Vous êtes sur la page 1sur 17

Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.

org/afriques/470

Tout OpenEdition

Débats, méthodes et terrains d’histoire

01 | 2010
Les chemins de l’identité en Afrique du XVe au XXe siècle
Constructions identitaires

Les Oromo à la conquête du


trône du roi des rois (XVIe-
XVIIIe siècle)
DIMITRI TOUBKIS
https://doi.org/10.4000/afriques.470

Résumés
Français English
Selon les textes historiques royaux, l’opposition souvent décrite entre les Oromo et la cour
éthiopienne, est loin d’être évidente. L’étude des sources montre que, entre la fin du XVIe siècle
et la fin du XVIIIe siècle, les relations entre les Oromo et le milieu de la cour ont été construites
sur des liens familiaux et des alliances. Ainsi, les Oromo n’étaient pas du tout considérés
comme un groupe ethnique, mais plutôt comme groupe politique influent. À ce titre, ils ont
pris part au jeu politique du royaume éthiopien. Surtout, ils ne représentaient pas un parti
oromo qui luttait pour le pouvoir contre d’autres groupes. Ils ont constitué des forces
politiques impliquées dans les différents partis de cour.

According to the royal historical texts, the opposition often described between the Oromo and
the Ethiopian Court, is far from being obvious. The study of the evidences shows that between
the end of the sixteenth century and the end of the eighteenth century the relationships
between the Oromo and the Court were built on family links and alliances. Thus the Oromo
were not at all considered as an ethnic group but rather as a ruling group. As such they took
part in the political game of the Ethiopian Kingdom. Above all they did not represent an
Oromo party struggling for power against other groups. They were political forces implied in
different court parties.

Entrées d’index
Mots-clés : lignage, Oromo, royauté, stratégies matrimoniales
Keywords: Ethiopia, Gondar, kingship, lineage, matrimonial strategies, Oromo
Géographique : Éthiopie, Gondar

1 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

Texte intégral
1 Lorsque Michel Perret identifia un « parti galla1 » parmi les forces politiques en
présence à Gondar2 en 1769, celui-ci était à la fois la résultante d’une histoire longue
de deux siècles et d’une histoire plus récente : celle de la politique matrimoniale de la
reine-mère Mentewwāb3. Éloi Ficquet inscrivit sa démarche dans cette voie mais
laissa dans l’ombre une part importante du « hors champs » de la photographie prise
par M. Perret de la situation politique à Gondar à la fin du XVIIIe siècle. Il entendait
montrer, dans le temps court des années 1720-1770, que des Oromo du groupe Wallo
contribuèrent au déclenchement d’une crise politique profonde par « infiltration » de
la dynastie royale. Il en retraçait le processus et le voyait culminer lors de
l’avènement de Iyo’ās, en 1755, dont la mère était oromo. Néanmoins, l’auteur y
percevait déjà un phénomène de longue durée, résultat des relations de pouvoir
complexes entre « le royaume éthiopien et ses périphéries4 ». Donald Crummey a
perçu également une lente assimilation des groupes oromo aux Amharā, jusqu’au
moment où les Oromo constituèrent des groupes dirigeants, en perpétuelle
interaction avec les Amharā notamment (ce en quoi M. Perret le rejoint). Pour lui,
l’appartenance ethnique n’a pas joué un grand rôle dans les conflits nobiliaires des
années 1760 et il montre que cette idée vient d’une lecture trop confiante de James
Bruce dont les relations sont souvent romancées au moyen d’opérateurs dramatiques
tels que, justement, les sentiments anti-galla des Amharā5. Partant de là, je verserai
ici quelques pièces supplémentaires au dossier permettant de remettre en question
cette conception « ethniciste » des relations entre Oromo et Amharā. Relire les
histoires officielles6 des rois permet de saisir la lente pénétration des Oromo au sein
de la cour royale. De l’ennemi irréductible qu’il faut éradiquer de son territoire, ils
deviennent peu à peu de véritables acteurs de l’histoire royale, dans les faits et dans
les textes. Relire James Bruce permet également de mesurer l’intérêt de son regard
venu d’ailleurs sur un renversement de pouvoir à Gondar à la fin du XVIIIe siècle.
Ainsi nous verrons comment, de la conjugaison de différents modes de relation entre
les Oromo et la royauté chrétienne se dégage, à la fin du XVIIIe siècle, un tableau
politique de la cour dans lequel les groupes dits « galla » et « amharā » se mêlent à
l’intérieur de groupes familiaux et de réseaux d’alliances. Les Oromo apparaissent
alors comme une réelle force sociale et politique à laquelle s’allie la royauté mais
dont elle peut aussi devenir la proie, selon le jeu structurel de la course au leadership
propre à la royauté gondarienne. Ces quelques réflexions prolongent donc aussi
celles de Michel Perret pour qui cette royauté « n’était pas une monarchie absolue,
moins encore un système centralisé : plutôt une polyarchie hiérarchisée », dont cette
fameuse « crise » de la fin du siècle révèle le fragile équilibre7.

Faire face aux « Galla »


2 L’histoire du roi Galāwdēwos (1540-1559), composée au début du règne de Minās
(1559-1563), évoque à quelques reprises des affrontements entre le roi et les
« Galla ». Nous y apprenons que, sauf sur ses marges8, le royaume restait en paix et
le roi sortait toujours victorieux des combats contre ces « Galla » qui ne respectaient
pas les règles de la guerre :

C’est ainsi qu’il mit son pays à l’abri des massacres des Galla, et si ceux-ci firent
encore des incursions, ce ne fut pas ouvertement, mais comme des voleurs qui
s’introduisent avec effraction dans une maison à l’insu de son maître9.

3 L’auteur stigmatise la façon différente que les Oromo avaient de faire la guerre et
de mener les combats. À des batailles sur des champs ouverts, en des jours convenus,
ils préféraient les incursions brèves et rapides dans le territoire chrétien, suivies

2 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

d’une retraite tout aussi rapide. Bien que les occurrences concernant les « Galla »
soient finalement assez peu nombreuses dans ce texte, nous sentons y poindre la
menace guerrière qu’ils faisaient peser et la difficulté du roi à y riposter. Le texte
insiste : le roi devait protéger ses villes contre les « Galla », en construire d’autres
pour servir de refuges aux « croyants » par eux précipités sur les routes10. Au milieu
du XVIe siècle, la force des Oromo dans les combats semble déjà menacer la stabilité
du pouvoir du neguśa nagaśt (roi des rois). Pourtant, l’auteur de sa chronique n’a
pas retenu ce sujet parmi les principaux : son propos était ailleurs11. Il insiste sur une
altérité forte des « Galla », tout en les contenant aux confins du royaume et aux
marges de son histoire.
4 Dans l’histoire du roi Śarṣa Dengel (1563-1597), composée à la fin du XVIe siècle, la
figure du roi victorieux des « Galla peureux » domine largement. Si le roi des rois
doit faire front contre des assauts incessants, son historiographe insiste sur
l’éradication systématique des « Galla » des régions où ils s’étaient installés. C’est là,
sans doute, la raison pour laquelle ce texte a souvent permis d’avancer l’idée que ce
roi avait emporté des victoires décisives sur les Oromo. Nous ne disposons pourtant
que de peu d’autres éléments de vérification et d’aucun autre point de vue face à des
formules pleines d’emphase telles que celle-ci :

Depuis la sortie des Galla, personne, parmi les chrétiens ou les musulmans, ne
fit une chose si redoutable pour déraciner à jamais les Galla12.

5 Dans le même texte le terme d’une bataille victorieuse contre les Galla est ainsi
relatée :

La terre devint trop étroite pour les Galla ; ils ne trouvèrent plus où se sauver ;
on arracha comme des feuilles ceux qui furent trouvés sur le champ de bataille ;
on fit sortir et on tua ceux qui s’étaient cachés dans les fossés ou sous les
arbres13.

6 Ennemis d’abord, les « Galla » sont à présent de simples proies : le roi devient
« un chasseur » poursuivant ces « fauves14 ». Pourtant, ce que l’on voit poindre des
réalités du temps contredit largement cette version officielle et univoque de l’histoire.

Bārhey écrit une histoire des


« Galla » à la cour du roi chrétien
7 À la fin du XVIe siècle, un certain Bāhrey15, moine qui rejoignit le clergé du roi
Śarṣa Dengel, propose à sa cour de mieux connaître les « Galla » pour mieux les
combattre :

J’ai commencé à écrire l’histoire des Galla pour faire connaître le nombre de
leurs tribus, leur empressement à tuer les hommes et la brutalité de leurs
mœurs16.

8 L’auteur, fermement critique vis-à-vis des chrétiens, fait montre d’une réelle
proximité avec les « Galla », voire de sympathie pour eux dont il décrit l’organisation
sociale. La zēnā galla, ou Histoire des Galla, débute par une description de
l’ensemble des groupes oromo et se poursuit avec l’histoire des guerres successives
qui les opposèrent aux rois chrétiens. Le texte révèle un réel souci d’exhaustivité et
de précision chez son auteur. Il explique le sens du mot et de l’institution lubā17, il
confronte les organisations sociales respectives des chrétiens et des « Galla » afin
d’expliquer la supériorité militaire des seconds sur les premiers18, il expose le
système des classes d’âge ou la division sociale du travail19. Enfin, et ce n’est pas la
moindre des originalités de l’œuvre, la chronologie de l’histoire, dans laquelle les
computs chrétiens ont totalement disparu, est construite selon le système

3 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

générationnel des Oromo20.


9 Bāhrey semble finalement tiraillé entre deux causes : celle du roi et celle des
Oromo. Celle du roi d’abord dont il est un « serviteur » puisqu’il y est probable qu’il
faille l’identifier au qēs āṣē (prêtre du roi) Bāhrey, issu d’une communauté
monastique21. Si tout ce que cet auteur écrit de l’histoire et des structures sociales des
Oromo montre une réelle connaissance « de l’intérieur » de cette société, son regard
atteste de la subsistance d’une distance entre Oromo et Amharā. L’homme évoluait à
la cour et il construisit son récit en fonction de ce contexte particulier. Tout en se
faisant le critique d’une historiographie complaisante vis-à-vis du roi, invoquant
toujours la main de Dieu pour expliquer victoires et défaites, Bāhrey est contraint par
sa proximité au souverain auquel il doit louanges et obéissance.

Personne n’a trouvé, comme nous, un ennemi qui se donne tant de peine à faire
le mal, mais personne n’a trouvé comme nous un seigneur et un roi tellement
zélé pour faire le bien22.

10 Mais son attachement au souverain n’était peut-être pas qu’une louange convenue.
Faisant intervenir son histoire personnelle au beau milieu de son récit, il écrit :

L’auteur de la présente histoire prophétisa […] et il advint selon sa parole, car


l’esprit de prophétie ne s’éloigne pas des prêtres. Les Dāwē chassèrent ce
prophète, dévastèrent son pays, le Gamo, et emportèrent comme butin tout ce
qu’il possédait23.

11 Nos sources ne nous permettent pas de dater précisément ces événements et l’on
peut simplement supposer qu’ils furent postérieurs à 156724. Lorsque Bāhrey
compose son ouvrage, vers 159325, le souvenir de ce qui fut sans doute un
déracinement et un exil est encore vivace. Néanmoins, penche-t-il aussi du côté des
Oromo, de ceux qu’il présente comme irréductiblement différents. Et c’est encore
Bāhrey lui-même qui nous donne la clé, in extremis, alors qu’il semblait avoir tout
dit :

Les vieillards sont appelés melguddo. Ceux-là aussi ne cessent pas de faire la
guerre, s’ils ne sont pas tout à fait affaiblis, comme nos frères Zapo et Abbā
Ḫārā 26.

12 Dès la fin du XVIe siècle au moins, nous pouvons légitimement supposer qu’il
n’existe plus de « monde Amharā chrétien » sans Oromo, pas plus que de « monde
Oromo » homogène lui faisant face. L’exemple de Bāhrey montre la possibilité
d’élaborer un tel texte à la cour même de ce roi chrétien que l’histoire officielle peint
sous les traits de l’ennemi irréductible des « Galla ». Il atteste nécessairement d’une
présence d’Oromo au sein même de la cour qui ne se limite pas à la seule personne de
Bāhrey. La place que tiennent les « Galla » dans l’histoire du roi Susneyos, au début
du XVIIe siècle, témoigne aussi de ces mutations en cours.

Susneyos « roi » des Galla


13 Bāhreyn’était d’ailleurs pas un cas isolé. Et s’il est impossible d’affirmer qu’il fut
aussi l’historiographe du roi Śarṣa Dengel27, nous le pouvons, en revanche, de Takla
Śellāsē, dit Ṭino, qui fut le principal auteur de l’histoire du roi Susneyos (1607-1632).
Ṭino fut donc ṣaḥāfē te’ezaz28 de Susneyos, charge très élevée, position de confiance
qui en fait un homme très proche du roi, puisqu’il lui incombait, en tant que tel, de le
suivre dans la plupart de ses déplacements et d’être un témoin privilégié de ses actes.
Lorsqu’il se présente dans son texte, il commence par donner son nom chrétien de
Takla Śellāsē puis précise son nom « en langue Galla » : Ṭino29. Sa carrière est déjà
bien entamée lorsqu’il accède à sa nouvelle charge à la cour de Susneyos. S’il n’est
pas impossible qu’il devint chrétien par conversion, celle-ci devait être assez

4 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

ancienne puisqu’il semble avoir été prêtre dès le règne de Śarṣa Dengel30. Son
parcours, d’après le peu que nous en saisissons, fut donc comparable à celui de
Bāhrey.
14 Dans la première partie de l’histoire de Susneyos, Ṭino fit une large place aux
« Galla ». Susneyos, qui pouvait avoir une vingtaine d’années à la mort de Śarṣa
Dengel (30 mars 1597)31, en âge de devenir roi, n’était pourtant pas pressenti pour lui
succéder. Avant lui Za-Dengel, fils du frère du roi, et Yā‘eqob son propre fils
pouvaient prétendre à la succession de Śarṣa Dengel. Ṭino nous a laissé un récit
détaillé des guerres de conquête du pouvoir royal menées par Susneyos, au cours
desquelles Susneyos se transforme, sous la plume militante de Ṭino, en un « roi des
Galla ». Tout avait commencé dans son enfance :

Alors qu’il se trouvait dans la maison de son père, les Galla du nom de Borān
arrivèrent et tuèrent tous les habitants de la contrée. Ils tuèrent aussi son père
et pour sa part, ils le firent prisonnier et l’emmenèrent dans leur pays de séjour.
Il resta là quelque temps, environ une année et demi ou plus. Mais le Galla qui
le fit prisonnier le traitait bien et le considérait comme un fils. Cela se produisit
par la volonté du Seigneur glorieux et tout-puissant pour que la force et la
puissance qu’il accomplissait à travers ses fidèles soient connues32.

15 L’historiographe raconte ensuite comment il fut libéré de cette captivité, avant la


mort d’Admas Mogasa (25 juillet 1594)33. Les « Galla » assument ici un rôle ambigu.
L’un d’eux fut comme un père pour Susneyos mais si les « Galla » sont intégrés au
plan divin de l’histoire, ils le sont en tant que meurtriers des mains desquels fut
protégé Susneyos par la puissance de Dieu. Ce sont pourtant les « Galla » qui le
reconnaissent en premier comme souverain, alors que tous les grands du royaume
semblaient s’être ligués contre lui. Et Ṭino d’insister à plusieurs reprises sur des
scènes d’hommage :

Quand les Galla comprirent, ils coururent et arrivèrent là où se trouvait le


prince […] et ils tombèrent à ses pieds et lui rendirent hommage avec de
nombreuses supplications34.

À ce moment-là, les Galla lui étaient soumis et obéissant comme des esclaves
qui obéissent à leur maître35.

[Il y fit battre le nagarit pour rassembler les Galla qui firent la paix avec lui]
Après qu’il soit arrivé, ils le conduisirent dans cette tente qu’ils avaient plantée
pour lui. Ils lui présentèrent aussi les veaux et [les] lui donnèrent. Il resta
quelque temps alors que les Galla comme les fermiers qui faisaient sortir le
tribut pour les rois et les gouverneurs (makwannt) étaient pour lui et qu’ils lui
faisaient de nombreuses supplications36.

16 D’après l’histoire de Susneyos encore, celui-ci intégra un grand nombre d’Oromo à


ses troupes et s’initia à leur technique de combat, la formation en č̣efra, dont il fit
l’instrument de plusieurs victoires37. Et si Susneyos ne fut pas l’initiateur de
l’intégration d’Oromo à son armée, il fut vraisemblablement le premier à en adopter
lui-même certaines méthodes de combat38.
17 Pour autant l’histoire de Susneyos, cette fois dans les chapitres couvrant ses
années de règne, n’utilise pas moins l’ancienne rhétorique dont nous parlions au
début. Selon celle-ci, la victoire est toujours de façon écrasante en faveur du roi39 et
tourne même parfois au massacre que l’historiographe semble se plaire à décrire : à
l’issue d’un combat, le roi ordonne que l’on fasse un monticule avec les crânes des
« Galla » vaincus40.
18 L’histoire de Susneyos atteste donc bien qu’être « Galla » ne signifie plus être
exclusivement l’« ennemi » du roi de façon exclusive.
19 Ces variations au sein de l’histoire royale sont aussi les témoins de ses réécritures
et de ses corrections41. Le ou les historiographes qui ont succédé à Ṭino ont repris les
anciennes habitudes sans qu’il faille pourtant en conclure qu’ils ne pouvaient pas être

5 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

eux-mêmes Oromo. Ce qui compte, au moment où l’histoire s’écrit, c’est qui – du roi
et des diverses parties en présence à la cour – est en mesure d’influer le plus sur son
élaboration. Autrement dit, qui est réellement au pouvoir. Peut-être pas des réseaux
d’alliances dominés par des Oromo à partir de la fin du règne de Susneyos. Reste
qu’il arrive parfois qu’il y ait une légitimité, à la cour même du roi chrétien, à être
« roi des Galla ».

Les Galla sont au cœur du jeu politique


du royaume
20 Les affrontements contre les « Galla » se poursuivent tout au long du XVIIe siècle et
apparaissent même de façon sensible dans les sources. Au cours du règne de
Fāsiladas (1632-1667) par exemple, les chroniques monastiques mentionnent un
grand nombre d’incursions des Oromo42. Mais des histoires officielles des rois se
dégage en même temps le sentiment que les relations guerrières entre le roi, à
présent installé à Gondar une partie de l’année, et les Oromo se stabilisent. Les
incursions et les guerres de pillage de ces derniers sont devenus monnaie courante et
leurs mentions aussi systématiques que monotones. Le roi est souvent présenté
comme partant à la poursuite d’un ennemi qu’il a du mal à atteindre, qui se dérobe
avant son arrivée et après avoir commis ses pillages. Ces situations reviennent
souvent dans les histoires des rois Yohannes I (1667-1682) et Iyāsu I (1682-1706)43.
21 Nous sentons déjà que la nature des affrontements entre les armées du roi chrétien
et les Oromo a changé. De simples ennemis, les « Galla » deviennent parfois des
alliés. Certains « Galla » se soumettent au roi et lui rendent hommage alors que
d’autres poursuivent la guerre contre lui44. Fait nouveau, nous apprenons à plusieurs
reprises que des mouvements d’opposition à l’autorité du roi ont trouvé des appuis
parmi les « Galla ». Ainsi dans l’histoire de Yohannes nous voyons ce dernier faire
prisonniers des « rebelles » qui étaient passés chez les « Galla »45. De même un
rebelle au temps du règne de Iyāsu I avait réussi à se procurer des insignes royaux.
Après avoir relaté son accusation et sa mise à mort, l’historiographe ajoute ce
commentaire : « après quoi tout fut tranquille car ce fou troublait les villes de la
frontière avec les Galla46 ». D’autres, plus tard, furent encore accusés « d’avoir trahi
le roi en ayant préparé leur départ dans le pays Galla et, une fois là-bas, de faire périr
les chrétiens47 ». Au début du XVIIIe siècle, au cours du règne de Tēwoflos
(1708-1711), un certain Tigē avait réuni « des Galla Liban de Qāla Gand et Bāso et
[…] proclamé un usurpateur48 ».
22 Les « Galla » sont donc entrés de plein pied dans le jeu politique du royaume et ne
sont plus les ennemis de tout le monde. Certains d’entre eux interviennent de plus en
plus dans la période cruciale des fins de règne et ont le pouvoir, semble-t-il, d’influer
sur la succession au trône. Ainsi le fils du roi lui-même, peut-être pas aussi sûrement
désigné comme héritier par son père comme veut le faire entendre son histoire, part
chercher un appui et des alliances du côté « Galla ». Iyāsu, fils du roi Yohannes,
traverse l’Abbāy et commence alors une sorte de conspiration contre le roi qui
impliqua nombre de personnages de la cour49.

Des « Galla » s’imposent « à » et


« dans » l’histoire du roi
23 Indiscutablement, les Oromo se rapprochent du trône des « successeurs » de
David et de Salomon en Éthiopie, et ce dès la fin du XVIe siècle comme l’attestent les
éléments biographiques de Bārhey et de Ṭino évoqués plus haut. Walda Krestos50 est

6 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

un autre exemple probable d’Oromo ayant acquis un très haut rang à la cour du roi. Il
se nommait Wasano Mahammed et fut baptisé sous le nom de Walda Krestos51. C’est
vraisemblablement dès 1572-1573 qu’il fut nommé « behtwaddad52 avec le
Bagēmder » (il l’est encore le 4 mars 1595). Le missionnaire jésuite Pero Paez, en
Éthiopie depuis 1603, a rencontré Walda Krestos qui lui raconta l’histoire de la
guerre du roi Galāwdēwos contre l’Adal. L’homme était âgé lors de leur rencontre et
déjà mort lorsque le missionnaire se mit à la rédaction de son ouvrage quelques
années plus tard. Paez dit de lui qu’il était « le plus grand seigneur qu’il y avait en
Éthiopie au temps de Śarṣa Dengel53 » . Malgré l’importance certaine que dut avoir le
personnage à l’époque de Śarṣa Dengel, l’histoire officielle de ce roi n’en retient que
peu de chose. Sa biographie nous échappe trop pour que nous puissions savoir
pourquoi. Quoi qu’il en soit, ce texte ne laisse que peu de place à d’autres
personnalités en dehors de celle du roi.
24 Puis, avec le temps, les origines oromo de certains hauts dignitaires de la cour
apparaissent de façon évidente et émergent de l’histoire royale officielle quelques
figures importantes. Ainsi Bāslyos que l’histoire du roi Iyāsu I, auquel il dut son
ascension, présente comme étant le « fils de Bunāya et d’une sœur du daǧǧazmāč
Lorēns, issu d’une famille et d’une nagada glorieuse des Oromo et des Adyā54 ». Le
personnage ayant été particulièrement proche du roi Iyāsu, l’historiographe royal fait
ce commentaire remarquable : Bāslyos était un « homme sage, savant, qui
connaissait le jugement55 ».
25 Walda Ewosṭātēwos56, dit Waraññā dans les histoires royales, évolua à la cour des
rois Iyāsu II et Iyo’ās57 et serait un Oromo du Dāmot58. Il fut un des personnages les
plus puissants du temps, dominant un territoire semble-t-il assez vaste au Goǧǧām et
au Dāmot. Qualifié de śeyumana wasan, « chef de la frontière » – de même que
Adaru du Goǧǧām, Ayo du Bagēmder ou Mikā’ēl du Tegrē – il appartenait à ce vaste
réseau d’alliances politiques et territoriales que le roi de Gondar se devait
d’entretenir aux confins de son royaume59. L’importance donnée à Waraññā dans
l’histoire royale témoigne, à la fin du XVIIIe siècle, d’une mutation de celle-ci qui fait
désormais une place beaucoup plus large aux masafent, aux princes et chefs
territoriaux ayant obtenu des titres à la cour de Gondar. Dès lors, le neguś partage
l’espace de son histoire avec d’autres hauts personnages. Waraññā est un de ceux
dont l’historiographe chante les louanges avec les mots habituellement réservés au
roi :

J’écrirai encore l’histoire de la bravoure du dağğāzmāč Waraññā, dont le cœur


était tranchant comme une épée et le pied rapide comme un oiseau. Voici qu’il
arriva sur des ailes, remplissant la terre d’une extrémité à l’autre60.

26 Plusieurs grandes familles oromo sont à présent installées à la cour en cette fin du
XVIIIe siècle. Leurs tentatives de prise de contrôle de la royauté, comme nous le
verrons, sont lisibles dans l’histoire royale officielle. Certaines, en raison de leurs
alliances matrimoniales avec la famille royale, vont se hisser jusqu’aux plus hautes
places de la société de cour de Gondar. Voire, jusqu’au trône lui-même.

Bakāffā, un roi oromo ?


27 Le récit de voyage composé par James Bruce, présent à Gondar au début des
années 1770, est ici de première importance. James Bruce fut bien documenté
notamment grâce aux témoignages divers, recueillis sur place, de dignitaires de la
cour du roi. Notons également qu’il ramena plusieurs textes, copiés pour lui,
concernant l’histoire des rois chrétiens. Son récit reste néanmoins très difficile à
interpréter. James Bruce était encore à la rédaction de son ouvrage douze ans après
son retour. Travaillant la forme qu’il entendait donner à son récit, ses préoccupations

7 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

étaient celles d’un écrivain qui avait voyagé : « instruire » et « amuser » le lecteur61.
La question de l’exactitude des faits relatés ne pourrait donc être tout à fait résolue
qu’au terme d’une étude interne de ce long récit. Celle-ci reste à faire. Son point de
vue d’étranger nous intéresse pourtant. Susceptible d’être étonné, voire choqué par
ce qu’on lui raconte ou par ce dont il est témoin. C’est ainsi qu’il permet un autre
éclairage sur l’histoire de la royauté de Gondar à la fin du XVIIIe siècle.
28 James Bruce raconte que Bakāffā s’échappa du lieu de détention des princes du
lignage royal et précise qu’il « fuit chez les Galla et resta caché parmi eux pendant un
moment62 ». Mais il suggère également qu’il aurait séjourné dès son enfance chez les
« Galla » dont il aurait reçu « son éducation » et auxquels il devrait en partie son
âme « sombre et tyrannique63 ». Cette sortie du voyageur écossais est difficile à
comprendre. On peut y voir la marque d’un informateur peu favorable à ce roi. Mais
il faut également considérer que son récit est ici très libre, semble-t-il, par rapport
aux événements, très inventif. Quant aux sources royales éthiopiennes, elles ne
viennent pas à notre secours et restent, comme toujours, quasi muettes sur les
périodes qui précèdent les règnes, si ce n’est pour proposer des développements
forgeant la légitimité du nouveau roi. Des chroniques monastiques signalent aussi
qu’il s’échappa de la montagne des rois au moment de l’investiture du roi Dāwit
(1716), mais on y apprend simplement qu’il fut bientôt rattrapé à Wāsatan dans le
Bagēmder et ramené dans son lieu de détention, à Wāhni64. Nous n’en saurons guère
plus de ce passage de Bakāffā parmi des Oromo Wallo.
29 D’après l’histoire de Bakāffā et les chroniques monastiques, il est possible de
reconstituer une partie de l’ascendance de ce roi. Māryāmāwit, sa mère, était fille de
l’abēto Mikā’ēl, fils du rās Walda Giyorgis, fils de l’azzāž Fāsiladas et de l’itē Lābo
Wagdē65, fils du qēs aṣē Bāhrey66. La généalogie placée en tête de l’histoire de
Iyāsu II apporte des précisions et note que Māryāmāwit était de Wagdē et du
Goǧǧām67. Du côté paternel, Bakāffā était un des fils du roi Iyāsu I dont Māryāmāwit
fut une des quatre femmes68. Dans la généalogie de Māryāmāwit contenue dans
l’histoire de Bakāffā l’ancêtre le plus ancien cité est donc un certain qēs aṣē Bāhrey
qui n’est autre, semble-t-il, que l’auteur de l’Histoire des Galla que nous évoquions.
Autrement dit, du côté maternel, le roi Bakāffā aurait une ascendance oromo. Et il
est intéressant de noter, à ce titre, que l’histoire de Bakāffā ne le cite que sous ce
dernier nom et ne fait jamais mention de son nom de baptême, Aṣma Giyorgis, qui
n’apparaît que dans les chroniques monastiques et dans le récit de James Bruce69. Ce
dernier précise d’ailleurs que le roi tiendrait son surnom de « Bakaffa » des Oromo
eux-mêmes, mot qui dans leur langue signifiait l’« inexorable70 ». D’après Éloi
Ficquet, bakkaafaa serait un sobriquet Oromo signifiant « pieds tordus » et pouvant
servir à décrire un caractère inflexible71. C’est ici le sens du terme qui fut
manifestement donné au voyageur écossais par son informateur. Plus troublante
encore est cette prophétie du règne de Bakāffā que fit un Oromo :

L’enfant Bakāffā grandit dans la sagesse et la grâce, et lorsque son père Iyāsu
alla au pays de Gibē et Enarea, il le fit venir à sa suite, le revêtant d’un gesillā,
et lui faisant porter le javelot, sans que la peur le prît, étant âgé de dix ans72.
Les prophéties sur son règne étaient toujours sur les lèvres du clergé et des
ermites, depuis sa naissance jusqu’à ce qu’il régnât. Mais à ne pas parler de
ceux-là, même les Païens connaissaient son règne. Écoutez-moi, vous qui êtes
les gardiens du royaume, ce que je vous dis moi, auteur de cette histoire ; car
j’étais à la suite de son père, au pays de Gibē. Lorsque le roi se mit en marche
d’un pays qui s’appelle Tulu (ou Tulā ) Qubā Lubā, un Galla me trouva et
s’entretint longuement avec moi et me dit : “Montre-moi, de grâce, le fils du roi
qui s’appelle Bakāffā”, et je le lui montrai. Après trois jours, ce Galla me
rencontra de nouveau et me dit : “Sache donc, ô homme, que cet enfant qui
s’appelle Bakāffā régnera puissamment et soumettra les Mēč̣č̣ā et les Ṭulamā
ensemble.” Je lui dis : “À quoi connais-tu, toi qui es un païen ?” Et il me dit :
“Je le connais par les signes de mon père73.”

8 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

30 Ce type de réécriture est classique dans la littérature royale, les histoires de chaque
règne se présentant d’abord comme de véritables dossiers de légitimation. En
revanche, l’identité du prophète est tout à fait inattendue. Elle atteste, à n’en pas
douter, d’une certaine imprégnation de la royauté de Gondar par les Oromo. Les
relations avec les Oromo étant devenues, au XVIIIe siècle, une norme sociale et
politique, les sources officielles de la royauté ne leur confèrent aucun caractère de
singularité. Autrement dit, si les origines oromo du roi sont tues, c’est précisément
parce qu’elles sont évidentes pour tous74. Lorsque l’histoire du roi Bakāffā fut
composée, un « parti Oromo », selon le terme de Michel Perret, est puissant à la cour
de Gondar. Il vient de donner un roi, il exerce son influence sur l’écriture de l’histoire
de la royauté qu’il peut même prédire par la voix de ses prophètes.

Les stratégies matrimoniales de


Mentewwāb
31 Dans ce contexte, l’initiative de la reine mère Mentewwāb de marier son fils à une
princesse oromo ne fut peut-être pas une entreprise aussi inédite que l’écrit James
Bruce. De plus, cette alliance matrimoniale elle-même montre bien, encore contre
James Bruce, qu’il n’y a pas d’imperméabilité entre Oromo et Amharā et que le parti
du Qwara, comme le soulignait déjà Michel Perret, se compose bien de membres des
deux « groupes ». Mais si ses interprétations n’ont pas ici nos suffrages, James Bruce
nous aide à mieux saisir l’évolution des stratégies matrimoniales de la reine mère.
32 D’après lui, Iyāsu (1730-1755), fils de Mentewwāb et du roi Bakāffā (1721-1730),
aurait été marié dans un premier temps à une princesse d’une « noble famille de
l’Amharā » dont il aurait eu deux fils « Adigo et Aylo ». Mais Iyāsu devenu roi, cette
épouse aurait eu des prétentions au pouvoir auxquelles la reine Mentewwāb répondit
par son exil à Wāḫni avec ses deux fils75. Cas de figure fort probable et que l’on voit se
présenter souvent dans l’histoire de la royauté76. L’histoire royale officielle ne dit
rien, naturellement, de ce premier mariage avec cette princesse amharā et l’histoire
de Iyāsu II précise simplement, qu’en plus de Iyo’ās, ce roi eut bien deux autres fils
d’une autre épouse, non nommée, à savoir l’abēto Aṣqu et l’abēto Hāylu77. James
Bruce semble donc être dans le vrai.
33 Zergaw Asfera s’est concentré sur la région du Wallo au XVIIIe siècle et a voulu
montrer comment le développement d’un groupe de pouvoir régional pouvait
converger vers la cour et contribuer au renouvellement de son personnel politique. Il
dut recourir à James Bruce pour expliquer le changement de stratégie matrimoniale
de la reine mère Mentewwāb. Il explique qu’elle alla chercher femme pour son fils
Iyāsu chez les Oromo Wallo afin de nouer des liens avec eux du fait de leur pouvoir
accru dans cette région face au rās Wadaǧē78, un des principaux soutiens de la reine
mère et de son « parti ». Mentewwāb aurait ainsi cherché à sécuriser sa domination à
la cour, mais aussi au-delà, sur un espace visiblement mal contrôlé au XVIIIe siècle :
l’Amharā79. Cette nouvelle femme choisie pour le roi était une certaine « Wabi, fille
d’Amiṭo, un galla des Wallo80 », et elle fut baptisée sous le nom de Barsābēh81. James
Bruce explique ce choix de la famille d’Amiṭo par des liens privilégiés que Bakāffā
entretenait avec elle et parce qu’il avait séjourné auprès d’elle avant son règne82. Ce
mariage s’intègre donc dans une tradition politique éthiopienne déjà ancienne où les
alliances matrimoniales « permettent de placer dans la mouvance de la couronne des
territoires qui ne sont pas directement contrôlés par elle83 ».

Les oncles maternels du roi Iyo’ās


34 Lorsque Wabi arrive à Gondar accompagnée de sa famille, le problème n’est pas

9 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

qu’elle soit oromo mais bien qu’elle représente un « parti » fort entrant en
concurrence avec d’autres, alors bien en place. Telle fut sa contribution à la « crise »
de 1769 dont parle Michel Perret : en tant que représentants d’un pouvoir régional,
alliés à la famille royale, il aspirait, comme d’autres groupes du même type, au
contrôle de la royauté. Suivons ce qu’écrit James Bruce sur cet épisode et essayons
d’y voir clair. Ce n’est, d’après lui, qu’à partir de cette époque que la ville royale
accueillit en nombre ces « Galla », « les plus barbares du nom84 ». La faveur dont
jouissaient les « Galla » à la cour attira bientôt de « nombreux hommes de leur
pays », et notamment les deux frères de la nouvelle reine, accompagnés d’un millier
de cavaliers85. Autrement dit, les nouveaux hommes forts arrivent nombreux et bien
armés. Aussi, ne fallut-il qu’un « instant » pour que l’on entendît plus parler que
« Galla » à la cour, « le roi lui-même affectant de ne rien parler d’autre86 ». Ce qui
n’est pas impossible mais n’était pas forcément choquant pour les contemporains
car, comme nous l’avons vu, depuis la fin du XVIe siècle des Oromo s’étaient illustrés
à la cour du roi des rois. Dans une même veine, l’union de Iyāsu avec Wabi ne
pouvait être réellement de bonne augure : entre les « Abyssins » et les « Galla » « des
océans de sang avaient été versés, et de forts préjudices pesaient contre eux qui ne
pourraient être effacés par les mariages87 ». En ôtant la note tragique, nous dirions,
effectivement, que ce type d’alliance politique n’était pas forcément assez solide pour
tenir longtemps à la tête du pouvoir. De cette union naquit Iyo’ās, ce roi qui ne
parlait qu’oromo. Au fond, à lire de près le témoignage de James Bruce, pour qui il
n’y eût pas de lente pénétration oromo à la cour de Gondar mais une brusque
irruption au moment où cette princesse du Wallo devint l’épouse royale, on
s’aperçoit qu’il évoque moins une opposition radicale entre Oromo et Amharā qu’une
réelle « révolution de palais » comme la cour royale en connut en nombre. Aussi,
poursuit-il, radicalisant en apparence toujours plus l’antagonisme Galla/Amharā, sur
l’emprise que les oncles du roi avaient sur le trône :

Il s’en remettait entièrement aux bons soins de ses oncles ; et ceux-ci étant des
hommes d’intrigue, ils se crurent en mesure de constituer un parti avec le roi à
sa tête, et ils initièrent la pire des haines et des horreurs, un gouvernement
Galla et hostile érigé en plein cœur de leur pays88.

35 En réalité le rôle prédominant des oncles maternels du roi n’a rien pour nous
surprendre et constitue même une récurrence dans l’histoire de la royauté.
Autrement dit, écartant la mise en scène de James Bruce, nous pouvons cependant
en conserver le scénario. Ces oncles, frères de Wabi, se nommaient Lubo et Biralē.
Arrivés à la cour dès le début du règne de Iyasu II, ils durent rester longtemps dans
l’ombre de la reine mère Mentewwāb et de son « parti » des Qwāraññoč avant que ne
monte sur le trône leur propre neveu Iyo’ās en 1755. Aussi, assez naturellement, se
rapprochèrent-ils du trône au moment où celui-ci n’était occupé que par un jeune
enfant, ainsi qu’il en fut au temps de Iyasu II lorsque Mentewwāb exerça une régence
conjointe avec son frère Walda Le‘ul. Ils devaient nécessairement composer avec
l’ancienne reine mère Mentewwāb, toujours vivante et influente, et sa famille, de
même qu’avec le rāsMikā’ēl du Tegrē déjà bien implanté à la cour. Et leur échec
relatif par rapport à ces deux forces en présence est bien illustrée par le peu
d’emprise qu’ils eurent sur l’élaboration de l’histoire officielle faisant la part belle à
Mentewwāb puis au rāsMikā’ēl du Tegrē. Cet échec semble d’ailleurs largement dû à
la prédominance de Mikā’ēl à la cour à la fin des années 176089. C’est en effet grâce
au soutien des oncles du roi, ce qui prouve la réalité de leur pouvoir à un moment
donné, que Mikā’ēl parvient à éliminer un de ces principaux rivaux : Ya-Māryām
Bārya,šumdu Bagēmder90. Mais Mikā’ēl se retourna ensuite contre ses anciens alliés
et s’engagea dans une nouvelle guerre civile opposant cette fois-ci un camp
Oromo/Qwara aux armées du rās du Tegrē. Victorieux, Mikā’ēl fut
vraisemblablement l’instigateur de l’assassinat du roi Iyo’ās91. Aussi, voit-on que ce
« gouvernement Galla », selon la terminologie de James Bruce, fut affaibli par le

10 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

recul de ses alliés Qwarāññoč. Et l’on assiste bien à un échec des Oromo/Wallo à
prendre tout à fait pied à la cour à cette époque, la famille d’Amiṭo disparaissant par
la suite sinon de Gondar du moins de l’histoire de ses rois. Les commentaires de
James Bruce, bien qu’emportés parfois par un certain lyrisme, nous aident donc à
apprécier ce que fut le pouvoir de ce « parti » Oromo qui, au fond, tenait la royauté
depuis au moins le règne de Bakāffā.
36 Les clivages à la cour du roi à la fin du XVIIIe siècle ne se passent donc pas entre les
Oromo et tous les autres, à savoir les groupes représentants d’une ancienne noblesse
amharā. Ils se passent bien entre groupes familiaux et politiques, contractant des
alliances et luttant les uns contre les autres pour le contrôle du trône. Il s’agit d’être
la famille qui donnera le roi, ce qui laisse entrevoir l’importance des femmes, des
reines à la cour, et de l’âpreté de la compétition entre elles. Et au fond, dans la
virulence de James Bruce à l’égard des « Galla », ne faut-il pas déceler quelques
extrapolations nées des confidences amères de la reine Mentewwāb, sa principale
source d’information qui, lorsqu’il séjournait à Gondar, avait alors perdu son
pouvoir92 ? En outre, si les histoires royales officielles restent longtemps partagées
sur les Oromo/ « Galla », il importe manifestement de savoir qui contrôle leur
élaboration à un moment donné. Il serait donc nécessaire de mieux comprendre les
ressorts de cette « résistance » du thème « galla » dans cette littérature en évitant les
raccourcis faciles.

Bibliographie
ALMEIDA, M. d’, 1907, Historia de Etiopia a alta, liber I-X, in C. BECCARI (éd.), Rerum
Æthiopicarum Scriptores Occidentales Inediti (RÆSOI), Rome, C. de Luigi, vol. 6.
BASSET, R., 1882, Études sur l’histoire de l’Éthiopie, Paris, E. Leroux.
BÉGUINOT, F., 1901, La cronaca abbreviata d’Abissinia, Rome, Tipografia della Casa Edit.
Italiana.
BOSC-TIESSÉ, C., 2008, Les îles de la mémoire : fabrique des images et écriture de l’histoire
dans les églises du lac Tana, Éthiopie, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne.
BRUCE, J., 1790, Travels to discover the source of the Nile in the years 1768, 1769, 1770, 1771,
1772, 1773, Dublin, William Sleater, 6 vol.
DOI : 10.5962/bhl.title.64412
BRUCE, J., 1813, Travels to discover the source of the Nile in the years 1768, 1769, 1770, 1771,
1772, 1773, Edinburgh, A. Murray (éd.), 8 vol.
DOI : 10.5962/bhl.title.64412
CHERNETSOV, S., 1974, « The “history of the Gallas” and the death of Za-Dengel king of
Ethiopia (1603-1604) », in IV Congresso internazionale di studi etiopici, Rome, p. 803-808.
CHERNETSOV, S., 1988, « Who wrote the “history of king Sarsa Dengel”. Was it the monk
Bahrey? », in Proceedings of the 8th International Conference of Ethiopian Studies, vol. 1,
p. 131-136.
CONTI ROSSINI, C., 1907, Historia Regis Sarsa Dengel, Louvain, Corpus Scriptorum
Christianorum Orientalium, 2 vol. [Scriptores æthiopici, 3-4].
CONTI ROSSINI, C., 1948, Tabelle comparative del calendario etiopico col calendario romano,
Rome, Istituto per l’Oriente.
CONZELMANN, W., 1895, Chronique de Galawdewos, Paris, Bibliothèque de l’EPHE.
CRUMMEY, D., 1975, « Society and ethnicity in the Politics of Christian Ethiopia during the
Zamana Masafent », The International Journal of African Historical Studies, 7(2),
p. 266-278.
DOI : 10.2307/216650
CRUMMEY, D., 2000, Land and Society in the Christian Kingdom of Ethiopia from the
Thirteenth to the Twentieth Century, Urbana/Chicago, University of Illinois Press.
DOMBROWSKI, F.A., 1983, Tānāsee 106 : Eine Chronik der Herrscher Athiopiens,
Harrassowitz, Wiesbaden [Aethiopistische Forschungen 12]
FICQUET, É., 2000, « L’intervention des Oromo-Wällo dans la dynastie éthiopienne
salomonide sous les règnes de Bäkaffa, Iyasu et Iyo’as, 1721 à 1769 », Annales d’Ethiopie, 16,

11 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

p. 135-146.
FICQUET, É., 2003, « Dynamiques générationnelles et expansion des Oromo en Ethiopie au
XVIe siècle », L’Homme, 167-168 (juillet-décembre), p. 235-251.
DOI : 10.4000/lhomme.241
GETATCHEW HAILE, 1988, « A history of the tabot of Atronsa Maryam in Amhara (Ethiopia) »,
Paideuma, 34, p. 13-22.
GETATCHEW HAILE, 2002, Ya-Abbā Bāhrey dersatoč. Oromotchen ka-mimalakatu lēloč
sanadoč gara, Addis Abeba, 277 p.
GUIDI, I., 1903-1905, Annales Iohannis I, Iyāsu I, Bakāffā, Louvain, Corpus Scriptorum
Christianorum Orientalium, 2 vol. [Scriptores æthiopici, 5-8].
GUIDI, I., 1907, Historia Gentis Galla, Louvain, Corpus Scriptorum Christianorum
Orientalium [Scriptores æthiopici, 3-4].
GUIDI, I., 1910-1912, Annales Regum, Iyāsu II, Iyo’ās, Louvain, Corpus Scriptorum
Christianorum Orientalium, 2 vol. [Scriptores æthiopici, 28-29].
GUIDI, I., 1922, « Contributi alla storia letteraria di Abissinia I. Il Sera‘ata Mangest »,
Rendiconti della Reale Accademia dei Lincei, serie 5, vol. 31, p. 65-89.
MOHAMMED HASSEN, 1990, « The historian Bahrey and the importance of his “History of the
Galla” , Horn of Africa, 13-14, p. 90-106.
MERID WOLDE AREGAY, 1971, Southern Ethiopia and the christian kingdom 1508-1708, with
special reference to the galla migrations and their consequences, Ph.D Dissertation,
University of London.
MARRASSINI, P., 1993, Lo scettro e la croce. La campagna di Amda Seyon contro l’Ifat (1332),
Napoli, Instituto Universitario Orientale [Studi Africanistici, serie etiopica 4].
MOLIGNONI, G., « La Storia di re Bakaffa nel raconto di James Bruce », Rassegna di Studi
Etiopici, 6, 1947, p. 36-41.
PAEZ, P., 1905-1906, Historiae Aethiopiae, liber I, II, III, IV, in C. BECCARI (éd.), Rerum
Æthiopicarum Scriptores Occidentales Inediti (RÆSOI), Rome, C. de Luigi, vol. 2 et 3.
PANKHURST, R., 1997, « Dynastic inter-marriage in medieval and post-medieval Ethiopia », in
F. KATSUYOSHI, K. EISEI, M. SHIGETA (dir.), Ethiopia in Broader Perspective. Proceedings of
the 13th International Conference of Ethiopian Studies 1997, Kyoto, vol. 1, p. 206-220.
PENNEC, H., 2003, Des jésuites au royaume du prêtre Jean (Éthiopie) : stratégies, rencontres
et tentatives d’implantation, 1495-1633, Paris/Lisbonne, Centre culturel Calouste Gulbenkian.
PEREIRA, F.M.E, 1892-1900, Chronica de Susenyos, rei de Ethiopia, Lisbonne, Sociedade de
Geographia de Lisboa, 2 vol.
PERRET, M., 1988, L’histoire de l’Éthiopie vue du Tigré… et autres lieux. Essais, notes,
réflexions, Paris, INALCO.
PERRET, M., 1989 , « Les partis à la cour de Gondar en 1769 », in Proceedings of the eighth
International Conference of Ethiopian Studies, Taddesse Beyene (ed.), Addis Abeba, Intitute
of Ethiopian Studies, vol. 2, p. 129-136.
PERRUCHON, J., 1897/1898, « Notes pour l’histoire d’Éthiopie. Règne de Fasiladas ou Alam
Sagad (1632-1667) », Revue sémitique, 5, p. 360-372 ; 6, p. 84-92.
RANIERI, O., 1992, « Il regno di Iyasu I, re d’Ethiopia dal 1682 al 1706 (traduzione del testo
etiopica edito in Perr N XV) », Orientalia Christiana Periodica, 58, p. 213-240.
SCIARRINO, J.-F., 1995, La chronique de Susneyos, roi d’Éthiopie. 1607-1632, Paris, Université
Paris 1, Mémoire de DEA.
SHIFERAW BEKELE, 2002, « Yohannes II (r. May 10, 1769 – October 15, 1769) », Æthiopica,
vol. 5, p. 89-111.
TEKLE TSADIK MEKOURIA, 1988, « Histoire abrégée de Haylou Esheté (degiazmatche) »,
Proceedings of the 8th International Conference of Ethiopian Studies, Addis Ababa, 1984,
Addis Abeba, p. 189–213.
TORNAY, S., 2001, Les Fusils jaune : générations et politiqueenpaysnyangatom (Éthiopie),
Nanterre, Société d’ethnologie.
TOUBKIS, D., 2004, Je deviendrai roi sur tout le pays d’Ethiopie. Royauté et écriture de
l’histoire dans l’Éthiopie chrétienne (XVIe-XVIIIe siècle), Thèse de doctorat, Université Paris 1, 3
vol. dact.
TUBIANA, J.,1987, « Un ethnographe éthiopien au XVIe siècle », in De la voûte céleste au
terroir, du jardin au foyer, Paris, Éditions de l’EHESS, p. 655-659.
ZERGAW ASFERA, 1973, Some Aspects of Historical Development in Amhara/Wallo
(c. 1700-1815), B.A. thesis, Addis Abeba, Haile Sellassie University.

12 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

Notes
1 Nom donné aux Oromo dans les sources chrétiennes et dont l’acceptation est péjorative.
2 Ville située au nord du lac Ṭānā, le roi Fāsiladas (1632-1667) y fit construire un château et
une enceinte. Cette nouvelle résidence devint le point d’ancrage politique principal du
royaume chrétien, recentré sur les régions riveraines du lac (Dambyā, Bagēmder, nord
Goğğām) depuis la fin du XVIe siècle.
3 M. PERRET, 1989, p. 131-132.
4 É. FICQUET, 2000, p. 135.
5 D. CRUMMEY, 1975, p. 271-273.
6 Sur cette notion d’« histoire officielle », D. TOUBKIS, 2004, p. 29-185.
7 M. PERRET, 1988, p. 125.
8 W. CONZELMAN, 1895, p. 149.
9 W. CONZELMAN, 1895, p. 60/157. Cette façon irrégulière de faire la guerre n’est pas propre
aux seuls « Galla » dans les sources chrétiennes. Paolo Marrassini, parmi les thèmes littéraires
qu’il a repérés dans le récit des guerres d’Amda Ṣeyon mais aussi les histoires royales
postérieures, note que l’ennemi du roi (Agāw, rebelle, Galla, etc.) attaque couramment la nuit
alors que du côté du roi chrétien la guerre est une activité diurne (P. MARRASSINI, 1993,
p. 35-36).
10 W. CONZELMAN, 1895, p. 159, 173.
11 Sur ce texte voir D. TOUBKIS, 2004, p. 52-73.
12 C. CONTI-ROSSINI, 1907, p. 52. Sans présumer de l’identité de l’auteur de l’histoire de ce roi
(S. CHERNETSOV, 1988, p. 131-136 dont les conclusions n’emportent pas mon adhésion), on
relève dans l’Histoire des Galla de Bārhey comme un écho d’une telle formule : « Personne n’a
trouvé, comme nous, une ennemi qui se donne tant de peine à faire le mal, mais personne n’a
trouvé comme nous un seigneur et un roi tellement zélé pour faire le bien. » I. GUIDI, 1907,
p. 207.
13 C. CONTI-ROSSINI, 1907, p. 119/135, 143.
14 C. CONTI-ROSSINI, 1907, p. 61.
15 Mohammed Hassen a essayé de mettre en évidence l’originalité de cet auteur (MOHAMMED
HASSEN, 1990). Voir aussi J. TUBIANA, 1987 et pour une édition récente en partie en anglais, en
partie en amharique, de textes de ou attribués à Bahrey, voir GETATCHEW HAYLE, 2002.
16 I. GUIDI, 1907, p. 195.
17 « Il n’ont pas de roi ni de maître, comme les autres peuples, mais ils obéissent au lubā,
pendant la durée de huit ans ; au bout de huit ans, on crée un autre lubā, et le premier est
destitué. Ainsi font-il au temps fixé pour chacun ; lubā veut dire “ceux qui sont circoncis en
même temps” » (I. GUIDI, 1907, p. 198).
18 I. GUIDI, 1907, p. 204-206.
19 I. GUIDI, 1907, p. 206, 207.
20 Ce choix d’écriture atteste chez ce moine d’une connaissance assez profonde de la société
oromo. Il est le premier à avoir mis en évidence la corrélation entre l’expansion des Oromo et
leur système générationnel. Sur ce point voir l’article récent d’É. FICQUET, 2003.
21 I. GUIDI, 1907, p. 205 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 40 ; S. CHERNETSOV, 1988, p. 134, propose
cette identification. Au début de l’histoire de Susneyos est aussi cité un azzāž Bāhrey qui
pourrait être, à mon sens, un homonyme. Dans ce passage décrivant la première investiture de
Susneyos, l’historiographe fait bien la distinction, parmi les dignitaires présents, entre les laïcs
et les ecclésiastiques. Bāhrey n’est pas cité avec les prêtres mais avec les « grands azzāž »
(F.M.E. PEREIRA, 1892, p. 59 & 1900, p. 47).
22 I. GUIDI, 1907, p. 207.
23 I. GUIDI, 1907, p. 197.
24 Le texte indique qu’à la même époque mourut un certain Fāsilo contre les Oromo Borān.
Le personnage apparaît pour la dernière fois dans les sources dans la quatrième année du
règne de Śarṣa Dengel, lors de son exil dans l’île de Daq sur le lac Ṭānā. L’histoire de ce roi fait
ensuite allusion à sa mort dans les combats contre les Oromo mais sans préciser de date.
C. CONTI ROSSINI, 1907, p. 43, 144 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 35.
25 D’après S. CHERNETSOV, 1988, p. 133.
26 I. GUIDI, 1907, p. 207. Je souligne. Je remercie Éloi Ficquet qui me fit remarquer ce
passage qui avait totalement échappé à mon attention.

13 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

27 S. CHERNETSOV, 1988.
28 Littéralement « écrivain ou scribe des ordres » du roi. Titre probablement ancien, il est
mieux connu à partir de la fin du XVIe siècle. Il était notamment chargé de la mise par écrit des
proclamations royales et actes royaux. Probablement responsable des archives royales, il est, à
partir du début du XVIIe siècle, spécialement désigné par le roi comme historiographe officiel.
29 F.M.E.PEREIRA, 1900, p. 160.
30 F. BÉGUINOT, 1901, p. 40.
31 F. BÉGUINOT, 1901, p. 39-40; M. (d’) ALMEIDA, 1905, p. 137; P. PAEZ, 1907, p. 219;
J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 12, n. 9.
32 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 4 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 12-13.
33 L’Histoire des Galla de Bāhrey (I. GUIDI, 1907, p. 201-202) fait peut-être allusion à cet
événement : il y est question d’un certain Asbo (le même personnage qui accomplit cette
libération) qui réussit à libérer des Galla un « walda mangeśt », un « fils du royaume » ou
« fils du règne », autrement dit quelqu’un qui a un ascendant royal du côté de son père. Cette
libération a eu lieu pendant la guerre contre Birmağē des Boran [30 août 1579-28 août 1580 /
8 septembre 1586-8 septembre 1587]. F.M.E. Pereira donne 7072-7079 M. pour la période de
Birmağē (F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 273), rectifiant manifestement la chronologie donnée par
Schleicher qui devait être anticipée d’au moins huit ans d’après I. Guidi (I. GUIDI, 1907,
p. 208).
34 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 9 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 16.
35 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 15 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 20.
36 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 17 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 22 ; voir aussi F.M.E. PEREIRA, 1900,
p. 45 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 39.
37 Il commença par faire les frais des techniques de guerres des Oromo. Voir F.M.E. PEREIRA,
1900, p. 25 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 26 ; F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 61, 71 ; J.-F. SCIARRINO,
1995, p. 50, 56-57.
38 L’intégration de Galla dans des troupes chrétiennes, qu’il s’agisse de celle du roi, celles
d’un haut dignitaire ou comme ici celle d’un prince de la famille royale (abētahun), commença
vraisemblablement avant le XVIIe siècle. D’après l’histoire de Śarṣa Dengel, un certain Walda
Krestos était à la tête d’une armée notamment composée de « nombreux Galla ». Voir C. CONTI
ROSSINI, 1907, p. 145-146. Ce mouvement d’intégration ne cessa pas par la suite et fut un
corollaire des guerres constantes entre les Oromo et les rois chrétiens tout au long du
XVIIe siècle. Nous en avons des traces dans les histoires des rois Yohannes I et Iyāsu I, voir
I. GUIDI, 1905, p. 46, 47, 98.
39 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 80, 82, 94, 171, 177 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 63, 64, 72.
40 F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 189.
41 H. PENNEC, 2003, p. 287-297 ; D. TOUBKIS, 2004, p. 107-134.
42 R. BASSET, 1882, p. 134, 136, 137 ; J. PERRUCHON, 1898, p. 86, 87, 88, 89, 90.
43 I. GUIDI, 1905, p. 12, 13, 19, 49, 64, 89, 161.
44 I. GUIDI, 1905, p. 118, 320. Références respectives aux histoires de Iyāsu I et Bakāffā.
45 I. GUIDI, 1905, p. 38.
46 I. GUIDI, 1905, p. 140.
47 I. GUIDI, 1905, p. 178.
48 R. BASSET, 1882, p. 178.
49 I. GUIDI, 1905, p. 50.
50 L’histoire de Susneyos (F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 65 ; J.-F. SCIARRINO, 1995, p. 52), le dit
fils (wald) de Dob’a Śeltān. Cependant Dob’a Śeltān ne désigne pas une personne mais un
corps de troupes notamment cité dans l’histoire de Śarṣa Dengel. Faut-il conclure, avec
F.M.E Pereira, qu’il était le fils du chef ce même corps de troupes ? Voir sa note
(F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 350-352). Si je ne dispose d’aucun indice allant dans le sens de cette
interprétation, je ferai néanmoins remarquer que wald peut également avoir le sens de
« serviteur » ou « disciple » (voir W. LESLAU, 1991, p. 613, col. 1), et n’implique par forcément
un lien de parenté. Aussi, pourrait-on admettre qu’il était un des membres des Dob’a Śeltān. À
moins qu’être des Dob’a Śeltān implique un lien de parenté ?
51 C. CONTI ROSSINI, 1907, p. 146 ; M. PERRET et B. HIRSCH, 1992, p. 8. Merid Wolde Aregay
avance qu’il ne fut baptisé que dans les années 1587-1590 et qu’il avait été intégré à l’armée du
roi en 1577 lorsque des hommes de Muhammad, le sultan du Bali vaincu, passèrent du côté du
roi chrétien (MERID WOLDE AREGAY, 1971, p. 273), mais il ne cite pas ses sources et ses
affirmations sont contredites pas la chronologie du personnage que j’ai pu reconstituer, voir
D. TOUBKIS, 2004, vol. 2, p. 495-97.

14 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

52 I. GUIDI, 1922, p. 81-82. Ce titre correspond à la plus haute charge de la cour royale. Il est
probablement ancien bien que nous soyons assez mal renseignés sur ses origines. Il apparaît
clairement dans les sources à partir de la fin du XVe siècle. Les behtwaddad étaient alors deux,
se partageant les attributions civile et militaire, un de droite et un de gauche, conformément à
la division du camp royal. Il n’en resta plus qu’un par la suite, selon toute vraisemblance à
partir du règne de Śarṣa Dengel (1563-1597). Le behtwaddad était souvent un proche parent
du roi mais pas forcément. Pour les dates : d’après une donation en gult de la terre
d’Ambasāmē du roi Śarṣa Dengel à la fille de l’azzāž Kumo, wēzaro Bāzegnā Ahtona
(D. CRUMMEY, 2000, p. 61-62), d’après le manuscrit IES 88.XIX.10, Ṭana Qirqos. Le document
est daté mais la version du texte comporte une coquille et note 237 pour 247. L’an des Martyrs
247 correspond à l’année 1587-1588 du calendrier éthiopien, soit l’année allant du 8
septembre 1594 au 8 septembre 1595 G.C. (C. CONTI ROSSINI, 1948, p. 20-21) ; le 28 yakatit
247/1587calendrier éthiopien correspond au samedi 4 mars 1595 G.C. (J. TUBIANA, 1988,
p. 14).
53 P. PAEZ, 1906, p. 21-22. Ce qui peut paraître contradictoire avec le commentaire lapidaire
de Merid Wolde Aregay selon lequel il ne devait pas avoir beaucoup d’influence, sa nomination
ayant été plutôt honorifique, comme une marque de faveur (MERID WOLDE AREGAY, 1971,
p. 273).
54 I. GUIDI, 1905, p. 178. En 1690-1691, il est fitāwrāri puis il devient le 11 juillet 1694
blāttēngētā ce qu’il va rester jusqu’à la fin du règne de Iyasu I. Le 3 août 1708, le roi Tēwoflos
le fait behtwaddād (I. GUIDI, 1905, p. 155, 178 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 91, 92 ; R. BASSET, 1882,
p. 176, 177 ; F.A. DOMBROWSKI, 1983, p. 248).
55 I. GUIDI, 1905, p. 178.
56 Listes de l’église de Nārgā du lac Ṭānā (C. BOSC-TIESSÉ, 2008, p. 222-30, 249-57).
57 Il apparaît une première fois dans l’histoire de Iyasu II : Waraññā est šālaqā, avec les
fusiliers musulmans, les Zawē et Tulomā (variante : Telomā) de Fogarā (11 maskaram
1723 p.q./mardi 19 septembre 1730 et de nouveau 3 ṭeqemt 1723 p.q./mercredi 11 octobre
1730) ; nommé fitāwrāri le 5 tāhsās 1723/mardi 12 décembre 1730 (I. GUIDI, 1912, p. 31, 37,
46).
58 M. PERRET, 1989, p. 132 ; I. GUIDI, 1912, p. 46-47. Il meurt dans cette région le 24 janvier
1763 (I. GUIDI, 1912, p. 207).
59 Concernant Waraññā et les autres personnages cités voir D. TOUBKIS, 2004, vol. 2,
p. 28-30 ; p. 117-122 et vol. 3 , p. 350-361 ; p. 510-517.
60 I. GUIDI, 1912, p. 73-76.
61 Voir l’introduction de A. MURRAY, vol. 1, 1813, p. CLXI et CLXV.
62 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 179.
63 J. BRUCE, vol. 4, 1813, p. 94.
64 R. BASSET, 1882, p. 183 et 185 ; F.A. DOMBROWSKI, 1983, p. 263 et 265.
65 F. BÉGUINOT, 1901, p. 40.
66 I. GUIDI, 1905, p. 290.
67 I. GUIDI, 1912, p. 8. Le récit de la conception et de la naissance du roi Bakāffā, contenu
dans son histoire, signale que le pays (medr) de Ṣima, près de Yebābā, faisait partie du rest de
Māryāmāwit (I. GUIDI, 1905, p. 271, l. 31-32/290).
68 Walatta Ṣeyon fut la reine couronnée († 1694) (I. GUIDI, 1905, p. 66, 178 ; R. BASSET, 1882,
p. 153 ; F.A. DOMBROWSKI, 1983, p. 220 ; O. RANIERI, 1992, p. 222 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 69) ;
Qeddesta Krestos († 1704) (I. GUIDI, 1905, p. 244 ; R. BASSET, 1882, p. 166 ; F.A. DOMBROWSKI,
1983, p. 235 ; O. RANIERI, 1992, p. 229 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 79) ; Māmmit de Nagalā
(R. BASSET, 1882, p. 191 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 104).
69 R. BASSET, 1882, p. 212 ; F. BÉGUINOT, 1901, p. 122 ; J. BRUCE, vol. 4 , 1813, p. 76.
70 J. BRUCE, vol. 4, 1813, p. 76.
71 É. FICQUET, 2000, p. 139 et note 16.
72 Passage identique dans l’histoire de Iyāsu (I. GUIDI, 1905, p. 252).
73 I. GUIDI, 1905, p. 291. Éloi Ficquet me rappela l’existence de ce passage qui s’était perdu
dans les méandres de mes classements.
74 Silence que l’on doit sans doute à cette « chape d’évidence » recouvrant, dans les sources
produites par des contemporains, témoins et acteurs, les réalités sociales et historiques.
L’expression est de Serge Tornay (S. TORNAY, 2001, p. 12).
75 Le lecteur se rapportera utilement au texte original de James Bruce dont je donne ici mes
propres traductions (J. BRUCE, 1790, vol. 3, p. 266). Wāhni, situé au sud-est de Gondar, était
un lieu d’exil pour les membres de la famille royale dont on supposait qu’ils pouvaient

15 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

menacer le pouvoir du roi.


76 D. TOUBKIS, 2004, chap. 6.
77 I. GUIDI, 1912, p. 175.
78 Le rās Yāmanā Krestos et le nagāš du Walaqā Abrāko sont appelés « ses pères » dans un
passage rétrospectif sur l’histoire des relations entre le roi de Gondar et l’Amharā et une
« histoire du tabot d’Atronsa Māryām » l’appelle « Wadāğ fils de Yāmanā Krestos » (I. GUIDI,
1912, p. 81 ; GETATCHEW HAILE, 1988, p. 18). Yāmanā Krestos était un des frères utérins du roi
Susneyos et frère d’Afa Krestos, particulièrement célébré par l’histoire du tabot. Wadāğē serait
donc un lointain petit neveu d’Afa Krestos, peut-être descendant du plus jeune fils de Yāmanā
Krestos, le dağğāzmāč Eda Kesos d’Amharā (F.M.E. PEREIRA, 1900, p. 131 ; J.-F. SCIARRINO,
1995, p. 97). Non pas un « descendant direct du roi Soussenios [Susneyos] » comme l’écrit
Tekle Tsadik Mekouria (1988, p. 198), mais l’erreur de cet auteur renvoyait à une cohérence
interne à son propre article puisqu’il faisait du rās Yāmanā Krestos un des fils de Susneyos à
l’appui d’une référence erronée à l’histoire de ce dernier roi. Voir TEKLE TSADIK MEKOURIA
(1988, p. 201 et note 43, p. 211), qui s’appuie sur F.M.E. PEREIRA (1900, p. 175-176). Or ni dans
le texte, ni dans la version, cette référence ne correspond à ce qu’avance l’auteur.
79 ZERGAW ASFERA, 1973, p. 13-15, 24, 33.
80 I. GUIDI, 1912, p. 175.
81 I. GUIDI, 1912, p. 8.
82 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 266-267. D’après les informateurs de Zergaw Asfera, la tradition
locale décrit l’origine géographique d’Amiṭo comme étant sur la frontière est de l’Amharā, au
sud de la route qui rejoint Kombališā et Bāti. Les limites ouest étaient la rivière Borkanā et au
sud elle allait jusqu’au régions des Dawē et des Hārṭumā/Arṭumā (informateurs : Shah Madfu ;
ato Indiris Wussen ; šalaqa Abbā Tachān ; ato Ababa Ayicheh). Les principales localités de la
régions étaient Qālu, Argobā, Artumā, Dawē. Toujours d’après les mêmes informateurs, la
place forte de la famille d’Amiṭo était Argobā, autour de Ayin Ambā (ZERGAW ASFERA, 1973,
p. 24, notes 33 et 34).
83 M. PERRET, 1989, p. 131 ; voir aussi R. PANKHURST, 1997.
84 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 267.
85 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 274.
86 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 274.
87 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 267.
88 J. BRUCE, vol. 3, 1790, p. 275.
89 Devient behtwaddad le 24 janvier 1768 (I. GUIDI, 1912, p. 237).
90 L’histoire de Iyo’ās nous apprend qu’en 1765 un « grande querelle » eut lieu entre le
dağğāzmāč Mikā’ēl et le dağğāzmāč Ya-Māryām Bāryā. Depuis trois ans ils se détestaient « à
cause du tribut du Lāstā (geber za-Lāstā) » à savoir « l’impôt du roi (ṣabāhta neguś) » ; ceux
qui payaient l’impôt « par les mains » de Mikā’ēl : Romē et Gigār s’y refusèrent et allèrent chez
Ya-Māryām Bāryā. Cette querelle se poursuivit par la suite pour la collecte du tribut sur le
Lāstā, et donc la domination de cette région. Ya-Māryām Bāryā, après 1768, se sachant
menacé, envoya un message à Lubo, l’oncle du roi, et tenta de retourner la situation en sa
faveur. Il dit à Lubo d’occuper la charge de rās-behtwaddad Mikā’ēl comme le rās Walda Le‘ul
l’occupa « car tu es le père du roi » ; puis Ya-Māryām Bāryā prévint qu’il rompra son entente
dans le cas contraire. Mais Mikā’ēl ayant pris l’ascendant sur le pouvoir de Lubo, la cour se
prononça en sa faveur et décida l’envoi d’une expédition contre Ya-Māryām Bāryā menée par
le dağğāzmāč Biralē. Ya-Māryām Bāryā fut vaincu (I. GUIDI, 1912, p. 204/218-219; 220-221;
239; 240-241; 249-250).
91 I. GUIDI, 1912, p. 255-260.
92 Le voyageur écrivait à son propos: « She was my great patroness while at Gondar, and
from her I received constant protection in the most disastrous times » (J. BRUCE, 1790, vol. 3,
p. 212-213). Le 3 genbot 1761/mardi 9 mai 1769, la reine mère quitte Gondar au moment où
abēto Yohannes y fait son entrée, à l’instigation de Mikā’ēl, pour y devenir roi (SHIFERAW
BEKELE, 2002, p. 106-107). L’auteur donne une édition et traduction des folios 431a-432a du
manuscrit British Library Orient. 821 que ni Herbert Weld-Blundell ni Ignazio Guidi n’avaient
édités. Il fait précéder le texte d’une longue introduction biographique concernant abēto
Yohannes où il critique de façon convaincante la relation de James Bruce concernant son court
règne.

Pour citer cet article


Référence électronique

16 sur 17 19/01/2021 à 15:25


Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-XVIIIe siècle) https://journals.openedition.org/afriques/470

Dimitri Toubkis, « Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (XVIe-
XVIIIe siècle) », Afriques [En ligne], 01 | 2010, mis en ligne le 21 avril 2010, consulté le 19
janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/afriques/470 ; DOI : https://doi.org/10.4000
/afriques.470

Auteur
Dimitri Toubkis
Docteur de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Droits d’auteur

Afriques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution -
Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

17 sur 17 19/01/2021 à 15:25

Vous aimerez peut-être aussi