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CHAPITRE 1

COMMENT LES ECONOMISTES, LES SOCIOLOGUES ET LES POLITISTES


RAISONNENT-ILS ET TRAVAILLENT-ILS ?

Les sciences économiques et sociales analysent les grands phénomènes


économiques, sociaux et politiques. Elles permettent de mieux comprendre le
monde dans lequel on vit grâce à des outils d’analyse rigoureux et elles
participent à la formation des citoyens.

L’objectif de ce premier chapitre est :


❖ De savoir distinguer les trois disciplines qui composent les SES.
❖ De connaitre les principales étapes de la démarche scientifique mise en
œuvre par l’économie, la sociologie et la science politique
❖ Présenter des questions de base des trois disciplines
❖ Savoir expliquer (et/ou illustrer) certains concepts de ces disciplines
❖ Distinguer corrélation et causalité

SECONDE ▪ Stanislas ▪ Chapitre n°1 ▪ 2020-2021 1


I. L’ ECONOMIE SE PROPOSE D ’ ETUDIER L ’ USAGE DES RESSOURCES PAR LES
AGENTS ECONOMIQUES

Question : Qu’est-ce qu’une allocation efficace des ressources


rares ?

A. L A RARETE NOUS CONTRAINT A FAIRE DES CHOIX RATIONNELS

1. DE LA RARETE DES RESSOURCES AUX BIENS ECONOMIQUES

Les agents économiques ont des besoins, tels que manger, se distraire. Or, ils
disposent de ressources limitées, tels que les revenus pour les ménages, les
recettes pour les entreprises et le budget pour les administrations publiques.
Si tous les biens existaient en quantité illimitée, cela n’aurait aucun intérêt de
se demander pourquoi les agents économiques choisissent d’acheter tel bien
plutôt que tel autre.
La notion de rareté est donc essentielle selon les économistes pour définir
l’activité économique. Autrement dit, c’est la rareté des biens qui fait que la
science économique existe.
Définition rareté
La rareté est une situation dans laquelle les ressources sont limitées par
rapport aux besoins.

La notion de rareté permet de distinguer :


 Les biens économiques : qui sont les biens rares
 Les biens libres : qui sont les biens qui sont considérés exister en
quantité illimitée (ex. l’air)

Remarque
Avec le réchauffement climatique, l’air, qui était considéré comme un bien
libre par des économistes au XIXème siècle, est devenu un bien économique. Il
en va de même de toutes les ressources naturelles.

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Autrement dit, l’économie est la science qui étudie les choix appliqués à la
production, à la répartition et à la consommation des ressources rares.
Définition économie
L’économie est la science qui étudie les choix rendus nécessaires par la rareté
des ressources. Elle s’intéresse plus particulièrement à la façon dont les
humains produisent, consomment et échangent des biens et des services, ainsi
que la manière dont les richesses sont réparties dans une société.

2. EXEMPLE : LE CHOIX DU CONSOMMATEUR, ENTRE UTILITE ET PRIX

Document n°1 : Le choix du consommateur


Entrez dans un supermarché. Des milliers de produits différents sont disponibles, et il est très peu
probable que vous – ou quiconque – puissiez-vous offrir tout ce que vous pouvez désirer. Et de toute
façon l’espace de votre chambre ou votre appartement est limité. Allez-vous donc acheter une autre
bibliothèque ou un mini-réfrigérateur ? Etant donné les limites de votre budget et de votre espace
de vie, vous devez choisir quels produits acheter et quels produits laisser en rayon. Le fait que ces
produits soient pour commencer en rayon implique un choix – le gérant du magasin choisit de les y
mettre, et le fabricant des produits de les produire. Toute activité économique implique des choix
individuels.
Source : P. Krugman et R. Wells, Microéconomie, De Boeck Supérieur, 2016
Questions
(1) Expliquer la phrase soulignée.
Comment le revenu d’un agent économique est limité, il ne peut en aucun
cas acheter la totalité des biens qui pourraient l’intéresser dans le
supermarché.
(2) A partir de quels éléments le choix du consommateur peut-il se faire ?
Le choix du consommateur dépend de différents facteurs :
 Le prix relatif des biens
Est-ce qu’un pain au chocolat à 10 euros est cher ? Cela dépend
du prix d’autres biens substituables (par exemple, le croissant ou
le pain aux raisins). Si le prix du croissant est de 1 euro alors le
pain au chocolat est cher.
 Son revenu disponible
 L’utilité du bien
Autrement, la satisfaction que peut procurer la consommation
d’un bien
Exemple : si je n’aime pas les pains aux raisins, je ne vais pas
en acheter.

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(3) Pourquoi l’économiste s’intéresse-t-il au raisonnement du
consommateur dans la prise de décisions de ses choix ?
L’économiste s’intéresse à la compréhension de la détermination de ces choix
car nous avons dit que l’objet des sciences économiques est d’étudier
comment sont allouées les ressources rares.

B. D ES CHOIX INDIVIDUELS A L ’ ALLOCATION DES RESSOURCES POUR


SATISFAIRE L ’ ENSEMBLE DES AGENTS ECONOMIQUES

En économie, on fait l’hypothèse que les agents économiques sont rationnels,


c’est-à-dire qu’ils sont capables de faire le meilleur choix possible. Ainsi, les
consommateurs maximisent leur consommation alors que les producteurs
maximisent leur profit. On dit qu’ils sont des homo economicus.

Document n°2 : Une allocation des ressources rares pour satisfaire l’ensemble
des agents économiques
Les décisions prises par les individus (…) déterminent la manière dont les ressources limitées de
l’économie sont utilisées y compris la terre, le travail, les machines, le pétrole et les autres
ressources naturelles. La clé permettant de comprendre comment ces processus se déroulent se
trouve dans le rôle joué par l’échange volontaire sur les marchés. (…) Dans un échange volontaire,
les deux parties sont gagnantes. (…)
Les individus prennent des décisions qui correspondent à leurs propres souhaits (…). Les entreprises
prennent des décisions qui maximisent leur profit, et pour atteindre cet objectif, elles essaient de
produire des biens que souhaitent les consommateurs aux coûts les plus bas. Ce processus permet
de répondre aux questions : que produire, comment produire et pour qui produire. Puisque les
entreprises sont en concurrence à la recherche de profits, les consommateurs sont doublement
gagnants : les biens qu’ils obtiennent correspondent à leurs souhaits et les prix qu’ils paient pour
cela sont les plus bas possible. Dans l’ensemble, les marchés permettent une utilisation efficace des
ressources de la société. Cependant, dans certains domaines, les marchés risquent d’aboutir à des
résultats que la société peut juger non souhaitable. Il peut y avoir trop de pollution, trop d’inégalité
ou une priorité insuffisante accordée à l’éducation, la santé ou à la sécurité. Quand on estime que
le marché fonctionne mal, l’opinion publique a tendance à se tourner vers l’Etat.
Source : Jean-Dominique Lafay, Joseph Stiglitz, Carl E. Walsh, Principe d’économie moderne, De
Boeck Supérieur, 2014

Questions
(1) Expliquer la phrase soulignée.
Par exemple, lorsqu’un producteur veut produire un bien, il doit pour se
faire utiliser des machines, des matières premières et de la main d’œuvre.
Or, ces éléments sont en quantité limitée, il faut donc faire un choix pour
déterminer comment les combiner.
(2) Qu’est-ce qu’un marché en économie ? Quelles sont les deux parties
qui y participent ?

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Définition marché
Le marché est un lieu de rencontre réel ou fictif de rencontre de l’offre et de la
demande d’un bien ou d’un service.
Sur un marché, se rencontrent des offreurs (les producteurs) et des
demandeurs.
(3) En fonction de quels paramètres les entreprises décident-elles de
produire des biens ou des services ?
Pour déterminer la quantité produite, les entreprises doivent prendre en
compte les coûts de production (prix des matières premières, coût de la
main d’œuvre, prix des machines) et les profits qu’elles pourront tirer de la
vente de leur production.
Si le chiffre d’affaire (soit le prix unitaire par les quantités vendues) est
supérieur aux coûts de production alors les entreprises produisent puisque
dans ce cas, le profit est positif.
Comme il est dit dans le texte : « Les entreprises prennent des décisions qui
maximisent leur profit ».
(4) Pourquoi peut-on dire que le marché permet une « utilisation efficace
des ressources » ?
Pour maximiser leur profit, les entreprises doivent produire des biens et des
services qui correspondent aux besoins des consommateurs.
(5) Dans quel cas l’opinion publique a-t-elle tendance à se tourner vers
l’État, selon les auteurs du texte ?
Lorsque l’allocation des ressources rares n’est pas jugée optimale par les
individus, ces derniers peuvent considérer que l’État doit intervenir sur le
marché afin d’obtenir une autre allocation des ressources. Par exemple, si
l’éducation était régulée par le marché, une partie de la population n’y aurait
pas accès, faute de moyens suffisants. L’État français a donc décidé de
produire lui-même ce service afin que l’ensemble des jeunes puissent suivre
une formation.

Conclusion de la première partie


Les ressources dont nous disposons sont rares face à nos besoins. Face à
la rareté, les individus et sociétés doivent donc faire des choix : l’économie
est l’analyse de ces choix. Les économistes cherchent la manière la plus
efficace d’utiliser nos ressources. La société utilise ses ressources de
manière efficace lorsqu’il n’est pas possible d’augmenter la production d’un
bien sans réduire celle d’un autre bien.

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II. L A SOCIOLOGIE SE PROPOSE D ’ ETUDIER LES COMPORTEMENTS SOCIAUX

Question : Comment fait-on société ? Comment explique-t-on les


comportements sociaux ?

A. V IVRE ENSEMBLE ALORS QUE NOUS SOMMES DIFFERENTS

1. DES SYMBOLES COMMUNS POUR FAIRE SOCIETE

Questions
 Qu’est-ce qu’une nation ?
Définition nation : Una nation est l’ensemble d’individus qui partagent, au
sein d’un même territoire, une langue, une histoire, des traditions communes.

 Quels sont les éléments qui peuvent donner le sentiment d’appartenir à


une nation ?
La langue, une histoire commune, l’hymne nationale, le drapeau sont des
éléments qui permettent de transmettre le sentiment d’appartenir à une
nation.
 En quoi l’école peut-elle contribuer à transmettre ce sentiment
d’appartenance ?
L’école transmet des savoirs (langue, Histoire de la Nation…) qui permettent
aux enfants et aux adolescents d’avoir le sentiment d’appartenir à une même
nation.

Mais pour vivre en société, il faut établir un certain nombre de règles.


Remarque : Une société est un ensemble d’individus vivant dans un groupe
organisé par des règles.

2. L’INTERIORISATION DE VALEURS ET DE NORMES POUR VIVRE EN SOCIETE

Chaque individu est différent. Or, on peut vivre en société. Pourquoi ?


Parce que les individus d’une société partagent des manières de penser, de
sentir et d’agir.
Ils intériorisent des règles sociales (politesse, respect de la hiérarchie…) et
acquièrent un patrimoine culturel (langage, valeurs…).

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Selon les sociologues, la vie en société n’est pas innée. Elle n’est possible que
s’il y a eu un apprentissage.
Dans toutes les sociétés, il existe un ensemble de valeurs qui permettent
d’orienter les comportements des individus.
Qu’est-ce qu’une valeur ?
Définition valeur
Pour vivre en société, les individus doivent intérioriser des normes. Les
valeurs sont les manières d’être ou d’agir qu’une société propose comme idéal
à ses membres.

Une valeur est une notion abstraite. On en retrouve souvent dans les devises
des pays, comme par exemple, en France, liberté, égalité, fraternité.
De plus, les valeurs ne sont pas figées. Elles évoluent dans le temps, au fil des
générations. Par exemple, en France, sous l’Ancien Régime, le travail n’était
pas une valeur pour la noblesse. En effet, les nobles ne travaillaient pas.
Aujourd’hui, le travail est une valeur pour toute la société française.
Les valeurs s’incarnent dans les normes.

Qu’est-ce qu’une norme ?


Définition norme
Les normes sont l’ensemble des règles qui régissent les comportements des
individus et qui sont liées à des sanctions.

Les normes sont des règles qui orientent les actions des individus.
Comme les valeurs, les normes sont propres à une société donnée (comme par
exemple, porter son alliance à la main gauche en France et à la main droite
en Espagne) et elles évoluent dans le temps (par exemple, au XIXème siècle,
une femme adultère était passible de prison mais pas son époux. Aujourd’hui,
l’adultère n’est plus synonyme de prison ni pour l’un, ni pour l’autre).
L’application des normes est assortie de sanctions. Ces sanctions ne sont pas
nécessairement juridiques ou institutionnelles.
Les sanctions peuvent être :
❖ Négatives : la punition
❖ Positives : la récompense

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B. D ES COMPORTEMENTS SOCIAUX INFLUENCES PAR LES NORMES ET LES
VALEURS INTERIORISEES

Document n°3 : La marche, une attitude corporelle socialement acquise


Une sorte de révélation me vint à l'hôpital. J'étais malade à New York. Je me demandais où
j'avais déjà vu des demoiselles marchant comme mes infirmières. J'avais le temps d'y réfléchir. Je
trouvai enfin que c'était au cinéma. Revenu en France, je remarquai, surtout à Paris, la fréquence
de cette démarche ; les jeunes filles étaient Françaises et elles marchaient aussi de cette façon. En
fait, les modes de marche américaine, grâce au cinéma, commençaient à arriver chez nous. C'était
une idée que je pouvais généraliser. La position des bras, celle des mains pendant qu'on marche
forment une idiosyncrasie sociale, et non simplement un produit de je ne sais quels agencements
et mécanismes purement individuels, presque entièrement psychiques. Exemple : je crois pouvoir
reconnaître aussi une jeune fille qui a été́ élevée au couvent. Elle marche, généralement, les poings
fermés. Et je me souviens encore de mon professeur de troisième m'interpellant : « Espèce d'animal,
tu vas tout le temps tes grandes mains ouvertes ! » Donc il existe également une éducation de la
marche.
Autre exemple : il y a des positions de la main, au repos, convenables ou inconvenantes. Ainsi
vous pouvez deviner avec sureté́, si un enfant se tient à table les coudes au corps et, quand il ne
mange pas, les mains aux genoux, que c'est un Anglais. Un jeune Français ne sait plus se tenir : il a
les coudes en éventail : il les abat sur la table, et ainsi de suite.
Enfin, sur la course, j'ai vu aussi, vous avez tous vu, le changement de la technique. Songez que
mon professeur de gymnastique, sorti un des meilleurs de Joinville, vers 1860, m'a appris à courir
les poings au corps : mouvement complètement contradictoire à tous les mouvements de la course
; il a fallu que je voie les coureurs professionnels de 1890 pour comprendre qu'il fallait courir
autrement.
Source : Marcel Mauss1, « Les techniques du corps », 1934

Questions
(1) D’après le texte ci-dessus, existe-t-il une « façon naturelle » de
marcher.
Marcel MAUSS a montré dès 1934 que le milieu social et culturel et la place
occupée par les individus dans la société influençaient fortement les usages
du corps, par exemple qu'il n’existe pas de « façon naturelle » de marcher.
(2) Comment les Parisiennes ont-elles appris la manière de marcher
selon Marcel Mauss ?
« En fait, les modes de marche américaine, grâce au cinéma, commençaient
à arriver chez nous ». Ainsi, le cinéma a diffusé une « façon » de marcher à
la mode.

1 Marcel MAUSS (1872-1950)

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Le cinéma et les médias en général peuvent être un outil de transmission de
normes comme de valeurs.
(3) Expliquer la phrase soulignée.
Selon Marcel MAUSS, la façon de marcher (attitude, gestuelle, apparence)
d’un individu donne un signal aux autres membres de la société de son
identité sociale.

Quoi de plus naturel qu'un corps ?


Pour la médecine occidentale, le corps est une donnée purement biologique
dont le fonctionnement dépend de lois naturelles et peut être étudié avec
objectivité, indépendamment des conditions de vie ou du contexte social.
Par-delà cette « évidence du naturel », les sociologues et les historiens se sont
efforcés de déconstruire ce corps naturel et biologique en montrant comment
la culture et les rapports sociaux façonnaient les corps :
 Dans leur apparence (vêtements, accessoires, attitudes,
mouvements...),
 Dans leur morphologie et leur physiologie (corpulence, émotions,
goûts...)
 Dans leurs représentations (propriétés corporelles valorisées, images
publicitaires...).
Pour dégager la dimension proprement sociale du corps, la sociologie a dû
s'affranchir de la conception d'un corps médical isolé tel qu'il est décrit dans
les planches d'anatomie.

Conclusion de la seconde partie


Définition sociologie
La sociologie est la science qui vise à expliquer et à comprendre les
comportements et les représentations des individus ou des groupes sociaux
qu’elle étudie, ainsi que les rapports qu’ils entretiennent entre eux.

La sociologie cherche à rendre visible les phénomènes sociaux et à comprendre


le monde social en adoptant une démarche scientifique.
Elle permet ainsi de révéler la manière dont les comportements individuels
sont influencés par l’appartenance à des groupes sociaux.
Elle met aussi en évidence l’organisation de la société et les rapports de force
qui la constituent.

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III. L A SCIENCE POLITIQUE SE PROPOSE D ’ ETUDIER LA MANIERE DONT LE POUVOIR
S ’ OBTIENT ET S ’ EXERCE

Question : Comment se conquiert et s’exerce le pouvoir


politique ?

A. L’ ETUDE DE LA CONQUETE DU POUVOIR A PARTIR DE L ’ ANALYSE DES VOTES

1. DE LA CONQUETE DU POUVOIR EN DEMOCRATIE…

En France, la compétition électorale a d’abord été expérimentée dans un cadre


censitaire qui en réserve l’accès aux plus aisés.
Au XIXème siècle, le suffrage censitaire est conditionné au paiement d’un
certain nombre d’impôt. Le droit d’expression politique est donc alors réservé
aux plus riches. Ainsi, par exemple, aux élections législatives de 1846, on
estime à 56 000 le nombre de personnes éligibles et à 250 000 celui des
électeurs potentiels.
D’autres barrières réduisent encore les possibilités d’entrée dans la
compétition électorale : l’absence d’indemnité parlementaire ou la faiblesse du
réseau de communication qui rend nécessaire le fait de disposer d’une
résidence parisienne pour devenir député.
L’activité politique est donc très peu concurrentielle à l’époque. Pour être élu,
il suffit en effet de convaincre un nombre réduit d’électeurs (En 1846, 85%
des députés sont élus avec moins de 200 voix).
Sous la pression de la population, le 25 février 1848 est adopté le suffrage
universel masculin. Le corps électoral appelé à participer aux élections
nationales change alors de dimension puisqu’il passe de 250 000 à près de 10
millions d’électeurs.
Dotés du droit de vote, les Français doivent devenir électeurs ce qui n’a rien
d’une évidence. En effet, la moitié des citoyens sont analphabètes alors que
voter suppose d’écrire un nom sur un bulletin.

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Les lois scolaires de la IIIème République vont avoir pour but de produire des
individus capables de lire pour voter et mieux armés pour devenir des
électeurs plus autonomes (l’objectif est de réduire la domination sociale).
La mise en place d’isoloirs à partir de 1913 doit aussi contribuer à réduire
l’influence de certains groupes sur d’autres (exemple : les propriétaires
terriens, les patrons de l’industrie ou encore les curées dans les villages qui
avaient l’habitude de dicter les conduites des milieux populaires). L’isoloir est
le symbole de l’individualisation de l’opinion et du respect de la démocratie.
L’unification des arènes électorales s’accompagne d’une professionnalisation
de la compétition pour les élections.
En France, à partir de 1889 est créée l’indemnité parlementaire. Les ouvriers
sont à l’origine d’une telle initiative. Ils ne veulent plus de la gratuité politique.
En effet, faute de revenus suffisants, ils ne pouvaient pas jusqu’alors se
présenter à des élections.
Le suffrage ne devient véritablement universel en France qu’en 1944 lorsque
les femmes acquièrent un droit de vote.

2. … A L’ANALYSE DES VOTES

En démocratie, la conquête du pouvoir passe par l’élection au suffrage


universel. L’un des objectifs des politologues est donc d’identifier les différents
déterminants du vote des électeurs.
Par exemple, les enquêtes réalisées par les politologues lors des élections
présidentielles montrent que les éléments motivant le vote des Français pour
la présidentielle sont :
 Les propositions et idées des candidats.
 La personnalité des candidats
 Le rejet des autres candidats
 Les chances du candidat de gagner la présidentielle
De plus, la catégorie socioprofessionnelle des électeurs a un impact sur leur
vote. Ainsi, le fait d’être ouvrier, employé ou cadre a un impact sur le choix du
vote.

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B. C OMPRENDRE LA CONDUITE DES POLITIQUES PUBLIQUES

Remarque sur le document sur le document n°4


Il présente un extrait d’une déclaration de politique générale.
Qu'est-ce qu'une déclaration de politique générale ?
Sous la Vème République, le Premier ministre peut prononcer devant les
députés un discours, appelé déclaration de politique générale (DPG), où il
expose les grandes orientations de son programme de gouvernement, les
principales réformes et mesures qu’il veut mettre en place.
Une déclaration de politique générale n’est pas une obligation
constitutionnelle. Il s’agit d’une tradition républicaine.
Cette procédure permet de solliciter la confiance de l’Assemblée à l’issue de la
déclaration. L’article 49 dit que « le Premier ministre, après délibération du
Conseil des ministres, engage devant l’Assemblée nationale la responsabilité
du gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de
politique générale ». Mais, la Constitution n’en fait pas, là non plus, une
obligation.
Certains chefs de gouvernement n’ont pas souhaité engager leur
responsabilité à cette occasion, car ils estimaient tenir leur légitimité de leur
seule nomination par le Président de la République. Toutefois, la majorité des
Premiers ministres de la Vème République l’ont fait pour renforcer leur
légitimité démocratique.
Si l’Assemblée désapprouve la DPG, le gouvernement doit démissionner
puisque selon l’article 20 de la Constitution, le gouvernement étant
responsable devant le Parlement, il doit démissionner s’il ne dispose plus de
la confiance de l’Assemblée nationale.
Remarque n°1
La règle veut qu’au moment où le Premier ministre expose sa déclaration de
politique générale devant l’Assemblée nationale, celle-ci soit lue en même
temps à la tribune du Sénat par un autre membre du gouvernement. Le
Premier ministre peut, en outre, demander au Sénat l’approbation de la
déclaration de politique générale. Mais, même en cas de vote négatif au Sénat,
le gouvernement n’est pas tenu de démissionner.

Document n°4 : L’exercice du pouvoir politique en France


Déclaration de politique générale du Premier ministre
Nous lancerons dans l’année les réformes indispensables à la modernisation de notre démocratie.
J’insisterai en particulier sur la réforme de la justice. (…)
Dès 2018, une loi quinquennale de programmation des moyens de la justice sera présentée au
Parlement. Cette loi permettra à la Garde des Sceaux d’engager un vaste mouvement de réorganisation.
Avoir confiance dans la justice, c’est pouvoir y recourir simplement et savoir qu’elle tranchera
rapidement, en particulier sur les infractions les plus graves. (…)

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Rétablir la confiance, c’est aussi rassurer les Français sur le futur de la Sécurité sociale. (…) Les Français
sont attachés à notre système de santé, mais ils constatent aussi que le système est mal coordonné, que
la répartition entre soins de ville et soins hospitaliers n’est pas optimale, que l’on n’évite au fond ni
l’exclusion des soins, ni l’accroissement des inégalités. La prévention sera le pivot de la stratégie
nationale de santé discutée à l’automne. (…)
En matière de lutte contre le tabac, là encore il nous faut assumer des choix courageux. Chaque année,
le tabac en France entraîne plus de 80 000 décès. (…) Nous porterons progressivement le prix du paquet
de cigarettes à 10 euros. (…°
Rétablir la confiance, c’est savoir que nous serons tous ici, tous, jugés sur la façon dont nous nous
comportons avec les plus faibles. (…) Nous revaloriserons dès 2018 l’Allocation adulte handicapé et le
minimum vieillesse ; nous simplifierons les procédures pour les titulaires de droits sociaux qui souvent,
par désespoir ou par ignorance, ne les réclament pas.
Source : Extraits de la déclaration de politique générale d’Édouard Philippe, prononcée à l’Assemblée
nationale, le 4 juillet 2017
Questions
(1) Quels sont les domaines cités dans cet extrait dans lesquels le gouvernement compte
prendre des mesures ?
Le gouvernement souhaite prendre des mesures dans les domaines
suivants :
 La justice
 Le système de santé
 La lutte contre le tabac
 La solidarité envers les plus faibles
(2) Quelles sont les raisons évoquées par le Premier ministre pour mener des réformes ?
Les raisons évoquées par le Premier ministre pour mener ces réformes sont :
 La recherche d’une plus grande efficacité dans l’organisation du
système de santé et du système judiciaire
 L’amélioration de la santé des Français à travers la lutte contre
le tabagisme
 L’accentuation des mesures de solidarité envers les plus faibles
(3) Quelles mesures et quels moyens le gouvernement compte-t-il prendre ?
Les mesures et les moyens que souhaite prendre le gouvernement sont les
suivantes :
 Un accès simplifié à la justice et une accélération des
procédures judiciaires
 Une meilleure coordination entre soins de ville et soins
hospitaliers
 Le développement des politiques de prévention comme par
exemple en matière de tabagisme
 La revalorisation des minima sociaux et la simplification des
démarches d’accès aux droits sociaux pour les plus démunis

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Conclusion de la troisième partie
Définition science politique
La science politique est la science qui étudie la conquête et l’exercice du
pouvoir politique.

Le domaine d’étude de la science politique est le pouvoir politique.


Le pouvoir politique repose sur une injonction à l’obéissance. Cette obéissance
peut être imposée par la force mais elle est souvent acceptée par la population
qui peut la considérer justifiée et tolérable. La science politique s’occupe donc
aussi des facteurs qui influencent l’opinion publique.
De plus, un sujet de société devient politique à partir du moment où il est
considéré comme n’étant plus une simple affaire privée (exemple : les
violences conjugales). Ainsi, les objets d’étude des sciences politiques ne se
réduisent pas à la seule analyse des votes.

IV. L ES CHERCHEURS EN S CIENCES SOCIALES UTILISENT DES DONNEES ET DES


MODELES POUR ETUDIER LEURS OBJETS D ’ ETUDE

Question : Quelle est la « boite à outils » et la démarche des


chercheurs en Sciences sociales ?

L’économie, la sociologie et la science politique sont des sciences car leur


objectif est de mettre en évidence des lois. Contrairement au journalisme dont
le but est d’informer, elles cherchent à produire des connaissances. Pour y
parvenir, les économistes, les sociologues et les politologues emploient une
démarche scientifique.

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A. L ES CHERCHEURS EN S CIENCES SOCIALES PEUVENT CONSTRUIRE DES
MODELES EXPLICATIFS

Le monde social étant complexe, les chercheurs construisent des modèles


pour rendre compte de manière simplifiée des phénomènes sociaux. Les
modèles sont un outil dans la démarche scientifique.

1. UN EXEMPLE DE MODELE EN ECONOMIE

Les facteurs pouvant expliquer l’évolution de la demande d’essence par les


consommateurs sont multiples. Afin de simplifier la réalité, des économistes
vont, dès le XIXème siècle, construire un modèle de la demande.
Ils considèrent que la demande dépend du prix qui s’établit sur le marché.
Si le prix augmente, la demande baisse et, inversement, si le prix baisse, la
demande augmente.
Cette demande peut être représentée graphiquement :

Cette courbe est une représentation simplifiée de la réalité car elle ne fait
apparaître qu’un seul déterminant de la demande d’essence : le prix de

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l’essence. Elle ne prend, par exemple, pas en compte les revenus des ménages
ou encore les goûts des consommateurs.
L’intérêt d’un modèle est de simplifier la complexité des phénomènes que l’on
étudie et de les rendre ainsi plus facile à comprendre. Les modèles présentent
toutefois des limites puisqu’ils négligent un certain nombre d’éléments qui
peuvent avoir une influence sur le phénomène étudié.
Il peut arriver que, lorsque certaines circonstances sont réunies, l’impact de
ces éléments habituellement négligeables devienne déterminant pour
comprendre le phénomène étudié.

2. UN EXEMPLE DE MODELE EN SOCIOLOGIE

Document n°5 : Un modèle en sociologie, l’idéal-type

Questions
11. Un idéal-type est un modèle car il s’agit d’une représentation
simplifiée du phénomène que l’on étudie : l’état d’esprit des chefs
d’entreprise.
12. MAX WEBER considère que le développement du protestantisme a
favorisé l’émergence du capitalisme parce que le protestantisme et le
capitalisme se caractérisent l’un et l’autre par la valorisation du travail
et de l’épargne.

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3. UN EXEMPLE DE MODELE EN SCIENCE POLITIQUE

Un modèle d’explication des votes


ANDRE SIEGFRIED cherche à expliquer les pratiques de vote dans l’Ouest de
la France (Vendée, Bretagne, Anjou) entre 1871 et 1910.
Selon son modèle, les pratiques de vote tiennent à des variables
environnementales ou écologiques. C’est le milieu dans lequel les individus
évoluent au quotidien qui façonne le vote : « Le granit vote à droite, le calcaire
vote à gauche ». 2
En effet, le vote à droite est associé à des terres granitiques qui retiennent
l’eau et permettent donc un habitat dispersé autour de nombreux puits (les
paysages de bocage). Sur ces terres, les occasions de regroupement sont les
messes dominicales : l’influence de l’Eglise catholique y est donc forte. Le vote
à gauche est, quant à lui, associé à des terres calcaires imperméables où
l’habitat est concentré autour des rares points d’eau (les paysages d’openfield).
Les occasions de rencontres entre les habitants sont nombreuses et l’influence
de l’Eglise est donc plus faible.

A partir des trois exemples précédents, on peut définir un modèle.


Définition modèle
Un modèle est une représentation simplifiée de la réalité ou d’un phénomène
et qui permet de mieux comprendre son fonctionnement.

B. L ES CHERCHEURS EN S CIENCES SOCIALES PEUVENT MENER DES ENQUETES ET


UTILISER DES STATISTIQUES

Les chercheurs peuvent faire des enquêtes.


Pour se faire, ils déterminent un échantillon représentatif qui est un ensemble
d’individus possédant les mêmes caractéristiques que la population étudiée.
Dans l’échantillon représentatif, il faut notamment le même pourcentage de
jeunes et de personnes âgées, d’hommes et de femmes, de diplômés et de non-
diplômés ou encore de cadres et d’ouvriers dans l’échantillon que dans la
population étudiée.
L’échantillon représentatif permet de mesurer l’opinion et les comportements
d’une population importante en n’en retenant qu’une partie. Cela permet
notamment de réduire les coûts de production des sondages.
Dans les enquêtes, les chercheurs peuvent employer :

2 André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, 1913

SECONDE ▪ Stanislas ▪ Chapitre n°1 ▪ 2020-2021 17


 Des méthodes quantitatives : les sondages
Définition méthodes quantitatives
Les méthodes quantitatives consistent, à travers la distribution d’un
questionnaire auprès d’un échantillon représentatif de la population, à collecter
des données permettant de mesurer les comportements ou les opinions de la
population étudiée.

 Des méthodes qualitatives : les entretiens


Définition méthodes qualitatives
Les méthodes qualitatives (entretiens, observation participante) cherchent à
recueillir le discours et à observer les comportements des individus, de façon à
saisir le sens qu’ils donnent à leurs actions.

Les chercheurs peuvent aussi utiliser des données statistiques fournies par
des instituts comme l’Institut national de la statistique et des études
économiques (INSEE) qui leurs permettent de mieux connaître les
phénomènes qu’ils étudient et de vérifier les hypothèses des modèles qu’ils
construisent.

C. L ES CHERCHEURS EN S CIENCES SOCIALES ESSAIENT DE DISTINGUER


CORRELATION ET CAUSALITE

Document n°6 : Le chocolat rend-il intelligent ?


Le chocolat a décidément des vertus insoupçonnées. Selon une étude américaine, les pays dans
lesquels la consommation de chocolat est la plus importante sont aussi ceux qui enregistrent le plus
grand nombre de prix Nobel. Le cacao pourrait doper les capacités mentales et favoriser l’apparition
de petits génies de la physique, de la chimie ou de l’économie.
L’Université de Columbia s’est basée sur la moyenne de consommation de chocolat dans 23 pays,
et non sur la consommation personnelle
des lauréats du Nobel. « À ma
connaissance, il n'existe pas de données
disponibles mesurant les fonctions
mentales de toute une nation. On peut
donc concevoir que le nombre total de
Nobel par tête pourrait donner une
certaine idée des fonctions cognitives
d'ensemble d'un
pays », explique le Dr Franz Messerli, qui
a dirigé l’étude.
La Suède, cette exception
Les scientifiques ont pu ainsi observer
une corrélation positive entre la
consommation de chocolat et le nombre
de prix Nobel pour 10 millions d’habitants. Ainsi, alors que la France, l’Allemagne et les Etats-Unis

SECONDE ▪ Stanislas ▪ Chapitre n°1 ▪ 2020-2021 18


se situent dans une moyenne chocolat/Nobel honorable, la Chine, le Japon et le Brésil ont montré
à la fois une plus faible gourmandise et un plus petit nombre de prix. Seule exception, la Suède,
dont les habitants ne consomment « que » 6,4 kilos de chocolat par an et qui compte 32 Nobel alors
que les calculs des chercheurs lui en attribuaient seulement 14. Du favoritisme de la part du comité
Nobel, ont conclu les scientifiques. (…)
Sources :
Article – Audrey Chauvet, « Pour décrocher un prix Nobel, mangez du chocolat », 20 minutes,
11/10/12
Graphique – Franz. H. Messerli, « Chocolate consumption, cognitive function and Nobel laureates »,
The New England journal of Medecine, 2012

Questions
(1) Quelles sont les deux variables étudiées dans l’étude ?
Les variables étudiées sont, d’une part, la consommation de chocolat en kg
par habitant dans divers pays et, d’autre part, le nombre de prix Nobel dans
ces pays.
(2) Pourquoi le chercheur a-t-il choisi d’étudier la relation entre la
consommation de chocolat et le nombre de prix Nobel dans un pays ?
L'idée peut sembler étrange, mais le raisonnement de l'auteur de cette
étude, Franz H. Messerli, n'est pas complètement absurde. On suspecte en
effet certains flavonoïdes, des molécules présentes en grande quantité dans
le chocolat, d'avoir un impact positif sur les capacités cognitives.
Étant donné qu'il n'existe aucune mesure objective des « capacités
cognitives moyennes » des habitants des différents pays du monde, Franz
H. Messerli a choisi de se baser sur un autre indicateur national qui lui
semblait pertinent : le nombre de lauréats du prix Nobel par dix millions
d'habitants.
(3) Il y a une corrélation lorsque deux variables (A et B) varient
simultanément dans le même sens (A et B augmentent en même
temps) ou dans le sens opposé (quand A augmente, B baisse).
Peut-on dire qu’il y a une corrélation entre la consommation de
chocolat et le nombre de prix Nobel par dix millions d’habitants ? –
Justifier la réponse à partir du graphique.
Les pays qui ont reçu le plus grand nombre de prix Nobel
(proportionnellement à leur nombre d'habitants) sont ceux où l'on
consomme le plus de chocolat.
(4) Quelle relation de causalité le journal 20 minutes établit-il à partir de
cette étude scientifique ?
Selon l’article du journal 20 minutes, « Le cacao pourrait doper les capacités
mentales et favoriser l’apparition de petits génies de la physique, de la
chimie ou de l’économie » et le titre de l’article évoque aussi cette relation
(« Pour décrocher un prix Nobel, mangez du chocolat »).
Le journaliste établit donc une relation de causalité. Les personnes
lauréates du prix Nobel l’auraient reçu car elles auraient mangé du chocolat.
Ainsi, la variable « A » (manger du chocolat) aurait une influence sur la
variable « B » (être lauréat du prix Nobel).

SECONDE ▪ Stanislas ▪ Chapitre n°1 ▪ 2020-2021 19


Le journaliste tire donc de la corrélation une relation de causalité.
(5) Pourquoi la relation de causalité mise en évidence par le journaliste
est-elle discutable ?
 Dans son étude, le chercheur met en relation la consommation
moyenne de chocolat dans son pays et le nombre de prix Nobel
dans ce dernier mais il n'y a rien qui prouve que les chercheurs
qui ont eu le prix Nobel consomment exactement autant de
chocolat que l'habitant moyen de leur pays...
 Avec humour, Messerli envisage brièvement, dans son rapport
de recherche, la possibilité que ce soit l'obtention des Nobel qui
booste la consommation nationale de chocolat et non le
contraire. Certains pourraient fêter le prix en se gavant de cacao
– ou à l'inverse, s'en priver selon le célèbre principe « pas de
lauréat, pas de chocolat ».
L’article de 20 minutes fait une erreur classique en statistiques : ce n'est pas
parce que deux grandeurs sont corrélées statistiquement qu'il y a forcément
une relation de cause à effet directe entre elles !
(6) Plutôt qu'être la cause et la conséquence l'un de l'autre, deux
phénomènes peuvent être corrélés parce qu'ils ont une cause
commune plus ou moins lointaine. Quelles peuvent être les variables
qui expliquent la corrélation entre la consommation de chocolat et le
nombre de prix Nobel dans un pays ?
Le nombre de prix Nobel et la consommation de chocolat sont tous deux liés
au niveau de développement économique : les pays dont les habitants sont
les plus susceptibles d'acheter un produit « de luxe » comme le chocolat sont
en général aussi ceux qui ont tendance à investir le plus dans l'éducation
et la recherche. Il n'est donc pas forcément surprenant qu'il y ait un lien
entre la consommation de chocolat et le nombre de prix Nobel.

Une corrélation est un lien statistique apparent entre deux phénomènes (A et


B).

SECONDE ▪ Stanislas ▪ Chapitre n°1 ▪ 2020-2021 20


Document n°7 : Corrélation et causalité
Questions
(1) Définir les notions suivantes.
Définition corrélation
Il y a corrélation lorsque deux variables, A et B, varient simultanément soit
dans le même sens (par exemple, A et B augmentent en même temps), soit
dans le sens opposé (par exemple, lorsque A Augmente, B diminue).

Définition causalité
Une causalité est un lien de cause à effet établi entre deux variables.
(2) Compléter le texte avec les termes suivants.
Réciproque • Provenir du fait que les variables dépendent toutes les deux d’une
troisième variable, (C), appelée variable cachée • Simple • Être due au hasard
Elle peut :
 Traduire une relation de causalité
▪ Une causalité simple : 𝐴 ⇒ 𝐵
Exemple : Relation entre la quantité de pluie et les récoltes
▪ Une causalité réciproque : 𝐴 ⇔ 𝐵
Exemple : Relation entre le niveau d’éducation d’une population d’un
pays et la richesse de ce pays.
On peut penser que plus un pays possède une population éduquée,
plus les salariés seront qualifiés et efficaces, et plus le pays sera riche.
Mais la réciproque est également envisageable : plus un pays est
riche, et plus il peut consacrer de ressources à l’éducation de sa
population. Il y a alors une double causalité.
 Ne pas traduire une relation de causalité
▪ Être due au hasard
Exemple : La taille moyenne des japonais a augmenté de 15 cm
depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale alors que la distance
entre le Japon et les États-Unis augmente de 2 ou 3 cm par an à
cause de la dérive des continents. Il y a corrélation, mais il n’y a pas
causalité.
▪ Provenir du fait que les variables dépendent toutes les deux
d’une troisième variable, (C), appelée variable cachée
Exemple : La corrélation entre la consommation de chocolat par
habitant et le nombre de prix Nobel dans un pays dépend de la
richesse des pays et du niveau d’éducation
Enfin, il est possible qu’il existe une causalité entre deux phénomènes, sans que
l’on repère de lien statistique. Par exemple, le niveau d’éducation d’un pays
influence sa richesse, mais si, dans le même temps ce pays connaît une guerre,
son niveau de richesse va diminuer, malgré le niveau élevé d’éducation.
De manière plus générale, lorsqu’un effet (B) a plusieurs causes (A 1, A2, A3…), il est
possible que l’on n’observe pas de lien statistique entre l’effet et une de ses causes
prise isolément.

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