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École pratique des hautes études,

Section des sciences religieuses

Études sur le taoïsme du Mao Chan


Michel Strickmann

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Strickmann Michel. Études sur le taoïsme du Mao Chan . In: École pratique des hautes études, Section des sciences
religieuses. Annuaire. Tome 90, 1981-1982. 1981. pp. 515-517;

doi : https://doi.org/10.3406/ephe.1981.18377

https://www.persee.fr/doc/ephe_0000-0002_1981_num_94_90_18377

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IL THÈSES DE DOCTORAT DE IIIe CYCLE *

ETUDES SUR LE TAOÏSME DU MAO CHAN

par Michel Strickmann


Thèse de doctorat de 3e cycle
préparée sous la direction de M. K.M. Schipper
soutenue en mai 1979, à l'Université de Paris VII

La littérature scripturaire de la religion taoïste débute effectivement


au milieu du iv siècle de notre ère avec le mouvement Chang-ts'ing du
Mao Chan. C'est une littérature révélée, issue d'une série de visions
d'un nommé Yang Hi, au courant des années 364-370. Outre les
écritures et hagiographies, le lot de documents le plus imposant s'intitule
« Déclarations des Parfaits » (Tchen-kao), car c'était toute une
phalange de Parfaits-Immortels (tchen-jen) qui passait pour avoir dicté ces
textes à Yang. Tous ces textes furent rassemblés et commentés à la fin
du v« siècle par le grand érudit T'ao Hong-king (456-536). Nos
recherches sont axées sur l'arrière-plan socio-historique de ces textes.
Dans la première partie du travail ont été présentées de façon
systématique des sources principales pour l'étude des révélations. Il s'agit
d'abord des œuvres de T'ao Hong-king, dont le Tchen-kao, le Teng-
tchen yin-kiue et les Commentaires réunis sur la pharmacopée de
Chen-nong. Nous avons essayé de démontrer que, au moyen des
références et des citations contenues dans ces textes, on peut identifier et
isoler, dans le fatras du Canon taoïste des Ming, un groupe d'écritures
primordiales du Mao Chan.
Ensuite, nous avons rapidement esquissé l'histoire ultérieure du
Taoïsme dit du Mao Chan, c'est-à-dire de la lignée des Grands Maîtres
chang-ts'ing. Il a été possible de mesurer l'importance capitale du

* La liste du doctorat de 3e cycle soutenu au cours de l'année 1981-1982 se


trouve p. 28.
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Taoïsme du Mao Chan dans l'histoire chinoise médiévale. Il fut pour


ainsi dire la religion officielle des T'ang. Le centre du Mao Chan a
gardé son importance même après la chute des T'ang, et l'on peut
établir une continuité taoïste de quelque 1 600 ans sur cette montagne
du Kiangsou.

Dans la deuxième partie du travail a été abordée la question du


milieu historique et social des révélations - celui du visionnaire et de
ses saints patrons, la famille Hiu du bourg de Kiu-jong. L'historien
japonais Miyakawa Hisayuki a démontré, il y a quinze ans, que le
nouveau Taoïsme du ive siècle avait pris naissance dans un groupe de
familles dont les aïeux s'étaient déplacés vers la fin des Han, du Nord
ou du centre de la Chine, pour s'établir dans la région de l'actuel
Nankin, au Kiang-nan. Or nous avons découvert de nouvelles preuves à
l'appui de cette thèse, en retraçant les péripéties de l'existence de la
famille Hiu, depuis les Han postérieurs jusqu'au milieu du ive siècle.
Comme les familles Ko, T'ao et Lou, les Hiu faisaient partie de
l'ancienne aristocratie du royaume de Wou. Déchues de la prééminence
sociale et politique dont elles avaient hérité par l'afflux de nouveaux
émigrés qui fuyaient devant les conquérants barbares pendant la
deuxième décennie du iv« siècle, ces familles suivirent une évolution en
deux étapes. D'abord, délaissant leurs pratiques religieuses
traditionnel es, ils se convertirent à la religion des nouveaux-venus, à la Voie du
Maître Céleste - le Taoïsme par excellence, qui à la même époque
commençait à se répandre dans le Kiang-nan. C'est un peu plus tard
que ces mêmes méridionaux manifestèrent largement leurs dons de
créateurs spirituels. Pendant la deuxième moitié du ive siècle, par le
biais des « révélations », ils ont présidé à la fusion des pratiques et
institutions de la Voie du Maître Céleste avec leurs propres traditions
spirituelles du Kiang-nan. Les révélations du Mao Chan furent les
premières, et peut-être les plus éclatantes manifestations de cette nouvelle
tendance. Elles furent suivies de près par la création, dans le même
milieu, des écritures ling-pao, source de la nouvelle liturgie taoïste. Le
grand mouvement religieux du ve siècle doit beaucoup à ces matériaux.
Parallèlement, les Maîtres taoïstes issus du même groupe de familles,
liées entre elles par l'endogamie, allaient dominer la vie religieuse de
l'époque.
D'autre part, pour mieux faire ressortir le processus de syncrétisme,
nous avons traité quelques ensembles particuliers d'idées et de
pratiques. Il s'agit d'abord du concept de destin. On décèle, dans les textes
du Tchen-kao, la notion prépondérante d'hérédité comme qualification
pour l'obtention des textes révélés, ainsi que pour l'accomplissement de
la transcendance. Si l'on est désigné pour devenir Immortel, c'est dû
aux mérites accomplis par les ancêtres. C'est l'hérédité aussi qui serait
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l'aspect déterminant dans les cas de maladie. Les souffrances des


vivants ont pour cause les fautes commises par leurs ancêtres ; dans le
monde des ombres, les vivants sont victimes de procès intentés par ces
derniers. De telles maladies sont à traiter par les moyens canoniques de
la Voie du Maître Céleste : prières, talismans, et confession de péchés.
Mais le Tchen-kao fait état aussi de maladies d'une toute autre sorte,
dues au hasard, et qui échappent ainsi la causalité héréditaire.
L'existence de cette deuxième catégorie d'afflictions, d'origine non-morale, a
fourni à ces méridionaux un prétexte pour ajouter aux rites consacrés
de la Voie du Maître Céleste leurs propres pratiques de pharmacologie
et d'alchimie. C'est peut-être seulement à partir de ce moment, et dans
ce milieu précis, que la religion taoïste a commencé à être associée aux
traditions technologiques des Han, perpétuées dans ce milieu
conservateur du Kiang-nan.

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