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Recueil des arrêtés de M.

le
premier président de
Lamoignon [formé par
Barthélemy Auzanet et
Bonaventure de Fourcroy.] .
[...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque Interuniversitaire Cujas


Lamoignon, Guillaume de (1617-1677). Auteur du texte. Recueil
des arrêtés de M. le premier président de Lamoignon [formé par
Barthélemy Auzanet et Bonaventure de Fourcroy.] . Nouvelle
édition revue & corrigée. 1777.

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RECUEIL
DES / ïôl
ARRÊTÉS j

DE M. LE PREMIER PRÉSIDENT
DE LAMOIGNÔN.
Nouvelle ÉDITION revue & corrigée*

A F A R I S,
Chez JOSEPH MERLIN, Libraire, me de la Harpe f
à Saint Joseph.

M. D c c. ixxyi
I.
AVEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI,
AVERTISSEMENT:
\^JE Recueil précieux qui renferme les principales
règles de la Jurisprudence fous différents titres &
,
les décisions les plus sages en forme d'Articles clairs
& précis, malgré la multitude de Copies qui en avoient
été faires, n'en fut pas moins enlevé auffi-tôt -qu'il suc
imprimé & devint bien-tôt rare. Le Public, de sur-
,
tout les Tribunaux en attendoient depuis long-temps
la réimpression. Les Magistrats ôc les Jurisconsultes
ont désiré dans tous les temps que ces projets de Loix
devinssent, par la Sanction du Législateur, le Droit
commun 8ç le Code universel de la Nation. C'étoit
auffi le voeu de M. le Premier Président de Lamoignon:
non parce que les décisions renfermées dans ce Re-
cueil étoient l'ouvrage de íà sagesse, 8c qu'il avoit
dirigé lui-même le travail des Jurisconsultes ses Coopé-
rateurs ; mais parce qu'il y voyoit de grands avantages
pour les Peuples ôc pour les :Magistrats.. Au reste, ces
Arrêtés, quoiqu'ils n'aient pas encore reçu i'auguste
caractère de Loi publique, n'en font pas moins cités
par les Jurisconsultes, comme on cite les Constitutions
célèbres qui ont:été consacrées par la vénération de
tous les siécles. Les Magistrats y ont toújojjrs puisé; les,
f ay
ìv AVERTISSEMENT.
motifs de leurs décisions, comme on le voit dans les
Arrêtés de la Cour fur les Péremptions d'instance. Le
Législateur lui-même a bien voulu, en adopter les dis-
positions dans l'Edit de Février 1683 qu'il a donné
,
pour la distribution du prix des Offices , comme des
autres Immeubles.

EXPOSONS en peu de mots la manière dont ce Recueil


fut composé sous les yeux de M. le Premier Président
de Lamoignon. Ce Magistrat se propoíà íùr-tout d'éta-
blir dans cet Ouvrage, l'uniformité des maximes qui
j doivent conduire à la décision des questions contrô-
la veríees, &de prévenir par ce moyen CQS contradictions
choquantes que présentent souvent les Arrêtés de deux
Parlements différents 8c les décisions d'une même Com-
pagnie. Il croyoit que rien n'étoit plus capable d'af-
foiblir les liens qui doivent réunir toutes les portions
d'une Monarchie, que cette variété d'usages singuliers
9
souvent bizares, toujours contraires les uns aux autres
auxquels on s'est soumis. Il avoit toujours applaudi à
la sage politique d'un de nos Rois, qui auroit voulu
qu'il n'y eut en France qu'une Coutume, qu'un Poids,
qu'une Mesure, & que toutes les Loix fussent miles
en François dans un beau Livre. Cette idée si simple
& íì noble, M. le Premier Président de Lamoignon
a toujours désiré qu'on pût la réaliser, ou du moins.
AVERTISSEMENT v
qu'on s'en rapprochât le plus qu'on pourroit.

» Quoi! sujet du même Monarque, dit un Magistrat


» du Parlement de Dijon, composant une seule famille
» dont il est le père, pouvons-nous nous glorifier d'a-
» voir des loix , âes moeurs différentes de ses autres
» enfants...Que dira la Postérité , lorsqu'elle recher-
wchera notre Jurisprudence, comme les Romains étu-
» dierent celle d'Athènes ? Que pensera-t-elle, lor£
» 'qu'au lieu d'un Code général 8c uniforme , elle ne
» trouvera qu'un amas d'opinions diverses, lorsqu'elle
» verra un seul Peuple, un seul Législateur & deux cents
» quatre-vingt-cinq Codes différents ? C'est en vain que
» l'Histoire ose dire que ce sut un privilège de chaque
» contrée de se régir par íes propres LOÌXÌ Si la vérité
» n'est qu'une, si cela seul est le droit dont on ne peut
«s'écarter fans injustice si la plupart des Loix íè
,
» contredisent, ces contrées n'ont donc eu que le
» privilège de rester dans Terreur ».

Louis XV, dans les belles Ordonnances qu'il nous


a laissées, tient lemême langage > en avançant que la
Justice ne' devroit pas dépendre de la différence des
temps 8c des lieux, comme elle se fait gloire d'igno-
rer, les personnes : « il n'est point de: Loix , éát c&
» Prince, qui ne renferme le voeu de la perpétuité & â®
v] AVERTISSEMENT
» l'unisormité. Cette uniformité est également
hono-
» rable au
Législateur, 8c avantageuse aux Sujets... La
» diversité de Jurisprudence produit les plus grands
» inconvénients ». Ces idées si Cages ont été transmises
à íbn auguste Succeíìeur. Ami des loix 8c de Tordre
public, pourroit-il ne pas désirer de voir rétablir dans
tous les Tribunaux cette uniformité de Jurisprudence
désirée de toute la Magistrature?

M. le Premier Président persuadé que cette uni-


formité seroit autant utile au Public qu'aux Juges
,
conçut le projet de cet Ouvrage , 8c le fit agréer
au Roi. Il fit aíîèmbler chez lui jusqu'au nombre de
douze Avocats pour avoir leurs sentiments fur les
,
articles convenus. Ces articles 8c les avis des Avocats
furent ensuite examinés dans d'autres assemblées, où
se tròúvoient deux Députés de chaque Chambre du
Parlement. Ces conférences n'ayant pas produit tout
le fruit qu'on en avoit espéré on chercha de riou-
,
yeaux moyens pour exécuter le même plan.

M. AuzANET, savant Jurisconsulte fut chargé de


• v
de continuer à fournir les Mémoires & à lès faire
,
passer à M. Fourcroy íbil digne Collègue qui y
,
djôutòit d'autres Questions, & qui mettòit en même;
íemps les matières eii ordre. Tout ce travaiL fut fou-
A VERTISSEMEN T. vi]
mis à Texamen & à la décision-de M. le Premier Pré-
sident de Lamoignon, qui concluoit, & arrêtoit lui-
seul les articles C'est à cette rédaction, ainsi dirigée
par ce savant Magistrat, que le Public est redevable de
í'Ouvrage dont nous annonçons une nouvelle Edition :
nous ne pouvons donner une plus juste idée de
ce Recueil, qu'en disant avec M. le Chancelier d'A-
guesseau si bon Juge que cejl I'Ouvrage le plus pro-
,
pre à former cette étendue & cette supériorité d'esprit,
avec laquelle on doit embrasser le Droit François , ft
Von en veut posséder parfaitement les principes.

A peine cet Ouvrage sut-íl connu 1 que chacua


s'empressa d'en tirer des copies; mais ce fut avec tant
de précipitation, que I'Ouvrage étoit défiguré par
une multitude de fautes. On les retrouve encore
pour la plupart dans la première Edition de cet
Ouvrage, qui tout imparfaite qu'elle étoit, fut bien-
tôt épuisée. Celle que nous annonçons aujourd'hui
a été faite avec tant d'exactitude fur un Manuscrit
,
revu & corrigé par M. le Premier P. de Lamoignon^
qu'elle ne peut qu'être bien accueilli par le Barreau,,

CETTE nouvelle Editionné contient que I'Ouvrage


de M. le Premier Président de Lamoignon les Ar-
rêtés. Dans la première Edition, ,
on y avoit ajouta
viij AVERTISSE M EN T.
une autre Partie , qui étoit, en quelque sorte , This-
toire de ces Arrêtés. Mais cette Partie est si confuse,
íì mal digérée, si imparfaite qu'on n'a pas cru de-
,
voir la réimprimer. En attendant qu'on puisse la re-
fondre en entier, & la rendre digne de paroître à
la fuite de I'Ouvrage de M. le Premier Président de
Lamoignon, on ne donne que les Arrrêtés célèbres
fixés 8c dirigés par Articles d'un style clair 8c pré-
cis. Ces articles ont toujours mérité Tapprobation
des Jurisconsultes par la sageflè des décisions qu'ils
présentent. Elles ont eu pour objet de régler,
i°, Tétat des Personnes : 2°, la qualité des Biens :
3°, les Actions, Dettes, Hypothèques, Prescriptions
8c autres semblables : 4°, la communauté des Biens
entre Mari 8c Femme, 8c autres Droits dépendants
<3u Mariage : y°, les Successions 8c les Testaments.
Les articles des Arrêtés font rangés fous différents ti-
tres , par rapport à la matière dont ils traitent.

QUANT aux dispositions qui y font contenues, on


«m peut distinguer de plusieurs fortes. Il y en a qui
abolissent d'anciens Droits 8c des Usages reçus dans
quelques Provinces. On en trouve d'autres qui, d'un
<ìròit particulier à quelques Coutumes ou à cer-
taines Provinces, en ont fait un droit général.
;Piuííeurs articles font entièrement conformes à la
diíposition
AVERTISSEMENT. ix
disposition du Droit Romain. D'autres le font à la
Coutume de Paris ou au Droit coutumier. On trouve
des décisions nouvelles 8c particulières, pour les cas où
le Droit Romain 8c les Coutumes gardent le silence.

Nous ne répéterons point ici tous les éloges que*


le Barreau a. fait de cet Ouvrage : tous les Juris-
consultes ont avoué qu'il étoit digne de Tillustre Ma-
gistrat dont il porte le nom 8c qu'il soutenoit par-
,
faitement la haute idée que la Nation a toujours eue
de ce grand homme. M. le Premier Président de La-
moignon avoit sçu réunir à Téclat de la naissance
& à la supériorité du génie, une connoissance pro*-
fonde des Loix 8c un zèle ardent pour la Justice
,
qui lui concilièrent Testime & la confiance de sès-
contemporains, 8c qui lui ont aíîuré à jamais Tad-
miration & la reconnoissance de la Postérité. Il ne
dût, qu'à ses éminentes qualités son élévation à la
dignité'de Premier Président. M. le Cardinal de Ma-
zarin, en lui annonçant que le Roi Tavoit nommé à
cette place , lui dit ces paroles : J'ai considéré tout
le monde depuis que la place eft vacante & fij'avois
,
cru trouver un plus homme de bien que Vous pour
la remplir, je l'aurois choisi pour le proposer au Roi.
Paroles qui honorent également le Ministre 8c le
Magistrat.

b
TABLE
DES TITRES.
' i
f
' " " «

PRE MI ER E PARTIE.
TIT R E I. J_JB Vétat des Personnes ; Pag. f
11. De la Puissance paternelle, 3»
III. Des Gardes nobles & bourgeoises} 4.
IV. Des Tutelles , 8
V. Du Domicile , • 3^
VI. Des Absents, 37
VII, Des Droits honorifiques ; m 38
SECONDE PARTIE.
VIII. Quels Biens font meubles ou immeubles
t 4^
IX. Des Propres^ 50
X. Des Fiefs tf2
XI. ,
De la Retenue féodale & cenfùelk 70
XII. Des Droits seigneuriaux, }
7f
XIII. De Zsl Saisie féodale & censuelle
>
88
XIV. Du Dénombrement, 93
XV. De /a Réunion féodale P<^
XVI. Dr/ Démembrement de Fief?_,
p8
XVII. De /a Commise .99
XVIII. Dr/ Dro/'í ÚfIndemnité
_,
100
XIX. Dr/ .Fra/rc ^/er/, ' x ^ 107
XX, Des -
Servitudes _ 108
,
TROISIEME PARTIE.
XXI. Des Actions personnelles & d'Hypothèque, 116
XXII, Des Transports 138
3
xij TABLE"
,w
TITRE XXIII. Des Cautionnements, 'i^
XXIV. De la Discusiion ^ 149
XXV. Déguerpissement & Délaissement par Hypo-
thèque 153
,
XXVI. De l'Extinâion des Hypothèques , 1 $9
XXVII. Du Paiement, 160
XXVIII. De la Compensation 162
XXIX. De la Prescription 3 16^5"
XXX. De la Péremption d'Instance
_,
~, 174
XXXI. Du Répit & de la Cession des Biens ; 179
.
QUATRIEME PARTIE.
XXXII. 'De la Communauté de Biens entre-Mari 6*
Femme, 182
XXXIII. De la Continuation de Communauté3 208
XXXIV. Du Douaire _, de VAugment de Dot, Pré-
ciput & Gain de Survie 219
3
XXXV. De l'Habitation, '
231
XXXVI. Des DispositionsJìmples & mutuelles entre
Mari & Femme 234
XXXVII, Des secondes Noces ;
j 239
XXXVIII. Des Donations entre Vifs', * 242
.
XXXIX._ Des Institutions contraâuelles ', '_ 25-3
XL. Retrait lignager , 2.56
CINQUIEME PARTIE.
X L I. Des Successions, 16^
.
X L11. Des Successions en Fiefù du Droit d'Aînesse, 273
XLIII. Du Bénéfice d'Inventaire 3 zj6
X LIV. Des Rapports 2 79
XLV. Du Paiement_,des Dettes ; 2.8$
XLVI. Des Renonciations aux Successions 288
XLV 11. Des Testaments '
3
292
XLVIII. Des Fidéi-Commis,
s
303
X LI X. De. l'Exécution testamentaire, 311
h. De la Légitime 314.
j RECUEIL
RECUEIL
ARRETÉS D ES

DE M. LE PREMIER PRÉSIDENT
DE LAMOIGNON.
PREMIERE PARTIE.

T I-T RE PREMIER.
De VEtat des Personnes,
A R T I C L E I.
-LM
o us voulons, àl'exemple du Roi saint Louis notre aïeul, &
de plusieurs autres Rois nos prédécesseurs, en accordant à tout
potre royaume ce qu'ils ont ordonné 9 pour quelques endroits
Tome I, A
a RECUEIL DES ARRÊTÉS
seulement, que tous nos sujets soient libres & de francke condí-:
tipn,. fans taxe de servitude, que nous abolissons dans toutes les
terres & pays de notre obéissance, fans qu'à cause de la précédente
manumission & affranchissement, les Seigneurs puissent prétendre
aucuns droits en vertu des coutumes auxquelles nous avons dérogé»
I I.
N E seront tenus nos sujets à aucuns devoirs procédans de qua-
lité servile, soit par droit de suite de formariage, mortemain, OIS
autre quelconque.
I II.
Pourront nosdits sujets se marier librement, prendre les ordres-
sacrés entrer en religion établir & transférer leurs domiciles y
, ,
disposer de leurs biens entre vifs, ou à cause de mort, ou les lais-*-
fer ab intestat à leurs héritiers légitimes en ligne directe ou colla-
térale retirer par retrait lignager, & généralement ordonner de
,
leurs personnes & facultés selon Tordre établi par les loix ôc cou-
tumes pour les personnes libres.
I V.
Et pour aucunement récompenser les Seigneurs du préjudice
qu'ils recevront à cause du présent affranchissement toutes &
,
quantes fois que les héritages qui se trouveront, au jour de la
publication des présentes, possédés par des personnes de la condi-
tion servile, changeront de mains par succession collatérale, dis-
position entre.vifs ou testamentaire, échange, vente, & par
,
quelque manière que ce soit, autre que par succession directe,
descendante & ascendante, il sera payé au Seigneur, par le nou-
veau tenancier, un droit de lods, à raison du douzième denier de
la valeur & estimation du fonds des héritages, dont les personnes
affranchies seront tenues de bailler déclaration au Seigneur.
V.
Demeureront auísi en leur entier les droits de corvées d'hom-*
;
DE M. DE LAMOIGNON. 5
mes, fie de bestiaux, les droits de guet & de garde, tannalité de
moulins, fours & pressoirs, tailles seigneuriales & autres rede-
vances dûes à aucuns Seigneurs particuliers , par titres légitimes 9
aveux & dénombrements anciens.
VI.
Et n'est réputé titre valable, s'il n'est avant le premier Janvier

TITRE IL
De la Puissance Paternelle.
ARTICLE I.
X-JS PAYS de droit écrit & coutumes, où la puissance pater-
nelle a lieu, les enfants de famille seront émancipés de plein drok
du jour qu'ils ont atteint lage de vingt-cinq ans accomplis, &
non plutôt.
I I.
Et avant l'âge de vingt-cinq ans, les enfants de famille font
émancipés, du jour qu'ils font mariés, pourvu que ce soit du con-
sentement du père, ou qu'ils font Prêtres, ou qu'ils tiennent
ménage au su ôtvu du père, ou qu'ils exercent un négoceSé-
paré, ou qu'ils font reçus en quelque charge ayant fonction
publique.
III.
L'émancipation tacite & de plein droit produira les mêmes
effets que l'émancipation expresse.
I V.
Peut le pere.émanciper son enfant présent ou absent, en queí-
«[u'âge qu'il soit, ôc n'est requis autre solemnité, finon qu'il dé?
Aij
4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
clare judiciairement, pardevant le juge de son domicile, qu'if
met son enfant hors de fa puissance, dont acte lui fera donné
par le juge & écrit fur le registre de l'audience, à peine de nul-
lité de ladite émancipation. #
V,
Dans l'acte d'émancipation, le père pourra se réserver ía jouis'
sance d'une portion des biens de l'émancipé, qui ne pourra ex«
céder la jouissance de la moitié, laquelle jouissance cessera du'
jour que l'un des cas ci-dessus exprimés, pour l'émancipatîon-
tacite, fera arrivé ; & en défaut de réservation expresse, le père:
demeurera déchu de ladite jouissance.

TITRE I I L
Des Gardes Nobles ôC Bourgeoises.

.
ARTICLE I.
JT o u R régler la capacité ou l'incapacité de celui qui pré-
tend la garde bourgeoise, on considère la coutume du lieu ou
le défunt avoit son domicile, & néanmoins la garde bourgeoise
n'aura ion effet sur autres héritages que ceux qui font situés dans
la coutume où elle a lieu.
I I.
Aïeuls & aïeules, & tous autres que les pères & mères, nef
seront admis à la garde-noble ou bourgeoise, & même la mère
n'y sera admise, si la coutume ne l'y appelle par une disposition
expresse.
III.
La garde bourgeoise n'a lieu que ès coutumes où elle est re-
çue par disposition expresse,. & à la charge de bailler^caution*
DE M. DE LAMOIGNON. %
IV.
Là garde bourgeoise dure aux enfants mâles jusqu'à quatorze
6c filles jusqu'à douze ans accomplis.
ans aux
V.
. .
Garde n'a lieu si elle n est acceptée en jugement devant le
juge du domicile qu'avoient les pères & mères, lors de la dis-
solution du mariage , par le survivant en personne , ou par
Procureur fondé de procuration spéciale, à ce appelle le tuteur
des enfants, si aucun y a, sinon le Substitut de notre Procureur-
général, ou le Procureur-fiscal, sans qu'il soit besoin' de con-
vocation de parents.
V I.
Si l'acceptation est faite par Procureur, il fera tenu de signer
fur le registre, & de faire enregistrer fa procuration.
VII.
Le survivant , qui voudra accepter la garde , doit en faire
déclaration dans quarante jours s'il est présent, ou dans trois mois
fi étant absent* il est dans notre royaume : & dans six mois,
s'il est hors de notre royaume, à compter du jour de la mort
du prédécécfë;; ÔC les profits de ladite garde lui appartiendront
du jour de la mort du prédécédé ; autrement le temps passé, en
demeurera déchu, & le temps courra contre le survivant mineur,
sans espérance de restitution. *
VIII.
Est tenu le gardien de faire inventaire des meubles, titres ÔC
papiers appartenants au mineur, avec le tuteur ou subrogé tuteur,
fì aucun y a, sinon avec le Substitut de notre Procureur-géné-
lal, ou Procureur-fiscal, dans trois mois du jour de l'accepta-
tion, & le temps passé demeurera déchu du profit de îa garde,
ÍX.
Le gardien a l'administration des meubles,. & fait siens íes
é RECUEIL DES ARRÊTÉS
fruits des héritages, arrérages de rentes Ôc intérêts légitimes
des obligations mobiliaires appartenans aux mineurs, pour ce qui
s'en trouvera échu du temps de la garde, à la charge de payer
par le gardien les intérêts légitimes des obligations passives ôc
arrérages des rentes qui écherront durant la garde; nourrir ôc
entretenir les mineurs selon leurs états ôc qualités ; payer ôc ac-
quiter les charges annuelles, ôc enfin de la garde, rendre les
héritages en bon état de toutes réparations viagères.
X.
Le droit de garde n'est point cessible.
XI.
Demeurera abrogé le droit seigneurial, appelle en aucunes
coutumes, Déport de minorité; ôc par le refus du père ou de la
mère survivans, d'accepter la garde de leurs enfants, ne tombent
lesdits enfants en la garde du Seigneur.
XII.
Entre les fruits qui appartiennent au gardien, font compris
les arrérages des cens ôc rentes seigneuriales, droits de relief ÔC
de quint, amendes, confiscations mobiliaires, ôc autres profits
de Fiefs, droits de chasse, droits honorifiques, droits de patro-
nage , collation de bénéfices Ôc offices ; ôc seront les provi-
sions baillées par le gardien au nom du mineur,
XIII.
Des immeubles confisqués, ou commis par félonie, la jouis-
sance appartient au gardien pendant le temps de la> garde, la
propriété réservée au mineur,
XIV.
Le gardien, qui, durant le temps de la garde, a retenu par
puissance de Fief, ou retrait censuel, un Fief ou héritage qui
étoit mouvant ou dépendant du Fief de son mineur, en aura la
jouissance durant la garde ; ôc après la garde finie, rendra *le Fief
DE M. DE LAMOIGNON. ?
oul'héritâge au mineur, si le mineur trouve bon de le prendre^
remboursant le gardien du prix ôc des loyaux coûts.
en
XV.
La garde ne s'étend à autres biens qu'à ceux qui font ave-
disposition à cause de mort
nus au mineur par la succession ou
du père ou de la mère, qui a donné ouverture à la garde.
XVI.
Celuí qui est gardien peut être tuteur sans prendre la garde y
mais celui qui accepte la tutelle fans protestation, ne peut plus
rendre la garde.
XVII.
La garde-noble aura lieu dans tout notre royaume ôc durera
aux enfants mâles jusqu'à dix-huit ans, ôc aux filles jusqu'à qua-
torze ans accomplis.
XVIII.
La garde finit quand le gardien, père ou mère, se remariej
ôc l'un ôc l'autre devenu veuf ne peut reprendre la garde.
xjx.
La garde des enfants finit
.-
par leurs mariages, encore qu'ils
n'aient les dix-huit ans, ou quatorze ans accomplis.
XX.
Sera au choix du mineur de reprendre, aprës.la garde finie,
les meubles en efpece, s'ils font en nature, ou Festimation
por-
tée par l'inventaire, avec la crue, à raison de cinq íòls pour
livre; ou le prix de la vente, s'ils ont été vendus.
XXI.
Le gardien, même mineur, ne peut être relevé de l'accepT
tation de la garde. "

\4fe
fr RECUEIL DES ARRETES

T I T R E I V.
Des Tutelles.

#
ARTICLE L
JL les tutelles font datives, ôc doivent' être défé-
pu TES
rées par les Juges fur l'avis des parents des mineurs.
II.
•Abrogeons les tutelles testamentaires, légitimes, naturelles
ôc coutumières.
III.
L'assemblée de parents peut être provoquée par un parent
en degré éloigné, en cas de négligence des plus proches, même
par une tante ôc par un créancier des mineurs : ôc au défaut des
uns ôc des autres, pendant l'eipace de quinzaine , l'assemblée
fera faite à la requête du Substitut de notre Procureur - géné-
ral, ou du Procureur-fiscal de la haute ou moyenne justice du
lieu où la tutelle doit être déférée.
IV.
Seront appelles la mère ou les aïeux paternels ôc maternels
étant en état de viduité, ensemble les plus proches parents ma-
ternels ôc paternels, majeurs de vingt-cinq ans, ôc demeurant
dans le même Bailliage ôc Sénéchaussée où les mineurs ont leur
domicile, en nombre égal, ôc trois au moins de chacun côté:
& s'il ne s'y en trouve en nombre suffisant, ils serpnt pris des
provinces voisines; ôc en défaut de parents de l'une ou de l'autre
ligne, on appellera des voisins ou amis du défunt y le tout à
peine de nullité,
V,
DE M. DE LAMOIGNON. •$
• V.
Les suffrages pour la tutelle peuvent être donnés en per-
sonne ou par Procureur fondé «de procuration spéciale, qui
,
contiendra le nom ôc la qualité du tuteur qui sera nommé par
le Procureur; mais pour l'éducation ôc instruction des mineurs,
les avis seront donnés en personne ôc non par Procureur.
VI.
Le parent qui a des empêchements honnêtes ôc des excuses légi-
times pour ne point accepter la charge de tuteur ou curateur,
aura néanmoins voix délibérative en 1 assemblée, s'il est des
plus proches, ôc y doit être appelle, comme dessus, à peine
de nullité.
VIL
Si aucun de ceux qui ont été appelles, prétend n'être point
parent des mineurs, ou qu'il y en a de plus proches que lui qui
n'ont point été appelles, il fera tenu de faire fa remontrance
avant l'ouverture des suffrages., ôc il n'y fera plus reçu après la
première voix donnée.
VIII.
Pour les tutelles de personnes nobles, on se pourvoira pâr-
devant les Baillis ôc Sénéchaux, ou leurs Lieutenants; ôc pour
celles des roturiers pardevant les Prévôts, Châtelains du lieu
du domicile des mineurs : ôc si leur domicile desdits nobles ou
roturiers est dans la haute ou moyenne justice d'un S^eigne^r,
la tutelle y fera poursuivie. ";el

IX.
Aux mineurs de condition, ôc qui ont du bien considérable,
seront donnés des tuteurs honoraires ôc un tuteur onéraire.
quijfera choisi par les parents, ôc fera le serment en justice.
X.
Les tuteurs honoraires ôc les parents nominateurs ne font
j
Tome I, B
lô RECUEIL DES ARRÊTÉS
garants de la solvabilité du tuteur «néraire, ou autre tuteur y
soit qu'il fût insolvable au temps de fa nomination, ou que i'Ìn~
solvabilité fût survenue depui*.
XI.
En procédant à la nomination d'un tuteur, sera par le mê--
me acte élu un curateur, ou subrogé tuteur, pour assister à Tin -
ventaire, défendre aux actions de tuteur contre les mineurs, ÔC
exercer celles que les mineurs peuvent avoir contre leur tuteur.
XII.
Tuteur subrogé , n'a aucune part dans l'administration des
biens, ôc en cas d'insuffisance &VL tuteur n'est point tenu sub-
sidiairement.
XIII
S'il arrive des contestations dans les actes de tutelle, elíes:
seront terminées dès le lendemain, si faire se peut, en la cham-
bre du conseil, ôc préférablement à toutes autres affaires, si-
non dans trois jours au plus tard, ôc ce qui fera ordonné, fera
exécuté nonobstant opposition ou appellation quelconque, ôc sans<
préjudice d'icelles.
XIV.
Si dans la nomination d'un tuteur les suffrages des parents
font partagés, il y fera pourvu par le juge en connoissance de
cause.
m
XV.
Ne sera donné qu'un tuteur au mineur, si faire se peut, tou-
tefois si les mineurs ont des immeubles éloignés les uns des au-
tres ; en diverses provinces > on pourra leur donner divers tuteurs-
séparément pour chacune province, ôc chacun d'eux sera seu-
lement responsable du fait de son administration.
#
XVI.
Mais si le juge donne aux mineurs deux ou plusieurs tuteurs
DE M. DE LAMOIGNON. n
confusément, ôc sans séparer leur administration, chacun des
tuteurs pourra être poursuivi solidairement; tant par les mineurs,
après la tutelle finie, que par ceux qui ont des actions contre
les mineurs durant leur administration, sauf le recours des uns
contre les autres, quelques divisions qu'ils aient faites entr'eux
pour le règlement de leurs fonctions.
XVII.
Les tuteurs, donnés par le juge en connoissance de cause,
fans l'avis des parents, ne font tenus bailler caution, ôc néan-
moins celui de plusieurs tuteurs qui voudra donner bonne ôc
suffisante caution de rendre compte aux mineurs venus en âge, ÔC
d'acquitter ses cotuteurs, administrera seul au refus de bailler
pareille caution par ses cotuteurs, lesquels ce faisant demeure-
ront déchargés; ôc si tous baillent caution, tous demeureront
.tuteurs ôc administreront.
XVIII.
Quand il y a plusieurs tuteurs, l'autorité de tous est nécek
faire pour la validité de l'acte ; mais si le juge en a séparé l'ad-
ministration par province, chacun doit autoriser pour ce qui
concerne son département.
XIX.
Ceux qui ont épousé la mère, les aïeules, soeurs, tantes ôc
cousines germaines des mineurs, feront appelles aux actes de
tutelle selon la proximité de leurs femmes; mais .les voix de la
mère ôc de son second mari, d'une aïeule ôc de son second mari
ne seront comptées que pour une, si elles se trouvent confor-
mes.
XX.
Aucun ne pourra être contraint d'accepter la tutelle s'il
du
,
n est nombre de ceux qui. ont été" assignés pour donner leur
yoix en l'acte de tutelle.
Bij
iz RECUEIL DES ARRÊTES
XXI.
Ceux qui ont épousé la mère , l'aïeule, ôc autres parentes
étant élus tuteurs, seront tenus d'accepter la charge.
XXII.
Les Evêques ne peuvent être tuteurs, ni les Curés ôc autres
Ecclésiastiques ayant charge d'ames ôc ceux qui font promus
,
aux ordres sacrés ne peuvent être contraints d'accepter la charge ,
mais -l'ayant acceptée, ils font tenus de continuer l'administrationv
XXIII.
Le père même, mineur de vingt-cinq ans, nommé tuteur de'
ses enfants, est tenu de faire la charge, ÔC ne s'en peut excuser;
XXIV.
La mère peut être nommée tutrice de ses enfants ôc fera pré-
férée à tous autres, même à l'aïeul paternel, s'il n'y a juste
raison de l'exclure, ôc qu'avec connoissance de cause elle soit
jugée incapable de l'administration des biens de ses enfants, ou
qu'elle en ait été privée par le testament de son mari ou au-
tre acte signé de lui, ou que par. le même acte ou testaments
le mari ait nommé un autre tuteur encore que le tuteur ainsi
nommé ait refusé la charge, ou que pour des causes légitimes
il en ait été exclus par avis de parents,
X X V.
Mais la mère ne peut être contrainte de prendre la tutelle
de ses enfants, si bon ne lui semble.
XXVI.
L'aïeule ne peut avoir la tutelle de ses petits-enfants, si elle
n'y est appellée par les parents à la pluralité des voix, ôc n'est
tutrice si elle ne veut. Et les autres femmes, même la bisaïeule j
ne peuvent être tutrices.
XXVII.
La mère mineure de ving-cinq ans ne peut être donnée pour.
IJElM. DE LAMOIGNON. 13
tutrice à ses enfants, nonobstant qu'elle ait été nommée par le
testament de son mari, sinon en baillant un cotuteur majeur,
qui demeure responsable solidairement de l'administration'par elle
faite durant sa minorité.
XXVIII.
Le père ne perd la tutelle par ses secondes noces.
XXIX.
La mère Ôc aïeule tutrices demeureront privées de ladite char-^
ge, du jour qu'elles contracteront un second mariage, encore
qu'elles aient été nommées par le testament du père : ôc au cas
qu'elles reviennent en état de viduité, elles ne pourront re-
prendre la tutelle de leurs enfants ôc petits-enfants bien qu'elles
n'eussent aucuns enfants du second lit,
XXX.
Si la mère ôc l'aïeule, tutrices de leurs enfants, se remarient'j
elles font tenues, avant la célébration du mariage, de faire pour-
voir les mineurs d'un autre tuteur, ôc à faute de ce, elles de-
meureront déchues de toutes les sommes qu'elles pourroient alors
prétendre contr'eux ; ôc n'entreront en la dépense du compte de
tutelle; mais elles ne seront privées des successions qui pour-
ront échoir durant le second mariage, ni des avantages qu'elles
pourront recueillir par mort de leurs enfants.
XXXI.
La déchéance ordonnée en l'article précédent n'aura lieu con-
tre la mère mineure de vingt-cinq ans, qui se remarie sans faire
pourvoir d'un tuteur à ses enfants,
XXXII.
Le mari de la mère, ou d'aïeule tutrice, qui n'aura fait pour-
voir les mineurs d'un autre tuteur avant la célébration de son
mariage, demeurera garant en son nom de toutes les pertes,
dépens, dommages ôc intérêts
que les mineurs pourront sou£
î4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
frir dans l'administration de leurs biens durant le second ma-
riage encore qu'il n'y eût point de communauté.
XXXIII.
La mère en état de viduité,;ôc celle qui a passé à un second
mariage, sortable à sa condition, ne doit être privée de Téduca-
tion de ses enfants, s'il n'y a cause juste ôc évidente, elle peut
demander une pension pour ses enfants, nonobstant que leur tu-
telle ait été donnée à un autre ^ ôc que le tuteur ou autre pa-
rent offre de les nourrir ôc entretenir gratuitement, pourvu
toutefois que le revenu des mineurs, déduction faite des char*
ges annuelles, soit suffisant pour 'payer la pension.
XXXIV.
La préférence entre les aïeules paternelles ôc maternelles, ôc
entre les parents plus proches ôc plus éloignés, fera réglée par
l'avis des parents, fans considérer la ligne ni la proximité du
degré,
XXXV.
Le tuteur nommé par le testament du père, encore que dans
la fuite le testament soit déclaré nul, ou par autre acte signé
de lui, sera préféré aux autres par les parents, pourvu qu'il ne
se trouve en sa personne aucune cause légitime pour l'exclure
de sa charge,
XXXVI.
Ne peuvent être tuteurs les prodigues, furieux ôc insensés,
même ceux qui ont de bons intervalles, ôc généralement tous ceux
qui ont besoin eux-mêmes de curateur, ou qui font notés dlrt-
famie,
XXXVII.
Ceux qui font atteints de maladies incurables ôc obligés de gar-
der le lit ; aveugles, sourds, muets; les mineurs de ving-cinq ans,
quoique mariés ôc pourvus d'offices, qui requièrent l'âge de
DE M. DE LAMOIGNON. t?
vingt-cinq ans accomplis, ou faisant négoce particulier; ôc ceux
qui sont absents du Royaume, ôc dont l'absence a commencé trois
mois avant l'ouverture de la tutelle, n'en pourront être chargés,
ôc les personnes âgées de soixante-dix ans ne pourront être con-
traint de Fexercer.
XXXVIII.
Les parents substitués aux mineurs peuvent être leurs tu*
teurs pour radministratiori de leurs biens, mais ils ne peuvent
avoir Féducation de leurs personnes.
XXXIX.
Ceux qui font profession de la religion prétendue réformée,
même le père ou la mère ôc autres, de quelque qualité qu'ils
soient, ne pourront avoir Féducation des enfants issus d'un père
ou d'une mère catholiques, ou qui auront été ailleurs élevés à
la religion catholique.
XL.
Celui qui ne fait lire ni écrire, ou que la pauvreté oblige de
gagner fa vie du travail de ses mains, ne peut être tuteur, sinon-
entre rustiques ôc gens du même peuple.
X L I.
Les officiers comptables, ceux qui tiennent nos fermes, ou
qui font la recette des deniers des villes, ne pourront être nom-
més tuteurs : ôc ceux qui les auront nommés demeureront
,
garants en leurs noms de l'événement de la tutelle.
x L i r.
Le créancier, ou débiteur du mineur pour une somme cer-
taine ôc liquide, peut être son tuteur; mais s'il s'agit de pré-
tentions grandes ôc indéfinies, pour ou contre le mineur, la tu-
telle en ce cas ne leur fera pas déférée, à la réserve du père,,
de Faïeul, de la mère, ôc de l'aïeule.
y
xi RECUEIL DES ARRETES
XLIII.
L'exemption générale des charges personnelles n'emporte point
Texemption de la tutelle, s'il n'en est fait expresse mention.
X L I V.
Le nombre de trois enfants mâles, ou filles, majeurs ou mineurs,;
même de ceux qui font mariés ou pourvus d'offices, ou qui
font un négoce séparé, pourvu qu'ils soient légitimés par un
mariage subséquent, suffit à ceux qui ont leur domicile en la
ville ôc fauxbourgs de Paris, ôc le nombre de cinq à ceux qui
ont leur domicile ailleurs, pour s'excuser de la charge de cu-
rateur ôc de tuteur.
XLV. ,
Les petits enfants, du vivant de leur père ôc mère, ne font
compris au nombre des enfants ; mais après le décès du père ou
de la mère, ils représentent le défunt, ôc tous ensemble sont
considérés comme un seul enfant, pour remplir le nombre né-,
cessaire à Fexcuse de leur aïeul,
XLVL
L'enfant dont la mère est enceinte, n'est point considéré dans
ìes excuses des tutelles.
XLVII.
Les enfants tués à la guerre en portant les armes pour notre
service, ou par notre commandement, en des provinces étran-
gères, seront comptés au nombre des enfants vivans, comme
aussi ceux qui ont fait profession dans un ordre approuvé,
XLVIIL
La charge de trois tutelles ou curatelles non affectées, est
une excuse suffisante, ôc ne sera considéré le nombre des pupil-
les, mais la diversité des patrimoines.
XLIX,
La tutelle d'un ou plusieurs enfants, qui font frères ôc soeurs,
fera.
DE M. DE LAMOIGNON, 17
sera considérée comme d'un seul enfant, ôc deux tutelles ou
curatelles de mineurs prodigues, furieux ôc insensés, rempli-
ront le nombre de deux enfants.
L.
Celui qui a été tuteur ne peut être contraint d'être curateur
de la même personne.
L I.
Ceux qui sont du Corps de nos Cours de Parlement, grand Con-
seil, Chambre des Comptes, Cour des Aides, nos Secrétaires, 8f
ceux qui se sont retirés desdites compagnies, après un service
de vingt années, font exempts de tutelles. /
LII.
Les Lieutenants-Généraux, Criminels ou Particuliers, dans
nos Sénéchaussées ôc Bailliages, nos Avocats ôc Procureurs,
même ceux des Elections, Grenier à sel ôc autres, les Proses*.
íeurs ès arts libéraux en Université fameuse, les absents pour
notre service, monnoyeûrs, fermiers de notre domaine*, peuvent
s'excuser d'être tuteurs.
LUI.
L'excuse sera considérée au jour que k tutelle a été ouverte
j
par la mort naturelle ou civile du père ou de la mère des mi-
neurs, ou par le décès, destitution ou autre changement d'un
précédent tuteur, ôc ne servira ce qui est survenu depuis Fou*
.verture de la tutelle, même avant la sentence du juge ôc la
nomination des parents.
L I V.
L'offre de nourrir ôc entretenir gratuitement l'un des mineurs
il est pas suffisante pour excuser une personne de la charge de
tuteur, si Foffre n'est jugée recevable ôc utile aux mineurs
far l'avis des autres parents.
Tome L C
-i-8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
LV.
Celui qui a été excusé de la charge de tuteur, en consé-
quence de l'offre par lui faite de nourrir ôc entretenir un des mi-
neurs, demeure déchargé, du jour du décès du mineur, fans
qu'on puiffe subroger un autre des mineurs, en la place du
décédé; ou s'il décède avant le mineur, la charge de la nour-
riture ôc entretenement cesse du jour de son décès, ôc ne passe
point à ses héritiers.
LVL
Ceux qui ont des excuses légitimes les proposeront sur le
champ, s'ils font présents en l'acte de tutelle, sinon trois jours
après la signification faite à leurs personnes, ou domicile, de
l'acte contenant leur nomination, s'ils font demeurants au même
lieu où a été fait l'acte de tutelle ; ôc s'ils font# domiciliés ail-
leurs, le délai fera prorogé selon la distance des lieux, à rai-
son d'un jour pour dix lieues ; ôc à faute de proposer les ex-
cuses dans les délais prescrits, elles ne seront reçues.
LVII.
La tutelle demeurera aux périls ôc fortunes du tuteur, dd
jour qu'il fera nommés encore qu'il n'ait point fait le ferments
íi la nomination a été faite en fa présence, sinon du jour qu'elle
lui aura été signifiée.
LVIII.
On peut appeller du jugement intervenu sur Favis des pa-
rents; mais l'appel n'est recevable dudit avis, ni de leur no-
mination, sauf au tuteur nommé, qui se plaint, à proposer ses
empêchements ôc ses excuses pardevant le juge de la tu-
telle.
LIX.
Le tuteur appellant doit administrer ôc est chargé de la tu-
telle, nonobstant ôc fans préjudice de son appel, ôc ce qu'il 3
DE M. DE LAMOIGNON. x9
géré cependant sera valable, encore que par Févénement il soit
déchargé de la tutelle. *
LX.
Après que le tuteur aura été chargé de la tutelle,*il fera
tenu de faire incontinent un inventaire exact ôc fidèle, parde-
vant deux Notaires , ou un Notaire ôc deux témoins, ou par-
devant le Greffier de la justice, selon Fusage de chacun lieu,
des meubles, titres ôc papiers des mineurs, & le continuer in-
cessamment à peine de répondre en son propre ôc privé nom,
,
des dommages ôc intérêts que les mineurs pourroient souffrir à
cause du retardement*de Finventaire, encore que le défunt eût
défendu par son testament de faire inventaire, ou qu'il en eût
déchargé le tuteur.
LXI.
Nos juges ôc ceux des Seigneurs pourront assister aux inven-
taires, de quelque qualité que soient les mineurs, à la charge
de ne prendre pour ce sujet aucuns salaires, à peine de resti-
tution du quadruple, ôc d'interdiction, s'il y échet.
LXII.
S'il arrive quelque contestation en Finventaire, le Greffier ou
Notaire en donnera acte, pour être réglée incessamment par le
juge, après avoir ouï les parties, ôc fans frais.
L X 111.
Néanmoins, incontinent après le décès du défunt, au défaut
des parents, fera, à la requête du Substitut de notre Procureur-
Général, ou du Procureur-Fiscal, apposé le scellé par le juge, avec
son Greffier, furies coffres, chambres,
ou autres lieux où font
les biens, qui seront baillés en garde fans déplacer à une ou
deux personnes solvables, jusqu'à
ce que Finventaire soit fait,
ôc sera le scellé reconnu ôc levé en la manière accoutumée.

Cij
as RECUEIL DES ARRÊTÉS
LXIV.
Les Notaires témoins ôc les Sergents qui feront les prisées des- '
meubles, se contenteront de salaires qui seront taxés raisonnable-
ment,^ proportion du temps ôc du travail, ôc feront les taxes
écrites au pied des minutes ôc des grosses des inventaires, fans
prendre aucuns vivres ou nourritures aux dépens des mineurs>
à peine de restitution du quadruple; ôc fera en ce cas la dé-
pense portée par les tuteurs en leurs noms, ôc ne pourra être
allouée dans les comptes qui seront rendus aux mineurs.
*LXV.
Défendons aux tuteurs de s'immiscer ett Fadministratíon des
biens, fans avoir préalablement fait inventaire; ôc à faute de
l'avoir fait, ils tiendront compte du double de la somme à la-
quelle seront évalués les meubles ôc effets mobiliers des mineurs^
suivant la preuve qui en sera faite joint la commune renommée.
LXVI.
En quoi néanmoins ne font compris les pères ÔC mères des
mineurs, lors même qu'ils ont été chargés de la tutelle de leurs-
enfants, lesquels ne porteront que le simple de Févaluation, fi
mieux n'aiment les mineurs-demander la continuation.de la com-
munauté ès lieux, ôc aux cas où elle est reçue.
LXVII.
Si entre plusieurs héritiers il s'en trouve un ou plusieurs qui
soient mineurs, les frais de Finventaire seront portés par tous
les héritiers majeurs ou mineurs.
LXVIII.
Dans Finventaire des meubles, titres ôc papiers des mineurs
les tuteurs, même les pères ôc mères, encore qu'ils aient été
t
nommés par testament, seront tenus de déclarer les sommes dont
ils se disent créanciers des mineurs, ôc à faute de
ce faire ils.
demeureront déchus de leur dû.
DE M. DE LAMOIGNON. st
LXIX.
Dans le mois après le dernier acte de Finventaire, le tuteur
fera tenu comparoir judiciairement en personne, ou par procu-
fondé de procuration, spéciale ôc en présence du curateur
reur
ou du subrogé tuteur, créé pour Finventaire, ou de son pro-
cureur sondé aussi de procuration spéciale, ou lui dûment ap-
pelle, affirmer que Finventaire est fidèle ôc entier, Ôc sera l'acte
d'affirmation écrit sur le registre, signé des»tuteur ôc curateur,
ôc du subrogé tuteur, ou de leurs procureurs, ôc les procura-
tions seront transcrites fur le registre.
LXX.
Et dans les deux mois suivants le tuteur fera tenu de faire
vendre publiquement par un Sergent, au plus offrant ôc dernier
enchérisseur, les meubles des mineurs, suivant Fusage du lieu
où se trouveront les meubles, sinon qu'il y eût juste cause d'en
réserver aucuns pour ceux des mineurs qui seront en état d'être
mariés, Ôc pour autres considérations, selon l'avis des parents,
Ou que le père ou la mère des mineurs aient ordonné par leur
testament, ou autre acte par écrit, de conserver les meubles
en tout ou partie à leurs enfants,
L X X I.
Ne seront vendus les bestiaux étant dans les fermes Ôc mé-
tairies de la campagne, qui se trouveront compris dans les baux,
ou affermés séparément aux fermiers ôc métayers, ni pareille-
ment les bestiaux baillés à titre de cheptel, lesquels baux se-
ront continués par les tuteurs.
LXXII.
Si le défunt exploitoît
par ses mains une terre ou une ferme,
ìie seront vendus les bestiaux servants à la culture des héritages,
juíqu a ce que la terre
ou ferme soit délaissée à un fermier9
selon que les*parents jugeront à
propos.
as RECUEIL DES ARRÊTÉS
LXXIII.
Et à l'égard des meubles précieux ôc des meubles ordinaires
étant dans les maisons de campagne, ils seront vendus ou con-
servés selon l'avis des parents.
LXXIV.
L'avis pour la vente ou conservation des meubles ôc bestiaux
sera pris en justice, des quatre plus proches parents des mineurs,
à la diligence du tuteur, dans la quinzaine après Faffirmation
de Finventaire.
LXXV.
Quant aux meubles étant dans les maisons de la campagne,
dont la vente sera jugée raisonnable par les parents, à faute
de trouver des enchérisseurs fur le lieu, ils seront portés en la
ville prochaine pour être vendus en la manière accoutumée.
LXXVI.
Et à l'égard des autres tuteurs, les proches parents des. mi-
neurs, pourront requérir la vente des meubles qui y sont sujets,
Ôc y faire contraindre les tuteurs par saisie de leurs biens, ÔC
poursuivre eux-mêmes la vente, laquelle audit cas sera faite aux
frais ôc dépens du tuteur, fans qu'ils puissent être répétés.
LXXVII.
A faute de satisfaire à ce qui a été ci-dessus ordonné, soit
pour la conservation ou la vente des meubles , dans les
termes exprimés ès articles précédents, le père ou la mère en
tiendront compte à leurs enfants mineurs du prix d'iceux, selon
la prisée de Finventaire, avec la crue, à raison de cinq sols
pour livre., avec les intérêts du prix ôc de la crue, si mieux
n'aiment les mineurs reprendre en nature les effets qui se trou-
veront en nature à la fin de la tutelle, fans intérêts.
LXXVIII.
Si dans le temps prescrit pour vendre ces meubles, ôc avant
DE M. DE LAMOIGNON. 13
ladite vente le père ou la mère, se remarient, les mineurs,
après la tutelle finie, pourront se pourvoir contre l'un ôc l'autre
des conjoints, ou l'un d'eux solidairement pour le payement de
la prisée des meubles, avec la crue, telle que dessus, ôc inté-
rêts, encore qu'il n'y ait communauté entre les conjoints, nonob-
stant toutes clauses contraires insérées dans les contrats de
mariage; sauf auxdits conjoints leur recours l'un contre l'autre,
s'il y échet.
LXXIX.
Le semblable sera observé à l'égard des autres tuteurs, lors-
qu'il y aura communauté de biens entre le tuteur Ôc fa seconde
femme.
LXXX.
Si le mariage est célébré après la vente, les mineurs ne pour-
ront se pourvoir que contre leur tuteur ou fur les biens de la
communauté, au cas, ôc non autrement, que les dettes passives
du tuteur, antérieures au mariage, entrent en la communauté.
x< LXXXI.
Les dettes actives des mineurs ne feront mises aux enchères?
vendues, ni adjugées en gros; mais les tuteurs feront les dili-
gences nécessaires pour en poursuivre le recouvrement contre
les débiteurs d'icelles. V^
LXXXII.
Le tuteur, autre que le père ou la mère, ou Faïeul paternel,
ne peut engager les mineurs, mâles ou filles, dans aucun ma-,
riage, fans l'avis des plus proches parents, à peine de condam-
nation d'amende, selon Fexigênce des cas, contre le tuteur, en
son propre* ôc privé nom, applicable
au mineur qui aura été
ainsi engagé, même sous plus grande peine s'il y échet ne
:
peut aussi engager les mineurs, mâles ou filles, aux voeux de
religion, ni promettre aucune somme
en argent ou pension, fans
-*4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
l'avis des quatre plus proches parents, sinon ce qui aura été pro^
mis par le tuteur sera par lui payé en son nom ôc fans répétition»
L X X X 111.
Déclarons nuls les mariages contractés entre les mineurs ÔC
leurs tuteurs, ôc les enfants ôc frères desdits tuteurs, ôc voulons
qu'il soit procédé extraordinairement contre lefdits tuteurs ÔC
leurs enfants, ôc frères, ôc leurs complices, ôciceux punis com-
me en crime de rapt.
L X X X IV.
Néanmoins n'entendons toucher aux mariages faits entre les
personnes de qualité susdite, pourvu qu'avant la première re-
cherche le tuteur ait été déchargé de la tutelle, qu'il ait ren-
du compte de son administration, ôc payé le reliquat; ôc que
le mariage ait été agréé par l'avis commun du nouveau tuteur
ou curateur ôc des huit plus proches parents des mineurs du côté
paternel ou maternel, en nombre égal, ou du moins par les
suffrages des deux tiers de ceux qui auront été appelles à l'as-
semblée.
LXXXV.
La dépense ordinaire des mineurs ne pourra excéder ce quï
restera par chacun an de leur revenu, déduction faite des ar-
rérages Ôc intérêts, ôc des autres charges annuelles j ôc si le re-
venu des mineurs n'est suffisant pour leur dépense ordinaire ÔC
nécessaire, leurs tuteurs les mettront en service, si ce n'est que
par l'avis des quatre plus proches parents paternels ôc maternels t
en nombre égal, il y soit autrement pourvu,
LXXXVI,
Quand les enfants sont de qualité à être entretenus avec plus
de frais que ne peuvent porter leurs revenus ordinaires, on
pourra alors vendre quelque immeuble en çonnoissance de
çause.
LXXXVIL
DE M. DE LAMOIGNON. 2;
LXXXVII.
Ne peut le tuteur, même le père, aliéner les immeubles de
son mineur sans nécessité, avis de parents ôc ordonnance de juge,
ôc sera premièrement considéré s'il n'y a point de meubles suf-
fisants, ôc ensuite s'il n'y a point quelque rente constituée dont
la vente soit commode avant que de venir aux héritages, entre
lesquels les parents ôc les juges choisiront ceux desquels Falié-
«ation est moins importante au mineur ; sinon ôc à faute d'avoir
observé lesdites formalités, le mineur pourra vendiquer ôc ren-
trer de plein droit, fans lettres, dans l'immeuble aliéné,avec res-
titution de fruits, fans que Facquéreur puisse prétendre aucun re-
cours, ni répéter le prix par lui payé, sinon à proportion de ce
qu'il justifiera par écrit être trouvé au. mineur, avec Fintérêt, jus-
qu'à la concurrence des fruits sujets à la restitution, ôc non plus
avant.
LXXXVIII.
Les immeubles ne peuvent être aussi engagés ni hypothéqués par
le tuteur, fans nécessité, avis de parents, ôc ordonnance de juge.
LXXXIX.
Le compromis fait par un tuteur pour son mineur est nul, ÔC
la peine n'en peut être demandée si le tuteur ne s'y est engagé
en son nom; néanmoins les juges pourront, avec connoissance de
cause, renvoyer les différents, où les mineurs ont intérêt, ^»ar-
devant des arbitres nommés d'office.
XC.
L'immeuble du mineur ne peut être décrété fans discussion
de meubles, même pour dettes contractées par un majeur dont
il est héritier, encore que la saisie ôc les criées eussent été faites
fur le majeur.
XCI.
Les baux des héritages des mineurs seront faits en justice,
.
Tome I. D
z<5 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ou par des actes privés, selon que les tuteurs jugeront à pro«.
Futilité des mineurs, ôc au cas que les baux soient
pos, pour
pris par les tuteurs, en leurs noms, ou souá le nom de leurs do-
mestiques père ôc mère, frères ôc soeurs, ôc autres personnes dont
,
ils soient héritiers présomptifs, ils tiendront compte au mineur
du double de la valeur juste du revenu des héritages, au dire
d'experts, fans préjudice aux tuteurs de faire valoir par leurs mains
les héritages des mineurs, lorsqu'ils n'auront pu trouver de fer-
miers.
XCIL
Le temps des baux des immeubles des mineurs ne pourra
excéder six ans pour les maisons des villes, ôc neuf ans pour
les héritages de la campagne.
XCIIL
N'est tenu le tuteur de faire au mineur ses dettes bonnes &
solvables, pourvu qu'il ait fait ses diligences nécessaires ôc rai-
sonnables.
XCIV.
Demeurera le tuteur garant en son nom des dettes actives des
mineurs, tant en principal qu'intérêts,s'ila laissé périr une instance,
ôc que la péremption donne lieu à la prescription; si faute de
poursuites elle se trouve prescrite par le temps, au jour de
la clôture finale du compte de tutelle; s'il ne s'est point op-
posé au décret des immeubles du débiteur, ôc que d'autres créan-
ciers postérieurs en hypothèques aient été utilement colloques
en ordre, ôc s'il n'a point agi contre les tiers acquéreurs des
immeubles du débiteur, en telle sorte qu'au jour de ladite clô-
ture finale du compte Faction hypothécaire se trouve prescrite.
xcv.
Si pour aucunes dettes il. n'y a point d'actes portant hypo-
thèque, Ôc que le débiteur possède des immeubles, le tuteur fer»
DEM. DE LAMOIGNON. 27
tenu d'obtenir au plutôt contre lui un jugement de condamna-
tion, à peine de répondre en son nom des dommages ôc inté-
rêts que les mineurs pourront souffrir à faute d'avoir obtenu
le jugement
X C VI.
^ Les tuteurs, même les pères ôc mères, ne prendront en leurs
noms, ni sous le nom de personnes interposées, aucuns transports
de droit à recouvrer fur leur mineur ; ôc en cas de contraven-
tion, ils demeureront déchus du droit à eux cédé, ôc les mineurs
déchargés, fans payer le prix du transport.
XCVII.
Les deniers des mineurs ne seront mis en banque ni prêtés par
obligation, mais par constitution de rente, ou en achats des
héritages ôc autres immeubles, suivant l'avis des quatre plus
proches parents, lequel avis sera donné par écrit pardevant no-
taires, fans avoir recours à l'autorité du juge; ôc à faute de pren-
dre ledit avis, le tuteur demeurera responsable de Femploi.
x
XCVIII.
Les stipulations d'intérêts des deniers pupillaires, prêtés à des
tierces personnes par obligation ou promesses, sont nulles même
à l'égard du débiteur, mais sera le tuteur obligé de tenir com-
pte à ses mineurs, tant desdits intérêts que du principal.
X CIX.
•^ Du moment que le'tuteur aura entre lesmains un fonds de
1000 liv. pour faire 50 liv. de rente au profit des mineurs issus
de basse condition, ôc 4000 liv. pour faire 200 liv. de rente
aux mineurs de moyenne condition, ÔC de 8000 liv. pour faire
400 liv. de rente au plus riche, le tuteur fera tenu d'en faire
l'emploi dans six mois, sinon il tiendra compte aux mineurs des
intérêts des deniers étant en ses mains, du jour que le terme des
six mois sera expiré,
Dij
a'8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
C.
S'il y a des. filles ayant atteint Fâge de quatorze ans accom^
plis, le tuteur pourra garder leur portion du fonds en argent,
par avis de parents, en attendant Foccasion d'un mariage,.
CI.
Les deniers des rachats des rentes, ôc les autres sommes prin-
cipales, reçus par le tuteur durant le cours de la tutelle, pro-
duiront intérêts au profit des mineurs, à compter six mois après
la réception d'icelles, jusqu'à la clôture du compte, si ce n'est
que dans ledit temps de six mois elles aient été employées au
profit ou à la décharge des mineurs, après avoir consommé tous>
les revenus qui étoient entre les mains du tuteur-
CII.
Si F emploi est fait comme dessus depuis les six mois, Finté^ç
rêt cesse du jour de Femploi; .mais s'il paroît qu'avant les six
mois le tuteur se soit servi des deniers pour ses affaires partir
culières, il en doit l'intérêt du jour qu'il s'en est servi,
cm.
Le tuteur sera tenu se charger, dans la recette de son com-
pte , de l'intérêt du revenu du mineur , lorsqu'à la fin d'une
année, après la déduction faite de toute la dépense, il se trou*
vera avoir un fonds suffisant pour le mettre à constitution de
rente, eu égard à la condition des mineurs, selon la distinction
ci-dessus, Ôc ne commencera ledit intérêt à courir que six mois,
après la fin de ladite année..
CIV.
L'intérêt du revenu ne doit entrer dans la recette des an2*
nées suivantes ; mais il en sera fait un fonds particulier qui pro-
duira de nouveaux intérêts six mois après la fin de Fannée, erî
laquelle il se trouvera suffisant pour faire une constitution de
rente selon la condition des mineurs ôc la distinction ci-dessus*
DE M. DE LAMOIGNON. a9
CV.
Du jour que le tuteur sera déchargé de la tutelle, par la
majorité ou Fémancipation des mineurs, ou par la prestation de
serment d'un nouveau tuteur mis en fa place, on ne pourra pré-
tendre contre lui aucun intérêt du revenu reçu depuis fa dé-
charge.
CVI.
Sommes dûes à une mère tutrice pour ses conventions, même
par constitution de rente ou pour son douaire, d'une somme pour
une fois payer ou autrement, ôc celles qui sont dûes aux au-
tres tuteurs pour quelque cause que ce soit, demeureront étein-
tes, ôc les mineurs déchargés de plein droit, dès le moment qu'il
se trouvera entre les mains du tuteur un fonds suffisant pour ac-
quitter les arrérages ôc intérêts de la dette, ôc le principal ou
partie d'icelui, jusqu'à la concurrence du quart ou plus
CVII.
Durant le cours de la tutelle, les actions que le mineur peut
avoir contre le tuteur, ou le tuteur contre le mineur, de quel-
que nature ôc qualité qu'elles soient, demeurent en surséance,
sans que de part ôc d'autre le temps qui aura couru durant la
tutelle ôc jusqu'au jour de la clôture finale du compte, puisse
servir pour la prescription.
CVIII.
Si la rente dûe au tuteur est rachetable en plusieurs paiements,
la partie, dont le tuteur aura le fonds entre ses mains, sera ré-
putée amortie, pouvu qu'il ait d'ailleurs de quoi payer les arré-
rages de la rente entière.
CIX.
Le tuteur peut, fans avis de parents, disposer des bénéfi-
ces qui sont à la présentation ou collation des mineurs.
go RECUEIL DES ARRÊTÉS
CX.
Peut pourvoir aux.offices, mais ne peut destituer les
aussi
officiers, même ceux qui étant pourvus gratuitement sont des-
tituâmes à volonté, s'il n'y a cause légitime.
CXI
Les mineurs, quoiqu'autorisés de leur tuteur, ne peuvent
provoquer le partage des immeubles.
CXII.
Le tuteur ne doit intenter ni soutenir aucun procès pour ses
mineurs, fans avis de conseil par écrit, ou signé des parents;
autrement, si les mineurs succombent, le tuteur sera tenu en
son nom des dépens, dommages ôc intérêts soufferts par les
mineurs.
CXIII
Le mineur accusé de crime, doit être poursuivi en son nom ^
sans Fassistance ôc autorité de son tuteur ; mais si Faffaire est civi-
lisée ôc remise à l'ordinaire, en ce cas le tuteur sera mis eh cause.
CXIV.
Le tuteur peut se rendre adjudicataire en son nom, ôc non
fous celui de personnes interposées, par licitation ou par déi
cret fait en justice, des biens de son mineur.
C X V.
Le tuteur ne peut abandonner la tutelle, mais il peut être
destitué en connoissance de cause, ôc déchargé à la réquisition
de parents; ôc ne peut le juge d'office, fans avis de parents,
destituer un tuteur.
CXVI.
Le tuteur ne laisse d'administrer durant la poursuite que les
parents font pour fa destitution, s'il n'en est autrement or-
donné par le juge en connoissance de cause.
DE M. DE LAMOIGNON. 3Ì
CXVII.
Les mêmes causes pour lesquelles une personne peut être
exclue de la tutelle avant son élection, peuvent donner cause
à sa destitution, quand elles surviennent durant le cours de la
tutelle.
CXVIII.
La tutelle ne sinit par la puberté, mais par la majorité de
vingt-cinq ans: la tutelle finira par Fémancipation du mineur^
pouvu que les mâles ôc les filles aient l'âge de dix-huit ans, ôc que
par l'avis des plus proches parents ils soient jugés capables de
Fadministration entière de leurs biens, fans apporter aucune con-
dition, ni restriction, pour le fait de Fadministration.
CXIX.
Ne seront obtenues aucunes lettres d'émancipation, il suf-
ôc
fira au mineur de se pourvoir pardevant le juge de la tutelle.
cxx.
Les parents qui auront donnné léur avis pour Fémancipatíofï
avant Fâge susdit , ou qui après ledit âge auront donné leur
avis pour Fémancipation sous des conditions ôc modifications,
demeureront responsables envers les mineurs de toutes pertes,
dépens, dommages ôc intérêts. : *

CXXL
Les mineurs fils ôc filles qui contractent mariage fous Fâutorité
ôc avec le consentement de ceux qui doivent être appelles, sorit
émancipés ôc mis hors de tutelle de plein droit, fans qu'il soit
besoin de se pourvoir en justice; Ôc ft lé mariage est dissous par
la mort de l'un des conjoints, îe mineur ne retombe plus en
tutelle.
CXXII.
Nul ne pourra disposer entre vifs5 de ses immeubles, fòit par
vente, hypothèque ou autrement , ni faire partagé ea ;uge-
3* RECUEIL DES ARRÊTÉS
ment pour ses immeubles, qu'il n'ait Fâge de ving-cinq ans ac*
complis, supposé même qu'il fût émancipé en justice, ou par
mariage, ôc lui sera créé un tuteur pour valider les dispositions
& procédures; comme aussi nul ne pourra administrer le revenu
de ses immeubles, ni disposer des meubles, ni être en juge-
ment pour ses meubles ôc pour le revenu de ses immeubles
avant Fâge de vingt-cinq ans, s'il n'est marié, ou s'il n'est éman-
cipé en justice, ôc au cas d'émancipation en justice, il sera tenu
de procéder sous Fautorité d'un curateur aux causes.
CXXIII.
Le majeur de vingt ans, qui est encore sous la puissance d'un"
tuteur, ne peut disposer entre vifs de ses meubles, ôc du re-
venu de ses immeubles, ni être en jugement fans Fautorité de
son tuteur.
CXXIV.
Le mineur émancipé peut, avecFassistance d'un curateur aux
causes, demander le compte de fa tutelle, l'examiner ôc ap^
purer,
CXXV.
Le père Ôc la mère ôc autres ascendants, les maris des
mères ôc aïeules, ne peuvent demander aucuns salaires, vaca-
tions ôc appointements à cause des tutelles par eux administrées,
Ôcles collatéraux ôc étrangers n'en peuvent aussi demander-, s'il
ne leur en est décerné par l'acte de tutelle,
ÇXXVI,
Les comptes des tutelles 'doivent être examinés devant les
mêmes juges qui ont décerné les tutelles, nonobstant les pri-
vilèges de commhtimus auxquels nous avons dérogé pour ce re-
gard, si ce n'est que les parties conviennent d'autres juges; mais

les comptes de discussion de meubles, pour parvenir aux ventes
.§c adjudications par décret des immeubles des mineurs, peu-
* vent
DE M. DE LAMOIGNON. 33
vent être rendus aux lieux où les décrets sont poursuivis.
C X X V11.
Après Fexamen du compte de la tutelle, calcul doit être
fait de la recette ôc' dépense du compte, jusqu'au jour que la tu-
telle a cessé; ôc l'intérêt de la somme, dont le tuteur se trou-
vera. redevable, sera payé au mineur, du même jour que la
tutelle aura cessé, jusqu'au paiement actuel.
CXXVIII.
Si par le calcul le tuteur se trouve en avance, il ne pourra
prendre l'intérêt que du jour de la demande qu'il en pourra
faire, après" ladite clôture finale du compte.
CXXIX.
Les quittances ÔC décharges, ôc toutes les autres conven-
tions faites par ceux qui ont été sous la tutelle d'autrui ôc par
leurs héritiers avec le tuteur, ou les héritiers du tuteur, même
avec le père qui a administré les biens de ses enfants, sont nulles
ôc ne peuvent être confirmées par aucune prescription moindre de
trente ans, s'il n'y a. eu auparavant un compte dressé, présenté
ôc communiqué effectivement avec Finventaire ôc les autres pie-
ces justificatives du compte.
cxxx.
Si depuis la tutelle finie, le tuteur continue à recevoir ôc à
administrer les biens, ce qu'il aura ainsi reçu ôc géré entrera
dans le compte de la tutelle, ôc sera sujet aux mêmes hypo-
thèques ôc conditions ' de Fadministration faite durant le cours
de la tutelle
CXXXI.
Déclarons nuls les donations ôc autres avantages faits aux
tuteurs, autres que père ôc mère, aïeul ou aïeule encore qu'ils
soient remariés ; ôc ceux faits aux femmes, ascendants ôc des-
cendants ôc héritiers présomptifs ôc collatéraux des tuteurs
,
Tomel. E
34 RECUEIL DES ARRÊTÉS
même après la tutelle finie, ôc depuis leur décès, avant ía clô-
ture du compte ôc la restitution des pièces.
CXXXII.
Mineur restitué contre Fap préhension faite par son tuteur
d'une succession, est obligé en son nom de rendre aux créan-
ciers ce que le tuteur a reçu, sauf au mineur son recours contre
le tuteur, ôc n'est recevable le mineur à céder aux créanciers ses
actions contre son tuteur.
CX XXIII.
Tuteur, qui s'est obligé en qualité de tuteur, ne peut être
contraint en ses biens ; mais s'il s'est obligé en son nom pour
le fait de la tutelle, il peut être poursuivi en son nom,* même
après la tutelle finie, sauf son recours.
C XXXIV.
La restitution du mineur ne sert au fidéjusseur qui s'est obligé?
avec lui.
CXXXV.
Tuteur n'est recevable à faire cession des biens, pour ce qu'il
doit à son mineur, par la clôture du compte de tutelle.
CXXXVI.
Le cotuteur ne peut aussi faire cession des biens, à Regard
du tuteur qui a payé pour lui.
CXXXVIL
Çe qui a été ci-dessus ordonné touchant la nomination, le pou-
voir ôc la fonction des tuteurs, aura lieu pareillement pour la
nomination, le pouvoir ôc fonction des curateurs comptables.
CXXXVIII.
II ne sera donné des curateurs aux furieux, insensés ôc prodí-^
gués, qu'ils n'aient été préalablement ouïs par leur bouche par le
juge devant lequel la curatelle est poursuivie.
DE M. DE LAMOIGNON. sr
C XXXIX.
Le mari peut être curateur de sa femme.

TITRE V.
Du Domicile.
ARTICLEÍPREMIE-'R.
\J N E personne n'a qu'un seul domicile.
II.
Domicile s'acquiert par an ôc jour de demeure continuée,
III.
Les mineurs retiennent le domicile qu'avoit leur père au
jour de son décès, fans considérer le domicile du tuteur ou 4Q
la tutrice, encore que ce soit la mère.
IV.
Toutefois la femme mariée, majeure ou mineure, prend lç
domicile de son mari du jour de la bénédictiç?n nuptiale.
V.
Femme séparée d'habitation, en quelque lieu qu'elle demeure,
est réputée avoir toujours son domicile au lieu où étoit celui
de son mari lors dé la demande en séparation, si çe n'est qu'il
lui soit assigné un autre domicile par le juge qui aura prononcé
la séparation dans le même jugement ou quinzaine après la sé-
paration, avec connoissance de cause.
VI.
Le domicile d'un officier, majeur ou mineur> reçu en une
charge dont Fexercice est continuel, est au lieu où il exerces*
charge, après qu'il en a fait fa fonction par un an ôc un jour.
Eij
3á RECUEIL DES ARRÊTÉS
VII.
Majeur qui se marie, acquiert à Finstant domicile dans le lieu?
où il se marie : s'il en a fait déclaration expresse par le contrat
de mariage; ôc en défaut de déclaration, il retient son domicile
jusqu'à ce qu'il Fait transféré ailleurs, par un acte ou déclara-
tion expresse : ce qui a lieu pareillement à l'égard du mineur'
pourvu qu'il se marie du consentement du père.
VIII.
Marchand, majeur ou mineur, a son domicile au lieu où iî
établit son principal commerce , pourvu qu'il en ait fait sa dé*
claration en jugement, ou qu'il y ait demeuré par an ôc jour.
IX.
Le domicile des Princes de notre sang, Ducs ôc Pairs ^Ma-
réchaux de France ôc autres officiers de notre couronne , ÔC
Capitaines des gardes servants près notre Personne, est en notre
bonne ville de Paris. - g|,
X;
Les officiers de notre maison, des maisons des Reines, en-
fants de France, ôc Princes de notre sang, employés sur les états
registres en nòtre Cour des Aides de Paris, qui rendent un ser-
vice continuel durant le cours de Fannée, sont aussi domiciliés
en notre bonne ville de Paris.
XI.
Les premiers Gentilshommes dé notre chambre, ôc autres"
nos officiers servants par année, ont leurs domiciles à Paris.
XII.
Peuvent néanmoins lesdits officiers compris dans les deux arti-
cles précédents, conserver le domicile qu'ils avoient quand ils
sont entrés dans leurs charges, en faisant leur déclaration dans
Fan Ôc jour, en notre Parlement de Paris, par un acte qui sera?
signé d'eux ôc enregistré au Greffe.
DE M. DE LAMOIGNON. 37
XIII.
Les officiers servants par semestres, ou par quartiers ou aux oc-:
Casions, sont domiciliés au lieu où ils font leur résidence ordinaire;
xiv.;
Les dettes mobiliaires, actives ôc passives, ôc rentes consti-
tuées à prix d'argent, sont réglées par la coutume du domicile
du créancier.
.XV.
Rentes assignées fur nos fermes ôc recettes générales,"ôcíuì
le clergé sont réglées par les coutumes des lieux où elles sont
,
payables.
XVI.
Rentes foncières ou par. assiettes, suivent la coutume du lieu
où sont situés les fonds auxquels elles sont attachées.

TITRE V I.
Des Absents,
ARTICLE PREMIER;
A-» 'ABSENT est réputé mort, du jour qu'il n'a pas paru dans le
monde, ôc de la derniere nouvelle qui a été reçue de lui.
II.
Et néanmoins òn ne peut partager les biens de l'abscnt, ní
demander compte des fruits ôc revenus à ceux qui en ont eû
Fadministration, ni fa femme avoir la délivrance de son douaire,
ni autres conventions, sinon cinq ans après" son absence, ôc de
la derniere nouvelle reçue de lui.; -'
IIL
Sera en ce cas baillé bonne ôc suffisante caution, par les heV
<
3s RECUEIL DES ARRÊTÉS
ritiers ôc par la femme, de rapporter en cas de retour tout
ce qui aura été reçu, laquelle caution sera reçue en justice avec
notre Procureur-général ou ses Substituts, ou les Procureurs-
fiscaux des justices des Seigneurs.
-:\:Í.:: IV.
La caution demeurera déchargée lorsqu'il y aura vingt ans
entiers du jour de Fabsence ôc de la derniere nouvelle ; ôc si
la demande pour le partage, reddition de compte, ôc délivrance
dès conventions matrimoniales, n'est faite qu'après les vingt ans,
fera donné jugement pur ôc simple ôc définitif, fans bailler caution,
V.
La femme de Fabsent ne «pourra contracter mariage, même
après trente ans, s'il n'y a preuve certaine de la mort de son mari;
VI. "
Si après les cinq années ces biens de Fabsent ont été partagés en«
tre les héritiers présomptifs, seront du jour du partage les pour-
suites continuées ou commencées cpntre les héritiers à la re«
quête des créanciers de Fabsent, à peine de nullité.

TITRE VI I,
Des Droits Honorifiques.
.,.
ART I C h E P R, E M I E R.

Ì-TUL ne pourra, de quelque qualité qu'il soit}


ôc condition
prétendre les droits honorifiques dans Féglise, s'il n'est patron
de í'église, ou Seigneur haut"justicier du lieu où elle est bâtie.
II.
Droitsi: honorifiques font bancs permanents ôc sépulture dans
DE M. DE LAMOIGNON. $>
îe choeur, litre ôc ceinture funèbre, recommandations particu-
lières aux prônes de la messe paroissiale.
III.
Pour être patron, il faut avoir fondé, construit ou doté Fé-
glisc, ôc n'est requis que le patron soit Seigneur du Fief ou de?
la justice du lieu où Féglise est située, non pas même qu'il pos-
sède aucun fonds, ni qu'il y ait son dommicile.
IV.
Quand Féglise tombée en ruine est entièrement rebâtie par
autre que par le patron, ôc à son refus, le restaurateur requiert*
pareils droits que le patron, pour en user toutefois immédiate-
ment après lui.
V. ;
:,:
Nul ne pourra, fous prétexte d'augmentation de bâtiments,
ou de revenus, ou de réparations, prétendre droits de patronage
dans Féglise.
VI.
Le patronage attaché k la terre fuit le château ou priíicí-
pal manoir, ôc appartient au Seigneur du château ou principal
manoir, à l'exclusion de tout autre; Ôc quant au patronage atta-
ché à la famille, il sera réglé suivant les titres, ôc en défaut des
titres il appartiendra à Faîne, à l'exclusion des autres enfants,
VII.
Le droit de patronage ne peut passer par la disposition du pa-
tron à un autre qu'avec le château ou principal manoir; peut
néamoins le patron remettre son droit à Féglise fans aliénation du
fonds, comme aussi se réserver le droit de patronage, en aliénant
le château ou principal manoir; auquel cas de remise ou de ré-
serve les mêmes honneurs demeureront au patron fa vie durant,
ôc après son décès le patronage demeurera éteint purement ôc
simplement à la décharge de Féglise, nonobstant les clauses ôc
4* RECUEIL DES ARRÊTÉS
conditions contraires faites dans l'acte de remise, ou dans le
contrat d'aliénation.
VIII.
' Et1 néanmoins Seigneur baille à cens le principal manoir,
si le
.
le patronage demeurera attaché à la directe réservée par le Sei-
gneur, sans que le preneur y puisse rien prétendre nonobstant tou-
tes conventions au contraire.
IX.
Le patronage qui est affecté à une famille ou à un nom, ou
renfermé dans un degré de parenté, peut être remis ou aumône
à Féglise par celui qui en jouit au préjudice de ses successeurs;
mais il ne peut être transporté ni aliéné, en quelque manière
ôc pour quelque cause que ce soit, à une tierce personne.
X. '

Le patronage doit être prouvé par titre ou par succession justi-


fiée par écrit, par jugement donné avec connoissance de cause ÔC
partie légitime, ou par des actes anciens de présentation, ôc autres
piece.s de pareille qualité, faites avant le jour de Pâque 1560,
XI.
Les armoiries ès cloches, ou en la voûte de la nef, ou en
.
quelques vitres, même en la principale vitre du choeur, ne
font preuve du patronage; mais si elles sont empreintes d'an-
cienneté dans la piece servant de clef dans la principale voûte
du choeur, ou dans le frontispice du mur où est la principale
entrée de Féglise, elles font preuve,
XII.
Le patron â droit de banc permanent ôc de sépulture au côté
du choeur le plus honorable qui est la main droite en entrant,
íans néanmoins que les bancs ôc sépultures, qui sont présente-»
ment établis fans contestation, puissent être changés.

XIII,
DE M. DE LAMOIGNON. *«
XIII. .
Le patron ôc le haut-justicier ne peuvent avoir banc ni sépul-
ture dans l'enceinte des balustres du grand-autel, nonobstant toute
possession contraire, même immémoriale, laquelle nous décla-
rons nulle ôc abusive.
XIV.
Ne seront faits à Favenir. aucuns tombeaux élevés dans-le
choeur des églises paroissiales; ôc si aucuns de ceux qui sont
faits viennent à tomber en ruine, ils ne pourront être rétablis.
XV.
Les armoiries ôi litres du patron seront au-dessus de celle du
haut-justicier au-dedans de Féglise.
XVI.
Bancs ôc sépultures dans le choeur ne peuvent être concé-
dés, même par les patrons ôc haut-justiciers, curés ÔC marguil-
liers, à quelque personne que ce soit. * ^
XVII.
Les droits honorifiques dans Féglise, ensemble les droits de pré-
sentation, appartenants à ceux de la religion prétendue réfor-<
niée, demeureront en suspens ôc fans effet jusqu'à ce. qu'ils soient
en état d'en jouir.
XVIII.
Le Seigneur haut-justicier a les mêmes honneurs ôc préséan-
ces que le patron, dans toutes les paroisses où il a haute-justices
mais après ledit patron; ôc néanmoins le seul Seigneur haut-
justicier peut avoir litre ôc ceinture funèbre au-dehors, ôc non
le patron, nonobstant toute possession contraire.
XIX.
Ne pourra y avoir dans Féglise, ou au-dehors, plus de deux
litres en même temps, ôc sera le litre du patron ou du Seigneur
haut-justicier large de deux pieds au plus, avec distance de
Tome I.
^-~~~^. F
%2
RECUEIL DES ARltÊTé^
deux toises entre les armoiries.
XX.-
Les droits honorifiques n'appartiennent au Seigneur haut-justf-
cier, que dans les églises paroissiales ; mais ils sont dûs au patroiï
dans toutes les églises dont il est fondateur.
XXI.
"-Les Seigneurs moyens Ôc bas-justiciers, ôc ceux qui ont hautes-
justice dans la paroisse, en autre lieu que celui où Féglise est
bâtie, les Seigneurs du fief où est fitué Féglise, ôc ceux qui
ont d'autres fiefs assis dans la paroisse, n'ont aucune part, non
plus que les gentilshommes ôc autres personnes, dans les hon-
neurs d'églises, ôc n'y a entr'eux qu'urt ordre de bienséance qui
doit être réglé par Fantiquité de V^ge, la préférence demeurant
aux: gentilshommes Ôc personnes nobles, avant les personnes de
«óndition roturière.
-XXII.
Toutefois ès paroisses où il n'y a point de patron, ôc quí
sont sujettes à la hâute-justice d'un Seigneur qui a son manoir
Seigneurial dans une autre paroisse, le Seigneur du Fief où
Véglise se trouve bâtie, qui est fondé en une possession ancienne
«,
d'avoir son banc ôc sépulture dans le choeur, y sera maintenu7
ensemble ses hoirs ôc ayant cause.
XXIII.
Cíeluí quí na ni patronage ni haute-justice, Ôc qui est en po£
session ancienne d'avoir banc Ôc sépulture dans le choeur, y sera
maintenu ôc conservera son banc pendant fa vie, ôc fa sépul-
ture à fleur de terre pour lui ôc ses descendants, pourvu que
le patron ôc le Seigneur haut-justicier puissent trouver dans le
même choeur des places honorables pour leurs bancs ôc sépultures,
XXIV.
Les Seigneurs par engagements n'ont aucune part dans le$
PE M. 0E L.AMDf GKOK.: 0:,
droits honorifiques , mais ils ont seulement la -préséance avant
les autres paroissiens de quelque qualité qu'ils -soient.
XXV.
Les officiers, gradués ou non, en présence ou absence du Sei-
gneur haut-justicier, n'auront aucune préséance ayant les ;gen-
tilshommes ôc personnes nobles,, mais seulement avant les ha-
bitants.
XXVI.
L'afpersion de l'eau-bénite, .ôc la .distribution du jpàin-béní,
seront faites fans distinction, à commencer par.un hputôcfink
par l'autre, après toutefois qu'elles auront <été faites à qui ap^
partiennent les droits honorifiques,
xxyii.
Après ceux à qui les honneurs appartiennent, les gentfilshòm-'
mes ôc personnes nobles marcheront les premiers .aux procès?
fions, offrandes, adorations de la croix, ôc autres .cérémonies
ecclésiastiques, par préférence aux autres habitants _ôc personnes
de condition roturière,
XXVTII.
Dans le cours de la procession., Fordre pris à la sortie de Féglise
doit continuer, encore que l'on passe d'un territoire .à l'autre.
XXIX.
Peuvent les habitants d'une .paroisse avoir bancs ôc tombes plates
en la nef de Féglise paroissiale ôc .aux ailes du jchosur, ôc .con*
struire chapelles pour eux à côté de la nef, avec la permission
,
savoir, des marguilliers dans les villes épiscopales ôcprésidiales,
.& du patron, du Seigneur haut-justicier, du curé ôc des mar-
guilliers dans les petites villes., bourgs ôc villages, le tout moyen?
nant quelque présent ôc reconnoiffance envers la fabrique.
XXX.
Les concessions des chapelles pafíent aux héritiers ôc à la veuve,
Fij
í4 RECUEIL DES ARRÊTES
encore qu'ils soient demeurants dans un autre paroisse, pourvu
que dans le contrat il n'y ait point de convention contraire.
XXXI.
Mais les concessions des bancs sont personnelles pour ceux en
saveur desquels elles ont été faites ôc néanmoins, après leur
,
décès, elles passent à leurs veuves tandis qu'elles demeurent en
viduité.
XXXII.
Si celui à qui la concession d'un banc a été faite, a laissé, des
enfants, ils pourront dans trois mois requérir qu'elle soit renou-
vellée à leur profit, ce qui leur sera accordé en donnant à la-
fabrique une rétribution modique.
XXXIII.
Du jour que celui qui a obtenu la concession d'un banc; fa
veuve ou ses enfants, auront établi leur domicile en autre pa-
roisse, ils demeureront déchus de plein droit de la concession,
nonobstant toutes conventions contraires que nous avons déclarées
nulles.
XXXIV.
Les femmes, même celles du patron ôc du Seigneur haut-
justicier n'auront aucun rang dans les cérémonies de Féglise
,
qu'après tous les hommes : ôc entr'elles, celles qui sont qualifiées
prendront le rang de leur mari, ôc à l'égard des autres, elles se
régleront suivant Fordre ôc le temps de leur mariage, ôc les
filles selon leur âge.
XXXV.
Les filles, quoique mariées, ôc leurs enfants, ont droit d'être
inhumés au sépulcre de la famille dont ils font issus.
DE M. DE LAMOIGNON, tf

SECONDE PARTIE.
TITRE VIIL
Quels Biens font meubles ou immeubles.
ARTICLE I. *

X n'y a que deux espèces de biens, savoir les meubles ôc les


L
immeubles, ôc les droits ôc actions sont censés meubles ou immeu-
,
IL.
bles selon qu'ils tendent à choses mobiliaires ou. immobiliaires.

Cédules ôc obligations faites pour choses mobiliaires sont meu-


bles, encore.qu'au paiement d'icelles les immeubles du débiteur
soient hypothéqués ôc qu'il y ait terme de payer après dix ans?
ôc que le terme ne soit encore échu.
III.
Rentes constituées, promesse de passer contrat de constítu--
tion, ôc tous les actes emportants aliénation du principal, sont
immeubles.
IV.
Somme dûe pour solde de partage, ou pour vente d'immeuble
payable à la volonté du créancier, .ou à temps, est meuble ; ôc néan-
moins si elle est dûe à un mineur, elle est réputée immeuble jus-
qu'au jour de fa majorité ; ce qui sera pareillement observé pour
les majeurs étant en curatelle.'
V.
Le prix de la vente d'un immeuble qui étoit dû à un majeur
7
4*. RECUEIL' DES ARRÊTÉS
ayant passé en la personne du mineur, retient ôc conserve sa
qualité de meuble.
V I.
Ustensiles d'hôtel, soit en la ville ou aux champs, qui se peu-
vent emporter fans fraction ôc détérioration, sont meubles; mais
s'ils tiennent à fer ou à clou, ou sont scellés en maçonnerie
ôc mis pour perpétuelle demeure, ôc ne peuvent être transpor-
tés fans fraction, ils sont censés immeubles,
VIL
Les ornements ôc argenteries des chapelles, sont meubles 5
mais dans le règlement du préciput de Faîne, ils font censés
faire partie du principal manoir, dans l'enclos duquel les cha-
pelles font construites,
VIII.
Les meubles précieux des grandes maisons sont censés im-
meubles à l'effet de ne point entrer en communauté, s'il n'est
fait expresse mention, ôc ne peuvent être vendus en justice qu'a-
près trois publications de quinzaine en quinzaine.
IX.
Bibliothèques, fonds de marchandises, presses d'imprimerie,'
ôc autres ustensiles de métier, sont meublés.
X.
Cuves, tonnes, ôc autres gros vaisseaux, qui se peuvent de A
assembler ôc rassembler fans être endommagés, sont meubles.
XI.
Canons ôc grosses artilleries - étant dans les châteaux pour leur
garde, les statues posées dans les niches fur des. piliers, ôc bases ,'
ou destinés pour y être posés, ôc les tableaux enchâssés dans des
cadres pour Fornement des maisons, ou destinés pour y être mis,
font réputés faire partie du fonds.
DE M. DE LAMOIGNON, 4?
XII.
Toutefois si les artilleries, statues, tableaux, ou autres cho-
ses de pareille qualité font mises par le locataire ou usufruitier,
elles peuvent être emportées comme meubles, en laissant les lieux
au même état qu'ils étoient au commencement du bail ou de
Fufufruit.
XIII.
Moulins à vent, à eau, même ceux qui font assis fur bateaux,
pressoirs édifiés en une maison, bannaux ôc non bannaux, sont im-
meubles; mais les moulins à bras sont meubles.
XIV.
Navires ou bateaux, du prix de mille livres ÔC au-dessus?
font immeubles.
XV.
Matériaux étant fur le lieu, destinés pour commencer, ou
achever, ou rétablir un bâtiment, suivent la nature du bâtiment.
XVI.
Poisson en étangs, viviers ou fossés de la maison-, est réputé
immeuble, même après les trois ans, ôc après le temps ordinaire
de la pêche, ôc nonobstant que la bonde de Fétang soit levée5
mais quand il est en boutique ôc réservoir, il est meuble, en-*
core que le réservoir* fasse partie de Fétang.
XVII.
Pigeons étant dans les colombiers ou volières des maisons des
champs, lapins étant dans les garennes, ruches de mouches-à-
miel, bestiaux servant aux labourages ou baillés par le proprié-
taire au fermier à titre de cheptel, ou autrement, font partie
du fonds.
XVIIL
Quand le propriétaire, qui a vendu la pêche d'un étang, une
eoupe de grand bois, ou quelque récolte de fruits, vient à dé-
48 RECUEIL DES ARRÊTÉS
céder, le prix de la vente est réputé meuble dans fa succession;
XIX.
Bois ou raisin coupé, bled, foin, ou grain scié ou fauché,
ôc tous les fruits naturels ôc industriaux, séparés du fonds en leur
saison, ôc sans fraude, bien qu'ils soient encore sur le champ ÔC
non transportés, sont meubles ; mais quand ils sont fur le pied ÔC
pendants par les racines, ils sont immeubles, même après le temps
de la maturité ôc récolte ordinaire.
XX.
Les deniers procédants de la vente des fruits qui avoient été
saisis pendants par les racines, fans saisie réelle du fonds, se
distribuent comme meubles entre les créanciers ; mais si le fonds
est saisi réellement avant la récolte ôc séparation des fruits , la
distribution des deniers se fait par ordre d'hypothèque.
XXI,
Les dettes successives ôc courantes, comme les arrérages des
rentes constituées à* prix d'argent, pensions, loyers de maisons,1
profits de Greffes, intérêt légitime, arrérages de douaire préfix,'
revenus de forges ôc d.e moulins, ôc autres fruits civils, sont
acquis ôc ameublis à mesure qu'elles échéent de jour à autre.
XXII.
Les arrérages des rentes foncières seigneuriales, ôc des cen->
fives, font ammeublies du jour ôc terme de leur échéance.
XXIII.
Les moisons ôc fermages , dûs à raison des fruits, font ré-
putés meubles dès le moment que ces fruits sont séparés du fonds ;
ôc encore que le terme de payer lesdites moisons ou fermages
ne soit point échu.
XXIV.
Si par un même bail, ou par un même prix, on a affermé
conjointement des prés, des terres labourables ôc des vignes,
avec
DE M. DE LAMOIGNON. 49
avec d'autres choses qui produisent des fruits civils successive-
ment de jour à autre, le prix du bail sera considéré comme mo-
bilier, à proportion de ce qui se trouvera échu, ôc le reste sera
réputé immeuble, le tout par manière de contribution au fol la
livre.
XX'. V.
Les reliefs, ôc rachats dûs pour les Fiefs, sont acquis ôc ré-
putés meubles, du jour que le droit est ouvert, encore que par
la coutume, ou par f option du Seigneur, il prenne la jouissance
successive du revenu d'une anné^
XXVI.
L'usufruit des; çhqses j.mmeubles;e
ce qui n'est encore échu.
XXVII.
Les arrérages des rentes fur FHôtel-de-Ville.sontréputéséchus
aussi-tôt que le bureau est ouvert pour le paiement.
XXVIII. .
Notre domaine engagé, ôc les héritages particuliers ; aliénés>
sous faculté de rachat, sont immeubles; ôc le prix, qui est pro-
venu de la revente ou du rachat, se partage comme immeuble»
si la demande pour le rachat a été formée depuis Fouverture de
la succession.
X. J\. í .-&..
Mais si la demande pour le rachat des héritages particuliers
a été faite avant le jour du décès -, les deniers du rachat seront
considérés dans le partage de la succession comme effets mobi-
liers; ôc à l'égard de notre domaine, il ne sera considéré conv
me mobilier qu'après le remboursement actuel.
xxx. •-.•.
Les deniers procédants des héritages du défunt, qui ont été
retirés par retrait lignager, féodal ou cenfuel, seront meubles
Tome I, G
.
50 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ou immeubles selon que la demande en retrait a été faite avamf
ou depuis le décès, comme dessus.

T I T R E I X.
*
Des Propres.
ARTICLE .
I.
Es immeubles, même ceux acquis par le défiant, échus par
succession aux descendants, ascendants ou collatéraux, sont pro-
pres aux héritiers, encore que dans le partage ou acte tenant
lieu de partage, les cohéritiers ayent reçu en argent la valeur
de leur partie, ou de la. totalité de leur portion héréditaire.
II.
L'immeuble maternel baillé en partage à l'un des héritiers ma-
jeur ou mineur en directe ou collatérale, pour la part qu'il devoit
prendre dans les paternels, tiendra lieu de propre paternel, ôc
le même sera observé pour les immeubles paternels baillés en

'
partage pour dés droits maternels.
III.
Si Fhéritage venu d'une succession commune est licite en justice
<iu paï contrat ou autre acte volontaire entre les héritiers, il
fera propre pour le tout au cohéritier, encore que les étrangers
aient été admis aux enchères, ou que le survivant des conjoints
ait été partie dans la licitation. -
.-IV.
Mais si la licitation est faite entre ceux qui sont associés en
biens où copropriétaires, la portion que Fadjudicataire avoit
auparavant dans Fimmeuble licite, conservera sa nature an-
DE M. DE LAMOIGNON. ?r
cienne de propre ou d'acquêt, ôc le surplus tiendra lieu d'acquêt.
V.
Si les immeubles acquis par confiscation au Roi ou au Sei-
gneur haut-justicier, sont donnés ou remis aux descendants ou
ascendants du condamné, ou à aucun d'eux, ils tiendront na-
ture de propres au donataire , encore qu'ils aient été acquis
par le condamné, que le donataire ne soit son héritier présom-
ptif, ôc qu'il ait baillé de Fargent pour la remise de 1a confis-
cation.
VI.
Et fi le don ÔCla remise sont faits gratuitement, ou avec ré-
compense en argent à un ou à plusieurs parents collatéraux, les
immeubles leur tiendront aussi nature de propres, si, cessant la
confiscation le donataire eût été héritier, ou qu'il soit descendu
de l'un des héritiers présomptifs du condamné.
V I I.
L'héritage retiré par retrait lignager par un parent en ligne
directe ou collatérale, en quelque degré que ce soit, est -propre
au retraiant.
VIII.
L'acquêt fait, durant la communauté, d'un héritage de la ligne
de l'un des conjoints, ôc depuis retiré par retrait demi-denier
,
est propre pour le tout au retrayant du côté ôc ligne dont il
est provenu. \ IX.
Si le Seigneur féodal acquiert par retrait féodal ou cenfuel,
ou bien à prix d'argent, ou par échange d'un immeuble d'acquêt,
un héritage tenu de lui en fief, ou en censive, l'héritage acquis
tiendra la même nature de propre ou acquêt que le fief.
X.
L'héritage même d'acquêt, qui avoit été aliéné par l'acqué-
Gij
52 RECUEIL DES ARRÊTÉS
reur avec faculté de rachat, ou baillé à vie ou à longues années;,
est propre en la personne de Fhéritier qui en a fait le rachats

XI.
ôc du vivant duquel le bail est expiré.

L'immeuble donné ou légué par Fascendant ou descendant,


même en degré éloigné, .est propre en la personne du dona-
taire ou légataire, soit que l'immeuble fût propre ou acquêt a
celui qui en a disposé.
XII.
Mais si l'immeuble est vendu ou baillé en paiement d'une chose
mobilière, par Fascendant au descendant, il est acquêt au des-
cendant, encore qu'il soit héritier présomptif du vendeur, ôc que
l'héritage fût propre à Fascendant.
: XIIL
L'immeuble néanmoins qui est baillé au descendant, en queb
que degré qu'il soit, par Fascendant, en paiement de ce qu'il
lui avoit promis par contrat de mariage, est propre au descen-
dant, encore qu'il fût acquêt à Fascendant, ôc que la chose mo-
bilière promise nent point été stipulée propre.
XIV.
Sera'propre aussi au descendant l'immeuble a lui- baillé par Fas-
cendant en échange d'un autre immeuble, soit que les immeu»
,
blés échangés leur fussent propres ou acquêts, ôc qu'il y ait soulte
par .le contrat, à quelque somme qu'elle puisse monter.,
XV.
".Les immeubles donnés, légués, vendus, baillés en paiement,
en échange ou autrement, aliénés par les descendants au pro-
fit des ascendants, seront propres ou acquêts aux ascendants,
selon ce qui. a été dit des immeubles, dont les ascendants ont
disposé au profit des descendants.
DE M. DE LAMOIGNON. 53
XVI.
L'immeuble propre ancien ou naissant, donné ou légué par un
garent collatéral, à un autre parent de la même ligne, est pro-
pre au donataire ou légataire, encore qu'il ne soit héritier pré-
somptif du donateur ou testateur, ôc est conservé dans la ligne
d'où l'immeuble est provenu.
XVII.
Si l'immeuble donné ou légué, procède d'une autre ligne,
ou qu'il ait été acquis par le donateur ou testateur, il tiendra
aussi nature de propre pourvu que le donataire ou légataire
,
soit héritier présomptif, ou issu de Fhéritier présomptif de ce-
lui qui a disposé, ou que le don ou legs ait été fait avec la
condition, que la chose sera propre au donataire ou légataire,
le tout encore que le don ou legs excède la valeur de la por-
tion héréditaire.
XVIII.
L'immeuble acquis à titre d'échange prendra la même nature
de propre ou acquêt, qu'avoit l'immeuble baillé en échange.
XIX.
Entre parents collatéraux, l'héritage propre, pris en échange
d'un acquêt \ tiendra nature de propre fi celui auquel il est
,
délaissé est parent de la ligne d'où procède l'héritage, ou Fhé-
ritier présomptif de celui qui Fa baillé en échange.
XX.
En cas qu'il y ait soulte par le contrat d'échange, soit qu'elle
soit au-dessus ou au-dessoùs de la moitié de la valeur, l'immeu-
ble sera acquêt jusqu'à la concurrence de la soulte.
XXI
L'immeuble propre ou d'acquêt recueilli par fidei-commis est
propre au substitué, s'il est descendu de celui qui a fait le fidei-
commis, ou de celui qui a été chargé, ou bien parent du pre-r
^ RECUEIL DES ARRETES
mier acquéreur qui a mis l'immeuble dànp la famille.
XXII.
Et sera ce que dessus observé pour toutes sortes de disposi-
tions entre-vifs ôc testamentaires, à cause de mort, universelle,
ou de quotité, ôc particulières.
XXIII.
Les bâtiments ôc améliorations faites fur un propre, suivent
la nature du fonds.
XXIV
L'héritier qui succédera à un propre de la qualité de oeux
mentionnés aux précédents articles ne rendra à l'héritier des
,
meubles ôc acquêts, les sommes qui auront été payées pour le
prix des licitations, fouîtes de partage ôc échange, retrait li-
gnager, demi-denier féodal cenfuel ou conventionnel, bâtiments
ôc améliorations, ou autre cause telle que ce soit; ôc si les sommes
en tout ou partie sont dûes à la communauté dont elles ont été
tirées, aux ouvriers ôc autres créanciers qui ont prêté l'argent
pour les payer, elles seront acquittées fur les biens de la suc-
cession commune comme les autres dettes.
XXV.
Le propre ameubli par contrat de mariage retient fa nature
de, propre pour la part qui en revient, parle partage de la com-
munauté à celui des conjoints auquel le propre appartenoit avant
,
Fameublissement, même pour le tout, fi le propre entier lui est
délaifíé.par le partage.
XXVI.
L'immeuble. donné par le mari à la femme, ou par la fem-
me au mari, par contrat de mariage ou par àutre disposition,
dans le-paya QÙ elle est permise, appartiendra, en la succession
du donateur, aux enfants issus de leur mariage commun, à l'ex-
clusion des enfants, si aucuns.il y a d'autfes mariages'; ôc après le
DE M. DE LAMOIGNON. 55
décès des enfants communs, l'immeuble passera à leurs héritiers
étant de la ligne du donateur, à l'exclusion des parents de la
ligne du donataire.
XXVII.
Et silors du décès du donataire il n'y a aucuns enfants com-
muns , l'immeuble donné» appartiendra à l'héritier des acquêts
du donataire.
XXVIII.
Le douaire en héritage ou en rente , qui est propre aux
enfants, est censé propre paternel, ôc appartient après leur décès
aux héritiers de la ligne paternelle.
XXIX.
L'ameublissement des biens d'un mineur par son contrat de
mariage, ne sera valable s'il n'est fait en présence de son tuteur
ôc de ses plus proches parents, ôc au cas d'émancipation, en
présence ôc par l'avis des plus proches parents homologué en
justice, ôc ne pourra excéder le tiers 4es tous les biens du mineur ;
&; néanmoins le père ôc à son défaut Faïeul paternel- du mineur
pourront accorder tel ameublissement qu'ils jugeront à propos.
XXX. '
L'ameublissement des biens du mineur sera pris, première-
ment fur les meubles ôc ensuite sur les acquêts, avant que de
toucher aux propres.
XXXI.
Après l'ameublissement pris, le surplus des biens du mineur
tiendra nature de propre à lui ôc aux siens de son côté ôc ligne ;
ôc si la convention a été omise dans ie contrat de mariage,
ou s'il n'y» a de contrat, l'ameublissement du tiers ôc la stipula-
tion de propre de côté ôc ligne pour le surplus seront stipulés
de droit. ': ''• -': '
$6 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXII.
Les deniers provenus des aliénations ôc rachats des héritages
& rentes qui appartenoient au mineur, ôc les immeubles acquis
au nom du mineur des mêmes deniers, seront censés durant fa
minorité de même nature qu'étoient les rentes ôc héritages,. ôc
s'ils sont saisis ôc arrêtés à la requête des créanciers, ils seront
distribués selon Fordre de leurs hypothèques.
XXXIII.
Mais le mineur devenu majeur, les deniers qui n'auront été
remployés font meubles ôc immeubles, acquis au nom du mineur
qui étoient censés propres-durant fa minorité, lui sont acquêts
ôc n'entreront néanmoins en communauté.
XXXIV.
La majorité survenue n'empêche point que les deniers saisis
durant la minorité ne soient distribués par Fhypotheque, même à
l'égard des opposants qui ont paru depuis la majorité.
XXXV,
Les deniers procédants de l'aliénation volontaire ou forcée pen*
d.ant le mariage, d'un immeuble qui étoit propre à Fun des con-
joints, même majeur, ôc les remplois faits des mêmes deniers
,
font censés entre les conjoints de nature de propres du même
côté ôc ligne, fans que l'autre des conjoints ôc ses enfants d'un
précédent mariage y puistent rien prétendre par droit de corn*
,
munauté ou de disposition, outre la portion qu'ils eussent eue
dans l'immeuble, s'il n'eût point été aliéné.
XXXVI.
Si celui auquel appartenoit l'immeuble a des enfants d'un pre?
mier mariage, il ne pourra disposer des deniers ou cki remploi
en faveur des enfants issus du mariage, durant lequel l'aliénation
a été faite, que comme d'un propre

XXXVIL
DE M. DE LAMOIGNON. $7
XXXVII.
Et seront les deniers censés propres en la personne des enfants
jusques au jour de leur majorité, après laquelle les deniers re-
prendront leur nature de meuble, tant pour la succession que
pour la disposition, même au profit du survivant de* leur père ÔC
mère.
XXXVIII.
L'action pour les deniers procédants de l'aliénation des im-
meubles propres d'un mineur, ou d'un des conjoints par mariage,
même majeur, qui n'ont point été payés, est censée de pareille
nature de propre, comme seroit le prix de l'aliénation s'il avoit
été reçu.
XXXIX.
Oa ne peut faire un propre conventionnel que par con-
trat de mariage, testament, donation ôc autres actes de libé-
ralité.
?
XL.
La convention de propre peut être faite simplement pour la
personne, ou pour la personne ôc les siens de son côté ôc ligne,
ôc toutes les autres conventions de propre en quelques termes qu'el-
les soient conçues, seront rapportées à l'une de ces trois espèces.
XLI.
La convention que la chose tiendra lieu d'immeuble, .ou d'hé-
ritage, a le même effet que la simple convention de propre.
XLII.
La clause de rendre les deniers à l'un des conjoints, a le mê-
me effet que la convention de propre.
XLIII.
La convention de propre pour la personne enfants, ou
ôc ses
pour les héritiers ou pour fa postérité, a les mêmes effets que
la convention de propre pour la personne ôc les siens.
Tome L H
58 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XLIV.
Sous le nom d'héritiers ôc sous celui de siens, ces descendants,
ôc à leur défaut les ascendants sont compris ôc non les collatéraux.
XLV.
La convention de propre "d'estoc, de souche, de tige, brancha-
ge, ramage ou ligne, de propre ancien, patrimoine, propre de suc-
cession, propre aux siens ôc aux collatéraux, a les mêmes effets
que celle de propre pour la personne ôc pour les siens , de son
côté ôc ligne.
XLVI.
La simple convention de propre n'aura autre effet que d'ex-
clure la chose de la communauté, d'entre le mari ôc la fem-
me où elle est reçue, ôc de la société contractuelle.
XLVII.
Celui en saveur duquel le propre est conventionnel a été fait,
en pourra disposer comme de ses autres meubles ou acquêts, ôc ces-
héritiers mobiliers ou des acquêts y succéderont.
XLVIII.
Ne pourront néanmoins les conjoints par mariage en disposer
au profit l'un de l'autre, ou de leurs enfants d'un précédent
mariage, que comme d un propre naturel, ès lieux ôc selon que
les loix ôc ces coutumes le permettent.
XLIX.
Le meuble stipulé propre à l'un des conjoints, trouvé dans la suc-
cession de Fenfant issu de leur mariage, qui' n'a laissé aucuns en-
fants appartient aux héritiers mobiliers de Fenfant, même au sur-
,
vivant des conjoints, encore que Fenfant soit décédé mineur ôc,
sous la tutelle du survivant.
L.
La somme destinée pour être employée en immeuble au profit
de l'un des conjoints, est réputée propre à fa personne, Ôc file
DE M. DE LAMOIGNON. ^
mari n'a point fait Femploi, lui ôc ses enfants issus d'autre ma-
riage , ne pourront prendre dans les deniers destinés ou dans
Faction, pour en demander le paiement par quelque disposition
ôc à quelque titre que ce soit, même en la succession des en-
fants du mariage commun, autre part que celle qu'ils auroient
prise dans l'immeuble, si Femploi avoit été fait, nonobstant qu'il
ait fait ses diligences nécessaires pour recouvrer la somme ôc f em-
ployer en fonds.
L I.
Quand le mari ou la femme, par leur contrat de mariage au-
ront assigné fur leurs biens ou fur un fonds particulier, une
rente-au profit l'un de l'autre, ou délaissé par manière d'enga-
gement la jouissance d'un immeuble, la rente ôc l'engagement
tiendront nature d'immeuble, encore que*lemari ou ses héritiers
soient obligés d'en faire le rachat dans certain temps, ôc sera
l'immeuble propre naissant, ès personnes des héritiers dé celui en
faveur duquel la convention a.été faite.
L 11.
Promesse d'assigner vaut stipulation d'emploi.
LUI.
Quand la chose est stipulée propre pour la personne Ôc les siens,
les enfants y succèdent comme à un propre; mais après qu'ils sont
devenus majeurs, elle reprend fa nature de meuble ôc entre dans
leur succession mobilière.
LIV.
Et néanmoins tandis qu'il y aura des enfants iíïus du même ma-
riage ou de leurs descendants, ils succéderont entre eux à la
somme stipulée propre avec la clause des siens, à l'exclusion des
autres héritiers, même des ascendants, encore que les enfants
prédécédés fussent majeurs lors de leur mort.

Hij
6o RECUEIL DES ARRÊTES
LV.
Celui en faveur duquel la stipulation a été faite ôc ses enfants,
ne pourront disposer, durant leur minorité, du meuble stipulé
propre à. la personne ôc aux siens, que comme d'un propre na-
turel; mais leurs héritiers collatéraux, quoique mineurs, en pour-
ront disposer comme d'un meuble.
LVI.
Lorsqu'il y a stipulation de propre pour la personne ôc les siens
de son côté ôc ligne, la chose appartient à l'héritier des pro-
pres des enfants qui Font recueillie, pourvu qu'ils soient décédés
en minorité ; mais s'ils décèdent majeurs, l'héritier mobilier y
succède nonobstant toutes conventions contraires.
L V11.
L'héritier des propres qui a recueilli le meuble stipulé propre
du côté ôc ligne, peut en disposer en majorité comme de choses
mobilières.
LVIIL
Mais si Fhéritier décède mineur, ôc que dans la fuite des suc-
cessions directes ôc collatérales, la somme stipulée propre de côté
ôc ligne ait passé entre les mains d'autres mineurs, elle sera cen-
sée de nature de propre, tant pour les dispositions, que pour les
successions, ôc retiendra la même nature de propre jusqu'à ce
qu'elle soit échue par succession directe ou collatérale, à un ma-
jeur, ou qui soit devenu majeur depuis la succession échue.
LIX.
. La convention de propre même de côté ôc ligne, n'a aucun
effet contre les père ôc mère, ôc autres qui ont fait la conven-
tion, ni contre leurs héritiers.
LX.
Le propre conventionnel n'est sujet au retrait lignager.,
D E M. DE L À M O I G. N O N. ô*í
LXI.
Les deniers procédants d'une chose mobilière appartenants à
des majeurs ou mineurs, qui.a été stipulée propre, même de côté
ôc ligne, se distribuent entre leo créanciers saisissants ôc oppo-
sants, comme les autres meubles.
L X 11.
Les conventions de propre, destinations d'emploi, promesses
d'assigner ou de rendre les deniers inférés dans un premier con-
trat de mariage, ne font censés répétées dans un second contrat
de mariage sans nouvelle convention.
L X111.
Si la somme stipulée propre même de côté ôc ligne, est payée
après la dissolution de la communauté à celui au profit duquel
la convention a été, le propre conventionneldemeure éteint pourvu
qu'il soit majeur lors du paiement, ou qu'il soit devenu depuis
majeur; mais s'il est mineur, la qualité de propre continue jus-
qu'à fa majorité.
LXIV. ;.
[

Es coutumes où il faut avoir des propres pour disposer de la


totalité des meubles ôc acquêts, le propre conventionnel ou légal
n'est point considérable; mais il est nécessaire d'avoir des pro-
pres naturels.
LIV.
Le propre conventionnel avec la clause du côté ôc ligne, de-
meure affecté aux lignes de ceux dont il est provenu, à propor-
tion de ce que chacun d'eux y a contribué ; ôc si le propre n'a
été stipulé pour les siens, cette clause produira le même effet
entre les enfants ; de différents lits ; ce qui sera aussi observé pour
le propre légal., ." '::':
, .
LXVI. ^ ' .
•. :'
Le propre conventionnel avec la clause de côté ôc ligne ou
tst REÇUE IL D ES AR R Ê TÉS
de siens, Ôc le propre légal étant recueilli par les enfants ou leurs
descendants mineurs durant le mariage, n'entrent pointr en com-
munauté, ôc nonobstant leur majorité depuis survenue, ces pro-
demeurent toujours evoluo de la communauté.
pres

TITR E X.
Des Fiefs.
A R T I C L E I.
t
A L n'y aura dorénavant dans notre royaume qu'une seule ma-
nière de faire les foi ôc hommage, savoir que le vassal en per-
sonne, nue tête, sans éperons ôc épée, mettant un genouil en
terre, déclarera à son Seigneur qu'il lui fait les foi ôc hom-
mage, à cause de son sief, dont il dira le nom ôc la qualité de
la mutation par laquelle il est tombé entre ses mains.
II.
L'acte d'hommage doit être fait en- présence d'un Notaire ou
autre personne publique, ayant pouvoir d'instrumenter au lieu
où se fait l'hommage, ôc de deux témoins, ôc mention soéciale
y fera faite des solemnités qui auront été accomplies : le tout
tt peine de nullité.
III.
Seront faites deux expéditions de Facte d'hommage, écrites
en parchemin, signées du vassal, de la personne publique, ôc
des témoins, l'une pour le vassal, ôc l'autre délaissée au Seigneur
ôc en cas d'absence à son procureur d'office, ou autre officie»:
de sa justice, receveur ou fermier, ôc en leur défaut au plus pro-
chain voisin du lieu ordinaire où sera faite la foi ôc hommage.
DE M. DE LAMOIGNON. €3
IV.
L'hommage sera fait au manoir seigneurial du fief dominant,
ôc si le Seigneur dominant est en son manoir, lé vassal est obligé
d'y entrer ôc de parler à sa personne ; ôc en cas d'absence du
Seigneur, ou du refus de recevoir l'hommage, le vassal l'ap-
pellera par trois fois à haute ôc intelligible voix, ôc fera l'hom-
mage à la porte du manoir seigneurial, avec les mêmes cérémo-
nies que si le Seigneur étoit présent.
V. '.,. • - .-
En cas d'absence du Seigneur, le vassal n'est tenu de faire la
soi ôc hommage à ses officiers, ou autres ayant charge de lui.
VI.
Le vassal, qui a fait en Fabsence du Seigneur Fhommage eri
la manière, ci-dessus, n'est point tenu de le réitérer, encore qu'il
en soit requis par le Seigneur. '"'-
VII.
S'il y a quelque lieu où l'on a coutume d'ancienneté de fai-
re ôc recevoir les hommages, le vassal est obligé de s'y transr'
porter ôc d'y faire Fhommage, ôc le Seigneur n'est tenu de re-
cevoir la soi de son vassal ailleurs si bon ne lui semble.
VIII.
Quand plusieurs Seigneurs possèdent par indivis le fief do-
minant, pour couvrir le fief servant, la foi doit être faite à cha-
cun des Seigneurs, au lieu ordinaire.
IX.
Si le fief servant est possédé par plusieurs vassaux, par indi-
vis ou autrement, chacun peut faire la foi ôc les offres pour
fa part, sauf au Seigneur à se pourvoir sur les portions des au-
tres vassaux qui n'ont fait leur devoir.
.X.
Quand il y a contention entre plusieurs Seigneurs
pour itó
4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
fief qu'un chacun d'eux prétend, être mouvant de lui, le vassal
peut se faire recevoir à la foi par nos mains, fur une simple re-
quête en nos justices ordinaires, les Seigneurs duement appelles
fans qu'il soit besoin de prendre lettres en nos Chancelleries.
XI.
Le vassal peut se faire recevoir à la foi par nos mains, en-
core que les deux Seigneurs contendants n'aient point procédé
par saisie féodale, pourvu que leurs prétentions aient été no-<
tifiées au vassal par quelque acte à lui signifié.
XII.
Après que le vassal aura été reçu à la foi par nos mains, il
sera tenu de consigner en- justice les droits ôc profits de fief, ôc
la main-levée à lui donnée n'aura effet que du jour de la signi-
fication qui aura été faite aux Seigneurs contendants de la quit-
tance de consignation.
XIII.
Encore que le vassal offre de bailler bonne ôc suffisante cau-
tion pour les droits ôc profits de fief, il ne sera déchargé de
la consignation.
' ' X-IV.
Quand le vassal a payé fans fraude les droits ôc profits de fief
à l'un des Seigneurs, le. combat de fief survenant, ôc donnant
lieu au vassal de: se faire recevoir en foi par nos mains, il ne
sera tenu de consigner de nouveau les mêmes droits, mais il
fera seulement ordonné que ceux qui ont été payés à l'un des
Seigneurs, lui demeureront par forme de consignation; ôc en
cas qu'il succombe, il sera tenu de les rendre à l'autre Seigneur,
avec les intérêts .du jour qu'il les aura reçus.
. XV. .-.
Après la contestation terminée entre . les Seigneurs, le vassal
reçu en foi par nos mains sera tenu faire Fhommage au vérita-
*
' ble
DE M. DE LAMOIGNON. 6$
ble Seigneur, ôc ne courront les délais que du jour de la si-
gnification faite au vassal, du jugement ou de l'acte qui aura
terminé la contestation.
XVI.
Les fruits échus, depuis la saisie féodale jusqu'à la signification
de la quittance de consignation, tombent en pure perte sur le
vassal au profit du Seigneur qui a saisi, si la mouvance lui est
adjugée sans que les autres Seigneurs, supposé même qu'ils ob-
,
tiennent à leurs fins, y puissent rien prétendre.
XVII.
Si durant le combat du fief entre deux Seigneurs, le fief ser-
vant change dé main, le nouveau vassal sera tenu seulement de
consigner les droits ôc profits dûs pour la nouvelle mutation,
ôc non les précédentes; ôc à faute de consignation, les Seigneurs
contendants pourront procéder par saisie féodale, ôc seront les
fruits séquestrés pour être délivrés au Seigneur auquel la mou-
vance sera adjugée.
XVIII.
Pour les fiefs mouvants immédiatement de nous, Fhommage
fera fait à nos Baillis ôc Sénéchaux pour ceux de mille livres
de rente ôc au-dessous, ôc pour les autres, entre les mains de
notre Chancelier, ou en nos Chambres des- comptes.
XIX.
Si la mouvance d'un fief, qui est ouvert, nous est contestée
par un autre Seigneur, Fhommage sera fait à nos officiers par
provision, ôc les profits consignés en main de justice,
XX.
Les hommages des fiefs mouvants des terres, par nous enga-
gés seront faits à nos officiers ôc non à nos engagistes, non-
,
obstant les clauses contraires qui pourront avoir été insérées
íîans les titres des engagements.
Tome I. I
66 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXI.
La foi ôc hommage doit être faite par le vassal en personne
s
s'il n'y a excuse suffisante; auquel cas le Seigneur recevra la
foi ôc hommage par procureur, si mieux il n'aime bailler souf-
france ôc attendre que l'excuse cesse ; ôc contiendra la procu-
,
ration les clauses de l'excuse ôc l'affirmation du vassal qu'elles
font véritables,
XXII.
Les vassaux nobles de naissance ôc constitués en dignité, mê-
me les ecclésiastiques, de quelque qualité qu'ils soient, ne peu-
vent s'excuser de faire la foi en personne, encore que les Sei-
gneurs soient de condition vile ôc roturière, ou de la religion
prétendue réformée, ôc aussi les vassaux de la même religion ne
peuvent s'excuser de faire la foi en personne aux Seigneurs ec-
clésiastiques.
XXIII.
Les communautés séculières, ecclésiastiques ôc régulières, se-
ront reçues à faire la foi par procureur.
XXIV.
Les officiers de nos Cours de Parlement, Grand- Conseil
s
Chambre-des Comptes, Requêtes de notre Hôtel ôc du Palais,
ne seront tenus de faire la foi durant le temps de leur ser-
vice; ôc après qu'il, sera fini, nous leur accorderons encore un
délai de quinzaine,
XXV.
II suffit au vassal, qui a une excuse légitime, d'en affirmer la
câuse dans la procuration, fans prendre aucun certificat ou acte
judiciaire, sauf au Seigneur à informer du contraire.
XXVI.
La femme autorisée de son mari, ou à son refus en justices
peut porter la foi pour les fiefs à elle appartenants, ou le mari
DE M. DE LAMOIGNON. t7
pour elle, sinon qu'ils fussent séparés de biens', auquel cas le
mari ne peut porter la foi pour le fief de fa femme.
XXVII.
La femme étant séparée de biens, ou en état de viduité, n'est
point obligée, pour îes fiefs à elle appartenants, de réitérer la
foi qui auroit été faite auparavant par elle, autorisée comme
dessus, ou par son mari.
XXVÍII.
Le curateur ou commissaire établi à la requête des créanciers
à un fief saisi, peut, au défaut du vassal, faire la foi ôc hommage
au Seigneur féodal pour prévenir la saisie féodale, ou en obte*
nir main-levée, si elle a été faite.
XXIX.
Après la main-levée de la saisie faite à la requête des créan-
ciers du vassal, il fera tenu de réitérer la foi portée par le cu-
rateur ou commissaire.
XXX.
L'âge pour porter ôc recevoir la foi ôc hommage , est
pour les mâles, de vingt ans accomplis, ôc pour les filles de
quinze.
XXXI.
Chacun des vassaux majeurs est tenu de faire la foi pour la
portion qui lui en appartient, même par indivis dans le fief:
à Fégard des mineurs, le tuteur ou curateur est tenu de deman-
der pour eux souffrance, si mieux n'aime le Seigneur, recevoir
le tuteur ou curateur à faire l'hommage, auquel cas les mineurs
devenus majeurs ne seront tenus de le renouveller.
XXXII.
Pourra néanmoins Faîne en ligne directe seulement faire la
foi avant partage pour ses frères ôc soeurs, majeurs ôc mineurs,
encore qu'ils soient de condition roturière; mais après le par-
Iij
58 RECUEIL DES ARRÊTÉS
tage, chacun des puînés, mâles filles, étant venus en âge,
ôc
fera tenu de renouveller la foi pour la part qui lui fera échue
dans le fief.
XXXIII.
Si Faîne décède avant que d'avoir fait la foi, devant ou après
le temps prescrit pour la faire, le plus âgé des puînés mâles
pourra la faire pour les autres enfants.
XXXIV.
Les enfants mâles de vingt ans, ôc les filles majeures de quinze
ans, n'ont aucun recours contre leur tuteur ou curateur, ni les
mineurs contre leur aîné majeur, pour la perte des fruits faute de
foi ôc hommage ; mais les mineurs qui n'ont Fâge requis poux
porter la foi, ont recours contre leur tuteur ou curateur.
XXXV.
Le tuteur déclarera, dans l'acte de souffrance, les noms, sur-
noms, ôc Fâge de tous les mineurs, à peine de nullité.
XXXVI.
Le vassal, tuteur ou curateur, peuvent demander souf-
ôc son
france par procureur fondé de procuration spéciale.
XXXVII.
Le Seigneur n'est obligé de donner souffrance, sinon en payant
actuellement les droits ôc profits qui lui sont dûs pour la der-
niere mutation.

XXXVIII.
La souffrance vaut foi, tant qu'elle dure, ôc le temps de la
souffrance étant passé, le Seigneur qui avoit saisi auparavant>:
est tenu de procéder par nouvelle saisie.
XXXIX.
Les Seigneurs de fief, mâles ôc filles; étant parvenus à
Fâge auquel ils sont capables de recevoir la foi de leurs vas-
saux, peuvent bailler souffrance sans Fautorité de leur tuteur ou.
curateur.
DE M. DE LAMOIGNON. 6?
XL.
Les curateurs de ceux qui sont insensés, furieux ou inter-
dits, sont tenus de faire la foi; ôc ne sont reçus à demander
souffrance.
XLI.
La souffrance vaut pour ce qui appartient aux mineurs dans
le fief, à cause duquel elle a été demandée, même pour les
portions à eux échues depuis la souffrance accordée par le dé-
cès d'un cohéritier ou autrement, fans qu'il soit besoin de de-
mander nouvelle souffrance, en payant toutefois les droits dûs
par les mutations arrivées depuis la souffrance.
XLII.
Quand un fief vient de nouveau par succession, acquisition
ou autrement, à aucune personne, les vassaux sont tenus de lui
porter dans quarante jours la foi ÔC hommage pour les fiefs qu'ils
tiennent en fa mouvance.
XLI II.
Le nouveau Seigneur d'une terre portant le titre de Châtel-
lenie, ou autre de quelque qualité qu'il soit, ayant haute-justice,
peut faire proclamer ses hommages pour les fiefs sis dans les fins
ôc limites des mêmes terres, par publications faites à son de
trompe ôc cris publics, par trois jours de Dimanche consécu-
tifs, après la grand'messe, à la porte de Féglise paroissiale du lieu
où est situé le principal manoir de sa terre, ôc par trois jours
de marchés du même lieu, si marché y a, si mieux n'aimé le
Seigneur faire sommer chacun vassal en particulier par un ser-
gent, en parlant à la personne du vassal, ou au lieu du manoir
principal du sief servant, ôc ne commencera le délai pour faire
l'hommage que du jour de la derniere publication, ou de Fex-
ploit de sommation.
70 RECUEIL DES ARRETES
XLIV.
Si le Seigneur n'a point de haute-justice il sera tenu de som-
mer le vassal, comme il est dit dans l'article précédent.
XLV.
Les publications des trompettes ôc les sommations des ser-
gents seront faites en présence de deux témoins, dont les noms,
surnoms, qualités ôc domiciles seront exprimés dans les procès-
verbaux Ôc exploits, ôc les mêmes procès-verbaux ôc exploits
lignés des trompettes, sergents ôc témoins, à peine de nullité.
X L V I.
Pour les fiefs servants qui sont situés hors Fétendue des
terres portants le titre de Châtellenie ôc autres, ôc pour ceux
qui relèvent des simples fiefs, le délai pour faire Fhommage
ne commencera à courir que du jour de la sommation qui
sera faite par un sergent, en la manière ci-dessus, à la per-
sonne du vassal, ou au manoir principal de son fief; ôc en dé-
saut de manoir, la sommation sera faite ôc publiée au jour de
Dimanche, à l'issue de la messe paroissiale du fief servant.
XLVII.
L'ancien vassal he doit que la bouche ôc les mains à son
nouveau Seigneur, fans payer aucuns profits, même dans les
coutumes où les droits sont dûs à toute mutation.

TITRE XI.
De la Retenue Féodale SC Censuelle.
ARTICLE PREMIER.
iiBROGEONs la retenue censuelle si elle n'est établie par.
titre particulier.
DE M. DE LAMOIGNON. 71
II.
Le Seigneur féodal a droit de prendre par puissance de fies,
ôc retenir le fief mouvant de lui, encore qu'il n'en soit rien
dit par la coutume ni dans le titre de Finvestiture, même en
pays de droit écrit.
III.
La retenue féodale n'a lieu qu'en cas de vente ou de bail à
rente rachetable, ôc si l'aliénation est faite sous condition.
IV.
Si le fief a été .plusieurs fois vendu, le Seigneur ne pourra
le retenir que pour le prix du dernier contrat de vente ; ôc si
depuis la vente, il est arrivé d'autres mutations par des échan-
ges ou d'autres causes pour lesquelles le retrait féodal n'a de lieu,
le Seigneur pourra user du droit de retenue à cause ôc pour
le prix de la vente, fans aucuns profits à cause des mutations
postérieures.
V.
Le Seigneur, qui retire le fief mouvant de lui, qui a été ven-
du, doit être payé des profits dûs à cause des mutations pré-
cédentes.
VI.
Si le Seigneur entend user de retenue féodale il sera tenu
le déclarer à la personne ou domicile de Facquéreur dans qua-
rante jours après que la grosse originale du contrat d'acquisi-
tion lui aura été exhibée, ôc copie baillée; ôc le temps passé
il ne sera reçu.
VII.
Après Fexhibition du contrat ôc la déclaration du Seigneur,
il sera tenu de faire offrir à la personne ou au domicile de
Facquéreur. le prix de l'acquisition ôc les loyaux coûts dans
huitaine, à compter du jour que la déclaration
aura été noti-
72
RECUEIL DES ARRÊTÉS
fiée à Facquéreur; ôc en cas de refus, il se pourvoira en justicei
VIII.
Nous déclarons ne Vouloir user du droit de retenue féodale
fur les terres mouvantes de notre couronne, pour les réunir
à nQtre domaine, si elles ne sont en pariage frontières ou im-
portantes à notre Etat, nous réservant néanmoins le pouvoir
de céder à qui bon nous semblera, le droit de retenue de tous
les fiefs de nous mouvants.
IX.
Gens de main-morte ne peuvent retenir pa/ puissance de fief,
ni céder le droit de retenue.
X.
Si aucun jouit par usufruit du fief dominant, l'exhibitíon sera
faite, ôc copie baillée par Facquéreur, tant au propriétaire qu'à
Fusufruitier.
XI.
L'usufruítier peut user du droit de retenue féodale, sans faire
aucune sommation au propriétaire, sauf au propriétaire après
i'ufufruit fini, à rentrer, fi bon lui semble, dans le fief retenu,
en remboursant le prix, frais ôc loyaux coûts, ôc les impenses
nécessaires ôc utiles : mais il ne sera tenu de payer les profits
qui eussent été dûs à cause de la vente faite durant I'ufufruit,
ôc qui n'ont été payés à cause de la retenue.
XII.
Sera tenu le propriétaire, après I'ufufruit fini de faire fa
,
déclaration qu'il entend rentrer dans le fief retenu dans quarante
jours, après la notification qui lui aura été faite de l'acte dç
retenue, ôc le temps paíïé n'y sera reçu,
XIII.
Le propriétaire pourra, pendant le cours de I'ufufruit, somv
mer Fusufruitier de retenir le fief acquis dans la quinzaine du
jour
DE M. DE LAMOIGNON. 75'
jour de la sommation; ôc le temps passé, fans autres procédures;
le propriétaire aura la liberté de faire la retenue féodale, à
l'exclusion de Fusufruitier; auquel cas, il paiera à Fusufruitier
les profits dûs à câuse de la vente, ou la valeur du revenu d'une
année, ès lieux ôc au cas où il n'est dû que le simple relief.
XIV.
Ce qui est ordonné à l'égard de Fusufruitier aurâ lieu pareil-
lement contre celui qui tient ôc possède un fief à faculté de-
réméré, ou à longues années.
XV.
Les engagistes de notre domaine pourront user de retenue
féodale fur les fiefs qui en sont mouvants, ôc les conserver à
leur profit après l'engagement fini, encore, qu'il n'en soit rien
dit dans l'engagement.
•XVI. •
• :".
Et néanmoins pour les fiefs qui&nt mouvants de notre do-
maine engagé, qui sont situés fur la frontière, ou importants à no-
tre Etat, nous nous réservons le pouvoir de les retenir fur Facqué-
reur ou de les reprendre fur Fengagiste, durant ou après l'en-
gagement, pour les réunir à notre domaine, en remboursant par
nous le prix, frais ôc loyaux coûts , avec les impenses néces-
saires ôc utftes.; ôc ne pourront Facquéreur du fief ni Fenga-
giste être dépossédés, avant le remboursement.
XVII.
Le fermier du fief dominant ne peut user de la retenue féo-
dale si elle ne" lui a été cédée expressément par son bail, ôc
en ce cas le propriétaire pourra rentrer dans le fief acquis dang
le temps ôc aux charges ci-dessus ordonnées pour Fusufruitier.
XVIII. r
Le fief retenu durant le. mariage en la mouvance du fief de
l'un des conjoints, demeuré féuni de plein droit au fief duquel
Tome I, K
74v RECUEIL DES ARRÊTES
il étoit mouvant, en indemnisant l'autre des conjoints de ce qui
aura été payé pour la retenue, frais ôc impenses, ôc de la part
qu'il eût prise dans les profits dûs à cause de la vente, cessant
la retenue.
XI.X.
"
.
Si le mari, qui a droit de jouir des fiefs ôc autres biens de
fa femme, à titre de communauté ou d'administration légitime s
a reçu les profits du fief, la femme ne peut user de retenue '
féodale.
XX.
Le fief mouvant de plusieurs Seigneurs par indivis ne peut
être retenu par l'un d'eux que pour fa part, ôc il ne peut être
aussi contraint de prendre ôc retenir les portions des autres.
XXI.
La réception des profits, faite par aucuns des Seigneurs par
indivis, n'exclut point les*autres d'user de la retenue féodale
pour leur regard.
XXI L*
Si plusieurs fiefs mouvants de, divers Seigneurs font vendus
par un même, contrat ôc pour un seul prix^ Facquéreur sera
ténu rdefaire-:là ventilation du prix de chacun des fiefs acquis,'
ôc la présentera à chacun des Seigneurs en particulier, sauf aux
Seigneurs à la débattre: ;ôc.à faire ordonner une autre ventila-
tion par experts.
• C: -.
XXIII.
,
Le vassal qui a acquis par un même contrat ôc pour un mê-
me prix, plusieurs fiefs.mouvants d'un même Seigneur, peut con-
traindre le Seigneur, qui veut user de la retenue féodale, de
prendre le tout.
•: - -XXIV.'. :- ..
..;
En. cas:.de retrait féodal, le remboursement du prix fera fait
.
DE M. DE LAMOIGNON; 7$
par le Seigneur, dans le temps qu'il sera ordonné par le juge;
fans qu'il puisse se servir des termes accordés à Facquéreur par
le contrat.
XXV. .
La réception en foi ou des profits, ôc la simple composifíon
qui en auroit été faite fans en rien recevoir, ôc la fcuffrance
accordée volontairement par le Seigneur, excluent le retrait-
féodal.
-
XXVI.
La réception par main souveraine suivi# de la consignation
des droits, exclut le retrait féodal s'il n'y a protestation du Sei-
gneur au contraire. '
XXVII. •

Le Seigneur qui est obligé solidairement a la garantie cOm-


me vendeur principal du fief, ne peut le retirer.
XXVIII.
Le droit de retenue féodale peut être cédé par le Seigneur
à qui bon lui semble.

TITRE XM.
Des Droits Seigneuriaux.
A R T I C L E P R E M I E R.

A-J A quotité des profits de fief, ôc lá qualité dés mutations pour


lesquelles ils peuvent être demandés, seront réglées suivant la
coutume du lieu de la situation:du fief servant, s'il n'y a titre,
usage, ou coutume contraire» : ' : .

Kii
7_<F RECUEIL DES ARRÊTÉS
II.
Si le corps ou les dépendances du fief servant sont assises
en diverses coutumes, sera suivie celle où est situé le principal
manoir du fief.
III.
II n'est, dû aucuns profits de fief, ni relief, ni droits de lods
ôc ventes pour un fief ou héritage roturier, baillé en payement
d'une somme promise, en faveur de mariage, ou donné à un
enfant mâle ou fille, par ses père ôc mère ôc .autres ascendants;
IV.
Pour le fief échu à un fils ou autre descendant par fidei-com-
mis, après le décès de son père ou autre ascendant, il n'est dû
aucun droit de relief, encore que le fidei-commis ait été fait
par un parent collatéral ou par un étranger.
V.
II n'est dû aucun droit pour soulte de partage entre cohéri-
tiers, à quelque somme qu'elle monte, encore qu'elle soit faite
des deniers provenants d'ailleurs que de la succession.
VI.
Pour héritage licite en justice ou par convention volontaire
entre cohéritiers, ne sont dûs aucuns profits, reliefs, lods ôc
ventes ôc autres droits, encore que les étrangers aient été admis
aux enchères, pourvu que Fadjudication soit faite à l'un des
héritiers; mais si l'héritage est adjugé à un étranger, il doit les
droits.
VII.
Quand l'un des cohéritiers a vendu fa part indivise en une
maison, ou autre héritage, à un étranger, qui sur la licitation
se rend adjudicataire, les droits sont dûs; mais si Fadjudication
est faite à l'un des cohéritiers, il ne doit aucun droit, non pas
même pour la portion licitée fur Fétranger.
DE M. DE LAMOIGNON. 77
VIII.
Ce que dessus aura aussi lieu entre le mari ôc la femme com-
muns ôc associés en biens, ôc leurs héritiers.
IX.
Pour la licitation judiciaire ôc conventionnelle d'un fonds qui
a été donné ou
légué à plusieurs personnes, les droits sont dûs
à cause de Fadjudication faite à l'un des donataires ou légataires
pour les portions des autres, si ce n'est que Fadjudicataire soit
héritier présomptif de celui qui a sait la disposition; auquel
cas il ne sera payé aucun droit, fans préjudice du droit de re-
lief ès coutumes où il est dû pour les biens féodaux en toutes
mutations.
x.
Et si par la licitation d'un fonds acquis à titre de vente par
plusieurs particuliers, l'un d'eux s'en rend adjudicataire dans Fan,
à compter du jour de l'acquisition, il ne sera dû qu'un seul droit
à cause de l'acquisition ôc de Fadjudication.
XI. %
Si par le partage d'une succession entre cohéritiers, ou d'une
communauté ôc société de biens entre mari ôc femme, ou par
un acte précédent, aucuns des intéressés ou leurs héritiers se
contentent d'une somme en argent, au lieu de prendre en fonds
leurs portions des fiefs ôc rotures de la succession, communauté
ou société, il ne sera payé aucuns droits de lods ôc ventes, re-
lief, ni profit de fief.
XII.
Et entr'autresassociés, les droits ôc profits font dûs à pro-
portion de la somme qui aura été payée.
XIII.
Pour la renonciation faite par aucun des héritiers à une suc-
Cession directe ou collatérale, ou par la veuve ôc ses héritiers,
7'8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
à la communauté ou société, n'est dû aucuns droits ni profits ^
encore qu'il y ait argent baillé ou autre chose équipolente,
fans préjudice des droits qui sont dûs pour la succession.
XIV.
Et sitous les héritiers présomptifs renoncent, il fera acquis
au Seigneur un droit, même en ligne directe, pour les biens
féodaux, ôc outre il sera payé des droits ordinaires en cas d'a-
liénation des héritages féodeaux ôc roturiers, du jour de la vente
qui fera faite fur le curateur à la succession vacante,
XV.
L'héritier par bénéfice d'inventaire, qui se rend adjudicataire
d'un fief ou d'un héritage roturier étant de la succession béné-
ficiaire, ne doit aucun droit ni profit de fief de Fadjudication,
encore que le prix entier soit distribué aux créanciers.
XVI.
II n'est aussi rien dûpour le délaissement fait à la veuve ou
à ses héritiers, d'un ou plusieurs conquêts de la communauté,
en payement de ses remplois ôc reprises ôc de ses autres con-
ventions soit qu'elle ait renoncé à la communauté ou qu'elle Fait
,
acceptée.
XVII. *

Mais si en payement des remplois, reprises ôc conventions,'


dûs à la veuve ou à ses héritiers, on h|ur délaisse* des propres
du mari, les profits de fiefs ôc les droits seigneuriaux sont payés
comme en cas de vente.
XVIII.
En cas de déguerpissement pour charges foncières il n'est dû
aucun droit pour le déguerpissement ; ôc si l'héritage délaissé par
hypothèque est vendu par décret, ôc adjugé à Facquéreur qui
a fait le délaissement, ne fera payé aussi pour le décret, si ce
n'est que le prix de Fadjudication soit plus fort que celui dé
D*E M. DE LAMOIGNON. j9
l'acquisition, auquel c&s les droits sont dûs de fexcédent.
XIX.
ri-
Et siune tierce personne se rend adjudicataire, il est dû un
nouveau droit pour le décret, ôc Facquéreur évincé a son re-
cours contre le vendeur pour le remboursement des dreits, qu'il
a payés au Seigneur à cause de.son acquisition, pourvu que Févi-
ction ne procède du fait de Facquéreur.
XX.
Les droits ôc profits de Fadjudication, faite ensuite du dé-
laissement par hypothèque au. profit de celui qui a fait le dé-
laissement appartiennent au Seigneur qui jouit du fief au temps
,
de l'acquisition, ôc s'il y a de Fexcédent dans le prix de Fad-
judication, les droits de Fexcédent seront payés à celui qui jouit
au temps de Fadjudication.
XXI. .
Pour l'héritage baillé à rente rachetable, les droits sont dûs
dès Finstant du contrat, encore que la rente ne soit rachetée,
mais pour le rachat ou pour la vente -de la même rente ne sont
dûs aucuns droits. ::':
XXII.
Si l'héritage est baillé à rente non rachetable, il n'est dû au-
cun droit ; mais si. la rente est vendue ou rachetée, ils seront
payés à cause du rachat ou de la vente.
XXIII.
Du fìef donné à rente non rachetable, est dû relief.
XXIV.
Les droits de vente ôc profits de fief dûs à cause d'une ad-
judication, seront payés eu égard au$>rix de Fadjudication, fans
y comprendre les frais ordinaires du décret, encore qu'ils soient
payés par Fadjudicataire.
8o RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXV. *
S'il n'y a eu une seconde adjudication fur la-folle enchère'
d'un premier adjudicataire qui n'a point consigné, les droits ne
sont dûs que de la seconde adjudication ; ôc si elle est faite pour
une moindre somme, le Seigneur ne peut prendre aucun droit du
surplus qui est dû aux créanciers par le premier adjudicataire
pour leurs dommages ôc intérêts.
XXVI.
L'adjudicataire sera tenu de déclarer dans un mois, du jour
de la quittance ds consignation, la personne pour laquelle il a
enchéri, ôc le temps passé la déclaration par lui faite passera
pour une seconde vente-, qui produira un nouveau droit.
XXVII. *

Celui qui acquiert pour autrui dans un contrat volontaire,'


doit déclarer dans le même contrat, ou par un acte-public fait
le même jour, la personne pour laquelle il a fait l'acquisition,
sinon la déclaration passera pour une seconde vente, pour la-
quelle ôc pour la première acquisition il sera payé doubles droits
au Seigneur.
XXVIII.
Du contrat de vente ôc du décret volontaire fait en consé-
quence, il n'est dû qu'un seul droit, encore que les enchères
des tierces personnes aient été reçues, ôc que par le moyen des
oppositions le décret devienne forsé, lequel droit appartient au
Seigneur qui étoit lors du contrat de vente en possession du
fief auquel les droits sont dûs.
XXIX.
Et si le prix de Fadjudicationest plus haut que celui du con-
trat de vente, fera payé un autre droit, à proportion dé Fex-
cédent, au Seigneur qui étoit en possession au jour de Fadju-
dication.
XXX.
DE M. DE LAMOIGNON. Si

S'il survient des oppositions ôc des enchères qui rendent le


décret forcé ôc le prix de Fadjudication plus fort, ôc que Fac-
quéreur soit adjudicataire, il n'est dû qu'un seul droit comme
dessus avec le droit de Fexcédent qui appartiendra, quant à
Fexcédent, à celui qui jouit du fief dominant au jour de la con-
signation; mais si une tierce personne se rend adjudicataire, dou-
bles droits sont dûs, sauf le recours du premier acquéreur con-
tre son vendeur.
XXXI.
Si avant le contrat de vente il y avoit saisie réelle sur la-
quelle le décret soit fait ôc délivré à Facquéreur, les droits se-
ront payés au Seigneur qui jouissoit du fief dominant au jour de
ía consignation, ôc non à celui qui étoit en possession lors du
contrat de vente.
XXXII.
Quand un héritage est baillé en échange contre des rentes
constituées à prix d'argent, avec clause de décret pour purger
les hypothèques, il n'est dû aucun droit à cause de Fadjudica-
tion, ni pareillement pour Féchange, sauf le droit de relief pour
les héritages tenus en fief.
XXXIII.
L'acquéreur payera les droits ôc profits du fief ôc les lods
& ventes, s'il n'y a convention contraire.
XXXIV.
Les droits sont acquis au Seigneur, du jour du contrat d'alié-
nation, bien qu'il y ait rétention d'usufruit, ôc en cas de do-
nation d'un fief avec réserve d'usufruit au profit du donateur,
ie droit de relief sera payé par le donataire.
XXXV.
Es lieux où il n'est dû aucun droit pour la coupe des bois,
Tome I. ít
82 RECUEIL DES -ARRÊTÉS
le fonds dans cinq ans, à
si Facquéreur de la superficie acquiert
compter du jour de la première acquisition, les droits sont dûs
de l'un ôc l'autre contrat au Seigneur qui jouissoit du fief au
temps de la seconde acquisition.
XXXVI.
Les droits font dûs au Seigneur pour l'échange d'une rente
.
constituée avéc un héritage, si celui qui a baillé la rente n'en a
été saisi un an entier avant le contrat, ou si dans Fan après le
contrat la même rente se trouve entre ses mains, si ce n'est qu'elle
lui soit avenue par succession.
XXXVII.
Le Seigneur est- recevable à vérifier par témoins la fraude
de l'échange.
XXXVIII.
Pour un contrat de vente à faculté de réméré au-dessus de
neuf ans, les droits sont acquis du jour du contrat fans répé-
tition, encore que la faculté soit exercée avant neuf ans ôc au-
dessous; ôc fi la faculté n'est que de neuf ans ôc au-dessous, les
droits sont dûs du jour du contrat, sauf à les rendre si la fa-
culté est exercée dans les neuf années, ôc pour le réméré ne sont
dûs aucuns droits.
XXXIX.
La somme donnée par Facquéreur pour se décharger de lâ
faculté de réméré fait partie du prix, ôc les droits en sont dûs.
XL.
Si les parties se déportent du contrat de vente dans trois jours3
aucun droit n'est dû, pourvu que Facquéreur n'ait rien payé du
prix, Ôc qu'il n'ait fait aucun acte de possesseur; mais s'il a payé
quelque somme fur le prix, ou s'il a fait acte de possesseur, ou
file résillement est fait après les trois jours, doubles droits font
dûs.
DE M. DE LAMOIGNON. 8*
AL 1. „
S'il est dit par le contrat qu'à faute de payer ou de satisfaire
à quelque charge ôc condition de la part du vendeur ou de Fa-
cheteur, le contrat sera nul ôc résolu, les droits ne laissent d'ê-
tre dûs pour la vente, mais il n'en sera payé aucun pour la ré-
solution.
XLII.
Quand la vente est résolue à cause de minorité de l'une des
parties, ou de la nullité du contrat, les droits n'en font dûs,
ôc ils peuvent être répétés s'ils ont été payés.
XLIII.
Durant Finstance de lettres contre le contrat de vente, fon-
dé fur force dol, lésion ôc autres moyens de restitution, le Sei-
gneur peut se faire payer de ses droits, sauf à Facquéreur à les
répéter, en cas que les lettres soient entérinées , pourvu que
le Seigneur áit été sommé d'intervenir dans Finstance.
XLIV.
Les droits de supplément de prix convenu entre les parties
Ou adjugé en justice sont dûs au Seigneur qui jouissoit du fief
au jour de la convention, ou de la demande en justice.
XLV.
Ne sont dûs aucuns droits au fermier ou usufruitier du fief;
pour les choses acquises par le Seigneur propriétaire du même
fief dans fa mouvance ou ceníîve ; mais en cas de retrait féodal.
X L V I.
II n'est dû aucun droit ni profit pour la cession faite par Fu-
sufruitier,» prix d'argent, de son droit d'usufruit à une tierce
jpersonne.
LXVII.
Si des fonds ôc des meubles sont vendus par un même con-
trat, pour un seul prix, les droits ne sont dûs que du prix
Lij
84 RECUEIL DES ARRÊTÉS
des fonds, suivant la ventilation qui en sera faite.
XLVI1I.
Quând le contrat „est mêlé d'échange ôc de vente, les droits
ne font dûs qu'à proportion du prix porté par le contrat.
XLIX.
Pour un bail fait à titre d'emphytéosc ou à, longues années y
ne sont dûs aucuns droits au Seigneur, s'il n'y a argent débour-
sé, auquel 'ca« les droits seront payés à proportion de la somme
convenue; ôc pour la vente ôc cession du bail, les droits sont
pareillement dûs au Seigneur à proportion de la somme qui
aura été payée ou promise.

Pour une transaction faite sur la propriété d'un héritage ne


.
sont dûs aucuns droits, encore qu'il y ait de l'argent payé ou
promis, sinon lorsqu'il y a mutation de possession.
LI.
Quand Facquéreur qui n'a point payé les droits a été évincé
par un retrayant lignager, le Seigneur doit agir pour le paiement
de ses droits contre celui qui a retiré; mais durant Finstance
de retrait, Facquéreur est tenu de payer les droits au Seigneur:
fans répétition contre lui, sauf son recours contre le retrayant.
LII.
Droit de relief est le revenu d'une année ou une somme
pour une fois payée, offerte de la part du vassal, au choix du.
Seigneur féodal.
LUI.
Après le choix fait par le Seigneur pour l'une das offres, il
n est plus reçu à varier.
LIV.
Le Seigneur féodal a quarante jours pour accepter l'une des
offres, du jour qu'elles lui
ont été faites par le vassal, ôc 1$
• DE M. DE LAMOIGNON. 85
temps passé l'option demeure de plein droit référée au vassal.
LV.
L'année de relief «ommence le lendemain de la mutation, à
cause de laquelle le relief est dû, ôc finit à pareil jour de Fan-
née suivante, mais il ne se fait qu'une seule récolte d'une mê-
me efpece de fruits.
LVI.
Quand le fief a été baillé de bonne foi ôc fans fraude à loyer
ou môison, en toute ou partie, le Seigneur doit se contenter
de la redevance dûe par le fermier.
LVII.
Le Seigneur peut exploiter par ses mains ce qui n'est point
affermé, en rendant les labours ôc semences, ôc les autres frais
faits pour raison des choses qu'il exploite, ôt n'est tenu d'en faire
le remboursement que trois mois après la récolte.
LVIII.
S'il y a des bois en coupe ordinaire, de quelque qualité qu'ils
soient, étangs, saussaies ôc autres choses semblables, qui ne se
coupent ôc perçoivent par chacun an, le'Seigneur prendra une
partie des fruits à proportion du temps qu'ils ont accoutumé
d'être pris, coupés ou perçus, soit que la coupe ou perception
en soit faite ou non durant l'année du relief, les frais préala-
blement payés fur les fruits.
LIX.
Si le vassal a des forges pour lesquelles il avoít accoutumé
de faire abattre de grands arbres ôc de haute futaie, le Sei-
gneur en pourra user de même durant l'année de relief.
LX.
Si le vassal faisoit valoir le fief, le Seigneur doit avoir, du-
rant le cours de la saisie ôc de l'année de relief, les caves, gre-
niers, granges, étables, pressoirs ôc celliers étant dans le prúv
§6 RECUEIL DES ARRÊTÉS •

cipal manoir ôc dans la basse-cour, avec une portion de logis


suffisante pour le logement du Seigneur, de son receveur, ôc
des autres domestiques employés à la récolte ôc conservation des
fruits.
L X I.
Ne pourra le Seigneur, durant l'année du relief déloger le
vassal, fa femme, ses enfants Ôc fa famille, qui y sont ordinai-
rement demeurants, mais il les pourra déloger durant le cours
de la saisie féodale.
LXII.
S'il n'y a qu'une seule maison qui soit louée par lè vassal, le
Seigneur se contentera du loyer ; ôc si elle n'est point louée ôc
qu'elle soit nécessaire pour le logement du vassal ôc de sa fa-
mille, le Seigneur, durant l'année de relief, se contentera de,
prendre le loyer au dire d'experts.
LXIII.
Le vassal n'est tenu de communiquer au Seigneur, qui prend
ppur droit de relief le revenu d'une année, que les baux ôc pa-
piers de recette.
LXIV.
Quand le fiefdu vassal a été baillé à vente qui a été inféodée , le
Seigneur se doit contenter de la jouissance de la rente; mais s'il n'y
a point d'inféodation, le Seigneur jouira du fief comme dessus;
L X V.
Le Seigneur féodal, qui jouit du fief de son vassal pour quel-
que cause que ce soit, n'est point tenu de payer les charges
imposées par le vassal, si elles ne sont inféodées.
L X V I.
Le Seigneur haut-justicier auquel échet un fíef par confisca-
tion, doit les droits ôc devoirs au Seigneur du fief, dans la mou-
vance duquel est le fief confisqué.
DE M. DE LAMOIGNON, S7
LXVII.
Si dans le cours d'une année il arrive double mutation par
la mort successive de deux vassaux, le Seigneur prendra pour
le premier droit de relief les fruits qui auront été recueillis de-
puis la première mutation jusqu'au jour de Fouverture du second
rachat ; ôc pour second relief, il aura les fruits de l'année sui-
vante : mais si les mutations sont arrivées par le fait du vassal,
les fruits d'une année entière sont dûs pour chaque mutation.
L X V 111.
Et si la première mutation arrive par la mort du vassal, ôc
l'autre par son fait, seront aussi dûs les fruits d'une année en-
tière pour chacune mutation; ôc si la première mutation pro-
cède du fait du vassal, ôc l'autre de fa mort, le premier relief
fera réglé aux fruits recueillis depuis la première ouverture du
fief jusqu'au décès du vassal.
L X I X.
Le droit de rachat dû pour i'arriere-sief appartiendra au Sei-
gneur fuserain, à proportion des fruits de l'arriere-fief qui se-
ront recueillis durant le cours du relief du fief supérieur,
LXX.
Le relief n'est point dû pour les fiefs qui sont donnés en li-
gne directe, même par les descendants aux ascendants.
L X X I.
N'est aussi dû droit de relief pour le premier ou autres ma-
riages des filles auxquelles le fief appartient en propriété.
L X X 11.
Nul Seigneur ne peut contraindre les justiciables ôc tenanciers
d'aller au four, pressoir, moulin, qu'il prétend bannaux, ni faire
corvées, s'il n'en a titres valables par écrit, aveux ôc dénom-
í\ brements rendus au Seigneur dominant, ôc des déclarations ôc
des reconnoissances des tenanciers suivies d'une possession con-
tinue ôc non interrompue.
88 RECUEIL DES ARRÊTÉS
L X X I 11.
Le Seigneur qui a droit de moulin bannal ne peut contrain-
dre ceux qu'il prétend sujets à la bannalité d'aller à un moulin
à vent, si dans les titres, dénombrements ôc déclarations, il
n'est fait expresse mention que la bannalité a été accordée pour
un moulin à vent.
LXXIV.
Et ne sontles titres, dénombrements, ôc déclarations va-
lables, ôc réputés anciens, s'ils n'ont été faits avant le décès
du roi Henri II,
L X X V.
Les personnes constituées aux ordres sacrés, communautés)
ecclésiastiques ôc gentilshommes, ôc leurs domestiques, ne sont
sujets aux bannalités de fours, pressoirs ôc moulins; mais leurs
fermiers y peuvent être contraints par saisie ôc vente de leurs
biens.

TITRE XII L
De la Saisie Féodale ÔC Censuelle.
ARTICLE PREMIER.
J-JE Seigneur féodal par faute d'homme, droits, ôc devoirs'
non faits ôc non payés, peut, fans commission de juge, par le
ministère d'un sergent, en présence de deux témoins de la qua-
lité en la forme prescrite par nos ordonnances, mettre en fa
main ôc exploiter en pure perte le sief mouvant de lui, ôc fai-
re les fruits siens pendant la main-mise, à la charge d'en user
pomme un bon père de famille; ôc serâ la saisie signifiée au vas-
sal
DE M. DE LAMOIGNON. '8>
sal en personne ou en principal manoir de son fief.
II.
Ne sera tenu compte au vassal des fruits pour portion de
temps, mais lui seront déduits les frais des labours ôc semences.
III.
La saisie féodale faite seulement sur les fruits du fief, ou à
la requête du Procureur-Fiscal, est nulle.
IV.
L'usufruitier, ou fermier d'un fief, peut aussi pour les mê-
mes causes, ôc fans sommation au propriétaire, procéder par
saisie féodale sur les fruits mouvants de celui dont il jouit,
pourvu que la saisie soit faite au nom du propriétaire, pour-
suite ôc diligence de Fusufruitier ou fermier ôc qu'il en soit
,
fait mention dans l'exploit ; ôc ne peut le propriétaire bailler main-
levée sinon en payant les droits à l'usufruitier.
,
V.
Si le Seigneur féodal usufruitier ou fermier a saisi sans
.
*
câufe
légitime ou avant le temps, il sera condamné aux dommages
ôc intérêts ; mais si la saisie est nulle par le défaut de forma-
lité, elle sera déclarée telle, sans dommages ôc intérêts.
VI.
La saisie faite généralementpour droits ôc devoirs non faits ôc
non payés, est valable, encore que la cause spéciale de la saisie
ne soit précisément déclarée dans FexpLoit.
VII.
En cas de vente, échange, donation, ôc en toutes mutations
autres que par mort, le Seigneur peut, dès le lendemain de la
mutation, saisir le fief mouvant de lui, ôc sera la saisie signifiée
à la personne du vassal ou au manoir seigneurial du fief servant.
VIII.

Si dans la tenue de quarante jours suivants, le vassal satís-
Tome 1, M
5ô RECUEIL DES ARRÊTÉS
fait aux causes de la saisie, elle n'aura en ce cas autre effet
que d'une simple sommation; mais si dans les quarante jours
il ne fait ses diligences, la saisie aura son effet du jour qu'elle
aura été faite ôc signifiée, ôc ne pourra le délai être prorogé
d'office par le Juge; le tout s'il n'y a empêchement légitime,,
comme de peste, guerre, ôc autres, de la part du vassal.
I X.
Dans les mutations quí arrivent par mort, le Seigneur féo-
dal ne pourra saisir que trois mois après; ôc le vassal après la
saisie iìgnifiée aura encore quarante jours pour faire la foi ôc
hornmage.
X.
Dans les saisies féodales qui emportent la perte des fruitsT
Fétabliffernent d'un gardien & commissaire n'est point nécessaire
r
mais il est requis à peine de nullité dans les autres saisies féo-
dales qui n'emportent la perte des fruits.
X I.
La saisie féodale n'a effet ôc n'emporte la perte des fruits»
que pour trois ans, ft elle n'est renouvellée.
XII.
S'il y a une saisie réelle précédente du fief, faite à la re-
quête des créanciers du vassal, la saisie féodale faute d'hom-
mage prévaut, ôc emporte la perte des fruits, qui demeurent:
acquis au Seigneur du jour qu'elle aura été lignifiée, si ce n'est
que dans quarante jours, à compter du jour de la signification,,
l'hommage soit fait ou offert au Seigneur en la manière accou-
tumée; mais pour le payement des droits le Seigneur doit s'op-
poser au décret pour en être payé sur le prix par privilège.
XIII.
Par le changement du curateur à une succession vacante aux:
fiefs déguerpis ou confisqués, il y a mutation ôc ouverture de
DE M. DE LAMOIGNON. 9i
fief, mais par le changement du commissaire il n'y a point de
nouvelle ouverture de fief.
XIV.
Le curateur à la succession vacante au fief déguerpi on aia-
fisqué, qui a fait la foi ôc hommage pôur les fiefs du défunt,
peut nommer aux bénéfices, instituer les officiers, ôc jouir des
autres 'droits semblables; mais le commissaire établi au régime
d'un fief, a droit seulement de percevoir les lods ôc ventes,
ôc autres droits utiles.
X V.
Le Seigneur, durant la saisie féodale qui emporte la perte
des fruits, jouit des droits honorifiques, institutions d'officiers*
nomination aux bénéfices, ôc de tous les autres droits dépen-
dants tant du fief làiss que des arriere-fiefs qui se trouvent ou-
verts durant le cours de la saisie féodale ; mais durant l'année
de relief, la jouissance de ces mêmes droits demeure au vassal.
XVI.
La saisie féodale sera notifiée à la personne du vassal ôc au
principal manoir de son fief, en parlant à son receveur ou fer-
mier; ou en défaut des uns ôc des autres, elle seca publiée un
jour de Dimanche au prône de Féglise paroissiale du fief íaisi,

'.
sans qu'il soit besoin d'enregistrer la saisie en aucun greíïè.
XVII.
Les créanciers da Seigneur féodal peuvent, après l'ouverture
du fief du vassal, en vercu d'une commission .prise en justice.,
faire saisir le fief ôc faire les autres diligences nécessaires pour re-
cevoir ies droits dûs à leur débiteur, mais dis n'acquièrent pas les
fruits.
XVIII.
<Siles èwtems d'un abfemt font partagés efflftre ísos héritiers par
provision ou aaa(treimeat, le síkf dont l'sbseiït Jtok en possession
Mij
5>2
RECUEIL DES ARRÊTÉS
sera censé ouvert du jour du partage ; mais en cas de retour de
Fabsent, lui seront rendus les droits ôc les fruits qui auront été
perçus par le Seigneur ; ôc §'il n'y a qu'un seul héritier de Fab-
sent, le fief sera ouvert du jour que l'héritier en a pris possession.
XIX.
Le vassal, nonobstant la saisie féodale, demeure saisi de son
fief, ôc peut former complainte contre tous autres, que le Seigneur.
XX.
Si les précédents vassaux n'ont point fait la foi ôc homma-
ge , ôc que le Seigneur ait fait saisir tant pour les droits dûs
par le nouveau vassal, que pour ceux des mutations précéden-
tes, le vassal n'aura main-levée qu'en payant tous les droits.
XXI.
Le vassal venant à la foi, ôc payant les droits après le temps,
perd tous les fruits échus durant le cours de la saisie féodale
ôc n'aura main-levée que pour Favenir; ôc pour les' fruits pen-
dants par les racines, ils demeureront au vassal, en remboursant le
Seigneur de ce qu'il aura avancé pour les labours ôc semences.
XXII.
II est permis au Seigneur de poursuivre en justice Facquéreur
ôc nouveau détempteur des héritages étant en fa censive, afin
d'exhiber le titre de son acquisition pour être payé de ses droits,
XXIII.
Les lods, ventes ôc autres droits dûs pour les acquisitions
d'héritages roturiers, se poursuivent par action, ôc non par saisie,
XXIV.
Le Seigneur censier doit pourvoir par action pour
aussi se
les arrérages des censives à lui dûes, si ce n'est qu'il en soit
dû trois années au plus, auquel cas il peut saisir ôc arrêter les
fruits ôc loyers des héritages pour lesquels la censive est dûe,
ensemble les meubles étant dans les maisons sujettes à la cen?
DE M. DE LAMOIGNON. 93
sive; mais en payant les arrérages, le tenancier aura main-levée,
en remboursant les frais de la saisie ôc des procédures, faites
en conséquence.
XXV.
Et s'il y a contestation entre deux Seigneurs pour la censive
de l'héritage, ou entre le Seigneur ôc le tenancier, pour la quo-
tité du cens, ou pour les arrérages qui en peuvent être dûs, le
tenancier aura main-levée, en consignant trois années de la plus
haute censive prétendue fur l'héritage.

T I T R E X I V.
Du Dénombrement.
ARTICLE I.
J\PRÈS la réception ou offre d'hommage, le valsas est tenu
de présenter en personne, ou par un Procureur fondé de pro-
curation spéciale, le dénombrement, contenant par le menu,
les domaines, droits ôc appartenances de son fief,
II.
Le dénombrement sera baillé dans quarante jours, du jour,
de la réception ou offre de l'hommage, ôc si le vaffal s'est fâit
recevoir en foi par nos mains à cause du débat formé entre deux
Seigneurs pour la mouvance, les quarante jours ne courront que
du jour de la signification, de la transaction ou jugement défi-
nitif qui aura terminé le procès.
III.
Le dénombrement sera fait double, l'un pour le Seigneur ôc
l'autre pour le vassal, écrit en parchemin, passé pardevant deux
94 RECUEIL DES ARRÊTÉS
Notaires, ou pardevant un Notaire ou Tabellion ayant pouvóîi
d'instrumenter au lieu où. il est fait, ôc deux témoins sachant
signer, dont lesnoms, surnoms, qualités ôc domiciles seront ex-
primés en l'acte, ôc l'acte signé du vassal, Notaire ou Tabel-
lion ôc témoins, le tout aux frais ôc dépens du vassal.
IV.
L'offre du dénombrement doit être fait en justice du Seigneur,
à jour ôc heure d'Audience, -ôc Foriginal du dénombrement laissé
entre les mains du.Procureur de seigneurie; ôc' si le Seigneur
n'a point de justice, le dénombrement sera offert au manoir prin-
cipal du fief dominant, ôc Foriginal laissé au Seigneur; ôc en
cas d'absence, à son receveur ou fermier; ôc en défaut des uns
ôc des autres, au plus proche voisin, dont le vassal prendra acte
en présence de deux témoins ôc d'un Notaire.
V.
Le vassal n'est tenu bailler dénombrement qu'une fois en ía
vie^ s'il n'y a titre.
VI.
Le Seigneur 6c le vassal doivent communiquer" respectivement
les précédents dénombrements $c les autres titres qu'ils ont en
leur possession, concernant la teneur £c la consistance du fief
servant; se purgeront par serment de part ôc d'autre, s'ils en
font requis, que par dol ôc fraude ils rien retiennent, ôc ne dé-
laissent d'en avoir aucun, ôc est tenu le vassal de satisfairele premier.
VII.
Le dénombrement peut être présenté aussitôt après la ré-
ception ou offre de Fhommage; mais s'il n'est baillé dans les
quarante jours, le Seigneur peut procéder par saisie féodale fur
le fief en établissant un commissaire ou gardien pour la^ recette
ôc conservation des fruits, aux frais du vassal à la charge de
s
tei reiadre compte.
DE M. DE LAMOIGNO.R ^
VIII.
Le Seigneur ôc les Officiers peuvent retenir le dénombre-
ment durant l'efpace de quarante jours entiers pour examiner
ôc fournir leurs blâmes, s'ils en ont aucuns, après lesquels qua-
rante jours, la saisie demeurera levée de plein droit ôc le com-
missaire déchargé, sans qu'il soit besoin d'aucun jugement, si
ce n'est qu'il y eût contestation pour aucuns articles, auquel cas
la saisie tiendra pour les articles contestés seulement, sans pré-
judice des dommages ôc intérêts de la mauvaise contestation.
IX.
Le délai de quarante jours étant passé fans que le Seigneur
féodal ait fourni aucun blâme, le dénombrement est tenupour reçu,
de plein droit, fans qu'il soit besoin d'aucune interpellation de
la part du vassal, sauf à l'un ôc à l'autre à se pourvoir par action
pour la réformation ou réception du dénombrement, ainsi qu'ils-
verront bon être.
X.
L'âge requis pour faíre ôc recevoir la foi, suffit pour bailler ^
recevoir, ou blâmer le dénombrement.
XI.
Si dans le's trois ans du jour de la saisie faite de dénombrê--
ment, le vassal n'a fait ses diligences pour le présenter, les fruits
seront acquis à l'avenir de plein droit au Seigneur, même ceux;
échus durant les trois années, ôc les commissaires déchargés.
XII.
Le dénombrement du fief appartenant à plusieurs vassaux par
indivis, étant baillé par un seul, couvre le fief entier ;* mais íì
le fief a été partagé, chacun est tenu de bailler séparément te
dénombrement de sa part.
£5 RECUEIL DES ARRETES

TITRE XV.
De la Réunion Féodale.
A R T I C L E I.
J_;ES héritages féodaux ou roturiers, acquis ou échus à quel-
que titre que ce soit au Seigneur dont ils sont tenus en fief
ou censive, demeurent de plein droit réunis au fief dont ils dé-
pendent, nonobstant toutes déclarations contraires qui pourraient
être faites par le Seigneur pour empêcher la réunion,
II.
Ce que dessus à lieu pareillement quand le vassal ou le te-
nancier d'un héritage roturier acquiert le fief duquel sont tenues
les choses par lui possédées.
III.
Si le tenancier acquiert la censive dont son héritage étoit
chargé, l'héritage prend la nature de fief sous la mouvance du
fief supérieur duquel la censive est tenue.
IV.
Les rotures, acquises par le Seigneur dans son fief, devien-
nent féodales, ôc sont réunies au domaine du fief duquel elles
étoient tenues à cens.
V.
Les rentes acquises dans la censive de notre domaine, engagé
par celui qui en jouit, retiennent leur première nature, ôc font
partagées entre ses héritiers comme rotures, soit que l'acqui-
sition ait été faite devant ou depuis l'engagement.
VI,
DE M. DE LAMOIGNON. pt
VI.
L'acquisition faite par Fusufruitier dans la mouvance ou cen-
sive du fief dont il a I'ufufruit, n'est point réunie au domaine
du fief, même après I'ufufruit fini, ôc le propriétaire du fief ne
sera reçu à le rembourser, si ce n'est que l'acquisition ait été
faite par retrait féodal.
VII.
Si le fief appartient à plusieurs Seigneurs, la réunion ne se
fait qu'à proportion de la part que Facquéreur a dans le fief,
ôc le surplus des choses acquises retient son ancienne qualité
fous la tenure féodale ou censuelle des autres Seigneurs.
VIII.
Le fief ôc l'héritage roturier acquis durant la communauté
de biens, coutumière ou conventionnelle, d'entre le mari ôc la
femme, à quelque titre que ce soit dans la mouvance féodale t
ou en la censive du fief appartenant à la femme, est réuni au
fief de la femme, du jour de la dissolution de la communauté
pour la totalité, ou pour la portion qui lui écherra, ou à ses
héritiers, par le partage de la communauté.
IX.
Mais si l'héritage acquis est dans la mouvance ou la censive
du fief du mari la réunion s'en fait de plein droit au
,
fief du mari pour moitié dès Finstant de l'acquisition.; ôc quant
à l'autre moitié, elle sera aussi réunie au fief du mari, du jour
de l'acquisition, si la femme ou ses héritiers renoncent à la com-
munauté, ou que par le partage des effets de la même com-
munauté la totalité de l'héritage demeure au mari ou à ses hé-
ritiers : mais si la femme ou ses héritiers acceptent la commu-
nauté, l'héritage tiendra fa première qualité,en leurs personnes
pour la portion qu'ils prendront par le partage dans la moitié de
i'héritage.
Tome I. N
5g RECUEIL DES ARRETES

TITRE X V L
Du Démembrement de Fies.
ARTICLE PREMIER.
J- vaffal peut aliéner telle portion de son fief que bon lui
jE
semble, sans le consentement du Seigneur; mais la portion alié-
née demeuretoujours dans la mouvance immédiate du Seigneur 9
ôc les droits en sont dûs.
II.
Si le vassal aliène, à quelque titre que ce soit, le principal
manoir seigneurial de son fief, toutes les mouvances ôc censives
passent en la personne de Facquéreur, ôc demeureront dans la
mouvance immédiate du Seigneur dominant.
III.
Si le vassal baille en arriere-fief quelque domaine ou droits
dépendants de son fief, fans le consentement du Seigneur domi-
nant, même au-dessous des deux tiers, la mouvance du fief nou-
veau appartiendra immédiatement au Seigneur dominant à l'ex-
clusion du vassal; ôc s'il y a deniers déboursés, les profits en
seront payés au Seigneur dominant.
IV.
\& vassal peut: bailler à cens ou rentes tels héritages ôc droits
de son fief que bon lui semblera, à une ou plusieurs personnes,
pourvu qu'il se réserve le manoir seigneurial, le tiers des droits
& domaine de son fief, ôc la directe fur le tout.
V.
Si le bail à cens ou rentes excède les deux tiers dans une
DE M. DE LAMOIGNON. p>
seule aliénation, la directe de tout ce qui est aliéné passe au
Seigneur dominant, ôc s'il y a des aliénations différentes, la
directe de ce qui est compris dans les dernieres aliénations au»
de-là des deux tiers, pasie aussi au Seigneur dominant.
VI.
Les profits de fief appartiennent au Seigneur dominant pour
les aliénations ôc baux à cens, ou à rente, quand il y a deniers dé-
boursés, à proportion de ce que le vassal en a reçu, soit que les
aliénations 'ôc baux à cens soient au-dessus ou au-dessous des
deux tiers, ôc les choses aliénées demeurent désunies du fief ser-
vant, sans qu'en cas d'ouverture du fief le Seigneur puisse les
exploiter.
VII.
Abrogeons les pariages ôc autres manières de tenir les por-
tions des fiefs des puînés de leur aîné, introduites par aucunes cou-
tumes ; mais fi le fief est divisé entre plusieurs par portions égales
ou inégales, chacun relèvera fa portion du Seigneur dominant.

TITRE XVII.
De la Commise.
ARTICLE PREMIER;
X-J E vassal confisque le fief qu'il dénie -être tenu du Seigneur
féodal dont il est mouvant.
II.
Si le Seigneur qui désavoue, maintient que son fief est mouvant
immédiatement de nous, la commise n'a lieu, encore que parl'é-
yénement la mouvance soit adjugée au Seigneur qui a été désavoué.
N.ij
íoc RECUEIL DES ARRÊTÉS
III
Quand le vassal est condamné pour félonie envers le Seigneur ?
le fief lui appartient par droit de commise, encore qu'il soit
assis dans la haute-justice d'un autre Seigneur.

TITRE XVIII.
Du Droit d'Indemnité..
A R T I C L E T.

_L^ o u s voulons que les anciennes ordonnances, pour les biens-


que nous acquérons dans la mouvance ou la censive de nos su-
jets, soient observées; ôc ce faisant que nos sujets reçoivent de
nous leur indemnité, si nous ne mettons les mêmes biens hors
de nos mains dans Fan ôc jour de l'acquisition.
II.
Gens de main-morte sont les chapitres des églises cathédra-
les ôc collégiales, les abbayes, les hôpitaux, leurs commanderies
,.
les fabriques, les confréries, monastères, universités, collèges^
ôc autres corps ôc communautés ecclésiastiques ôc laïques,
III.
Les gens de main-morte peuvent être contraints, par le Sei-
gneur féodal, ou cenfier, de mettre hors de leurs mains les hé-
ritages par eux acquis ou délaissés à quelque titre que soit, s'ils
ne font apparoir de nos lettres d'amortissement bien ôc dûement
vérifiées, faisant mention spéciale des héritages, fans qu'ils puis-
sent s'aider d'aucunes lettres générales d'amortissement.
IV.
L'action pour mettre hors de la main-morte doit être inteiv
DE M. DE LAMOIGNON. toi
tée dans Fan, à compter du jour de Fexhibition du contrat fait
au Seigneur, ôc le temps passé elle ne fera reçue sauf son action
pour le paiement de Findemnité qui doit être intentée par les
Seigneurs séculiers dans trente ans, ôc parles Seigneurs ecclé-
siastiques dans quarante ans, à compter du jour que les gens de
main-morte sont entrés en la jouissance actuelle des choses par
eux acquises.
V.
Et après le temps de trente ou quarante ans, ils pourront
seulement être contraints de bailler un homme vivant ôc mou-
rant, qui fera foi ôc hommage, ôc baillera un dénombrement
ôc déclaration censuelle fi mieux n'aiment les gens de main-
,
morte payer Findemnité.
VI.
Les églises paroissiales ôc succursales ne sont point tenues de
vuider leurs mains des héritages par elles acquis, ou à elles
laissés ôc donnés pour leur dotation ou pour fondation, -ni de
payer aucun droit d'indemnité; mais les curés ôc vicaires per-
pétuels, à chacune mutation, seront tenus de faire la foi pour
les biens féodaux, ôc bailler une nouvelle déclaration ôc recon-
noissance, fans payer aucuns droits ôc fans frais.
VII.
Et le semblable sera observé pour les héritages acquis, lais-
sés, ou donnés aux fabriques des mêmes églises, pour lesquels
les administrateurs des fabriques seront aussi tenus de faire la
foi pour les fiefs, ôc de bailler une nouvelle déclaration ôc re-
connoissance pour les rotures, de trente ans en trente ans, fans
payer aucuns droits ôc fans frais.
VIIL
Pour les acquisitions faites par les gens de main-morte, se-
«ont payés les profits de fiefs pour les biens féodaux ôc les droits
Ì02 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ordinaires pour les rotures, selon les loix ôc coutumes des lieux
de la situation des choses acquises, si mieux n'aime le Seigneur,
en cas de vente, retenir par puissance de fief les biens ôc droits
féodaux par eux acquis, fans en ce comprendre ce qui est ac-
quis par les églises paroissiales Ôc succursales, comme dessus;
ce qu'il pourra faire nonobstant nos lettres d'amortissement, en
rendant le prix de l'acquisition, avec les frais ôc loyaux coûts.
IX.
Aucune prescription, même de cent ans, n'aura lieu pour le
paiement de Findemnité, ni pour mettre hors les mains des gens
de main-morte les fiefs par eux acquis dans notre mouvance
immédiate.
X.
Les gens de main-morte seront tenus dans quarante jours, à
compter du jour du contrat d'acquisition, ou autre titre, del'ex-
hiber en original au Seigneur féodal ou censier, en Fhôtel prin-
cipal de son fief, ôc le laisser entre ses mains durant huitaine;
6c en cas d'absence du Seigneur, l'exhibition sera faite ôc le titre
laissé au Procureur-Fiscal de sa justice, si aucune il a, ou à son
receveur ou fermier ; ôc en cas d'absence sera donné acte de la
diligence, ôc la copie du titre ôc de l'acte d'exhibition laissée
en Fhôtel du Seigneur entre les mains de l'un de ses domesti-
ques, ôc en leurs défauts à l'un des voisins.
XI.
L'exhibition ne sera faite par un sergent, mais une person-
ne fondée de procuration spéciale des gens de main-morte, en
présence d'un Notaire ou Tabellion ayant pouvoir d'instrumen-
ter au lieu où l'exhibition sera faite, ôc de deux témoins sachant
signer, dont les noms, surnoms, qualités ôc domiciles seront em-
ployés dans l'acte ôc Foriginal, ôc la copie signée du Procureur,
du Notaire ôc des témoins.
DE M. DE LAMOIGNON. iojf;
XII.
A saute de faire par les gens de main-morte l'exhibition de-
leurs titres d'acquisition dans les quarante jours, il fera loisible
au Seigneur féodal ôc censier de faire saisir les choses acqui-
ses, même de jouir par ses mains des héritages ôc droits féo-
daux ôc les exploiter en pure perte, ôc fera les fruits siens jus
qu'au jour que le titre lui aura été exhibé en la forme ci-deffus;
ôc à l'égard des rotures, il fera établi un commissaire pour le
régime des fruits, aux frais des gens de main-morte.
XIII.
Les termes d'un an, de huitaine ôc de quarante jours men-
tionnés ès articles précédents seront francs, fans y comprendre
les jours desdits actes, ni pareillement les jours de Féchéance
des termes,
XIV.
Si le Seigneur n'use point de retenue, les gens de main-morte
seront contraints, outre les profits ôc droits dûs pour l'acquisition,
de payer au Seigneur, pour la récompense de ceux qui pour-
roient échoir à Favenir, un droit d'indemnité, ou de lui baik
ler homme vivant ôc mourant, au choix du Seigneur.
XV.
L'indemnité étant payée, il ne fera baillé homme vivant ôc
mourant ; mais à chacune mutation de Seigneur les gens de main-
morte seront tenus pour les héritages ôc droits tenus en fief,
de faire la foi Ôc hommage, ôc bailler dénombrement; ôc pour
les rotures bailler une déclaration, le tout-en la manière ac-
coutumée, par Procureur fondé de procuration spéciale, sans
payer aucun droit ôc fans frais ; ôc à faute de ce faire, fera
permis au Seigneur de faire saisir comme dessus.
XVI.
En cas d'aliénation faite par les gens de main-morte des cho-
i6$ RECUEIL DES ARRÊTÉS
ses pour lesquelles Findemnité aura été payée, le droit demeurera
au Seigneur féodal ou censier fans répétition.
XVII.
Si pour le droit d'indemnité les gens de main-morte, au lieu
d'argent, se sont chargés d'une rente envers le Seigneur, ou lui
ont délaissé quelque fonds , la rente ou le fonds délaissés de-
meureront au Seigneur, encore que dans la fuite les gens de
main-morte mettent l'héritage hors de leurs mains.
XVIII.
Si le Chapitre de Féglise cathédrale acquiert dans le fief dé-
pendant de FÊvêché, ôc si FÉvêque acquiert dans le fief appar-
tenant au Chapitre, ils pourront respectivement être contraints
de mettre hors de leurs mains les choses par eux acquises, ou
de payer Findemnité, ou bailler homme vivant ôc mourant, au
choix du Seigneur,
XIX.
Mais si les Religieux font des acquisitions dans le fief étant
de la manse de leur Abbé ou Prieur, ôc fi FAbbé ou Prieur fait
des acquisitions dans le fief dépendant de la manse des Reli-
gieux ils ne pourront respectivement être contraints de vuider
,
leurs mains des choses par eux acquises, ni de payer aucun droit
d'indemnité, ou de bailler homme vivant ôc mourant,
XX.
II ne sera baillé à Favenir un homme confisquant, soit que
la justice appartienne au Seigneur féodal ou censier, ou à un au-
tre Seigneur; ôcne pourront les Seigneurs justiciers prétendre
aucune récompense ôc indemnité pour la décharge du droit de
confiscation, ni pour la diminution des .autres droits, profits,
ôc émoluments de leurs justices.
XXI.
On peut bailler pour homme vivant Ôc mourant une personne
au-dessous de Fâge de trente ans accomplis. XXII.
DE M. DE LAMOIGNON. ro;
XXII.
Un Religieux proses ne peut être baillé pour homme vivant
ôc mourant, même à cause des fiefs ôc rotures acquis par son
monastère, ou par d'autres monastères du même Ordre.
XXIII.
11 sera payé le revenu d'une année par chacune mutation de
l'homme vivant ôc mourant, des biens tenus en fief; .ôc pour
les héritages en rotures, seront payés les deux tiers du revenu
d'une année.
XXIV.
Pour le droit d'indemnité sera payé en argent le tiers de la
valeur des biens féodaux, ôc le cinquième des rotures, avec
l'intérêt du jour de la demande faite en justice, lesquels droits
seront réglés en cas de vente ou d'échange avec des rentes con-
stituées à prix d'argent, eu égard au prix effectif ôc véritable
des contrats ôc des rentes baillées en échange, fans que de part
ôc d'autre on soit reçu à informer que les héritages soient de
plus grande ou moindre valeur, sinon en cás de fraude; ôc pour
les autres titres d'acquisition, la valeur des héritages sera ré-
glée par l'avis ôc estimation des experts.
XXV.
Nonobstant le paiement de Findemnité, les choses acquises
par les gens de main-morte demeurent en leur ancienne qualité
de fief ou de roture, Ôc les cens ôc rentes, ôc autres devoirs annuels
qui se trouveront légitimement dûs, tant fur les fiefs que*fur les ro-
tures acquises, seront continués au Seigneur comme auparavant.
XXVI.
L'indemnité dûe pour un fief ou roture, léguée à des gens de
main-morte, même fans aucunes charges, doit être.payée par les
héritiers du testateur, si le contraire n'est ordonné dans le testa-
ment.
Tome L O
io$ RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXVII.
Mais si le sief ou la roture a été donné entre vifs, le droit d'in-
demnité sera payé par les donataires, même lorsque la dona-
tion a été faite pour quelque fondation ou autre charge, s'il n'est
convenu au contraire par la donation.
XXVIII.
Si l'héritage amorti est aliéné par les gens de main-morte,
au profit de personnes qui ne sont point de main-morte, il re-
prendra fa première qualité ôc nature, pour être dans la mouvance
ou dans la censive du fief dont il étoit tenu avant la pre-
mière aliénation; ôc si l'aliénation est faite en faveur d'autres
gens de -main-morte, même par échange d'héritage à héritage,
il sera payé au Seigneur un nouveau droit d'indemnité, avec
les profits ôc droits ordinaires pour l'acquisition.
XXIX.
Mais si au lieu du droit d'indemnité, il avoit été baillé un
homme vivant ôc mourant, du moment de l'aliénation l'homme
vivant ôc mourant demeurera déchargé de plein droit purement
ôc simplement, sauf au Seigneur, en cas que les nouveaux ac-
quéreurs soient de main-morte, à leur demander un autre hom-
me vivant ôc mourant, ou lè droit d'indemnité àson choix, avec
les droits ôc profits tels qu'ils peuvent être dûs par lès coutu-
mes ôc usages, à cause de la nouvelle acquisition.
.X. vs. J\..
Les droits d'indemnité dûs à des gens de main-morte seront
employés à leur profit en fonds, ôc cependant déposés entre les
mains de personnes solvables, si mieux n'aiment les débiteurs
en faire intérêts à raison de l'ordonnance, en attendant Focca-
sion de Femploi.
-
XXXI.
Seront payés les profits ordinaires de fief par les titulaires
DE M. DE LAMOIGNON. 107
des bénéfices, à cause des acquisitions qu'ils seront d'héritages
féodaux pour leurs bénéfices', ôc au lieu de Findemnité, sera
payé un droit de relief à chacune mutation du titulaire, si mieux
n'aime Facquéreur payer Findemnité telle que. dessus.
XXXII.
Et par les mêmes titulaires feront aussi payés les droits ac-
coutumés à cause des acquisitions qu'ils feront d'héritages en
roture pour leurs bénéfices, ôc au lieu de Findemnité seront payés
les deux tiers du revenu des héritages à chacune mutation de
titulaire, si mieux n'aime Facquéreur payer Findemnité telle que
dessus.

T I T R E X I X.
Du Franc-Aleu.
ARTICLE PREMIER.
J_j s provinces régies par le droit écrit, tout héritageré-est
puté franc-aleu, s'il n'y a titre ou reconnoissance au con-
traire.
II.
Es pays de coutumes, le franc-aleu n'a point de lieu, s'il
n'y a titre ou reconnoissance, ou autre acte fait avec le Sei-
gneur cent ans avant la publication des présentes.
III.
Ne sera faite à l'avenir. aucune concession en franc-aleu, fans
le consentement du Seigneur immédiat, ôc sans nos lettres pa-
tentes vérifiées en nos Cours de parlement ôc en nos Chambres
des comptes,
Oij
I08 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ÍV.
Le franc-aleu noble ou roturier, quant à la justice, est su-
jet à la jurisdiction du Seigneur justicier dans laquelle il est situé.
V.
Celui qui possède un franc-aleu roturier ne peut bailler à cens
aucune portion de son domaine; mais celui qui possède un franc-
aleu noble, le peut bailler à cens.
VI.
Franc-aleu noble est celui auquel il y a justice, ou censive,-
ou fief mouvant de lui, sinon il est roturier.
VII.
Pour les héritages tenus en franc-aleu, acquis par les gens
de main-morte, il n'est dû aucun droit d'indemnité, ni autre
devoir utile.
VIII.
Dans les pays de coutume, le franc-aleu roturier acquis par
le Seigneur du fief, dans Fétendue duquel il est situé, demeu-
re réuni de plein droit au fief, mais ès provinces régies par le
droit écrit, la réunion n'a lieu fans déclaration expresse.

TITRE XX..
Des Servitudes.
ARTICLE PREMIER.
±\ u L L E s servitudes fans titre.
II.
Si de deux maisons ôc héritages voisins appartenants à une
même personne, l'un est aliéné à quelque titre ôc pour quelque
DE M. DE LAMOIGNON. 109
càuse que ce soit, ou par un acte fait entre des cohéritiers com-
muns en biens ôc associés, les deux maisons ôc héritages tom-
bent entre les mains de personnes différentes : la destination de
Fancien propriétaire vaut titre, ôc demeureront les servitudes au
même état qu'elles étoient lorsque les choses ont été séparées,
fans autre titre ou contrat, s'il n'en a été autrement convenu par
la disposition on partage.
III.
Si aucun a joui publiquement ou paisiblement à juste titre ÔC
de bonne foi, tant pour lui que ses prédécesseurs, dont il a le
droit par dix ans entre présents, ôc vingt ans entre absents ma-
jeurs de vingt-cinq ans, ôc par quarante ans contre Féglise, ôc
autres privilégiés, d'un héritage avec droit de servitude, fur FhérL
tage voisin il a acquis le droit de servitude, avec la propriété de
l'héritage; ôc en ce cas la prescription vaut titre, pourvu que le
droit soit accompagné de quelqu'ouvrage externe ôc apparent,
destiné pour Fusage de la servitude.
IV.
Et titre par écrit, celui qui a joui du droit de vue, gout-
sans
tière ou égout, fur la maison ou héritage d'autrui, ou du pas-
sage Ôc décharge des eaux pluviales ou particulières de ía mai-
son par un évier traversant le mur mitoyen, ou partie du voisin,
durant Fespace de trente ans contre des particuliers majeurs, ôc
de quarante ans contre Féglise ôc autres personnes privilégiées,
prescrit le droit de servitude, ôc cette prescription vaut aussi
titre.
V.
Et le semblable sera observé pour les autres servitudes qui
se trouveront accompagnées de quelqu'ouvrage extérieur ôc
ap-
parent, destiné pour Fusage des mêmes servitudes. " ::.v '
no RECUEIL DES ARRÊTÉS
VI.
Le propriétaire d un héritage peut disposer, ainsi que bon lui
semblera, de seau dont la source se trouve dans son fonds, en-
core que durant un temps suffisant pour acquérir prescription,
elle ait passé sur les héritages inférieurs.
VII.
Mais le propriétaire de l'héritage inférieur est tenu de re-
cevoir Feau, ôc lui donner son cours ordinaire dessus son hé-
ritage, fans la pouvoir retenir ni divertir ailleurs.
VIII.
Celui qui a droit d'égout fur les héritages voisins, peut éle-
ver ou abaisser la couverture de fa maison, ainsi que bon lui semble.
IX.
Pour les servitudes occultes ôc latentes, ôc pour celles quï
ne sont accompagnées de quelqu'ouvrage servant à Fusage de
la servitude, le titre par écrit est nécessaire, ôc la possession
même de cent ans n'est suffisante.
X.
La libertése peut réacquérir contre le titre de la servitude}
continue ou discontinue, si celui à qui elle appartient a cessé
d'en jouir en majorité durant l'espace de trente ans, pourvu que
celui qui veut se servir de la prescription ait fait quelqu'ouvrage
ou autre acte de contradiction; ôc si la servitude appartient à
Féglise ôc autres privilégiés, la prescription ne peut être moin-
dre de quarante ans.
XI.
L'adjudication par décret d'une maison ou autre héritage,
avec expression du droit de vue ou autre servitude sur l'hérita-
ge voisin, ne vaut titre, ôc ne peut donner à fadjudicataire
un droit de servitude si elle n'est d'ailleurs fondée en titre par
écrit, ou autre chose équipolente à titre, comme dessus.
DE M. DE LAMOIGNON. m
.XII.
II n'est nécessaire de s'opposer à un décret pour la conserva-
tion des servitudes visibles ôc apparentes ; mais les servitudes
occultes sont purgées par le décret s'il n'y a eu opposition for-
mée pour les conserver.
XIII.
Quiconque a le sol appelle Fétage du rez-de-chaussée d'aucun
héritage, il doit avoir le dessus ôc le dessous de son sol, ôc geut
édifier au*-dessous des caves, puits, aisements ôc citernes, s'il
n'y a titre au contraire.
XIV.
Qui a le droit de servitude sur une maison ou autre héritage
mis en décret, n'est point obligé de s'opposer pour la conser-
vation de son droit, pourvu que la servitude soit apparente ôc
de la qualité de celle mentionnée en l'article ci-dessus; niais Fop-
position est nécessaire pour la conservation des servitudes latentes
ôc occultes.
XV.
Chacun peut avancer Fégout de fa couverture lur une vue,
chemin, sentier ôc place publique,, pourvu que l'extrimité de
la couverture soit élevée de vingt-deux pieds au-dessus du lieu
où elle a son égout; ôc y peut porter par un évier à fleur de
rez-de-chaussée les eaux pluviales ôc particulières de fa maison.
XVI. :
On peut aussi ouvrir des vues fur une rue ôc sentier public,
encore qu'il n'y ait fix pieds de distance entre les maisons étant
des deux côtés de la rue ôc sentier. *
XVII;
La convention faite entre les propriétaires des maisons étant
des deux côtés d'une rue ou sentier, par laquelle ils s'obligent
respectivement, ou l'un d'eux, de n avancer leur bâtiment
lí2 RECUEIL DES ARRÊTÉS
qu'à certaine distance de la rue ôu sentier, est valable.
XVIII.
On peut aussi acquérir des servitudes pour des bâtiments
qui ne font point encore faits, ou les décharger de servitudes.
XIX.
Le propriétaire d'un héritage fur lequel le voisin a droit de
vue, peut élever fur son fonds des bâtiments, ôc planter des ar-
bres, pourvu qu'il y ait six pieds de distance entre le mur fai-
sant séparation des héritages des parties ôc le bâtiment élevé de
nouveau, ôc douze pieds de distance entre le mur ÔC le pied des
arbres.
XX.
Et si dansle titre de la servitude il a été convenu que Fort
ne pourra obscurcir ou donner empêchement au mur du voisin,
le propriétaire de l'héritage laissera les lieux en Fétat qu'ils étoient
lors de Fimposition, fans y faire aucun plan d'arbres ni bâtiment
nouveau, ôc fans pouvoir aussi élever les anciens bâtiments.
XXI.
Le propriétaire d'un héritage qui ne joint à un chemin pu-1»
blic, peut contraindre l'un des voisins à lui donner une issue
pour enlever les fruits de son héritage àl'endroit le moins dom-
mageable, encore qu'il puisse les enlever par eau, en indemnisant
néanmoins le voisin du dommage qu'il pourra souffrir à cause du
passage pris fur son héritage.
XXII.
En mur mitoyen, l'un des voisins ne peut, fans l'accord ÔC
consentement de l'autre, faire fenêtres ôc autres ouvertures pour
vues, même à verre dormant ou.autrement, en quelque sorte ôc
manière que ce soit.
XXIII.
Mais si aucun a un mur appartenant à lui seul, joignant fans
moyen
:. DE L-:M. DE - tMM^TGMOm i-thf
dëá-'lenëttfts M v^ies
moyen à l'héritage d'autfui',-il pe'tít 'ouvris
à neuf pieds de haut, au-dessus dû rez-de-chaussée pourrléif>îe-<
mier étage, & de sept pieds de haut pour les autres;étágè&'raij-
dessus; le tout à fer maillé & verre dormant.
.XXIV. : ::":;'.') ' -"-^
. .
Fer maillé est un treillis dont-les ouvertures ne peuvent'être
que de quatre pouces en tout sens; & verre dormant est un verre
attaché & scellé qu'on ne peut ouvrir.
:-:; •-:• '
.
XXV. : - -:v
Et néanmoins si le mur mitoyen ou particulier, .joint à un 'ci-
metière, le voisin .pourra y faire des vues de telle hauteur &
largeur que bon lui semblera, avec le fer maillé & verre dor-
mant, sauf à les boucher au cas que ceux qui auront acquis la
direction du cimetière y fassent élever un bâtiment à Uendroit
des vues.

XXVI. :'-
Chacun peut, dans un mur à lui appartenant, avoir des vues
au-dessus de la couverture de la maison voisine, de telle hau-r
teur que bon lui semble, sans fer maillé ni verre dormant. -
XXVII.
II peut ouvrir des fenêtres & vues ayant
aussi dans son mur
leur aspect sur l'héritage du voisin, pourvu qu'il y ait six pieds
de distance entre le mur où les vues & fenêtres ont été faites,' &
l'héritage du voisin. ,.' , • :;.•
XXVIII.
II peut aussi avoir des vues & fenêtres ayant leur aspect de
côté sur l'héritage voisin, pourvu qu'il y ait deux pieds de distan-
ce entre l'ouverture de la fenêtre étant du côté du voisin, & l'hé-
ritage appartenant au voisin.. ' •

XXIX. .
: V,:l
Mais il est loisible au voisin d'élever à ses dépens le mur mi-
le;?^ I. P ;
.
>?¥4 RRfí t£ÊIL !Ì> ES A R RÊ TÉS
-«toyest, :Qu le "mûri particulier, à lui .appartenant, de telle h'aú-
teur que boíilui semble, ou de planter des arbres fur son fonds,
pourvu que les; branches n'avancent point fur le mur mitoyen,'

Tous murs séparant les maisons, cours, jardins, & autres


héritages appartenants à différents propriétaires, font réputés
mitoyens;, s'il n'y a titre ou marque au contraire.
XXXI.
Les filets, plaintes, corbeaux):. atteintes & autres marques^
laissés dans, un mur faisant séparation des maisons de deux voi-
sins, ne font suffisants pour attribuer à l'un d'eux la propriété
de;la totalité ou d'une portion du mur, fi les filets, plaintes &
autres marques ne font accompagnés de pierres sortant du corps
du;:mur. h._ -j •;,;•-
..
XXXII.
Entre les propriétaires d une même maison, qui ont leurs por*
jtions distinguées par étages, chacun entretiendra l'aire & les
planchers au-dessus avec les murs à proportion de la hauteur de
son étage,..& celui qui aura le grenier entretiendral'aire, les murs
des environs avec la couverture, & tous ensemble contribueront
aux réparations & entretenements des fondations.
XXXIII.
Qui fait étable, ou écurie contre un mur mitoyen, doit faire
un contre - mur de huit pouces d'épaisseur & de hauteur, jusqu'au
iez de la mangeoire.
XXXIV.
Les contre^ murs seront faits à chaux & à fable.
XXXV.
Aucun ne peut enfoncer cheminées ni âtres dans le corps du
mur mitoyen; & pour les appliquer contre le mur, ií doit être
fait un autre mur de tuileaux ou autre chose suffisante, de deux
pieds d'épaisseur.
DE Mt DE LA M ÔI G'K'OW Vi$
XXXVI.
On ne peut faire appliquer de nouveau une cheminée contre le
mur mitoyen à l'endroit où les poutres de la'maison voisine së
trouvent posées d'anciehnetéi : ?. -..-.o ;-; ...-;.;.. ,..:;
•' XXXVII. '
;
" -d-
Si les propriétaires de deux* maisons voisines posent leurs
poutres au même endroit, chacune poutre ne pourra excéder lá
moitié de l'épaisseur du mur mitoyen; mais si les poutres font
posées en différents endroits, elles'pourront comprendre l'épais-
seur entière du mun • - ;-
XXXVIII.
Aucun ne peut faire four, forge ôc fourneau du côté du mur
mitoyen, s'il ne laisse un demi-pied de vuide ôc intervalle ênttè
le mur mitoyen Ôc le dehors du mur du four, forge ôc fourneau j
& doit avoir ledit mur un pied d'épaisseur.
XXXIX.
Qui veut faire aisances & puits contre un mur mitoyen, doíc
faire un contre-mur d'un pied d'épaisseur, même lorsqu'il y a des
conduits de terre cuite & autre matière> ôc où le voisin auroie
dJancienneté de son côté un puits ou aisances proche, ôc dâhs la
distance de deux pieds du mur mitoyen; celui qui fait de nouveau
un puits ou aisances, doit faire un mur de maçonnerie de qua-
tre pieds d'épaisseur, fans y eompïendre_tes épaisseurs des atí-
tres murs. - •
-:;-; ;> '' - .~:
On ne peut mettre "fut son héritage 'deshaies-vives ou sè-
ches, qu'à la distance d'un pied ôc demi de l'héritage voisin. "
-. X£I - :
;...::íh".-;..
Aucun ne peut planter des arbres fur son hérkagêí'éftì'il-îty aie
quatre toises de distance entre ' le pied de l'arbre ôc l'héritage
SPoifiri.'"""'
-
:..;;.;;: ^/asi::> <:, J^ ..:'.„:i;p'J

P ij
,^ KE/GXJ:EIL: DES
XLTI.
ARRÊTÉS
On ne peut faire.sur son héritage un puits, citernes, aisances
.
ni cloqques^ qu'il n'y ait ;,çqntre-mur d'un pied du côté,du voi-
sin; ôc s'il yadéja du côté du voisin aucun des ouvrages de la
même qualité, on n'en pourra faire un nouveau qu'à dix pieds
de distance, ou bien on fera faire un contre-mur de trois pieds
d'épaisseur.,
•H^r^;;'- i..'^ ."..n;
XLUX \
,~
JLa servitude dûe àriinemaispn, ou-autre héritage appartenant
par indivis à divers particuliers, ne peut être ; éteinte par pre-
scription ni par convention póúr; àuçuíï des propriétaires ; mais
le:îdroir subsistant pour un seul, il demeure conservé pour tous
les^a^tres.-;;>n; -) ' ; r; ".- r. ; ,,, .• . ,. ,
_ v

T.-X.vT,'a E XXrl.;.-
:

Des sciions Personnelles SC d'Hypothèque*


'"- Z 'i J; l'/- % K 'TVC~L: È:: ;P R E M I E R.; '
''" ;ijL

pardevaíis
JL^.-B^; obligations;,r;eontrat&3;. t-ôç;autres,actes passés,
Notaires ;óu -TabelHóníS^même ceux desr Seigneurs, emportent
hypothèque dans toutje l'étendue de notre royaume ôc terres-,
denojre LofeélffanGe^ énçdre qu'elle ne soit stipulée, pourvu qu'ils
soient passés dans le détroit des Notaires ou Tabellions qui les
auront reçus, nonobstant que,.les contractants n'y soient demeu-
rants, ôc que fiés ; héritages,; dont il Vagit soient situés ailleurss
ôc fans qu'il soit besoin d'aucun nantissement, mise de faitj
saisine, réalisation, contrôlei, ,0c outres formalités requises par
aucu'neái'eQutumes^r; ';\ __' -.A:;-: :'..
'"- ",A. TT
. •
-;,:=, "^ -' ,
' > :.. • • -
Cédule privée emporte hypothèque du jour de la reconnoijÇ-
DE M. DE LAMOIGNON.: 117
sance faite en jugement, ou pardevant Notaires, tant pour le
principal que pour les intérêts, même pour ceux dont la de-*
mande aura été faite depuis la reconnoissance.
III. .

Actes passés ou reconnoissances faites pardevant les Notaires


ôc Secrétaires dé' nos Chancelleries ou de nos Parlements, n'em-
portent hypothèque.
IV.
II est requis pour hypothèque, que les actes ôc reconnoissan-
ces soient reçus de deux Notaires, dans les villes où il y a
Parlement, ou Évêché ou Présidial, ôc il suffit ailleurs d'un
Notaire ôc de deux témoins domiciliés ôc sachant signer.
V.
Les Notaires ôc Tabellions d'un Bailliage, Duché, ou autre
Seigneurie, peuvent instrumenter valablement à l'effet de Thy-
potheque dans l'étendue dudit Bailliage, Duché, ou Seigneurie,
encore que leur résidence soit fixée en aucun lieu de ladite
Seigneurie.
VL
Les obligations ôc reconnoissances de promesses pardevant No-
taires n'emportent hypothèque, si elles ne font signées tant du
créancier que du débiteur; ôc en cas qu'ils ne puissent signer,
mention en sera faite en la manière accoutumée.
VII.
Tous actes au-deíîus de cinq cents livres, dont il ne fera demeu-
ré minute chez les Notaires, n'emportent hypothèque; ôc nous
défendons aux Notaires de se désaisir des minutes à peine d'in-
,
terdiction.
VIII.
Testaments, même ceux qui ont été reçus par des Notaires,
,
n'emportent hypothèque pour les dispositions ou reconnoissances
y contenues.
ll8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
IX.
Hypothèque générale ou indéfinie comprend tous les biens*
-
immeubles présents ôc à venir.
X.
La spéciale hypothèque ne déroge point à la générale, ni la ge%
nérale à la spéciale, sans autre convention.
XI.
Les hypothèques des actes faits avant midi, font préférées a
celles des actes faits après midi, mais tous les actes faits avant
midi viennent par concurrence d'hypothèque, encore que les
heures soient différentes ; ôc les contrats dans lesquels il n'est
point dit, s'ils ont été faits avant ou après midi, font réputés
faits après midi.
XII.
L'hypotheque des dettes contractées par un mineur, ratifiées
par lui en majorité, ou confirmées par sentence ou arrêt, ou pat
le laps de dix ans de la majorité, a lieu du jour du contrats
ôc non du jour de la ratification ou confirmation.
XIII.
Les contrats faits en vertu de procuration générale, ou par
quelque personne se faisant fort de la partie absente, ôc depuis
ratifiés par un acte authentique, n'emportent hypothèque que
du jour de la ratification; mais ceux qui font faits en vertu de
procuration spéciale passée pardevant Notaires, emportent hypo-
thèque du joiir qu'ils font passés ôc non du jour de la procuration.
XIV.
Dans les partages faits en justice ou pardevant Notaires, les
lots font hypothéqués les uns aux autres indéfiniment ; ôc si les
partages font fous seing privé, l'hypotheque a lieu entre les
cohéritiers seulement, ôc non à l'égard des tierces personnes.
DE M. DE LAMOIGNON, n$
XV.
Contre-lettres, quoique faites ou reconnues pardevant Notaires,
ou en jugement, n'emportent hypothèque, sinon entre les per-
sonnes qui y ont signé ôc leurs héritiers, ôc non contre des
tierces personnes qui auront contracté avant ou depuis.
XVI.
Le Notaire ou Tabellion qui a reçu un contrat, fans déclarer
l'hypotheque qu'il avoit en son nom sur les biens du débiteur, en
demeurera déchu à l'égard des créanciers postérieurs dont il a
reçu les contrats.
XVII.
Quand il y a prorogation tacite ou expresse d'un bail, com-
mission ou autres actes semblables, l'hypotheque a lieu seulement
du jour de la prorogation.
XVIII.
Sentences diífinitives fur provision emportent hypothèque, soit
qu'elles aient été données par nos Juges ou les Juges des Sei-
gneurs, du jour de la prononciation; toutefois dans les sentences
par défaut, l'hypotheque n'a lieu que du jour de la signification.
xix:.
La sentence par laquelle la cédule est tenue pour reconnue,
emporte hypothèque du jour de la signification.
XX. -
Si le débiteur assigné en reconnoissance de cédule com-
,
pare ôc la dénie, ôc qu'ensuite elle soit vérifiée par le créan-
cier, l'hypotheque aura lieu du jour de la dénégation.
XXI.
La reconnoissance ou la dénégation doit être faite en juge-
ment ou au greffe, par le débiteur en personne ou par procu-
reur fondé de procuration spéciale, laquelle procuration demeu-
rera au greffe avec l'acte de reconnoissance ou dénégation, sinon
n'auront aucun effet.
Iáo RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXII.
Tout juge séculier en la jurisdiction duquel le débiteur est
trouvé, est compétent pour la reconnoissance d'une cédule ou
vérification d'icelle en cas de dénégation, même à l'égard des
personnes ecclésiastiques.
XXIII.
Les sentences données par les Officiers des eaux ôc forêts,
Élus, Grenetiers, ôc autre Juges extraordinaires, en des matiè-
res qui ne font de leur compétence, n'emportent hypothèque.
XXIV.
Hypothèque pour sommes principales, ôc intérêts, dépens,
dommages ôc intérêts adjugés par sentence, tant en matière civi-
le que criminelle, aura lieu du jour de la sentence jusqu'à la
concurrence des sommes adjugées par l'arrêt, soit que la sen-<
tence ait été confirmée ou infirmée.
XXV.
Actes ôc contrats reçus par Notaires apostoliques, jugements
rendus par Juges d'églises, actes, contrats, ôc jugements passés ÔC
rendus hors le pays de notre obéissance, font écritures pures
privées, quant aux biens situés dans notre royaume, ôc n'empor-
tent hypothèque, encore que ce fussent contrats de mariage ÔC
actes de tutelle; mais alors l'hypotheque aura lieu seulement du
jour de la célébration, du mariage ôc de la gestion du tuteur.
XXVI.
Sentences arbitrales n'emportent hypothèque, encore qu'elles
soient rendues par des personnes étant en charge, ôc qu'il y ait
clause dans le compromis pour leur donner l'hypotheque; mais
celles auxquelles les parties ont acquiescé par acte passé parde-
vant Notaires, qu'ils ont signé en personne ou par procureur
fondé de procuration spéciale, ou celles qui font homologuées
en justice, auront hypothèque du jour du jugement d'homolo-
gation ou acte d'acquiescement. XXVII,
DE M. DE LA MOIGNON; *iaiS
•xxyii.
Senteace contradictoire ou par défaut, obtenue depuis le dé-
cès de l'obligé, contre le curateur à la succession vacante, em-
porte hypothèque; mais les jugements consentis par le même
curateur, ôc les reconnoissancespar eux faites pardevant Notaires
n'emportent hypothèque.
XXVIII.
L'hypotheque pour supplément de prix ordonné par jugement;
a lieu seulement du jour qu'il a été ordonné, le privilège néan-
moins pour le supplément demeurant sur la chose.
XXIX.
Pour la restitution des choses volées, ruinées, brûlées ou en-
dommagées, réparations civiles, amendes, aumônes, dommages
ôc intérêts ôc dépens; ôc pour les sommes adjugées au deman-
deur en faux par la condamnation du faussaire, l'hypotheque est
acquise seulement du jour de la condamnation.
• XXX.
Quant aux-dépens de la contumace, l'hypotheque a lieu du
jour du jugement de contumace, encore que depuis la repré-
sentation du condamné., la contumace ait été mise au néant.
XXXI.
Toutes obligations, hypothèques, aliénations , donations ÔC

dispositions faites ôc contractées par l'accusé depuis le crime com-


mis, font nulles si "la condamnation s'en eífc ensuivie; ce qui au-
ra lieu même à l'égard des actes faits avant le crime, quand ils
ont été faits dans la vue ôc pensée du crime.
XXXII.
Lorsqu'il y a un contrat ou autre acte authentique, l'hypo-
theque pour les intérêts ôc dépens portés par des jugements posté-
rieurs, aura lieu du jour du contrat ôc acte, encore que la clause,
à peine' de tous dépens, dommages ôc intérêts, n'y soit insérée.
Tome I. Q
122 RECUEIL. DES ARRÊTÉS
xx^nr.
Les intérêts des dépens ne peuvent éjftre prétendus "sinon dm
jour du commandement qui fera fait, en vertu du jugement
portant condamnation des mêmes intérêts»
XXXIV.
Les héritiers purs ôc simples, qui n'ont trouvé aucun meu-
ble en la succession, ne sont tenus envers les créanciers que pour
leur part ôc portion des dettes du défunt; mais fi dans la suc-
cession il y a aucun immeuble, le cohéritier ne sera reçu à dé-
laisser par hypothèque sa portion dans le même immeuble pour
se décharger de l'action solidaire du créancier hypothécaire. •
'.'. xxxv..
Ce que dessus aura lieu, encore que par le partage il n'air
eu dans son lot aucun immeuble, óu qu il ait depuis disposé de
ceux qui lui étoient échus.
XXXVL
Les créanciers chirographaires d'un défunt, même ceux qui
rí'ont qu'une simple action, ôc les légataires, ont hypothèque
fur les immeubles particuliers det l'héritier pur ôc simple, du
jour qu'il a fait acte d'héritier, en quelque manière que ce soit,'
même hors jugement ôc fans le ministère d'un Notaire ou au-
tre personne publique, ôc peuvent se pourvoir sur les droits ôc
effets mobiliers de l'héritier : le tout tant à l'égard des immeubles
que des meubles, jusqS'à la concurrence de sa portion héréditaire;
XXXVII.
Et du jour que l'héritier pur ôc simple aura passé titre nouvel,
ou souffert un jugement de condamnation, le créancier aura hy-
pothèque sur le surplus des immeubles de l'héritier, ôc pourra,
se pourvoir sur les droits ôc" effets mobiliers.
XXXVIII.
Seront lès créanciers du défunt, hypothécaires, chirogra^-
DE M. DE LAMOIGNON. r2j
phaires, ôc par simple action, préférés fur tous les biens meu-
bles ôc immeubles du défunt, aux créanciers particuliers de l'héri-
tier, même après cinq ans, fans qu'il soit nécessaire de faire une
demande*précise pour la séparation*des biens ; ôc entre les créan-
ciers ôc les légataires, les créanciers seront préférés aux légataires.
XXXIX.
Les héritiers par bénéfice d'inventaire, détenteurs des im-
meubles du défunt, font tenus hypothécairement pour le tout,
jusqu'à la concurrence des biens tant meubles qu'immeubles con«
tenus dans l'inventaire. •

X L.
Cédule reconnue après la mort de l'obligé, n'emporte hypo-
thèque contre ses héritiers que pour la part ôc portion dont cha-
cun est tenu comme héritier.
jfc J\. J_i. 1. *
L'un des cohéritiers ou coobligés qui a payé toute la dette,'
a un recours solidaire contre chacun des cohéritiers coobli-
ôc
gés fa part confuse en cas de cession ou subrogation des droits
,
ou hypothèques, ôc non autrement ; mais ils font tous obligés
de diviser entre eux la part des insolvables.
X.LIL
Le cohéritier, qui g. payé fa part, ne peut obliger-le créan-
cier, qui le poursuit hypothécairement pour le surplus^ €e dis-
cuter les autres cohéritiers»
XLIII.
L'hypotheque du créancier fur la portion indivise de son dé-
biteur, dans une succession commune, cesse à l'égard de ce qui
échet par partage au cohéritier du débiteur, ôc est «transférée
fur ce qui advient au lot de son débiteur, pourvu que le parta-
ge-soit fait sans fraude; ôc pour empêcher la fraude peut le
,
créancier demander d'assister au partage : ce qui aura lieu pareil-
lement entre associés* Q ij
r24 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XLIV.
Pour la "dette particulière d'un cohéritier , on peut avant
partage décréter sa portion indivise^ sans qu'on soit obligé d'at-
tendre l'événement de partage. *
XLV.
L'hypotheque créée par le mari durant la communauté, de-
meure sur les conquêts immeubles échus à la femme.
X L V I.
L'héritier qui renonce aux droits successifs à lui échus, moyen-
nant une somme qui lui a été promise par ses cohéritiers, a
une hypothèque privilégiée pour la même somme sur les biens
de la succession, même sans stipulation ni réserve, jusqu'à con-
currence de la valeur de sa part héréditaire, ôc est préférable
aux créanciers particuliers des autres héritiers,
XLVII. # succession
Celui qui renonce par contrat de mariage à une
à échoir moyennant une somme, a hypothèque sur les biens de
la succession, du jour du contrat de mariage.
XLVIII.
La veuve qui détient les biens de la communauté ne peut
être poursuivie hypothécairement pour les dettes de la com-
munauté, finon jusqu'à concurrence de qe qu'elle en a profité.
• XL IX.
Pour succéder à l'hypotheque d'un créancier, il est besoin d'a-
voir cession de ses droits, ou que les deniers soient fournis
aux débiteurs, avec stipulation expresse de l'emploi d'iceux au
paiement de la dette, ôc que dans le corps de la quittance y
ou par un acte séparé étant au pied de la quittance ôc fait à
l'instant pardevant les mêmes Notaires, fans lequel la quittance
ne puisse être délivrée, il soit fait mention expresse que la somme
a été fournie par le créancier à l'effet de ladite subrogation ;
DE -M. DE LAMOIGNON. 12;
CG qui a lieu même à l'égard des hypothèques privilégiées.
L.
- Défendons aux
Notaires de délivrer les quittances fans les
actes faits à l'instant, ni les actes faits à l'instant fans les quit-
tances, à peine de faux.
LI.
Mais si la dette est acquittée des deniers du fidéjusseur par
ses mains ou par celles du débiteur, le fidéjusseur conserve
son hypothèque du jour de l'indemnité, sans autre cession ni
subrogation.
• . »
.
L 11.
L'acquéreur d'un héritage hypothéqué à divers créanciers, ac
la charge de leur payer le prix, demeure.de plein droit subro-
gé à l'hypotheque ou privilège des créanciers par lui payés,
nonobstant qu'il n'y ait cession, déclaration ôc subrogation.
LUI.
Les sommes adjugées dans les ordres ou dans les fous-ordres
à un créancier opposant, seront distribuées en fous-ordre entre
les créanciers de l'opposant par ordre d'hypothèque, pourvu
que les créanciers se soient opposés au Greffe avant le scel du
décret, avec mention expresse dans l'acte d'opposition qu'elle est
faite pour être distribuée fur les collocations du créancier op-
posant.
LIV.
Si au lieu d'une opposition au Greffe, aucuns créanciers se
sont contentés d'une simple saisie ôc arrêt entre les mains du Re-
.
ceveur des consignations, oulì 1'opposition est postérieure au
sceau du décret, ôc si l'opposition est faite simplement sur le
íaisi, sans exprimer qu'elle soit aussi formée fur les droits du
créancier opposant, alors les deniers du créancier originaire
se distribueront entre ses créanciers particuliers par Tordre dessai-
r12«? RECUEIL D-ES ARRÊ-TÉS
fies ôc oppo/itions, ôc en *cas d^ déconfiture par contributions
LV.
Ce que dessus aura lieu entre les créanciers de la femme qui
est opposante au décret des héritages de son mari, encore que
le décret ait été poursuivi sur le mari ôc la femme conjointe-,
ment.
...


LVI.
Le vendeur a privilège sur Timmeuble qu'il a vendu à lui
appartenant, encore qu'il ne Tait point expressément réservé ou
stipulé par le contrat; ôc s'il a reçu partie du prix, il ne laisse
pour le restant d'être préféré fur tout le prix de la chose ven-
due : mais celui qui a prêté ses deniers pour racheter un immeu-
ble, n'a aucun privilège fur Timmeuble, s'il n'y a stipulation ÔC
déclaration d'emploi, encore que ce fussent deniers pupilairés.
L V 11.
Le vendeur ôc les créanciers, qui ont baillé Targent pour
payer le prix, viendront par concurrence, pourvu qu'il y ait
subrogation expresse de la part du vendeur.
LVIII.
Mais si les créanciers n'ont qu'une simple subrogation de droit
le vendeur sera préféré, encore que dans les quittances des paie-
ments à lui faits des deniers des créanciers, il n'ait point réser-
vé la préférence de son hypothèque.
LiX.
La même préférence fera donné à celui qui aura pris la cession
des droits du vendeur contre les créanciers qui n'auront qu'une
simple subrogation de droits. *

LX.
Les créanciers qui ont baillé leur argent pour payer le pri»x
d'un héritage ou rente, seront payés concurremment entr'eux
fans considérer la priorité ou postériorité de leurs hypothèques.
DE. Mv DE LAMOIGNO.N. Í27
LXI.
Entre les créanciers privilégiés du fonds, font ceux qui Tont
vendu ou baillé à rente, & les créanciers privilégiés qui ont
construit ou réparé les bâtiments, ou fourni Targent pour faire
les bâtiments ôc réparations ; seront le fonds de la maison ôc les
bâtiments ôc réparations séparetnent estimés, ôc le prix de Te-
stimation du fonds baillé par préférence aux créanciers du fonds ,
ôc le prix des bâtiments ôc réparations délivré concurremment ôc
par contribution à ceux qui ont fait les ouvrages ôc baillé leurs
deniers pour les faire.
* L X 11.
Si dans Testimation du fonds ' le créancier du fonds ne trów-
ve de quoi se payer, il viendra sur les bâtiments du jour de
son contrat, après que les créanciers privilégiés des bâtiments
auront été préalablement payés.
LXIII.
L'hypotheque est acquise à la femme sur les biens du mari dûs
jour du contrat de mariage, ou de la reconnoissance des arti-
cles faits pardevant Notaires, tant pour la restitution des deniers
dotaux, douaire ôc préciput, que pour le remploi des propres
aliénés, ôc Tindemnité des dettes" auxquelles elle s'est obligées"
supposé même qu'il n'y ait aucune convention pour ce regard^
dans le contrat ou articles de mariage.»
LXIV,
La femme n'a aucun privilège fur les biens meubles ou im-
meubles de son mari pour la restitution de sa dot, ôc autres con-
ventions matrimoniales ; mais le prix des immeubles doit être
distribué selon Tordre des hypothèques, ôc le pfix des meu-
bles par Tordre des saisies ôc des hypothèques Ou par contri-
bution, selon l'usage de chacune province.
4ag
RECUEIL DES ARRÊTÉS
LXV.
S'il n'y a point de contrat *de mariage, l'hypotheque pour
les conventions matrimoniales, même pour le remploi des pro-
pres ôc Tindemnité des dettes, a lieu du jour de la bénédiction
nuptiale faite publiquement, avec les solemnités requises.
L X«V I.
Dans Tordre des hypothèques de la femme, la restitution des
deniers dotaux est colloquée ôc payée avant les autres con-
ventions; le douaire préfixe vient au second ordre; le remploi
des propres aliénés au troisième; le préciput fuit le remploi des
propres, après le préciput les donations ôc avantages faits par
les conjoints Tun à l'autre: ôc la derniere collocation est pour
Tindemnité des dettes, fans que Tordre de Técriture dans unmê-*
me contrat donne aucune priorité pour l'hypotheque.
LXVII.
Les créanciers pour les arrérages du douaire viennent par
contribution avec les créanciers pour le fonds du même douaire,
LXVII I.
La préférence de la dot ou douaire ôc aux autres conven-
tions, a lieu non seulement en la personne de la femme, mais
aussi de ceux qui ont cession de. ses droits,, créanciers, cautions,
héritiers institués ou légataires, encore que ce soit autres que
les enfants. *
LXIX.
Ceux qui ont baillé la dos, auront, en cas de retour, la mêi
,
me préférence que la femme. '
LXX.
Pour ce qui échet ou est donné à la femme durant le ma-
riage, elle prend son hypothèque du jour du contrat "de ma-
riage, ou de la bénédiction nuptiale en défaut de contrat, Ô£
yient concurremment avec le remploi des propres,
' LXXI
DE M. DE LAMOIGNON. i2<>
L X X I..
Femme séparée de biens a hypothèque'pour fa provision ali-
mentaire, en attendant Touverture du douaire du même jour
ôc au même rang que pour son douaire.
LXXII.
Le créancier du mari ôc de la femme obligés conjointement,
fera mis en ordre du jour du contrat de mariage; ôc en défaut
d'icelui, du jour de la bénédiction nuptiale; ôc néanmoins si
l'obligation est depuis la faillite du mari, ou. peu de jours avant
son traité fait avec les créanciers, ou depuis la sentence de
séparation de biens, ou depuis la saisie générale des immeubles
de son mari, la femme ôc les créanciers de la femme n'auront
hypothèque pour leur indemnité que du jour ôc date des obli-
gations auxquelles, ils seront entrés.
LXXIII.
Hypothèque fur les biens des Ecclésiastiques pourvus des bé-
néfices, pour les réparations des bâtiments ôc autres actions qui
peuvent être exercées contre eux à cause des bénéfices, est ac-
quise du jour de leur prise de possession.
LXXIV.
Mineurs ont hypothèque fur les biens de leurs tuteurs ôc cu-
rateurs pour les comptes qu'ils doivent rendre du jour de Tacte
de tutelle ôc curatelle.
LXXV.
Si le père ou la mère ont joui des biens ôc droits de leurs
enfants étant en minorité avant Tacte de tutelle ôc de curatelle,
l'hypotheque des enfants fur les biens du survivant aura lieu
du jour que la succession du premier décédé aura été ouverte.
.-... LXXVI.
Les biens du parent ou étranger qui s'est ingéré fans acte
de tutelle ou de curatelle, ou auparavant dans Tadministration
Tome I. R
i3o RECUEIL DES ARRÊTÉS
des biens du mineur, lui font hypothéqués du jour qu'il a conv
mencé de faire la fonction de protuteur, encore qu'il n'ait point;
pris aucune qualité.
LXXVII.
En cas d'insolvabilité des tuteurs, curateurs, ou protuteurs $
.les mineurs ont contre ceux auxquels ils ont baillé commission
ou procuration pour gérer les biens des mineurs, pareille ac-
tion personnelle ou hypothécaire que lesdits tuteurs, curateurs
ôc protuteurs pouvaient exercer contr'eux, fans que lesdits.com-
missionnaires ou: Procureurs puissent passer pour protuteurs, ÔC
n y" aura fur leurs biens aucune hypothèque tacite.
LXXVIII.
L'hypotheque acquise aux mineurs sur les biens de leurs rup-
teurs, curateurs ôc protuteurs, continue même pour ce quia"
été géré après lamajoritéôt la fin de la tutelle, jusqu'à la clô-r
ture ôc appurement du compte.
LXXIX.
.L'hypotheque contraire des tuteurs, curateurs ôc protuteursy
.
fur les biens des mineurs, n'a lieu que du jour du jugement
de condamnation donné à leur profit, après la clôture ôc appu-
rement du compte.
.
LXXX.
Si les gardiens nobles ou bourgeois ont mal administré les
biens de ceux qui étoient en leur garde, les mineurs ont hypo-i
theque fur leurs biens comme fur ceux des tuteurs.
LXXXI.
Les furieux, insensés, prodigues, interdits ôc autres personnes
qui font fous la curatelle d'autrui, ont hypothèque fur les biens
de leurs curateurs du jour de Tacte de leur curatelle feulements
ôc non du jour de la gestion.
DE M. DE LAM OIGNON. á3x,
L X X X11.
Les immeubles de celui qui a administré' les biens du posthu-
me, avant ôc depuis fa naissance, font hypothéqués du jour de
son administration ; ôc néanmoins si le posthume venoit au mon-
de mort ou avant le terme viable, il n'y aura pas d'hypothèque
tacite fur ses biens, ôc pourra seulement être poursuivi person-
nellement à rendre compte de ce qu'il aura reçu.
LXXXIII.
Si les tuteurs honoraires se sont immiscés dans la gestion des
biens des mineurs, ils seront sujets aux mêmes actions ôc hy-
pothèques que les mineurs peuvent avoir contre leurs tuteurs
pnéraires.
LXXXIV.
Les Villes ôc les Communautés ont une hypothèque tacite fur
ïes biens de leurs Receveurs, du jour qu'ils ont prêté serment»
LXXXV.
Les biens des Officiers de judicature ou de finance, pour ce
qui dépend du fait de leurs charges, font hypothéqués du jour de
leur réception, ôc leurs offices y font affectés par privilège.
LXXXVI.
Le prix des offices de judicature, de finance, domaniaux
& de police, fera distribué, comméle prix des autres immeu-
bles, par ordre d'hypothèque, fans préjudice des privilèges ac-
quis à aucuns créanciers! fur les mêmes offices. :
LXXXIII. :
.
L

Les créanciers opposants au sceau seront préférés aux autres.


LXXXV III.
Le créancier, qui a fait saisir réellement Toffice, conservera
son privilège ôc hypothèque, sans s'opposer au sceau, pourvu
-que la saisie réelle soit signifiée au garde des rôles.

Rij
:i3> RECUEIL DES ARRÊTÉS
L A A Al J\,
Les oppositions formées à la saisie réelle valent autant que
les oppositions au sceau, pourvu qu'elles soient signifiées aux
gardes des rôles, comme dessus.
XC.
Les oppositions-au sceau, ôc significations qui doivent être
faites aux gardes des rôles, de la saisie réelle, ôc des opposi-
tions formées à la saisie , seront renouvellées tous les ans, à
peine de nullité.
XCI.
Après la saisie réelle ôc les oppositions, le titulaire de Toffì-
ce ne pourra traiter fans le consentement des saisissants ôc op-
posants, ôc la composition faite fans eux est nulle, encore que
les oppositions n'euííent été faites que pour hypothèque ôc non
au titré.
XCII.
L'hypotheque passe avec les immeubles en quelques mains
qu'ils soient transportés ; mais les meubles cessent d'être le gage
du créancier au moment qu'ils font hors de la possession du dé-,
biteur, ou de son héritier, ôc sans fraude.
XCIII.
Ce que dessus a lieu même à Tégard des meubles qui ont
été spécialement obligés, nonobstant qu'il y eût clause expresse
qu'ils ne pourroient être mis hors la possession du débiteur.
XCIV.
Celui.qui a prêté à aucun un meuble en espèce, ou qui le
baille en dépôt, en demeure toujours propriétaire ôc en retient
la possession civile, de forte que fi le dépositaire, ou celui au-
quel le meuble a été prêté en dispose, le propriétaire le pourra
vendiquer.en quelques' mains qu'il se trouve, nonobstant la
bonne foi ôc le changement des possesseurs, pourvu qu'il vien-
ne dans les trois ans.
DE M. DE LAMOIGNON. 13s
XCV.
Qui vend par écrit ou autrement une chose mobiliaire sans
jour ôc fans terme ôc fans prendre caution, espérant être payé
promptement, a droit de la poursuivre dans un an en quelque
lieu qu'elle soit transportée, ôc entre les mains de tous les ac-
quéreurs, pour faire vendre ôc être payé par privilège du prix,'
intérêts, frais ôc loyaux coûts.
XCVI.
Toutefois-quand la chose mobiliaire ainsi vendue, prêtée ou
baillée en dépôt, a été depuis vendue par autorité de justice,
ou dans une foire, en plein marché, ou par T entremise d'un
courtier, ou autre personne publique, elle ne peut plus être
poursuivie ni vendiquée par Tancien propriétaire, sinon en ren-
dant à Tacquéreur le prix de ladite vente publique, avec ses
frais ôc loyaux coûts.
XCVII.
La chose peut être ainsi vendiquée quând elle est exstante
en nature; mais si elle est consommée, convertie ôc employée
en une autre espèce, il n'y a plus de vendication, ôc le pro-
priétaire n'a qu'une simple action fans privilège contre celui
avec lequel il a traité.
XCVIII.
Si le vendeur a donné terme ou pris caution, il ne peut sui-
vre la chose quand elle se trouve entre les mains d'un tiers ac-
quéreur de bonne foi ; mais si elle est saisie sur le premier ache-
teur, le vendeur sera préféré pour le prix de la vente, inté-
rêts, frais ôc loyaux coûts.
XCIX.
Et n'est tenu en ce cas le vendeur d'entrer en Taccord, com-
position ôc remise faite entre Tacheteur ôc ses autres créan-
,
ciers.
l3é RECUEIL DES ARRÊTÉS
C.
La préférence sur la chose mobiliaire ainsi saisie sur le pre-
mier acheteur n'a lieu qu'au profit du vendeur ôc de ses hé-
ritiers, ôc non à Tégard de la caution, quand même elle au-
roit payé ôc se seroit fait subroger aux droits ôc privilèges da
yendeur.
CI.
Soit que le vendeur ait donné un terme ou non, il fera préféré
au propriétaire qui a saisi pour les loyers ôc maisons du lieu
où la chose vendue a été trouvée. '
CIL
Le propriétaire est préféré sur les deniers provenants des
fruits saisis, tant pour Tannée courante que pour les loyers ÔC
moisons des années précédentes, encore que le locataire ou
le fermier en eût fait fa promesse ou passé obligation, pourvus
quelle soit causée pour lesdits loyers ôc moisons,
CIII.
Le bateau sert de gage ôc est garant par privilège des mari
chandises qui y font voiturées, au préjudice du propriétaire du
bateau ôc de ceux qui Tont fabriqué ou vendu, lequel gage ÔC
privilège cessera du moment que les marchandises auront été
déchargées au lieu où elles auront été destinées, Ôc que le b a-?
teau sortira du port pour s'en retourner.
CIV.
Les frais de voiture doivent être pris fur la marchandise
.
qui est leur gage, même au préjudice du vendeur ou proprié-!
taire, ôc peut être la marchandise saisie ailleurs que fur le port
pour les frais de voiture
CV.
Celui qui est propriétaire d'une maison, ou qui en jouit par usu>
fruit, usage ou autrement, peut faire saisir par un Sergenta
DE M. DE LAMOÍGNON. i^
sans permission du Juge, ôc fans enlèvement ôc transport, les
meubles qui y font trouvés servants à la garnir, ôc à Tusage du
locataire, même ceux qui ont été prêtés ou baillés en dépôt au
locataire, encore qu'il n'y ait aucun bail par écrit, non pas même
fous seing privé.
C VI.
Lorsque le bail est passé pardevant Notaires, ou qu'il y a
sentence de condamnation, Texécution peut être entière ôc con-
sommée par le transport Ôc la vente des meubles. -
C V11.
Les meubles d'un tiers auquel le principal locataire a loué
tine portion de fa maison, ne peuvent être saisis que pour les
loyers de son logement.
CVIII.
Le bailleur peut suivre les meubles qui étoient en lâ mai-
son, encore qu'ils soient transportés en une autre maison, ôc
les saisir ôc arrêter jusqu'à la vente, pour être payé sur le prix
d'une année de loyer ôc des charges du bail, pourvu ôc nob
autrement que le bailleur vienne dans les trois mois, à com-
pter du jour que le locataire fera sorti de sa maison.
CIX.
Les meubles du fermier étant dans une maison des champs
comprise dans le bail, peuvent être pareillement suivis ôc sai-
sis pour la derniere année du fermage ôc moison ôc ce qui
,
fera dû pour les années précédentes fera payé fur les meubles
du locataire ou fermier, fans privilège.
C X.
Le privilège de saisie ôc le droit de suite aura lieu sur les
fruits procédants des terres affermées, tant pour la derniere
année que pour les fermages ôc charges des années précéden-
tes, encore que le fermier en ait fait fa promesse ou passé oblí-
i3(t RECUEIL DES ARRÊTÉS
gation, pourvu qu'il soit fait mention que la somme y conte-
nue procède des charges ôc fermages.
CXI.
Le bailleur pour jouir de son privilège, tant sur les meu-
bles que fur les fruits, il suffit ôc est requis qu'il s'oppose avant
la délivrance des meubles ôc .des fruits, soit que la vente soit
forcée, par autorité.de justice, ou volontaire & sans fraude;
mais fi la vente ôc délivrance a été faite fans opposition de fa
part, il demeurera déchu de son .privilège" ôc de tous ses au-
tres droits fur les meubles.
CXII.
Quand les meubles ont été saisis à la" requête d'un autre
créancier avant le bail ôc occupation de la maison, le bailleur
n'a aucun privilège fur iceux pour ses loyers, fermages ôc moi-
sons.
CXI II.
Celui qui a livré' au fermier des grains pour semer est préfé-
rable au propriétaire sur les fruits: qui en sont provenus.
CXIV.
Le bailleur n'a aucun privilège pour ses loyers, fermages ôc
moisons fur les meubles qui ont été saisis à la requête d'un
,
autre créancier avant, le bail ôc occupation de la maison.
CXV.
Après le bail fini, quand le bailleur souffre que le preneur
continue son exploitation, il y a réconduction tacite pour un
an à Tégard des villes, ôc pour trois ans pour les maisons ÔC
héritages de la campagne, avec droit de privilège furies meu-
bles ôt fruits, comme dessus; mais fi le bail avoit été passé par-
devant Notaires l'hypotheque fur les immeubles du preneur
,
n'aura lieu pour le temps de la réconduction que du jour qu'elle
a commencé.
CXVIL
DE M. DE LAMOIGNON. 137
CXVI.
La réconduction tacite a lieu au bail iudiciaire.
C X V 11.
Quand le bailleur souffre que le locataire, après le bail fini,
Ciporte ses meubles, ôc se contente de tirer de lui
une pro-
e ou obligation pour les loyers, il perd son privilège ÔC
le droit de fuite, nonobstant toutes conventions.
CXVIII.
Le locataire, qui aura reloué la totalité ou portion -de la
maison à un autre, peut, dans le temps de son bail, user de pa-
reille voie de saisie ôc exécution, ôc aura la même préférence
sur les meubles étant "dans la maison, ou dans les portions oc-
cupées par les sous-locataires.
CXIX.
Le premier saisissant est préféré sur les meubles aux autres
créanciers, quoique plus anciens en ordre d'hypothèque.
cxx.
Le créancier qui fait réellement déplacer ôc transporter les
meubles, bien qu'il soit le dernier en exécution, est réputé le
premier saisissant, ôc est préféré au plus ancien saisissant qui s'est
contenté d'une simple saisie sans transport, encore que lors de
la première saisie le débiteur, ou un tiers, eût été institué gar-
dien, ôc par Texploit eût tenu les meubles pour déplacés ôc
transportés.
CXXI.
Saisie mobiliaire faite avant midi est préférée à celle d'après
midi; mais toutes les saisies faites avant midi sont sujettes à
contribution, encore que les heures soient différentes.
C X X11.
En cas de déconfiture, quand les biens du débiteur meubles
& immeubles ne suffisent pas pour payer les créanciers appa-
Tome 1. S
-
I38 RECUEIL DES ARRÊTÉS
rents, il n'y a point de préférence, encore que la femme fût
première saisissante, même pour ses deniers dotaux ôc augment
de dot.
CXXIII.
Le dépôt trouvé en nature, les meubles baillés en gag^Bfe
créancier dont il se trouve saisi, ne viennent en contribufiPÇ
pourvu ôc non autrement qu'il apparoisse par écrit du gage ou
du dépôt, s'il est volontaire ; la preuve par témoins demeurant,
à Tégard du dépôt, nécessaire seulement.
CXXIV.
Quand le detteur n'a pas de biens suffisants pour satisfaire
tous ses créanciers, les deniers procédants de la vente des meu-
bles ôc des effets mobiliers de facile discussion seront distribués
les premiers, ensuite le prix des offices, ôc en dernier lieu le
prix du fonds des rentes ôc héritages.

TITRE XXII.
Des Transports.
ARTICLE PREMIER,
JL E simple Transport d'une dette mobiliaire, ou d'une rente
constituée, ne saisit ôc n'a effet à Tégard du débiteur, ôc des
autres tierces personnes, que du jour qu'il a été bien ôc due-
ment signifié, Ôc copie baillée au débiteur.,
IL
Le Transport, pour être valable, doit être aussi passé ou
reconnu pardevant Notaires ou en justice.
DE M. DE KAMOIG.NON. t3p
III.
Le paiement fait au cédant, avant la signification du Trans-
port, est valable, ôc le débiteur quitte ôc déchargé,
IV.
En concurrence de deux cessionnaires d'une même rente, si
le second a le premier fait signifier son Transport, le premier
n'aura point d'hypothèque pour la garantie de son Transport
sur la rente cédée, sauf à lui à se pourvoir personnellement
contre son cédant, ôc hypothécairement sur les autres im-
meubles.
V.
Le créancier du cédant, même celui qui a une hypothèque
postérieure au Transport, peut, avant la signification du Trans-
port , faire, saisir ôc arrêter la somme cédée ôc les arrérages de
la rente échus avant la signification, ôc fera préféré au cession-
naire fur ce qui restoit à payer par le débiteur lors de la sai-
sie ôc arrêt, ôc peut aussi se pourvoir pour le paiement de son
dû sur le principal de la rente, si elle étoit en nature au jour
de la saisie.
VI.
La prescription "de dix«ns entre présents, ôc vingt ans entre
absents, ne commence son cours en faveur du cessionnaire que
du jour de la signification du Transport.
VII.
Si le cessionnaire d'une rente, sur particuliers ou fur les mai-
sons communes des Villes, ou assignée fur un héritage, a été
payé des arrérages, ou jouit de Tassignat plus d'une année, fa
jouissance, pourvu qu'elle soit justifiée par un acte public ÔC
authfntique, équipole à la signification du Transport.
^VIII.
Celui qui a cédé une dette active mobiliaire, ou une rente
Sij
i4o RECUEIL DES ARRÊTÉS
constituée à prix d'argent, sans parler de la garantie, est néan-
moins garant que la chose cédée est véritablement ôc légitime-
ment dûe,
IX.
Si le Transport est sait avec la clause sans garantie, ou avec
la simple garantie des faits ôc promesses du cédant, il fera aussi
garant de Texistence ôc validité de la dette; néanmoins si lors
du Transport il étoit en bonne foi ôc avoit sujet de croire que
la dette est véritable ôc légitime, il demeurera déchargé de la
garantie des faits ôc promesses., pourvu que le vice ne procède
de son fait ou de ceux dont il est héritier, donataire ou léga-
taire universel..
X.
Quand le transport est fait avec la simple clause c|e garantie,
le cédant est garant de la solvabilité du débiteur, au temps du
Transport, ôc n'est garant de Tinsolvabilité depuis survenue.
XI
-
Si outre la clause de garantie, le cédant s'est obligé de four-
nir ôc faire valoir la dette active mobiliaire ou la rente par lui
cédée, il demeure garant de Tinsolvabilité du débiteur, suppo-
sé même qu'elle soit survenue depuis, le Transport.
XIL
Et néanmoins îe
cessionnaire ne peut contraindre le cédant
au paiement de la dette ou rente par lui cédée, sinon discus-
sion préalablement faite des biens du débiteur.
XI IL
La discussion est pareillement nécessaire lorsque le cédant
s'est obligé au paiement de la rente en son nom, tant en prin-
cipal qu'arrérages; si ce n'est qu'il ait promis payer ap*ès un
simple commandement, auquel cas, la discussion n'est point né-
cessaire,.
DE M. DE LAMOIGNON. 141
XIV.
Si avant le Transport fait avec la clause de fournir ôc faire
valoir, ou de payer en son nom, les immeubles du débiteur
avoient été aliénés ou saisis réellement, le cessionnaire aura,
en cas d'insolvabilité, son recours contre le cédant, nonobstant
que la prescription du tiers acquéreur ait été accomplie, ou
le décret interposé depuis le transport.
XV.
Mais si TaliénatioH ou la saisie réelle ont été faites depuis
le Transport, il n'y aura aucun recours de garantie, en faisant
voir que le cessionnaire pouvoit être payé par une opposition
formée au décret, ou par une interruption de la possession du
tiers acquéreur, si ce n'est que le cédant se fût chargé expres-
sément de faire les oppositions ôc interruptions nécessaires.
XVI.
La promesse de garantir les retranchements qui pourront
être faits fur les rentes dûes par les corps ôc communautés des
villes, ôc autres semblables, est valable ôc oblige le cédant de
payer en son nom ce qui fera retranché.
X VII.
Si l'un de plusieurs héritiers prend cession d'une tierce per-
sonne de quelque droit ou action sur la succession commune,
îl peut être contraint d'en faire part à ses cohéritiers, en rem-
boursant les sommes qui auroient été par lui payées véritable-
ment ôc fans fraude, avec les frais ôc loyaux coûts.
XVIII.
L'offre de remboursement en ce cas doit être dans les six
mois, du jour que le Transport aura été bien ôc. dûement si-
gnifié à chacun des héritiers, sinon ils en demeureront déchus
de plein droit fans qu'il soit besoin d'aucun jugement, ni sonv
.mation.
i4* RECUEIL DES ARRÊTÉS
XIX.
Entre plusieurs cohéritiers, si aucuns ne veulent participer
au Transport, il sera à la faculté du cessionnaire d'admettre les
autres pour partager également entr'eux ôc lui les droits à- lui
cédés, ou de leur donner seulement leurs portions contingen-
tes , en remboursant à proportion le prix ôc les frais du Trans-
port.
XX.
L'héritier des propres, qui a acquis de son cohéritier, n'est
tenu d'en faire part aux héritiers de la même ligne ; ôc le sem-
blable sera observé entre les héritiers des meubles ôc acquêts,"
ôc entre ceux qui sont appelles à la succession universelle de
tous les biens du défunt.
XXI.
L'héritier des propres fera tenu de faire part à ses cohéritiers
des droits par lui acquis des héritiers des meubles ôc acquêts, ôc
des héritiers des propres d'une autre ligne; ôc l'héritier des
meubles ôc acquêts tenu de faire part à ses cohéritiers des droits
par lui acquis des héritiers des propres, le tout dans le temps
Ôc en la manière ci-dessus ordonnée.
XXII.
Le Transport de la succession d'un homme vivant, même de
ce qu'on peut prétendre en vertu d'une institution contractuelle,
est nul, ôc supposé même qu'il y ait donné son consentement
ôc persévéré jusqu'à sa mort.
XXIII.
Et le semblable sera observé pour tous les autres droits non
encore acquis, ôc qui dépendent 4'un événement incertain.
XXIV.
Le cessionnairedes héritages ôc autres droits immobiliers ôc mo-
biliers, de quelque qualité qu'ils soient, étant en litige peut être
,
DE M. DE LAMOIGNON. ' Ï45
contraint par celui sur lequel le Transport a été pris, de le sub-
roger en ses droits ; en remboursant au cessionnaire ce qu'il a
effectivement payé pour le prix du Transport, avec les loyaux
coûts ôc les frais ôc dépens faits depuis la signification du
Transport.
XXV.
Le remboursement doit être offert dans six mois après la
signification du Transport, faite à personne ou domicile, en
la forme ci-dessus; ôc le temps passé, les droits cédés demeu*
reront assurés au cessionnaire fans jugement ni sommation.
XXVI.
Si dans le délai de six'mois le procès est jugé, Toffre du
remboursementpourra être fait dans le reste du temps du délai.
XXVII.
Déclarons nuls ôc vicieux les Transports d'héritages ôc de
tous autres droits immobiliers étant en litige, faits à des Ju-
ges, Avocats, Procureurs, Greffiers, Huissiers, à leurs Clercs,
aux Sergents, Solliciteurs ôc autres personnes employées au mi-
nistère de la justice, en leur nom ôc sous le nom de personnes
interposées, supposé même que les procès soient poursuivis ail-
leurs qu'ès Sièges où les cessionnaires font Texercice de leurs
charges ôc emplois. Voulons que les cessionnaires demeurent
déchus des droits par eux acquis fans répétition des sommes payées,
ôc que les fins ôc conclusions de ceux contre lesquels les Transports
ont été pris, leur soient adjugées avec dépens, dommages ôc inté-
rêts contre le cédant ôc le cessionnaire solidairement, à la charge
du recours du cédant contre le cessionnaire, ôc sauf aux Juges à
condamner le cessionnaire en une amende arbitrale envers nous
& la partie, eu égard à la. qualité de Taffaire.
i44 RECUEIL DES ARRÊTÉS

TITRE XXIII.
Des Cautionnements.
ARTICLE PREMIER,
JLJ E S mineurs de vingt-cinq ans, ôc ceux qui ont été en
cu-
ratelle par autorité de justice, pour prodigalité ou autres cau-
ses, ne peuvent s'obliger pour autrui.
II.
Les cautionnements faits par les femmes mariées, veuves ôc
filles, sont nuls ès lieux où les femmes ne peuvent hypothé^
quer ou aliéner leur dot, ni s'y obliger.
III.
La femme ôc le fils peuvent s'obliger valablement en minorité,
pour retirer de prison son mari, ses père ôc mère, ou l'un d'eux.
IV.
Ceux qui sont sourds ôc muets ensemble, Ôc les aveugles^
ne peuvent se rendre cautions ôc certificateurs, ni pareillement
les sourds ni les muets s'ils ne savent lire ôc signer.
V.
Le créancier ne peut' être contraint de recevoir une caution
ôc un certificateur, s'ils n'ont des immeubles suffisants pour ré-
pondre de la cause pour laquelle ils ont été ordonnés,
VI.
L'obligation du fidéjufïèur doit être par écrit, ôc ne peut être
vérifiée par témoins, même au-dessous de la somme de cent livres.
VII.
Le cautionnement ôc la certification faits en jugement à
TAudience,
DE M. DE LAMOIGNON. i4?
TAudience, sont valables ôc obligatoires, encore qu'ils ne soient
signés de la caution ôc certificateur ; mais si la soumission est
faite au Greffe, ou en la présence du Juge hors de TAudience,
leur signature est'nécessaire, à peine de nullité.
* VIII.
L'obligation de la caution, faite au profit du créancier en
Tabsence ôc à Tinsçudu débiteur, est valable.
IX.
L'obligation du fidéjusseur est nulle si la dette principale est
prescrite, ou bien faite sans cause, ou pour une cause pour la-
quelle faction n'est recevable en justice, ôc peut la caution se
servir, sans le consentement, >ôc même la volonté du débiteur^
de toutes les exceptions ôç les défenses qui pourroient être par
lui proposées.
X.
Le cautionnement fait par un furieux ôc insensé, ou par ce-
lui qui a été mis en curatelle" pour cause de prodigalité, ou
autre, est nul; mais la fidéjussion faite par un mineur de vingt-
cinq ans est valable. *
XI.
Les conventions faites fur le sujet d'un crime, entre ceux
qui en sont coupables, sont nulles; mais la fidéjussion faite pour
le paiement des amendes, réparations civiles ôc dépens, est va-
lable. *
XIL
L'obligation de la caution peut être moindre par la conven-
tion, ou par Tordonnance du Juge, que celle du débiteur; mais
elle ne peut s'étendre plus avant que la dette principale, soit
pour la quantité ou qualité de la somme ôc chose promise, ou
pour le temps, les íieux, charges ôc conditions du paie-
ment; ôc fi le débiteur a obtenu de ses créanciers, ou en ju-
Tome I, T
i4<5 RECUEIL DES ARRÊTÉS
stice, des termes pour le paiement, ses cautions jouiront des
mêmes termes.
XIII.
Mais la remise accordée parles créanciers, ou ordonnée en
justice, n'empêche point de se pourvoir contre la caution pour
la dette entière.
XIV.
Entre plusieurs fidéjusseurs l'obligation se divise par por-
tions égales, *supposé même que l'un d'eux soit restitué pour
minorité ou autre cause, ou qu'il demeure insolvable en quel-
que temps que ce soit, si ce n'est qu'ils soient obligés solidai-
rement, auquel cas chacune caution peut être poursuivie pour
la totalité de la dette, encore qu'il.n'y ait point de renoncia-
tion aux bénéfices, de division ôc de discussion.
XV.
Le -fidéjusseur ne peut être poursuivi ôc recherché pour le
stellionat commis par le débiteur principal.
XVI.
L'obligation de la caution, pour les sommes qui seront four-
nies à Tavenir au débiteur principal, est valable.
XVII.
La caution conventionnelle ne peut être poursuivie qu après
la discussion des immeubles du débiteur principal, fi elle n'est
obligée solidairement à la dette ; mais la caution judiciaire ne
peut user du bénéfice de discussion.
XVIII.
Le certificateur d'une caution baillée en justice, ou par un
traité particulier, ne peut être contraint ôc poursuivi, sinon
discussion préalablement faite des immeubles du débiteur ôc de
la caution s'il n'y a obligation ou soumission contraire.
DE M. DE LAMOIGNON. 147
XIX.
Le fidéjusseur^ qui a racheté une rente constituée à prix d'ar-
gent, peut contraindre le débiteur principal au remboursement
de tout ce qu'il a payé, mais il ne peut demander aux autres
cautions, qui étoient avec lui, que la continuation de la rente
pour leurs portions personnelles ôc les arrérages de cinq années,
si ce n'est que la prescription ait été interrompue.
XX.
La caution obligée solidairement, en payant la dette, est sub-
rogée de plein droit aux hypothèques ÔC privilèges du créan-
cier, pour les exercer contre le débiteur, contre les autres cau-
tions ôc les certificateurs, fans'autre cession ni subrogation.
XXI.
De tout ce qui a été oayé par la caution ôcle certificateur,
tant en principal, qu'intérêts ôc dépens, elle en doit être rem-
boursée avec Tintérêt, selon nos ordonnances, du jour du pai#-
ment, fans qu'elle soit obligée d'en faire demande en justice,
ni que Ton puisse lui' opposer la prescription de cinq années
de rente.
XXII.
Le débiteur ne peut faire cession à Tégard de la caution ôc
du certificateur conventionnels ôc judiciaires qui se font obli-
gés pour lui.
XXIII.
Le certificateur qui a payé, peut répéter de la caution qui
a été par lui certifiée solvable, les sommes par lui payées, avec
les intérêts du jour du paiement.
XXIV.
La caution demeure ééchargée de plein droit du moment
que, la dette est demeurée éteinte parla novation de la dette,
encore qu'elle soit faite en Tabscnce ôc à Tinsu de la caution,
Tij"
i48 RECUEIL DES ARRÊTÉS
pour la confusion, décharge ôc libération, en quelque
ôc aussi
manière ôc pour quelque cause qu'elle soit faite.

XXV.
La décharge, accordée par le créancier à Tune des cau-
tions obligées solidairement, profite aux autres.
XXVI.
Après la soumission faite par la caution, même judiciaire,
elle peut être révoquée avant qii'elle ait été notifiée au créancier.
XXVII.
Le fidéjusseur ne peut contraindre le créancier de poursui-
vre le paiement de son dû contre la personne ni sur les biens
du débiteur.
XXVIII.
La caution & le certificateur conventionnels peuvent se dé-
charger en faisant cession ôc abandonnement de leurs biens ; mais
à*Tégard des cautions ôc certificateurs judiciaires, la cession
des biens n'est recevable.
XXIX.
Ceux qui ont promis de représenter une personne dans un
certain temps, demeureront déchargés de plein droit si la per-
sonne est décédée avant le ternie ; mais> si le décès est arrivé
après le temps la caution ôc le certificateur sont tenus des'
,
dommages ôc intérêts.
XXX.
Caution qui a promis de représenter trois personnes sous une
certaine peine, après la représentation de deux personnes, doit
la peine entière à faute de représenter la troisième.
XXXI.
L'obligation de représenter un prift»nnier est éteinte du jour
de la première comparution par lui faite en justice, pourvu
qu'elle ait été notifiée à celui qui Ta fait arrêter; Ôc s'il est
DÉ M. DE LAMOIGNON. x4p
derechef élargi aux cautions par lui baillées, les premières cau-
tions ne font point obligées fans nouvelle soumission.

TITRE XXIV.
D e la D iscujjîon.
ARTICLE PREMIER,*
J_J Etiers détenteur d'un immeuble étant poursuivi én décla-
ration d'hypothèque pour une somme ou rente constituée par son
auteur, est tenu de passer condamnation, mais il ne peut être con-
traint au paiement, sinon discussion préalablement faite des hé-
ritages ôc rentes foncières étant en"*la possession du débiteur ori-
ginaire ôc de ses cautions, ou de leurs héritiers, de quelque
qualité ôc condition qu'ils soient.
II.
L'hypotheque spéciale n'empêche la discussion, encore que
dans le contrat il y ait prohibition expresse d'aliéner l'hypo-
theque spéciale.
III.
Les rentes constituées à prix d'argent, même celles dûes par
assignat, ne sont sujettes à discussion.
IV.
Le créancier ne peut saisir directement sur íe tiers déten-
teur les immeubles qui lui sont hypothéqués, mais il doit se
pourvoir par action.
V.
Le bénéfice de discussion doit être demandé avant la con-
damnation définitive, ôc ne peut être suppléé d'office par le Juge.
iSò RECUEIL DES ARRÊTÉS
VI.
Les héritages ôc rentes foncières du débiteur ôc de*ses héri-
tiers doivent être discutés par le créancier avant que. de s'a-
dresser au fidéjusseur; ôc ceux du fidéjusseur ôc de ses héritiers,
avant que de venir au tiers détenteur, ôc ceux du tiers déten-
teur des héritages du débiteur ôc de ses héritiers, avant que
de venir au tiers détenteur des héritages du fidéjusseur ôc de
ses héritiers, le tout, pourvu qu'il n'y ait point d'obligation
solidaire,
VII.
La discussion n'a lieu contre le créancier d'une rente fon-
cière ôc de bail d'héritage, pour les arrérages échus depiys ou
avant Tacquifition, ni pareillement pour les rentes de don ôc
legs, ôc pour celles constituées à prix d'argent, lorsque par le
titre le paiement des arréragés est assigné fur le revenu des hé-
ritages possédés par un tiers détenteur.
VIII.
Le Seigneur de fief peut aussi se pourvoir directement ôc fans
discussion préalable sur les héritages tenus de lui en fief ou en
censive, pour le paiement de ses droits ôc pour les arrérages des
censives ôc autres à lui dûes, encore qu'ils ne soient échus du
temps du tiers détenteur.
IX.
Le créancier n'est tenu de discuter les derniers acquéreurs
avant que de s'adresser aux plus anciens, sauf à celui qui est
appelle en déclaration d'hypothèque à se pourvoir contre les
autres acquéreurs.
X.
L'héritier poursuivi personnellement pour sa part, ôc hypo-
thécairement pour le tout, ne peut se servir du bénéfice de
discussion pour ce qui excède fa portion personnelle, même après
avoir payé fa portion.
DE M. DE LAM OIGNON. rji
XI.
Le tiers détenteur doit comprendre dans un même acte tous
les biens du débiteur, des cautions ou de leurs héritiers, qu'il
entend être discutés, après la discussion desquels il ne sera re-
cevable à faire une seconde indication.
XII.
Le tiers détenteur fera tenu d'avancer au créancier une som-
me convenable ôc suffisante pour faire les frais de la discussion.
XIII.
Si après la discussion parachevée, il ne se trouve un fonds suf-
fisant pour payer le créancier, le tiers détenteur, en déguer-
pissant l'héritage, rapportera les fruits échus depuis la deman-
de en déclaration d'hypothèque.
XIV.
Si plusieurs créanciers ont poursuivi le tiers détenteur, les
fruits seront rapportés aujpofit particulier du premier de-
mandeur, du jour de son exploit jusqu'au jour de la seconde
demande; ôc ceux échus depuis, jusqu'au troisième exploit, se-
*
ront partagés par contribution au sol la livre entre le premier
ôc le deuxième demandeur, ôc ainsi des autres fruits à propor-
tion du temps de chacun exploit, jusqu'au jour de la saisie
réelle ; ôc du jour de la saisie réelle, les fruits seront distribués
par ordre d'hypothèque.
XV.
La déclaration faite par le contrat d'acquisition que l'héri-
tage est hypothéqué à quelques dettes, n'est suffisante pour ex-»
clure la discussion ; mais si Tacquifition est faite à la charge de
payer certaines dettes, la discussion n'aura lieu à Tégard des det-
tes exprimées au contrat.
XVI.
En Taction hypothécaire, les meubles, droits ôc effet mo-
biliers, ne sont sujets à discussion.
Ii;2 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XVII.
La discussion n'a lieu lorsque les obligés sont notoirement
insolvables, ôc Tinsolvabilité justifiée par procès-verbal de per-
quisition de leurs biens.
XVIII.
Les immeubles d'un débiteur qui a fait cession de biens, ne lais-
sent d'être sujets à discussion s'ils n'ont point été décrétés.
XIX.
Les héritages d'un débiteur absent sont sujets à discussion.
XX.
Et ne sont sujets à discussion les immeubles situés hors le
royaume, ôc même ceux qui sont hors le ressort du Parlement
où le créancier a son domicile.
XXI.
La renonciation au bénéfice de discussion est valable entre
les coobligés ôc leurs cautions, §L non à Tégard du tiers dé-
tenteur.
XXII.
Le tiers détenteur ne peut se servir du bénéfice de discussion,' "ft
si avant Tacquifition l'héritage avoit été saisi réellement sur le
débiteur, ou délaissé par forme d'engagement au créancier, ni
aussi quand le créancier a une hypothèque privilégiée sur Thé-»
ritage.
XXIII.
La discussion n'est point nécessaire quand le créancier agit
par une simple interruption ou action en déclaration d'hyp'o-'
theque, pour empêcher le cours de la prescription.
XXIV.
On peut aussi sans discussion préalable s'opposer pour la con-
servation de son dû, au décret de l'héritage qui a été saisi réel-
lement sur le tiers détenteur.
XXV,
DE M. DE LAMOIGNON. ií3;
XXV.
Quand les biens du débiteur sont tombés entre les mains du
Seigneur par confiscation ou déshérence., le créancier est obli-
gé de les discuter avant que de s'adresser aux cautions ou au
tiers détenteur.
XXVI.
Le créancier ne peut faire vendre Toffice de son débiteur,
<m'il n'ait discuté auparavant les immeubles de Tofficier qui se
trouvent en fa possession, ÔC ensuite ceux qui ont été aliénés
depuis l'hypotheque du créancier.

TITRE XXV.
Déguerpi/sèment 3C Délaissement
par hypothèque.
ARTICLE PREMIER.-
V^ E L u i qui a pris un héritage à rente foncière ; est obligé
personnellement de payer tous les arrérages échus durant le
temps de fa détention, encore que la rente excède la valeur
des fruits par lui perçus.
II.
Le créancier de la rente ne peut agir contre le fermier, si-
non par saisie ôc arrêt entre ses mains, de ce qu'il peut devoir
de fa ferme, ni contre le curateur aux biens vacants, commis-
saire établi à l'héritage saisi, ôc autres de pareille qualité, sinon
jusqu'à concurrencé de ce qu'ils ont entre leurs mains.
III.
Tous les héritiers du preneur font tenus personnellement des
Tome J, V
'
iy4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
arrérages qui ont couru du temps du défunt; mais les arréra-
ges échus depuis le décès ne peuvent être demandés qu'à ceux
qui ont joui de la tonalité ou d'une portion de l'héritage; ôc
.ceux qui n'ont joui que d'une simple portion ne laissent pas
d'être tenus pour le tout,
IV.
Ceux qui ont acquis du preneur ou tiers détenteur, la to-
talité ou partie de l'héritage, à la charge de la rente, ou qui
en avoient d'ailleurs connoissance, sont tenus personnellement
ôc solidairement payer tous les arrérages dûs par leurs auteurs,
ôc en continuer le paiement à Tavenir, pendant le temps de
leur détention, sauf leur-recours contre leurs auteurs, ôc des uns
envers les autres. m
V..
L'acquéreur n'est censé avoir eu connoissance de la rente, íî
cela ne paroît par un acte signé de lui.
VI.
Mais si l'héritage a été acquis de bonne foi, fans avoir con-
noissance de la rente, le créancier n'a qu'une action hypothé-
caire contre les acquéreurs, tanè pour les arrérages du passé,
que pour ceux échus de leur temps.
VIL
Le preneur de l'héritage demeure déchargé de la rente, du
moment qu'il a cessé de le posséder par le dépérissement en-
tier, ou par une aliénation volontaire, ou par le déguerpissement»

V 11L
Après la ruine entière de l'héritage, le preneur de l'héritage
demeure déchargé de plein droit de la redevance pour Tavenir,
fans qu'il soit besoin de déguerpissement; mais si le dépérisse-
ment n'est arrivé qu'en la superficie, ôc que la place en tout
ou partie soit demeurée en îa possession du détenteur, la char-
DE M. DE LAMOIGNON. iy;
ge de la redevance entière subsiste jusqu'au déguerpissement de
ce qui reste.
IX.
Le preneur, qui a aliéné l'héritage, demeure déchargé de
la rente à Tavenir, pourvu que l'héritage ait été délaissé en
bon Ôc suffisant état à .une personne apparemm'ent solvable ôc
de facile convention* à la charge de la rente, ôc que le pro-
priétaire de la rente en ait été bien ôc dûement averti ôc payé
de tous les arrérages du passé.
X.
Peut aussi le preneur, pour se décharger de la rente, dé-
guerpir l'héritage, encore que par le contrat il ait promis per-
sonnellement de payer la rente tant qu'elle aura cours à per-
pétuité av*ec assignat exprès fur tous ses biens ou partie d'i-
,
ceux; la fournir ôc faire valoir, mettre amendement fur l'hé-
ritage, ôc Tentretenir en bon état, tellement que la rente y
puisse toujours être perçue; ôc s'entendent telles promesses, Ôc
autres de pareille qualité en quelques -termes qu'elles soient
conçues, tant ôc si long-temps qu'il sesa détenteur de l'héritage,
en tout ou partie.
XI.
La clause de renonciation au déguerpissement n'est valable,
ôc en quelques termes ôc manières qu'elle soit conçue, le pre-
neur sera recevable à déguerpir.
XII.
Toutefois s'il y a clause de mettre amendement sur l'héri-
tage, le déguerpissement ne sera reçu que Tamendement n'ait
été mis, ou la valeur en ait été payée.
XIII.
L'héritier du preneur ôc le tiers détenteur, qui a acquis à la
charge de la rente, ou qui en avoit d'ailleurs connoissance,
Vij
i$6 RECUEIL DES ARRÊTÉS
peuvent aussi déguerpir, encore qu'ils aient passé titre nouvel
ou souffert condamnation, ôc que par le titre nouvel, ils aient
renoncé expressément au déguerpissement.
XIV.
Le déguerpissement, pour être valable, doit être fait par le-
détenteur en personne, ou par Procureur de lui fondé de pro-
curation spéciale, en jugement, Taudience tenant, le proprié-
taire de la rente présent ou duement appelle, dont sera baillé
acte, qui sera mis ôc enregistré au Gref, à peine de nullité.
XV.
Celui qui déguerpit, doit, fournir Tacte à ses dépens au pro-
priétaire de la rente.
XVI.
Le déguerpissement n'est valable, sinon en abandonnant la.
totalité des héritages chargés de la rente.
XVII.
Et s'il y
a plusieurs détenteurs, chacun d'iceux pourra se
décharger de sa part de la rente, en abandonnant la portion
qu'il avoit dans l'héritage, laquelle portion accroîtra de plein
droit aux codétenteurs, à la charge de payer la totalité de la
rente, si mieux n'aime le créancier reprendre la part déguerpie
ôc réduire la rente à proportion.
XVIII.
Le tiers détenteur, même celui de bonne foi, qui n'avoit
connoissance de la rente, n'est recevable à déguerpir qu'il ne
rende l'héritage en bon ôc suffisant état, franc ôc quitte des
charges que lui ou ses auteurs y ont imposées,.
XIX.
Le déguerpissement n'est recevable sinon en payant ; ou en.
cas de refus, consignant les arrérages échus avec Tannée cou-
rante.
DE M. DE LAMOIGNON. 157
XX.
Et néanmoins le tiers détenteur, qui n'avoit connoissance de
ía rente, pourra déguerpir avant ôc depuis la condamnation,
en rendant seulement les fruits par lui perçus, ôc qu'il a pu ôc
dû percevoir depuis la demande, si ce n'est qu'il ait passé titre
nouvel; auquel cas il ne sera reçu à déguerpir, sinon en payant
tous les arrérages de la rente, même ceux échus avant la dé-
tention, avec Tannée courante.
XXI.
Le tiers détenteur, qui ne rapporte son contrat, est réputé
de mauvaise foi,, ôc avoir eu connoissance de la rente.
XXII.
Le créancier d'une rente constituée à prix d'argent ou d'une
somme dûe par obligation, ou contrat, ou jugement, peut fui-'
vre le fonds qui lui est hypothéqué, discussion préalablement
faite, si elle est demandée.
XXIII.
Mais le détenteur, supposé même qu'il ait eu connoissance
de l'hypotheque, peut', sans requérir la discussion, délaisser fhé-
ritage en Tétat qu'il étoit au jour de la demande; auquel cas
les fruits .qu'il aura perçus lui demeureront, ôc rie sera tenu
payer aucuns arrérages ou intérêts.
XXIV.
Et sile délaissement de l'héritage est fait après la discussion
proposée, le détenteur rétablira toutes les ruines ôc démolitions
arrivées de son temps, ôc rendra tous les fruits par lui perçus
ôc qu'il aura pû ôc dû percevoir depuis le jour de la demande,
XXV.
Délaissement par hypothèque sera fait judiciairement, ainsi
que le déguerpissement.
i58 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXVI.
Le détenteur poursuivi pour une charge foncière, ou pour
une rente constituée, ou autre somme ayant sommé son garant,
avant le déguerpissement ou délaissement par hypothèque, ob-
tiendra contre lui des dommages ôc intérêts, outre la restitu-
tion du prix; ôc si la sommation est faite depuis le déguer-
pissement, il n'aura que la restitution du prix.
X X VI L
Quand le déguerpissement a été accepté par le propriétaire
de la rente foncière, ou que le fonds délaissé par hypothèque a
été vendu par décret, celui qui a déguerpi ne peut reprendre
la chose abandonnée.
XXVIII.
k Entre plusieurs qui ont diverses rentes foncières fur l'héri-
tage déguerpi, le propriétaire de la plus ancienne peut accep-
ter l'héritage, si mieux n'aime le propriétaire des autres rentes
prendre l'héritage ôc se charger de la continuation de la pre-
mière, ôc du paiement" des arrérages du passé.
XXIX.
Après le déguerpissement ou délaissement, les hypothèques
ôc les servitudes que Tacquéreur avoit fur l'héritage avant son ac-
quisition, ôc qui étoient demeurées confuses pendant la détention,
reprennent leur force ôc demeurent en leur premier état.
XXX.
Ne pourra celui qui déguerpit un héritage chargé de rentes
foncières, emporter, retenir, déduire ôc répéter les amen-
dements méliorations ôc augmentations par lui faites, encore
,
qu'il n'y fût point obligé; mais celui qui délaisse par hypothè-
que, peut s'opposer pour être remboursé par préférence des
amendements, méliorations ôc augmentations.
DE M. DE LAMOIGNON. i?P

TITRE XXVI.
De UExtinction des Hypothèques.
ARTICLE PREMIER.
J_J 'HYPOTHÈQUE demeure éteinte par la résolution du droit
qu'avoit le débiteur sur le fonds hypothéqué-, quand la résolution
procède d'une cause nécessaire ôc antérieure à l'hypotheque.
IL
Si la maison hypothéquée a été démolie ôc depuis rebâtie,
l'hypotheque subsiste tant sur le sol que sur le nouveau bâtiment.
III.
Le créancier retient ôc conserve son hypothèque sur Thé-
xitage aliéné par son débiteur, encore qu'il ait agréé- Taliéna-
tion par quelques actes ôc signé le contrat avec déclaration que
l'héritage étoit franc ôc quitte de toutes hypothèques, si
ce n'est que par une clause expresse ôc spéciale il ait renoncé
à son hypothèque.
IV.
En cas de renonciation expresse, celui au profit duquel elle
est faite, entre dans l'hypotheque de celui qui renonce, ôc celui
qui a fait fa renonciation succède à l'hypotheque de l'autre, le
tout de plein droit, par une subrogation tacite ôc mutuelle,
sans autre stipulation, jusqu'à sommes concurrentes,
V.
Quând les qualités du créancier ôc débiteur se rencontrent
en une même personne, les rentes foncières ôc réelles ôc consti-
tuées à pìrix d'argent, ôcles sommes dûes par obligations, pro*
M<ío RECUEIL DES ARRÊTÉS
messes, jugements ou autrement, soit qu'elles portent hypo-
thèque ou non, ôc généralement tous les droits tant réels ôc
immobiliers que personnels, demeurent éteints de plein droit
par la confusion, même ès personnes des mineurs, le tout jus-
qu'à sommes concurrentes.
VI.
Et néanmoins si la confusion se fait par la réunion de droits
différents, qui peuvent être dans la fuite désunis, séparés ôc
remis en leur premier état, la confusion cesse au moment que
la séparation arrive, pourvu que ladite séparation procède d'une
cause ancienne ôc antérieure à celle qui a donné lieu à la con-
fusion.
VII.
II n y aura dorénavant aucune novation s'il n'y a convention
expresse, cessant laquelle, les premières obligations personnelles
ôc hypothécaires demeurent en leur entier.

TITRE XXVI I,
Du Paiement.
ARTICLE PREMIER,
J_J'OBLIGATION demeure éteinte de plein droit dès l'in-
stant du paiement, bien que le créancier ait encore en fa pos-
session Tinstrument de l'obligation entière ôc non cancellée,
II.
Le créancier ne peut être contraint de recevoir en paiement
autre chose que ce qui lui est dû, ni de prendre des meubles ou
des fonds pour une somme qui doit lui être payée en argent.
III,
DE M. DE LAMOIGNON, itfi
III.
Sî le créancier est évincé du total, ou de partie des fonds
qu'il a pris en paiement, il rentre de plein droit en ses pre-
miers droits ôc hypothèques.
IV.
Le créancier est obligé de recevoir par les mains du Fidé-
jusseur, si mieux il n'aime le décharger du cautionnement.
V.
Les paiements faits ou reçus par l'héritier chargé de fidéí-
commis, avant le temps dé la restitution, sont valables.
VI.
Les cédules ," obligations ôc autres dettes payables à
temps, peuvent être acquittées avant Téchéance du temps ou
terme, s'il n'y a convention expresse ou contraire; Ôc néan-
moins les lettres de change ne peuvent être payées au créan-
cier, contre fa volonté, avant le jour de Téchéance.
VIL
La sentence de condamnation des intérêts ôc Texploit de si-
gnification, ne sont suffisants fi Ton ne rapporte Texploit de
demande des intérêts, encore qu'il soit énoncé dans la sentence.
VIII.
Celui qui doit une rente constituée à prix d'argent, ou une
somme qui de sa nature ôc de plein droit porte intérêt, com-
me les deniers dotaux, soulte de partages, prix des immeubles ven-
dus, reliquat de compte de tutelle dû aux mineurs, ôc autres
de même qualité, ne peut contraindre le créancier de recevoir
son principal avant le paiement des arrérages ôc intérêts.
IX.
Le créancier d'une rente constituée à prix d'argent, ou d'une
rente foncière, rachetable, ne peut être contraint de recevoir
partie de son principal, s'il n'y a convention expresse.
Tomel. X •
,
Ï62 RECUEIL DES ARRÊTÉS
X.
Lè créancier d'une somme qui porte intérêt de sa
nature,
ne peut être, contraint de recevoir partie de sa dette, fi on ne
lui offre au moins la moitié, avec les intérêts de la somme
entière.
XI.
Si.la somme ne porte intérêt que du jour de la demande
judiciaire, le créancier peut être contraint de recevoir le tiers
du principal, avec les intérêts de la somme entière, s'ils ont
été demandés Ôc adjugés en justice j ôc le paiement du reste du
principal ne pourra plus être divisé.
XII.
Les paiements faits absolument, fans imputation au créan-
cier d'une rente, ou d'une somme- portant intérêt de fa natu-
re, doivent être imputés premièrement fur les arrérages, ôc in-
térêts échus lors du paiement, ôc le reste fur le principal.
XIII.
Mais si Tintérêt n'est dû que du jour de la demande judi-
ciaire les paiements faits fans désignation particulière seront im-
,
putés premièrement fur le principal, ôc le reste fur les intérêts.

T I T R E XXVIII.
De la Compensation.
ARTICLE PREMIER.
V_J OMPENSATION a lieu d'une dette claire ôc liquide, à
une autre pareillement claire ôc liquide, ôc non autrement.
DE M. DE LAMOIGNON. X6S
II.
Nos lettres ne font nécessaires pour la compensation; ôc elle
a lieu du jour qu'elle est proposée en justice, ou par un acte
passé pardevant Notaires, bien, ôc dûement signifié.
III.
Si le créancier doit à son débiteur une somme certaine fans
intérêts, la dette-active du créancier,, qui produit intérêt, de-
meure éteinte tant en principal qu'intérêûs; échus, jusqu'à con-
currence de sa dette passive.
IV.
,
La dette sous condition ou à certain jour n'est réputée claire
ôc liquide à Teffet de la compensation avant Téchéance; ôc
néanmoins si lé débiteur, qui a. terme de. payer,, y renonce par
un acte passé pardevant Notaires bien ÔX dûement signifié, J.a
compensation aura lieu du jour de la signification.
V.
Si la dette est pure ôc fimple en son origine,, ôc que le dé-
biteur ait obtenu du créancier, ou en justice, un délai de payer,
le délai ne peut empêcher la compensation.
VI.
La compensation a lieu de deniers dotaux, de conventions
matrimoniales, ôc autres sommes privilégiées, avec, des, sommes
dûes pour causes qui n'ont aucun, privilège.
VIL
Et néanmoins les deniers publics, droits seigneuriaux: ôc féo-
daux, aliments, pensions ôc nourritures, recélés, vols ôc larcins,
prêt en espèce de meubles, dépôt volontaire ou nécessaire, ne
font sujets à compensation.
VIII.
En matière de délit, compensation n'a point de lieu, mais
Tintérêt civil ou autre réparation pécuniaire, adjugée à la partie
civile, est sujette à compensation. X ij
15* RECUEIL DES ARRÊTÉS
IX.
La caution peut demander la compensation de ce qui est du
par le créancier au débiteur principal.
X.
La compensation a lieu pour espèce de pareille nature, mais
elle n'est reçue pour des espèces de différente qualité ni de de-
niers à espèce ; ôc néanmoins le créancier à qui Tespece est dûe
peut en demander la compensation avec la somme par lui
dûe en argent, à la charge de faire faire Tappréciation de Tes-
pece dans trois mois, à comjpter du jour que la compensation
en aura été proposée.
XI.
Ce qui a été adjugé par provision, ne peut être compensé
avec une dette claire ôc liquide.
XII.
Le débiteur ne peut demander compensation de ce que son
créancier doit à un tiers, encore que le créancier y consente.
XIII.
La compensation n'a lieu du principal d'une rente constituée
avec une somme de deniers, si ce n'est qu'elle soit proposée
par le débiteur de la rente; mais les arrérages sont sujets à
compensation,
XIV.
Le legs fait par le débiteur à son créancier, n'est compensé
avec la somme qui étoit dûe par le défunt au légataire, pour
quelque cause ôc à quelque titre que ce soit, si le testateur n'a
expressément ordonné le contraire.
DE M. DE L'A'M OIGNONS iSf

TITRE XXIX.
De la Prescription. .

ARTICLE P R E M I E R,
JLÍ E s successeurs à titre universel ou particulier peuvent con-
tinuer la prescription qui a commencé Ôc couru durant la vie
de celui auquel ils ont succédé; mais les héritiers ôc autres
successeurs à titre universel ne peuvent de leur chef commen-
cer une nouvelle prescription, qui n'a pû être commencée par
leur auteur, '
-
IL
L'usufruitier, fermier, séquestre, possesseur précaire,em-
phitéote, ôc autres de pareille qualité, ne peuvent changer à
leur profit la cause de leur possession, ni prescrire, encore qu'ils
fassent des actes de propriétaires depuis que la cause de leur
possession a été finie, '
III. .

L'acquéreur, qui est en bonne foi au temps de Tacquifition;


peut commencer de son chef la prescription de dix ôc vingt
ans, nonobstant que son auteur fût en mauvaise foi; ôc la mau-
vaise foi survenue depuis le contrat, même avant la prise de
possession, n'empêche ôc n'interrompt le cours de la prescription.
IV.
Le domaine de notre couronne ne peut être prescrit, pour
quelque temps ôc pour quelque cause que ce soit.

La faculté de racheter une" rente constituée, ou une rente


i$6 RECUEIL DES ARRETES
de bail d'héritage stipulée rachetable, ôc la foi ôc hommage,
le gage, le dépôt, la chose furtive, ou prise par violence,
ne sont sujets à aucune prescription.
VI.
Droit de servitude, de,quelque nature qu'elle soit, ne peut
être prétendu sans titre ôc ne s'acquiert par longue jouissance,
même de cent ans; mais la libération est prescriptible, la li-
berté se peut réacquérir contre le titre de servitude par trente
ans entre %4s^ôC; nónj..|rivilégié_s,
.";v.v.: :}i
:. .v.rrv.-i'i VII.
:

•:- Pouí'l^sjfe^itUdes.'quicc^siítêníen quelques droits d'empê-


chement, nonicontinués ÔC qui font de faculté, la prescription
de.trejiteanSj. pour, la libération,, court du jour de la première
contradiction.
VIII.
Les. rentes de bail d'héritages, ôc les dons ôc legs, même
.
pour causes pies, payables en deniers ou espèces fur les mai-
sons des villes où.il y a Parlement, Évêché ou Préfidial, sont
rachetables: au denier trente, encore qu'elles soient les premiè-
res, après le cens ôc stipulées non rachetables, pourvu que le
remploi du fonds de celles de dons ôc legs pour causes pies,
en. soit fait avec notre Procureur^Général ou ses substituts fur
les lieux., ,ôc. Tacte de remploi enregistré au Greffe, finon le
rachat fera nul;«"';.-•
IX.
L'ufure ne-;'peut; être couverte
. .
par aucune prescription de
.
quelque temps que ce soit ôc tandis que la dette subsiste, im-
putatiqn.peut être: faite sur; le. principal des intérêts usuraires
qui ont été payés,, même avant trente ans;; mais si le principal
ôc les arrérages ont été payés, Taction pour la restitution de
ce qui aura été, payé pour les. intérêts usuraires-, doit être in-
DE M. DE LAM OIGNON. i67
tentée dans trente ans, à compter du jour du dernier paie-
ment du principal.
X. :-." '.: ;=;.,:.;;
Le cens payé par dix années consécutives, ou reconnu pair
un acte public ôc authentique, est itóprpscïititibie par le dé-
tenteur contre le Seigneur cenfier, même ès pays Où le franc-
aleu est reçu fans titre.
XI. /
:::;; ,
La quotité du cens est prescriptible par Trente ans j ôcles
arrérages n'en peuvent être demandés que; pour lesi vingt-neuf
années dernieres, s'il n'y a eu poursuites faites ôc continuées,
en justice pour les précédentes.
XII.
Et dans les lieux où il n'y a point de fraríe-alèù fans titre,
en défaut de preuve de la qualité ôc quotité de la censive, elle fera
payée à proportion de celle qui est sevéê annuellement fur les
héritages voisins de pareille nature-, nonobstant la possession de
la franchise ôc liberté duîànt plus de cent années j ôc de téùs
usages contraires. '-•-'
XIÌL
Chose litigieuse vendue, peut-être prescrite par Tacquéreur
qui étoit, lors de son acquisition, en bonne foi ôc ignoròit le
litige.
.
xiv, ".-
Les taverniers n'ont aucune action pour ví'%
ôc cabàretier's
& autres choses par eux vendues ëh détail paï assiette eh ieûrs
maisons, aux habitants des lieux où* ils tiennent leurs cabarets
ôc tavernes.
x:v. •
Lettres de change doivent être protestées dans lés dix jours
de Téchéance, sinon elles demeurent -aux risques périls ôc for-
y
Í68 RECUEIL DES ARRÊTÉS 4
tunes du porteur, saris aucun recours contre celui qui Ta tirée,
XVI.
L'action de nos fermiers autres que ceux de notre domaine
pour ce qui leur reste dû par nos sujets, doit être intentée dans
les six mois du jour que leur ferme est expirée, autrement elle
est prescrite. •
XVII.
Les marchands, gens de métier Ôc autres vendeurs de mar-
chandises ôc denrées en détail, comme Boulangers, Pâtissiers,
Confituriers, Selliers, Boureliers, Passementiers, Maréchaux,'
Rôtisseurs, Cuisiniers ôc autres semblables, ne peuvent faire action
après les six mois passés du jour de la derniere délivrance de
leurs marchandises ôc denrées, s'il n'y a compte arrêté par
écrit, sommation ou demande judiciaire, cédule ou obligation.
XVIII.
Les Drapiers, Merciers, Epiciers, Orfèvres, ôc autres Mar-
chands grossiers, Maçons, Charpentiers, Couvreurs, Barbiers,1
Serviteurs, Laboureurs ôc autres mercenaires, ne peuvent faire
action ni demande de leurs marchandises, salaires ôc services,
après un an passé, à compter du jour de la derniere délivrance
de leurs marchandises ou vacations, s'il n'y a arrêté de compte,
demande judiciaire, obligation ou cédule, comme dessus.
XIX.
Les Médecins, Chirurgiens ôc Apothicaires, doivent inten-
ter leur action dans un an, à compter du jour de la derniere
assistance, ôc après Tannée ne sont recevables s'il n'y a parties
arrêtées, demande judiciaife, cédule ou obligation, comme
dessus,
1 XX. ;

Lés précepteurs, nourrices, serviteurs ôc domestiques ne


p.euvent faire demande de leurs salaires ôc services, áprès un-
an
DE M. DE LAMOIGNON, i<$9
an à compter du jour qu'ils sont sortis de service ; ôc les ser-
viteurs venant dans Tan ne peuvent demander que trois années
de leurs gages.
XXI.
Ceux qui veulent se servir de la prescription contre les mar-
chands en gros ôc en détail, ôc autres dénommés aux précé-
dents articles, seront tenus d'affirmer que ce qui leur est de^-
mandé a été payé, sinon la fin de non-recevoir aura lieu.
XXII.
Possession d'un ân suffit pour la prescription des choses mo-
biliaires.
XXIII.
Les enfants qui renoncent en majorité à la succession échue
de leurs père ôc mère ôc autres ascendants, sont restituables dans
trois ans, à compter du jour de Tacte de renonciation, sup-
posé même qu'il n'y ait eu aucun dol, fraude, surprise, er-
reur ou ignorance ; ôc néanmoins les procédures ôc autres actes
faits de bonne foi pendant les trois ans contre ceux qui étoient
en possession de la succession, demeurent en leur entier.
XXIV.
On ne peut demander que cinq années tant des arrérages que
des rentes constituées à prix d'argent, que des intérêts des som-
mes pour une fois payer, de quelque nature qu'elles soient,
s'il n'y a une demande judiciaire suivie d'un jugement de con-
damnation; ôc ne sera la prescription de cinq années interrom-
pue par un simple exploit de commandement.
XXV.
La demande contre les Avocats ôc lesProcureurs vivants
pour la restitution des productions des instances ôc procès ju-
gés, doit être faite dans les cinq ans, ôc pouf procès ôc les
instances indécises, dans dix ans; ôc si les Avocats ôc Procu-
Tome L Y
Y7o RECUEIL DES ARRÊTÉS
reurs sont décédés, Taction contre leurs veuves ôc héritiers, ôc
autres en leurs droits, tant pour les procès jugés que pour
ceux qui sont indécis, doit être formée dans cinq ans ; le tout
à compter des jours des récépissés : ôc pour les pièces envoyées
aux Procureurs, ils n'en pourront être recherchés après cinq •

ans, à compter aussi du jour des récépissés, missives, ou autres


actes par lesquels ils s'en trouveront chargés.
XXVL
L'action des Procureurs pour leurs salaires, ôc même pour ce
qu'ils ont déboursé pour leurs parties, demeurera prescrite par
trois ans, à compter du jour de la derniere procédure de cha-
cune instance, procès ou cause, encore qu'ils aient occupé pour
les mêmes parties, en d'autres affaires.
XXVII.
- Seront tenus les Procureurs d'avoir un registre commun, con-
tinu ôc en bon ordre, de toutes .les sommes qu'ils recevront
de leurs parties, le représenter ôc le communiquer quand ils en
seront requis, sinon seront déclarés non recevables à deman-
der leurs salaires ôc déboursés, même durant les trois années,
X XV111.
Maçons, Charpentiers ôc autres ouvriers, demeurent garants
du vice qui se rencontre aux simples ouvrages pendant trois
ans, ôc pour les gros ouvrages pendant dix ans.
XXIX.
Deniers dotaux font réputés payés après dix ans, à Tégard
du mari ôc de ses héritiers, pourvu que le mariage ait duré
pendant ledit temps fans séparation, ôc que celui qui a promis
la* dot ait vécu durant les dix années.

XXX.
Quandun tiers acquéreur
(
a possédé ôc joui par lui, ses pré-
décesseurs ©w auteurs, dont il a le droit, de quelqu'imraeuble
DE M. DE LAMOIGNON. 171
à juste titre', soit onéreux ou lucratif ôc de bonne foi, fran-
chement, paisiblement, ôc sans demande judiciaire, par dix ans
entre présents, ôc vingt ans entre absents, majeurs de vingt*
cinq ans ôc non privilégiés, il a acquis prescription contre ceux
qui pourroient prétendre lá propriété ou quelque droit d'hy-
pothèque ou rente sur Timmeuble; ôc en ce cas il n'y aura à.
Tavenir plus grande ni moindre prescription,
XXXI.
La prescription pour les rentes aura cours en faveur tlu tiers
détenteur, encore qu'elles aient été payées au créancier par le
débiteur ou autre, au déçu du tiers détenteur.
X X XIL
Et néanmoins sile créancier de la rente a eu juste cause d'i-
gnorer Taliénation, parce que le débiteur est demeuré en pos-
session de l'héritage par location, rétention d'usufruit, con-
stitution de précaire, ou autre chose semblable, la prescription
n'aura cours durant la jouissance de Tancien propriétaire.
XXXII L .

Les privilégiés sont les églises ôc communautés qui jouissent


des droits des mineurs, les biens ôc droits particuliers des per-
sonnes ecclésiastiques demeurants sujets à la loi commune de la
prescription,
XXXIV.
Sont réputés présents ceux qui ont leur domicile dans un
même Bailliage ou Sénéchaussée principale de chacune province,
ôc les autres font réputés absents.
XXXV.
Si après la prescription commencée, celui qui étioìt présent
transfère son domicile hors le Bailliage ou la Sénéchaussée, le
temps qui manque aux dix années fera doublé pòsi parfaire la
prescription. ..;
Yij
•i7a RECUEIL DES ARRÊTES
XXXVI.
La vente faite par la femme sans autorité de son mari, n'est
point un juste titre pour prescrire. »
XXXVII.
Si aucun a joui d'un héritage ou rente, où autre chose pre-
scriptible par Tespace de trente ans continuellement, tant par
lui que par ses prédécesseurs ôc auteurs, franchement, publi-
quement, fans aucune demande judiciaire, il a acquis prescrip-
tion entre âgés & non privilégiés, encore qu'il ne fasse ap-
paroir de titre, ôc nonobstant que Taction hypothécaire soit
jointe à la personnelle.
XXXVIII.
La-faculté de racheter à toujours un héritage, se «prescrit à
trente ans de plein droit, fans qu'il soit nécessaire d'obtenir
aucun jugement.
XXXIX.
Si la faculté de racheter est limitée au temps moindre de
trente ans, Tacquéreur ne pourra se conserver la propriété de
l'héritage, si après la-grâce expirée il n'obtient un jugement
contre le vendeur ou ses héritiers, portant prorogation de la
grâce qui ne pourra excéder un an; lequel temps ils demeu-
reront déchus de plein droit, fans qu'il soit besoin d'autre ju-
gement; ôc s'il y a appel du jugement, le délai d'un an ne
commencera à courir que du jour de Tarrêt.
;
XL.
.
Le temps de la grâce accordée par un contrat de vente fait
par un majeur, court ôc continue contre ses héritiers nonob?
ftant leur minorité,
XLI,
Si celui qui a acquis un héritage à la charge du réméré, le
revend purement ôc simplement à un tiers qui possède la chose
DE M. DE LÀM OIGNON. I7J
de bonne foi, publiquement ôc paisiblement pendant dix ans
entre présents, ôc vingt ans entre absents, le premier vendeur
demeurera déchu de la faculté de rentrer dans l'héritage, sauf
à se pourvoir pour ses dommages ôc intérêts contre le premier
acquéreur.
XLII.
Biens_ d'église aliénés au profit d'autres personnes que pa-
rents ou alliés du titulaire qui a fait Taliénation, demeurent
prescrits par une possession de quarante ans, quand le titre de
Taliénation ne paroît point; mais si par la représentation du titre,
Taliénation se trouve nulle par le défaut de la clause ou des
formalités, le vice ne se couvre point en la personne de Tacqué-
reur ou de ses successeurs à titre universel, par quelque temps
que ce soit, moindre de cent ans ; ôc quant au tiers acquéreur
de bonne foi, il se prescrit par quarante ans.
XLI1I.
Le temps de la prescription ne court du vivant du titulaire
Ou mauvais administrateur qui a aliéné.
XLIV. ••••
La prescription d'une église contre une autre église, est de
quarante ans.
XLV.
Simple sommation, dénonciation ou interpellation, n'est suffi-
sante pour interromprela prescription de dix ans ou au-dessus, mais
est requis un ajournement libellé qui sert d'interruption, encore*
qu'il soit donné pardevant un Juge incompétent.
XLVI.
La prescription ne commence à courir au profit de celui
qui a promis de garantir un héritage ou une rente, sinon
du jour que Tacheteur a été troublé ôc que Ton a cessé de'payer
es arrérages de la rente.
t74 RECUEIL DES ARRÊTÉS
X L VIL
Le temps de la prescription pour le tiers possesseur contre
un substitué, ne commence à courir que du jour que la sub-
stitution a été ouverte au profit du substitué; ôc fi Tacquéreur
est de bonne foi il peut se servir de la prescription de dix ans
entre présents, ôc vingt ans entre absents,
XLVIII.
On ne peut demander que vingt-neuf années d'une pension
annuelle ôc viagère.

TITRE XXX.
De la Péremption d'Injlance.
ARTICLE PREMIER.
V ouLONsen abrogeant Tusage des péremptions que l'action
& Tappel, toutes autres procédures puissent être continuées
ôc
même après une cessation de trois ans. *
II.
Né*anmoins si la péremption est acquise à Tune des parties,
ôc que l'autre soutienne que le cours en ait été interrompu par
'4a demande qu'il en a faite en justice, contestation Ôc autres
procédures, Tinterruption n'aura point de lieu s'il y a eu dis-
continuation pendant les trois dernieres années qui étoient requi-
ses pour accomplir la prescription.
IIL
La 'discontinuation de trois années fera observée même dans
les actions annales, ôc de moindre temps.
DE M. DE LAMOIGNON. i^y
IV.
L'instance non poursuivie par le laps de trois ans continus,
demeurera périe ôc n'aura aucun effet, comme fi elle n'avoit
point été intentée; ce que nous voulons être observé en t»u-
tes les Juridictions de notre royaume, même en notre conseil.
V.
La cessation de trois ans sera comptée du jour de la der-
niere procédure faite par Tune ou l'autre des parties fur le prirv-
cipal, ou fur Tincident qui y a été joint.
VI.
Encore qu'il n'y ait qu'une simple demande ôc assignation non
suivie de contestation, la péremption a lieu.
VIL
La péremption a lieu, même dans nos Cours souveraines,
dans les instances mises en état, dans les causes des appellations
verbales, requêtes civiles, ôc demandes mises aux rôles ordi-
naires ôc extraordinaires, ôc dans les procès par écrit qui auront
été conclus.
VIII.
La mort du Rapporteur ou du Procureur n'empêche point la
péremption; mais la mort de Tune des parties en arrête le cours.
IX.
La péremption acquise, par la cessation de trois ans, n'est
point couverte par les procédures volontaires faites depuis par
les Procureurs, s'il n'y a acte signé de la partie, ou s'il rc'ap-
paroît d'un ordre exprès donné au Procureur.
X.
Quand il y a commandement avec Tassignation, après la pé-
remption de Tassignation, le commandement demeure fans effet.
XI.
Le Jug e ne peut d'office déclarer l'instance périe ; mais la
17d RECUEIL DES ARRÊTÉS
demande en péremption doit être formée ôc instruite à Tordínaíre.
XII.
Les dépens des procédures faites ès instances péries, ne sont
adjugés de part ni d'autre.
XIII.
Les actions qui doivent être intentées dans Tan ôc jour, ou
dans un moindre temps, sont prescrites par la cessation des pro-
cédures durant un pareil temps, pourvu qu'il n'y ait point de
contestation en cause; mais après la contestation, la péremption
n'est acquise que par la cessation de trois années entières, à
compter du jour de la derniere procédure.
XIV.
L'appel d'une sentence ayant péri, la sentence demeure con-
firmée ôc il n'est loisible à Tune ôc à l'autre des parties d'en
,
appeller de nouveau,
XV.
Les requêtes civiles, obtenues ôc signifiées, ne demeurent
péries que par une cessation de trois ans.
XVI.
L'instance fur dés lettres de restitution ou de rescision, ou
de requête civile étant périe, le demandeur n'est recevable à
demander de nouvelles lettres.
XVII.
Saisies ôc arrêts de deniers demeurent fans effet, encore
qu'elles n'aient été suivies d'aucune assignation, si elles sont
demeurées fans poursuites pendant un an; mais si fur les saisies
il y a eu assignation, la péremption ne sera acquise qu'après une
cessation de trois ans.
XVIII.
La péremption a lieu contre les communautés ecclésiastiques
ôc laïques, fans espérance de restitution, en quelque cas ou pour
quelque cause que çe soit, XIX,
DE M. DE LÁMOIGNON. i77
XIX. •

La péremption court contre les mineurs qui sont pourvus de


tuteurs ou curateurs, fans espoir de restitution, sauf leur re-
cours pour leurs dommages ôc intérêts contre leurs tuteurs ôc
curateurs.
XX.
Et néanmoins, en cas d'insolvabilité des tuteurs curateurs
Ôc
qui auront laissé périr l'instance, seront accordées aux mineurs
nos lettres de restitution pour être rétablis en leurs premiers
droits, comme si les procédures avoient été continuées,
XXI.
L'appel d'une sentence interlocutoire étant péri, l'instance
principale tombe aussi en péremption, pourvu qu'il n'y ait point
de défenses particulières de passer outre à Tinstruction du prin-
cipal.
XXII.
Les causes , concernant notre domaine ôc nos droits, ne
tombent point en péremption, ôc ne pourront s'en aider les
particuliers contre notre Procureur-Général ôc ses Substituts
ni notre Procureur-Général ôc ses Substituts contre les par-
,
ticuliers.
XXIII,
Un appel non relevé ou fur lequel il n'y a point d'anticipa-
tion n'est sujet à péremption; mais il est désert quand il n'a
point été relevé dans le temps.
XXIV.
Les instances entre les Officiers, pour le règlement de leurs
charges, ne font pareillement sujettes à péremption.
XXV.
Les saisies réelles ôc les instances de criées ne tombent point
en péremption lorsqu'il y a établissement de commissaire.
Tome J, Z
I78 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXVI.
Les procès criminels, poursuivis extraordinairëment, ne tom-
bent, en péremption; mais si les accusés font reçus en procès
ordinaire Ôc qu'ils soient poursuivis à fins civiles, la pérem-
ption a lieu.
XXVII.
La péremption n'a lieu dans les instances qui concernent Té-
tât ôc la condition des personnes.
XXVIII.
Elle n'a lieu pareillement pour les appellations comme
d'abus.
XXIX.
Les procédures faites pardevant les arbitres, ôc même le
compromis, encore qu'il n'ait été suivi d'aucune procédure
j,
arrête le cours de la péremption.
.A .X. X.
La mort d'une des parties empêche la péremption.
XXXI.
Si la femme, qui est partie en une instance se marie, la
péremption est interrompue du jour du mariage.
,
XXXII.
Une fimple signification, quoique surabondante ôc inutilef
empêche la péremption.
DE M. DE LAMOIGNON. 179

TITRE XXXI.
Du Répit ÔC de la Cession des Biens.
A R -T 1 c L E PREMIER.
X\. BROGEONS Tusage des cessions de biens ôc les ordon-
nances, loix ôc coutumes qui en font mention, même ès cas
pour lesquels les contraintes par corps ont été réservées ôc re-
çues par notre nouvelle ordonnance.
II.
Répit n'a lieu pour les sommes ôc autres choses adjugées
par sentence définitive ôc contradictoire, loyers de maison ôc
héritages des villes ôc de la campagne, payables en argent, ou
en grain, vin ôc autres espèces, ni pour les arrérages des ren-
tes ôc les dettes créés au profit des mineurs durant leur mi-
norité.
III.
Ne seront expédiées aucunes lettres de répit, finon pour
être examinées ôc registrées en connoissance de cause avec les
créanciers, ou dûement appelles.
IV.
Les répits ne peuvent être ordonnés en justice fans lettres
qui pourront être prises en notre grande Chancellerie, ou ès
petites Chancelleries étant proche nos Parlements; ôc en at-
tendant Tobtention des lettres, le juge pourra donner au dé-
biteur un délai compétent pour les obtenir, ôc les faire signi-
fier à ses créanciers ôc entériner avec eux, ôc pendant le dé-
lai surseoiront toutes poursuites ôc les exécutions ôc. ventes
,
des biens du débiteur. »
Zij
i8o RECUEIL DES ARRÊTÉS
V.
Pourront néanmoins les créanciers, ou aucuns d'eux, durant
les délais des assignations ôc des procédures qui seront faites
fur fentérinement des lettres de répit faire saisir les meu-
,
bles, droits ôc effets mobiliers de leur débiteur, ôc y établir des
gardiens pour empêcher le divertissement, jusqu'à ce qu'il y ait
été pourvu par le juge avec connoissance de cause avec les
parties intéressées.
V I.
Les lettres de répit seront adressées au Bailliage Ôc Séné-
chaussée, ou au Siège particulier dans lequel le débiteur a éta-
bli son domicile ôc fait son principal séjour avec sa famille
durant les trois dernieres années avant Tobtention des lettres.
VIL
Défendons à nos Cours.ôc aux requêtes de THôtel ôc du
Palais, Juges conservateurs, ôc à tous autres Juges de quel-
que qualité qu'ils soient, d'en prendre connoissance; ôc aux par-
ties de s'y pourvoir à peine de nullité.
VIII.
Les créanciers peuvent fans lettres accorder à leur débiteur
un ou plusieurs termes, faire telle remise que bon leur sem-
blera, ôc convenir entr'eux des conditions pour le paiement de
leur dû, ôc ce qui sera convenu ôc arrêté avec le plus grand
nombre des créanciers à la pluralité des voix, sera exécuté à
Tégard des autres.
IX.
La pluralité des voix ne sera point considérée par le nom-
bre des personnes, mais par la quantité des sommes dûes à cha-
cun créancier; ôc s'il se trouve dû à un ou deux créanciers
plus qu'à tous les autres ensemble, leur proposition sera sui-
vie; ôc en cas d'égalité de créance, Topinion où il y aura le
DE M. DE LAMOIGNON. i8t
plus grand nombre de créanciers, prévaudra; ôc si le nombre
des personnes ôc la quantité des sommes à eux dûes font pa-
reilles, sera suivi le sentiment qui se trouvera plus doux &
favorable pour le soulagement du débiteur.
X.
Au nombre des créanciers qui donneront' leurs suffrages, ne
seront compris les parents ôc alliés du débiteur, jusqu'au de-
gré de cousin germain inclusivement.
XI.
Aucun créancier ne sera reçu à proposer aucune chose sur
les répits poursuivis en justice ou en des assemblées particu-
lières, qu'il n'ait auparavant baillé un état de ce qui lui est dû
tant en principal qu'intérêts, frais ôc dépens, représenté les
pièces justificatives de fa dette, ôc "affirmé en personne, ou par
procuration spéciale, que les sommes par lui demandées, lui
font véritablement ôc légitimement dûes; ôc pareille affirma-
tion sera faite par le débiteur.
XII.
En cas de conviction de parjure, le créancier demeurera dé-
chu de plein droit de fa dette éntiere, ôc payera pareille som-
me que celle qui avoit été par lui demandée aux autres créan-
ciers, pour être distribuée entre les créanciers par contribu-
tion au sol la livre ; ÔC le débiteur qui se trouvera avoir fait
une fausse affirmation, demeurera déchu du bénéfice de répit,
fera condamné ôc contraint par corps comme Stellionataire au
paiement des sommes dûes aux autres créanciers,
XIII.
Le temps de répit poursuivi en justice ne pourra aller au-
delà de cinq années, mais il pourra être réduit à moindre temps j
fi le Juge après avoir ouï les créanciers, ÔC avec connoissance
de cause, le trouve à propos ; ôc le répit accordé hors juge-
iU RECUEIL DES ARRÊTÉS
ment dans les assemblées particulières des créanciers ne pourim
aussi excéder cinq années, fi ce n'est que tous les créanciers
rîune commune voix jugent à propos de donner un plus long
délai.
XIV.
Le débiteur qui a obtenu une fois un répit en justice ou
par traité fait avec ses créanciers, n'est recevable à en deman-
der un second, encore que le premier eût été moindre de cinq
années.
XV.
Les ventes, .échanges, donations, ôc autres aliénations faî-
tes par le débiteur, ôc pareillement les obligations ôc promesses
par lui contractées, ôcles transports de ses meubles, droits ôc effets
faits avant T obtention des lettres de répit, ou Tacte de la pre-
mière assemblée de ses créanciers, n'auront aucun effet au pré-
judice des créanciers précédents.

TITRE XXXII.
De la Communauté de Biens entre Mari ÔC
Femme.
ARTICLE PREMIER.
J_J A communauté de biens entre conjoints par mariage, ès
pays où elle a lieu, commence du jour des épousailles ôc bé-
nédiction nuptiale, encore qu'ils n'aient demeuré ensemble par
an ôc jour.
II.
S'il n'y a contrat dé mariage, la communauté sera réglée,
DE M. DE JLAM OIGNONJ ;pg3
ôc les droits qui en dépendent;, par la loi ôc coutume du lieu
où le mari avait son domicile lors des épousailles; & s'il y a
contrat de mariage, fera considéré le domicile dw mari au joui
du contrat, si ce n'est que dans ìe contrat il "y ait immâMon
expresse à un autre droit ou coutume, le tòuí fans avoir "égard
à la tranflation du domicile faite depuis la bénédiction nuptiale
ou le contrat de mariage.
III. .
Quand il y a communauté de biens -entre le mari & la fem-

IV.
'
me, y entreront les acquisitions faites dans les lieux où la com-
munauté est prohibée. •-- : r '- r^'-H

On peut, par le contrat de mariage, déroger à la-commu-


nauté introduite par la coutume, ôc en exclure la femme, où
Tobliger de se contenter, d'une certaine: somme pouritóus droits
de communauté, comme aussi ori peut stipuler par le "même
contrat que tous les propres des conjoints ou de l'un d'eux
entreront en communauté. . . .
V. .-.;.'"
.
Toutes contre-lettres faites au préjudice de ce qui a été con-
venu ôc accordé par le contrat de mariage,.font nulles, mê-
me à Tégard de ceux qui ont signé les contre-lettres, ôc ne
peuvent les conjoints, durant le mariage, y déroger par un acte
de quelque qualité qu'il soit, même en la présence Ô£ par Ta*
vis de tous les parents qui ont assisté au contrat de mariage-;
réformer le douaire ni la communauté, ni changer, augmenter
ou diminuer en quelque manière que ce soit les autres con-
ventions portée? par le contrat de mariage, supposé même que
la réformation soit faite pour réduire les conventions au-droit
commun de la coutume ; ôc s'il n'y a eu aucun contrat par écrit
lors des épousailles, celui que les conjoints font depuis est nul.-
,184 RECUEIL DES ARRÊTÉS
VL
Et néanmoins les contre-lettres faites pardevant Notaires^
avant la célébration du mariage, du consentement des futurs
conjoints, en la présence de leurs principaux ôc plus proches
parents, font valables,
VIL
Les conventions faites par contrat de mariage pour le règle-
ment des biens que les conjoints veulent respectivement met-
tre en communauté, ôc pour les portions qu'ils y doivent pren-
dre, qupiqu'extraordinaires ôc avantageuses à l'un des con-
joints, sont valables fans insinuation.
VIII.
Dans la communauté entrent tous les biens, meubles, droits
& effets mobiliers, présents ôc à venir, les acquêts, immeu-
bles faits par les deux conjoints, ou séparément par l'un d'eux
durant le mariage, ôc toutes les dettes mobiliaires; ôc à Tégard
des immobiliaires, celles qui ont été créées durant le mariage,
le tout s'il n'y a convention contraire dans le contrat de ma-
riage.
IX.
Si par le contrat de mariage il est convenu que le total ou

une partie des effets mobiliers de deux conjoints, ou de l'un
d'eux, leur tiendra nature de propre, la convention n'aura au-
cun effet, s'il n'en a été fait inventaire avant la célébration du
mariage, ou le même jour, pardevant Notaires ou d'autres per-
sonnes publiques, signé des conjoints, ou avec déclaration de
ne savoir signer; ôc au défaut d'inventaire celui en faveur duquel a
été faite la convention ne reprendra que ce qu'il justifiera par
écrit lui avoir appartenu lors du mariage.

X...
-
Le prix dû à l'un des conjoints lors des épousailles pour la
vente
DE M. DE LAMOIGNON, j8f
vente d'un immeuble par lui faite auparavant, n'entre' point en
communauté.
XI.
Si avant le mariage Tun des conjoints~ a acquis un immeu-
ble le prix qui en sera dû lors de la célébration du mariage
,
sera payé fur les biens particuliers de Tacquéreiír, ôc non fur
le fonds de la communauté.
X 11.
Les acquisitions faites par Tun des conjoints depuis le con-
trat de mariage avant les épousailles, entreront en commu-
nauté, si ce n'est que les acquisitions aient été faites en exé-
cution des clauses du contrat de mariage, auquel cas elles se?
ront réglées suivant le contrat.
XIII.
En pays de droit écrit ôc ès coutumesoù la communauté
de biens entre mari ôc femme n'est reçue ou est prohibée, la
société stipulée par le contrat de mariage, ne comprend que
les immeubles ôc les meubles acquis durant le mariage, si ce
n'est que dans le contrat il y ait une convention expresse au
contraire.
XIV.
£t néanmoins s'il n'a été fait inventaire en la forme ci-dessus
avant le mariage, ou le jour de la célébration du mariage, les
meubles, droits ôc effets mobiliers qui appartiendront à çhaoua
des conjoints, enteront en la société conventione^le, à lare-
serve de ceux que Ton justifiera par écrit leur avoir apparte-
nu au temps des épousailles.
:
XV.
k'kiimeuble acquis par le mari chargé par le contrat de ma*
.
riage de Templpi des deniers de la femnpLe .n'appartient point
à la femme eneorjeque Je mari soit^venu insolvable, s'il n'y
Tome 1. Aa
igtf RECUEIL DES ARRÊTÉS
a par le contrat d'acquisition une déclaration expresse qu'elle!
a été faite des mêmes deniers pour ôc au nom de la femme,
íinon elle aura seulement une hypothèque sur les choses acquises.
XVI.
Si le mari ou la femme se trouvent obligés avant leur ma-
riage solidairement avec quelques autres personnes en quel-
ques dettes mobiliaires, le créancier peut se pourvoir pour le
tout fur les biens de la communauté, sauf le recours des con-
joints contre les coobligés. •
XVII.
La convention que les conjoints payeront séparément leurs
dettes faites avant le mariage aura son effet entre les
,
conjoints encore que lors du mariage il n'ait été fait in-
,
ventaire des meubles ôc effets mobiliers de celui du chef duquel
procèdent les dettes.
XVIII.
Les créanciers, au défaut d'inventaire, pourront se pourvoir
fur les biens de la communauté, sauf le recours *du conjoint
non obligé contre l'autre.
XIX.
Les dettes passives créées avant le mariage pour le fonds d une
banque ou négoce de marchandises, suivent le fonds ou né-
goce, ôc seront acquittées par celui des conjoints qui aura créé
les dettes, si le fonds de la banque ou négoce a été excepté
de la com'rriûnauté; ôc par la communauté, si les effets de la
banque ou négoce sont entrés en communauté.
XX.
Si par le contrat de mariage il est convenu que les con-
joints payeront séparément leurs dettes, les comptes des tu-
telles ôc curatelles dont ils sont chargés, en ce qui concerne
Tadministration faite avant le mariage, seront rendus ôc le reli-
DE M. DE LAMOIGNON. 187
quat pàyé par celui qui en a la charge, ôc la communauté teT
nue de compter de Tadministration postérieure,
XXI.
Les meubles, droits ôc effets mobiliers échus à titre de
succession à Tun des conjoints durant le mariage, entreront
en
communauté, ôc les immeubles lui demeureront propres ; ôc
quant aux dettes passives de la même succession elles seront
payées, savoir les mobiliaires par la communauté, ôc les im-
mobiliaires fur les biens particuliers de celui qui a recueilli la
succession, encore qu'entre lui ôc ses cohéritiers les dettes mo-
biliaires aient été payées à proportion de Témolument, le tout
s'il n'y a convention contraire dans le contrat de mariage.
XXII.
Les créanciers de la succession échue au mari durant le ma-
riage, pourront se pourvoir sur tous les biens de la commu-
nauté pour le paiement des sommes à eux dûes, sauf après la
dissolution de la communauté à la femme ôc à ses héritiers à
reprendre fur les biens du mari la récompense de ce qui a été
pris fur fa part de la communauté pour acquiter le total des dettes
immobiliaires, en ce qu'elles se trouveront excéder la valeur
des effets mobiliers de la même succession qui sont entrés dans
la* communauté.
XXIII.
Et le semblablesera observé pour les dettes des successions
échues à la femme, quand elle a été autorisée par son mari
pour les recueillir.
XXIV.
Mais si elle prend la succession par autorité de justice au
refus de son mari, les effets mobiliers de la succession n'en-
tr.e.ront en communauté, ôc les créanciers ne pourront se pour-
voir que fur la nue propriété des immeubles particuliers de la
A a ij
i88 RECUEIL DES ARRÊTES
femme, ôc sur les biens mobiliers ôc immobiliers de la suc-
cession de leur débiteur.
XXV.
S'il n'est dit par le contrat de mariage que les conjoints paye-
ront séparément leurs dettes, le mari durant le mariage est te-
nu personnellement ôc peut être contraint solidairement avec la
femme, au paiement des dettes mobiliaires par elles créées avant
le mariage; ôc après la dissolution le mari ôc ses héritiers se-
ront contraints seulement pour une moitié, au cas que lá com-
munauté soit acceptée par la femme ou ses héritiers, ôc pour
le tout en cas de renonciation ; ôc à Tégard de la femme Ôc de
ses héritiers, ils pourront être contraints pour le tout eh cas d'ac-
ceptation ou de renonciation à la communauté, sauf leur recours
contre le mari pour une moitié , en cas d'acceptation , ôc pour le
tout en cas de renonciationà la communauté. *
XXVI.
La communauté demeure chargée des dettes auxquelles les
conjoints sont respectivement obligés par un devoir de piété
ôc par une obligation naturelle, comme sont les aliments dûs à
leurs pères ôc mères ôc autres ascendants, ôc aux enfants issus
de leurs précédents mariages, lorsque leur revenu n'est pas suffi-
sant pour leur subsistance, sans que les conjoints puissent prétendre
Tun contre l'autre aucun recours ou récompense pour ce regard»
XXVII.
Les réparations d'entretehement faites fur le propre de Tun
des conjoints, sont charges de la communauté; mais ce qui a
été payé pour les grosses réparations doit être rapporté à la com-
munauté par le propriétaire de l'héritage.
XXVIII.
Et s'il y à des augmentations ôc améliorations, elles seront
rapportées par le propriétaire, eu égard à Ce que l'héritage
DE M. DE LAM OIGNON. r%>
est devenu meilleur ôc de plus grand prix au jour de la disso-
lution de la communauté, suivant Testimation qui-én sera fai-
te, encore que les quittances des ouvriers montent à plus gran-
de somme, si mieux n'aime le propriétaire rapporter les som-
mes qui auront été payées suivant les marchés ôc quittances.
XXIX.
Les dépens ôc frais de procès qui ont été farts pour le pro-.
pre de Tun des conjoints, doivent être rapportés à la com-
munauté par le propriétaire de l'héritage, si les frais sont no-
tables ôc de conséquence, eu égard à la qualité de la choses
ôc à la condition des parties, mais les frais médiocres doivent
être compensés avec les fruits ÔC jouissances dont la commu-
nauté a amendé.
xxx. -.-...
Le mari ôc la femme qui font intervenus dans un contrat
de constitution de rente, ou dans une obligation de rente, ou
dans une obligation active ôc passive, ôc conjointement avec une
tierce personne, ne sont considérés que pour une feulé personne
ôc participent pour moitié au profit ôc à la charge de la dette.
XXXI.
Les arrérages échus durant la comunauté des rentes dont le
mari ôc la femme étoient redevables avant leur mariage doi-
vent être pris fur le fonds de la communauté, encore qu'il y ait
eu clause que chacun des conjoints payeroit séparémentses dettes.
XXXII.
La moitié dûe par les héritiers de Tun ôc de l'autre des con-
joints des'dettes mobiliaires ôc immobiliaires de la commu-
nauté, doit être acquittée par l'héritier des meubles Ôc'acquêts,
fans que l'héritier des propres soit tenu d?y contribuer.
XXXIII.
Si la femme renonce, la totalité doit être acquittée par Thé*
ritier des meubles ôc des conquêts du mari.
Tp6 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXIV.
Les dépens, des procès criminels, ôc les amendes ôc répara-
tions adjugées contre une femme, ne se prennent fur la com-
munauté, mais fur les propres de la femme, à la charge de
Tusufruit du mari durant la communauté, ôc après la dissolution
de la communauté fur la part de la femme dans les meubles
ôc conquêts de la communauté qui s'y trouvent.
XXXV.
Mais les dépens, amendes ôc réparations des procès crimi-
nels jugés contre le mari, sont pris fur les biens de la com-
munauté, sinon lorsque la peine ordonnée contre le mari em-
porte dissolution de la communauté, comme celle de la mort,
ou de galères ou de bannissement perpétuel, auquel cas la moi-
tié de la communauté appartenant à la femme n'en est pas tenue.
XXXVI.
La confiscation ordonnée pour crime contre le mari ne com-
prend que sa moitié dans les biens de la communauté, ôc nort
la moitié de la femme.
XXXVII.
La femme mariée confirme seulement ses propres héritages
ôc non ses meubles ôc conquêts.
XXXVIII.
La femme ôc seshéritiers qui ont pris la communauté, ne
font responsables des dommages ôc intérêts adjugés contre le
mari pour faute commise en Texercice de sa charge.
J\. .A. yV X <?»..
La femme ôc ses héritiers ne sont tenus des dettes de lá
communauté qui a été par eux acceptée, que jusqu'à concur-
rence de ce qu'ils ont amendé de ladite communauté, pourvu
que bon ôc loyal inventaire ait été fait dans trois mois du jour
de la dissolution de la communauté.
-
DE M. DE LAMOIGNON. I5I
XL.
La femme qui n'a «point fait inventaire doit la moitié de
toutes les dettes de la communauté, encore que la moitié des
dettes excède ce qu'elle en profite.
XLI.
Si la femme s'est obligée solidairement avec son mari, elle
peut être poursuivie pour le tout, encore qu'elle renonce à la
communauté, ôc que l'obligation de la femme ne soit qu'une
fidéjussion sauf son recours pour le tout contre les héritiers du
mari.
XLIT.
La femme ôc ses héritiers qui ont renoncé à la communauté
en faisant la reprise accordée par le contrat de mariage de tout
ce qui a été apporté par la femme, .doivent souffrir la dédu-
ction de ce qui a été payé des deniers de la communauté, pour
les dettes passives par elles créées avant son mariage ; mais si la
reprise est restreinte à une portion de ce qu'elle a apporté,
toutes ses dettes passives demeurent à la charge de la commu-
nauté fi ce n'est que dans le contrat de mariage il y ait con-
,
vention contraire. '*.-.''
XLIII.
Lé* deuil de la veuve ôc de ses domestiques, ensemble les
frais funéraires, doivent être pris fur les biens du mari ôc non
fur la communauté; ôc si la femme décède, ses héritiers ne se-
ront tenus de fournir le deuil au mari, mais ils doivent faire
les frais des obsèques.
XLIV.
Les legs que le mari a déclarés par son testament avoir été
par lui faits pour la décharge de fa conscience, doivent être
acquîtes fur le fonds de la communauté, si ce n'est qu'il y ait,
preuve que la déclaration a été faite en fraude de la femme..
tp* RECUEIL DES ARRÊTÉS
XLV.
Les deniers procédants de la vente de grands bois qui ont
été mis d'ancienneté en coupes ordinaires, pour être exploités
en quatre-vingt ou cent annnées, ne sont sujets à remploi.
XLVI.
Quand aucune rente dûe par Tun des conjoints ou fur ses
héritages avant son mariage, est rachetée des deniers de la
communauté, la rente demeure éteinte, ôc celui qui en étoit
redevable doit rapporter à la communauté en deniers ce qui a
été payé en son acquit pour le rachat, ou moins prendre.
XLV II.
La chose retirée par retrait lignager, féodal ou cenfuel, est
propre à celui des conjoints au nom duquel le retrait a été
exercé, à la charge de rapporter à la communauté ce qui a
été payé pour parvenir au retrait en principal, frais ôc loyaux
coûts; Ôc néanmoins si le retrait féodal ou cenfuel est exercé en
vertu d'un conquêt de la communauté, l'héritage retiré sera
pareillement conquêt.
XLVI II.
Les choses retirées par droit de retrait féodal ou cenfuel,-
en vertu de la cession prise par le mari durant la communauté
du Seigneur défies, appartiennent à la communauté; mais file
retraita été exercé durant la communauté, en vertu d'une action
prise avant ie contrat .de mariage, les choses retirées demeu-
reront au ceíîionaire, en rapportant à la communauté les soin-;
mes qui ont été tirées- pour Texécution dudit retrait.
X'LI'X;
Gè .qui fist acquis à prix d'argent, durant la communauté,
dans lacenfiye, fief^c seigneurie de Tun des conjoints, est con-
qmt de h. coaimunaute', sauf à lui ou à ses héritiers à exer-»
Gér TaÛion du retrait demi-denier dans i»a a-n près la dissolu-
tion du mariage. L;
DE M. DE LAMOIGNON. ipj;
L.
Si durant la communauté le mari acquiert aucuns héritages
en la censive du fief à lui appartenant, ou aucuns fiefs mou-
vants d'un autre fief à lui appartenant, la réunion de la cen-
ûve au fief, ôc du fief servant au dominant, est censée faite
dès l'instant de Tacquifition pour la moitié que le mari doit
prendre dans la communauté, ôc même pour le tout, si dans
la fuite la femme ou ses héritiers renoncent à la communauté.
Lï.
Et fi Tacquifition est faite d'un héritage étant dans la cen-
sive de la femme, ou d'un fief mouvant d'un autre fief à elle
appartenant, la réunion ne s'en fait à son égard qu'après la
dissolution de la communauté, ôc en cas d'acceptation d'icelle.
LII.
L'héritage dont Tun des conjoints étoit en possession avant
le mariage, ôc dont le droit lui a été confirmé par transaction
faite durant le mariage, moyennant une somme tirée du fonds
de la communau^, lui demeure pour le tout, en rapportant à
la communauté la somme qui a été payée ; mais fi lors du ma-
riage l'héritage étoit encore entre les mains de' la personne avec
laquelle on a transigé, il sera compris au nombre des conquêts
de la communauté,
LUI.
Les fruits naturels pendants par les racines lors de la disso-
lution de la communauté, les héritages qui appartenoient à Tun
des conjoints avant le mariage, demeurent au propriétaire ou
p. ses héritiers, encore qu'ils soient en maturité, en
rendant
à la communauté les frais des labours, amendements ôc se-
mences
LIV.
;Si Tun des conjoints ayant recueilli une succession pour se
Tome I. Bb
,P4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
décharger du paiement des legs faits par le défunt, abandonne
aux légataires les meubles ôc acquêts ôc la portion des pro-
pres"dont la coutume permet de disposer, il ne sera dû à l'autre
des conjoints aucune récompense à cause dç Tabandonnement
des meubles, pourvu que Tabandonnement soit utile à Théri-
rier ôc fait fans fraude,
.
LV.
Les sommes ôc autres choses données par les conjoints, ou
par le mari en la présence ou absence de sa femme, ou par
la femme en présence ou sous Tautorité du mari, aux enfants
issus de leurs précédents mariages, doivent être rapportées à
la communauté par le père ou la mère des donataires, soit qu'il
y eût des enfants issus du mariage commun ou non ; mais les
intérêts ôc fruits des choses données ne sont sujets à rapports
sinon du jour de la dissolution de la communauté.
LVL
Et néanmoins s'il n'y a point d'enfants issus du mariage com-
mun, ôc que l'autre des conjoints déclare expressément par la
donation qu'il entend donner de son chef, les choses données
ne seront sujettes à rapport.
LVII.
Et le semblable sera observé pour les donations faites aux
héritiers présomptifs de Tun des conjoints en ligne collatérale.
. LVIII.
Si durant le mariage il est vendu aucun héritage ou rente qui
appartenoit à Tun ou à l'autre des conjoints lors du mariage, ou
quelque rente rachetée, le prix de la rente ôc du rachat est sujet à
remploi; ôc si le remploi n'en a été fait, les deniers seront
repris avant partage fur les biens de la communauté, soit que
le remploi ait été stipulé ou non*
DE M. DE LAMOIGNON. i^
LIX.
Le remploi n'est valable s'il n'a été fait avec déclaration ex-
presse en présence des deux conjoints, ôc accepté par celui qui
étoit propriétaire de l'héritage ôc créancier de la rente, encore
que le mari soit insolvable.
LX.
Le remploi des propres du mari aliénés pendant le mariage
ne se prend que fur les effets de la communauté ôc non fur
les propres de la femme, encore que la communauté ne soit
point suffisante; mais le remploi dés propres de la femme au
défaut de la communauté se prend fur les propres du mari,
çncore que cela ne soit point stipulé par le contrat de mariage»;
LXI.
La charge du remploi se prend fur toute la communauté,-
ôc la convention de prendre par la femme ou ses héritiers le
remploi hors part ôc fans confusion fur la seule portion du
mari, est nulle encore qu'elle soit faite par contrat de mariage.
LXII.
Les intérêts de la reprise ôc du remploi des deniers appor-
tés en mariage, sont dûs fans demande du jour de la dissolu-
tion de la communauté suivant le denier qui a eu lieu alors ; mais
les intérêts du préciput sont dûs seulement du jour de la de-
mande.
LXIII.
Homme ôc femme conjoints par mariage," encore qu'ils soient
mineurs de vingt-cinq ans, sont réputés usants de leurs droits
pour la disposition de leurs meubles, droits ôc effets mobiliers,
ôc pour Tadministration des fruits de leurs.immeubles, ôc non
pour vendre, aliéner, ni engager le fonds des immeubles.
LXIV.
Le mari est Seigneur des meubles ôc conquêts de la com->
Bbij
Ï^ RECUEIL DES ARRÊTÉS
munauté; ôc peut, sans le consentement de fa femme, les venv
dre, aliéner, hypothéquer, ôc en disposer entre vifs à.son plai-
sir ôc volonté, en faveur de telle personne que bon lui sem-
ble, autre que son héritier présomptif, ôc. fans fraude;, mais il.
n'en peut disposer à cause de mort..
* L.XV..
Et néanmoins ne peut en disposer entre vifs par donation;
.universelle ou de quotité, ou particulière jusqu'à la valeur du
quart ;; ôc s'il a disposé du quart ou au-dessus, par. plusieurs do^
nations particulières, les deniers demeureront, révoqués..
LXVI.
Ne peut aussi en disposer entre vifs durant la maladie de fa
femme, ôc non pas même du quart ôc au-dessus..
. LXVII.
Le mari est seigneur des droits mobiliers ôc possessoirsj
actifs ôc passifs, procédants du chef de la. femme., ôc peut le
mari seul, fans fa femme,, agir ôc déduire ses. droits, en justice.-
en. demandant ÔC défendant,
LXVII r.
Mais la femme doit être en cause quand il s'agit d'une actiorr
réelle, ou d'une, action, mixte,; pour la récision ou. restitution:
en. entier, contre un. contrat d'aliénation de Timme.uble de lai
femme ; & si elle est mineure elle fera autorisée d'un curateur»
aux causes autre que. le mari ôc les poursuites se feront, avec:
la femme,, le. curateur ôc le mari, à peine de. nullité..
L X IX..
*
Le mari féut peutfaire les baux à loyer ou- moison des héri-
tages de fa femme, savoir, des. maisons .ôc des héritages assis;
dans l,es villes ôc fauxbourgs pour six ans, des maisons- ôc. héri-
tages de la campagne pour neuf ans; ôc sera tenu la femmep
a^r.èsla dissolution, deiacommunauté.^ d'entretenir les. baux,-
DE M. DE LAM OIGNON. i$i
LXX.
Si les baux ont été faits par anticipation, savoir ceux des
villes ôc fauxbourgs plus de neuf mois, ôc ceux de la campagne1
plus de dix-huit mois avant la fin des précédents baux, lafem*
me pourra déposséder les locataires ôc fermiers après la disso^
hition de la communauté, si ce n'est que la femme soit interve-
nue dans les baux, ôc que le temps de Táhticipation soit ex-
piré avant la dissolution de la communauté.
LXXI.
Des'bois taillis appartenants à la femme, le mari ne peut,í
en Tabscnce ôc fans le consentement de la femme, avancer les.
coupes ; mais il peut en faire des baux pour le temps des cou-
pes ordinaires, selon Tufage de chacune province, eû égard à;
ia qualité des bois. "'
LXXII. *
Le mari ne peut vendre, échanger, faire partage ou licita-
tion, obliger, ni hypothéquer le propre héritage de fa fern--
me fans son consentement.
Lxxnr.
Et néanmoins il peut, en Tabsence dé fa femme, étant e©
communauté, recevoir les rachats des rentes dûes.
LXX IV.
:
Si par la loi du bail à.cens ou rente, ou par ía disposition,
de la coutume, l'héritage doit tomber en commise par la ces-
sation du paiement du devoir pendant trois années consécuti-
ves, le propre héritage de la femme ne tombera en commise
par la négligence du mari, sauf au Seigneur ôc au bailleur de
l'héritage à se pourvoir, si bon lui semble, contre le mari ôc sur
les biens de la. communauté, pour la peine qui sera arbitrée
par le juge.. " • ;
Ï2$ RECUEIL DES ARRÊTÉS
L X X V.
.Le mari mineur peut autoriser sa femme majeure, même:
pour Taliénation de ses immeubles, ôc il n'y a lieu à la resti-
tution de chef de la minorité.
LXXVI.
L'autorisation du mari même majeur, n'est point suffisante
pour rendre valable "Taliénation faite par sa femme mineure des
immeubles à elle appartenants, si elle n'est assistée d'un tuteur
ou curateur créé à Yeffet de Taliénation ; ôc s'il n'y a eu avis de
parents, auquel cas la femme ne pourra se faire restituer sous
prétexte de la minorité ôc fans une lésion énorme.
L X X V11.
Si la femme se pourvois même durant la communauté contre
Taliénation faite par le mari fans fa participation du propre à
elle appartenant, Tacquéreur fera tenu de se désister de la pleine
propriété, ôc ne pourra se conserver le droit d'en percevoir
les fruits durant la même communauté,
LXXVIII.
En tous, les pays de coutume ôc de droit, la femme mariée,
majeure ou mineure, peut donner entre vifs, vendre, aliéner ôc
hypothéquer les fonds, rentes, droits mobiliers ôc immobiliers,'
même ce qui lui a été baillé en dot, pourvu ôc non autrement
qu'elle soit expressément autorisée- de son mari ; ôc si elle est
mineure, qu'elle soit en outre assistée d'un tuteur ôc curateur,-
'comme dessus,: sinon la disposition est nulle, même après la dis-
solution de la- communauté, tant à Tégard du mari que des con.-»
tractants-, fans qu'il soit besoin de lettres de restitution.
;
LXXÍX.
Le défaut d'autorisation du mari ne peut être couvert par
une ratification postérieure, mais Tautorité peut être donnée
dans le même contrat par le mari présent, ou en vertu de
DE M. DE LAMOIGNON.. i$9
sa procuration spéciale ou générale, antérieure au contrat.
LXXX.
La simple présence du mari n'est suffisante, mais Tautorisa-
tion expresse ôc formelle est nécessaire.
LXXXI.
Obligation de la femme faite sans Tautorité du mari pour
le délivrer de prison, pour victuailles, ôc provisions ordinaires
de la maison, pour marchandises de drap, linge ôc autres
étoffes servant à Tusage nécessaire ôc ordinaire, est valable*,
encore que la dette du mari fût purement civile, ôc que Ta-;
bligation n'ait point été faite judiciairement par la femme.
LXXXII.
La femme marchande publique, qui fait un trafic séparé ôc
différent de celui de son mari, s'oblige valablement, ôc pareil-
lement son mari fans son consentement, pour le fait ôc les dé-
pendances de son négoce, même au-dessus de la valeur du fonds
dudit négoce,
LXXXIII.
La femme séparée de biens peut, fans Tautorité ôc consentement
de son mari, disposer de ses meubles ôc effets mobiliers, fruits
ôc revenus, agir Ôc ester en jugement, ôc faire tous actes ordinaires
concernant Tadministration de ses biens ; mais elle ne pëut aliéner,
échanger, ni hypothéquer ses immeubles, ni donner la totalité
de ses meubles entre vifs,-si elle n'est autorisée de son mari,
ou par justice à son refus, ôc ne pourra le créancier restreindre Tef-
fet de l'obligation hypothécaire fur les meubles feulements
mais elle demeurera nulle pour le tout.
LXX-XIV.
Elle peut aussi acquérir fans Tautorité de son mari, pourvus
que Tacquifition soit faite à prix comptant;*mais si eîíe est faitej
à crédit, elle ne le peut, fì elle n est autorisée. - " '
2ÛO RECUEIL DES ARRÊTÉS
LXXXV. '

La séparation de biens d'entre le mari la femme n'est va-


ôc
lable, si elle n'est ordonnée en justice avec connoissance de
cause Ôc fur enquête, la sentence mise au Greffe pronon-
,
cée ôc exécutée par une vente sérieuse de meubles, ou par
un acte public ôc authentique, registre au Greffe, contenant
le paiement du total ou d'une partie notable des droits ôc con-
ventions de la femme, ou par des poursuites- effectives faites
fter la femme pour le paiement de ses conventions,
LXXXVI.
La femme séparée doit être payée des remplois ôc reprises
íde ses biens qui lui ont été accordées en cas de survivance par
son contrat de mariage, comme aussi être acquittée ôc indemnisée
des dettes où elle est entrée ; mais le douaire, habitation, préci-
put, gain de survie, ameublissement, bagues ôc joyaux, ôc
.autres avantages procédants de la libéralité du mari, ne peuyent
être demandés qu'après la mort naturelle du mari, sous les mê-
mes clauses, charges ôc conditions portées par le contrat de
mariage au cas que la femme ait survécu.
]'' ^
' ' ' 'LXXXVIL '•'
Les créanciers de la femme ne peuvent, fans son consente/,
-ment, demander la séparation de biens.
LXXXVIIr)
Les saisies ôc ventes de meubles faites en exécution des ju-
gements de séparation de biens ne seront valables si les meu*
blés n'ont été effectivement transportés hors la maison du mari, ôc
vendus en place publique au jour du marqhé, ôç le p.rocçs verbal
signé de quatre personnes connues.
L XXXIX,
La pension alimeritaire ordonnée à la femme par la sentence
.
rrje séparation, en attendant Touverture du douaire ne pourrit
excéder
DE M. DE LAM OIGNON. 201
excéder la moitié du douaire accordé par le contrat de mariage ;
ôc si elle demeure chargée des pensions, nourritures ôc entre-
tenements de tous les enfants, elle aura pour cette charge l'au-
tre moitié du douaire ; ôc au cas qu'elle ne retienne avec elle qu'u-
ne partie des enfants, elle aura pour leurs pensions, nourritures
ôc entretenements une portion dans ladite moitié, eu égard au
nombre de tous les enfants qui se trouveront vivants au temps
de la séparation.
.
XC •
La femme séparée de biens ne peut demander ses arrérages
des pensions destinées pour elle ôc ses enfants, tandis .qu'elle
ôc ses enfants auront demeuré dans la maison du mari ôc au-
ront vécu à fa table, ôc néanmoins elle ne laissera d'avoir les
intérêts de ses deniers dotaux, ôc remplois des propres, du jour
de la prononciation de la sentence de séparation,
XCI.
Après ía prononciation ôc exécution forcée ou volontaire
de la sentence de séparation, la femme ne peut rentrer, en
communauté de biens fans le consentement de son mari; mais
la commuauté peut être rétablie du consentement commun du
mari ôc de la femme, pourvu que cela soit fait par un acte au
Greffe du Siège où la Sentence de séparation a été donnée,'
ou par un acte public ôc authentique passé pardevant Notaires,
ou un Notaire ôc deux témoins, ôc la minute laissée chez; le
Notaire, ôc la grosse registrée au Greffe.
XCII.
Par le moyen du rétablissement de la communauté [tous les
actes faits auparavant ôc depuis la séparation demeurent nuls,
quant à la qualité de séparée entre le mari ôc la femme ; mais
les cantrats faits au profit d'un tiers subsistent, ôc les choses
font réduites au même état que s'il n'y avoit jamais eu de séparation.
Tome I. Cc
2oa RECUEIL DES ARRÊTÉS
X C 111.
La femme, en cas de séparation, ou ses héritiers après son
décès, ne peuvent exercer la contrainte par corps contre le mari
ni contre ses héritiers pour les dépens des poursuites faites con-
tre eux pour le paiement des droits de la femme en vertu d'au-
cun jugement ou arrêt des quatre mois.
XCIV.
Si durant le mariage Tun des. conjoints est banni à perpé-
tuité hors du Royaume, ou le mari condamné aux galères per-
pétuelles, la communauté demeure dissolue du jour de la pro-
nonciation, pourvu qu'elle soit contradictoire; ôc si elle est par
défaut ôc contumace, ôc que la partie condamnée ne se repré-
sente dans les cinq ans, la communauté ne sera dissolue qu'a-
près la fin des cinq années.
cxv.
La veuve, noble ou roturière, peut renoncer à la commu-
nauté, pourvu que la chose soit entière ôc qu'elle ne soit im-
miscée dans les biens, ou payée purement ôc fans protestation
les dettes de la communauté.
XCVI.
La renonciation n'est valable fi, dans trois mois, à comp-
ter du jour du décès du mari, il n'a été fait bon ôc loyal
inventaire des biens de la communauté, avec les héritiers du
mari ou eux-dûement appelles, ou qu'il n'ait été affirmé tel à la
fin par la veuve en personne, ou par Procureur fondé de pro-
curation spéciale, annexéee à la minute de finventaire.
XCVII.
La renonciation de la veuve doit être faite dans Tinventaíre,
ou par un acte séparé, inséré au pied de la minute, dans un
mois après la derniere vacation de Tinventaire, fans autres for»
malités.
DE M. DE LAM OIGNON. 303;
XCVIII.
En cas de prédécès de la femme, ses héritiers ont aussi la
faculté de renoncer à la communauté, encore qu'il n'en soit
parlé dans le contrat de mariage, dans le même délai d'un mois
après la derniere vacation de Tinventaire qui aura été fait à la
diligence du mari, laquelle renonciation sera faite par un acte
public ôc authentique passé pardevant Notaires, dont sera laissé
minute, ôc sera signifié au mari par un huissier ou sergent, en
présence de deux records qui signeront Toriginal ôc la copie de
Texploit, avec expression du' lieu où le sergent est immatri-
culé, des noms, surnoms, âges, qualités ôc demeures des records.'
XCIX.
Si la veuve, même cèlle qui est mineure, est convaincue
d'avoir recélé ôc diverti quelques effets de la communauté, ou
d'en avoir disposé avant Tinventaire, ou qu'elle ait omis de mau-
vaise foi d'y employer quelques effets considérables, eu égard
à la condition des parties, elle demeurera privée de la portion
qu'elle eût pu prétendre dans les choses recélées, diverties ôc
omises, tant par droit de communauté, don mutuel ôc autre-'
ment ; ôc outre elle demeurera commune avec les créanciers
ôc les héritiers du mari.
C.
Si les héritiers de la femme ont diverti ou recélé quelques
effets de la communauté, ou favorisé les recélés, divertisse-
ments ôc omissions volontaires faites par le mari, ils demeu-
reront communs à Tégard des créanciers, ôc tenus au paiement
des,sommes à eux dûes. *
CI.
La reprise rfa point de lieu même à Tégard de la femme si
elle ne lui a été expressément accordée par le contrat de ma-
riage, auquel cas elle fait fur tous les biens du mari, même fur
Ccij
204 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ses propres encore qu'il n'en soit point fait de mention ôc que
la chose soit conçue en termes généraux.
CIL
S'il est dit que la femme reprendra ce qu'elle a apporté,
ne sont comprises dans la clause les donations, legs ôc suc-
cessions échues à la femme durant le mariage ôc qui sont en-
trées en communauté, lesquelles elle ne pourra reprendre s'il
n'en est fait mention expresse.
C 111.
La stipulation de reprise au profit de la femme, en cas. de
renonciation à la communauté de ce qu'elle a apporté ou
,
qui lui est échu durant le mariage, ne passe à ses héritiers col-
latéraux ni à ses enfants, fans convention expresse.
CIV.
Par la renonciation faite par les héritiers de la femme pré-
décédée, la moitié, qu'ils étoient fondés de prendre dans les
biens de la communauté, accroît au mari, ôc en cas de prédécès
du mari, la portion de la veuve, qui renonce à la commu-
nauté, accroît à Théritier des meubles ôc acquêts, ou au lé-
gataire universel, à Texclusion des héritiers des propres, ôc toutes
les dettes passives de la communauté seront payées par Théritier
des meubles ôc acquêts, ou légataire universel.
cv.
Si la femme ou ses héritiers, depuis la renonciation par eux
faite à la communauté, ont recélé ôc diverti quelques effets,
ou favorisé le recélé ôc" le divertissement, la renonciation ne
laissera d'être valable, ôc seront condamnés à la restitution dis.
double de ce qui aura été recélé ôc diverti.
CVL
On peut agir extraordinairement par voie d'information con-
tre le mari ôc la veuve, ôc contre leurs héritiers pour les re*
DE M. DE LAMOIGNON. aoj
eélés ôc divertissements des effets de la communauté ; mais fur
Tinformation on ne peut ordonner qu'un simple interrogatoire,
après lequel Taffaire demeurera civilisée ôc la poursuite conti-
nuée aux fins d'une condamnation pécuniaire, fans toutefois
que les accusés soient reçus à faire enquête de leur part, sauf
à fournir de reproches contre les témoins.
CVII.
La veuve, nonobstant la renonciation par.elle faite à la com-
munauté est tenue d'avancer de ses deniers tout ce qui est dû
,
aux Boulanger , Boucher , Epicier , Cabaretier, ôc autres
qui ont fourni leurs vivres durant la derniere année, ôc aussi
les'salaires des Médecins, Chirurgiens, ôc le prix des médi-
caments de la derniere maladie du mari, pour en faire par elle
le recouvrement fur les biens de la succession de son mari, si
bon lui semble.
CVIII.
II n'est dû aucuns droits féodaux ôc seigneuriaux pour le dé-
laissement fait à la femme ou à ses héritiers, des acquêts faits
durant le mariage, en paiement de ses remplois, reprises ôc autres
conventions matrimoniales, supposé même que la femme ou ses
héritiers aient renoncé à la communauté.
CIX.
Mais si on délaisse à la veuve ou à ses héritiers des propres
du mari, les anciens droits féodaux ôc seigneuriaux en seront dûs.
: ex.
Par la vente faite depuis la dissolution du mariage, ôc avant
le partage de la communauté par IÔS héritiers du prédécédé au
survivant des conjoints, ou par le survivant aux héritiers du pré-
décédé, des acquêts faits durant le mariage, ir*n'est pareillement
dû aucuns droits féodaux ni seigneuriaux,
lo6 RECUEIL DES ARRÊTÉS
CXI.
Pour licitation judiciaire ou conventionelle faite entre le sur-*
vivant des conjoints ôc les héritiers du prédécédé, ou entre
les héritiers de l'un ôc de l'autre, des héritages acquis durant
la communauté, ne sont dûs aucuns droits féodaux ôc seigneu-
riaux, encore que les étrangers aient été admis à la licitation,
pourvu qu'ils ne soient adjudicataires.
CXII.
Après le décès de la femme, le mari noble peut prendre les
.meubles corporels étant dans la communauté, en payant toutes les
dettes mobiliaires ôc les frais des obsèques de la défunte, pour-
vu qu'il n'y ait point d'enfants.
CXIII.
Le même fera observé à Tégard de la veuve du mari noble j
quoiqu'elle soit de naissance roturière.
CXIV.
Et néanmoins à Tégard des personnes domiciliées en la ville
ôc fauxbourgs de Paris, les meubles y étant, ne seront compris
en la faculté ci-dessus accordée au survivant.
cxv.
Office de judicature de finance domanial ou de police,
, ,
est immeuble, ôc fi le mari en est pourvu avant son mariage,
il n'entre point en communauté, ôc ce qui aura été payé du temps
•ôc des deniers de la communauté, pour le prix de Toffice, sera
rapporté par le mari à la communauté, pourvu qu'il n'y ait
point de convention contraire dans le contrat de mariage,
•CXVI.
Si le mari, durant le mariage, vend Toffice dont il étoit
pourvu auparavant, les deniers n'entrent point en communauté,
mais ils appartiennent à Théritier du mari, fans que la femme y
puisse rien prétendre par droit de communauté.
DE M. DE LAMOIGNON ^07
CXVII.
Des sommes payées durant la communauté, pour supplément
de financé ou autrement sans nouvelle attribution de droits,
Tofficier ou ses héritiers n'en -doivent aucune récompense à la
Communauté; mais si moyennant les sommes payées, il y a eu
de nouveaux droits attribués à Toffice, il sera en la liberté de
Tofficier ôc de ses héritiers de récompenser la communauté,
en retenant les droits, ou d'abandonner les droits à la com-
munauté fans récompense.
CXVIII.
Le mari survivant a droit de retenir Toffice acquis durant la
communauté, en rendant aux héritiers de la femme le demi-
denier de ce qui en a été tiré, tant pour le traité de Toffice
que pour les frais de lettres ôc de réception, fans <jue les hé-
ritiers de la femme puissent prendre part à Taugmentation du
prix, fi aucune est arrivée.
CXIX.
Si le mari survivant ne veut retenir Toffice acquis durant la
communauté, il n'y peut être contraint,
cxx.
Et s'il n'y a point eu d'inventaire, le mari qui continue Texer-
cice de Toffice pendant Tan ôc jour, à compter du jour du
décès de la femme, n'est recevable à abandonner Toffice à la
communauté.
C X XI.
L'office donné au mari, durant la communauté, n'entre point
en communauté, ôc demeure pour le tout au mari Ôc à ses
héritiers, fans faire aucune récompense à la femme; mais èfc
donné au mari ôc à la femme conjointement, il tient lieu de
conquêt, sauf au mari, en cas de survivance,-à le retenír fì
bon lui semble, en payant aux héritiers de la femme, prenant
•ao'8 RECUEIL DES A R R Ê T Ê S
îa communauté, la moitié de la juste valeur de Toffice, au
temps du décès de la femme.
CXXII.
Les offices dont les provisions se trouvent en blanc, ou
remplies du nom du mari, fans avoir été suivies de réception,'
ôc ensemble les portions acquises par le mari dans les offices
dont les provisions sont sous le nom de tierces personnes, sont
.meubles entre les deux conjoints ôc leurs héritiers, ôc entrent
dans le partage des effets de la communauté.
ÇXXIII,
La charge qui étoit exercée par le mari avant son mariage/
par commission ou matricule, étant convertie en titre duranç
Ja communauté, est propre au mari, en remboursant à la com-
munauté les deniers, si aucuns en antété tirés pour le titre de;
Toffice,

TITRE XXXIII.
De la continuation de Communauté.
ARTICLE PREMIER.
K^ u A N D Tun des deux conjoints par mariage décède, dé-
laissant aucuns enfants mineurs issus du même mariage, fi le
survivant ne fait faire inventaire des biens qui étoient communs
au temps du trépas, avec personne capable ôc légitime con-
tradicteur, les enfants peuvent, si bon leur semble, demander
continuation de. communauté, laquelle dure, encore que le sur-?
vivant se remarie,
IL
*
:DE M. DE LAMOIGNON. .30?
II.
Pour la dissolution de la communauté, Tinventaire doit être
fait ôc parachevé dans trois mois, à compter du jour de la mort
du prédécédé, clos ôc affirmé en justice dans trois autres môis,
auquel cas la communauté demeurera dissolue du jour du décès.
III.
Et néamoins si durant les trois premiers mois le survivant sait
quelqu'affirmation, il tiendra compte à ses enfants de la moitié
des deniers qui y ont été employés, s'il ne fait apparoir qu'ils
soient provenus d'ailleurs que des effets de la communauté.
IV.
La date de Tinventaire sera prise du jour de la derniere va-
cation; ôc si la derniere journée se trouve datée hors les trois
mois, Tinventaire en ce cas sera censé fait après trois mois.
V.
Les contradicteurs légitimes, qui doivent être appelles à Tin-
ventaire, sont les enfants parvenus en majorité, les émancipés
par justice, assistés de leur curateur, le tuteur des mineurs, au-
tre que le survivant; ôc si le survivant est leur tuteur, sera.ap-
pelle leur subrogé tuteur ou le curateur à eux donné à Teffet
de Tinventaire.
VI.
La présence de Texécuteur du testament du prédécédé, celle
d'un Substitut de notre Procureur-Général ôc de nos Procureurs
furies lieux ou du Procureur de Seigneurie, n'est suffisante pour
rendre valable ôc solemnel Tinventaire auquel les contradicteurs
légitimes n'ont été appelles.
VII. -
,
Pour la validité de Tinventaire, il est nécessaire qu'il soit sir
gné à la fin de chacune vacation des Notaires ôc autres Offi-
ciers présents, ou encore des parties comparantes ou que
,
Tome L Dd
'áto RECUEIL DES ARRÊTÉS *
mention soit faite qu'elles n'ont pû ou voulu signer de ce in*
terpellées.
VIII.
II est aussi requis, pour faire un inventaire valable, que dans
trois autres mois, après la derniere vacation, il soit clos ôc affir-
mé en justice.
I X.
La clôture doit être faîte au Greffe, ôc ne contient autre*
chose qu'une simple affirmation du survivant des père ôc mère
que Tinventaire est fidèle ôc entier, ôc qu'il n'a été rien recé-
lé ni omis,
X,
L'omission volontaire Ôc frauduleuse de quelqu'effet considé-
rable, rend Tinventaire nul ôc insuffisant pour dissoudre la com-
munauté.
XI.
L'acte d'affirmation, faisant la clôturé de Tinventaire, sera'
signé du survivant ôc des contradicteurs légitimes; ôc si aucun;
d'eux ne fait signer, il en sera fait mention fur le registre..
XII.
Si aucun des contradicteurs fait refus de comparoir à Tin-
ventaire ou à Tacte de clôture ou affirmation, ou.de signer l'un
ou l'autre acte, sera obtenu jugement contre lui, portant que
dans le délai qui sera ordonné, il sera tenu de comparoir Ôc
de signer, sinon que Tacte de clôture ou affirmation .validera
comme s'il étoit signé, lequel jugement., avec Texploit de si-
gnification, demeureront au Greffe ôc seront transcrits fur le
ïegistre.,
'XIII..
* Le survivant
est tenu de lever une grosse de Tacte de clô-
ture ôc d'affirmation,, ôc de la faire annexer à la minute, de
DE M. DE LAMOIGNON. hïv
.Tinventaire, pour être transcrite au pied des grosses du même
inventaire, le tout à peine de nullité.
XIV.
Si Tinventaire n'est fait, clos ôc affirmé avec toutes les for-*
mes ci-dessus ordonnées, il sera au choix des enfants de faire
courir ôc continuer la communauté jusqu'à ce que le survivant
ait fait un inventaire valable, bien ôc dûement clos ôc affirmé,'
ou bien d'arrêter la communauté au jour de la mort du pré-
décédé des père ôc mère, ou bien au jour de la derniere va-
cation de Tinventaire, ou au jour de la clôture ou animation,
XV.
Mais si Tinventaire Ôc Tacte de clôture & affirmation sont
en bonne forme, ôc ont été faits hors les délais ci-dessus, les
enfants seront obligés de renoncer absolument à la continua-
tion de communauté, ou de la prendre pour tout le temps qui
aura couru depuis la mort du j>rédécédé des père ôc mère, jus-
qu'au jour que Tacte de clôture ôc affirmation aura été annexé
à Tinventaire.
XVI.
Les enfants qui ont été mariés du vivant des père ôc mère,
& ont renoncé par leur contrat de mariage à leurs successions,
ou du moins à celles du prédécédé, ne peuvent demander la
continuation de communauté.
XVII.
Si le survivant des père ôc mère a droit de prendre à quel-3
que titre tous les meubles du prédécédé en pleine propriété,"
ôc les fruits de tous les immeubles de tous ses enfants, il n'y
aura point dé continuation de communauté.
XVIII.
La communauté de biens entre le mari ôc la femme étant établie
par la coutume ou par la convention du contrat de mariage, la con-
Ddij
3Í2 RECUEIL DES ARRÊTÉS
tinuation de communauté aura lieu au profit des enfants, sous les
conditions ci-deffus ordonnées, encore qu'il n'en soit fait men-
tion dans la coutume ou dans le contrat de mariage.
XIX.
Si aucuns des enfants demandent la continuation de la com-
munauté, ôc les autres la rejettent, ceux qui la prendront au-
ront la portion entière qui eût appartenu à tous les enfants fi
elle eût été par eux acceptée,
X X,
-
La continuation de la communauté ne peut être demandée
par les créanciers , ni par le mari ,-ou la femme de Tenfant
qui avoit droît de la demander.
* XXI.
Si tous les enfants font majeurs, Hs ne peuvent demander
îa continuation de la communauté.
XXII.
Quand les enfants mineurs ou aucuns d'eux demandent la con-
tinuation de la communauté, les profits ôc les charges de ìà
continuation se communiquent à tous les enfants majeurs ôc mi-
neurs qui la veulent prendre ; mais si les enfants mineurs ne de*
mandent la continuation de la communauté, ceux qui sont ma-
jeurs ne sont point capables de la prendre de leur chef.
XXIII.
Si le mineur décède en minorité, les autres enfants qui étoîent
majeurs lors du décès du père ou de là mère sont recevables
à prendre du chef du mineur décédé la continuation de la com-
munauté, nonobstant les déclarations contraires qui pourroient
avoir été faites parle mineur, ou son tuteur, durant fa minorité.
XXIV.
Et si Tenfant, qui étoit mineur lors du décès de ses père 6c
mère, décède en majorités les autres enfants,, qui étoient ma-
DE M. DE LAMOÏGNON, si3
jeurs lors du décès du père ©u de la mère, peuvent aussi
pren»
,dre la continuation de communauté du chef du mineur,'
pourvu qu'il n'ait fait en majorité aucune déclaration con-
traire.
XXV.
La continuation de communauté, qui a commencé avec des
mineurs, ne cesse par leur majorité.
XXVI.
Si au temps de la dissolution, du mariage aucuns des enfants font
mariés, la communautéparticulière par eux contractée à cause de
leur mariage, ne les empêche de participer à la continuation de
communauté avec le survivant, ôc les acquisitions particulières
que font les enfants mariés, n'entrent point dafïis la continuation
de la communauté.
XXVII.
L'enfant qui est mineur ôc marié lors du décès, du père ou
de la mère, peut de son chef demander la continuation de corn,,
munauté, quand même elle seroit refusée par les autres enfants.
XXVIII.
Si Tenfant a demandé la continuation de communauté,'le
droit ayant été une fois établi en fa personne, il passe à ses
créanciers, ôc pareillement à son mari ou à fa femme, pour
en discuter les droits ôc y prendre ce qui pouvoit revenir a
•Tenfant du chef duquel la continuation est demandée.
XXIX.
S'il n'y a qu'un seul enfant, son héritier ou légataire uni-
versel, ôc ses créanciers, sont capables de demander du chef de
Tenfant la continuation de communauté; mais s'il décède du-
rant la continuation ôc qu'il y ait d'autres enfants, la portioni
du décédé accroît à ses frères ôc soeurs,
aï* RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXX.
Si aucuns des enfants qui ont continué la communauté meu-
rent, ou tous hors un, les survivants du survivant, continuent
la communauté, ôc prennent tous les biens de la continuation de
communauté acquis avant ôc depuis le décès dès enfants.
XXXI.
Par le décès de Tun des petits enfants qui doivent prendre
part dans la continuation de communauté, par représentation de
leurs père ôc mère, fa portion acroît à ses frères ôc soeurs, ôc ne
tombe dans la succession de ses meubles ôc acquêts.
x'xxn.
La portion qu'avoit Tenfant décédé dans les meubles de la
communauté, en Tétat qu'ils étoient au temps de la dissolu-
tion du mariage, ôc les acquêts immobliers, si aucuns il y a
de son chef, appartiennent au survivant des père ôc mère, en
oualité d'héritier des meubles ôc acquêts du défunt, ôc sont
les meubles portés par le survivant dans la continuation de
communauté, ôc les acquêts immobilierssont propres au survivant.
XXXIII.
La succession de Tenfant pécédé durant la continuation de
communauté, n'est tenue des dettes passives dont elle est
chargée.
XXXIV. •
Mais les autres dettes* de Tenfant décédé sont portées par
le survivant des père ôc mère en qualité d'héritier des meu-
bles ôc acquêts, ôc par ses frères ôc soeurs héritiers des pro-
pres, à proportion de ce qu'ils amendent de la succession, sans
en ce comprendre la portion de la continuation de commu-
nauté qui revient aux frères ôc soeurs par droit d'accroissement >
laquelle n'est tenue de contribuer aux dettes,
DE M. DE lAMOIGNON. aiy
XXXV.
Les dettes passives de Tenfant décédé, dont le survivant des
.
père ôc mère est tenu comme son héritier mobilier, entrent dans
la continuation de communauté jusqu'à la concurrence de la ya-
ieur des meubles de Tenfant qui sont portés par le père ou la
mère dans la même continuation de communauté.
XXXVI..,
Si le survivant se remarie, la communauté est continuée par
tiers avec le second mari ou la seconde femme. '
XXXVII.
Après la dissolution du mariage si le prédécédé avoit des
enfants d'un premier lit, la communauté ne continue pas avec eux.
XXXVIU.
Mais si le second mari ou la seconde femme, ont des en-
fants d'un autre précédent mariage, avec lesquels ils vivoient
en continuation de communauté, les enfants du premier lit
sont admis à la continuation de communauté,
XXXIX.
Et néanmoins tous les enfants des précédents mariages de
chacun des conjoints ne font ensemble qu'une tète, ensorte que
des biens de la continuation de la communauté, le mari en prend
un quart, la femme un autre quart, les enfants des précédents
mariages du mari, un quart qui sera subdivisé entr'eux par tête
ôc égales portions, ôc les enfants des précédents mariages de
la femme un autre quart, à diviser pareillement entr'eux par
égales portions. '
XL.
Si les enfants du premier lit prennent la continuation de la
communauté du temps de' la viduité, ils ne peuvent refuses
d'entrer en celle du temps du second mariage,
aicT RECUEIL DES ARRÊTÉS
XLI.
La part qui revient aux enfants des conquêts immeubles faíts
durant le premier mariage, est propre naissant en la personne
des enfants, ôc n'entre point en la continuation de la commu-
nauté du temps de la viduité; mais les portions des enfants
dans les conquêts immeubles faits durant la continuation de
communauté du temps de la- viduité, leur sont acquêts ôc néan-
moins n'entrent point dans la continuation de communauté du
second mariage.
X L 11.
Les portions qui appartiennent au survivant des conjoints
dans les conquêts faits durant le premier mariage ôc dans .ceux
de la continuation de communauté, du temps de la viduité,
lui tiennent lieu d'acquêts, ôc n'entrent point dans la continua-
tion de communauté du second mariage.
XLIII.
Mais tous les effets mobiliers de la communauté du temps
du mariage, entrent dans la continuation de communauté du
témps de la viduité, ôc en cas de second mariage, les droits
mobiliers des deux communautés précédentes entrent dans la
communauté du second mariage,
X L I V.
Les fruits pendants par les racines,' au jour de la dissolution
du mariage, entrent dans la continuation de communauté, pour-
vu qu'ils soient exploités ôc séparés du fonds avant la dissolu-
tion de la continuation de communauté.
XLV.
Les remplois des propres aliénés durant le mariage ôc les
continuations de communauté, doivent être repris avant parta*
ge au profit de celui auquel les propres appartiennent, ôc n'en-
trent dans la continuation de communauté.
XLVI;
DE M. DE LAMOIGNON. ài7
XLVI.
Le propre conventionnel, stipulé par le premier contrat, n'en-
tre dans les continuations de communauté, ôc doit être con-
servé à ceux en faveur desquels la stipulation des propres a
été faite.
XLVII.
Quand le survivant des père ôc mère passe en secondes noces j
Ôc que dans le contrat de mariage le second mari ou la secon-
de femme stipule qu'une partie de ses effets mobiliers lui tien-
dra nature de propre, telle convention est valable, ôc doit être
exécutée contre le mari ôc la femme, ôc non à Tégard des
enfants du premier lit qui y prendront leur part.
X L V 111.
Et le semblable sera observé pour-la clause du préciput, sti-
pulé par le second contrat de mariage au profit du survivant
des conjoints, qui sera exécutée entr'eux-fur les portions qu'ils
doivent prendre dans la continuation de communauté; ôc à Té-
gard du préciput accordé par le premier contrat de mariage,
il demeure confus dans les continuations de communauté du
temps de la viduité du second mariage.
XLIX.
!Les acquêts faits par les enfants en particulier durant les
,
Continuations de cpmmunauté, n'y entrent point, ni les conti-
nuations de comunauté ne seront point chargées de dettes par-
ticulières contractées par chacun des enfants.
L. '
. .
La continuation de communauté n'est composée que des ef-
fets communs des père ôc mère, ôc de ceux que le survivant
acquiert des revenus des mêmes biens, ou par son industrie.
LI.
Si par le premier contrat de mariage il a été convenu que
Tome I» Ee
2Ig, RECUEIL DES ARRÊTÉS
les immeubles des père ôc mère, même les propres pré-
sents ôc à venir, entreront en communauté, ou que les con-
joints payeront séparément les dettes mobiliaires par eux créées
auparavant, les conventions seront exécutées tant pour la com-
munauté du premier mariage que pour les continuations de com-
munauté, du temps de la viduité ôc du second mariage; mais
les mêmes clauses insérées dans le second contrat de mariage,
n'auront effet qu'entre les deux conjoints; ôc à Tégard des en-
fants issus de leurs précédents mariages, la continuation de com-
munauté sera réglée suivant le droit commun établi par les
coutumes. >
LIL
Les rentes constituées, dûes parla communauté du temps du
mariage, n'entrent point dans la continuation de communauté
du temps de la viduité, ôc celles qui sont dûes par la com-
munauté du temps de la viduité, n'entrent point dans la con-
tinuation de communauté du temps du second mariage.
LUI.
Mais la continuation de communauté du temps de la viduité
Ôc du second mariage est tenue de toutes les dettes mobiliaires
créées auparavant.
LXVw
Après la dissolution de la continuation de communauté, ôc
avant le partage,- les enfants rapporteront la somme qui en a
été tirée pour pâyer les frais funéraires du prédécédé de leurs
père ôc mère.
LV.
Le survivant des- père ôc mère peut, durant la continuations
de communauté, disposer valablement, même par donation en-
tre vifs, des immeubles par lui acquis durant la continuation
de la même communauté, mais ne peut du tèmps de là conti-
£>E M. DE LAMOIGNON, iip
íiuatíon de la viduité disposer des conquêts de la communauté
précédente; comme aussi ne peut^ durant la continuation du
temps du second mariage, disposer des conquêts faits durant
le premier mariage ou durant la viduité.
LVI.
Si les conquêts faits durant le premier mariage ont été alié-
nés durant les continuations de communauté, des temps de la
viduité ôc du second mariage, ôc ceux faits durant la viduité
ont été aliénés durant le second mariage , Taliénation est
nulle pour les portions des enfants, lesquels y pourront ren-
trer, sauf à Tacquéreur à se pourvoir pour ses dommages ôc in-
térêts contre la personne ôc sur les biens particuliers du ven-
deur, fans que les enfants en puissent être recherchés, sup-
posé même qu'ils aient amendé de la continuation de commu-*
nauté, pendant laquelle Taliénation a été faite.
LVII.
Et néanmoins les fruits de la chose aliénée ne seront rap-*
portés aux enfants, finon du jour de la dissolution de la con-
tinuation de communauté.

TITRE XXXIV.
Du Douaire, de UAugment de dot, Préciput
ÔC Gain de Survie.

ARTICLE PREMIER,
X Ln'y aura pour les mariages qui seront contractés ci-après en
pays de coutume ôc de droit écrit, autre douaire, augment de
Eeij
22Ó RECUEIL DES ARRÊTÉS
dot, préciput ôc gain de .survie, que celui qui sera convenu!
par le contrat de mariage.
II.
S'il n'y a point de contrat de mariage, il n'y aura aucufí
douaire, ni augment de dot, ni préciput, ni gain de survie.
III.
Si le contrat de mariage ne fait aucune mention de Taug-
ment de dot, préciput, gain de survie, ou de. douaire, la con-
vention des mêmes droits, par un acte postérieur, sera inuti-
le ôc de nul effet.
IV,
La mort civile du mari ne donne point ouverture au douaire
ni à Taugment de dot, sauf à la femme de demander en justii
ce une pension qui ne pourra excéder le mi-douaire.
V.'
Le douaire ôc Taugment de dot seront délivrés de quelque1
nature qu'ils soient, tels qu'ils auront été convenus fans aucuns
retranchements ni réduction, sinon pour la légitime des enfants»
VI,
.
Le douaire baillé en rente annuelle ou par assignat assiette,
ôc
fera estimé ôc réglé fur le pied du denier de Tordonnance, qui
aura lieu au jour de la dissolution du mariage, ôc s'il n'est que
viager, il sera estimé, eu égard àl'âge de la douairière, savoir :
jusqu'à Tâge de trente-cinq ans, à la moitié, depuis trente-cinq
jusqu'à cinquante au tiers, depuis cinquante jusqu'à soixante-
cinq, au quart, depuis soixante-cinq jusqu'à soixante-dix à trois
années, ôc depuis soixante-dix à deux années seulement ; ôc la
même proportion sera suivie dans les décrets, ôc lorsque le
douaire entrera dans une contribution en droits ôc effets ma'-
biliers du mari,
DE M, DE LAMOIGNON, ***
VIL
De la rente constituée en douaire, ne pourront être demarjj»
dé que cinq années, comme des rentes constituées à prix d'argent,
VIII.
La confiscation ôc la commise arrivée par le fait du mari,
durant le mariage, ne fait âucun préjudice au douaire de la
femme ôc des enfants, ni à Taugment de dot.
IX.
Les fruits, arrérages ôc intérêts du douaire ôc de Taugment
de dot courent du jour du décès du mari, fans qu'il soit be»
foin de les demander en justice.
X.
Mais à Tégard des tiers acquéreurs, les fruits des héritages
ÔC les arrérages des rentes par eux acquises, rie peuvent être
prétendus que du jour de la demande contre lui faite, en justice,'
xi. -:-:...:; ;.-• .-:;''•,->
* Si durant le mariage il a été fait des bâtiments Ôc autres
impenses fur le fonds baillé en douaire, la douairière prendra
les choses comme elles se trouveront au jour du décès, fans
remboursement des impenses ôc améliorations.
.-.
X 11,
Mais si les bâtiments ne sont en bon état, ils seront repa-
ies aux dépens de la succession du mari.
XIII.
Et lesemblable sera observé àTégard"des:enfants; âouairiers;
qni prendront aussi les bâtiments en Tétât qu'ils se trouveront
à la fin de la jouissance du douaire, après avoir été bien ôc due-
ment réparés.
" " XIV. ". lï--\:
La douairière prendra les fruits naturels pendants par les ra*
cines lors de Touverture du douaire, en: remboursant les la?
223 RECUEIL DES ARRÊTÉS:
bours, semences façons; ôc le semblable sera observé à Té-
ôc
gard de ceux qui entreront en jouissance des fonds sujets ati
douaire, après Textinction du douaire de la veuve.
XV..
La charge du douaire en deniers ou én rente doit être réglée
,
comme:lés autres dettes passives, mobiliaires ôc immobiliaires
de la succession du père.
XVI.
:
La prescription contre la femme ôc les enfants douairiers^
pour les choses sujettes au douaire, ne court du vivant du maris
mais elle commence au jòur de son décès, même contre les
enfants, durant la jouissance de leur mère ôc autres douairières.
XVII.
r Les biens substitués ne font sujets à là dot, au douaire ni á
Taugment de dot -sinon' en un seul cas, lorsque la promesse 3
été faite par Tinstitué en ligne directe au défaut des biens li-
bres; mais les biens substitués ne sont sujets aux autres con-
ventions matrimoniales, non pas même à la restitution des ba-
gués ôc joyaux, nonobstant toutes clauses ôc stipulations con*
traires. V ;.]'.' i
,
XVIII.
•: La dot, Taugment de dot ôc le douaire, seront payés par priví-<
lege fur le prix des immeubles donnés au mari par son contrat de
mariage, même avant les créanciers du mari antérieurs en hy-
pothèques ^ máis : à Tégard du remploi des propres, préciput,;
gain de survie ôc autres conventions, la femme viendra en son
ordre .d'hypothèque après les créanciers antérieurs.
XIX.
Si pour le douaire ôc Taugment de dot, a été promis unei
rente en fonds, elle sera fournie eu égard au revenu des hé-'
ídtages du mari.au temps de son décès. !
.DE M. DE LA10ÏGNW 223
- '
^ XX < -
-~
- :
Et
fí les héritages donnés au mari par son contrat dé ma-
riage ont été saisis réellement de son vivant, la 1 saisie réelle
n'empêchera point la délivrance de la rente, pourvu que les
créanciers saisissants Ôc opposants n'aient point de privilège ífuï
les mêmes héritages.
XXI.
Le décret fait après le décès du mari purge le douaire ôc
Taugment de dot à Tégard de la veuve ôc des erifàríts, encore
que la veuve soit tutrice de ses enfants, ôc qu'elle soit obligée
en son nom aux dettes qui ont donné- cause a la saisie.
XXII.
Mais si du vivant du mari, Timmeuble qui avoít été baillé
en douaire ou pour Taugment de dot, est.décrété à la" requê-,
te ou fur Topposition des- créanciers postérieurs en hypothè-
que à celle du douaire, îa Veuve & lès enfants'dòúaíribrs pour-
ront vendiquer Timmeuble nonobstant le décret, ôt qu'il n'y
ait eu de leur part aucune opposition. "* J
r-
' XXIÌL -
-;: "- - "-^;:iP ;b
Et
le saisissant ou aucun des 'opposantsr-:a: unc^ fiypôtnëque
si
plus ancienne ôc préférable à celle du douaire ôc de Taugment
de dot, le décret sera valable; ôc néanmoins il fera'"en ïà li-
berté de la veuve ôc des enfants d'évincer Tadjudicat'airè
de1mariages ,
en payant toutes les dettes antérieures au-contrat
sauf à la veuve ôc aux enfanté â se fàire rembourser sur les au-
fres biens des sommes quî auront été par eux panées;
,- • .
.xx^yf r "; 7:'"\".:\:' \"';";-

Si Timmeuble décrété durant la vie du mari étoit? seulement


hypothéqué au douaire, Ou délaissé £ar uff fîtn^lé^ assignats le
décret tiendra,-ôc néàiirìioins la yéuVè ôl'ies:7enfatìts dótiáiriers-
pourront contraindre ceux des- créanciers'"qui font postérieure
£2* RECUEIL DES ARRÊTÉS
en hypothèque à celle du douaire, à rapporter les sommes pour:
lesquelles ils sont entrés utilement en ordre, avec les intérêts
du jour de la demande, jusqu'à la concurrence du fonds ôc des
arrérages du douaire ; ôc si tous les créanciers saisissants ôc op-
posants étoient postérieurs à l'hypotheque du douaire, il sera
en la liberté des douairiers de se pourvoir contre le décret ou
contre les créanciers.
XXV.
L'augment de dot n'aura lieu, sinon en cas que la femme sur-
vive; ôc en cas de survie, la propriété en demeurera réservée
ôc appartiendra pour le tout aux enfants issus du mariage, mê-
me lorsque la veuve demeure en viduité ; ôc s'il n'y a point
d'enfants, il demeurera en pleine propriété à la veuve, s'il n'a été
autrement convenu par le contrat de mariage.
"
XXVI.
N'est dû aucun douaire à la femme-qui a été mariée ôc est
.
demeurée veuve avant Tâge "de douze ans accomplis, ôc ne peut
aussi être demandé le douaire qui a été promis par un mineur
de quatorze ans, si la dissolution du mariage est arrivée avant
l'âge de quatorze ans accomplis.
;.;-.:. _.
,v
.
xxvn.
Le"douaire ne peut être-dénié à la veuve sous prétexte de
l'impuissance du mari, de laquelle il n'y'a eu aucune plainte par
elle, rendue durant le mariage, ni depuis la dissolution d'icelui;
s
\".sl .-- "._')', XXVIïg, ;'
Mais le douaire ne sera dû si lá femme, du vivant de sori
mari, s'est plainte de son impuissance, encore que Taffaire n'ait
été jugée définitivement, pourvu que la plainte ait été portée
çn justice, ôç que le mari soit décédé durant le cours de las
première, procédure, ou de Tappel interjeté par la femme du;
jugement coruiri^atif du mariage,
.
XXIX^
DE M. DE LAMOIGNON. 22s
XXIX.
Si on donne à la femme pour son douaire la jouissance ou
la propriété d'une portion par quotité des biens du mari, la con-
vention sera nulle, ôc la femme ni les enfants n'auront aucun
douaire. • -
XXX.
Mais on pourra assigner pour le douaire un ou plusieurs im-
meubles particuliers, une rente par assiette en fonds de terre,
une rente annuelle, ôc une somme payable en argent.
XXXI.
La veuve aura son douaire son augment de dot, encore
ÔC
qu'elle n'ait rien apporté en mariage, ou que la dot, qui lui
a été promise, n'ait point été payée. *
XXXII.
Si la douairière est troublée en la jouissance du fonds qui
lui a été baillé par assiette, ou assigné pour son douaire, elle
pourra se pourvoir fur les autres biens du mari pour la garan-
tir du trouble ôc pour la récompenser en cas d'éviction.
XXXIII.
La veuve jouira de son douaire par usufruit durant sa vie,
supposé même qu'elle ait passé à d'autres noces.
XXXIV.
Et contrat de mariage, le douaire a été donné en
si par le
pleine propriété, la convention sera valable, pourvu que le mari
ne laisse au jour du décès aucuns enfants du même ou d'un au-
tre précédent mariage.
XXXV.
Le douaire Taugment de dot se prennent sur les biens du
ôc
mari fans la diminution du droit de communauté, si aucun appar^
tient à la femme, ni du don mutuel fait entre les conjoints durant
le mariage, ôc des autres donations faites par le mari à fa femme.
Tome I. Ff
Z26 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXVI.
La veuve aura délivrance de son douaire à sa caution jura-
toire, même du douaire qui est payable en argent; mais si elle
passe .à un autre mariage, elle sera tenue de bailler bonne ôc
suffisante caution à ceux auxquels le fonds ôc la propriété du
douaire doit retourner.
XXXVII.
La soumission de la caution juratoire doit être faite au Gref-
fe, ôc signifiée aux enfants ôc héritiers du mort dans quarante
jours, à compter du jour du décès du mari; Ôc le temps passé,
fans autre sommation, elle perdra les fruits, arrérages ôc intérêts de
son douaire, jusqu'à ce que la soumission ait été faite ôc signifiée.
* XXXVIII.
Et au cas que la douairière se remarie, les fruits, arrérages
Ôc intérêts: du douaire, cesseront du jour du second mariage^
jusqu'à ce qu'elle ait présenté ôc sait recevoir sa caution.
XXXIX.
Les droits Ôc profits de fiefs dûs par le décès du mari, ôc
pour les autres mutations durant le cours du douaire, du chef
.des héritiers ôc ayants cause du mari, doivent être payés par
ses héritiers en Tacquit. de la douairière.
XL.
Le propriétaire du fonds baillé en douaire peut faire cou-
per ôc vendre les bois de haute-futaie, ôc les autres grands
arbres, fans se consentement de la douairière ôc sans lui faire
aucune récompense; mais elle jouira des taillis ôc des autres
fruits que le fonds pourra produire.
X L I.
Sï le fonds baillé à la femme en douaire, par le contrat de
mariage, a été aliéné fans son consentement elle peut le
,
vendiquer; Imais si elle a consenti à Taliénation, elle se pour-
DE M. DE LAMOIGNON. 227
voira sur les biens de la succession de son mari pour le rem-,
placement d'un fonds de pareille qualité ôc valeur.
X L11. .

La douairière est tenue d'acquitter les cens, rentes, cham-


pârts, terrages, dixmes, ôc autres charges foncières, imposées
fur le fonds qui lui a été baillé en douaire; mais Théritier est
tenu d'acquitter la douairière des droits de ban ôc arriere-ban,
franc fiefs, ôc nouveaux acquêts.
XLIII.
Les hommages des vassaux pour les mutations arrivées du-
rant le cours du douaire, doivent être faits au propriétaire ôc
non à la douairière.
XLIV.
Les baux à ferme, faits avant Touverture du douaire, seront
entretenus par la douairière, pourvu qu'il n'y ait fraude ni an-
ticipation ; mais les baux par elle faits demeureront résolus du.
jour de Textinction du douaire.
XLV.
La douairière entretiendra les fonds à elle baillés en douaire
de toutes réparations, hors les quatre gros murs, des gros murs
de refends, escaliers entiers, poutres, voûtes, couvertures en-
tières, ôc partie des couvertures lorsqu'il faudra lever les lattes.
XLVI.
Si la veuve a fait prosession de religieuse, la jouissance du
douaire cessera, sauf, au défaut d'autres biens, à prendre fur le re-
venu des héritages qui étoient sujets au douaire, fa pension aux
termes ôc sous les conditions portées par les derniers règlements»
XLVII.
La femme qui a quitté ôc abandonné son mari, ôc n'étoit
avec lui lors de son décès, demeurera déchue de plein droit
de son douaire, encore que le mari n'eût fait aucune plainte
Ffij
£28 RECUEIL DES ARRÊTÉS
de son absence, si ce n'est qu'elle Tait abandonné pour cause
raisonnable,, dont elle ait rendu sa plainte en justice.
XLVIII.
L'accusation d'adultère, commencée ôc non abandonnée par
le mari, peut être continuée par ses héritiers après fa mort
pour faire priver la veuve de son douaire ôc de ses autres con-
ventions matrimoniales, encore que le crime soit demeuré éteint
par le décès du mari.
XLIX.
Si le mari, de son vivant, ne s'est plaint en justice de la con-
duite ôc des moeurs de fa femme, ses héritiers ne seront re-
çus à en faire la recherche, non pas même par. voie d'excep-
tion pour la faire décheoir de son douaire.
L.
La veuve, convaincue de supposition de part, ou d'avoir
vécu impudiquement durant Tannée de son deuil, sera privée
de son douaire,
LI.
Les héritiers ne seront recevables à proposer le fait d'im-
pudicité durant Tannée de deuil, s'il n'y a d'ailleurs quelque
commencement de preuve.
LII.
Le douaire demeure éteint par les secondes noces durant
Tan de deuil, à Tégard des enfants ôc des héritiers.
LUI.
Celles qui se remarient follement à des personnes indignes
de leur qualité, 'demeurent déchues de plein droit de leur
douaire; ôc si elles ont des enfants, elles seront en outre in-
terdites de Taliénation ôc administration de leurs biens.
LI V.
Le douaire qui avoit été acccordé à la femme en propriété
DE M. DE LAMOIGNON. 229
demeurera réduit à un simple usufruit, encore que tous les en-
fants qui ont survécu leur père, décèdent du vivant de la
douairière, Ôc le fonds passera aux héritiers des enfants.
LV.
Le douaire est propre aux enfants ès coutumes qui Tordon-
nent, nonobstant les dérogations ôc conventions contraires por-
tées par les contrats de mariage; mais ès autres coutumes où.
le douaire n'est que viager pour la femme, on peut convenir
par le contrat de mariage que le douaire sera propre aux en-
fants; ôc pour la nullité ou validité des conventions, sera con-
sidérée la coutume du lieu où le mari a son domicile actuel
lors du contrat de mariage, nonobstant que le contrat ait été
passé ailleurs.
LVI.
Le douaire, qui est propre aux enfants par la coutume ou par
la convention du contrat de mariage, appartient aux enfants issus
du même" mariage en saveur duquel a été constitué le douaire
L V 11.
Le douaire acquis aux enfants du premier lit, par la cou-
tume ou par la convention du contrat de mariage, ne fera re*
tranché sous prétexte de la légitime des enfants issus des au-
tres mariages, ôc pareillement le douaire des enfants des se-
cond ôc autres mariages ne souffre aucune réduction pour la
légitime des enfants issus des mariages postérieurs,
LVIII.
Mais si dans la succession du père commun il ne se trouve
des biens suffisants pour la légitime entière des enfants des pre-
miers lits, elle sera fournie ôc suppléée sur les biens sujets au
douaire des derniers mariages contre les veuves ôc les enfants
qui en sont issus.
23o RECUEIL DES ARRÊTÉS
L I X.
Les enfants, issus du mariage en faveur duquel le douaire
a été constitué, peuvent aussi, en défaut d'autres biens, deman-
der leur légitime ôc le supplément sur le fonds sujet au douaire
de leur mère, avec les revenus ôc intérêts du jour du décès
de leur père,
LX.
Le douaire doit être partagé entre les enfants qui se trou-
veront vivants lors du décès du père,
LXI.
L'enfant qui est héritier de son père, même par bénéfice d'in-
ventaire, ne peut être douairier, ôc fa portion du douaire ac-
croîtra à Thérédité, ôc n'augmente point les portions des au-
tres enfants qui se tiennent au douaire.
L X I I.
Les enfants douairiers ne sont tenus de payer les dettes du
père, créées depuis le contrat de mariage, ni de rembourser
les créanciers qui ont prêté les deniers pour payer les répara-
tions faites par le père fur les fonds baillés en douaire; mais
ils doivent rendre ce qu'ils ont reçu du père en mariage, ou
autrement, ou moins prendre fur le douaire,
LXIII.
Si aucuns des enfants décédés avant leur père ont laissé des
enfants, ils prendront par représentation dans les fonds du
douaire la même portion qui eût appartenue à leur père s'il
eût survécu.
LXIV,
Les biens baillés en douaire se partagent entre les enfants
ôc petits-enfants venants par représentation, avec la prérogative
d'aînesse ôc cle masculinité, çomme les biens échus par suc^
cession.
DE M. DE LAMOIGNON. 231
LXV.
Si la veuve renonce purement ôc simplement à son douai-
re, ou qu'elle en soit déchue, les enfants qui en ont la pro-
priété entreront en jouissance du jour de la renonciation ou
d'échéance.
LXVI.
Le douaire d'une somme venue aux enfants, perd la nature
de propre ôc de douaire, ôc y succèdent les plus proches hé-
ritiers mobiliers.
LXVII.
Les enfants pourront prendre conjointement la qualité d'héri-
tiers du père, ôc la propriété de Taugment de dot fans en faire
rapport, ôc néanmoins Taugment de dot entrera dans la compu-
tation de la légitime des enfants en la succession paternelle.

TITRE XXXV.
De VHabitation
ARTICLE PREMIER».
JL_ droit d'habitation dans une des maisons du jnari n'est dû
E
à la veuve, sinon lorsqu'il lui a été accordé expressément parle
contrat de mariage.
IL
La veuve ne pourra choisir pour son habitation une maison
située dans une ville, si le contrat de mariage n'en fait mention,
III.
Le droit d'habitation, dans une maison de campagne, corn-
553,
RECUEIL DES ARRÊTÉS
prend aussi la basse-cour, en laissant au fermier les lieux
dont il a accoutumé de jouir pour le logement de fa famil-
le, de ses domestiques ôc bestiaux, ôc les greniers, granges ôc
autres bâriments qui servent pour reserrer les fruits de la
terre,
IV.
Jouira pareillement la veuve des préclôtures, à la réserve du
colombier, des fossés, ôc des choses qui produisent un revenu
ordinaire, s'il n'y a convention contraire.
.V,
Si par le contrat de mariage on a accordé à la veuve son
habitation dans le château ou autre maison, elle n'aura que la
jouissance des lieux nécessaires pour son logement, ôc ceux de
ses domestiques, ôc d'une portion du jardin destiné pour les
légumes; mais si on lui a accordé le château ou autre maison
pour son habitation, elle aura la totalité des logements Ôc des
autres choses mentionnées ès articles précédents.
VI.
' S'il y a des enfants, la veuve n'aura pour son habitation que
le second château ou maison, le principal demeurant à Taîné,
nonobstant toutes conventions contraires.
VIL
S'il n'y a qu'un seul manoir, les logements seront divisés en-
tre Taîné des enfants ôc la veuve, au dire d'experts, en telle
forte que le principal appartement demeure à Taîné.
VIII.
Le droit d'habitation demeure éteint du jour des secondes
noces, ôc si la femme retourne en état-de viduité, elle ne
rentre point dans son droit d'habitation.
IX,
Le droit d'habitation demeure aussi éteint par les mêmes cau-
ses
DE M. DE LAMOIGNON; ^
.ses que le douaire, nonobstant toutes conventions contraires,
X.
La charge d'habitation doit être portée par celui des hérí-i
tiers auquel appartiennent les bâtiments ôc autres lieux sujets
à Thabitation, fans qu'il puisse en demander la récompense en-<
tre ses cohéritiers.
XI.
La veuve, avant que d'entrer en jouissance de son habita-
tion, peut demander que les lieux soient visités ôc mis en bon
état dé réparation, le tout aux frais des héritiers, pour être
rendus en pareil état après Thabitation finie,
XII.
Durant la jouissance de Thabitation, la veuve doit entrete-
nir les lieux de toutes réparations viagères, ainsi que lá
douairière.
XIII.
La veuve, qui a droit d'habitation, peut loger avec elia
d'autres personnes, même leur abandonner une partie de son
logement, pourvu qu'elle retienne une chambre meublée, fans
toutefois en retirer aucuns loyers ni récompense, à peine de}
privation de son droit.

Tome L Gg
^ " RECUEIL DES ARRÊTÉS

T I T RE XXXVI.
Des Dispositions simples ôC mutuelles
entre Mari ÔC Femme.
ARTICLE PREMIER.
IJ'E S donations simples entre vifs, ôc testamentaires, entre ma-
ri ôc femme, auront lieu durant le mariage dans les pays où les
loix ôc les coutumes les permettent.
/ II.
Et dans les lieux où les donations font prohibées entre les
conjoints, ils ne peuvent donner aux ascendants Tun de l'autre,
ni au parent dont le donataire est héritier présomptif.
III.
Mais ils peuvent faire testament mutuel ou commun, soit
qu'il y ait communauté de biens entr'eux ou non, au profit
de leurs enfants communs; ôc même dans les pays où ils ont la
faculté de donner Tun à l'autre, leur testament mutuel peut
être au profit Tun de l'autre.
IV.
N'est valable le testament mutuel ou commun, s'il n'est re-
çu par des personnes publiques en la même manière que le sim-
ple, ôc n'est requis de doubler les formalités, encore que ce
soit le testament de deux personnes,
V.
Au testament mutuel ôc commun, même lorsqu'il est fait par-
devant personnes publiques, la signature est nécessaire, ÔC ls
déclaration de ne savoir signer n'est suffisante,
DE M, DE LAMOIGNON; 23?
VI.
Le testament mutuel ôc olographe sera valable, pourvu que
chacun ait écrit ôc signé sa disposition ; ôc fi un seul écrit les
dispositions de deux, il sera nul, encore que tous deux aient
signé, ôc même à Tégard de celui qui a écrit ôc signé.
VIL
Testament mutuel ôc commun n'est valable, s'il est fait pat
autres personnes que par les conjoints par mariage..
VIII.
Peuvent les conjoints révoquer le testament mutuel ÔC com-
mun, conjointement ou séparément, ôc à Tínsu Tun de l'autre,
même en extrémité de maladie, avant ou après le décès de
Tun d'eux, fans qu'il soit nécessaire de signifier Tacte de ré-»
vocation.
IX.
Et si dans les lieux où les avantages entre mari ôc femme
font licites, le survivant a exécuté le testament ôc retiré quel-
ques avantages, il pourra le révoquer pour son regard en quel-
que temps que ce soit en rapportant à la succession du pré-,
décédé le profit ôc avantage qu'ila reçu de la disposition.
X.
Homme ôc femme conjoints par mariage, peuvent, même
dans les coutumes qui défendent tous avantages entre mari ÔC
femme, faire donation mutuelle. entre vifs, étant en santé,
l'un à l'autre également, de tous leurs biens, meubles ôc acquêts,
immeubles, faits durant le mariage, qui se trouveront appar-
tenir au premier mourant àl'heure de son décès, pour en jouir
par le survivant en propriété ès lieux où la loi ôc les coutu-
mes, le permettent, ôc par usufruit en tous les autres lieux; ôç
en cas d'usufruit le survivant sera tenu de bailler caution suf-
fisante de restituer les biens, lorsqu'il sera éteint.
Ggij.
i3g RECUEIL DES ARRÊTÉS
XI.
Ne vaudra la donation mutuelle ès coutumes qui défendent
aux conjoints de donner Tun à l'autre, ou qui permettent seu-
lement le don mutuel, s'il y a des enfants issus de leur mariage
commun ou d'autres précédents mariages ; mais s'il y a des en-
fants ôc l'autre non, celui qui n'a point d'enfants peut donner
par testament ou par une donation simple aux enfants de l'au-
tre , ce qui est permis de donner par la loi ou par la coutume
aux étrangers.
XII.
Le décès des enfants, qui étoient vivants au jour du don
mutuel, ôcpouvoient empêcher Teffet de la disposition, ne va-
lide point le don mutuel fait auparavant.
XIII.
Quand il y a communauté de biens entre mari ôc femme par
ïa coutume ou par convention, le don mutuel entre les-con-
joints n'a lieu que pour les choses communes, ôc il demeure
révoqué de plein droit par la séparation de biens qui a été de-
puis jugée ôc exécutée.
: XIV. -ï.~-
Don mutuel demeure aussi révoqué de plein droit par la sé-
paration d'habitation, même en pays où la communauté de biens
n'a point lieu.
:\ , r :-,. XV. " : = '
Don mutuel est nul, s'il n'a point été passé pardevant No--
taires, ôcs'il n'y en a minute.
'
•'••."' '
-
XVI. ':

Sera tenu le mari faire insinuer le don mutuel dans les qua-
tre mois du jour du contrat, Ôc la femme dans les quatre mois
du jour du décèâ de soir mari, lé tout à peine de nullité à
Tégard des héritiers ôc des créanciers, ôc tiers acquéreurs,
DE M. DE LAM OIGNON. .S37
XVII.
Le don mutuel peut être révoqué par Tun des conjoints
avant Tinsinuation ; mais après Tinsinuation il ne peut être ré-
voqué, sinon du consentement des deux parties.
XVIII.
Le donataire mutuel est saisi du jour du décès, fans être
obligé d'en demander la délivrance.
XIX.
Et néanmoins ès lieux où il ne vaut que par usufruit il ne
gagne les fruits que du jour qu'il a présenté caution suffisante :
Ôc demeurent les fruits à Théritier jusqu'auxjour de la présen-
tation, laquelle il peut faire en jugement dès la première assi-
gnation.
XX.
Mari ôc femme étrangers, encore que l'un ou tous deux ne
soient point naturalisés, peuvent se donner mutuellement.
XXI.
En don mutuel, la femme est suffisamment autorisée par la
présence ôc signature du mari, ôc les termes d'autorisation n'y
sont point nécessaires.
XXII.
Le mari peut, nonobstant Tinsinuation du don mutuel, dis-
poser entre vifs, autrement qu'à titre de libéralité, des choses
.
contenues au don mutuel, ôc la femme survivante ne peut avoir
la propriété ou l'usufruit que de ce qui reste au jour de la mort :
du mari.
XXIII.
Si le mari ôc la femme donnent conjointement aucunes des
choses contenues au don mutuel, la donation est valable ôc di-
minue d'autant le don mutuel.
258 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXIV.
Mari âgé de quatorze ans, & la femme de douze, peuvent se
sonner valablement par don mutuel, sans autorité de tuteur ou
curateur.
XXV.
II suffit, pour l'égalité du don mutuel, que les deux con-
joints soient en tel état de santé qu'ils puissent faire une dis-
position entre vifs, & que la quotité des choses données soit
égale de part & d'autre, autrement le don mutuel est nul pour
le tout; & quant à l'égalité d âge, elle n'est point nécessaire.
XXVI.
La femme, qui a renoncé à la communauté, ne peut jouir
du don mutuel.
XXVII.
ILS lieux où le donataire mutuel a la propriété des meubles,
ìl payera les dettes mobiliaires jusqu'à concurrence des meu-
bles & effets mobiliers contenus au don mutuel; & s'il n'en
a que l'usufruit, il avancera seulement le paiement des dettes
mobiliaires pour lui être remboursé après l'extinction du don
mutuel.
XXVIII.
Si le donataire mutuel a la propriété des acquêts où. les cou-
tumes le permettent, il payera les dettes immobiliaires contrac-
tées durant la communauté, & s'il n'en a que l'usufruit, il en
payera les arrérages échus durant le cours du don mutuel; mais
le donataire mutuel n'est tenu de payer les legs ôc autres dispo-r
íìtions testamentaires.
XXIX.
Le donataire mutuel, qui ne jouit que par usufruit des meu-
bles, fera tenu de les faire vendre en la manière accoutumée,
fi mieux il n'aime les xçtenir pour leur juste valeur, selon l'e-
DE M. DE LAMOÏGNOK; *&
ctímàtîon qui en sera faite par experts avec l'héritier, le tout
fans s'arêter à la prisée de l'inventaire.

TITRE XXXVII.
Des secondes Noces.
ARTICLE PREMIER.
J_J E mari ou la femme, passant à de nouvelles noces, ne
pourront directement ni indirectement avant ou après le ma-
riage donner de leurs biens, même par donation mutuelle, ou
constitution de douaire 6c augment de dot, à leur nouveau ma-
ri ou femme, ni à leurs enfants issus d'un précédent mariages
ni pareillement à leur père & mère, plus qu'à celui des en-
fants du donateur qui prendra le moins dans les biens; & ce
qui excédera fera retranché de la donation.
II.
Pour faire la réduction de la donation, la part du moins pre-
nant des enfants ne peut être moindre que fa légitime, encore
qu'elle ne soit par lui demandée.
III.
Dans le retranchement qui fera fait, seront considérés tous
les enfants du donateur qui seront vivants au jour de son dé-
cès, même ceux issus du second mariage,
IV.
Seront aussi compris au nombre des enfants ceux qui auront
renoncé à la succession du donateur, & nonobstant la renon-
ciation ils prendrontpart au profit du retranchement, ôc ne feront
tenus des dettes contractées par le donateur depuis la donation.
a^ RECUEIL DES ARRÊTÉS'
V.
Si le donateur ne laisse au jour de son décès que des pe-
tits enfants, le donataire n'aura qu'une portion pareille à celle
du moins prenant des petits enfants; mais si les petits enfants
viennent par représentation à la succession de leur aïeul ou aïeule t
avec un oncle ou une tante, ils seront tous considérés çomme
y
un seul enfant,
vi.
Si au jour du décès du donateur, tous les enfants & petits-
enfants issus des précédents mariages font décédés, les enfants
çlu dernier lit ne pourront demander à leur père ou mère do-
nataires la réduction de la donation.
VII.
Si les enfants font héritiers du donateur, la part qu'ils pren*
nent au retranchement fera imputée en leur légitime,
VIII.
Les choses données au second mari ou à la seconde femme
entrent dans la computation des biens pour régler la portion
yírile du donataire.
IX.
Le droit de la communauté coutumière 6c de la convenu
tionnelle, ès pays où elle n'a pas lieu, ne doit être considéré
que comme un avantage sujet à retranchement à cause des se»
c.ondes noces,
'
X.
Si la donation est faite par usufruit, elle sera réduite à l'u?
fufruit de la portion du moins prenant des enfants,
XI.
Ceux qui passent à de secondes noces feront tenus de ré-*
server aux enfants issus de leurs précédents mariages tous les
biens meubles ôc immeubles qu'ils ont reçus de la libéralité des
pères
DE M. DE LAMOIGNON. 241
pères ou mères des enfants, 6c n'en pourront disposer à leur
préjudice en faveur d'autres personnes, pour quelque cause ÔC
manière que ce soit.
XII.
La part échue à la femme dans les conquêts de la première
communauté en vertu de la coutume, ou par convention
, ,
n'est réputée provenir de la libéralité du mari, ôc elle n'est point
obligée de la réserver aux enfants du premier mari.
XIII,
Dans la réservation que ceux qui passent à des secondes noces
font obligés de faire au profit des enfants des précédents lits, n'en-
treront les avantages acquis au survivant par Tordre de la loi ou
de la coutume, ni l'intérêt civil adjugé au survivant pour l'assas-
sinat commis en la personne du prédécédé, ni aussi ce qui est
donné au survivant des conjoints par les parents du prédécédé
en ligne directe ou collatérale, en quelque manière ou pour
quelque cause que ce soit, ni pareillement les portions des biens
du prédécédé acquis au survivant par les successions des enfants
issus des précédents mariages
XIV.
Les biens réservés, à cause des secondes noces, appartien-
nent aux enfants issus du père 6c de la mère qui ont fait la
donation, & à leurs ascendants qui se trouvent vivants au
jour du décès du père ou de la mère donataires, ôc si aucuns sonç
décédés auparavant fans enfants, la réservation sera inutile à. leuç
égard.
XV,
Les enfants, quí ont renoncé à la succession du donateur,"
prennent part de leur chef dans les biens réservés, pourvu qu'ils
soient habiles ôc capables de succéder,
242 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XVI.
Dans les biens retranchés ôc réservés, l'aîné prendra son droit
d'aînesse, ôc le mâle exclura la fille dans les coutumes où le
droit d'aînesse ôc l'exclusion ont lieu.
XVII.
Les immeubles, provenants du retranchement, font propres
aux enfants du côté ôc ligne du donateur; ôc quant à ceux
qui font réservés, ils font propres du côté ôc ligne du donataire.
XVIII.
Le survivant donataire ne pourra disposer des biens réser-
vés, même au profit de l'un des enfants, au préjudice des autres.

TITRE XXXVIII.
Des Donations entre vifs.
ARTICLE PREMIER.
JLÍ E d'esprit ôc furieux, même ceux qui ont de
s imbéciles
bons intervalles, les prodigues interdits par autorité de justice
avec les formes ordinaires, les mineurs de vingt-cinq ans, les
sourds ôc les muets qui ne savent parler ni écrire, ceux qui
sont morts civilement, ôc les malades atteints d'une maladie
qui a trait de mort, ôc qui décèdent dans les quarante jours,
ou qui se voient dans un état prochain de mort naturelle ou
civile, ne. peuvent donner entre vifs.
11.
Ceux qui font incapables de recevoir par testament en tout
ou partie, sont pareillement incapables de recevoir par dona-
tion entre vifs.
DE M. DE LÁMOIGNON, 34?
III.
L'étranger peut donner Ôc recevoir entre vifs, encore qu'il
n'ait point de lettres de naturalité.
IV.
Par contrat de mariage l'homme ôc la femme se peuvent don-
.ner mutuellement ou séparément l'un à l'autre ce que bon leur
semblera, pourvu que le contrat de mariage soit fait avant la
bénédiction nuptiale; mais ils ne peuvent se réserver la faculté
de se faire, durant le mariage, autres avantages que ceux per-
mis entre les personnes mariées par la loi ôc coutume du lieu
oii le mari avoit son domicile lors du mariage.
V.
La donation est nulle, même à l'égard du donateur, fí elle
n'est acceptée par le donataire; mais la signature du donataire
présent vaut acceptation, encore que dans le contrat le terme d'ac-
ceptation ne soit point employé, ôc si la donation est faite à un
absent, la simple ratification suffit, encore que le mot d'ac-
cepter,n'y soit point.
VI.
Les mâles, âgés de quatorze ans accomplis, ôc les filles de
douze ans, peuvent recevoir une donation fans être autorisés.
VII.
Femmes mariées ne peuvent recevoir une donation entre vifs
íàns être autorisées par leurs maris, ou par justice à leur refus»
VIII.
Le tuteur, le père ôc autres ascendants , même la mère
ôcl'aïeule étant en viduité, peuvent recevoir, fans avis de pa-
rents , la donation faite au mineur étant au-dessus ou au-dessous
de l'âge de puberté*
IX.
Donation faite aux enfants non conçus, par autre contrat que
Hhij
*44 RECUEIL DES ARRÊTÉS
celui du mariage, est nulle; mais si elle est faite aux en-
fants nés 6c à naître, ôc qu'au temps de la donation aucuns des
enfants fussent conçus, elle vaut à l'égard de tous, même de
ceux qui font conçus depuis.
X.
C'est donner ôc retenir, quand le donateur s'est réservé le
pouvoir de disposer librement de la chose par lui donnée, ou
qu'il en demeure en possession jusqu'au jour de son décès.
XI.
Ce n'est donner ôc retenir, quand on donne la propriété
d'aucun héritage, retenu à soi l'usufruit à vie ou à temps.
XII.
C'est donner ôc retenir, quand le donateur donne les biens
qu'il aura au jour de son décès, ou qu'il charge le donataire
de payer les dettes faites ou à faire, ou qu'il appose à la do-
nation une condition dont l'exécution dépend de la volonté
du donateur, ou qu'il demeure saisi ôc maître des pièces justi-
ficatives de la donation jusqu'au jour de son décès.
XIII.
Ce n'est donner ôc retenir, quand la donation est faite à lâ
charge d'acquitter les dettes du donateur, présentes ou à venir,
ou de payer les legs qu'il fera par son testament, pourvu qu'en'
l'un ôc l'autre cas la somme soit limitée; ôcsi les dettes ou legs
ne montent jusqu'à la somme réservée, le surplus demeurera
au donataire.
XIV.
Si celui qui a donné, fans réserve d'usufruit, sait refus de
quitter la possession de la chose donnée, il y peut être con-
traint, sur la poursuite du donataire, ôc la condamnation qui
interviendra, tiendra lieu de possession.
DE M. DE LAMOIGNQNÍ t4|>
XV.
Les saisines, vêts ou dévêts, ôc autres solemhítés pareilles
introduites par aucunes coutumes, ne seront dorénavant né-
cessaires pour la validité des donations, ni pour acquérir pos-
session.
XVI.
Quand il y a plusieurs donations d'une même chose faites
à diverses personnes, le second donataire, qui entre le premier
en possession actuelle, sera préféré, pourvu que lors de son
contrat il n'ait eu connoissance de la première donation.
XVII.
Et néanmoins si dans la première donation il y a rétention
d'usufruit, il n'y a point de préférence pour le second dona-
taire qui a le premier pris possession.
XVIII.
Les démissions faites par père ôc mère de tous leurs biensf
ou de partie d'iceux, au profit de leurs enfants, sont irrévo-
cables, ÔC n'ont besoin d'insinuation dans la famille; mais elles
ne peuvent préjucíicier à un tiers, si elles ne sont insinuées.
XIX.
La .donation des biens présents ôc àvenir n'est valable que
pour les immeubles présents ôc pour les meubles dont inven-
taire aura été fait lors de la donation, ôc ne fera le donataire
tenu des dettes contractées par le donateur depuis la donation ;
ôc s'il y a des conditions apposées en la donation, qui ne puis-
sent être appliquées qu'aux biens à venir, elles demeureront
nulles ôc réputées pour non écrites.
XX.
Et néanmoins si les donations de biens présents ôc à venir
font faites par contrat de mariage ou par un don mutuel, ès
lieux où il est permis, elles seiont valables tant pour les biens
*tf RECUEIL DES ARRÊTÉS
à venir que pour les présents, fans qu'il soit besoin de faire
inventaire des meubles.
XXI.
Le donataire des biens présents ôc à venir peut, en se re-
streignant aux biens présents, se décharger des dettes créées de-
puis la donation; mais s'il prend les biens acquis depuis la do-
nation, il fera tenu de toutes les dettes dont le donateur se trou-
vera redevable au jour de son décès.
XXII.
Les donations entre vifs, non insinuées, sont nulles tant à
l'égard du créancier que de l'héritier du donateur.
XXIII.
Toute donation rémunératoire, faite pour quelque cause que
ce soit, doit être insinuée à peine de nullité, sauf au donataire
à se pourvoir par action pour la récompense de ses services.'
XXIV.
Donation entre vifs de l'usufruit d'un immeuble, ou d'une
pension viagère à prendre sur les biens du donateur, est su-
jette à insinuation
XXV.
Donation par écrit ôc d'une somme de mille livres, ou au-des-
sus, ou des choses mobiliaires de pareille valeur, est sujette à
insinuation.
XXVI.
Les donations faites par contrat de mariage entre les deux
conjoints ôc celles à eux faites ou aux enfants qui naîtront
,
du mariage par les pères Ôc mères ôc autres ascendants des con"
joints, sont valables entre les donateurs ôc les donataires Ôc leurs
héritiers, nonobstant le défaut d'insinuation; mais elles n'au-
ront aucun effet contre les créanciers Ôc les tiers acquéreurs,
si elles ne font insinuées.
DE M. DE LAMOIGNON, 247
XXVII.
Et la donation est faite par 1 acte séparé du contrat de
si
mariage, même celle faite par les pères ôc mères en avance-
ment d'hoirie, elle est sujette à insinuation, à peine de nulli-'
té, même à l'égard des héritiers du donateur.
XXVIII.
La donation d'un immeuble, faite par les père Ôc mère ôc autres
ascendants, à l'un de leurs enfants pour parvenir à Tordre de Prê-
trise ôc tenir lieu de titre, est sujette à insinuation à l'égard des
créanciers des donateurs ôc des tiers acquéreurs, ôc ne laisse d'ê-
tre valable dans la famille, encore quelle n'ait été insinuée.
XXIX.
Mineurs, églises, hôpitaux rustiques ôc tous autres ne peu-
,
vent être restitués contre le défaut d'insinuation, encore que
leurs tuteurs ôc adminifbratefurs soient insolvables.
XXX.
La publication faite en jugement, & les autres actes ne peu-
vent suppléer le défaut d'insinuation.
XXXI.
La donation faite à une personne absente est nulle, l'acté
si
d'acceptation & de ratification n'est attaché à la minute de la
donation ôc s'il n'en est fait mention en marge de l'acte d'in-
,
fìnuatiori de la donation.
XXXII. -' v
L'insinuation fera faite au lieu de l'affiette des choses don*
nées ôc du domicile du donateur en nos Sièges, Bailliages'ôc
Sénéchausséës, fans qu'à l'avenir elles puissent être faites dans les
Prévôtés ôc autres nos Justices inférieures, encore qu'au lieu de
l'affiette des choses données, ôc du domicile ' du donateur, il
n'y eût qu'un. Siège de Prévôté ou autre Justice ordinaire.
â*g RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXIII.
II suffit d'insinuer la donation d'une rente constituée, ou d'une
chose mobiliaire, au Bailliage ôç Sénéchaussée du domicile du
donateur.
XXXIV.
La donation, même celle d'usufruit ôc de pension viagère,
n'aura son effet que sur les immeubles situés dans les -Baillia-
ges ou Sénéchaussées où elle aura été insinuée, ôc demeurera
nulle pour les autres immeubles.
XXXV.
Et si la chose donnée consiste en un fies ou franc-aleu, ou
en un corps de ferme composé de plusieurs héritages en ro-
ture, l'insinuation faite au Bailliage ôc Sénéchaussée du princi-
pal manoir fera valable, & suffira pour tous les héritages qui
en dépendent, encore qu'aucuns d'iceux soient situés en un au-
tre Bailliage ôc Sénéchaussée; mais si ce font héritages particu-
liers qui ne dépendent d'un même fief ou franc-aleu, ou une
maison destinée pour l'habitation d'un fermier, l'insinuation doit
être faite en tous les Bailliages ôc Sénéchaussées de la situation
çíes héritages.
XXXVI.
En donation de biens. présents ôc à venir, l'insinuation, pour
ies immeubles acquis depuis la donation faite au domicile d*
donateur, est suffisante.
XXXVII.
L'insinuation peut être faite par un simple porteur de con-
trat, sans procuration du donateur ni du donataire.
XXXVIII,
L'insinuation faite après la mort du donateur est valable, pour-
vu qu'elle soit faite dans les quatre mois, à compter du jour.
$u contrat de donation^
X X X1 x».
DE M. DE LAMOIGNON.
XXXIX.
^
La donation insinuée dans les quatre mois du vivant du do-
nateur prend son effet à l'égard du donateur ôc de ses héritiers
du jour de la donation; mais, à l'égard des tiers acqué-reurs,
créanciers ou autres tierces personnes, elle n'aura effet que 4y
jour de rinsinuation,
XL.
Donation qui ne peut valoir comme donation entre vifs, ne
vaut comme donation à cause de mort, si elle n'est revêtue
des solemnités d'un testament,
XLL
Si la donation est sous seing privé, elle n'aura effet que du
jour qu'elle aura été reconnue en justice ou pardevant No-
taires, ôc que dans la donation, déposée entre les mains d'un
Notaire, il fera fait mention du jour du dépôt au bas ou en
marge de la donation, 6c Pacte de dépôt signé du donateur.
XLIL
Les actes de la reconnoissance ôc du dépôt, faits en un temps
auquel le donateur n'étoit capable de donner ôc rinsinuation
,
faite au même temps n'auront aucun effet, ;*
XLIII,
La donation faite par celui qui n'avoít point d'enfants, de-;
meure révoquée par la survenance d'un enfant légitime, encore
que la donation soit faite par .le contrat de mariage du dona-
teur ou du donataire à titre d'institution ou autrement, ou pour
récompenses de services ou pour quelqu autre cause que ce soitj
nonobstant toutes clauses dérogatoires ôí conventions, con,-?
traires.
„ -,^. ;.
XLIV,
Pour la révocation d'une donation par h survenance des Çttj
fants, no? lettres ne font poiní néççftairesj
10 RECUEIL DES ARRETES
XLV.-
Là ïèVocatión aura lieu, encore que le donateur ait des en-
fants conçus au temps de la donation; mais si lors de la do-
tation, le donateur a "un ou plusieurs enfants vivants, la révo-
cation, pour la survenance d'autrés enfants, naura point lieu.
XLVI.
Pour le retour des enfants absents que le donateur croyoit
être décèdes au jour de la donation, -la donation demeure ré-
voquée de plein droit.
XLVII.
La donation faite par un père n'ayant que des filles, à un
parent portant son nom, Ou à la charge de porter -son nom,
est révoquée par la survenance d'un enfant mâle.
XLV III.
Si le donateur avòit des enfants naturels au jour de la do,
nation, elle demeure aussi révoquée par la légitimation des en-
fants faite par le mariage subséquent.
XLIX.
Au cas de la révocation de la donation par la survenance
d'enfants, les biens donnés ne sont sujets aux conventions de
la femme du donataire, non pas rnême subsidiairement en cas
d'insolvabilité du mari.
L.
Donation de chose singulière, ou par quotité au-dessous du
quart des biens qu'avoit le donateur au jour de la donation,
n'est point révoquée par survenance des "enfants; mais si elle
est du quart òu au-dessous, ou d'une chose singulière valant
le quart des biens ou au-dessus, elle sera révoquée pour le tout*
L-I.
La ratification expresse, faite par le père depuis la naissance
des enfants ou d'aucuns d'eux, rend la-donation irrévocable,
DE M. DE LAMOIGNON. Sjtó
mais son silence n'empêche pas que ses enfants, après son dé«
çès, en qualité de ses héritiers, ne puissent poursuivre la ré-
yocation.
LU. ,;;.'í ;
La donation demeurera en sa force, fi avant la déclaration
faite par le père donateur pour la révocation de la donation
arrive la mort naturelle ou civile des enfants nés ou légitimés,
depuis la donation.
LUI.
Le donateur, en conséquence de la révocation, peut vendí-
quer entre les mains des tiers détenteurs les choses données,
sauf à eux leur recours contre çeux dont ils les ont acquises,
ôc les hypothèques ôc autres charges imposées depuis la dona-1
tion demeurent éteintes.
LIV.
La prescription des tiers acquéreurs contre Faction du do-
...
nateur commence du jour de la naissance du premier enfants
ôc non auparavant.
LV. "' ' " "'""' ^

En cas de révocation, les fruits ne.sqnt sujets à restitution


r
que du jour de la demande.
LVI.
Le père donateur n'est tenu de réserver les biens révoqués
à-ses enfants nés depuis la .dotation, rnaìs il a la liberté d'en
dispgser ainsi que de ses antres .biens.. '..-."
Donations entre vifs peuvent être révoquées pour cause d'irí-*
gratitude, ôc néanmoins les .hypothèques créées par le dona-
taire fur les biens donnés,, ôcjbs aliénations faites avant le.cas
gwgïatitude, demeujerjt^a^eHr ^tier^.
........ ^ ... .
,T
ays RECUEIL DES ARRÊTÉS
LVIII.
Si le donateur ne s'est plaint de son vivant de ríngratitu-
8e, son héritier ne pourra révoquer la donation, Ôc l'action pour
la révocation.de la donation, qui n'aura point été exercée du
yivant du donataire, ne peut être commencée contre son héritier;
LIX.
Lesbiens, donnés par le père à son fils, retournent au pere^
fi le fils donataire décède fans enfants du vivant de son père;
LX.
Si Pensant à qui le père a fait une donation par le contrat
de son second mariage, décède sans enfants du second lit, le
fère ne succède aux choses par lui données, si le donataire a
laissé des enfants d'un premier mariage.
LXI.
Les biens donnés retournent au père francs ôc quittes de
toutes charges ôc hypothèques qui ont été imposées par le do-
nataire, ôc les aliénations par lui faites demeurent révoquées
en faveur du donateur.
LXII.
Si "Pensant donataire décède ayant enfants, ôc que depuis sort
'décès ses enfants décèdent avant le donateur, les biens donnés
retournent à l'aïeul donateur.
LXIII.
'" Nonobstant la confiscation Ôc la commise jugée contre le fils^
les biens, qui lui ont été donnés par son père, retournent au
père, encore qu'il y ait des enfants issus du fils; si ce n'est qu'il y
ait remise de la commise ou de la confiscation au profit des enfants.
LXÏV.
Le retour des choses données a lieu pareillement au parofít de
la mère & des autres ascendants paternels ôc maternels, Ôc non à
l'égard des autres donateur^ s'U n'a été expressément stipulé par h
donation,
'£ ~~ ì !.. ......
DE M. DE LAMOIGNONJ fc-ï$

TITRE XXXIX.
Des Institutions contractuellesv
ARTICLE PREMIER.
3~J E institutions contractuelles à titre universel ôc de quotités
s
les déclarations d'aîné ôc^ de principal héritier, ôc les promesses
de conserver aux héritiers présomptifs, ou à aucuns d'eux, leurs
portions héréditaires, ou l'égalité entre les héritiers, sont va-
lables en ligne directe ôc collatérale, pourvu qu'elles soient
faites par contrat de mariage, ôc si elles sont faites par d'autres
actes Ôc contrats, même de société de tous biens, elles n'auront
aucun effet.
II.
Le nom d'aîné ôc principal héritier, inséré dans les quali-
tés du contrat, est inutile, s'il n'y a clause .expresse dans le mê-
me contrat portant la déclaration de fils aîné ôc principal hé-
ritier.
III.
Les convenances de succéder, telles que dessus, peuvent
être faites par les contrats de mariage de ceux qui sont insti-
tués, ôc par les contrats de mariage de ceux qui font Insti-
tution de leurs descendaats ou héritiers présomptifs en ligne
collatérale, encore que l'institution ne soit faite au profit de
ceux qui contractent mariage.
IV. >
La promesse de conserver la portion héréditaire n'a effet que
..

pour, celui en faveur duquel elle a, été faite, ôç ne profite aux,


a^ RECUEIL DES ARRÊTES
autres enfants héritiers ; mais la promesse de conserver l'égalité
profite à tous les héritiers.
V.
Les convenances de succéder telles que dessus faites en fa-
veur des enfants, descendants, héritiers présomptifs, ou autres
personnes en nom collectif, comprendront aussi les personnes
qui n'étoient nées ni conçues au temps de la disposition, pour-
vu qu'elles soient au moins conçues du vivant de celui qui a
disposé; ôcfipar les dispositions les mâles sont préférés aux fil-
les, les mâles conçus, du vivant de celui qui a disposé, seront
préférés aux filles nées avant ou depuis les dispositions.
VI.
L'insinuation n'est nécessaire pour la validité des déclarations de
fils aîné ôc principal héritier, ôc autres convenances de succéder ;
& néanmoins-elles ne pourront préjudlciêr aux tiers acquéreurs ni
aux créanciers, quoique postérieurs, si elles n'ont été bien ÔC
dûment insinuées.
VII.
Ceux en faveur desquels les dispositions ont été faites, ne
peuvent s'en départir du vivant ôc du consentement de ceux
qui ont fait les mêmes dispositions, mais elles seront révoquées
pour cause d'ingratitude, ôc par la naissance ôc légitimation
subséquente des enfants, ainsi que les donations entre vifs.
VIII.
Quand le père ou la mère ont hypothéqué la portion héré-
ditaire de -leur fils, en leur suturé' succession, avec conventions
matrimoniales de la femme, les immeubles qu'avoient alors le
père ou la mère sont hypothéqués ]k la femme jusqu'à ia con-
currence de la portion contingente du fils dans les mêmes immeu-
bles imputation préalablement faîte de ce qui lui au*a ét^
,
éoimé par le contrat de mariage,.
DE M. DE L; AM OIG N O N; 2;;
IX.
Les sommes que le père ou la mère auront baillées à leur
fils depuis le contrat de mariage, fans fraude, diminueront d'au-
tant la portion héréditaire de leur fils dans les immeubles qui
leur appartenoient lors du contrat de mariage; mais ne pour-
ront préjudicier aux hypothèques acquises à la femme fur la
portion du mari dans les biens du père ôc de la mère, aux-
quels elle pourra s'adresser après la discussion des biens de sort
mari, si elle n'a consenti ôc approuvé les paiements qui ont été;
faits à son mari.
X.
Celui qui .est déclaré fils aîné ÔC principal héritier, est saisi
du jour de la déclaration de son préciput, ôc de sa portion
avantageuse dans les biens féodaux ôc de fa portion héréditaire
dans les autres immeubles qui appartenoient à celui qui a fait la
disposition lors du contrat de mariage, fans qu'il puisse en dis-
poser au préjudice de l'ainé.
XI.
L'héritier institué par contrat de mariage, autre que le fils
aîné, est tenu de se contenter des biens qui se trouveront en-
tre les mains de celui qui a fait l'institution au jour de son dé-
cès, ôc pourra Tinstituant les aliéner ôc hypothéquer de son vi-
vant, ainsi que bon lui semblera.
XII.
Ne pourra néanmoins Tinstituant en disposer par donation
entre vifs, ou testamentaire à titre universel ou de quotité,
que jusqu'à la concurrence d'un quart ôc au-dëssous, au pré-
judice de l'institué; ôc si la disposition excède le quart, elle
sera retranchée ôc réduite au quart.
XIII.
Si l'hérkier institué par contrat de mariage décède- avant cè>
*0 RECUEIL DES ARRÊTES
lui qui a fait l'institution, il transmet le droit qu'il avoít à scá
enfants ôc descendants seulement; mais s'il ne laisse aucuns en-
fants ôc descendants, l'institution demeurera caduque par son
prédécès.

TITRE XL
<
Retrait Lignager
ARTICLE PREMIER.
X o u R retirer par retrait lignager, il suffit d'être parent à
quelque degré que ce soit, de celui qui a mis l'héritage ou ren-
te foncière dans la famille ; ôc il n'est pas nécessaire d'en être
descendu.
II.
Qui n'est habile à succéder dans fa famille,' ne peut retirer
par retrait lignager.
III.
Etnéanmoins l'enfant qui a été exhérédé par ses père ôc mèrex
ou l'un d'eux, n'est exclu du retrait lignager, même de l'hé-5
ritage vendu par celui qui l'a exhérédé,
IV,
II suffit d'être conçu dans l'an ôc jour de la publication de
ï'acquisition, pour être admis au retrait, pourvu que 1'actior*
soit intentée dans le même délai.
V,
Les enfants ôc autres descendants du vendeur peuvent, mê*-:
jne après son gUíçès exercer le retrait! encore cjuils en soient
héritiers^
DE M. DE LAMOIGNON. 257
héritiers, pourvu qu'ils intentent leur action dans l'an Ôc jour.
VI.
Si l'héritage est vendu à un lignager, ôc que le lignager le
revende à une tierce personne qui n'est point de la ligne, la
seconde vente donne ouverture au retrait, qui pourra être exercé
même par le premier vendeur, ôc néanmoins le remboursement
fera fait, eu égard au prix du second contrat.
VII.
Quand l'acquéreur, qui n'est en ligne, a des enfants qui sont
en ligne, retrait n'a lieu; ôc néanmoins il pourra être exercé
par les enfants ou aueuns d'eux, ôc si I'acquisition ôc publi-
cation a été faite durant le mariage, l'an ôc jour du retrait ne
commencera à courir que du jour de la dissolution du mariage.
VIII.
Si les enfants qui exercent le retrait étoient mineurs lors
de la dissolution du mariage, le temps du retrait ne commen-
cera en ce cas qu'au jour de leur majorité, contre le père &
la mère qui ont été leurs tuteurs
IX.
Le lignager qui premier fait ajourner en retrait, doit être
préféré à tous autres, encore qu'ils soient plus prochains.
X.
Si en un même jour il y a deux exploits en retrait ligna-
ger, celui qui l'aura fait donner avant midi fera préféré à ce-
lui qui aura fait donner l'exploit après midi; ôc si tous deux
font avant ou après midi, le parent plus prochain sera préféré.
XI.
Le retrait lignager n'est.cessible à autre qu'à celui qui est de
la ligne; mais après le retrait adjugé, [le retrayant peut dis-
poser de l'héritage comme de son bien, pourvu qu'il n'y ait
aucun traité précédent ni fraude.
Tome h Kk
2;8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XII.
Retrait lignager aura lieu dans tout notre royaume, lieux9
provinces de notre obéissance.
XIII.
Le lignager majeur ou mineur, présent ou absent, doit in-
tenter son action dans l'an ôc jour de la publication faite en ju-
gement du contrat de vente, au Siège du bailliage ôc Séné-
chaussée de la situation de l'héritage sujet à retrait, pour tous
les héritages tenus en fief ôc censive ou en franc-aleu; ôc le
temps passé, le lignager demeurera déchu du droit de retrait
fans espérance de restitution.
XIV.
Dix ans de possession, contre les lignagers majeurs ou mi-
neurs, équipolent à la publication.
XV.
Le temps de la signification en retrait lignager doit échoir
dans l'an ôc jour, à peine de nullité.
XVI.
II ne sera dorénavant nécessaire dans l'exploit de demande en
retrait lignager, ôc dans le cours de la procédure, de faire les offres
ni d'observer les autres formalités prescrites par les coutumes.
XVII.
'Héritages propres aliénés à prix d'argent, ou baillés â rente
r achetable hors de la ligne, peuvent être retirés par un parent
de la même ligne, à la charge de rembourser l'acquéreur du
prix principal, frais ôc loyaux coûts, encore que l'héritage n'ait
fait souche en directe.
XVIII.
Si l'héritage est baillé à la charge d'une rente non racheta-"
ble, avec des deniers d'entrée excédants la valeur de la rente,
retrait a lieu.
DE M. DE LAM OIGNON. 5;p
XIX.
En échange, s'il y a soulte excédente la valeur de la-irrokié,
l'héritage est sujet à retrait pour le tout; mais si la soulte est
moindre que la moitié, il n'y a lieu au retrait.
XX.
Le droit de bail à longues années, cédé à une tierce per-
sonne, est sujet à retrait s'il étoit propre en la personne du
cédant, pourvu que ce qui reste à expirer du temps du bail,
lors de la demande en retrait, soit au-dessus de dix ans.
XXI.
Bail à vie, ou usufruit vendu n'échet en retrait, encore que
la vente soit faite à un autre qu'au propriétaire.
XXII
Quand parle contrat de vente l'acquéreur, pour la totalité ou
partie du prix, a constitué fur soi une rente, ou s'est chargé
de payer à des tierces personnes les rentes dues par le vendeur,
retrait a lieu,
XXIII.
En cas de vente des loges, boutiques, étaux, places, ôc au-
tres lieux, achetés ou pris à rentes des corps, communautés
ou particuliers , ôc des fonds par nous engagés qui étoient
propres au vendeur, ils sont sujets à retrait. '
XXIV.
Offices, même les Greffes ôc"droits domaniaux, ne sont sujets
à retrait.
XXV.
Rentes foncières non rachetables étant aliénées à prix d'ar-
gent, tombent en retrait.
XXVI.
Si le créancier de la rente stipulée non rachetable en a reçu
le rachat avant faction en retrait, le lignager ne peut retirer
Kkij
aifa RECUEIL DES ARRÊTÉS
.
la rente pour la faire revivre ; mais il peut retirer le fonds baillé
à rente, ôc l'an ôc jour court du jour de la publication del'acte,
portant rachat ôc amortissement de la rente.
XXVII.
Les choses ôc les droits mobiliers de quelque prix qu'ils
soient, ôc les rentes constituées a prix d'argent ne tombent
en retrait.
XXVIII.
La superficie des bois de haute-futaie vendue séparément ôc
sans fraude n'échet en retrait; mais si après le propriétaire vend
îe fonds du bois, le lignager peut, en retirant le fonds, retirer
aussi la superficie pour les arbres qui se trouveront debout au
temps de l'ajournement, encore que les deux ventes soient faites
à différentes personnes.
j\. }\. L .X..
En décret forcé où le lignager peut enchérir, retrait n'a
lieu; mais il a lieu en décret volontaire, ôc court le temps en
retrait du jour de la publication du contrat; ôc si le contrat
n'a été publié, le temps court du jour de- la publication du
décret.
XXX.
Retrait a lieu dans les ventes à faculté de réméré, du jour
de la publication du contrat de vente.

XXX L
.
Si la faculté de réméré est vendue à un étranger qui n'est
point de la ligne, elle est sujette à retrait; ôc si elle est donnée
ou cédée sans aucun prix, elle n'est sujette à retrait; mais le
donataire étranger venant à exercer la faculté, l'héritage peut
être retiré fur lui par le lignager de celui qui a donné ou cédé
le droit de réméré; ôc court le temps du jour de la publi-
cation de Pacte par lequel la faculté de réméré a été consommée,-
DE M. DE LAMOIGNON, zâv
XXXII.
En transaction retrait a lieu, quand il y a mutation de pos-
sesseur ôc deniers déboursés qui excédent la moitié de la valeur
de l'héritage ou de la rente.
XXXIII.
En partage fait entre héritiers de diverses lignes, n'y a lieu au
retrait, encore qu'il y ait soulte excédente la valeur de la moitié.
XXXIV.
Retrait n'a lieu sur celui qui se rend adjudicataire par li-
citation du total de l'héritage dans lequel il avoit part, en-
core que des étrangers aient été admis aux enchères ; ou bien
en licitation retrait n'a lieu, bien qu'un étranger soit adjudicataireé
XXXV.
Retrait n'a lieu au cas de retour, réunion ou consolidation
faite au profit du vendeur de la propriété de l'héritage en
,
vertu d'une convention faite par un acte public Ôc authen-
tique avant la demande en retrait.
XXXVI.
Retrait lignager ne peut être exercé sur le Seigneur qui
a
retenu la chose vendue par puissance de fief.
XXXVII.
Si durant la communauté de biens entre mari ôc femme ou
durant la continuation de communauté, est acquis aucun hé-
ritage ou rente foncière sujette à retrait, venant à la ligne de
l'un des conjoints, la chose acquise ne pourra,-avant par-
tage , être retirée pour le tout, ni pour partie par les lignagers
du vendeur, non pas même'par les enfants ôc les autres héri-
tiers qui ont part en la communauté; mais après le partage,
la totalité ou portion du çonquêt échue au conjoint non li-
gnager sera sujette à retrait dans l'an ôc jour après la publi-
cation du partage.
SL6Z RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXVIII.
Le retrayant ne sera tenu de rembourser les frais des nou-
veaux bâtiments ni des réparations faites fur les anciens par
l'acquéreur durant le temps du retrait, fi les bâtiments ÔC ré-
parations ne sont nécessaires.
XXXIX.
Ne peut aussi l'acquéreur empirer l'héritage; ôc s'il le fait,
il est tenu de le rétablir en l'état qu'il étoit au jour de l'acquisition.
XL.
Après que le retrait aura été adjugé, l'acquéreur mettra au
Greffe le titre de son acquisition, affirmera le prix, ôc fera si-
gnifier au retrayant Pacte de dépôt du titre ôc de Paffirmation ;
ôc dans la huitaine suivante après la signification, le retrayant
fera tenu de rembourser le prix, ôc en cas de refus le consi-
gner partie présente ou dûement appellée, sinon il demeurera
déchu de plein droit du retrait.
XLI.
Si l'acquéreur est en demeure de mettre son titre au Greffe,
'd'affirmer le prix ôc de faire signifier Pacte de dépôt ôc affir-
mation, le retrayant poura, si bon lui semble, consigner par-
tie présente ou dûement appellée, telle somme que bon lui
semblera, ôc çe fait il entrera en possession de l'héritage, à
faute de çe faire dans la quinzaine, à compter du jour de la
signification du jugement contradictoire ou par défaut, U de-
meurera déchu du retrait,
X L 11.
Si l'héritage baillé à rente rachetable, ou aliéné à la char-
ge d'acquiter aucunes rentes, est adjugé par retrait, le sort
principal des rentes Ôc les arrérages échus depuis le jour de
ì'ajournement doivent être payés; ou en
cas de refus, consi-
gnés comme dessus, à peine de déchéance; ôc
ne fera le
DE M. DE LAM OIGNON. 263
retrayant recevable à offrir de continuer la rente.
X L 111.
Les arrérages, échus depuis Pacquifition ôc avant I'ajourne-
ment , demeureront compensés avec les fruits échus dans le mê-
me temps; ôc les intérêts de la somme sujette à rembourse-
ment, échus depuis I'ajournement du paiement ou rembourse-
ment du prix de l'héritage, derneureront en pure perte fur.
l'acquéreur.
XLIV.
Les fruits sont dûs au retrayant du jour de I'ajournement, ôc
seront partagés entre lui ôc l'acquéreur, à proportion, à com«.
pter du premier Janvier jusqu'au dernier Décembre.
XLV.
Le lignager, qui aura été déclaré déchu du retrait, n'y pour-i
ra revenir par nouvelle action, même dans l'an ôc jour.
XLVI.
Pourra le lignager se désister du retrait même après con-
testation en cause, en payant les dépens; mais si l'acquéreur
a tendu le giron, ou s'il y a sentence qui adjuge le retrait,
il n'y a plus de lieu au repentir encore que la demande en
retrait ne fût pas légitime ni la procédure régulière.
2tf4 RECUEIL PES ARRETES

CINQUIEME PARTIE.

TITRE XLI,
Des SuçceJJions.
ARTICLE PREMIER;
JCJ Spays de coutume ôc de droit écrit, le mort saisit le vif,
s(jn plus proche héritier habile à lui succéder ab intestats tant
en ligne directe que collatérale, sans que les puînés mâles ôc
filles soient obligés de prendre leurs portions par les mains d©
i'aîné.
II.
L'héritier saisi de droit transmet par son décès ', même
avant partage, à ses héritiers tels ôc semblables droits qui lui
appartenoient,
III,
Celui qui n'est ni né ni conçu $x\ jour de la succession ou«
verte, n'est habile à succéder.
IV?
L'enfant qui yient mort au monde n'est héritier, ni pa-
reillement celui qui n'est pas viable, c'est-à-dire, qui naît avant
|e temps de cent quatre-vingt deux jours accomplis,
; V."
Ceux qui font rnorts civilement sont incapables de suc-
céder,
VI,
DE M. DE LAMOIGNON. 25;
VI.
Et néanmoins les condamnés par contumace à mort, aux
galères, au baniffement perpétuel, ne. sont incapables de suc-
céder, s'ils décèdent dans les cinq ans, à compter du jour que
la condamnation de mort aura été exécutée par effigie, ôc les
autres condamnations signifiées au domicile du condamné; ôc
si après les cinq ans^ils purgent la contumace, ils seront pa-
reillement capables de recueillir les successions échues durant
le temps de la contumace, fans néanmoins qu'à cause de Pin-
certitude de Pévénement, les héritiers, qui se sont mis en pos-
session des biens des successions, soient tenus de bailler caution*
VIL
Les religieux proses, même ceux qui depuis leur profession
ont été promus à PÉpiscopat, ne succèdent à leurs parents.
VIII.
Ceux qui ont porté Phabit de religion dans un monastère ap-
prouvé, durant l'espace de cinq années entières, après Page de
seize ans accomplis, feront exclus de toutes successions, en-
core qu'il n'apparoisse aucun acte de profession par écrit,
IX.
Les parents des gens d'église, séculiers, leur succèdent même ès
biens qu'ils ont acquis des fruits ôc dans la mouvance du tem«
porel de leurs bénéfices. Les fruits Ôc fermages de Pannée du
décès du titulaire d'un bénéfice seront partagés ôc baillés aux
héritiers du défunt, à proportion du temps qu'il a vécu, ôc le
surplus à celui qui succédera au bénéfice, à commencer Pan-
née au premier Janvier. ? *
X.
Les parents ôc lignagers des Évêques leur succèdent, même
à ceux qui de Pétat de religieux ont été appelles à la dignité
Episcopale à Pexclusion du monastère où ils ont fait profession?
Tome 1, * L1
*<?<* RECUEIL DES ARRÊTÉS
du chapitre ôc de la fabrique de leurs églises, ôc des hôpitaux
de leurs diocèses.
XI.
Les bâtards ne succèdent point, même à leurs mères, quoí-r
qu'il n'y ait aucuns enfants légitimes. ,
XII. ,

Les enfants, nés en légitime mariage des bâtards, succèdent


à leurs père ôc mère.
XIII.
L'étranger est incapable de succéder dans les biens situés dans
notre royaume, s'il n'est naturalisé ou tenu pour tel par privilège.
XIV.
Les ascendants ou collatéraux de l'étranger, bien qu'ils
soient nés ôc demeurants dans notre royaume, sont incapables de'
lui succéder dans les biens qui y font situés; mais les enfants
de l'étranger nés dans notre royaume lui succèdent.
XV.
En défaut d'autres héritiers légitimes*, le mari succède à sa
femme ôc la femme au mari, encore que l'un ôc l'autre, ou Purs
d'eux, soient issus d'une conjonction illicite, de quelque qua-
lité qu'elle soit; ôc néanmoins le mari ôc la femme ne succè-
dent l'un à l'autre, si l'un d'eux est étranger,
XVI.
Celui qui a renoncé à la succession, ôc qui depuis la renon-
dation en prend ou reçoit quelqu'effet, ne fait acte d'héritier.
XVIL
Vendre les meubles périssables de la succession, ôc payer
îes récompenses des domestiques ôc les autres dettes privilé-
giées, les frais funéraux ôc ceux de la maladie du défunts
n'est point faire acte d'héritier; mais fí l'héritier présomptif
paye les autres dettes, il fait acte d'héritier, fi ce n est que
DE M. DE LAMOIGNON. ?.6j
.
lors du paiement il n'ait fait une protestation expresse au contraire.
XVIII.
La réparation civile adjugée à celui qui est habile à succé-
der, 6c reçue par lui pour le délit commis en la personne du
défunt, ne le rend point héritier.
XIX.
Mais fi en autres cas que ceux ci-dessus, aucun habile à suc-
céder prend en la succession du défunt jusqu'à la valeur d'un
écu, sans avoir autre qualité au droit de ce faire, il est ré-
puté héritier, ôc ne peut après répudier la succession, si en rece-
vant il n'a fait protestation contraire dans Pacte portant quittance.
XX.
En ligne directe, représentation a lieu infiniment en quel;
jque degré que ce soit.
XXI.
Représentation n'a point lieu à l'égard des ascendants, en telle
forte que quand il y a un ascendant plus proche, l'ascendant
plus éloigné en degré ne succède pas*
XXII.
En ligne collatérale représentation a lieu quând les neveux
& nièces au premier degré viennent à la succession de leur
oncle ou tante, avec les frères ôc soeurs du décédé.
XXIII.
Mais si les neveux Ôc nièces en semblable degré viennent
rde leur chef, ôc non par représentation, ils succèdent par tête ÔC
fton par souche, tellement que l'un ne prend non plus que l'autre.
XXIV.
Demeureront abrogées toutes les coutumes qui rejettent la
représentation en ligne collatérale au premier degré des ne-
veux ôc nièces, ôc celles qui, Pétendent aux degrés plus
éloignés,
Llij
í6§ RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXV.
On ne représente jamais les personnes vivantes, mais scule-i
ment celles qui sont mortes naturellement ou civilement.
XXVI.
Au défaut des ascendants du défunt, père ôc mère lui suc-
cèdent quant aux meubles ôc conquêts, ôc immeubles; ôc en
défaut d'eux, Païeul ôc 1 aïeule, ôc successivement les autres as-
cendants selon la prérogative du degré, à l'exclusion même des
frères ôc soeurs conjoints en deux côtés.
XXVII.
Mais quant aux propres ils suivent la ligne, c'est-à-dire que les
héritiers paternels succèdent aux propres du côté paternel, ôc les
héritiers maternels aux propres maternels, tant à l'égard des propres
naissants qui étoient acquêts aux défunts, que des propres anciens;
XXVIII.
Les héritiers de ía ligne, qui font en degré plus éloigné,
excluent les autres héritiers, quoique plus proches, qui ne
font pas de la même ligne
XXIX.
Dans la succession des propres, le double lien n'a point de lieu.'
XXX.
Pour succéder à un propre, il suffit d'être parent du défunt
du côté ôc ligne de l'acquéreur dudit propre, ôc il n'est point
nécessaire d'être descendu de l'acquéreur.
XXXI.
La qualité de propre doit être prouvée, ôc en cas de con-
testation ôc de doute, Pimmeuble doit être présumé acquêt, ÔC
doit être jugé tel par provision.
XXXII.
S'il n'y a aticu'n parent de la ligne dont procède le propre ;
alors le propre de la ligne défaillante appartiendra au plus pro?
DE M. DE LAM OIGNON. a?p;
chaîn parent du défunt, habile à lui succéder, sans distinction
des lignes paternelles ôc maternelles à l'exclusion du fisc Ôc des
Seigneurs particuliers.
XXXIII.
Propres ne remontent point en ligne directe, ôc n'y succès
dent les ascendants, soit qu'ils soient demeurés enviduité,ou
qu'ils aient passé à de secondes noces,_ si ce n'est-ès cas ci-
après exprimés,
XXXIV.
Les ascendants, qui sont de la ligne, succèdent, comme
lignagers, aux propres de la même ligne.
XXXV.
Succèdent aussi les pères ~ ôc mères respectivement aux im-
meubles donnés par eux ou par leurs ascendants, à l'exclusion
de tous autres, même des ascendants qui ont fait la dona-
tion, quand les enfants donataires, ou l'un d'eux, sont décé-
dés fans enfants ôc descendants d'eux.
XXXVI.
Si Pensant, auquel la donation a été faite, a délaissé un ou
plusieurs enfants qui ont recueilli en tout ou partie la chose
donnée, alors après le décès du dernier desdits enfants, ôc des-
cendants d'eux, ôc non autrement, le père ou la mère qui ont
fait le don succèdent à la chose par eux donnée, à l'exclu-
sion de tous autres.
XXXVII.
Si la donation faite auxdits enfants par un parent collatéral on
par un étranger, porte expressément qu'elle leur est faite en con-
sidération du père ou d'un ascendant paternel, ou bien de la mère
ou d'un ascendant maternel, la choie ainsi donnée est réputée
donnée par le père ou par la mère à l'effet de la succession,
2j0 RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXVIII.
Héritage retiré par retrait lignager par père ou par mère,
ou autre ascendant, sous le nom d'un des descendants, est ré-
puté à Peffet de ladite succession donné par celui des deniers
duquel il a été retiré.
XXXIX.
Au défaut du père, de Païeul ôc l'aïeule paternels, ôc au dé-
faut des aïeuls, les ascendants supérieurs succèdent respective-
ment aux choses ainsi données par eux ou par les ascendants
inférieurs,, à l'exclusion de tous autres, pourvu Ôc non autre-
ment qu'il ne se trouve aucuns enfants ôc descendants du do-
nateur, lesquels audit cas feront préférés aux aïeuls ôc autres
ascendants supérieurs.
XL.
Si le fils fait acquisition d'héritages ou autres biens immeu-
bles, ôc décède délaissant à son enfant lésdits immeubles, ÔC
ledit enfant décédant après fans enfants ôc descendants de lui,
ôc fans frères ôc soeurs, Païeul ôc l'aïeule succèdent auxdits hé-
ritages en pleine propriété, ôc excluent tous autres collatéraux.
XLI.
Le père succédant à ses enfants jouira par usufruit, sa vie
.
durant, des biens étant acquêts ôc conquêfs en la personne de
la mère, sont devenus propres naissants maternels auxdits en-
fants issus de.leurs mariages, au cas qu'il ne reste aucuns de
tous lesdits enfants ôc descendants d'eux.
XLII.
Au défaut du père, Païeul ôc l'aïeule paternels, ôc l'un d'eux^
jouiront dudit usufruit,
XLI II.
Aura lieu le même usufruit, ôç sous les mêmes conditions>
tu profit de la mère pour les propres naissants paternels qui
DE M. DE LAMOIGNON; 271,
étoîent acquêts au père, ôc au défaut de la mère, Païeul ôc
l'aïeule maternels, ou l'un d'eux, jouiront dudit usufruit.
XLIV.
En succession de propre n'est considéré le droit de puissance
paternelle où. elle a lieu.
XLV.
Propre, soit ancien ou naissant, ne remonte en collatérale?
ôc n'y succèdent les oncles Ôc tantes, ôc ceux qui sont au-det-
sus d'eux en collatérale, tandis qu'il y a des neveux ôc nièces,
arriére-neveux ôc arriére-nièces, en quelque degré qu'ils soient,
pourvu qu'ils soient de la ligne d'où procèdent les héritages.
XLVI.
Quand le défunt a laissé des petits-enfants issus de père ou mère
différents, tous les enfants d'un même père ou d'une même mère
ne font comptés que pour un, Ôc la succession est partagée par
souches.
XLVII _

Dans les successions collatérales immobiliaires, leá parents
issus de celui qui a acquis les immeubles sont préférés aux fre»
res ôc soeurs dudit acquéreur, ou à ses oncles ôc tantes, sup-
posé même que lesdits collatéraux soient en degré égal Ou plus
proches que les autres.
XLVIII.
Entre les frères ôc soeurs du défunt, ceux qui sont seulement de
père ou de mère prendront une simple portion dans lesmeubles ôc ac-
quêts ; ôc ceux qui sont conjointsde deux côtés, une double portion.
XLIX.
Les deniers provenus des traités ôc compositions des offices, ou
de portion d'iceux, échus par succession à des mineurs, tiennent
nature de propres durant leur minorité, ôc passent aux héritiers des
propres s'ils décèdent avant Page de vingt-cinq ans accomplis.
ia72 RECUEIL DES ARRÊTÉS
L.
Mais la récompense de mi-denier du prix ôc des frais des provi-
sions ôc réception de Poffice, acquis durant la communauté, ôc re-
tenu par le mari survivant, est mobiljaire ès personnes des enfants
6c des autres héritiers de la femme majeure ôc mineure; ôc arrivant
îeur décès, elle passe à leurs héritiers maternels, même au mari,'
.en qualité d'héritier mobiliaire desditsenfants décédés en minorité.
LI.
Les offices acquis au nom des enfants, des deniers du père
pu de la mère, sont acquêts en leurs personnes; mais s ils
en sont pourvus par la résignation du père ou autres ascen-
dants, ou échus par succession directe ou collatérale, ils sont;
propres de ligne,
LII.
Pour régler les droits des offices de judicature ôc de finân*
ce, sera suivie la coutume du lieu où Poíïicier a son domi-
cile; mais pour les officiers domaniaux Ôc de police, sera sui-
vie la coutume du lieu où s'en fait l'exerciçe, ôc où les droits
,en sont perceptibles,
LUI,
Le père ou autres ascendants peuvent bailler à leurs des*
çendants les offices dont ils sont pourvus, pour le prix qu'ils
les ont acquis, fans y comprendre les frais de lettres ôc récep-»
tion, ou pour un plus grand prix; ôc s'il n'y a point d'estima-
tion , l'estimation en sera faite eu égard à çe qu'ils yaloient ai*
temps de la résignation,
LIV;
Le tuteur ne peut bailler Poffice, dont le père de ses mi-
neurs étoit pourvu, à l'un des enfants ou des gencjres, pour
jan prix moindre que celui du temps du trajté.

TITRE;
DE M. DE LAMOIGNON; \ni

TITRE XLII.
Des SucceJJions en Fief, 3C du Droit
d'AîneJse.

ARTICLE PREMIER;
J-J E s préciputs ôc avantages, donnés par les coutumes aux
aînés, demeureront restreints aux biens féodaux, ôc appartien-
dront indifféremment aux personnes nobles ôc roturières ; ôc au"
surplus les fiefs dans les successions seront réglés ainsi que les
autres biens.
II.
La fille, qui vient de son chef à une succession directe ou collaté-
rale, ne jouira des droits accordés aux aînés dans les biens féodaux;
III.
Si la fille vient à la succession par représentation de son
père, avec ses tantes ou cousines issues de mâles ou de fil-
les, même avec un oncle ôc un cousin issu d'un oncle, elle
prendra dans les biens féodaux les mêmes préciputs ôc avan?
tages qui eussent appartenu à son père s'il eût survécu.
IV.
Quand le fils aîné est incapable de succéder, par exhéréda^
tion ou autrement, celui qui se trouvera le plus âgé après lui,'
lors de Pouverture de la succession, prendra les préciputs ôc
droits d'aînesse.
V.
La renonciation faite par l'aîné au droit d'aînesse, du vivant
Tome I. Mm
274 RECUEIL DES ARRÊTÉS
des père ôc mère, est nulle fi elle n'est faite comme dessus,,
VI.
Si la renonciation faite par Paîné est au profit de tous lest
mâles, il n'y aura entre eux aucun droit d'aînesse.
VIL
Si après le décès du père ou de la mère Paîné renonce gra-
tuitement les préciputs ôc avantages qu'il étoit fondé de
,
prendre, accroissent également aux autres enfants,
y 11 L
Dans les coutumes qui donnent plus ou moins à Paîné, se«
Ion le nombre des enfants, ceux qui sont incapables de succé-
der par exhérédation ou autrement, ne doivent être comptés
au nombre des enfants,
IX.
Le fils aîné issu d'un mariage légitime conserve ses droitg-
ôc avantages au préjudice des enfants mâles plus avancés en;
âge, qui sont issus d'une conjonction illicite, ôc ont été légi-
timés par un mariage contracté depuis la dissolution du premier,
X.
En pays coutumier, au fils aîné", en chacune des successions;
de père ôc mère, ôc en chacune coutume,, appartient un hô-
tel ou manoir tenu en fief destiné par le défunt pour son lo>^
gement ôc habitation,. avec toutes les appartenances ôc dépen-
dances ôc la básse-cour, encore que le fossé du château ou
quelque chemin public soit entre deux, ôc aura encore tout.
l'enclos, pourpris, ôc préclôtures attenants au manoir seigneu-
rial, fans faire aucune récompense aux puînés, encore que dans;
les préclôtures il y ait plusieursséparations de murs ôc de haies,,
pourvu qu'il n'y ait point de chemin public entre deux..
XI..
Et si dans l'enclos ôc préclôtures sont compris les logements?
DE M. DE LAMOIGNON. â7£
ordinaires du fermier, de fa famille ôc de ses bestiaux, ôc les
granges ôc greniers où. le fermier a accoutumé de resserrer les
foins, grains ôc autres fruits, ils appartiendront aussi à Paîné.
XII.
Sont aussi compris dans le préciput de Paîné, le moulin; le
four ôc le pressoir, bannaux ôc non bannaux, étant dans l'en-
clos du préciput,
XIII.
Et s'il ya plusieurs manoirs seigneuriaux dépendants d'un
même fief, ou de différents fiefs assis dans une même coutu-
me, Paîné prendra celui qu'il voudra.
XIV.
Dans le fief acquis durant la communauté, le fils aîné, com-«
me héritier du père, prendra la moitié du manoir seigneurial, en-^
clos ôc préclôtures ; ôc comme héritier de la mère, l'autre moitié»-
X V.
Si dans les successions de père Ôc mère, aïeul ôc aïeule, il
n'y a qu'un seul fief consistant en un manoir, basse-cour ôc pré-
clôtures, fans autres appartenances, au fils aîné seul appartiens
la totalité du fief, fans qu'il soit tenu de bailler aucune ré-
compense à ses puînés, encore que dans la succession il n'y
ait point d'autres biens fur lesquels les puînés puissent prendre
leur légitime ou le douaire.

Mmìj
»7<* RECUEIL DES ARRÊTÉS

TITRE XLI I I.
Du Bénéfice d'inventaire.
ARTICLE PREMIER.
xN u L ne sera reçu à se dire héritier par bénéfice d'inven-
taire en ligne directe ou collatérale, qu'il n'ait fait apposer le
scellé dans trois jours après le décès du défunt, s'il est pré-
sent, ôc qu'il n'ait commencé Pinventaire dans trente jours au
moins après Pappositiondu scellé, les créanciers apparents, ôc
les habiles à succéder, bien ôc dûment appelles, même les lé-
gataires, au cas que le testament ait paru, ôc icelui continua
incessamment en tous les lieux où le défunt avoit des meubles,
litres ôc papiers, ensorte que ledit inventaire soit parachevé dans
troís mois, à compter du jour qu'il a commencé, sauf à faire pro-
roger le temps en connoissance de cause ôc par autorité de justice.
II.
Si aucuns des créanciers apparents, légataires ou habiles â
succéder, ne comparent point, Pinventaire sera fait avec le
Substitut de notre Procureur Général sur les lieux, ôc avec
-
le Procureur-Fiscal pour Pintérêt des absents.
III.
Sera tenu í'héritíer qui se veut faire servir du bénéfice d'inven-
taire, faire sorraffirmation en personne Ou par Procureur fondé de
procuration spéciale, à la fin de Pinventaire, qu'il n'a connoissan-
ce d'autres meubles, titres Ôc papiers, que ceux y mentionnés.
IV.
Pour prendre une íucession par bénéfice d'inventaire, il est
DE M. DE LAMOIGNON. s77
íêquis ÔC suffit de ,faire sa déclaration au Greffe, ôc de bail-
ler bonne ôc suffisante caution, le tout dans quarante jours après
Pacte d'affirmation étant au pied de Pinventaire qui sera fait.
V.
La caution sera rescéante ôc solvable, baillera déclaration
de ses biens, ôc fera tenu Phéritier de la faire recevoir quin*
zaine après la présentation d'icelle, tant avec les créanciers
apparents, légataires ôc habiles à succéder, qu'avec les Substi-
tuts de notre Procureur-Général, ou le Procureur - Fiscal en
cas qu'il y ait des absents
VI.
A faute de satisfaire à ce que dessus dans les délais pre-
scrits, nul ne sera reçu à se porter héritier par bénéfice d'in-
ventaire, sauf à prendre la qualité d'héritier pur ôc simple, ou
à renoncer íì bon lui semble.
VII.
Celui qui s'est porté héritier, par bénéfice d'inventaire, d'un
receveur des consignations, commissaire aux saisies réelles, gar-
dien, ôc autres dépositaires de deniers ôc biens d'autrui, par
autorité de justice, demeure héritier pur ôc simple en ce qui
dépend desdites fonctions.
VIII*
Si aucun prend la qualité d'héritier par bénéfice d'inventaí-
i*e, fans avoir fait apposer le scellé, commencé ôc parachevé
Pinventaire ôc icelui affirmé, baillé caution rescéante ôc solva-
ble, ôc ÌGelle fait recevoir en la mâniere ôc dans les délais
ci-dessus ordonnés, il demeurera héritier pur ôc simple, ÔC
privé du bénéfice d'inventaire4
IX.
L'héritier par bénéfice d'inventaire, qui à recélé ôc diverti
aucuns des effets de la succession jusqu'à la valeur d'un écu, de-
*7.8 RECUEIL DES ARRÊTES
meure aussi héritier pur ôc simple, ôc privé du bénéfice d'ía*
yentaire,
X.
Et néanmoins, avant que lé fait de recélé ait été propo-
si
sé contre lui en justice, il a fait ajouter sur la minute ôc sur
la grosse de Pinventaire les choses par lui omises, la dé-«
chéance dudit bénéfice n'aura point lieu,
XI,
Ceux qui auront appréhendé la succession par bénéfice d'in-
ventaire, autres que çeux dénommés ci-dessus, seront reçus à
y renoncer toutes ôc quantes fois, en rendant compte du béné-
fice d'inventaire avec les parties intéressées,
XII.
Toutefois ès coutumes efquelles ies enfants peuvent pren-
dre la qualité de douairiers, ôc autres coutumes au. la qualité
d'héritiers ôc de légataires sont incompatibles, celui qui se sera
une fois porté héritier fous bénéfice d'inventaire, ne sera re-
çu à prendre lesdites qualités de douanier ôc de légataire, qui
demeureront confuses ôc éteintes, fans qu'elles puissent revu
yre par la renonciation par lui faite à la succession bénéficiaires
XIII.
L'héritier par bénéfice d'inventaire pourra payer les legs ôc les
dettes apparentes, fans être obligé d'en faire la discussion, pourvu
qu'il n'y ait point d'opposition au scellé, ou autre empêchementfait
entre ses mains, saufaux légataires ôc aux créanciers leur recours,
pour la répétition des sommes payées, les uns contre les autres,:
'/ ;. v.' "• xiv.
En ligne directe, l'héritier par bénéfice d'inventaire n'est
point exclus par l'héritier pur ôc simple, même en pareil
degré.
.
DE M. DE LAMOIGNQNi. 273
XV.
Ên ligne collatérale, le mineur qui se porté héritier simple^
ne peut exclure l'héritier par bénéfice d'inventaire qui se trou?
ve en pareil degré,
XVI.
Mais entre majeurs qui se trouvent en pareil degré, Phérw
tier par bénéfice d'inventaire en ladite ligne collatérale est ex-*
clu par l'héritier simple, si mieux il n'aime, lorsque ladite ex-j
elusion lui est proposée, renoncer au bénéfice d'inventaire.
XVII.
Après le décès de celui qui a recueilli une succession par
bénéfice d'inventaire dans la masse de ses dettes passives, ses
dettes particulières doivent être mêlées ôc confondues avec celles
de la succession bénéficiaire, sauf à se servir, s'il y échet, du
bénéfice d'inventaire contre les créanciers de ladite succession
bénéficiaire.

TITRE XLIVÏ
Des Rapports.
ARTICLE PREMIER.
Hi N la ligne directe descendante Ôc ascendante, âucun ne péút
être ensemble héritier ôc donataire entre vifs ,r ni pareillement hé-
ritier Ôc légataire, même en différentes coutumes, fi ce n'est que
par la donation ou par le testament il soit dit que-le don-.ôc le legs
est fait hors part ou par préciput, ou en autres termes semblablesqui
marquent expressément la volonté de cel.uí qui a fait la disposition,
a8o RECUEIL DES ARRÊTÉS
II.
! En ligne collatérale on ne peut être aussi héritier ôc léga-^
taire même en différentes coutumes, s'il n'est dit que le legs
est fait hors part; mais pn peut être héritier ôc donataire en-
tre vifs, ôc ce qui est donné n'est sujet à rapports, encore qu'il
n'en soit fait mention dans la donation.
III.
Ce qui est donné ou légué par préciput n'est sujet à rapports
mais il est imputé en la légitime du donataire ou légataire, ÔC
entre dans la masse des biens sujets à la computation de la lé-
gitime des enfants.
IV.
Quand il y a lieu au rapport, ce qui a été légué ou donné
aux enfants & descendants de ceux qui sont héritiers du testa-
teur ou donateur, doit être rapporté par les héritiers en ligne
directe; mais en collatérale, l'héritier n'est point obligé de rap?
porter le legs fait à son fils.
y.
Les enfants légataires ou donataires de Païeule, venant à la
succession de leur père ôc mère, ne seront tenus rapporter les
choses à eux données Ôc léguées, fi ce n'est que le père ou la
mère en aient fait le rapport à la succession du testateur ou donateur.
VI,
Si la disposition a été faite au profit des descendants en de-
gré plus éloigné que celui des petits enfants, les héritiers du
bisaïeul seront tenus de rapporter ce qui a été donné à leurs
descendants, mais il ne fera fait aucun rapport aux successions,
des mêmes héritiers, ni à celles de leurs enfants ôc autres des-
cendants, des choses données ôc léguées par le bisaïeul,
VIL
L'enfant ayant survécu ses père ôc mère, encore qu'il re-!
nonce
DE M. DE LAM OIGNON. a'ôi
nonce à leur succession, est tenu en venant à la succession de
ses aïeuls ou aïeules de rapporter tout ce qui a été donné
ou
légué, ou payé par Païeul ou l'aïeule, au profit ôc en i'ac-;
quit de ses pererôc mère,
: VIII.
Ce qui est donné légué à l'héritier présomptif ôc à ses
ôc
enfants ôc descendants, pour tenir lieu de titre preíbytéral, est
aussi sujet à rapport.
IX.
Le prêt fait à 1 héritier présomptif par promesse ou oblíga-*
tion, ou constitution de rente, ou même sans écrit, pourvu
que le prêt soit confessé ôc avéré, ôc les sommes dont on s'est
rendu caution pour lui, sont sujettes à rapport.

La fille n'est tenue de rapporter aux successions des père Ôc


mère le prêt par eux fait à son mari, quand elle ne s'est point
obligée à la dette, ôc qu'elle a renoncé à la communauté de
son mari.
XI.
Mais elle est tenue de rapporter les sommes qui lui ont été
données en faveur du mariage ôc payées à son mari qui se trouve
insolvable, sauf son recours fur les biens de son mari.
XII.
Ce qui est vendu par le père au fils, ou au gendre, n'efï"
point sujet à rapport, encore que les cohéritiers offrent dé-te--
nir compte du prix, pourvu que la vente ait été faite de bon*
nè foi ôc à juste prix, eu égard au temps dû contrat»
XIII.
Ce qui a été payé Ôt déboursé pour les nourritures Ôc est*
tretenements des enfants, pensions, frais d'étude ôc d'appren-
tissage ôc exercice aux armes,. même pour leur rançon t
,
Tome L Na
282 RECUEIL DES ARRÊTÉS
du vivant des père ôc mère, n'est sujet à rapport.
XIV.
Et .néanmoins si les enfants
ont quelque revenu à eux âp*
,
partenant, à quelque titre que ce soit, il demeurera aux père
Ôc mère jusqu'à concurrence des dépenses mentionnées en Par-
ticle précédent, si les père ôc mère n'en ont autrement dispo-
sé par écrit.
XV.
Deniers déboursés pour les degrés de licence Ôc autres de-
grés supérieurs, ès arts libéraux, ou pour.entrer dans l'un des
corps des marchands, ou pour la maîtrise ès arts méchaniques-a
font sujets à rapport.
XVI. •banquet, habits, fraíS'
Ce qui est donné pour le trousseau, .

ée noces, "pour"lesquels- il n'y a nulle stipulation'par le cóa*


trat de mariage, n'est sujet à rapport»
XVII.
Les nourritures, entretenements, ôc pensions fournies aux:,
petits-enfants, ôc autres descendants en ligne directe, du vi-
vant de leurs père & rherè, ,ôc aux enfants ôc descendants des
héritiers présomptifs en ligne collatérale, ne sont point sujets;
à rapport, si ce n'est que ceux qui ont fait la dépense en aient,
autrement ordonné, ou qu'ils soièht chargés de la tutelle ou
curatelle comptable: de ceux pour lesquels les dépenses ; ont:
été faites, auquel cas elles entreront dans la dépense du compte..
XVIII.
Le frère aîné ôc les autres mâles quî prennent les portions..
des filles mariées, sont obligés de rapporter ce qui aura été
donné aux filles en faveur de mariage. '
:."• XIX.
l/héiitier par bénéfice d'inventaire est obligé de rapportes'
DE M. DELA í
MO G NÔ-ÌÍ %
ïes avantages à lui faits ôc sujets au rapport, ôc d'en charger
la recette de son compte; mais il peut les conserver ën rehorí-t
'
cant à la succession bénéficiaire.
XX.
Dans les successions directes ôc collatérales, qúi se partá'gêrìe
par souche, chacune souche doit rapporter tous les avantages
sujets à rapport faits à tous ceux qúi sont de la même fou-;
che, encore qu'aucun d'eux ait renoncé à la succession.
xxi.;- -
Si le mari ôc la femme donnent conjointement I immeuble'
appartenant à l'un d'eux, il doit être rapporté pour le tout à
la succession de celui auquel il appartenoit, sans récompense
sur les biens de l'autre, si dans lé contrat de donation, il n'y
à convention contraire.
XXII.
Lorsque la femme ôc ses héritiers renoncent à lâ-commu-*
fiauté, les sommes ôc les conquêts donnés conjointement par
elle ôc son mari à leurs enfants communs, sont imputés fur les
biens du mari, ôc rapportés pour le tout à fa succession > s'il
n'y a convention contraire.
XXIII. :

Les choses données par le survivant des peré Ôc mère à Punt


de ses enfants, en faveur de mariage ou autrement, seront im-
putées fur les droits appartenants au donataire par la succession
du prédécédé ou d'ailleurs", jusqu'à la concurrence de la valeur
des mêmes droits en fonds ou en fruits-; & si les droits acquis

tion contraire,
'
font de même valeur, le surplus est censé donné en avance-
ment d'hoirie, si tlans le contrat de donation il n'y a conven-!

XXIV.
Le donataire entre vifs de choses sujettes à rapport, a la fa*
Nnij
fe*4, RECUEIL DES ARRÊTÉS
culte de les rapporter pour être mises en partage avec les au*
,-tres biens de la succession, ou moins
prendre.
XXV.
Si le rapport est fait en espèces, les cohéritiers seront tenu^
'de rembourser les. impenses utiles ôc nécessaires; ôc en cas d'op-
tion de moins prendre, déduction en sera faite lors de l'estimation;
" -
X X V I.
En cas d'option de moins prendre, les cohéritiers prendront
îeur part également, ou récompense sur les autres biens de la
mème succession, de quelque nature qu'ils soient, au choix:
des cohéritiers*
XXVII.
Légalement dû aux cohéritiers, à cause des héritages don-;
fiés entre vifs à aucun d'eux, fera réglé, eu égard à la valeur
des héritages lois du partage, au dire des experts, s'ils font
;en. la possession du donataire lors, de l'échéance de la succes-
sion.; ôc s'ils avoient été par lui aliénés auparavant, il rappor.-*
tera seulement le prix qu'il en avoit retiré, pourvu que l'a-
liénation soit véritable, légitime ôc sans fraude.
XXVIII.
Et néanmoins si dans la donation ils avoîent été estimés â.
un prix certain, ii sera au choix des cohéritiers de prendre^leuir
également, à. raison du prix porté par la donation, ou de cehrìi
d'aliénation qui en aura été faite par le donataire..
XXIX.
Les fruits, arrérages ôc intérêts des choses sujettes à rap-
port, ôc des égalements des cohéritiers sont dûs seulement du
jour.de la succession échue;, savoirr des. héritages ôc rentes à
raison de leur revenu ordinaire, ôc des sommes reçues en ar?
gent Pïntérêt en sera rapporté au deníer vingt-cinq.
DE M. DE LAMOIGNON. 28$
.X. A. X.
Le donataire peut se décharger du rapport en se tenant à son
don, en renonçant à la succession à laquelle le rapport est dû,,'
la légitime réservée en ligne directe aux autres enfants.

TITRE XLV.
Du Paiement des Dettes.
ARTICLE PREMIER;
X-J'H É* R 1 T 1 E R des meubles ôc celui des immeubles sont te*
nus envers les créanciers de toutes les dettes, tant mobiliaires
qu'immobiliaires de la succession; mais entre les héritiers, celui
des meubles payera toutes les dettes mobiliaires, les legs des
choses mobiliaires; ôc celui des immeubles les dettes immobi-j'
liaires, ôc les legs des immeubles.
II. ,
Le légataire universel des meubles ' est tenu des dettes mo-i
tilaires envers les créanciers, ôc des legs particuliers mobiliers
envers les légataires, jusqu'à concurrence de ion legs.
III.
Le légataire de quotité des meubles contribuera aveG l'hé-».
litier mobilier au paiement des dettes mobiliaires, à proport
tion de ce que chacun amende des meubles,
IV.
Les legs particuliers mobiliers se prendront préalablement
fur les meubles dont le défunt n'a point disposé, ôc le surplus
sur les legs de quotité",
V.
Si les meubles de la succession ne sont suffisants pour paye*
z%6 RECUEIL DES ARRÊTÉS
toutes les dettes mobiliaires, le surplus fera pris fur les ím*
meubles; ôc si les immeubles ne sont suffisants pour payer'les
dettes immobiliaires, le surplus fera pris fur les meubles.
VI.
Et si les meubles, après avoir acquitté les dettes mobiliai-
res, ne sont suffisants pour payer tous les legs mobiliers, le
surplus fera pris fur les immeubles dont le testateur a pu dis-
poser selon les loix ôc lès coutumes des lieux.
VII.
Les héritiers ôc légataires universels, ou de quotité des im-
meubles payeront les dettes à proportion de Pémolument, dans
j
lequel ne seront compris les dons ôc legs particuliers faits à
i'héritier par préciput ôc fans charge de rapport, ni le préci-
put appartenant à Paîné en ligne directe; ôc quant à la portion
avantageuse des aînés , ìl en fera usé ainsi que les coutumes
l'ordonnent,
VIII.
Les légataires particuliers ne sont tenus des dettes, ôc s'ils
font poursuivis par les créanciers, ils auront leur recours con-
tre les successeurs à titre universel ôc de quotité.
IX
Le remploi des propres aliénés, le douaire ôc-les pensions
de religieuses, seront payés comme dettes immobiliaires ; mais
le préciput accordé au survivant des conjoints par mariage, en
argent ou en meuble, est une charge mobiliaire,
X.
L'aîné & les puînés doivent contribuer à la rente assignée
spécialement ou par assiette fur le fief dans lequel Paîné prend
son préciput ôc fa portion avantageuse comme aux autres rei>
]fes ôç charges immobiliaires de la succession commune.
DE M. DE LAMOIGNON. 287
XI.
Si le père décède sans avoir payé le prix du fief, Paîné pre*
nant son préciput ôc fa portion avantageuse dans le même fief,
n'en sera tenu plus avant que des autres dettes de la succession.
XII.
Quand le fief, vendu par le défunt à faculté de réméré, est
retiré par ses héritiers en ligne directe ou collatérale, Paîné y
prendra son préciput ôc fa portion avantageuse, ôc ne contribuera
au remboursement du prix plus que les autres, à cause de fa portion
avantageuse ôc non pour le préciput du manoir ôc de ses dépen-
dances ôc les puînés ne pourront être contraints d'exercer le ré-
,
méré si bon ne leur semble, sauf à Paîné, en cas de refus des puînés,
à retirer le fief en son nom, à son profit ôc à ses dépens,
XIII.
Si le fief a été engagé par un contrat pignoratif, Paîné n'est
tenu de contribuer au prix du désengagement plus qu'au paie-
ment des autres dettes mobiliaires de la succession, ôc ne laisse
d'y prendre son préciput ôc sa portion avantageuse.
XIV.
En collatérale, les mâles, même dans les coutumes où ils
font seuls héritiers des fiefs ôc cohéritiers avec les filles dans
les rotures,.doivent contribuer aux dettes immobiliaires à pro-
portion de ce qu'ils amendent dans les fiefs & dans les rotures,
ragg RECUEIL DES ARRÊTÉS

TITRE XLVI.
Des Renonciations aux Successions.
ARTICLE PREMIER,
JL dotées ne seront exclues des successions directes Ôc
I£LEs
collatérales, fi dans leur contrat de mariage il n'y a une clause
expresse de renonciation.
II.
"Leè renonciations des filles nobles ôc roturières, majeures ÔC
mineures, aux successions directes ôc collatérales à écheoir,
font valables, même ès coutumes qui défendent d'avantager" au-
cun des enfants au préjudice des autres, pourvu qu'elles soient
faites dans les contrats de mariages de celles qui ont renoncé,
íÔc que les filles soient alliées selon leur condition, ôc qu'on leur ait
fait par les mêmes contrats quelques avantages en pleine propriété.
III.
Les renonciations aux successions collatérales à écheoir, ne
font valables que pour celles des frères ôc soeurs, ôc autres des-
cendants de ceux qui ont stipulé la renonciation, ôc n'aura effet
que pour les biens que les frères ôc soeurs, neveux ôc nièces
'des filles qui ont renoncé, ont recueilli de ceux qui ont sti-i
gmlé la renonciation,
IV.
Pourront les enfants mâles, amés ou puînés, non mariés,'
jetant en pleine majorité, renoncer aux successions directes ôc
Collatérales à écheoir,
au profit ôc par le contrat de mariage de
Jeurs frères ôc siçurs, neveux ôc nièces, ou d'aucuns d'eux,1
encqr§
DE M. DE .LA M OIGNON. 'aé>
eUcore qu'ils n'aient reçu aucun avantage pour faire la renon-
ciation ; ôc celui en faveur duquel la renonciation est faite,
jouira des droits ôc prérogatives d'aînesse.
V.
Pourront aussi les puînés, même ceux qui sont mineurs, re-
noncer par leur contrat de mariage au profit de leur aîné, ou
de leurs autres frères ôc soeurs ou d'aucuns d'eux, aux suc-
cessions directes ôc collatérales à écheoir pourvu qu'on
,
leur ait fait par leurs contrats quelque avantage en pleine pro-
priété,
V I.
Les filles ôc mâles, nonobstant leur renonciation, peuvent de-
mander le total ou le supplément de leur légitime, sans préci-
put ou prérogative d'aînesse,- encore qu'ils eussent renoncé ex-
pressément à la légitime.
VII.
La renonciation de la fille est valable, encore que la som-
me à elle promise n'ait point été payée entièrement, pourvu
que ce qui a été payé du vivant des père ôc mère soit suffi-
sant pour la légitime de la fille, eu égard aux biens des père
Ôc mère au temps du contrat de mariage, ôc sauf à la fille à
demander un supplément de légitime sur les biens acquis depuis ^
ce qui aura lieu à l'égard des enfants puînés mâles qui ont te?
iioncé par leurs contrats de mariage.
VIII.
Le consentement ou la présence de celui à la succession du-
quel on renonce, n'est point nécessaire.
IX.
La renonciation demeurera sans effet, fi le mariage, en consi-
iáération duquel elle a été faite, est déclaré nul par impuissance,
& que les père ôc mère soient décédés, avant la bénédiction
Tome I. QQ
sjo RECUEIL DES ARRÊTÉS
nuptiale; & si les deux ont stipulé la renonciation, ôc que Pust
soit décédé avant la célébration du mariage, la renonciation
tiendra pour le survivant ôc demeurera sans effet pour la suc-
cession du prédécédé.
X.
Si la fille qui a renoncé, est rappellée par les père ôc mère
à leurs successions, le rappel ne vaut que par forme de legs,
ôc ne pourra être fait que par testament.
XI.
Les enfants de la fille quLdécede après la renonciation, avant
ses père ôc mère, ne pourront venir aux successions de leurs
aïeul ôc aïeule,
XII.
Si les père Ôc mère n'ont laissé autres descendants, la fille
qui a renoncé ôc ses descendants seront préférés aux collatéraux,
XIII. *

La fille qui a renoncé en faveur de ses frères ou aucun d'eux,


arrivant le prédécès de ceux en faveur desquels la renonciation
est faite, fans enfants ôc descendants d'eux, ne laissera de suc-
céder; mais fi les frères ont survécu leur père ou mère, ou
s'ils ont laissé des enfants ôc descendants d'eux, mâles ou filles,
h renonciation tiendra.
XIV.
La fille peut, après le décès ou du vivant de ses père Sè
mère, renoncer par son contrat de mariage aux successions de
ses. aïeul ou aïeule, moyennant quelqu'avantage
par eux fait à
son profit ; mais elle ne laissera de succéder à ses père Ôc mè-
re, si de leur part ils n'ont stipulé pareille renonciation.
XV."
La renonciation faite par la fille par son contrat de mariage à
des successions échues ôc à écheoir, conjointement Ôc moyen-
DE M. DE LÂMOIGNON. z9±
nânt un seul prix, est nulse#pour le tout, ôc en ce cas la som-
me entière fera imputée fur les successions échues jusqu'à con-
currence de la portion de la fille dans les mêmes successions,
& le surplus demeurera à la fille fur les droitsisuccessifs à écheoir.
XVI.
Si par le même contrat de mariage on a distingué ce qui a
été donné pour chacune succession, la renonciation sera valable
pour la succession à écheoir, ôc nulle pour les successions échues*
XVII,
La portion de la fille, qui a renoncé purement. ôc simple-
ment, accroît à la succession, ôc seront les biens des père ôc
mère partagés entre les autres enfants mâles Ôc filles, selon les
loix ôc coutumes, fans considérer la fille qui a renoncé.
XVIII.
Si la renonciation est faîte en faveur d'aucún des enfants mâles $
il prendra la portion que la fille devoit avoir dans les biens des
successions de ses père ôc mère fi elle n'eût point renoncé, à là
charge de rapporter par lui ce qui a été donné à la fille en faveur
de mariage, si mieux il n'aime, pour se décharger du rapport,
abandonner à la masse de la successionie bénéfice de la renonciation.
XIX.
Et en cas que la renonciation soit faite en faveur de tous les
mâles, ils auront la faculté d'abandonner à la succession le bé-
néfice de la renonciation, si mieux ils n'aiment rapporter à lá
succession ce qui a été donné à la fille, auquel cas tous les mâ-
les partageront également la portion de la fille, fans préroga-
tive d'aînesse dans cette portion.

O o ij
aoi RECUEIL DES ARRÊTES

TITRE»
XLVII,
-

Des Tefiaments.
ARTICLE PREMIER.-
*

5ONT incapables de faire testament, étrangers, mineurs de


vingt ans, furieux, ou imbécilles' d'esprit, encore qu'ils aient
de bons intervalles, prodigues bien ôc dûement interdits, muets
qui ne savent écrire, sourds qui ne savent lire ni écrire, con-
damnés à mort naturelle ou civile, femmes recluses ôc rasées
par autorité de justice, religieux proses, ceux qui ont porté
L'habit d'hermìte ou de religieux proses pendant cinq ans, & les
chevaliers proses de Tordre de Saint Jean de Jérusalem.
II.
Peut le fils de famille tester valablement, fans l'autorité de
celui en la puissance duquel il est.
•III.
Peut aussi la femme mariée tester fans l'autorité de son mari»
IV.
Les bâtards, même ceux qui sont de conjonction adultérine
ôc incestueuse, peuvent tester, ôc généralement toutes person-
nes non comprises en la prohibition ci-dessus»
V..
Nonobstant îa déclaration des Notaires dans le testament,"
que le testateur est sain d'entendement, la preuve du fait de
fureur ou imbécillité d'esprit du testateur peut être reçue, ôc doit
être. respective sans former inscription en. faux contre le testa-;
ment, ôc ne pourra être formée pour le regard d'inscriptioQ
DE M. DE LAMOIGNON. ^3
<îe faux fti la preuve du sait reçue, si elle n'est respective.
VI.
Testament fait par un incapable durant le temps de son in-
capacité, est nul, même pour les legs faits pour causes pieu-
ses, encore que son incapacité ait cessé avant son décès.
VII.
Le testament fait par le prodigue avant son interdiction est
valable, pourvu ôc non autrement que la date en soit certaine,
ôc qu'il ait été reçu ou reconnu par personne publique; mais
celui qui Fa fait durant son interdiction, même entre ses enfants.
ôc ses plus proches héritiers, est nul.
VIII.
Et néanmoins peut le prodigue révoquer, durant son inter-
diction, tous testaments antérieurs, ce que ne peuvent faire les
furieux ôc insensés.
IX.
_ pas
La fureur ou imbécillité d'esprit qui survient, n'annulle
le testament fait auparavant.
X.
La condamnation de mort, quoique rendue par contumace
ôc non exécutée en effigie, annulle le testament du condamné,
encore qu'il l'eût fait avant l'accufation, même à l'égard des
dispositions pour causes pieuses ôc entre ses enfants ou autre-
ment, nonobstant que le contumace soit décédé dans les cinq ans,
XI.
Si le procès est fait à la mémoire du défunt, pour les cas qui
font sujets, la condamnation qui survient annulle son testament.
j
XII.
Quand le testateur décède avant la condamnation ou pro-
nonciation d'icelle, ou durant l'appel par lui interjeté de la
'sentence de condamnation, le testament est bon, encore qu'il
2P4 RECUEIL DES ARRÊTÉS
ait. été fait depuis la condamnation dont est appel, ôc nonob««
fiant qu'il intervienne après la mort arrêt confirmatif.
XIII.
Le testament des condamnés aux galères pour certain temps,
fait pendant le temps de leur peine, est nul.
X.I V.
Le testament des bannis d'une certaine province où à cer-
tain temps du royaume, est valable, pourvu que le testament
par eux fait, durant le temps de leur ban, soit passé hors les
lieux d'où, ils sont bannis.
XV,
Ne peut le juge, par le jugement de condamnation ou au-<
trement, donner au condamné pouvoir de tester, encore que
la condamnation soit pour délit militaire.
XVI.
La restitution du condamné ne valide point le testament fait
par lui depuis la condamnation, mais rétablit celui qu'il avoit
fait avant la condamnation.
XVII.
Religieux proses ne peuvent être rendus capables de tester
par aucune dispense ôc permission, en quelque manière que câ
soit, même sous prétexte de disposer de leur pécule.
XVIII. .

Qui fait profession avant l'âge de vingt ans, ne peut teste*,


avant ni depuis fa profession.
XIX.
Si aucun religieux est promu à l'Epifcopat, il pourra tester;
des biens qui lui appartiendront lors de son décès.

XX.
Chevaliers proses de Tordre de Saint Jean de Jérusalem
,
peuvent, avec la permission du Grand-Maître , tester du
DE M. DE LAMOIGNON. m
quint de leur pécule, suivant les statuts de leur ordre.
XXI.
Le testament d'un étranger est nul, encore qu'il l'eût fait
entre ses enfants légitimes nés ôc demeurants dans le royaume*
XXII.
Étranger naturalisé, ou tenu pour tel par privilège, peue
tester, même des biens qui sont situés dans le royaume.
XXIII.
Le François, qui est domicilié ôc naturalisé en pays étran-
ger, ne peut tester des biens qu'il a dans le royaume, même
au profit de ses enfants légitimes ôc regnicoles, s'il n'en a no-
tre permission par lettres bien ôc dûement vérifiées.
XXIV.
Communautés ou confréries, approuvées par lettres paten-
tes bien ôc dûement vérifiées, font incapables de toutes fortes
de legs, sauf aux juges d'ordonner, en connoissance de cause,
de l'application des legs, fans néanmoins comprendre^ en ladite
prohibition les fabriques des Églises paroissiales, ni les legs en
argent ou espèce de meubles faits aux communautés des pau-
vres des paroisses. -
XXV.
Religieux proses incapables de recevoir par testament aucuna
'fchofe, sinon une pension alimentaire, modique ôc viagère, la-
quelle suivra la personne du religieux, Ôc sera payée au supé-
rieur du couvent où résidera le religieux légataire.. - : "
XXVI.
Ne pourront aussi les religieux promus à l'Épiscopât," ôf
Chevaliers proses de Saint Jean de Jérusalem, recevoir autre
chose par legs testamentaires qu'une pension viagère, quelques
meubles de peu de valeur, ôc poux leux nécessité' seulement.
aoè RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXVII. ôc XXVIII.
Le couvent est incapable de recevoir aucun legs de celui
qui y est entré pour prendre l'habit, soit que le testament soit
fait avant ou durant le noviciat, ôc que le testateur décède avant
fa profession ; ce qui aura lieu pour tous les couvents du même
ordre, encore que ce fussent couvents hospitaliers, ôc que le
legs fût conçu pour l'entretien ôc assistance .des pauvres, ré?
paradons, bâtiments ôc ornements d'Eglises,
XXIX.
Et. néanmoins fille usante de ses droits Ôc capable de dispo-
ser, pourra faire un legs médiocre au profit du Monastère où
elle entrera, pourvu que pour son entrée il n'y ait point de
contrat fait entre ses parents ôc le Monastère, auquel cas tou-
tes .les dispositions de la fille faites directement ou indirecte-
ment au profit dudit couvent, hors ledit contrat, sont nulles
ôc reprouvées.
XXX.
Ne pourront les bâtards, de quelque qualité qu'ils soient?
non légitimés par mariage subséquent, recevoir de leurs père
ou mère aucun legs universel ou de quotité; mais pourront
seulement recevoir en pleine propriété quelques legs particu-
liers ôc modérés, eu égard aux facultés ôc à la condition du
testateur, à l'exception des bâtards incestueux ÔC adultérins, aux-
quels Jéurs père ôc mère, ne pourront léguer qu'une pension;
Viagère ôc alimentaire,
. -
XXXI.
Les enfants nés en légitime mariage des bâtards, même des
incestueux, ôc açìultérins, sont.. capables de recevoir de leurs
,
aïeuls ôç autres.ascendants des legs universels, pouryu que les
testateurs n'aient point laissé d'enfants ôc ^descendantslégitimesà
^ucmei ças pourront feulement les enfants des bâtards recevoir
en
DE M. DE LAMOIGNON. 2P7
en pleine propriété des legs particuliers, qui ne pourront excéder
ìapart du moins prenant desdits enfants ou descendants légitimes.
XXXII.
Hommes ÔC femmes, engagés en adultère ou concubinage,
île peuvent recevoir aucun legs l'un de l'autre.
XXXIII.
Condamnés à mort naturelle par contumace, ôc étrangers,
ne peuvent recevoir aucun legs l'un de l'autre, même pour ali-
ments.
XXXIV.
Mais les condamnés à mort civile peuvent recevoir des legs
modiques pour aliments.
XXXV.
Le legs fait par un malade à son médecin, chirurgien ou
apothicaire, leurs femmes, enfants ôc descendants, leurs père
ôc mère ôc autres ascendants, est nul, encore que les légatai-*
res soient parents ou filleuls du testateur.
XXXVI.
Les legs faits par les apprentifs/serviteurs servantes, au
ôc
profit de leurs maîtres ou maîtresses, leurs descendants ou as-
cendants, sont nuls,
XXXVII.
Et pareillement le legs fait aux précepteurs, pédagogues^
ceux qui ont été tuteurs où curateurs comptables, qui n'ont
point rendu compte ou payé le reliquat, leurs femmes, des-»
cendants ôc ascendants, est nul.
XXXVIII.
Toutefois si les médecins, chirurgiens, apothicaires, maî-
tres, tuteurs ou curateurs, sont ascendants ou descendants, ou
héritiers présomptifs du testateur, le legs est valable, encore que
lesdits ascendants fussent remariés.
Tome Z, PP
2pg RECUEIL DES ARRÊTÉS
XXXIX.
Le legs faìt à un confesseur ou directeur, ou à leurs pa«<
rènts, ou à la communauté dont ils sont l'un ôc l'autre, est nul»
XL.
Les indignités de recueillir un legs testamentaire, ne sont
considérées que comme simples incapacités.
XLI.
Le testateur, qui n'a point de propres, ne laisse pas de pou-
voir disposer de la totalité de ses meubles ôc acquêts à l'âge
de vingt ans.
XLII.
On ne peut disposer par testament de ses propres qu'à l'âge
de ving-cinq ans accomplis, fi ce n'est que le défunt n'eût
point d'acquêts ni de meubles, auquel cas il pourra, étant en âge
de vingt ans, disposer par testament d'une portion desdits propres»*
XLIIL
Pour savoir jusqu'à quelle quantité on peut disposer de feg
propres, seront considérées ôc suivies les coutumes des lieux.
XLIV.
Le legs de tous les propres, réduit
à la portion dont il est
permis de disposer en chacune coutume, est nul pour le sur-
plus, ne pourra le légataire demander la récompense du sur-
Ôc
plus fur les meubles ôc acquêts.
XLV.
La totalité d'un propre peut être léguée valablement ôc n'est
sujette à réduction, pourvu qu'il y ait d'autres propres capar
blés de remplir la portion qui doit demeurer aux héritiers.
XLVI.
On peut aussi léguer tous les propres d'une province, pour-
vu que dans les propres situés ailleurs, l'héritier trouve la portion
entière qui lui est réservée par la coutume.
DE M. DE LAMOIGNON. z??
XLVII.
Si le testateur dispose de la totalité des propres paternels
íou maternels, pourvu qu'elle n'excède la portion de tous les
propres dont les coutumes permettent de disposer, le legs est
valable, à la charge que l'héritier prendra fur les propres de
l'autre ligne la récompense de la part qui lui appartenoit dans
les propres légués.
XLVIII.
Le legs de l'usufruit de tous les propres, sera réduit à l'u-
sufruit de la portion des propres dont il est permis de dispo-
ser, sans que le légataire puisse demander fur les meubles ôc
acquêts, ni fur la propriété des propres, la récompense de ce
qui aura été retranché.
XLIX.
Quand le testateur a légué la portion permise de tous ses
propres, le légataire peut contraindre l'héritier de lui bailler la-
dite portion en un seul immeuble de la succession, qui ne
sera ni le pire ni le meilleur, ôc l'héritier peut pareillement
contraindre le légataire de la recevoir en la même manière.
L.
II n'y aura dorénavant que quatre formes de testaments ès
pays de droit écrit ôc ès Coutumes; savoir, l'olographe, leso-
lemnel, le secret, ôc le militaire.
LI.
Le testament olographe, écrit ôc signé de la main du testa-
teur, est valable, sans autre solemnjté.
LII.
Mais il est nécessaire de faire mention du mois, du jour ôc de
Tannée dans le testament olographe, comme dans les autres, à
peine de nullité»

Ppij
3oo RECUEIL DÈS ARRÊTÉS
LUI.
Lettre missive, qui contient un ou plusieurs legs, ne vaut
comme testament olographe, encore qu'elle soit écrite ôc signée
du défunt,
LIV.
Pour faire un testament solemnel, il est requis ôc suffit qu'il
soit passé pardevant deux Notaires en Cour laie ôc deux témoins j
ou pardevant un Notaire ôc trois témoins, ou pardevant le
Curé de la Paroisse du domicile du testateur, ôc trois témoins,
LV.
Pourra aussi le Recteur ou principal Chapelain d'un hôpital
recevoir les testaments des malades étant en icelui, en pré-
sence de trois témoins,
LVL
Ne pourront les Vicaires ôc Prêtres habitués dans les pa-
roisses recevoir aucun testament, même avec la permissiondu Curé"^
LVII.
Le testament fera rédigé par écrit de ïa main du Notaire ou
autre personne telle que ce soit, en présence du testateur;,
avant qu'il soit clos, il en sera fait la lecture au testateur, au
même iníìant il fera par lui signé ôc par les témoins, ôc ceux
qui auront reçu le testament, fans qu'ils puissent le rapporter
en leur maison, ni divertir à autre acte avant qu'il soit par-
fait Ôc signé, à peine de nullité, ôc des dommages ôc intérêts des
parties contre les Notaires ou Curés, en leur propre ôc privé nom»
LVIIL
Si le testateur ne fait signer ou ne le peut à cause de son
indisposition, il sera fait mention dans le testament de la dé-
claration par lui faite de la cause pour laquelle il n'a point
signé, à peine de nullité,
DE M. DE LAMOIGNON. 2ov
LIX.
Demeureront abrogées les formules de dicté ôc nommé, relu
fans suggestion, ôc les autres solemnités particulières ôc requi-
ses par aucunes loix ôc coutumes.
L X.
Abrogeons aussi l'usage des sceaux ôc cachets des témoing
ôc même du testateur, à l'exception toutefois du testament mys-
tique dont il fera ci-après parlé.
LXI.
Institution d'héritiers, tant en pays de droit écrit que de
coutume, n'est nécessaire, ôc vaudra seulement par forme de
legs jusqu'à la concurrence de la quantité des biens dont il est
permis de disposer.
LXII.
Le testateur peut disposer par testament d'une partie de ses
biens, ôc laisser le surplus dans Tordre des successions légitimes.
LXIII.
La "prétention des enfants ôc autres à qui la légitime est'
dûe suivant les usages des lieux, n'annulle point le testament,
sauf faction pour la légitime ou supplément d'icelle.
LXIV.
Quand le testateur voudra" tenir sa disposition secrette jus-
qu'après fa mort, il pourra écrire son testameut de fa main ou
le faire écrire par un autre, ôc le signera s'il peut écrire, ôc
le testament étant fermé ôc clos sous le cadhet du testateur ou
d'autres, seront appelles un Notaire ôc six témoins, ôc sera dé-
claré en leur présence par le testateur, que ce qui est écrit
dans le papier ou parchemin ainsi clos ôc cacheté, est son testa-
ment signé de lui ; ôc s'il n'a pu le signer, déclarera la cause
pour laquelle il n'a pu le faire, desquelles déclarations le No-
taire lui donnera acte, qui sera écrit fur l'une des feuilles fa*
.3o2 RECUEIL DES ARRÊTÉS
sant partie de l'enveloppe du testament, ôc signé tant par le
Notaire que par les fix témoins.

LXV.
Testament militaire est valable, pourvu qu'il soit signé du
testateur ôc de deux témoins, ôc si le soldat ne sait signer,
jl ne pourra tester qu'en la manière ordinaire.
LXVI.
Le soldat en garnison, dans un lieu où l'on peut tester en
la forme commune, ne peut tester militairement,
LXVII.
Donation à cause de mort, faite en autre forme que le testa-
ment, est nulle.
LXVIII.
En testament, il est nécessaire de faire mention que les ter
moins ont été requis.
LXIX?
La preuve par témoins d'un testament n'est pas recevable, mê-
me du militaire, ôç doit être le testament militaire rédigé par écrit.
LXX.
Testament du père entre ses enfants, ou fait en temps de
peste, ou entre rustiques, ou pour causes pies, ou par un aveugle,
est sujet aux formes précédentes, ôcnon plus grandes formalités.
LXX L
Les témoins qui assisteront aux testaments ôc aux actes de re~
connoissance des testaments secrets, seront mâles ôc non notés d'in-
tamie, âgés de vingt ans accomplis, non religieux, ôc sauront signer»
LXXII.
Si le témoin est légataire, le legs est nul, ôc pour le suj>
plus le testament est valable.
LXXIII.
Le testament est valable, encore qu'au jour du décès du
testateur il y ait dix ans ôc plus qu'il ait été passé»
DE M. DE LAM OIGNON. 3Ó3J
LXXIV.
Testament, autre que militaire, solemnel ou olographe ; ou ac-
te de reconnoissance,n'est valable si le testateur n'a survécu quarante
jours francs, fans y comprendre la date du testament ôc le jour du
décès.

TITRE XLVIII.
Des Fidéi - Commis.
ARTICLE PREMIER;
SUBSTITUTION autre que celle qui se fait par fidéi-»
commis, n'a lieu.
II.
La substitution vulgaire vaudra seulement comme un legs
fait sous condition.
III.
Le fidéi-commis peut être fait par donation entre vifs, testa*
ment ôc autres actes de libéralité.
IV.,
Incapables de donner ou léguer £otít incapables de substi-
tuer, ôc ceux qui sont incapables de recevoir donation ou legs
en tout ou partie, sont pareillement ôc à proportion incapa-!
blés de recevoir le fidéi-commis.
V.
Le fidei-commis, apposé dans un contrat, peut être de tous
biens tant propres qu'acquêts, qui appartiennent alors au dona-
teur, ôc est irrévocable comme le contrat.
304 RECUEIL DES ARRETES
VI.
Le substitué par contrat ou par testament ne peut trans-
mettre le fidéi-commis à ses héritiers, s'il n'est vivant lors de
.{.'échéance de la condition.
VII.
Toutefois la transmission se fait aux petits-enfants du fidéi-
commis qui étoit au profit de leur père, encore que le père
soit décédé avant l'échéance de la condition imposée par la
donation ou le testament de leur aïeul ; laquelle transmission aura
lieu à l'égard des autres descendants, en quelque degré qu'ils soient.
VIII.
Quand la donation entre vifs par contrat de mariage, ou au-
trement, est parfaite, le donateur ne peut après coup charger
le donataire d'aucun fidéi-commis, non pas même un père à
l'égard de ses enfants, encore que dans le fidéi-commis il soit
fait expresse, mention des choses données, ôc que le fidéi-com-
mis soit fait au profit des descendants ou aux autres enfants du
donateur, ôc fous la condition que le donateur décédât fans enfants.
IX.
Peut toutefois le donateur se réserver la faculté de substi-
tuer par fidéi-commis, auquel cas la substitution faite hors ôc
#près la donation sera valable.
X
Quand le legs est fait par un premier testament, on peut,
par un codicile ôc testament postérieur, charger le légataire de,
fidéi-commis,
XI.
Dans les fidéi-commis, quand le premier, le second, le
troisième, ou autres degrés, sont caducs, le degré qui fuit im-
médiatement celui qui est caduc, est subrogé en sa place, ôc le
#déi- commis peut passer du premier degré au dernier, quand
les
DE M. D€ EAMOI.GNON. 3o$
les degrés intermédiaires n'ont point eu de lieu, encore que
le fidéi-commis soit universel.
XII.
Plusieurs étant appelles au fidéi-commis conjointement ôc fans
subordination entre eux, ils le recueillent également; toute-
fois quand le père êc Les enfants sont appelles conjointement,
le tout appartient au père, Ôc après le décès du père, ôc en
cas de décès d'aucuns d'eux, les petits enfants entrent en la
place de leur père.
XIIL
II en est de même quand la mère ôc les enfants font appelles
au fidéi-commis,
XIV.
Pour faire un fidéi-commis, la disposition doit être expresse,*
ôc ne seront dorénavant reçues les extensions d'un cas à un au*
tre, ôc d'une personne à une autre.
XV.
Quand aucun est substitué à un donataire entre vifs, héri-
tier ab intestat ou légataire, au cas qu'il décède fans enfants,
si le donataire, héritier, ou légataire, laisse un seul enfant au
jour de'son décès, le fidéi-commis demeure fans effet à l'é-
gard du substitué ôc de l'enfant.
xvi. ;
Ce que dessus aura lieu, encore que le donataire, héritier,
ou légataire, chargés de fidéi-commis sous la condition du dé-
cès fans enfants, fussent parents en ligne directe ou collatérale
de celui qui en a disposé.
XVII.
Si le fidéi-commis est fait sous une double condition du dé-
cès fans enfants, ôc du décès des enfants fans enfants, il n'y a point
aussi de fidéi-commis au profit desdits enfants au -petits-enfants;
Tome I. Qq
jotf RECUEIL DES «ARRÊTÉS
XVIII.
La masculinité apposée à la condition du décès fans enfants^
ôc des enfants fans enfants, avec obligation de porter le nom
ôc armes du défunt, ôcla prohibition d'aliéner, ne sont suffisantes
pour induire un fidéi-commis même dans les familles illustres.
XIX.
La prohibition d'aliéner ou de tester, pure ôc fimple ôc fans
cause, ne fait point un fidéi-commis, & le donataire ou le lé-
gataire, auquel les défenses ont été faites, a la liberté d'à-,
liéner ou de tester...
XX.
Mais si la prohibition est faite avec la clause pour conser-
ver les biens dans la famille, ou expressément en faveur de cer-.
taines personnes y dénommées, alors c'est un fidéi-commis, le-
quel n'a lieu qu'en cas d'aliénation quand il n'y a que la clause
de conserver les biens dans la famille ; mais s'il y a de cer-
taines personnes dénommées au profit desquelles la prohibition
d'aliéner a été faite, alors soit qu'il y ait aliénation ou non,
le fidéi-commis a lieu. •
XXI.
Mais si la prohibition d'aliéner est faite pour conserver les
biens à certaines personnes dénommées en la disposition le
,
fidéi-commis aura lieu à leur profit, supposé même que les biens
n'aient point été aliénés.
XXII.
En çàs de prohibition . d'aliéner hors la famille, l'héritier
ab inteftatf donataire ou légataire, peut disposer de la chose
à titre gratuit ou onéreux, au profit de telle personne de la
famille qu'il voudra-choisir/encore qu'elle soit en degré éloigné.
XXIII.
Si l'aliénation a été faite à des personnes étrangères, ceux
DE M. DE LAM OIGNON. 307
de la famille qui se trouvent au temps de l'aliénation au premier
degré, selon Tordre de succéder, sont appelles au fidéi-commis,
XXIV.
La prohibition d'aliéner emporte la prohibition de disposer,
tant à cause de mort qu'entre vifs, même d'hypothéquer.
XXV.
L'ordre du fidéi-commis doit être réglé comme la succession
de celui qui est chargé de restituer, ôc non selon Tordre de la
succession de celui qui a disposé.
XXVI.
Le fidéi-commis graduel perpétuel par disposition expresse
ôc
au profit d'une famille, est déféré de degré en degré au plus
prochain de ladite famille, ôc la proximité est considérée eu
égard à la personne qui est chargée de restituer, ôc non à celle
du testateur ou donateur.
XXVII.
Le frère conjoint de deux côtés à celui qui est chargé de
restituer, ale même avantage dans la restitution du fidéi-com-
mis que dans les successions légitimes fur le frère qui est conjoint
d'un côté seulement, ce qui a lieu pareillement à l'égard des soeurs,
XXVIII.
Représentation a lieu dans le fidéi-commis fait.à la famille
dans les mêmes degrés ôc en la même manière que. dans la
succession, ôc les neveux concourants avec les frères du défunt,'
•le partage du fidéi-commis se fera par souches, encore que
le testateur eût ordonné qu'il fut partagé également.
XXIX
Mais quand les enfants sont appelles par leur nom propre
au fidéi-commis, la représentation n'a lieu en la personne des
petits-enfants, lesquels en ce cas ne pourront concourir avec
leurs oncles dans les biens substitués,
Q.VÌ
.
3o8 RECUEIL DES ARRÊTÉS
yv. .A. JS..
Le droit d'aînesse a lieu dans le fidéi-commis fait à la fa-
mille, ensorte que Taîné ôc ses représentants, ôc pareillement
les mâles, prennent dans les biens substitués les droits ôc préro-
gatives d'aînesse ôc de masculinité établis par les coutumes.
j\. A. J\. 1.
Dans le fidéi-commis fait au profit des mâles, ou au "profit
des mâles ôc-de leurs descendants, les issus des filles ne seront
compris sous le mot de descendants.
XXXII.
La préférence donnée, aux mâles dans le fidéi-commis exclut les
femelles, même celles qui sont en degré plus proche que les mâles.
XXXIII.
Pour recueillir un fidéi-cómmis, il est requis ôc suffit que
celui qui est appelle soit capable au jour de l'ouverture du fìdéi-
commis ôc de Téchéance de la condition, encore qu'il ne fût
capable au jour du testament.
XXXIV.
Les enfants, conçus au jour.de Téchéance du fidéi-commis,
sont capables de le recueillir.
XXXV.
Lrncapacité de celui qui est chargé de restituer, n'empêche
point Teffet du fidéi-commis au profit de personne capable.
XXXVI.
On peut, après la mort du testateur, renoncer valablement*
au fidéi-commis avant Téchéance de la condition.
XXXVII.
Le fidéi-commissaire, qui a consenti expressément à Talié-
nation du bien qui lui devoit être restitué ôc qui avoit
connoiffance du fidéi-commis, n'a point d'action contre l'acqué-
reur, ni pareillement contre le vendeur, pour la récompense
DE M. DE L'AM OIGNON. 3oP
de la chose aliénée, fi par Tacte de consentement il n'en fait
une réserve expresse ôc formelle.
XXXVIII. •
Quand un père ou une mère ont' chargé leurs enfants
de restituer à un tiers après leur mort, le fidéi-commis est
caduc, si les enfants laissent des descendants d'eux nés en lé-
gitime mariage avant ou depuis la disposition du père ou de
la mère.
XXXIX.
Le fidéi-commis, qui devient caduc, tourne au profit de celui*
- -

qui étoit chargé de le restituer, ôc non au profit de l'héritier.


XL.
Toutes, lès substitutions, faites avant le jour de Pâque ijtfi,
sont réduites à quatre degrés, ôc celles faites ledit jour 6c de-
puis, à deux degrés, non compris en l'un ôc l'autre cas les
personnes de Tinstitué, donataire ou légataire.
XLI.
Les degrés seront comptés par têtes, ôc non par souches ôc
générations, ôc chacun de ceux qui recueillent la substitution
fait un degré différent, supposé même que les substitués, qui
ont été appelles successivement les uns après les autres, se trou-
vent dans un même degré de génération.
XLII.
Et néanmoins si le cas de substitution écoit tel qu'elle fût
recueillie conjointement ôc concurremment par plusieurs person-
nes toutes ensemble, elles ne seroient considérées ôc comptées
que pour un seul degré.
XLI II.
Les religieux proses, chargés de fidéi-commis, font ouver*
ture au degré suivant du jour de leur profession; ôc ceux qui
ont porté Thabir de religieux proses pendant cinq ans, font
5ÎQ RECUEIL DES ARRÊTÉS
ouverture du jour des cinq ans expirés, ôc en.tous les âutrea
cas la mort civile n'avance point Tordre ôc le droit de fidéi-commis.
XLIV.
Les substitutions seront publiées judiciairement en i'Au-
diençe des Sièges principaux ôc particuliers des Bailliages ôc
Sénéchaussées, tant du domicile de celui qui a disposé-, que de
la situation des choses données ou léguées, à peine de nullité;
ôc les actes de publication seront écrits fur le registre d'Au-»
dience, ôc la disposition contenant la substitution insérée dans
îe registre ordinaire desdits Sièges, à peine de nullité.
XLV.
Là publication, faite à la diligence de quelques personnes
que ce soit, est valable, ôc produira son effet contre les créan-
ciers ôc tiers acquéreurs du jour qu elle aura été faite en tous
les lieux nécessaires.
X L VI.
Le défaut desdites publications ôc enregistrements ne dory-
nera aucun avantage à ceux qui se trouveront chargés de la
restitution du fidéi-commis, au premier degré ou aux degrés
suivants, ni à leurs héritiers ôc autres étant en leurs droits,
au préjudice des substitués, ains seulement aux tiers acquéreurs
ôc aux créanciers qui auront contracté de bonne foi ayec Tin?
stitué ou donataire, ou avec les substitués.
XLVII.
La substitution portée par un contrat entre vifs, doit être
publiée du vivant du donateur, à peine de nullité.
XLVIII.
Les substitués par testament qui n'avoient pas connaissance
des substitutions, qu qui n'étoient pas en état de veiller aux
publications nécessaires auront hypothèque fur les biens de
qui.se
,
çeux trouvent* chargés 4e fidéi-commis, ôc furies biens
DE M. DE LAMOIGNON. 5ÎI
de ceux qui auront sait les aliénations ôc hypothèques du jour
du décès de celui qui a disposé, encore que la disposition ne
soit passée pardevant personnes publiques, les aliénations ôc hy-
pothèques demeurant en leur force ôc vertu.
XLIX.
Ceux qui ont droit de légitime, étant chargés de fidéi-com-
mis, retiendront, par forme de distraction fur les biens substitués,
leur légitime ou le supplément d'icelle ; ôc pour les autres quar-
tes falcidie ôc trébellianique, elles n'auront plus lieu à* Tavenir.
L.
Les fruits, perçus par Tinstitué avant Touverture de la sub-
stitution, ne seront imputés fur lâ légitime.

TITRE X L I X.

De VExécution Testamentaire.
ARTICLE PREMIER,
JL
ESTAMENT passé ou reconnu pardevant deux Notaires
ou un Notaire ôc des témoins débattus de nullité, ou main-
tenus faux est exécutoire par provision, fi la nullité ou fausseté
n'est évidente,
II.
Le testateur peut nommer un ou plusieurs exécuteurs de son
testament, mâles ou majeurs de vingt-cinq ans, ôc non religieux.
III.
Toutefois un père, qui fait un testament entre ses enfantsy
peut nommer leur mère, ou aïeule paternelle ou maternelle,
exécutrice du testament,
312 RECUEIL DES ARRÊTÉS
IV.
Peuvent la femme. ôc . le mineur être chargés par testament
de délivrer un legs particulier, ou de faire quelque élection qui
fera laissée par le défunt à leur disposition,

L'exécuteur testamentaire ayant accepté le legs à, lui fait


par le testament, est tenu d'accepter Texécution; comme aussi
encore qu'il n'y eût aucun legs à son profit, s'il a commencé
ladite exécution, il peut être contraint de la parachever
VI.
Quand plusieurs ont accepté Texécution testamentaire, ils
ne sont tenus chacun que pour ce qu'ils ont géré.
VII.
L'exécuteur testamentaire est tenu de faire inventaire si-tôt
que le testament est venu à fa connoiíïahce, Théritièr présomp-
tif présent ou dûment appelle.
VIII.
Après Tinventaire fait, l'exécuteur testamentaire est saisi du-
rant an Ôc jour de tous les biens, meubles délaissés par le dé-
funt, pour recevoir les dettes actives, revenus, arrérages, in-
térêts, loyers ôc fermages, échus avant le décès du testateur.
IX,
Toutefois ne serpit saisi de tous les biens l'exécuteur testa-
mentaire, si le défunt avoit ordonné expressément qu'il fût saisi
de sommes certaines seulement.
X.
Mais cessant la disposition expresse du testateur, les offres
de mettre entre les mains de l'exécuteur deniers suffisants pour
accomplir le testament, ne sont point recevables, ôc nonob-
stant icelles, l'exécuteur demeurera saisi? comme dit est, de
tous les meubles.
XI,
DE M. DE LAMOIGNQN; 313
XI.
L'an ôcjour doit être compté du jour que l'exécuteur tes-
tamentaire a eu les effets de la succession en sa disposition.
XII.
L'exécuteur testamentaire ne peut payer ôc mettre à exé-<
cution les choses ordonnées parle testateur pour ses obits,-
obsèques ôc funérailles, fans appeller les héritiers, ôc est cru
ledit exécuteur à son serment des frais du convoi, aumônes^
ôc autres menues dépenses.
X 11 ì.
Peut l'exécuteur testamentaire se payer par ses mains des
sommes qui lui sont dûes par le défunt, ou du legs mobilier
à lui fait, ôc les mettre en dépense dans le compte de Texé-
cution testamentaire; mais si le legs est universel ôc de quo-
tité, ou d'un immeuble, la délivrance doit lui en être faite
par l'héritier, ou par la justice, au refus dudit héritier à ce
appelle.
XIV.
Peut aussi l'exécuteur payer les dettes claires Ôc liquides, mê-
me les legs mobiliers, fans la participation des héritiers, sinon
qu'il y eût empêchement en ses mains, ôc opposition formée
à la requête desdits héritiers, laquelle étant par.lui dénoncée
auxdits créanciers ôc légataires, ils seront tenus la faire lever,
si bon leur semble, avec lesdits héritiers, ôc jusqu'à ce ne pour-;
ront faire aucunes poursuites contre l'exécuteur.
XV.
Si l'exécuteur testamentaire décède dans Tan ôc jour, avant
le parachèvement de Texécution testamentaire, ses héritiers sont
tenus, incontinent après son décès, de rendre compte de la-
dite exécution; mais ils ne pourront contraindre ' les héritiers
du testateur de souffrir qu'ils continuent ladite charge, ni aussi
Tome 1, Rï
^ RECUEIL DES ARRÊTÉ
être contraints par eux de la continuer, encore que le testa-
.-íreúr eût fait un legs considérable au défunt pour ladite exé-:
cution testamentaire, lequel legs ne laissera point d'être dû en-?
tiérement aux héritiers dudit exécuteur.
XVI.
L'élection des legs faits à des tierces personnes, qui avoit
été laissée à l'exécuteur testamentaire, passe après le décès dudit
exécuteur, qui n'a point consommé ladite élection , aux héri-
tiers du testateur.
XVII.
Quand la charge d'exécuteur testamentaire est commise à la-
qualité de la personne, elle passe après le décès de l'exécuteur,
dans Tan ôc jour, à son successeur qui a la même qualité.
XVIII.
L'an jour passé, Texécution testamentaire est finie, ôc doit
ôc
l'exécuteur rendre compte, encore que le testateur l'en eût ex-
pressément déchargé par son testament.
XIX.
Toutefois s'il y a dans le testament des articles dormant trait
au-delà de Tan ôc jour, l'exécuteur testamentaire, en ce cas,
demeurera garni des sommes suffisantes jusqu'à concurrence ÔC
pour T-accomplissement desdits articles.
XX.
La connoissance de Texécution des testaments appartient à.
la juridiction laïque.
Ï>Ë M. DE LAMOIGÍSroifY ^|
T I T R E L. >
De la Légitime.
ARTICLE PREMIER;
J_J Alégitime des enfants, tant en pays de droit écrit que de
coutumes, sera à Tavenir la moitié de telle part ôc portion que
chacun des enfants eussent eu dans les biens du défunt, s'il n'en
eût disposé par donation entre vifs, ou derniere volonté,-fur le
tout déduit les dettes ôc frais funéraux.
II.
Les ascendants auront pareille légitime en pays de droit écrit,
en défaut des descendants.
III.
Ceux qui sont exclus de la succession par incapacité, otí
par une juste exhérédation, n'ont droit de légitime.
IV.
Les renonciations aux successions échues, faites par persoô^
nés majeures, sont valables en succession directe, ôc excluent
la demande en supplément de légitime.
V.
Filles majeures qui renoncent par contrat de mariage, moyen,;
nant leur dot, aux successions à écheoir , sont recevables,
nonobstant lefdites renonciations, à demander supplément de
légitime, encore quelles eussent renoncé expressément à lai
dite légitime.
VI.
L'héritier majeur, qui a omis de faire inventaire, est exclus
ide la légitime.
Rrij
510- RECUEIL DES ARRÊTE5
VII.
L'action pour la légitime ou supplément d'icelle dure trente
ans, ôc passe de plein droit aux héritiers du légitimaire, encore
qu'elle n'ait été commencée de son vivant.
VIII. .
Si les biens dont le défunt n'a point disposé ne sont pas
suffisants pour remplir la légitime, elle se prendra première-
ment sur les dispositions testamentaires, ôc successivement sur
les donations entre vifs, à commencer par les dernieres avant
que de toucher aux précédentes.
IX.
Le legs universel sera épuisé avant que de venir aux legs
de quotité, ôc les legs de quotité seront épuisés avant que
de venir "aux legs particuliers, lesquels seront aussi épuisés
avant que de venir aux legs pieux ôc aux récompenses des
serviteurs.
X.
La dot, même celle qui a été donnée en deniers, est fur
jette au retranchement qui se fait pour la légitime.
XI.
Les choses données, qui sont ainsi révoquées ou retran^
chées pour fournir la légitime, entrent dans ladite légitime
franches Ôc quittes des dettes du défunt, auxquelles lefdites
choses données h'étoient point sujettes.
XII.
Les biens sujets à la légitime sont sujets à évaluation, eu
égard à ce qu'ils valoient au jour du décès de celui de la suc-
cession duquel il s'agit, ôc le calcul de la légitime doit être
fait fur le pied de ladite valeur, fans considérer Taugmenta-
írion ou diminution naturelle survenue depuis le décès.
DE M. DE^ LA MOIGNONS %i%
XIII
Le supplément de légitime pourra être baillé en argent par
Ceux qui en sont tenus, mais s'il est baillé en héritages de la
succession, lefdits héritages seront baillés pour le prix qu'ils
font entrés dans Tévaluation de la légitime.
XIV.
En cas de supplément de légitime, le légitimaíre retient
les héritages qui lui ont été donnés ou qu'il trouve dans la
succession, pour le prix qu'ils valoient au jour de k succes-
sion ouverte.
XV.
La légitime ne peut être chargée d'usufruit de fidéi-com-
mis ni d'aucune autre condition, encore que le fidéi-commis
fut réciproque entre enfants par le testament du père.
XVI.
Tout ce qui vient en propriété à l'héritier légitimaire de
îa libéralité ôc entre vifs, ou à cáuse de mort, est imputé en
la légitime, tant à l'égard des étrangers qui sont légataires ou
donataires entre vifs, que des héritiers du sang.
XVII.
Héritier légitimaire est. saisi de la légitime du jour du dé-
cès, ôc les fruits en sont dûs dès ce jour.
XVIII.
Les religieux qui ont fait profession du vivant des père ôc
mère, ôc ceux qui sont réputés tels, les enfants exhérédés qui
n'ont point été reçus en partage, les absents dont on n'a point
reçu de nouvelles dix ans auparavant Touverture de la succes-
sion, ceux qui ont renoncé purement ôc simplement sans au-
cune récompense, ceux qui sont morts civilement, ôc généra-
lement ceux qui par renonciation, exhérédation ou incapacité
5is RECUEIL DES ARRÊTÉS &£;
ne prennent part à la légitime, ne doivent être comptés pour
régler ladite légitime, ' '
'XIX. A

Toutefois ceux qui ont renoncé moyennant quelque avan-


,
tage , pour modique qu'il soit , font nombre pour la- suppu-
tation de la Slégitime encore qu'ils n'y prennent part, pourvu
,
que d'ailleurs il n'y ait aucune incapacité de succéder en leur
personne ; ôc dans la masse des biens sujets à la légitime en-
treront les avantages faits à ceux qui ontrenoncé.

FIN.
APPROBATION.
J'Aï lu , par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux , les
Arrêtés de M. le Premier Président de Lamoignon. On ne peut
trop s'empresser de multiplier les Editions de Texcellent Ouvrage
de ce grand Magistrat, ôc je crois qu'on peut en permettre Tim-
pression. A Paris, le i$ Mai 1776.
Signé, COQUELEY DE CHAUSSEPIERRE,

P RIVILE GE DU ROI.
T
-*—*0 UIS PAR LA GRÂCE DE DIEU , Roi DE FRANCE ET DE NAVARRE , A nos amés
& ,
féaux Conseillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Re-
quêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Piévôt de Paris, Bailîifs »
Sénéchaux, leurs Lieutenants Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendrav
SALUT, notre amé le lìeur MERLIN Libraire, Nous a fait exposer qu'il desireroit
faire imprimer, 8c donner au Public , le'Recueil des Arrêtés de M. le Premier Président
de Lamoignon s'il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce néces-
saires. A CES,CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant, Nous lui avons
permis 8c permettons par ces Présentes , de faire imprimer ledit ouvrage autant de
fois que bon lui semblera, 8c de le vendre,faire vendre & débiter par tout notre
Royaume pendant le temps defix années consécutives, à compter du jour de la date
,
des Présentes. Faisons défenses à tous Imprimeurs, Libraires 8c autres personnes,
de quelque qualité 8c condition qu'elles soient, d'en introduire d'impression,
étrangère dans aucun lieu de notre obéissance : comme auffi d'imprimer, ou faire
imprimer, vendre, faire vendre , débiter, ni contrefaire ledit ouvrage, ni d'en
faire aucuns extraits fous quelque prétexte que ce puisse être, fans la permission
expresse 8c par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui auront droit de lui, à peine
de confiscation des Exemplaires contrefaits de trois mille livres d'amende
,
contre chacun des Contrevenants, dont un tiers à Nous un tiers à l'Hôtel-
,
Dieu de Paris, 8c l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui,
8c de tous dépens dommages 8c intérêts; à la charge que ces Présentes seront
enregistrées tout au, long fur le Registre de la Communauté des Imprimeurs 8c
Libraires de Paris, dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impreffion dudit ouvrage
fera faite dans notre Royaume 8c non ailleurs, en beau papier 8c beaux caractères
conformément aux Règlements de la Librairie, 8c notamment à celui du dix,
Avril mil sept cent vingt-cinq, à peine de déchéance du présent Privilège ;
qu'avant de l'exposer en vente, le Manuscrit qui aura servi de copie à l'im-
preffion dudit ouvrage sera remis dans le même état où l'approbation y aura
été donnée , ès mains de ,
notre très-cher 8c féal Chevalier Garde des Sceaux de
France le Sieur HUE DE MIROMEMIL; qu'il en fera ensuite remis deux exem-
plaires dans notre Bibliothèque publique, un dans celle de notre Château du
Louvre, un d.ans celle de notre très-clicr 8c féal Che\-aliei-Çhanceiiexde Franco
le Sieur DE MAUPEOU , 8c un dans celle dudit Sieur HUE DE MIROMENH^ se
tout à peine de nullité des Présentes; du contenu desquelles vous mandons 8c
eníoignons de faire jouir ledit Exposant 8c ses ayant causes, pleinement & pai-
fiblement, fans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Vou-
lons que la copie des Présentes, qui fera imprimée tout au long au commence-
ment ou à la fin dudit ouvrage, soit tenue pour dûement íìgnifiée, & qu'aux
copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers - Secrétaires, foi
soit ajoutée comme àToriginal ; commandons au premier notre Huissier ou
Sergent fur ce requis, de faire pour Texécution d'icellës , tous Actes requis &
nécessaires, fans demander autre permission ,& nonobstant clameur de Haro ,
Charte Normande, & Lettres à ce contraires. CAR tel est notre plaisir. DONNÉ
à Paris le vingtième jour du mois de Novembre l'an de grâce mit sept cent
soixante-seize, & de notre Règne le troisième. Par le Roi en son Conseil.
Signé, LE BEGUE.

?
Registre sur le Registre XX de la. Chambre Royale îf Syndicale des Libraires &* Im-
primeurs de Paris N°. 684. folio 248. conformément au Règlement de 1723. A Paris?
Novembre ,
1776,
ce 22
Signé, SIMON, Adjoint.

£e l'Imprimerie de L. F. DELATOUR, .1,777,