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Introduction aux modèles

industriels pour les


écoulements liquide-gaz
session 1
Université PARIS VI
O. Grégoire et A. Kumbaro
CEA Saclay – LETR
Laboratoire d'Etude de la Thermique des Réacteurs

1
Objectifs pédagogiques
Objectif principal du cours : pouvoir analyser et simuler un
écoulement diphasique liquide-vapeur dans un contexte
industriel
1. Être capable de décrire les propriétés et déterminer la
structure d'un écoulement diphasique
2. Savoir modéliser cet écoulement à l'échelle locale (fine)
3. Savoir modéliser cet écoulement à l'échelle des grands
systèmes
4. Être capable de discrétiser et de simuler cet écoulement
5. Pouvoir se prononcer sur la stabilité hydraulique d'un
canal bouillant

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Cours diphasique industriel Paris VI – O. Grégoire
objectifs du 1er cours

1. Être capable de décrire les propriétés et déterminer la structure


d'un écoulement diphasique
1. Décrire les spécificités d'un écoulement diphasique
2. Caractériser ses échelles
3. Adapter la modélisation aux objectifs visés
4. Se prononcer sur sa topologie

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Exemple « simple » (1) : écoulement 2φ en conduite

Transport d'écoulement
diphasique

Différents régimes

Structure dépendant de la
gravité

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Exemple « simple » (2) : canal bouillant vertical

Changement de phase

Variation de topologie

Excellent échange thermique


puis dégradation

Très bon transport de chaleur


(via chaleur latente)

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Exemple complexe (1) : générateur de vapeur REP

Évaporation

Couplage fluide / structures

Déséquilibre cinématique exploité


dans les séparateurs...

Dimensions importantes (hauteur de


l'ordre de 20 mètres, 3000 à 6000
tubes, plusieurs milliers de m² de
surface d'échange

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Ex. complexe (2) : aéroréfrigérant à tirage naturel
Eau, Vapeur, Air, Solide
➢ Dimensions gigantesques
➢ Exploite les déséquilibres
thermique et cinématique

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Ex. complexe (3) : Réacteur nucléaire bouillant

Eau

Vapeur

Solide
➢ Dimensions importantes
➢ Exploite les déséquilibres
thermique et cinématique
➢ C'est un « canal bouillant » !!!

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Écoulements diphasiques liquides – gaz : de
nombreuses applications (1)
Systèmes de transfert de chaleur :
Échangeurs
Évaporateurs
Bouilleurs
Condenseurs
Tours de refroidissement (pulvérisation, aspersion)
Sècheurs
Séparateurs
Machines frigorifiques, air conditionné...

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Écoulements diphasiques liquides – gaz : de
nombreuses « applications » (2)
Chimie (colonnes à bulles)
Systèmes de transport
Canalisations
Oléoducs
Injecteurs
Écoulements atmosphériques, géologiques...

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Spécificités écoulements diphasiques : synthèse

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Caractériser les échelles d'un écoulement diphasique
On se place dans le cadre d'un écoulement bouillant
Quelles échelles caractéristiques rencontrons nous ?
Écoulement laminaire ou turbulent ?
Si laminaire : souvent une seule échelle hydrodynamique
Si turbulent : spectre continu d'échelles + couche limite

Monophasique ou diphasique ?
Si diphasique : quelles tailles pour les inclusions ?
Interface gaz / liquide ?

En présence de parois ?
Paroi régulière ?
Décollements ?

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Caractériser les échelles : éclt. laminaire monophasique

Couches limites dans un canal :


échelle caractéristique = échelle hydraulique (DH = 4 S / P)

notions de diamètre hydraulique et de longueur d'établissement


Profils à l'établissement indépendant du Reynolds
Ex : dans un tube circulaire : u(r) = Uc [1 - (r/R)²]

Dans les zones décollées :


La longueur de décollement est une échelle supplémentaire
Instabilités hydrodynamiques :
Baroclines par exemple

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Caractériser les échelles : canal turbulent monophasique

Représentation schématique d'un


spectre de turbulence développée
(grand nombre de Reynolds turbulent)

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Caractériser les échelles : T de mélange (turbulent)
Structuration importante de l'écoulement sous l'effet des différences de masses
volumiques et des rotations : phénomène pulsant, d'où fatigue thermique

Figure extraite de : S. Chapuliot et al., Nuc. Eng. Design, 2005 15


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Caractériser les échelles : éclt. turbulent monophasique (1)

Turbulence caractérisée par un spectre continu entre grandes


échelles et structures dissipatives
En gros : de Kolmogorov à quelques échelles intégrales (DH / 5 dans un canal pour
fixer les idées)

Couches limites dans un canal :


Épaisseur de la sous-couche visqueuse
Épaisseur de la zone log (dite zone d'équilibre)
Épaisseur de déficit en quantité de mouvement
Et enfin, le diamètre hydraulique

Dans les zones décollées :


La longueur de décollement est une échelle supplémentaire

Instabilités (cisaillement, baroclines, ...)


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Caractériser les échelles : CL turbulente monophasique (2)

On introduit la vitesse de frottement :

Vitesse débitante
Cisaillement à la paroi
Coefficient de frottement
On définit l'unité de paroi : (l'échelle de longueur élémentaire de la
couche limite) :

La distance adimensionnée à la paroi est définie par :

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Caractériser les échelles : CL turbulente monophasique

Classiquement, on appelle :
Sous-couche visqueuse la zone : 0 < y+ < 5
Zone tampon : 5 < y+ < 30
Zone logarithmique : 30 < y+
Dans un canal : la fin de la
Zone log n'est pas spécifiée,
Disons ~ LI < DH / 10

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Caractériser les échelles : canal bouillants (1)

Toutes celles déjà rencontrées plus les tailles d'inclusion


Si écoulement monodispersé : une seule taille d'inclusions
Si écoulement polydispersé : distribution plus ou moins étendue
de tailles d'inclusions
La taille la plus grande est généralement donnée par le système
(DH typiquement) ou la limite de stabilité hydrodynamique
L'échelle la plus représentative en ébullition : échelle de Laplace
ou longueur capilaire (traduit l'équilibre entre force de surface
et flottabilité)

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Caractériser les échelles : canal bouillants (2)

Quelques échelles caractéristiques(*) :


Echelle de Laplace :

Taille maximale d'une bulle « sphérique » déformée :

Longueur de Taylor (voir M. Lallemand, Tech. Ing.) :

(*)
Pour des écoulements où la perte de charge gravitaire est dominante

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Caractériser les échelles : canal bouillants (3)

(Cours P. Raymond, 1990)

Autres longueurs : diamètre de Sauter, rayon de traînée...


Taille d'une bulle au départ de son site de nucléation : (équilibre flottabilité –
tension de surface : formule de Fritz, voir M. Lallemand, Tech. de l'Ing.)

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Caractériser les échelles : écoulement à bulles

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Un peu de vocabulaire
Type de simulation DNS Monophasique DNS Diphasique LES RANS Homogénéisée
Interface Diphasique Sans obj. - - - -
Échelle de Kolmogorov + Çà dépend - - -
Échelle intégrale + + + - -
+ (si bas Reynolds) + (si bas Reynolds)
Sous-couche visqueuse + + -
- si loi de paroi - si loi de paroi
Zone log + + + + -
Petites Inclusions Sans obj. Çà dépend - - -
Macro Inclusions Sans obj. + + - -
Écoulement moyen + + + + +
- si stationnaire - si micro
Instabilités + + +
+ si instationnaire + si macro

➢DNS : Direct Numerical Simulation, c'est l'échelle la plus fine


➢LES : Large Eddy Simulation, c'est l'échelle fine pour un hydrodynamicien

➢RANS : Reynolds Averaged Navier Stokes, c'est l'échelle fine pour un idustriel

➢Homogénéisée : l'immense majorité des calculs industriels

➢0D : on remplace EDP par des EDO ; c'est l'échelle du réseau


➢1D : lorsque des phénomènes transitoires, des ondes sont à modéliser

➢2-3D : lorsque la distribution spatiale importe

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Et pour illustrer tout çà :

DNS mono et diphasique


(animations issues des sites
du CTR et de Ron Fedkiw)

LES (CTR) RANS (Thèse F. Pinson)

Calcul ½ coeur homogène (FLICA4)


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Exercice : calculer quelques échelles d'écoulements
et déterminer la bonne échelle de calcul
On supposera :
Re = G * DH / µl

Fp ~ Fiso = 0.316 Re-0.25 (Blasius)

Rapport d'aspect max : ∆Z / ∆Y = 10


Lkol ~ O (y*)

Taille moyenne des bulles : DSM ~ 0.0208 * θ * L0 avec θ ~ 30°

Estimer les échelles intégrales, de Kolmogorov, l'unité de paroi,


l'épaisseur de la sous-couche visqueuse, l'échelle de Laplace,
le diamètre moyen de sauter et le volume fluide total
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Exercice : calculer quelques échelles d'écoulements
et déterminer la bonne échelle de calcul (2)

Cas 1 : colonne à bulles Cas 2 : échangeur


Éclt à bulles Éclt à bulles

G = 3000 (= ρ U) G = 3000 (= ρ U)

H = 1 m, DH = 0.05, α = 0.05 H = 3 m, DH = 0.01, α = 0.05

P = 1 bar, Tv = Tl = Tsat P = 150 bar, Tv = Tl = Tsat

σ = 58.91 10-3 N/m σ = 5.59 10-3 N/m

Re Fp Y* (µm) δ Visc. (µm) δ début Log (µm) LI (mm) L0 (mm) DSM (mm)
Cas 1
Cas 2

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Exercice : calculer quelques échelles d'écoulements
et déterminer la bonne échelle de calcul (3)
Objectif 1 : ditribution 2D de Objectif 2 : ∆P dans échangeur
taux de vide dans la colonne (Vf = 1. m3)
à bulle (Vf = 2.10-3 m3)
RANS stationnaire avec loi de
LES avec loi de paroi paroi
Maillage régulier, 3D + Maillage régulier, 3D +
instationnaire (>105 itérations), stationnaire
δ Log < ∆x,y < Li / 20 qques δ Log < ∆ < Li / 5

RANS stationnaire avec loi de Homogénéisée (poreux)


paroi
∆x,y > DH
Maillage régulier, 2D +
stationnaire, symétrie ∆z ~ 0.1

qques δ Log < ∆x,y < Li / 5 27


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Suite de l'exo :

Pour estimer le nombre de mailles en 3D : volume d'une maille


donné par : ∆X x ∆Y x ∆Z en 1ère approximation
En 2D axisymétrique : Sfluide = DH / 2 x Hcanal et Smaille donnée en 1ère
approximation par : ∆X x ∆Z
Obj. 1 Obj. 2
LES RANS (2D) RANS (3D) Poreux
∆ X,Y (m)
∆Z (m)
Vmaille (m3)
Smaille (m²)
Vfluide (m3)
Sfluide (m²)
NB mailles

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Topologies d'écoulements définitions « internet »
1. Bubbly flow regime: Typically occurring at very high liquid velocities and low gas velocities, this flow
regime is characterized by the presence of fast rising bubbles with a diameter equal to or less than the
capillary diameter. The bubbles are often spherical or spherical-like in shape.

2. Taylor flow regime: Also known as the slug flow regime, Taylor flow consists of gas bubbles with
lengths greater than the tube diameter that move along the capillary separated from each other by liquid
slugs. Depending on the gas and liquid flow rates and properties, the bubbles often have hemispherical-like
tops and bottoms.

3. Slug-bubbly flow regime: This is a transition regime that occurs between bubbly and Taylor flows. Like
in Taylor flow, bubble slugs are present, separated from one another by liquid slugs. However, in the slug-
bubbly regime, small bubbles are also present in the liquid slugs, something not observed for Taylor flow.
The transition from Taylor flow to slug-bubbly flow occurs by increasing the liquid flow rate (with the gas flow
rate kept constant).

4. Churn flow regime: Churn flow occurs at very high gas velocities. It consists of very long gas bubbles
and relatively small liquid slugs. Due to the high gas velocity, a wave or ripple motion is often observed at
the bubble tail. Further increase in gas flow rate results in annular flow

5. Annular flow regime: At excessively high gas velocities and very low liquid velocities, annular flow
results. Here, a continuous gas phase is present in the central core of the capillary with the liquid phase
displaced to form an annulus between the capillary wall and the gas phase.

Quelques Films... (glânés sur le WEB) 29


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Qu’entend-t-on par « topologie » ?
configuration verticale

Assèchement

Ébullition saturée

J. G. Collier, Convective boiling and condensation, Mc Graw-Hill, 1972


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Topologie : encore plus d'images...

Régimes Mécanismes
d'écoul ement d'écha nge
Ecoulement simple- Convection simple-
phase vapeur phase vapeur
Ecoulement à Region déficiente
gouttelettes en liquide

Convection forcée à
Ecoulement
travers un film liquide
annulaire

Ebullition nucléée
Ecoulement
saturée
à bouchons

Ecoulement à Ebullition nucléée


bulles sous-saturée

Ecoulement simple- Convection simple-


phase liquide phase liquide

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La configuration « qui nous intéresse » en REP

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Qu’entend-t-on par « topologie » ?
configuration horizontale

Ébullition saturée Assèchement

J. G. Collier, Convective boiling and condensation, Mc Graw-Hill, 1972


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Ce qui conditionne la topologie au 1er ordre (1)

En premier lieu les débits liquide et vapeur

Gv = α ρv Uv ; Jv = α Uv Gl = (1-α) ρl Ul ; Jl = (1-α) Ul
L'importance de la tension de surface vis-à-vis des forces d'inertie
: notion de nombre de Weber
We = ρ ∆U² d / σ
avec ρ = ρl en écoulement à phase porteuse liquide : bulles stables si,

We < WeC (~ 6)

avec ρ = ρv en écoulement à phase porteuse vapeur : gouttes stables si,

We < (13<) WeC (< 22)

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Ce qui conditionne la topologie au 1er ordre (2)
Eventuellement le confinement des inclusions : nombre de Bond ou
Etvös :
Bo = DH² / L0²

La stratification : importance relative de la flottabilité et de l'inertie, notion


de nombre de Froude (multiples défs., ici : J.-M. Fitremann Tech.
Ing.)
Fr = (ρv Uv² / (∆ρ g D))1/2

La présence d'un flux thermique pariétal et son intensité :


Flux fort conduira à des situations de caléfaction (coussin
vapeur en paroi)
Flux faible conduira (suivant le titre thermo) à des situations
d'assèchement : ébullition en film
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Déterminer la topologie d'un écoulement
À ce jour, l'empirisme domine
Pour un domaine de pression, débit,
inclinaison..., on procède à des
expériences permettant de déterminer
une carte d'écoulement
Corrélations diverses
Voies identifiées pour aller plus loin :
Transport d'aire interfaciale : pb, c'est un
scalaire...
Modèles PDFs
Modèles multigroupes (fondements
Écoulement vertical co-courant
théoriques faibles pour le moment) Hewitt and Roberts, 1969 36
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Topologie : un petit exo...
Utiliser la carte d'écoulement
d'Hewitt avec les données suivantes

P = 150 bars, Tv,l = Tsat P = 1 bar, Tv,l = Tsat

G = 3000, α = 0.1 G = 3000, α = 0.1


Uv / Ul = 1 Uv / Ul = 2

Même chose avec : Même chose avec :

α = 0.3 et Uv / Ul = 3 α = 0.3 et Uv / Ul = 10

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Exo : suite

P = 150 bars P = 1 bar


Alpha 0,1 0,3 0,1 0,3
Gamma 1 3 2 10
X
Rhol Jl²
Rhov Jv²
Régime

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