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« La culture n’est pas une affaire d’État » E.

Ionesco

Palmyre, ville au carrefour de la Grèce, de l’Italie, du Proche-Orient et de l’Égypte, ville du troisième


siècle avant notre ère, ville classée au patrimoine mondial, a été saccagée par Daesh. Peu de temps après,
l’Unesco, organisation inter-gouvernementale, se rend sur place afin de constater la gravité des dégâts. En
France plus particulièrement, de André Malraux à Jack Lang, on sait que la culture est devenue une
affaire d’Etat ; cette action culturelle, vraie « religion de la modernité », est à coup sûr une exception
française.

L’évolution de la société dans les pays occidentaux a permis à la population de se consacrer aux loisirs, ce
à quoi le sport et la télévision ont répondu. Or, la télévision, comme l’éducation sont sous le contrôle de
l’Etat.

La culture tient une place particulière dans les choix politiques de l’Etat car elle dispose d’un ministère
qui lui est propre alors qu’elle est étroitement liée avec la télévision, puisque que ce ministère est le «
ministère de la Culture et de la Communication ».

L’élan culturel amorcé en 1959 par Malraux et amplifié depuis 1981 est donc un élan éminemment
politique.

L’État ne doit pas défendre le patrimoine, des acteurs privés doivent s’en charger

Le mécénat est apparu notamment avec Mahaut d’Artois ou Isabeau de Bavière. Aujourd’hui, de grands
investisseurs s’inventent mécènes comme Ariane de Rothschild, Alain-Dominique Perrin, Bernard
Arnault.
D’un point de vue libéral, il paraît intolérable que l’État se mêle de la politique culturelle qui doit émaner
d’initiatives privées.
Dans son livre, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, en 1776, Adam Smith
théorise les pouvoirs régaliens car les souverains abusent de leur pouvoir en partant trop souvent à la
guerre, engendrant des dettes souveraines élevées. Ainsi, l’État doit rester dans son champ d’action,
comme la monnaie, la justice, la sécurité. Il n’appartient en aucun cas à l’État de défendre le patrimoine.

La politique culturelle, une entrave aux minorités et à la spontanéité individuelle

Pour John Rawls, trois principes interdisent à l’Etat de répondre aux revendications des minorités
culturelles :

principe de neutralité étatique envers les conceptions particulières du bien empêche l’attribution de
droits collectifs culturels. Pour rester neutre, l’Etat doit se désengager du domaine de la culture.
le principe de l’individualisme moral. L’Etat ne peut promulguer aucune valeur, tant d’ordre culturel
que moral. Seul l’individu, par son projet de vie, peut être la source de choix axiologique, l’Etat ne saurait
donc le décharger de cette responsabilité.
le principe d’équité défend toute attribution de droits collectifs culturels. L’institution étatique doit un
égal respect à ses membres : accéder aux requêtes d’une minorité serait ainsi toujours aux dépens des
autres citoyens. Bref, toute intervention de l’Etat conduirait à transformer, selon J. Rawls, l’Etat-libéral
en Etat interventionniste, voire paternaliste.

Cependant, il faut bien avouer que la position de J. Rawls ne permet pas d’assurer aux individus une
sécurité culturelle. La culture relève de choix individuels, elle est laissée au « marché libre des cultures et des
idées ». La culture est certes protégée de l’oppression, mais sans garantie de survie puisque la demande
d’une culture peut être inexistante, l’offre d’une culture ne produit nullement sa propre demande : la
théorie rawlsienne admettrait ainsi la possibilité pour une culture minoritaire de disparaître.

Finalement, la promotion de la culture n’est jamais neutre, on choisit de promouvoir telle culture, au
détriment d’une autre. Il y a une réelle sélectivité. Les libéraux comme Rawls pensent qu’il faut laisser
initiatives à des individus ou à des représentants qui sauront mettre en valeur une culture. Sur ce point-là,
l’auteur Eugène Ionesco rejoignait les libéraux : « La culture n’est pas une affaire d’État ».
En 1978, l'auteur de "La Cantatrice chauve" est en colère. Pour le dramaturge d'origine roumaine, la
culture est en péril et il faut la défendre à tout prix. Des propos qui résonnent plus de 40 ans plus tard
avec la crise que traversent l'art et la création, toutes disciplines confondues.

En 1978, Eugène Ionesco, dramaturge d'origine roumaine exilé en France depuis de nombreuses années, auteur
de succès comme La Cantatrice chauve ou Les Chaises, s'entretient pour la télévision française de son rapport à
l'art, à la politique, à l'existence. Il donne son avis tranché et acerbe sur l'état de la scène culturelle
française. En pleine Guerre froide, alors qu'il exècre les dogmatismes, les régimes autoritaires de l'Est et les
artistes qui en chantent les louanges, lui qui incarne le "théâtre de l'absurde" rappelle le rôle unique de la
culture pour réunir les êtres humains. Une mission à défendre, à tout prix.

Eugène Ionesco : "Les hommes politiques ne savent absolument pas quelle est l’importance de la culture.

Dans notre monde déspiritualisé, la culture est encore la dernière chose qui nous permette de dépasser le
monde quotidien et de réunir les hommes. La politique les sépare, et seule la culture peut les réunir.

Les gens qui sont à la tête de l’État sont également de mauvaise foi. Ils continuent de gouverner un monde
qui est dans le chaos, qui est ingouvernable. C’est d’ailleurs le fait de l’homme moderne, comme le dit mon ami
Emil Cioran, qui disait “l’homme moderne bricole dans l’incurable.” Eh bien c’est ce que je fais moi aussi, et
c’est ce que nous faisons tous.

Je crois que nous assistons à un énorme abrutissement dont les intellectuels sont en grande partie coupables.
Nous ne vivons pas un moment de culture. Qu’est-ce que c’est que cette vie culturelle ? Eh bien c’est de faire
que les gens puissent penser chacun dans sa solitude et apportant au groupe le fruit de ses méditations, pour que
l’individu s’épanouisse, pour qu’il pense.

Eh bien dans ce monde de civilisation dans lequel nous sommes entrés, et dans lequel les scientifiques ont une
grande part, ce sont les scientifiques justement qui s’éveillent à la vie culturelle, c’est-à-dire à l’humanisme.

Vous savez que maintenant, pendant que nous parlons, le monde est en feu et en flammes, et je vous avoue que
malgré tout, moi-même, je suis heureux quand minuit arrive et que je peux me coucher, et dormir."
La culture est-elle l’affaire de l’Etat ?

La représentation par Hyacinthe Rigaud du Roi Louis XIV bien connue qui se trouve au Château
de Versailles en fait le protecteur des arts et des lettres. Le roi est ainsi souverain car il incarne
une forme d’unité culturelle du royaume et le meilleur vecteur de sa transmission. En ce sens,
incarner l’Etat implique d’assumer une politique culturelle, dont l’acception immédiate rappelle
l’étymologie agraire du terme culture. Cette vision semble, à maints égards, spécifique à la France. En effet,
si certains Etats ou collectivités peuvent s’avérer actifs dans l’organisation des activités culturelles, à l’instar de
la Mairie de Londres qui est à l’origine du Festival de musique classique les BBC Proms chaque été, il
semble que le lien entre Etat et culture est clairement posé en France où les politiques culturelles
et la défense d’une certaine conception que d’aucuns désignent comme une exception à part entière
est un principe politique, non seulement à l’échelle nationale, mais également au niveau international.
En outre, si la conception aristocratique de la culture – telle qu’elle semble se donner à lire, par
exemple, dans le portrait de Rigaud – semble surannée.
Le problème de savoir si la culture est une affaire de pouvoir se pose avec plus d’acuité dans une société
démocratique dont le principe, comme le rappelait Tocqueville, dans l’introduction de son ouvrage l’Ancien
régime et la révolution, demeure l’égalité. Ce lien entre pouvoir et culture a-t-il évolué tandis que la
nature du régime devenait proprement démocratique ? En effet, il semble que la culture soit bel et
bien une affaire d'Etat pour le meilleur comme pour le pire (I). Néanmoins, les modèles culturels,
établis dans nos sociétés démocratiques sur la longue durée, semblent aujourd'hui devoir évoluer (II).

I. La culture : une affaire et un moyen de l'Etat, pour le meilleur comme pour le pire

IA. La culture, le fondement de la communauté politique :

II. Les défis d’aujourd’hui de la culture pour les Etats démocratiques :

IIA. La mise en concurrence des modèles culturels avivée par la mondialisation :

LA CULTURE EST – AUSSI – UNE AFFAIRE


D’ÉTAT

Il semble que nous assistons à un certain désengagement de l’Etat en


matière d’éducation, de recherche et de culture : l’appel à des fonds
privés pour l’université et la recherche, la diminution des postes
d’enseignants, l’introduction d’une logique de marché dans la gestion
patrimoniale des musées (on vend la « marque Louvre » à un Etat du
Golfe persique, on souhaite que les musées puissent vendre une partie de
leurs collections...) témoignent de cette tendance. La culture ne serait-elle
plus une affaire d’Etat ? La notion de culture est ambivalente.
Schématiquement, on peut distinguer un sens anthropologique et un sens
ontologique. Anthropologiquement, une culture est la manière
déterminée dont une population donnée, à un moment donné, s’élève
au-dessus de la simple animalité, de la pure nature. C’est alors la
totalité des coutumes, lois, croyances, techniques, formes d’art, de
langage et de pensée d’une communauté. Ontologiquement, c’est le
processus par lequel un individu s’élève au-dessus de sa condition
naturelle pour réaliser son humanité. Cette réalisation est
essentiellement intellectuelle et morale et s’opère dans les « œuvres de
l’esprit ». L’Etat est un élément de la culture, sous ses formes
déterminées. Mais est-il – ou doit-il être – son instance organisatrice ?
Le processus culturel de formation de l’individu ne s’opère-t-il pas
parfois contre la communauté et l’Etat ?

La démocratie culturelle

Face à ces critiques, peut-être faut-il rappeler des choses simples mais
souvent occultées : - Laisser l’art et la culture aux strictes lois du
marché, c’est risquer de voir triompher l’industrie culturelle de masse
dont l’objectif, par delà la rentabilité financière, est plus le
divertissement programmé que l’éveil à une conscience critique du
monde.
- Si la tâche de l’Etat démocratique est de conserver les oeuvres d’art
et de les mettre à la disposition de tous, elle est aussi de favoriser la
création (mais non l’inspirer !) par le biais d’institutions multiples.
- Mais la vie politique démocratique ne se réduit pas à l’action de
l’Etat. Participer à une « politique culturelle » ce n’est pas
simplement, pour le citoyen, faire le choix de tel ou tel candidat au
gouvernement, mais agir dans des associations culturelles, intervenir
dans les débats publics et, par ses adhésions ou ses protestations,
s’engager dans la cité. On devrait pouvoir évaluer le degré de
démocratisation en matière culturelle aux efforts mis en oeuvre pour
donner à chacun les outils intellectuels, les références esthétiques et
historiques qui permettent d’avoir accès à la connaissance, à la jouissance
partagée, mais aussi au refus motivé des formes et des œuvres du présent.
L’éducation de la sensibilité est l’affaire d’une vie, et par-delà l’école et les
institutions culturelles, il y a place pour de libres associations de citoyens
qui mettent en commun la confrontation de leurs goûts, de leurs savoirs et
de leur jugement.
Dossier : L’Etat et la culture. –

Objectifs. – Avoir des connaissances et travailler la méthodologie pour la prochaine dissertation.

 Le régime de l’exception culturelle :

C’est une manière de positionner les biens culturels dans le cadre de la mondialisation. Au cours des 80’, la
mondialisation se met en place. La mondialisation accélère les échanges.

Dans les années 1990, le président de la commission européenne : Jacques Delors déclare « la culture n’est
pas une marchandise comme les autres ».

D’où vient ce régime de l’exception culturelle et quel nouveau rapport établit-il entre la culture et l’Etat ?

Définition des termes :

 La culture :

Au sens primitif du terme c’est la culture des terres dans le monde romain. Par extension, c’est le
développement intellectuel et moral d’un individu. Il y a un glissement du sens.

En Europe, cette définition va prendre une connotation politique surtout chez les allemands au XVIIIème.

Kant repense la notion de culture. Dans la tradition allemande la culture représente l’identité du peuple.
L’idée de culture se politise : consubstantielle à l’idée de nation : France également mais d’une manière plus
large.

De manière moderne le mot culture évolue avec les ethnologues (Levi Strauss). La culture serait les usages et
pratiques d’un peuple. La culture aujourd’hui intègre toutes ses définitions.

Le sens du mot que nous allons privilégier c’est le rapport à l’Etat. Comment un Etat peut décider d’une
politique culturelle ?

L’expression politique culturelle est importante. Cette expression ne va pas de soi. Elle est tellement inscrite
dans la pratique institutionnelle qu’elle semble aller de soi. On peut remettre en question cette expression.

La culture – la création – peut relever de la sphère privée ?

Un livre « de la culture en Amérique » Frédéric Martel. Dans ce livre il explique que la culture relève de la
sphère privée dans le monde anglo-saxon.

C’est entrée dans les mœurs car on s’est habitué comme allant de soi un ministère de la culture. Le premier
ministère de la culture a été institué en 1958 : André Malraux. Nous sommes depuis conditionné par cette idée.

Or le ministère de la culture n’a pas toujours existé. Est-il vraiment légitime ? Il y a eu énormément de débat
contradictoire à ce sujet.

Dans les années 1980, sous Mitterrand, la dimension de politique culturelle est la plus forte avec la création
de la fête de la musique.

Ces politiques culturelles intenses et très structurées ont été soumise à de vives débats, la critique la plus
cohérente est venue d’un auteur : Marc Fumaroli qui écrit en 1994 : « L’Etat culturel ».

Ce livre a eu un fort retentissement, si bien que le titre est devenu en soi une critique.

Lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait bouleversé ce rapport de l’Etat et la culture au
sein de la Vème république.
En France, au sein de la Vème République, l’exécutif a un rapport très particulier à la culture. C’est un
rapport étroit.

En effet, sous la Vème République, la tradition est celle d’un Président de la République lettré. François
Mitterrand crée la bibliothèque nationale de France.

- Cette spécificité du Président lettré vient de Charles de Gaulle qui était écrivain.

Cette tradition s’est poursuivie. Georges Pompidou était agrégé de lettre moderne (anthologie de la poésie
française). Pompidou a toujours fait prévaloir la poésie la culture. De Gaulle considérait que l’écriture comme
une vision du monde.

Une rupture s’est produite en 2006 lorsque le Président Sarkozy s’en est pris à la princesse de Clèves n’avait
pas a figuré dans les concours de la fonction publique.

Quand le Président Macron a été élu, il a tout fait pour renouer avec cette tradition. Édouard Philippe aussi.

Sarkozy, lorsqu’il mène sa campagne, indépendant de l’histoire de la princesse de Clèves, il a pour conseiller
Marc : volonté de se séparer d’un ministère de la culture.

I. La genèse du ministère de la culture :

L’impulsion décisive a été donnée dans les 30’. A cette époque, le mot de culture connait une nouvelle
modification. En effet, pour les intellectuels de gauche dans les 30’, en France et dans le monde, la culture
devient synonyme de liberté individuelle et d’environnement démocratique.

En France notamment, dans les années 30 : montée des périls sous l’effet de différents nationalismes : l’Europe
se change en dictature : Espagne, Italie et Allemagne. 

Dans ces pays-là, le mot culture est confisqué au profit de la propagande. La culture, dans ces pays
autoritaires, est interprétée comme des formes d’opposition. En France, on a beaucoup d’écrivain qui vont
venir se réfugier.

En 1935, se crée le congrès international des écrivains pour la défense de la culture : André Gide et André
Malraux.

Sous Vichy : le programme de Pétain : un regard jeté sur le front populaire et les années 30 : erreur, défaite,
redressement. Le régime de Pétain cherche des coupables, les gens du front populaire sont des bouc-émissaires.
Notamment Jean Zay, qui sera incarcéré à la prison de la santé. Il sera abattu en 1944 par les miliciens de Pétain.

La conception de la culture, chez Jean Zay, : une implication de l’Etat. La définition de la culture selon Jean
Zay c’est une intervention de l’Etat.

Jean Zay travaille avec Léo Lagrange qui est secrétaire d’Etat à la jeunesse. Ce sont des lettrés, ils sont très
conscients des enjeux de la culture à l’époque. Ils sont confrontés à ce problème, le front populaire invente les
loisirs. A l’époque, les classes sociales basses bénéficient d’une réduction du temps de travail et de congés
payés.

Ces classes populaires qui ne sont pas habitués à avoir du temps libre vont se retrouver avec une masse de temps
libre. Il fallait organiser congés payés : peut être une dérive vers des activités nocives. Ils décident d’un
encadrement. Ils font émerger la notion de loisirs. Les bibliothèques se développent. Des associations
sportives naissent.

Les Italiens et les Nazis sont très fort pour organiser des fêtes. Des fêtes pour glorifier l’idéal du régime et
faire en sorte que le peuple soit bien convaincu d’une pensée unique (culte du chef, culte de la personnalité).

- Une journée particulière, 1977 : dans un quartier populaire de Rome une fête fasciste est organisée.
Le peuple doit y aller, le personnage ne veut pas y aller. Ses voisins se retournent contre lui.
Des initiatives culturelles sont créées pour venter la position du pays en matière de création culturelle.
C’est comme ça que se crée la Mostra de Venise. Quant aux Allemands, ils vont reprendre le même modèle.
Pour les nazis et pour les fascistes, la culture est au service de l’Etat.

Jean Zay et Léo Lagrange considère qu’il faut répliquer. Ils vont proposer une définition de la culture au sein
d’une démocratie. C’est une manière de répliquer aux voisins qui font de la surenchère en matière de
propagande.

Il restait deux grandes démocraties en Europe, l’Angleterre et la France. C’est pour cette raison

- Jean Zay crée le festival de Cannes. Il le crée pour répliquer aux Italiens et aux nazis.

Le journal Marianne, Emmanuel Berl : écrivain qui a écrit « l’histoire de la IIIème république ». Marianne était
un journal de gauche créé par Gaston Gallimard. Il considérait qu’en France il y avait trop de journaux de
droites.

Depuis septembre 1939, Jean Zay écrit un éditorial : il donne son point de vue sur la création du festival de
Cannes. Il présente les enjeux des interventions de l’Etat dans le domaine culturel.
Le cinéma devient le canal le plus populaire. Le cinéma américain était hégémonique (avec Hollywood), il
fallait relancer le cinéma français.

Le festival de Cannes a été créé pour faire en sorte que l’art échappe à l’action nationaliste . Le festival
c’est l’affirmation de la liberté pour la culture.

Dans le domaine artistique, la France adopte une position universaliste. L’art doit transcender les clivages
entres les nations. Jean Zay était visionnaire.
L’idée du festival de Cannes a été abandonné par Pétain. Le festival de Cannes resurgit dans les années 1950.
Aujourd’hui dans les éditions du festival de Cannes, il y a le ministre de la culture.

Dans les 1950’, le festival de Cannes est politisé. Les soviétiques refusent d’envoyer des films. Aujourd’hui le
festival de Cannes répond au programme de Jean Zay, c’est la production cinématographique.

Léo Lagrange s’active dans la défense de la culture : il définit la culture dans un pays démocratique :

« L’organisation des loisirs est un terme derrière lequel il est convient de penser ce que l’on entend mettre. Il ne
peut s’agir dans un pays démocratique, de caporaliser les loisirs, les distractions et les plaisirs des masses
populaires, et de transformer la joie habilement distribuer en moyen de ne pas penser. »

On retrouve le vocabulaire de l’époque « masse populaire ». Cette citation concerne la responsabilité de l’Etat
en matière de culture.
Le front populaire, avec Jean Zay et Léo Lagrange, introduit la responsabilité de l’Etat dans le domaine
culturel. Cette définition est extrêmement positive.

Dans le contexte des régimes totalitaires, le divertissement, la culture a pour effet d’embrigader les esprits
pour annihiler l’opposition et de conforter le culte du chef afin de créer ce que les régimes totalitaires
appellent « l’homme nouveau » qui ne laisse peu de place au libre arbitre.

Pour Léo Lagrange, si l’Etat met à disposition du citoyen des moyens de se cultiver ou de créer dans tous
les domaines (littéraire, cinéma, peinture) c’est pour l’encourager à penser par lui-même et donc à
développer un esprit critique. C’est une réponse juste, équilibrée et pertinente adaptée à la démocratie. La
démocratie qui ne vit que par la pluralité des suffrages.

L’Etat, dans un régime démocratique, favorise la culture, mais sans véritablement espérer un retour sur
investissement. Cet investissement dans la culture est désintéressé. Si l’Etat intervient dans la culture c’est par
favoriser la liberté de l’esprit : article de Pau l Valéry.

L’Etat respecte-t-il la liberté de l’esprit chez le citoyen ?


Jean Zay : la dimension culturelle. – Il va favoriser une politique de commande, donne une dynamique
nouvelle avec une certaine souplesse sous une forme assez directe. Il va demander à certains artistes des œuvres
d’art : Exposition universelle des arts à Paris en 1937.
Il demande au Peintre Dufy de produire une grande fresque : Palais de Tokyo. Les artistes ont répondu à
l’appel.
Est – ce une propagande ? non. L’originalité de Jean Zay est de défendre l’autonomie des artistes. A cette
époque, les artistes et écrivains militaient. Il met en place un système d’aide : il aide l’artiste Maillol (musée
d’art moderne et Musée Maillol).
Pour lui, l’Etat doit aider les artistes mais d’une manière désintéressée : pas de bureaucratie culturelle.
Jean Zay était socialiste, il travaillait sous Léon Blum : Front populaire. La crise de 1929 était passée par là.

La France des années 1930, de Serge Berstein. – Dans la vie il ne faut pas s’en faire. « L’apéritif est la prière
du soir des français » : forme de détente avant la seconde guerre mondiale.
L’hédonisme : prendre du plaisir mais pas du point de vue philosophique. Une forme d’humanisme qui
reprend la place.

En juin 1940. – Etat français : retour de la censure : office de la censure sous l’autorité de Pétain.
Marcel Carné : le jour se lève : film. Il y’a les lois antisémites qui se mettent en place. Otto Abetz : ministre de
la culture sous Vichy
La culture va se couper en deux : écrivains collaborateurs : nouvelle revue française et ceux pour la liberté :
Albert Camus, Aragon.

Les années 1950. – Sous la IVe République, l’idée d’une application plus forte de l’Etat dans le domaine de
la culture. J. Laurent va reprendre le flambeau : il faut démocratiser l’écriture, faire renaître la culture,
éduquer le peuple par la culture.
Il est à la tête de la Direction Générale des arts et des lettres en 1946. Il va participer à la création des
festivals, notamment ceux des théâtres, car le théâtre en France a été le domaine privilégié de l’engagement de
l’Etat.

Jean Zay avait subventionné un nombre de théâtre et d’opéra : réservé à une élite. La république des beaux-arts,
en 1955, se met en place l’idée française de remettre la culture en avant. Deux festivals : le théâtre d’Avignon
a été fait pour accueillir le peuple.

Jean Villard : il est le créateur du Théâtre National Populaire (TNP) : la première pièce de théâtre à
Avignon : Don Juan dont le premier rôle est décerné Louis Jouvet.
Don Juan : Personnage qui transgresse les règles familiaux, il résiste à Dieu, il transgresse les codes de la société.
Jean Villard insiste : à travers le personne de Don Juan, il faut développer une conscience politique : mise en
scène particulière permettant au peuple de pouvoir défier le pouvoir.

Un pas est franchi pour influencer le peuple alors que ce n’était pas le cas de J. Zay et L. Lagrange : va se
développer les actions culturelles au sein de la IVe République mais : limitées.

Ve République. – Le Ministère de la culture est mis en place : Ministère des affaires culturels.

Comment le Ministère de la culture a été créé ? : au début de la Ve République, De Gaulle décide de se


retourner vers les écrivains. Il se tourne vers Paul Morand qui s’occupe des questions des guerres économiques,
qui refuse de l’aider. Robert Brasillach, auteur est condamné à mort, dont Camus demande la grâce  : refus de De
Gaulle, en fév. – 45 : exécuté.

En 1959, il se dit qu’il faut avoir un écrivain dans le gouvernement : André Malraux.
Le 3 fév. – 59 : il est nommé Ministre d’Etat des affaires culturelles : les œuvres capitales de l’humanité sont
d’abord françaises. Ce ministère se crée pour s’intéresser aux chefs-d’œuvre de la France : redonner la
grandeur de la France.
Ce décret permet une démocratisation de la culture : doit toucher tout le monde afin d’assurer la plus vaste
audience des chefs-d ’œuvres de la France et favoriser la création des œuvres de la France : il faut aider les
artistes. C’est le décret qui fonde les premières politiques culturelles en France.

Succès de la Ve République : système des plans et la culture rentre dans cette politique.
 D’un point de vue artistique, ce sont d’abord les chefs-d ‘œuvres.

 D’un point de vue politique :

Il faut faire en sorte que la résistance française s’est exprimée, il faut que la résistance devienne un mythe
pour redonner naissance à l’Etat : créer un sentiment d’appartenance nationale. Il faut tourner la page et le
régime de Pétain : dérive de la France.
Déc. – 64 : transfert de Jean Moulin au Panthéon. C’est André Malraux qui prononce un discours : ce sont les
écrivains qui ont fait la République, c’est lui qui a légitimé la République française.
: véritable politique culturelle, il met en place tout un réseau institutionnel. C’est en 1961 : idée d’implanter une
maison de la culture dans chaque département afin de créer des expositions françaises, présenter au public les
différentes œuvres françaises : partenariat entre l’Etat et les collectivités territoriales.
Malraux va reprendre les aides aux théâtres et créé le Centre de Développement Culturel, il renforce les
centres dramatiques nationaux qui avaient été créé par J. Laurent, il renforce les théâtres et les opéras en
France :
 7 opéras de classe A
 18 théâtres de type B : plus modeste.

Plan Landowski de 1962 : il se crée une centralisation culturelle qui est interministériel : 1960 à 1985.

Les Trente Glorieuses s’accompagnent d’une immense démocratisation de la culture.


60’ : département de l’UNESCO : pilier d’une troisième voie entre les Etats – Unis et l’URSS.

 Sur le plan idéologique :

De Gaulle cherche-t-il à influencer le public ? – Selon le prof : oui mais, en revanche, la position de l’Etat et de
la culture va connaitre une orientation différente avec l’alternance du 10 mai. – 81 : « Il faut changer la
vie ».
Fête de la musique : 21 juin 1982.

Jack Lang : agrégé de Droit public : prône ouverture de la fête de la musique.

Louis Chedid : critique dans un livre Marc Fumaroli


L’Etat culturel : l’Etat devient culturel à partir de la fête de la musique. L’Etat doit s’occuper de la culture.
L’Etat va décider. L’Etat devient intrusif.
La culture : la créativité chez J. Lang. Il relativise la culture il n’y a plus de hiérarchie entre les arts :
déconstruire une certaine vision bourgeoise de la culture. Mais pour Malraux : l’œuvre : permet d’égaliser la
culture.

04/11/20

Les mémoires d’Hadrien, M. Yourcenar : p. 234-235 : Disciplina augusta :

« Athènes restait l’étape préférée ; je m’émerveillais que sa beauté dépendît si peu de souvenirs, les miens
propres ou ceux de l’histoire ; cette ville semblait nouvelle chaque matin » : Hadrien est un peu l’ancêtre des
politiques culturelles.
Sur la bibliothèque que Hadrien a doté Athènes : la lecture n’est pas simplement l’acte de lire, elle engage
toute une méditation. La librairie publique : véritable mythe dans la littérature contemporaine. Pourquoi «
la grande bibliothèque » est un mythe ? : a la prétention de rassembler tout le savoir du monde.

Hadrien justifie la priorité culturelle de son règne.

Cf. – Fidéicommis : devoir de mémoire. « Chaque homme assez fortuné pour bénéficier plus ou moins de ce
legs de culture me paraissait chargé d’un fidéicommis à l’égard du genre humain ».

Yourcenar sur le plan du style donne une excellente définition du livre par périphrase : « frêles objets de fibre
et d’encre ».
Elle décrit le livre dans sa matérialité, et à travers cette encre : on voit le travail de l’écrivain, et s’oppose au
débat concernant le livre numérique : on peut utiliser cette phrase de Yourcenar, en disant que cette encre et
cette fibre donne un sens au livre, contrairement au livre numérique.
Est-ce que la librairie est un commerce essentiel ? Est-ce qu’Hadrien aurait-fermé les bibliothèques ? Non.

Bibliothèque Nationale de France fondée par Mitterrand : 4 tours disposées comme des livres ouverts, à
l’intérieur la structure reflète quelque chose d’immense, comme l’immensité du savoir.
Est-ce que Mitterrand a agi par pur désintéressement ? C’est presque un devoir de postérité, les présidents de
la Ve république aiment bien laisser une trace : Chirac et le musée du quai Branly, Pompidou et le musée d’art
contemporain.
Mitterrand avait aussi l’intention de favoriser une classe moyenne sérieuse et savante. Yourcenar a dit « un
État ne dure que par sa classe moyenne ».

A savoir – La fête de la musique serait une manière d’égaliser les cultures artistiques, et, in fine, d’égaliser
les différentes populations.

Décret du 10 mai. – 82 : P. Mauroy et J. Lang signent le décret proclamant la politique culturelle sous le
septennat de Mitterrand : programme les problématiques culturelles que nous connaissons. L’accent est mis,
non pas sur la création mais, sur la créativité – création participative sous des formes variées à l’art.
Exemple. – Fête de la musique.
Ce texte vise aussi préserver le patrimoine culturelle nationale, régionale et des divers groupes sociaux : les
minorités doivent pouvoir s’exprimer à travers des manifestations culturelles.
Ce décret de Jack Lang participe d’une très grande ouverture.

Nous sommes dans les 80’ et le village planétaire se met en place – évidemment une culture nationale paraît un
peu rétrograde comme concept : comment envisager une culture nationale dans un village planétaire où les
cultures ont tendance à se croiser.

Dans les 80’, sur le plan des institutions culturelles elles seront nombreuses :

 musée d’art contemporains vont s’ouvrir, l’art contemporain sera particulièrement privilégié car dans
une certaine mesure il participe d’une désacralisation de la culture bourgeoise traditionnelle.

 médiathèques : la bibliothèque municipale qui avait été repensée par Léo Lagrange et Jean Zay va
prendre un nouveau visage avec Jack Lang : va devenir une médiathèque. Grace à des subventions,
la bibliothèque va devenir un point de repère.

 organes : les DRAC (directions régionales des affaires culturelles) : 70’ et qui sont constamment
remises au gout du jour

Mais il y a eu nombre de détracteurs qui ont parlé de bureaucratie culturelle : la culture n’est pas
compatible avec ce type de bureaucratie.

En ce qui concerne le cinéma et le théâtre, ce sont des éléments favorisés par les premières politiques
culturelles. Jack Lang s’inscrit dans cette tradition :

 va se créer le cinéma art et essai (films qui échappent au circuit traditionnel de l’industrie du cinéma) :
Mazarin qui projette ce type de films à Aix.

concernant le théâtre. Se mettent en place des théâtres dits « scène nationale » : label : ces théâtres
obtiennent des subventions à condition de programmer des pièces qui émanent d’une
programmation étatique en quelques sortes.
Sur le plan de l’État, ça nous apprend qu’il est extrêmement efficace quand il s’appuie sur les
collectivités territoriales.

 Marc Fumaroli : l’État culturel, édition originale : 1991.

Selon lui, le ministère de la culture n’est pas légitime, car il considère que dans une démocratie, la
conscience culturelle doit relever uniquement de l’initiative privée. Concernant la fête de la
musique il considère que c’est un mode de gouvernement des esprits. Par ailleurs, il s’en prend au
système des subventions et il considère que ces subventions relèvent d’une forme d’égalitarisme
culturel. Selon lui le système de subventions n’est pas suffisamment exigeant au regard de la qualité
artistique.

« Une des faiblesses de notre exception culturelle, c’est qu’elle protège aussi bien ce que nous produisons de
médiocre que le meilleur », Marc Fumaroli.

Ce livre fait également écho au livre La défaite de la pensée (1986), Alain Finkelcrot : premier ouvrage qui a
contribué à le faire connaître : il s’en prend au relativisme culturel et à l’égalitarisme culturel.

 Un morceau de musique mateur aurait ainsi plus de valeur qu’une pièce de Shakespeare
 Il considère qu’il y a une confusion des valeur culturelles, qui peuvent, mettre la France ou
l’Europe sur la voie du déclin
 Il s’oppose au dialogue avec les cultures du monde qui abaisserait la culture français

Une loi novatrice de l’exception culturelle : loi du 10 aout 1981

La philosophie de l’exception culturelle. – Dans les 90’, de nouveau on négocie les politiques commerciales
entre l’Europe et les Etats – Unis à travers le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), les Etats –
Unis veulent frapper un grand coup et considèrent que les biens culturels font partie du marché, et qu’ils ne
doivent bénéficier d’aucune exception culturelle.

« La culture n’est pas une marchandise comme les autres » : Jacques Delors.
La question d’Amazon fait resurgir le concept, car pour Amazon, la culture est une marchandise comme les
autres.

Les dysfonctionnements de l’exception culturelle. – Les règlements de l’exception culturelle écrit par une
économiste Françoise Belhamou publié en 2006 : montre un exemple qui touche la protection sociale des
intermittents du spectacle.
Il y a eu des grèves dans différents festivals en 2003 :

 dysfonctionnement de l’exception culturelle : en 2003, l’État a subventionné des troupes de


théâtre. Finalement, les recettes du théâtre n’était pas l’élément déterminant mais tout ceci s’est arrêté
au bout de cinq ou six ans car l’État ne pouvait pas adopter en permanence ces frais quoi qu’il en
coute
 chômage
 ils se sont reportés vers le système particulier de protection sociale, qui a complètement explosé
car il n’a pas pu faire face à la demande.

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