Vous êtes sur la page 1sur 8

Université Paris Diderot Licences de Physique, Chimie, STEP

UFR de mathématiques L1 – Interactions Mathématiques-Physique

Feuille d’exercices no 1
Éléments de langage mathématique. Égalités, équations.

1 Propositions, valeur de vérité, variables, quantificateurs.


Les propositions mathématiques sont des phrases qui énoncent des faits concernant les objets mathéma-
tiques. On retiendra surtout qu’une proposition est susceptible d’être vraie ou fausse, c’est-à-dire d’avoir
une valeur de vérité :

1. 6 est pair 5. n est pair (n est une variable de type entier


proposition dont on sait qu’elle est vraie naturel)

2. 11 est pair proposition, mais on ne peut pas savoir si


elle est vraie ou fausse car on n’a pas assez
proposition dont on sait qu’elle est fausse d’informations sur l’individu n
3. Est-ce que 47 est pair ?
6. n est pair ou n est impair
pas une proposition
on n’a pas plus d’information sur l’individu n,
4. Il est bien connu que 8 est pair mais cela ne nous empêche pas de savoir que
pas une proposition cette proposition est vraie.

Une particularité du langage mathématique est la présence de variables. Une variable est une lettre,
éventuellement affectée d’indice(s). C’est un nom d’objet, qui ne désigne pas un objet particulier mais a
vocation à désigner des objets pris dans un certain domaine (on dira alors que la variable est astreinte à
ce domaine, ou que la variable désigne un élément de tel domaine, ou on parlera du type de la variable).
Considérons par exemple la proposition :
(*) n est pair
(dans laquelle la variable n est astreinte à l’ensemble des entiers naturels, c’est-à-dire que n désigne un entier naturel)

Elle énonce un fait concernant un individu nommé n, nous pouvons dire qu’elle “parle de n”. Dans cette
proposition, la variable n est libre (on dit aussi parlante).
Nous voyons bien que la variable n joue un rôle très différent dans la proposition :
(**) Pour tout n ∈ N, n2 ≥ n
(ici, il n’est pas utile de préciser que la variable n est astreinte à l’ensemble des entiers naturels,
puisque c’est écrit avec la quantification)

Cette proposition n’énonce pas un fait concernant un individu nommé n, mais une propriété (vraie) de
l’ensemble des entiers naturels (que nous pourrions d’ailleurs reformuler sans variable : “le carré d’un
entier naturel est (toujours) supérieur à cet entier”). Dans cette proposition, la variable n est liée (on dit
aussi muette). On peut remplaçer la variable n par une autre lettre, sans changer le sens de la proposition
(les propositions “Pour tout n ∈ N, n2 ≥ n” et “Pour tout m ∈ N, m2 ≥ m” disent exactement la même
chose, ce qui n’est pas le cas des proposition “n est pair” et “m est pair” puisque l’une parle de n et
l’autre de m).
La proposition (**) est construite avec le quantificateur universel “pour tout. . . ”. Dire que cette proposi-
tion est vraie, c’est dire que toutes les propositions obtenues en remplaçant, dans la proposition “n2 ≥ n”,
la variable n par un entier naturel sont vraies.
La proposition “Pour tout n ∈ N, n2 ≤ n” est fausse, car il y a des entiers naturels qui ne vérifient pas
n2 ≤ n. On dit qu’on a des contre-exemples (2 est, par exemple, un contre-exemple).
On peut aussi construire une proposition avec le quantificateur existentiel “il existe. . . tel que. . . ”:
la proposition “Il existe n ∈ N tel que n2 ≤ n” est vraie. En effet, on a 02 ≤ 0 (mais aussi 12 ≤ 1).
Les quantificateurs Pour tout . . . (∀) et Il existe . . . (∃) ont la particularité de rendre muette la variable
à laquelle ils sont associés.

Année 2019-20
Qu’en est-il en physique ?
Lorsqu’ils définissent des modèles visant à décrire la réalité physique, les physiciens introduisent des
“grandeurs” qui sont souvent dimensionnées (distances, vitesses, masses, énergies. . . ). On associe à
chaque grandeur une notation qui permette de parler de cette grandeur, et on construit des propositions
du type “Ec = 12 mv 2 ” qui portent sur les relations entre grandeurs. Comme en mathématiques, ces
propositions peuvent être vraies ou fausses; mais la validité (on utilisera en physique plutôt cette expres-
sion que valeur de vérité) d’une proposition dépend également du modèle et des approximations permises
par ce modèle. Par exemple, Ec = 12 mv 2 est vraie pour un point matériel de masse m, de vitesse v, et
d’énergie cinétique Ec , dans un modèle de mécanique classique newtonienne (i.e. pour des vitesses très
largement inférieures à la vitesse de la lumière).
A noter également que lorsqu’un physicien écrit Ec = 21 mv 2 , il s’intéresse d’abord à la relation algébrique
entre ces grandeurs, et pas à leurs valeurs numériques (qui dépendent du système d’unités choisi). Il
est donc rare qu’un physicien écrive “m appartient à l’ensemble R∗ ”. Si m est une masse il écrira avant
tout “[m] = M ” (qui se lit “dimension de m = masse”), et il considérera comme valide la proposition
“m ≥ 0” (une masse est toujours positive). Mais une proposition du type “m = 2” sera automatiquement
non-valide puisque non-homogène (le terme de droite doit aussi être une masse, et 2 n’est pas une masse).

Exercice 1 (Vrai ou faux ?*). Dire si les propositions suivantes sont vraies ou fausses :

1. Pour tout x ∈ N, x ≥ 0 5. Pour tout x ∈ N, pour tout y ∈ N, x < y


2. Pour tout x ∈ N, x > 0 6. Pour tout x ∈ N, il existe y ∈ N tel que x < y
3. Pour tout x ∈ R, x ≥ 0 7. Il existe x ∈ N tel que pour tout y ∈ N, x ≤ y
4. Il existe x ∈ N tel que x > 0 8. Il existe x ∈ R tel que pour tout y ∈ R, x ≤ y

2
2 Équivalence entre deux égalités.
Deux égalités comportant des variables sont équivalentes lorsqu’elles sont vraies exactement pour les
mêmes valeurs des variables. Regardons par exemple les égalités ci-dessous dans lesquelles les variables
x et y désignent des réels :

x+y =7 est équivalente à 2x + 2y = 14.

En effet, quelles que soient les valeurs attribuées aux variables x et y, les égalités x+y = 7 et 2x+2y = 14
sont soit toutes les deux vraies (par exemple pour x = 3 et y = 4), soit toutes les deux fausses (par exemple
pour x = 3 et y = 2).
On note cette équivalence avec l’expression si et seulement si et en utilisant le quantificateur universel :

Quels que soient les réels x et y, x + y = 7 si et seulement si 2x + 2y = 14


On peut aussi écrire de façon plus symbolique :

∀x ∈ R ∀y ∈ R (x + y = 7 ⇔ 2x + 2y = 14)

Les égalités x = 2y et x2 = 4y 2 ne sont pas équivalentes car lorsque x = 2 et y = −1, la première est
fausse alors que la deuxième est vraie.
Certaines opérations effectuées sur les deux termes d’une égalité préservent l’équivalence, c’est-à-dire
qu’elles transforment une égalité en une autre égalité équivalente (ceci est également mentionné dans le
TD1 de la partie “Physique”, mais dit d’une autre façon). Par exemple, l’égalité 2x + 2y = 14 est obtenue
en multipliant chaque terme de l’égalité x + y = 7 par 2 (on a également développé le terme de gauche),
or cette opération préserve l’équivalence.

Exercice 2 (Rappel des opérations qui préservent l’équivalence*). Dans cet exercice, a et b
désignent des nombres réels. Dire quelles sont les opérations qui préservent l’équivalence. Éventuellement,
faire les restrictions nécessaires sur les domaines dans lesquels les variables prennent leurs valeurs (pour
que les égalités aient un sens, ou pour que les opérations préservent l’équivalence).
1. Ajouter (ou soustraire) un réel c : a = b équivalente à a + c = b + c ?
2. Multiplier par un réel c : a = b équivalente à ac = bc ?
a b
3. Diviser par un un réel c : a = b équivalente à c = c ?
1 1
4. Passage à l’inverse : a = b équivalente à a = b ?
√ √
5. Passage à la racine carrée : a = b équivalente à a= b?
6. Passage au carré : a = b équivalente à a2 = b2 ?
7. Avec la fonction exponentielle : a = b équivalente à ea = eb ?

8. Avec la fonction logarithme : a = b équivalente à ln a = ln b ?

Exercice 3 (Transformer une égalité en une égalité équivalente**). Dans les égalités suivantes,
les variables désignent des nombres réels. Exprimer la variable a en fonction des autres variables (c’est-
à-dire transformer l’égalité en une égalité équivalente du type a = . . . ) :

1. 2a + 7 = 5a − 8 2. 2ab − c = 3ac − 4 −2ab + 3 c−a


3. =
6 b−1

3
3 Équations.
Nous l’avons vu dans le paragraphe précédent, l’égalité x + y = 7 est vraie pour x = 3 et y = 4 et fausse
pour x = 3 et y = 2. Nous pouvons chercher toutes les valeurs réelles que peuvent prendre les variables
x et y pour avoir une égalité vraie. Ici, il y en a une infinité, qui sont exactement les coordonnées des
points de la droite d’équation x + y = 7.
Résoudre une équation c’est déterminer toutes les valeurs des variables pour lesquelles une égalité est
vraie.
Comparons les deux résolutions d’équations ci-dessous (les lignes écrites dans le tableau ci-dessous sont
souvent les seules traces que l’on trouve sur les copies !) :


Équation (E) : x+2=x+1 Équation (E’) : x(x + 4) + 5 = x + 3

x+2=x+1 x(x + 4) + 5 = x + 3

x + 2 = (x + 1)2 x2 + 4x + 5 = x + 3

x2 + x − 1 = 0 x2 + 3x + 2 = 0

∆=5 (x + 2)(x + 1) = 0
√ √
−1 − 5 −1 + 5
x1 = , x2 = x = −2 ou x = −1
2 2

Quelle est (ou quelles sont) la (ou les) solution(s) de l’équation (E) ? de l’équation (E’) ? Les opérations
permettant à chaque fois de passer d’une ligne à la suivante préservent-elles l’équivalence ?

√ dernière ligne les deux solutions qui sont -2 et -1.


Oui pour l’équation (E’), et on obtient bien à la
−1 + 5
Non pour l’équation (E), seule la valeur est solution.
2

4
Voici comment on pourrait rédiger de façon plus rigoureuse les résolutions de ces équations :


Équation (E) : x + 2 = x + 1 Équation (E’) : x(x + 4) + 5 = x + 3
Pour tout x ∈ [−2, +∞[, Pour tout x ∈ R,

cette restriction est nécessaire pour que l’expression x + 2 ait un sens

x+2=x+1 x(x + 4) + 5 = x + 3

⇒ x + 2 = (x + 1)2 ⇔ x2 + 4x + 5 = x + 3
2 2
L’implication “∀x ∈ R ∀y ∈ R x = y ⇒ x = y ” est vraie
mais pas l’implication réciproque ∀x ∈ R ∀y ∈ R x2 = y 2 ⇒ x = y

⇒ x2 + x − 1 = 0 ⇔ x2 + 3x + 2 = 0
Il y a équivalence entre cette nouvelle ligne et la précédente,
mais puisque ce qui nous intéresse c’est le passage de la première ligne à la dernière,
on préfère continuer avec une implication.

On calcule le discriminant : ∆ = 5 ⇔ (x + 2)(x + 1) = 0

∆ > 0, on obtient donc deux solutions pour léquation x2 + x − 1 = 0 : ⇔ x = −2 ou x = −1


√ √
−1 − 5 −1 + 5
x1 = et x2 = Les solutions de (E’) sont donc -2 et -1.
2 2
Ici les variables x1 et x2 sont utilisées pour donner des noms aux solutions,
cela n’est pas nécessaire.

x1 et x2 sont bien dans l’intervalle [−2, +∞[,



−1 − 5
mais + 1 < 0, donc x1 n’est pas solution de l’équation (E).
2

−1 + 5
L’unique solution de (E) est donc
2

Exercice 4 (Résolutions d’équations**). Résoudre dans R les équations suivantes :


√ x+1 4x + 3
1. −x + 8−x=x−1 3. −x=
2 x−1
√ x+5 x+1
2. x = 2x2 − 1 − 2 4. =
4x − 6 −3 + 2x

Exercice 5 (Résolutions d’équations***). Résoudre dans R les équations suivantes :

1. ln(1−2x) = ln(x+2)+ln(3) 2. ln(1 − x2 ) = ln(2x − 1) 3. 2e2x − 5ex = −2

5
4 Connecteurs.
Pour construire des propositions, on utilise couramment 5 connecteurs en mathématiques, que nous allons
voir à partir des deux propositions :
n est pair ; n>3

• avec le connecteur ET, la proposition “n est pair ET n > 3” est appelée CONJONCTION de ces
deux propositions.
• avec le connecteur OU, la proposition “n est pair OU n > 3” est appelée DISJONCTION de ces
deux propositions.
• avec le connecteur IMPLIQUE (⇒), la proposition “n est pair IMPLIQUE n > 3” (ou “n est pair
⇒ n > 3”) est une IMPLICATION.
• avec le connecteur ÉQUIVAUT À (⇔), la proposition “n est pair ÉQUIVAUT À n > 3 (ou “n est
pair ⇔ n > 3”) est une ÉQUIVALENCE.

Il y a aussi le connecteur unaire NON. À partir d’une proposition A, l’application de ce connecteur permet
d’obtenir la proposition NON(A), appelée NÉGATION de la proposition A.
Le mot “non” n’est pas très souvent utilisé en mathématiques, en tout cas pas appliqué à une proposition
(parfois à un adjectif, non-divisible . . . ) Si on demande la négation de “n > 3”, peu de mathématiciens
diront “NON(n > 3)” mais plutôt “n 6 3”)
Ce qui nous importe maintenant c’est de savoir comment on peut déterminer la valeur de vérité d’une
proposition écrite avec des connecteurs à partir des valeurs de vérité de celles qui interviennent dans sa
construction. Ceci est donné par les
TABLES DE VÉRITÉ DES CONNECTEURS :
A B A ET B A OU B A⇒B A⇔B
vrai vrai vrai vrai vrai vrai
vrai faux faux vrai faux faux
faux vrai faux vrai vrai faux
faux faux faux faux vrai vrai

et :
A NON(A)
vrai faux
faux vrai

Rappelons également comment est déterminée la valeur de vérité d’une proposition quantifiée :
Quantificateur universel La proposition “Pour tout x de E, P [x]”, qu’on écrira aussi ∀x ∈ E P [x]
est vraie lorsque pour tout élément a ∈ E la proposition P [a] est vraie.

Quantificateur existentiel La proposition “Il existe x de E tel que P [x]”, qu’on écrira aussi ∃x ∈ E P [x]
est vraie lorsqu’il existe un élément a ∈ E tel que la proposition P [a] est vraie.

6
Dans les exercices suivants, les variables f et g désignent des fonctions de R dans R, et I désigne un
intervalle de R sur lequel la fonction f est définie.

Exercice 6 (Écrire des propositions*). Reformuler les propositions ci-dessous en en exhibant les
quantificateurs et les connecteurs :

1. La fonction f s’annule au moins une fois sur l’intervalle I.


2. La fonction f est nulle sur l’intervalle I.
3. Les fonctions f et g sont égales.

Exercice 7 (Écrire des propositions*). Reformuler les propositions ci-dessous sans les quantifica-
teurs et sans les connecteurs :
1. ∀x ∈ I f (x) > 0.
2. ∀a ∈ I, ∀b ∈ I (a ≤ b ⇒ f (a) ≤ f (b)).

3. ∀M ∈ R, ∃x ∈ R f (x) > M .

Exercice 8 (Vrai ou Faux ?**). Dire si les propositions suivantes sont vraies ou fausses :
1
1. Pour tout réel x > 0, x ≥ 1 OU ≥ 1.
x
2. Il existe un entier n tel que 6 divise n ET 3 ne divise pas n.
1
3. Pour tout réel x non nul, si x ≤ alors x2 ≤ x.
x
1
4. Pour tout réel x strictement positif, si x ≤ alors x2 ≤ x.
x

7
5 Exercices récapitulatifs et d’évaluation.

Exercice 9. Reformuler les propositions ci-dessous en en exhibant les quantificateurs et les connecteurs:
1. 2 est un maximum de la fonction f sur l’intervalle I.
2. Les fonctions f et g ne sont pas partout égales sur I.

3. Sur l’intervalle I, la fonction f admet un maximum en 2.


4. 1 et -1 sont des solutions de l’équation f (x) = 2.
5. 1 et -1 sont les solutions de l’équation f (x) = 2.

Exercice 10. Reformuler les propositions ci-dessous sans quantificateurs et sans connecteurs:
1. Il existe un réel a tel que il existe un réel t ∈ I tel que a = f (t)
et tel que pour tout réel x ∈ I f (x) ≤ a.
2. ∃x1 ∈ R, ∃x2 ∈ R (x1 6= x2 ) ET f (x1 ) = f (x2 ) = 2

Exercice 11. Les propositions suivantes sont-elles vraies ou fausses ?


1. Pour tout réel x, e2x = 2ex
2. Il existe un réel x tel que e2x = 2ex

3. ∀x > 0 ∀y > 0 ln(x + y) = ln(x) + ln(y)


4. ∃x > 0 ∃y > 0 ln(x + y) = ln(x) + ln(y)
5. ∀x > 0 ∃y > 0 ln(x + y) = ln(x) + ln(y)
6. ∃x > 0 ∀y > 0 ln(x + y) = ln(x) + ln(y)