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Contentieux fiscal

Leçon 5 : Les procédures d'imposition


Marie-Christine STECKEL ASSOUERE

Table des matières


Section 1. L'évaluation de la matière imposable..................................................................................................... p. 2
§ 1. L'évaluation directe....................................................................................................................................................................... p. 2
A. La déclaration............................................................................................................................................................................................................... p. 2
B. L'évaluation administrative........................................................................................................................................................................................... p. 3
§ 2. L'évaluation indirecte.................................................................................................................................................................... p. 3
A. L'indice.......................................................................................................................................................................................................................... p. 3
B. Le forfait........................................................................................................................................................................................................................p. 3
Section 2. La liquidation de l'impôt...........................................................................................................................p. 5
§ 1. La détermination du taux de l'impôt............................................................................................................................................. p. 5
A. Impôt de répartition...................................................................................................................................................................................................... p. 5
B. Impôt de quotité........................................................................................................................................................................................................... p. 5
§ 2. La personnalisation de l'impôt......................................................................................................................................................p. 5
A. Impôt proportionnel.......................................................................................................................................................................................................p. 6
B. Impôt progressif............................................................................................................................................................................................................p. 6

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En France, la pression fiscale est élevée, or, cela fragilise les échanges économiques de la France notamment
avec les pays membres de l'Union européenne.

Selon le projet de loi de finances pour 2015, "Le taux de prélèvements obligatoires atteindrait 44,7 % du PIB
en 2014, stable par rapport à 2013, puis diminuerait à 44,6 % en 2015". (Voir aussi la p. 70 du tome 1 sur
les perspectives économiques et des finances publiques du rapport économique, social et financier du projet
de loi de finances pour 2015).

Chaque année, la loi de finances prévoit et autorise les recettes fiscales et non fiscales, qui seront recouvrées.
Bien entendu, ces chiffres reposent sur l'évaluation réalisée par le gouvernement sur la base des projections
sur l'évolution des recettes fiscales, établies par la direction de la prévision. Il s'agit d'un bureau spécialisé
de la direction du budget, qui fixe ses estimations à partir des modèles économétriques et des statistiques
de l'INSEE.

Sur la base de ces prévisions et autorisations, l'imposition des personnes physiques et morales sera, ensuite,
effectuée par la DGFIP.

L'imposition se déroule en deux étapes :


• Il y a, en premier lieu, l'évaluation de la matière imposable, c'est-à-dire des bases d'imposition à savoir
la richesse, une activité, ou un fait
• en second lieu, la liquidation de l'impôt (mode de calcul de l'impôt qui consiste à multiplier la
base imposable par le taux de l'impôt), c'est-à-dire l'application d'un tarif aux bases d'imposition pour
déterminer le montant de l'impôt à payer.
Dans le cadre du contentieux de l'évaluation foncière des locaux commerciaux, il incombera au juge de vérifier
si les clauses ou les circonstances ont conduit à la fixation d'un loyer anormal au regard des prix pratiqués
pour des locaux comparables (CE, 8e ss-sect., 14 juin 2012, n° 346273, Sté Hôtel Grill de Villejuif, note ZAPF
(H.), NIKOLIC (A.), Dr. Fisc., n°46, 15/11/2012, comm. 518 ; ZAPF (H.), "Valeur locative foncière : les juges
invités à revoir leur copie en matière de contentieux", Les nouvelles fiscales, 2012, 1096).

Section 1. L'évaluation de la matière


imposable
• Pour les impôts ad valorem, la loi fiscale touche la valeur de la matière imposable (application d'un
pourcentage car il s'agit d'une évaluation en argent).
• Pour les impôts spécifiques (impôts sur les alcools), elle frappe l'unité du produit (tarif par unité
d'imposition : kilo, hectolitre, mètre carré ou nombre de pièce).

§ 1. L'évaluation directe
L'évaluation est directe lorsque la matière imposable est déterminée en fonction de la déclaration du
contribuable ou des investigations de l'administration fiscale. Cette technique est la plus équitable car
elle repose sur les capacités contributives du contribuable.

A. La déclaration
Ce procédé était à l'origine appliqué uniquement aux impôts indirects comme les impôts sur les successions
et les droits d'enregistrement. Désormais, son utilisation a été généralisée aux impôts directs comme l'impôt
sur le revenu et l'impôt de solidarité sur la fortune.

Cette technique peut être pernicieuse car elle peut inciter les contribuables à frauder. Aussi, elle
est généralement, accompagnée d'un contrôle par le truchement de la double déclaration ou de la

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déclaration croisée en vertu de laquelle les employeurs déclarent le montant des salaires versés. Le
procédé de la déclaration contrôlée permet également de remédier aux inexactitudes involontaires des
contribuables.

Depuis le 1er janvier 2005, l'avis de redevance audiovisuelle est commun avec l'avis de taxe d'habitation
(article 41 de la loi 2004-1484 du 30 décembre 2004 portant loi de finances pour 2005, v. art. 1605 et 1605
bis du CGI). Dès lors, le redevable de la taxe d'habitation devra payer une redevance audiovisuelle en même
temps que sa taxe d'habitation s'il détient à son domicile, au 1er janvier, un poste de télévision et ce même
si l'appareil appartient à un des co-occupants non redevables de la taxe d'habitation ou à un de ses enfants.
Par ailleurs, les allégements de redevance audiovisuelle sont alignés sur ceux de la taxe d'habitation (Pour
aller plus loin : STECKEL-ASSOUERE (M.-Ch.), « La taxe d’habitation », Collectivités locales, Encyclopédie
juridique Dalloz, 2012, 2ème édition, n° 7830, p.1-7 et n°7832, p.1-63).

Les contribuables - personnes physiques et morales - peuvent réaliser des simulations sur le site de la
direction générale des finances publiques pour découvrir le montant de l'impôt sur le revenu, du crédit d'impôt
compétitivité emploi (CICE) et de la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) en fonction des éléments
déclarés.

A titre d'illustration, il est possible de consulter l'imprimé n°2042 de déclaration des revenus pour le paiement
de l'impôt sur le revenu en cliquant ici et l'imprimé n°2065 de déclaration des bénéfices pour le paiement de
l'impôt sur les sociétés en cliquant là.

B. L'évaluation administrative
Il s'agit d'une pratique exceptionnelle et limitée à deux hypothèses :
• Le premier cas de figure concerne l'évaluation des bénéfices des professions non-commerciales, qui
reposent à la fois sur des éléments fournis par les contribuables et sur l'estimation du fisc.
• Dans le second cas de figure, celui de la taxation d'office (voir leçon n°7, section 3, §2, B. Les procédures
exceptionnelles : la taxation d'office et la taxation forfaitaire), l'administration est autorisée à évaluer la
matière imposable en cas de défaut de déclaration ou à titre de sanction.

§ 2. L'évaluation indirecte
Pour limiter les difficultés liées à l'évaluation de la matière imposable, il est possible de fixer à partir de certains
éléments la valeur de la matière imposable. Grâce aux techniques de l'indice et du forfait il est possible,
en effet, d'évaluer l'assiette sans avoir à l'appréhender directement.

A. L'indice
À la Révolution française, l'impôt était assis à partir des signes extérieurs de richesse comme la contribution
des portes et fenêtres, qui était censée représenter le niveau de vie des contribuables.

B. Le forfait
Il s'agit d'une technique d'évaluation indirecte et globale sans estimation préalable à partir d'un seul élément
connu.

À la différence de l'indice, le forfait recherche à appréhender la matière imposable mais uniquement à partir
de quelques éléments qui lui sont propres. Il est possible de distinguer différents types de forfaits :
• En premier lieu, il est possible d'opposer selon la nature du forfait, l'hypothèse dans laquelle l'évaluation
est déterminée par le législateur (il s'agit alors d'une présomption légale) ou par une négociation entre
le fisc et le contribuable (il s'agit alors d'un forfait contractuel ou administratif).

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• En deuxième lieu, il convient de différencier les forfaits selon la précision (forfait précis) ou l'approximation
(forfait sommaire) de leurs éléments constitutifs.

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Section 2. La liquidation de l'impôt
§ 1. La détermination du taux de l'impôt
Alors que pour l'impôt de quotité, le Parlement fixe le taux applicable à l'assiette, pour l'impôt de répartition,
il détermine le montant des impositions à recouvrer.

A. Impôt de répartition
Pour l'impôt de répartition, le Parlement détermine le produit définitif de l'impôt, puis, des contingents sont
fixés des grandes circonscriptions aux plus petites. Le montant de l'impôt attendu est donc réparti en fonction du
nombre de contribuables. L'impôt de répartition présente l'avantage de connaître le produit de l'impôt à l'avance
mais il a pour effet de créer des inégalités entre les contribuables. Aussi, l'impôt de quotité a supplanté
l'impôt de répartition.

Toutefois, à l’occasion de la création de la contribution économique territoriale, si le Parlement a opté pour


l’impôt de quotité pour la cotisation foncière sur les entreprises, il a choisi l’impôt de répartition pour la cotisation
sur la valeur ajoutée des entreprises dont le produit est réparti selon les pourcentages suivants : 26,5% pour
les communes, 48,5% pour les départements et 25% pour les régions.

B. Impôt de quotité
Pour l'impôt de quotité, le législateur fixe le taux et les modalités de la taxation. L'impôt de quotité garantit,
dès lors, l'égalité entre tous les contribuables et assure un meilleur rendement.

§ 2. La personnalisation de l'impôt

Néanmoins, à l'occasion de la décision n°2013-361 QPC du 28 janvier 2013 Consorts P. de B., le juge
constitutionnel a jugé que si "le 1er alinéa de l'article 786 CGI prévoit que pour la perception des droits de
mutation lors de la transmission à titre gratuit entre adoptant et adopté, il n'est pas tenu compte du lien de
parenté résultant de l'adoption simple", le 5e alinéa dudit article peut - sans porter atteinte au principe d'égalité
- écarter de l'application de la règle fixée par le 1er alinéa "les transmissions faites en faveur d'adoptés qui, soit
dans leur minorité et pendant cinq ans au moins, soit dans leur minorité et leur majorité et pendant dix ans au
moins, auront reçu de l'adoptant des secours et des soins non interrompus". Conformément à sa jurisprudence
constante, il a, en effet, estimé, d'une part, que "le législateur s'est fondé sur les différences établies dans le
code civil entre l'adoption simple et l'adoption plénière" et d'autre part que les critères retenus sont "objectifs
et rationnels (et) en lien direct avec les objectifs poursuivis".

La personnalisation de l'impôt peut avoir pour finalité la justice fiscale ou l'interventionnisme avec
notamment la volonté de moins taxer les familles ou certaines dépenses.
• La personnalisation peut, tout d'abord, être fonction des charges de famille. Par exemple, une famille
pourra bénéficier d'abattement pour diminuer la matière imposable ou réduire l'impôt. La France a opté
pour le système du quotient familial en vertu duquel la charge fiscale diminue en fonction de l'importance
de la famille puisque le revenu est divisé en fonction du nombre de part sachant que chaque parent
dispose d'une part, les deux premiers enfants valent une ½ part chacun et le troisième compte pour une
part à lui tout seul.

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• La personnalisation est, ensuite, réalisée à partir de l'origine des revenus dans la mesure où l'existence
de plusieurs taux permet de taxer différemment les revenus du travail et ceux du capital afin de
promouvoir l'épargne.
• La personnalisation est, enfin, conditionnée par la quantité de la matière imposable : l'impôt sera alors
soit proportionnel soit progressif.
Compte tenu de la crise financière, la France est encline à rompre avec sa tradition d'incitations fiscales en
plafonnant ou en supprimant certaines niches fiscales (KORNPROBST (Emmanuel), "De l'instabilité naturelle
des niches fiscales immobilières", RDI, 2012, p.61-62 ; KORNPROBST (Emmanuel), "Niches fiscales ou
dépenses budgétaires", RDI, 2012, p.1-2).

A. Impôt proportionnel
Pour l'impôt proportionnel, le taux est constant.

B. Impôt progressif
Pour l'impôt progressif, le taux évolue avec la quantité de la matière imposable. Ainsi, plus la matière
imposable est importante, plus le taux de l'impôt est élevé. Bien entendu, ceci implique de diviser
au préalable la matière imposable et de fixer un taux pour chaque seuil. L'évaluation de la progressivité
peut être globale. Dans cette hypothèse, le taux applicable à l'ensemble du revenu sera celui dans
lequel le contribuable se situe. Il peut, néanmoins, y avoir une progressivité par tranches, c'est-à-dire que
plusieurs taux seront appliqués. Dans ce cas de figure, chaque taux s'appliquera à la partie du revenu du
contribuable qui entre dans sa catégorie.

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