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SEI DI K A BBA

Niger : la junte militaire


et ses dix affaires secrètes (2010-2011)
NIGER : LA JUNTE MILITAIRE ET SES DIX AFFAIRES
SECRÈTES (2010-2011)
© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00366-5
EAN : 9782343003665
SEIDIK ABBA

NIGER : LA JUNTE MILITAIRE ET SES DIX AFFAIRES


SECRÈTES (2010-2011)

L'HARMATTAN
Sociétés Africaines et Diaspora
Collection dirigée par Babacar SALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à
vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa
diaspora. Elle accueille également des essais et témoignages pouvant
servir de matière à la recherche. Elle complète la revue du même nom
et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités
historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer
pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant
ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs,
des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie.

Dernières parutions

Jean-Marcellin MANGA, Jeunesse africaine et dynamique des


modèles de la réussite sociale, 2012.
Ibrahima SIGNATE, L’Afrique condamnée à l’espoir, 2012.
Mody NIANG, Le clan des Wade. Accaparement, mépris et
vanité, 2011.
Mandiaye GAYE, La problématique de la citoyenneté au
Sénégal, 2011.
Amadou-Mahtar M’Bow, Aux sources du futur, 2011.
Amadou-Mahtar M’Bow, Le monde en devenir, 2011.
Fadel DIA, Wade-Mecum ou le wadisme en 15 mots-clés, 2010.
Mamadi CAMARA, Où va la Guinée ? Mémorandum à un ami
pour sauver notre pays, 2010.
Aldo AJELLO, Brasiers d'Afrique. Mémoires d'un émissaire
pour la paix, 2010,
Thierno DIOP, Léopold Sédar Senghor, Majhemout Diop et le
marxisme, 2010.
Sidiki KABA, La Justice universelle en question. Justice de
blancs contre les autres, 2010.
Seidik ABBA, Rébellion touarègue au Niger. Qui a tué le
rebelle Mano Dayak ?, 2010.
Mandiaye GAYE, Le Sénégal sous Abdoulaye Wade.
Banqueroute, corruption et liberticide, 2010.
Me Boucounta DIALLO, La crise casamaçaise. Problématique
et voies de solutions, 2009.
Seidik ABBA, La presse au Niger. Etat des lieux et
perspectives, 2009.
A tous ceux qui ont souffert dans leur
chair de l’injustice et de l’arbitraire
Du même auteur

- Le Niger face au Sida. Atouts et faiblesses de la stratégie


nationale face à la pandémie, L’Harmattan, Paris, 2008

- La Presse au Niger. État des lieux et perspectives,


L’Harmattan, Paris, 2009

- Rébellion touarègue au Niger. Qui a tué le rebelle Mano


Dayak ?, L’Harmattan, Paris, 2010
Sigles et abréviations
AQMI : Al Qaïda au Maghreb islamique
AS/FAN : Association sportive des Forces armées nigériennes
BID : Banque islamique de développement
BOAD : Banque ouest-africaine de développement
CCAS : Compagnie de Commandement d’Appui et de Service
CDS : Convention démocratique et sociale
CEMA : Chef d’état-major des armées
CFA : Communauté financière africaine
CIF : China International Fund
CODDH : Collectif des organisations de défense des droits de
l’homme et de la démocratie
COMINAK : Compagnie minière d’Akouta
CRN : Conseil pour la réconciliation nationale
CSRD : Conseil suprême pour la restauration de la démocratie
DGDSE : Direction générale de la documentation et de la
sécurité extérieure
HAVN : Haute autorité pour l’aménagement de la vallée du
Niger
MNSD : Mouvement national pour la société de développement
MPDNP : Mouvement patriotique pour la défense de la Nation
et du peuple
MNJ : Mouvement des Nigériens pour la justice
ONAHA : Office national des aménagements hydro-agricoles
du Niger
PCSRD : Président du Conseil suprême pour la restauration de
la démocratie
RFI : Radio France internationale
SML : Société des mines du Liptako
SNTN : Société nationale des transports nigériens
SOMAIR : Société des mines de l’Aïr
SONITEL : Société nigérienne des télécommunications
SOPAMIN : Société de patrimoine des mines du Niger
S/P CSRD : Secrétaire permanent du Conseil suprême pour la
restauration de la démocratie

-9-
Introduction

Avec le coup d’État militaire perpétré le 18 février 2010 au


Niger par le Conseil suprême pour la restauration de la
démocratie (CSRD), la Cour d’État était devenue la plus haute
instance de l’ordre judiciaire du pays. C’est à elle qu’est
revenue la mission d’instruire et de juger les poursuites pour
«complot contre l’autorité de l’État» engagées contre les
colonels Abdoulaye Badié, Amadou Diallo, Abdou Issa Sidikou
et le lieutenant-colonel Amadou Boubacar Sanda. Après trois
mois d’investigations, la Cour d’État a rendu le 19 mai 2011 un
arrêt d’une limpidité imparable. « (…) Il ne résulte pas de
l'information, des charges suffisantes contre les nommés
Abdoulaye Badié, Abdou Sidikou Issa, Amadou Diallo et
Aboubakar Amadou Sanda, d'avoir, à Niamey, courant mois
d'octobre 2010, en tout cas depuis temps non couvert par la
prescription, perpétré un complot contre l'autorité de l'État,
faits prévus et réprimés par l'article 79 du code pénal. Attendu
qu'il y a lieu de dire n'y avoir lieu à suivre contre les
susnommés de ce chef », ont estimé les plus hauts magistrats
nigériens dans leur arrêt lu en audience publique. Leur décision
n’a pas du tout surpris les observateurs avertis de la scène
politique nigérienne. Et pour cause ! Le CSRD a pris une
semaine de réflexion pour prendre publique l’existence du
complot présumé, à travers une déclaration radio- télévisée lue
le 21 octobre 2010 par le colonel Abdoulkarim Goukoye, porte-
parole de la junte.
Autre fait inhabituel : le déroulement de l’enquête.
Officiellement confiées à la gendarmerie nationale, les
investigations bifurquaient, constamment, vers la Direction
générale de la documentation et de la sécurité extérieure
(DGDSE, Ex-Coordination) vers l’état-major général des
Forces armées nigériennes (FAN) et vers la présidence du
CSRD. Pendant leur longue garde à vue, les accusés furent
transférés de la gendarmerie à l’état-major puis à la DGDSE ;
puis à nouveau transférés brièvement à la gendarmerie avant
d’atterrir dans différentes prisons civiles du pays.

- 11 -
A ce cafouillage est venue s’ajouter la déclaration du
Premier ministre de la transition Mahamadou Danda sur Radio
France internationale (RFI) par laquelle il niait clairement
l’existence même d’une tentative de coup d’État contre le
CSRD. Répondant au journaliste Christophe Boisbouvier, M.
Danda avait indiqué le 24 octobre 2010 : « (…) Je ne sais pas
s’il s’agit d’ambitions mais en réalité il y a eu une
incompréhension entre l’instance et ils ont tenté entre eux de
voir dans quelle mesure ça pourrait être contenu sans pour
autant affecter l’essentiel, parce que l’essentiel pour nous c’est
la restauration de la démocratie aux dates voulues par les
Nigériens ». En vérité, derrière l’accusation de tentative de coup
d’État se cachent plusieurs affaires qui ont fortement miné la
cohésion de la junte au pouvoir. Dans ce livre, nous vous
proposons une dizaine d’entre elles. Nous traitons, entre autres,
du cambriolage à la «Villa verte» du bureau du Commissaire-
colonel Abdoulaye Badié, ex-numéro 2 du CSRD, de la visite
de la présidente du directoire d’Areva à Niamey et Arlit, du
raid manqué du China international Fund (CIF) contre le Niger,
du départ précipité du général Moumouni Boureima pour Le
Caire, etc. Ces dix affaires donnent une clé de lecture des
tensions internes à la transition militaire, qui ont culminé avec
la suppression le 10 octobre 2010 du Secrétariat permanent du
CSRD, suivie de la mise aux arrêts quelques jours plus tard de
son titulaire et de ses trois co-accusés.
Mais entendons-nous bien : ces dix affaires ne sont
probablement pas les plus emblématiques de cette période-là.
Ce sont surtout celles pour lesquelles nous avons pu réunir des
documents solides et exceptionnels, recouper nos sources et
interroger des acteurs de premier plan. Précisons aussi que
l’ordre de présentation de ces dix affaires n’obéit à aucune
logique particulière : il est plus le fait des commodités
rédactionnelles que d’autre chose. On remarquera par ailleurs
que selon l’importance des éléments rassemblés, la longueur
des chapitres varie d’une affaire à une autre. En effet, en
fonction des témoignages recueillis, de la documentation à
laquelle nous avons pu accéder, certaines affaires ont été
présentées de manière succincte alors que d’autres ont bénéficié
d’une narration plus détaillée.
- 12 -
1.
Cambriolage à «la Villa verte»

Photo n°1 : A coup de notes de renseignements et


d’agissements de conseillers occultes, le poison de la suspicion
s’est installé au cœur du pouvoir : un cambriolage a été commis
à «la Villa verte», un des endroits le mieux gardé de la
république.

- 13 -
Coup d’État militaire et superstition vont de pair au Niger.
Lorsqu’il renverse Diori Hamani, premier président de la
république du Niger, le Conseil militaire suprême (CMS), avec
à sa tête le lieutenant-colonel Seyni Kountché, choisit d’éviter
les bureaux du président renversé. Pas plus que Seyni Kountché
n’occupera la résidence de Diori Hamani. Sait-on jamais, des
gris-gris peuvent avoir été enfouis ! Bien plus tard, lorsque le
27 janvier 1996, le lieutenant-colonel Ibrahim Baré Mainassara
renverse le président Mahamane Ousmane, il emménage à
l’état-major des Forces armées nigériennes. Il garda d’ailleurs
pendant longtemps sa résidence de fonction militaire à la
sixième Compagnie de commandement d’appui et de service
(CCAS), une caserne de Niamey sur la route de l’aéroport.
Autre coup d’État, même superstition : le 9 octobre
1999, le Conseil pour la réconciliation nationale (CRN)
renverse en le tuant le président Ibrahim Mainassara Baré,
devenu entre-temps général, et choisit d’installer ses bureaux,
non pas dans les locaux occupés par le président déchu, mais
dans les villas du Conseil de l’Entente1. Les Nigériens se
souviennent encore du flamboyant capitaine Djibrilla Hima
Hamidou dit Pélé, porte-parole du CRN, lisant des déclarations
ou animant des conférences de presse dans les locaux du
Conseil, au quartier résidentiel Plateau, non loin des
ambassades de France, de Libye et des États-Unis.
A l’issue d’une transition militaire, dont la neutralité à
l’égard des acteurs politiques ne fut jamais prise à défaut, le
CRN a remis en décembre 1999 le pouvoir au président
Mamadou Tandja, candidat du Mouvement national pour la
société de développement (MNSD), élu avec le soutien de la
Convention démocratique et sociale (CDS) de Mahamane
Ousmane. En 2004, le pays connaît une nouvelle élection
présidentielle, au terme du premier mandat de 5 ans de
Mamadou Tandja. Dans la course, le trio qui domine la
politique nationale depuis l’avènement du multipartisme :

1
Plus vieille organisation sous-régionale en Afrique de l’Ouest, le
Conseil de l’Entente, créé le 29 mai 1959, avait fait construire des
villas d’hôte dans chacune des capitales de ses États membres (Bénin,
Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger et Togo).
- 14 -
Mamadou Tandja, Mahamane Ousmane et Issoufou
Mahamadou. Comme en 1999, grâce à l’appui de Mahamane
Ousmane, le président sortant Mamadou Tandja est réélu. Il fait
publiquement le serment de quitter, en décembre 2009, le
pouvoir au terme de son second et dernier mandat2.
Pourtant, quelques semaines avant la fin de son mandat,
le président Mamadou Tandja, profitant d’une visite, en mai
2009, sur le site de la mine d’uranium de Imouraren, confie à la
presse internationale sa volonté de ne pas quitter le pouvoir à la
fin de son dernier mandat.
Il lance alors «le tazartché» qui conduit à l’organisation
du référendum du 4 août 2010, qui autorise le président
Mamadou Tandja à rester au pouvoir pendant trois ans tout en
supprimant le verrou de la limitation des mandats à la tête du
pays.
Avant d’en arriver là, le président avait dissous
l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle, deux
structures opposées à son projet de se maintenir au pouvoir.
Lorsque le 18 février 2010, les militaires font, à nouveau,
irruption sur la scène politique, l’événement ne fut guère une
surprise. Le nouveau pouvoir s’installe à «la Villa verte», à mi-
distance entre le palais présidentiel occupé par Mamadou
Tandja et l’ancien palais du Gouverneur de la colonie du Niger,
qui servit également de bureau à Seyni Kountché.
A «la Villa verte», le président du Conseil suprême
pour la restauration de la démocratie (CSRD), Salou Djibo
s’installe au premier étage ; le colonel Abdoulaye Badié,
Secrétaire permanent du CSRD et numéro 2 du régime,
emménage au rez-de-chaussée. Ses bureaux donnent sur le
salon où le président de la junte accorde ses audiences. Entre les
deux hommes, tout baigne dans l’huile. Le colonel Badié assiste
aux premières audiences accordées par le président du CSRD à
des émissaires internationaux ; il organise des sessions plénières
de la junte au grand complet3. La collégialité est parfaite ! Puis

2
Interview accordée en octobre 2007 à Niamey à Jean-Pierre Tuquoi,
envoyé spécial du quotidien français Le Monde.
3
Des ministres, directeurs généraux des sociétés et autres hauts
responsables sont invités à venir plancher devant les membres du
- 15 -
atterrissent les premières notes de renseignement4. Il y en aura
au moins une par mois, sur le même ton jusqu’au 10 octobre,
date de la suppression du Secrétariat permanent du CSRD.
Et les visiteurs du soir défilent à la résidence de Salou
Djibo pour le mettre en garde contre son numéro 2. Celui-ci a
beau opposer démenti sur démenti, le mal est déjà fait. La
suspicion s’est installée au cœur du pouvoir5. Et un soir, dans
l’un des endroits les mieux gardés de la république, des
inconnus pénètrent sans effraction dans le bureau du colonel
Badié. Ils ne cherchent ni argent ni objets précieux, mais une
chemise rose. Celle-ci contiendrait des documents
ultraconfidentiels, des investigations internationales pointues
menées par des limiers à Paris, au Luxembourg, à
Ouagadougou, à Johannesburg, à Abuja, à Accra, à Vancouver,
à Zurich et qui auraient pu ruiner à jamais des carrières
politiques. Quelques jours après le mystérieux cambriolage, la
même chemise rose est aperçue dans une des résidences
officielles de la république. On ne saura jamais comment elle a
atterri là. Ce sera un des secrets les mieux gardés de la
transition militaire.

CSRD sur des enjeux nationaux tels que les mines, les finances
publiques, la sécurité, l’éducation, la justice.
4
Plus connus sous le nom de « Blanc » dans le jargon spécialisé, ce
sont des textes sans entête de service, ni signature. Pendant la dernière
phase de la transition militaire, les seuls destinataires de ces notes
étaient le président du CSRD, le Premier ministre et le ministre de
l’Intérieur. Mais par différents canaux, les autres responsables de
l’État réussissent à en disposer.
5
Ancien chef d’état-major, le colonel Moussa Moumouni
Djermakoye, officier très respecté, a pris l’initiative d’une médiation
auprès des responsables du CSRD afin de mettre un terme à la
suspicion et au climat délétère qui prévalaient pendant la transition. Il
était venu à la «Villa Verte» rencontrer les principaux responsables de
la junte. Sa médiation, comme celles entreprises par la suite, fut un
échec, tant était forte la logique de l’éclatement de la junte.
- 16 -
2.
Les dessous de l’adjudication du barrage
de Kandadji

Photo n°2 : Le président Issoufou Mahamadou sur le


chantier de construction du barrage de Kandadji. Pour les
Nigériens, ce barrage n’est pas un simple chantier ; c’est
l’espoir de toute une nation en quête d’autosuffisance
alimentaire et d’indépendance énergétique.

- 17 -
Pour les Nigériens, Kandadji ne renvoie pas à un simple barrage
agricole ou hydro-électrique. Il résume un rêve qui commence
dans les années 1970 et qui prend forme avec la volonté de
Seyni Kountché d’en faire un levier de l’autosuffisance
alimentaire. Le tombeur de Diori Hamani voyait dans Kandadji
un excellent complément à l’Office des aménagements hydro-
agricoles (ONAHA). Le barrage ambitionne la mise en valeur
de périmètres irrigués de 45000 hectares. Seyni Kouncthé y
voyait également un moyen de réduire la dépendance
énergétique du Niger à l’égard du Nigeria6. Dans sa seconde
phase, le projet prévoit la construction d’une centrale hydro-
électrique de 130 MW.
Le contexte de l’époque marqué par le scepticisme des
bailleurs de fonds n’avait pas permis de faire avancer
véritablement le projet. Après une relative mise en veilleuse, le
projet Kandadji a repris de la vitalité sous les deux mandats de
Mamadou Tandja, qui s’est toujours posé en héritier légitime de
Seyni Kountché, son compère du CSM. Une première table
ronde des bailleurs de fonds a été convoquée en octobre 2002 à
Niamey afin de mobiliser les financements nécessaires à la
construction du barrage. Ses résultats ne furent pas à la hauteur
des attentes. Puis, une deuxième et une troisième table ronde

6
En vertu d’un accord bilatéral intervenu peu après la guerre du
Biafra, le Nigeria fournit près de 80% de l’électricité consommée au
Niger. Quatre interconnexions permettent d’alimenter tout l’Ouest du
Niger, le Centre-Est, la région de Tahoua et l’Est du Niger. Dans la
région du fleuve Niger, seule la ville de Ouallam n’est pas raccordée
au Nigeria. Dans la région de Tahoua, seule Tchintabaraden n’est pas
interconnectée au Nigeria ; dans la région de Zinder, seules les
localités de Gouré et Tanout ne sont pas alimentées par le Nigeria.
L’ensemble de la région de Diffa est interconnectée à la ligne haute
tension venant de Damasak, au Nigeria. En définitive, seule la région
d’Agadez, dans le nord du pays, n’est pas interconnectée au Nigeria.
Quatre lignes hautes tensions venant du Nigeria alimentent le Niger :
la ligne Birni Kébir/Dosso-Niamey de 132 kilovolts ; la ligne
Katzina/Gazaoua de 132 kilovolts ; la ligne Kamba/Gaya de 33
kilovolts et la ligne Damasak/Diffa de 33 kilovolts. Avec plus de 400
localités électrifiées, le Niger présente un taux d’électrification
nettement au-dessus de la moyenne africaine.
- 18 -
sont convoquées en septembre 2005 et en novembre 2008 à
Djeddah.
Au terme de ces consultations intenses, le Niger réussit
à boucler l’enveloppe de près de 236 millions de dollars
nécessaires au financement de la première phase de Kandadji, à
savoir les travaux d’aménagement du barrage et les ouvrages
annexes. Les appétits s’aiguisent face à un marché d’une telle
importance. S’il a posé la première pierre de la construction du
barrage le 3 août 2008, Mamadou Tandja n’a pas eu le temps de
choisir la société adjudicataire du marché. Le processus de
sélection était en cours lorsque le 18 février les militaires
prennent le pouvoir. Trois sociétés avaient été présélectionnées
sous Tandja : le groupe italien Salini, le groupe chinois
Sinohydro et la société russe Zarubezhvodstroy (ZBS).
Kandadji devient très vite une vraie pomme de discorde
au sein de la junte. D’un côté, le colonel Amadou Diallo,
ministre de l’Équipement, qui souhaite exercer sa pleine tutelle
sur le projet, avec le soutien du colonel Abdoulaye Badié et
d’autres membres du CSRD, parmi lesquels le lieutenant-
colonel Amadou Boubacar Sanda. Ce groupe soutient la thèse
de prendre le temps d’évaluer le projet avant d’aller à la
sélection de la société en charge de la construction du barrage.
De l’autre côté, le Haut-Commissaire au barrage de Kandadji
Almoustapha Garba, soutenu par le ministre de l’intérieur Cissé
Ousmane, le secrétaire général de la présidence Mamoudou
Moumouni, par ailleurs oncle de Salou Djibo. Ils sont partisans
de la poursuite du dossier tel qu’hérité de l’ère Tandja.
Et pour ne rien arranger au climat de guerre froide entre
les deux camps, le 24 février 2010, soit six jours seulement
après le coup d’État, une commission se réunit pour attribuer le
marché à la société russe Zarubezhvodstroy, mettant en avant
les avis de non-objection de la Banque islamique de
développement (BID) et de la Banque ouest-africaine de
développement (BOAD).
Entre mars et avril, le dossier est mis en stand-by.
D’autres affaires urgentes mobilisent la junte au pouvoir. Le
dossier Kandadji, devenu l’affaire Kandadji, ressurgit le 10 mai
2010. Une grande réunion de toutes les parties impliquées dans
le suivi du projet est convoquée au Secrétariat permanent du
- 19 -
CSRD, à «la Villa verte», sous la présidence du colonel
Abdoulaye Badié, numéro 2 du régime. Y prenaient part :
- Mamoudou Moumouni, Secrétaire général de la présidence de
la république
- Almoustapha Garba, Haut-Commissaire au barrage de Kandadji
- Larwana Ibrahim, Conseiller technique au SP/CSRD
- Madou Gagi Gréma, Conseiller technique Département Mines
et énergies PCSRD
- Kané Haliddou, Conseiller technique Mines et énergies PCSRD
- Azara Malam Sully, Conseiller technique PCSRD
- Issa Soumana, Cabinet du Premier ministre
- Habou Soufiane Magagi, Conseiller technique PCSRD
- Amadou Boubacar, PCSRD
- Adamou Mamane, Conseiller Infrastructures
- Amadou Saley, Conseiller technique PCSRD
- Zanguina Mamadou, Conseiller PCSRD
- Sori Boubacar, Conseiller PCSRD
- Diallo Ahmed Ousman, Conseiller SP/ CSRD
L’ordre du jour de la réunion était très clair : réfléchir
sur l’état d’avancement du «Programme Kandadji de
régénération des écosystèmes et de mise en valeur de la vallée
du Niger».
A la fin des discussions, toutes les parties ne semblent
pas avoir entendu la même chose. Leurs conclusions sont alors
forcément différentes. Dans une lettre adressée au Haut-
Commissaire au barrage de Kandadji, le secrétaire général de la
présidence de la république (également présidence du CSRD),
Mamoudou Moumouni7 écrit : « Suite à vos notes explicatives
relatives à l’état d’avancement du Programme Kandadji de
régénération des Écosystèmes et mise en valeur du Niger
(P_KRESMIN) et conformément aux conclusions de la réunion
du 10 mai sur le même sujet, sous la présidence du Secrétaire
permanent du Conseil suprême pour la restauration de la
démocratie (CSRD), je vous informe que, sur instructions du

7
Oncle du général Salou Djibo, Mamoudou Moumouni occupe
actuellement les fonctions de Secrétaire général de la présidence de la
république à Niamey.
- 20 -
Président du CSRD, vous avez l’autorisation de poursuivre les
activités du Programme Kandadji telles que planifiées ».
Et plus loin, il ajoute : «A cet égard, vous êtes autorisés
à inviter la société russe Zarubezhvodsroy, adjudicataire
provisoire des travaux de construction du barrage (lot n°1) à
négocier son Contrat conformément aux procédures des
bailleurs de fonds et des dispositions du Code des marchés
publics du Niger ». La messe est dite. Et bien dite !
La connaissance de cette lettre fait sortir le colonel Badié de ses
gongs. En sa qualité de président de la réunion du 10 mai, il
s’insurge contre le travestissement de l’esprit et de la lettre des
échanges. Il se fend alors d’une lettre corsée au président du
CSRD.
D’entrée de jeu, il annonce la couleur : «(…) Il nous
faut préciser que ladite réunion, dont le procès verbal est joint,
n’a émis aucun avis abondant dans ce sens [le sens indiqué par
la note du SG de la PCSRD, précision de l’auteur] et n’avait
pas qualité à proposer de conclure un marché de quelque
nature que ce soit».
Il tente ensuite de rétablir la vérité : «La réunion
convoquée par nos soins et dont nous assurions la présidence a,
par contre, recommandé :
- «Trois sociétés ont été sélectionnées suite à un appel d’offre et
les avis de non objection des bailleurs de fonds sont obtenus.
Cependant, suite aux événements du 18 février 2010, un retard
est enregistré et la date limite de validité des offres étant le 10
mai, une lettre a été adressée aux adjudicataires pour
demander une prolongation de ce délai» ;
- «Prendre toutes les précautions en ce qui est du règlement des
litiges éventuels avec les sociétés (russe, italienne et chinoise)
retenues pour la réalisation des travaux compte tenu des
différences existantes entre leurs systèmes juridiques et le
nôtre».
En fait, pour l’ex-numéro 2 de la junte, c’est toute la
procédure d’attribution du marché de construction du barrage
qui doit être repensée, à la lumière du coup d’État du 18
février. Il le dit très clairement : «Le procès verbal [ note de
l’auteur : d’Adjudication des Appels d’offres] a été établi le 24
février 2010 dans un contexte (et nous l’avons rappelé lors de
- 21 -
la réunion du 10 mai au Haut-Commissaire) où les événements
intervenus le 18 févier 2010 ont fondamentalement remis en
cause le jugement de l’État du Niger. Dans une telle
configuration des choses, la sagesse et la probité auraient
commandé de surseoir à toute décision qui met en jeu un
engagement financier considérable et requérir expressément
l’avis des nouvelles autorités».
Plus grave, il estime, dans la lettre au général Salou
Djibo, que «La Commission d’adjudication des marchés, le
Comité ad hoc d’experts indépendants chargés de l’analyse et
de l’évaluation des offres relatives aux travaux de construction
du Barrage (Lot 1) et le Comité ad hoc d’experts indépendants
chargés de l’analyse et de l’évaluation des offres relatives aux
équipements hydromécaniques (Lot 2), deux comités dont les
membres sont exclusivement des collaborateurs et points focaux
du Haut-Commissariat à l’aménagement de la Vallée du Niger,
l’ensemble de ces comités sont majoritairement composés de
salariés et collaborateurs du Haut-Commissariat à
l’Aménagement de la Vallée du Niger».
Conclusion : « Dans ces circonstances, lesdits comités ne
peuvent en aucun cas prouver l’indépendance de leurs
arbitrages ; étant juge et partie à la fois ».
Après avoir pointé du doigt plusieurs autres anomalies
dans le processus de qualification de la société russe, le colonel
Badié en appelle clairement au président du CSRD : «Les
dimensions humaine, environnementale, technologique,
technique et financière considérables d’un projet de cette
envergure pour notre pays, commandent la plus extrême
prudence et sagacité dans les décisions que nous seront appelés
à proposer et à prendre».
Exprimée au nom du CSRD, cette prise de position
sème la panique dans le camp de ceux qui tenaient pour acquise
l’adjudication du marché à la société russe. Le ministre de
l’Intérieur Cissé Ousmane est appelé en renfort. Une note de
renseignement intitulée «Risques de compromission de la
réalisation du barrage de Kandadji» est jetée dans la bataille.
Le texte, daté du 24 mai (soit deux semaines après la réunion
sur le sujet présidée par le colonel Badié), suinte la commande.

- 22 -
«Des renseignements (recoupés) recueillis auprès de diverses
sources, il ressort que la réalisation du plus grand projet de
notre pays à savoir le Barrage de Kandadji risque d’être
compromise du fait des pressions exercées par deux (02)
membres du CSRD, notamment les colonels Abdoulaye Badié et
Amadou Diallo», analysent les limiers nigériens.
Plus loin, ils s’aventurent dans une accusation que rien
dans la note ne justifie : «Il se trouve que ces deux
personnalités sont en train de manœuvrer pour arracher le
marché aux Russes et le ré-octroyer aux Chinois dans le but de
bénéficier de substantielles commissions».
Après avoir convoqué toutes sortes d’arguments en
faveur de l’adjudication du marché à l’entreprise russe (risque
de poursuites judiciaires contre l’État du Niger, gel du
financement par les bailleurs de fonds), la note de
renseignement abat l’argument massue : l’atteinte à l’image du
régime.
«Malheureusement, les agissements des susnommés
obéissent plutôt à des intérêts mesquins et égoïstes au détriment
de l’intérêt national d’une part, mais ternissent également
l’image du régime actuel aux yeux des partenaires financiers»,
s’enflamment les auteurs de la note.
Et pourtant, le passage le plus curieux dans cette note
de renseignement, c’est le Nota Bene (NB) qui rend un vibrant
hommage au Haut-Commissaire au barrage de Kandadji,
Almoustapha Garba, en des termes dignes d’un violon : «Il
convient de rappeler que si le dossier relatif au Barrage de
Kandadji est entré dans sa dernière phase, cela est à mettre à
l’actif de l’actuel Haut-Commissaire dont la compétence n’a
jamais été prise en défaut et cela tant au niveau des
négociations avec les bailleurs de fonds qu’à celui de l’octroi
des différents marchés passés jusque-là. Il va sans dire que si
des irrégularités ou une incompétence ont été constatées, cela
n’aurait pas manqué de faire réagir les partenaires techniques ;
ce qui à la date d’aujourd’hui n’a pas été le cas».
On connait la suite de ce bras de fer. Les colonels Badié
et Diallo ont été arrêtés en octobre 2010 pour «complot contre
l’autorité de l’État», sur la foi d’une note de renseignement de
la même origine datée du 07 octobre. Leur arrestation a donc
- 23 -
ouvert le boulevard à l’adjudication définitive du marché aux
Russes.
Pour autant, le dossier n’est pas clos. L’exécution du
marché a pris un retard considérable8. Le ministre d’État,
ministre du Plan Amadou Boubacar Cissé a mis sur la table la
possibilité de retirer le marché à la société russe9. Le président
Issoufou Mahamadou a tranché en accordant un sursis aux
Russes ; ils devront mettre à profit cette mansuétude pour
rattraper le retard accusé. Le pourront-ils vraiment ?

8
L’offre technique de la société russe a suscité un certain scepticisme
de la part de certains évaluateurs des soumissions. Là où les sociétés
italienne et chinoise proposaient de mobiliser 1000 personnes sur le
chantier, les Russes envisageaient de déployer 320 personnes dont 15
expatriés. Autre faiblesse pointée dans le dossier russe : l’absence
d’expérience africaine de construction de barrages. La société russe a
bien été retenue pour la construction du barrage d’El Ouldja, dans la
Wilaya de Khenchela, en Algérie. Mais le marché a été finalement
annulé.
9
La publication bimensuelle spécialisée sur l’Afrique, La Lettre du
continent, éditée à Paris, a révélé dans son numéro 627 du 19 janvier
2012 que l’ingénieur conseil Stucky ingénieurs conseils, basé à Nîmes
dans le Sud de la France, a jugé l’offre du groupe italien Salini plus
sérieuse que celle de la société russe ZBS. Nous avons recoupé cette
information. A cette occasion, il est clairement apparu que même si
l’ingénieur conseil a participé à l’étape d’évaluation des offres, il n’a
pas été associé à la rédaction des conclusions transmises au
gouvernement et aux bailleurs de fonds. Stucky ingénieurs conseils
n’a pas non plus eu connaissance des enveloppes budgétaires
définitives et n’a pas été destinataire des conclusions transmises aux
bailleurs de fonds par la commission d’évaluation des offres.
- 24 -
3.
Le raid manqué de China International Fund
(CIF) sur le Niger

A la fin du second mandat du président Mamadou Tandja, tous


les clignotants semblent au vert pour le Niger : la production
pétrolière est alors sur le point de commencer ; le contrat avec
Areva sur Imouraren a été finalisé après le bras de fer entre le
président Tandja et le groupe nucléaire français ; la société
minière d’Azelik (SOMINA), aux mains des Chinois, est
également sur le point de démarrer sa production d’uranium.
Par ailleurs, le gisement de charbon de Salkadamna est
prometteur tandis que la nouvelle cimenterie se confirme. Le
CSRD prend donc le pouvoir le 18 février dans un pays plein de
perspectives. Russes, Chinois, Européens, Canadiens, Africains
se ruent sur les opportunités d’affaires offertes par le Niger. A
Niamey, les salons de l’Hôtel Gaweye et du Grand Hôtel ne
désemplissent pas de businessmen venus pour faire des affaires
ou en simple repérage. C’est dans ce contexte que China
international Fund (CIF) tente une véritable OPA sur le Niger.
Le CIF est une société chinoise officiellement privée basée à
Hong Kong, et qui s’est spécialisée dans «les grands projets de
reconstruction nationale et de construction d’infrastructures
dans les pays en développement».
Selon Wikipedia, «le CIF et ses sociétés associées à
Hong Kong et Singapour ont investi plus de 20 milliards de
dollars dans d’instables dictatures africaines. La société est
sous le soupçon d’être en vérité une société d’État. Le
personnel clé a des liens avec les entreprises et organismes
gouvernementaux».
Le CIF a conclu, en octobre 2009, avec la junte
militaire alors au pouvoir en Guinée-Conakry, un accord minier
et en infrastructures de 7 milliards de dollars, en échange de
l’exploitation des ressources minières du pays (diamants, fer,
bauxite, pétrole). L’accord a finalement été dénoncé par les
nouvelles autorités guinéennes, si tôt le capitaine Dadis Camara
écarté du pouvoir.

- 25 -
Face à la junte nigérienne, le CIF a mis sur la table une
offre alléchante, associant la construction d’une nouvelle ville
de Niamey au transport aérien, en passant par la réalisation
d’une carte géologique. Jugez-en :
-Mise à disposition d’un terrain capable d’accueillir un projet
intégré de New Niamey (logements sociaux, écoles,
commerces, centres sportifs, centres de santé…) ;
-Envoi de 100 à 150 camions. Le choix a été fait d’affecter la
majorité des camions à la SNTN [société nationale des
transports nigériens] dans le cadre du plan de sa réhabilitation ;
-Offre de faire la carte géologique du Niger (carte à actualiser et
compléter) financé par l’Union européenne pour 7 milliards ;
-Envoi de 2 avions ATR-72 pour le démarrage des vols
intérieurs ;
-Réhabilitation de l’aéroport de Niamey : pavillon présidentiel,
aire de stationnement pour avions, clôture, extension de la salle
d’enregistrement et d’immigration ;
-Mise aux normes des aéroports de Zinder, Agadez et Diffa
-Une ligne de chemin de fer de 2000 km ;
-Une usine de ciment d’une capacité de production de 1000
tonnes.
En échange de ce «package» estimé à 5 milliards de
dollars, le CIF Limited devrait exploiter les ressources minières
du Niger jusqu’à rentrer intégralement dans ses fonds.
Le deal semble se mettre en place. Un accord cadre est
signé le 21 juillet 2010 dans la foulée d’une audience accordée
par le général Salou Djibo, président du CSRD, à Sam Xu,
président du CIF Limited.
Mais l’affaire, apportée au Niger par un certain SAM
avec le soutien d’un membre influent du CSRD, provoque de
vives tensions au sein de la junte. Dans la recherche d’un
compromis entre partisans et adversaires de l’arrivée du CIF, un
comité de pilotage est mis en place. Le CSRD n’obtient que la
vice-présidence du comité alors que les ministres des Finances,
des Mines, du Transport, de l’Urbanisme et de l’Équipement en
sont de simples membres.
Parallèlement, une mission gouvernementale est
dépêchée du 21 au 22 juillet 2010 à Luanda pour constater de
visu les réalisations du CIF en Angola. Elle comprenait le
- 26 -
ministre de l’Économie et des Finances, Malam Annou
Badamassi, le ministre des Mines et de l’Energie, Souleymane
Abba, et le ministre des Transports et de l’Urbanisme, Ahmed
Hamid. La mission débouche sur le document ci-après :
« Rapport de Mission à Luanda (Angola) – membres :
ministres de l’Économie et des Finances, des Mines, des
Transports et de l’Urbanisme- 21/22 juillet 2010
I. Objectif/Motivation :
A la suite de l’Accord cadre à Niamey le 21 juillet et
l’audience du PCSRD recevant M. Sam Xu, président de CIF
Limited, nous avons été invités à visiter les réalisations du CIF
à Luanda, Angola
II. Contexte angolais :
La guerre civile a détruit la plupart des infrastructures
du pays. Une fois la paix revenue, il y a eu un besoin urgent de
créer des infrastructures de base tels que les routes, les
logements, les aéroports… Ceci a justifié l’intervention du
secteur privé national et étranger dans ce travail de
reconstruction.
En 2003, le président angolais a décidé d’inviter M.
Sam Xu à venir investir en Angola. Ce dernier amena sa société
CIF qui commença à développer des projets dans les secteurs
de l’immobilier, du transport, de l’industrie (Investissement
dans une cimenterie, par exemple).
A ce titre, nous avons visité les 3 principaux projets en
cours d’exécution
1. Dans le secteur immobilier, un investissement de 30 millions
de dollars $ sur un terrain de 695 ha a été consenti afin de
loger 21000 personnes. Ce projet inclut des installations
sociales complètes (écoles, centres éducatifs et sportifs, centres
de santé ainsi que centres commerciaux). Nous avons
également visité la cimenterie en cours de construction qui
pourra produire jusqu’à 10.000 tonnes/jour et qui totalise 2400
employés. Cette cimenterie est à la base des projets immobiliers
et d’infrastructures.
2. En troisième partie, nous avons visité une usine de montage
de bus et véhicules 4X4 destinés au marché local et régional.
Les véhicules sont montés sous licence NISSAN. Les bus ont des
capacités de 40 places et les minibus de 19 places. Les
- 27 -
véhicules 4X4 sont des station-wagon et pick-up. Le prix
unitaire d’un bus de 40 places est de 90.000$ (environ 45
millions de FCFA) et celui d’un minibus de 19 places de
36000$ (environ 18 millions). Les 4X4 quant à eux varient entre
25000$ et 44000$ (entre 12,5 millions et 22 millions de FCFA).
Le siège de la société CIF est situé dans un immeuble
de 25 étages appelé «Luanda One» au centre-ville». Après leur
séjour à Luanda, les trois ministres tirent une conclusion
prudente : «A priori nous pensons qu’il [le CIF] a une bonne
fiabilité mais il va rester des analyses de projets et leurs études
économiques».
Alors que ses farouches adversaires ont été écartés de la junte
lors de la purge d’octobre 2010, le CIF ne réussira finalement
pas son atterrissage au Niger. La ligne de ceux qui prônaient la
prudence et appelaient à laisser les futures autorités élues
engager un tel projet l’a donc paradoxalement emporté.
Pourquoi ? C’est l’un des mystères de la transition.

- 28 -
4.
Coup de froid entre Seif Al-Islam Kadhafi et le
CSRD
En juin 2010, la confiance a fait place à la méfiance entre le
général Salou Djibo et le numéro 2 de son régime, le colonel
Abdoulaye Badié. Au point d’ailleurs où le président du CSRD
se déplace à l’étranger avec le Secrétaire permanent de la junte ;
celui-là même qui est censé assurer l’intérim à la tête de l’État
lors de ses absences du territoire national.
Après le Nigeria, la Libye offre aux deux chefs de la
junte l’occasion d’effectuer ensemble une visite à l’étranger. Il
faut dire qu’il y avait urgence à se rendre à Tripoli. Trois
Nigériens détenus en Libye sont exécutés le 30 mai 2010. La
Libye justifie la mesure en invoquant une décision de justice
rendue dans des affaires de droit commun et dépêche, dans la
foulée à Niamey, Rajab Mittah Abou Dabous, un conseiller de
Kadhafi. Après une entrevue avec le président du CSRD, qu’il
invite d’ailleurs à venir à Tripoli, l’émissaire libyen déclare :
«L’exécution de trois Nigériens était une décision de justice et
ne comporte aucun acte politique ou racial».
Ses propos ne suffisent pas à apaiser la vive émotion
suscitée au Niger par ces trois exécutions. Au nom du Collectif
des organisations de défense des droits de l’homme et de la
démocratie (CODDH), Moustapha Kadi s’entretient avec le
général Salou Djibo sur le sujet et fait, dans la foulée, des
révélations sur le sort d’autres Nigériens menacés d’exécution
en Libye. Le 10 juin 2010, il déclare dans un entretien accordé à
RFI : «Il y a 40 Nigériens qui attendent dans les couloirs de la
mort leur exécution. C’est un sujet qui fait couler aujourd’hui
beaucoup d’encre, puisque les Nigériens estiment que ce n’est
pas acceptable que les Libyens prennent des Nigériens comme
des animaux et les exécutent sans pour autant en informer les
autorités nigériennes».
Le défenseur des droits de l’homme révèle par ailleurs
que 11 Nigériens ont été exécutés en 2009. Salou Djibo ne peut
plus faire autrement que d’aller discuter directement de la
question avec Mouammar Kadhafi à Tripoli. Mais le voyage
- 29 -
commence mal. A Niamey, Mahamane Ousmane, directeur de
cabinet du président du CSRD, ordonne de ne pas embarquer à
bord du Mont Baguezam, l’avion présidentiel, Boubacar Faradj,
un proche de Seif Al-Islam, fils du Guide de la révolution
libyenne et président de la Fondation Kadhafi. Il lui reproche
des «activités illicites».
A Tripoli, le refus d’embarquer Boubacar Faradj, son
protégé, met Seif Al-Islam dans tous ses états. Même si la
délégation nigérienne est reçue avec tous les égards dus à son
rang (président du CSRD, Secrétaire permanent et plusieurs
ministres), l’ambiance n’est pas vraiment à la fête. L’ombre de
la «bévue» du directeur de cabinet plane sur la visite. Première
mesure de rétorsion, Seif Al-Islam refuse de participer à la
traditionnelle cérémonie d’échanges de cadeaux entre la
délégation nigérienne et ses hôtes libyens. Il ordonne d’ailleurs
que le cadeau qui lui est destiné ne soit pas accepté par la partie
libyenne. Ce qui fut fait ! Et les Nigériens ont donc dû repartir à
Niamey avec le cadeau apporté au président de la Fondation
Kadhafi.
Le reste de la cérémonie d’échanges de cadeaux se
déroule sans anicroche. Le président du CSRD est reparti, entre
autres, avec une belle montre, à l’effigie de Kadhafi. Une belle
montre-bracelet qu’il s’est empressé de porter et qu’il garda
pendant plusieurs mois. Les autres membres de la délégation
sont repartis chacun avec des cadeaux correspondant à son rang.
Des familiers des mœurs politiques libyennes disent que, très
généralement, ces cadeaux sont accompagnés d’argent en
espèces, des dollars en coupures de cent.
Sur le fond, après des négociations sous l’égide de la
Fondation Kadhafi, un accord est vite trouvé entre les
délégations nigérienne et libyenne. Il prévoit la suspension de
l’exécution imminente de 22 Nigériens condamnés à mort et le
rapatriement dans les plus brefs délais de 300 Nigériens détenus
dans les prisons libyennes pour différentes raisons. Salou
Djibo, le SP du CSRD et les ministres s’envolent le mercredi 13
juin 2010. Les ministres de la justice Abdoulaye Djibo, de
l’Intérieur Cissé Ousmane et de l’Enseignement supérieur
Laouali Dan Dah, également porte-parole du gouvernement,
sont dépêchés le 15 juin à Tripoli pour finaliser les modalités
- 30 -
pratiques de la mise en œuvre de l’accord de rapatriement des
Nigériens. Tous seront immédiatement libérés puis rapatriés
par vol spécial ; la Fondation Kadhafi s’occupant de verser des
indemnisations aux parties civiles libyennes dans les affaires
impliquant les ressortissants nigériens élargis.

- 31 -
5.
La vraie histoire du débarquement des forces
françaises au Niger

Photo n°3 : Déjà sérieusement minée par de nombreuses


affaires, la cohésion de la junte a volé en éclats avec le
débarquement des forces françaises au Niger.

- 33 -
Le choix du Niger comme première étape de la toute première
tournée en Afrique subsaharienne effectuée du 26 au 28 juillet
2012 par Laurent Fabius, ministre français des Affaires
étrangères, n’est pas le fait du hasard. Troisième producteur
mondial d’uranium, le Niger est un pays stratégique pour la
France dont l’électricité est à 80% d’origine nucléaire.
Le groupe français Areva, numéro un mondial du
nucléaire civil, dispose de trois mines au Niger. Il y a d’abord la
Société minière de l’Aïr (SOMAIR), une mine d’uranium à ciel
ouvert exploitée depuis 1971, dans laquelle Areva est
actionnaire majoritaire (69%), loin devant le Niger dont les
parts sont détenues par la Société de patrimoine du Niger
(SOPAMIN, 31%). Il y a ensuite la Compagnie minière
d’Akouta (COMINAK), créée en 1974, la deuxième plus
grande mine encore en activité en Afrique, dans laquelle Areva
détient la part majoritaire avec 34%.
Enfin, Areva détient 66,65% des parts dans Imouraren,
la plus grande mine d’uranium au monde qui commencera sa
production probablement en 2015. Avec 250 mètres de
profondeur, 2500 km de galeries, Imouraren devrait produire
5000 tonnes d’uranium chaque année. Ces enjeux expliquent
bien pourquoi la France a réagi vite et fort lorsque le 16
septembre 2010 sept employés d’Areva et de son sous-traitant
Vinci sont enlevés à Arlit, dans le Nord du Niger.
A Niamey, cette affaire d’otages ne peut pas plus mal
tomber. Salou Djibo, le chef de la junte, s’apprête à quitter le
pays le 18 septembre dans la soirée pour se rendre à
l’Assemblée générale des Nations unies à New York. La veille
de son départ, le général Salou Djibo reçoit à sa résidence le
colonel Badié, N°2 de la junte, pour la passation des consignes.
Les deux hommes sont rejoints un peu plus tard par le général
Salou Souleymane, chef d’état-major des Forces armées
nigériennes (FAN). Faut-il accueillir une force française
permanente après l’enlèvement d’Arlit ? Faut-il seulement
autoriser l’armée française à se ravitailler en carburant à
Niamey et à survoler l’espace aérien nigérien ?

- 34 -
Après échanges d’arguments et analyse de la situation,
les deux plus hauts responsables de la transition conviennent
d’une position claire : pas de base militaire française au Niger.
Seul problème, c’est que le général Salou Souleymane s’est
déjà entretenu de la question avec son homologue français,
l’Amiral Édouard Guillaud, à qu’il a donné l’assurance que le
Niger accordera une suite favorable à la requête française10.
En effet pour l’armée française, l’idéal pour se
déployer, c’est Niamey. Selon une fiche établie par l’état-major
particulier du président du CSRD, les Français ont avancé le
souci d’une meilleure autonomie et de la discrétion pour
s’installer à Niamey. A Paris, on met la pression pour obtenir
du Niger la décision d’abriter la base. Devant l’instance
française, une deuxième réunion sur le sujet se tient, le 18
septembre dans la soirée, dans les salons d’honneur de
l’aéroport Diori Hamani de Niamey, peu avant le départ de
Salou Djibo pour Paris puis New York.
Entre-temps, le Premier ministre Mahamadou Danda et
le ministre de la défense, le général Mamadou Ousseïni, ont été
sensibilisés par Salou Souleymane, chef d’état-major général
des FAN sur l’urgence de donner carte blanche aux forces
françaises pour atterrir à Niamey. La décision est alors prise
d’autoriser la France à positionner ses avions pour effectuer des
vols de reconnaissance au-dessus de la zone probable de
détention des otages. Le colonel Badié est chargé d’en informer
oralement l’ambassadeur de France à Niamey Alain Holleville
dans la nuit même. Ensuite, de lui confirmer par écrit la
décision. Ce qu’il fit. Comme s’il doutait que l’information
allait être donnée, le chef d’état-major des FAN avait lui aussi
téléphoné dans la nuit même à deux hautes personnalités
françaises, dont l’Attaché militaire français à Niamey, Hervé
Pilette. Il leur confirme le feu vert du Niger11 pour le

10
Il l’a reconnu dans sa déposition le 24 février 2011 devant la Cour
d’État, en justifiant cela par un accord conclu lors d’un entretien entre
Nicolas Sarkozy et le général Salou Djibo (voir déposition en annexe).
11
Dans sa déposition devant la Cour d’État, le général Salou
Souleymane a invoqué l’urgence pour expliquer pourquoi il a
- 35 -
déploiement des troupes françaises. Aussitôt dit, aussitôt fait.
La France déploie une importante force au Niger :
- 2 avions Breguet Atlantique avec 5 équipages
- 1 avion Falcone 50 avec 2 équipages
Au total, 115 militaires français de tous grades ont été
déployés au Niger pour participer à la traque des ravisseurs des
employés d’Areva et de son sous-traitant Vinci. Pendant ce
temps, côté nigérien, une cellule de crise est mise en place, sous
l’égide du SP du CSRD, pour gérer le dossier des otages. La
première réunion de la cellule convoquée le 19 septembre 2010
échappe de peu à l’échec total. Alors que les participants
devaient se retrouver à la «Villa verte», épicentre du pouvoir
CSRD, plusieurs d’entre eux sont aiguillés vers la Primature.
Selon le diplomate nigérien Aboubacar Abdou,
participant à cette réunion, il y a eu pendant les discussions
«des échanges très virulents entre le ministre de l’Intérieur
Cissé Ousmane et le ministre de la Défense, le général
Mamadou Ousseïni, et que les officiers auraient convenu de
proposer au Chef de l’État la destitution du ministre de
l’Intérieur [à son retour de New York]». 12
La crise des otages crée donc une crise au sein de la
junte. La situation restera en l’état jusqu’au retour à Niamey du
général Salou Djibo le 26 septembre 2010. Il trouve alors sur
son bureau une fiche de son état-major particulier datée du 27
septembre13. Celui-ci recommande la conduite à tenir dans la
crise des otages :
«Le positionnement des troupes françaises sur le
territoire national nuit gravement à l’image du Niger en
général et des Forces armées nigériennes (FAN) en particulier.
En effet, il donne l’impression que les FAN sont incapables de
faire face à la menace que constitue AQMI et qu’elles ont
besoin du renfort de la France. La présence du détachement
français au Niger ne se justifie plus et ne s’est d’ailleurs jamais

téléphoné au ministre français de la Défense et à l’Attaché de défense


français.
12
Déposition en date du 22 février 2011 devant la Cour d’État.
13
L’état-major particulier du président du CSRD était à l’époque
dirigé par le général Hamadou Moussa Gros.
- 36 -
justifiée. En effet, bien qu’il eût été évident dès les instants
ayant suivi l’enlèvement que les otages avaient été conduits au
Mali, les Français ont demandé à établir leur base à Niamey,
prétextant y disposer d’une meilleure autonomie et de la
discrétion requise. Ainsi, il est urgent de convenir avec les
Français d’une date pour mettre fin à ce détachement qui n’est
plus fondé, en se référant à l’avis même du CEMA [Chef d’état-
major des armées] français qui a déclaré qu’une action
militaire pour la libération des otages n’est pas à l’ordre du
jour».
Plus loin, le chef d’état-major particulier du chef de la
junte de conclure : «La présence du détachement militaire
français pose un préjudice sérieux à la souveraineté nationale.
En effet, elle remet en question l’aptitude des Forces de défense
et de sécurité à mener une quelconque lutte contre AQMI. En
outre, cette présence dont le but premier était de mener des
actions en mesure de participer à la libération des otages n’est
plus pertinente avec la nouvelle attitude adoptée par les
autorités françaises qui ont exclu la possibilité d’une opération
militaire contre les preneurs d’otages. Enfin, pour éviter qu’à
l’avenir de telles situations ne se reproduisent, les autorités
nigériennes doivent rediscuter avec les différents partenaires le
mode de sécurisation des sociétés minières. Il serait plus
convenable que ces sociétés contribuent véritablement, aux
côtés de l’État, à la création d’une force spéciale pour la
sécurisation des sites stratégiques. Cette force pourrait être
construite avec l’esprit des forces spéciales et dotée des moyens
aériens légers (Hélicoptères de combat et de reconnaissance,
Drones armées et de reconnaissance, etc.). Cependant, toute
cette démarche ne pourra donner de résultat probant sans une
implication forte des services de renseignement qui pour
l’instant méritent une restructuration profonde».
La crise des otages restera le dernier acte de collégialité
de la junte nigérienne. Moins d’un mois après l’enlèvement des
7 employés d’Areva et de son sous-traitant, le Secrétariat
permanent du CSRD est supprimé le 10 octobre. Son titulaire,
le colonel Abdoulaye Badié, a été rétrogradé au rang de simple
membre de l’instance dirigeante de la junte. Un autre acteur
principal de la crise, le colonel Abdou Issa Sidikou est relevé
- 37 -
de ses fonctions à la tête de la Garde nationale. Coup sur coup,
le colonel Amadou Diallo est débarqué de son poste de
Commissaire du gouvernement près le tribunal militaire puis de
ses fonctions de ministre de l’Équipement. Tous trois seront,
dans la foulée, arrêtés avec le lieutenant-colonel Amadou
Boubacar Sanda pour «complot contre l’autorité de l’État».
Pendant que la junte se déchire à Niamey, les 7 otages voient
leur détention se prolonger dans le Nord du Mali. Trois d’entre
eux, le Malgache Jean-Claude Rakatorilalao, le Togolais Alex
Awando et la Française Françoise Larribe, seront libérés le 25
février 2011 contre le paiement d’une rançon estimée à près de
13 millions d’euros. Les 4 autres sont encore aux mains de leurs
ravisseurs.

- 38 -
6.
Main basse sur SAHEL COM et SONITEL

Photo n°4. Passation de pouvoir entre le général Salou Djibo (à


gauche) et le nouveau président démocratique élu, Issoufou
Mahamadou (à droite). Ce dernier n’a pas tardé, deux mois seulement
après son entrée en fonction, de remettre en cause l’attribution par la
junte de la licence de téléphonie mobile au groupe libyen LAP
GREEN NETWORK.

- 39 -
Alors que le compte à rebours pour le premier tour de l’élection
présidentielle est déjà lancé, les Nigériens apprennent, à la
stupéfaction générale, le 11 janvier 2011, que le CSRD venait,
à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres, d’attribuer la
SONITEL et sa filiale de téléphonie mobile SAHEL COM au
groupe libyen LAP GREEN NETWORK.
En échange de 31 milliards de FCFA et d’un lot de
promesses d’investissements, le groupe libyen, propriété de Seif
Al-Islam et de la famille Kadhafi, s’offre 51% des parts de
SONITEL, l’opérateur historique nigérien. La volonté absolue
de la junte de boucler cette transaction avant la fin de la
transition n’aura finalement échappé à personne. Mais bien plus
grave, la junte a pris sur elle de réattribuer la licence aux
Libyens qui venaient d’être écartés de SONITEL et de
SAHELCOM par le président Mamadou Tandja, justement
faute d’avoir rempli le cahier des charges prévu à la signature
du contrat en 2002.
Après sept années d’exploitation de la licence,
SAHELCOM ne comptait que 300 abonnés et avait une des
plus mauvaises couvertures réseau du pays14. Pourquoi donc la
junte, qui est en train de boucler ses affaires pour laisser place
aux autorités élues, a-t-elle cru devoir conclure le marché avec
LAP GREEN ?
Il ne faut nullement esquiver la question : c’est une
histoire de gros sous ! Au Niger comme ailleurs en Afrique, la
téléphonie mobile est une des affaires les plus rentables. Malgré
l’uranium, l’or et le charbon, les sociétés minières réalisent au
Niger beaucoup moins de bénéfices que les opérateurs de
téléphonie présents dans le pays.
Dès l’installation du CSRD, un intense lobbying s’est
mis en place en faveur des Libyens. Une des premières pistes
explorées est celle qui mène chez le Secrétaire permanent du
CSRD, le colonel Abdoulaye Badié. Les démarcheurs mettent
sur la table des commissions mirobolantes allant jusqu’à 1
million de dollars, voire bien plus. Mais cette piste ne prospère
guère ; l’intéressé connaît trop bien les enjeux de la téléphonie

14
Chiffre tiré de l’hebdomadaire nigérien La Roue de l’Histoire daté
du 24 février 2010.
- 40 -
mobile et ses perspectives pour mordre à l’appât. Il n’a pas non
plus oublié que les Libyens venaient d’être écartés de la
SONITEL et de SAHELCOM par Mamadou Tandja.
Des pistes alternatives sont alors recherchées. Parmi
elles, celle qui passe par Ali Djibo, homme d’affaires et frère
aîné de Salou Djibo. Perspicace et déterminé, le lobby libyen
parvient à faire avancer son dossier. Alors que le marché n’est
pas loin d’être conclu, l’affaire devient une réelle pomme de
discorde dans les rangs du CSRD. Les adversaires du fonds
libyen ne veulent pas en entendre parler et sont prêts à aller à la
crise interne, si nécessaire !
Le dossier restera en stand by jusqu’au 15 octobre 2010.
Après la suppression du Secrétariat permanent du CSRD, la
collégialité est abandonnée dans la gestion de la transition.
Sentant le vent tourner, les lobbyistes reviennent à la charge. Ils
organisent le voyage de quelques personnes proches du CSRD à
Tripoli pour leur faire rencontrer des dirigeants de LAP
GREEN et des collaborateurs de Seif El-Islam. Le dossier se
débloque à la fin de la transition. Les Libyens tiennent leur
revanche, eux que Tandja avait écarté sans ménagement. Une
fois aux affaires, les nouvelles autorités nigériennes découvrent
que six mois après l’attribution de la licence, LAP GREEN n’a
toujours rien payé.
En dépit de nombreuses relances, rien ne bouge côté
libyen. Le 3 juin 2011, les députés nigériens décident de retirer
du budget national les 31 milliards de FCFA promis par les
Libyens. Le 14 juin 2011, soit deux mois seulement après son
entrée en fonction, le nouveau président nigérien Issoufou
Mahamadou décide de la nationalisation de SONITEL et
SAHELCOM. Toutefois, aucune enquête ne sera menée pour
savoir pourquoi et comment la junte a-t-elle décidé de remettre
en scelle les Libyens, à seulement quelques jours de la fin de la
transition ?

- 41 -
7.
Quand Anne Lauvergeon provoque des
tensions gouvernementales à Niamey

En théorie, Anne Lauvergeon, alors présidente du directoire


d’Areva, est une cheffe d’entreprise comme toute autre. Elle est
pour le Niger un des cent patrons de sociétés avec lesquels le
pays discute de la mise en valeur de ses ressources minières.
Mais dans les faits, les choses sont beaucoup moins simples.
Anne Lauvergeon dirigeait, à l’époque de sa visite à Niamey, le
numéro 1 mondial du nucléaire civil. Areva est le second
employeur au Niger, après la fonction publique avec plus de
2500 employés. Chaque président nigérien, qui passe dans la
capitale française, a toujours un rendez-vous bien calé sur son
agenda avec la présidente du directoire d’Areva. Et forcément,
lorsque Anne Lauvergeon se rend à Niamey pour une visite de
travail de deux jours, son voyage devient un événement
national.
Du reste, le contexte de cette visite est doublement
particulier. D’abord, la visite intervient moins d’un mois après
l’enlèvement le 16 septembre 2010 à Arlit, dans le Nord du
Niger, de 7 employés d’Areva et de son sous-traitant Vinci. La
présidente d’Areva sait qu’elle est attendue à la fois par les
autorités nigériennes, qui souhaitent discuter avec elle de la
sécurisation des sites miniers, et par les employés du groupe,
notamment à Arlit, théâtre de l’enlèvement. La visite de Anne
Lauvergeon intervient par ailleurs après une première entrevue
infructueuse, en juillet 2010, à Paris avec Salou Djibo.
Selon des témoins, la première rencontre entre le chef
de la junte et la présidente du directoire d’Areva ne s’est pas
très bien passée à la Celle-Saint-Cloud, résidence d’État du
Niger, en région parisienne. Alors que la patronne du directoire
d’Areva essayait de lui vendre l’idée d’un prêt de 30 millions
d’euros au Niger en échange d’une cession de la part du pays
dans le capital d’ Imouraren, le chef de la junte nigérienne lui
s’indignait du peu de solidarité d’Areva face à la crise
alimentaire qui frappe son pays.

- 43 -
La veille de l’arrivée de la patronne d’Areva à Niamey, le
Premier ministre Mahamadou Danda tient, ce mercredi 29
septembre, une réunion interministérielle pour régler les
derniers détails de la visite de travail. Autour de lui : le ministre
de l’Intérieur Cissé Ousmane, son collègue des Affaires
étrangères Mme Touré Aminatou Maïga et le ministre des
Mines et de l’Énergie Souleymane Mamadou Abba. Premier
point de discussions : qui va accueillir la patronne d’Areva ?
Les regards se tournent naturellement vers le ministre
des Mines et de l’Énergie, premier département concerné par la
visite de l’ex-sherpa de François Mitterrand. Très sourcilleux
sur les textes, Me Abba ne veut pas se déplacer jusqu’à
l’aéroport pour Anne Lauvergeon. Il se défend en arguant de ce
qu’il est en rapport avec les directeurs de 165 sociétés ayant des
permis miniers au Niger et que s’il devait accueillir chacun
d’entre eux à son passage à Niamey, il ne lui resterait plus du
temps pour ses dossiers.
La ministre des Affaires étrangères insiste pour que
Anne Lauvergeon soit accueillie par un membre du
gouvernement. En pure perte ! Me Abba ne cède pas.
Mahamadou Danda tente de concilier les positions mais ne
tranche pas. Ce sera finalement le secrétaire général du
ministère des Affaires étrangères, Boubacar Boureima, qui
s’emploiera à la tâche.
Deuxième point de débat : faut-il ou non une escorte
policière pour Mme Lauvergeon ? Là encore, les points de vue
sont divergents. D’un côté, ceux qui pensent que l’escorte n’est
pas justifiée pour un chef d’entreprise, fût-il le patron du
numéro 1 du nucléaire. De l’autre, les partisans farouches de
l’escorte pour la présidente du directoire d’Areva, qui
expliquent que l’escorte policière est un simple signe
d’hospitalité. Finalement, la patronne d’Areva bénéficiera d’une
escorte bien fournie : motards, gyrophares. A sa descente
d’avion, son escorte l’emmène directement de l’aéroport Diori
Hamani à la «Villa verte» où elle est aussitôt reçue par le
général Salou Djibo.
Après Niamey, la présidente du directoire d’Areva doit
se rendre à Arlit pour rencontrer le personnel encore sous le
choc de l’enlèvement de ses membres le 16 septembre 2010. Un
- 44 -
dispositif exceptionnel de sécurité est mis en place autour du
site minier, dans la ville d’Arlit et ses alentours. Pas question
de prendre le moindre risque : le ministre de l’Intérieur Cissé
Ousmane est à la manœuvre.
Deux avions sont affrétés pour transporter la délégation
de Niamey à Arlit. Le premier avion décolle avec à son bord le
ministre nigérien des Mines et de l’Energie Souleymane Abba
et le Haut-Commandant de la Garde nationale, le colonel
Abdou Issa Sidikou.
Sur place à Arlit, le détachement de la garde nationale
leur rend les honneurs et reste en place. Le chef du détachement
explique alors à son Haut-Commandant qu’il a reçu consigne de
rendre les honneurs militaires à Anne Lauvergeon. Le colonel
Sidikou donne aussitôt un contre-ordre, en expliquant que les
honneurs ne sont rendus qu’aux membres du gouvernement ou
aux personnalités publiques. Pas à une cheffe d’entreprise, fût-
elle Anne Lauvergeon !
Quelques jours seulement après le départ de Anne
Lauvergeon, et cet incident d’Arlit, une note de renseignement
datée du 6 octobre intitulée : « Au sujet du Haut-Commandant
de la Garde nationale » s’en prend à Abdou Issa Sidikou. Le
texte est d’une indigence extraordinaire pour une note de
renseignement : «Des informations recueillies dans différents
milieux (principalement militaire), il ressort que le Haut
Commandant de la Garde nationale se plaint beaucoup du
ministre de l’Intérieur auquel il reproche de l’humilier en
permanence. Le Haut-Commandant est, rapporte-t-on, dans un
tel état d’esprit que d’aucuns craignent qu’il tente (si ce n’est
déjà fait) de dresser certains cadres de l’Armée contre le
ministre». On connaît la suite, le colonel Abdou Issa Sidikou
sera ensuite démis de ses fonctions puis arrêté le 15 octobre
2010 pour «complot contre l’autorité de l’État». Il sera détenu
pendant huit mois avant d’être totalement blanchi en mai 2011
des accusations portées injustement contre lui et ses trois co-
accusés.

- 45 -
8.
Comment le général Moumouni Boureima
échappe à son arrestation

Commandant de zone, préfet-président de la communauté


urbaine de Niamey, ministre de l’Intérieur, chef d’état-major
général des Forces armées pendant plus de dix ans : à tous
points de vue, le général Moumouni Boureima, plus connu sous
le sobriquet de «Tchanga», aura eu une carrière militaro-civile
peu fréquente au Niger. Pour certains, il fut, sans doute, un des
officiers les plus brillants de sa génération. Son charisme et son
courage sont mis en avant par ses admirateurs. Il fut d’ailleurs
un des acteurs de premier plan du coup d’État de janvier 1996
qui a renversé le président Mahamane Ousmane, tout comme il
a pris une part active au coup d’État de 1999 qui coûta la vie au
général Baré. Le général Moumouni avait échappé de peu à la
mort le 8 juillet 2008 lorsqu’un véhicule de son convoi a sauté
sur une mine entre Tizerzit et Iférouane, dans le Nord du Niger.
Toutefois, la carrière de cet officier du génie militaire,
formé notamment en Allemagne, ne fut pas un long fleuve
tranquille. L’accusant de laxisme après la cuisante défaite de
l’armée face aux rebelles du Mouvement des Nigériens pour la
justice (MNJ) en juin 2008 à Tizerzit, le Mouvement patriotique
pour la défense de la nation et du peuple (MPDNP) de Nouhou
Arzika avait, à cor et à cri, réclamé son limogeage de ses
fonctions de chef d’état-major des FAN.15
Mais le président Tandja n’a pas donné suite à cette
revendication insistante de la partie de la société civile
nigérienne qui soutenait bruyamment sa stratégie de fermeté
contre le MNJ. A vrai dire, entre le président Tandja et le
général Boureima, les relations ont toujours été ambigües. Le
premier a besoin du second pour s’assurer que l’armée ne
bougera pas, tandis que le second a lui besoin du premier pour
garder sa position de rentes. Lorsque le coup d’État arrive le 18

15
L’armée nigérienne avait repris au MNJ, peu de jours après sa
débâcle du 22 juin 2008, le poste avancé de Tizerzit en tuant le
numéro 2 du mouvement rebelle le capitaine Acharriff Mohamed.
- 47 -
février 2010, le général Moumouni Boureima est assis dans son
bureau à l’état-major des armées, non loin du palais présidentiel
où se tenait le conseil des ministres fatal au régime du président
Tandja.
Contrairement à la tradition dans les coups d’États, les
putschistes ne se soucient pas de neutraliser le chef d’état-major
le 18 février. Après les premiers coups de feu, le président
Tandja a même eu le temps de joindre au téléphone le général
Boureima pour savoir si la riposte pouvait être engagée. C’était
déjà trop tard ! Aussitôt, les meneurs de l’opération connus, le
général Boureima découvre qu’il les connaît tous.
En effet, c’est lui qui a nommé le général Salou Djibo,
alors commandant à la Compagnie d’appui, de commandement
et de service (CCAS) ; le colonel Abdoulaye Badié, numéro 2
de la junte, est un de ses plus proches collaborateurs en sa
qualité de directeur central de l’Intendance militaire, un des
principaux services centraux de l’armée. Le général Boureima
connaît également très bien les autres membres de la junte. Il ne
vient donc à l’esprit d’aucun des putschistes d’arrêter
«Tchanga». Ni même d’ailleurs de le mettre en résidence
surveillée. Il se retire alors dans sa maison personnelle de
Koubia, quartier résidentiel chic de Niamey. Puis, la junte lui
trouve une porte de sortie honorable en le nommant
ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Niger auprès
de la République arabe d’Égypte.
L’ancien flamboyant chef d’état-major, réputé pour ses
coups de gueule, se fait discret, il évite d’indisposer ses anciens
collaborateurs propulsés aux commandes de l’État. Pourtant,
une note de renseignement datée du 07 octobre le met en cause
dans le complot contre le CSRD, reproché aux colonels
Abdoulaye Badié, Amadou Diallo, Abdou Issa Sidikou et au
lieutenant-colonel Amadou Boubacar Sanda.
Intitulée «Au sujet d’une conspiration visant
l’élimination du chef de l’État», la note se lance ainsi qu’il suit :
«Des informations recueillies (auprès d’une source
ayant ses entrées en milieu concerné) font état d’une
conspiration visant à éliminer le chef de l’État et animée par un
groupe d’officiers composé :
-Général Moumouni Boureima
- 48 -
-Colonel Abdoulaye Badié
-Colonel A. Sanda
-Colonel A. Garba
-Colonel A. Sidikou
-Colonel Mahamadou Mounkaila dit Limbo»
Après avoir dressé la liste des putschistes présumés, nos
fins limiers poursuivent leur travail d’information : «Selon
notre source, les conjurés ont déjà tenté d’attenter à la vie du
Chef de l’État à son retour des États-Unis (avec la complicité
de certains éléments de l’armée) et l’opération n’aurait échoué
que grâce à l’intervention du Ministre de l’Intérieur qui
aurait[sic] changé à la dernière minute le dispositif initial
prévu sur le tarmac de l’aéroport»16 .
La note se poursuit en tressant des lauriers au ministre
Cissé Ousmane : «Toujours d’après notre source, les conjurés
tiennent le Ministre de l’Intérieur comme l’unique obstacle
pour arriver à leurs fins, ce qui fait qu’actuellement, ils ont
monté une campagne visant à le discréditer tant du côté
militaire que civil».
On connaît les conséquences tirées de cette note de
renseignement. Les colonels Badié, Diallo, Issa Sidikou et le
lieutenant-colonel Aboubacar Sanda sont arrêtés pour le soi-
disant complot colporté dans la note. Le général Moumouni
Boureima devait connaître le même sort. Mais lorsque les
gendarmes arrivent à Koubia pour l’arrêter, il s’est déjà envolé
pour Le Caire.
Ancien ministre de l’Intérieur, chef d’état-major
pendant plus de dix ans, «Tchanga» a gardé dans la police et
l’armée des réseaux. Un de ses fidèles l’a averti de l’imminence
de son arrestation. Et une belle occasion s’est présentée pour
s’échapper en douce. L’équipe nationale égyptienne, les
Pharaons devaient repartir au Caire le 5 octobre après avoir

16
Cette présentation faisant du ministre de l’Intérieur Cissé Ousmane
le super héros de la neutralisation du coup d’État contre le CSRD s’est
retrouvée dans plusieurs journaux de Niamey. Sauf qu’après ses
investigations minutieuses, la Cour d’État a conclu que cette tentative
de coup d’État n’a existé que dans la tête de ceux qui l’ont inventée, à
dessein.
- 49 -
livré à Niamey le match aller contre le Mena, dans le cadre des
éliminatoires pour la Coupe d’Afrique des Nations 2012.
L’ancien chef d’état-major se débrouille pour trouver une place
sur le vol spécial ; son nom n’apparaît pas dans le manifeste de
l’équipage. Il atterrit tranquillement au Caire avec les Pharaons.
Il vient d’échapper à huit mois de détention arbitraire.

- 50 -
9.
Le faux coup d’État du 3 août

La tradition est immuable. Le 3 août, jour anniversaire de


l’indépendance nationale, est réglé comme du papier à musique.
La veille au soir, le président de la république prononce son
traditionnel message à la Nation. Le lendemain, les plus hautes
autorités de la république se retrouvent dans la matinée sur un
site choisi à cet effet pour procéder à une plantation d’arbres,
une pratique instaurée depuis que la fête nationale est devenue,
en 1975, fête de l’arbre.
Dans l’après-midi, tout ce que le pays compte de
dignitaires se donne rendez-vous au Stade Seyni Kountché pour
assister à la finale de la Coupe nationale. En ce 3 août 2010,
l’affiche est alléchante. L’association sportive des forces armées
nigériennes (AS/FAN) va croiser le fer avec l’équipe sportive
de la Garde nationale du Niger. Tour à tour, les dignitaires
arrivent dans la loge VIP du stade : les hauts fonctionnaires, les
officiers supérieurs et officiers généraux, les directeurs
généraux des plus grandes sociétés puis les ministres et les
membres du CSRD, la junte qui dirige depuis le 18 février le
pays. Le colonel Badié, numéro 2 de la junte, a pris place dans
la tribune aux côtés du général Maï Manga, ministre de la
Jeunesse et des Sports. L’heure du coup d’envoi du match
approche à grands pas. Et toujours pas de délégation du général
Salou Djibo à l’horizon. Personne ne s’en inquiète outre
mesure. Il s’agit, pense-t-on, peut-être d’un simple retard. Puis,
un émissaire arrive pour annoncer au colonel Badié la nouvelle :
le président du CSRD ne viendra pas à la finale, il est indisposé.
Sur le moment, tout se passe sans accroc : le coup
d’envoi du match est donné par le Secrétaire permanent du
CSRD et le ministre de la Jeunesse et des Sports. A l’issue des
90 minutes, l’AS/FAN remporte la Coupe nationale sur le score
de 2 buts à 1. Le numéro 2 du CSRD remet au capitaine de
l’AS/FAN le trophée et l’enveloppe prévue pour le vainqueur.
La finale de la Coupe nationale se termine. Et les spéculations
- 51 -
sur l’absence du chef de l’État à la finale de la Coupe nationale,
fait exceptionnel dans la république, commencent. Toutes sortes
de raisons sont envisagées.
Mais la vérité est celle-là : Salou Djibo a été convaincu
de ne pas venir au stade pour échapper à un coup d’État
fomenté par le colonel Badié, avec la complicité du colonel
Amadou Diallo. Cette accusation a même été précédée par une
campagne de notes de renseignement mettant en cause le
colonel Badié. Celle du 5 mai intitulée «D’un sabotage de la
transition en cours» se résume ainsi : «Des renseignements
recueillis de source proche de l’intéressé, il ressort que des
officiers membres du CSRD solliciteraient le service des
maîtres de la science occulte pour affaiblir le président Salou
Djbo afin qu’il désiste [sic] volontairement à sa mission. L’on
citerait entre autres, le SP/CSRD (très ambitieux pour le
fauteuil présidentiel), le colonel Diallo, et le général Maï
Manga Oumara».
Environ un mois plus tard, une nouvelle note datée du 2
juin sonne la charge contre le colonel Badié. Intitulée «Du
SP/CSRD», elle ne fait pas dans la nuance : «Des informations
recueillies en milieu militaire, il ressort [sic] le SP/CSRD
Abdoulaye Badié chercherait à tout prix un mécanisme lui
permettant de mettre en danger le président Salou Djibo. Selon
la source, l’intéressé serait toujours aux aguets et attendrait
qu’une situation de trouble se crée afin de remplacer Salou
Djibo».
Plus loin, la note se conclut par un nota bene qui
résume l’esprit de ceux qui ont inventé le coup d’État du 3
août : «Il est fort à craindre que l’intéressé utiliserait [sic]
l’arsenal de son escorte [resic] pour tenter de changer la
tendance actuelle».
En clair, le colonel Badié s’apprêtait le 3 août à
fomenter son coup d’État avec des éléments de son escorte. Il
était lui-même présent, avec d’autres complices, sur les lieux où
les putschistes prévoyaient de neutraliser Salou Djibo. Ce détail
a totalement décrédibilisé le soupçon de coup d’État. Dans une
déposition faite le 11 février 2011 devant la Cour d’État, le
capitaine Issa Adamou a expliqué que «celui qui dirige un coup

- 52 -
d’État n’est pas sur le champ des opérations et que le plus
souvent il fuyait en cas d’échec».
Le colonel Badié peut-il avoir prévu de prendre le
pouvoir le 3 août 2010 lors de la finale de la Coupe nationale et
être au Stade Général Seyni Kountché ? Pourquoi après la finale
des poursuites n’avaient pas été engagées contre les conjurés ?
Toujours est-il qu’en octobre, le même colonel Badié
est accusé, avec la complicité cette fois encore du colonel
Diallo, d’avoir planifié un coup d’État. Comme lors du fameux
coup d’État du 3 août, le numéro 2 de la junte était présent à
l’aéroport pour accueillir le chef de l’État de retour de New
York. Il était censé le renverser ce jour-là, le 25 septembre
2010.
A la différence du premier «faux coup d’État», cette
fois les conjurés sont officiellement accusés d’avoir ourdi un
complot «qui consistait à mettre un terme à la présente
transition, y compris en attentant à la vie du président».
Lue par le porte-parole du CSRD, le colonel
Abdoulkarim Goukoye, la déclaration, sortie après une semaine
de cogitation, ajoute que le dessein des putschistes présumés
«était de remettre en cause tous les engagements pris par le
CSRD et de confisquer le pouvoir d’État à leur propre profit
alors même que nous tendons vers le rendez-vous capital du
référendum constitutionnel qui va consacrer irrémédiablement
le début du processus qui, dans les cinq mois à venir, remettra
notre pays sur les rails de la démocratie et de l’État de droit».
Et le communiqué d’ajouter : «Grâce à Dieu, les
services compétents de l’État ont réussi à confondre les
instigateurs de cette malheureuse aventure et de mettre fin à
leur sombre dessein».
Sauf que le communiqué du CSRD a été taillé en pièces
par l’arrêt de la Cour qui a dit, en substance, après avoir
examiné point par point les accusations portées contre les
prévenus, qu’il «n’y a pas eu une résolution d’agir et que même
si tel était le cas, cette résolution n’avait pas été concertée
entre les inculpés, puis arrêtée par eux».

- 53 -
10.
Salou Djibo, la SML et les Canadiens

Photo n°5. Le chef de la junte (ici, au milieu) n’a pas réussi à rétablir
l’équité et le profit mutuel dans les rapports entre le Niger et les
sociétés canadiennes actionnaires de la SML. On retiendra qu’un
conseil d’administration de la société dûment convoqué n’a pu se
tenir du fait des agissements d’un inspecteur d’Etat, parent de Salou
Djibo.

- 55 -
Le Conseil d’administration a été dûment convoqué. Les
administrateurs canadiens représentant SEMAFO et
STRUCSCAN sont déjà arrivés à Niamey, leurs dossiers sous
les bras. Du côté de la partie nigérienne, le ministre des Mines
Souleymane Mamadou Abba et ses collaborateurs sont fin prêts
et n’attendent que les discussions. Arrive donc le 24 juin 2010,
date du Conseil. Une demi-heure avant l’ouverture de la
session, le ministre des Mines est appelé sur son téléphone
portable par le président du CSRD Salou Djibo, himself ! La
conversation est brève mais ne souffre d’aucune ambiguïté : il
n’est pas question de tenir ce jour-là le conseil d’administration.
Un point, c’est tout ! A la tête de l’État, comme à la caserne,
les ordres sont les ordres.
Prudent, le ministre, tout en obtempérant à l’injonction
du chef de l’État, choisit d’en référer à son supérieur
hiérarchique : le Premier ministre, Mahamadou Danda. Celui-ci
est encore plus embêté que son ministre. Lui qui connaît bien
les Canadiens, lui qui travaillait encore avec eux juste avant de
devenir PM. Que faire alors ? Plutôt que d’en parler directement
au général Salou Djibo, M. Danda s’en ouvre au Secrétaire
permanent du CSRD, numéro 2 de la junte et homme encore
capable d’aborder la question avec le grand chef.
Après une entrevue à la «Villa verte» entre les deux
cerveaux du coup d’État du 18 février, Salou Djibo lève son
véto à la tenue du Conseil d’administration. Le feu vert est
assorti de l’exigence d’un audit sur la Société des mines du
Liptako (SML). MM. Danda et Abba jubilent, eux qui auraient
eu toute la peine du monde à expliquer aux Canadiens pourquoi
le Conseil ne se tient pas alors même qu’ils ont traversé les
océans pour être à Niamey. Pour autant, la partie n’est pas
totalement gagnée !
Alors que les administrateurs nigériens et canadiens ont
pris place autour de la table, surgit M. Ayouba Hassan,
inspecteur d’État de son matricule, mais surtout cousin direct du
général Salou Djibo. Flanqué d’un garde républicain armé, il
exige de prendre part au Conseil. Au nom de la défense des
intérêts du Niger, explique-t-il benoîtement. Les administrateurs
- 56 -
canadiens refusent, les Nigériens sont embêtés. Imbu de son
pouvoir d’inspecteur d’État, doublé de sa parenté proche avec le
chef suprême de la junte, M. Ayouba Hassan refuse d’entendre
raison. Et le conseil finit par ne pas se tenir ; à la grande
désolation des parties canadienne et nigérienne.
En vérité, cet épisode est le énième de la saga de la
SML. Pourtant, tout avait bien commencé. En 2004, la
compagnie canadienne SEMAFO, l’État du Niger et
STRUCSCAN, une autre société canadienne, se mettent
ensemble pour créer la SML. Les deux sociétés canadiennes
prennent 40% chacune et l’État du Niger engrange les 20%
restants du capital de la société arrêté à 1,2 million de dollars
soit près de 600 millions de FCFA. La société a pour objet
l’exploitation industrielle des gisements aurifères de Samira et
Libiri, dans l’Ouest nigérien, non loin de la frontière avec le
Mali. En mars 2010, la SEMAFO a annoncé la découverte de
«deux nouvelles zones aurifères» toujours dans le Mont
Samira17. Mais très vite l’euphorie de l’exploitation aurifère a
laissé place à la déception et à la désillusion. Dans une enquête
publiée le 20 novembre 2009, l’agence Inter Press Service (IPS)
donne la parole aux habitants du village de Boulkagou, village
de 2500 habitants, situé près de la mine et qui héberge la moitié
des 129 ouvriers de la SML. Leur témoignage est plein
d’amertume et de déception :
«La société nous a fait, c’est vrai, des réalisations, mais
celles-ci ne sont pas encore à la hauteur de nos espérances.
Elle nous a construit trois classes et apporte chaque année un
appui en fournitures scolaires à l’école et en médicaments à la
case de santé dans notre village. Elle nous a donné un tracteur
agricole, qui est malheureusement tombé en panne, deux
motopompes, un moulin à grain et trois machines à coudre pour
nos filles, en dehors du mini château d’eau qui n’est pas
fonctionnel. Ces réalisations sont certes louables mais un
village comme le nôtre mérite d’avoir son propre centre de
santé aujourd’hui», a déclaré Idrissa Deibon, le chef du village
de Boulkagou, cité dans la dépêche de IPS. Même sentiment de

17
L’information est reprise dans une dépêche de l’agence
d’information économique Ouestafnews datée du lundi 22 mars 2010.
- 57 -
déception chez certains ouvriers de la société : «Comme vous le
voyez, les logements que la société nous a construits sont des
pièces de 16 mètres carrés, sans clôture, où personne ne peut
vivre avec femme et enfants et c’est le même modèle de cités-
dortoirs dans le village de Bossé Bangou où vit une partie des
ouvriers», a raconté à IPS Harouna Kangaye, un ouvrier de la
cité minière de Boulkagou.
«A Boulkagou, comme Bossé Bangou, Libiri, Tialkam,
Talla, Tiawa, Garbey Kourou et Larba, d’autres villages du site
aurifère, c’est le même sentiment d’insatisfaction vis-à-vis des
retombées de l’or, qui anime les populations», souligne le
reporter de IPS qui s’est rendu sur le site aurifère. Une situation
d’autant plus paradoxale que la SEMAFO affiche, selon
l’expression du quotidien québécois La Presse, «une flopée de
records tant dans la production d’or que pour les revenus ou les
bénéfices». Quelle est la quantité exacte de l’or produit sur les
mines de la SML ? La réponse à cette question n’est pas
évidente. «La production est d’environ 300 kg d’or par mois,
d’après les rapports fournis mensuellement par la direction de
la SML», a expliqué à IPS le directeur régional des mines de
Tillabery, dans l’Ouest du Niger, ajoutant toutefois qu’il ne
pouvait pas vérifier ce chiffre.
«Les quantités d’or déclarées à l’exportation par la
SML sont plus importantes que la masse d’or exploitée
mentionnée dans ses rapports», accuse, dans un entretien avec
le reporter de IPS, Salissou Oubandoma, alors Coordonnateur
du Groupe de réflexion sur les industries extractives au Niger
(GREN). Afin d’y voir plus clair, l’Assemblée nationale
nigérienne a créé une commission de contrôle sur les activités
de la SML. Le rapport ne laisse place à aucune ambiguïté : «Il
n’y a pas de corrélation, précise-t-il, entre la quantité d’or
produite et les retombées pour le Niger. Les recettes générées à
l’État par les activités de la SML s’élèvent à environ 5 milliards
de FCFA (environ 10 millions de dollars) de 2004 à 2007, pour
une production d’or de 8.306,29kg estimée à environ 67
milliards de FCFA (134 millions de dollars)».
La Commission parlementaire devient encore plus
précise lorsqu’elle ajoute : «Sur la même période, le SML a
bénéficié d’exonérations fiscales de 9,7 milliards de FCFA
- 58 -
(environ 19,4 millions de dollars) pour des investissements au
profit des communautés locales de l’ordre de 50 millions de
FCFA (100.000 dollars)»18.
Pour la société civile nigérienne, le malentendu remonte
à la signature de l’accord de création de la SML en 2004. Dans
une déclaration rendue publique le 27 juillet 2012, le GREN et
le Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse
budgétaire (ROTAB) appellent à renégocier le contrat avec la
SML pour prendre en compte les fluctuations du cours mondial
de l’or. «La SML bénéficie depuis 2004 d’un contrat négocié à
des conditions préférentielles qui bloque le prix de l’once. Or,
le prix qui tournait autour de 400 dollars US en 2005 (160.000
FCFA environ) est aujourd’hui à 1600 dollars (843.600
FCFA). Il faut noter que de 2005 à 2012, le cours de l’or a
connu une progression continue record du prix de l’once établi
le 6 septembre 2011 à 1921,17 dollars américains. Il ressort de
ces données que le prix de l’or a quadruplé sans que les
Nigériens n’en tirent un quelconque avantage. Sur le terrain,
les populations riveraines des sites d’exploitation sont exposées
aux impacts environnementaux négatifs liés à l’exploitation
minière», accuse la société civile nigérienne.
Le CSRD n’aura donc pas eu le temps de rétablir
l’équité et le profit mutuel dans les rapports entre le Niger et les
deux sociétés canadiennes actionnaires dans la SML. Mais, les
militaires auront, au moins, laissé en souvenir qu’un conseil
d’administration dûment convoqué n’a pu se tenir, du fait des
turpitudes d’un inspecteur d’État, cousin du général Salou
Djibo.

18
Le rapport souligne par ailleurs des conséquences
environnementales désastreuses de l’exploitation aurifère. Selon une
enquête socio-économique et environnementale diligentée par le
GREN en 2007, les mines d’or de la région produisent environ
200.000 mètres cubes de déchets solides (résidus de roches) par mois.

- 59 -
Conclusion

Les dix affaires ici présentées peuvent, en définitive, être


classées en deux grandes catégories. D’abord, celles qui ont
déjà été évoquées. C’est le cas du barrage de Kandadji, de
l’arrivée des forces françaises au Niger, de la visite de Anne
Lauvergeon à Niamey et Arlit ou de la seconde attribution de
SAHEL COM et SONITEL aux intérêts libyens. Pour ces
affaires, le livre s’est efforcé d’apporter une valeur ajoutée à la
connaissance de son lecteur, en soulignant parfois des aspects
inédits, en mettant certaines informations en perspective ou en
rapportant des témoignages de première main, souvent
d’acteurs centraux.
La seconde grande catégorie présentée est constituée
par des affaires inédites. Elles étaient jusque-là restées connues
des seuls apparatchiks et d’acteurs éminents de la transition
militaire. Parmi elles, on peut citer le raid manqué du CIF sur le
Niger, le cambriolage du bureau du SP/CSRD à «la Villa verte»
ou le départ précipité du général Moumouni Boureima pour Le
Caire. Pour ces affaires-là, nous avons livré des informations et
des témoignages que nous avons pu mobiliser.
En refermant le livre, certains lecteurs ont pu noter qu’il
a apporté un nouvel éclairage à leur connaissance des
controverses qui ont marqué la transition militaire menée par le
CSRD. D’autres en revanche sont, sans doute, restés sur leur
faim, considérant que l’auteur a dit moins que ce qu’ils en
savent.
D’autres encore ont achevé leur lecture sur le vif espoir
de voir de nouvelles affaires abordées dans un autre ouvrage du
même genre. En effet, l’attribution de nombreux permis miniers
à la toute fin de la transition, notamment au géant russe
Gazprom ou les conditions d’organisation des élections
législatives sont des sujets qui méritent d’être figés dans
l’écriture. Mais pour y arriver, il faut trouver des témoins,
accéder à la documentation nécessaire et pouvoir recouper les
informations obtenues avant de constituer le matériau
d’écriture. Ce n’est pas du tout gagné.

- 61 -
Dans tous les cas, sélectionner et présenter une série
d’affaires sur une période donnée, fût-elle brève et récente, est
un pari risqué, voire subjectif, puisqu’il s’agit de trier, éliminer
et retenir à la fin des sujets, en fonction de son arbitraire. Ce
livre n’aura, sans doute, pas échappé à ces travers.
Il reste cependant fidèle au projet éditorial qui l’a
motivé : celui de témoigner d’une période toute récente de la
vie politique nigérienne. Et, ce faisant, de prolonger les débats
sur la récente transition militaire au Niger qui, de toute
évidence, n’a pas encore livré tous ses secrets.
C’est le rôle modeste du journaliste de se pencher sur
des faits contemporains. Les historiens joueront sans doute leur
partition en temps opportun. Les politiques aussi.

- 62 -
Annexes
Annexe I

ARRÊT n° 11-126/ P du 19 mai 2011


MATIÈRE :
Pénale
DEMANDEUR
Ministère Public
DÉFENDEUR
Abdoulaye Badié
Diallo Amadou
Issa Abdou Sidikou
Aboubakar Amadou
Sanda
PRÉSENTS
Issaka Dan Déla
Président
Moussa Idé ;
Salissou Ousmane
Conseillers
Mme Manou Fassouma
Ministère Public
Me Chaibou Kadadé
Greffier
RAPPORTEUR
Moussa Idé
RÉPUBLIQUE DU NIGER
COUR D'ÉTAT
CHAMBRE JUDICIAIRE

La Cour d'État, Chambre Judiciaire, statuant pour les affaires


pénales en son audience publique ordinaire du jeudi dix neuf
mai deux mille onze, tenue au Palais de ladite Cour, a rendu
l'arrêt dont la teneur suit :
ENTRE
MINISTÈRE PUBLIC
Demandeur
D'une part ;
ET
- 65 -
1°) Commissaire-Colonel Abdoulaye Badié, né le 27 mai 1963,
à Niamey, fils de Badié et de Aissa Saley, marié, 1 enfant,
officier d'active, domicilié à Niamey (Koira-Kano), assisté de
Me Moussa Coulibaly et Me Oumarou Sanda Kadri, avocats au
Barreau de Niamey ;
2°) Colonel Diallo Amadou, né le 11 mars 1963, à Niamey, fils
de Oumar Diallo et de Fatimata Keita, marié, 4 enfants, officier
d'active, domicilié à Niamey, assisté de Me Mounkaila Yayé,
avocat au Barreau de Niamey ;
3°) Colonel Issa Abdou Sidikou, né le 14 mars 1964, à Niamey,
fils de Abdou Sidikou et de Kindo Hama, marié, 4 enfants,
officier d'active, domicilié à Niamey (Darassalam), assisté de
Me Mounkaila Yayé, avocat au Barreau de Niamey ;
4°) Lieutenant-Colonel Aboubakar Amadou Sanda, né le 7 juin
1964, à Zinder, fils d'Amadou Sanda et de Ballé Gaidou, marié,
5 enfants, officier d'active, domicilié à Niamey (Château I),
assisté de Me Moussa Coulibaly et Me Oumarou Sanda Kadri,
avocats au Barreau de Niamey ;
Défendeurs
D'autre part ;
LA COUR
Après lecture du rapport de Monsieur Issaka Dan Déla,
Président de la Chambre Judiciaire, les conclusions de Madame
le Procureur Général et après en avoir délibéré conformément à
la loi :
Statuant sur les réquisitions écrites de Madame le Procureur
Général, en date du 21 avril 2011, tendant à ce qu'il plaise à la
Chambre Judiciaire de la Cour d'Etat de dire n'y avoir lieu à
suivre contre les nommés Abdoulaye Badié, Amadou Diallo,
Issa Abdou Sidikou et Aboubakar Amadou Sanda du chef de
Complot contre l'autorité de l'Etat, faits prévus et punis par
l'article 79 du code pénal ;
Vu l'ordonnance n° 2010-16 du 15 avril 2010 déterminant
l'organisation, les attributions et le fonctionnement de la cour
d'Etat ;
Vu les articles 78 et 79 du code pénal ;
Vu les articles 168, 638 et 639 du code de procédure pénale ;
Vu les réquisitions de Madame le Procureur Général ;
Ensemble les pièces du dossier ;
- 66 -
Attendu qu'il résulte de l'information les faits suivants :
Le mercredi douze janvier 2011, quatre (4) officiers supérieurs
des Forces Armées Nigériennes (FAN), le Commissaire
Colonel Abdoulaye Badié, ex-Secrétaire Permanent du Conseil
Suprême pour la restauration de la démocratie (C.S.R.D.), le
Colonel Amadou Diallo, ex-Ministre de l'Equipement, le
Colonel Sidikou Abdou Issa, ex-Haut-Commandant de la Garde
Nationale et le Lieutenant-Colonel Aboubakar Amadou Sanda,
ex-Directeur de l'information, des Relations Publiques et des
Sports à l'état-major des armées, tous anciens membres du
C.S.R.D. ont été mis à la disposition de la Brigade des
recherches de la Gendarmerie Nationale afin de répondre des
chefs de complot contre l'autorité de l'État ;
L'enquête qui fut diligentée a établi que les nommés Abdoulaye
Badié, Amadou Diallo et Sidikou Abdou Issa se sont retirés
dans un jardin appartenant à Abdoulaye Badié situé à une
dizaine de kilomètres de Niamey et auraient échangé des propos
sur un changement de régime politique ;
En outre, il a été découvert au domicile et au bureau
d'Abdoulaye Badié des documents afférents à un projet de
création de parti politique ainsi qu'un ordinateur portable qui
serait doté d'un logiciel susceptible d'intercepter les
communications téléphoniques à destination de la Présidence ;
Il a également été révélé l'existence d'une requête introduite en
vue de la formation au Brevet de parachutiste de soixante dix
(70) éléments d'élite de la Garde Nationale et de la Gendarmerie
Nationale, selon des procédures manifestement irrégulières et
pour un effectif trop élevé.
Le nommé Aboubakar Amadou Sanda qui entretient des
relations amicales avec ses co-mis en cause, spécialiste de
parachutisme au sein des forces armées nigériennes, dans un
temps très voisin de la survenance des faits ci-dessus relatés, a
effectué un déplacement à Ouagadougou (Burkina-Faso) dans
des circonstances qui méritent d'être élucidées.
Le 18 janvier 2011, la Chambre judiciaire de la Cour d'État
était saisie aux fins de l'ouverture d'une information et de
désignation d'un conseiller rapporteur, conformément aux
dispositions des articles 22.6 de l'ordonnance 2010-16 du 15
avril 2010 déterminant l'organisation, les attributions et le
- 67 -
fonctionnement de la Cour d'État et 638 du code de procédure
pénale.
Par arrêt n° 11-020/P du 20 janvier 2011, la chambre judiciaire
de la Cour d'Etat ordonnait l'ouverture d'une information contre
les susnommés du chef de complot contre l'autorité de l'Etat,
désignait un conseiller instructeur et ordonnait le maintien en
détention des intéressés qui avaient fait l'objet de mandats
d'arrêt du Président de la Chambre Judiciaire suite aux
réquisitions de Madame le Procureur Général en application de
l'article 638, alinéa 5 du code de procédure pénale.
Les 1er, 2 et 3 février 2011, le Conseiller Instructeur inculpait
respectivement Abdou Sidikou Issa, Amadou Sanda
Aboubakar, Abdoulaye Badié et Amadou Diallo d'avoir, à
Niamey, courant du mois d'octobre 2010, en tout cas depuis
temps non couvert par la prescription, perpétré un complot
contre l'autorité de l'État, faits prévus et réprimés par l'article 79
du code pénal.
Les quatre inculpés déclaraient ne pas reconnaître les faits qui
leur étaient reprochés. Le Commissaire-Colonel Abdoulaye
Badié affirmait qu'il s'agissait plutôt d'un complot ourdi contre
sa personne car, selon lui, pour réaliser un complot, il fallait la
mobilisation d'un certain nombre de forces et qu'il n'a pas été
démontré qu'il a pris contact avec une unité ou les membres
d'une unité.
Lors de l'interrogatoire au fond,
L'inculpé Abdoulaye Badié relatait qu'il avait été appelé par le
Haut-Commandant de la Gendarmerie, le 15 octobre 2010, et
que ce dernier lui avait notifié que le Colonel Mossi Hassane
l'accusait d'avoir commandé du matériel de guerre avec une
puissance étrangère et que le Chef d’état-major des armées lui
imputait des faits de menace à son endroit ; qu'il avait alors
répondu que :
Concernant l'achat d'armes, il n'était ni le Chef de l'État, ni le
Ministre de la Défense, ni le Chef d'état-major des armées.
Que s'agissant des menaces, il reconnaissait avoir au téléphone
indiqué au Chef d’état-major des armées qu'il défiait son
autorité parce que celui-ci n'était pas prompt à lui rendre
compte des événements mais qu'il passait pour le faire par le
chef du bureau des opérations. Il ajoutait que le chef d'état-
- 68 -
major des armées avait créé une certaine confusion au niveau
des forces de défense et de sécurité devant assister à la réunion
du conseil ad hoc de sécurité mis en place dans le cadre de la
gestion de l'enlèvement des ressortissants français à Arlit. Il
rappelait qu'à cette époque, le Chef d'état-major des armées
avait prévenu les officiers que la réunion devait se tenir à la
Primature alors même qu'elle devait se tenir à la Villa verte.
Concernant le déplacement au jardin, l'inculpé Abdoulaye
Badié réitérait les déclarations faites à l'enquête préliminaire,
indiquant qu'ils s'y étaient effectivement rendus, qu'ils y avaient
parlé de tout et de rien, abordant des questions aussi bien
militaires que civiles et aussi leur avenir après la transition, il
précisait qu'ils n'avaient pas parlé spécifiquement des activités
politiques et notamment du projet de création d'un parti
politique.
S'agissant des documents relatifs au projet de statut de parti
politique, l'inculpé Abdoulaye Badié déclarait qu'il s'agissait
d'une initiative personnelle à titre prospectif en réponse à une
réunion informelle tenue à la présidence en présence du
Président du C.C.N., de son directeur de Cabinet et du
Lieutenant Yayé Saley, intendant des Palais où il avait été
question, face à l'absence de crédibilité de la classe politique,
d'explorer toutes les éventualités.
Concernant la durée de la transition, l'inculpé Abdoulaye Badié
reconnaissait avoir proposé une période allant de 15 à 16 mois
pour reprendre le fichier électoral, assainir et moraliser la vie
publique mais qu'à partir du moment où le Chef de l'État avait
décidé d'une durée de 12 mois, il avait défendu cette position
comme l'attestent, selon lui, les procès verbaux de réunion du
C.S.R.D.
Concernant le véhicule de fonction du Chef de l'État, l'inculpé
Abdoulaye Badié indiquait qu'il est monté à bord, suite à
l'invitation à lui faite par le Directeur du protocole et du
Lieutenant Issaka, dit "sise". Il expliquait qu'il avait estimé
qu'ayant été autorisé par ces deux personnalités à aller à l'avion
à bord du véhicule du Chef de l'État, il avait la même
autorisation pour le prendre au retour.
Concernant l'enlèvement des otages français, l'inculpé
Abdoulaye Badié indiquait que le Chef de l'État et lui avaient,
- 69 -
après un échange, convenu que la cible étant au Mali, il était
inopportun que les avions français viennent stationner au Niger,
surtout que cela pourrait être interprété comme un geste
inamical par le Mali. Revenu de l'avion, il avait alors échangé
avec le Premier Ministre et lui avait fait part de ce qu'il allait
aviser l'ambassadeur de France sur la position du Niger.
Sur l'interpellation, l'inculpé Abdoulaye Badié précisait que le
Chef de l'État avait décidé que l'avion qui avait déjà décollé,
selon les déclarations du Chef d'état-major des armées, pouvait
atterrir pour avoir des facilités de ravitaillement mais qu'il
n'était pas question d'autoriser la présence permanente de ces
avions au Niger. Il précisait également que la décision avait été
prise collégialement à deux, c'est-à-dire le chef de l'État et lui,
le Secrétaire Permanent du C.S.R.D., et, en présence du Premier
Ministre, du Ministre de la Défense et du Chef d’état-major des
armées.
Concernant le système de communication interne de sécurité et
de guerre électronique, l'inculpé Abdoulaye Badié indiquait
qu'il avait contacté son cousin du Canada pour lui demander de
chercher un logiciel de guerre électronique et ce, à des fins de
sécurisation des moyens de communication. Ce cousin lui a
alors installé ce logiciel de guerre électronique sur son
ordinateur portable à titre démonstratif, c'est-à-dire à titre
d'essai. Il précisait que le logiciel de guerre électronique sert à
protéger son propre réseau ou à s'introduire dans le réseau de
l'ennemi pour le perturber. Il précisait également qu'il n'avait
jamais utilisé le logiciel en question par manque de temps.
Concernant la tentative d'empoisonnement du Chef de l'État,
l'inculpé Abdoulaye Badié déclarait qu'il n'en savait pas plus
que ce que lui avait rapporté Yayé Saley.
Concernant la consultation des marabouts, l'inculpé Abdoulaye
Badié déclarait qu'il n'avait jamais pris contact avec des
marabouts dans le cadre de complot parce qu'il n'avait jamais
existé. Il précisait qu'il n'avait pas demandé à des marabouts de
lui faire des invocations pour un appui mystique afin d'accéder
au pouvoir.
L'inculpé, Amadou Diallo, déclarait qu'interpellé le 16 octobre
2010, il lui avait été notifié qu'il faisait l'objet de poursuite
parce qu'il avait eu à tenir des propos selon lesquels le Chef de
- 70 -
l'État, n'ayant pas tenu ses engagements par rapport à eux, ils
s'apprêtaient à organiser un coup d'État. Ces propos auraient été
tenus par son épouse en France devant une cousine à lui qui, à
son tour, aurait informé l'épouse de Monsieur Abdou Mossi, lui-
même frère du Colonel Hassane Mossi.
L'inculpé Amadou Diallo précisait que toutes ces personnes
avaient été entendues dans le cadre de l'enquête et qu'elles
avaient nié ces propos ; que sa cousine avait même adressé une
lettre de démenti formel. Il indiquait que son épouse avait
même déposé plainte. Il ajoutait que d'après les informations
recueillies, le Colonel Mossi aurait informé le Chef de l'État de
ces faits et que ce dernier l'aurait envoyé en France pour vérifier
l'information ; que le Colonel Hassane Mossi aurait, à son tour,
confirmé la véracité de l'information.
Concernant le déplacement au jardin, l'inculpé Amadou Diallo
maintenait qu'ils s'y étaient effectivement rendus ; qu'ils avaient
parlé de tout et de rien mais qu'ils n'avaient jamais parlé de
coup d'État. Qu'en outre, il n'avait pas souvenance qu'ils avaient
parlé de la disqualification des leaders politiques. Il
reconnaissait que la disqualification des leaders politiques avait
fait l'objet de discussions tant dans le milieu politique qu'au sein
du C.S.R.D. Il ajoutait que ce genre de réflexion ne les avait pas
inspirés au point d'envisager une autre alternative à la transition
en cours. Il rappelait qu'ils s'étaient rendus au jardin dans un
cadre strictement privé aux fins de se détendre car, que ce soit
au bureau ou à la maison, ils étaient assaillis par les visiteurs. Il
affirmait qu'il n'avait fait aucune manœuvre de diversion pour y
aller car il n'avait rien à cacher. Il déclarait que le Colonel Badié
avait informé le Chef de l'État de leur déplacement. Il ajoutait
que le Colonel Sidikou et lui avaient l'habitude de se rendre
dans leurs gommerais acquises depuis plus d'une décennie.
Concernant la durée de la transition, l'inculpé Amadou Diallo
reconnaissait qu'ils étaient un groupe qui voulait prolonger la
durée de la transition mais qu'il considérait les débats clos
depuis le jour où le C.S.R.D. a adopté l'agenda de ladite
transition.
Concernant la création de parti politique, l'inculpé Amadou
Diallo affirmait n'avoir jamais eu l'intention de créer un parti

- 71 -
politique et que le Colonel Badié ne lui a jamais parlé d'une
volonté de créer un parti politique.
Concernant le véhicule de fonction du Chef de l'État, il
indiquait que le Colonel Badié l'avait informé de ce que le Chef
de l'État lui avait reproché d'être rentré dans son véhicule de
fonction à son départ aux États-Unis.
Concernant l'affaire de l'avion français, l'inculpé Amadou
Diallo indiquait qu'il y avait eu à l'aéroport une discussion quant
à l'opportunité de l'atterrissage de l'avion de surveillance
français et il avait été convenu que l'avion pouvait atterrir pour
son ravitaillement et autres appuis logistiques et qu'il fallait
informer l'ambassadeur de France de cet accord. Il ajoutait qu'il
n'avait pas entendu que le Colonel Badié avait décidé de revenir
sur la décision du Chef de l'État relativement à cet accord.
Le Colonel Issa Abdou Sidikou réitérait ses déclarations faites à
l'enquête préliminaire.
Il déclarait qu'il avait été convoqué à la gendarmerie le 15
octobre 2010. Sur interpellation, il avait déclaré avoir été
approché par le Lieutenant Aboutalib qui lui avait proposé les
services de deux marabouts pour l'aider à bien exercer ses
fonctions de Commandant de Garde Nationale et qu'il n'avait
jamais requis ces marabouts pour l'éventualité d'un appui
mystique dans le but de préparer un coup d'État.
Il était également interpellé sur une commission dont le
Capitaine Amadou Idrissa, dit Pélé, de la Garde Nationale qui
disait l'avoir informé de ce que le Chef de l'État lui demandait
d'arrêter tout ce qu'il était en train de faire car il était au courant.
Il persistait qu'Amadou Idrissa, dit Pélé, ne lui avait jamais tenu
de tels propos ; il rappelait qu'il voyait régulièrement le Chef de
l'Etat et que si le Capitaine Idrissa lui avait tenu de tels propos,
il allait profiter des audiences que lui accordait le Chef de l'État
pour évoquer la question.
Concernant le déplacement au jardin, l'inculpé Issa Abdou
Sidikou indiquait qu'il s'agissait en réalité d'une "sortie de
détente" et non d'une réunion ; il précisait que ce jour là, le
départ avait été retardé parce que le Colonel Badié devait
informer le Chef de l'État de cette décision d'aller se détendre
dans son jardin. Il déclarait qu'au jardin ils avaient discuté de
leurs futures occupations après la période de transition. Il
- 72 -
précisait qu'ils n'avaient pas parlé de projet de création d'un
parti politique, ni d'une éventuelle disqualification des leaders.
Il confirmait qu'au retour ils avaient fait escale à l'Onaha.
Il déclarait qu'ils avaient effectivement l'habitude, le Colonel
Diallo et lui, de se rendre dans leurs gommerais et qu'ils
s'étaient une fois rendus ensemble sur la route de Dosso pour
voir des parcelles.
Concernant le Brevet parachutiste, l'inculpé Issa Abdou Sidikou
confirmait avoir été approché par le Capitaine Commandant de
la Compagnie para de Niamey qui lui avait présenté une note de
service relative à un stage au profit de la Garde Nationale et de
la Gendarmerie. Il avait alors averti ce dernier que sa démarche
n'était pas règlementaire et qu'il allait adresser une
correspondance au Ministre de l'Intérieur pour qu'il intercède
auprès de son homologue de la Défense pour l'organisation
dudit stage. Il précisait que cet échange avait eu lieu en
présence du Ministre de l'Intérieur. Il précisait également qu'il
avait effectivement adressé la correspondance et avait
commencé à faire dresser la liste lorsqu'il avait été démis de ses
fonctions.
Il précisait que c'est dans la perspective de la lutte contre le
terrorisme et pour les interventions à l'intérieur du pays qu'il
avait accepté la proposition du Capitaine Commandant de la
Compagnie Para et que la proposition concernait les unités
d'élites. Il relevait qu'il n'a pas traité directement avec les
Commandants d'Unité concernant cette question de Brevet para.
S'agissant des armes lourdes, l'inculpé Issa Abdou Sidikou
indiquait que les armes lourdes trouvées dans le magasin ont été
redéployées à l'intérieur du pays.
Concernant l'affaire du véhicule de fonction du chef de l'État,
l'inculpé Issa Abdou Sidikou admettait que le Colonel Badié
l'avait informé de ce qu'il avait pris le véhicule suite à
l'invitation qui lui avait été faite par le service du protocole ; il
précisait qu'il s'agissait d'une question purement protocolaire.
Concernant le projet de création d'un parti politique, l'inculpé
Issa Abdou Sidikou déclarait que le Colonel Badié ne lui avait
pas parlé de ce genre de projet.
Concernant l'avion français, l'inculpé Issa Abdou Sidikou
affirmait que le Colonel Badié ne lui a pas parlé d'une décision
- 73 -
qu'il aurait prise de refuser l'intervention des Français sur le
territoire national.
Concernant l'organisation d'un exercice de défilé, l'inculpé Issa
Abdou Sidikou indiquait que tous les directeurs centraux de la
Garde Nationale étaient au courant qu'il entendait organiser cet
exercice qui sera mensuel et précédé d'une fatiha. Il affirmait
n'avoir fait sonner l'alerte que la veille de l'exercice.
L'inculpé Issa Abdou Sidikou ajoutait qu'il n'a jamais eu
l'intention de fomenter un coup d'Etat et qu'il était prêt à jurer
sur le coran pour établir la preuve de son innocence.
L'inculpé Aboubakar Amadou Sanda confirmait avoir entrepris
un voyage à Ouagadougou, au Burkina Faso ; il rappelait qu'il
avait obtenu une autorisation d'absence ; qu'il s'était rendu au
Burkina Faso pour une cérémonie de mariage ; il rappelait qu'il
avait fréquenté le prytanée militaire de Kadiogo, qu'il avait
travaillé à l'OLAO à Ouagadougou.
L'inculpé Aboubakar Amadou Sanda persistait qu'il n'avait
rencontré aucun officier à Ouagadougou, mis à part son ami
David Kabré et le conservateur du musée militaire ; il rappelait
qu'il avait informé le Colonel Badié de son déplacement car ce
dernier assurait l'intérim du Chef de l'État. Il affirmait que le
Chef d’état-major des armées et le Ministre de la Défense
étaient censés avoir informé le Chef de l'État de son
déplacement.
Concernant le déplacement au jardin, l'inculpé Aboubakar
Amadou Sanda affirmait ne même pas savoir que le Colonel
Badié avait un jardin à Liboré et, par conséquent, affirmait ne
s'y être jamais rendu.
Concernant la durée de la transition, l'inculpé Aboubakar
Amadou Sanda indiquait qu'il était membre du comité restreint
du C.S.R.D qui avait proposé une durée de 15 mois.
S'agissant de la formation au Brevet de parachutiste, l'inculpé
Aboubakar Amadou Sanda affirmait ne pas être au courant de
ce projet de formation.
S'agissant du projet de création d'un parti politique, l'inculpé
Aboubakar Amadou Sanda déclarait qu'il n'en avait pas été
question au sein du comité restreint. Il admettait qu'ils avaient
réfléchi sur la carrière des jeunes lieutenants et capitaines à la
fin de la transition ; il précisait que lui ne s'en préoccupait pas
- 74 -
car il était pressenti pour être le conservateur du musée
militaire.
Concernant l'affaire du véhicule de fonction du Chef de l'État,
l'inculpé Aboubakar Amadou Sanda déclarait qu'il trouvait tout
à fait normal que le Colonel Badié soit revenu seul à bord dudit
véhicule puisque le protocole l'y avait autorisé.
Concernant l'avion français, l'inculpé Aboubakar Amadou
Sanda indiquait qu'il faisait partie de la cellule de crise mise en
place suite à l'enlèvement des Français à Arlit. Il déclarait
n'avoir pas appris que le Colonel Badié avait remis en cause la
décision du Président relative à son accord pour l'intervention
des avions français dans les recherches des otages.
Il affirmait ne pas être au courant de ce que le Colonel Badié
disposait d'un ordinateur portable susceptible d'intercepter les
communications téléphoniques à destination de la Villa verte.
Plusieurs témoins étaient entendus et faisaient les déclarations
suivantes :
Yayé Saley, officier d'active, entendu le 9 février 2011, relatait
les circonstances dans lesquelles étaient intervenus les
événements du 18 février 2010. Il rappelait que la désignation
du Commandant Salou Djibo était intervenue suite à l'initiative
du Colonel Badié. Il rappelait également que de son côté, le
Commandant Salou Djibo avait proposé que le Colonel Badié
soit à la tête de l'équipe mais qu'il en avait été dissuadé par son
grand frère, le nommé Ali Salou. Il a également expliqué le
contexte qui a prévalu pour la nomination du Commissaire
Cissé en tant que Ministre de l'Intérieur.
Concernant les faits proprement dits, le témoin Yayé Saley
déclarait que, selon lui, ce sont des personnes malveillantes qui
propagent des rumeurs selon lesquelles les prédications des
charlatans indiquent que Badié est quelqu'un qui veut du mal au
Président. Que c'est dans cette ambiance qu'a apparu la rumeur
de l'empoisonnement du Chef de l'État. Le témoin soulignait
qu'il y avait un conflit d'attributions entre le Cabinet du Chef de
l'État et le Secrétariat Permanent.
Le témoin indiquait que le Chef de l'État avait demandé de
réfléchir sur "l'après transition" mais qu'ils n'avaient rien
entrepris dans ce sens. Il confirmait une rencontre entre le
Colonel Badié, le Président du Conseil Consultatif National de
- 75 -
Transition et lui-même au cours de laquelle il affirmait qu'il n'a
pas été question de la création d'un parti politique. Il relevait
que le Colonel Badié lui avait plutôt parlé de la création d'une
fondation.
Concernant l'affaire du véhicule, il déclarait que le Chef de
l'État lui en avait parlé et qu'il l'avait même interprété comme
une preuve d'une tentative de coup d'État. Il concluait qu'il
pense que les gens ont mal interprété le fait que le Colonel
Badié soit revenu au salon à bord du véhicule officiel du Chef
de l'État.
Concernant le déplacement au jardin, il affirmait connaître le
jardin du Colonel Badié mais qu'il ne s'y était pas rendu depuis
2006.
Le témoin Yayé Saley affirmait avoir contacté un marabout
quelques jours après la suppression du poste de Secrétaire
permanent occupé par le Colonel Badié dans le but de favoriser
la réconciliation entre son ancien patron, c'est-à-dire le Colonel
Badié et le Chef de l'État car avant les événements du 18 février
2010, ils formaient un trio soudé. Il avait remis au marabout une
somme à cet effet.
Après l'arrestation du Colonel Badié, il avait informé le
marabout de ces faits et il lui a remis à nouveau une certaine
somme pour travailler à la libération du Colonel Badié à qui l'on
imputait une tentative de coup d'État.
Le témoin déclarait que le Chef d'état-major des armées lui
avait notifié que le Chef de l'État l'avait démis de ses fonctions.
Il ajoutait que ce dernier lui avait affirmé que le Colonel Badié
avait fourni une liste de ses complices dont il faisait partie.
Interpellé, il indiquait qu'il ne saurait dire si le fait que le
Colonel Badié était pressenti pour être le Chef de l'État pouvait
constituer un motif ayant conduit le Colonel Badié à en vouloir
au Chef de l'État.
Le témoin admettait qu'il était possible qu'en tant qu'être
humain, le Colonel Badié puisse entreprendre quelque chose
sans l'en aviser, connaissant les rapports qui existent entre le
Chef de l'État et lui. Il persistait à dire n'avoir reçu aucune
information concernant une déstabilisation du régime par le
Colonel Badié et son groupe ne serait-ce que par une tierce
personne et ce avant son arrestation. Il précisait que le Colonel
- 76 -
Badié ne lui avait pas donné de l'argent dans le but de consulter
un marabout. Il précisait également que l'idée de la promotion
du Chef de l'État au grade de Général émane du Colonel Badié.
Le témoin Issa Adamou, officier d'active était entendu le 11
février 2011. Il affirmait que l'affaire de complot contre
l'autorité de l'État avait constitué pour lui une surprise car, à
l'époque, il était officier de sécurité. Il précisait que c'est au
cours d'une mission à Diffa que le Chef d'état-major adjoint lui
avait appris l'affaire et qu'il lui avait alors dit qu'il n'a pas pu se
passer quelque chose parce que c'est lui qui disposait des
hommes et des armes et que rien ne pouvait se passer sans qu'il
ne soit au courant et que même si ses éléments avaient été
approchés, il allait le constater par leur changement de
comportement car ce sont des hommes qu'il a personnellement
encadrés.
Le témoin indiquait qu'à la gendarmerie il lui avait été posé des
questions sur un message qu'il avait envoyé au Colonel Badié le
jour de son arrestation, message ainsi libellé "ce sont des
questions que l'on va te poser, des étrangers vont le conseiller,
s'il a la chance, il écoutera". Il avait alors répondu que ce jour
là, il était avec le Colonel Badié jusqu'à 12h45 mn et que s'il y
avait quelque chose d'important à révéler, ils n'auraient pas eu
besoin de message. Il précisait que s'il a envoyé ce message,
c'est parce qu'il avait consulté un marabout qui l'avait rassuré
dans ce sens. Il expliquait qu'il a évoqué la question de chance
car il y a un adage djerma qui dit que ce sont les chanceux qui
écoutent les conseils qu'on leur prodigue et qu'il n'y a pas pire
que de perdre des amis d'enfance.
Sur interpellation, il avait avoué au gendarme qu'il y a eu un
incident à propos d'une somme que le Colonel Diallo lui avait
remis pour les hommes de la sécurité et que le Chef de l'État,
selon le Colonel Badié, l'aurait mal pris en considérant qu'il y
avait une tentative de corruption du personnel de sécurité du
Chef de l'État. Qu'il avait alors rétorqué au Colonel Badié que
l'argent n'est pas entré en ligne de compte dans la préparation à
l'action intervenue le 18 février 2010. Le témoin ajoutait que ce
n'était pas la somme de 10 000 F qui allait le conduire à
entreprendre une action. Il ajoutait que ce geste du Colonel
Diallo n'avait rien d'anormal car c'est un cadeau à l'endroit des
- 77 -
agents de sécurité qui avaient l'habitude de recevoir ce genre de
gratification de la part du Directeur de Cabinet, du Premier
Ministre, de la Première Dame et même de certains
commerçants.
Le témoin Issa Adamou expliquait qu'il avait fait l'objet d'arrêt
de forteresse pour complicité de complot contre l'autorité de
l'État et qu'il s'en était offusqué, demandant sur la base de quel
élément il était accusé de ces faits car il n'avait contacté aucun
de ses éléments pour une action.
Il indiquait avoir connu le Colonel Badié courant année 1990
mais qu'il n'est jamais parti au jardin de ce dernier dont il ignore
jusqu'à l'existence. Il précisait que le Colonel Badié ne lui avait
jamais parlé d'un projet de création d'un parti politique. Il
déclarait n'avoir pas des rapports particuliers avec le Colonel
Sidikou, de même qu'avec le Lieutenant-Colonel Aboubakar
Amadou Sanda.
Concernant la sécurité, il déclarait qu'il s'était personnellement
impliqué le jour du retour du Chef de l'État des États-Unis à la
demande du Colonel Badié qui l'avait informé de ce qu'il y avait
des rumeurs selon lesquelles on veut attenter à la vie du Chef de
l'État. Il observait que le Ministre de l'Intérieur avait renforcé la
sécurité avec quelques éléments de la police et qu'il avait trouvé
cela superflu car, selon lui, c'était un folklore parce que la
sécurité étant de la même mère, si elle entreprend quelque
chose, personne ne le saura. Il précisait que ce sont les mêmes
éléments qui ont mené l'action du 18 février 2010.
Sur interpellation, le témoin Issa Adamou expliquait que celui
qui dirige un coup d'État n'est pas sur le champ des opérations
et que le plus souvent, il fuyait en cas d'échec. Il faisait
remarquer que ce jour là, le Colonel Badié était à l'aéroport et
que c'est lui qui a organisé la sécurité et qu'il était le premier à
saluer le Chef de l'État.
Le témoin Mody Salifou, officier d'active, était entendu le 17
février 2011. Il réitérait en substance ses déclarations à
l'enquête préliminaire, indiquant qu'il était au jardin avec les co-
inculpés ; qu'il avait été conduit à partir du poste de police de
Liboré par le chauffeur du Colonel Badié parce qu'il ne
connaissait pas les lieux ; qu'au jardin ils avaient discuté de
l'avenir du Chef de l'État et du Secrétaire permanent après la
- 78 -
transition ; qu'ils avaient suggéré que ces deux pouvaient saisir
la brèche des activités politiques ; qu'ils n'avaient pas évoqué
des problèmes prévalant entre les membres du C.S.R.D. ; qu'ils
n'avaient pas non plus envisagé la possibilité d'une autre
transition autre que celle en cours.
Sur l'interpellation, le témoin Mody Salifou affirmait, en tant
que Chef d'état-major de l'armée de Terre, n'avoir rien perçu
comme prémisses ou signe précurseur d'un coup d'État; il
précisait qu'à sa connaissance, aucun élément de l'armée de
terre n'a été contacté à cet effet.
Sur interpellation, il expliquait que pour faire un coup d'État, il
faut, du point de vue de la stratégie militaire, disposer d'une
puissance de feu, c'est-à-dire avoir une unité qui en dispose ; il
ajoutait qu'il n'a reçu des unités aucune information lui faisant
part de leur contact par Abdoulaye Badié et les autres dans le
but de fomenter un coup d'État. Il estimait que l'action du
Commandant de la Compagnie para était une initiative
malheureuse. Il précisait que ce dernier n'entretenait pas de
relations amicales avec le Colonel Badié.
Le témoin Ali Boubakar, marabout, était entendu le 22 février
2011. Il expliquait que le nommé Issa lui avait fait part de ses
inquiétudes quant à l'imminence d'un attentat contre la personne
du Chef de l'État ; qu'il avait alors rassuré Issa. Il précisait
qu'Issa ne lui avait jamais parlé d'un projet de coup d'État qu'il
s'apprêtait à fomenter contre le régime actuel. Le témoin Ali
Boubakar affirmait ne pas connaître les nommés Abdoulaye
Badié, Amadou Diallo, Sidikou Issa et Aboubakar Amadou
Sanda. Le témoin Aboubakar Abdou, consultant, était entendu
le 23 février 2011. Il expliquait qu'il était conseiller technique
au Secrétariat permanent. Il notait les difficultés que le
Secrétariat permanent rencontrait pour voir adopter les textes
organisationnels dudit secrétariat. Il faisait état également des
conflits d'attribution entre le Secrétariat permanent et le cabinet
du Chef de l'État ainsi que des difficultés surgissant,
relativement à l'intérim du Chef de l'État. Il expliquait que,
selon lui, cet intérim devrait revenir au numéro 2, en
l'occurrence, le Colonel Abdoulaye Badié alors que le Chef
d'état-major des armées estimait qu'il devrait assurer ledit
intérim. Il révélait un ensemble de frustrations endurées par le
- 79 -
Colonel Badié dans la gestion de certains dossiers ainsi qu'un
ensemble de brimades dont le colonel Badié avait été victime.
Il évoquait le cas de la gestion du dossier des otages français
enlevés à Arlit. Le témoin indiquait que la France avait voulu
profiter de ces événements pour installer une base militaire au
Niger. Il précisait que le Colonel Badié s'y était montré réticent
et s'était montré hostile à une présence militaire française au
Niger. Il indiquait que le Colonel Badié lui avait signifié qu'il
allait écrire aux Français pour leur notifier le refus du Niger à
cette présence militaire.
Le témoin Aboubakar Abdou révélait qu'au cours d'une réunion
relative à la gestion du dossier des otages français, il y avait eu
des échanges virulents entre le Ministre de l'Intérieur et celui de
la Défense et que les officiers auraient convenu de proposer au
Chef de l'État la destitution du Ministre de l'Intérieur. Selon le
témoin, le Ministre de l'Intérieur aurait pris le devant en
accusant le Colonel Badié et les autres de fomenter un coup
d'État.
Le témoin Aboubakar Abdou se posait la question de savoir
quelle était la pertinence d'un coup d'État lorsque celui-ci ne
paraît pas légitime et justifié aux yeux de l'opinion publique.
Le témoin indiquait que le Colonel Badié lui avait confié que
les officiers avaient estimé opportun d'octroyer le grade de
général de corps d'armée afin de contrecarrer un conflit de
génération perceptible au niveau des généraux.
Le témoin Nourdine Abdoulaye, militaire, était entendu le 25
février 2011.
Il expliquait qu'il était le garde du corps du Colonel Amadou
Diallo. Il déclarait qu'il existe des relations amicales entre le
Colonel Badié, le Colonel Diallo, le Colonel Sidikou et le
Colonel Salifou Mody.
Sur interpellation, il indiquait qu'à sa connaissance, le Colonel
Diallo ne faisait jamais semblant d'aller quelque part pour se
rendre où il voulait aller en réalité et qu'il n'a pas décelé un
comportement anormal dans les moments ayant précédé son
arrestation.
Le témoin Abdoul-Aziz Mamane, militaire, était entendu le 25
février 2011.

- 80 -
Il expliquait qu'il était également le garde du corps du Colonel
Amadou Diallo. Il déclarait qu'il était avec le Colonel Diallo le
jour du déplacement au jardin. Il confirmait la présence des
Colonels Badié, Sidikou et Salifou Mody au jardin. Sur
interpellation, il affirmait qu'en cas de déplacement, il n'y avait
aucune manœuvre de diversion ; que le Colonel s'y rendait
directement ; il indiquait n'avoir remarqué aucun comportement
anormal ayant précédé l'arrestation du Colonel Diallo.
Le témoin Diallo Falmata Waziri, épouse de l'inculpé Amadou
Diallo était entendue le 7 mars 2011. Elle expliquait qu'elle
avait été convoquée à la gendarmerie le 15 octobre 2010 où il
lui avait été posé la question de savoir si pendant son séjour en
France où elle avait assisté sa sœur malade, elle avait eu à parler
d'une affaire de coup d'État à une dame ; qu'elle a appris par la
suite que le nommé Abdou Mossi, frère du Colonel Hassane
Mossi aurait appris de la part de son épouse qui l'aurait appris
d'une certaine Salimata, qui l'aurait appris d'elle, Falmata, que
son époux et ses amis étaient en train de préparer un coup d'Etat
que le Colonel Hassane Mossi, après avoir reçu l'information
avait rendu compte du Chef de l'Etat qui lui aurait demandé
d'aller vérifier l'information sur place ; qu'Hassane Mossi serait
allé en France et qu'il avait constaté qu'il n'y avait aucune
structure sur place en mesure de l'aider pour ses investigations ;
qu'il serait alors rentré sans information et aurait, malgré cela,
déclaré au Chef de l'Etat que l'information était vraie. Elle
précisait qu'elle avait alors déposé une plainte et le Haut
Commandant de la gendarmerie l'informait de ce que le Colonel
Mossi n'ayant pas nié les faits, une confrontation n'était pas
nécessaire. Elle ajoutait que l'épouse d'Abdou Mossi avait
réfuté les faits et avait même fait parvenir une correspondance à
la gendarmerie à cet effet.
Le témoin Amadou Idrissa, garde national était entendu le 7
février 2011. Il déclarait que le Président de la République
l'avait chargé de rencontrer le Colonel Sidikou en vue de lui
notifier de se méfier de ses relations et de lui rappeler que c'est
le chef de l'État qui l'a nommé au poste de Haut-Commandant
de la Garde Nationale en raison de la confiance qu'il avait en
lui.

- 81 -
Il précisait que le Chef de l'Etat lui avait également demandé de
dire à Sidikou qu'il était au courant de tout ce qui se tramait,
sans toutefois lui notifier de quoi il s'agit. Il ajoutait que le
Colonel lui avait affirmé qu'il n'y avait aucun problème, les
amis en question, en l'occurrence Badié, Diallo et Mody étaient
des amis d'enfance mais qu'ils n'avaient pas le même caractère.
Le témoin Amadou Idrissa déclarait n'avoir rien appris de
spécial à propos des faits reprochés à Abdoulaye Badié et
autres.
Le témoin Guirey Midou, officier de la Garde Nationale, était
entendu le 8 février 2011.
Il déclarait qu'au début du mois d'octobre 2010, le Colonel
Sidikou l'avait consulté à propos d'un entretien qu'il a eu avec le
Commandant de la Compagnie para relatif à la formation pour
le Brevet militaire de parachutiste destiné aux éléments des
Unités d'élite de la Garde Nationale. Il relevait que le principe
de la hiérarchie veut que les commandants de Compagnie
s'adressent à leur supérieur hiérarchique. Il ajoutait que
logiquement, il devrait être destinataire de ces listes afin qu'il
puisse préparer le courrier puis le faire parvenir au Haut
Commandant pour décision. Il précisait qu'il avait du reste fait
ce reproche aux Commandants de Compagnie qui lui avaient
répondu que c'est le Haut-Commandant qui les appelait
directement.
Le témoin Guirey Midou observait que le nombre de 70
éléments qui allaient être formés d'emblée lui avait paru étrange
car d'habitude la formation se faisait pour un nombre restreint.
Le témoin affirmait que l'initiative de la formation procédait
d'une démarche personnelle du Colonel Sidikou qui a
personnellement amené la note y afférente sans passer par la
voie ordinaire du courrier. Il ajoutait ne pas savoir si c'est le
Colonel Sidikou qui a sollicité la formation des éléments ou
bien si c'est la Compagnie para qui en a eu l'initiative.
Le témoin Hamadou Hassane, revendeur, était entendu le 14
février 2011. Il indiquait qu'en saison hivernale, un marabout
malien inconnu de lui l'avait approché, lui faisant savoir qu'il y
avait un patron qui souhaitait qu'on lui fasse des invocations ;
qu'il s'agissait d'un militaire haut gradé du nom de Badié ; il a
précisé que ce dernier souhaitait leur aide car il voulait accéder
- 82 -
au pouvoir ; le marabout lui avait dit qu'il y avait une dizaine de
millions de francs à gagner ainsi qu'un séjour à la Mecque ; il
précisait qu'il avait dit au marabout qu'il était malade. Il ajoutait
que le marabout lui avait montré un espace vide sur lequel était
érigé un hangar où il pouvait le trouver et qu'après vérification
il avait réalisé qu'il s'agissait en réalité d'une manœuvre de
diversion.
Le témoin Salou Souleymane, officier d'active, était entendu le
24 février 2011.
Il déclarait qu'il était avec le Ministre de l'Intérieur lorsqu'il
avait reçu un appel téléphonique du Colonel Badié qui l'avait
aussitôt interpellé en ses termes : "vous me défiez" puis "vous
me défiez, j'ai des preuves" puis en poursuivant en dejrma
"sanni hané ga ka", ce qui signifiait que "le jour où on en
parlera viendra". Il précise qu'il n'a compris le sens de ses
déclarations que le jour de l'arrestation de Badié pour complot
contre l'autorité de l'État.
Le témoin Salou Souleymane relevait que le fait d'envisager la
création d'un parti politique afin d'imposer un candidat et
d'exclure les autres candidats lui paraissait suffisamment grave
et porteur de mauvaise intention inavouée.
Sur interpellation, le témoin déclarait que le Chef de l'État avait
affirmé qu'il n'avait jamais été informé d'un tel projet et le
témoin ajoutait que le fait de dissimuler ce projet constituait un
acte de haute trahison à l'endroit du chef de l'Etat qui avait
pourtant placé toute sa confiance en la personne de Badié. Le
témoin ajoutait qu'en désignant un homme nouveau et en
écartant les anciens leaders des partis politiques, cela était
révélateur d'une intention d'écarter le Chef de l'État d'une
manière ou d'une autre puisque ce dernier en est farouchement
opposé.
Sur interpellation, le témoin déclarait que des informations lui
étaient parvenues selon lesquelles les inculpés s'étaient réunis
ailleurs qu'au jardin et que ces réunions s'étaient tenues avec
dissimulation, c'est-à-dire en empruntant des destinations de
diversion et en utilisant des véhicules banalisés.
Le témoin Salou Souleymane déclarait que le moindre soupçon
devrait être pris en compte pour prendre des mesures
préventives. Il donnait à l'appui, l'exemple de l'histoire récente
- 83 -
du pays, indiquant que pour les cas précédents, il n'y avait pas
eu de preuve matérielle avant l'exécution du coup d'État.
Il relevait un incident qui lui paraissait plus grave que l'incident
du véhicule officiel du Chef de l'Etat, que d'aucuns ont
interprété comme un acte suggéré par le marabout de Badié.
S'agissant de l'affaire des otages français, le témoin rappelait
qu'après un échange entre les Chefs d'État nigérien et français,
ils avaient convenu que les responsables de leurs armées
allaient s'appeler pour coordonner les opérations. Que le Chef
d'état-major français avait alors appelé le témoin pour solliciter
l'autorisation d'utiliser le Niger pour l'usage d'avions de
reconnaissance en vue de rechercher les auteurs de
l'enlèvement. Le témoin ajoutait que cet accord était conclu
sous certaines conditions mais que le Colonel Badié s'y était
opposé en ces termes : "les otages n'étant plus au Niger, les
Français n'ont qu'à se débrouiller avec les Maliens et qu'on
n'accepte pas que leurs avions viennent chez nous".
Le témoin précisait que c'est seulement au salon d'honneur, peu
avant son décollage pour les États-Unis, que le Premier
Ministre, le Ministre de la Défense et lui ont pu convaincre le
Chef de l'État qui a finalement pris la décision d'autoriser les
Français à venir au Niger ; que le Chef de l'État avait alors
instruit le Secrétaire Permanent d'informer l'ambassadeur de
France la nuit même et de lui en donner la confirmation écrite le
lendemain.
Le témoin Salou Souleymane précisait que vu l'urgence, il avait,
dès ce soir là, informé le Ministre de la Défense et l'Attaché de
défense français. Il déclarait qu'à sa grande surprise,
l'ambassadeur de France lui notifiait que le Secrétaire
Permanent lui avait affirmé que "maintenant que c'est moi qui
assume, je vous dis que vos avions ne viennent pas chez nous".
Le témoin observait qu'il fallait poser la question de savoir sur
quoi Badié se fondait pour remettre en cause une décision du
Chef de l'État une heure seulement après que celui-ci a pris
cette décision. Il ajoutait que selon lui, une telle attitude
dénotait un comportement suspect qui est celui de quelqu'un qui
veut écarter le chef pour se substituer à lui.
Le témoin Salou Souleymane révélait également que l'Attaché
de défense américain lui avait confirmé que Badié l'avait invité
- 84 -
à son domicile pour une visite de courtoisie. Le témoin révélait
que les putschistes du 9 avril 1996 s'étaient précipités pour
contacter l'ambassade des États-Unis et que dès lors, il y avait
de quoi se poser des questions.
Le témoin relevait également que Badié étant officier le plus
proche de Tandja, se pose la question de savoir comment il
pouvait trahir ce dernier et se contenter d'une place subalterne,
d'où sa stratégie d'encerclement du pouvoir.
Le témoin Hassane Mossi, militaire, était entendu le 7 mars
2011.
Il déclarait que le 1er octobre 2010, son petit frère résidant en
France l'avait informé de ce qu'il venait d'apprendre de son
épouse qu'une dame dénommée Saly, cousine de l'inculpé
Diallo lui aurait rapporté que l'épouse de ce dernier lui avait dit
que son mari et ses amis étaient en train de préparer quelque
chose. Le 2 octobre, il était allé relater ces faits au Chef de l'État
qui l'avait instruit d'aller en France. Une fois en France, il avait
contacté l'ambassadeur du Niger en France qui lui avait affirmé
qu'il ne disposait pas de moyens matériels, humains et
financiers pour mener ce genre d'investigations.
Le témoin ajoutait qu'à Paris, un de leurs correspondants lui
avait fait comprendre qu'il y avait eu une commande d'armes et
que les initiateurs ne voulaient pas que les armes passent par le
circuit normal, et encore moins le circuit africain. Il précisait
que le correspondant ignorait le but de cette commande et
préconisait de laisser le processus suivre son cours pour être
fixé sur le but de cette commande. Il ajoutait que le
correspondant lui avait révélé que la commande était initiée par
le circuit de "charlie bravo", c'est-à-dire Colonel Badié.
Il déclarait que le correspondant avait réfuté la thèse de la
commande d'armes en affirmant qu'il ne lui en avait pas parlé.
Le témoin Hassane Mossi soutenait que s'agissant de
conversation, l'État pouvait vérifier en sollicitant le concours
des compagnies cellulaires aussi bien au Niger qu'en France.
Le témoin Karimoun Hima Abdoulaye, commandant de la
gendarmerie territoriale était entendu le 8 mars 2011.
Il déclarait qu'il avait effectivement recueilli les déclarations du
nommé Abdou Mossi, petit frère du Colonel Hassane Mossi
relativement aux faits d'un projet d'entreprise de coup d'État que
- 85 -
lui aurait rapporté son épouse mais compte tenu du fait que ces
allégations n'étaient pas corroborées par des preuves tangibles,
ces déclarations n'avaient pas été incluses dans la procédure.
Trois confrontations étaient organisées les 7, 10 et 11 mars
2011.
La première était intervenue entre les témoins Hassane Mossi et
Madame Diallo Falmata Waziri.
Le premier témoin persistait n'avoir pas dit qu'il avait vérifié les
faits et qu'ils étaient vrais, ne disposant pas, de toutes les
façons, des moyens ni de l'expertise pour le faire.
Madame Diallo persistait qu'Hassane Mossi lui avait dit qu'il
avait rendu compte au Chef de l'Etat qu'il avait vérifié les faits
et qu'ils étaient vrais.
Lors de la deuxième confrontation, celle intervenue entre
l'inculpé Abdoulaye Badié et le témoin Salou Souleymane,
chacun maintenait les déclarations qu'il avait faites lors de
l'interrogatoire et de l'audition.
L'inculpé Badié persistait qu'il considérait que le témoin défiait
son autorité ; il relevait notamment le défaut de compte rendu
direct à la suite de la mise en place de la cellule de crise et la
désinformation entreprise par le témoin lors d'une réunion qui
devait se tenir à la Villa verte en ce que le témoin avait fait
passer aux officiers l'information selon laquelle la réunion
devait se tenir à la Primature.
Le témoin persistait qu'il n'y avait aucune intention de défier
l'autorité de l'inculpé, expliquant qu'il n'était guidé que par le
souci d'une prompte information. Quant à la réunion, il
expliquait que lorsqu'il a appris qu'elle se tenait à la Villa verte,
il s'y était rendu.
Concernant la création d'un parti politique en guise de solution
alternative à la situation marquée par l'existence de leaders
politiques devant être disqualifiés, l'inculpé niait en avoir fait
mention dans sa note explicative adressée au Chef d'état-major
des armées.
Le témoin persistait que l'inculpé a bien évoqué ces questions
dans sa note explicative et remettait à cette fin copie du
document y afférent et après vérification, en page 9, il est écrit :
" … il y a aussi le projet de statut de parti politique pris lors de
la perquisition à mon domicile. Là aussi je puis affirmer que le
- 86 -
Chef de l'Etat est au courant car cela découle d'une démarche
prospective de ma part, suite aux entretiens que nous eûmes lui,
le lieutenant Yayé Saley, Monsieur Marou Amadou du C.C.N.
et Monsieur Ali Idrissa. Au cours de cet entretien, il a été
question de voir les différentes possibilités d'une fin de
transition heureuse, surtout voir quel nouveau candidat soutenir
ou quelle alternative pour éviter que les mêmes reviennent".
Concernant la dissimulation, l'inculpé persistait qu'il ne fait ni
détour, ni autre manœuvre de diversion lorsqu'il se déplace.
Le témoin déclarait qu'il avait été rapporté par des sources
policières, non écrites, que lorsque les inculpés vont à leur
réunion, ils utilisaient des chemins de diversion en empruntant
même des véhicules banalisés, c'est-à-dire des véhicules
difficilement identifiables et non officiels.
Concernant l'enlèvement des otages français, l'inculpé persistait
qu'il n'avait jamais contredit une décision du Chef de l'Etat
concernant les instructions qu'il a données pour autoriser les
avions français à arriver à Niamey.
Le témoin persistait que l'ambassadeur de France l'avait appelé
pour lui signifier que le Secrétaire Permanent a pris une
décision contraire.
Concernant la visite de l'Attaché de défense américain au
Secrétaire Permanent, le témoin persistait qu'elle a bien eu lieu
et qu'il est de coutume pour les putschistes de contacter des
chancelleries étrangères. L'inculpé affirmait que les
présuppositions du Chef d’état-major des armées n'engageaient
que lui et réaffirmait qu'il n'était pas un putschiste.
Le témoin persistait que l'inculpé Badié est l'officier le plus
proche de Tandja et qu'il ne le trahirait pas pour un poste
subalterne et qu'à plusieurs reprises, il avait désapprouvé les
nominations au sein de l'armée car il avait une stratégie
d'encerclement du pouvoir en plaçant ses pions aux postes
stratégiques de l'armée.
Sur interpellation, le témoin déclarait ne pas connaître que le
Colonel Badié, du début de la transition jusqu'aux événements
présents, ait pris attache avec un chef d'Unité des Forces armées
nigériennes en vue de mener une action.
La troisième confrontation est intervenue entre l'inculpé Diallo
et le témoin Salou Souleymane. L'inculpé Diallo déclarait qu'il
- 87 -
n'avait jamais entendu parler d'une action qu'aurait entreprise le
Secrétaire Permanent en vue de contredire les instructions
données par le Chef de l'État. Il considérait que les instructions
ont été exécutées car il y avait un embryon d'un conseil de
défense et de sécurité qui s'était réuni à la Villa verte et dont
l'ordre du jour portait sur les mesures à prendre relativement à
l'enlèvement des otages français.
Le témoin Salou Souleymane persistait qu'il avait rapporté les
instructions à l'Attaché de défense français à qui il avait fait part
de l'accord du Chef de l'État et que la même nuit l'ambassadeur
de France au Niger l'avait appelé pour l'informer de ce que le
Secrétaire Permanent lui avait dit le contraire de ce qu'il avait
dit à l'Attaché de défense.
Le témoin déclarait ne porter aucun soupçon sur l'inculpé
Diallo.
Attendu que l'enquête préliminaire avait révélé un faisceau
d'indices ayant conduit à l'ouverture de l'information contre les
inculpés ; qu'il s'agissait notamment :
- du déplacement au jardin du Colonel Badié,
- de la découverte de documents relatifs à l'organisation
d'une formation de parachutistes,
- d'un voyage à l'étranger,
- de la découverte de documents relatifs à la création d'un
parti politique,
- de la découverte d'un ordinateur portable susceptible
d'être doté d'un logiciel permettant d'intercepter des
communications téléphoniques.
Attendu que l'instruction avait permis de relever d'autres
indices, notamment :
- la commande d'armes,
- la gestion des otages français à Arlit,
- la prise de contact avec un attaché de défense d'une
mission diplomatique,
- la méthode de camouflage et de diversion grâce à
l'utilisation d'itinéraire indirect pour se rendre d'un lieu
à un autre, de véhicules banalisés,

- 88 -
- les conversations téléphoniques faisant état de la
préparation d'une action dans le sens de changement de
régime politique.
Attendu qu'il est ressorti de l'information que dans le cadre de la
gestion de l'affaire des otages français enlevés à Arlit, le
Colonel Badié n'était pas favorable à l'installation d'une base
militaire française au Niger ; qu'il est également ressorti que le
Colonel Badié était revenu de la passerelle au salon d'honneur à
bord du véhicule officiel du Chef de l'Etat ; qu'il y avait un
conflit de leadership tant à l'avènement du C.S.R.D. qu'au cours
de la gestion de la transition.
Attendu qu'il est également ressorti de l'information que la
durée de la transition et l'opportunité de créer les conditions de
l'avènement de nouveaux leaders à la fin de la transition, ont
constitué un point d'achoppement au niveau du comité restreint
du C.S.R.D.; que certains étaient favorables à une durée plus
longue et à l'opportunité d'envisager l'avènement de nouveaux
leaders politiques à la fin de la transition ; que le
fonctionnement du Secrétariat Permanent était émaillé
d'obstacles ; que du reste les textes régissant le fonctionnement
du Secrétariat Permanent n'ont pas pu être adoptés.
Attendu que de cette situation, de ces frustrations et de ces
comportements pouvait résulter le mobile de l'infraction en ce
que les inculpés ont trouvé la parade en voulant mettre un terme
au régime.
Attendu que les nommés Abdoulaye Badié, Amadou Diallo,
Issa Abdou Sidikou et Aboubakar Amadou Sanda sont inculpés
de complots contre l'autorité de l'Etat, faits prévus et réprimés
par l'article 79 du code de procédure pénale ; qu'ils ont nié avec
constance et à toute hauteur de la procédure les faits qui leur
étaient reprochés.
Attendu que l'article 79 susvisé dispose que "le complot ayant
pour but les crimes mentionnés à l'article 78, s'il a été suivi d'un
acte commis ou commencé pour en préparer l'exécution sera
puni d'un emprisonnement de dix à vingt ans.
Si le complot n'a pas été suivi d'un acte commis ou commencé
pour en préparer l'exécution, la peine sera celle d'un
emprisonnement de cinq à moins de dix ans.

- 89 -
Il y a complot dès que la résolution d'agir est concertée et
arrêtée entre deux ou plusieurs personnes.
S'il y a proposition faite et non agréée de former un complot
pour arriver aux crimes mentionnés à l'article 78, celui qui aura
fait une telle proposition sera puni d'un emprisonnement d'un an
à moins de dix ans et d'une amende de 50 000 à 2 000 000 de
francs. Le coupable pourra de plus être interdit, en tout ou
partie, des droits visés à l'article 21. Qu'aux termes de l'article
78 du code de procédure pénale "l'attentat dont le but aura été
soit de détruire ou de changer le régime constitutionnel, soit
d'exciter les citoyens ou habitants à s'armer contre l'autorité de
l'État ou à s'armer les uns contre les autres, soit à porter atteinte
à l'intégrité du territoire national, sera puni de l'emprisonnement
à vie. L'exécution ou la tentative constitueront seules l'attentat".
Attendu que bien que le texte susvisé fait allusion à un
changement de régime constitutionnel, l'analyse de l'esprit de la
loi admet d'affirmer que la volonté réelle du législateur est que
l'existence de ce crime est indépendante de la nature du régime
qu'on veut substituer à celui qui existe et qu'il est aussi
caractérisé lorsqu'il s'est agi de changer un pouvoir d'exception
par un autre de même genre.
Que pour que cette infraction soit constituée, la loi exige la
réunion d'une double condition, à savoir l'existence d'un acte
matériel constituant l'attentat et que le but de l'acte matériel soit
déterminé mais que surtout ce but soit le changement et la
destruction du régime en place, l'excitation des citoyens ou
habitants à s'armer les uns contre les autres ou l'atteinte à
l'intégrité du territoire national.
Attendu que c'est pour atteindre ce but que plusieurs volontés
réunissent leurs puissances et leurs forces de telle sorte que
l'action étant mûrie et s'étant développée dans le plan des
conjurés, il ne reste plus que l'exécution ; que l'imputabilité du
complot contre l'autorité de l'Etat aux dites personnes s'en
trouve indéniable ; que le complot est donc une résolution
concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs personnes, d'agir
dans le but des crimes prévus à l'article 78 du code pénal ; que
sa constitution implique la réunion de trois conditions, c'est-à-
dire qu'il y ait une résolution d'agir, que cette résolution ait été
concertée entre deux ou plusieurs personnes, qu'elle soit arrêtée
- 90 -
qu'ainsi, il faut une détermination d'agir de sorte qu'on ne doit
pas confondre la résolution avec un simple désir, ni même un
projet qui aurait laissé la volonté indécise ; que cette résolution
doit être ferme et positive.
Qu'en effet, les complots que le législateur a voulu atteindre ne
sont pas ceux d'une faible portée, sans force et par conséquent,
sans danger qui sont en réalité l'expression d'un comportement
d'ambitieux, de mécontents ; que la résolution doit être
concertée autrement dit, que tous les conjurés se soient
entendus, mis d'accord sur le but et les moyens de l'attaque, que
chacun ait reçu et accepté son rôle dans la réalisation du
complot commun, que toute difficulté ait été aplanie et tout
dissentiment effacé ; qu'en guise d'illustration, il est caractérisé
lorsque le chef du groupe s'adresse aux membres en s'enquérant,
s'il est clairement entendu, qu'à telle heure, par tels moyens, ils
exécuteront tel projet, et si la réponse est affirmative donc par
ce dernier caractère de l'entreprise criminelle, la résolution
arrêtée et obtenue, le complot existe ; que le complot est ainsi
caractérisé par l'existence d'un faisceau de volontés qui
n'attendent qu'un ordre ultérieur pour passer à l'exécution.
Attendu qu'en l'espèce, s'il est établi que les inculpés Amadou
Diallo, Abdou Sidikou Issa et Abdoulaye Badié se sont
retrouvés dans le jardin de ce dernier, il n'en demeure pas moins
qu'il n'a pas été établi qu'ils y étaient pour prendre la décision
d'entreprendre une action destinée à déstabiliser le régime en
place ; que l'instruction n'a pas permis d'établir que le
déplacement au jardin avait pour but de se réunir dans le
dessein autre que celui de se retrouver entre amis dans le cadre
d'une détente et il n'est pas prouvé qu'ils ont tenu d'autres
réunions ailleurs en vue de préparer un complot.
Attendu que la preuve d'une répartition des tâches n'a pas été
rapportée ; que certes des réquisitions aux experts en
communication téléphonique de la place ont révélé l'existence
d'échanges intensifs de communication, dans la période
présumée être celle de la commission de l'infraction, entre les
inculpés, mais la transcription des contenus de ces échanges
n'ayant pas été produite, il n'a pu être établi que ces échanges
ont un lien direct avec les faits reprochés aux inculpés.

- 91 -
Attendu qu'il ne résulte pas de l'analyse des échanges entre les
inculpés par les messages communément appelés "S.M.S." des
éléments ou indices utiles à la manifestation de la vérité.
Attendu que l'information a établi que les échanges
téléphoniques entre l'épouse de l'inculpé Diallo et des amies,
conversations à partir desquelles aurait été révélé l'imminence
"d'un coup d'Etat" que préparaient le nommé Amadou Diallo et
ses amis sont infondés, la nommée Aissa Sidikou Kouré qui a
communiqué l'information à son mari Abdou Mossi, frère du
Colonel Hassane Mossi, ainsi que Madame Salimata Touré de
qui elle l'aurait apprise, les ayant formellement démentis par fax
envoyé à Diallo Falmata ; que la découverte, grâce à des amis
israéliens d'une commande d'armes avec les Russes faite par
Abdoulaye Badié, rapportée par le Colonel Hassane Mossi, s'est
avérée inexacte, ce dernier ayant déclaré que l'informateur a
réfuté la réalité des faits ainsi dénoncés ; que du reste le témoin
Kimba Tahirou, Commandant de la première légion de
gendarmerie de Niamey, a dit, lors de son audition, que les
charges y afférentes ont été abandonnées en l'absence d'indices
sérieux graves et concordants, notamment à l'issue des
différents démentis. Que dans tous les cas, même si ces faits
sont avérés, ils ne suffisent pas à eux seuls à constituer le crime
de complot en ce qu'ils ne contiennent pas ce crime, c'est-à-dire
qu'ils n'étayent pas l'exécution ou la tentative d'un attentat
n'ayant pas été suivies d'un acte matériel d'exécution, d'autant
plus que l'expression d'humeur de mécontentement ne peut être
qualifiée que de simple désir qui ne doit pas être assimilé à une
résolution d'agir.
Attendu que le camouflage consistant aux manœuvres de
diversion pour se rendre d'un lieu à un autre ou à l'utilisation de
véhicules banalisés, a constamment été nié par les inculpés.
Que l'information n'a pas établi la réalité de ce camouflage, le
témoin ayant fait état de sources policières non écrites ; que
mêmes avérés, ces prétendus faits de diversion ne peuvent à eux
seuls caractériser le crime imputé aux inculpés car l'existence
d'un lien entre ces manœuvres et l'entreprise criminelle n'est pas
démontrée, notamment il n'est pas établi que lesdites
manœuvres aient été opérées dans le but de déstabiliser et
remplacer le pouvoir en place.
- 92 -
Attendu que s'agissant de la formation de parachutistes, s'il est
incontestable que le témoin Guirey Midou avait relevé le
caractère irrégulier de la procédure en ce que le nombre à
former d'emblée était élevé, il découle de l'instruction que
l'initiative de la formation émane du Commandant de la
Compagnie "Para" qui n'entretenait aucun lien avec les inculpés
que du reste, le témoin Salifou Mody déclarait que "pour faire
un coup d'État, on n'a pas besoin de parachutistes".
Attendu qu'il ressort de l'audition du témoin Salou Souleymane
que l'inculpé Abdoulaye Badié lui aurait proféré des menaces,
contredit les décisions prises par le Chef de l'État à propos de la
présence d'avions militaires français au Niger et avait pris
contact avec l'Attaché de défense de l'ambassade des États-Unis
d'Amérique.
Que cependant l'inculpé a nié ces faits ; qu'au regard de
l'acception donnée par la loi de l'infraction reprochée aux
inculpés de simples menaces ne revêtent pas une portée
significative ; que s'il est vrai que la prise de contact avec un
attaché de défense d'une mission diplomatique d'une puissance
étrangère peut s'interpréter comme la quête d'un éventuel
soutien ou d'un refuge dans l'entreprise d'une déstabilisation du
régime en place, il n'en demeure pas moins que l'instruction n'a
pas permis d'établir un lien entre cette rencontre et les faits
reprochés aux inculpés. Que les faits narrés par le témoin sont
isolés et, en conséquence, insusceptibles d'être constitutifs d'une
conjuration, que des divergences d'opinion, par ailleurs
momentanées entre les membres de l'organe dirigeant du pays
sur la gestion d'une crise, ne fait pas partie du complot que le
législateur a entendu réprimer.
Attendu que des documents portant projet de statuts et
règlement intérieur d'un parti politique dénommé «Mouvement
des Forces Patriotiques du Niger / Rassemblement des Patriotes
Nigériens / Forces Patriotiques et Démocratiques du Niger» ont
été découverts dans le bureau de l'inculpé Abdoulaye Badié ;
que l'instruction n'a toutefois pas permis d'établir un lien direct
avec les faits de complot, objet de la poursuite ; qu'il n'est pas
établi, notamment qu'il s'agit d'une entreprise de diversion ayant
pour but de détourner l'attention de toute personne du projet réel
envisagé ; que l'inculpé a déclaré qu'il s'agissait d'une simple
- 93 -
prospection pour l'après transition et que le projet n'a connu
aucune suite ; que donc s'agissant d'un projet indécis, il ne
constitue pas un acte matériel de complot.
Attendu qu'il a été découvert et placé sous main de justice un
ordinateur portable appartenant à l'inculpé susnommé ; que
l'expertise à laquelle il a été procédé a conclu qu'il n'a été trouvé
aucun programme d'écoute téléphonique installé sur l'ordinateur
et qu'il n'a également été trouvé aucun fichier de voix stocké sur
les disques de cet ordinateur qui pourrait provenir d'un
enregistrement téléphonique.
Attendu que l'information a permis d'établir que l'inculpé
Aboubakar Amadou Sanda a entrepris un voyage au Burkina
Faso, du 23 au 28 septembre 2010 ; que par commission
rogatoire internationale, en date du 21 mars, il a été demandé
aux autorités judiciaires du Burkina Faso de procéder à des
vérifications concernant les agissements de cet inculpé lors de
son séjour à Ouagadougou ; que la commission rogatoire n'a pu
être exécutée pour des raisons indépendantes de la volonté des
autorités judiciaires du Burkina Faso ; que le conseiller
instructeur avait alors dressé un procès verbal de carence
constatant que le déclenchement d'une grève illimitée par les
structures corporatistes des magistrats du Burkina Faso
constituait des difficultés insurmontables.
Attendu qu'en tout état de cause, l'inculpé avait régulièrement
obtenu une autorisation d'absence par décision n° 253 du 20
septembre 2010 ; que l'instruction n'a pas permis d'établir que
cette transparence, dont a fait montre l'inculpé pour son
déplacement, constituait en réalité une manœuvre de diversion
et que le voyage avait un lien indirect avec les autres indices
relevés, notamment si la décision résultait d'une concertation
avec ses co-inculpés ; que surtout parce que le déplacement
constitue un acte isolé du fait que les charges retenues contre les
autres inculpés ne sont ni graves, ni concordantes, il ne peut
constituer en lui seul le crime de complot contre l'autorité de
l'Etat qui exige une pluralité de personnes.
Attendu qu'il résulte des énonciations qui précèdent qu'il n'y
avait pas eu une résolution d'agir et que, même si tel avait été le
cas, cette résolution n'avait pas été concertée entre les inculpés,
puis arrêtée par eux. Que par voie de conséquence, il ne résulte
- 94 -
pas de l'information des charges suffisantes contre les nommés
Abdoulaye Badié, Abdou Sidikou Issa, Amadou Diallo et
Aboubakar Amadou Sanda, d'avoir, à Niamey, courant mois
d'octobre 2010, en tout cas depuis temps non couvert par la
prescription, perpétré un complot contre l'autorité de l'Etat, faits
prévus et réprimés par l'article 79 du code pénal.
Attendu qu'il y a lieu de dire n'y avoir lieu à suivre contre les
susnommés de ce chef.
Attendu qu'il convient de mettre les dépens à la charge du
Trésor Public.
PAR CES MOTIFS
- Dit n'y avoir lieu à suivre contre les nommés
Abdoulaye Badié, Amadou Diallo, Issa Abdou Sidikou
et Aboubakar Amadou Sanda du chef de complot contre
l'autorité de l'État,
- Met les dépens à la charge du Trésor Public.
Ainsi fait, jugé et prononcé les jours, mois et an que dessus.
ET ONT SIGNÉ LE PRÉSIDENT ET LE GREFFIER
Niamey, le 9 juin 2011

- 95 -
Annexe II

Ordonnance N°2010-001 du 22 février 2010 portant


organisation des pouvoirs publics pendant la période de
transition.
REPUBLIQUE DU NIGER
------
ORDONNANCE N° 2010-001 du 22 février 2010
Portant organisation des pouvoirs publics pendant la période de
transition.
LE PRESIDENT DU CONSEIL SUPREME POUR LA
RESTAURATION DE LA DEMOCRATIE,
VU la Proclamation du Conseil Suprême pour la Restauration
de la Démocratie (CSRD) en date du 18 février 2010 ;
Le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie
entendu ;
ORDONNE :
TITRE I : DISPOSITIONS GENERALES
Article premier : L’État du Niger est une République. Il
réaffirme son attachement aux principes de l’État de droit et de
la démocratie pluraliste.
Conscient de sa responsabilité devant le peuple Nigérien, le
Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie assure
la préservation de l’Unité nationale et la cohésion sociale.
Il assure à tous, l’égalité devant la loi, sans distinction de sexe,
d’origine sociale, raciale ethnique ou religieuse.
Il garantit, en outre, les droits et libertés de la personne humaine
et du citoyen tels que définis par la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme de 1948 et la Charte Africaine des Droits de
l’Homme et des Peuples de 1981.
Il garantit la restauration du processus démocratique engagé par
le peuple Nigérien.
Les droits et les devoirs susvisés s’exercent dans le cadre des
lois et règlements en vigueur.
Article 2 : L’État du Niger est et demeure lié par les Traités et
Accords Internationaux antérieurement souscrits et
régulièrement ratifiés.

- 97 -
TITRE II : DU CONSEIL SUPREME POUR LA
RESTAURATION DE LA DEMOCRATIE
Article 3 : Le Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie (CSRD) est l’instance suprême de conception et
d’orientation de la politique de la Nation.
Il est dirigé par un Président qui exerce les fonctions de Chef de
l’État, Chef du Gouvernement.
Article 4 : Le Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie (CSRD) est investi des pouvoirs législatifs et
exécutifs jusqu’à la mise en place de nouvelles institutions
démocratiques.
Article 5 : Un décret du Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie (CSRD) détermine la
composition et le fonctionnement du Conseil.
Article 6 : Le Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie (CSRD) représente l’État dans
les relations internationales. Il accrédite les Ambassadeurs et les
Envoyés Extraordinaires auprès des puissances étrangères.
Les Ambassadeurs et les Envoyés Extraordinaires sont
accrédités auprès de lui.
Article 7 : Le Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie (CSRD) nomme par décret un
Premier Ministre ainsi que les autres membres du
Gouvernement de transition et fixe leurs attributions.
Ils sont responsables devant lui.
Il met fin à leurs fonctions dans les mêmes formes.
Article 8 : Le Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie préside le Conseil des Ministres.
Il signe les ordonnances et les décrets.
Il nomme aux emplois civils et militaires.
Article 9 : Le Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie peut déléguer certaines de ses
attributions au Premier Ministre.
Article 10 : Le Premier Ministre anime et coordonne l’action du
Gouvernement en fonction des orientations définies par le
Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie.

- 98 -
TITRE III : DE LA COUR D’ETAT
Article 11 : Il est créé en lieu et place de la Cour Suprême
dissoute, une Cour d’État dont la composition, les attributions et
le fonctionnement sont fixés par ordonnance du Président du
Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie.
TITRE IV : DU COMITE CONSTITUTIONNEL
Article 12 : Il est créé en lieu et place de la Cour
Constitutionnelle dissoute, un Comité Constitutionnel dont la
composition, les attributions et le fonctionnement seront
déterminés par ordonnance du Président du Conseil Suprême
pour la Restauration de la Démocratie.
TITRE V : DE L’OBSERVATOIRE NATIONAL DE LA
COMMUNICATION (ONC)
Article 13 : Il est créé, en lieu et place du Conseil Suprême de la
Communication (CSC) dissous, un Observatoire National de la
Communication (ONC) dont la composition, les attributions et
le fonctionnement sont déterminés par ordonnance du Président
du Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie.
TITRE VI : DISPOSITIONS FINALES
Article 14 : Les autorités administratives en place continuent
d’exercer leurs fonctions sauf intervention de dispositions
réglementaires contraires.
Article 15 : Les lois et règlements promulgués et publiés à la
date de signature de la présente ordonnance restent en vigueur
sauf abrogation expresse.
Article 16 : Aux fins de la restauration de la démocratie, il sera
créé, sous l’autorité du Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie, un organe chargé de préparer les
textes fondamentaux de la République, notamment la
Constitution et le Code Électoral.
La dénomination, la composition et les attributions de cet
organe seront fixées par ordonnance.
Le projet de Constitution susvisé sera adopté par le Peuple
nigérien par voie de référendum.
Article 17 : A l’issue d’une période qui sera déterminée par le
Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie, celui-
ci, ainsi que les autres institutions de la transition feront place
aux nouvelles institutions démocratiques.

- 99 -
Un calendrier des différentes échéances politiques sera rendu
public par le Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie (CSRD).
Article 18: La présente ordonnance qui a valeur
constitutionnelle pourra, en tant que de besoin, être complétée
par d’autres ordonnances.
Des décrets pris en Conseil des Ministres préciseront, en tant
que de besoin, les modalités d’application de la présente
ordonnance.
Article 19 : La présente ordonnance sera publiée au Journal
Officiel de la République du Niger selon la procédure d’urgence
et exécutée comme loi de l’État.
Fait à Niamey, le 22 février 2010
Le Président du Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie,
Le Chef d’Escadron SALOU DJIBO
Pour ampliation
La Secrétaire Générale du Gouvernement, LARWANA
IBRAHIM

- 100 -
Annexe III
Décret N°2010-048/PCSRD du 11 mars portant délégation de
pouvoirs au Premier ministre et déterminant sa mission de
coordination de l’action gouvernementale.
REPUBLIQUE DU NIGER
------
Présidence du Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie Décret n° 2010-048 / PCSRD du 11 mars 2010
Portant délégation de pouvoirs au Premier Ministre et
déterminant sa mission de coordination de l’action
gouvernementale
LE PRESIDENT DU CONSEIL SUPREME POUR LA
RESTAURATION DE LA DEMOCRATIE, CHEF DE
L’ETAT
VU La proclamation du 18 février 2010 ;
VU L’ordonnance N°2010-001, portant organisation des
pouvoirs publics pendant la transition ;
VU Le décret n°2010-003/PCSRD du 23 février 2010, portant
nomination du Premier Ministre ;
DECRETE
Article premier : Le Premier Ministre a délégation de pouvoirs
pour assister le Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie dans la détermination et la
conduite de la politique de la Nation.
A ce titre, il a, entre autres, pour mission de veiller à :
-La mise en place d’un pacte d’assainissement de
l’environnement institutionnel, juridique et financier avec un
tableau de bord ;
-La création d’un cadre de réconciliation des nigériens avec ses
stratégies et mécanismes de mise en œuvre ;
-La création d’un cadre de préservation du secteur moderne et
de la coopération internationale ainsi que le renforcement et la
diversification des partenariats économiques mutuellement
avantageux ;
-La supervision du processus de définition et de mise en œuvre
de l’Agenda de la Transition suivant les recommandations du

- 101 -
Conseil Consultatif entériné par le Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie.
Article 2 : Le Premier Ministre de transition :
- est habilité à prendre les actes réglementaires
nécessaires à l’exécution de sa mission ;
- a autorité sur l’ensemble des membres du
Gouvernement et Hauts-Commissaires et à ce titre,
signe les ordres de missions des Ministres ;
- contrôle les services publics civils ;
- procède à la création, à la suppression et au
regroupement des comités et commissions à caractère
interministériel.
Le Premier Ministre peut prendre toute initiative et/ou décision
entrant dans le cadre de l’accomplissement de sa mission et
rendre compte au Président du Conseil Suprême pour la
Restauration de la Démocratie.
Article 3 : Sont placés, par délégation du Président du Conseil
Suprême pour la Restauration de la Démocratie, sous l’autorité
du Premier Ministre, les services ci-après :
- le Haut-Commissariat à la Modernisation de l’État ;
- le Haut-Commissariat à l’informatique et aux
Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication ;
- l’Autorité de Régulation des Marchés Publics ;
- la Cellule d’Analyse et de Prospection en
Développement ;
- l’Autorité de Régulation Multisectorielle ;
- le Dispositif de Prévention et de Gestion des Crises
Alimentaires ;
- le Secrétariat Exécutif du Conseil National de
l’Environnement pour un Développement Durable ;
- le Secrétariat Permanent de Stratégie de Réduction de la
Pauvreté ;
Article 4 : Dans le cadre de sa mission de coordination de
l’action gouvernementale, le Premier Ministre :
- préside le Conseil de cabinet à l’effet de : faire le point
de la situation générale des activités du Gouvernement ;

- 102 -
arbitre en premier ressort les conflits de compétences
intervenant entre départements ministériels ;
- sert d’intermédiaire entre les Ministres et le Président
du Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie.
Article 5: Le Premier Ministre dispose des services du
Secrétariat Général du Gouvernement.
Article 6 : Est abrogé le décret n° 2009-347/PRN/PM du 08
octobre 2009, portant délégation de pouvoirs au Premier
Ministre et déterminant sa mission de coordination de l’action
gouvernementale.
Article 7 : Le Premier Ministre est chargé de l’exécution du
présent décret qui sera publié au Journal Officiel de la
République du Niger.
Fait à Niamey, le 11 mars 2010
Signé : le Président du Conseil Suprême pour la Restauration de
la Démocratie,
Chef de l’État.
Le Chef d’Escadron DJIBO SALOU
Pour ampliation
La Secrétaire Générale
Du Gouvernement
Mme SALIAH ADAMA GAZIBO

- 103 -
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André Salifou, Biographie politique de Diori Hamani. Premier
président de la république du Niger, Paris, Karthala, 2010.
Claude Silberzahn, Au cœur du secret, Paris, Fayard, 1995.

- 106 -
Table des matières

Introduction .........................................................................- 11 -
1. Cambriolage à «la Villa verte» ........................................ - 13 -
2. Les dessous de l’adjudication du barrage de Kandadji .... - 17 -
3. Le raid manqué de China International Fund (CIF) sur le
Niger .................................................................................... - 25 -
4. Coup de froid entre Seif Al-Islam Kadhafi et le CSRD .. - 29 -
5. La vraie histoire du débarquement des forces françaises au
Niger .................................................................................... - 33 -
6. Main basse sur SAHEL COM et SONITEL .................... - 39 -
7. Quand Anne Lauvergeon provoque des tensions
gouvernementales à Niamey ................................................ - 43 -
8. Comment le général Moumouni Boureima échappe à son
arrestation ............................................................................ - 47 -
9. Le faux coup d’État du 3 août ......................................... - 51 -
10. Salou Djibo, la SML et les Canadiens ........................... - 55 -
Conclusion ........................................................................... - 61 -
Annexes ...............................................................................- 63 -
Annexe I .............................................................................. - 65 -
Annexe II ............................................................................. - 97 -
Annexe III .......................................................................... - 101 -
Bibliographie ..................................................................... - 105 -
Table des matières ............................................................. - 107 -

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Le Niger
aux éditions L’Harmattan
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Traduit de l’anglais par Marie-Françoise De Munck
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Niger : la junte militaire
et ses dix affaires secrètes (2010-2011)

A partir de témoignages d’acteurs au cœur du pouvoir de l’époque et d’une


documentation de première main, ce livre présente une dizaine d’affaires
secrètes qui ont marqué la transition conduite entre le 18 février 2010 et
le 06 avril 2011 au Niger par le Conseil suprême pour la restauration de la
démocratie (CSRD), la junte qui a mis fin au projet du président Mamadou
Tandja de se maintenir au pouvoir après son second et dernier mandat.
Du cambriolage commis à « la Villa verte », siège du CSRD au Conseil
d’administration avorté de la Société des mines du Liptako (SML), en passant
par le débarquement des troupes françaises à Niamey, le raid manqué de
China international fund (CIF) sur le Niger, le coup de froid entre Seif Al-
Islam Kadhafi et le CSRD et le faux coup d’État du 3 août 2010, l’auteur
détaille avec précision ces dix affaires emblématiques de la dernière transition
militaire au Niger.
Il met en perspective, apporte un nouvel éclairage aux affaires déjà évoquées
de façon à garantir une valeur ajoutée à la connaissance du lecteur. L’ouvrage,
nourri par une écriture claire et accessible, fourmille de révélations,
notamment sur les dessous de l’attribution du barrage de Kandadji à la
société russe Zarubezhvdstroy, sur le départ précipité du Niger du général
Moumouni Boureima, sur la cession de SONITEL et SAHEL COM aux
Libyens, sur la visite d’Anne Lauvergeon, alors présidente du directoire
d’Areva, à Niamey et Arlit.

Journaliste, Seidik ABBA est Chef du Bureau de l’Agence


panafricaine d’information (PANAPRESS) à Paris et
commentateur de l’actualité africaine sur plusieurs médias
internationaux, parmi lesquels TV5/RFI, France 24, 3A
Télésud, BFM Business, BBC Hausa. Il est par ailleurs
chercheur associé à l’Université de Valenciennes (Nord de la
France) où il a soutenu une thèse de doctorat en Sciences
de l’Information et de la communication.
©Julia Küntzle

Illustration de couverture : Le chef de la junte Salou Djibo (au centre avec des lunettes)
salué par des autorités civiles et militaires, à la sortie du Salon d’honneur de l’aéroport
Diori Hamani de Niamey.

ISBN : 978-2-343-00366-5
12,50 €

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