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LES PARADOXES DU DISCOURS CULTUREL MÉTROPOLITAIN

Guy Saez

Observatoire des politiques culturelles | « L'Observatoire »


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2019/2 N° 54 | pages 39 à 42
ISSN 1165-2675
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https://www.cairn.info/revue-l-observatoire-2019-2-page-39.htm
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LES PARADOXES DU DISCOURS
CULTUREL MÉTROPOLITAIN
Guy Saez

Georg Simmel expliquait la créativité et l’intense renouvellement des formes


artistiques dans la métropole du début du XXe siècle par les caractères particuliers de
la grande ville. La métropolisation culturelle serait l’adaptation quasi « biologique »
et psychologique de l’esprit et de la sensibilité à une sorte de bombardement
sensoriel inédit en raison de la profusion des sollicitations1.

Fernand Léger disait que l’homme ou plus tard de W. Benjamin sur un mode Telle est en effet la tonalité générale du
moderne enregistre cent fois plus plus littéraire, était de considérer la ville discours culturel métropolitain : une
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d’impressions sensorielles qu’un artiste comme un imaginaire social et un mode esthétisation marchandisée, source de
du XVIIIe siècle ; il vivrait une « existence de vie paradoxal là ou M. Weber, son valeur. La situation métropolitaine de la
condensée » pleine de dissonances due à la contemporain, l’étudiait plutôt comme culture prétend résoudre le conflit entre
multiplicité des points de vue offerts par la un centre de richesse et une organisation créativité et structure institutionnelle,
vie urbaine2. Paul Valéry le voyait comme politique et administrative rationalisée. en inscrivant l’art et la culture dans
un « trésor de discordes latentes » du fait un processus incessant d’extraction de
de l’incessant flux d’impressions et d’idées Une version contemporaine du « choc des la valeur. Ainsi finit la tragédie de la
différentes auxquelles il est soumis3. métropoles », à un siècle de distance, se culture analysée par Simmel au profit
Simmel ajoutait à la mentalité de la grande doit d’interroger le discours culturel dans de la croissance des richesses analysée
ville la dimension de l’abstraction générée sa double prétention à synthétiser, autour par les économistes. Quelle meilleure
par une économie urbaine typiquement de la notion de créativité, l’expérience de illustration du phénomène que cette
fondée sur l’argent. Aussi la vie de la la constitution sensorielle de l’homme, œuvre de Banksy mise aux enchères
métropole oscille-t-elle entre deux images : de la projection des sensations, flux, et détruite immédiatement après sa
celle d’une existence dépouillée de ses etc., avec la programmation culturelle vente à 1 M£ (le 5 octobre 2018 chez
contacts humains, de son immédiateté, rationalisée dont les villes veulent se Sotheby’s), puis immédiatement recyclée
de sa proximité, promouvant, en bref, doter. C’est peut-être ici que la différence dans le circuit de la valeur marchande.
une sociabilité abstraite et anonyme méthodologique entre les traditions En sortant la créativité de sa seule sphère
et celle d’une nouvelle Babel faite de sociologiques nées de Simmel et de esthétique pour en faire une dimension
cosmopolitisme et d’échanges. Entre Weber s’estompe car que l’on cherche de toute innovation, dans tous les
évitement et fusion, indifférence et élan à saisir une réalité sur le vif ou que l’on domaines d’activité, on parvient à diluer,
vers l’Autre, la grande ville est tissée des veuille l’inscrire dans un système, on et finalement à renoncer à tout statut
paradoxes de la profusion sensorielle et de n’échappe pas au fait que la ville de la particulier de la culture ; la vie créatrice
l’abstraction, de l’empire des esthétiques créativité se présente à nous comme s’exprime désormais non plus comme
et de la rationalité. Le parti de Simmel, une expérience esthétique marchande. une existence intrinsèque et autonome
mais dans des significations extrinsèques
et hétéronomes. La métropolisation
“La métropolisation cristallise cristallise l’énergie créatrice des groupes
sociaux, des artistes, des découvreurs, des
l’énergie créatrice des groupes entrepreneurs ; elle leur donne une forme
institutionnelle destinée à être débordée
dès que ses règles se stabilisent, c’est-à-
sociaux, des artistes, des dire produit de la valeur dans son cycle
de marketing, ce qui incitera à enclencher
découvreurs, des entrepreneurs.” un nouveau cycle de créativité.

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La planification urbaine des années 60 LE PARADOXE TERRITORIAL indicateurs établis par des organisations
avait déjà bien perçu cette tendance. Dans telles que Mercer, Monocle ou The
un rapport sur la planification des loisirs Depuis le début des années 2000, la Economist Intelligence Unit. L’emploi
de 1964, on peut lire que « le tournant créativité est devenue le maître-mot d’un massif du terme liveable city est un choix
culturel est pris » et que « l’esthétique devient discours culturel globalisé, c’est-à-dire sans de positionnement culturel très large,
une dimension de la croissance économique référence à la pluralité des modèles des différent – et sans doute aussi une réponse
[car] le beau n’est plus lié à la rareté ni au politiques culturelles et à leurs spécificités – au succès rencontré par le thème de la
privilège ni au monumental »4. L’auteur territoriales. Toutes les nations se doivent ville créative.
ajoute : « Or à considérer le beau comme un d’être créatives (Creative Australia, dès
bien économique on s’aperçoit qu’il ne coûte 1994) mais les régions aussi et l’actuel Les indicateurs utilisés reflètent
généralement pas cher et qu’il rapporte souvent programme culturel de l’UE s’intitule une conception de la « qualité de la
beaucoup. »5 Le discours métropolitain « Europe creative ». Mais c’est dans et pour vie » propre au monde développé
n’a fait que raffiner cette prospective les villes que le discours atteint sa plus et occidentalisé : une planification
et en tirer toutes les conséquences grande extension et c’est là que la tension urbaine intégrée, un sentiment de
comme en témoigne abondamment la « global/local » est à son paroxysme. sécurité personnel et collectif, une
littérature prescriptive des agences telles Sans même évoquer ici les contenus et gestion efficiente des ressources rares
que Eurocities et KEA qui annoncent disciplines artistiques de plus en plus et des biens communs, des logements
que ce sont « les villes qui déclenchent la transnationalisées, on voit que le langage de qualité, des transports efficaces et
révolution des politiques culturelles ». La de justification, les recettes préconisées les plus « doux » possibles, une offre
citation suivante, issue de l’un de leur et le répertoire d’action sont en réalité culturelle foisonnante, une abondance
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rapport, est particulièrement significative : devenus des formes complètement de verdure et d’espaces protégés. Alors
« Aujourd'hui, la culture, notamment par le globalisées et transnationalisées, de que la ville créative est fondée, depuis
biais des médias et des réseaux sociaux, est sorte que les cinq continents y adhèrent les travaux de R. Florida et C. Landry,
essentielle pour organiser les communautés sans difficulté. Comme ce discours sur l’utilisation des ressources artistico-
qui composent les sociétés. Artistes, entreprises décontextualisé est promu par des culturelles et techno-scientifiques
créatives, designers, architectes, technologues, agences et des experts eux-mêmes très comme moteur de compétition et de
passionnés de numérique, activistes culturels, internationalisés, comme il est analysé, croissance économique, la Liveable
concepteurs de jeux, archéologues et grand éventuellement critiqué, mais en tout City prend en charge la qualité de la
public se mêlent dans des espaces de travail cas relayé par des réseaux d’observateurs vie et l’accent est davantage porté sur
collaboratif, des fab labs, des laboratoires, des et de chercheurs de toutes les universités la durabilité (sustainability) que sur le
espaces de production, des pôles de création de ces grandes villes, utilisant les mêmes rayonnement (vibrancy). De récents
et des incubateurs. Ensemble, ils inventent grilles problématiques, il s’est formé des travaux prennent un peu de distance
une nouvelle société de collaborations et communautés d’intérêt cognitif (sinon et proposent soit un creative city index
d’entreprises.6 » épistémique) entretenues par divers qui mêle aux indicateurs désormais
organismes internationaux, l’Unesco, ou classiques ceux de la liveable city
Essayons maintenant de retrouver, supranationaux, l’Union européenne. Le (ouverture, accessibilité, participation,
derrière ces propos lisses et conquérants, point commun à ces discours est la vision bien-être...), soit un Vitality index qui
les fortes contraintes qui s’exercent sur d’un monde unifié par les métropoles et intègre des variables qualitatives fondées
le discours culturel métropolitain quand par les technologies numériques. C’est sur le rapport subjectif des habitants à
il utilise l’art et les autres productions pourquoi, si on trouvait encore quelques une ville tout à la fois agréable, innovante
culturelles comme vecteurs de son différenciations dans les stratégies de la et dynamique7. Au bout du compte, tout
marketing territorial. En effet, à ne vouloir ville créative dans les premières années du contribue à la liveability. L’innovation,
considérer ce discours qu’au travers de XXIe siècle, sa seconde décennie s’achève la qualité de la vie et le développement
ce qu’elle « rapporte », le discours sur avec un modèle très standardisé et avec durable sont des conditions pour le
la culture de la métropole se déploie en une déclinaison plus resserrée autour succès économique futur et, avec un
une série d’inévitables paradoxes. Sans de l’économie du numérique : la smart peu d’optimisme, on peut y voir la preuve
prétendre être exhaustif sur ce point, city. Le point culminant du paradoxe d’une résilience des métropoles8.
et en restant au seul niveau du discours est le fait qu’on s’en remet maintenant
sans entrer dans la diversité des pratiques à des classements internationaux pour
qu’il génère, je vais détailler maintenant déterminer la créativité, ou dans un genre
LE PARADOXE PARTENARIAL
ceux qui affectent trois des modalités les proche, leur liveability. Les classements se
plus structurantes de l’action publique font selon des indicateurs standardisés Il consiste dans une indifférenciation
culturelle : le paradoxe territorial, et chaque ville se donne comme objectif de plus en plus poussée du privé et du
partenarial et transversal. de correspondre du mieux possible à ces public débouchant sur une fusion du

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“Cette culturalisation de l’économie
abandonne les politiques culturelles
telles que nous les avons connues dans
le « vieux monde ».”
culturel et de l’économique. On sait créatives est à la racine de la croissance LE PARADOXE DE LA
qu’à la fin du XXe siècle, le mot d’ordre des autres secteurs de l’économie qui TRANSVERSALITÉ
« économie-culture, même combat » incorporent les innovations, qui génèrent
s’est largement imposé et a incité les de nouveaux emplois, de nouvelles Le discours métropolitain abolit des
responsables politiques à exiger un consommations de biens et de services. distinctions auxquelles nous étions depuis
« retour sur investissement » en échange On ne peut plus considérer la culture longtemps habitués. Il unifie, grâce à
des subventions accordées. Les acteurs comme un secteur particulier tel que la créativité, la ville comme machine
culturels se sont alors efforcés de donner cela est encore présenté dans le rapport de divertissement et lieu de plaisir
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des preuves de « l’impact » de leurs L’apport économique de la culture en France esthétique, lieu d’extraction de la valeur
entreprises par des évaluations confiées de 2013, ni se contenter de calculer son et de redistribution. Par la créativité, la
à des agences de conseil. Le partenariat « ruissellement » sur l’environnement culture s’hybride tant fonctionnellement
privé-public s’est imposé comme une proche (hôtels, restaurants, transports, – elle est coextensive à toutes les sphères
solution à l’essoufflement du partenariat parkings) puisque l’encastrement d’activité sociale – que structurellement
entre les collectivités publiques. de la culture est consubstantiel au (production et consommation). Ce
fonctionnement de toute l’économie. On mouvement d’hybridation crée un surcroît
Mais quand on réduisait l’analyse des est donc passé d’un domaine qui coûte de richesse, densifie les pratiques. Il est
politiques culturelles à la mesure des au budget public à celui qui rapporte difficile de s’y opposer. Les pratiques dites
efforts des villes pour être créatives, parce qu’il est un investissement, puis à « alternatives » des militants culturels
on faisait encore la différence entre une aide à la croissance puis enfin à celui s’inscrivent en réalité dans ce processus
public et privé, économie et culture. qui est la base même d’une économie d’hybridation de l’artistique avec le social,
Dans les premiers textes critiques sur culturalisée. La créativité modifie les l’écologique, l’urbain, etc., auquel s’ajoute
la métropole créative9, on pointait données du système économique par un mouvement d’investissement des lieux
encore une conception traditionnelle le changement de sa base cognitive. pour les régénérer, puis les abandonner
et binaire des rapports entre économie Cette culturalisation de l’économie pour en investir d’autres : une forme de
et culture. Ce qu’on a appelé la abandonne les politiques culturelles destruction créatrice dont témoigne le
« régénération urbaine par la culture » telles que nous les avons connues dans turn over rapide des friches, des squats
(culture-led urban regeneration) employait le « vieux monde ». Voilà qui justifie une culturels et des lieux « flexibles »12.
des recettes classiques : production double révolution. D’abord, l’idée d’une
d’aménités urbaines, installation politique publique de la culture qui ne Le propre de la transversalité généralisée
d’artistes dans les quartiers populaires, fait plus sens non seulement parce qu’elle est autant de perdre ce qui faisait la
création d’une atmosphère favorable à est absorbée dans l’économie mais aussi spécificité d’un équipement culturel que
la gentrification. Aujourd’hui la notion parce qu’elle enregistre la disparition de l’adapter à de nouvelles pratiques
de cultural political economy montre une de l’État en tant que promoteur de urbaines. Bien entendu, tous les
pénétration complète de la créativité la politique culturelle et partenaire équipements ne sont pas dédifférenciés
comme moteur de l’économie. David (financier et normatif ) des villes. au point de voir disparaître jusqu’à leur
Throsby l’a évoqué en ces termes : « Le Ensuite, c’est l’idée même de culture nom comme ce qui est en train d’arriver
concept de ville créative décrit une situation qui devient insaisissable, puisque fondue aux bibliothèques publiques transformées
de complexe urbain où les différentes sortes dans l’économie, on n’en retient plus que en troisième lieu ou en Idea’s store mais il
d'activités culturelles font partie intégrante le principe de l’innovation11. y a une demande forte à l’élargissement
du fonctionnement économique et social de des fonctions d’un équipement culturel,
la ville. »10 Avec ce modèle économique, une mode qui lui permet de s’ouvrir aux
la dépense en faveur des industries activités sociales (l’agora) ou de se centrer

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sur la haute technologie (les fab labs)13. De nombreux auteurs font valoir la Dans cette esquisse des paradoxes du
Autrement dit, la culture hétéronomisée ville comme un creuset multiculturel. discours culturel métropolitain, il est
est totalement transversalisée, ce qui La métropole attire les minorités parce difficile de percevoir une transition ou une
met la notion d’une politique culturelle qu’elles y sont « reconnues », et peuvent recomposition des politiques culturelles.
doublement à mal : elle n’a plus de sens y disposer de véritables espaces de liberté Les tendances rapidement analysées ici
ni comme politique publique, ni comme et d’exercice de leurs droits culturels. Le montrent plutôt un discours en rupture
secteur autonome, différencié, ce qui fait discours métropolitain marie cette vision avec la tradition des politiques culturelles.
craindre que l’on prenne en « otage » la multiculturelle avec celle d’une cité Sans doute est-il résistible. Cependant,
gouvernance culturelle14. inclusive et hospitalière dans laquelle sa structure, de même que les intérêts de
les droits de chacun sont reconnus. Le ceux qui le portent, offrent à la « critique
Il arrive que le discours qui mêle créativité terme d’inclusif est désormais préféré à artiste » peu de résistance15, si ce n’est celle
et transversalité insiste sur l’inclusion, une celui de ville participative bien qu’il soit de l’irréductible subjectivité de l’artiste ;
notion à usages multiples. Il est surprenant très imprécis, ou peut-être en raison de quant à la critique sociale, elle ne fait pas
de la voir solliciter pour évoquer le vivre son imprécision, mais aussi parce que le de la culture sa priorité. Si ce discours
ensemble. En effet, la manifestation la plus développement de multiples dispositifs devait se poursuivre et se radicaliser,
tangible de la smart city est l’ajout à la ville de participation, leur institutionnalisation cette interrogation n’aurait même plus
existante de nouveaux quartiers et non pas et l’offre publique inflationniste qui en lieu d’être car la notion d’une politique
une planification entièrement revue et découle ont produit leur obsolescence. culturelle serait tout simplement dépassée,
informée par les technologies numériques. D’où le terrible dilemme des politiques absorbée dans le fonctionnement d’une
Aussi la smart city ne fait-elle que renforcer culturelles voulant se porter sur ce qui économie politique qui relèverait dès
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le feuilletage d’un développement de rassemble et promouvoir du commun lors d’autres outils théoriques, d’autres
la ville par strates, ajoutant ainsi à sa alors que s’installe un différentialisme pratiques socio-politiques, et qui devrait
fragmentation. Les espaces de co-working, culturel qui bloque tout dialogue comme mobiliser d’autres efforts de créativité !
les pop up stores, les espaces flexibles, etc., le montrent les récentes controverses sur
n’ont rien à voir avec les quartiers du type « l’appropriation culturelle » au Québec Guy Saez
la Défense ou les World Trade Center dont et en France. Directeur de recherche émérite CNRS, Pacte, Grenoble

les métropoles ont voulu se doter au cours


des années 80 jusqu’en 2000, ni avec les
quartiers populaires de banlieue.

Les paradoxes du discours culturel métropolitain


NOTES

1– Simmel G., Les grandes villes et la vie de l’esprit, (1903), Petite Bibliothèque Payot, 2013. 10– Throsby D., The Economics of Cultural Policy, Cambridge, Cambridge University Press,
2– Léger F., Fonctions de la peinture, Gallimard, 1997, p. 83 et 87. 2010, p. 139.
3– Valéry P., La Politique de l’esprit, (1932), Œuvres, Paris, Gallimard, 1957, p. 1018. 11– Potts J., Cunningham S., « Four Models of the Creative Industries », International Journal
4– Rapport du Commissariat Général du Plan, Réflexions pour 1985, Paris, La Documentation of Cultural policy, Researchgate, volume 120(1) :163-180, august 2008.
française, 1964, p. 83. 12– Scott M., Szili G., « Pop-up Polanyi: Cultural entrepreneurs and the ‘vacancy fix’ », City,
5– Idem, p. 87. Culture and Society, vol. 14, 2018, p. 22-27.
6– Boni A, Kern P., Cities are driving new cultural policies, 7 février 2018. 13– Leorke D., Wyatt D., McQuire S., “More than just a library”: Public libraries in the
https://theartsjournal.net/2018/02/07/bonikern/ ‘smart city’, City, Culture and Society, vol. 15, 2018, p. 37-44.
7– Landry C., Hyams J., The Creative City Index. Measuring the Pulse of the City, Gloucestershire, 14– Salazar Martin F., L’Affût, avril-juin 2017, p. 8.
Comedia, 2012. 15– Boltanski L., Chiapello E., Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.
8– Talandier M., « Résilience des Métropoles », Conférences POPSU, 2019.
9– Herbrecht L. « The Creative Metropolis. Services, Symbols and Spaces », International
Journal of Architectural Theory, 3, 1998. http://www.tucottbus.de/BTU/Fak2/TheoArch/
wolke/Xpositionen/Helbrecht/helbrecht.html

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