au Comité des droits de l’enfant de l’ONU
en février 2015 et recommande de prendre les mesures suivantes :
• améliorer la précision des statistiques concernant les élèves en rupture avec l’école ;
• allouer les moyens suffisants à l’école et au secteur associatif pour la mise en œuvre des
mesures prises pour lutter contre les inégalités et le décrochage scolaires et évaluer leur
efficacité ;
• recenser, évaluer et proposer de bonnes pratiques en matière de lutte contre les difficultés
scolaires et le décrochage, et de soutien aux élèves en termes de remédiation éducative et
de restauration de l’image de soi.

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IV. Le droit à l’éducation


hors obligation scolaire
Bénéficier d’un parcours scolaire complet n’est nullement garanti étant donnés les
mécanismes de reproduction sociale et les inégalités territoriales. Dès qu’on échappe à
l’obligation scolaire, entre 6 et 16 ans, le droit à l’éducation est encore davantage fragilisé.
Des dispositifs sont développés dès l’école maternelle pour pallier les inégalités de réussite
ainsi que dans l’enseignement supérieur pour éviter les ruptures de parcours et favoriser la
poursuite d’études.

A. La maternelle
Dès les années 1970, l’école maternelle a moins de trois ans afin de lutter contre la
été appréhendée comme permettant de reproduction des inégalités et favoriser la
prévenir les difficultés scolaires, dépister réussite scolaire des enfants résidant dans
les handicaps et compenser les inégalités les quartiers prioritaires de la politique de la
comme l’indique l’Article 2 de la loi n° 75-620 ville, en Outre-Mer et dans les zones rurales
du 11 juillet 1975 relative à l’éducation, dite loi et de montagne.
Haby. Afin de répondre plus particulièrement
Cette orientation politique prend appui sur
à cette préoccupation de compensation des
les résultats des nombreuses recherches
inégalités dans un contexte d’échec scolaire,
qui montrent que les inégalités des condi-
la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet
tions de vie interfèrent très tôt, notamment
1989 a consacré un droit à la scolarisation
au niveau du maniement de la langue176, et
pour tout enfant dès l’âge de trois ans et a
que ces difficultés, lorsqu’elles s’installent,
étendu celui-ci aux enfants de deux ans
sont source d’échec scolaire. En stimulant
vivant dans un milieu social défavorisé dans
précocement les capacités linguistiques,
un objectif préventif173.
physiques et intellectuelles des enfants,
Si le mouvement de préscolarisation a alors et en les initiant à la vie en commun, la
sensiblement progressé, le nombre d’enfants scolarisation précoce constitue donc un
de deux ans scolarisés n’a cessé de décroître levier important pour favoriser l’égalité des
au tournant des années 2000, passant de chances et prévenir l’échec scolaire. Le plan
35 % en 2000 à près de 12 % seulement en pluriannuel 2015-2017 de lutte contre la
2015, en raison du changement des politiques pauvreté et pour l’inclusion sociale va dans
publiques dans ce domaine174. Le développe- le même sens en soulignant que la scolari-
ment de l’accueil en école maternelle des sation précoce constitue un moyen efficace
enfants de moins de trois ans a néanmoins pour lutter contre la reproduction des inéga-
été relancé en 2012 par voie de circulaire175. lités sociales.
Mais c’est surtout la loi sur la refondation de
Tout en saluant l’objectif de développement
l’école du 8 juillet 2013 qui a réaffirmé le rôle
de la préscolarisation, en priorité dans les
déterminant de l’école maternelle et entendu
écoles situées dans un environnement social
développer la scolarisation des enfants de
défavorisé, le Défenseur des droits convient

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de souligner que la scolarisation précoce ne pas favorisé la légitimité de la scolarisation


pourra démontrer pleinement son efficacité précoce et la confiance des parents. Ceci
que dans le cadre d’une politique publique semble d’autant plus envisageable que les
pérenne et de long terme. Il insiste donc sur critiques des années 2000 quant aux classes
la nécessaire continuité de l’appui politique surchargées, aux enseignants mal formés
apporté au dispositif, relancé depuis 2012, et aux rythmes inadaptés sont aujourd’hui
quelles que soient les éventuelles alternances moins importantes. Aujourd’hui un relatif
politiques ou changement d’équipe. Les allers consensus a été atteint  : l’école avant trois
et retours qui ont marqué cette politique ont ans doit être adaptée et surtout ciblée.
contribué au recul de l’information et n’ont

Les institutions européennes et les États parties doivent activement étendre


la scolarisation précoce aux enfants les plus défavorisés. Les États devraient
adopter les mécanismes nécessaires pour développer la scolarisation précoce
et fournir un meilleur accès aux enfants les plus dans le besoin, avec une
attention particulière aux enfants dont les parents sont au chômage, les
enfants des nouveaux arrivants, les enfants roms et les enfants d’autres
minorités ethniques.

Extrait de l’article 3 de la déclaration sur « l’égalité des chances pour tous les enfants
dans l’éducation » des membres du réseau européen des ombudsmans pour enfants
(ENOC)

Les très jeunes enfants ont en effet des pour le 1er degré, puisque les ATSEM sont
besoins spécifiques qui nécessitent une recrutés et rémunérés par les communes,
formation particulière des enseignants. Le ce qui peut représenter une charge impor-
ministère a donc mis en place, dans le cadre tante pour les municipalités178, à la diffé-
de la relance du dispositif, « des formations rence des enseignants qui sont rémunérés
communes pluri-catégorielles  » associant par le ministère de l’Education nationale. Le
professeurs des écoles, Assistants Terri- matériel spécifique et la question des locaux
toriaux Spécialisés des Ecoles Maternelles adaptés s’ajoutent par ailleurs aux salaires.
(ATSEM) et parfois des éducateurs de La question du financement local des
jeunes enfants dans l’objectif de permettre dispositifs pose question au vu des marges
aux personnels « de maîtriser les connais- de manœuvre actuelles des communes,
sances, compétences et gestes profession- notamment celles relevant de territoires
nels spécifiques à l’accueil et à la scolarisa- politique de la ville ou ruraux. Si certains
tion des très jeunes enfants en ménageant départements, comme l’Oise, proposent
un dialogue confiant avec les parents »177. des aides à la préscolarisation en zones
rurales, notamment pour la rémunération
Cependant, le financement d’une telle poli-
des ATSEM179, toutes les communes ne sont
tique pèse sur les communes, compétentes
pas aidées et compte tenu des baisses de

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dotation annoncées ainsi que des inéga- davantage tournées vers la scolarisation
lités de ressources entre elles, le Défenseur dès 3 ans qui fait déjà défaut. Cette scola-
des droits signale que le déploiement du risation à 2 ans serait pourtant nécessaire
dispositif pourrait souffrir des arbitrages qui eu égard à l’important échec scolaire et la
s’imposeront aux collectivités territoriales. maîtrise très relative de la langue française
Cette question est d’autant plus vraie pour notamment écrite des habitants de certains
les petites communes en milieu rural qui territoires ultramarins. Comme on l’a vu plus
ne peuvent par ailleurs assurer la présco- haut, le Défenseur des droits recommande
larisation, voire l’ensemble de la scolarisa- de renforcer les investissements pour
tion en maternelle et primaire, qu’au prix développer la scolarisation précoce, et plus
de regroupement d’écoles et de classes globalement la scolarisation en maternelle
multi-niveaux. s’agissant des territoires ultra-marins.
Par ailleurs, les importantes mesures prises Enfin, il peut être relevé que les parents
par le ministère pour renforcer le nombre sont relativement réticents à inscrire leur
de personnel180, leur formation et aménager très jeune enfant à l’école surtout si l’un
les classes des moins de trois ans sont à des parents est au chômage ou inactif,
souligner mais force est de constater qu’un et plus particulièrement la mère181. Il est
investissement plus important serait capital donc nécessaire de convaincre les parents
en Outre-Mer et notamment en Guyane des cercles vertueux de scolarisation en
et à Mayotte où les politiques locales sont maternelle.

Le point sur :

Un « lieu passerelle » de favoriser ainsi la transition maternelle/


élémentaire.
pour les familles L’objectif de cet espace est de bâtir «  une
alliance éducative tripartite, enseignants-pa-
au sein de la rents-politique de la ville  ». L’Association

maternelle
des collectifs, enfants, parents, profession-
182
nels (ACEPP) s’en est vu confier de façon
contractuelle la conception, l’organisa-
Cette initiative a été engagée depuis sept ans tion et l’animation. L’espace est agencé en
déjà dans une école maternelle en éducation deux zones, celle des parents, souvent des
prioritaire de la banlieue lyonnaise, une école mamans, et une sorte de mini-crèche pour
qui subissait une très mauvaise réputation et les tout-petits ainsi que pour les nourrissons
faisait l’objet de nombreuses demandes de a été créée afin d’apporter aux parents une
dérogations à la carte scolaire. certaine sérénité lors des échanges.
À la demande de la directrice et des familles Lors de l’année scolaire, près des trois quarts
et avec le soutien de l’Acsé devenue CGET, des parents participent au moins une fois à
un espace dédié aux parents a été ouvert ce dispositif qui, au-delà des enjeux de scola-
dans l’école maternelle : le lieu passerelle183. risation, est vecteur de lien social au sein
Ce lieu a été créé pour accueillir les parents d’un quartier. Il s’agit aussi de neutraliser le
d’enfants déjà présents au sein l’école mais déchirement que constitue parfois la sépara-
aussi d’enfants non encore scolarisés. Au vu tion mère/père-enfant lors de la première
de son succès, il a été décidé d’ouvrir égale- rentrée. L’enfant connaît déjà l’établissement
ment ce lieu aux parents d’enfants de CP afin et la mère comme le père peut échanger lors

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de réunions hebdomadaires avec d’autres une bonne réputation et ne connaît plus


parents qui ont vécu la même situation. aucune demande de dérogation, la confiance
avec les parents et les enfants est bien
Cela permet également aux parents de créer
meilleure. Afin d’aller encore plus loin, l’équipe
une relation de confiance avec le personnel
de professionnels s’intéresse maintenant à
enseignant, ce lien reste d’autant plus à
l’implication des agents territoriaux spécia-
construire quand les parents ont eux-mêmes
lisés de l’école maternelle (ATSEM) et au
un rapport compliqué à l’Ecole. L’ACEPP
rapprochement des familles allophones.
propose pour cela des modules de forma-
Cependant, les financements ont toujours
tions aux professionnels de l’Education qui
été fragiles et avec la disparition des finan-
peuvent également être amené à fréquenter
cements expérimentaux de la CAF disparais-
la structure.
sant en cette rentrée 2016, le devenir de ce
Les résultats de cette expérience isolée lieu passerelle est incertain.
semblent très positifs  : l’école à aujourd’hui

Pour ce faire, il convient de prendre en nale renforce son partenariat avec la Caisse
compte les réalités concrètes vécues par Nationale d’Allocations Familiales (CNAF),
les familles. Ainsi, les horaires de classe, acteur majeur de la politique familiale, dans
adaptés au rythme des enfants de deux ans, la continuité des annonces communes du
ne correspondent pas aux horaires de travail. 7 juillet 2016 du ministère de l’Education
Les familles doivent donc parfois prévoir un nationale et du ministère de la Famille, de
deuxième mode de garde, ce qui constitue l’Enfance et du Droit des femmes184.
un frein sérieux à l’extension de la scolarisa-
Plus largement, il est attendu une meilleure
tion précoce chez les familles défavorisées
coordination des acteurs de cette politique,
qui sont précisément ciblées. A cet égard,
caractérisée, comme le souligne la Cour des
la création de structures d’accueil mixtes
comptes par « l’éclatement des compétences
ou structures partagées regroupant mater-
entre la CAF, le département et le niveau
nelle, crèche, maison des assistantes mater-
communal en matière d’initiative, d’autori-
nelles permettrait de lever ce frein tout en
sations, d’agréments et de financement des
partageant les coûts et en assouplissant le
projets  »185. Selon la Cour des comptes, il
parcours du jeune enfant.
serait préférable que cette coordination soit
Avant tout, le Défenseur des droits rappelle confiée aux intercommunalités et que les
la nécessité d’informer les familles de l’exis- départements soient notamment sollicités
tence du dispositif et de son adaptation aux pour évaluer les besoins et l’offre d’accueil
jeunes enfants. Pour ce faire, il est néces- encore trop peu connus.
saire que le ministère de l’Education natio-

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B. L’enseignement supérieur
L’enseignement supérieur, dernier échelon de la vigne), Agen, Périgueux, Dax (Institut
du système éducatif, est l’aboutissement du thermalisme) et Bayonne186. De façon
d’un parcours marqué par des inégalités générale, aujourd’hui « aucun point du terri-
sociales et territoriales. Bien que l’accès toire continental ne se trouve à plus de 30
aux études supérieures se soit largement kilomètres d’une infrastructure d’enseigne-
démocratisé, la réussite et l’insertion profes- ment supérieur »187.
sionnelle demeurent trop souvent réservées
La création des antennes dans des villes
à ceux qui ont bénéficié dès leur plus jeune
moyennes a permis une importante « démo-
âge d’un environnement social et culturel
cratisation sociale  »188 de l’enseignement
favorable. Afin de favoriser la poursuite et
supérieur car les sites délocalisés comptent
la réussite des études supérieures de tous
beaucoup plus d’étudiants boursiers. Les
conformément à l’article  28 c de la CIDE
catégories sociales les moins favorisées vont
qui précise que les Etats parties « assurent
en effet s’inscrire dans les établissements
à tous l’accès à l’enseignement supérieur,
universitaires les plus proches pour des
en fonction des capacités de chacun, par
raisons financières évidentes. C’est ce que
tous les moyens appropriés », de nombreux
l’on appelle « l’effet de site » ou « l’effet d’éta-
dispositifs ont été développés.
blissement »189. Ainsi, si l’on peut bien parler
d’une démocratisation de l’enseignement
L’orientation post-bac supérieur, certains chercheurs parlent eux
Tout comme l’orientation à l’issue de la classe d’une « démocratisation ségrégative ».190
de troisième, l’orientation post-bac peut elle Cette «  démocratisation ségrégative  » se
aussi être sinon subie du moins largement reflète également à l’intérieur de l’univer-
conditionnée. En effet, l’offre de formation sité. En effet, certaines filières concentrent
territoriale limitée, la série du baccalauréat beaucoup de bacheliers issus des milieux
mais aussi l’autocensure peuvent influencer populaires. La filière « Administration écono-
le parcours et ce d’autant plus pour les mique et sociale » (AES) par exemple compte
jeunes issus de milieux défavorisés. Il existe le plus de «  bacheliers d’origine populaire
également une forte reproduction sociale. A dont les parents n’ont pas fréquenté l’ensei-
cet égard, l’exemple de l’université française gnement supérieur191  » et le plus de bache-
est frappant tant les écarts entre les classes liers professionnels (9 %) et technologiques
sociales y sont patents. (32 %). A l’inverse, les catégories favorisées,
Depuis les années 1960, le réseau de l’ensei- qui ont une meilleure connaissance des titres
gnement supérieur a été densifié afin de universitaires, vont souvent éviter cette filière
répondre à un objectif de massification de pour intégrer des filières plus « élitistes ».
l’enseignement supérieur. Cela a notamment La filière AES, choisie souvent par défaut par
été rendu possible par la ramification des les élèves issus des filières professionnelles
grandes universités françaises en différents et techniques, est aussi celle qui compte le
campus dans des villes à moindre échelle. plus d’abandons à la fin de la première année
Pour exemple, l’Université de Bordeaux d’études et d’étudiants sortant de l’ensei-
compte 4 campus dans la ville même ainsi gnement supérieur sans aucun diplôme. De
que des antennes parfois spécialisées à façon plus générale, la poursuite d’études des
Villenave d’Ornon (Institut des sciences bacheliers professionnels est une probléma-

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tique non suffisamment prise en compte identique à celui observé lors de l’orientation
par le ministère de l’Education nationale en fin de troisième conditionnée par l’offre
comme le relève Bruno Magliulo, inspecteur territoriale de formation.
d’académie honoraire192 alors que les jeunes
Au final, bien que le maillage de l’éducation
lycéens de filière professionnelle sont forte-
supérieure se soit très largement densifié,
ment incités à poursuivre leurs études par les
il existe toujours des disparités entre les
autorités ministérielles et leurs relais officiels
zones géographiques. Les étudiants d’ori-
– la France ayant adhéré à l’objectif européen
gine défavorisée vont se concentrer dans les
de tendre progressivement vers 50 % d’une
établissements universitaires de secteur qui
tranche d’âge diplômée de l’enseignement
comptent le plus d’élèves d’origine populaire
supérieur.
et qui proposent davantage de formations
Cette ségrégation est également observée courtes et professionnalisantes.
hors système universitaire. Les enfants de
cadres ne représentent que 4 % des élèves Les aides financières directes
dans les études de techniciens supérieurs pour favoriser les études supérieures
contre 52 % en CPGE (classe préparatoire
aux grandes écoles) et 80 % en grandes Le système des bourses sur critères sociaux
écoles193. Ce différentiel dans le choix des est une mesure clé. Créées par un décret le 9
études supérieures entre les jeunes favorisés janvier 1925, les bourses permettent chaque
et défavorisés s’explique par des différences année aux étudiants les plus modestes
de réussite dont nous avons déjà parlé mais d’entreprendre ou de poursuivre des études
également par une autocensure importante supérieures. Ainsi, sur les 2 510 800 étudiants
qui peut s’expliquer par « l’effet d’établisse- recensés à la rentrée 2015, 660 000 bénéfi-
ment» qui impacte énormément l’ambition ciaient d’une bourse soit 1 étudiant sur 4195.
des élèves. Les bourses sont attribuées pour dix mois
De plus, dans les petites régions, c’est-à-dire en fonction des ressources et charges des
les moins compétitives et ne comptant pas parents appréciées selon un barème national
ou peu de pôle de recherche et de dévelop- et de deux critères d’attribution  : l’éloigne-
pement, on relève une prédominance des ment entre le domicile et le lieu d’études et
filières courtes et professionnalisantes le nombre d’enfants à charge du foyer fiscal
parmi les formations proposées. A l’inverse, de référence. Le montant varie quant à lui en
les pôles de compétitivité des grandes fonction de l’échelon attribué. La réforme des
régions comptent davantage de filières bourses sur critères sociaux mise en œuvre
longues avec des spécialités variées194. Ainsi, en 2013 et 2014 a en effet permis la création
il semble que l’offre de formation se calque d’un nouvel échelon de bourse «  0  bis  »
sur la composition socio-économique des de 1 000 euros par an attribué à 132 500
régions, une forte proportion d’ouvriers et étudiants issus des classes moyennes et la
de bacs technologiques dans les petites revalorisation de 15 %196 des bourses des 30
régions et une présence plus marquée de 000 étudiants issus des familles aux revenus
baccalauréats généraux ainsi que de catégo- les plus faibles avec la création de l’échelon
ries sociales supérieures et intermédiaires 7. Désormais, à l’échelon 0  bis le montant
dans les grandes régions. Il s’agit donc d’une mensuel de la bourse est de 100,9 euros et
forme d’orientation contrainte car les forma- à l’échelon 7 le montant mensuel s’élève à
tions proposées viennent renforcer le déter- 555,1 euros197.
minisme social induit par le profil socio-éco- Si le Défenseur des droits ne peut que saluer
nomique de la région. Ce phénomène est l’augmentation du budget dédié à la vie

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étudiante et notamment la hausse de 10 % sur les revenus des parents de l’année n-2.
du budget des bourses sur critères sociaux en Compte tenu de la dégradation de la situa-
deux ans, force est de constater que le montant tion financière de ses parents, Thomas a
de cette aide directe de l’État est largement donc sollicité un réexamen de son dossier
insuffisante pour financer à elle seule le coût en demandant la prise en compte, à titre
global de l’éducation des étudiants les plus dérogatoire, des revenus perçus par ses
modestes. Ainsi, 58 % d’élèves boursiers ont parents l’année précédente en vertu de
déjà dû se restreindre et 55 % ont déjà dû l’article 1.2.1 de l’annexe 3 de la circulaire du
piocher dans les économies. De plus, 63 % 22 juin 2012 relative aux modalités d’attri-
de ces mêmes étudiants boursiers s’estiment butions des bourses, alors applicable. Cette
au moins moyennement en difficulté finan- dernière prévoit que les revenus de l’année
cière et 48 % d’entre eux exercent une activité civile écoulée, voire ceux de l’année civile en
rémunérée en plus de leurs études car cela cours, peuvent être retenus dans le cas d’une
leur est indispensable pour vivre198. En ce diminution durable et notable des ressources
sens, le système de bourses n’opère plus de familiales. En dépit de cette disposition, le
rééquilibrage social et semble aujourd’hui CROUS a maintenu son refus. Thomas a
inadapté, comme le relève la vice-présidente donc décidé de saisir le Défenseur des droits
de l’UNEF (syndicat étudiant majoritaire dans qui, au terme d’une médiation, a réussi à
l’enseignement supérieur en France)199. faire valoir ses droits. Thomas s’est ainsi vu
octroyer une bourse d’un montant de 4 697€.
En outre, de nombreuses bourses co-existent
et se superposent  : bourses sur critères
sociaux et universitaires, bourses de mérite Les aides en nature
et de mobilité, bourse d’allocations d’études, En dehors des aides financières directes,
aide d’urgence ponctuelle du CROUS200, l’hébergement constitue une autre mesure
prêts d’honneur etc. Cet empilement de phare pour favoriser la poursuite des études
mesures rend le système des aides sociales des plus modestes qui vivent loin de leur
aux étudiants trop complexe et peu lisible, établissement. Crées après la première
surtout pour les étudiants les plus défavo- guerre mondiale, les logements universi-
risés. Aussi, le Défenseur des droits constate taires accueillent plus de 279 000 étudiants
qu’en dépit des prescriptions ministérielles, soit 11 % des étudiants201 néanmoins, l’offre
des dysfonctionnements peuvent persister reste bien inférieure à la demande. Tout
au niveau local. comme les bourses, les logements étudiants
sont attribués sur critères sociaux.
Suite Il existe aujourd’hui 709 résidences univer-
sitaires réparties sur l’ensemble du territoire
à la récente métropolitain et ultra-marin à l’exception de

perte d’emploi Mayotte. L’absence de résidence univer-


sitaire sur ce territoire est d’autant plus

de ses parents, préjudiciable que le temps de trajet jusqu’au


centre universitaire de Mayotte à Dembéni
peut être long pour les étudiants qui vivent
Thomas a sollicité une bourse sur critère
dans les villes les plus excentrées, ce qui
social auprès du CROUS mais cette dernière
peut constituer un réel frein à la poursuite
a été refusée compte tenu des modalités
d’études supérieures tout comme l’offre de
d’attribution des bourses sur critères
formation limitée dans les départements
sociaux – ces dernières étant calculées
d’Outre-Mer.

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Ainsi, le Défenseur des droits recommande amenés à choisir leur orientation en fonction
de construire des cités universitaires dans des accompagnements proposés par les
les DOM qui en ont besoin, notamment à différents établissements, et non selon leurs
Mayotte. appétences et capacités. Plusieurs réclama-
tions adressées au Défenseur des droits font
Le départ vers la métropole est bien souvent
état de difficultés rencontrées par des jeunes
inévitable, notamment à Mayotte, dont le
handicapés qui souhaitent suivre un cursus
centre universitaire propose un choix de
universitaire. Il ressort des enquêtes menées
formation limité et uniquement au niveau
que le dispositif des «  accompagnants des
«  licence  ». En outre, ce centre universi-
élèves en situation de handicap  », prévus
taire a une capacité d’accueil inferieure à la
par la loi et mis en place dans le primaire et
demande.
le secondaire, n’est pas maintenu à l’univer-
A cet égard, le dispositif « passeports mobilité sité. Seules les études, telles que le BTS ou
études  » géré par l’agence de l’Outre-Mer les classes préparatoires, qui se déroulent
pour la mobilité (ADOM) constitue un levier dans un lycée, donnent lieu au maintien de
important pour les étudiants qui ne peuvent cet accompagnement. Or, à défaut d’une telle
accomplir leur cycle universitaire sur leur aide, certains étudiants handicapés sont dans
territoire ultra-marin, soit en raison de l’incapacité de poursuivre leurs études univer-
l’inexistence de la filière, soit en raison de sitaires. Ce phénomène « émergent » pourrait
la saturation de la spécialité. Ce dispositif s’amplifier dans les prochaines années dans
ouvre droit, sous condition de ressources, à la mesure où le nombre d’étudiants handi-
une prise en charge du coût du titre de trans- capés est en constante augmentation204.
port aérien. Pour les étudiants boursiers, le
En définitive, la persistance des inégalités
montant de l’aide est fixé à 100 % du coût
interroge l’effectivité des principes contenus
du titre de transport aérien. En 2013, 16
dans la CIDE et révèle le caractère inachevé
723 étudiants et lycéens ultra-marins ont
du projet de démocratisation scolaire et de
bénéficié de cette aide202. De plus, le CROUS
construction d’une école inclusive permet-
favorise les Ultramarins dans l’obtention
tant à tout un chacun, quelle que soit
d’un logement en résidence universitaire à
son origine sociale, son sexe, son origine
niveau de bourse égal et autorise le maintien
«  ethno-raciale  », son handicap ou son lieu
des bourses durant les mois de juillet et août
de résidence, de bénéficier d’une instruc-
pour les ultramarins203.
tion et d’une éducation lui permettant de se
Par ailleurs, pour favoriser l’accès des jeunes construire comme personne autonome et
en situation de handicap à l’enseigne- citoyenne205.
ment supérieur, la mise en accessibilité des
L’OCDE l’a rappelé l’année dernière, « assurer
établissements mais également des aides
plus d’égalité  » constitue «  l’enjeu principal
humaines doivent mises à disposition. Or, le
actuel du système d’éducation français  »,
Défenseur constate que les jeunes en situa-
même si des réformes dans d’autres
tion de handicap ne peuvent pas toujours en
domaines des politiques sociales et de
bénéficier. Par conséquent, ils sont souvent
formation feront aussi la différence206.

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Chapitre 2
L’école
et les ruptures
dans la scolarité

L
’exigence d’égalité dans et par l’école s’applique également aux enfants bousculés
par la vie qui sont confrontés à des risques renforcés de ruptures scolaires et de
décrochage.
Or, le droit à l’éducation tel qu’affirmé par la convention internationale des droits
de l’enfant, en son article 29 précise que les Etats parties « prennent des mesures
pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux
d’abandon scolaire ».
Parmi les enfants concernés, le présent rapport s’est intéressé aux enfants confiés à l’aide
sociale à l’enfance, aux enfants en conflit avec la loi et aux enfants hospitalisés.

I. Les enfants confiés


à la protection de l’enfance
La loi n° 2016-297 du 14 mars 2016 relative L’étude de la direction de la recherche, des
à la protection de l’enfant vient de réaffirmer études, de l’évaluation et des statistiques
l’importance de respecter les droits de (DREES), «  Échec et retard scolaire des
l’enfant relevant de l’aide sociale à l’enfance enfants hébergés », publiée en 2013207, note
et de garantir la prise en compte des besoins que les enfants confiés ont déjà souvent
fondamentaux de l’enfant, parmi lesquels connu des difficultés qui affectent la scola-
l’éducation. rité, qu’il s’agisse de pauvreté, de mal-loge-
ment ou de surpeuplement, de manque de
Ces réitérations sont d’autant plus oppor-
soutien familial, de carences éducatives ou
tunes que les enfants qui relèvent de la
de maltraitances.
protection de l’enfance rencontrent des diffi-
cultés dans les apprentissages et présentent Déjà en 1999 une étude du SLEA CERMES208
des retards scolaires plus ou moins sévères. mettait en avant le retard scolaire des

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enfants pris en charge dans le cadre d’un Ce double constat de difficultés scolaires
placement familial et l’augmentation de ce présentes avant l’entrée dans le dispo-
retard avec l’âge des jeunes pris en charge. sitif de protection de l’enfance et acquises
Elle identifiait ainsi que 16 % des enfants de postérieurement avait amené Catherine
6 à 8 ans présentaient un retard scolaire d’un Sellenet211, docteur en sciences de l’éduca-
an. Ce pourcentage passait à 45 % pour les tion, à formuler comme hypothèse que les
11-14 ans et à 75 % pour les plus de 15 ans trajectoires scolaires souvent chaotiques
inscrits en lycée général, en lycée technique, des enfants en protection de l’enfance ne
ou au collège. seraient pas seulement «  la conséquence
d’un héritage culturel difficile à endiguer
D’autres recherches209 ont également mis
pour l’ASE  » mais également celle «  d’un
en lumière l’existence de retard scolaire
retard construit et acquis après le place-
chez les enfants confiés à l’aide sociale à
ment ». Elle a ainsi mis en avant une forme
l’enfance. Parmi elles, une étude conduite par
de «  résignation acquise  » aussi bien de
le Centre Rhône-Alpes d’Épidémiologie et de
la part des professionnels de la protection
Prévention Sanitaire, réalisée entre octobre
de l’enfance et de l’école, que du côté des
2008 et avril 2009, sur les enfants confiés
enfants eux-mêmes.
à l’aide sociale du Maine-et-Loire210 relevait
que 85,6 % des enfants étaient scolarisés Or, pour avancer cette hypothèse, nous
et 8,3 % étaient en formation au moment de disposons de peu de statistiques nationales
l’enquête. Il était toutefois noté que le taux de sur la scolarité des enfants placés. Si la direc-
scolarisation variait en fonction de l’âge de tion de l’évaluation, de la prospective et de la
l’enfant. Ainsi, si 100 % des enfants de 6 à performance (DEPP) exerce une fonction de
10 ans étaient scolarisés, ce chiffre baissait suivi statistique, d’expertise et d’assistance
à 95,3 % pour les 11-14 ans et était de seule- pour l’ensemble du ministère de l’Educa-
ment 63,3 % pour les jeunes âgés de 15 à tion nationale et contribue à l’évaluation des
18 ans. Il était également relevé que deux politiques qu’il conduit, elle ne considère pas
enfants sur trois avaient déjà redoublé dans de manière spécifique les élèves relevant de
leur scolarité, une fois pour 37,5 % d’entre la protection de l’enfance. Il en va de même
eux, deux fois ou plus pour 9,3 %. Ces chiffres pour l’Institut national de la statistique et
sont difficilement comparables à d’autres des études économiques (INSEE). Dès
données actuelles existantes concernant le lors, il pourrait être opportun que la DEPP
taux de redoublement des élèves en France, recueille et exploite des données, propres à
dans la mesure où elles ne concernent qu’un l’Education nationale, concernant la scola-
département spécifique et sont antérieures à risation des enfants confiés à l’aide sociale
la politique nationale de réduction du nombre à l’enfance, afin de permettre une meilleure
de redoublements. Ils sont toutefois révéla- connaissance du parcours scolaire de ce
teurs des retards scolaires élevés pour les public spécifique.
enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance.
Plusieurs facteurs de fragilité scolaire spéci-
En outre, l’étude de la DRESS de juillet 2013 fiques aux enfants confiés doivent être
précitée décrit plusieurs problématiques soulignés :
concernant les enfants confiés à l’aide sociale
• Le moment du placement correspond pour
à l’enfance de déscolarisation, notamment
l’enfant, au-delà de la séparation avec ses
durant la première année de leur placement
parents et sa fratrie, à autant de ruptures
mais aussi, pour les plus de quinze ans,
avec son environnement habituel, social et
retards scolaires et prévalence de leur orien-
amical.
tation vers l’enseignement professionnel ou
vers des cursus de courte durée.

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

•  En particulier, des ruptures de scolarisation accueillis en urgence ou sur de courtes


sont régulièrement constatées lors de la durées pour lesquels le projet de place-
mise en place de l’accueil en établissement ment n’a pas toujours pu être bien préparé,
ou en famille d’accueil, et tout au long de la notamment quant à la question de l’orienta-
première année. tion ou du lieu de scolarisation.
 e Défenseur des droits est ainsi régulière-
L • Par ailleurs, le mode de placement même
ment saisi par des parents qui contestent peut avoir des incidences sur la scolarité.
la décision judiciaire de placement de leur Emilie POTIN212, docteur en sociologie, note
enfant, et expriment des inquiétudes quant que, lorsque l’enfant est accueilli en famille
à l’absence de scolarisation de ce dernier, d’accueil, « se mêlent souvent des attentes
après plusieurs semaines voire plusieurs vis-à-vis de l’enfant qui dépassent stric-
mois d’accueil par les services de l’aide tement le caractère professionnel et qui
sociale à l’enfance. Plusieurs explications s’inscrivent dans une relation quotidienne
peuvent être formulées  : La scolarisation familiale ». Selon elle toujours, les modèles
peut parfois ne pas être évaluée comme et les repères scolaires de l’enfant accueilli
étant la priorité par le service gardien, lors seraient les mêmes que ceux des enfants
de l’entrée d’un enfant en protection de de la famille et l’investissement serait parti-
l’enfance, d’autres aspects de sa prise en culièrement fort. Dans le cadre d’un accueil
charge devant être traités auparavant. Dans collectif, à l’inverse, les attentes vis-à-vis
un certain nombre de situations, l’arrêt de de l’enfant s’inscriraient avant tout dans
la scolarité est justifié par la nécessité de la mission professionnelle et les modèles
permettre à l’enfant de «  s’installer dans scolaires seraient ceux des autres enfants
le placement  ». Le Défenseur des droits accueillis dans la structure.
rappelle à cet égard l’importance d’intégrer
• Enfin, les jeunes pris en charge par l’aide
la scolarisation au cœur du projet d’accueil
sociale à l’enfance, afin de préparer
et d’anticiper autant que possible les
leur sortie du dispositif de protection de
modalités de sa mise en œuvre en amont. Il
l’enfance, sont la plupart du temps encou-
s’agit bien sûr de respecter le droit à l’éduca-
ragés à acquérir une autonomie financière,
tion des enfants mais aussi de garantir une
et donc à s’orienter vers une formation
continuité de leurs repères, conforme à leur
professionnalisante et des cycles courts
intérêt supérieur.
favorisant une entrée rapide sur le marché
• Le placement, quelle que soit sa durée, du travail. Cette situation est d’autant
peut comporter des changements de lieu plus constatée aujourd’hui du fait des
d’accueil. Cette instabilité aura nécessaire- contraintes budgétaires des départements,
ment des conséquences sur la scolarisation en contradiction avec les droits reconnus
des enfants accueillis. Les études réalisées par la convention internationale des droits
ont à cet égard noté une proportion plus de l’enfant et l’intérêt supérieur des enfants.
forte de déscolarisation pour les enfants

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Recommandation 23

Le Défenseur des droits recommande aux conseils départementaux de prendre en considé-


ration prioritairement la question de la scolarité à toutes les étapes de la prise en charge de
l’enfant, notamment dans le choix du mode et du lieu de placement, et de veiller à la conti-
nuité des conditions de scolarisation dès l’entrée de l’enfant en protection de l’enfance.

Le point sur :

Le programme ment que les éducatrices et aides familiales


bénéficient d’un module de formation centré
« Pygmalion » sur la scolarité, qui aborde tant les attentes
de l’école que les méthodes pédagogiques
Le programme « Pygmalion », mis en place tournées vers la réussite.
par l’association SOS Villages d’enfants Des actions sont également menées afin de
depuis 2014, vise à favoriser la réussite permettre une scolarisation quasi-concomi-
scolaire des enfants accompagnés. Il contient tante à la prise en charge au sein d’un village
une vingtaine d’actions à destination des cinq d’enfant, ou afin de mettre en place une
acteurs-clé de la réussite scolaire : l’associa- communication et des relations de qualités
tion, les équipes, l’institution scolaire, l’enfant entre le village SOS et l’Education nationale.
et ses parents. Les accompagnants sont attentifs à créer au
Ainsi, un groupe de travail dédié à la scolarité quotidien un contexte favorable aux appren-
est installé de manière permanente auprès tissages, à accompagner l’enfant dans son
de la direction des activités de SOS Village travail personnel et à bien identifier les
d’enfants, des éducateurs scolaires ont été ressources et difficultés de chacun d’eux sur
recrutés dans chaque village et des fonds le plan des apprentissages. Enfin, des balises
sont mobilisés pour soutenir la scolarité des méthodologiques pour mettre en place une
enfants qui en ont le plus besoin, notam- démarche participative respectueuse de
ment par du soutien scolaire, de l’aide aux chacun, et notamment des parents, sont
devoirs ou d’achat de matériel et d’équipe- disponibles dans chaque village géré par
ment scolaire. Le programme prévoit égale- l’association.

Dans ce contexte, comment améliorer la scolarisation des enfants confiés en protection de


l’enfance ?

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A. L’amélioration de la coopération
entre l’école et l’ASE
Le ministère de l’Education nationale indique nariats auxquels il donne lieu ainsi que le
qu’il existe au sein du personnel de l’Edu- positionnement professionnel, en particulier
cation nationale trois catégories d’acteurs en matière d’éthique, de responsabilité, de
formés et sensibilisés pour faire interface secret professionnel et de partage d’infor-
avec la protection de l’enfance  : les person- mations214. Selon la Dgesco, cette forma-
nels sociaux et de santé (assistants de service tion serait en réalité peu dispensée. Or, ces
social, infirmiers, médecins), les conseillers formations sont d’autant plus importantes
principaux d’éducation (CPE) et les pilotes des pour les enseignants et directeurs d’établis-
écoles et établissements (directeurs d’école, sements du premier degré que, en l’absence
inspecteurs de l’Education nationale et chefs de services sociaux et médicaux en leur
d’établissement). Ils bénéficient pour cela sein, ils se retrouvent souvent seuls face aux
d’une formation initiale et continue.213 élèves et à leur famille.
Il reconnaît néanmoins que les professeurs, Il conviendra à cet égard de s’assurer de
professionnels privilégiés pour repérer la mise en œuvre effective d’une mission
les difficultés des élèves, recueillir leurs confiée aujourd’hui aux observatoires dépar-
propos et les accompagner, ne sont souvent tementaux de la protection de l’enfance
malheureusement pas suffisamment formés (ODPE) qui est de réaliser un «  bilan
à la protection de l’enfance. Une journée annuel des formations continues délivrées
de formation des personnels enseignants dans le département en application de
est prévue par l’article  L. 542-1 du code de l’article  L. 542-1 du code de l’éducation, qui
l’éducation, qui doit notamment aborder les est rendu public, et d’élaborer un programme
questions relatives à la connaissance du pluriannuel des besoins en formation de
dispositif de protection de l’enfance, de la tous les professionnels concourant dans le
prévention à la prise en charge, les parte- département à la protection de l’enfance. »215

Recommandation 24

Le Défenseur des droits recommande aux directeurs des services académiques de s’assurer
de la réelle mise en œuvre des dispositions de l’article L. 542-1 du code de l’éducation, qui
prévoit une formation des personnels enseignants à la protection de l’enfance.

S’agissant du second degré, les assistants de d’autre part, d’être suffisamment identifiés
service social scolaire ont vocation à réaliser comme personnes ressources.
l’interface avec les services de l’aide sociale
Selon la Dgesco, les conseillers principaux
à l’enfance. Néanmoins, en nombre insuffi-
d’éducation, qui œuvrent au plus près des
sant, ils ne peuvent être présents qu’une à
élèves et dont le rôle éducatif est souvent
trois journées par semaine dans l’établisse-
méconnu, pourraient être des personnes
ment, ce qui ne leur permet pas, d’une part,
ressources et faire l’interface avec les
d’être au contact des élèves au quotidien et,
services de l’aide sociale à l’enfance.

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Des protocoles devraient à cet égard être donc également s’inscrire dans la mise en
établis entre les services départementaux de œuvre effective de ces dispositions.
l’Education nationale et les services de l’aide
Les partenariats Education nationale/ASE
sociale à l’enfance pour, d’une part, favoriser
pourraient être opportunément développés
les échanges et le travail en commun autour
dans le cadre des missions des ODPE. Le
de la situation d’un enfant placé en diffi-
projet de décret d’application de la loi du 14
culté scolaire et, d’autre part, sensibiliser
mars 2016 prévoit la participation d’un repré-
l’ensemble des professionnels de l’Education
sentant de l’Education nationale au sein des
nationale, et en premier lieu les professeurs,
observatoires, ce qui va dans le sens du
à la protection de l’enfance et aux difficultés
développement des échanges interinstitu-
susceptibles d’être rencontrées par les
tionnels et d’une meilleure prise en compte
enfants confiés.
de la scolarité en protection de l’enfance.
L’article 5 de la loi du 14 mars 2016 introduit
En tout état de cause, il conviendrait que
par ailleurs un nouvel alinéa à l’article L. 131-8
la question de la scolarisation des enfants
au code de l’éducation en vertu duquel « Le
confiés fasse plus systématiquement
directeur de l’établissement d’enseigne-
l’objet de réflexions et d’actions spécifiques,
ment informe les collectivités territoriales
dans le cadre des schémas départemen-
et les autorités concernées par la protection
taux mais aussi des projets de service des
de l’enfance des mesures prises dans l’éta-
établissements.
blissement scolaire contre l’absentéisme et
le décrochage scolaire. Il est l’interlocuteur Enfin, au plan national, la création d’un Conseil
de ces collectivités et de ces autorités et National de Protection de l’Enfance (article 1er
doit être informé, en retour, du soutien dont de la loi précitée), instance de propositions et
il peut bénéficier afin de mener à bien les de recommandations, devrait permettre une
missions d’accompagnement des personnes meilleure articulation des différents acteurs
responsables de l’enfant et de prévention de politiques et institutionnels et favoriser la
l’absentéisme.  ». Ces protocoles pourraient coopération autour des enfants.

Recommandation 25

Le Défenseur des droits recommande aux départements et aux services départementaux


de l’Education nationale de développer des partenariats visant à améliorer le repérage et les
réponses apportées aux difficultés scolaires des enfants confiés.

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B. Le développement
du projet pour l’enfant
sur l’ensemble du territoire
La loi du 14 mars 2016 a souligné le caractère pement intellectuel et social de l’enfant, ce
essentiel du projet pour l’enfant prévu par la développement passe par la scolarisation et
loi du 5 mars 2007, mais encore très peu et l’entrée dans les apprentissages du mineur.
inégalement mis en œuvre sur le territoire
Le projet pour l’enfant doit permettre une
national.
cohérence et une lisibilité accrues de
L’article L. 223-1-1 du code de l’action sociale l’ensemble des actions et mesures exercées
et des familles prévoit que « Il est établi, pour auprès d’un enfant et de sa famille. Outil
chaque mineur bénéficiant d’une presta- dynamique et démarche partenariale visant
tion d’aide sociale à l’enfance, hors aides à identifier et répondre aux besoins fonda-
financières, ou d’une mesure de protec- mentaux de l’enfant, tout en apportant une
tion judiciaire, un document unique intitulé cohérence aux actions menées, son élabo-
«projet pour l’enfant», qui vise à garantir son ration doit être l’occasion d’associer les
développement physique, psychique, affectif, parents et de travailler avec eux autour de
intellectuel et social. Ce document accom- la construction d’un projet scolaire pour
pagne le mineur tout au long de son parcours leur enfant. Il doit également être l’occa-
au titre de la protection de l’enfance.». sion de clarifier la place de chacun dans le
dialogue avec l’Education nationale et laisser
Par ailleurs, l’article  L. 223-5 du code de
notamment aux parents, sous réserve que
l’action sociale et des familles précise que
cela n’apparaisse pas contraire à l’intérêt de
«  Le service élabore au moins une fois par
l’enfant, une possibilité directe de commu-
an, ou tous les six mois pour les enfants âgés
nication avec l’équipe enseignante afin de
de moins de deux ans, un rapport, établi
mieux investir la scolarité de l’enfant.
après une évaluation pluridisciplinaire, sur la
situation de tout enfant accueilli ou faisant Le projet pour l’enfant doit conduire à
l’objet d’une mesure éducative. Ce rapport s’interroger et questionner le mineur sur sa
porte sur la santé physique et psychique de scolarité, ses aspirations et ses difficultés
l’enfant, son développement, sa scolarité, sa éventuelles. Un échange dans ce cadre avec
vie sociale et ses relations avec sa famille et les personnels de l’Education nationale, tels
les tiers intervenant dans sa vie. Il permet que le CPE, pourrait également permettre de
de vérifier la bonne mise en œuvre du projet mieux appréhender la situation scolaire du
pour l’enfant mentionné à l’article L. 223-1-1 jeune, tant en terme de réussite éducative
et l’adéquation de ce projet aux besoins de qu’en terme de socialisation et de bien-être.
l’enfant ainsi que, le cas échéant, l’accom-
Le Défenseur des droits insiste à cet égard
plissement des objectifs fixés par la décision
sur la nécessité d’accélérer sa mise en
de justice. »
place pour permettre une meilleure prise
Ainsi, la scolarité de l’enfant est bien un des en compte de la scolarité de l’enfant confié
éléments essentiels de sa prise en charge auprès des services de l’aide sociale à
en protection de l’enfance. Par ailleurs, si le l’enfance. Il rappelle les termes de sa décision
projet pour l’enfant vise à garantir le dévelop- n° MDE-2015-103 du 24 avril 2015 et recom-

105
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

mande aux conseils départementaux d’initier le contenu du projet pour l’enfant ». Selon le
au plus vite la mise en place des dispositions projet de décret, qui a été soumis au Défen-
de l’article  L. 223-1-1 du code de l’action seur des droits, un volet serait consacré à
sociale et des familles. la scolarisation, ce qui devrait contribuer à
garantir sa prise en compte effective, en tant
L’article  21, 2° de la loi du 14 mars 2016
qu’élément central de la prise en charge de
relative à la protection de l’enfant prévoit que
l’enfant en protection de l’enfance.
« Un référentiel approuvé par décret définit

106
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

II. Les enfants en conflit


avec la loi
Les enfants placés dans le cadre de l’ordon- Un état des lieux concernant l’accès effectif
nance du 2 février 1945 relative à l’enfance des jeunes à des dispositifs de scolarité ou
délinquante, dits «  en conflit avec la loi  » de formation de droit commun a été dressé
connaissent des difficultés similaires à celles quant à lui en 2008. Il faisait état de 20 à
qui viennent d’être décrites pour les enfants 30 % de jeunes sans solution à un moment T.
confiés à l’aide sociale à l’enfance  : retards
En outre, les mineurs concernés peuvent
scolaires, décrochage, …
être amenés à changer d’environnement et
La DPJJ a précisé dans le cadre de ce rapport de lieu de vie, impliquant un éloignement de
qu’en novembre 2015, un état des lieux du leur famille et de leurs repères. Les situa-
dispositif d’insertion de la PJJ a été réalisé tions rencontrées sont diverses. Lorsqu’ils
par son service d’audit central national fréquentaient auparavant un établisse-
auprès de 170 unités pour les dix derniers ment scolaire, ce changement peut avoir
jeunes suivis par chacune d’entre elles. Sur un impact sur le suivi de leur scolarité. Les
cet échantillonnage de 2013 jeunes, 92 % enfants privés de liberté sont pour leur part
ont un niveau VI ou V bis (sorties en cours de confrontés à des problématiques spéci-
1er cycle de l’enseignement secondaire (6ème fiques quant à la question de leur scolari-
à 3ème) ou abandons en cours de CAP ou BEP sation, problématiques qui diffèrent selon le
avant l’année terminale). mode de prise en charge.

Le point sur :

Les différentes En matière pénale, les établissements de


placement éducatifs (EPE) accueillent des
réponses pénales mineurs qui ont commis des infractions et qui
doivent être éloignés de leur milieu habituel.
à l’égard des Ces établissements peuvent être constitués
d’une ou plusieurs unités qui correspondent
mineurs en conflit à des prises en charge spécifiques. Il peut
s’agir d’une unité éducative d’héberge-
avec la loi ment collectif (UEHC) qui assure un accueil
préparé ou un accueil en urgence dans le
En cas de comportement nécessitant une ré- cas d’un mandat judiciaire. Il peut également
ponse pénale, le juge des enfants peut ordon- s’agir d’une unité éducative d’hébergement
ner différentes mesures, parmi lesquelles un diversifié (UEHD) qui propose une prise en
suivi par un service éducatif de milieu ouvert charge en famille d’accueil ou en logement
(STEMO), une mesure de placement216 ou un autonome. L’accueil en UEHD permet aux
placement en détention pour les jeunes âgés adolescents de trouver un compromis entre
de 13 à 18 ans. Pour décider de cette réponse, besoin d’accompagnement et acquisition
la juridiction se fonde sur l’acte commis, le d’une nécessaire autonomie. Les établis-
parcours et la personnalité du mineur. sements de placement éducatif et d’inser-

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

tion  (EPI) sont des EPE mais qui disposent, gations incombant au mineur peut conduire
en plus, d’une ou plusieurs unités éducatives à son placement en détention. Le placement
d’activités de jour (UEAJ). Ces dernières sont en CEF est composé de trois phases  : l’ac-
chargées d’organiser et de mettre en œuvre cueil-évaluation, la phase d’activités éduca-
des activités scolaires, professionnelles, tives et pédagogiques intensives (axée sur la
culturelles ou sportives adaptées aux mineurs scolarité, l’aspect sanitaire et psychologique
qui font l’objet d’une décision judiciaire. et les activités sportives) et la phase d’éla-
L’objectif est de les préparer à accéder à des boration concrète d’un projet d’insertion
dispositifs de socialisation et de formation sociale et professionnelle. Pendant la pre-
de droit commun. Ces UEAJ sont chargées mière phase, le mineur ne peut pas du tout
d’organiser les mesures d’activité de jour quitter la structure. Pour les mineurs âgés
ordonnées par l’autorité judiciaire. d’au moins treize ans au moment des faits et
dans les situations les plus graves, la déten-
Les centres éducatifs renforcés (CER) ac-
tion peut être ordonnée, soit provisoirement,
cueillent, sur des courtes durées217, entre 5 et
soit suite à une condamnation par le tribunal
9 mineurs qui sont connus pour des actes de
pour enfants ou le tribunal correctionnel pour
délinquance répétés. Les centres éducatifs
mineurs. Elle se déroulera soit en établisse-
fermés (CEF) accueillent218 en alternative à
ment pour mineurs (EPM), lieu de détention
la détention quant à eux jusqu’à 12 mineurs,
réservé aux mineurs, soit dans un quartier
qui sont des multirécidivistes ou multiréité-
mineurs (QM) localisé dans l’enceinte d’un
rants. La sanction du non-respect des obli-
établissement pénitentiaires pour adultes.

Face à ces situations et problématiques, des possible son retour dans le dispositif de droit
professionnels de la protection judiciaire commun.
de la jeunesse ont pour mission de faire
Pour répondre à cet enjeu, les minis-
accéder les jeunes qu’ils accompagnent à
tères concernés, Education nationale et
l’autonomie et à l’inclusion sociale, ceci qu’ils
Justice, ont décidé de travailler de manière
soient pris en charge dans le secteur ouvert
conjointe. La circulaire du 3 juillet 2015219 a
ou fermé. Ils s’intéressent donc à la question
ainsi réaffirmé les principes et les objectifs
du parcours scolaire et de sa continuité,
de collaboration entre les services de l’Edu-
l’insertion scolaire et professionnelle devant
cation nationale et ceux de la DPJJ, tout en
être un élément essentiel du travail réalisé
clarifiant les modalités opérationnelles dans
au quotidien. L’enjeu devient d’autant plus
le respect des compétences spécifiques de
complexe lorsque l’enfant est privé de liberté,
chacun. De même, chacun de ces ministères
placé en centre éducatif fermé ou incarcéré.
a mis en place des outils pour favoriser la
Pour ces jeunes dont le parcours est souvent continuité de la scolarité.
marqué par du décrochage scolaire, se pose
Les dispositifs ainsi mis en place tendent
la question de comment poursuivre une
donc à assurer la continuité, la cohérence
scolarité ou tenter de la «  raccrocher  » et
et l’individualisation des parcours de ces
comment, dans l’hypothèse d’un placement
jeunes. La DPJJ les a déclinés par mode
en foyer éducatif, d’un placement en centre
de prise en charge. Ils visent également à
éducatif fermé ou d’une détention, favoriser,
organiser l’articulation avec les dispositifs de
à sa sortie de l’établissement, autant que
droit commun dans le but de favoriser autant
que possible l’inclusion scolaire et le retour

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

au sein même des établissements scolaires. semaine223, est rarement atteint dans la
Des partenariats existent également avec la réalité. Pourtant la présence d’un enseignant
direction de l’administration pénitentiaire. de l’Education nationale est globalement
assurée bien qu’il existe des difficultés de
Pourtant, des obstacles encore importants
recrutement dans certains territoires. S’il est
viennent freiner ou empêcher le bon dérou-
souligné que les difficultés relevées quant
lement de la scolarité des jeunes concernés.
à la présence de l’enseignant ne sont que
Parmi eux, les questions de recrutement et ponctuelles et transitoires, elles ne doivent
de formation des personnels occupent une pas pour autant être minimisées au regard
place importante, tant en milieu ouvert, que de l’impact qu’elles peuvent entraîner sur le
dans les lieux de placement éducatif. Il est parcours individuel des jeunes, ainsi que sur
signalé sur certains territoires, l’absence de la prise en considération du volet «  éduca-
formation de qualité pour les responsables tion » dans le projet de service.
d’unité éducative ou le manque de profes-
En sus de l’isolement des enseignants au
sionnels, notamment d’éducateurs, souhai-
sein des équipes éducatives, les inspections
tant travailler dans certains établissements,
ont également constaté un isolement des
conduisant l’administration à embaucher
enseignants en CEF vis-à-vis des ensei-
des professionnels peu formés, en contrats
gnants locaux et de leur corps d’appar-
à durée déterminée. Il est également évoqué
tenance ainsi qu’une formation continue
un turn-over important des agents, la rotation
défaillante. Partant de ces constats, la circu-
des professionnels entraînant une instabilité
laire du 3 juillet 2015 précitée clarifie le
pour les jeunes et les familles.
statut, le positionnement et les moyens de
Enfin, concernant les foyers de la protection ces enseignants, ainsi que les rôles respec-
judiciaire de la jeunesse, sont également tifs des directeurs de structures PJJ et des
avancés un manque de moyens, de temps et inspecteurs de l’Education nationale.
de disponibilité pour les équipes pour réelle-
Concernant leur formation, les enseignants
ment penser un projet, tant le quotidien et la
ont la possibilité de participer à celles mises
gestion du groupe prend le pas sur le reste
en place pour les enseignants des unités
des missions incombant aux éducateurs.
pédagogiques régionales224 sachant que la
S’agissant de la scolarité lors d’un place- mission d’évaluation des CEF a dressé le
ment en CEF, suite au constat formalisé constat que ces regroupements n’étaient pas
dans plusieurs rapports, notamment par la encore systématiques. De plus, une conven-
Défenseure des enfants en 2010220, ou par tion a été signée le 4 juin 2013225 pour leur
la mission interministérielle sur le dispositif proposer des formations spécifiques sous
des centres éducatifs fermés221, la Garde des forme de deux sessions annuelles, avec des
Sceaux, ministre de la Justice, et la ministre retours estimés positifs226.
des Affaires sociales et de la Santé ont
Il doit être ajouté que les deux ministères
demandé le 8 janvier 2015222 à leurs services
travaillent actuellement sur la réécriture de
d’inspection d’effectuer une synthèse des
la circulaire conjointe relative aux centres
difficultés recensées et d’analyser le degré
éducatifs fermés qui devrait être finalisée à la
de mise en œuvre des recommandations
fin de l’année 2016. Une partie importante de
précédemment formulées dans ce domaine.
cette circulaire porte sur la scolarisation des
Cette évaluation confirme que le nombre jeunes accueillis en CEF avec un accent mis
d’heures de scolarisation prévu pour les sur la nécessaire articulation du travail de
jeunes des CEF, à savoir 15  heures par l’enseignant avec les autres intervenants du

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

CEF, dont les éducateurs, pour que la scola- établissement de rattachement pour chaque
risation du jeune soit prise en charge le plus mineur placé en CEF figure dans la circulaire
tôt et le plus efficacement possible, et que en cours d’élaboration, ce qui semble effec-
les différents professionnels déterminent tivement positif. Il conviendrait que le choix
ensemble la pédagogie la plus adaptée à ce de de cet établissement, notamment à raison
dernier, dans le cadre de son projet global. de sa localisation, soit opéré en fonction du
projet du jeune et de son parcours. L’ensei-
Par ailleurs, pour faciliter la poursuite ou
gnant du CEF pourrait ainsi faire le lien
la reprise de la scolarisation le temps du
avec l’établissement de rattachement et le
placement, il est impératif que le jeune soit
référent du milieu ouvert de la PJJ.
rattaché à un établissement scolaire même
fictivement. Ce rattachement permet de De plus, la mise en place au niveau de chaque
maintenir un lien avec l’école et notam- académie d’un centre ou d’une plateforme
ment, le cas échéant, de pouvoir passer des « ressources » qui permettrait de connaître
examens grâce à l’obtention d’un numéro à l’instant T les solutions disponibles, en
d’identifiant national. Or aujourd’hui, cette termes de place, en établissement scolaire
désignation n’est pas systématique. La DPJJ ainsi que sur les différents dispositifs dédiés,
a indiqué au Défenseur des droits souhaiter constituerait un outil précieux pour les diffé-
que le principe de la désignation d’un rents intervenants auprès du jeune.

Recommandation 26

Le Défenseur des droits demande aux ministères de l’Education nationale et de la Justice


de prendre toutes les mesures nécessaires pour que des enseignants soient effectivement
affectés au sein de chaque CEF, afin que chaque mineur bénéficie du nombre d’heures de
scolarisation prévues ; il encourage à cet égard les travaux engagés pour refonder leur statut
et leur place dans les équipes éducatives.

Concernant les jeunes en détention, le salles de classe soient éloignées du quartier


partenariat entre les ministères de l’Educa- pour mineurs. Or, la circulation de ces derniers
tion nationale et de la Justice sur l’enseigne- peut être freinée ou empêchée par les mouve-
ment en milieu pénitentiaire a été formalisé ments des détenus adultes, la sécurité primant
aux travers de différentes conventions dont ainsi sur d’autres considérations, dont l’accès
la dernière date de 2011227. Pour autant, des à l’éducation. Il est à noter que les profession-
difficultés subsistent, et dans certaines nels de la PJJ interviennent pour des activités
régions, des conventions ont été signées228 de remobilisation et mettent en place des
pour essayer de les résorber en tenant ateliers qui seront autant de supports à des
compte des spécificités locales. travaux d’écriture, d’expression…
Le premier constat concernant les mineurs Enfin, les mineurs détenus rencontrent les
détenus, est que le suivi de la scolarité gagne mêmes difficultés que les mineurs placés
en complexité, notamment en raison de la en centres éducatifs fermés quant à la
lourdeur de l’organisation des déplacements désignation systématique d’un établisse-
individuels en milieu carcéral, particulière- ment de rattachement. Pour ces derniers
ment pour les mineurs détenus en quartiers l’établissement de rattachement pourra être
pour mineurs. Il n’est pas rare en effet que les l’établissement pour mineurs ou un centre

110
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

d’information et d’orientation s’ils étaient Comme la CNAPE a eu l’occasion de le


déscolarisés depuis plus de deux ans. préciser229, la sortie du jeune du CEF est
une phase critique qui doit être préparée le
Le Défenseur des droits appelle l’atten-
plus en amont possible et doit s’appuyer sur
tion des ministères de l’Education nationale
un projet individualisé en partenariat avec
et de la Justice sur l’importance que tout
tous les acteurs concernés (école, soins,
mineur soit effectivement inscrit au sein
jeunes familles, éducateurs…). Les obstacles
d’un établissement de rattachement qui a
à une bonne préparation sont encore trop
la responsabilité de veiller à la continuité de
nombreux : l’éloignement du CEF, la stigmati-
son parcours scolaire.
sation du jeune par les professionnels l’ayant
En tout état de cause, les services de milieu côtoyé par le passé, le manque de solutions
ouvert, de « fil rouge », ont un rôle clé à jouer adaptées… Il est donc impératif que le jeune
pour garantir la continuité de la scolarisation puisse bénéficier d’un suivi intensif pendant
de ces jeunes. le temps de placement ou de la détention et
Le temps du placement en CEF ou le temps dès sa sortie.
de détention peut aussi, sous les conditions Dans ce contexte, le suivi par les équipes de
évoquées plus haut, constituer une opportu- milieu ouvert apparaît essentiel.
nité de remobilisation pour le mineur. Toute-
Ainsi, dès la première mesure exercée, le
fois, si le jeune n’est pas accompagné par le
référent peut se mobiliser sur la scolarisation
service de milieu ouvert qui, bien souvent, le
et l’évaluation des aptitudes et du parcours
connaissait avant et continuera à le suivre au
du jeune, afin de lui proposer au plus tôt une
moment de son retour au domicile ou de son
solution adaptée et de limiter au maximum
changement de structure d’accueil, le place-
les risques de rupture. Une telle évaluation
ment manquera cet objectif. Ainsi, l’antici-
anticipée concourt à l’orientation dans les
pation et la préparation de la sortie de CEF
dispositifs adaptés de droit commun ou dans
ou de détention sont des enjeux cruciaux.
des dispositifs dédiés, tels que les dispositifs
Cette préparation nécessite de continuer
relais. Il est à relever que dans le cadre de ces
à développer et entretenir les partenariats
dispositifs dédiés, la DPJJ a fait le choix de
entre l’Education nationale, la DPJJ, et la DAP
recentrer son action sur l’apprentissage des
pour les mineurs incarcérés, afin de limiter
compétences psycho-sociales, cognitives,
les risques liés aux périodes de transition. La
en mettant également en place des actions
sortie demeure un enjeu quel que soit le mode
de préformation afin que les jeunes soient
de prise en charge car passer d’un dispositif
spécialisés et puissent entrer en apprentis-
très cadré comptant un effectif réduit, à des
sage. C’est le cas pour les unités éducatives
dispositifs qui le sont beaucoup moins, voire
d’accueil de jour (UEAJ) dont la création a
à un retour en milieu scolaire ordinaire, peut
fait l’objet de nombreux échanges entre les
constituer un autre risque de rupture.
services de la DGESCO et ceux de la DPJJ.

111
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Le point sur :

Une publics ou services associatifs habilités, pour


accueillir et évaluer le niveau du jeune. Pour
expérimentation ce faire, l’équipe de la plateforme (composée
notamment d’un éducateur, d’un professeur
« parcours technique, d’un infirmier, d’un coordinateur
départemental et de trois jeunes exerçant
d’insertion » leur service civique et volontaire) procède à
la réalisation de plusieurs bilans (parcours,
En novembre 2015, la DTPJJ de la Seine- compétences et capacités/professionnalisa-
Saint-Denis a mis en place une plateforme tion/besoin en santé/dynamique et capacités
expérimentale interinstitutionnelle appelée parentales) aux fins de proposer, dans les
«  parcours d’insertion  » qui se fixe comme trois mois suivant la demande initiale, une
objectif d’optimiser les ressources de la orientation adaptée après description des
formation scolaire, professionnelle et sociale forces et difficultés repérées chez le jeune.
des jeunes de 13 à 24 ans pris en charge par Une restitution orale de cet écrit est égale-
ses services. Le dispositif peut être saisi ment prévue auprès du jeune, de sa famille
à la demande des services, qu’ils soient et de l’éducateur du service qui a adressé la
demande.

La DPJJ a à cet égard attiré l’attention du Dé- ouvert préexistante, une mesure de liberté
fenseur des droits sur le fait que certains ma- surveillée préjudicielle230.
gistrats, notamment des juges d’instruction,
Le Défenseur des droits partage cette préoc-
ne prenaient pas suffisamment en compte
cupation et a déjà recommandé au ministre
l’importance de l’éducateur référent de mi-
de la Justice de rendre obligatoire, en même
lieu ouvert, qui doit constituer un fil rouge
temps que la décision de placement en dé-
dans la prise en charge du jeune, y compris
tention provisoire, le prononcé d’une mesure
pendant et à la sortie d’une détention. Ain-
éducative permettant de s’assurer de la pour-
si, lorsqu’un mineur est placé en détention
suite de l’intervention d’un éducateur de mi-
provisoire, la DPJJ déplore qu’il ne bénéficie
lieu ouvert, ou de la nouvelle désignation d’un
pas toujours parallèlement d’une mesure
tel professionnel s’il n’y avait pas de mesure
éducative en milieu ouvert ; elle tente aussi
préalable. Cette disposition serait de nature à
de sensibiliser les magistrats à l’intérêt de
favoriser la continuité de la prise en charge et
prononcer, en l’absence de mesure en milieu
la préparation d’alternatives à la détention.

112
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Recommandation 27

Le Défenseur des droits recommande au ministre de la Justice de rendre obligatoire, en


même temps que le placement en détention provisoire d’un mineur, le prononcé d’une
mesure éducative provisoire, afin de s’assurer de l’intervention auprès du jeune détenu d’un
éducateur de milieu ouvert qui contribuera à maintenir ses liens avec l’extérieur, et à préparer
sa sortie, notamment sur le plan scolaire ou de la formation professionnelle.

Pour autant, si le ministère de la Justice a bien trop grand à couvrir pour pouvoir exercer
identifié l’importance du milieu ouvert comme l’ensemble de leurs missions dans de bonnes
« fil rouge» dans le parcours scolaire du jeune, conditions. De plus, et comme l’avait égale-
et que différents textes formalisent ce rôle, ment rappelé la mission des trois inspections
force est de constater que des efforts restent précitée, des disparités géographiques sont
à fournir pour permettre un accompagne- constatées quant aux pratiques mises en
ment effectif et de qualité auprès des jeunes œuvre auprès de ces jeunes.
privés de liberté par le milieu ouvert. En effet,
Le Défenseur des droits recommande au
les éducateurs ou directeurs de structures
Garde des Sceaux de donner aux services de
rencontrés dans le cadre du présent rapport
milieu ouvert les moyens de mettre en œuvre
ont pu faire état d’une charge de travail trop
leurs missions, notamment à l’égard des
importante, et d’un territoire géographique
enfants privés de liberté et de leur famille.

113
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

III. Les enfants malades

Les années passées dans une instance hospitalière, pour un enfant,


peuvent être traumatisantes. Outre le rapport à la maladie et le rapport
à la mort parfois, l’éloignement du système éducatif, même s’il semble
secondaire à première vue, finit par prendre une place importante.

Arnaud Bovière,
Ancien « enfant des hôpitaux », titulaire aujourd’hui d’un Master
de l’Université Paris-Sorbonne et auteur de la pièce “Aux Fleurs du temps”
qui rend hommage à ses anciens camarades d’hospitalisation

Le droit à l’éducation des enfants et l’obliga- scolarité dans des conditions ordinaires sans
tion scolaire ne s’effacent pas devant un pro- aménagement à une hospitalisation, de du-
blème de santé et ne doivent pas non plus rée variable, suite à un accident ou à l’appari-
s’arrêter aux portes des hôpitaux. Certains tion ou l’aggravation d’une pathologie.
enfants et adolescents présentent des états
Selon la loi du 4 mars 2002 relative aux droits
de santé qui rendent nécessaire l’adminis-
des malades, «  dans la mesure où leurs
tration de traitements médicaux particuliers
conditions d’hospitalisation le permettent,
afin de maintenir une scolarisation dans des
les enfants en âge scolaire ont droit à un
conditions ordinaires (exemple  : diabète, al-
suivi scolaire adapté au sein des établisse-
lergies, épilepsie…). Des dispositions sont
ments de santé ». Chaque enfant hospitalisé
alors prévues pour leur permettre de pour-
pour une courte, moyenne ou longue durée et
suivre une scolarité dans des conditions
peu importe sa pathologie doit voir son droit
aussi ordinaires que possible même en pré-
à l’éducation préservé ainsi que la continuité
sence d’un trouble de la santé invalidant231.
de son parcours scolaire232.
Le projet d’accueil individualisé (PAI), élaboré
avec le concours du médecin de l’Education Environ 11 000 élèves par an sont scolarisés
nationale ou du médecin du service de pro- dans les établissements hospitaliers et sani-
tection maternelle et infantile, permet ainsi taires233. Cependant, si de grandes avancées
de définir les adaptations nécessaires pour ont été constatées ces trente dernières an-
l’accueil de l’enfant en milieu scolaire. Or, nées sur l’accueil des enfants et adolescents
la situation de la médecine scolaire est au- dans les établissements hospitaliers, le recul
jourd’hui particulièrement dégradée, ce qui de certains acquis234 et la grande hétérogé-
nuit à l’accomplissement de ses missions néité des pratiques sur le territoire sont in-
pourtant fondamentales. Certains enfants quiétants. Les principes énoncés dans les
bénéficiant de PAI alternent des périodes de différentes circulaires nationales ou dans la
scolarisation au sein de leur école, de soins Charte européenne de l’enfant hospitalisé235
à l’hôpital et de convalescence à leur domi- ne sont pas toujours appliqués236.
cile en fonction de leurs besoins de santé.
D’autres enfants passent directement d’une

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

A. D
 es disparités de situation
en milieu hospitalier
Les services de l’Education nationale membres, qui se retrouvent perdus dans des
organisent, depuis les années 1970, la scola- hôpitaux pour adultes dont les équipes n’ont
risation des enfants et adolescents hospi- pas le réflexe de se saisir de la scolarité et
talisés. Il y a cependant autant de fonction- la famille n’est parfois ni en état ni armée
nements et de vécus que de structures pour prendre le relais237». La présence d’ado-
hospitalières et parfois de services. Dans lescents dans des services adultes, voire
certains hôpitaux, l’Education nationale est d’enfants, est aussi souvent constatée. A ce
directement présente. Près de 800 ensei- sujet, le Défenseur des droits rappelle ses
gnants spécialisés sont ainsi affectés dans recommandations visant à garantir la prise
des hôpitaux ou maisons d’enfants à caractère en charge des enfants et adolescents dans
sanitaire. Dans d’autres hôpitaux, l’Education des services dédiés238.
nationale n’est pas représentée, essentielle-
L’Ecole à l’hôpital, association loi 1901
ment faute de moyens. Elle est alors suppléée,
reconnue d’utilité publique, bénéficie d’un
ou non, par le monde associatif et/ou par des
agrément de l’Education Nationale dont elle
initiatives familiales. Les dotations horaires
est partenaire dans certains services hospi-
de l’Education nationale ne peuvent en effet
taliers et hôpitaux pédiatriques. Depuis plus
couvrir toutes les demandes, notamment
de 80 ans, cette association accompagne,
pour les élèves du second degré. Enseignants
dans des structures pour jeunes adultes
bénévoles et associations - une trentaine
et à domicile, des jeunes patients de 5 à
d’acteurs regroupés au sein de la Fédération
25 ans dans la poursuite de leur scolarité à
pour l’enseignement des malades à domicile
l’hôpital. Chaque année, ses 500 enseignants
et à l’hôpital (FEMDH) - prennent alors le relais
bénévoles qualifiés dispensent en moyenne
quand cela est possible.
20 000 cours individuels gratuits à plus de
Dans certains services accueillant des 4 000 jeunes malades franciliens et contri-
enfants atteints d’affections particulières buent ainsi à garantir l’effectivité du droit à
imposant des hospitalisations longues, la l’éducation de ces jeunes.
culture de la scolarisation à l’hôpital est
Le CNED (Centre national d’enseigne-
ancrée et intégrée aux protocoles de soins.
ment à distance) peut aider à compléter et
C’est, par exemple, le cas dans les services
à structurer les enseignements ou consti-
d’oncologie pédiatrique.
tuer l’unique solution de scolarisation dans
Il existe, au contraire d’autres services certaines situations.
spécialisés dans lesquels cette dimension,
On le voit, les situations concernant l’accès
pourtant primordiale pour l’enfant, n’est pas
et la continuité de la scolarisation en milieu
ou peu prise en compte. Il s’agit de services
hospitalier sont hétérogènes et très liées à la
très spécialisés dans lesquels enfants et
formation et à la sensibilisation des équipes
adultes se côtoient et dont les équipes ne
médicales et des directions des hôpitaux
sont pas spécifiquement formées à la prise
mais également aux moyens dont dispose
en charge de l’enfant. Il a ainsi été cité,
l’Education nationale et à l’organisation des
dans le cadre des auditions, des «  situa-
territoires notamment pour les hospitalisa-
tions de mineurs en situation de trauma-
tions à domicile239.
tismes graves, par exemple de greffes de

115
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Le point sur :

Centre scolaire au sein de l’hôpital la carte  » soit en classe dans les services,
pédiatrique Robert Debré : soit dans « La maison de l’enfant » qui est un
lieu de réunion dédié, soit directement dans
Éviter la chambre de l’enfant s’il existe un besoin
médical spécifique. Dans certains services,
« la double peine » quand l’hospitalisation est courte, un soutien
à la scolarité est mis en place et non pas une
pour les enfants scolarisation en tant que telle.

hospitalisés Cette équipe pédagogique dédiée et spécia-


lisée se mobilise également pour être en lien
L’école et l’accès à l’éducation sont considé- avec les équipes pédagogiques des écoles
rées au sein de l’hôpital Robert Debré comme d’origine des enfants afin de leur éviter « la
un véritable enjeu que les équipes médicales double peine » d’un problème de santé et de
prennent en compte dans l’élaboration des la complication de leur scolarité. Un centre
protocoles de soins, des calendriers et pour d’examen pour le brevet et le baccalau-
fixer les dates d’opération. L’effectivité du réat existe enfin au sein de l’hôpital afin de
droit à l’éducation est plutôt bien assurée préserver, de manière optimale, les chances
avec un lien fonctionnel entre l’hôpital et de réussite des patients.
l’Education nationale via une convention Ces conditions d’accès à l’éducation pour les
interinstitutionnelle. jeunes patients sont ici de bonne qualité et
Les conditions semblent, en effet, très respectueuses de la Convention internatio-
bonnes pour les enfants pris en charge dans nale des droits de l’enfant. Les conditions de
cette structure pédiatrique parisienne de travail de l’équipe pédagogique permettent
référence. Un centre scolaire existe direc- également de préserver le droit à l’éduca-
tement au sein de l’hôpital et dispose de 42 tion des élèves hospitalisés. Cependant, la
professeurs de l’Education nationale, d’une charge administrative et organisationnelle
directrice du centre et du relai de l’associa- de ce centre scolaire, et de tous les centres
tion «  L’école à l’hôpital  » pour compléter scolaires en milieu hospitalier, est très lourde
l’équipe pédagogique. Les interlocuteurs de par la multiplicité des interlocuteurs, la
sont soit présents dans ce centre scolaire diversité des âges, des profils et des patho-
soit en lien avec ce dernier ce qui permet de logies. La directrice du centre scolaire de
coordonner les sujets, de décliner les théma- l’hôpital Robert Debré, ne peut s’investir
tiques de travail et d’intégrer véritablement autant qu’il le faudrait sur les aspects
l’éducation et la scolarité au sein de l’hôpital. pédagogiques car elle est extrêmement
Des projets éducatifs particuliers peuvent mobilisée par les aspects administratifs de
être élaborés et les cours sont dispensés « à coordination, d’organisation, de mise en lien...

116
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

B. Les conditions d’une scolarisation


continue de l’enfant hospitalisé
Pour les coordinatrices parisiennes de primordial pour la continuité de la scolarisa-
l’Ecole à l’hôpital, « plus la structure hospita- tion des élèves hospitalisés. Le PAI, quand
lière est petite et plus il faut faire preuve de il existe, précise également qu’en cas de
souplesse et d’inventivité pour maintenir les périodes d’hospitalisation ou de maintien
jeunes patients en lien avec leur scolarité. Et à domicile, les enseignants de l’école ou de
encore plus quand ils sont en hospitalisation l’établissement d’origine veilleront à assurer
à domicile ». le suivi de la scolarité en conformité avec les
recommandations données dans la circulaire
Le travail des enseignants de l’Educa-
n° 98-151 du 17 juillet 1998, relative à l’assis-
tion nationale comme de l’association doit
tance pédagogique à domicile en faveur des
s’organiser avec les parents et les équipes
enfants et adolescents atteints de troubles
médicales, les soins et la scolarité étant
de la santé évoluant sur une longue période.
intrinsèquement liés pour les enfants
et jeunes hospitalisés. Comme elles le Les professionnels et bénévoles interrogés
rappellent, «  les enfants ont des conditions ont, cependant, tous témoigné de l’implication
de santé variables d’un jour à l’autre et très variable des équipes pédagogiques des
parfois d’un moment à l’autre. Un cours, qui lieux de scolarisation d’origine des enfants.
a été prévu, ne peut pas toujours être tenu «  Les enseignants sont souvent démunis
dans de bonnes conditions et il est alors face au fonctionnement de la scolarisation
parfois préférable de le repousser au dernier des enfants hospitalisés et insuffisamment
moment ou d’en modifier le contenu pour sensibilisés au rôle primordial qu’ils ont à
l’adapter à l’état de l’enfant. Dans ces condi- jouer dans la transmission d’information sur
tions et dans un contexte où les équipes l’avancée de la classe, sur la préservation de
médicales préservent le secret médical, les la place de l’élève dans sa classe d’origine.
parents doivent être de véritables parte- Pour les élèves du second degré, le conseiller
naires notamment concernant le partage principal d’éducation et le professeur principal
d’information »240. ont des rôles clefs à jouer »241. L’établissement
d’une fiche de liaison individuelle pour chaque
Outre la collaboration étroite des médecins
enfant malade pourrait permettre de faciliter
et des parents, s’assurer du partenariat des
la coordination des acteurs (enseignants d’ori-
équipes pédagogiques des lieux de scolari-
gine, SAPAD, association, personnel médical)
sation d’origine des enfants est également
et le suivi de la scolarisation de ces enfants.

Recommandation 28

Le Défenseur des droits recommande une sensibilisation des enseignants et des chefs
d’établissement concernant l’importance de leur rôle et leurs obligations durant des périodes
d’hospitalisation ou de maintien à domicile de leurs élèves.

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

Le numérique et les techniques de l’informa- semaines ou d’une journée par semaine


tion et de la communication (TICE) consti- pendant plusieurs semaines. Les centres
tuent également des enjeux majeurs pour scolaires hospitaliers prennent alors le relais
favoriser la continuité des apprentissages. pour éviter les ruptures et stimuler l’enfant.
Aussi, le Défenseur des droits recommande Mais ils n’existent que dans certains hôpitaux
la mise à disposition gratuite d’une connexion et la mise en place d’heures d’enseignement
internet pour les mineurs hospitalisés en âge volantes sur les prises en charge ambulatoire
d’être scolarisés. est très compliquée.
L’attention qui doit être portée aux délicates Pour éviter les ruptures quand l’enfant n’est
transitions hôpital-école constitue une autre plus hospitalisé mais qu’il n’est pas, non
condition d’une scolarisation continue. Il plus, en capacité de retourner dans sa classe
ressort des auditions effectuées que, lors d’origine, et en attente de l’intervention
de la sortie du centre scolaire de l’hôpital, la des services d’assistance pédagogique au
rupture peut être brutale et perturbante pour domicile (SAPAD), les centres scolaires hospi-
les enfants et les familles. La rescolarisation, taliers prennent le relai. Il se pose alors bien
hors période éventuelle d’hospitalisation à souvent un problème juridique  : comment
domicile, est standard. « Les patients-élèves justifier l’accueil de l’enfant dans le centre
passent d’une prise en charge douce, à la scolaire hospitalier pendant cette période de
carte, personnalisée à une prise en charge transition alors qu’il n’est plus hospitalisé ? Il
collective qui peut manquer de souplesse a été noté que les équipes étaient contraintes
pour réintégrer les élèves convalescents »242. d’admettre virtuellement ces enfants et
adolescents à l’hôpital ou en consultations
Par ailleurs, les prises en charge ambula-
pour qu’ils puissent avoir accès au centre
toires se multiplient dans le cadre des
scolaire hospitalier ce qui n’est pas satisfai-
hospitalisations de jour et ces «  interrup-
sant. Or, il serait nécessaire que les centres
tions perlées  » peuvent s’avérer encore
scolaires hospitaliers puissent être dûment
plus déstabilisantes pour la scolarisation.
autorisés à accueillir les enfants hospitalisés
Il peut s’agir de prise en charge à l’hôpital
après leur sortie afin d’éviter des ruptures et
deux ou trois fois par semaine pendant cinq
des périodes de carences dans la scolarité.

Recommandation 29

Le Défenseur des droits recommande la création d’un mécanisme adéquat permettant aux
enfants hospitalisés de continuer à être pris en charge provisoirement, après leur sortie, par
le centre scolaire hospitalier, ceci afin d’éviter les ruptures et les périodes de carences dans
leur scolarité.

Ces constats sont d’autant plus exacts en cas des redoublements, des déscolarisations et
de la maladie chronique et de pathologies des errances du fait du manque d’accom-
lourdes qui constituent des facteurs majeurs pagnement, de perspective d’avenir, de vrai
de rupture scolaire. D’abord, parce que la projet d’orientation alors que les enfants et
santé prime avant tout. Mais également parce adolescents hospitalisés ont un véritable
que les retours dans les écoles d’origine sont besoin de projection. Les coordinatrices
souvent très difficiles et peuvent entraîner parisiennes relèvent que «  Les maladies

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R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

chroniques peuvent entraîner des retards La coordination et les moyens font souvent
scolaires eux aussi chroniques et une orien- défaut, à côté des modèles que peuvent
tation vers les filières techniques peut tomber constituer des établissements tels que la
comme un couperet ». De manière générale, maison des adolescents à Paris, dite Maison
les orientations par défaut sont fréquentes de Solenn, qui offre des soins pluridisci-
pour les adolescents hospitalisés et leur réali- plinaires en pédiatrie et en médecine de
sation s’avère parfois impossible au regard de l’adolescent, dans le champ des troubles du
la pathologie de l’enfant243. La multiplicité des comportement alimentaire, en psychologie
intervenants (médecins, équipe pédagogique, et en psychiatrie pour les adolescents de 11
assistante sociale, famille, service de l’aide à 18 ans. La question de la scolarisation est
sociale à l’enfance parfois…) ne favorise pas abordée dans le cadre de la prise en charge
une prise de décision concertée et respec- globale du jeune. Et, pour les adolescents qui
tueuse des désirs de l’adolescent. Pour ont quitté l’école et qui y sont hospitalisés, est
quelques élèves-patients très structurés, le par exemple proposé un atelier pour retrouver
CNED constitue une ressource précieuse mais le plaisir et le goût des apprentissages dans
sans enseignant et coordinateur en appui, les des groupes dits de «rescolarisation».
réussites sont rares sur le long terme et très
exigeantes pour l’élève.

Evidemment, certaines structures existent. Qu’il s’agisse de « l’Ecole à l’hôpital »


ou encore du CNED, elles apportent un appui qui, malheureusement, même s’il est
présent, n’est pas assez développé. Dans mon cas, j’ai dû apprendre à travailler
par moi-même. Rechercher les programmes scolaires de la 3ème à la terminale,
les analyser pour me construire un emploi du temps personnalisé et adapté, et
tenter d’instaurer un équilibre entre les différentes matières et le monde extérieur
(car étudier dans un hôpital, c’est possible, mais c’est compliqué). Tout cela m’a
permis d’acquérir autonomie, adaptation et ténacité, des compétences qui sont
devenues de véritables atouts. Cependant, s’il avait été possible d’avoir plusieurs
professeurs réguliers, pour m’aider dans mon apprentissage et m’expliquer les notions
que je ne comprenais pas, cela aurait permis de gagner un temps précieux, de
dépenser moins d’énergie et de sentir un soutien présent à mes côtés. Cet aspect
est pour moi extrêmement important, car il sous-entend, pour l’enfant, d’être traité
comme n’importe quel enfant en bonne santé et vivant en dehors de l’hôpital. Ce
qui peut, à terme, être également un élément important pour la guérison, ou du
moins la favoriser.

Arnaud Bovière,
Ancien « enfant des hôpitaux », titulaire aujourd’hui d’un Master
de l’Université Paris-Sorbonne et auteur de la pièce “Aux Fleurs du temps”
qui rend hommage à ses anciens camarades d’hospitalisation

119
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

La scolarisation des enfants placés dans des supplémentaire de complexification des


services de pédopsychiatrie ou des services échanges et des relations.245»
de psychiatrie adulte peut s’avérer encore
Les retards scolaires peuvent ainsi se multi-
plus compliquée.
plier de manière plus aiguë encore pour les
Pour des raisons de confidentialité mais patients-élèves des services de pédopsy-
également afin de préserver d’éventuelles chiatrie. La question de l’orientation est
chances de réintégration des jeunes également très compliquée. « Le jeune dans
concernés, les établissements scolaires un service de pédopsychiatrie perd sa place
d’origine des enfants et adolescents pris en d’acteur de son avenir. Face aux contraintes
charge ne sont pas contactés. administratives et le peu de places adaptées
disponibles, sa parole et sa volonté ont peu
Lors de leur prise en charge hospitalière, les
de poids. La seule chose qu’il peut faire c’est
patients-élèves des services de pédopsy-
refuser, fuguer et donc s’inscrire un peu plus
chiatrie bénéficient de classes spéciales et/
dans un parcours de rupture246».
ou de cours adaptés et ne sont habituelle-
ment pas mélangés avec les patients-élèves L’ensemble des constats ainsi opérés sont
des autres services de l’hôpital. aggravés pour les adolescents orientés vers
des services adultes, dans lesquels il est
« L’Ecole à l’hôpital » témoigne d’un nombre
alors très difficile d’accéder à la scolarité, à la
important d’adolescents pris en charge en
construction d’un projet de vie professionnel
pédopsychiatrie faute de place en hospi-
adapté et à une véritable insertion alors
talisation de jour ou en structure propo-
que c’est un point essentiel247 de prise en
sant le « modèle soins-études » qui permet
charge des personnes atteintes de troubles
d’appréhender le sujet et sa maladie dans sa
psychiques et psychiatriques.
globalité en proposant une prise en charge
pédagogique adaptée et en positionnant la Par ailleurs, le Défenseur des droits regrette
scolarité comme un élément supplémentaire que le gouvernement ne se préoccupe pas
dans le combat contre la maladie244. davantage des difficultés d’accès aux soins
psychiatriques rencontrées par les enfants
Quand le maintien à l’hôpital n’est plus
vivant dans les territoires d’Outre-mer. Le
possible et qu’il n’y a pas de place dans
plan psychiatrie santé mentale 2011-2015
une structure adaptée, la réintégration dans
ne mentionne pas plus l’Outre-mer que
une structure de scolarisation classique de
ne l’avait fait le précédent plan. Pourtant,
l’Education nationale est proposée mais la
comme sur d’autres sujets, le constat est
transition brutale entre le milieu hospita-
alarmant. Comme le Défenseur des droits qui
lier et le milieu scolaire peut faire replonger
est notamment saisi de telles situations en
l’enfant ou l’adolescent dans sa pathologie.
Guyane, la Cour des comptes, constate qu’en
«  Les relations avec la famille des enfants
Outre-mer, l’offre de soins en psychiatrie
et adolescents pris en charge en pédopsy-
proposée aux adultes comme aux enfants
chiatrie sont également potentiellement plus
est «  gravement déficiente  » et le manque
compliquées notamment avec les équipes
de locaux et de professionnels criant, alors
pédagogiques. Certains patients relèvent
que les besoins sont plus importants qu’en
également par ailleurs de l’Aide sociale à
métropole248.
l’enfance ce qui peut introduire un élément

120
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

C. L’enfant pris en charge


à son domicile
En cas d’hospitalisation à domicile ou lorsque charge des élèves de la maternelle au lycée
l’état de santé de l’enfant ne lui permet pas de dans chaque département. Dans le cadre
retourner à l’école, il est possible de mettre de ce dispositif départemental, un comité
en place un dispositif assurant une assis- de pilotage, présidé par l’inspecteur d’aca-
tance pédagogique à domicile afin d’assurer démie, définit au niveau local les missions
l’accès et la continuité de la scolarisation. du service, les conventions permettant
La circulaire n° 98-151 du 17 juillet 1998 son fonctionnement, et assure le suivi et le
présente ainsi les conditions de mise en contrôle des actions menées. Un coordon-
place de l’assistance pédagogique à domicile nateur est systématiquement désigné252. Au
en faveur des enfants et adolescents atteints niveau pratique, ce sont les associations des
de troubles de la santé évoluant sur une pupilles de l’enseignement public qui sont
longue période. Les interventions sont chargées, dans le cadre d’une convention
définies par le projet d’accueil individualisé avec le ministère de l’Éducation nationale, de
prévoyant une assistance à domicile. Ce PAI, la gestion et de la mise en œuvre du dispo-
défini par le coordonnateur du dispositif, la sitif d’assistance pédagogique à domicile.
famille, l’établissement scolaire d’origine et
Pour le ministère de l’Education nationale,
les médecins, s’adapte au parcours de santé
«  les dispositifs des SAPAD fonctionnent
de l’élève.
plutôt bien253». Cependant le pilotage asso-
L’assistance pédagogique à domicile249 a ciatif de ces dispositifs couplé à l’organisa-
pour objectifs principaux de permettre à tion et la diversité des territoires crée de fait
l’élève malade ou accidenté de poursuivre une grande hétérogénéité des conditions
les apprentissages scolaires indispensables, de prises en charge et ce, particulièrement
en évitant ainsi des ruptures de scolarité en milieu rural. Les délais de carence entre
trop nombreuses, ce qui permet un retour la demande auprès du SAPAD et la mise en
en classe sans décalage excessif dans les place effective des enseignements à domicile
acquisitions scolaires et place l’élève dans sont très variables et rompent la continuité,
une perspective dynamique d’apprentissage provisoirement mais non sans impact, de la
qui peut contribuer à l’amélioration de son scolarité dans des moments charnières pour
état de santé. Si cette relation est facilement les élèves malades ou en convalescence.
assurée lorsque le suivi à domicile est réalisé
Six heures de prise en charge hebdomadaire
par le maître ou un professeur habituel de
sont habituellement proposées aux élèves
l’élève, le lien avec l’établissement scolaire
mais certains SAPAD ne parviennent pas à
habituel devra être mis en place chaque fois
les assurer en totalité. Le relais des ensei-
que l’enseignement ou le suivi est assuré par
gnements du CNED est alors indispensable
un autre enseignant.
pour couvrir l’ensemble du programme.
Les Services académiques d’assis- Néanmoins, obtenir l’intervention d’un
tance pédagogique à domicile (SAPAD250) SAPAD quand un élève est déjà inscrit au
répondent aux objectifs de la circulaire du 17 CNED, et réciproquement, est complexe. En
juillet 1998 en garantissant le droit à l’édu- effet, cela est considéré comme une double
cation aux élèves malades ou accidentés251. inscription alors que la circulaire n° 98-151
Il existe un SAPAD susceptible de prendre en du 17 juillet 1998 rappelle « le rôle que joue le

121
R a p p o r t d r o i t s d e l ’ e n f a n t 2 0 1 6 - L’ é g a l i t é d e s d r o i t s d a n s e t p a r l ’ é c o l e

CNED pour assurer une scolarité aux enfants nationale de prendre les mesures néces-
atteints de pathologies chroniques, lorsque saires afin de garantir la gratuité des droits
le maintien à domicile se prolonge. Dans ce d’inscription au CNED pour les élèves, âgés
cas cependant, l’accompagnement par un de seize ans et plus, présentant un handicap
enseignant apparaît souhaitable pour effec- ou un trouble de la santé invalidant justi-
tuer un travail de répétiteur ». fiant le recours au CNED dans le cadre d’un
aménagement de leur scolarité254.
Par ailleurs, si les interventions des SAPAD
sont gratuites, la gratuité découlant du Une autre difficulté tient au fait que les
principe de la continuité du service public SAPAD sont également mobilisés dans le
d’éducation, le relais du CNED, alors quasi cadre de la continuité de la scolarité et de la
obligatoire, particulièrement sur une longue mise en œuvre pratique du plan « Zéro sans
durée, est payant. Cette situation est source solution  » pour des enfants et des adoles-
de difficultés pour les familles les plus cents qui ne peuvent plus revenir à l’école
défavorisées même si les fonds sociaux de pour des raisons diverses (décrochages,
l’établissement d’origine et/ou du CNED phobies scolaires, problèmes psychiatriques,
peuvent aider au financement des cours à etc…). Il y a là détournement de ce dispositif,
distance. qui ne peut fonctionner qu’à court terme.
Le Défenseur des droits a déjà eu l’occasion de Pour les élèves retirés temporairement de
demander la gratuité de l’accès aux services l’Ecole pour «  phobie scolaire  », ce terme
du CNED pour les enfants handicapés, quand recouvrant une complexité de symptômes
cet accès est préconisé par l’équipe de suivi et des situations variées, une grande diver-
de la scolarisation. Pour les élèves âgés de sité d’autres solutions pédagogiques peut
plus de seize ans, les droits d’inscription au être parfois proposée. Pour mettre en place
CNED restent à la charge des parents, ce qui les dispositifs les plus adaptés aux situations
nuit à la réalisation effective du droit à l’édu- individuelles des enfants et jeunes, il est
cation pour tous et n’est pas conforme à la nécessaire de coordonner les actions pour
Convention de l’ONU du 13 décembre 2006 favoriser la synergie des acteurs des champs
relative aux droits des personnes handica- de l’école comme de la thérapie et leur parti-
pées. Le Défenseur des droits a rappelé sa cipation à la réussite de la reprise du jeune
recommandation au ministère de l’Éducation dans son milieu scolaire255.

Recommandation 30

Le Défenseur des droits recommande de prendre les mesures suivantes visant à réduire les
inégalités dans l’accès à la scolarisation à domicile des enfants malades :
• créer un coordonnateur des SAPAD au niveau national afin mutualiser les efforts, de diffuser
les bonnes pratiques et d’harmoniser les modes de fonctionnement ;
• faciliter l’accès aux SAPAD pour les enfants et les adolescents pris en charge à leur domicile
pour un trouble de la santé évoluant sur une longue période et préalablement inscrit au
CNED ou pris en charge par le SAPAD et souhaitant s’inscrire au CNED ;
• rendre l’accès gratuit, à tout moment de l’année, aux enseignements du CNED pour les
enfants et les adolescents pris en charge à leur domicile pour raisons de santé.

122
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

Conclusion

L
e présent rapport est consacré à l’éducation, dans
sa double dimension d’accès au droit à l’école et
de respect du droit à l’égalité.
Au-delà des diverses recommandations qu’il
formule pour améliorer la situation des enfants
en France aujourd’hui, il soulève plus largement
la question du droit dans notre société et en particulier à
l’entrée et au sein de l’école : et d’abord celle de la connais-
sance par le plus grand nombre de ses droits et du Droit en
général.
Indispensable au fonctionnement et au maintien de notre
contrat social, le droit remplit en effet des fonctions essen-
tielles : il structure et rend possible la vie en société, il fonde et
encadre l’action des pouvoirs publics, il traduit et protège les
valeurs collectives, il délimite les droits et devoirs de chacun,
il permet encore une résolution pacifique des conflits, au
besoin par l’appel au juge. Parce que toute personne est
confrontée à l’omniprésence des règles juridiques dans les
différents aspects de sa vie quotidienne, l’approche par le
droit peut offrir une perception concrète de la manière dont
s’opèrent et se régulent les rapports sociaux dans une société
non régie par la force.
Les citoyens sont par ailleurs acteurs de l’élaboration des
règles de droit par l’intermédiaire de leurs représentants élus
mais aussi en participant plus directement au débat public.
Le droit représente ainsi une ressource que les personnes
peuvent mobiliser pour faire vivre et évoluer une société
démocratique.
C’est pourquoi le Défenseur des droits estime que la sensi-
bilisation des enfants et des jeunes aux notions fondamen-
tales de l’Etat de droit doit faire partie du socle commun de
compétences et de connaissances que leur environnement
éducatif est chargé de leur transmettre, afin de les préparer
à devenir des citoyens actifs et responsables : il s’agit bien,
en pleine cohérence avec les finalités du droit à l’éducation

124
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

inscrites dans la convention internationale des droits de


l’enfant, de permettre à ces derniers de connaître et d’exercer
leurs droits.
L’éducation aux droits et au droit doit ainsi favoriser l’appren-
tissage de la contradiction et de l’analyse critique dans le
respect des principes démocratiques : parce que l’édiction
des règles juridiques implique, dans un Etat démocratique,
un échange public d’opinions et d’arguments entre des
citoyens égaux, il est fondamental de développer l’aptitude
des jeunes à une confrontation pacifique des points de vue
et à l’expression de leurs avis et opinions.
En outre, l’éducation aux droits doit être vue comme un
levier de l’accès à l’égalité. Pour sortir de la fiction juridique
selon laquelle «nul n’est censé ignorer la loi» et faire en
sorte que chacun en particulier le plus vulnérable, puisse
exercer ses droits, il devient impératif d’en faciliter l’intelli-
gibilité et l’appropriation par le plus grand nombre, et ce, le
plus précocement possible, en particulier dans le cadre de la
scolarisation.
C’est à ces conditions que pourra être consolidé notre pacte
social, par l’appropriation et le respect des «règles du jeu»
fixées par le droit, qui organisent les rapports individuels et
collectifs pour tous et pour chacun, quelles que soient leurs
situations personnelles ou familiales. Des règles du jeu qui
feront effectivement de nos enfants et de nos jeunes des
acteurs et des sujets de droit, en leur reconnaissant les
mêmes libertés et les mêmes droits, mais aussi les mêmes
obligations à l’égard de la société à laquelle ils appartiennent.
Face au droit nous sommes tous égaux.

125
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

Annexes

127
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

Sigles/Acronymes
ACEPP : Association des collectifs, enfants, CAP : Certificat d’aptitude professionnelle
parents, professionnels
CAPA : Certificat d’aptitude professionnel
ACSE : Agence nationale pour la cohésion agricole
sociale et l'égalité des chances
CASF : Code de l’action sociale
ADOM : Agence de l’outre-mer et des familles
pour la mobilité
CASNAV : Centre académique pour la
AEEH : Allocation d’éducation de l’enfant scolarisation des enfants
handicapé allophones nouvellement arrivés
et des enfants issus de familles
AES : Administration économique et sociale
itinérantes et de voyageurs
AESH : Accompagnant d’un élève
CDAPH : Commission des droits et de l’auto-
en situation de handicap
nomie des personnes handicapées
AFEV : Association de la fondation étudiante
CDERE : Collectif pour le droit des enfants
pour la Ville
Roms à l’éducation
AFFELNET : Affectation des élèves
CE1 : Cours élémentaire 1
par le net
Convention EDH : Convention européenne
AIS : Adaptation et intégration scolaires
des droits de l’Homme
AMF : Association des maires de France
CEF : Centre éducatif fermé
ANPEIP : Association nationale pour les en-
CEP : Convention éducation prioritaire
fants intellectuellement précoces
CER : Centre éducatif renforcé
ARDIS : Alliance de recherche
sur les discriminations CGET : Commissariat général à l’égalité
des territoires
ARS : Agence régionale de santé
CIDE : Convention internationale relative
ASE : Aide sociale à l’enfance
aux droits de l’enfant
ATSEM : Assistant territoriale spécialisé
CIO : Centre d’information et d’orientation
des écoles maternelles
CLIS : Classe locale d’inclusion scolaire
AVS : Auxiliaire de vie scolaire
CM 2 : Cours moyen 2
AVSi : Auxiliaire de vie scolaire individuelle
CNAF : Caisse nationale des allocations
BEP : Brevet d’études professionnelles
familiales
BTS : Brevet de technicien supérieur
CNAPE : 
Coordination nationale des asso-
CAF : Caisse d’allocations familiales ciations de protection de l'enfance

128
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

CNED : Centre national d’enseignement ECLAIR : Établissements collèges et lycées


à distance pour l'innovation, l'ambition et la
réussite
CNESCO : Conseil national d'évaluation
du système scolaire EDF : Électricité de France
CNSA : Caisse nationale de solidarité ENFAMS : Enfants et familles sans logement
pour l’autonomie personnel en Ile-de-France
CPE : Conseiller principal d’éducation ENT : Espaces numériques de travail
CPGE : Classe préparatoire aux grandes EPE : Établissement de placement éducatif
écoles
EPEI : Établissement de placement éducatif
CRAEPS : Centre Rhône-Alpes d'Epidémio- et d’insertion
logie et de Prévention Sanitaire
EPM : Établissement pour mineurs
CROUS : Centre régional des œuvres
ERRC : European Roma Rights Centre
universitaires et scolaires
de chaque académie ES : Établissements et services

CSE : Conseil supérieur de l'éducation ESMS : Établissements et services


médico-sociaux
CSP+ : Catégorie Socio-Professionnelle
supérieure ESS : Équipe de suivi de la scolarisation

DAP : Direction de l’administration ESSEC : École supérieure des sciences


pénitentiaire économiques et commerciales

DASEN : Direction des services FEMDH : Fédération pour l'enseignement


de l’Education nationale des malades à domicile
et à l'hôpital
DDCS : Direction départementale
de la cohésion sociale FNARS : Fédération nationale
des associations d’accueil
DDD : Défenseur des droits
et de réinsertion sociale
DEGESCO : Direction générale de l’enseigne-
GEVA-Sco : Guide d’évaluation scolaire
ment scolaire
GIP : Groupement d'intérêt public
DEPP : Direction de l'évaluation, de la
prospective et de la performance HLM : Habitation à loyer modéré

DIHAL : Délégation Interministérielle IFE : Institut français de l’éducation


à l’Hébergement et l’Accès au IGAS : Inspection générale des affaires
Logement sociales
DOM : Département d’outre-mer IGEN : Inspection générale de l’Education
DPJJ : Direction de la protection judiciaire nationale
de la jeunesse IGSJ : Inspection générale des affaires
DREES : Direction de la recherche, des judiciaires
études, de l’évaluation INSEE : Institut national de la statistique
et des statistiques et des études économiques
DTPJJ : Direction territoriale de la protection IPJJ : Inspection de la protection judiciaire
judiciaire de la jeunesse de la jeunesse

129
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

IME : Institut médico-éducatif SIAO : Service intégré d’accueil


et d’orientation
JO : Journal officiel
STEMO : Service territorial éducatif
MDE : Mission des droits de l’Enfant
de milieu ouvert
du Défenseur des droits
TA : Tribunal administratif
MDPH : Maison départementale
des personnes handicapées TAP : Temps d’activité périscolaire
MECS : Maison d’enfants à caractère social TED : Troubles envahissants
du développement
MLDS : Mission de lutte contre le décro-
chage scolaire TFA : Troubles de la fonction auditive
OCDE : Organisation de coopération TFM : Troubles des fonctions motrices
et de développement économiques
TFV : Troubles de la fonction visuelle
ODPE : Observatoire départemental
TICE : Numérique et techniques
de la protection de l’enfance
de l’information et la communication
ONPE : Observatoire national
TMA : Troubles multiples associés
de la protection de l’enfance
UE : Unité d’enseignement
ONU : Organisation des Nations-Unies
UEHC : Unité éducative d’hébergement
ONZUS : Observatoire national des zones
collectif
urbaines sensibles
UEHD : Unité éducative d’hébergement
PAI : Plan d’accompagnement individualisé
diversifié
PAP : Plan d’accompagnement personnalisé
ULIS : Unité localisée pour l'inclusion
PEDT : Projet éducatif territorial scolaire
PISA : Programme international pour le suivi UNEF : Union nationale des étudiants
des acquis des élèves de France
PJJ : Protection judiciaire de la jeunesse UNESCO : Organisation des Nations-Unies
pour l’éducation, la science
PPC : Plan personnalisé de compensation
et la culture
PPRE : Programme personnalisé de réussite
UNICEF : United nations international
éducative
children's emergency fund
PPS : Projet personnalisé de scolarisation
UPE2A : Unité pédagogique pour élèves
QM : Quartier mineurs allophones arrivants
RASED : Réseau d'aides spécialisées aux UPE2A-NSA : Unité pédagogique pour
élèves en difficulté élèves allophones arrivants
SAPAD : Service d'assistance pédagogique non scolarisés antérieurement
à domicile
SEGPA : Section d’enseignement général
et professionnel adapté
SESSAD : Service spécialisé de soin
à domicile

130
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

Liste des contributions,


auditions et réunions
de travail
ADF FNASEPH
Association L'Ecole à l'Hôpital France Stratégie
ANCREAI France Urbaine
ANMDA – Maisons des adolescents Hôpital universitaire Robert-Debré
ATD Quart Monde Hors la Rue
ANPEIP Institut Français de l’Education, réseau
national de lutte contre les discriminations
ASET 93
à l’école
CDERE
Inter-collectif Roms 59/62
CGET
Médiateur de l’Education nationale
CNAPE et de l’enseignement supérieur
Collectif CLASSES Lyon Ministère de l’Education nationale,
Croix Rouge Française de l’enseignement supérieur
et de la recherche
DAP
Observatoire du Samu social de Paris
DGCS
Rectorat de Mayotte
DIHAL
Scolarité partenariat (site internet dédié à la
DPJJ scolarisation des enfants handicapés)
DTPJJ 93 SNPDEN
Équipe de recherche Evascol SOS Village d’enfants
FCPE Jean-Paul DELAHAYE,
FFDYS Inspecteur honoraire du Ministère
de l’Education nationale
FIDL
Arnaud BOVIERE

131
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

30
recommandations
Recommandation 1 : Le Défenseur des droits sions d’orientation assurées par les services
recommande au ministère de l’Intérieur et intégrés d’accueil et d’orientation  (SIAO), en
aux associations d’élus locaux de rappeler particulier en cas de déménagement d’une
aux maires le cadre normatif dans lequel ils famille déjà accueillie dans le dispositif d’hé-
exercent leur compétence d’inscription des bergement d’urgence.
enfants à l’école du premier degré, et en parti-
Recommandation 5  : Le Défenseur des
culier leur obligation de scolariser tous les
droits demande au ministre de l’Educa-
enfants installés physiquement sur leur terri-
tion nationale d’intégrer dans le logiciel
toire, cette installation se prouvant par tout
AFFELNET la possibilité de distinguer
moyen ; leur obligation de procéder sans délai
l’adresse administrative de l’enfant de son
à l’information des parents et de motiver leur
adresse de résidence effective afin que
décision de refus.
cette dernière puisse être utilisée dans les
Recommandation 2  : Le Défenseur des propositions d’affectation.
droits rappelle aux préfets leur obligation de
Recommandation 6  : Le Défenseur des
se substituer aux maires qui refusent illéga-
droits rappelle aux préfets la nécessité d’in-
lement l’inscription d’enfants dans les écoles
former et d’associer, systématiquement, les
du premier degré, en application de l’ar-
services académiques, en amont de toute
ticle L. 2122-34 du code général des collec-
opération de démantèlement de campement
tivités territoriales.
afin que des mesures puissent être antici-
Recommandation 3  : Le Défenseur des pées pour assurer la continuité de la scolari-
droits rappelle aux directeurs académiques sation des enfants concernés.
des services de l’Education nationale et aux
Recommandation 7 : Le Défenseur des droits
directeurs d’établissement du premier degré
recommande aux collectivités locales l’adop-
que les directeurs peuvent procéder à l’ad-
tion de dispositions particulières au sein des
mission provisoire des enfants à l’école,
règlements intérieurs des aires d’accueil des
même en l’absence de certificat d’inscription
gens du voyage afin de permettre des déro-
délivré par la mairie, en tenant compte cepen-
gations à la durée maximale de stationne-
dant de la sectorisation des écoles arrêtée par
ment, lorsque les enfants sont scolarisés.
la commune et dans la limite des capacités
d’accueil. Recommandation 8 : Le Défenseur des droits
recommande aux services académiques de
Recommandation 4 : Le Défenseur des droits
veiller à l’affectation rapide des élèves allo-
recommande aux préfets de veiller à la prise
phones au sein d’un établissement scolaire,
en considération des lieux de scolarisation
afin de leur permettre d’accéder à une scola-
des enfants des familles sans logement et
risation effective dans les meilleurs délais, y
du calendrier scolaire, à l’occasion des déci-
compris après 16 ans.

132
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

Recommandation 9  : Le Défenseur des cation nationale que l’ensemble des ensei-


droits rappelle aux conseils départementaux gnants soient informés et/ou formés aux
leur obligation d’assurer un accès effectif à processus d’évaluation des besoins des
une scolarité ou à une formation profession- enfants handicapés en matière d’aménage-
nelle, à tous les mineurs non accompagnés ment de la scolarité, en vue de l’élaboration
dont ils ont la charge, y compris lorsqu’ils du GEVA-Sco, cette dernière devant impéra-
sont âgés de plus de 16 ans. tivement associer les parents.
Recommandation 10  : Le Défenseur des Il insiste auprès de la caisse nationale de
droits insiste sur la nécessité d’organiser les solidarité pour l’autonomie et des maisons
transports scolaires pour les enfants vivant départementales des personnes handica-
dans des campements illicites, condition pées sur la nécessaire adéquation des déci-
nécessaire à leur scolarisation effective, sions relatives aux aménagements de la
ce qui implique une action concertée des scolarité aux besoins de l’enfant handicapé,
acteurs locaux. dans le cadre d’une évaluation globale de sa
situation. A cet égard, le Défenseur des droits
Recommandation 11  : Le Défenseur des
rappelle qu’un seul PPS doit être élaboré
droits rappelle aux présidents des conseils
par enfant et comprendre l’intégralité des
départementaux et aux présidents des
aménagements mis en place à son égard,
conseils régionaux qui assumeront la compé-
quel que soit son mode de prise en charge.
tence «  transport  » à compter du 1er janvier
2017, leur obligation de prendre en charge, Recommandation 14  : Le Défenseur des
à titre individuel, les frais de transport d’un droits recommande au ministère de l’Edu-
enfant handicapé ne pouvant utiliser les cation nationale d’effectuer un bilan du
moyens de transport en commun et ce, pour dispositif d’accompagnement des élèves
tous les trajets effectués dans le cadre de sa handicapés, s’agissant notamment de l’ac-
scolarité, y compris les trajets desservant les compagnement par une aide mutualisée.
lieux d’activités périscolaires. Il leur recom-
Recommandation 15  : Le Défenseur des
mande d’organiser le transport individuel
droits recommande au ministère de l’Edu-
des élèves handicapés de manière à leur
cation nationale d’évaluer les effets de la
permettre d’accéder aux activités périsco-
politique de professionnalisation et de recon-
laires sur la base de l’égalité avec les autres
naissance d’un véritable statut des person-
enfants.
nels accompagnants des élèves handicapés,
Le Défenseur des droits recommande la en termes de qualité, de continuité et d’ef-
clarification du cadre juridique en matière fectivité de l’accompagnement des enfants.
d’évaluation des besoins d’accompagnement
Recommandation 16  : Le Défenseur des
des enfants handicapés sur le temps péris-
droits recommande au ministère de l’Édu-
colaire par les MDPH de manière à harmoni-
cation nationale d’informer les équipes
ser les pratiques entre les départements.
éducatives, via notamment l’élaboration et la
Recommandation 12  : Le Défenseur des diffusion de guides pratiques, sur les condi-
droits recommande au ministère de l’Edu- tions et les modalités de participation des
cation nationale de poursuivre son effort élèves handicapés ou souffrant de troubles
de développement des RASED en veillant à de santé aux voyages scolaires.
garantir l’égalité entre les territoires.
Recommandation 13  : Le Défenseur des
droits recommande au ministère de l’Edu-

133
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

Recommandation 17  : Le Défenseur des Recommandation 21  : Le Défenseur des


droits recommande au ministère de l’Edu- droits recommande au ministère de l’Educa-
cation nationale d’intensifier ses actions de tion nationale de systématiser la formation
sensibilisation et de formation des ensei- aux stéréotypes et aux discriminations dans
gnants au repérage et à l’accompagnement la formation initiale et continue des acteurs
spécifique des élèves intellectuellement de l’Ecole et notamment des enseignants.
précoces.
Il recommande également de donner aux
Recommandation 18  : Le Défenseur des élèves et à leurs familles les moyens de faire
droits recommande au ministère de l’Edu- des choix éclairés et informés, en luttant
cation nationale de dresser un bilan des contre le défaut d’information, l’autocensure
besoins des écoles du département de la et les stéréotypes, dans le cadre des orienta-
Seine-Saint-Denis, de continuer à mobiliser tions scolaires.
les ressources nécessaires en vue de pouvoir
Recommandation 22  : Le Défenseur des
atteindre l’ensemble des objectifs fixés au
droits réitère ses préconisations au Comité
titre de l’éducation prioritaire. Il recommande
des droits de l’enfant de l’ONU en février 2015
également au ministère de l’Education natio-
et recommande de prendre les mesures
nale de poursuivre le mouvement de rééqui-
suivantes :
librage concernant l’ancienneté des ensei-
gnants au sein des écoles de la commune • améliorer la précision des statistiques
de Saint-Denis et de prendre les disposi- concernant les élèves en rupture avec
tions leur permettant de rester durablement l’école ;
attachés aux établissements dans lesquels • allouer les moyens suffisants à l’école et au
ils sont affectés. secteur associatif pour la mise en œuvre des
mesures prises pour lutter contre les inéga-
Recommandation 19  : Le Défenseur des
lités et le décrochage scolaires et évaluer
droits recommande au gouvernement de
leur efficacité ;
poursuivre sa réforme de l’éducation et d’éva-
luer cette politique publique afin d’atteindre • recenser, évaluer et proposer de bonnes
les objectifs énoncés à l’article  L. 111-1 du pratiques en matière de lutte contre les
code de l’éducation. difficultés scolaires et le décrochage, et de
soutien aux élèves en termes de remédia-
Recommandation 20  : Le Défenseur des
tion éducative et de restauration de l’image
droits recommande au gouvernement de
de soi.
prendre toutes les mesures nécessaires pour
lever les barrières à l’accès à l’éducation en Recommandation 23  : Le Défenseur des
Outre-Mer, notamment par le renforce- droits recommande aux conseils départe-
ment des investissements pour développer mentaux de prendre en considération priori-
la scolarisation précoce, et rendre ce droit tairement la question de la scolarité à toutes
pleinement effectif en augmentant, autant les étapes de la prise en charge de l’enfant,
que possible, l’offre d’enseignement dispensé notamment dans le choix du mode et du lieu
dans des lieux raisonnablement accessibles, de placement, et de veiller à la continuité des
en prenant en charge le transport des élèves, conditions de scolarisation dès l’entrée de
et en développant les structures de soutien l’enfant en protection de l’enfance.
et d’accueil des enfants qui quittent leur
village pour continuer leurs études.

134
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16 - A n n exe s

Recommandation 24  : Le Défenseur des Recommandation 28  : Le Défenseur des


droits recommande aux directeurs des droits recommande une sensibilisation des
services académiques de s’assurer de la enseignants et des chefs d’établissement
réelle mise en œuvre des dispositions de concernant l’importance de leur rôle et leurs
l’article  L. 542-1 du code de l’éducation, qui obligations durant des périodes d’hospita-
prévoit une formation des personnels ensei- lisation ou de maintien à domicile de leurs
gnants à la protection de l’enfance. élèves.
Recommandation 25  : Le Défenseur des Recommandation 29  : Le Défenseur
droits recommande aux départements et des droits recommande la création d’un
aux services départementaux de l’Educa- mécanisme adéquat permettant aux enfants
tion nationale de développer des partena- hospitalisés de continuer à être pris en
riats visant à améliorer le repérage et les charge provisoirement, après leur sortie, par
réponses apportées aux difficultés scolaires le centre scolaire hospitalier, ceci afin d’éviter
des enfants confiés. les ruptures et les périodes de carence dans
leur scolarité.
Recommandation 26  : Le Défenseur des
droits demande aux ministères de l’Educa- Recommandation 30  : Le Défenseur des
tion nationale et de la Justice de prendre droits recommande de prendre les mesures
toutes les mesures nécessaires pour que des suivantes visant à réduire les inégalités dans
enseignants soient effectivement affectés au l’accès à la scolarisation à domicile des
sein de chaque CEF, afin que chaque mineur enfants malades :
bénéficie du nombre d’heures de scolarisa-
• créer un coordonnateur des SAPAD au ni-
tion prévues ; il encourage à cet égard les
veau national afin mutualiser les efforts, de
travaux engagés pour refonder leur statut et
diffuser les bonnes pratiques et d’harmoni-
leur place dans les équipes éducatives.
ser les modes de fonctionnement ;
Recommandation 27  : Le Défenseur des • faciliter l’accès aux SAPAD pour les enfants
droits recommande au ministre de la Justice et les adolescents pris en charge à leur do-
de rendre obligatoire, en même temps que micile pour un trouble de la santé évoluant
le placement en détention provisoire d’un sur une longue période et préalablement
mineur, le prononcé d’une mesure éducative inscrit au CNED ou pris en charge par le
provisoire, afin de s’assurer de l’intervention SAPAD et souhaitant s’inscrire au CNED ;
auprès du jeune détenu d’un éducateur de
• rendre l’accès gratuit, à tout moment de
milieu ouvert qui contribuera à maintenir ses
l’année, aux enseignements du CNED pour
liens avec l’extérieur, et à préparer sa sortie,
les enfants et les adolescents pris en charge
notamment sur le plan scolaire ou de la
à leur domicile pour raisons de santé.
formation professionnelle.

135
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

Notes
1 9
Pour plus d’informations sur les résultats Les missions des centres académiques
de ces études, voir la revue éducation et pour la scolarisation des enfants allo-
formations du ministère de l’Education phones nouvellement arrivés et des
nationale et notamment les n° 88-89 enfants issus de familles itinérantes et
(décembre 2015) sur le bien-être à l’école, de voyageurs ont été définies dans la
le n° 90 (avril 2016) sur la motivation et le circulaire n° 2012-143 du 2 octobre 2012
décrochage scolaire, le n° 91 (septembre parue au BO n° 37 du 11 octobre 2012. Ils
2016) sur les inégalités d’orientation. sont notamment chargés d’accompagner
D’autres parutions sont également à venir la scolarisation des élèves nouvellement
en 2017. arrivés en France, sans maîtrise suffisante
2
DEI c/Pays-Bas, 20 oct. 2009; conclusions, de la langue française ou des apprentis-
Turquie, 2011 sages scolaires, et la scolarité des enfants
3 du voyage. Ils ont également pour mission
Déclaration de Salamanque et cadre d’ac-
d’informer, former, créer et de diffuser
tion pour l’éducation et les besoins éduca-
des outils pédagogiques. Ils exercent ses
tifs spéciaux adoptés par la Conférence
missions essentiellement auprès des
mondiale sur l’éducation et les besoins
enseignants des 1er et 2nd degrés.
éducatifs spéciaux : « Accès et qualité », 10
Salamanque, Espagne, 7-10 juin 1994. Confirmé par le jugement du TA de Cergy-
4 Pontoise – n° 1101769 – 15/11/2013
Charte de Luxembourg sur l’intégration
11
scolaire des enfants et adolescents TA de Paris – 01/02/2002 – n° 0114244/7
handicapés adoptée en novembre 1996 12
TA de Paris op cité
par la Commission DG XXII – Éducation, 13
Formation et Jeunesse de la Communauté TA Cergy-Pontoise – 15/11/2013
14
Européenne. http://www.education.gouv.fr/cid100762/
5
Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orienta- reussir-le-developpement-de-la-scolari-
tion et de programmation pour la refonda- sation-des-enfants-de-moins-de-3-ans.
tion de l’école de la République html
6 15
Maternelle et primaire N° MDE-MLD-MSP-2014-163
7 16
Rapport du Défenseur des droits, Les Cour d’appel de Paris, pôle 1, chambre 3,
droits fondamentaux des étrangers, mai 17 Mai 2016
2016 : http://www.defenseurdesdroits.fr/ 17
Cass. crim., 26 juin 2002
fr/actus/actualites/les-droits-fondamen- 18
taux-des-etrangers-en-france Voir le rapport du Défenseur des droits
8 portant sur le bilan d’application de la
Circulaire n° 2012-141 du 2-10-2012 portant
circulaire interministérielle du 26 août
sur l’organisation de la scolarité des élèves
2012 relative à l’anticipation et à l’accom-
allophones nouvellement arrivés.

136
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

28
pagnement des opérations d’évacuation DIHAL, Pôle « campements illicites et
des campements illicites, septembre 2013. résorption des bidonvilles » - État des
19 lieux national des campements illicites et
Tribunal des affaires de sécurité sociale de
grands squats, Avril 2016 (7ème édition)
Paris, 18 janvier 1995, n° 65.087/89, CAF
29
de Paris c/ Madame PERRET et Monsieur European Roma Rights Centre (ERRC),
JOLY. Destruction des progrès, progression des
20 destructions : les femmes et enfants roms,
Voir notamment : Décision MDE-2013-92
citoyens européens en France, Septembre
et Bilan d’application de la circulaire
2014
interministérielle du 26 août 2012 relative
30
à l’anticipation et à l’accompagnement des Haut Comité pour le logement des
opérations d’évacuation des campements personnes défavorisées, Avis sur la situa-
illicites. - août 2012-mai 2013 tion des populations des campements en
21 France métropolitaine, 3 juillet 2014
Fondation Abbé Pierre, « L’état du mal-lo-
31
gement en France », 20ème rapport annuel, Collectif pour le droit des enfants Roms
2015, p16 à l’éducation, enquête réalisée sur les
22 adolescents vivants en bidonvilles et en
Fédération nationale des associations
squats, septembre 2016
d’accueil et de réinsertion sociale,
32
« Baromètre 115, Synthèse hivernale DIHAL, Vade-mecum à l’usage des
2015-2016 » correspondants « points de contact
23 départementaux » de la mission relative
Observatoire du Samu social de Paris,
à l’anticipation et l’accompagnement des
Rapport d’enquête ENFAMS, « Enfants
opérations d’évacuation des campements
et familles sans logement personnel en
illicites en application de circulaire inter-
Ile-de-France »
24
ministérielle du 26 août 2012 (ref. NOR
Ibid. INTK1233053C), 21 juillet 2014
25
Voir sur ce point Observatoire du Samu 33
Circulaire interministérielle relative à
social de Paris, Rapport d’enquête l’anticipation et à l’accompagnement
ENFAMS, « Enfants et familles sans loge- des opérations d’évacuation des campe-
ment personnel en Ile-de-France ». ments illicites du 26 août 2012, NOR
26
Ce plan prévoit, d’ici à 2017, de créer INTK1233053C
13 000 places en dispositifs alternatifs 34
Circulaire n° 2012-142 du 2 octobre 2012
dont 9 000 places en intermédiation relative à la scolarisation et à la scolarité
locative (comme Solibail) ; 1 500 places en des enfants issus de familles itinérantes et
logement adapté (pensions de familles ou de voyageurs
maisons-relais) et 2 500 places d’héber- 35
La loi n° 2003-710 du 1er août 2003 relative
gement dans des centres ou des apparte-
à l’orientation et à la programmation pour
ments dédiés aux familles.
27
la ville et la rénovation urbaine a toutefois
L’orientation vers un lycée, en fin de apporté un assouplissement aux obliga-
troisième, est effectuée par le logiciel tions communales. Ainsi, les communes
Affelnet. Ce dernier permet de classer les de moins de 20 000 habitants, dont la
choix d’orientation formulés par l’élève et moitié de la population habite en zone
sa famille et propose une affectation dans urbaine sensible, peuvent à leur demande
un établissement déterminé. être exemptées de l’obligation de réaliser
des aires d’accueil.

137
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

36
Circulaire n° 2001-49 du 5 juillet 2001 rela- vigilant à la manière dont ces aides sont
tive à l’application de la loi du 5 juillet 2000 utilisées afin d’ajuster le cas échéant leur
relative à l’accueil et à l’habitat des gens du montant en s’interrogeant également sur la
voyage, UHC/IUH1/12. bonne articulation entre l’usage qui est fait
37 de ces différentes sources de financement.
Circulaire du 3 août 2006 relative à la mise
Ces éléments pourraient permettre de
en œuvre des prescriptions du schéma
s’interroger sur la nécessité de mettre en
départemental d’accueil des gens du
place un financement complémentaire en
voyage, NOR INTD0600074C
38
vue d’apporter une réponse spécifique aux
Cour des comptes, L’accueil et l’accom- enfants handicapés notamment.
pagnement des gens du voyage, octobre 47
CE, 20 avril 2011, Ministre de l’Éducation
2012.
39
nationale, de la Jeunesse et de la Vie asso-
Elèves dont la langue première n’est pas le ciative c/M. et Mme SUEL, n° 345442 – En
français l’espèce, il s’agissait de l’accompagnement
40
Circulaire n° 2012-141 du 02 octobre par un AVS sur le temps de la cantine.
2012 relative à l’organisation des élèves 48
TA de Rennes, jugement n° 1600150 du
allophones. 30 juin 2016
41
Décisions MDE/2012-179 du 21 décembre 49
Rapport à Monsieur le Premier Ministre sur
2012, MDE/21014-127 du 29 août 2014, la mise en place des projets éducatifs de
MDE/2016-183 du 21 juillet 2016 territoires « Une réforme dans le rythme :
42
Article L551-1 du code de l’éducation vers une nouvelle étape qualitative », établi
modifié par la loi n° 2013-595 du 8 juillet par Françoise CARTRON, vice-présidente
2013 d’orientation et de programma- du Sénat, sénatrice de Gironde, mai 2016.
tion pour la refondation de l’école de la 50
Loi n° 2015-991 portant Nouvelle
République Organisation Territoriale de la République
43
Décret n° 2013-77 du 24 janvier 2013. (NOTRe), promulguée le 7 août 2015 et
44 publiée au Journal Officiel du 8 août 2015
Chiffres communiqués par le ministère de 51
l’Education nationale dans le cadre de nos On retrouve les mêmes problématiques
travaux. pour les activités extra-scolaires.
52
45
La création de ce fonds est prévue par Ordonnance de référé TA Versailles
l’article 67 de la loi n° 2013-595 du 8 juillet n° 1407003 en date du 6 octobre 2014
2013 d’orientation et de programma- 53
Le PPS constitue un élément du plan
tion pour la refondation de l’École de la de compensation élaboré par la MDPH.
République et ses modalités de gestion ont Il définit et coordonne les modalités de
été précisées par le décret n° 2013-705 du déroulement de la scolarité et les actions
2 août 2013 et l’arrêté du même jour fixant pédagogiques, psychologiques, éducatives,
les taux des aides du fonds. sociales, médicales et paramédicales
46
Dans tous les cas, et dans le prolongement répondant aux besoins particuliers des
de la mission parlementaire qui a été élèves présentant un handicap.
confiée à la sénatrice Françoise CARTRON 54
Arrêté du 6 février 2015.
qui évoquait notamment la nécessité 55
Voir l’article 1er du décret n° 2014-1377 du 18
d’alléger les procédures d’attribution des
novembre 2014 relatif au suivi et à l’accom-
aides de la CAF, il conviendra de rester
pagnement pédagogique des élèves

138
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

56
L’article D. 311-12 du code de l’éducation, • TFV : troubles de la fonction visuelle ;
introduit par le décret n° 2014-1377 du
• TMA : troubles multiples associés
18 novembre 2014, précise à cet égard que
(pluri-handicap ou maladie invalidante).
« Le programme personnalisé de réus- 62
site éducative, prévu à l’article L. 311-3-1, Circulaire n°2009-087 du 17 juillet 2009
permet de coordonner les actions mises relative à l’organisation de la scolarisation
en œuvre lorsqu’il apparaît qu’un élève des élèves handicapés à l’école primaire ;
risque de ne pas maîtriser certaines actualisation de l’organisation des classes
connaissances et compétences attendues pour l’inclusion scolaire (CLIS), NOR
à la fin d’un cycle. Il implique des pratiques MENE0915406C
pédagogiques diversifiées et différenciées, 63
Rapport conjoint du Contrôle général
d’une durée ajustable, suivant une progres- économique et financier, de l’Inspection
sion accordée à celle de l’élève. L’essentiel générale des affaires sociales, de l’Inspec-
de ces actions est conduit au sein de la tion générale de l’éducation nationale et de
classe. » l’Inspection générale de l’administration de
57
La pédagogie différenciée consiste à attri- l’Education nationale et de la recherche,
buer à chaque élève une tâche correspon- « Les unités d’enseignement dans les
dant à ses besoins et à ses possibilités. Le établissements médico sociaux et de
niveau d’exigence est adapté à partir d’un santé », décembre 2014
objectif commun. 64
CNSA, DGESCO, DGCS, « Enquête quali-
58
Article L112-1 du code de l’éducation tative : Les Unités d’Enseignement exter-
59 nalisées des établissements et services
CE, 8 avril 2009, n° 411434
médico-sociaux », mars 2015
60
Ce changement a été opéré par la circulaire 65
Article D.351-5 du code de l’éducation
du 21 août 2015 n° 2015-129 relative aux 66
unités localisées pour l’inclusion scolaire L’arrêté du 17 août 2006 relatif aux ensei-
(Ulis), dispositifs pour la scolarisation gnants référents précise en son article 2
des élèves en situation de handicap que « L’enseignant référent est, au sein
dans le premier et le second degrés, de l’Education nationale, (...) l’interlocuteur
NOR MENE1504950C privilégié des parents (...). Il assure auprès
61 de ces familles une mission essentielle
La circulaire référencée dans la précédente
d’accueil et d’information. »
note précise à cet égard que l’organisation 67
des Ulis correspond à une réponse cohé- En vertu de l’article L112-2-1 du code de
rente aux besoins d’élèves en situation de l’éducation, « Des équipes de suivi de la
handicap présentant des : scolarisation sont créées dans chaque
département. Elles assurent le suivi des
• TFC : troubles des fonctions cognitives ou
décisions de la commission des droits et
mentales ;
de l’autonomie des personnes handicapées
• TSLA : troubles spécifiques du langage et (…) Ces équipes comprennent l’ensemble
des apprentissages ; des personnes qui concourent à la mise en
œuvre du projet personnalisé de scolarisa-
• TED : troubles envahissants du dévelop-
tion et en particulier le ou les enseignants
pement (dont l’autisme) ;
qui ont en charge l’enfant ou l’adolescent.
• TFM : troubles des fonctions motrices  Elles peuvent, avec l’accord de ses parents
• TFA : troubles de la fonction auditive ; ou de son représentant légal, proposer à la
commission mentionnée à l’article L. 241-5

139
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

75
du code de l’action sociale et des familles La circulaire du 17 octobre 2007 , relative au
toute révision de l’orientation d’un enfant ou parcours scolaire des élèves intellectuelle-
d’un adolescent qu’elles jugeraient utile. » ment précoces ou manifestant des apti-
68 tudes particulières à l’école et au collège,
Selon le SNSMU-UNSA Éducation, il y
met également en exergue la nécessité
aurait actuellement moins de 1 000 méde-
d’un effort important en matière d’infor-
cins scolaires pour 12 millions d’élèves
mation et de formation en direction des
soit approximativement un médecin pour
personnels du premier et du second degrés
10 000 élèves (Communiqué de presse du
concernant l’accompagnement de ces
20 juin 2016.)
69
enfants et prévoit la création d’un groupe
L’article D321-16 du code de l’éduca- national chargé d’élaborer un guide d’aide
tion prévoit sur ce point que « L’équipe à la conception de modules de formation
éducative est composée des personnes réunissant des ressources documentaires
auxquelles incombe la responsabilité et des pistes méthodologiques. Ce groupe
éducative d’un élève ou d’un groupe sera également chargé du repérage des
d’élèves. Elle comprend le directeur d’école, bonnes pratiques, visant à faire mieux
le ou les maîtres et les parents concernés, connaître les réponses possibles et en
le psychologue scolaire et les enseignants garantir la mise en œuvre. Ce guide d’aide
spécialisés intervenant dans l’école, à la conception de modules de formation
éventuellement le médecin de l’éducation pour une prise en compte des élèves
nationale, l’infirmière scolaire, l’assistante intellectuellement précoces a été annexé
sociale et les personnels contribuant à la à la circulaire du 12 novembre 2009. Il est
scolarisation des élèves handicapés dans conçu comme une aide aux formateurs
l’école. » pour définir les programmes de formation
70
L’article D351-10 du code de l’éducation et propose des pistes de travail à mettre en
précise que l’équipe de suivi de la scolari- œuvre au niveau local.
sation comprend nécessairement « l’élève, 76
Voir notamment « Scolariser les élèves
ou ses parents, ou son représentant légal » intellectuellement précoces (EIP) »,
71
Décret n° 2012-903 du 23 juillet 2012 relatif ressource d’accompagnement pédago-
à l’aide individuelle et à l’aide mutualisée gique publiée par le ministère de l’Educa-
apportées aux élèves handicapés, NOR tion nationale en septembre 2013, dans le
MENE1209765D cadre de l’accompagnement personnalisé
72
Loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011 de des parcours et disponible sur le site
finances pour 2012, NOR BCRX1125684L internet educscol.
77
73
Selon les chiffres transmis au Défenseur DEPP, Note d’information n° 35 – Octobre
des droits par l’Association Nationale Pour 2015
78
les Enfants Intellectuellement Précoces Educscol, Repères sur l’inclusion des élèves
(ANPEIP), les personnes intellectuellement allophones nouvellement arrivés, DGESCO,
précoces représenteraient 2,3 % de la mai 2016
population. 79
DEPP, Note d’information n° 35 – Octobre
74
L’article D321-7 du code de l’éducation 2015
prévoit à cet effet que « Leur scolarité peut 80
Educscol, Repères sur l’inclusion des élèves
être accélérée en fonction de leur rythme allophones nouvellement arrivés, DGESCO,
d’apprentissage. » mai 2016

140
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

81 90
http://cache.media.eduscol.education. Site internet de l’UNESCO :
fr/file/College/12/3/Document_evalua- http://www.unesco.org/new/fr/
tion_121009_c_228902_356123.pdf inclusive-education/
82 91
http://cache.media.eduscol.education. OCDE, France : Vers un système d’éduca-
fr/file/College/99/0/EANA_FLSco_le_ tion plus inclusif en France ?, juillet 2015 :
professeur_dans_sa_classe_359990.pdf https://www.oecd.org/fr/france/vers-un-
83
Décision du Défenseur des droits systeme-d-education-plus-inclusif-en-
n° 2015-15 france.pdf
92
84
« Exilés et droits fondamentaux : On considère qu’une famille est pauvre au
la situation sur le territoire de Calais » du seuil de 50 % du revenu médian quand
6 octobre 2015, décision MDE-2016-113 son revenu mensuel est inférieur à 1 739
du 20 avril 2016, et décision MSP-MDE – euros pour un couple avec deux enfants de
2016-198 du 22 juillet 2016. moins de 14 ans. Données d’Eurostat 2012.
[1] Notamment février 2015, juillet 2015, Analyse de l’Observatoire des inégalités :
avril 2016 et juin 2016 www.inegalites.fr/spip.php?page=ar-
[2] Au 30 juin, 212 mineurs non accompa- ticle&id_article=1630&id_groupe=9&id_
gnés étaient accueillis au centre d’accueil mot=76&id_rubrique=1
93
provisoire sans accompagnement spéci- WRESINSKI J., Grande pauvreté et
fique contre 24 au 22 février 2016 et 107 au précarité économique et sociale, Conseil
16 avril 2016, étant précisé que s’ajoutent à économique et social, 1987. Il y est précisé
ces chiffres entre 150 et 300 mineurs qui que « l’insécurité qui en résulte peut être
vivent sur la lande. Le total serait ainsi de plus ou moins étendue et avoir des consé-
362 à 512 mineurs non accompagnés alors quences plus ou moins graves et défini-
qu’ils étaient 326 en février. Le plus jeune tives. Elle conduit à la grande pauvreté,
aurait 7 ans et la moyenne d’âge de ces quand elle affecte plusieurs domaines
mineurs serait de 15 ans. de l’existence, qu’elle devient persistante,
85
France stratégie (Son Thierry Li, rappor- qu’elle compromet les chances de réas-
teur), Quelle finalité pour quelle Ecole ?, sumer ses responsabilités et de recon-
septembre 2016, p. 11. quérir ses droits par soi-même, dans un
86 avenir prévisible ».
Comité des droits de l’enfant, Observation 94
générale No.1: Les buts de l’éducation, GRARD M.-A., Une école de la réussite pour
2001. tous, Conseil économique, social et envi-
87 ronnemental, 12 mai 2015.
V. G. Felouzis, « Le système éducatif 95
français dans l’OCDE, quelles perfor- DELAHAYE J-P., Grande pauvreté et réus-
mances ? », Cahiers français n° 368, site scolaire : le choix de la solidarité pour
mai-juin 2012. la réussite de tous, Ministère de l’Education
88 nationale, de l’enseignement supérieur et
In DELAHAYE J-P., Grande pauvreté et
de la recherche, mai 2015.
réussite scolaire : le choix de la solidarité 96
pour la réussite de tous, Ministère de Sur la critique du prétendu « handicap
l’éducation nationale, de l’enseignement socio-culturel » des enfants issus des
supérieur et de la recherche, mai 2015. milieux populaires, voir notamment les
89 ouvrages de Jean-Pierre Terrail (2002 ;
OCDE, Note par Pays, France PISA 2012 : 2013).
https://www.oecd.org/france/PISA-2012-
results-france.pdf

141
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

97
France stratégie, Quelles priorités éduca- sionnelle [En ligne], 32/4, 2003.
tives ?, Note d’analyse, #FS1727,- 12 mai URL : http://osp.revues.org/2584
2015 108
MONSEUR C. & CRAHAY M., «Composition
98
Référé de la Cour des comptes à Vincent académique et sociale des établisse-
Peillon, Ministre de l’Education nationale : ments, efficacité et inégalités scolaires :
Egalité des chances et répartition des une comparaison internationale», Revue
moyens dans l’enseignement scolaire, française de pédagogie n° 164, juillet-sep-
11 juillet 2012. tembre 2008, p. 61.
99 109
BOUDESSEUL G., CARO P., GRELET Y., CNESCO-CSE, Rapport sur la mixité
VIVENT C. (Céreq), Atlas académique des sociale à l’école, juin 2015
risques sociaux d’échec scolaire, Ministère 110
Voir la note ministérielle du 4 juin 2007.
de l’Education nationale, 2014. 111
100 (1) les élèves handicapés ; (2) les élèves
ANDREU S., BEN ALI L., ROCHER T.
bénéficiant d’une prise en charge médi-
(DEPP), « Évaluation numérique des
cale importante à proximité de l’établis-
compétences du socle en début de
sement demandé ; (3) les boursiers au
sixième : des niveaux de performance
mérite ; (4) les boursiers sociaux ; (5) les
contrastés selon les académies », note
élèves qui doivent suivre un parcours
d’information n° 18 – juin 2016, ministère
scolaire particulier ; (6) les élèves dont un
de l’Education nationale.
frère ou une sœur est scolarisé(e) dans
101
La compétence 1 est relative à la maîtrise l’établissement souhaité ; (7) les élèves
de la langue. dont le domicile, en limite de zone de
102 desserte, est proche de l’établissement
La prise en compte du niveau social ne
souhaité. Cependant, le niveau d’interpré-
permet pas de réduire entièrement les
tation et de priorisation de ces critères
différences entre académies. L’étude
varient selon les inspections académiques
relève qu’à niveau social comparable, des
en fonction de leurs préoccupations
différences de performance entre acadé-
locales.
mies peuvent être observées.
112
103 Voir notamment le rapport de la Cour des
NAU X., Les inégalités à l’école, Conseil
comptes de 2009, l’étude du syndicat
économique, social et environnemental,
national des personnels de direction de
septembre 2011, p. 46.
104
l’Education nationale de 2010, le rapport
NAVIAUX C. & MONSO O., Géographie de l’école d’économie de Paris de 2012 ou
de l’école 2014, ministère de l’Education encore le rapport de mission d’information
nationale, 2014 du Sénat sur la carte scolaire de 2012.
105
Voir notamment OBERTI M. & 113
Les zones d’éducation prioritaire corres-
PRETECEILLE E., La ségrégation urbaine, pondent à des aires géographiques dans
Ed. La découverte, janvier 2016. lesquelles sont situés des établissements
106
Observatoire national de la politique de la et des écoles faisant face à des difficultés
ville, Rapport 2015, mai 2016. d’ordre social et scolaire.
114
107
DURU-BELLAT M., « Actualité et nouveaux Voir la restitution de ces études dans :
développements de la question de la « Les effets de l’assouplissement de la
reproduction des inégalités sociales par carte scolaire », Éducation & formations,
l’école », L’orientation scolaire et profes- n° 83, juin 2013

142
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

115
OBERTI M., « Différenciation sociale et mission d’information sur la carte scolaire,
scolaire du territoire : inégalités et confi- Sénat, 27 juin 2012, p. 34.
gurations locales », Sociétés contempo- 122
Op. cit. Alors que le système d’attribu-
raines 3/2005 (no 59-60), p. 13-42.
tion de dotation pour le premier degré
116
FACK G., GRENET J. & BENHENDA A., est fondé sur différents critères tels
L’impact des procédures de sectorisation que l’appartenance à une zone rurale ou
et d’affectation sur la mixité sociale et urbaine, la catégorie socioprofession-
scolaire dans les lycées d’Île-de-France, nelle moyenne, la proportion des familles
Institut des Politiques Publiques, juin 2014 recevant les minimas sociaux, la Cour des
117 comptes a constaté que les académies
JARRAUD F., Choukri Ben Ayed : Non
de Versailles et de Créteil étaient les deux
Affelnet ne peut pas constituer une poli-
académies les moins bien dotées alors
tique de mixité sociale à l’école [en ligne],
même qu’elles concentrent d’importantes
Le Café pédagogique, 06 octobre 2014
difficultés sociales.
[consulté le 29 août 2016]. Disponible sur :
123
http://www.cafepedagogique.net/ DUTREVIS M., CRAHAY M., « Les dispo-
lexpresso/Pages/2014/10/ 06102014Arti­ sitifs de discrimination positive sont-ils
cle635481769048454817.aspx efficaces ? » dans Gaetane Chapelle,
118 Marcelle Crahay, Réussir à apprendre,
OBERTI M., PRETECEILLE E., RIVIERE
Paris, PUF, 2009.
C., Les effets de l’assouplissement de la
124
carte scolaire dans la banlieue parisienne, Cour des comptes, Gérer les enseignants
Rapport de recherche réalisé pour la autrement, mai 2013.
HALDE – Défenseur des Droits et la DEPP 125
AFSA C., « Où fait-il bon enseigner »,
– Ministère de l’Education nationale,
Etude OCDE Teaching and learning inter-
Janvier 2012
national survey, 2013
119
FACK G., GRENET J. & BENHENDA A., 126
Cour des comptes, Op. cit., p. 90
op. cit. Les chercheurs relèvent égale- 127
ment que le paramétrage d’Affelnet, et La conjonction du rendement plus faible
plus précisément le choix des critères et des concours, des défections tardives des
leur pondération, est très variable d’une lauréats du concours et de la configuration
académie à une autre, ce qui marque une particulière du mouvement des ensei-
rupture d’égalité des élèves devant l’école. gnants au sein du département en 2014
Cette situation est aggravée par le fait que a abouti à une concentration des recru-
certains établissements « prestigieux » tements des contractuels sur certains
de la capitale s’affranchissent d’Affelnet secteurs, en particulier dans les circons-
en procédant à des inscriptions directes criptions de Saint-Denis.
et par le fait qu’Affelnet est impuissant à 128
Cf. missions de l’Etat définies à l’ar-
lutter contre la concurrence du privé. ticle L. 211-1 du code de l’éducation.
120
Conseil national d’évaluation du système 129
COSNEFROY O. et autres, Analyse dyna-
scolaire, Mixité sociale et scolaire, ségré- mique de la motivation des élèves en
gation inter et intra établissement dans fonction de la nature des interactions
les collèges et lycées français, juin 2015. élèves / enseignants, DEPP-DDD-ACSE,
121
CARTRON F., Rapport d’information fait août 2014.
au nom de la commission de la culture, de 130
L’évaluation de la politique d’éducation
l’éducation et de la communication par la prioritaire a été confiée à une mission

143
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

composée de membres du ministère de premières observations du dispositif


l’Education nationale, de l’Inspection géné- « Collèges connectés », Note d’information
rale de l’Education nationale (IGEN), et de n° 2, janvier 2015
l’Institut français de l’éducation (IFE). Cette 135
Circulaire n° 2010-136 du 6 septembre
mission a donné lieu à rapport final publié
2010
en mai 2014 par le ministère de l’Education 136
nationale, de l’enseignement supérieur et Audition de l’association « L’école à l’hô-
de la recherche: Refondation de la politique pital » - 1er juillet 2016
de l’éducation prioritaire. 137
CARO P. ET ROUAULT R., Atlas des frac-
131
Najat Vallaud-Belkacem, « École rurale et tures scolaires, Ed. Autrement, 2010
numérique éducatif », Discours à Ruralitic, 138
Audition du ministère de l’Education natio-
15 septembre 2016 nale du 6 juillet 2016.
132
Les différences sociales les plus impor- 139
Comité des droits économiques, sociaux
tantes semblent désormais se situer sur et culturels, Observations finales concer-
le plan des usages d’internet : les usages nant le quatrième rapport périodique de la
pratiques (démarches administratives, France, E/C.12/FRA/CO/4, 13 juillet 2016.
fiscales, recherche d’information, par 140
exemple sur la santé) sont plus importants Voir notamment sur le site du Défenseur
chez les cadres et les personnes les plus des droits, le compte-rendu de la mission
aisées financièrement. Les difficultés de sur la protection des droits de l’enfant à
maitrise des outils informatiques ainsi Mayotte de mars 2013, le compte rendu de
que les problèmes liés à la maitrise de la la mission sur l’égal accès aux droits et aux
langue française et de l’écrit peuvent en services publics en Guyane de janvier 2015,
effet représenter des obstacles majeurs. toutes deux conduites par Mme Yvette
Ces inégalités tendent à se répercuter sur MATHIEU, Préfète ainsi que le rapport sur
les enfants, qui maitrisent d’autant mieux les droits et la protection des enfants à
les outils numériques qu’ils disposent Mayotte de septembre 2015.
141
d’un accès internet à leur domicile et CRINON J. & ROCHEX J.-Y., La construc-
sont encouragés dans les apprentissages tion des inégalités scolaires, Au cœur des
nécessaires par leur contexte familial au pratiques et des dispositifs d’enseigne-
sens large (V. Centre d’analyse stratégique, ment, Ed. PUR, 2011. Par méconnaissance
Le fossé numérique en France, Rapports et souvent par bienveillance, l’enseignant
et documents n° 34, 2011, pp. 55-58 ; ne va pas mettre ses élèves en difficulté.
CREDOC, Baromètre du Numérique, 2015) Dans le cadre de l’apprentissage de l’écri-
133
Inspection Générale de l’Education ture par exemple, il fera épeler les mots par
Nationale, L’utilisation pédagogique des certains mais pas par d’autres, en préju-
dotations en numérique (équipements et geant de leur échec à l’exercice. La répé-
ressources) dans les écoles, juillet 2015 ; tition chaque année de ces microphéno-
Direction de l’Evaluation, de la Prospective mènes, qui incarnent in fine un traitement
et de la Performance, Repères et réfé- pédagogique différencié au quotidien, prive
rences statistiques sur les enseignements, toujours les mêmes élèves d’une réelle
la formation et la recherche, 2016 confrontation à l’apprentissage et mène
134
à des difficultés scolaires accumulées et
Direction de l’Evaluation, de la Prospective exacerbées au collège (Audition de M. Kus,
et de la Performance, Le numérique au Institut Français de l’Education, réseau
service de l’apprentissage des élèves :

144
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

151
national de lutte contre les discriminations Les jeunes en service civique du
à l’école, septembre 2016). programme JADE ont ainsi rencontré
142 et formé près de 28.000 enfants en
Article 12 de la Convention Internationale
2015-2016. Depuis 10 ans, plus de
relative aux Droits de l’Enfant
143
260.000 jeunes ont été ainsi sensibi-
DEPP, Le déroulement de la procédure lisés. V. Défenseur des droits, Rapport
d’orientation en fin de troisième reste annuel 2015/2016 et bilan des 10 ans du
marqué par de fortes disparités scolaires programme des Jeunes Ambassadeurs des
et sociales, note d’information n° 13.24, Droits auprès des Enfants/pour l’Égalité,
novembre 2013. juin 2016, p. 26.
144
Ibidem 152
BRINBAUM Y. & PRIMON J.-L., « Parcours
145
V. par exemple : MERLE P., La démocrati- scolaires et sentiment d’injustice et de
sation de l’enseignement, La Découverte, discrimination chez les descendants
2002 ; DUBET F., L’école des chances, d’immigrés », Économie et statistiques
Seuil, 2004. n° 464-465-466, 2013, pp. 215-243.
153
146
V. par exemple : DUMORA B. & DHUME F., DUCIK S., CHAUVEL S. &
LANNEGRAND L., « Les mécanismes PERROT P., Orientation scolaire et discrimi-
implicites dans la décision d’orientation », nation. De l’(in)égalité de traitement selon
Les Cahiers internationaux de Psychologie l’origine, La Documentation française, 2011.
Sociale, 30, pp 37-57, 1996 ; CHANNOUF 154
L’orientation dans des classes spécialisées
A., MANGARD C., BAUDRY C. & PERNEY est également fortement corrélée à l’origine
N., « Les effets directs et indirects des sociale. Une note d’information récente de
stéréotypes sociaux sur une décision la Direction de l’évaluation, de la prospec-
d’orientation scolaire », Revue Européenne tive et de la performance (DEPP) indiquait
de Psychologie Appliquée, 55, pp. 217-223, que, parmi les enfants affectés dans des
2005. classes spécialisées pour des troubles
147
Les filles obtiennent un meilleur taux intellectuels et cognitifs, 6 % viennent de
de réussite au brevet des collèges et au milieu social favorisé, contre 60 % d’un
baccalauréat, général, technologique ou milieu très défavorisé. In LE LAIDIER S.
professionnel, ainsi qu’au CAP et BEP, (DEPP), «À l’école et au collège, les enfants
toutes filières confondues. Voir notam- en situation de handicap constituent une
ment : Vers l’égalité réelle entre les femmes population fortement différenciée scolaire-
et les hommes, op. cit. ment et socialement», note d’information
148 n° 4, février 2015, ministère de l’Education
Vers l’égalité réelle entre les femmes et les nationale.
hommes, ministère des Affaires sociales, 155
de la santé et des droits des femmes, DHUME F. & HAMDANI K., Vers une poli-
Chiffres clés – Édition 2015. tique française de l’égalité. Rapport du
149 groupe de travail « Mobilités sociales »,
NAVES M. & WISNIA-WEILL V., Lutter Ministère de l’Emploi, du Travail, de la
contre les stéréotypes filles-garçons, Formation professionnelle et du Dialogue
Commissariat général à la stratégie et à la social, 2013.
prospective, Janvier 2014, p. 59. 156
150 DHUME F., EL MASSIOUI N. & SOTTO F.,
VOUILLOT F., « L’orientation aux prises Former et enseigner sur la (non-)discrimi-
avec le genre », Travail, genre et sociétés,
2007/2, n° 018, p. 87-108.

145
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

nation à l’école ? Un enjeu politique incer- la recherche, Agir contre le décrochage


tain, ISCRA/LesZegaux, décembre 2015. scolaire : alliance éducative et approche
157 pédagogique repensée, juin 2013.
Haut Conseil de l’éducation, Bilan des
170
résultats de l’école - L’orientation scolaire, Inspection générale de l’Education
2008, p. 12. Nationale, Inspection générale de l’admi-
158 nistration de l’Education Nationale et de la
Rapport d’information n° 737 de
recherche, Op. cit., p.71
M. Guy-Dominique KENNEL, fait au nom de
171
la commission de la culture, de l’éducation Ministère de l’Education nationale, de l’en-
et de la communication par la mission seignement supérieur et de la recherche,
d’information sur l’orientation scolaire, Evaluation partenariale de la politique de
enregistré à la Présidence du Sénat le 29 lutte contre le décrochage scolaire : rapport
juin 2016, p. 40. de diagnostic, mars 2014
159 172
Haut Conseil de l’éducation, Bilan des Observations finales du Comité des droits
résultats de l’école - L’orientation scolaire, de l’enfant concernant le cinquième rapport
2008, p. 19. périodique de la France, 23 février 2016 -
160 CRC/C/FRA/CO/5, Recommandation n° 72.
Rapport d’information n° 737 de
173
M. Guy-Dominique KENNEL, Op. cit., p. 9 L’article 2 de la loi d’orientation sur l’éduca-
161 tion du 10 juillet 1989 dispose que « Tout
Haut Conseil de l’éducation, Op. cit., p. 8.
162
enfant doit pouvoir être accueilli, à l’âge
DARDIER A., LAÏB N. & ROBERT-BOBEE I., de trois ans, dans une école maternelle ou
« Les décrocheurs du système éducatif de une classe enfantine, le plus près possible
qui parle-t-on ? », France, portrait social, de son domicile, si sa famille en fait la
INSEE, 2013. demande. L’accueil des enfants de deux
163
Ibid. ans est étendu en priorité dans les écoles
164 situées dans un environnement social
Selon le code de l’éducation, un décrocheur défavorisé, que ce soit dans les zones
est un élève qui sort système de formation urbaines, rurales ou de montagne ».
initiale sans un diplôme national ou un titre 174
professionnel. INSEE : tableau du taux de scolarisation par
165 âge de 2000 à 2013.
DARDIER A., LAÏB N. & ROBERT-BOBEE I., 175
op. cit. Circulaire n° 2012-202 du 18 décembre
166 2012 relative à la scolarisation des enfants
Données 2009 du recensement. de moins de trois
167
Pour plus d’informations, voir la brochure 176
Un enfant de 3 ans de milieu défavorisé
du ministère de l’Education nationale : possède ainsi trois fois mois de vocabulaire
http://cache.media.eduscol.education. qu’un enfant issu de milieu aisé
fr/file/Dispositifs_accompagne- 177
ment/00/9/plaquettes_dispositifre- Article « Réussir le développement de
lais_2010_169009.pdf la scolarisation des enfants de moins
168 de 3 ans », site internet du ministère de
Audition du ministère de l’Education natio- l’Education nationale. URL : http://www.
nale du 16 juin 2016. education.gouv.fr/cid100762/reussir-le-
169
Inspection générale de l’Education developpement-de-la-scolarisation-des-
Nationale, Inspection générale de l’admi- enfants-de-moins-de-3-ans.html
nistration de l’Education Nationale et de

146
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

178
Article R412-127 du code des communes : favoriser une séparation progressive avec
« Toute classe maternelle doit bénéficier la famille et de soutenir les parents dans
des services d’un agent communal occu- l’exercice de la fonction parentale. Pour plus
pant l’emploi d’agent spécialisé des écoles d’informations, voir l’article « Les dispositifs
maternelles et des classes enfantines. Cet passerelles : de la famille et du lieu de garde
agent est nommé par le maire après avis à l’école maternelle » sur le site du minis-
du directeur ou de la directrice et son trai- tère de l’Education nationale. URL : http://
tement est exclusivement à la charge de la www.education.gouv.fr/cid1963/les-dispo-
commune. Pendant son service dans les sitifs-passerelles-de-la-famille-et-du-lieu-
locaux scolaires, il est placé sous l’autorité de-garde-a-l-ecole-maternelle.html&xtm-
du directeur ou de la directrice ». c=classepasserelle&xtnp=1&xtcr=3
179 184
Article « Aide à la préscolarisation en zone Une vaste campagne de mailing par les
rurale », site internet du département CAF et les caisses de mutualité sociale
de l’Oise. URL : http://www.oise.fr/guide- agricole a été annoncée dans le commu-
des-aides/aide/aide-a-la-prescolarisa- niqué de presse conjoint du ministère de
tion-en-zone-rurale/ l’Education nationale et du ministère de
180 la Famille, de l’Enfance et du Droit des
6 639 postes d’enseignants ont été créés
femmes du 7 juillet 2016. URL : http://www.
en 2016 dont 2 027 postes sont dédiés
familles-enfance-droitsdesfemmes.gouv.
à une meilleure capacité d’accueil des
fr/campagne-dinformation-des-familles-
moins de 3 ans.
181
lecole-des-2-ans-cest-possible/
CAILLE J.-P ?., « Scolarisation à deux ans 185
Cour des comptes, synthèse du rapport
et réussite de la carrière scolaire au début
public thématique - L’accueil des enfants
de l’école élémentaire », Revue Education
de moins de 3 ans : une politique ambi-
et Formation n° 60, juillet-septembre
tieuse, des priorités à mieux cibler,
2001, p. 11. Il a été aussi observé que les
novembre 2013, p. 11.
familles à enfant unique recourent moins
186
que les autres au placement à l’école de Les campus de l’université de
leur enfant de deux ans tandis que les Bordeaux, site internet de l’Uni-
enfants ayant des ainés y ont plus souvent versité : http://www.u-bordeaux.fr/
accès Universite/L-universite-de-Bordeaux/
182 Campus
Dispositif présenté par M. Stéphane KUS,
187
chargé d’étude au Centre Alain-Savary DE VIGUERIE P., La réduction des inégalités
- Institut Français de l’Education lors de territoriales : quelle politique nationale
son audition le 20 septembre 2016. Pour d’aménagement du territoire ?, Conseil
plus d’informations sur le dispositif voir économique, social et environnemental,
l’article « Passer les frontières, franchir Décembre 2013.
les limites » sur le site internet du centre 188
LAURENT E., Vers l’égalité des territoires.
Alain Savary. URL : http://centre-alain-
Dynamiques, mesures, politiques, Ministère
savary.ens-lyon.fr/CAS/relations-ecole-fa-
de l’égalité des territoires et du logement,
milles/dispositifs/passer-les-frontieres-
Février 2013
franchir-les-limites-1 189
183 Expression utilisée par Georges FELOUZIS
A ne pas confondre avec la « classe passe-
lors de son intervention au séminaire
relle » dont la vocation est de créer les
« Enseignement supérieur » de Science
conditions d’une première socialisation, de
Po du 20 novembre 2002 sur « les effets

147
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

de sites : variété des contextes d’études Ministère de l’égalité des territoires et du


dans l’enseignement universitaire ». logement, Février 2013, p. 155.
Retranscription des interventions dispo- 200
Le Centre régional des œuvres universi-
nible en ligne : http://www.amue.fr/
taires et scolaires de chaque académie
fileadmin/amue/documents-publications/
(Crous) est le service public de la vie
SemIEP_EffetsdeSites.pdf
étudiante. Il a pour mission de favoriser
190
MERLE P., La démocratisation de l’en- l’amélioration des conditions de vie et
seignement, Repères, Paris, 2009 et d’études des étudiants de l’académie
NICOURD S., SAMUEL O. & VILTER S., « Les (bourses, résidences universitaires…)
inégalités territoriales à l’université : effets 201
Cour des comptes, Le réseau des œuvres
sur les parcours des étudiants d’origine
universitaires et scolaires : une moderni-
populaire », Revue française de pédagogie,
sation Indispensable, 11 février 2015.
juin-juillet 2011, pages 27 à 40 202
191 La réforme de l’aide à la continuité territo-
Ibidem.
riale, site internet du sénat
192
MAGLIULO B., « Bac pro : arrêtons le 203
« Etudiants d’outre-mer » site internet
massacre », Libération.fr, [en ligne] 5
étudiants.gouv.fr, mis à jour le 28 juin 2016.
septembre 2016. 204
Disponible http://www.liberation.fr/ Le Défenseur des droits, 2005-2015. 10
debats/2016/09/05/bac-pro-arre- ans d’actions pour la défense des droits
tons-le-massacre_1484927 [Consulté le 07 des personnes handicapées, février 2015,
septembre 2016] p. 7.
205
193
Observatoire des inégalités Jean-Pierre Terrail (2004).
206
194
LAURENT E., Vers l’égalité des territoires. OCDE, « Vers un système d’éducation plus
Dynamiques, mesures, politiques, Ministère inclusif en France ? », Série « Politiques
de l’égalité des territoires et du logement, meilleures », juillet 2015, p. 1.
Février 2013, pages 148 à 149 207
Document Etudes et résultats de la DREES
195
Dossier de presse « Rentrée étudiante – Juillet 2013
2015, des résultats, des défis », minis- 208
Annick-Camille Dumaret, Daniel Ruffin,
tère de l’enseignement supérieur et de la « Bilan socio-scolaire et prises en charge
recherche, p. 7. des jeunes en placement familial »,
196
Soit une augmentation annuelle de 800 Rapport final, SLEA CERMES, 1999.
euros. 209
Voir notamment Sellenet Catherine, « La
197
Pour plus de précisions sur les modalités scolarité des enfants placés à l’ASE »,
d’attribution des bourses d’enseignement Nouvelle revue de l’AIS, Institutions et
supérieur, voir la circulaire n° 2016-088 du familles, n° 7, 1999 ; Conseil départe-
6 juin 2016. mental de Paris, « Etude sur l’état général
198 des enfants confiés au service de l’ASE
Observatoire de la vie étudiante, Enquête
de Paris : contribution à l’analyse des
nationale Conditions de vie des étudiants
relations entre l’état général actuel des
2013, mars 2015.
enfants, les évolutions intervenues et leur
199
In LAURENT E., Vers l’égalité des terri- parcours antérieur dans le dispositif de
toires. Dynamiques, mesures, politiques, protection de l’enfance », réalisée par le
CAREPS, Rapport n° 395 B, Juillet 2003 ou

148
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

Emilie POTIN, « Protection de l’enfance : de visite du CEF de Pionsat du 17 octobre


parcours des enfants placés », Perséé, 2013.
2013, pp89-100 221
Rapport de la mission interministérielle sur
210
Conseil départemental du Maine-et-Loire, le dispositif des centres éducatifs fermés
Etude sur les enfants confiés à l’aide déposé en janvier 2013 par les inspections
sociale à l’enfance du Maine et Loire, générales des services judiciaires et des
conduite par le CAREPS, Rapport n° 615, affaires sociales, assistées de l’inspection
octobre 2009 de la protection judiciaire.
211 222
Catherine SELLENET, « La scolarité I.G.S.J.- I.G.A.S.- I.P.J.J - Mission d’évalua-
des enfants placés à l’aide sociale à tion du dispositif des centres éducatifs
l’enfance », La nouvelle revue de l’AIS : fermés, Juillet 2015
adaptation et intégration scolaires, Centre 223
Circulaire conjointe DPJJ/DGESCO du 22
national de Suresnes, 1999, n° 7, p. 28-40,
février 2005 relative à l’organisation de la
3e trimestre.
scolarisation des mineurs placés en CEF
212
Emilie POTIN, « Protection de l’enfance : 224
Unité pédagogique qui réunit les différents
parcours des enfants placés », Perséé,
niveaux d’enseignement, rassemble les
2013, pp89-100
diverses ressources de formation initiale
213
Entretien de la Dgesco avec l’ONPE, fournies par l’Education nationale pour
réalisé dans le cadre de son rapport l’enseignement aux personnes détenues.
intitulé « Le PPE : état des lieux, enjeux Cet enseignement se caractérise par le
organisationnels et pratiques », paru en fait qu’il s’exerce en milieu fermé, pour des
juillet 2016 jeunes et des adultes, qui sont en majorité
214 peu qualifiés.
Article D542-1 du code de l’éducation
225
215 Convention de partenariat n° 513011, signée
Article L226-3-1 du code de l’action
le 4 juin 2013, entre l’INSHEA, la DEGESCO
sociale et des familles
216
et la DPJJ
Dans un établissement de placement 226
I.G.S.J.- I.G.A.S.- I.P.J.J - Mission d’évalua-
éducatif, un établissement de placement
tion du dispositif des centres éducatifs
éducatif et d’insertion, un centre éducatif
fermés, Juillet 2015
renforcé ou un centre éducatif fermé.
227
217 Convention du 8 janvier 2011 relative à l’en-
Allant de trois à six mois
218
seignement en milieu pénitentiaire signée
Pour 6 mois renouvelable une fois entre le ministère de l’Education nationale
219
Circulaire conjointe n° 2015-121 du 3 juillet et le ministère de la Justice
2015 relative au partenariat entre le minis- 228
Exemple convention du 11 juin 2015 relative
tère de l’Education nationale, de l’ensei- à la prise en charge éducative des mineurs
gnement supérieur et de la recherche et le incarcérés et à la préparation de leur sortie
ministère de la justice signée entre les académies de Bordeaux,
220
Rapport de la Défenseure des enfants Poitiers et Limoges, la PJJ du Sud-Ouest et
portant sur « Enfants délinquants pris en la direction inter-régionale de la direction
charge dans les centres éducatifs fermés : de l’administration Aquitaine, Limousin et
33 propositions pour améliorer le dispo- Poitou-Charentes.
sitif », juin 2010, Rapport du Contrôleur 229
Dans une contribution publiée en mars
général des lieux de privation et de liberté 2016

149
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

230
La liberté surveillée est une mesure tenant l’ensemble du territoire national, et
éducative pénale prononcée soit dans la constitue désormais une des réponses à
phase d’instruction à titre provisoire, soit l’aspiration grandissante de la population
par la juridiction de jugement à l’égard à être soignée dans son environnement
d’un mineur qui a commis un délit ou un familier quand la situation le permet.
crime. 240
Audition de l’association « L’école à l’hô-
231
Article D.351-9 du Code de l’éducation pital » - 1er juillet 2016
nationale et circulaire n° 2003-135 du 8 241
Ibid.
septembre 2003 (hors handicap, domaine 242
qui bénéficie de dispositions particulières Ibid.
prévues, notamment, par les articles 243
Audition de l’association « L’école à l’hô-
D.351-5 à D.351-7 du Code de l’éducation pital » - 1er juillet 2016.
nationale) 244
232
Les établissements de la Fondation
Circulaire n° 91-303 du 18 novembre 1991 Santé des Étudiants de France proposent
« Scolarisation des enfants et adoles- une scolarisation ordinaire et complète
cents accueillis dans les établissements pendant l’hospitalisation. Le modèle
à caractère médical, sanitaire ou social : soins-études permet de soigner l’enfant et
maintien du lien avec l’école d’origine, sa maladie dans sa globalité. En proposant
réinsertion scolaire après l’hospitalisation, une prise en charge pédagogique adaptée,
organisation de la vie quotidienne de la scolarité devient un élément positif
l’élève ». supplémentaire dans le combat contre la
233
http://www.education.gouv.fr/cid23968/ maladie. V. http://www.fsef.net/index.php/
eleves-malades-ecole-hopital-domicile. soins-etudes-insertion/soins-etudes
html 245
Audition de l’association « L’école à l’hô-
234
Décision du Défenseur des droits pital » - 1er juillet 2016.
MDE-MSP-2015-190 « Enfants et 246
Ibidem.
Hôpital », septembre 2015. 247
235
Plan de Psychiatrie et santé mentale
Circulaire n° 83-24 du 1er aout 1983 rela- 2011-2015.
tive à l’hospitalisation des enfants ; voir 248
également Charte européenne de l’enfant Rapport du Défenseur des droits au
hospitalisé, 1988. Comité des droits de l’enfant des Nations
236
Unies, op. cit.
Rapport du Défenseur des droits au 249
Comité des droits de l’enfant des Nations L’assistance pédagogique à domicile est
Unies – 2015. assurée par l’instituteur, le professeur
237
principal ou des professeurs habituels
Audition de l’association « L’école à l’hô- de l’élève qui assurent ces fonctions en
pital » - 1er juillet 2016 dehors de leur temps de service et sont
238
Décision « Enfants et Hôpital », op. cit., rémunérés en HSE ou par d’autres ensei-
p. 5. gnants volontaires, rémunérés comme
239 dans le cas précédent en HSE ou, pour
L’hospitalisation à domicile (HAD) est
ce qui concerne les enseignants publics
une forme d’hospitalisation à temps
bénéficiant d’une décharge partielle de
complet au cours de laquelle les soins
service, assurant ces fonctions pour partie
sont effectués au domicile de la personne.
sur leur horaire de service.
L’hospitalisation à domicile couvre main-

150
Ra p p o r t d ro i ts d e l ’e n fa n t 2 0 16

250 254
Les SAPAD reposent sur une organisation Défenseur des droits, Décision
multi-partenariale associant l’Inspection MLD/2013-30 relative au paiement de
Académique, les enseignants, les parents, droits exigés par le CNED pour l’ensei-
les médecins scolaires, les inspecteurs gnement à distance dispensé à leur fils.
de l’Education Nationale, les mutuelles et Le DDD a établi un rapport spécial dans
assurances scolaires. la mesure où le ministre de l’Educa-
251 tion nationale n’avait pas donné suites
MEN, Circulaire n° 98-151 du 17 juillet
aux recommandations de sa décision
1998 relative à l’Assistance pédagogique à
MLD/2011-91 (gratuité des cours du CNED
domicile en faveur des enfants et adoles-
pour les enfants en situation de handicap)
cents atteints de troubles de la santé
255
évoluant sur une longue période, BO de S. DeKetelaere (Coordinatrice Sapad),
l’Education Nationale n° 30 du 23 juillet C. Fenon (Coordonnateur Sapad), S.
1998. ScarDino-Dargent (Médecin Education
252 nationale en charge du SAPAD) « La
Il s’agit souvent d’un enseignant, de
phobie scolaire : une approche dynamique
préférence spécialisé, placé sous la
et partenariale en Haute-Savoie », La
responsabilité d’un inspecteur de l’Éduca-
nouvelle revue de l’adaptation et de la
tion nationale, mais sont parfois chargés
scolarisation – n° 62, 2e trimestre 2013.
de cette mission, des médecins de l’Édu-
Voir dans cet article, les parcours indivi-
cation nationale ou encore des médecins
duels présentés.
conseillers techniques, des inspecteurs de
l’Éducation nationale (IEN).
253
Audition de Véronique Gasté – Bureau
santé, de l’action sociale et de la sécurité
du Ministère de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la
Recherche du 16 juin 2016.

151
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