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Moustapha SENE.

Deuxième année de Science Politique


Année universitaire : 2010-2011

Relations Internationales@M. Moussa DIAW


Introduction Générale
La discipline des Relations Internationales comme spécialité académique est
récente. Elle a été développée de manière tout à fait autonome en Grande-
Bretagne et aux Etats-Unis au lendemain de la Première Guerre Mondiale. En
France, elle est restée longtemps le domaine privilégié des historiens et des
juristes mais elle est différente de certaines disciplines comme le Droit
Constitutionnel ou le Droit International Public où les travaux sont assez
semblables. En Relations Internationales, les auteurs développent des
conceptions personnelles et souvent subjectives en fonction de leurs formations
et de leurs centres d’intérêt. Des approches privilégient l’histoire des Relations
Internationales en mettant l’accent sur les théories et les aspects doctrinaux.
D’autres s’intéressent à la dimension juridique avec une place prépondérante
réservée aux acteurs étatiques et aux organisations internationales sous-estimant
ainsi l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale. D’autres
focalisent leurs réflexions sur les relations économiques, commerciales et
financières. Dans ce foisonnement la tradition est de s’appesantir sur « l’étude
de l’événement et de la norme plutôt que la recherche de déterminants et des
régularités qui affectent la conduite des acteurs sur la scène internationale »1. En
effet, l’interrogation sur le rôle des « acteurs et des forces » ou plutôt « les
forces profondes », pour reprendre ici des concepts chers à Jean-Baptiste
DUROSELLE, a connu des développements dans les travaux de Raymond
ARON mais rares pour donner à la Sociologie des Relations Internationales une
place entièrement reconnue dans ce vaste champ des études internationales.
Toujours est-il que l’hypothèse selon laquelle les phénomènes internationaux
doivent être appréhendés comme des faits sociaux ne semble pas être formulée
de façon à stimuler la réflexion et l’analyse des Relations Internationales. En

1
Guillaume DEVIN, 2002 : Sociologie des Relations Internationales, Paris, La Découverte, P.3

1
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tout état de cause, cette préoccupation demeure essentielle si l’on veut


systématiser et comprendre les logiques de fonctionnement et, par la même
occasion, identifier ce qui fait la spécificité du monde contemporain.2 Il ne s’agit
pas d’histoire événementiel ni d’interprétations détachées de l’observation
historique mais de trouver un juste milieu entre le théorique et l’événementiel
pour rendre compte de la réalité internationale, de la complexification de
certaines situations, des mécanismes et des comportements des acteurs. Il faut
dire que , compte tenu de l’articulation entre l’international et le national, du lien
existant entre les niveaux d’analyse, cette discipline des Relations
Internationales fait appel, à bien des égards, à de nombreuses compétences allant
dans le sens du développement des études empiriques.
Avant de revenir sur les théories, il conviendra de souligner la difficulté
qu’éprouvent les spécialistes des Relations Internationales à définir l’objet de
leur discipline ; ce qui, naturellement, se reflète dans une variété de définitions
qui relèvent à la fois du champ d’investigation, de la désignation des acteurs et
de l’identification des facteurs. Cependant, la segmentation de l’objet rend
périlleuse toute tentative de théorisation du général. Dans ce tropisme, deux
erreurs sont à éviter : celle qui consiste à chercher une vérité aux Relations
Internationales et celle qui s’oriente à penser qu’elles sont soumises à une forme
de déterminisme.
Les Relations Internationales « englobent les rapports pacifiques ou
belliqueux entre Etats, le rôle des organisations internationales, l’influence des
forces transnationales et l’ensemble des échanges ou des activités qui
transgressent les frontières étatiques »3. L’étude scientifique des Relations
Internationales procède donc de l’analyse et de l’interprétation des phénomènes
et des événements internationaux afin d’éclairer les liens de causalité et les
facteurs intervenant dans leur mutation ; ceci dans l’optique d’élaboration d’une

2
Bertrand BADIE et Marie-Claude SMOUTS, 1999 : Le retournement du monde
3
Daniel COLARD, 1999 : Les Relations Internationales de 1945 à nos jours, 8ème Edition, Armand Colin

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théorie intelligible. Cette prudence dans la définition incite Marcel MERLE à


considérer que les Relations Internationales sont « d’une telle complexité qu’on
peut les appréhender de multiples manières et que les diverses tentatives
effectuées pour réduire cette complexité à termes simples et univoques
débouchent sur autant de définitions controversées »4. Mais la nature des
relations dans lesquelles interviennent les grands paradigmes de la Sociologie
Politique suscite des questions relatives à la nécessité d’une théorie dans
l’analyse des Relations Internationales mais aussi de l’identification des acteurs,
des rapports de force, de l’émergence de nouveaux acteurs et surtout de la
complexification de l’espace mondial. La trame de ce cours s’efforce d’apporter
des éléments de réponses pour une meilleure compréhension de la société
internationale en perpétuel mouvement. L’objectif est de concilier les différentes
facettes des Relations Internationales et d’offrir à l’apprenti politiste un exposé
clair, vivant et actuel de la société internationale qui subit dans son évolution des
transformations profondes. Dans un souci de lisibilité, nous entendons donc par
Relations Internationales tous les rapports et flux transfrontaliers, matériels et
immatériels, qui peuvent s’établir entre deux ou plusieurs individus, groupes ou
collectivités.

Première Partie : Les données de la scène mondiale


La définition des Relations Internationales est relative et contingente. Elle
change en fonction des approches doctrinales développées par les spécialistes.
Celles-ci peuvent avoir une dimension conflictuelle ou transnationale.
Cependant, l’usage récurrent du concept communauté internationale ou société
internationale ne présage pas d’une solidarité agissante entre les différentes
entités constitutives ni l’existence d’un certain gouvernement mondial souvent
exprimé dans des analyses des Relations Internationales. Force est de constater

4
Marcel MERLE : Sociologie des Relations Internationales, 4ème Edition, Paris, Dalloz
Frédéric LAMBERT et Sandrine LEFRANC, 2003 : 50 fiches pour comprendre la Science Politique Edition Bréal

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que la scène internationale ou plus précisément la société internationale est


caractérisée par l’ambivalence entre, d’une part, régulation et anarchie et,
d’autre part, ordre et désordre. Cette vision se reflète dans les interprétations des
divers courants de pensée qui ont marqué la discipline. Elle conserve encore sa
nature interétatique mais aussi, dans le même temps, possède une dimension
transnationale. Deux courants se sont illustrés dans cette société internationale.
Il s’agit de la mondialisation et de la fragmentation qui apparaissent de façon
contradictoire. En effet, le jeu et l’intervention de multiples facteurs d’ordre
matériel ou intellectuel, l’émergence de mouvements ou de réseaux mondiaux
conditionnent à divers points de vue les mutations des Relations Internationales.
La connaissance de tous ces aspects du comportement des acteurs institutionnels
et non institutionnels est indispensable à une analyse fouillée de la vie
internationale. Cela ne peut se réaliser sans un détour historique sur
l’environnement international pour traduire sa vitalité et les contraintes
auxquelles il est confronté eu égard à la nouvelle configuration et à l’imbrication
des logiques de fonctionnement.

Chapitre I : Les principales doctrines en Relations Internationales


Est-il exagéré de dire qu’il existe dans le domaine des Relations
Internationales autant de théories que de chercheurs développant une perception
optimiste (humaniste et stratégique), conflictuelle de la société internationale ou
envisageant l’Etat comme acteur unitaire et rationnel ou comme acteur
fragmenté, en dépérissement ? En effet, les approches doctrinales sont multiples
en Relations Internationales. Aucune de ces théories ne conduit aux mêmes
interprétations des phénomènes observés sur la scène internationale. De ce point
de vue, un accord de libre-échange conclu entre les Etats peut être chargé de
plusieurs significations :

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• Pour certains analystes, il apparaît comme le résultat logique de rapports de


force ;
• D’autres y verront la manifestation d’une avancée satisfaisante de la
coopération internationale ;
• A l’endroit où quelques théoriciens insistent sur l’illustration regrettable des
rapports de domination entre les Etats faibles et les Etats forts.
A travers ces grilles de lecture, transparaît une variété d’acteurs de niveaux
différents et agissant en fonction de l’évolution et des enjeux dans l’espace
mondial. Quelles sont les principales doctrines qui ont marqué l’étude des
Relations Internationales et quels acteurs ont-elles privilégié pour rendre compte
au mieux de la politique internationale dans son ensemble ?

Section I : Les approches marxistes


Cette théorie prend sa source dans les travaux du penseur Karl MARX (1818-
1883) qui, non seulement, ont inspiré des dirigeants et des systèmes politiques
mais donnent une analyse globale dans une perspective de détermination de
variables explicatives des Relations Internationales. Elle met l’accent sur les
facteurs économiques dans l’organisation des rapports internationaux et
expliquent les conflits ou confrontations par des phénomènes de domination et
d’exploitation engendrés par la logique capitaliste mondiale. On assiste à une
division du monde entre « centre » et « périphérie ». Le premier a une ascension
manifeste sur la seconde. Sous cet angle, les unités d’analyses pertinentes ne
sont plus les Etats ni la société ou l’individu mais les « classes sociales ». Il y a
donc une transposition du concept de lutte de classes au plan international. Dès
lors, les phénomènes internationaux auxquels font allusion les marxistes ne sont
rien d’autres que des rapports de domination sous toutes les formes à l’échelle
mondiale en termes d’hégémonie, d’impérialisme, de colonialisme ou de
dépendance. Si l’on en croit LENINE, « la concurrence entre les Etats

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capitalistes conduit inévitablement à la guerre et la pression exercée par


l’exploitation des richesses mondiales débouche sur la résistance des peuples
opprimés »5.
Dans le courant des années 1960, divers courants néomarxistes ont tenté de
démontrer qu’en dépit de la colonisation, l’impérialisme restait un facteur
explicatif essentiel des Relations Internationales particulièrement dans la
situation de sous-développement. Les tenants de l’Ecole de la dépendance ont
consacré une bonne partie de leurs travaux au modèle d’analyse des Etats
périphériques exploités avec le concours de leurs élites dirigeantes par des Etats
développés ou du centre. Cet « échange inégal », pour reprendre le terme de
Samir AMIN6, constitue une contrainte majeure des pays du Sud pour sortir du
sous-développement et naturellement il signifie la croissance du centre
approvisionné par les richesses naturelles de la périphérie.
Cette approche a fait l’objet de nombreuses critiques car on lui reproche
surtout la grande place accordée à l’économique au détriment du politique dans
le processus des échanges commerciaux entre les pays en voie de
développement et les pays industrialisés. En tout état de cause, Karl MARX n’a
pas placé systématiquement l’ensemble de ses travaux sous le signe des
Relations Internationales mais il a posé ce qu’il considère comme les
fondements d’une étude du processus d’exploitation à l’échelle mondiale.
L’approche marxiste et néo marxiste a développé le paradigme d’hégémonie.
Selon Antonio GRAMSCI, une classe peut imposer au sein de l’Etat sa
domination idéologique avec le consentement des autres composantes de la
société pour pérenniser son pouvoir. Investi dans les Relations Internationales, le
concept d’hégémonie traduit les mécanismes utilisés par une puissance
dominante pour non seulement légitimer sa position mais convaincre la société
en question que l’ordre qu’elle est chargée d’établir profite à l’ensemble de ses

5
Antoine GAZANO, 2001 : Les Relations Internationales, P.19
6
La déconnection pour sortir du système mondial, 1986, La Découverte // L’accumulation à l’échelle mondiale, 1988, Anthropo

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membres. A partir des années 1970, les néo gramsciens, si on peut les nommer
ainsi dans la mesure où ils s’inspirent de l’œuvre de leur maître, comme le
canadien Robert COX, soutiennent une nouvelle vision de l’ordre mondial. Ils
défendent l’idée que la théorie néoréaliste sert de levier à ceux qui détiennent le
pouvoir dans le capitalisme mondialisé. Contrairement aux néoréalistes,
l’économie et la politique mondiales ne peuvent être comprises qu’en les
restituant dans une perspective historique permettant de déterminer les
conditions de la stabilité de l’ordre mondial. Le pouvoir hégémonique ne se
définit plus d’une manière exclusive à partir des ressources naturelles
(économiques et militaires) de l’Etat dominant mais provient de la conjonction
de trois éléments essentiels à savoir : le pouvoir, les idées et les institutions. Dès
lors, une véritable hégémonie capable d’assurer la stabilité exige le
consentement des acteurs qui la subissent. En effet, ce sentiment se développe
dans le terreau de la société civile au niveau mondial et devient facteur de
mutation. L’humanisation de la mondialisation est le fruit d’une mobilisation
constante de cette société civile internationale qui s’érige en contrepoids
indispensable à la domination de la classe des capitalistes transnationaux. Pour
Immanuel WALLERSTEIN, l’hégémonie s’effectue sous trois conditions : la
finance, la production et le commerce. De son point de vue, la domination
financière peut s’installer dans la durée en fonction de l’emprise productive et
commerciale. Il faut dire qu’au milieu du XXème siècle, les conditions favorables
semblent être réunies au profit des Etats-Unis. Naturellement, la crise ouvre des
perspectives de gestion dans le nouvel ordre international ; autrement dit, elle
offre une possibilité de passation de pouvoir d’une puissance hégémonique à
une autre (Chute du Mur de Berlin).
S’agissant de la doctrine marxiste telle que nous l’avons présentée, elle établit
clairement une subordination du politique à l’économique. Par conséquent, le
mode de production ou régime de production ou « infrastructure » détermine les

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mécanismes de domination politique ou la « superstructure » id est les


institutions étatiques politiques, juridiques, idéologiques et intellectuelles par
lesquelles les classes « privilégiées » pérennisent leur domination. Dans cette
vision marxiste, l’Etat est considéré comme une « machine de répression ».
Cependant, une révolution prolétarienne qui modifiera les rapports de
production pourrait y mettre fin. Comme nous l’avons dit, le marxisme a généré
la théorie de la dépendance qui est née dans les années 1960 en Amérique du
Sud. Cette pensée des néomarxistes construite sur une relecture de la lutte de
classes a fait beaucoup d’émules notamment dans les pays en voie de
développement. Exemples : Politiques étrangères de Salvador ALLENDE en
Chili et de Fidel CASTRO au Cuba.
Une autre école de pensée a vu le jour ; c’est celle de la thèse de « système
monde » qui a été développée grâce aux travaux d’Immanuel WALLERSTEIN
dans les années 1970. Selon l’analyse d’Amélie BLOM7, elle appréhende le
système international comme une structure stratifiée où chaque nation remplit
une fonction nécessaire au bon déroulement de la division internationale du
travail. Cette approche rompt avec la dimension binaire des dépendantistes
(marxistes) car le nouveau type d’ « économie monde » prévoit des mobilités
dans la hiérarchie (Centre, Périphérie, Semi périphérie). Ainsi, les pays du
centre peuvent devenir les semi périphéries (pays émergents). Malgré son apport
dans l’interprétation des Relations Internationales, l’analyse marxiste est jugé
trop « économiciste » puisque l’économie y est présentée comme le déterminant
exclusivement explicatif des rapports de forces politiques particulièrement dans
son approche de l’impérialisme et des inégalités à l’échelle mondiale. De
nombreux chercheurs s’insurgent contre ce point de vue en mettant en relief les
motivations politiques et non pas seulement économiques : quête de prestige,
groupes de pression, vulnérabilité des pays de la périphérie.

7
Théories et concepts des Relations Internationales, Hachette, 2001, P.51

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De toute façon, l’analyse du politique ne peut se réduire à une simple


explication par le concept de superstructure. Par ailleurs, l’approche marxiste,
même si elle a été soutenue au début des années 1990 par la thèse d’Edward
LUTTWAK selon laquelle l’arme économique est un instrument de puissance et
d’affirmation sur la scène internationale, est mise à mal par les échecs du Front
Uni du Tiers-monde, la fin de la Guerre Froide, l’implosion des pays
d’inspiration socialiste. A cela s’ajoute le fait que les prédictions des marxistes,
considérées par certains théoriciens comme simplistes, ne se sont pas
concrétisées car confrontées à l’épreuve des réalités complexes de la Sociologie
actuelle des Relations Internationales. Il faut dire que l’analyse marxiste a
marqué, à un moment donné particulièrement les années 1960-1970, la théorie
des Relations Internationales ; elle continue de faire sens dans des pays comme
la Chine, le Cuba et apparaît comme une théorie du combat plutôt qu’un
programme de recherche. Elle offre une grille de lecture intéressante des
Relations Internationales permettant entre autres de comprendre l’attitude des
grandes puissances sur la scène mondiale.
Section II : Les approches réalistes et néoréalistes
De nombreux auteurs ont défendu l’approche réaliste des Relations
Internationales. Dans leurs différents travaux, HOBBES [Léviathan], J.
MORGENTHAU, MACHIAVEL [Le Prince], Raymond ARON [Paix et guerre
entre les nations] ont tous privilégié le rôle des Etats, le caractère conflictuel des
Relations Internationales tout en occultant, par là même, les phénomènes de
coopération et le corpus normatif des Relations Internationales. Dans ses écrits,
Thomas HOBBES a développé le concept de l’ « état de nature » qu’il considère
comme élément caractérisant la situation antérieure à la signature du « Pacte
social », une époque mythique où les hommes vivaient libres et disposaient de
droit absolu de recourir à la force pour se faire justice. De manière approfondie,
Jean-Jacques ROUSSEAU a repris cette idée par le biais de l’ « état de guerre »

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à travers lequel il fait mention pour la première fois de l’état anarchique à


l’endroit de la société internationale. En effet, cette allusion à un monde
« anarchique » revient à un historien grec du nom de THUCYDIDE qui pourrait
être considéré comme le fondateur de la science des Relations Internationales.
La théorie de l’état de nature de HOBBES établit une distinction radicale voire
une opposition entre la société internationale et les sociétés nationales. Projeté
dans ce cadre, l’homme vivait sans pouvoir organisé (l’homme est un loup pour
l’homme), il en sort et entre dans une « société organisée » à partir du moment
où il décide de conclure un « pacte contrat social » par lequel il confie le pouvoir
à un prince et/ou à une assemblée.
Les hommes déposèrent alors les armes et attribuèrent à cette autorité
suprême ou dépositaire de la souveraineté le « monopole de la violence physique
légitime » pour reprendre l’expression chère à Max WEBER. En échange,
chaque citoyen se voit garanti l’ordre et la sécurité. Ce cadre théorique de
HOBBES représente un schéma d’une conception intellectuelle dont la vocation
est d’expliquer rationnellement la création du pouvoir politique dans la société
nationale ? Dès lors, l’Etat, dans la conception de HOBBES, est investi de
pouvoir de justice et de police (les fonctions régaliennes de l’Etat). L’hostilité et
les rivalités dans les relations interétatiques sont bien mentionnées par Nicolas
MACHIAVEL en délimitant la stratégie de conquête du pouvoir. Celui-ci
préconise de s’inspirer de la ruse du renard et de la force du lion. Dans ce
tropisme machiavélien, le Général De GAULLE disait : « Les Etats n’ont ni
amis, ni ennemis, ils n’ont que des intérêts nationaux à défendre ».
Précisément, la théorie réaliste repose sur trois éléments principaux. D’abord,
elle considère que les Relations Internationales sont régies par des rapports
interétatiques limités en nombre faible d’acteurs. Elle ne nie pas, par ailleurs,
l’existence de relations transnationales mais les considèrent comme secondaires
pour la compréhension de l’ordre internationale. De même, elle prône la

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dissociation de manière absolue entre l’interne et l’externe. Pour cette approche,


la société nationale est intégrée et ordonnée tandis que la société internationale
est atomisée et désordonnée. Cette perception dichotomique se retrouve dans les
travaux des théoriciens contemporains qui pensent que la société internationale
est anarchique et se réfèrent d’ailleurs à l’état de nature de HOBBES pour
l’expliquer. Parmi ces théoriciens réalistes, nous citerons entre autres Hans J.
MORGENTHAU, Stanley HOFFMAN, Henry KISSINGER. Selon Jean–
Jacques ROCHE, la tradition réaliste oppose l’ordre interne à l’ordre
international par facilité, dans la mesure où elle continue de penser que « les
Relations Internationales sont dictées ou relèvent de l’état de nature et de la loi
de la jungle »8.
Le second élément de l’approche réaliste s’appuie sur le fait que les rapports
entre Etats sont conditionnés par la recherche de l’intérêt national ; d’où,
d’ailleurs, le qualitatif de réaliste. Autrement dit, l’objectif est d’assurer ou de
sédimenter la puissance de l’Etat. Ce paradigme de l’intérêt est fondamental
dans la démarche des réalistes. Il a servi de ferment chez HOBBES à la
conclusion du pacte social tout comme il devait représenter une ligne de
conduite dans les rapports mutuels de Etats. C’est ainsi qu’aucune action dans
cette optique ne pourrait être au-delà de son intérêt. Suivant cette logique, la
préservation de l’intérêt des Etats à long terme est érigée en principe cardinal de
la vie politique internationale. La reconnaissance de l’intérêt participe donc au
besoin de mettre en œuvre une politique aussi « raisonnable » et « rationnelle »
que possible. Une fois de plus, la reconnaissance mutuelle entre les Etat est
impérative et permet à ces derniers d’assurer une cohabitation peu ou prou
stable. Dès lors, l’usage de la force ne pourrait se comprendre que dans la
situation de recherche de survie des Etats.

8
Jean-Jacques ROCHE, Théorie des Relations Internationales, 3ème Edition, Montchrestien

11
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Le dernier point de la thèse réaliste s’articule autour justement de la


conflictualité des Relations Internationales, vers l’usage de la force. Le but
légitime servait de justification aux moyens comme le soulignait MACHIAVEL.
Le Prince avait toute la latitude d’être « renard » ou « lion » mais la force ou la
ruse ne lui faisait pas l’économie de toute morale. Même si dans l’esprit de
MACHIAVEL cette morale n’a pas de rôle en raison de la nature
obligatoirement « méchante » des hommes, la liberté accordée au Prince devrait
être mise au service d’une finalité précise correspondant aux intérêts de l’Etat.
Ainsi se faisait la réconciliation entre l’ « éthique de conviction » et celle « de
responsabilité » chère à Max WEBER.
La légitimité de l’action est fondée sur l’idéal lié à l’intérêt de l’Etat dont on
est la charge. A cet égard, l’intérêt est érigé comme unique justificatif à l’action
internationale. La sphère extérieure reste donc le domaine privilégié
d’affrontement entre les ambitions antagonistes tournées vers la recherche de la
puissance destinée à assurer la sécurité des Etats. Pour les réalistes, tout est
politique et l’intervention de l’Etat permet d’objecter les multiples demandes du
corps social. Ainsi, l’Etat représente cet ordre parfait défini par ARISTOTE. La
hiérarchie entre Etats se fonde principalement sur le facteur militaire même si
d’autres considérations existent (économiques, culturelles). En définitive, cette
thèse réaliste postule que les Etats-nations sont des acteurs presque exclusifs du
système international et qu’ils ne sont motivés que par leurs intérêts nationaux
comme nous l’avons indiqué. Il en résulte alors des relations interétatiques
conflictuelles par nature qui donnent la priorité à la force sur économie. Pour
Raymond ARON, seul le risque de guerre permet aux Etats de définir leurs
comportements les uns vis-à-vis des autres en fonction de ce droit de recourir à
la violence qu’ils reconnaissent mutuellement9. Deux notions essentielles
transparaissent dans l’analyse de Raymond ARON et guident son raisonnement.

9
Paix et guerre entre les nations, P.100

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Il s’agit d’abord de l’hétérogénéité du système international et la seconde notion


est résumée dans cette maxime que l’on retrouve dans ses écrits : « Survivre,
c’est vaincre ». Le système international homogène correspond, selon lui, à un
groupe d’Etats qui « appartiennent au même type et obéissent à la même
conception de la politique ». Inversement, un système hétérogène rassemble des
Etats « organisés selon les principes autres et se réclament des valeurs
contradictoires »10. Des systèmes homogènes sont donc envisageables quand les
régimes politiques sont identiques. A partir du moment où les rapports
internationaux s’établissent à l’échelle de la planète, le système international est
parfois de conséquence hétérogène, les Etats ne disposant pas des mêmes
valeurs. Par contre, ARON estime en prenant l’exemple de l’ONU qu’en dépit
de la forte différenciation des régimes politiques liés à la bipolarisation, un
début d’homogénéisation peut être observable sur la scène internationale par
l’émergence d’une société internationale regroupant les Etats entre eux.
Toutefois, selon lui, ce n’est pas cette société des Etats qui est en mesure
d’assurer la paix. De son point de vue, le Droit International demeurait très
embryonnaire et comportait des lacunes. Inversement, l’homogénéisation du
système international peut être envisagée à travers la menace permanente de la
guerre qui pèse sur les Etats et leur fait partager les mêmes objectifs. En
solidarité, se dessine par l’intermédiaire de la formule utilisée par ARON
« Survivre, c’est vaincre », l’on perçoit alors l’intérêt que ARON porte à
Clausewitz CARLSON11 : « La guerre n’est pas seulement un acte politique
mais un véritable instrument politique, une poursuite des relations politiques,
une réalisation de celle-ci par d’autres marques ». Pour résumer la conception
aronienne des Relations Internationales, surtout son explication de la conduite
des acteurs du jeu international, ce n’est nullement la recherche de la puissance
maximale ni même la quête de la nécessité absolue mais, au contraire, le risque

10
Paix et guerre entre les nations, P.10
11
De la guerre, livre I, 1965, P.62

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permanent d’une guerre légitimée par les prérogatives partagées de la


souveraineté et amplifiée par le péril nucléaire. Marcel MERLE12 note que le
privilège accordé à l’acteur étatique est dicté par des considérations
méthodologiques et un souci d’intelligibilité. Néanmoins, cette justification
apparaît quelque peu facile car elle sous-estime a priori les acteurs non étatiques.
Cela dit, sous l’influence de divers facteurs, l’Ecole du Réalisme dont on a
exploré les grandes lignes va se transformer en Néoréalisme. Si les
indépendances économiques et technologiques sont davantage prises en compte,
les Etats conservent le pouvoir effectif de détermination rationnelle de la
politique internationale au nom de la légitimité issue de la volonté de leurs
concitoyens. La première tâche que s’assignent les néoréalistes consiste à
rouvrir le débat épistémologique à travers l’ouvrage de Kenneth N. WALTZ13.
Dans cet ouvrage, l’auteur critique les théories antérieures et généralistes ou
parcellaires dans leur approche des Relations Internationales, dès lors qu’elles
refusent de prendre en compte le primat du politique qui, seul, permet
d’atteindre la globalité des phénomènes étudiés. Les néoréalistes s’attèlent donc
à réaffirmer la centralité du politique au moyen de bâtir une théorie des
Relations Internationales en s’appuyant sur les méthodes du structuralisme et du
systémisme. Il faut souligner que le néoréalisme de WALTZ se situe dans le
prolongement direct du réalisme puisqu’il postule la primauté du facteur
politique avec pour conséquence un retour au paramètre stato-centrique. Selon
WALTZ, la différence entre l’ordre interne et l’international ne réside pas dans
l’usage de la force, « mais dans les différents modes d’organisation de cet usage
de la force » [P.103]. Par ailleurs, dans son analyse néoréaliste, il précise que le
paradigme de la vie internationale n’est pas la recherche de l’équilibre par la
puissance mais seulement la recherche de la sécurité qui est le seul moyen de
légitimer cette force dans un environnement anarchique où l’Etat ne peut
12
Marcel MERLE, Le dernier message de Raymond ARON : système interétatique ou société internationale ? La Revue Française de
Science Politique, Volume 34, Numéro 6, 1984
13
Theory of international politics, Reading Addison Wesley, 1979

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compter que sur ses propres moyens. Ceci dit, la régulation normative occupe
une place centrale dans la théorie néoréaliste puisque la politique internationale
est régie par des accords internationaux institutionnalisés par les Etats qui
s’inscrivent dans un cadre général libéral. La régulation du système international
est doublement assurée par l’Etat dominant et les organisations internationales.
Dans cette perspective, les Etats-Unis, en se référant à la « théorie de la
stabilité hégémonique » et profitant de leur qualité de leadership, disposent de la
capacité d’obliger les autres Etats à se soumettre à leur volonté. Soumis à une
action collective, les Etats opèrent au sein d’institutions internationales
interétatiques qu’ils contrôlent en définissant dans le même temps les règles et
les modes de fonctionnement. Néanmoins, cette coopération ne signifie pas
absence de conflit. Pour Kenneth WALTZ, le conflit est inhérent au système
international dont la structure (anarchique) est propice à la méfiance et à
l’agression. L’équilibre des puissances proviendrait du système lui-même
indépendamment de la politique étrangère élaborée et poursuivie par les Etats.
Contrairement à cette analyse, un autre néoréaliste, Henry KISSINGER14 pense
que l’équilibre des puissances se construit à travers la force du volontarisme des
différents acteurs de la scène internationale. A cet égard, on peut se demander
quel est le système international le plus favorable à la paix ? Plusieurs réalistes
s’accordent sur le fait que la stabilité du système intervient en fonction du
nombre de puissance plus grand ; autrement dit, un nombre croissant de
puissances correspond aux incertitudes de leurs comportements. Par contre, la
sécurité est donc mieux garantie dans un contexte bipolaire que celui
multipolaire. D’autres ont soutenu des thèses inverses en estimant que
l’incertitude incite les acteurs à la prudence, à leur avis, un monde multipolaire
serait plus sûr qu’un monde unipolaire [Karl DEUTSCH]. Dans une autre
logique, Robert KEOHANE [néoréaliste] avance l’idée que la stabilité du

14
Diplomatie, Fayard, 1994//Les fondements de la politiques étrangères des Etats-Unis, revue, Décembre 1982

15
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système international sera assurée dans le cadre unipolaire sous la responsabilité


d’une puissance dominante tel que nous l’observons aujourd’hui sur la scène
mondiale.
Ce débat montre les différentes grilles de lecture des Relations Internationales
manifestant la complexité de cette réalité. War and change in world politics15
énonce la tendance vers le déclin de toute puissance hégémonique. Ainsi, dit-il,
« la domination s’établit sur une séquence historique temporelle limitée avant de
conduire inéluctablement au dépérissement. Les coûts économiques et
financiers, engendrés par le maintien en niveau équivalent du potentiel de
domination, s’accroissent et conduisent, à terme, à l’effacement de la puissance
incapable de les assurer ». Cette théorie (du dépérissement) a servi de référence
pour expliquer l’implosion de l’ex-URSS en 199116. En effet, les courants
néoréalistes considèrent que la fin de la Guerre Froide signifie le retour aux
affrontements de puissances mais cette fois-ci à l’échelle planétaire. A la
différence des réalistes classiques, ils mettent l’accent sur la dimension
économique, ils parlent même de guerre économique ou culturelle [Choc des
civilisations], des intérêts de puissance pouvant déboucher dans leur mutation
sur un conflit militaire. Le politiste américain Samuel HUNTINGTON s’inscrit
dans cette lignée néoréaliste focalisant son analyse des Relations Internationales
d’aujourd’hui sur la résurgence des identités culturelles. L’auteur de Choc des
Civilisations17, par cette publication qui a suscité un débat approfondi de la part
des spécialistes de la discipline des Relations Internationales, insiste sur le
« choc des civilisations » qui serait la matrice de la politique mondiale dont la
ligne de front formera la fracture entre civilisations. Dans sa démonstration,
Samuel HUNTINGTON distingue huit civilisations : occidentale, slavo-
orthodoxe, islamique, hindoue, confucéenne, japonaise, latino-américaine et

15
War and change in world politics[Cornell, University Press Cambridge, 1981
16
voir aussi les travaux de Jean-Baptiste DUROSELLE plus particulièrement Tout empire périra : une vision théorique des Relations
Internationales, Paris I, 1981
17
Editions Odile Jacob, 1997, Version française

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Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

africaine. Il constate que les différences entre civilisations résultant d’un


processus séculaire sont essentielles. Les interactions entre ces univers se
multiplient et accentuent paradoxalement les sentiments de différences. Il
observe, par ailleurs, que la modernisation et l’évolution des sociétés éloignent
les hommes des anciennes identités locales. Ce faisant, l’Etat-nation est affaibli
dans son rôle identitaire. Pour HUNTINGTON, l’Occident est perçu à la fois
comme un facteur d’attraction et de rejet. Il s’ensuit une désoccidentalisation des
élites dans le reste du monde qui rompt les liens idéologiques. De plus,
l’appartenance à une civilisation est difficilement modifiable. Le processus de
régionalisation économique renforce ce sentiment d’ancrage dans une
civilisation commune. Dès lors que le concept de base de civilisation est
identifié, ce théoricien néoréaliste précise les lignes de fracture qui sont sources
de crises et de conflits fondamentalement pour la frontière de la civilisation
islamique. Il aboutit à la conclusion suivante : « L’Occident est menacé
particulièrement par un axe antioccidental islamo confucéen ». En dépit de son
appel aux occidentaux pour une meilleure compréhension des convictions de
leurs adversaires, il les invite à préserver la puissance économique et militaire à
travers laquelle se consolide la protection de leurs intérêts.
Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre des théories néoréalistes. On
leur reproche, premièrement, d’avoir sous-estimé le rôle prépondérant joué par
les Etats-nations dans les Relations Internationales. De même, les civilisations
aux contours mal définis ne peuvent, en aucun cas, être assimilées à des acteurs
autonomes des Etats. La seconde concerne l’importance donnée à l’intégrisme
islamique. Il semble, en effet, ignorer les clivages les plus saillants qui se
trouvent au sein même de cette communauté musulmane. Par ailleurs, elles
développent une vision statique et homogène des civilisations qui ne correspond
pas à la réalité. Concrètement, le bien-fondé de l’axe islamo-confucéen reste à
démontrer. Si le réalisme et le néoréalisme constituent l’école dominante dans

17
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
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les Relations Internationales, notamment parmi les professionnels politiques,


administratifs et économiques, il n’en demeure pas moins qu’elle est la
contestation du « tout politique » (l’Etat au milieu de son approche) et de l’Etat
comme l’unique acteur des Relations Internationales. L’introduction des acteurs
non étatiques dans le « domaine réservé » des Relations Internationales brise le
monopole de la représentation attribuée par la coutume diplomatique au seul
gouvernement.
Le deuxième reproche : avoir donné à la notion de puissance une vision
statique et une orientation militaire donc conflictuelle ; cette tendance rend
difficile la compréhension des mutations sur la scène internationale. De même,
l’approche réaliste comporte une conception déterminée dans les Relations
Internationales. Cependant, les décideurs et leurs stratégies se trouvent en face
des contraintes liées au système international.
Troisième critique : l’usage, d’une part, des concepts dont les contours restent
flous (« intérêt national », « puissance »), d’autre part, la croyance en la
spécificité des Relations Internationales, par rapport à la politique interne, n’est
plus de mise étant donné l’imbrication de ces deux logiques. Depuis le début des
années 1980, les erreurs semblent être rectifiées par les néoréalistes comme R.
KEOHANE, NYE18 qui ont introduit la dimension économique et commerciale
dans la compétition entre les Etats sur la scène internationale d’interdépendance.

Section III : Les considérations solidaristes et transnationales


Avant d’aborder ce courant, un regard pourrait être porté sur les défenseurs de
l’économie politique internationale. Ceux-ci refusent la séparation du politique
et de l’économique et de remettre en question le rôle central accordé aux Etats.
En critiquant les néoréalistes, cette théorie emploie la notion d’autorité pour
montrer que l’Etat ne constitue pas la seule entité à en disposer. Dans leur

18
Power and Independence : World politics in transition, Little Brown, 1977

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Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

démonstration, ils considèrent que les entreprises, les marchés, les mafias et
d’autres acteurs non officiels peuvent en disposer. Leurs analyses se concentrent
sur la fonction de pouvoir et de structure au niveau de l’économie mondiale. Elle
n’est pas le plus important et ne s’exerce pas de la même manière dans le
domaine de la sécurité, des finances et de la santé. Les concepteurs de cette
doctrine, comme Susan STRANGE, considèrent que les pays comme les Etats-
Unis sont des acteurs importants de la scène internationale. Cependant, ils ne
disposent plus de l’autorité suffisante pour imposer et mettre une gouvernance
mondiale. Ils observent même l’existence d’une zone de non gouvernance
notamment dans le domaine de la finance. Aucun acteur, étatique ou non, n’a
l’autorité nécessaire pour obtenir une maîtrise parfaite de ce qui s’y déroule ou
pour une intervention efficace dans ses logiques de fonctionnement dans un
contexte de libéralisation économique. Cette dernière est fondée sur la
promotion des initiatives et libertés individuelles, la morale, la justice et la
coopération internationale. Il est certain que ces valeurs que l’on retrouve au
cœur de la théorie libérale sont relayées au second plan dans la théorie réaliste.
Depuis la Guerre Froide, la pensée libérale a gagné du terrain tant dans le
domaine politique que dans le domaine économique. Il s’agit, dans la démarche
libérale de porter la réflexion sur les moyens de dépasser les égoïsmes nationaux
afin de garantir la paix sur la scène mondiale. Pour cela, l’accent est mis sur ce
qui devrait être plutôt que sur ce qui est. En fait, le libéralisme s’articule autour
d’idées fortes.
Le premier volet concerne l’héritage philosophique de la recherche de la paix
reposant sur la pensée d’ÉRASME [La guerre ne paie pas]. On parle aussi de
droit et de devoir pour assurer une paix permanente retraçant, par là même, la
paix perpétuelle de KANT à travers la construction de « fédération d’Etats
libres » interdisant la guerre entre ses membres et favorisant une réaction
solidaire entre les différentes composantes face à une agression extérieure. Ce

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qui apparaît comme déterminant des relations entre Etats, c’est la libéralisation
du marché. Dans cette optique, des principes de base sont mis en avant et
orientent l’action des Etats qui se réclament du libéralisme ; ils sont, entre
autres, la liberté individuelle, la participation politique et la propriété privée. Les
libéraux établissent une analogie entre l’ordre interne et l’ordre international
contrairement aux réalistes qui ont formulé cette incompatibilité. Quelles sont
alors les idées-clés de la théorie du libéralisme ?
• Premièrement, il considère que la satisfaction de l’acteur social, du citoyen
prime sur l’intérêt national.
• Deuxièmement, le comportement des Etats devait se mesurer à l’aune des
intérêts des sociétés dont ils ne sont finalement que les représentants.
• Troisièmement, les politiques étrangères s’expliquent non pas en termes de
logique de puissance mais par des arbitrages éthiques, moraux pour comprendre
l’attitude ou la réaction de tel ou tel acteur en fonction des coûts politiques.
On distingue alors dans la théorie libérale trois principaux courants. Le
premier se nomme libéralisme républicain qui se définit par la nature de régime
politique expliquant le comportement international de l’Etat, de son choix, de la
paix, de la guerre et de la coopération. Par exemple, dans un régime républicain,
l’existence d’une société civile critique représente un contre-pouvoir pour
maintenir la paix démocratique.
Le second courant dit libéralisme commercial part de l’hypothèse selon
laquelle le libre-échange, en encourageant l’interdépendance, contribue au
renforcement de la paix entre les Etats.
Le dernier courant est qualifié d’institutionnel en ce sens que les institutions
internationales stabilisent les Relations Internationales. Elles dissuadent par des
mécanismes de sanction contre les Etats qui s’évertuent à chercher des gains
unilatéraux. Ces institutions oeuvrent pour la résolution des conflits à travers des
dispositions juridiques mais aussi de sécurité collective. Il faut dire que ces

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approches ont influencé des décideurs politiques comme Woodrow WILSON.


Celui-ci avait mis en pratique la politique du libéralisme en évoquant la
nécessité de préserver la paix pour la création d’une institution
intergouvernementale universelle, la fin de la diplomatie secrète, la réduction
des armes nucléaires, la suppression des barrières économiques et l’application
du principe « des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Dans la réalisation de ce
projet, on s’est rendu compte que le libéralisme et le réalisme ne sont pas si
opposés qu’on est penché à le croire. Ainsi, Stanley HOFFMAN, dans son
ouvrage intitulé Un monde pour les monstres froids [Seuil, 1982], a tenté de
réconcilier les thèses réalistes (primat des Etats, intérêt national, volonté de
puissance) avec les exigences de la moralité. La théorie de la « guerre juste »
refait surface à partir du moment où elle est légitimée dans certaines situations
sans apparaître comme inéluctable.
L’esprit wilsonien intervient dans la volonté de convaincre les autres Etats du
bien-fondé des principes de politique étrangère et d’autre part, il met l’accent sur
la politique de puissance conforme à l’hypothèse réaliste qui caractérise la
politique étrangère des Etats-Unis. Le discours de Georges Bush s’inscrivait
dans cette logique pour justifier en 1990, la Guerre du Golfe avec l’ambition
d’une inspiration libérale mise au profit d’une « Realpolitik ». Dans cette
mouvance se situent les tentatives pour les règlements pacifiques des crises, la
réduction et le contrôle des arsenaux militaires. La tension entre les Etats-Unis
et l’Irak illustre bien l’inspiration libérale, plus particulièrement l’enlisement
américain dans l’espace irakien qui influence le pragmatisme réaliste des
décideurs américains.
Parmi ces doctrines qui jalonnent le champ des Relations Internationales, on
peut noter l’Ecole transnationaliste à laquelle se rattache le courant systémique.
L’approche fédéraliste qui prône le dépassement de la question de souveraineté
étatique par le développement frontalier des solidarités économiques, techniques

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entre ces pays et les organisations internationales. Ces dernières apparaîtront


comme un cadre où se tissent les solidarités politiques en termes d’échanges de
compétences qui s’opèrent nécessairement entre les Etats membres. Dans cette
optique, G. SCELLE a une perception du fédéralisme qui considère que le droit
international exprime la solidarité entre les individus. Poussons cette réflexion,
elle estime que ces rapports interpersonnels priment sur les relations
interétatiques. Cette solidarité est source de règles et d’inspiration communes.
Toutes les perspectives sont ouvertes pour permettre des processus d’intégration
entre les Etats. Par ailleurs, l’analyse systémique, appliquée au domaine des
Relations Internationales, intègre différents paramètres et souligne la pluralité
d’acteurs publics ou privés, parties prenantes du système globale ou régionale ;
d’autre part, ce point de vue évoque la nature du système homogène puisque les
Etats appartiennent au même archétype et partagent la même conception des
Relations Internationales. De même, il traduit l’hétérogénéité du système dans la
mesure où les Etats se réclament des valeurs contradictoires.
Il faut noter que le système international se réfère à divers modèles à savoir
unipolaire, bipolaire, multipolaire. Par exemple, un système unipolaire se définit
comme étant homogène et ne connaît qu’un seul pôle de décision. Aujourd’hui,
certains auteurs ou gouvernants parlent de l’hyper puissance américaine pour
désigner ce modèle. Par contre, un système multipolaire se distingue par la
pluralité des entités politiques de tailles comparables, il s’agit d’un système
équilibré évitant la domination d’une entité sur les autres. Notant par la suite de
cette réflexion des systémistes que la vision solidariste se trouve au coeur des
préoccupations des fonctionnalistes. A travers l’usage du concept de fonction, ils
estiment que la création d’organisations internationales à caractère technique
contribue à convertir les intérêts des membres en les formulant et en les
agrégeant. Cette conversion effectuée au détriment des politiques nationales
produiront des règles que l’institution sera chargée de faire respecter. Autrement

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Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
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dit, l’organisation internationale exerce une fonction de socialisation. La


limitation de la souveraineté des Etats confortera ce passage des solidarités
économiques à des solidarités politiques et humaines en fonction de
volontarisme des Etats et de la prise de conscience de la nécessité de leur unité
(intégration). De cette union se construisent des interdépendances et des
influences de l’environnement global. Il faut noter dans le prolongement de cette
théorie, celle de la gouvernance globale développée par James ROSENAU19 qui
insiste sur la notion d’autorité mais définie de manière spécifique par rapport au
marché et aux secteurs concernés. Elle s’exprime dans les relations entre les
divers acteurs. L’approche de James ROSENAU met en lumière une
gouvernance globale extrêmement complexe ou interactions des acteurs dans un
espace en perpétuelle évolution20.
Dans l’analyse de ce qui précède les acteurs de base sont considérés comme
des « sphères d’autorité » en fonction de la position de chaque auteur.
ROSENAU ne parle pas d’Etat mais de « sphères d’autorité » et des structures
historiques ou les compromis politiques qui caractérisent les précédentes
théories. Chaque sphère exerce une autorité selon des modalités qui lui sont
propres sans aucune hiérarchie. Dans chaque sphère, les acteurs les plus
puissants font respecter leur autorité. Selon James ROSENAU, « c’est une
conséquence ou plutôt une convergence entre les besoins des différents acteurs
qui permet à l’un d’entre eux d’obtenir l’approbation des autres et non une
contrainte de type constitutionnel qui attribuerait la plus haute autorité
exclusivement aux Etats et gouvernements nationaux ».
Pour résumer donc la conception de James ROSENAU, cette « gouvernance
globale » réside dans un ensemble d’interactions changeant à l’intérieur et entre
les « sphères d’autorité ». On ne peut clore cette présentation des approches
transnationales sans évoquer deux qui ont occupé l’actualité internationale.
19
James ROSENAU, 1990 : Turbulence in world politics : The theory of change and continuity, Princeton University Press.
20
Bertrand BADIE et Marie-Claude SMOUTS, 1999 : Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, PSP, 3ème
édition.

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La première approche concerne la vision harmonique et atypique de


l’américain Francis FUKUYAMA21 dans un de ses articles puis un ouvrage sur
la Fin de l’histoire et le dernier homme22. Il considérait que la démocratie
constituait « le point final de l’évolution idéologique de l’humanité » ; en
d’autres termes, « le stade ultime de l’ « évolution des régimes politiques ». Il en
conclut le caractère inéluctable du renforcement de « l’esprit de marché
commun ». La démocratie et son corollaire, l’économie de marché, sont les
seules solutions viables pour les sociétés modernes. Pour FUKUYAMA, les
relations internationales sont en train de s’organiser sur ce modèle.
L’Ecole déterministe de FUKUYAMA défend la thèse d’une évolution
humaine linéaire et prévisible. Elle est non seulement contestée mais a suscité
des réactions passionnées et contradictoires. L’irruption de plusieurs facteurs
comme l’internationalisation des activités commerciales réduit la distinction
entre l’interne et l’externe (surestimation de l’économie et de la démocratie).
La deuxième approche concerne la vision islamique des Relations
Internationales. L’avènement de la Révolution Iranienne en 1979 et le
développement de l’intégrisme islamiste ont permis entre autres de repenser le
rôle important joué par le monde arabo-musulman sur la scène internationale. La
diplomatie islamique est au cœur de la politique étrangère de certains pays
arabes comme l’Arabie Saoudite. Pour une analyse des Relations Internationales
de la conception islamique, il convient de se référer aux travaux fort stimulants
de Mohamed REZA-DJALILA, sur la stratégie internationale de
« Khomeynisme »23.
Force est de remarquer que les actions internationales de l’Organisation de la
Conférence Islamique (OCI) rentre dans cette perspective des Relations
Internationales Islamiques. Cependant, les réseaux transnationaux islamiques ne

21
« La fin de l’homme » in Monde Diplomatique du 14 octobre 2002
22
Flammarion, 1992
23
Mohamed REZA-DJALILA, 1989 : Diplomatie islamique, Paris, PUF.
Gilles KEPEL, Les revanches de Dieu
François BURGA, 1988 : L’islamisme au Maghreb

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cessent de faire parler d’eux sur la scène internationale au travers de


mouvements dont les agissements préoccupent les acteurs politiques
internationaux (Al Qaida). Cela étant, un choix s’opère en faveur d’une
sociologie des Relations Internationales compte tenu de la diversité des
doctrines qui traversent le champ de la scène mondiale. Toujours est-il que le
réalisme, tout comme le libéralisme et le transnationalisme, montrent bien les
mutations complexes des Relations Internationales marquées par des actions et
la nature des nouveaux acteurs.

Chapitre II : L’analyse historique et les facteurs constitutifs des Relations


Internationales
Les Relations Internationales sont caractérisées par un phénomène
d’accélération des changements qui sont devenus sans précédent dans les
rapports entre les puissances et la géopolitique internationale. L’union entre les
parties au sein d’un monde fragmenté devient incertaine. En effet, les Relations
Internationales après la paix retrouvée en 1945 ont été le reflet de la
bipolarisation américano-soviétique initialement affirmée puis contestée.
Pendant plus de quarante (40) ans, l’ordre politique international s’est cristallisé
sur les rapports de force entre puissances rivales ou blocs opposés qui va se
fissurer et s’effondre pour donner une nouvelle configuration des Relations
Internationales. La dislocation de l’ex-URSS en 1991, l’implosion des pays de
l’Est ont-elles permis l’avènement d’un nouvel ordre mondial stable avec de
nouveaux acteurs et enjeux et à partir duquel on pourrait envisager l’instauration
d’un pacte social ? S’agit-il de la « fin de l’histoire » comme le pensent certains
auteurs ou le début d’un « aggiornamento » (changement) qui transformera en
profondeur la logique du système construit sur de nouvelles valeurs ? Autrement
dit, peut-on raisonner dans ce « village planétaire » en termes de « Choc des
civilisations » ?

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En tout état de cause, l’apparition sur la scène mondiale de nouvelles


revendications, de pluralité d’acteurs traduit un renouveau dans un monde qui
était jusque-là dominé par les relations interétatiques et la « Realpolitik ». La
multiplication et la persistance des conflits régionaux donnent aux Relations
Internationales actuelles ses véritables dimensions.
Section I : De la Guerre Froide à la fin de la bipolarisation
Nous n’avons pas ici l’intention de faire l’historique des Relations
Internationales, nous évoquerons cependant quelques traits essentiels et les
évènements marquants de l’évolution du monde. Le début de la Guerre Froide
datait de l’échec de la Conférence de Moscou (Mars-Avril 1947) et de Londres
(1947). Selon les interprétations, cette période est située de manière extensive en
fonction des études en Relations Internationales.
Au niveau de ce que nous pouvons appeler aujourd’hui l’Ecole française des
Relations Internationales, Pascal BONIFACE24 considère que la Guerre Froide a
commencé en 1947 avec le refus par l’Union Soviétique du Plan Marshall et se
termine à la Mort de STALINE. Pour Daniel COLLARD25, la Guerre couvre la
période historique qui s’étend entre le refus du Plan Marshall, le blocus de
Berlin et la crise de Cuba en 1962.
D’autres auteurs la placeraient entre 1947 et 1989. Quelles que soient les
interprétations des uns et des autres, cette séquence dans l’histoire des Relations
Internationales se singularise par une opposition entre les deux grands (Etats-
Unis, URSS). Cette –confrontation se déroule sur plusieurs lignes, en particulier
sur le plan, idéologique, politique, économique et social. Le désir de se prémunir
de l’ennemi a entraîné (encouragé) la recherche de zones territoriales tampons
(Etats satellites) ou zones d’influence stratégiques face aux menaces extérieures.
Devant l’ « expansionnisme soviétique », les occidentaux ont mis en œuvre une
politique qui préconisait un endiguement des velléités de l’adversaire

24
Pascal BONIFACE, 1997 : Repenser la dissuasion nucléaire, Editions L’Aube.
25
Daniel COLLARD, 1999 : Les Relations Internationales de 1945 à nos jours.

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(containment) à travers une contre force occidentale unilatérale à l’échelle de


toute la planète. Naturellement, ce climat de tension et de surveillance
réciproque a été propice au développement des armes stratégiques et de
dissuasion. C’était dans ce contexte que Raymond ARON écrivait : « La guerre
est improbable, la paix impossible ». Cet axiome illustrait alors l’antagonisme
irréductible des blocs occidental et soviétique et du non-usage probable de
l’arme atomique en raison de l’immensité de sa capacité de destruction massive.
A partir de 1948, les deux protagonistes vont s’opposer par alliés interposés : les
blocus de Berlin, les guerres d’Indochine, de Corée en sont les illustrations
emblématiques. Dans le domaine institutionnel, la mise en place d’organisations
internationales concurrentes à l’image de l’OTAN et du Pacte de Varsovie
structure les deux camps. Par leurs stratégies respectives, ils expriment
clairement leur volonté « de figer la bipolarisation et de défendre leurs
précarrés ». Mesurant le risque que pourrait provoquer un affrontement direct,
les deux superpuissances optent pour la coexistence pacifique. Selon Antoine
GAZANO26, cette donne repose sur « le respect mutuel des l’intégrité territoriale
et de la souveraineté, la non-agression, la non-ingérence dans les affaires
intérieures, l’égalité réciproque et la coopération économique ». Cette théorie de
la coexistence, même si elle exclut le conflit armé direct, n’interdit pas le
recours à des tentatives de déstabilisation et de pression de natures diverses
exercées sur l’adversaire. Cependant, les intérêts complémentaires et les
mutations dans les rapports de force condamnent les deux concurrents à
coopérer. Dès lors, se met en place une période de détente correspondant à
l’arrivée au pouvoir de Richard NIXON assisté de son Secrétaire d’Etat Henri
KISSINGER (1969-1974). L’activité diplomatique tournera autour de la
question de la détente dans les relations américano-soviétiques. Le pragmatisme
veut que dans de telles situations l’accent soit mis du point de vue américain sur

26
Antoine GAZANO, 2001 : Les Relations Internationales, Editions Gualino, P. 31

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le comportement extérieur de l’ex-URSS et non sur son régime politique. Il n’en


reste pas moins que l’équilibre de la terreur entre les deux grands bannit
forcément toute solution militaire. Ainsi, la détente permet le relâchement de la
tension et la recherche de consensus et d’issues pacifiques.
En effet, pour la réussite de cette politique de détente, les acteurs s’attèlent à
faire en sorte que son application soit mutuellement profitable. Toutefois,
l’élection de CARTER en 1976 se traduira par une nouvelle politique qui
relancera l’affrontement indirect. A cet égard, le président américain va
profondément infléchir la politique étrangère en lui impulsant une nouvelle
vitalité reposant sur le respect des droits de l’homme qui prendra une place
importante dans son action. En s’écartant de l’approche réaliste élaborée par
NIXON et KISSINGER, CARTER privilégie la démarche moraliste et idéaliste
focalisée sur la défense de l’idéal démocratique. Dans cette optique, les autorités
américaines de l’époque soutiennent les dissidents soviétiques et pressent du
coup les régimes dictatoriaux latino-américains de leur camp à procéder à une
libéralisation politique.
Il faut noter que le scandale du Watergate qui contraint le président NIXON à
la démission a beaucoup affaibli les Etats-Unis tout en facilitant des avancées
soviétiques en Asie et en Afrique. Sur le continent asiatique, des communistes
accèdent au pouvoir au Cambodge et au Laos. En Afrique, par exemple, l’URSS
a apporté son soutien à des mouvements marxistes de libération en Angola et au
Mozambique. En Afghanistan, le pouvoir communiste est menacé par la
persistance d’une guerre civile en 1979. Cette situation conduit BREJNEV à
intervenir militairement afin de maintenir le pouvoir en partie menacé dans sa
survie. Pour des enjeux géopolitiques, l’Afghanistan constitue un vieux rêve
dans le cadre du contrôle des points sensibles et géostratégiques. Néanmoins, la
réaction américaine ne se fait pas attendre et se matérialise par une aide

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considérable apportée aux mouvements de résistance composés essentiellement


de musulmans.
La Guerre Froide consacrera aussi la rupture entre la Chine et l’URSS à noter
dan le monde communiste pour des raisons idéologiques et territoriales. Une
constatation similaire s’observe dans le camp occidental. Dans cette perspective
contestataire, la France de DE GAULLE va emboîter le pas par la création d’une
armée nucléaire dans les années 1960 et en quittant l’OTAN en 1996. Sur le
plan diplomatique, elle mène des contacts avec l’URSS et reconnaît la chine en
1964. De même, la République Fédérale d’Allemagne, sous le chancelier Willy
BRANDT qui adopte une politique de dialogue et s’efforce de renouer les
relations politiques, culturelles humaines avec la République Démocratique
d’Allemagne, ce concept d’ « ostpolitik » (politique à l’Est) est attribué à la
politique étrangère du chancelier destinée à tourner la page aux séquelles de la
Seconde Guerre Mondiale : accords d’amitié et de coopération avec les deux
Allemagnes qui devenaient irréversibles à partir de 1972, date à laquelle les
deux entités signent des accords diplomatiques.
De plus, le processus de construction européenne de 1957 avance avec la
signature du Traité de Rome instituant une Communauté Economique
Européenne. Ce marché commun va permettre à l’Europe de concurrencer à
terme l’économie américaine. A ce phénomène de remise en cause au niveau
interne s’ajoute une même dynamique, cette fois sur le plan externe. Elle se
traduit par la décision de créer un mouvement de « non-alignement » à Bandung
en 1955 contestant l’hégémonie des deux blocs. Sur la base des principes repris
de la spiritualité bouddhiste indienne, les Etats du Tiers-monde (NEHRU,
NASSER, TITO), regroupés au sein de cette instance, prônent le « droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes ». Cette volonté exprimée par les Etats se
confirme de façon pragmatique par le « non-alignement » en 1961, à travers
l’émergence d’une « Troisième Voie ». Objectif : rejeter les deux blocs en

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refusant toute présence militaire sur leurs territoires. Au début des années 1970,
une vague contestataire surgit après la Guerre Israélo-arabe et revendique un
Nouvel Ordre Economique international. L’arme du pétrole sera utilisée à des
fins économiques, politiques, entraînant la crise économique dans les Pays
développés. Le Choc pétrolier (1973) et le rôle de l’OPEP débouchent au milieu
de années 1970 sur un dialogue Nord-Sud destiné à rééquilibrer les rapports de
force entre pays riches et pays du sud. D’ailleurs, la Déclaration de Mai 1974
proclame la volonté des Etats membres de l’ONU d’instituer un Nouvel Ordre
Economique International fondé sur l’équité, l’égalité et la souveraineté.
Malgré ces contestations, les deux grandes puissances vont préserver leur
suprématie durant les décennies 1970-1980. L’implosion du bloc soviétique
marque la dislocation de l’ordre bipolaire et une nouvelle structuration de
l’ordre international. L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl GORBATCHEV en 1985
marquera un tournant sur l’histoire de la vie politique internationale. Le nouveau
patron du Parti Communiste va engager la « Perestroïka » autour de deux
principes : restructuration (« Perestroïka ») et transparence (« Glasnost »). Sa
politique étrangère consiste à la multiplication des initiatives en acceptant des
concessions sans précédent à l’exemple du retrait de l’Armée soviétique en
Afghanistan et le renforcement des relations avec l’Europe. La Chute du Mur de
Berlin (1989) démontre la volonté de rompre avec le communisme dont l’échec
est cuisant au plan économique. En octobre 1990, la RDA et la RFA s’unissent
et cette décision sera élargie aux domaines économiques, militaires et
monétaires. Il est vrai que cette fusion provoquera des inquiétudes. Néanmoins,
la Conférence dénommée « 4+2 » (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne,
Portugal + les deux Allemagnes) a permis de juguler les problèmes posés par la
fusion des deux Allemagnes.
L’Allemagne promet ainsi de contribuer à la modernisation de l’Union
Soviétique mais le rêve de la rénovation sera brisé en dépit des tentatives de

30
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

Mikhaïl GORBATCHEV qui ne saura éviter l’éclatement en 1991. En effet,


l’échec des réformes économiques initiées par GORBATCHEV en raison du
système économique installé depuis quatorze (14) ans, la déliquescence de
l’empire soviétique conduit certains observateurs communistes à tenter un coup
de force en Août 1991.
Un plan de paix proposé par le membre de l’OTAN et la Russie sera
finalement accepté par l’ex-président yougoslave Slobodan MILOSEVIC le 3
juin 1999. Entériné par la Résolution 12/44 du Conseil de sécurité le 10 juin
1999, le plan prévoit : l’arrêt de la violence, le retrait des forces militaires, le
retour des réfugiés et l’administration du Kosovo par une autorité civile
internationale (Bernard KOUCHNER).
La Russie n’échappe pas aussi à des revendications nationalistes comme
celles formulées par la Tchétchénie qui était une partie intégrante de la
fédération russe. Nonobstant l’intervention militaire, les russes n’arrivent pas à
bout des nationalistes tchétchènes.
De même, sur le continent africain, on note des conflits ethniques et des
guerres civiles propices à des trafics et captations des ressources naturelles qui
caractérisent les années 1990 et obèrent les chances d’une intégration à
l’économie mondiale. S’agit-il de la tendance au désarmement si l’on tient
compte des nouvelles relations américano-russes ? Au-delà de ces rapports,
force est de constater que la prolifération continue et certains Etats professent un
regain d’intérêt pour les armes conventionnelles plus appropriées à la typologie
actuelle des conflits. Ainsi, le monde actuel est morcelé et traversé par des
forces contraires qu’il semble difficile de maîtriser. La stabilité passe
inévitablement par la réalisation de trois conditions : d’abord, l’existence
d’acteurs légitimes ; ensuite, la définition des règles du jeu clairement définies et
acceptées par tous ; enfin, établir des enjeux communs autour desquels
s’organisent ces relations.

31
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

Section II : Vers une société mondiale organisée


La société internationale connaît une mutation accélérée qui relativise les
vérités observées par certains auteurs contemporains mais surtout rend aléatoires
des prévisions des spécialistes de la question. On s’interroge déjà sur l’usage des
termes « société internationale » (gestion des intérêts contradictoires) et
« communauté internationale » (culture de liens affectifs, d’harmonie). Doit-on
parler de « société internationale » ou de « communauté internationale » ?
Dans le langage courant, les concepts de communauté, de société ou de
système internationale sont employés dans le même sens. Or un sociologue
allemand du nom de Ferdinand TÖNNIES pense qu’il y a une distinction entre
société et communauté. En fait, cette distinction intervient par des liens
d’intérêts discordants (société) ou bien par des liens affectifs et harmonieux
(communauté). Il faut dire que la réalité du monde actuel est ambivalente dans la
mesure où ce dernier est partagé entre harmonie et rivalité, entre anarchie et
communauté.
Raisonner en terme de société internationale dominée par des rapports
interétatiques semble beaucoup plus approprié puisque le concept de « village
mondial » cher à Mac LUHAN est problématique d’autant plus que celui-ci ne
dispose pas d’un tissu institutionnel efficace ni de gouvernement mondial
démocratique capable d’imposer la paix par la force du droit encore moins de
prévenir des menaces dans la légalité. Ce dispositif (gouvernement mondial)
s’avère irréalisable à partir du moment où les populations du monde ne
reconnaissent pas la nécessité de la construction et de la légitimité d’un tel
gouvernement sur le plan mondial. La société internationale reste caractérisée
par des relations interétatiques. Les Etats exercent toujours le pouvoir politique
au sein de la société internationale malgré les mouvements ou les actions qui
tendent à les affaiblir. Ainsi, chaque Etat, au regard de l’absence d’un
gouvernement international, définit sa politique en fonction de ses intérêts. La

32
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

société internationale apparaît donc comme une sorte d’état intermédiaire entre
l’état de nature et l’état-communauté. Cette société internationale manifeste des
aspects contradictoires. Elle est, en effet, organisée en institutions et régie par
une série de règles auxquelles doivent se plier les Etats qui, d’ailleurs, dans la
plupart des cas, ne les respectent pas toujours. De nombreux analystes des
relations internationales constatent que cette société oscille entre régulation et
anarchie, ordre et désordre27. Cette observation ne se révèle-t-elle pas une
constante historique d’une société internationale qui a connu parallèlement non
seulement des mécanismes d’ordre et de régulation mais l’action des forces
déstabilisatrices s’inscrivant dans une logique de remise en cause de l’ordre
établi ? Dès lors, une question se pose encore. Sommes-nous dans une société
interétatique ou transnationale ? Si les Etats demeurent la composante essentielle
d’une société où coexistent des entités politiques souveraines, il n’en reste pas
moins que la réalité contemporaine des relations internationales montre
l’existence d’une société transnationale dont les acteurs –comme nous l’avons
souligné précédemment- développent, selon l’analyse de René Jean DUPUY28,
leurs activités « par delà des frontières submergées par des mouvements
irrésistibles d’hommes, de capitaux et de trafiquants ». De ce point de vue, on ne
peut que partager la remarque d’Antoine GAZANO sur les formes récentes de la
mondialisation qui conduit à une remise en question du concept même d’Etat-
nation. « Elle (mondialisation) a suscité, en effet, un découplage entre l’espace
politique encore national et l’espace économique dégagé de toute
territorialité »29. Dès lors, un nombre important d’acteurs transnationaux rivalise
avec l’Etat sur sa prétention hégémonique et, d’ailleurs, constitue une menace
pour celui-ci tant sur le front de la remise en cause du critère territorial que sur
le terrain de la souveraineté, autrement l’exclusivité de la représentation sur la
scène internationale. Pour Zaki LAÏDI, le système international se caractérise
27
Marie-Claude SMOUTS, 1998 : Les nouvelles relations internationales : Pratiques et Théories, Presse de Science-Po.
28
René Jean DUPUY, 1989 : Clôture du système internationale, Paris, PUF.
29
Antoine GAZANO, Relations Internationales, P. 42.

33
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

par la tension croissante entre « une dynamique de la puissance qui incite sous la
pression économique à la mondialisation et à l’intégration et une problématique
du sens »30. Ce clivage entre « sens » et « puissance » se manifeste dans
l’opposition entre le phénomène de la mondialisation accélérée et le renouveau
sur une base identitaire des particularismes culturelles, ethniques ou régionaux.
La mondialisation développe un processus dynamique d’effacement des
frontières matérielles ou immatérielles qui tend à réduire l’espace étatique et ses
prérogatives et se traduit par l’essor de réseaux multiformes transnationaux
répondant, en effet, à une logique propre. Ce phénomène provoque des réactions
passionnées et génère des menaces qui pèsent lourdement sur des situations
sociales, politiques, économiques et culturelles. C’est la raison pour laquelle
l’idée d’une volonté d’humanisation de la mondialisation ressurgit. Parle-t-on
d’une « mondialisation à visage humain » à l’image des politiques d’ajustement
structurel qu’ont connu la plupart des pays en développement soumis aux
conditionnalités des puissances financières internationales comme les
institutions de Bretton Woods. En tout état de cause, les politiques économiques
nationales ne peuvent ignorer le phénomène de la mondialisation qui engendre
une intensification des échanges à l’échelle mondiale, une interaction des
systèmes financiers, une prolifération des sociétés transnationales et un
développement sans précédent des nouvelles technologies de l’information et de
la communication. Ces politiques nationales s’inséreront dans une dynamique
qui s’efforce à intégrer le phénomène. Celui-ci s’impose impitoyablement aux
pays à faibles ressources avec des conséquences quelquefois dramatiques. Le
Nouveau Partenariat pour le Développement Economique de l’Afrique
(NEPAD) ne s’inscrit-il pas dans cette logique de la mondialisation pour sortir
l’Afrique de la marginalisation sur la scène internationale ?

30
Zaki LAÏDI, 1994 : Un monde privé de sens, Paris, Fayard.

34
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

Les résistances face au phénomène accru de la libéralisation des échanges


internationales conduisent à la mise en place des mesures destinées à encadrer le
mouvement considéré parfois de déstabilisateur et de déstructurant. Ainsi, se
construit dans le processus de diversification des participants aux échanges
internationaux notamment dans le domaine économique la constitution de pôles
d’intégration régionale vers lesquels convergent les flux d’investissement et les
actions des sociétés transnationales (Triade : Europe, Amérique, Asie).
Ces deux mouvements de libéralisation des échanges et de constitution de
pôles d’intégration régionale rendent difficile l’observation et surtout le contrôle
des flux financiers mondiaux. Dans une analyse pertinente de l’ordre
international, Zaki LAÏDI note que « On assiste de plus en plus à un télescopage
en temps réel des différents registres supranational, national et local modifiant
régulièrement notre rapport avec la topographie géopolitique traditionnelle »31.
Deux tendances apparaissent de manière contradictoire : la mondialisation et la
fragmentation qui se développent et s’alimentent parallèlement. En effet, la
mondialisation représente une étape importante de l’expansion spatiale du
capitalisme. Les définitions du concept varient selon les auteurs. Philippe
Moreau-DEFARGES écrit : « Le trait fondamental de la mondialisation réside
dans l’explosion des flux de toutes sortes, ceux-ci se faisant plus denses et plus
divers et allant de plus en plus loin. Aujourd’hui, le gros des flux circule entre
trois pôles : l’Amérique du Nord, l’Europe Occidentale et l’Asie Maritime… »32.
Dans le Dictionnaire de la Science Politique et des Institutions Politiques, le
concept sous-entend « l’état du monde contemporain marqué en même temps
par un renforcement des interdépendances et des solidarités par le
désenclavement des Etats et des espaces régionaux et par une uniformisation des
pratiques et des modèles sociaux à l’échelle de la planète tout entière »33. La

31
Zaki LAÏDI, 1993 : L’ordre mondial relâché : sens et puissance après la Guerre Froide, Fondation Nationale de Science Politique,
Paris, P. 42
32
Philippe Moreau-DEFARGES, 1997 : La Mondialisation, Paris, PUF, Collection Que sais-je ?
33
G. HERMET, Bertrand BADIE, Philippe BRAUD, Pierre BIRBAUM : Dictionnaire de la Science Politique et des Institutions
Politiques, Collection Armand Colin, P. 77

35
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

mondialisation n’est pas un phénomène nouveau et le processus d’intégration de


la planète n’a cessé de s’accélérer vers la fin du XIXème siècle. L’ouverture
internationale en matière de commerce, des mouvements de capitaux et le
phénomène d’intégration ont favorisé la convergence du vieux et du nouveau
mondes. La Révolution technologique, notamment dans le domaine de
l’information et de la communication accomplie au cours du XXème siècle, a
conforté le phénomène. Toutefois, la mondialisation a été ralentie entre 1914 et
1940 pour diverses raisons, entre autres les deux conflits mondiaux,
l’introduction des barrières douanières, le contrôle migratoire et des échanges,
les limitations d’investissement à l’étranger. Le mouvement prendre du nouveau
à partir des années 1950 avec une intégration économique plus poussée en
conséquence de la réduction de toutes les contraintes précédemment évoquées.
La fin de la Guerre Froide a consacré le triomphe de la mondialisation basée sur
des principes cardinaux observés en Occident en l’occurrence la libéralisation
politique et économique et la libre concurrence. Ceci a permis au phénomène de
s’étendre dans tous les espaces quel que soit le régime politique. Dès lors, la
« mondialisation heureuse ou malheureuse » se manifeste par le renforcement de
l’interdépendance et de la proximité des espaces planétaires. La mondialisation
des échanges et la globalisation financière ont conduit à une intégration
décroissante de sphères économiques interdépendantes. Dans un contexte de
progrès technologiques, on assiste à une contraction du temps et de l’espace
avec le renforcement de la proximité entre les acteurs de la mondialisation. Cela
se traduit aussi par une interdépendance des Etats et des peuples. On peut donc
dire que la mondialisation tel qu’elle se présente influe considérablement sur les
activités économiques, sociales, environnementales et culturelles des Etats.
Naturellement, elle a engendré un potentiel de croissance des échanges
internationaux et a induit des performances remarquables dans plusieurs
domaines, objets de transactions au plan mondial mais les effets de la

36
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

mondialisation sont inégalement ressentis par les Etats en fonction de leur


capacité à s’insérer dans cette dynamique. Les pays du Tiers-monde (par
exemple ceux de l’Afrique) ne ressentent pas les retombées bénéfiques de cette
configuration des réalités économiques et financière internationales. Il convient
de remarquer que la mondialisation intervient sous différentes formes et touche
principalement les domaines politique, économique et culturel. Elle s’étend donc
sur l’influence d nombreux facteurs y compris technologique (effacement des
frontières) et économique (développement du multilatéralisme). Elle découle de
la prise de conscience des Etats de réguler leurs rapports en fonction de
nombreux impératifs. Devant la difficulté à résoudre les questions à l’échelon
national, la mondialisation favorise un transfert des problèmes qui s’opère de la
sphère nationale à la sphère mondiale. Cependant, la perception d’un espace
global pacifié uniformisé semble être contredite par certains événements qui ont
marqué les années 1990. Il est à constater que les bienfaits de la mondialisation
ne sont pas aussi évidents que ne le pensent certains auteurs comme Alain
MINC. Par contre, on partagera les analyses de Zaki LAÏDI34 sur les effets
dévastateurs de la mondialisation notamment dans le secteur social et dans les
autres secteurs du monde. Des adaptations s’imposent alors pour faire face à une
mutation inéluctable qu’une bonne partie des individus considère comme une
menace car la seule attitude est de la maîtriser ou de la subir. Cette
mondialisation multiforme ne pourrait être réfléchie sue par des actions
politiques, économiques et sociales. Il convient de concilier dans la
mondialisation la bienveillance des sociétés civiles internes et la prise en compte
des rapports de force internationaux. Dans le domaine économique, et financier,
la mondialisation semble exprimer l’aboutissement de la « modernité
occidentale », processus initié avec l’avènement du capitalisme. La mise en
place d’un cadre multilatéral par les échanges se matérialise par

34
Zaki LAÏDI, 1997 : Malaise de la Mondialisation.

37
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

l’institutionnalisation des règles du libre-échange (GATT puis OMC) par la


volonté de stabiliser les règles monétaires internationales et par l’essor d’un
processus d’intégration régionale. Dans cette optique et après la fin de la
Seconde Guerre Mondiale, les puissances alliées, à leur tête les Etats-Unis, ont
souhaité mettre en place des accords commerciaux pour codifier et organiser les
relations commerciales. Cette politique vise à empêcher les Etats d’imposer des
restrictions aux échanges. Ce nouveau cadre a permis la naissance du GATT
fondé sur la non-discrimination, sur des principes de réciprocité et de
transparence dans le domaine commercial. Toutefois, des exceptions étaient
prévues pour les Pays en voie de développement afin de protéger le commerce
extérieur. Par ailleurs, les pays industrialisés disposaient dans les termes de cet
accord des possibilités d’invoquer des clauses de sauvegarde excluant ou
limitant les réductions tarifaires sur un produit dit sensible. La réduction
progressive des obstacles tarifaires et non tarifaires s’est opérée par des
négociations successives appelées « Round ». Ces cycles de négociation ont
pour objectif de diminuer ou de supprimer les barrières douanières, des quotas
d’importation, surtout des subventions et des entraves techniques. En dépit de
l’élargissement des règles de la liberté du commerce et aux échanges des
produits agricoles dans certains domaines comme la finance et les propriétés
intellectuelles (1986 et 1994) par le biais de l’ « Uruguay Round ». Les barrières
nationales demeurent majoritaires et les échanges encore très contrôlés par les
Etats35. Les accords de Marrakech, conclus à la suite de l’ « Uruguay Round »,
créent l’Organisation Mondial du Commerce qui entre en fonction le 1er Janvier
1995. Cette dernière a des compétences plus étendues que le GATT. Ainsi, les
négociations porteront sur la libéralisation de l’agriculture et des services et
surtout sur la réglementation des investissements et des marchés publics. Sur le
programme, les différences d’approches se manifesteront entre les Etats-Unis et

35
Par exemple, la CEDEAO rencontre des problèmes de circulation des biens.

38
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

l’Union européenne. Les Etats-Unis étaient plus enclin à accorder des mesures
sectorielles alors que l’Union Européenne désirait que les négociations puissent
déboucher sur des réglementations générales et que la libéralisation du
commerce international et l’adoption des normes sociales ou environnementales
ne se fassent au détriment des pays pauvres…
La question de la clause sociale revient régulièrement à l’ordre du jour : les
préoccupations des pays développés (Etats-Unis). Le principe est le suivant : le
développement du commerce mondial suppose parallèlement l’établissement de
« conditions de concurrence légale ». Cela se concrétise par l’application au
niveau de tous les Etats des règles sociales définies par « Huit conventions de
l’OIT ». Cependant, il n’est pas toujours évident pour les Etats de respecter à la
lettre les termes desdites conventions surtout ceux qui ont une grande influence
comme les Etats-Unis. Pour contrer leur poids prépondérant, des groupements
d’Etats se sont formés entre autres le Groupe des 77 regroupant les Etats en voie
de développement qui sont majoritaires au sein de l’OMC. Ils demandent, en
effet, que la libéralisation concerne aussi les secteurs où ils ont un avantage
comparatif et réclament un meilleur accès au marché des Pays du Nord, un
traitement spécial différencié et une équité plus grande du système
commercial36.
Dans cette mondialisation, s’inscrit aussi la volonté de recherche de stabilité
et des règles monétaires internationales. Le FMI et la Banque Mondiale
octroient des prêts à des pays à faibles revenus mais imposent à ces Etats le
respect des conditions générales et des mesures drastiques ayant des
conséquences sociales déstabilisantes pour les pays concernés. Le phénomène de
la mondialisation a conforté la recomposition du monde en zones régionales
intégrées qui constituera, d’ailleurs, une première phase du multilatéralisme. En
1990, on dénombrait déjà une quantité très importante de regroupements

36
Problème de l’accès de ces pays aux prix du coton africain et problème des subventions.

39
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

régionaux à travers le monde. L’essor de la coopération régionale plus ou moins


institutionnalisée démontre que l’Etat cherche à relever le défi de la
mondialisation par la constitution de nouveaux espaces régionaux économiques
et politiques. En Europe, la constitution d’espaces unifiés s’est concrétisée par
l’Union Européenne permettant d’harmoniser les politiques économiques et
monétaires avec la création de l’Euro qui est le symbole de cette intégration qui
a nécessité des changements institutionnels importants. Elle a favorisé
l’unification de tous les marchés financiers ; cela accroît dans le même temps la
concurrence entre les prestataires des services bancaires au profit des
entreprises.
Avant d’aboutir à la monnaie unique, les Etats candidats devraient mener une
politique budgétaire de telle sorte que les déficits des finances publiques
n’excédent pas 3% du PIB. Aujourd’hui, un processus d’élargissement de
l’Union Economique est enclenché qui lui fera passer de 15 à 25 membres
(Problèmes de l’intégration de la Turquie). Néanmoins, dans le domaine
politique, d’énormes progrès restent à faire notamment en matière
d’harmonisation des politiques étrangères (Guerre en Irak, Opposition entre la
France et la Grande-Bretagne).
En Amérique, deux grands regroupements se démarquent : l’ALENA et le
MERCOSUR. L’ALENA a été signé le 17 Décembre 1992 par les Etats-Unis, le
Canada et le Mexique. Il est, en effet, le résultat d’un long processus de
rapprochement entre ces trois pays dans le but de consolider l’intégration
économique du continent américain. L’ALENA favorise, ainsi, des relations
commerciales très inégales entre ses membres. En fait, cet ensemble réalisé dans
ce contexte mondial de formation de grands blocs commerciaux apparaît, avant
tout, comme un élargissement au Mexique de l’Accord Etats-Unis-Canada signé
en 1989. L’enjeu pour les Etats-Unis est d’ordre géoéconomique, le
régionalisme établi permet d’unifier une zone d’influence où ils pourront à

40
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
Année universitaire : 2010-2011

terme affirmer leur leadership face aux autres blocs économiques comme
l’Union Européenne et le Bloc Asiatique. A l’origine, l’ALENA avait vocation à
régler les pressions migratoires et celles de la concurrence mais il a échoué sur
ces plans car il n’a pas permis d’endiguer l’émigration mexicaine vers les Etats-
Unis. Cependant, au-delà de la stratégie commerciale qui consiste à une
déréglementation sur le plan économique, l’accent est mis sur le processus de
démocratisation dans cet espace (Mexique). Selon Josépha LAROCHE, « par le
biais de l’ALENA, la diplomatie américaine vise, en quelque sorte, à renforcer
la stabilité du Mexique et à donner à ce pays en exemple aux pays de
l’Amérique Latine pour que se réalise plus aisément la vaste zone de libre-
échange prévue par le programme entreprise pour l’Amérique »37.
L’Amérique du Sud n’est pas en reste de ce processus d’intégration
régionale. Le MERCOSUR sera un projet de marché commun et les Etats
membres sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay. Ces pays ont signé
un accord de libre-échange des biens et des services et d’harmonisation de leurs
législations signé le 26 Mars 1991.
En Asie, cette intégration s’est traduite par différents projets. L’APEC (Asia
Economic Coopération) est créée en 1989 à l’initiative de l’Australie. Elle a
pour ambition de développer la coopération économique entre les pays riverains
du Pacifique. Le second est l’ASEAN (Association des Etats de l’Asie du Sud-
Est). Elle comprend l’Indonésie, le Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, les Iles
Philippines… et a été créée en Août 1967 à Bangkok. L’ASEAN est devenu un
incontestable pôle de croissance économique sans pour autant se doter de
ressources lourdes. Force est de noter que les pôles ne sont pas isolés. Il existe
des instances de dialogue entre différents espaces. Elles se multiplient entre
l’Europe et l’Asie, entre l’Europe et l’Amérique Latine, entre l’Union
Européenne, l’ALENA, l’ASEAN etc. L’intégration régionale n’est qu’un

37
Josépha LAROCHE, 1998 : Politique internationale, Paris, LGDJ, P. 230

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Année universitaire : 2010-2011

élément de la mondialisation économique qui, outre le marché global, comprend


d’autres niveaux infrarégionaux (entre les Etats) et infraétatiques (collectivités
locales) ainsi que des opérateurs privés. Dans le rapport sur le développement,
les auteurs pensent que « la localisation (décentralisation) et la mondialisation
sont deux forces qui dessinent les contours de l’économie mondiale de
demain »38.
Toutefois, la mondialisation ne concerne pas seulement le secteur
économique et financier mais la culture est un domaine touché par ce
phénomène. La culture est devenue un enjeu central dans les Relations
Internationales et est l’objet de controverses autour de l’exception de la diversité
culturelle, protection des cultures nationales menacées par l’hégémonisme
culturel américain. L’uniformisation des valeurs et idéologies (droits de
l’homme, protection de l’environnement, démocratie de marché) progresse à
l’échelle de la planète tant il est vrai que ses représentants proviennent des
cultures et des sociétés différentes et font œuvre d’agents de socialisation. Cette
homogénéisation ne se résume pas à l’hégémonie de la culture occidentale. Elle
provoque des réactions même dans ses formes les plus excessives. Elle procède
du nationalisme, du régionalisme ou de la religion, de la préservation de
spécificités qui investit le champ politique. Lors du Sommet de Porto Alegre au
Brésil, la contestation est manifeste : « La mondialisation ne sera jamais ni
complète désagrégation culturelle des sociétés existantes, ni complète
intégration de celles-ci dans une forme originale, homogène et cohérente »39.
Comment réguler ce phénomène (mondialisation) pour éviter les dangers de
ce qu’on pourrait appeler le « séparatisme économique » et les risques de guerre
civile ? Les pays du G8 avaient mis l’accent lors du Sommet de Cologne en Juin

38
GEMDEV, 1994 : L’intégration régionale dans le monde : innovations et ruptures, Paris, Karthala
Guillaume COURTY ; Guillaume DEVIN, 1996 : L’Europe Politique, Pari, La Découverte
Jacqueline Beaujeu GARNIER ; Jacqueline BONNAMOUR, 1994 : Le continent Nord-Américain à l’heure
de l’ALENA, SEDES.
39
Antoine GAZANO : Les Relations Internationales, P. 51

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1999 sur la nécessité d’humaniser la mondialisation et de construire un monde


plus solidaire. Le principe de la mondialisation, générateur dans l’absolu de
croissance, doit être amené de façon à éviter l’élargissement ou
l’approfondissement des inégalités interétatiques et surtout infranationales.
Si l’économie s’est mondialisée, le reste de la société n’a pas suivi. Le
principe démocratique n’a pas accompagné le développement du phénomène
(déclassement, marginalisation de l’Afrique selon Zaki LAIDI). Il y a une
contradiction entre le marché et la démocratie. La mondialisation crée une
nouvelle forme d’exclusion, aggrave les inégalités, accentue les logiques de
fracture au sein du système international en rejetant à la périphérie tous ceux qui
n’ont pas la capacité de s’insérer dans les réseaux mondiaux et de peser sur leurs
orientations. Cette marginalisation concerne aussi bien les Etats que les
populations et approfondit les disparités. Le désordre existant à la périphérie du
système international est producteur de conflits qui prennent la forme d’une
opposition au processus actuel et mobilisent des ONG et la société civile. Au-
delà de cette contestation pacifique, il existe également des formes plus radicales
et violentes qui rejettent, au nom de la religion ou de l’idéologie, les avatars du
processus fondé sur l’exportation des valeurs de la société occidentale.
Cette remise en question fragilise l’équilibre et la stabilité du système
international et rend indispensable une régulation maîtrisée du phénomène, seule
capable d’éviter que l’anarchie ne gagne la société internationale. Toutefois, les
Etats n’ont pas tous un même potentiel de puissance et d’influence identique ou
d’une capacité d’adaptation similaire. Les Etats-Unis manifeste, sans conteste,
leur influence dans les domaines économique et financier et au profit de leurs
entreprises. Face à cette situation, les autres Etats constituent des stratégies de
diversification en termes de régionalisation des échanges, d’établissement de
législation favorable à la création d’un environnement favorable à leurs
entreprises et transactions financières. De plus, certains Etats (Afrique) semblent

43
Moustapha SENE. Deuxième année de Science Politique
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être déconnectés du reste de l’économie mondiale. Dès lors, la fragmentation de


la société internationale se caractérise par la montée des nationalismes et des
particularismes et par l’aggravation du sous-développement.
Le nationalisme engendre l’exclusion. La déliquescence du modèle étatique
adopté en Afrique depuis 1960 s’est amplifiée [Cote d’Ivoire, Somalie,
République Démocratique du Congo, Soudan…]. Les faiblesses du cadre stato-
national suscitent des revendications émanant des communautés de plus en plus
resserrées. La fièvre nationaliste dans les Balkans s’est manifestée par un retour
vers le passé, par un retour à la conception ethnique, clanique de la nation qui
retrouve sa capacité destructrice.
Cette forme de résistance à la modernité est portée par la mondialisation. On
assiste à une forme de crispation identitaire, de fracture au sein du système
international. La pauvreté, forme majeure de l’exclusion, devient une donnée
structurelle en progression. La mondialisation produit alors parmi les exclus un
phénomène de rejet qui génère des replis identitaires. Cette fragmentation et ce
désordre qui affaiblissent l’Etat-nation sont théorisés par James ROSENAU
dans son ouvrage Governance without Government : Order and change in world
politics [1990]. Il propose de l’appréhender à travers la double logique de l’Etat
et des enjeux locaux (stato-centrique//monde multicentrique). Les zones
d’incertitudes se multiplient et se développent en dehors de la sphère étatique.
En observant la situation d’une société internationale fragmentée, Zaki
LAIDI pense qu’elle approfondit les déboires de l’Etat-nation en considérant, en
effet, que les relations internationales sont marquées par une crise de la finalité
[Un monde privé de sens]. Il s’interroge alors sur le modèle de développement
de la société et identifie également une crise de la centralité tant étatique
qu’internationale (multiplication des contestations). Ce théoricien des Relations
Internationales affirme que la mondialisation déstabilise l’Etat et favorise

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l’émergence de mouvements identitaires suite à la dilution de la cohésion


sociale.
Ce phénomène (crispation identitaire) s’appuie sur des « tribus »
(communautés de proximité). Il est présent dans bien des territoires mal
décolonisés, plus particulièrement en Europe Orientale et Occidentale. La
mondialisation des particularismes se manifeste également par
l’internationalisation des conflits internes. La fin de la Guerre Froide a laissé
certains Etats confrontés à des contestations internes déstabilisatrices. Selon
Pascal BONIFACE40, « la morcellisation du monde résulte de l’action des forces
profondes qui veulent faire coïncider l’identité linguistico-culturelle avec la
forme juridique et politique de l’Etat-nation, parfois pour quelques centaines de
milliers d’individus ». En effet, la montée des ethno-nationalismes ou
l’autonomie politique, linguistique, religieuse ou culturelle menace l’Etat dans
sa forme originelle.
On peut, d’ailleurs, se demander si la prolifération des Etats-nations, souvent
non viables, est la seule solution ou bien l’octroi de large autonomie aux divers
groupes qui coexistent peut être envisageable ? Michel SANDEL, politologue
américain, pense que « l’Etat-nation ne disparaîtra pas mais le problème de la
souveraineté nationale pourrait devenir de plus en plus une question de degré.
Différents niveaux de gouvernement et différents niveaux de communautés
politiques contrôlent différents niveaux de secteurs de la vie collective. Négocier
ces nouvelles répartitions définira le véritable défi politique des années à
venir ».
Ce mouvement naissant ne rendrait-il pas nécessaire une nouvelle
citoyenneté cosmopolite ? Si la prise de conscience, pour atteindre certains
objectifs, d’une appartenance à une même humanité est une réalité, il ne semble
pas pouvoir remplacer le sentiment d’appartenance à une communauté ou à une

40
Pascal BONIFACE, 1997 : Les Relations Internationales depuis 1945, Paris, Hachette, Les fondamentaux
N°91.

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tradition déterminée. Celui-ci, loin de dépérir dans un monde gouverné par des
structures internationales, aura toujours tendance à se renforcer.
En tout état de cause, les Etats ne sont pas les seuls à être fragilisés. L’ONU
est, elle-même, impuissante face à de nouveaux types de conflits. Pourtant, elle a
été créée pour résoudre les conflits entre Etats. Elle éprouve d’énormes
difficultés à résorber les crises nationalistes. Par ailleurs, les relations
internationales sont également affectées par les maux du sous-développement.
Les inégalités se sont, en effet, accentuées entre les pays riches et les pays
pauvres à divers niveaux. Les différentes rencontres du G8 (Groupement des
Pays les Plus Industrialisés du Monde) permettraient-elles de réduire le gap
entre ces deux mondes ? Comment parviendront-elles à apporter des réponses
adéquates à la question de l’équilibre dans les relations internationales
d’aujourd’hui ?

Section III : Les facteurs matériels et intellectuels


dans les Relations Internationales.
La compréhension et l’explication des modalités de fonctionnement de la
société internationale passent par l’identification des principaux facteurs
matériels ou immatériels. Ils doivent être pris en compte dans leur globalité et
leurs interventions permettront de comprendre le phénomène et des actions sur
la scène internationale. Parmi ces facteurs matériels, notons le cadre
géographique, social et économique. Certains auteurs insistent sur la dimension
climatique qui a une influence en fonction de la nature du sol, du relief et de la
végétation dans un Etat donné41. Rappelons que dans l’Esprit des lois de
MONTESQUIEU une théorie célèbre y a été développée reposant sur

41
[André SIEGFRIED, 1913 : Tableau politique de la France de l’ouest sous la 3ème République]

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l’influence du climat sur le tempérament politique. D’autres ont expliqué et


parfois justifié la politique externe des Etats-Unis par le déterminisme des
facteurs naturels.
Il est évident qu’il existe des relations entre l’espace et le politique42.
L’étendue du territoire étatique constitue une donnée première spatiale dont les
effets positifs sont connus sur le plan stratégique et juridique mais elle peut
apparaître contraignante quand il s’agit de sécuriser des milliers de kilomètres.
La situation géographique est une donnée importante car un Etat enclavé sans
issue à la mer souffrira d’un déficit de puissance manifeste.
Ainsi, la configuration territoriale révèle à bien des égards l’existence d’un
environnement qui protège l’Etat bénéficiaire des risques extérieurs. Il est
certain que les Etats comme l’Egypte ou le Panama voient leur puissance
valorisée par la présence de détroits ou de canaux par lesquels transite une part
importante du trafic maritime international. L’existence de ressources naturelles
influe considérablement sur le degré de puissance d’un Etat mais encore
faudrait-il disposer de la capacité et de l’ingénierie nécessaires pour les
exploiter. Toutefois, certains spécialistes évoquent la possibilité de relativiser
l’importance de la géographie dans le cadre de la globalisation qui touche
différents secteurs de la vie internationale. Force est de souligner que la
globalisation n’entraîne pas la fin de la géographie mais modifie son impact sur
l’activité économique. La géographie reste importante sinon déterminante sur la
répartition des activités de production parce que la localisation des ressources
humaines, en particulier le capital humain et social, est presque aussi
significative que celle des ressources naturelles. La répartition de ce capital est
inégale à travers l’espace mondial. Les différences institutionnelles expliquent
en partie la concentration durable d’activités. On peut observer, par ailleurs, que
la gestion de l’information par les seules techniques nouvelles a ses limites

42
Géopolitique : relation entre espace et politique.

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d’autant qu’elle ne peut remplacer les relations personnelles directes. Si


l’identité de l’acteur peut changer, la localisation de l’activité perdure. Notons
également la place de la géopolitique à savoir l’analyse de la puissance de l’Etat
au regard du cadre géographique ; autrement dit, l’étude des relations entre
l’espace et le politique et des enjeux qui s’y rattachent.
Un autre facteur semble être important, c’est celui de la démographie qui
complète un élément stable fourni par la géographie en considérant les relations
entre l’espace et son occupation humaine. Sur ce plan, il faut tenir compte de
plusieurs paramètres entre autres la pyramide des âges, le niveau d’instruction,
l’état médical et les flux migratoires. La dynamique démographique américaine
explique, en partie, l’accroissement de l’écart avec les autres Etats.
En effet, les répercussions économiques des évolutions démographiques
(baisse de 12% de la population de l’Union Européenne en 2020) se
manifesteront par la charge croissante que les générations âgées feront supporter
aux personnes en âge de travailler et exigeront non seulement des réformes des
systèmes de retraite mais un recours à des mouvements migratoires.
Les phénomènes migratoires entraînent plusieurs voies culturelle,
économique… Cette réalité que connaît particulièrement le continent africain est
liée à des crises économiques, politique, ethnique, absence de perspectives…
Les conséquences sur la stabilité des rapports internationaux sont considérables.
La réponse des pays d’accueil est variable en fonction de leur législation et de
leur capacité économique à absorber les flux migratoires. Leur installation et
leur prise en charge peuvent entraîner un risque de déstabilisation. Il faut
souligner qu’il existe une interaction entre la démographie, l’économie et
l’environnement. Comme le note Daniel COLARD, « la pression
démographique aggrave les inégalités de développement entre nations riches et

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nations pauvres »43. Elle engendre une situation de pauvreté, de malnutrition et


d’analphabétisme qui sont, du reste, favorisés par la mondialisation.

Cours terminé le Lundi 03 Juillet 2007 à 12Heures

43
Daniel COLARD, Relations Internationales depuis 1945, P. 56

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