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Sociologies des temporalités (semestre 2)

Séance 1 Présentation du cours

Jacques Attali : Les quatre échelle du temps

1) Droit
2) Politique
3) Medias/Politique
1) Vie individuelle

Les temps peuvent se chevaucher.


Tyrannie de l'immediateté.
Il y a des inégalités temporelles (traitment de dossier dans le droit, considération des individus par les
médias).

Séance 2 Les sociologues classiques et la question des temporalités : le cas des durkheimiens

Pas de théorie unifiée du temps, ni de temps unique.

→ 3 éxigences pour définir la temporalité


1) Origine collective : Cadres fournissant des repères communs (horloge de gare, calendrier).
2) Origines plurielles : Comme le sont des groupes humains (croyances, attitudes, milieux).
3) Sources d'intelligibilité : Des "cartes" (Nicolas Hatzfeld). Des dates précises pour comprendre et
repérer des liens du présent au passé.

→ Martin Heidegger distingue 3 niveaux de temporalités hiérarchisées


1) Le temps existantial/fondamental : Le souci du temps, le temps du "on" (c'est la temporalité).
2) Le temps historique/intermédiaire : Temps biographique et relationnel, le temps du "je" (c'est
l'historialité).
3) Le temps ordinaire (il l'appelle le concept ordinaire du temps, la routine, les médias).
Claude Dubar et Christiane Rolle : Les temporalités dans les sciences sociales : introduction.
Michel Lallement : Une antinomie durkheimienne et au delà...

4 questions mentionnées dans l'article de Claude Dubar et Christiane Rolle

1) Comment concillier "temps englobant" et "temps englobé" (origines collectives/plurielles).


Michel Lallement : "Antinomie durkheimienne".
Paul Ricoeur : "Apories philosophiques du temps".
Temps englobant = Temps surplombant, collectif, objectivé (horloge de gare ou calendrier).
Temps englobé = Temps personnel, pluriel, subjectivé (expérience vécue, pratiques collectives, milieux
fréquentés).

2) Articulation entre les dimensions du temps, les strates.


_ Temps long (stabilité des paysages, échanges séculaires).
_ Temps moyen : temps "social" ou "institutionnel".
_ Temps individuel ou vécu.

3) Différentes méthodes (sources d'intelligibilité)


Olivia Samuel : Passage de l'étude transversale à l'étude longitudinale en démographie (après la WW2).
Jean Marc Ramos : Passage d’expériences synchroniques aux approches diachroniques en psychologie
sociale (critique de la psychologie sociale qui analyse ses étudiants + critique de la synchronie).
Nicolas Hatzfeld : Analyser le passer par des "cartes" (l'histoire n'est pas suffisante, il faut aussi faire
des observations sur une longue pèriode pour cartografier le passer -> ouvrage collecif "observer le
travail").

4) La question des politiques du temps, et plus précisément la "temporalité démocratique".


Augmenter les potentialités de temps libres face à ce que William Grossin appelait le "temps dominant"
(la dictature du temps industriel selon Jens Thoemmes, le temps du travail imposé par la
mondialisation).

Paul Ricoeur "Temps et récit" (1985) : 3 grandes apories du temps identifiées

1) Aporie externe

Il n'existe pas de temps objectif/externe sans un sujet pour le perçevoir.


Donc il est impossible de penser le temps d'un point de vue externe.
Donc ici la temporalité biographique est privilégiée
(Claude Dubar est avant tout connu pour sa sociologie des professions).

Par exemple Aristote parle du mouvement comme acolyte du temps.


Le temps se mesure par le mouvement (mouvement du cosmos, temps cosmologique) selon un avant et
un après.
Mais dans cette vision ce n'est pas suffisant car c'est aussi l'ésprit (la psyché) qui permet de mesurer le
temps.
"Les confessions" (Augustin) : A propos de savoir ce qu'est le temps.
"Si l'on ne me pose pas la question, je sais ce que c'est. Si on me la pose, je ne sais plus."
C'est une expérience de l'âme sous la forme de 3 états
(passé/présent/futur -> mémoire/attention/attente).
"C'est en toi mon âme que je mesure le temps".
=> Articulation entre le "psyché" et le "physis" (le psychisme et le cosmique).

Kant cherche à dépasser cette opposition sujet/objet : le temps est une condition d'apparition des
phénomènes, et mode de construction du "moi transcendantal". C'est une condition "à priori" à tout
événement et expérience sociale, comme le sont le temps et l'espace.

Pour Kant il y a 3 schèmes au temps :


_ Le schème de la substance (permanence).
Il faut qu'un substrat reste fixe = le temps.
_ Le schème de la succession (différents états successifs avec certains qui ont des effets sur d'autres).
_ Le schème de la simultanéité (phénomènes qui peuvent apparaitre comme similaires).

Comme pour Kant, c'est une "catégorie à priori".


Le temps peut être appréhendé comme une institution (exemple du Silicon Sentier).
Les classifications des catégories temporelles sont des fondamentaux de la vie sociale (sociologie des
calendriers sociaux).

2) Aporie totalisante

Temps unique VS pluralité du temps (les temps englobés).

3) Aporie de la représentation du temps

L'irreprésentabilité du temps.

Le programme durkheimien dans la sociologie des temporalités

Pour Émile Durkheim, Norbert Élias (sociologue historique qui a écrit "Du temps") Henri Hubert
(spécialiste des religions, durkheimien, ami de Durkheim), Marcel Mauss (père de l'anthropologie
française); ces catégories sont considérées comme collectives et historiquement ancrées, pas comme
universelles. Le temps pour Durkheim doit être appréhendé comme une sorte d'institution dont les
catégories orientent les pratiques sociales, orientent les valeurs et les normes, et rythme la vie collective
(ex : calendrier de la Sorbonne).

"Du temps" (essai de Norbert Elias) : Il parle de l'horloge de gare qui est institutionalisée, avec une
interprétation des conventions de lecture. C'est un motif visuel institutionalisé.
Fonctions de repère + fonction de régulation de la conduite des hommes (aller au restau) = aporie entre
l'horloge externe et l'horloge interne.
Séance 3 La notion de "travail temporel" et son opérationnalisation

Henri Hubert est le premier sociologue du temps.


Dans leur essai "Mélange d'histoire des religions" (1906), Henri Hubert et Marcel Mauss ont écrit une
partie appelée "Étude sur la représentation du temps".
Le temps dans la religion et la magie n'est pas une durée mais des points qui rythment la vie sociale.
Il est une représentation collective qui est sédimentée/cristallisée.

Un rite constitue un moyen d'accéder au temps. Les rites c'est du temps.


1/ Un rite est situé dans le temps (mariage, bizutage, ...).
2/ Les rites sont caractérisés par une répétitivité et par une périodicité.
Ex: Bizutage chaque année + une fin.
Ex: Noël, l'anniversaire, fête des mères.
=> Le temps est quelque chose de l'ordre du qualitatif, notamment car il y a des moments où l'on se
retrouve en communauté (des moments forts) mais aussi des moments où il ne se passe rien (temps
discontinu).
=> La communauté peut se réactiver dans des rites (se souvenir du 11 septembre, noël, etc...).

Henri Hubert a écrit sur les "qualités différentielles des parties du temps".
Le temps est qualitatif, il est n'est pas seulement un objet quantitatif mais un objet de représentation
collective.
Ce qui l'intéresse c'est la qualification sociale des périodes, des moments. La qualité de ces
moments/durées ne peut s'établir sans établir leur mise en relation avec des faits.
MOMENTS<->FAITS => QUALIFICATION entre les deux.
Isambert considère la structure symbolique du temps comme une langue. Il écrit postérieurement à
l'époque d'Henri Hubert pour expliquer que le temps est une forme de langage (le 11 septembre).
Trois grand apports d'Halbwachs sur la mémoire collective (inventeur du terme)

1/ La mémoire conçue comme un travail, un effort


_ La mémoire n'est pas la trace inconsciente du passé sur le présent.
_ La mémoire c'est un travail de récit et de mise en récit que l'ont fait dans le moment présent, à propos
des faits passés (il est reconstruit).

2/ La mémoire individuelle n'a pas de réalité en soi puisqu'elle participe à la mémoire collective.
_Critique de l'"idéalisme individualiste" d'Henri Bergson (philosophe contemporain de Durkheim et lu
par les durkheimiens). L'homme n'est pas isolé mais il contribue à la mémoire collective dans le sens
où il doit sa mémoire à la société, aux faits sociaux, au calendrier social.
Henri Bergson dit que la mémoire = mémoire habituelle (quotidienne) + mémoire pure
(fondamentalement individuelle, on l'acquière en s'extrayant de l'action, dans la profondeur de la
mémoire individuelle -> plongée subjective).
Halbwachs dit que c'est dans la société que se constituent les souvenirs (fait social).
Exemple : le rêve (on ne se souvient pas du rêve car c'est un acte isolé, avec soi-même).

=> Le terme de mémoire collective est de plus en plus présent. Certain parlent de l'inflation mémorielle
des 80's.
=> Hypothèse : la crise des 70's : économie sociale et symbolique aurait engendrée une nostalgie et une
volonté de retour dans le passé (après le déclin du communisme et le déclin du gaulisme).

3/Il existe des fonctions sociales de la mémoire collective.


_ Intégration sociale, cohéhsion sociale (compensation sociale des exclus)
_ Exclusion sociale (exclus de cette compensation)
=> souvent centrées sur les minorités ethniques et les femmes (pas différenciés mais dominés).

Pierre Nora : En 1978 et 1979 écrit des articles importants sur la définition de la mémoire collective.
_ Mémoire collective = Souvenir ou l'ensemble des souvenirs, conscients ou inconscients, d'une
experience vécue, et/ou mythifiée, par une collectivité vivante.
_ Question posée : Rapport entre mémoire collective et identité.

Jean-Luc Roques, 2005. "Les jeunes et la mémoire collective dans la petite ville: enjeux et
conséquences", Temporalités

Monographie de la ville d'Uzès dans le département du Gard. Il s'intéresse à l’expérience juvénile dans
les petites villes à travers son étude de cartes mentales.
_ Petite ville (9000 habitants)
_ Cadre économique fragile (chômage, pauvreté)
_ Quelques éléments historiques (passage de Racine, passage de la famille Gide)
conservés par les entrepreneurs de la mémoires
=> Différents types de représentations en fonction de l'intégration à la ville (connaissance de la valeur
et du patrimoine historique et culturel de la ville -> en lien avec le sentiment d'intégration ou
l'exclusion, fonctions de la mémoire collective selon Halbwachs).
=> Inégalité sociales à l'égard de la mémoire collective.
Séance 4 La notion de mémoire collective et son opérationnalisation

L'experience temporelle : La pensée de George Herbert Mead

George Herbert Mead est considéré comme un philosophe de la tradition pragmatiste.


_ Avec John Dewey et William James (ils sont 3 amis) ils forment une école de pensée qui va
influencer l'école de Chicago, avec des sociologues comme Flaherty.
_ Il écrit "Mind, Self, and Society" et "Philosophy of the Present" (30's).
_ Il critique la pensée behavioriste (trop immédiate pour Mead).
[Stimuli -> Réaction] => Trop rapide
Il faut une interprétation des stimulis + il faut en sélectionner.
Exemples : Nos sociétés produisent beaucoup de stimulis (technologie, publicité), et l'individu peut se
sentir dépassé. Ce n'est pas pour autant qu'il va acheter, voler, ou même comprendre ces produits.

→ Il réintroduit l'incertitude dans l'action humaine (délai entre reflexion et interprétation).


→ "La réalité est produite dans le présent, le présent est le lieu de la réalité".
→ "Tout être est un être en devenir". C'est-à-dire que tout être se déploie dans la dynamique des
relations sociales. L'observation est très légitime dans ce cadre (empirique, concret).
→ Le passé et le futur sont des images mentales.
==> Le temps est une succession de présents. Le présent est le lieu de l’expérience temporelle où on
expérimente et on fait le temps.
Exemples :
_Musique (succession de notes créent la qualité de la musique)

TEXTE : Michael G. Flaherty, 2003. "Time Work: Customizing Temporal Experience"

Le travail temporel : l'enseignement de Flaherty


Travail temporel : un effort d'ego pour promouvoir ou supprimer une expérience temporelle singulière
(filiation interactionniste).
5 types de travaux temporels répertoriés à partir de 400 entretiens :
_Durée (perception du passage du temps à travers un intervalle, techniques d’accélération ou
décélération du temps)
_Fréquence (nombre de fois qu'advient un événement, sur lequel on peut jouer numériquement)
_Séquence (ordre dans lequel se déroule les événements).
_Timing (moment ou quelque chose advient).
_Allocation du temps (moments au cours desquels on s'attribue du temps pour soi).
Séance 5 Temporalité des organisations et rapport au travail

Gary Alan Fine, 1990. "Organizational Time: Temporal Demands and the Experience of Work in
Restaurant Kitchens"

Comment les organisations et les entreprises gèrent-elles leurs temps?

Il y a des règles communes qui organisent la temporalité (règles temporelles + injonctions externes qui
les dépassent telles que les relations avec les puvoirs publics, les relations commerciales, les normes
temporelles beaucoup plus générales comme la fermeture du dimanche).
=> En quoi la temporalité des organisation est-elle différente de celle de l'individu?

_Il va s'intéresser à l'organisation temporelle des restaurants et comment la vie des organisations doit
gérer les contraintes externes de leur environnement, avec les contraintes individuelles (bonheur du
salarié) avec les exigences temporelles propre à une organisation.
_Méthode propre à l’interactionnisme : environs 30 entretiens avec des chefs.
_Il fait 4 observations dans des restaurants.

Il conserve les éléments de Flaherty (remplace la fréquence par la périodicité), mais rajoute :
_ Tempo = vitesse de l'activité dans un intervalle de temps (difficile à mesurer).
=> Une catégorie de perdue "allocation du temps", mais pour cela il parle de "niche temporelle".
Ces niches temporelles prennent place dans les moments d'ennui ("sous-charge cognitive").

Le temps de l'organisation est soumis à deux autres temps

1/ Gestion de 2 contraintes = temps de la demande + le temps de l'apport des fournisseurs.


= Temps de l'environnement (2 incertitudes).
2/ Stress (surchage cognitive) et ennui (sous-charge cognitive) → Paradoxe
Lorsque il y a sous-charge, la routine temporelle n'existe plus.
Moment de vide, et diminution de la qualité du service (pèriode propice aux erreurs).
= Temps individuel

==> Les deux situations opposées sont désagréables (perte de sens).


==> Il y a des temps doux de l'activité.
==>La temporalité d'une organisation/entreprise s'articule en 3 temps :
Temps de l'environnement <-> Temps de l'organisation <-> Temps individuel

Cette étude fait écho au travail de Cicourel en milieu hospitalier :


->"Surcharge cognitive" : le fait d'avoir une masse d'informations incertaines qui donnent l’impression
cognitive d'être débordé.
-> Matériel de facilitation du travail (post-it).
Séance 6 Temporalités économiques et rapport à l'avenir

Bourdieu : Sociologie des structures temporelles de la conscience économique


(2 façons de se représenter le temps) :

1/ La perception pré-perceptive : Celle de l'Homme algérien.


L'avenir est le prolongement du présent (perception). Existence d'une prévoyance.
2/ Le projet : Celle de l'entrepreneur occidental, capitaliste.
L'avenir est abstrait, éloigné du présent, temps dans lequel on peut s'affranchir et établir des projets.
Mais vision presque ethnocentrique (évolutionniste).

Selon lui, les civilisations créent des ethos culturel (différent de la nature) qui incitent à créer des
consciences temporelles particulières.

Xavier Roux, « Temporalités marchantes et rapport à l'avenir dans les interactions bancaires »

Dans quelle mesure les normes économiques conduites par les banquiers interagissent avec les
conduites économiques ordinaires ? Relations harmonieuses ou conflictuelles ?

_ Situation harmonieuse : le client va voir son banquier régulièrement.


C'est le fonctionnement marchant interiorisé.

_ Situation conflictuelle : Refus de ce que propose le banquier en terme de produits financiers


[Le refus du risque, la perspective de la mort, l'épargne quasi-domestique].
Ce sont les temporalités discordantes.

→ Inégalités face au temps proposés par l'univers bancaire de par des différences socio-économiques.
L'usage du tabac et de l'alcool plus élevé chez les milieux défavorisés, avec moins de prévoyance.
C'est la thèse de Comby et Grossetête.

Au contraire, les classes dominantes sont dans le temps de l'urgence et de la prévoyance.


[=> risque, prévoyance de la mort, épargne peu domestique].
Ceux qui consomment des produits bancaires sont dans l'urgence décisionnelle, le temps de la
projection, le temps de l'urgence (contradiction avec la notion pré-perceptive de Bourdieu sur la notion
de prévoyance).
Séance 7 Temps de travail et inégalités socio-économiques

Deux thèses s'affrontent concernant le temps de travail dans la société moderne

1/ Joffre Dumazedier : La société des loisirs. Le temps de travail diminue et perd de sa centralité au
profit des loisirs.

2/ L'homme voit sont cadre domestique envahit par le travail. C'est l'instrument de la logique capitaliste
pour envahir le quotidien avec la coopération active de la part des salariés en poursuivant le temps de
travail hors du temps de travail officiel (flexibilité à l'américaine).

La plupart des résultats de travaux sociologiques portent sur l'établissement d'une moyenne nationale
des temps de travail alors que ce qu'on oeut réelement observer c'est la bipolarisation des rythmes de
vie, entre ceux qui travaillent beaucoup et ceux qui travaillent peu.

Laurent Lesnard et Thibault Saint Pol, 2008. « Organisation du travail dans la semaine des individus
et des couples actifs : le poids des déterminants économique et sociaux ».

Saint Pol et Lesnard tentent de comprendre les inégalités temporelles des rythmes de travail
hebdomadaire chez les couples bi-actifs.
_Plus la position sociale est élevée, plus les semaines de travail sont standardes, longues, et plus il y a
d'autonomie temporelle (organisation de son travail et de son emploi du temps), et réciproquement.
_Plus la position sociale est faible, plus les semaines sont désynchronisées, avec du travail le week-end
qui empêche la présence pour une vie de famille.
Séance 8 Temps et inégalités entre les sexes

L'enquête « emploi du temps » 2010 de l'INSEE

C'est une enquête qui cherche à connaître les temps de travaux domestiques des femmes. En moyenne
1h30 par jour, avec diminution dans l'histoire (matériel éléctro-ménager, participation croissante des
hommes).

Jennifer Lois, « The temporal emotion work of motherhood » (2010)

Étude menées auprès de mères qui scolarisent leurs enfants à domicile (« homeschooling »). Les
femmes se conforment à être présentes comme « bonnes mères » (disponibilité physique et affective)
auprès de l'enfant même si elle n'accepte pas entièrement cette idéologie.

_ Stratégie de séquençage : avec de la nostalgie anticipée, elles se rappellent que la pèriode pour
laquelle elle sont entièrement disponibles à leur enfant est limité. Elles s'affranchissent du lourd présent
en anticipant la nostalgie future.
_ Elles assurent tout à la place du père par anticipation de l'investissement irrégulier de celui-ci.

Marc Bessin et Corinne Gaudart, 2009. « Les temps sexués de l'activité : la temporalité au principe du
genre ? »

Le temps genre évolue avec l'histoire


_ Le temps linéaire et quantifiable (supposé masculin) s'est complexifié depuis les Trentes Glorieuses,
suite auxquelles il n'existe plus de centralité des travailleurs masculins.

Le temps comme enjeu de pouvoir genré


_ Le temps produit des rapports de pouvoir dans le sens ou des activités genrées sont plus ou moins
valorisées socialement (activité professionnelle VS présence domestique, différences de professions...).
_ Féminisme matérialiste : Les femmes synchronisent les rythmes temporels de l'ensemble des proches
(famille). Elles subissent une polychromie (gestion de plusieurs emplois du temps).

=> A partir d'études sociologiques, on pourrait agir sur les horaires d'infrastructures de réduction des
inégalités de couple (polyactifs).
Ex : A Paris il existe le « bureau des temps » (régulation de l'horaire des bibliothèques et des musées
pour les nocturnes). Mais ce bureau est notamment réservé aux classes moyennes supérieures.
Séance 9 Les temporalités de l'interaction sociale

Steven E. Clayman, 1989. « The production of Punctuality : Social Interaction, temporal Organization,
and Social Structure ».

Les interactions ont des limites temporelles qui sont « amorties » par des gestes, des attitudes, des
signes.

Il y a des amortisseurs pour limiter le temps des interactions (en alléger la violence).
On pourrait parler d'institution pour dire « au revoir » (le fait de le dire, les gestes).

L'interview télévisuel et radiophonique a des frontières fortement normées, au contraire des interactions
ordinaires qui sont souples (mais aussi fortement normées).

_ Interactions spontanées (frontières souples).


_ Interactions institutionnalisées (frontières rigides).

Séance 10 Parcours de vie et bifurcations biographiques

Andrew Abbott, 2009 « A propos du concept de Turning Point »

Le positivisme narratif

Il est dans la lignée de l'école de Chicago, mais a cependant décidé d'aller plus loin. Il invente le
positivisme narratif ou le narrativisme positif.
C'est-à-dire qu'il ne fait pas que de la sociologie qualitative.
Il refuse les couples qualitatif/quantitatif ; narration/analyse causale, cas/variables, singularités/lois.
Il propose d'hybrider quantitatif et narration.
Il s'agit d'une approche par les configurations ou par les modèles.

→ C'est une approche structuraliste du monde, tout en essayant de penser le changement.


→ Le monde est doté d'une forte inertie, et se reproduit fortement.

Il créé les méthodes d'appariement optimal (MAO).


C'est l'analyse des parcours professionnels en séquences (c'est pour cela qu'il est plus connu en tant que
sociologue des professions que sociologue du temps).

_ Trajectoire : Séquences inter-reliées et inter-dépendantes dans les moments de la vie (ex : Waltz, prof
de chimie).

_ Transition : Prévisible (le temps et la conséquence le son).


Exemple : se marier, franchir un échelon dans la fonction publique.

_Turning point : Transition imprévisible (tournant de l'existence).


Changement courts et brefs qui donnent des conséquences imprévisibles et rare (mais ambiguïté de
l'auteur sur la rareté).
Ce changement engage des changements de processus.
=> Il y a turning point quand il y a basculement de trajectoire (longue durée d'une nouvelle situation,
comme après un saut de puce). Il y a donc nécessité de deux points (un an et après) durables.

_Carrières : Ensemble des trajectoires.

=> Carrière → Trajectoires → Transitions (rites de passage, changements voulus et prévus) + Turning
points (brefs et rares)
=> Les trajectoires ont une force d'inertie (aimant).
=> Les trajectoires sont coercitives (rappel normatif lié à l'attente d’institutions sur l'individu).
=> Les configurations des trajectoires apportent de nouvelles motivations
Ces motivations vont contenir l'inertie à travers des institutions (mariage, les professions, le système
scolaire, le marché du travail).

Séance 11 Les échelles temporelles de l'analyse sociologiques

Willian H. Sewel Jr., 2009, « Trois temporalités : vers une sociologie évènementielle »

Les 3 niveaux de temporalités (Martin Heidegger) selon William H. Sewel

Michael G. Flaherty a découpé le temps en 5 composantes (durée, fréquence/periodicité, séquence,


timing, allocation) vues précédemment.
William H. Sewel rajoute aussi 3 niveaux de temporalités (comme Martin Heidegger l'a fait) :
1/Temps bref (immédiateté).
Mais relatif. Un cours peut être long mais bref par rapport à l'histoire de la Sorbonne.
2/ Temps bibliographique (moyen terme).
3/ Temps historique (temps plus long que la durée d'une vie humaine).
=> Ce sont 3 échelles temporelles à partir desquelles il faut étudier les phénomènes sociaux. Ils faut
aussi voir comment elles s'articulent.

Dans « Bifurcation » (ouvrage collectif) il y a un tableau classifiant les phénomènes sociaux en croisant
l'échelle de masse, et l'échelle de durée.
_ Courte durée, petite masse : interactions
_ Longue durée, petite masse : lignée familiale
_ Courte durée, grande masse : événements médiatique et élections
_ Longue durée, grande masse : genèse ou évolution d'une institution, de villes, d'infrastructures
(transports).
Selon William H. Sewel, l'échelle est souvent implicite dans l'étude sociologique. La science a à gagner
en devenant réflexive sur les questions des échelles d'analyse.

Georges Balandier a qualifié notre société comme une société de « désordre ».

« Société du désordre, éloge du pouvement. »


« L'espace des possible est ouvert, relativement tout au moins, et rejouer sa vie est envisageable, et
même encouragé par des facteurs tels que la formation pour adulte, ou le leitmotiv de la formation toute
la vie ».
Il y a donc ces possibilités de réversibilité.

Les trois types de sociologie du temps

1/ La sociologie téléologique (Immanuel Wallerstein et Charles tilly).

- Karl Marx (conception matérialiste de l'histoire).


- Auguste Comte (avec les étapes d'évolution sociétales : âge théologique → âge métaphysique → âge
positif/sciences).
- Émile Durkheim (il faut chercher les lois du sociales, comme celle régissant le suicide).
- Ferdinand Tönnies.

Elle tient souvent comme conception une origine pure du temps, comme une sorte de big bang, comme
si la totalité du futur social était prévisible après un événement fondateur.
Les phénomènes sociaux ne tirent leur existence ni de l'histoire, ni aux actions et réactions que
constituent les faits eux-mêmes mais à des « lois transhistoriques du progrès ».

_ Il y a une grande force causale qu'ils mobiliseraient plus ou moins malgré eux.
_ Immanuel Wallerstein : Il établit des lois à l'échelle supranationale en montrant que le destin des
communautés locales seraient déterminées par une échelle globale avec l'idée d'un « système-monde ».
_ Charles Tilly : Il explique que la volonté ou non de faire la révolution française en Vendée dépendant
de l'urbanisation des zones, pourtant proches les unes des autres.

2/ La vision expérimentale (Theda Skocpol).

C'est la descriptions de phénomènes macrosociologique à travers un petit nombre de cas. C'est une
vision comparatiste. Elle compare les révolutions (française, russe, chinoise).
Il y a 3 facteurs pour comprendre la Révolution :
_ Retard militaire de l’État (crise politique).
_ Propriétaires terriens puissants (révolution politique).
_ Communautés paysannes autonomes (révolution social) et pas les sacs de pommes de terre décrits par
Karl Marx (période de l’élection Napoléon III).
Séance 12 Sociologie des événements médiatiques

3/ La vision événementielle (William H. Sewel).

Pour William H. Sewel la plupart des faits historiques contribuent à reproduire la structure sociale.
Les événements sont des sous-catégories des faits rares.
Ils permettent de transformer la structure sociale.
Ils sont semblables ont turning points (bien que ces derniers ne soient pas nécessaire rares, mais
implique bien un changement de trajectoire).

Il y a une constance des lois causales dans le temps, et une interdépendance de ces successions de
causes entre-elles.

Sewel fait une critique radicale de la vision téléologique, ainsi qu'une comparaison de sa vision à
événementielle à l'approche expérimentale de Theda Skocpol pour la déconstruire

1/ Hétérogénéité

Selon Skocpol, le temps prend les mêmes formes selon les périodes. La temporalité est homogène : les
forces causales agissent de la même manière à différents moments (structures causales sont constantes
dans le temps).
MAIS William H. Sewel parle de variables contextuelles.
C'est la contingence radicale : Des événements contingents peuvent avoir des conséquences fortes sur
les structures fondamentales du monde.
Il revalorise la place de l'événement dans l'explication du monde social et historique, et de ses
transformations.
Il y a des variables extérieures (la classe sociale n'intervient pas de la même manière à chaque moment.
Dépendance à plusieurs facteurs historiques ou événementiels).

2/ Dépendance

Il y aurait une indépendance des phénomènes au cours du temps.


MAIS William H. Sewel dit que les événements sont liés les uns aux autres.
Ils s'intègrent dans une dépendance à un sentier (« path dependancy »).
Exemple : l'histoire des clavier (azerty et qwerty) qui ne sont pas rationnels mais qui connaissent une
inertie de l'innovation car il serait trop coûteux de les changer.

Ce qui fait la différence avec l'approche téléologique, ce sont des deux facteurs

=> L'histoire n'est ni le fruit de la nécessité, ni du hasard, mais le résultat du poids de structures qui
agissent à différents moments du temps (inégalité des sexes, capitalisme, mouvements sociaux).
Les structures peuvent basculer (vision de l'événement semblable aux turning points).
Résumé de la pensée de William H. Sewel

Les phénomènes sociaux dépendent de :


_la causalité hétérogène
_la dépendance au sentier
_la contingence radicale

Autres théories de l'événement

Patrick Champagne (2000) dans la revue Réseau écrit le coût médiatique des événements.
Les médias sélectionnent l'événement en fonction de ce que le public veut voir et entendre.
La notion de l'événement est ambiguë et de l'ordre de la prénotion plus que de l'étude scientifique
(c'est une notion indigène).
Il faut prendre les événements comme objet sociologique en prenant comme événement tout ce qui est
considéré comme tel, puis les déconstruire (critique des médias) car il y a de « faux événements ».

Clément Cheroux, 2007. « Le déjà-vu du 11-Septembre »

Clément Cheroux est un historien spécialiste de la photographie (conservateur au centre Pompidou).


Le 11 septembre aurait été l'événement le plus photographier de l'histoire de l'humanité.
Cependant dans la presse américain, ce sont toujours les mêmes clichés qui reviennent dans toutes les
revues ainsi qu'à la télévision. C'est une énigme sociologique.
Pierre Bourdieu parlait de circulation circulaire de l’information pour qualifier les événements
médiatiques par répétition.
Résumé

Emile Durkheim et Henri Hubert : Le temps est une fonction régulatrice.


C'est un cadre symbolique partagé (calendrier, horloge de gare).
→ La mémoire collective s'impose, par des marqueurs temporels (11 septembre).
→ Le temps est aussi porteur d'une antinomie/aporie (antinomie durkheimienne / aporie philosophique)
→ temps englobant / temps englobant.
► Le temps n'est pas seulement universel mais institutionnalisé, englobé, historique/intermédiaire.

Maurice Halbwachs : Le temps est subjectif et micro-sociologique (vision plus englobée du temps).
Il intervient dans des groupes sociaux : "il y a autant de groupes sociaux que de temps sociaux".
→ La mémoire collective c'est sélectionner/interpréter le passé.
→ Il y a une action sur le temps possible (créer des marqueurs temporels, temporalité active).
► "Agency" : le fait qu'un agent soit doté d'une capacité d'action, "expérience temporelle" (Mead).

Herbert Mead, Michael G. Flaherty, Gary Alan Fine : Le temps peut être sujet à un travail temporelle.
Il peut être aménagé de différentes manières pour vivre une certaine expérience du temps.
→ Time work de Flaherty.
→ Contraintes temporelles de l'organisation chez Gary Alan fine.
► L'individu peut agir sur son temps afin de créer sa propre « expérience temporelle » à partir d'une
succession de présents, comme le sont les notes dans la musique (Mead). Interactionnisme dans la
sociologie du temps.
► L' « agency » (« The Textures of Time, Temporial Experience and Agency », 2010, Flaherty).

Xavier Roux, Laurent Lesnard, Thibault Saint Pol, Marc Bessin et Corinne Gaudart :
Le temps comme norme sociale, genrée ou économique.
Il créé des inégalités en fonction des habitus et des normes économiques et genrées.
→ La projection du futur n'est pas la même selon les moyens économiques (prévoyance et projet).
→ Il y a différentes autonomies temporelles au travail (diachronie et synchronie des temps de travail).
→ Les inégalités sexuées se perpétuent dans la temporalité (centralité du travail et polychromie).
► On pourrait lutter contre ces inégalités si les recherches aiguillaient le pouvoir d'institution,
d'associations, ou de politique publiques.

Andrew Abott et William H. Sewel :


L'importance de la prise en compte des échelles (spatiales, temporelles) en sociologie.
→ Le positivisme narratif (MAO et turning points) de Andrew Abbott.
→ Les 3 échelles temporelles de William H. Sewel (reprises de la vision philosophique de Heidegger).
→ Les possibilités de reversibilité (société du désordre).
→ La sociologie événementielle (William H. Sewel).
► Les sciences sociales doivent devenir réflexive par la prise en compte d'échelles de temps.
►L'événement est une notion à prendre en compte pour comprendre les basculements et l'apparition
des phénomènes sociaux (« turning point de l'histoire »). L'histoire sociale n'est ni le fruit du hasard, ni
le résultat de nécessité, mais le poids des structures qui peut provoquer des basculements (la
contingence radicale et le sentier).