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CAA de BORDEAUX, 5ème chambre, 24/03/2021,

19BX02765, Inédit au recueil Lebon


CAA de BORDEAUX - 5ème chambre

 N° 19BX02765
 Inédit au recueil Lebon

Lecture du mercredi 24 mars 2021


Président
Mme JAYAT
Rapporteur
Mme Birsen SARAC-DELEIGNE
Rapporteur public
Mme PERDU
Avocat(s)
FIDAL MERIGNAC
Texte intégral

RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Château Gruaud-Larose a demandé au tribunal administratif de Bordeaux


de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) auxquels
elle a été assujettie au titre de la période du 1er août 2010 au 31 juillet 2013, pour un
montant total de 7 901 euros ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur
les sociétés et de contribution additionnelle à l'impôt sur les sociétés et intérêts de
retard auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 juillet 2013 pour
un montant de 213 496 euros.

Par un jugement n° 1703163 du 30 avril 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a


prononcé le non-lieu à statuer sur les conclusions de la société Château Gruaud-
Larose, à concurrence des dégrèvements de cotisations supplémentaires d'impôt sur
les sociétés et de contribution additionnelle à l'impôt sur les sociétés prononcées par
l'administration fiscale au titre de l'exercice clos le 31 juillet 2013 et rejeté le surplus
des conclusions de la requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2019 et 12 mars 2020, la
société Château Gruaud-Larose, représentée par Me G..., demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 avril 2019 en
tant qu'il a rejeté ses conclusions tendant à la restitution des rappels de TVA pour la
somme totale de 7 901 euros ;
2°) de prononcer la restitution des rappels de TVA mis à sa charge pour la somme de
7 901 euros dont elle s'est acquittée par compensation opérée par l'administration
sur les crédits de TVA au titre des années 2011, 2012 et 2013 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article


L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la solution apportée par le tribunal administratif ne répond pas à la question de
savoir si la facturation d'une fraction de la cotisation du conseil interprofessionnel du
vin de Bordeaux (CIVB) constitue un complément de prix imposable selon les mêmes
modalités que le prix de base de l'opération, soit une vente en franchise de TVA sur
le fondement de l'article 275 du code général des impôts ; ce complément de prix
devrait être refacturé en franchise de TVA ;
- la base d'imposition est constituée, non seulement par le prix proprement dit du
bien ou du service, mais également de tous les frais réclamés au client à des titres
divers et qui peuvent être considérés comme des compléments du prix de base ;
- la facturation de 50 % de la cotisation CIVB ne s'inscrit pas dans le cadre de
l'accord interprofessionnel mais repose sur un accord conclu entre le vendeur et
l'acquéreur ; la refacturation, sur le fondement d'un accord commercial, d'une fraction
des cotisations dont elle est personnellement redevable s'analyse en un complément
de prix devant bénéficier du même régime d'imposition que le prix de base ;
- si la facturation de la cotisation CIVB n'est la contrepartie d'aucun service
individualisé qui serait rendu par la société appelante au profit de ses clients, elle
représente une charge pour la société dont elle est seule redevable et qu'elle a choisi
de faire peser pour moitié sur ses contractants, à titre de complément de prix
imposable selon les mêmes modalités que celles appliquées au prix de base de
l'opération à laquelle il se rattache.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2020, le ministre de l'économie,
des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative et le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :


- le rapport de Mme E...,
- les conclusions de Mme F..., rapporteure publique,
- et les observations de Me C..., représentant la société Château Gruaud-Larose.

Considérant ce qui suit :

1. La société Château Gruaud-Larose, propriétaire et exploitant d'un vignoble situé


dans le Médoc, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période
du 1er août 2010 au 31 juillet 2013, à l'issue de laquelle le service a procédé à des
rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur des sommes qualifiées de
refacturations de cotisations du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux
(CIVB) et à des rehaussements sur des charges de " sous-activité ". Par décision du
8 février 2018, le directeur spécialisé de contrôle fiscal sud-ouest a prononcé le
dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 213 496 euros,
des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution
additionnelle à l'impôt sur les sociétés auxquelles la société Château Gruaud-Larose
a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 juillet 2013 et maintenu les rappels de
TVA. Par un jugement du 30 avril 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a
prononcé le non-lieu à statuer sur les conclusions de la société Château Gruaud-
Larose, à concurrence des dégrèvements de cotisations supplémentaires d'impôt sur
les sociétés et de contribution additionnelle à l'impôt sur les sociétés prononcées par
l'administration fiscale au titre de l'exercice clos le 31 juillet 2013 et rejeté le surplus
des conclusions de la demande. La société Château Gruaud-Larose relève appel de
ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de ses conclusions tendant à la restitution
de la somme de 7 901 euros correspondant à la somme qu'elle a acquittée par
compensation opérée par l'administration sur les crédits de TVA, au titre de la
période 2010 à 2013.
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la
taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services
effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel (...) ". En vertu du I
de son article 275, les " assujettis sont autorisés à recevoir ou à importer en
franchise de la taxe sur la valeur ajoutée les biens qu'ils destinent à une livraison à
l'exportation ".

3. Il résulte de l'instruction que les dispositions financières de l'accord


interprofessionnel triennal relatif à l'organisation économique du marché et au suivi
aval de la qualité des vins de bordeaux prévoient le versement d'une cotisation
professionnelle dite " cotisation CIVB " dont le tarif par hectolitre varie selon
l'appellation AOC, assujettie à la TVA au taux de 19,60 % et dont le fait générateur
est constitué par les sorties de stocks mentionnées sur les déclarations mensuelles
de sorties remises aux services des douanes. Aux termes de l'article 32 dudit accord
: " Lorsque l'acheteur est un négociant disposant d'un établissement en Gironde ou
dans un canton limitrophe, les cotisations sont payables par cet acheteur et
supportées par moitié par le vendeur pour les sorties de chai relatives aux contrats
désignés aux articles 111 [ventes avec retiraison en vrac pour des volumes égaux ou
supérieurs à 9 hl], 112 [ventes en vrac avec retiraison en bouteilles après mise à la
propriété sous la responsabilité de l'acheteur pour des volumes égaux ou supérieurs
à 9 hl] et 113 [vendanges fraîches] du présent accord. Dans tous les autres cas les
cotisations sont payables par le vendeur ".
4. Il est constant que la société facture à ses clients négociants bordelais une somme
équivalente à 50 % des cotisations mises à sa charge par le CIVB, en franchise de
TVA, sur le fondement de l'article 275 du code général des impôts, lors des ventes
de vins primeurs en bouteilles destinées à l'export.

5. Pour écarter les sommes ainsi facturées du bénéfice de la franchise prévue par les
dispositions précitées du I de l'article 275 du code général des impôts,
l'administration soutient qu'eu égard à la nature et à l'objet de la cotisation
interprofessionnelle CIVB, sa refacturation aux négociants ne correspond pas à la
contrepartie d'un service annexe à une exportation ou une livraison
intracommunautaire mais au paiement, par le négociant, de la cotisation prévue par
l'accord interprofessionnel en contrepartie du service rendu par le CIVB.

6. Toutefois, les ventes de vins primeurs en bouteilles opérées en l'espèce par la


société requérante ne relevant pas des catégories de ventes visées par les articles
111, 112 et 113 de l'accord interprofessionnel, seul le vendeur, c'est-à-dire la société
Château Gruaud-Larose, est redevable de la cotisation afférente à ces ventes,
comme le prévoit le dernier alinéa de l'article 32 dudit accord. Ainsi, la facturation
d'une somme correspondant à une fraction de la cotisation CIVB dont le négociant
acheteur n'est pas redevable repose, ainsi que le soutient la société appelante, sur
un accord commercial entre le vendeur et l'acheteur. Par suite, la somme versée par
le négociant exportateur à la société Château Gruaud-Larose et correspondant à une
fraction de la cotisation CIVB constitue un élément du prix d'une livraison de biens au
sens du I de l'article 256 du code général des impôts, susceptible de bénéficier de la
franchise prévue au I de l'article 275 précité du code général des impôts.
7. Il résulte de ce qui précède que la société Château Gruaud-Larose est fondée à
soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de
Bordeaux a rejeté sa demande en décharge des impositions litigieuses, et par suite,
à demander, en l'absence de contestation par l'administration de la compensation
opérée sur les crédits de TVA, la restitution d'un crédit de TVA à hauteur de 7 901
euros au titre de la période 2010 à 2013, ainsi que la réformation en ce sens du
jugement du tribunal administratif de Bordeaux.

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le


versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1
du code de justice administrative.