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L’affaire Dreyfus (Le dernier procès, 1906, réinterprétation des faits par Stanislas Buchs) 

La scène à lieu au Tribunal, une gigantesque assemblée s’y tient.

Personnages : Dreyfus, Juge suprême, Avocat de Dreyfus (3 : Mathieu Dreyfus, Léon
Domneboise, Emile Zola), Jurés (6), Procureurs (3).

La salle bourdonne

Juge : Silence ! Tape sur la table avec son marteau. Mesdames et Messieurs, nous sommes ici
réuni, afin de trancher, une bonne fois pour toute, si l’accusé Dreyfus est coupable ou
innocent. La cour tranchera par la suite. Un Jury constitué de mes collègues ainsi que de moi-
même, s’en chargera. Accusé Dreyfus, levez-vous.

Un homme dans le public : Pourquoi faut-il le juger encore une fois ?! Il est coupable, ça tout le
monde le sait ! A mort le Juif !

La salle éclate, le publique Hue Dreyfus

Juge : Silence !!!!! Il ne sera en aucun cas toléré de pareils propos en ces lieux ! Silence !
Accusé Dreyfus, levez-vous.

Dreyfus se lève.

Juge : Vous êtes accusé d’avoir transmis des informations confidentielles, militaires et
gouvernementales, à l’ennemi Allemand. Vous avez été jugé plus de trois fois, et condamné au
Bagne à perpétuité. La dernière sentence encore en règle, vous a acquitté d’une condamnation
aussi lourde, et a réduit votre peine à dix ans. Les accusations portées sur vous ont été jugées
caduques depuis plusieurs années. Pourtant cela n’enlève rien à votre innocence. Le rapport ici
présent, stipule que vous avez, malgré tout, participer à ce partage illégal d’informations. Vous
êtes en l’état un traitre. Mais avant tout, je laisse la parole à mon ami Procureur Jean
Sandherr. La parole vous est laissée.

Procureur Jean Sandherr : Merci votre honneur. Accusé Dreyfus, le fait précédemment cités
nous conduisent tous à vous, tous les indices mènent au même chemin, et ce depuis plus de
douze ans : Dreyfus. Ce nom rime avec Haute trahison dorénavant. Les preuves…

Emile Zola : Le coupe. Les preuves ?! Quelles preuves ?! Les preuves que notre ancien
gouvernement à bien voulu exposer afin d’en finir une bonne fois pour toutes !

Procureur Nitzeimer : Objection votre honneur. Il n’est là en aucun cas question de preuves ou
pas. Nous ne sommes pas venus ici pour débattre de la légitimité des indices sur l’affaire.

Mathieu Dreyfus : Votre honneur, contrairement à ce que Monsieur Nitzeimer prétend, les
preuves citées dans ledit rapport ne sont en aucun cas véridiques, et manquent de clarté. Il est
donc bel et bien question d’une remise en ordre du rapport. Mon collègue est donc en droit
d’en parler.

Le juge hoche la tête. Les jurés se font des messes basses.


Procureur Jean Sandherr : Et depuis quand devrions nous écouter des avocats improvisés ?
Monsieur Zola, Monsieur Dreyfus, vous n’êtes pas des hommes de justice. Faites donc en sorte
de ne pas trop vous aventurer sur ce terrain qui n’est pas le vôtre.

Emile Zola : Alors empruntons votre sentier favori : il sera question de mensonge et
d’illégalité !

Procureur Jean Sandherr : Taisez-vous !

La salle éclate dans une intense cacophonie. Le juge retape la table pour ramener le silence.

Juge : Vous réglerez vos comptes plus tard ! Un peu de tenue que diable. Continuez Sandherr.

Procureur Jean Sandherr : Navré votre honneur. Je disais donc, avant que votre « avocat » ne
m’interrompe, que les preuves et les indices nous indiquent tous qu’il ne peut y avoir en vérité
qu’un seul coupable : Vous, Monsieur Dreyfus. Et le rapport indique également que les
accusations portées sur le général Esterhazy étaient bel et bien erronées ! Qu’avez-vous à
répondre à cela Monsieur Dreyfus.

Mathieu Dreyfus : Je vais me permettre de répondre à la place de mon client. Monsieur le


Procureur, ou plutôt Messieurs les Procureurs. Messieurs les Jurés. Votre honneur. Ne trouvez-
vous pas cela bizarre, vous, que l’affaire Dreyfus dure depuis si longtemps, et que depuis si
longtemps on conteste son innocence, mainte fois prouvées ? Ne trouvez-vous pas cela
étrange que votre rapport ne fasse jamais mention de faits avérés ? Ne trouvez-vous pas cela
un peu incongrue, que la place réservée pour les témoins se retrouve, au jour d’aujourd’hui,
vide ? Comment, votre honneur, comment peut-on accuser un homme en utilisant les
éléments présents dans ce rapport, plus opaque les uns que les autres, ne jamais faire entrer
en jeu le témoignage d’un seul minuscule témoin, et ensuite prêcher la sainte parole et
s’autoproclamer unique détenteur de la vérité, alors que vous ne détenez même pas le 40% de
l’affaire ? Ce 40% inassumé, que Monsieur le Procureur Sandherr a omis de citer. Car oui, si
j’en crois l’attitude des personnes présentes dans l’enceinte de cette cour, il persiste une
majorité d’anti-dreyfusard. Des gens, simplement venus appuyer leur haine antisémite ici,
dans ces lieux ou la justice devrait être le maitre mot. Votre Honneur, Mesdames et
Messieurs, je pense que notre République, aujourd’hui de gauche, ne devrait pas se vanter
d’effectuer l’énième procès de Monsieur Dreyfus, et devrait bien au contraire tenter par tous
les moyens de cacher cette immonde tache. L’exposition Universelle ne sauvera pas notre
Nation du déshonneur. Je réclame donc la présence de Monsieur le Président de la
République, Félix Faure, pour continuer cette assemblée.

Procueur Jean Sandherr : Mais c’est insensé ! Inadmissible ! Votre honneur, j’oppose mon droit
de veto à cette demande. Le peuple français vous le demande. Cette folie doit cesser. Dreyfus
purgera sa peine, et ainsi la République, que dis-je, la France récupérera ses lettres de
noblesses, que cette raclure Juive à tari ces dernière années.

Emile Zola : Votre honneur, mon client n’a le droit qu’à une seule demande : Parler en
présence, et uniquement en présence, de celui qui gouverne notre pays.
Procureur Jean Sandherr : Il suffit Zola ! Cessons donc cette stupide audience : je réclame
qu’on le pende, qu’on en finisse une bonne fois pour toute, ou que cette vermine soit rapatrié
là où elle devrait l’être. Votre honneur, je réclame le Bagne à vie pour ce scélérat.

Juge : Avant de prendre une quelconque décision, je dois m’entretenir avec les Jurés.
Permettez Monsieur Sandherr.

Le Juge et les Jurés se retirent.

Emile Zola à Mathieu : Nous n’obtiendrons probablement rien de leur part. Il va falloir ruser.
Faites en sorte de ne rien dire de trop compromettant. Il serait regrettable de perdre
maintenant.

Mathieu : Si je comprends bien il s’agit là d’un jeu du chat et de la souris n’est-ce pas.

Emile Zola : Tout juste : Une chasse aux Juifs. Regarder autour de vous. Pas un seul n’est venu
pour soutenir Dreyfus. Il doit y avoir un bouc émissaire dorénavant. Il doit y avoir un
condamné. Dorénavant, la République n’obéira plus qu’au Gouvernement et aux Journaux. Il
faut donc que ce soit le président en personne qui annonce la sentence. Il faut que ce soit un
de ces journaux qui prônent l’antisémitisme qui annonce la nouvelle. Et il faut que

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