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D" R.

ALLENDY

LE
SYMBOLISME
DES NOMBRES

ESSAI D’ARITHMOSOPH1E
LE
SYMBOLISME
DES NOMBRES

27 5 - H H \
DU MÊME AUTEUR

L’Alchimie et la Médecine, in-8°


Le Grand-Œuvre Thérapeutique, in-16.
....
Le Lotus sacré, in-8°
L'Homceopathie, in-18
La Table d’Emeraude, in-16
Les Tempéraments, in-8°.
TRADUCTION :

La Chimie Occulte de M me A. Besant et C.-W.


LEADBEATER, en collaboration avec H. de
Pury-Travers, in-8°
D r R. ALLENDY

PARIS
CHACORNAC FRÈRES
I |, QUAI SAINT-MICHEL

I 948
TOUS DROITS RÉSERVÉS
INTRODUCTION

«
Oninia in mensura et numéro et pondéré
disposuisti. »
(Sap., xi, 21.)

On définit généralement le nombre comme « Vunité


ou une collection d'unités (i) »,car la notion de nombre
repose entièrement sur le concept d'unitéet chaque nombre
n’est qu’un aspect particulier et analytique de, l'Unité
absolue, c’est-à-dire de l’Univers qui contient tout. Comme
chaque objet n’est qu’une parcelle du grand Cosmos, les
nombres pluriels ne peuvent se rapporter qu'à des parties
de ce Tout cosmique, isolées par abstraction et considérées
dans leurs rapports mutuels. De tels rapports peuvent
nous sembler fortuits, par exemple si l’on dit qu'une pluie
a duré deux jours, que trois hommes sont entrés dans Un
jardin, qu’un enfant a été malade à l’âge de 7 ans, etc. ;
mais une étude approfondie du déterminisme fatal et
de$ correspondances occultes amène à penser que cette
apparence fortuite et indifférente n’est due qu’à notre
ignorance des causes multiples ou des relations mysté
rieuses des phénomènes ; la notion de hasard ne repose
que sur notre inconscience du mécanisme causal en action.
Bien souvent, en effet, le nombre nous révèle un rapport,
une harmonie, une loi, un principe, far exemple s’il est
question de deux polarités contraires, des trois premiers
termes d’une série, etc., et il est permis d’affirmer que tout,
dans la nature, obéit à des lois d’une extrême précision
dont le nombre est l’expression la plus pure. Le Nombre
est àla racine de l’univers manifesté", Iq nombre et les propor-

(1) Dictionnaire de l'Académie. Art. : Nombre.


lions harmonieuses dirigent les premières différenciations
de la substance homogène en éléments hétérogènes ; le
Nombre et les nombres imposent des limites à la main
créatrice de la nature (i).
Les phénomènes naturels sont tous soumis à des lois,
et ces lois se ramènent à des coefficients, c’est-à-dire à des
nombres. Par exemple, « l’examen des proportions des
cristaux, des contours des formes vivantes, telles que les
fleurs, les diatomées, les radiolaires, les papillons, etc.,
nous montreraient que — exception faite des modifications
de la croissance — toutes les proportions et les courbes
comprises dans ces formes peuvent être analysées comme
suit :
a) Une série primaire de cercles ayant un rapport
binaire entre eux (i, 2, 4, 8, etc.) en combinaison avec
b) Une série secondaire de cercles obtenus en employant
comme rayons les côtés des triangles, des carrés, des pen
tagones, des hexagones inscrits dans les cercles de la série
primaire (2) ».
Une loi identique régit la nature entière :cristaux,
plantes, hommes, étoiles, sons, spcctrums chimiques, etc. (3).
Tout état vibratoire de l’éther a pour correspondance
un ensemble de nombres plus ou moins compliqué (4)
et c’est pourquoi Balzac a pu dire : « Tout ici-bas n’existe
que par le mouvement et le nombre ; le mouvement est en
quelque sorte le Nombre agissant (5) ». Les Nombres joue
raient un grand rôle dans l'anatomie et la physiologie (6).

(1) Cf. II. P. BlavaTSKY : Doctrine secrète, VI, 137.


(2) Cf. Hambridcf, : Aihenœum, 15 novembre 1902.
(3) Cf. Howard : Athenœum, 30 avril 1904.
(4) Cf. P. FlambarT : La Chaîne des Harmonies. Paris,
1910, p. 54.
(5) Balzac : Louis Lambert.
(6) Cf. Cornay (D r J.-E.) : Mémoire sur la vie des tissus
On a encore remarqué, par exemple, que les vagues soulevées
par le vent du Nord suivent un rythme septénaire dont la
période comprend trois vagues fortes, suivies de quatre plus
faibles ; le vent du Midi soulèverait alternativement cinq
vagues fortes et sept vagues faibles.
La science nous apprend que les mouvements vibra
toires naturels [lumineux, sonores, etc.) sont entre eux
dans des rapports simples [couleurs du spectre, notes de
la gamme), de même que les atomes chimiques dans les
molécules composées [Içi des proportions définies),.de
même encore que les proportions réciproques des divers
organes chez l'homme [canons esthétiques divers), chez
les animaux et chez les végétaux ; là nous voyons les feuilles
s'insérer sur la tige selon des distances ordonnées et régu
i
lières : /2, i /3, 2 /5, 5 /13, etc. — La vie tout entière
évolue selon certains cycles que Vobservation impartiale
constate : telle est l’importance des périodes de sept jours
et de sept ans dans les phénomènes biologiques (comme
nous le verrons plus loin) ou encore Vuniversalité de la
division quaternaire dans les séries cycliques. — Les
mouvements du soleil et de la terre, les phases lunaires,
les passages des comètes, les taches solaires, qui influent
si profondément sur toute la nature, combinent leurs
actions selon un rythme mesurable par des nombres et
des rapports.
— Le Nombre éclaire la correspondance
occulte d’un cycle à l’autre comme celle du jour à l’année,
si manifeste en Astrologie dans le calcul des Directions. —
Les Nombres sont l’expression des lois comme celles-ci
sont l'expression de l’harmonie universelle (1).
Quelquefois, cette influence du Nombre devient telle-

chez les espèces humaines et exposition d’anatomie comparée


dans les nombres. Paris, 1864, in-12.
(1) Cf. P. VUWJAUD : La tradition pythagoricienne.

Entretiens idéalistes. Avril 1914.
b
ment mystérieuse qu'elle inspire une terreur superstitieuse.
Des individus ont remarqué que certains nombres, cer
taines mesures leur étaient favorables ou défavorables,
d'où la croyance à certains présages. — Au point de vue
dogmatique, on a poussé très loin les spéculations dans
ce sens les correspondances du système kabbalistique,
l'onomancie ou ce système mixte qu'on appelle Astrologie
onomantique, rénové par Christian (i), en sont des
applications très importantes dans l'histoire de l’Occul
tisme, mais nous ne pouvons que les indiquer ici pour
montrer quelle vertu efficiente a pu être reconnue au
Nombre (2). Il
est évident que, dans ce sens, certains faits
paraissent troublants ; à ce sujet il convient de citer avant
tout les très remarquables études de VillarouET (3) sur
les règnes de l’Histoire.

(1) Pitois (Christian) : L’Homme Rouge des Tuileries.


Paris, 1863, in-12.
(2) Cf. S. H. Ahmad : The hidden mysteries of Numbers,
London, 1912 ; Amide Rolloff : La Science de Pythagore,
ou l’art de découvrir les nombres et les dates qu'il faut connaître.
Paris (S. d.), in-8 ; Laves : The Art of luck, London, S. d. ;
W. WESTCOTT : Numbers ; their occult power and mystic
viriue. London, 1890, in-4. ; J. DF, GrandprÉ : L’Art de
prédire ; Sepharial : Your fortune in your name. London,
1892 et 1909. Le Grand Œuvre dévoilé en faveur des personnes
qui ont grand besoin d'argent, Paris, 1779, in-12 ; La Science
des Nombres, révélée en faveur• des actionnaires de loterie.
Paris, 1793, in-12 ; De Saint-Germain : Le véritable Oracle
du destin d’après la Science des Nombres. Paris, 1896, in-16 ;
Kozminsky : Numbers, their Magic and Mystery, London,
S. D. ; Adam NemzeTSEG : La Puissance des nombres
dans ses applications à l’impuissance des bourses, Paris et
Alexandrie, 1866, in-12.
(3) Recherches sur les fonctions providentielles des dates
et des noms, Paris, 1852.
Passant en revue les dates de toutes les dynasties et de
* *
Le Nombre réglerait donc non seulement les phénomènes
naturels, mais la destinée même des hommes, de leurs

tous les règnes de l’Histoire,cet auteur a dégagé et démontré


certaines lois très curieuses, telles que celles-ci :
i° Il existe un rapport constant entre le nombre effectif
des chefs d’un État quelconque ou des princes d’une dynas
tie et la somme des chiffres, soit de la première ou de la der
nière date, soit de ces deux dates réunies. Exemple : Méro
vingiens : avènement de Ceodion, 427 (4 —2 —|— 7 = 13),
13 rois. — Carlovingiens : 752 (7 -j— 5 —J—
2 = 14), 14 rois. —
Quand une des dates extrêmes surpasse le nombre des sou
verains, on retranche alors la premier chiffre et même, s’il
est besoin, le deuxième et le troisième et la somme du reste
est le nombre cherché.
2 0 II y a identité entre le nombre des Souverains et le
nombre exprimé par les derniers chiffres des années extrê
mes. Exemple :, Angleterre, 164g : 4g rois.
3° L’inversion régulière des signes chronologiques repro
duit la durée exacte de l’empire ou de la dynastie, soit
l’époque précise de sa chute, soit un grand changement.
Exemple : Capétiens, ç8y-iy8q (Révolution).
4° Les rapports sont produits par l’addition aux années
radicales (naissance le plus souvent) de la somme, et au besoin
de la sous-somme de leurs chiffres, et cette s'omme ou sous-
somme ajoutée à chaque résultat nouveau dégage successi
vement toutes les époques importantes d’un règne quelcon
que. Exemple : Clovis, naissance 465 (4 6 + 5 15) ;

avènement 465 -J— 15 = 480.
A cette dernière règle de Vieearouet pourrait être ratta
chée la célèbre prophétie de Fiensberg, faite en 184g ; 184g +
1 + 8 + 4 —j- g = 1871 (fondation de l’empire allemand) ;
1871 —}— 1 —8 —{— 7 1 =? 1888 (mort de Guieeaume I er ) et
1888 -{-1 + 8+ 84-8 = igi3 (donnée comme fin de l’Em
pire). En réalité ,1a déclaration de guerre de igi4 contenait
karmiquement la chute des Hohenzôij,ERN.
D’autres auteurs, s’appliquant à ce genre de recherches, ont
trouvé des coïncidences curieuses. Telle est la valeur fati-
descendants, les grands faits de l'Histoire et le sort des
Etats, an point que tout l'avenir serait déterminé par les
rapports immuables des lois numériques de l'Univers. —
Il y aurait là une fatalité mathématique sur la complexité
de laquelle l'Astrologie peut nous donner une idée, mais
qui serait assez précise pour permettre, dans certains
cas, de formuler des prédictions.
Ainsi envisagée, l’interprétation du Nombre devient
un des plus angoissants problèmes que l'Occultisme est,
sans doute, loin d'avoir résolu. C'est probablement dans
ce sens que Balzac écrivait que « le Nombre est pour
l'esprit comme pour la matière un agent incompréhen
sible ».
Le « Philosophe inconnu » donne du Nombre une
explication remarquable ; le Nombre est, pour lui, l'enve
loppe invisible des Etres comme le corps en est l'enveloppe
sensible. — Cette enveloppe invisible constituerait l'inter
médiaire nécessaire entre le Principe et la Forme de
chaque Etre, lesquels sont trop éloignés l’un de l’autre
pour pouvoir s’unir sans cet intermédiaire. « Ainsi, dit-
il, il y a des nombres pour la constitution fondamentale
des Etres, il y en a pour leur action, pour leur cours, de
même qu’il y en a pour leur commencement et pour leur
fin quand ils sont sujets à l’un et à l’autre. — Il
y en a
dique du nombre 14 dans la destinée de Louis XIV, qui fut
le 14 e du nom, monta sur le trône le 14 mai 1643 (1 6—J—
4
-f- 3 14), fut sauvé par Turenne à Blineau en 1652 (1 -f- 6

-f- 5 -(- 1 14), fut déclaré majeur à 14 ans, gouverna lui-

même après Mazarin en 1661 (1 -f 6-f 6-f 1 = 14), signa
le traité de Douvres en 1670 (1 -f 6 -f- 7 -{- o = 14) et mourut
en 1715 (1 -f 7 -f- 1 -f 5 == 14) à l’âge de 77 ans (7 + 7 = 14).
On a fait des remarques analogues sur la destinée d’HENRi IV
de Bourbon. Cf. Bourgeat : Le Tarot, Paris, 1913, p. 46
et H. L. DE Costa : La Superstition et les Nombres fatidiques„
Paris, 1907.
même pour les différents degrés de la progression qui
leur est fixée... Il y a aussi des nombres mixtes pour
exprimer les différentes unions et compositions d'Etres,
d'actions, de vertus ; il y a des nombres centraux, des
nombres médians, des nombres circulaires et des nombres de
circonférence ; enfin il y a des nombres impurs, faux et
corrompus. Et, répétons-le, toutes ces choses ne font qu'in
diquer les différents aspects sous lesquels on peut consi
dérer les Etres, et les différentes propriétés, lois et actions,
soit visibles, soit invisibles, dont nous ne pouvons dou
ter qu’ils soient susceptibles (i) »„
Si la puissance mystérieuse et essentielle du Nombre
échappe à notre intelligence, de même que toute cause
première, du moins pouvons-nous aborder l'étude du
Nombre dans ses caractères rudimentaires et dans ses
propriétés les plus simples. La Science des Nombres
Peut être divisée en plusieurs branches : /'Arithmétique
n'envisage que les rapports des nombres entre eux, leurs
propriétés de divisibilité,de parité, etc., en ne tenant compte
que de leur valeur concrète ; /'Arithmologie se bornerait
à rechercher le nombre et ses rapports dans les phénomènes
naturels, par exemple dans les proportions des formes vi
vantes ou dans les cycles naturels ; /'Arithmomancie
tenterait d'appliquer ces connaissances à la prévision
des événements et de la destinée humaine ; enfin l'Arith-
mosophie étudierait le sens profond de tous les rapports
numériques naturels, en tirant des faits arithmétiques,
arithmologiques ou même arithmomanciques, une notion
synthétique sur l'influence propre de chaque nombre
et sur sa signification intime. En effet, outre son aspect

concret de quantité, qui est l'objet de l'Arithmétique, le

(i) Claude de Saint-Martin : Tableau naturel des rap


ports entre Dieu, l'Homme et l'Univers, Paris, 1901, p. 250-252.
Nombre présente un aspect abstrait, une signification
arithmosophique. — La notion abstraite d'unité, de
paire, de trinité, etc., qui s’attache aux nombres i, 2,3, etc.,
comme une qualité intelligible, devient tout naturellement
— Le fait qu’un objet
Vexpression d’une relation définie.
ou un être soit unique implique qu’il ne présente pas de
rapports d’analogie avec d’autres objets ou d’autres êtres
semblables ; le fait que des objets ou des êtres soient au
nombre de deux [le cas duel des grammairiens) implique,
au contraire,l’existence de rapports directs de comparaison,
d’antithèse, d’opposition ; avec le nombre trois, l’idée
d’opposition disparaît pour faire place à l’idée de série,
et, par suite, de relations définies et harmoniques, etc. —
Chaque nombre est donc susceptible de représenter une
idée abstraite définie, et comme la notion de nombre est
certainement la plus élémentaire, la plus irréductible, celle
qui apparaît le plus tôt dans la psychologie rudimentaire
des êtres les moins évolués, il s’ensuit que « les idées de
nombre sont les plus claires, les plus évidentes, les plus
exactes, les plus distinctes et qu’elles sont les mesures
communes de toutes les autres choses que nous pouvons
connaître » (1 ).On peut dire que la langue des Nombres
est la langue des idées, des pensées, de la connaissance,
s’opposant à la langue des sentiments, laquelle ne peut
s’exprimer que par des mots.
L’idée de Nombre impliquant la notion d’une relation
définie, doit,en effet,pouvoir s'appliquer à tous les ordres
d’idées possibles. — Voilà pourquoi, dans l’enseignement
initiatique de tous les temps, on s’est servi du Nombre
comme du symbole le plus précieux en raison de sa pré
cision, de sa simplicité, de son universalité. Si le symbole
constitue « la représentation allégorique d’un principe
(1) Malebranche : Recherche de la Vérité, V, 5, Paris,
1678, in-4.
sous une forme concrète (i) », on peut dire que le symbole
numérique est le plus parfait de tous, puisque au lieu d’être,
selon la définition de Littré, « une
figure ou une image
employée comme signe d’une autre chose y>,il est une seule
et même chose susceptible d’une signification concrète
de quantité ou de valeur et d'une signification abstraite
de qualité ou d’idée. — En étudiant ce symbolisme, c’est-
à-dire le développement de l’idée de Nombre, on y découvre
une clef d’analogie extrêmement précieuse, tant il est
vrai « qu’il y a des propriétés communes à toutes les
choses, dont la connaissance ouvre l'esprit aux plus grandes
merveilles de la Nature » (Pascal).
Sans doute, le même nombre peut se plier à des inter
prétations assez différentes,et il est juste de dire que l’Initié
juge du Nombre d’après l’objet et non de l’objet d’après
le Nombre {2), mais ces diverses interprétations doivent
pouvoir se rattacher à une même idée fondamentale,
/parce que le Nombre a par lui-même une valeur propre
qu’il communique à l’objet (3). On peut distinguer
les Ternaires : Supérieur
— Moyen — Inférieur, ou
Antérieur — Médian — Postérieur, ou Passé — Présent —
Futur, etc.; il n’en résulte pas moins une idée d’ordre, de
série, de graduation, particulière au nombre 3.
Quand Leibniz voulait établir une langue universelle
en cherchant des caractères applicables à toute espèce d’idée
(comme les nombres sont lus dans toutes les langues), il
aurait pu s’adresser à la langue des Nombres (4), surtout
(1) Cf. Hugues de Saint-Victor : Opéra, Ruthomagi,
1648, 3 vol., in-fol.
(2) Cf. A. J OUNET : La clef du Zoh'ar, Paris, 1909.
(3) Latz : Philosophie des nombres ; les Nombres comme
arcanes, S. 1., 1903, in-12.
(4) Cf. ETCHEGOYEN : De l’unité ou aperçus philosophiques
sur l’identité de la science mathématique, de la grammaire
générale et de la religion chrétienne, Paris, 1836, 3 vol.
après avoir remarqué lui-même que « la Science des Nom
bres et les caractères numériques renfermaient de grands
secrets (i) ». Malebranche avait vu très juste quand il
écrivait : « Les idées de nombre sont les règles immuables
et les mesures communes de toutes les choses que nous
connaissons et que nous pouvons connaître.
— Ceux qui
connaissent parfaitement les rapports des nombres et des
figures,ou plutôt l'art de faire les comparaisons nécessaires
pour en connaître les rapports, ont une espèce de science
universelle et un moyen très assuré pour découvrir, avec
évidence et certitude, tout ce qui ne passe pas les bornes
ordinaires de l’esprit (2) ». — De Maistre disait de même :
«
De ma vie, je n’ai étudié que le Nombre ; c’est le signe,
c’est la voix, c’est la parole de Vintelligence, et comme il
est partout, je le vois partout (3) ». —Enfin Eckartshau-
SEn proclame que « qui sait calculer avec les nombres de
la nature, celui-là trouve les rapports éternels des choses,
la progression de l’unité, les lois de la nature, les rapports
du corporel et du spirituel, des forces, des effets et des
suites ; il définit l’espace et la durée des choses et calcule
le passé et l’avenir (4) ».
Il semble que l’Initié qui aurait approfondi, dans sa
plénitude, la signification des Nombres, posséderait la
clef de tous les secrets, car le Nombre est non seulement
la norme des lois naturelles, mais encore le lien logique,
la clef commune de tous les enseignements philosophiques,
religieux,occultes. Etudier le symbolisme des Nombres,
c’est rechercher l’essence même de l’Arithmosophie sans
crainte de s’égarer dans les mirages d’un système personnel
ou de spéculations invérifiables, puisque c’est rester en

(1) Leibniz: Leçons de Philosophie, III,


9.
(2) Malebranche : Recherche de la Vérité, VI, 5 et suiv.
(3) De Maistre : Soirées de Saint-Pétersbourg, II,
8.
(4) ECKARTSHAUSEN : Des Nombres, ou Magie Numérale.
contact incessant avec la pensée collective des Initiés
et avec la tradition permanente, en se reposant sur l'obser
vation naturelle et la logique.

*
v
* *
On retrouve, en effet, la Science des Nombres à l'aube
de toute civilisation, depuis les rares vestiges de la mys
térieuse Atlantide. Il en est question chez les Celtes (i).
Les Védas, dépositaires des plus anciens enseignements
aryens, les plus anciens livres sacrés de la Chine, sont les
premiers à développer des théories philosophiques et
scientifiques basées, comme nous le verrons par la suite, sur
des correspondances numériques (2).
Chez les Chaldéens les notions positives s'entremê
laient à des considérations mystiques sur la puissance,
sur les liens qui les attachaient aux dieux (3). Il
en était
de même chez les Egyptiens et les Hébreux ; ces derniers
auraient rapporté de leur captivité à Babylone des notions
étendues d'Arithmosophie avec tout ce qui devait con
stituer plus tard la philosophie secrète de la kabbale.—
Longtemps la Science des Nombres resta l’apanage d’une
élite et devait se transmettre plus ou moins secrètement dans
les sanctuaires des temples et dans les'Mystères initiatiques.
C’est seulement chez les Grecs, avec Pythagore et Peaton,
que nous voyons apparaître exotériquement la Science
des Nombres (4).
— Pour Pythagore, les Nombres sont
(1) H. d’Arbois de Jubainvibbe : Cours de Littérature
celtique, t. VI.
(2) J. C. ÜBIC, Y-King, Tao-Sée, Tao-Té-King et la
numération
^ initiât, t. XXXVII, p. 266.
(3) Maspero : Histoire ancienne, t. I, p. 774.
(4) Cf. G. ABBERT : Die Platonische Zahl... Wien, 1896,
in-8 ; — L. Robin. La Théorie platonicienne des idées et des
nombres, Paris (Alcan), 1908, in-8.
«
les principes des choses (i)
et le monde ou kôu;jlo,- était
»

conçu comme Vexpression de l’ordre et de la mesure si


si nous en croyons Plutarque (2). — La philosophie
platonicienne présente avec la Kabbale ce point commun
qu’elle considère les Nombres comme les intermédiaires
nécessaires entre la Pensée suprême et les objets matériels (3).
Cet enseignement ne fleurit pas beaucoup en Occident
avec le paganisme : on trouverait encore des traces d’Arith-
mosophie dans Porphyre et Jamblique (4) ; au
IV e siècle de notre ère, le poète latin Ausone écrivit un
poème de 90 vers sur le nombre Trois. En revanche, les
docteurs juifs approfondirent la Science des Nombres
en la développant considérablement au point de produire
le Sepher Yésirah. Pour eux, le Nombre est une limite
négative correspondant à la matière et s’opposant à la
substance qui est l’esprit. En tant que limites, les Nombres
sont l’apanage des êtres créés, êtres moindres,intermédiaires
entre la Pensée divine qui est l’Etre absolu et le Non-être
absolu. — Les premiers siècles de l’ère chrétienne voient
la Science des Nombres prendre une grande extension,
non seulement avec les Kabbalistes, mais avec les Gnos-
tiques et les Pères de l’Eglise. D’abord Philon aurait

écrit un livre aujourd’hui perdu : iiepl ’Apt8{iü>v, expli
quant la vertu des Nombres ; il y fait lui-même allusion (5).

(1)Cf. WENDT : De rerum principiis secund. Pythag.


Leipzig, 1827 ; Chaignet : Pythag. et la philosophie pytha
goricienne, Paris, 1873 ; Josephe : Contra Appion, I, 22 ;
Saint Justin : Cohort. ad graec., 14, t. VI, col. 270.
(2) Plutarque : Morale, édition Diibner, Paris, 1846-
1855, p. 886.
(3) Cf. Platon : Le Philèbe, trad. Cousin, p. 334.
(4) Jamblique : De Mysteriis Aegyptiorum, trad.
M. Ficin, Lyon, 1577, in-32.
(5) Viia Mosis, III, 2 ; Cf. encore : Clément d’Alexan-
— Les Pères de l’Eglise restent tous fidèles à cette tra
dition. Saint Justin (i) et saint Irénée (2) admettent
les principes pythagoriciens sur l’importance des Nombres
et, comme dit Lesètre, « sont obligés de suivre les héréti
ques sur ce terrain (3) ». Saint Ambroise entreprend
d’expliquer les Nombres « non à la manière de Pythagore
et des autres philosophes, mais selon la forme et les divi
sions de la grâce spirituelle (4) ». — Saint Augustin
est l’auteur qui en traite le plus longuement (5).Il dit
même que « l’inintelligence des nombres empêche d’entendre
beaucoup de passages figurés et mystiques des Ecritures »
et que dans beaucoup de formes des nombres, sont cachés
«
certains secrets de similitude qui, à cause de l’inintelli
gence des nombres, restent inaccessibles pour le lecteur (6 »).
Il
— traite du rythme dans la parole et dans les mouvements
du corps, en tant qu’expression du Nombre et dit que par
le Nombre on peut connaître Dieu.
— Saint Jérome,
de son côté, défend la Science des nombres comme moyen
d’exégèse (7). Saint Hilaire (8), saint Cyrille, saint
Jean Chrysostome font de même.
Il
était, en effet, impossible de ne pas trouver la signi
fication symbolique des nombres dans les Ecritures et

DRiE Stromates, I, 15, 72 ; II, 19, 100 ; Eusèbe : H. E., II,


:

4, 3 ; Saint JÉROME : Epist. LXX ad Magn., 3.


(1) Cohort. ad graec, 4.
(2) Adv. haer., II, 14 et 24.
(3) LESÈTRE : Art.: Nombre in Dictionnaire de la Bible de
Vigouroux, Paris, 1906.
(4) Epist. XLIV, cf. Œuvres, édit. Coign., Paris, 1686.
(5) Cf. De music., 1,2; Epist. LX.Ad inquis. Januar, 15,
17
,
In Ps.VI, CL, 1.
1, 2 et
(6) De Doctr. Christ., II, 16.
(7) Cf. Œuvres in Panthéon litter., in-8, p. 358.
(8) Cf. Psaltnorum explanat. prologus. Basileæ, 1535,
P- 435.
particulièrement dans la Bible ^i).— Au moyen âge, la
Science des Nombres fut l'objet d'un enseignement
double : ésotérique avec les Kabbalistes, les Hermétistes
et les Alchimistes ; exotérique avec les auteurs catholiques.
Les Arabes apportèrent directement la tradition alexan-
drine. Avicenne, notamment, composa un opuscule
sur les nombres. — Ilest probable aussi que les croisa
des et l'institution de l’Ordre des Templiers propagèrent
pour quelques initiés la Science des Nombres d’après
une inspiration différente de celle de l’Église, mais nous
n’en savons rien de très positif. Il est certain pourtant
que les deux ferments, les trois principes, les quatre élé
ments, les sept métaux, etc., des alchimistes représentent
une application évidente du symbolisme numérique tra
ditionnel.
Le chanoine Auber (2) a bien étudié les destinées de
la Science des Nombres dans l’Église du moyen âge. —
Parmi les auteurs qui ont traité cette question, on peut
citer Taion (3), évêque de Saragosse, qui écrivit vers l'an
655; Adhelme, évêque de Sherborne en Angleterre, qui
composa un « Traité du Septénaire » où il ramène tout
aux Sept dons du Saint-Esprit (4) ; c’est encore le vénérable
BêdE, Hugues de Saint-Victor, saint Bernard, etc.
En principe, le symbolisme numérique resta toujours
rattaché plus ou moins officiellement à la liturgie (5)

(1) Cf. Bahr : Symbolik des mosaischen cultus. Heidelberg,


1837, t
I, p. 119-208. ; Is. Char Logotheta : Theologia
Christiana in Numéris Francfurth und Leipzig, 17O4, in-4.
Schmidt : Biblischer Mathematicus, Züllichau, 1749, in-8.
(2) Auber : Histoire et théorie du Symbolisme religieux,
Paris, 1884, t. I, p. 97-155.
(3) Sentences, IV, 5.
(4) Cf. Edition Migne, LXXXIX, col. 162.
XII
(5) Cf. MeliTcnis: Clavis, cap. apud Spicileg. Solesm,
t. III, p. 282.
et aux Écritures, même du Nouveau Testament (i).
Dans les temps modernes, la Science des Nombres a
été reprise d'une manière plus conforme à la tradition
occulte, d’abord avec Z’Ars Brevis de Lutte, la Philoso
phie occulte (I’Agrippa, l’Arithmologie de Kircher (2),
puis, à l’époque contemporaine, par des auteurs d’écoles
très différentes, dont nous citerons quelques-uns au cours
de cet essai. Les études d’Archéologie, le mouvement occul
tiste contemporain, la théosophie, ont eu à envisager plus
ou moins directement la question du symbolisme des
Nombres.
*
* *
Nous nous sommes proposé, dans cet essai, d’étudier
spécialement la signification des nombres les plus simples.
Pour cela nous avons rassemblé les cas où la nature peut
nous révéler une loi numérique, les exemples de formes
ou d’objets qu’elle groupe en un nombre déterminé ou
dans des rapports numériques définis ; d’autre part, nous
avons pris, dans les traditions les plus diverses,les exemples
les mieux connus du symbolisme numérique, et, rappor-
chant toutes ces données, nous avons cherché à en tirer
une signification synthétique et générale qui serait comme
l’idée essentielle du Nombre. Ensuite, nous avons recher
ché comment cette signification pouvait s’expliquer logi
quement par les propriétés arithmétiques de celui-ci,
quitte, pour la clarté de l’exposition, à suivre l’ordre
inverse dans notre rédactêtn.
Loin de poursuivre une théorie personnelle plus ou

(1) Cf. Bossuet : Commentaires sur VApocalypse, Besan


çon, 1836 ; Cf. Guitt. Gossetin : De Arte Magna seu de
Occulta parte numerorum, Parisiis, 1577, in-8.
(2) R. Kircher : Arithmologia, sive de abditis numerorum
mysteriis, Roma, 1663, in-4.
LE SYMBOLISME DES NOMBRES

moins séduisante à présenter, plus ou moins ingénieuse à


soutenir, nous avons cherché à reconstituer, au moyen de
fragments très divers et souvent très lointains, quelques
rudiments de l’antique Arithmosophie,et nous avons pro
cédé par comparaison et rapprochements. Notre but a été
de coordonner des idées quelquefois assez éloignées et de
les associer dans la plus grande unité possible, afin de
projeter quelques lueurs sur le sens initiatique des prin
cipaux nombres, afin d’examiner, sinon complètement et
sans erreur (nous n’avons certes pas cette prétention),du
moins avec clarté, quelques aspects de la clef numérique
sous laquelle la philosophie religieuse et occulte de tous
les temps et de toutes les écoles a voilé ses enseignements (i).
Nous pensons que, seuls, de tels essais pourront éclairer
quelque peu la science des religions comparées en rame
nant à une même idée simple tous les symboles uniques,
doubles, triples, quadruples, etc, en comparant par exemple
le tétramorphe chrétien aux tétramorphes indien, égyptien
mexicain,etc. sous la même idée de ((manifestation naturelle ».
A ce point de vue, l’étude des Nombres devrait cons
tituer le fondement de tout l’Occultisme, de toute la Théoso-
phie — Les archéologues auraient certainement grand
Profit, quand ils veulent interpréter les symboles de l’anti
quité, à s’inspirer de la science des Nombres. — Enfin,
il n’y a pas d’initiation possible sans la compréhension
de la langue universelle des Nombres. Par elle, on découvre
le sens des pratiques de la Magie, la signification des
liturgies diverses ; elle peut permettre de concilier toutes

(i) Cf. Abbé Marchand La


: Science des Nombres d’après
la tradition des Siècles, Paris, 1877, in-12 ; L,agrÉSILLE :
Métaphysique mathématique, Paris, 1878, in-12 ; H. ZlT-
SCHER Philosophische Unterzushungen, Leipzig, iÇio;D r R.
:

ALLENDY : Le Nombre in Revue de l’Epoque, Paris,


mai 1921.
les écoles sur la voie de la vérité. Par elle, le Brahmane,
le Taoiste, le Kabbaliste, l'Hermétiste, le Chrétien, le
Franc-Maçon, le Thcosophe, peuvent sentir l’identité de
leur foi, la communauté de leur idéal. Etudier la langue
universelle des Nombres, c’est travailler au rapprochement
des hommes de bonne volonté pour la vérité synthétique.
C’est dans cet esprit que nous avons entrepris le présent
ouvrage.
Nous sommes heureux d’exprimer ici tous nos remer
ciements au Comte Gilbert de. Choiseul qui s’est
aimablement associé à notre étude depuis plusieurs années,
rassemblant pour nous de nombreuses et intéressantes
notes, qu’on trouvera incorporées aux chapitres qui sui
vent, et nous aidant de ses lectures et de ses souvenirs.

J R. A.
CHAPITRE PREMIER

L’UNITÉ

Le principe d’individualité microcosmique


et macrocosmique

« *Ev z à I i ïv »
(Devise des premiers alchimistes grecs.)

L’idée de nombre, comme en témoigne le mot « nom


breux », se rapporte à la pluralité, et l'unité n’est pas
un nombre à proprement parler. C’est une notion très
particulière ; elle constitue la racine irréductible de
toute idée de nombre, puisque le nombre n’est qu’ « une
collection d’unités » et Etchégoyen (i) observe que,
seule, une idée infinie peut, en se combinant à l’infini,
produire une infinité de notions particulières, comme
c’est le cas pour tous les nombres pluriels dérivant de
l’Unité. Cependant, l’Unité est une pure abstraction
qui ne se comprend dans la pratique qu’en opposition
à l’idée de pluralité. Empiriquement, ce n’est pas l’idée
d’unité qui a engendré l’idée de nombre et de pluralité ;
c’est au contraire l’idée de pluralité qui a conduit à la
notion d’unité comme à un type générique. La pluralité

(i) ETchegoyen :
De l’Unité, Paris, 1836, 3 vol.
apparaît comme un rapport entre une réalité quelconque
et l’idée d’unité : c’est une fraction à dénominateur — i.
L’unité, c’est ce qui est compté comme un, d’une ma
nière toujours plus ou moins conventionnelle, mais il
est impossible de définir l’Unité en soi, c’est-à-dire de
l’expliquer par son genre et par sa différence, puisque
l’Unique véritable n’a pas de genre qui le contienne : il
est le Tout.
Pour l’homme, l’idée d’Unité se déduit de l’idée de
nombre, et cela de deux façons, soit par une analyse
qui la dégage des réalités voisines, soit au contraire
par une synthèse englobant toutes ces réalités dans une
notion unique.
Analytiquement, l’Unité caractérise tout ce qui peut
être distingué de ce qui l’environne. Le fait qu’un
être se distingue de tout ce qui n’est pas lui-même lui
confère la qualité d’unité. Je dis que Paul est un homme
ou que sa qualité numérique est l’unité,parce que Paul
constitue un être distinct de tous les autres êtres ou de
tous les autres objets de l’univers. Je dis que je tiens
à la main une pierre, parce que j’abstrais cette pierre de
l’univers qui la contient, parce que, notamment, elle
occupera toujours dans l’espace une place distincte,
qu’aucune autre chose ne pourra occuper simultanément,
mais, en même temps, je conçois que les autres pierres
ou les autres hommes constituent une pluralité géné
rique ; je ne reconnais Paul ou ma pierre comme une
unité que par la différence qui l’individualise.
Cependant, cette distinction empirique n’a pas un
caractère définitif. — Si Paul meurt sous sa forme sen
sible, si ses cendres sont dispersées au vent et mélan
gées à toutes les poussières d’alentour ; si cette pierre,
que j’ai tenue à la main,est fondue dans un creuset avec
beaucoup d’autres pierres de même composition, l’idée
d’unité, pur noumène de notre entendement, ne sera
plus qu’un souvenir pour nous et ne pourra plus être
saisie de la même façon par d’autres.—Pour caractériser
l’unité analytique, il suffit d’une possibilité de distinc
tion actuelle ; cette distinction peut même ne répondre à
rien de réel. Devant un morceau de fer, je peux, par ma
seule activité mentale, imaginer des parties d’une forme
et d’une taille déterminées (par exemple des centimètres
cubes) et évaluer ce lingot non comme une unité, mais
comme la réunion de plusieurs parties idéales qui seront
chacune dans mon entendement une unité distincte,
le centimètre cube. — Chaque centimètre cube imaginé
dans le lingot sera conçu comme distinct, dans l’espace,
des centimètres cubes voisins et se présentera ainsi avec le
caractère d’une unité. C’est là ce que Mithouard
appelle l’unité matérielle, qui s’établit par la séparation
d’une partie dans une masse, notion quantitative que
nous considérons ici comme l’unité analytique.
D’unité est donc, au point de vue analytique, une
notion plutôt subjective et capable de changer suivant
les circonstances ou suivant le point de vue de notre
esprit. Comme nous ne pouvons comprendre un être
ou un objet qu’en le distinguant des autres, tous les
êtres ou tous les objets nous apparaissent comme des
unités, au point que cette notion en arrive à ne plus
rien caractériser pour nous. Sans doute, certaines de
ces unités nous paraissent douées d’une existence auto
nome et nous les considérons comme des individus,
mais l’analyse qui nous les fait reconnaître comme tels
nous conduit à distinguer leurs parties composantes
les unes des autres et à faire de chacune une autre unité.
Nous pouvons décomposer l’individu hqmain en unités-
membres, unités cellulaires, unités moléculaires, unités
atomiques, etc. Par la pensée, nous distinguons chaque
atome de l’atome voisin,et plus nous poursuivons le consti
tuant radical, l’unité analytique, plus nousnous engageons
dans la ramification des genres et plus nous nous perdons
dans l’infiniment petit. D’ailleurs, la distinction étant
le procédé de notre analyse, nous ne pouvons concevoir
aucune unité distincte ou analytique, si immense soit-
elle, sans concevoir en même temps quelque chose au
delà, c’est-à-dire sans saisir une dualité entre l’objet
envisagé et le milieu d’où on l’abstrait. C’est dans ce
sens que Mithouard écrit qu’en cherchant l’unité,
on tombe toujours dans la dualité. Il est évident
que l’analyse nous conduit à la compréhension des
unités, mais dans une pluralité de plus en plus infinie,
et nous disperse dans l’abîme de l’infiniment petit.
Alors la notion d’unité se rapporte à une parcelle infini
ment divisée. Une telle sous-unité, par rapport à
l’unité point de départ, pourrait être figurée par une
fraction comme celle-ci : 0--00?—-- dont la limite serait
1
le rapport — que les mathématiciens n’ont jamais
l’occasion de rencontrer, mais qui constitue logique
ment la limite idéale d’une telle dispersion.
Synthétiquement, l’unité représente la réunion de
tous les éléments capables de constituer un tout (i). —
L’atome formé d’électrons ou des bulles du koïlon,
mais animé d’une vie individuelle; la molécule,formée
d’atomes, avec ses propriétés particulières ; la cellule
formée de molécules ; l’organisme formé de cellules,
sont tous, à des degrés divers, des unités synthétiques,
par rapport à leurs parties. — Si nous partons de l’homme
comme de l’unité qui se présente à nous avec l’indivi
dualité la plus évidente, nous le voyons constituer

(i) Cf. LE Marchand : Chimie de l’Unité, Caen, 1885, in-8.


des unités d’ordre supérieur comme la famille, la na
tion, la race, l’humanité, etc. Ces derniers termes, qui
sont des catégories, sont appelés par Mithouard unités
formelles ; elles sont établies par l’essence, tandis que les
individus concrets, saisis seulement par l’analyse et
de nature quantitative, seraient des unités matérielles.
Cependant, si l’unité matérielle est forcément comprise
par la distinction, c’est-à-dire analytique, l’unité
synthétique n’est pas nécessairement formelle. Ainsi,
on peut s’élever de l’électron aux plus grandes unités
synthétiques comme la planète, le système sidéral,
l’univers, sans sortir des unités matérielles. — Ce qui
importe donc, au ponft de vue arithmosophique, c’est
le sens du processus, analytique ou synthétique. L,a
synthèse nous fait suivre la marche inverse à celle de
l’analyse et nous élève à des notions d’un genre de plus
en plus étendu et de moins en moins nombreuses, de
telle sorte qu’en définitive elle nous fait concevoir
l’unité intégrale comme l’ensemble de tout ce qui existe,
de tout ce qui a existé et de tout ce qui existera.
— Nous
ne pouvons avoir que l’intuition de cette unité intégrale ;
c’est la limite à laquelle tend la progression synthétique ;
c’est l'Unité qui, étant tout, ne peut plus se rapporter
a rien et qui correspond au rapport arithmétique—: l’uni
fication de l’Infini.
Il est évident qu’une pareille limite est une unité ;
l’absence d’autres termes dont elle pourrait être dis
tinguée (distinction négative), constitue précisément la
distinction absolue qui convient à cette imité absolue.
D’autre part, ne pouvant se rapporter à aucun groupe
générique, se confondant avec tout groupe possible,
elle est éminemment unique.
Cette propriété d'être absolument unique dans son
existence et de constituer le genre unique, c'est-à-dire
6 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

d’avoir i pour nombre sans dénominateur possible, est


bien le propre de l’Unité véritable. — Au point de vue
arithmosophique, l’Unité doit donc être comprise essen
tiellement comme cette limite extrême de la synthèse ;
d'ailleurs le sens synthétique des mots « union », « uni
fication. », montre bien dans quel sens le sentiment géné
ral comprend l’Unité. — C’est le Tout absolu dans son
absolue solitude. — Toutes les autres notions qui nous
servent pratiquement d’unités ne sont que des unités
relatives, synthétiques à un certain point de vue, analy
tiques à un autre. On pourrait établir une distinction entre
elles et l’Unité vraie en les appelant des singularités et
en réservant le nom d’Unité à l’absolue synthèse, à
l’infiniment grand. L’expression de singularité implique
l’idée de séparation relative, d’abstraction accidentelle
d’un tout ; ces rapports de la partie au tout, sur lesquels
s’appuie la compréhension des unités relatives, repré
sentent une notion absolument fondamentale dans l’en
tendement humain, puisqu’elle s’exprime, dans presque
toutes les langues, par des formes spéciales : le singulier
représentant l’individu ou la partie séparée et le pluriel
le genre, l'ambiance, le milieu.
Nous ne connaissons directement que des unités
relatives ou des singularités qui oscillent entre les
limites de la synthèse et de l’analyse. La distinction
qui crée ces unités est fugace et variable ; les unités
matérielles ne subsistent pas éternellement sous leur
forme actuellement distincte ; elles se désagrègent,
s’agrègent, se mélangent ; les unités formelles varient
avec le point de vue qui les conçoit, s’emboîtant les
unes dans les autres en une série ininterrompue de
genres, de telle sorte que le principe d’unité, ballotté
entre l’absolue synthèse et l’analyse absolue ~
comme un rapport intermédiaire, jamais fixé, ne con-
stitue pas une qualité statique et définitive, mais plutôt
une orientation, un mode de relations intrinsèques, un
passage perpétuel d’un commencement à une fin. —
L’unité ne saurait rester en repos, mais tend à se désa
gréger en pluralité, et la pluralité, à son tour, tend à se
fondre en l’unité. — Tel est le suprême mécanisme cos
mique.— Il est vrai, sans mensonge et très véritable (i).
Dans les unités-limites comme dans les singularités,
un caractère général se déduit directement du principe
d’unité : c’est l’individualité, c’est-à-dire la non-division,
Y A dvaita des Indiens.
— Un être ne peut se montrer
à la fois, au même point de vue, un et plusieurs. En

se distinguant du reste de l’univers,l’être s’unifie d'une
certaine façon, c’est-à-dire coordonne ses parties de
manière à ce que l’ensemble puisse acquérir des pro
priétés spéciales résultant de la combinaison des par
ties ceci constitue l’individualité. — L’atome, possédant
:

des propriétés chimiques caractéristiques, qui ne sont


pas dans ses électrons composants, est un individu ;
de même la molécule dont les propriétés sont d’un autre
ordre que celles des atomes. — Une telle unité n’est
pas une simple création de l’esprit humain, mais
répond à une réalité supérieure, à une puissance d’indi
vidualisation qui s’exerce dans le Cosmos et qui s’expri
me occultement par le nombre i. — Cette puissance
mystérieuse fait résulter des caractères spéciaux du
groupement des choses qui, au lieu de s’accumuler en
tas, au hasard, en chaos, tendent à réaliser des indivi
dualités supérieures, des systèmes doués d’une certaine
homogénéité. Ce n’est pas, à proprement parler, une

(i) D r R. Ai^ENDY. La Table d'Emeraude d’Hermès Trismé-


giste avec les commentaires del’Hortulain. Préface de J. Char-
rot et frontispice hors texte commenté par A.-M. -A. Gédaeoe
Paris, 1921, in-16. .
puissance organisatrice (ceci appartient au Ternaire),
mais une puissance d’individualisation (monade) ; c’est par
le régime de l'Unité que l’Univers a été tiré du chaos ;
elle est le premierprincipe créateur. « L’Unité,dit Eckart-
shausEN, est dans les choses, le principe par lequel chaque
chose est pour elle-même, existe par elle-même et est
attachée à elle-même. »Le mode de constitution des
individualités-synthèses et leur mode de désagréga
tion se montrent liés au jeu de certaines sous-unités
parfaitement définies quant à leur nature et leur dis
position : un morceau de craie ne se désagrège pas en
atomes de fer ; un tissu anatomique est toujours com
posé de cellules définies. Ici, le principe d’organisation
et le principe d’individualité se rapprochent complè
tement. Cette organisation, qui est précisément le
moyen de distinction nécessaire, confère à l’unité une
personnalité caractéristique, une activité propre s’expri
mant dans la nature par la spécificité ; du moins c’est
ainsi que les choses se présentent à notre esprit, car,
dans l’ordre métaphysique, le principe de l’individualité
(Unité) précède et engendre le principe d’organisation
et d’activité (Ternaire). — Les caractères si complexes
de l’hérédité fixés sur une cellule reproductrice donnent
une idée de cette puissance d’individualisation en jeu
dans la nature. La tendance à l’unification, à l’unité, qui
groupe les parties en un tout, n’est orientée, en réalité,
ni vers l’analyse qui détruit l’ensemble,ni vers la synthèse
qui confond les parties, mais nous apparaît comme une
loi de groupement d’une continuité parfaite, étagée
de l’un à l’autre des deux infinis entre lesquels nous
sommes suspendus. « Tout être individuel, dit Ch. Barlet,
est ime synthèse de monades inférieures dominées
par une supérieure qui assure leur union... Son but
est d’identifier chacune des monades inférieures à la
supérieure et de faire ainsi monter de grade en grade,
jusqu’à l’unité supérieure, la monade néantique, la
créature tirée du néant » (Les génies planétaires).
Ceci nous amène à concevoir l’Unité synthétique
absolue — ce grand Tout universel au delà duquel
il n’y a plus rien — comme un individu autonome réali
sant, par l’enchaînement de ses sous-unités, une rela
tion parfaite entre ses moindres parties.Tel est le Dieu
des Panthéistes. — Admettant, comme tous les théistes,
que Dieu est tout, qu’il est dans tout, ceux-ci en dédui
sent que tout est Dieu, c’est-à-dire partie de Dieu.
Dans le même ordre d’idées, Pascal dit bien que « tout
l’univers est contenu dans l’Unité (i) ». Dès lors, l’Unité
suprême représente la suprême organisation ; c’est le
Macrocosme unifié et individualisé, comme l’homme
microcosmique, et dont les anciens Alchimistes grecs
disaient : « l’Univers est un ».
Cette unité parfaite est caractérisée pâr la solitude
complète, c’est-à-dire l'absence de tous rapports extrin
sèques — puisque rien ne saurait exister en dehors d’elle
avec quoi elle soit en rapports. — Ne subissant aucune
influence exogène, cette Unité doit être immuable et
éternelle, de même qu’elle est infinie ; elle est douée
d’individualité,ce qui suppose une certaine organisation
et une certaine homogénéité. — « Il n’y a rien de grand
par soi-même et sans rapports à autre chose, dit Male-
branche, sinon l’Infini et l’Unité (2) »,Ues propriétés
de l’Unité sont, d’après Etchegoyen : l’Infini absolu,
l’égalité, l’éternité, l’immutabilité et l’universalité.
Par ces propriétés, elle s’oppose à la pluralité qui a les
attributs inverses ; ses qualités sont intrinsèques, celles
(1) Pascal : Pensées :Considérations sur la géométrie.
(2) Malebranche : Recherche de la Vérité, Paris, 1678,
in-4- VI-5. p, 376-377.
de la pluralité extrinsèques ; elle est la substance et la
pluralité l’accident. ECKARTHAusENfaitdel’Unité eprin- 1

cipium generationis, simple, indivisible, indestructible,


invariable, sans rapports avec le corps et la matière.
Cette unité suprême produit le monde quand elle
se décompose en sous-unités ; elle transmet à chacune,
successivement, son principe d’invidualité. — Les
diverses théogonies admettent cette unité primitive
ment absolue du Créateur qui produisit les créatures
par un morcellement progressif répondant à la série
des nombres. — Le principe d’individualité se multiplie
à l’infini jusqu’à animer l’innombrable totalité de toutes
les parcelles de tous les univers. C’est la marche des
cendante de l’Unité qui, dès le moment qù elle cesse
d’être absolue,s’enfonce dans l’enchaînement des genres
et s’y rapporte comme à un dénominateur de plus en
plus élevé dans la série indéfinie des nombres, jusqu’à
atteindre, par exemple, la totalité des bulles primitives
dans le koilon (selon la doctrine tliéosophique) parmi
la totalité des mondes, ou celui d’autres unités encore
plus rudimentaires s’il en est. Mais arrivé à cette limite
de l’unité analytique, le principe d’Unité remonte,
enrichi de la conscience, de la bulle à l’atome,de l’atome à
l'organisme, de l’organisme au Macrocosme,et quand tous
les mondes créés se reconnaîtront comme les parties
solidaires du Tout suprême, alors leurs individualités
propres, avec toutes leurs sous-individualités consti
tuantes, se fondront dans l’Unité éternelle, immuable et
absolue dont elles sont émanées. Tel est le cycle éternel.
« De la multiplicité des choses provient l’Un, dit Hêra-

clite, et de l’Un la multiplicité (i) ». C’est YAspir et


YExpir, la dispersion et le retour, le Solve-Coagula
(i) HERACLITE d’EphEse : Pensées, trad. M. Solovinf,
Paris, p. 3S.
l’unité II
des Alchimistes qui aboutit à l’anéantissement de toute
catégorie, de toute singularité, dans le Pralaya de
l’absolue Unité.
Cette marche tour à tour descendante et ascendante
del’Unité, qui s’étend comme une échelle de propor
tionnalité reliant les parties au tout, montre le caractère
essentiellement dynamique du nombre i. — L’être
conscient, en tant que singularité, se trouve ainsi placé
au seuil de deux voies. Il peut orienter son principe
d’unité soit vers l’analyse en se distinguant absolument
des autres êtres, en se considérant comme le Tout, en
visant à l’épanouissement indépendant de sa person
nalité actuelle et transitoire, soit vers la synthèse
en se considérant comme la partie d’un tout supérieur,
en cherchant à s’harmoniser avec les autres êtres, afin
de concourir à l’unification du Macrocosme.
— Là
est le secret des deux sentiers : sentier mystique d’uhion,
de Yoga, par lequel l’être retourne vers l’Unité synthé
tique dont il émane, et sentier de séparation, d’indivi
dualisme, d’égoïsme, qui, partant de la singularité per
sonnelle comme d’un terme ultime, ne peut que descen
dre vers l'imité analytique absolue c’est-à-dire
vers l’anéantissement progressif.
Il faut que les singularités individuelles se groupent
harmonieusement en une unité supérieure ; les sages
s’efforcent, suivant l’expression de Marc-Aurèle,
d’harmoniser leur activité personnelle avec les fins
cosmiques en détruisant l’égoïsme et le calcul, en ne
poursuivant que leur devoir sans désirer les circon
stances. Alors que l’illusion des sens tend à montrer la
personnalité actuelle comme l’unité suffisante, le mys
ticisme est la compréhension du Macrocosme dont les
êtres actuels ne sont que des fragments ; c’est la réa
lisation de l’Unité.
12 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Il est écrit dans la Bhagavad-Gita\« Ainsi, par l’Union...


« l’homme purifié voit l’Ame résidant en tous les êtres
«
vivants,et dans l’Ame tous ces êtres, lorsque son âme
«
à lui-même est unie de l’Union divine et qu’il voit
«
de toutes parts l’Identité.-
« —
Celui qui me voit partout et qui voit tout en
«
moi ne peut plus me perdre ni être perdu pour moi.
« —
Celui qui adore mon essence résidant en tous les
«
êtres vivants et qui demeure ferme dans le spectacle
«
de l’Unité, en quelque situation qu’il se trouve, est
«
toujours avec moi.
« —
Celui qui, instruit par sa propre identité, voit
«
l’identité partout, heureux ou malheureux, est un
«
yogi excellent (i) ».
Et, dans l'Imitation de Jésus-Christ, on lit, presque
comme une traduction « Celui qui trouve tout, dans
:

l’Unité, qui rapporte tout à l’Unité et qui voit tout


dans l’Unité, peut avoir le coeur stable et demeurer
en paix avec Dieu (2) ».
Partout nous retrouvons la même doctrine et la révé
lation de l’Unité constitue le fond de toutes les initia
tions (3). Cette Unité, c’est, selon Martinez de Pas-
qually, « le premier principe de tout être, tant spiri
tuel que temporel, appartenant au Créateur divin (4) »
et Claude de Saint-Martin y voit « l’union de tous les
attributs de l’unité primordiale (5) ».
Si l’on peut comprendre l’Unité manifestée dans le

(1) Bhagavad-Gita, VI, 29, 30, 31, 32, trad. BüRNOUF.


(2) ImUation de Jésus-Christ, I-3.
(3) Cf. A.-L. CAILLET : La Doctrine de l’Unité, Paris,
I 9 I 4-
(4) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration
des Etres, Paris, 1899, p. 78.
15) Cl. de Saint-Martin : Des Nombres, Paris,
1913.
Cosmos comme le principe dynamique d’individualisa
tion qui va du Créateur à l’extrême rudiment des atomes,
il est plus difficile de concevoir ce principe initial en
soi, c’est-à-dire à l’aube de la Genèse, avant ses produc
tions, en dehors des singularités. — L’Occultisme place
là l’origine et la fin du monde : tout ce qui existe actuel
lement se résorbera un jour dans le pralaya où toute
trace de matière disparaîtra et où tout serh, selon la
Kabbale, « réduit en esprit » et d’une homogénéité par
faite. Dans cet état, toute différenciation cessant, on
peut bien considérer que le Tout homogène est un ;
cependant l’Unité, principe dynamique,devient virtuelle,
puisqu’il s’agit d’un état de repos complet et puisqu’elle
ne saurait s’opposer à aucune pluralité. Alors, le
principe d’unité devient latent dans la conscience du
Logos. Cet état est l’Absolu. Il est en réalité supé
rieur à l’Unité, puisque toute notion de nombre, c’est-à-
dire de limitation, y est impossible (1). « Il est partout à
la fois, dit Picotin, identique et tout entier. » Cet
Absolu est figuré dans les diverses religions par Para-
bram, Tao, En-Soph, etc. ; il ne devient l’Unité, c’est-à-
dire le Premier, qu’en produisant la création, qu’en
s’opposant à la dualité ou à la multiplicité. Il prend alors
le nom de Brahma, Kether, le PÈRE. « Le Premier, dit
le Zohar, c’est l’Ancien vu face à face ; il est la tête
suprême, la source de toute lumière, le principe de toute
sagesse et 11e peut être dé fini a utrementque par 1 ’ Unité (2 ) ».
Ici l’Ancien est Kether, le Premier, l’Unité ; il faut le
distinguer de l’Absolu En-Soph qu’on appelle « l’Ancien
des anciens ».
Cette distinction est importante au point de vue

(1) Cf. H. GuyoT : L’Infinité divine, p. 164-165.


(2) Cf. Ad. Franck : La Kabbale, 2 e édit., p. 139-140.
arithmosophique. Sans doute, le Premier peut, d’une cer
taine façon, être confondu avec l’Absolu, puisqu’il n’est
ni émané dè lui ni engendré par lui, mais l’Absolu sans
nombre, c’est l’Être sans Non-Être qui, pour notre
entendement, équivaut à un néant positif, tandis que
l’Unité est le principe d’individualisation d'où procède
la formation du monde. L’Unité apparaît dans l’Abslou,
dès qu’il réalise une tendance, une pensée, ou qu’il
envisage sa création future.
Toutes les religions n’ont pas admis une pareille
distinction, mais partout le nombre i a été rapporté
au premier Principe, au Dieu initial, au Créateur
suprême... « L’Être suprême unique {Samk-Elam), dit
le Yajur Veda..., se meut et ne se meut pas. Il est
éloigné et il est près. Il est dans tout et il est hors de
tout... Il est sans corps, il est pur, présent partout,
existant par lui-même. O, Soleil nourricier du monde,
dévoile la vérité à mes regards, afin que je puisse voir
le Soleil de la justice et de la vérité (i) ».
Ceci montre que, dès l’origine, malgré le nombre de
ses divinités exotériques, le Brahmanisme était mono
théiste, tout comme le Christianisme malgré sa Trinité
et ses saints. — Dans le Rig-Veda on lit: « ...Lui qui
seul est Dieu (2) ». Dans l’antiquité classique, le mono
théisme est plus confus, plus spécialement ésotérique ;
le Père des dieux ne représente l’Unité que pour les
initiés. « L’Un qui représente seul la sagesse, dit Héra-
clite, souffre et ne souffre pas d’être appelé du nom
de Zeus (3) ».
Et Philolaus dit de même : « Il est un Dieu qui
(1) Yajur-Veda, Isa-upanishad, Cf. PauTHIER : Livres
Sacrés de l’Orient, Paris, 1860, p. 359.
(2) Rig-Veda, X-121, trad. Max Muller.
(3) HÉRACLITE D’ÉPHÈSE : Pensées, trad. M. Solovine.
commande à tout, toujours Un, toujours seul, immobile,
semblable à lui-même et différent du reste ».—M. Eugène
Grébaut a traduit et publié un Hymne à Ammon-Râ des
papyrus égyptiens du musée de Boulaq où se trouve une
invocation à l’« Un unique qui est sans second ».
Le fameux monothéisme juif n’est guère nouveau
qu’au point de vue exotérique. Naturellement le nombre
1 est rapporté à Dieu (1) et constitue l’emblème de

son sanctuaire (2) ; mais le nom d’EuOHiM est un


pluriel comme pour montrer que le principe d’indivi
dualité unitaire est précisément la source de la multi
plicité. — Fabre d’Ouvet (3), examinant la significa
tion du mot par lequel les Hébreux désignent l’Unité,
le traduit ainsi : « pointe, sommet, division empêchée »,
ce qui exprime que l’unité est essentiellement indivi
sible, puisque principe d’individualité. Ce nombre
s’écrit au moyen de la lettre N, qui représente « un homme
élevant une main vers le ciel, abaissant l’autre vers la
terre, réalisant l’unité dans l’univers-, l’Unité, principe
de vie dans la synthèse de l’esprit de l'être adamique
universel (4) ».
Des Kabbalistes ont approfondi la notion d’Unité
1

au moyen de l’Arithmosophie : « Jéhovah est un, dit la


Kabbale, et son nom est un ». La même idée est expri
mée dans les dialogues d’HERMÈS : il y est question
notamment du Dieu suprême « qui est tout dans un et
un dans tout, car la plénitude de tout est dans l’Unité (5) ».
(1) Deutéronome, VI-4.
(2) Deutéronome, XII-5.
(3) Fabre d’Oeivet : La langue hébraïque restituée, Paris,
1905, 2 vol.
(4) CharroT : La Rose-Croix pentagrammatique ; Voile
d’Isis, mai 1915.
(5) Cf. Louis Ménard : Hermès Trismégiste, p. xxxvu
et 286.
l6 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

De leur côté, les Chrétiens adaptent l’Unité à la


Trinité (i) et les Pères de l’Église attribuent à Dieu le
premier nombre. Saint Athanase dit que « le Dieu des
Chrétiens est le Dieu-Un », et saint Augustin précise
que l’Unité se rapporte « au Dieu suprême, Principe de
toutes choses (2) ».
* /
* *

Au point de vue symbolique, l’Absolu est antérieur


à toute notion de nombre, supérieur à toute limitation,
et ne saurait être représenté (3). C’est pourquoi le
Zohar dit qu’« il est défendu de le représenter par quel
que image ou sous quelque forme que ce soit, même
par son saint nom, même par une lettre ou par un point ».
C’est seulement quand l’Unité se dégage de l’Absolu
qu’elle est susceptible d’un symbole. « Quand l'inconnu
des inconnus, continue le Zohar, voulut se manifester,
ilcommença par produire un point. Tant que ce point
lumineux n'était pas sorti de son sein, l’Infini était
encore complètement ignoré et ne répandait aucune
lumière. »
Le point représente ainsi l’unité analytique appa
raissant dans l’Unité synthétique primordiale. C’est le
principe de.la différenciation dont vont procéder toutes
les formes, car, comme le remarque Etchegoyen, le
point engendre la ligne, la ligne la surface, la surface le
volume, de telle sorte que « l’unité-point est le principe
générateur des modifications de l’étendue ».
Le point, en s’agrandissant ou les points en s’agglo-

(1) S. Jean : Evangile, X-30 et XVII-22.


(2) S. Augustin : De vera religione, XXXVI ; De gen. ad
litt., 10.
(3) Cf. J. Brieu : La Forme, Paris, 1909.
mérant ont constitué le cercle et se sont enfermés dans la
circonférence. — Il nous semble que si l'unité analytique
ne peut guère être symbolisée que par le point mathéma
tique, l’unité synthétique doit être figurée par le cercle
qui enferme l’étendue dans son contour simple. Le
cercle qui comporte une infinité de rayons pour un
centre unique dont ils dépendent tous, est une hnage
parfaite du principe d’unification ou principe mona-
dique. Ainsi s’éclaire cette définition de Pascal,
selon laquelle l’Univers infini est
« un
cercle dont le centre est par
tout et la circonférence nulle part ».
Le point situé à l’intérieur du
cercle (figure 1) peut donc représen
ter à la fois la source et le but de
toutes choses, le principe et la fin,
l'alpha et l’oméga. — Cette figure Fig. I
L’Hiéroglyphe
est devenue le signe astrologique du soleil.
du Soleil et H. P. Blavatsky voit
dans la racine étymologique du mot soleil l’expression
de l’Unité {Dens solus).
Les Hermétistes ont, exotériquement, attribué l’unité
à Dieu, à la suite d’Avicenne.
— Cornélius Agrippa
dit que « le nombre 1 se rapporte au Dieu suprême,
lequel étant un et innombrable, crée cependant les
choses nombrables et les contient en soi (1) ». Mais,
dans leur symbolisme secret, les Alchimistes ont repré
senté l'Unité, principe d’individualisation embrassant
tous les univers, par YAzoth (2), source primordiale de
toute vie, esprit pur de la création, dont le nom est
kabbalistiquement formé de la première et des dernières
(1) C. Agrippa : La Philosophie occulte ou la Magie, II-4.
(2) Cf. Basile Valentin : Les douze clefs, suivies d’un
traité sur l’Azoth, 1659, in-8.
l8 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

lettres des alphabets latin, grec, hébraïque (AZün).


Dans le Tarot, l’Unité est figurée par le premier
arcane, le Bateleur, dont la silhouette reproduit la
disposition schématique de la lettre hébraïque Aleph.
C’est l’individu humain, singularité intermédiaire
entre la limite synthétique et la limite analytique du
principe d’unité.
Dans le symbolisme maçonnique, l’unité du Temple
et son harmonie intérieure peuvent donner une idée
du Grand Architecte dans son plan créateur.
CHAPITRE II

la dualité ou le binaire
La différenciation relative ; la réciprocité antagoniste
ou attractive ; la négation ; le mal.

« In Ja und Nein bestehen aile Dirige. »


(J. Boehme, L’aurore naissante. Edit. Gichtel, 1682).

Quand l’Absolu sans nombre passe à la manifestation,


il prend d’abord une conscience plus ou moins virtuelle
de son existence en tant qu’Être et devient l’Unité
synthétique suprême; mais, pour réaliser son individua
lité, il doit se différencier en parties. — L’homogénéité
absolue ne permettrait aucune distinction ni aucuns
rapports (même intrinsèques) et ne laisserait ni la
conscience s’éveiller réellement, ni l’individualité s’affir
mer. Pour réaliser l’unité de son être, l’Absolu doit donc
se différencier en parties constituantes, capables de
s’organiser réciproquement en vue d’une activité spé
ciale : ce sera, par exemple, la division de ce que nous
appelons la Matière et l’Esprit ; sans cette différencia
tion intérieure, l’Être, incapable d’activité réelle, n’au
rait qu’une existence virtuelle. Avec la différenciation
de l’Absolu, le principe d’Unité commence à opérer ;
il individualise successivement les parties, puis les
'sous-parties des parties, par une série ininterrompue
de multiplications et ainsi sont engendrées toutes les
singularités qui composent le monde manifesté. Toutes
ces unités relatives s’établissent par la distinction,
c’est-à-dire par l’opposition d’elles-mêmes à ce qui
n’est pas elles, et la Dualité apparaît comme la consé
quence immédiate de la réalisation individuelle. — « De
néant, dit Oken, se scinde par une antithèse dont le
rythme uniforme se retrouve dans toute pensée et dans
tout mouvement et se divise en deux différences dont
il est la synthèse : le plus et le moins. — Ainsi la Monade
se change en nombre, l’unité en pluralité et Dieu en
monde et- conscience (i) ». C’est par une échelle de
dichotomies successives que l’Être-Un se résoud en une
infinité de singularités diverses et descend dans l’abîme
des unités analytiques. '
.
Dès qu’il apparaît, le principe d’individualisation
aboutit à la différenciation intrinsèque ou extrinsèque,
et il est vrai qu’en cherchant l’Unité, on tombe toujours
dans la Dualité. Ce n’est pas seulement l’unité relative
qui, extérieurement et par une différence quelconque,
s’oppose à son genre ou se différencie de son milieu ;
c’est aussi l’Absolu qui, pour devenir un individu, doit
détruire son homogénéité et se différencier intérieure
ment en parties. — La différenciation résulte de la
•Qualité entre un terme et ce qui n’est pas ce ternie (ceci
produit l’unité individuelle),ou entre le Soi et le Non-soi
(ceci produit la conscience). Le Non-soi comporterait-il
des myriades innombrables d’autres êtres, il n’en sera
pas moins qu’un tout vis-à-vis de l’individu,autre tout.
Leur opposition se réduit à une dualité entre l’individu,
pris comme terme positif, et tout ce qui n’est pas cet
(i) Oken : Esquisse d’un système d’anatomie, 1821, in-8
(Bibl. Nat., Ta 12 86), cité par D r Encausse : Anatomie
,
philosophique, thèse doct., Paris 1894.
individu, entre l’Être et le Non-Être par rapport à sa
conscience, entre le Déterminé et l'Indéterminé, le
Fini et le Non-fini, etc., car le deuxième terme d’une
distinction est toujours la négation du premier.
La clef de toute dualité consiste dans l’antithèse :
Être et Non-Être. Seul un néant ne comporterait aucun
non-être et échapperait à cette loi. — La distinction
binaire est le résultat du principe d’Unité œuvrant dans
le monde : l’agent d’individualisation produit nécessai
rement un état de distinction.
Notre entendement obéit au même mécanisme : toute
analyse, toute pensée, s’opère par dichotomie ; la défini
tion d’une unité s’opère par une différence dans le genre,
et la Dualité est nécessaire à toute compréhension.
«
Il faut que l’Intelligence, quand elle pense, soit double »,
dit Plotin (i). « Toute notion n’est claire et parfaite,
dit Lacuria, que lorsqu’elle se complique de deux
termes opposés... Toute idée a sa négation par laquelle
elle est claire et distincte (2) ». En effet, nous ne pouvons
saisir aucune idée en soi d’une manière absolue, mais
nous saisissons le rapport entre deux idées, de même
qu’en psychologie nous ne percevons pas un état de
conscience, mais la différence entre deux états de
conscience. — Voilà pourquoi Anaxagore (3), si
nous en croyons Aristote, regardait la distinction
(Segregaiio) comme l’acte de l’intelligence. Chacun
de nos concepts s’associe à un concept opposé, qui lui
sert, en quelque sorte, de dénominateur, de telle façon
que chacune de nos sensations, chacune de nos idées,

(1) Cf. H. GuyoT : L'Infinité divine, p. 163.


(2) Lacuria : Les Harmonies de l’Etre exprimées par les
Nombres, Paris, 1899, 2 vol.
(3) Zévort, Dissertation sur la vie et l’œuvre d’Anaxa
gore, Paris, 1843.
chacun de nos jugements n’est que le rapport de deux
termes, c’est-à-dire un binaire : « L’esprit ne conçoit
que par opposition ou dualité ; il procède par limita
tion (i) ». Il n’y a pas de forme sans limite, pas d’analyse
sans double terme,et Strada,dans son NovumOrganum,
a pu prendre l’antinomie comme base de tout un sys
tème métaphysique. La Dualité est, en effet, la base
statique d’où nous pouvons déduire l’Unité essentielle
ment dynamique et inconnaissable en soi.
L’Unité en soi touche de très près à l’Absolu ; elle
est éminemment indéfinie. Pour concevoir l’unité réelle,
nous sommes obligés de la rapporter à l’être qu’elle
individualise (c’est-à-dire à un numérateur) ou au genre
dont elle fait partie (c’est-à-dire à un dénominateur).
Seule, la comparaison de ces deux termes peut nous
éclairer sur ce qu’est une unité définie. Le nombre 2
est nécessaire à la comparaison. Du fait que deux termes,
et deux seulement, soient considérés, résultent pour
eux des relations d’opposition réciproque, c’est-à-dire
de différenciation.
Le nombre 2 est le premier pluriel et tout pluriel
est un rapport —, c’est-à-dire une relation entre une
réalité quelconque N et la notion abstraite d’une singu
larité 1. Aristote rapporte (2) que les Pythagoriciens
distinguaient dans le nombre, en général, deux princi
pes : d’abord la Monade, principe non produit, essen
tiellementparfait, principe de ressemblanceet d’identité ;
c’est le dénominateur du rapport — ; ensuite la Dyade,
ou élément de pluralité ; principe produit par l’inter
vention du « vide » ou « intervalle » et essentiellement

(1) J. PELADAN : Traité des Antinomies, Paris, 1901, p. 47.


(2) Aristote : Physique, IV-6 ; Œuvres, Paris," Didot,
1848 et ann. suiv. 4 vol, in-8.
imparfait,principe de la division, et par suite de la maté
rialité. Dans le cas du Binaire, la Dyade représente le
numérateur ; le nombre 2 peut, en effet, s’écrire y. Les
0 4- N
autres pluriels
. s écriraient
, . •
pour montrer com
ment ils font suite au Binaire qui est le premier
pluriel. Comme le remarque Agrippa (i),le Binaire a
pour caractère de ne pouvoir être décomposé que par
l’unité, c’est-à-dire de présenter la relativité la
plus simple, celle de deux termes non-composés
et, par conséquent, irréductibles. Pour cette raison, le
nombre 2 n’est pas un pluriel ordinaire : il implique
toujours la différenciation et l’idée d’une relation réci
proque ou d’une comparaison, même quand les termes
qui le constituent ne sont réunis que par une numéra
tion fortuite (comme deux tables dans une chambre)
Quand les termes qu’il compte s’associent normalement
/ par deux, le Binaire prend son caractère essentiel et
implique un véritable système de relations réciproques
(comme les deux pôles d’un aimant, les deux côtés du
corps). Il s’ensuit une analogie, par opposition systé
matique : Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut
et inversement, pour les miracles delà chose unique (2).
Dans une telle dualité, chaque terme ne saurait exister,
sous sa forme spéciale, que par rapport à l’autre ;
le nombre 2 apparaît alors comme la différenciation
d'un groupe unique, contenant à la fois le genre et la
différence. Ses termes sont tellement liés l’un à l’autre
et constituent un ensemble si caractérisé, comme unité
synthétique, qu’il se distingue dés pluralités plus com
plexes, donnant lieu, dans le langage, à des formes spécia-
les comme le cas duel des langues grecque, sanscrite,ouà des
.

(1) C. Agrippa Philosophie


: occulte, II-5.
(2) Table d’Emeraude, deuxième proposition.
expressions particulières comme ambo en latin, both en
anglais, etc. La Dualité prend alors le sens de paire ou
de couple et implique l’idée de rapports directs et réci
proques de relations complémentaires simples. « 2 est
le Nombre par lequel l’un est réuni à l’autre, dit
EckarthausEn, et par quoi seulement toutes les parties
du monde font un. » Il en fait « la cause accidentelle de
l’Univers ».
La différenciation par polarité binaire est, en effet, à
la base de toutes les manifestations cosmiques. Tout le
jeu des individualités multiples entre elles, dans leurs
actions et leurs réactions, s’opère par l’opposition de
l'agent et du patient, du positif et du négatif, de la force
et de la résistance, de l'expansivité et de la réceptivité,
de la qualité et de la quantité. Jacquemin et Bosc ont
écrit chacun un livre (1) sur la généralité de cette loi
binaire dans les phénomènes naturels. L’opposition
des pôles magnétiques, électriques, des ions, des fonc
tions chimiques : alcaline et basique, peut donner une
idée de cette différenciation universelle. Mais, tandis
que notre esprit est porté à faire de chaque terme une
entité réelle, existant par soi-même, et à opposer ceux-ci
en une antithèse absolue, l’examen des dualités natu
relles nous montre seulement une relation réciproque
entre deux parties inséparables et nous fait voir que
chaque terme ne saurait exister sans l’autre, et qu’il
n’a pas en soi d’existence réelle. Tel potentiel électri
que, par exemple, qui est positif par rapport à un autre
appelé négatif, deviendra lui-même négatif si on le
rapporte à un troisième plus positif que lui. Les dualités
objectives consistent en une différenciation relative

(1) Bosc: De l’aimantation universelle, Paris, 1910, in-18,


et E. Jacquemin : La Polarité universelle, Paris, 1887, in-8.
et non en une opposition absolue. — Ceci apparaît
plus nettement encore dans la dualité physiologique
que Le Dantec a si bien mise en évidence à propos de la
caryokinèse, des rapports entre noyau et protoplasme,
et surtout à propos de la sexualité (1). En suivant la
différenciation sexuelle depuis son aspect le plus simple
(par exemple chez les Oomycètes), on la trouve basée
sur ce fait initial qu’une des deux cellules génératrices
destinées à se fusionner, présente un pouvoir de péné
tration plus grand que l’autre ; il n’y a là qu’une différence
de degré. Le mâle et la femelle sont deux différenciations
d’un type commun embryonnaire, et même, à les consi
dérer sur leurs différents plans, le sens de polarisation
varie : la femme est physiquement réceptrice par rap
port à l’homme ; l’homme le serait mentalement par
rapport à la femme (2). Partout l’équilibre tend à résul
ter des tendances antagonistes : dans le Cosmos, le
jeu permanent des termes différenciés, dans leurs rap
ports et leurs influences réciproques, contient, comme
dans la sexualité, l’origine de toute manifestation :
«
Tout ce qui existe, dit la Kabbale, tout ce qui a été
formé par l’Ancien (dont le nom soit sanctifié !), sub
siste par un mâle et par une femelle. »
Ainsi l’énergie formidable qui actionne tout l’univers
procède, en définitive, d’une différenciation dans l’unité
du Logos, d'une sorte de dénivellationentre deux moitiés.
Cette différenciation primordiale est peut-être la division
entre ce que nous appelons la Matière et l'Esprit. —
Tandis que le matérialisme se contente de nier l’un des
deux termes, la plupart des philosophies spiritualistes

(1) LE DanTEC : Eléments de philosophie biologique, Paris,


1911.
(2) M. DECRBSPE : L'Eternel féminin..., Paris, 1907,
broch. in-18.
se sont plu à créer entre eux un abîme infranchissable.
L’Occultisme n’y voit que les deux moitiés d’une même
Unité universelle. — Fohat, l’énergie du Logos, crée
dans le KoïLon,ou espace infiniment dense (i),des bulles
de vide, des trous de néant qui s’agrègent et s’organisent
pour former les atomes des différents plans cosmiques,
depuis l’Adi-tattwa jusqu’à la matière physique, en
se combinant avec une complexité croissante. Ces bulles
ne subsistent que grâce à l’énergie permanente qu’y
infuse le Logos, pour les maintenir béantes, et c’est
ainsi qu’il faudrait comprendre son sacrifice dans la
matière (2). Quand l’effort qui les « souffle » prendra
fin, les bulles s’évanouiront, et de nouveau le Koïlon
emplira tout. Ce que nous appelons esprit n’est que
l’énergie engagée dans les bulles des plans les moins
compacts ; ce que nous appelons matière, c'est l’agré
gation des mêmes bulles en systèmes plus denses ; la
matière se présente à nos sens imparfaits comme la
réalité par excellence, alors qu’elle n’est qu’un agrégat
peu durable de bulles périssables, une simple manifes
tation de l’Énergie unique. Telle est la grande Illusion
(Maya). — Entre ce que nous appelons l’esprit et ce
que nous appelons la matière, il n’existe, en somme, qu’une
différence de densité et de complexité. — Si nous vou
lions trouver une opposition véritable, peut-être fau
drait-il la chercher entre le plein du Koïlon et le vide
des bulles. Qu'on prenne comme terme positif l’Énergie
du Logos ou le plein du Koïlon, la matière apparaît
toujours comme une manifestation négative... Le
nombre 2 peut désigner cette matière, non en soi, mais
dans son opposition à la non-matière. Il vaudrait mieux

(1) Sir Oliver Lodge :La densité de l'Aither.


(2) A. Besant et Ch. Leadbeater : La Chimie occulte,
Paris, 1920.
LE BINAIRE 2J

dire que la matière est le résultat d’une différenciation


et qu'à ce titre elle peut se rattacher au Binaire.
La dualité cosmique remonte ainsi très haut, et la
Genèse nous montre l’organisation du chaos commen
çant par une différenciation binaire. — Tel serait le
réservoir d’énergie qui anime toutes les individualités
cosmiques, comme la différence de potentiel, établie à
l’usine électrique,actionne tous les appareils du secteur.
On peut considérer les rapports des deux polarités
comme une attraction mutuelle qui les rapproche et les
fond en un tout, et mettre l’amour à la base du méca
nisme cosmique. — On peut, selon un autre point de vue,
y voir une lutte qui les met aux prises et tend à les
anéantir réciproquement. Pour Héraclite, « la lutte
est la mère de toutes choses,la reine de tout... la guerre
est universelle, la justice est une lutte et tout arrive à
l’existence par la discorde et la nécessité (i) ». Au fond,
l’amour et la lutte ne sont que deux aspects complé
mentaires de la loi de polarité : « les pôles de noms con
traires s’attirent ; les pôles de même nom se repoussent ».
Ces deux effets, déjà si étroitement mêlés dans le monde,
se réduisent, dans le domaine des principes métaphysi
ques, à une simple différenciation binaire.
Quelle est la profondeur de cette scission universelle ?
Les uns ne voient dans l’univers qu'un tout différencié
en parties concordantes et bien emboitées ; les autres
ne voient que deux polarités en conflit et s’imaginent
que chaque pôle pourrait exister sans le pôle adverse ;
ils donnent à chacun une existence autonome. Ceci
est une pure querelle de mots. En dégageant le sens
véritable de la Dualité, en y voyant la différenciation

(i) Héracute : Pensées, tfad. M. Sor,ovine, Paris,


P- 58-67.
relative dans un tout, rArithmosophie peut apporter
une solution: les forces antagonistes ne tirent leur carac
tère spécial que de leur opposition; chacune ne saurait,
sans l’existence de l’autre, subsister sous sa forme pro
pre ; elles ne sont qu’une différenciation (non d’essence
mais de degré) dans l’Unité, mais cette différenciation
est universelle. Un jour, nous avons été pris à parti
par un Christian Scientist pour avoir parlé de l'opposi
tion des forces blanches et noires dans le monde (i),
comme si notre objecteur avait oublié cette parole de
l’Ecclésiaste : « Considère les œuvres du Très-Haut ;
elles sont ainsi deux à deux et opposées l’une à l’autre. »
En réalité, la querelle du Dualisme se réduit à ceci : le
mal existe; existe-t-il objectivementcomme l’antagoniste
réel et subsistant par soi-même, du Bien ? La question
provient de la difficulté que rencontre l’homme à con
cilier l’imperfection du monde et la perfection idéale
du Créateur. Elle remonte au Mazdéisme, mais le vrai
dualisme n’existe que dans le Mazdéisme mal compris.
Sans doute, Ahjuman s’oppose à Ahura-Mazda, mais
comme l'individualité collective des méchants, comme
l’unité synthétique de tous les mauvais sentiments,
et ce n’est là qu’une existence relative. On ne saurait
nier que les courants d’idées mauvaises luttent, dans
le monde, contre les courants d’idées généreuses, et il
est loisible de personnifier ces deux tendances, à condi
tion de ne pas se laisser prendre aux mots et croire ensuite
à la personnalité de ses idoles.
— Le dualisme n’est
qu’apparent dans la religion de Zoroastre. « Ahura-
Mazda existera seul à la fin du monde comme il a
existé seul avant ; Ahriman n’a pas l’idée de la création ;
il ne produit que la contre-partie des réalisations d'AHU-

(i) Cf. Christian Science in La Science et la Vie, mai 1018.


ra-Mazda (i) «.Ahriman n’est l’auteur que de la Non-
réalité ; on ne lui rend aucun culte. D'ailleurs, pour rendre
l'Unité plus apparente, une secte a voulu ramener
Ahura-Mazda et Ahriman à un principe unique,
dont ils ne seraient que les deux aspects : Zervana-
Akéréné, le temps sans bornes, qui n'est pas un dieu.
De Dualisme a été repris par Manès mais n’a pu
subsister. — Logiquement, cette doctrine pèche en
beaucoup d’endroits ; on ne conçoit pas bien comment
deux termes absolument antithétiques pourraient sub
sister, aussi puissants l’un que l’autre, sans que rien
ne vienne rompre cet équilibre. — Pour cette raison,
le Diable doit être considéré comme un ange déchu,
c’est-à-dire un moindre-dieu et non un anti-dieu essen
tiel (deus inversus). On trouve aussi cette idée chez les
Gnostiques pour qui les ténèbres et le mal n’étaient
que l’affaiblissement graduel de la lumière divine (2).
Il en est de même dans la Kabbale qui appelle les entités
mauvaises les « écorces » ou les « déchets (3) ». Toutes
ces conceptions sont contenues en germe dans la reli
gion de Zoroastre (4). Elles s’imposent à l’esprit, car
si l’on considère le mal comme l’Être, le Bien deviendrait
le Non-Être, l’Illusion. Or l’humanité a l’intuition trop
nette d’un plan harmonieux, supérieur aux désordres
passagers, pour que peu de pessimistes aient osé se
vanter d’élever un autel au Mal. Quittes à entrer tout
de même dans les cohortes diaboliques, les hommes sen
tent, en général, que le mal est l’accident, la résistance

(1) G. DE Lafont : Le Mazdéisme''et l'Avesta, Paris, 1897,


p. 147.
(2) Cf. Codex Nazareus, 3 vol. in-4, 1815, t. I, p. 145.
(3) A. Franck : La Kabbale .Paris, 1892, p. 286.
(4) Thom. Hyde : Religio Veterum Persarum, Oxinii
Th. Scheld, 1700, in-4, ch. xxn.
au Bien, c’est-à-dire un moindre Bien. Satan, dont le
nom hébraïque 30^ signifie l’Obstacle (i), le Diable,
dont Le nom grec A;x6oXo; exprime la même idée (2)
(Celui qui se jette en travers, l'Adversaire), c’est l’obs
curation du Bien à nos yeux, résultant d’une imperfec
tion de nos perceptions et d’une insuffisance de notre
compréhension ; c’est une résistance à l’action orga
nisatrice du principe unitaire, une tendance à la division ;
ce n’est pas une entité existant par soi-même, mais un
déchet divin (3).« Dirait-on que l’esprit de l’homme se
partage entre l’erreur et la vérité, et que son corps
obéit à deux normes : la santé et la maladie, et qu’il
y a deux états de l’être : la vie et la mort ? L’erreur
n’est que la corruption de la vérité, la maladie l’obs
curation de la santé, et la mort l'arrêt de la vie organi
que (4) ». On conçoit que la vérité ne peut être qu’une ;
la dualité se rapporte à l’erreur. Et pourtant, l’Église
qui a condamné les Manichéens, n’enseigne pas positi
vement, comme l’Avesta, que le Diable est destiné à
disparaître un jour ; tout au contraire elle lui attribue
une existence personnelle, décrit sa forme et ses mœurs
avec assez de détails pour provoquer toute la diablerie
du moyen âge. Perdant de vue la chute de Lucifer,
elle tend pratiquement au dualisme : Dieu-Diable,
comme elle soutient le dualisme : âme-corps, et, dans
son esprit véritable, se montre plus dualiste encore que
le Mazdéisme (5).
(1) Nombres, XXII-22.
v
(2) Cf. Stanislas de GuaiTA : Le Serpent de la Genèse,
I-i, Paris, 1915, p. 58.
(3) Cf. V. Mauroy : Satan-Dieu, Paris, 1899.
(4) J. Peladan : Traité des Antinomies, Paris, 1901,
P- 255.
(5) Cf. H. P. BlavatSky. Isis unveiled, London, 1910,!. II.
ch. x, p. 476 et suiv.
La vérité est que, si le mal n’est qu’un moindre bien,
la tendance au mal s’oppose, pour nous, à la tendance au
bien comme les deux termes d’une antithèse dont la
valeur relative nous échappe. Dès lors, comme le
deuxième terme d’une dualité est toujours une négation
v
ou une limitation du premier, le Diable, « Celui qui dit
toujours non »,et le Mal qu’il personnifie, ont le nombre
2 pour symbole. « Deux, dit Claude de Saint-Martin,
est l’opposition à l’Unité, de sa production ; deux ne
sort de un que par violence, car on n’enlève rien à un ;
c’est faire passer l’entier à la qualité de moitié ; c’est
l’origine du mal (1) »,et pour Martinez de Pasqually,
«
le nombre 2 est donné à la confusion où se trouvent
les esprits pervers et les hommes qui se joignent à
l’intellect de ces mauvais esprits (2) ». Madrolle nous
dit que 2 est un nombre faux, laid, faible, stérile et mal
heureux (3).
L’erreur consiste, en effet, à prendre la différenciation
apparente et relative des choses pour une opposition
irréductible, et à méconnaître l’Unité véritable en
laquelle elles se fondent. —C’est par la distinction ana
lytique que les hommes se laissent aveugler ; la Dualité,
non rapportée à l'Unité,est la cause de toutes leurs erreurs
et de toutes leurs querelles. Pythagore rapportait
la Dualité à l’opinion mobile et variable, réservant
l’Unité à l’esprit immuable ; il considérait 2 comme
une confusion d’unités. — Les mots dispute, divergence,
:

différence, dispersion, etc., montrent,par leur étymologie


dualiste, comment l’Unité et la vérité qu’elle représente

(1) Claude de Saint-Martin : Des Nombres, Paris, 1913.


(2) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration
des Etres, Paris, 1899, p. 323.
(3) Ant. MadrolLE: Le Voile levé sur le Système du monde,
recherché depuis 6000 ans, Paris, 1842, in-8.
32 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

se détruisent par division. La duplicité a pris pour les


mêmes raisons un sens défavorable. En réalité, l’anti
thèse irréductible est une illusion de notre jugement
imparfait, sous quelque forme que ce soit : esprit
et matière, qualité et quantité, infini et fini, être et
néant, phénomène et noumène (Kant), substance et
vie, puissance et acte, matière et forme (Aristote). —
Pour qui verrait les choses d’assez haut, toutes les anti
thèses qui servent au mécanisme de notre intelligence,
se réduiraient à des différenciations relatives dans
TUnique. Mais si l’antithèse pure est illusoire, ces dif
férenciations sont partout dans la création ; c’est par
elles que le monde créé subsiste, de la même façon que
le temple symbolique par ses deux colonnes (i). Il n’est
donc pas étonnant de trouver la Dualité exprimée
dans les philosophies et les religions.

*
* *
Toute la philosophie et les Sciences de l'Extrême-
Orient sont basées sur ce principe. Dans le Y-King, le
plus ancien livre de la Chine, Fo-hi expose cette doc
trine. Le principe de dualité Am-duong reste depuis
toujours, le fondement de la métaphysique chinoise.
« On en retrouve
des applications dans toutes les bran
ches de toutes les sciences et cette théorie est posée
en principe axiomal quasi-divin (2) ». Cette dualité est
moins une antithèse absolue qu’une différenciation
entre deux polarités : passive : Yn, et active Yang. :

On les symbolise par deux dragons, blanc et noir ou


bleu et rouge, se poursuivant l’un l’autre autour d’un

(1)III Reg.. VII-15.


(2) MaTCIOI : Les Sept principes de l’Homme, Paris, 1895.
cercle,et pour mieux montrer qu'ils réalisent à eux deux
l’unité universelle (Pan-Kou), on les schématise dans la
figure dite Yn-Yang, enfermée dans une circonférence
et dont les Coréens ont fait leur totem national,
— Dans l’Inde, la dualité-type
prend surtout la forme Esprit-Matière
(Purusha-Prakriti), comme dans la
philosophie de Kapila. Elle s’ex
prime encore par l’opposition de di
vinités comme SrvA et Vichnou ou
par l’aspect double (shakti) de cha Fig. II.
cune des trois personnes de la Tri- L'Yn-Yang.
mourti (cf. page 160). Des Indiens
voient aussi dans la duplicité le nombre de l’erreur
s’opposant à la vérité, du juste et de l’injuste. « Emploie
l'unique (la raison) pour apprécier les deux », dit le
Mahabharata (i).
— Les Bouddhistes népalais de la secte Svabhavika
distinguent deux principes antagonistes en action
dans la nature : Nirvritti, principe de repos, tendant à la
destruction des formes animées, et Pravritti, principe
d’existence active, tendant à la création des formes
matérielles. L’école bouddhiste Madhyamika distingue
la vérité relative, Samvrittisatya, et la vérité absolue,
Paramarthasatya.
— Chez les peuples de l’Iran, nous avons indiqué
comment l’opposition d’AHURA-MAZDA à Ahriman
n’était absolue qu’au point de vue exotérique vulgaire,
comme celle du Diable à Dieu dans le Christianisme.
— En Grèce, en dehors des considérations purement
arithmosophiques de Pythagore, on trouve la théorie
d’EMPÉDOCLE, selon laquelle le monde serait né de deux

(i) Cf. Bohtbingk : Sentences indoues.


paissances opposées : l’Amour et la Haine. ’ Epo;et no'Aéfio;.
ou celle de Philolaus, son contemporain, distinguant
en toutes choses deux principes, l’Un, principed’indéter
mination qu’on peut comparer à la Matière d’ARisTOTE,
et le Deux, principe de détermination, analogue à la
Forme. Héraclite voit, à la base de tout le mécanisme
cosmique, la lutte, mais entre deux principes ne
formant qu’un tout. « Dieu, dit-il, est jour et nuit,
hiver et été, guerre et paix, abondance et disette ; il
se transforme comme le feu. »
— Les deux serpents qui s'enroulent sur la hampe
du caducée d'Hermès symbolisent la polarité cosmique.
Dans l’Orient classique, les couples divins comme
Osiris-Isis, Baal-Astarté, etc., expriment le principe
binaire.
— Chez les Juifs, le nombre 2 est désigné par un mot
qui, selon Fabre d’Olivet, signifie étymologiquement :
«
produit d’une durée relative, mutation, transition,
diversité, variation (1) ». Il s’écrit au moyen de la
lettre Beth 2, qui figure « un rayon de lumière sur
deux horizons », ou « la maison de Dieu et de l’homme
entre les deux colonnes du temple de la nature ». D’après
le Tattchuma kabbalistique, Dieu fit de cette lettre le
fondement du monde (2). La Dualité sert à préciser
les oracles sous la forme de YUrim et du Thumim.
Dans les textes sacrés, on peut citer les deux colonnes
du Temple, les deux échelles de Jacob, les deux ché
rubins de l’arche (3), les deux tables de la loi (4), les

(1) Cf. Sedir -.Notes sur les noms de Nombres hébraïques


Initiât., t. XXII, p. 11.
(2) Karppe : Etude sur les Origines et la Nature du Zohar.
Paris, 1901, p. 109.
(3) Exode, XXV-18.
(4) Exode, XXXI-18.
deux boucs expiatoires (i), les deux veaux d'or de
Jéroboam (2), les deux oliviers et les deux verges de
Zacharie (3), les deux anges d’HÉuoDORE (4), les
deux fils d’Abraham (5), les deux fils de Rébecca (6),
les dèux royaumes de Juda et d’Israël (7). Dans la
tradition juive, le nombre 2 se rapporte au mal, car il
y a deux chefs des démons Beemoth et Léviathan ;
:

il est aussi le nombre passif et féminin, car dans la


Genèse, la femme fut créée en second lieu (8).
Le Nouveau Testament s’ajoute de même à l’Ancien
pour le compléter (9). On y trouve notamment : lès deux
tourterelles et les deux colombes de la purification (10),
les deux anges du tombeau (11), les deux anges de l’As
cension (12), les deux témoins de l’Apocalypse (13), les
deux poissons de la multiplication des pains (14), les deux
glaives de Pierre (15), lès deux larrons (16), etc., etc.
Le symbole chrétien par excellence, la croix, peut,
d’une certaine nianière, être considéré comme un
symbole binaire formé d’uri trait horizontal représen-

(1) Lévitique, xvi-8.


III

(2) Reg., Xli-28.


(3) Zachar., IV-3 et xi-7.
{4) II Mdch, 111-26.
(5) Gai., IV-22.
(6) Genèse, xxv-23.
(7) I Reg., xn-19.
\8) Genèse, n-23.
{9) Gai, IV-24.
(10) Luc, II-24^
(11) Joa., xx-12.
(12) Act., I-iO. •
(13) Apoc., XI, 3 et 4.
(14) Malth., XlV-19.
(15) Luc, XXII-38.
(16) M'atth, XXVII-38.
tant l’aspect passif (l’homme couché), et d’un trait
vertical représentant l’aspect actif (l’homme debout).
Dans leurs spéculations arithmosophiques,les Pères
de l’Église ont donné au nombre 2 un sens mauvais
de division, d’imperfection, marquant l’exclusion de
l'Unité, la réprobation, et aussi la matérialité grossière
qu’ils symbolisaient par l’union chamelle (1) ; mais ils
ont également reconnu l’aspect favorable du Binaire
dans le sens de l’amour, soit qu’il s’agisse de l’amour de
Dieu et du [prochain (2), soit simplement de l’acte de
charité où il y a nécessairement dualité entre celui qui
donne et celui qui reçoit (3). Dans les Évangiles, en
effet, la pauvre veuve donne ses deux pièces d’argent et
l’hôtelier reçoit deux nummes pour soigner le malade
maltraité sur le chemin de Jéricho (4).
— Macrobe voyait dans le nombre 2 le symbole
de la division. Les Romains dédiaient à Pluton le
deuxième mois de l’année, et le deuxième jour de ce mois
était fixé pour les expiations en l’honneur des Mânes.
C’est sans doute pour une raison semblable qu’en 1003,
le pape Jean XIX institue le Festival de la Mort le
2 Novembre, c’est-à-dire le deuxième jour du deuxième
mois de l’automne. Dans le symbolisme architectural,
Mason NealE et Webb signalent les fenêtres doubles
des cathédrales qu’ils rapportent à la double nature du
Christ (divine et humaine), ainsi que les deux parties
des portes d’entrée, séparées par une colonne et géné
ralement surmontées d’une représentation du Juge-

(1) Cf. St Hilaire : In Ps. CXL ; Ambroise : De Noë


ST
et Area, 12 ; ST JÉROME : Epist., XLVIID19 et Adv. J ovin,
1-16 et In Zachar, 1-1.
(2) St Grégoire lé Grand : Hom. XVII, in Evang.
(3) St Augustin : Quaest. in Evang., 11-14.
(4) Voir encore : Apocal., xi-3 et 4 et Zachar., iv, 12 et 13.
LE BINAIRE 37

ment dernier, comme pour figurer la séparation des


bons et des méchants (i).
| Les Alchimistes ont représenté la double polarité
cosmique par les deux ferments, le Roi et la Reine, ou
surtout le Soleil et la Lune, reprenant en cela la tra
dition antique des dieux solaires et lunaires accouplés
en Dualité. Dans la tradition astrologique universelle,
le Soleil a toujours été considéré comme positif et
masculin par rapport à la Lune (excepté dans la langue
allemande). La Dualité Soleil-Lune correspond à :
indétermination et détermination — esprit et matière —
ou selon Aristote, matière et forme. On lit dans les
Vedas : « Le Soleil est la vie; la Lune est la substance (2) ».
En Hermétisme, la Dualité s’exprime encore par les
principes Soufre (indétermination) et Mercure (détermi
nation) Le Grand (Euvre chimique ou mystique devait
.
rétablir l’Unité dans la Dualité, soit par les noces
du Roi et de la Reine (3), soit par la création du
Rébis (res bina), l’union harmonieuse des polarités con
traires. « C'est un composé de deux choses, scavoir le
Mercure philosophal, lequel contient l’Eau et le Feu,
le coips et l’esprit, le fixe et le volatil, le soufre et le
Mercure, le mâle et la femelle. Ou bien, c’est une chose
qui a reçu de la nature une double propriété occulte
qui fait qu’on lui donne le nom d’Hermaphrodite (4). »
Au point de vue du symbolisme pur, si l’Unité est
figurée par le point, la Dualité peut être représentée par

(1) Mason Neale et Web b : Du Symbolisme dans les


Eglises du Moyen Age, traduct. M. V. O., Tours, 1847.
(2) Alharva-Veda, Prashnopanishad.
(3) Chr. RozenkrEuTz : Noces chimiques, Regesburg,
1781.
(4) Dictionnaire Hermétique, par un amateur de la Science,
Paris, 1695, in-12, p. 163.
la ligne qui « divise l’espace, sépare et délimite des
plans (i) ». On peut considérer que la ligne est engendrée
parle point,comme la Dualité procède de l’Unité. La ligne
coupant l’unité du cercle en deux moitiés est ainsi le
symbole parfait de la Différenciation initiale ou du
Deuxième Logos (voir page 53),et aussi l'image très adé
quate de la Lune dans son acception astrologique.

Fig. III. — Symbole de la Dualité et de la Lune.

(1) J. BriEü : La Forme, Paris, 1909.


CHAPITRE III
LA TRINITÉ OU LE TERNAIRE

L'organisation; l’activité; la création; la conception;


la loi; la série.

«
Numéro Deus impare gaudet ».
(Virgile, Egl., vm-75.)

La Dualité est un principe de différenciation par


faitement défini comme concept métaphysique et se
traduisant dans le Cosmos par une tendance à l’opposi
tion binaire entre les parties de chaque unité; mais
nulle part cette opposition ne réussit à devenir absolue.
La Dualité reste toujours contenue dans l’Unité et
les moitiés n’arrivent jamais à se rendre assez indé
pendantes et assez différentes pour qu’aucune synthèse
ne soit plus possible. Jamais elles n’arrivent à perdre
toute possibilité de contact, de combinaison, de réaction
mutuelle. Dans la réalité, le second terme n’est jamais
qu’une négation relative du premier ; il n’en est pas la
négation absolue, mais l’amoindrissement,et toutes les
antithèses — vues de plus haut que de notre esprit
borné — ne sont que des différences de degré. En effet, la
Dualité, considérée comme définitive, ne saurait per
mettre aucune conciliation ; les deux termes en tous
points contraires ne pourraient jamais combiner leur
action en vue d’un effet commun. La Dualité pure, si
elle existait quelque part, constituerait une section
définitive dans la continuité des choses ; elle serait
la négation de l’Unité cosmique ; elle établirait un
abîme à jamais infranchissable entre les deux parties,
et cette opposition irréductible demeurerait à jamais
stérile, inactive, statique. Au contraire, l'existence d'une
graduation intermédiaire, d’un chemin de passage entre
les deux pôles,rend leur opposition féconde en permettant
à chacun d’agir sur son adversaire et d’en recevoir les
réactions. La fameuse lutte d’HÉRACLiTE ne peut avoir
lieu que si les lutteurs ont un moyen de rencontre.
En plus des entités adverses que nous voyons opérer
dans la nature, en dualités, il faut donc reconnaître un
certain trait d’union, un certain élément de contact
qui constituera un troisième terme, et nous en arrivons
ainsi à concevoir le Ternaire comme le complément
nécessaire de la différenciation universelle. Dans les
réalités cosmiques, le Binaire représente le principe
de différenciation, le Ternaire celui d’action. La diffé
renciation arme le mécanisme cosmique en quelque
sorte ; le Ternaire en déclanche le fonctionnement. Le
Ternaire est un agent essentiellement dynamique qui
met en œuvre l'activité de l’individu ou du système et
lui permet de réaliser ainsi son unité. C’est pourquoi on
a pu définir le Ternaire comme « l’unité parfaitement
manifestée ». ,

Le principe d’Unité confère l’individualité, mais


d'une manière en quelque sorte latente. Pour devenir
réelle, cette individualité doit différencier ses parties
et organiser leur jeu de combinaisons ou de réactions :
la différenciation est binaire ; l’organisation est ter
naire. En réalité, ces trois principes opèrent simultané
ment. L’individualité confère d’emblée l'organisation
le ternaire 41
%

et l’activité au moyen de la différenciation : le 1 s’épa


nouit en 3 ; dans 3 nous pouvons distinguer une diffé
renciation générale, tendant à deux formes extrêmes,
(ce qui nous frappe le plus)
— et un point intermédiaire,
un mode de jonction (lequel nous échappe souvent).
Voilà pourquoi tout être doué d’une existence une se
révèle à la fois triple dans son mécanisme et double dans
les tendances de sa polarité. Ici est le nœud de cette
fameuse Trinité-Une dont l'Église a voulu faire un
impénétrable mystère — impénétrable, sans doute, en
ce qui concerne l’Archétype lui-même, mais assez
facile à déduire des reflets que nous pouvons en observer
sur les plans sous-jacents.
Trois est bien le principe dynamique par excellence,
puisqu’il produit l'organisation d’un système et permet
l’action. Que résulterait-il de l’opposition du Bien et
du Mal,ces deux tendances antithétiques,si la conscience
de l’être imparfait n’offrait un champ d’activité à leur
antagonisme ? Que feraient Dieu et le Diable s’ils
n’avaient l’homme à se disputer ? Comment l’esprit
gouvernerait-il la matière, avec laquelle il n’a rien de
commun, sans les bons offices de l’âme animale servant
d’intermédiaire ? Comment le cerveau dirigerait-il le
squelette sans les nerfs et les muscles ? Comment l’ar
tisan travaillerait-il la matière sans outil ? A quoi ser
viraient les pôles positif et négatif d’une source élec
trique sans le circuit qui les met en contact ? Le propre
de toute organisation est précisément la création d’agents
intermédiaires, et l'intermédiaire,, si complexe soit-il,
est toujours le troisième dans les systèmes. «Par le nombre
3, dit Eckartshausen, se groupent toutes les choses de
la nature. »
Trois est le composé le plus rudimentaire formé de
l’impair primordial 1 et du premier pair 2 ; il montre
la rupture d’équilibue dans l’opposition initiale des
forces contraires et la mise en jeu de leurs influences
réciproques dans le grand tourbillon formateur ; il
combine l’actif au passif, unit le mâle à la femelle,
l'aspect dynamique à l’aspect statique et l’effet qu’il
produit est l’addition du tout. « Trois, dit Balzac, est
la formule des mondes créés ; il est le signe spirituel de la
création, comme il est le signe matériel de la circon
férence (i) ». C’est le nombre créateur par excellence,
celui qui « plaît au dieu », car, pour devenir créateur, le
Logos a dû revêtir un triple aspect. Dans VAbacus
pythagoricien de BoECE,3portelenomde Or mis venant
du mot ooimpulsion, effort.
Le nombre 3 est nécessaire à l’établissement de tout
rapport. En effet, si deux termes seulement concourent
à affecter un rapport, ce rapport n’est possible qu’en
vertu d’un point d’application commun : l'unité ne
peut être rapportée à son genre que par la forme qu'elle
affecte ; deux nombres ne peuvent être rapportés l’un
à l’autre qu’au moyen de l’unité identique qui les con
stituent deux idées au moyen d’une notion intermédiaire.
Le rapport est donc double quant à ses agents,mais triple
quant à sa constitution ou son mécanisme. Dp rapport
des parties procèdel’individualité manifestée. Pythagore
enseignait que l’être est le rapport de la forme et de
la matière, de l’acte et de la puissance, et, comme
disait Philolaus, du Fini et de l'Infini — et non, comme
on pourrait le croire, le lien, le mixte, de deux substances
existant par elles-mêmes et unies entre elles (2). La
même idée se retrouve chez les Kabbalistes. Ibn Ga-
birol dit ceci : « L’Unité n’est pas la racine de tout,
(1) Balzac : Louis Lambert.
(2) Chaignet : Pythagore et la philosophie pythagoricienne,
Paris, 1893, p. 267.
puisque l’Unité n’est qu’une forme et que tout est à la fois r
forme et matière, mais trois est la racine de tout, c’est-
à-dire l’Unité représente la forme et deux représente la
matière (i). »
Ce retour du Ternaire à l’Unité apparaît surtout dans
notre entendement, et nous voyons là comment —
s’ils n’étaient simultanés — le Ternaire précéderait logi
quement le Binaire. Supposons un être vierge de toute
sensation, comme la statue de Condillac (2) et sou-
mettons-le à des alternatives, sans transition, de chaleur,
de lumière, de mouvement, d’obscurité, de froid, d’immo
bilité, etc. Quel lien logique pourra-t-il établir entre ces
différentes sensations ? Aucun assurément ; il ne sai
sirait qu’une relation chronologique et les sensations
extrêmes resteraient sans signification pour lpi ; rien
ne lui permettrait de savoir que les unes s’opposent aux
autres comme des contraires. Si maintenant nous le
faisons passer progressivement du froid au chaud, de
l’obscurité à la lumière, par une série d’intermédiaires
gradués, notre être primitif, en saisissant le moyen
terme entre ces extrêmes, se trouvera en mesure de les
associer dans une même notion de température ou de
clarté ; il ramènera à l’unité d’un concept l’opposition
des deux aspects antithétiques. « Aucune proposition,
dit Péladan, n’existe sans opposition ; aucune opposi
tion ne résiste, en logique, au Ternaire (3). »
Ainsi il faut au moins trois sensations pour con
cevoir une idée, trois aspects pour qu’une notion devienne
distincte. De même il faut une résultante entre l'Être et

(1) Karppe : Etude sur les orig. et la nat. du Zohar, Paris,


1901.
(2) Condillac : Œuvres, Paris, 1798, 23 vol.^
(3) J. Peladan : Traité des Antinomies, Paris, 1901,
p. 266.
le Non-Être pour produire le phénomène ; le mouve
ment est le moyen terme entre la force et la résistance,
et nous voyons ainsi le Ternaire devenir logiquement le
nombre de la conception pour une idée, de la mise en
œuvre pour un acte, le nombre créateur par excellence.
Au point de vue purement binaire on ne considère
que les entités intelligibles dans leur différenciation
relative, et indépendamment de leur continuité,
mais dès qu’on envisage cette continuité, on réalise
une conception ternaire, et la notion générale qui s’en
dégage est un retour à l’Unité. I,e Ternaire exprime
donc le développement de l’Unité et «le retour à l’Unité »
(Lacuria) Car comme toutes choses ont été et sont venues

d’un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique


par adaptation (i).
— Le Ternaire est la mise en contact des aspects
antagonistes au moyen d’un terme intermédiaire, qui
est la raison même de leur différenciation. La polarité
électrique n’existe que par comparaison au potentiel
o (celui de la terre) ; de même, toutes les oppositions
binaires admettent un terme moyen qui leur sert d’in
termédiaire, qui exprime leurs relations réciproques et
qui leur permet de s’unir en un tout. Cet intermédiaire,
c’est la moyenne qui sert de transition pour passer d’un
terme extrême à l’autre, ou bien, dans les choses maté-
térielles, c’est l’agent qui les met en contact. C’est, par
exemple, l’idée de moyenne qui s’établit entre le con
cept de grandeur et le concept de petitesse pour engen
drer la notion générale de taille ; ou bien, c’est le cir
cuit qui relie les deux pôles d’une source électrique et
fait de l’ensemble un système. Mais c’est surtout au
point de vue abstrait que le Ternaire prend son impor-

(i) Table d'Emeraude, troisième proposition.


tance. On peut dire que le Ternaire représente le déve
loppement d’une abstraction, parce que toute idée abs
traite évoque les trois termes dont elle dérive. — L'idée
d’âge se résoud schématiquement en : jeunesse, vieillesse
et état intermédiaire ; l’idée de temps en : passé, avenir
et présent intermédiaire ; l’idée de durée en : commence
ment, fin et milieu ; l’idée de beauté en : unité, variété et
harmonie (Lacuria) ; l’idée d’infini en : Infini absolu
(sans commencement ni fin), Fini (avec commencement
et fin) et Infini relatif (avec commencement mais sans
fin, comme la série des nombres ou les fractions pério
diques), etc. Il y a ainsi, pour un point de vue abstrait,
trois aspects possibles : positif, négatif et neutre, et ceci
est une règle absolument générale.
Le Ternaire se trouve à la base de toute opération
intellectuelle abstraite : c’est de deux états de conscience
reliés par la mémoire que naît la sensation ; c’est de
deux idées reliées par une comparaison que naît le juge
ment. En logique, tout raisonnement suppose, impli
citement ou explicitement, trois termes. — Laromi-
GUIÈRE (i) montre clairement que tous les raisonnements
ou jugements ne peuvent se faire que de trois façons :
par addition, soustraction ou substitution. A un autre
point de vue, on peut dire que l’intuition et la déduc
tion s’unissent dans un troisième terme qui est la con
naissance.
En arithmétique, le jugement d’égalité suppose trois
termes, en vertu de cet axiome : deux quantités égales
à une troisième sont égales entre elles. La comparaison
de deux unités identiques peut suffire à la notion d’iden
tité ; autre chose est la notion d’égalité. Il est impossible

(1) LaromiguièRE : Leçons de Philosophie, Paris, 1826,


2 vol. in-8, 1, 6.
qu’une quantité B puisse être égale à une quantité C,
si, au préalable, chacune d'elle n’est égale à une troi
sième quantité connue A, prise comme unité, et toute
égalité entre deux quantités dissemblables implique
l'existence nécessaire de deux égalités antécédentes,
de laquelle elle dérive. L'unité :i =i enferme nécessai
rement en elle-même ce principe de triple égalité :
A = B = C par équivalence, et XI i =i par identité.
Telle est la façon dont Etchegoyen (i) nous montre
dans le ternaire un développement de l’unité. Nous dirons
qu’il est le développement d'une abstraction, l’épanouis
sement d’une idée formelle.
Dès que des idées ou des objets sont naturellement
groupés au nombre de trois, la seule relation qu’ils
peuvent présenter entre eux est un rapport sériel, un
terme se plaçant nécessairement comme intermédiaire
entre les deux autres. Naturellement, l'ordre peut
varier selon le point de vue considéré (espace, temps,
perfection, grandeur, etc.) et selon la nature des trois
termes envisagés, ainsi que le fait observer A. JounEt (2),
mais il n’y a là rien qui puisse enlever au ternaire sa
signification propfe.
Le nombre 3,' d’une manière générale, a la propriété
d’indiquer une série, une progression, propriété qui
manque au binaire. Considérons les Séries : 2, 4, 6... èt
2, 4, 8... Si nous n’envisageons que les deux preûiîéfs
tèrmes de chaque série, nous pouvons faire entre eux
dés comparaisons, mais nous ne connaissons rien du
sens de leurs rapports. Quand, au contraire, les trois
termes nous sdirt donnés, nous constatons que la pre
mière série est une progression formée par l’additibn

(1) Etchegoyen : De l’Unité..., Paris, 1836, 3 vol.


(2) A. Jounet : La Clef du Zohar, Paris, 1905, p. 95.
successive de la quantité 2 à elle-même, tandis que la
deuxième série est une progression où chaque terme est
le double du précédent. Avec le nombre 3 apparaît
une idée nouvelle : celle d’ordre, d’harmonie, de loi.
Nous en trouvons l’exemple le plus frappant dans l’étude
des phénomènes physiques. Si nous savons qu’une masse
de métal, à une température initiale To, occupe un volume
Vo et qu'à une autre températureTi elle occupe un volume
Vi, il nous est impossible d’en dégager, si nous l'igno
rons, la loi de la dilatation thermique de ce métal. Au
contraire, une troisième mesure (le volume V2 à la
température T2) nous permettra d’en établir la courbe
et d’en comprendre la loi ; nous saurons alors si la dila
tation est régulièrement ou irrégulièrement proportion
nelle à la température, et nous pourrons prévoir par
induction d’autres éléments de recherche (le volume
V3 à la température T3).
Le procédé arithmétique qu’on appelle la règle de
trois repose sur un ternaire tout à fait analogue.
L’expérience populaire a consacré cette signification
particulière du ternaire dans certains usages, en par
ticulier dans les trois coups frappés pour un signal :
un coup unique aurait l’inconvénient de surprendre
l’exécutant ; deux coups supprimeraient cette surprise,
mais ayant entendu le premier.il devrait se tenir dans
l’attente du second sans pouvoir apprécier le moment
précis auquel il arrivera ; au contraire, dans le cas des
trois coups, l'intervalle entre les deux premiers donne
l’indication du rythme selon lequel les coups sont frappés ;
il montre la raison de la progression et le signal peut être
exactement prévu par l'exécutant qui s’y prépare
avec précision.
Quand on l’envisage sous son aspect de mise en œuvre
ou de sériation fondamentale et d’harmonie primor
diale,d’organisation, de loi, le Ternaire apparaît tou
jours comme le nombre créateur par excellence — et
pour cette raison la plupart des religions s’accordent
à reconnaître un aspect triple au Dieu qui a tiré le
monde du néant.
En Chine, Lao-Tsée, dans son ouvrage Tao-te-King,
enseigne que Tao, l’incognoscible, est d’une nature tri
ple. « Tao est un par sa nature, dit-il ; le Premier a engen
dré le Second ; tous deux ont engendré le Troisième
et les Trois ont fait toutes choses »,ce qui signifie, d’après
L. DE Rosny, que « l’Unité primordiale se divisa en
deux principes, le principe mâle ou Yang, et le principe
femelle ou Yn, puisque, de ces deux principes une fois
réunis, il résulta l’harmonie représentée par le nombre
trois (i) ».Ces trois principes sont les Tsaï ou Puissances
de Tao et ils sont appelés San-Thsing, « les trois Purs ».
Un autre texte dit : « Celui que l’esprit aperçoit, mais
que l’œil ne peut voir se nomme Y (l'unité absolue) ;
celui que le cœur entend, mais que l’oreille ne peut
ouïr se nomme Hifl’Existence universelle) ; celui que
l’âme sent, mais que la main ne peut toucher s’appelle
Oueï (l’Existence individuelle). » On a comparé ces
trois termes Y, Hi, Oueï, aux trois premières lettres
du tétragramme juif : Iod, Hé, Vau (2).
Au J apon, nous retrouvons la Trinité dans la religion
du Shinto : Amé-no-mi-naka-noushi-nokami (Dieu,
maître du centre auguste du ciel) engendra Takami-
Mou-soubi-no-Kami (Dieu auguste, merveilleux protec
teur) et Kam.

(1) h. DE Rosny : Le Taoïsme, Paris, 1892, in-8, p. 105.


(2) Combes : Le Delta Sacré in Mysteria, déc. 1913.
Dans la vieille religion celtique, la Trinité divine
est composéede Teutatès (la Force) ,Esus (la Lumière) et
Gwyon (l’Esprit) ; c’est encore Diana, Eire-Math et
Gwyon. Chez les Phéniciens, c’est Baal, Astarté,
Melkart ; chez les Chaldéens, c'est Oannés (ou Samas
Mardouk),Bin (ou Ao) et Bel ; en Egypte, c'est prin
cipalement Osiris, Isis et Horus avec des variations
exotériques et locales. Dans l’Inde, c’est, à la période
védique, les trois grands dieux : Agni, Indra et Soma,
puis plus tard la Trimourti Brahma, Siva, Vichnou, ou
à un point de vue plus ésotérique, les trois aspects de
Brahma : Sat, Chit, Ananda (Existence, Esprit, Vie).
En Perse, c’est Ormuzd, Ahriman et Mithra.ou mieux
Ormuzd, Ahriman et l’Eternité abstraite, Zervani
Akérénè. Dans la vieille religion Scandinave, c’est Od»
din, Frega, Thor. Dans les religions naturalistes, c’est
le Soleil, la Lune et la Terre.
En Grèce, Reuchlin prétend trouver la Trinité
dans les Hymnes Orphiques ; il rapporte les mots
oùpavà;,AlÔTiip de l’Hymne à la Nuit aux trois person
nes : la Nuit qui engendre toutes choses ne peut être
que le Père ; le Ciel, fils de la Nuit et contenant tous les
êtres, est le Verbe ; l’Éther ou souffle de feu, est le
Saint-Esprit (i). Parmi les philosophes, Xénocrate, au
dire de Plutarque, comparait la divinité à un triangle
équilatéral, ce qui indique bien une notion de Trinité.
D’un autre coté, Hermès Trismègiste reconnaît trois
principes souverains dans le monde : l’« Hémarmène*»,
la Nécessité et l’Ordre. Pour les Platoniciens d’Alexan
drie, Dieu est une Trinité : tô 'Ev ou ’Afaeôv, 'o Noü;, et
’H xo’j navTÔ; (l’âme du Monde ou le Démiurge) (2).

(1) Rbuchlin : De Verbo mirifico, Bâle, in-fol., 1494.


(2) Cf. Plotin : Ennéades, II-IX-I ; III, v, 3 Opsra, Basileæ
La Trinité réapparaît dans beaucoup d’enseignements
gnostiques.
Le Christianisme a développé en détail le dogme
de la Trinité. Les Pères de l’Église ont cherché
une explication au Mystère : « Le Père est le Principe ;
le Fils est engendré; le Saint-Esprit procède des deux »,
dit saint Athanase. Saint Augustin donne cette
autre explication qui se rapporte assez bien à l’inter
prétation arithmosophique des trois premiers nombres :
«
l’Unité est dans le Père, l’Égalité dans le Fils, l’Har
monie de l’Unité et de l’Égalité dans le Saint-Esprit ».
Saint Jean avait déjà désigné les trois aspects de la
Trinité par les ternies symboliques de Vita, Verbum,
Lux. En ce qui concerne plus spécialement la deuxième
personne, saint Grégoire de NazianzE appelle le
Fils « la détermination de Dieu », saint IrénéE l’appelle
«
la mesure du Père » et saint Thomas « la forme exem
plaire des créatures ». Parmi les auteurs modernes,
Lamennais écrit : « Toute force, quelle qu’elle soit,
est un écoulement du Père, un don qu'il fait de lui-
même ; toute intelligence, toute forme, quelle qu’elle
soit, est un écoulement du Fils, un don qu’il fait de lui-
même; toute vie est un écoulement du Saint-Esprit (i). »
Lacuria envisage la Trinité de la façon suivante :
« Le Père est la
conscience positive ; le Fils est la
conscience négative. (Il n’est pas le Non-Être, comme
Satan, mais l’idée de Non-Être, ce qui est essentiellement
différent) ;le Saint-Esprit estl’harmonie de leurs rapports.
Le Père s’épanouit à l’infini dans l’idée d’Être ; le Fils
revient au Père, et ce double mouvement produit un

1580, in-fol., et PROCEUS : Théol. Plat., 1-23 : Œuvres, trad.


Cousin, Paris, 1890, 5 vol. in-8.
(i) Lamennais : Esquisse d'une Philosophie (Œuvres, Paris,
1844, 11 vol. in-18), t. I, p. 338.
LE TERNAIRE 51

rythme d'Aspir et d’Exfiir qui constitue le double


souffle divin (spiritus sanctus). »
Il nous semble qu’on peut résumer toutes ces concep
tions en considérant que le Ternaire divin est inco-
gnoscible sur le plan qui lui est propre (plans Adi et
Anupadaka des Théosophes), mais que nous pouvons
connaître son reflet dans le monde intelligible, et là,
la Trinité nous paraît basée sur la distinction de cause
finale (Père), cause exemplaire (Fils) et cause efficiente
(Saint-Esprit).— Le Père est l’intelligence, ou mieux
l’Intention, et correspond à la Sephirah Hochmah, la
Sagesse, au point de vue kabbalistique : « La sagesse
est aussi nommée le Père (1). » Le Fils est la Pensée,
l'Idée, le Verbe, c’est-à-dire le support des conceptions
et se montre analogue à Binah, la compréhension.
Le Saint-Esprit, que saint Jean appelle Lumière,
c’est la manifestation, la Volonté, c’est-à-dire Kether,
la Providence (2). Cependant les Kabbalistes avec
Aboulafia ou Knorr de Rosenroth font générale
ment correspondre Kether au Père, Hochmah au Fils
et Binah au Paraclet. Cette correspondance a pour
elle l’autorité de la tradition, mais nous pensons qu’il
est illogique de rapprocher ainsi une Sephirah active
et positive comme Hochmah d’une personne passive
comme le Fils, d’identifier une Sephirah passive et
féminine comme Binah avec le Saint-Esprit neutre
et enfin de comparer une Sephirah neutre, androgyne et
équilibrée comme Kether — laquelle apparaît comme

(1) Cf. Ad. Franck : La Kabbale, 2e édit., Paris, 1892,


p. 140-141.
(2) Les trois Termes : Intention, Volonté et Parole sont
rapportés par Martinez de Pasqually aux nombres 1, 2
et 3 et considérés comme les agents de toute création (Traité
de la Réintégration, Paris, 1898, p. 56-59).
une résultante — au Père qui est la source primordiale
et positive de toute la Trinité. Dans l’esprit de la Kabbale
les trois Sephiroth supérieurs seraient les attributs
relatifs de Dieu (les 3 personnes de la Trinité), tandis
que les autres en seraient les attributs absolus (ses per
fections en tant que Dieu un). Quoi qu’il en soit de cette
correspondance kabbalistique, le Paraclet représente
pour les Chrétiens la Volonté réalisant la Conception
(cause exemplaire) et mue par la cause finale. Le Père
est l’unité radicale et le Saint-Esprit l’unité finale.
Dans le Père, les trois sont un ; dans le Saint-Esprit,
les trois sont unis. Quand l’Intention (le Père) se porte
sur l’Idée, eüe engendre le Verbe et la substance com
mune de l’Intention et de l’Idée constitue le Saint-Esprit,
c’est-à-dire l’Intelligence divine en action, l’équilibre
et l’harmonie (1). Le Saint-Esprit est comme la tierce en
musique, qui produit l’harmonie (2). On comprend ainsi
pourquoi il est dit dans l’Évangile : « Je suis la Voie
(cause efficiente), la Vérité (cause exemplaire), la Vie
cause finale). »
Cette façon d’envisager la Trinité peut s’appliquer
à toute notion de Ternaire,puisqu’elle est la correspon
dance la plus adéquate du Ternaire archétype. Jam-
blique reconnaît sur cette base trois principes univer
sels, le premier simple, « un », indivisible ; le deuxième,
principe de vie et producteur ; le troisième, créateur
proprement dit ou Démiurge ; de cette trinité, il fait
procéder une hiérarchie de triades métaphysiques.
Les trois aspects du Logos dans l’enseignement théo-
sophique rentrent dans la même conception générale.

(1) LEàDBEATER : Le Credo chrétien, .p. 34.


(2) L. Lucas : La Chimie nouvelle, Paris, 1854.
«
Le premier, dit H.-P. Blavatsky, est l’impersonnel,
et, en philosophie, le Non-manifesté ; c’est la cause pre
mière, l’« Inconscient » des Panthéistes européens (i) ».
«
C’est la source de l’Être, dit A. Besant. De lui pro
cède le deuxième Logos, manifestant un double aspect :
Vie et Forme, principe de la Dualité. — Ce sont les
deux pôles de la Nature entre lesquels sera tissée la
trame de l’Univers : vie-forme, esprit-matière, posi
tif-négatif, actif-réceptif, Père-Mère des mondes (2). »
«
Enfin, le troisième Logos, intelligence universelle
en qui existe l’archétype de toutes choses, source des
êtres, fontaine des énergies formatrices, trésor où sont
entassées toutes les formes idéales qui vont être mani
festées et élaborées dans la matière des plans infé
rieurs pendant l’évolution de l’Univers. » C’est, dit
H.-P. Blavatsky, « l’Idéation cosmique, Mahat ou
intelligence, l’Ame universelle du monde, le Noumène
cosmique de la matière, la base des opérations intelli
gentes de la Nature (3). »
Du triple Logos émanent trois vagues de vie. Dans la
première, le troisième Logos agit comme activité créa
trice préparant le monde matériel et les atomes ; dans
la deuxième, le deuxième Logos élabore les formes et les
maintient en permanence ; dans la troisième, le pre
mier Logos apporte l’individualisation. Ceci rappelle
les paroles de Jérémie : « Je l’ai créé, formé et fait ».
Comparant les trois membres de la Trinité chrétienne
aux trois Logos théosophiques, J. Brieu caractérise le
premier par la puissance, la volonté ; le deuxième par

(1) H.-P. Beavatsky : Doctrine secrète, 2e édit., t. I,


P- 54-
(2) A. Besant : La Sagesse antique, Paris, 1918, in-i8
t
p. 68-70.
(3) H.-P. Beavatsky : Loco cit.
le nom, le verbe ; le troisième par la forme (i). Le Ter
naire représente l’organisation idéale.
En analysant, par analogie avec la Trinité, différents
points de vue particuliers, on trouve des correspondances
dans le genre de celles-ci : Volonté-Raison-Force —
ou Matière-Agent-Fin — ou Volonté Conscience-Accord,
— aspects sous lesquels Jacob Boehme conçoit la
Trinité. C’est encore Force-Efïet-Suite — ou Désir-Vou
loir-Accomplissement — ou Puissance-Opération-Con
séquence — ou Toute-puissance-Possibilité-Réalité—ou
Sagesse-Vérité-Amour— ou Poids-Nombre-Mesure (2)
d’où les trois mots du festin de Balthazar : Mane
— Thécel — Pharès (pesé, compté, divisé). Ces trois
aspects de la Trinité appellent comme un reflet négatif
les trois vertus théologales des Chrétiens auxquelles
correspondent d’une certaine manière les trois ordres
de Bienheureux Martyrs (foi), Innocents (espérance).
:

Confesseurs (charité).
Ce n’est pas le seul reflet du créateur dans le micro
cosme. De tout temps l’homme, se considérant comme
créé à l’image de Dieu, a cherché en lui-même une tri
ple nature. Presque tous les peuples, comparant l’homme
éveillé, l’homme endormi et le cadavre, distinguent
dans la nature humaine trois principes : principe
spirituel, principe vital et corps matériel. Cette dis
tinction qui suscita encore dans les temps modernes des
théories célèbres comme celle des médecins vitalistes
mettant à part, avec Stahl et Barthez, l’âme pen
sante et le principe de vie,— se retrouve partout ; elle
s’exprime chez les Latins par les trois termes : spiritus
(ou mens, manas), anima et corpus ; chez les Grecs par

(1) J. BRIEU : La Forme, Paris, 1909.


(2) EckarTSHAUSEN : Zahlenlehre der Natur, Leipzig, 1794.
Noü;,Vux.^-s> fJia ; chez les Hébreux par^Rouach, Nephes,
Bassar. De là la distinction qu’établit l’occultisme occi
dental entre les mondes : physique, astral, spirituel
(ou moral) et qui correspond aux trois upadhis de la
philosophie indienne, (régions physique, psychique et
spirituelle, ou plus exactement, plan physico-astral,
sthûlopadki, plan mental, suksmopadhi, et plan manaso-
bouddhique, karanopadhi.).L,e gnostique Valentin dé
crivait l’homme hylique(matériel et périssable), l’homme
psychique (pouvant s’abaisser avec l’hylique et se
perdre, ou bien se sauvef en s’élevant •'vers le principe
supérieur) et l’homme pneumatique (parfait, élu dès
le principe et assuré de son salut).
Le Ternaire devait se retrouver non seulement dans
les véhicules de l’homme incarné, * mais surtout dans
sa partie spirituelle, immatérielle. Les Kabbalistes,
mettant à part le corps matériel, ont voulu distinguer
un ternaire dans l’âme humaine. — A Nephes (âme
animale) et à Rouach (âme pensante), ils ont ajouté
pour l'élite des hommes un troisième principe, Nesha-
mah, l’âme spirituelle, et ils ont, dans le Zohar, décrit
trois degrés à la création : i° le monde de Nephes,
dans lequel les créatures s’éloignent de leur source, car-
ractérisé par le règne du Père, de la Puissance, de la
Justice (dogme de la chute); 2° le monde de Rouach,

caractérisé par la lutte entre le Bien et le Mal, corres
pondant au règne du Fils (incarnation et rédemption);

3° le monde de Neshamah où triomphe le Bien, corres
pondant au règne de l’Esprit-Saint (transfiguration,
résurrection).
L’ésotérisme indien divise la partie permanente de
l'être humain, le Jivatma,en trois principes: Atma, Bud-
dhi, Manas. Les Perses reconnaissaient trois principes
dans l’âme responsable : principe de la sensation, prin-
cipe de l’intelligence et principe du jugement (i).
Aristote et Albert le Grand parlent de trois espèces
d’âmes : végétative, sensitive, intellectuelle, qu’on a
voulu localiser respectivement dans l’abdomen, dans le
thorax (cœur) et dans la tête (2). Galien et saint
JÉROME distinguent l’âme raisonnable (-.'0 Xo-j-txôv), iras
cible (-0 Oujjl'.xôv) et concupiscible ("ô è7uO'j|X7]Ttxôv).
La même idée se retrouve chez les Quichuas de
l’Argentine, peut-être comme yin reste de la tradition
atlantéenne. Ceux-ci attribuent à chaque homme
plusieurs âmes, ordinairement trois : celle du cœur,
celle de la tête et celle des bras,c’est-à-dire celle qui aime,
celle qui pense, celle qui travaille (3).
Il était plus aisé de trouver, dans le principe pensant
de l’homme, le reflet ternaire des trois causes de l’Ar
chétype. Kant reconnaît trois fonctions intellectuelles
qui constituent tout le mécanisme de la connaissance
humaine la sensibilité qui perçoit les choses, l’entende
:

ment qui saisit leurs rapports pour juger, et la raison


qui consiste à lier les jugements en vue du raisonnement.
D’autres distinguent mémoire, entendement, volonté.
:

Nous avons vu comment le Ternaire, en tant que dé


veloppement d’une abstraction, apparaît comme une
loi générale de notre entendement ; ainsi, pour nous,
toute définition est constituée de trois termes ce qui :

“constitue (substance), ce qui distingue (forme), ce qui


coordonne.
Dans la Nature, le Ternaire apparaît comme la con-

(1) AnquETIL-DupERRON : Mém. de l'Acad, des Inscript.,


t. XXXVIII.
(2) Cf. PapuS : Traité élémentaire de Magie pratique, Paris,
1893, in-8.
(3) D r GlRGOlS : L'Occulte chez les Aborigènes de l'Amérique
d<u Sud, Paris, 1807.
dition de toute existence et de toute manifestation.
Toute créature est un être renfermant une forme
spécifique et présentant un certain ordre. Aristote dit
que, pour devenir objectif, un corps naturel a besoin
de trois principes : « privation », forme et matière, de
sorte que toute manifestation est triple ; et il reconnaît
que le Ternaire est une loi selon laquelle toutes choses
sont disposées. Entre la Forme et la Matière on peut
philosophiquement considérer, avec Leibniz, la force
comme agent intermédiaire (i). Il y a trois propriétés
essentielles de la matière pesanteur, affinité, cohésion.
:

Il y a trois principes fondamentaux en mécanique :


l’inertie, le mouvement composé et l’équilibre (D’Alem-
bert) ; trois espèces de mouvement : constant, accéléré,
retardé ; trois éléments en Géométrie la ligne, la surface,
:

le volume, correspondant aux trois dimensions de


l’espace dans lesquelles nous évoluons (l’Occultisme
enseigne que le monde infernal n’en comporterait que
deux et le monde astral en posséderait quatre). Il y a
trois espèces de nombres en Arithmétique : nombres
entiers, nombres fractionnaires, et fractions. La lumière
se décompose en trois couleurs fondamentales : le
rouge, surtout doué de pouvoir calorique, le bleu,
plus proprement électrique ou chimique, et le jaune,
surtout lumineux. Lacuria fait un parallèle intéres
sant entre ces trois couleurs fondamentales et les trois
aspects de la Trinité divine. Parmi les sons, trois notes
de la gamme : ut, mi, sol, donnent un accord parfait.
Il faut trois côtés pour former la, figure polyédrique la
plus simple, le triangle. Il faut au moins trois points
d’appui pour assurer un équilibre stable. Il y a trois
parties essentielles du discouis : le substantif, le verbe»

(i) Boutroux : Leibniz, Paris, 1881, p. 38.


l’adjectif, et, dans la langue hébraïque, le nom, le
verbe et la relation (Fabre d’Olivet). La première
différenciation embryologique est le clivage en trois
feuillets : endoderme, mésoderme, ectoderme. Burdach
dans son livre Blick in's Leben a cherché à montrer le
Ternaire dans les détails de la physiologie, d'autres
dans l’Histoire et la Politique (i). .
Ce sont les trois principes des Alchimistes qui reflè
tent le plus parfaitement la Trinité-archétype sur le
plan naturel. Les Alchimistes ont individualisé par abs
traction, d’une part la qualité mâle par excellence :
l’énergie, l’expansion ; d'autre part, la qualité essentiel
lement femelle de passivité, de plasticité, de malléabilité,
de « transformabilité » ; en troisième lieu la qualité de
stabilité, de fixité, de persistance. Ils ont considéré
que ce premier principe répondait à la qualité chaude
des Eléments, laquelle se trouve exaltée dans le Feu, et
ils l’ont appelé quelquefofs « Feu inné » ; mais, pensant
qu’il conférait aux corps naturels toutes leurs propriétés
énergétiques, qu’il les rendait notamment capables de
brûler, ils l'ont surtout désigné pour faire image, par le
nom symbolique de Soufre (2), le soufre étant parmi les
corps connus d’eux un de ceux qui brûlaient le plus
facilement et avec le moins de résidus. Leur deuxième
principe répondait à la qualité humide, laquelle se trouve
exaltée dans l’élément Eau et ils l’ont appelé « Humide
radical » ou Mercure, parce que le Mercure, métal
liquide malgré sa forte densité, leur paraissait réaliser
au maximum cette qualité de malléabilité, de plasticité.
Ils ont enfin appelé leur troisième principe Sel, ayant en
(1) J.-F. RiEDERER : Die bedenkliche und geheimnus reiche
Zahl Drey... Francf., 1732, in-8.
(2) Cf. Colonne : Abrégé de la doct. de Paracelse et de ses
Archidoxes, Paris, 1724, in-12, p. xn.
vue la fixité chimique de certains oxydes ou sels mé
talliques ; ce dernier est « le nœud des corporifications » ;
sans lui, l’énergie du Soufre consumerait le corps, ou
bien la plasticité du Mercure le ferait constamment
changer d’aspect et de propriété ; il est le lien entre ces
deux principes. Dans la Summa perfectionis, attri
buée à GÉber, il est appelé Arsenic.
Les trois principes alchimiques correspondent aux
trois éléments primordiaux du Sepher Yésirah : le Feu,
élément surtout chaud, l'Eau, élément surtout humide,
et l’Air, participant de ces deux qualités. Ils corres
pondent assez bien aux trois qualités des Indiens :
Activité (Rajas), Inertie (Tamas) et Harmonie (Sattwa).
Pour Morin de Villefranche, le soufre représentait
la Forme et le Mercure la Matière. — Les trois principes
représentaient encore l’Ame, l’Esprit et le Corps (i).
Il est facile de voir l’analogie du Soufre avec la cause
finale, celle du Mercure avec la Cause exemplaire, la
forme idéale, et celle du Sel avec la cause efficiente,
Saint-Esprit ou Troisième Logos, base des opérations
naturelles.
Les Alchimistes avaient établi tout un système médi
cal sur ce principe (2), le Soufre représentant les phé
nomènes de catabolisme, produisant la fièvre, les phé
nomènes sthéniques, l’excitation, les spasmes ; le
Mercure représentant les phénomènes d’anabolisme et
de circulation, produisant congestions, épanchements,
catarrhes, sécrétions ; enfin le Sel représentant les
phénomènes de défense, de conservation et produisant
la sclérose et les lithiases. Nous avons montré l’analogie
de cette théorie avec certains systèmes médicaux mo-

(1) Haatan : Contrib. à l'étude de l’Alchimie, Paris, p. 127.


(2) D r ALLENDY : L'Alchimie et la Médecine. Thèse, Paris,
1912, p. 108-109.
demes, notamment avec les trois constitutions de
Grauvogl (i). D’une manière générale, le Soufre repré
sente les influences internes, le Mercure les influences
externes et le Sel la substance sur laquelle s’exercent ces
influences (2).
Au point de vue physique, la théorie des trois prin
cipes a pu inspirer aux Cartésiens leurs trois sortes
d’éléments : subtil, grossier et intermédiaire. Elle a
surtout inspiré la doctrine de Joachim Becher (terres
mercurielle, nitreuse et combustible) et de G.-E. Stahl
(Phlogistique, Terre mercurielle, Terre vitrifiable) ;
celle-ci a donné lieu aux polémiques célèbres du Phlo
gistique, illustrées par LamethéRIE, Priesley, Caven-
dish, Kirwan, Lavoisier, Monge, Laplace, etc. On a
voulu voir dans les trois principes un constituant concret
des corps matériels, et on les a rejettés parce que
c’était insoutenable; mais, pour l’Occultiste, les trois
principes demeurent vrais dans leur acception pri
mitive 7 ils sont la synthèse idéale et abstraite des diver
ses sortes de propriétés des corps et se montrent comme
les derniers reflets de l’Archétype sur le plan le plus
inférieur du Cosmos.
*
* *

Ainsi envisagé sous les formes les plus diverses, selon


les temps et les pays, le Ternaire a été représenté sym
boliquement de différentes manières (3).

(1) D r AlLENDY: Les trois Principes en médecine alchimique


jn Annales de l'hérapeutique Scientifique, Paris, juillet 1914.
(2) O. WlRTH : L'Imposition des mains et la Médecine
philosophale, Paris, 1897, p. 151.
(3) Fax : Des Nombres mystérieux, et en particulier du
nombre 3, Paris, 1850. Cl. DE Saint-Martin: Des Erreurs et de
la Vérité, in-8, Édimbourg, 1782.
On dit que Trois est un nombre triangulaire, parce que
trois points disposés au hasard forment naturellement
triangle et ne peuvent former qu’un triangle (la ligne
un
droite n’est pas une figure) (i). Aussi le triangle con-
stitue-t-il le symbole capital du Ternaire. Avec ses trois
côtés, ses trois sommets, ses trois angles, ses trois média
nes, ses trois bissectrices, il est la première figure par
faite et le polyèdre le plus simple, exprimant ainsi la
première manifestation. J. Brieu (2) montre que le
Premier Logos ou la Première Personne de toute Trinité
divine — être premier dont sont issus tous les êtres et
tous les mondes — peut être représenté par un point,
élément primordial de toutes les figures. Le deuxième
Logos peut être représenté par une ligne qui divise et
sépare, et le troisième Logos, qui coordonne les principes
opposés, peut être représenté par l’angle qui réunit
deux droites et qui a le point pour sommet. Ces trois
éléments géométriques « semblent toucher à l’infini par
un côté et au fini par l’autre : le point, c’est l’infiniment
petit exclusivement ; la ligne est infinie en longueur
seulement et l’angle enclôt entre ses côtés une portion
illimitée de l’espace infini... avec eux commence le
relatif ». Ces trois éléments sont précisément réunis
dans le triangle.
Contenant la droite, l’angle et la surface, le triangle
est pour ainsi dire une synthèse de la géométrie. Il a
encore cette propriété très remarquable que par ses
trois sommets on peut toujours faire passer un cercle
et un seul, ce qui exprime bien les relations du Ternaire
avec l’Unité. Kepler avait cherché d’une manière
différente à montrer les rapports du cercle et du Ternaire.

(1) AlfÉGAS : Les Clefs de la Mathèse, Voile d’Isis, 1914.


(2) J. Brieu : La Forme, Paris, 1909.
Dans un chapitre intitulé : «DeadumbrationeTrinitatis in
sphœrico », il soutient que le cercle est un symbole de
la Trinité et il attribue le centre au Père, la circonférence
au Verbe et le rayon au Saint-Esprit (i). D'un autre
côté, Eacuria fait remarquer que le triangle contient
le cône vu de profil, qu'il est capable d'engendrer le cône
en tournant sur lui-même, c’est-à-dire en se développant.
Or, le cône est une forme tout à fait remarquable au
point de vue symbolique, puisqu’elle contient le point,
la ligne, le cercle, la surface et le volume, et puisqu’elle
est capable d’engendrer, par ses sections, le cercle,
l’ellipse, la parabole et l’hyperbole (2). Eckartshausen
signale cette singulière propriété du triangle : si l’on
met aux trois angles des nombres quelconques, et qu’on
fasse leur somme deux par deux, en inscrivant celle-ci
sur le milieu du côté qui relie les angles correspondants,
on compte que chaque nombre angulaire additionné
avec la somme des deux autres (à laquelle aboutit la
bissectrice) donne le même total. Le triangle a donc une
grande valeur symbolique dans le sens harmonique du
Ternaire (3). L’Astrologie donne à cette vue de l’-esprit
une confirmation objective en montrant que les aspects
dérivés du triangle (trigone, sextile, semi-sextile,
quincunx) sont producteurs, féconds et favorables,
contrairement aux aspects dérivés de l’opposition
(binaire) ou du carré.
On trouve le triangle avec une acception symbolique
dans presque toutes les civilisations. Dans l’écriture

(1) KÉPLER :Prologus dissertationum cosmographicarum,


in-4 0 Tubingae, 1596, et Francofurti, 1621, in-fol.
,
(2) Lacuria : Les Harmonies de l’être exprimées par les
nombres, Paris, 1899, 2 vol.
(3) G. Oliver : Pythagorean Triangle, London, 1875,
in-8.
chinoise, le triangle équilatéral est une figure qui signi
fie la réunion, l’harmonie, le bien suprême de l’homme.
«
Par lui, dit Stolberg, les trois Tsaï (principes de Tao)
réunis, agissent en commun, créant et conservant. »
En Egypte, nous voyons la forme triangulaire ins
pirer des symboles de premier ordre comme les pyra
mides qui non seulement présentent des faces triangulai
res, mais qui sont encore au nombre de trois principales
sur la terre du Nil : Cheops, Chefren et Mykérinos.
Chez les Grecs, nous avons vu que Xénocrate compa
rait la divinité un triangle équilatéral. Chez les Juifs,
à
le triangle entourait le tétragramme comme pour
indiquer la trinité contenue en IÉvÉ, trinité expliquée
ésotériquement par les trois premières lettres du nom
divin et exotériquement par la triple sainteté de Dieu (1).
On retrouve le triangle moïsiaque dans beaucoup d’églises
chrétiennes, mais il a passé au second plan depuis que
la croix est devenue le symbole fondamental des chré
tiens. La croix peut bien, dans une certaine mesure,
exprimer le Ternaire en présentant entre ses deux bran
ches, un point de croisement qui constitue leur rela
tion, leur troisième terme, mais il est ici réduit au mini
mum, au lieu de se montrer égal aux deux autres comme
dans le triangle. Aussi, la croix n’est-elle considérée
comme un symbole ternaire que très accessoirement.
Quoi qu’il en soit, le triangle était en honneur chez les
Chrétiens au début du moyen âge ; ainsi l’abbaye du
Centule ou de Saint-Riquier fut construite en forme
de triangle par Angilbert, l’un des compagnons de
Charlemagne et la forme triangulaire s’y répétait
dans une foule de détails (2).

(1) Cf. Isaïe, VI- 3


.
(2) Alph. DanTïER : Descript. et Hist. de la Cathédr. de
Noyon, in-8, 1844, t. I, p. 9-10.
Le triangle est devenu l’équerre des Francs-Maçons
et il a repris chez eux la place capitale qu’il avait fini
par perdre dans la symbolique chrétienne. Les trois
points maç. sont un rappel des trois iods qui dési
gnaient Dieu chez les Juifs, le premier correspondant au
temps étemel (présent, passé, futur) et au Père de la
Trinité, le second à l’espace (longitude et latitude) et à la
croix du Fils ; le troisième à
la matière (mouvement et per
fection) et à l’Ame du monde
ou Saint-Esprit (i).—-Certains
auteurs ont montré dans le
Soleil une manifestation de la
Trinité divine (2).
On a pu chercher un
Fig. /V.- Les trois lods. symbole Ternaire dans la fleur
de lis qui, comme toutes les
fleurs des monocotylédones, est construite sur le type
ternaire. Lacuria voit dans cette particularité un
exemple des relations unissant l'Unité à la Trinité.
L’ange, dans la scène de l’Annonciation, est représenté
avec une fleur de lis, de même que saint Joseph.
On a remarqué également la constitution ternaire
du corps humain. Ce dernier, vu dans son ensemble,
présente trois parties : tête, tronc et bras, puis jambes ;
la tête comprend à son tour trois étages frontal, nasal,
:

buccal ; le tronc peut se diviser en thorax, abdomen,


petit bassin ; les jambes en trois segments principaux :
cuisse, jambe, pied. — Dans la tête, l’étage frontal se
subdivise à son tour en trois autres étages limités par
la selle turcique et les deux rochers ; les fosses nasales

(1) LENAIN : La Science cabalistique, Amiens, 1823.


(2) Bongo (R.-D.-P.) : Mystioae numerorum significationi s
liber, Bergonis, 1585, 2 tomes, in-fol.
comprenant naturellement trois régions bien diffé
rentes : antérieure, moyenne, postérieure ; le thorax se
divise en côté droit, côté gauche, médiastin. Habituelle
ment, on distingue les trois centres principaux : céphalique,
thoracique, abdominal, correspondant à l'âme raisonna
ble, l’âme animale et Pâme végétative ; chacun de ces
centres a un membre correspondant (mâchoire, bras,
jambe) ; chaque membre présente trois segments
apparents et les extrémités des membres principaux
se divisent en trois parties (carpe, métacarpe, phalan
ges ou tarse, métatarse, phalanges) ; les doigts ou or
teils eux-mêmes comprennent trois articulations, etc.,
etc. Tout ceci ne signifie pas grand’chose, sauf peut-être
la distinction des trois centres.
Il est plus intéressant de rechercher le Ternaire dans
la Mythologie ou la Philosophie des peuples.
Chez les Indiens, on peut mentionner les trois upadhis,
ou encore les trois mondes : terre, atmosphère et ciel :
Bhou, Bhouvah, Svahah, les trois lettres sacrées A, U, M,
formant la syllabe sacrée « une et indivisible », les trois
joyaux de la littérature bouddhique Bouddah, Dharma,
:

Samgha (le Bouddah, la Toi, l’Assemblée) regardés par


les Bouddhistes chinois comme une unité trine (1), les
trois gunas ou qualités de la nature agissante : la Vérité,
l’Instinct, l’Obscurité (2). Ces trois qualités méritent
une mention particulière en raison de la richesse de leurs
correspondances : ce sont, par exemple, les trois sources
de connaissance admises par la Philosophie Sankhya :
témoignage, induction, perception, qui marquent comme
trois degrés de la connaissance et trois étapes de l’évo
lution.
(1) Cf. Rémus AT : Obser. s. qq. points de la Doctrine Sama-
néenne, Nouv. journal asiat., 1831.
(2) Cf. Bhagavada-Gita, XIV, 1 à 20.
t>6 I,E SYMBOLISME DES NOMBRES

Dans la vieille religion celtique, ce sont les trois cycles


del’âme : Anouf (cycle matériel),Abred (cycle d’expiation)
et Gwynfid (cycle de félicité) (i). Dans le Druidisme, le
Ternaire est représenté par les triades de Men’hirs ou
mieux par les dolmens qui constituent le binaire des deux
colonnes complété en ternaire par le plateau horizontal.
Chez les Juifs on trouve les trois temps : de la Nature, de
la Loi et de la Grâce ; ce sont les trois degrés de la créa
tion selon le Zohar : âge de Nephes, âge de Rouach,
âge de Neshamah. A ces trois degrés correspondent les
trois grades de l’initiation juive : Nazir, Rabbi et Nabi.
Le Sepher Yesirah rapporte Nephes, Rouach et Nes
hamah aux trois éléments primordiaux : l'Hau blanche,
l’Air bleu, le Feu rouge et aux trois lettres c, grave
tombante, n, léger, intermédiaire et tz? sifïlante, mon
tante, lesquelles correspondent encore à l’Ecriture, au
Nombre, à la Parole, les trois formes d’expression divine.
Papus rapproche ces trois lettres de la syllabe sacrée
des Indiens ACM (2).
On trouve des allusions au Ternaire dans beaucoup
de passages des Ecritures. Les trois temps correspondent
à la trilogie de la Création, du Déluge et de la Rédemp
tion, montrant les trois principes traditionnels : créateur,
destructeur et conservateur, en action dans la nature.
Puis ce sont au hasard : les trois fils de Noé (3) ;
les trois amis de Job (4) ; les trois justes d’Ezéchiel (5)
les trois compagnons de Daniel (6) ; les trois villes de

(1) E. Bosc : Bclisama ou l'Occultisme celtique, Paris, p. s. d.


in-18 jésus.
(2) ^Papus : La Cabbale, Paris, 1903, p. 155.
lfi)jGen., VI-10.
(4) Job., ii-ii.
(5) Ezechiel, XIV-14.
(6) Dan., in-23,
refuge (i) ; les trois ans de famine et les trois jours de
peste sous David (2) ; les trois jours de chemin à faire
dans le désert pour les Hébreux (3) ; les trois jours de
jeûne de Sara (4) et des juifs de Suse (5) ; les trois se
maines de deuil de Daniel (6) ; les trois reniements de
saint Pierre (7) ; les trois témoins terrestres (8) ;
les trois jours de Jonas dans la baleine,etc... Dans l'ordre
des choses saintes, ce sont les trois anges qui apparurent
à Abraham, qui n’en adore qu’un (9) ; les trois pèleri
nages annuels à Jérusalem (10); les trois prières quo
tidiennes de Daniel (11) ; les trois jours passés par Jésus
au sépulcre (12) ;la triple vision de saint Pierre (13),
etc.
*
* *

Chez les Perses mazdéens, trois Yasatas sont préposés


au jugement des morts : Mithra représentant la lumière,
Craosha, la tradition et Rashnu, la justice. — De
paradis de l’Avesta est divisé en trois régions : Humata,
région des bonnes pensées, Hukhta, région des bonnes
paroles, et Huvarishta, région des bonnes actions.
Chez les Grecs nous retrouvons les trois degrés dans

(1) Deuter., XIX-2.


(2) IIReg., xxi-1 et xxiv-18.
(3) Exod., 111-18. xv-22.
(4) Tob., iii-io.
(5) Esth., IV-16.
(6) Dan., x-2.
(7) Matth., xxvi-34.
(8) IJoa., v-8.
(9) Gen., xvill-2.
(10) Exod., XXXiv-23.
(11) Dan., VI-10.
(12) Matth., xxvil-63.
(13) Act., X-16.
l’initiation orphique. Il y trois grâces: Aglaé, Euphro-
a
syne et Thalie ; trois vertus accompagnant Vénus :
les Jeux, les Grâces et les Ris ; trois juges aux enfers :
Minos, Aeaque et Rhadamante ; trois Furies : Alecto,
Mégère, Tésiphone ; trois Parques : Clotho qui prési
dait à la naissance, Léchésis qui filait les événements de
la vie, et Atropos qui coupait le fil de l’existence. Elles
sont comparables aux trois Normes qui filaient la des
tinée des hommes dans la mythologie Scandinave. Trois
Harpies ; trois sœurs Gorgones : Méduse, Euryale et
Sthéno ; trois têtes de Cerbère ; trois Euménides ; la
triple Hécate, Perséphone aux trois formes, Diane au
triple visage. On peut encore citer les trois fêtes agraires,
les trois ordres d’architecture : dorique, ionique et co
rinthien, etc., etc.
Chez les Latins, le nombre trois joue un grand rôle
dans les cérémonies de tout genre, religieuses ou magi
ques. — Virgile, Ovide, notamment, donnent des
détails à cesujet ; Pline cite l’habitude qu’avaient les
anciens, pour remédier à toutes sortes de maux de cra
cher trois fois à terre.
Le Ternaire a conservé son importance dans la litur
gie et dans l’art chrétien. C’est, par exemple, la division
des cathédrales en nef, chœur et sanctuaire ou leur
triple portail. — L’église de Paray-le-Monial est un
exemple typique de cette architecture ternaire (i).
Huysmans traite longuement de ce symbolisme des
cathédrales (2) ; il voit également un symbole ternaire
dans le cierge avec sa cire, sa mèche et sa flamme.
Les Hermétistes ont donné au Ternaire une interpré
tation remarquable sous la forme des trois principes,
(1) MASON NEalE et WEBB : Du Symbolisme dans les
Eglises du Moyen Age, traduit par M. V. O., Tours,*1847.
(2) Huysmans : La Cathédrale, Paris, 1898.
et à une époque où il n’aurait pas fallu risquer des inter
prétations sur le mystère de la Trinité divine. — Au
point de vue kabbalistique,le nombre 3 se présente comme
l'addition de l’unité au binaire et exprime les rapports
de l’Etre absolu au Non-Être, de l’Infini au Fini, et
constitue, par suite, le nombre de la manifestation idéale.
A côté des trois principes alchimiques, il faut mentionner
le ternaire astrologique formé par le Soleil, la Lune et
Mercure, qui sont relativement : le premier, la raison,
le deuxième, l’imagination et le troisième, l’intelligence,
l’adaptation. Ce ternaire astrologique peut, dans beau
coup d’applications, être comparé à la Trinité divine.
L’Astrologie présente encore la division ternaire des
Décans, des Triplicites, des Signes (Mobiles, Fixes, Com
muns) et des Maisons (cardinales, succédentes, cadentes).
La Maçonnerie a conservé les trois premiers degrés ini
tiatiques : apprentissage compagnonnage et maîtrise
correspondant aux trois degrés du Temple (et signifiant :
Nature-Pensée-Vérité — ou encore travail-étude-sa
gesse (1).
Kabbalistiquement, le Ternaire est représenté par
la lettre : dont la forme rappelle l’arbre qui laisse
tomber son fruit mûr. « C’est l’Intelligence de toutes les
lucidités de la Raison suprême qui connaît les alterna
tives réciproques des mirages entre la lumière active
et la lumière passive (2) ».
Fabre d’Olivet fait remarquer que le mot hébraïque
signifiant trois se retrouve dans beaucoup de mots
composés avec le sens de : paix, salut, perfection, lu
mière étemelle.

(1) Cf. O. WlRTH : Les Epreuves initiatiques, Voile d’Isis,


I 9 I 4-
(2) Charrot : La Rose-Croix Pentagrammatique. Voile
d’Isis, août 1914.
Le troisième arcane du Tarot est l’Impératrice et
représente le Rapport ; c’est le point de comparaison
nécessaire trouvé entre les deux termes de celui-ci. —
O. Wirth fait remarquer les rapports de l’Impératrice
du Tarot avec le hiéroglyphe de Mercure renversé ($ )
et avec la vierge ailée de l’Apocalypse (i)

(i) O. Wirth : Le Symbolisme hermétique, Paris, 1919.


CHAPITRE IV

LE QUATERNAIRE

La nature — Les cycles révolutiîs


/
Quaternarius propter quatuor tempora, temporalia
«
désignât, quoniam aonus et mundus quatuor partibus
distinguuntur. »
(Hugo a Sancto Victobio. Exegel. in Sacra
Scripi., xvi.)

Si le Ternaire nous révèle l’acte créateur dans son


essence, le nombre pair qui lui fait suite doit logique
ment en montrer le résultat. Ce serait, comme dit Ma-
drolle, « le Ternaire en action et dans son objet (i) ».
Quatre est le premier nombre carré (après l'unité) ;
il procède de la racine binaire, et tandis que celle-ci
symbolise l’antithèse la plus générale, c’est-à-dire le
Non-Être, 4 nous montre, comme double binaire, une
limitation nouvelle de ce Non-Être ; si 2 est l'idée de
Non-Être, 4 est l'aspect négatif de cette idée, c’est-à-
dire la forme (par opposition à l’essence) de l’idée de
Non-Être, la forme du monde créé. Cette forme con
stitue une limitation, donc une caractéristique d’ordre
statique, et ceci est exprimé par le fait que le nombre
4 est pair, contenant une double opposition nécessai-

(1) Ant. Madroite :


Le Voile levé sur le système du Monde
Paris, 1842, in-8.
72 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

rement irréductible et permanente. C’est le champ tracé


par l’acte créateur, c’est, le cadre qui en résulte, la
forme qui va en enfermer les productions, mais ce n’est
pas encore les êtres et les choses objectives, lesquels
représentent une force en action, une production tran
sitoire, une manifestation dynamique. Or, ce moule
de la création n’est autre que ce que nous appelons la
Nature. — Comme le dit fort bien Buffon, « la Nature
n’est pas une chose, car cette chose serait tout ; la
Nature n'est pas un être, car cet être serait Dieu,
mais on peut la considérer comme une puissance vive,
immense, qui embrasse tout, qui anime tout... Cette
puissance est, de la puissance divine, la partie qui se
manifeste (i) ». Le nombre 4 représente la forme ou les
tendances de cette puissance.
L’idée de Non-Être est la première limitation
de l'Absolu ; la forme de l’idée de Non-Être en est la
seconde limitation. A ce titre, la Nature ne constitue
pas un simple principe abstrait, mais plutôt une com
binaison de principes. Tandis que tout principe ne ré
pond qu’à un seul point de vue et peut se développer
en un aspect positif, un aspect négatif et un aspect
intermédiaire, la Nature dans ses manifestations peut
être envisagée à de nombreux points de vue ; elle peut
répondre à une infinité de concepts différents, mais le
nombre de ceux-ci décroît nécessairement à mesure
qu’ils deviennent plus généraux, de telle sorte qu’ils
peuvent être ramenés à la pluralité la plus simple, à la
dualité. — Un minimum de deux concepts peut ainsi
enfermer la Nature dans son essence, répondant à la
double limitation qu’elle réalise. Ceux-ci varient leur

(1) Buffon :Vue de la Nature. Œuvres. Édit. Flourens,


Paris, 1852, 12 vol. in-8, t. III, p. 204.
forme spéciale selon la manifestation naturelle consi
dérée, mais leur acception la plus générale est celle du
temps et de l’espace. D’une part, on peut affirmer que
cette double limitation enferme la Nature entière ; d’au
tre part, il est évident que ni le temps ni l’espace ne
sauraient exister en dehors d’elle. La Nature est comme
un plan dessiné sur deux dimensions et quatre directions.
Assurément la Nature, dans son essence, ne peut
être connue directement de nous ; nous n’en saisissons
que les manifestations objectives qui ont pour carac
tère d’être dynamiqueset transitoires,et,dans ce domaine
objectif, la forme particulière des deux concepts fon
damentaux revêt des aspects variés ; ainsi le mouve
ment d’un astre dans le ciel ou la propagation d’un
mouvement vibratoire sont bien enfermés dans le
Temps et l’Espace, mais au point de vue des contingen
ces physiques, nous sommes amenés à compliquer ces
notions de relativités diverses et à les transformer,
par exemple, en Qualité et Quantité. La Qualité, ici,
c’est par exemple la vitesse ou la fréquence, et la Quan
tité, c’est la masse ou l’amplitude. Ailleurs, ce seraient
les acceptions d’Energie et de Matière, d’Accéléra
tion et de Temps, de Hauteur et de Poids, de Tempé
rature et de Volume, de Pression et de Surface, d’inten
sité et de Résistance, etc., mais toujours la dualité des
concepts fondamentaux apparaît à la base de toutes
les manifestations naturelles simples, accessibles à
notre analyse. Une chose qui ne posséderait qu’une
qualité indéterminée resterait une abstraction pure.
«
Ce n’est que par l’opposition de la Quantité à la Qua
lité pure que le phénomène apparaît (i) ».

(i) R. SCHWALLER : Etude sur les Nombres, Paris, 1915,


P- M.
74 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Or le point de vue Qualité et le point de vue Quan


tité sont chacun susceptible de trois aspects : positif,
négatif et neutre, mais l’aspect neutre, si important
dans le raisonnement pour nous permettre de saisir
les relations entre le positif et le négatif, peut, en pra
tique, être indéfiniment réduit, à la façon d’un point
mathématique. Alors, le phénomène naturel qui se
maintiendrait absolument neutre soit au point de vue
qualitatif soit au point de vue quantitatif, devient une
pure vue de l’esprit, sans signification pratique. On
peut imaginer un phénomène qui, bien déterminé à
un point de vue quantitatif (par exemple avec un volume
V, susceptible de varier positivement ou négativement) —
se présenterait comme absolument neutre à un cer
tain point de vue qualitatif (comme, par exemple, le
potentiel électrique), mais cette neutralité même mon
trerait qu’il est vain de chercher à associer ces deux
ppints de vue particuliers, puisque le potentiel est inva
riable, et par suite sans intérêt. En effet, pour un
phénomène donné, les points de vue utiles sont abso
lument déterminés et une relation nécessaire les lie
en une dualité inséparable. — Dans notre exemple,
l’aspect qualitatif, sous lequel le phénomène pourrait
être utilement envisagé, doit revêtir une acception
différente, telle que la température. — Ainsi, en choisis
sant convenablement l’acception particulière de ces
deux points de vue essentiels et en fixant à propos le
point neutre, nous ramènerons presque tous les phé
nomènes physiques simples à deux concepts suscepti
bles chacun de deux aspects : positif et négatif (en
négligeant le point neutre). Il y a donc, pour caracté
riser un phénomène, quatre combinaisons possibles,
qui seront, par exemple :
i° Qualité + Quantité +
LE QUATERNAIRE 75

2° Qualité -f- Quantité —


3° Qualité — Quantité +
4° Qualité — Quantité —
Les sciences naturelles ont fait
de ceci une applica
tion pratique en représentantla plupart des phénomènes
par des courbes à deux axes. La plupart du temps, en
pratique, on ne considère que le côté positif de chaque
axe, et pour cela on fixe le point neutre de chaque
concept (le point de croisement des deux axes) à l’ori
gine du phénomène, par exemple au départ d’un mobile
dans l’espace, point O ; mais ceci est un artifice ; si
l’on choisit comme point de départ un point quelconque
du trajet de ce mobile, un point X, on trouve quatre
aspects à envisager : temps antérieur et temps posté
rieur au moment initial ; distance en deçà et distance
au delà du point d’origine.

Initinu tvJtl» Jk'fiiitu tu Jtl*

>3tu.

Fifr. V'. — Le développement quaternaire des courber.

Toute courbe pourrait être ainsi développée sous


une forme quaternaire en envisageant les aspects posi
tifs et négatifs de chaque point de vue. Ceci est encore
plus évident si l’on considère les cycles naturels conti
nus, tels que celui des saisons. Par exemple, si l’on
porte sur un axe horizontal les mesures de temps, et
sur un axe vertical la durée des jours en prenant
comme point neutre la durée de ceux-ci à l’équinoxe,
Une telle courbe sinusoïdale est la représentation
typique des mouvements vibratoires, fondement de la
plupart des manifestations naturelles : on comprend
ainsi comment le monde phénoménal évolue selon un
quaternaire, c’est-à-dire sur quatre directions et sur
un canevas crucial. « Quatre a pour objet ce qui est
actif et agissant (1) ».
*
* *
Or, ce quaternaire de directions ou de tendances est
formé de deux oppositions binaires, c’est-à-dire qu’à
un couple de tendances positives s’oppose un couple de
tendances négatives, et si nous considérons la Nature
dans son ensemble, nous voyons que cet antagonisme
irréductible l’empêche de suivre une marche continue,
mais la maintient perpétuellement dans le même cercle.
Ua Nature ne présente pas, en soi, un caractère dyna
mique, mais un caractère statique, parce que les ten-

(1) Eckàrtshausen : Des Nombres.


dances passives s’opposent aux tendances actives en
un équilibre sans issue ; l’énergie est arrêtée par l'inertie,,
la force s’éteint dans la masse ; la production perpétuelle
ne peut que remplacer la destruction incessante ; l’orga
nisation est limitée, puis détruite par la désorganisation,
l’assimilation par la désassimilation, et la vie par la mort.
S’il n’existait qu’une seule opposition, un seul binaire,
l’équilibre serait un point mort absolument invariable,
mais le jeu des deux oppositions croisées est tel, que sans
permettre une rupture d’équilibre et, par conséquent,
sans sortir du cadre établi, la résultante peut osciller
dans un certain balancement, et ceci rend compte du
caractère cyclique de la nature, de l’alternance rythmi
que de ses manifestations variant d’un maximum à un
minimum, et, inversement,par des phases intermédiaires.
Le type de ces cycles est donné par les saisons ; il
existe dans l’année une période où les jours sont longs,
les pluies rares, le Soleil ardent, période chaude et sèche
qui est l’été ; elle s’oppose à une période froide et hu
mide, l’hiver. Entre les deux, on remarque deux périodes
intermédiaires d’équinoxe; l’une va de l’hiver à l’été,
sa température paraît douce après le froid hivernal et
les pluies sont fréquentes ; c’est le printemps chaud et
humide ; l’autre présente les qualités opposées, c’est
l’automne froid et sec (i). Ici, la division quaternaire
s’impose avec une telle évidence qu’on la retrouve chez
tous les peuples et à toutes les époques. Mais le cycle
diurne est divisible de la même façon ; le milieu du jour
est relativement chaud et sec et le milieu de la nuit
froid et humide ; l’aurore avec sa rosée paraît chaude et
humide et le crépuscule froid et sec. Chacune de ces
quatres périodes exerce une influence très particulière

.(i) Claude PtolÉmée : Quadripartitum, XII.


au point de vue physiologique (i). Il paraît impossible
de concevoir une division plus rationnelle que ces deux
périodes extrêmes séparées par des intermédiaires
différents, selon que l’on passe du positif au négatif ou
inversement. Le cycle lunaire, lui aussi, entre tout natu
rellement dans la division en quatre phases. — La sur
face de la terre est mesurable selon deux dimensions
dont l’une est donnée par la direction du levant au
couchant (équateur) et l’autre par la direction perpen
diculaire (méridien). De là aussi les points cardinaux.
Leurs climats respectifs, les vents qui en soufflent, sont
empreints de qualités différentes : chaud et humide,
chaud et sec, froid et humide, froid et sec, et ces qualités
permettent leur analogie avec les grands cycles diurne
ou annuel.
Les quatre saisons sont caractérisées par des aspects
spéciaux de la vie végétale : le printemps est la période
de croissance, l’été la période de floraison et d’épanouis
sement, l’automne la période de flétrissement et l’hiver
la période de mort ou d’incubation latente. Astro
nomiquement, les saisons répondent aux équinoxes
et aux solstices ; la position du soleil à ces quatre points
équidistants du zodiaque coïncide, plus ou moins
selon la précession des équinoxes, avec les quatre étoiles
les plus brillantes de ce dernier, à peu près équidis
tantes : Aldebaran, autour duquel ou a imaginé la
constellation du Taureau, symbole des travaux cham
pêtres ; Régulus, qui est devenu le cœur du Lion, sym
bole de l’ardeur de l’été ; Altaïr et les constellations
voisines de l’Aigle ou du Scorpion, du serpent qui rampe;
enfin Fomalhaut, proche du Verseau, emblème de la

(i) D rR. ALLENDY : Le Cycle diurne, in Revue Fran


çaise d'Homœopathie. Paris (mars 1920).
LE QUATERNAIRE 79

saison des pluies et image de l’Homme (l’être qui fran


chit la mort pour la résurrection).
La vie humaine dans son cycle qui va de la naissance
à la mort est comparable à la vie végétale dans son cycle
annuel : croissance, épanouissement, flétrissement,
puis mort marquant le passage d’un cycle à un autre.
Chacun de ces quatre âges a sa physionomie particu
lière au point de vue psychologique ; physiologiquement,
chacun individualise une fonction particulière : assi
milation, oxydation, catabolisme, excrétion. Ces formes
ont une prédominance variable selon les individus, ce
qui crée les tempéraments et les tempéraments s’exal
tent dans les races. Celles-ci, par rapport à un point
central comme la Méditerranée, sont réparties selon
les points cardinaux ; race blanche au nord en Europe,
race noire au sud en Afrique, race jaune à l’est en Asie et
race rouge à l’ouest en Amérique. Dans la Nature, les
fonctions caractéristiques se répartirent ainsi : l’assi
milation est propre au règne minéral, puisqu’elle appar
tient au cristal ; l’oxydation (respiration) se joint à
l'assimilation dans le règne végétal ; le catabolisme atteint
dans le règne animal son maximum d’intensité, car,
contrairement à ce qui se passe chez les végétaux dont
l’accroissement est continu, il arrête rapidement les
progrès de la croissance en devenant égal à l’assimilation ;
enfin l'excrétion et la susceptibilité nerveuse qu’elle
exige sont particulièrement développées chez l’homme.
D’où les quatre règnes apparents de la création.
Toutes ces divisions quaternaires de la Nature repré
sentent directement ou par analogie des cycles révolutifs.
Ce sont des oscillations décrites par le point d’équilibre
qui résulte des quatre tendances fondamentales. —
Elles ont pour caractère de revenir périodiquement à
leur point de départ et de repasser sans cesse par les
mêmes phases. C’est ainsi que les cycles de la Nature
sont éternels et immuables. Le balancement cyclique
s’opère dans l’espace ou dans le temps ou dans ces deux
limites. — Pour un même point de la terre, les saisons
se succèdent dans le temps, mais,pour un même moment,
elles varient dans l’espace selon les continents ; il
en est de même pour le cycle diurne. Quelquefois, la
notion de cycle échappe à nos observations trop bor
nées : les quatre races humaines coexistent dans l’espace,
mais, au cours du temps, elles auraient passé chacune
par une période de développement prépondérant.
Parfois, selon la nature du phénomène considéré, il
faut substituer la dualité : Qualité-Quantité à la
dualité : Espace-Temps, mais, par cette adaptation
quaternaire commune, les diverses manifestations natu
relles présentent une vaste et profonde analogie entre
elles. Quatre est leur règle, leur champ, leur canevas,et
comme dit Martinez de Pasqually : « Ce nombre
contribue à la perfection des formes prises dans la
matière indifférente... Il donne le mouvement et l’action
à la forme corporelle et préside à tout être créé comme
étant le principal nombre d’où tout est provenu (i). »
Par lui apparaît,sous la diversité indéfinie de ses aspects,
l’unité fondamentale de la Nature. Meursius appelle
4, le « porte-clef de la nature ; le monde (2) ».
La doctrine qui permet de saisir le mieux cette
vérité, par la clef d’analogie qu’elle apporte, est la
théorie des éléments. Son origine paraît d’une simpli
cité enfantine. Remarquant que les saisons ou les
climats les plus chauds confèrent à la flore et à la faune

(1) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration


des Etres, Paris, 1899 p. 124.
(2) Meursius : Denarius Pythagoricus. Lugduni, 1631,
in-4.
leur maximum de vitalité, les premiers observateurs
ont étendu l’acception du mot Chaud en en faisant l’agent
de la puissance vitale, du mouvement, de l’expansion.
Inversement, ils ont fait du Froid l’agent de l’inertie,
de la concentration. Remarquant que l'humidité rend
les corps plus mous jusqu’à les dissoudre, ils ont fait
de YHumide l’agent de la plasticité, de l’aptitude à
épouser toutes les formes, et du Sec l’agent de la rigi
dité, de l’intransformabilité. Ils ont donc pu considérer
l’état solide de la matière, inerte et rigide, comme
froid et sec ; l’état liquide, inerte et plastique, comme
froid et humide ; l’état gazeux, doué d’expansion et de
plasticité,comme chaud et humide ; et l’état éthérique,
doué d’expansion et d’intransformabilité comme chaud
et sec, ces qualités montrant l’analogie avec les cycles
astronomiques. Ces états ont été désignés par les noms
symboliques de Terre, Eau, Air, Feu ; il est à remarquer
que ces états se succèdent selon Un ordre cyclique et
qu'à part de très rares exceptions, on ne passe pas de
l'état solide à l’état gazeux sans franchir un stade liquide,
de la même façon qu’on ne passe pas de l’été à l’hiver sans
l’intermédiaire du printemps. Mais ce qui fait tout l’intérêt
de la théorie des éléments, c’est qu’elle s’est beaucoup
élevée au-dessus de la conception des quatre états de
la matière pour envisager surtout les quatre qualités
élémentaires comme les quatre tendances fondamentales
de la nature, l’opposition Chaud-Froid correspondant
d’une certaine manière à la Qualité ou à l’énergie et
l’opposition Humide-Sec à la Quantité ou à la masse,
à la résistance. C’est pourquoi Aristote marie ces deux
couples comme actif et passif. On peut dire plus exac
tement que le Chaud représente la quzlité mâle du
principe Soufre des Hermétistes, l’Humide la qualité
femelle du principe Mercure, ces deux qualités étant
essentiellement vitales, fécondes, assimilatrices et cons
tructrices. — Le froid serait pour ainsi dire la qualité
anti mâle et le sec la qualité anti femelle, toutes deux
agents de destruction, de désassimilation et de mort. —
Les éléments figurent les quatre modes possibles d’asso
ciation des quatre qualités élémentaires deux à deux;ils
sont devenus les prototypes de toutes les créations natu
relles. « Le Chaud, le Sec, le Froid, l’Humide, dit-Per-
nety, sont les quatre roues que la nature emploie
pour produire le mouvement lent, gradué et circulaire
qu'elle semble affecter dans la formation de tous ses
ouvrages (i) ». Quand on considère la Nature, on
peut dire que le Soleil en est le père, la Lune en est la
mère, le vent l'a porté dans son sein, la terre est sa nour
rice (2).
L’élément peut être défini : « une détermination
générale de l’essence des forces de la nature (3) ».
Il est possible d’interpréter les éléments de diverses
manières particulières. On peut y voir les quatre états
éthériques admis par les Théosophes comme supérieurs à
l’état gazeux sur le plan physique. On peut les rappro
cher des quatre substances fondamentales qui seraient
à la base de tous les éléments chimiques d’après le
D r John Joly et William Francis (4). On peut encore
leur chercher des analogies avec les quatre corps fon
damentaux de la Chimie organique : le Carbone, l’Hy-

(1) Cf. JOLLIVET-CASTELOT : La Science Alchimique,


Paris, p. 80.
(2) Table d’Emeraude, quatrième proposition.
(3) Cf. H. SELVA : Traité théorique et pratique d’astrologie
généthliaque, Paris, 1900, in-8.
(4) Cf. Préface à la traduction de la Chimie occulte d’A. Be-
sant, et Leadbeaïer, par H. de Pury et D r Allendy,
chapitre III, p. 172.
drogène, l'Oxygène et l’Azote. L'Oxygène, agent de
combustion par excellence, serait analogue au Feu ;
l’Hydrogène serait l'élément humide donnant à l’Oxy
gène sa plasticité liquide dans l’eau H 2 0 et correspon
dant à cet élément ; l’Azote, constituant principal de
notre atmosphère, serait à rapprocher de l’Air ; il se
combine avec une facilité toute particulière à l’Oxygène
et à l’Hydrogène (qui correspondent aux éléments Feu
et Eau, voisins de l'Air dans le cycle) ; enfin le Carbone,
corps solide, support de tous les autres dans les combi
naisons organiques, serait à rapprocher de la Terre.
Noter que l’Hydrogène est monovalent, l’Oxygène
bivalent, l’Azote généralement trivalent et le Carbone
tétravalent.
L’élément a pris une telle acception que les magiciens
ont admis l’existence d’Élémentals, êtres formés d’un
seul élément : les Gnomes, de la Terre, les Ondines de
l’Eau,les Sylphes de l’Air et les Salamandres du Feu (1).
Les éléments formeraient, par leur réunion, tous les
objets sensibles, car ils sont, dit J.-B. Porta,« les semen
ces de toutes choses/ les principes matériels des corps
naturels, en voie de perpétuelle transformation (2) »
et le Cosmopolite regarde l’élément comme « un corps
séparé du chaos, afin que les choses élémentées con
sistent en lui et par lui ; c’est le principe de la chose
comme la lettre de la syllabe (3) ». De la proportion diffé
rente des éléments proviendraient les diverses propriétés
des corps. — Selon les Hermétistes, la saveur insipide ou

(1) Abbé DE VlLLARS : Les Entretiens du Comte de Gabalis,


Amsterdam, 1700.
(2) J.-B. Porta : Magies naturalis, Anvers, 1561, p. 6.
(3) Le Cosmopolite : Lettre philosophique, trad. en fran
çais par Ant. Duval, Paris, 1675, rééditée dans Le Lotus,
Paris, déc. 1888.
salée provient de l’Eau, la saveur douce ou sucrée de
l’Air, la saveur aigre du Feu et la saveur acide et amère
de la Terre.Il en est de même des odeurs : fade (Eau),
douce (Air), forte (Feu) et âcre (Terre), ou même les
couleurs (Aristote). Il ne faut pas se laisser prendre à
la forme objective de cette présentation des éléments.
Ceux-ci ne sont pas des parties constituantes de la
matière, mais une image des diverses tendances de la
Nature dans ses manifestations. Les qualités élémentaires
seules sont fondamentales ; les éléments sont des sym
boles de leurs combinaisons. C’est pour avoir perdu de
vue cette vérité que les derniers Alchimistes ont amené
la ruine de la théorie des éléments auxquels Lavoisier
a pu opposer les corps simples. En réalité, les unsn’ont rien
à faire avec les autres. Les atomes sont des parties et
les éléments des formes. C’est pourquoi Corn. Agrippa
retrouve les éléments non seulement dans les plantes,
dans les animaux, dans les sens, dans les opérations de
l’homme, mais dans les esprits, dans les anges et les
bienheureuses intelligences,et il conclut que « les éléments
sont dans l’Archétype les idées de tout ce qui se pro
duit, dans les intelligences les puissances, dans les
deux les vertus, et dans tout ce qu’il y a ici-bas, des
formes grossières et imparfaites (i). »
Dans le microcosme humain, les qualités élémentaires
correspondent aux diverses tendances physiologiques et
nous avons tenté de montrer comment une conception
rationnelle des tempéraments peut être déterminée
par les concepts de Qualité et de Quantité (2). La Qualité

(1) C. Agrippa : Philosophie occulte, 1-7 et 8.


(2) D r AllENDY : Les Tempéraments, cliap. iv. (en prépa
ration) et La Théorie des quatre tempéraments in l'Homœo-
pathie française (Paris) juillet 1913. Les Diathèses in Revue
franc. d'Homœopaihie. Juill.-sept. 1920.
est représentée par l’intensité de l’acte vital et la Quan
tité par le champ sur lequel il s’exerce. — Les anciens
ont toujours fait correspondre exactement les éléments
avec les tempéraments, et par suite avec les humeurs
selon la conception hippocratique ; la lymphe corres
pondait à l’Eau, le sang à l’Air, la bile au Feu et l’atra-
bile à la Terre. Pour Galien, chacune de ces humeurs
présentait un excès de l’élément correspondant. Les
vieux auteurs font également correspondre les quali
tés élémentaires avec les tendances psychologiques.
Jacob Bœhme, notamment, a poussé très loin ces
correspondances (1).
Ainsi l’homme, comme « enfant de la Nature », oscille
dans un cercle dont les quatre tendances extrêmes sont,
au point de vue physiologique, les quatre tempéraments
ou les quatre grandes races du globe, et, au point de
vue psychologique, entre quatre possibilités l’énergie,
:

l’inertie, la souplesse, l’intransigeance. Saint Augustin


distingue dans l’âme l’entendement qui est comme le
Feu, la raison comme l’Air, l’imagination comme l’Eau
et les sens comme la Terre ; ceci fait penser au quater
naire intellectuel de Êythagore : Hylé, Psyché,Nous et
Agathon. Aristote reconnaît quatre aspects sous
lesquels l’être, pris en sot, peut se présenter : comme
composé (ce qui correspond à la cause matérielle),
comme possédant une essence propre (cause formelle),
comme mobile (cause motrice), comme tendant à une fin
(cause finale). A ce point de vue, Warrain dit fort
bien que le nombre 4 répond à l’équivalence syn
thétique et pleinement unifiée de la différenciation
spéciale à un individu (2).

(1) SÉdir : Les Tempéraments et la Culture psychique d’après


la doctrine de Jacob Bœhme, Paris, 1904.
(2) Warrain : L'Espace, Paris, 1907, p. 273.
Les Théologiens distinguent l'Être, l’Essence (ou
la Conscience), la Vertu (ou la Faculté) et l’Acte.
Les Indiens admettent quatre états de conscience pour
l’être humain : jagrat, la veille ; swapna, le sommeil ;
soushonpti, le profond sommeil, et tourya, l’état de
haute conscience spirituelle. Jagrat est la conscience
de veille dans le véhicule physique (sthulopadhi) ;
swapna est la conscience sur le plan mental (suksmopadhi),
sushupti, la conscience sur le plan spirituel (karano-
padhi) et tourya est réalisé quand l’étincelle jivique
s’unit à Atma.
I/âme oscille entre quatre tendances pouvant deve
nir quatre vertus : prudence (ou intelligence), justice,
force et tempérance ; il y a quatre degrés de sagesse :
savoir, oser, vouloir, se taire : les Théosophes reconnais
sent quatre sentiers d’évolution : dévotionnel, affec
tif, actif et intellectuel, correspondant aux quatre
temples de l'avenir, aux couleurs bleue, cramoisie,
verte et jaune (i)* Pour les Indiens, l’homme obéit
à quatre sortes de désirs (chatur-bhadra) : la vertu (Dhar-
ma), l’amour sexuel (Kama), la richesse (Artha) et la
libération finale (Moksha). En somme, le quaternaire
microcosmique, l’homme, doit, par son incarnation,
prendre contact avec la nature, subir les vicissitudes
de ses cycles, en un mot lutter contre le quaternaire
naturel pour le dominer et s’en affranchir ; il y arrive
par les quatre vertus. De là les quatre épreuves des ini
tiations antiques rapportées à la Terre, à l’Eau, à
l’Air et au Feu. Elles auraient existé chez les Egyptiens
dès une haute antiquité (2) et existent encore dans la

(1) A. BesanT et LEADBEATER: L’Homme, d’où il vient


il
où va, Paris, 1917, p. 420.
(2) BOULAGE : Les Mystères d’Isis, Paris, 1912.
Franc-Maçonnerie pour le grade de Maître (1). Dans
l'Inde, l’initiation conserve une forme quaternaire
bien que sans rapports avec les Éléments. Quatre
qualités sont requises : le discernement, viveka ; le
détachement, vairagya ; la maîtrise de soi ou la bonne
conduite, shatsampatti, et le désir de l’émancipation
ou l’amour, ntoumouksha. L’initiation elle-même (Jivan-
moukta) comporte quatre stades : Parivrajaka, KoiUi-
chaka, Hamsa et Paramahansa. — Ces stades s'appellent
en littérature bouddhiste : Srotapatti (celui qui est entré
dans le courant), Sakrid-agamin (celui qui doit revenir
encore une fois),Anagamin (celui qui ne doit pas reve
nir) et Arhat (2). L’Arhat a lui-même le choix entre
quatre conditions ou « robes » : Shangna, Nirmanakaya,
Sambhogakaya ztDharmakaya. — Le même enseignement
se retrouve dans la kabbale, car « il y a quatre maisons
de jugement supérieures et quatre inférieures », dit le
Zohar (3). « Il y a en tout, avant de parvenir à l'angélique et
au divin, quatre « écorces » à franchir : les trois sphères
démoniaques de moins en moins dangereuses et la
sphère astrale neutre. La première écorce est figurée
par le Tohu de la Genèse, le violent aquilon de la vision
d’EzÉCHiEL et le grand vent de la vision d’ÉUE. — La
seconde écorce est figurée par le Bohu de la Genèse, la
nuée de la vision d’EzÉCHiEL et le tremblement de
terre de la vision d'ÉUE. — La troisième écorce est
figurée par les ténèbres de la Genèse et le feu des visions
d'EzÉCHiEL et d’ÉUE. — La quatrième écorce est
figurée par les eaux portant l’esprit de Dieu dans la

(1) Cf. O. WiRTH : Les Epreuves initiatiques. Voile d’Isis,


mars, 1914, p. 135.
(2) A. BesanT : Le Sentier du disciple, Paris, 1910, et G. DE
Lafont : Le Bouddhisme, Paris, 1895.
(3) Zohar : Siphra Dzénioutha, § 36.
Genèse, par la splendeur de la vision d’EzÉCHiEL et
par la voix douce — dans laquelle était le Seigneur —
de la vision d'Élie (i) ». Ici se retrouvent les Éléments.
De même que l’homme doit franchir quatre étapes,
les diverses traditions s’accordent, comme nous le
verrons plus loin, à décrire quatre âges au monde. Au
point de vue matériel, ceci est à rapprocher des quatre
grandes périodes de la géologie ; au point de vue moral,
ceci rappelle les quatre lois des quatre périodes :
de la Providence, du Destin, de la Nature et de la Pru
dence (2). D’autres rapprochements s’imposent notam
ment avec les quatre degrés de l’échelle de la Nature :
être, vivre, sentir et comprendre ; avec les quatre règnes :
minéral, végétal, animal et humain (l’homme étant
la synthèse quaternaire des trois règnes qui le précèdent)
— avec les quatre phases de la création selon l’Alchimie :
putréfaction (Eau), maturation (Air), animation (Feu)
et germination (Terre).

*
* *
Admettant que le monde créé reflète la personnalité
du Créateur, les hommes ont quelquefois inféré du plan
naturel au plan divin et ont envisagé Dieu comme un
quaternaire. C’est, en effet, sous sa forme créatrice qu’on
considère le plus souvent la divinité ; elle correspond
alors à la Puissance de création exprimée par Hœsed,
la quatrième sephirah, mais cette Puissance n’est autre
que la Nature, et une telle conception de la divinité
revêt une forme nettement panthéiste. « Le nombre 4,
dit Claude de Saint-Martin, se trouvant placé entre
(1) A. JoüNET: La Clef du Zohar, Paris, 190g, p. 227-228.
(2) Cf. Fabre d’OlivET : Histoire philosophique du genre
humain, Paris, 1910, 2 vol., t. I, p. 26.
/
l’unité et le nombre 10, ne paraît-il pas avoir la fonction
de faire communiquer l'unité jusqu’à la circonférence
universelle ou le zéro ? Ou, pour mieux dire, ne paraît-il
pas l’intermédiaire placé entre la Sagesse suprême repré
sentée par l’unité et l’univers représenté par le zéro (1) ? »
Tandis que l'Etre suprême incognoscible et absolu con
stitue l’Unité intégrale, sa division ternaire représente son
acte créateur ou mieux son organisation en vue d'une
création encore potentielle ; le Quaternaire exprime la
forme de sa pensée créatrice, les limites de son activité (2).
Prendre le Quaternaire comme la plus haute expression
de l’Etre Suprême, c’est prendre le plan pour l'Archi
tecte et c’est tomber dans l’erreur du panthéisme, mais,
à la condition d’éviter cette confusion, le panthéisme
est aussi vrai que les autres théismes ; l’un considère
l’Être suprême sans attributs, l’autre envisage l'or
ganisation de l’Être suprême en causes créatrices ; le
dernier s'en tient à la forme créatrice adoptée par
l’Être suprême ; cette dernière conception correspond
au Quaternaire divin.
Ea plus célèbre expression de cette idée nous est
fournie par le tétragramme juif : mni qui, après le
passage des Hébreux en Egypte, se substitua à El
ou Elohitn otÊn pour désigner l’Etre suprême.
Stanislas de Guaita et Barlet ont consacré au sym
bolisme du tétragramme une étude intéressante (3).

D’après eux 1
représenterait le principe actif, la

(1) Cl. de Saint-Martin : Tableau naturel des rapports


entre Dieu, l'Homme et l'Univers, Paris, 1901, p. 254.
(2) Cf. P. Bongus : De mystica Quatern. num. Signif.
Venitiis, 1585, in-8.
(3) Cf. L’Initiation, Paris, février-inars 1S89. Voir les
Combinaisons numériques du Kabbaliste jlBN Ezra dans
Karppe, loc. cit., p. 199-201.
source de toute vie, l’âme, le Père ; le premier n, le
principe passif et plastique analogue au principe mer
curiel des Alchimistes, à la nature divine du Fils : le 1
serait l’image du principe intermédiaire, du Saint-Es
prit, du principe salin ; enfin le dernier n indiquerait
la matérialisation du tout, la forme objective de ces
trois principes abstraits, la nature humaine du Fils,
l’union du Verbe et du Saint-Esprit pour une même
œuvre (i), de telle sorte que le tétragramme entier
désignerait l'ensemble des phénomènes naturels, c’est-à-
dire Y Univers vivant, qui n’est autre que la Nature. Pour
Papus, c’est le passage du noumène trinitaire au phé
nomène. Ce symbole montre la génération du Qua
ternaire par le Ternaire s’opérant par le dédoublement
du second terme. Ses quatre lettres sont analogues à
une série cyclique dans laquelle Ylod i et le Vau
figures du point et de la ligne, seraient les termes ex
trêmes, et les deux Hé n, les intermédiaires à la façon
de la série : Eté
— Equinoxe — Pliver — Equinoxe ;
c’est aussi le résumé d’un double Ternaire du type :
(Eté — Equinoxe — Hiver) + (Hiver — Equinoxe —
Eté). — Physiquement, on peut y voir le schéma d’une
onde vibratoire. La première lettre représenterait le
maximum positif, la deuxième le passage au point
neutre, la troisième le maximum négatif (ou minimum),
la quatrième le retour par le point neutfe,et la succession
de ces aspects dans l’Espace et dans le temps con
stitue une notation très adéquate de la vibration, c’est-à-
dire de la forme essentielle de toutes les activités
naturelles.
Une telle interprétation physique peut, au premier
abord, paraître triviale, mais il faut bien considérer la
«

(i) Cf. A. JoüneT : La Clef du Zohar, Paris, 1909, p. 123.


religion juive comme étant à l’origine une des plus maté
rialistes, des plus étroites, des plus bornées. Jéhovah,
le Dieu férocement national, est bien, selon l’expression
de Peladan,« la plus basse conception d’un dieu (1) ».
Voilà pourquoi le gnostique Basiude en faisait l’Archon
le moins élevé de sa hiérarchie, ne commandant qu’au
dé ré comme formant une personne distincte, on abou
tit au Quaternaire sacré. « Cette quatrième personne
est désignée dans les mythologies et les religions sous
les noms d’Isis, Vierge céleste, Marie ou Maya, Mère
universelle » (i).
«
Considérée isolément, dit A. Besant (2), la per
sonne féminine vient en quatrième ; elle rend possible
l’activité des trois. Elle est à la fois la servante du
Seigneur et la mère du Seigneur, car elle donne sa
propre substance pour former le corps de son fils quand
la puissance divine vient la couvrir de son ombre. »
Ce mot Ieve est en relation étymologique avec
Jova ou Jupiter. On a rapproché ses trois premières
lettres : Iod, Hé, Vau des trois Tsaï de Tao: Y, Hi et
Oueï, et ses trois dernières : Hé — Vau — Hé du cri
d’ « Evohé » que les initiés dyonisiaques poussaient
aux mystères d’Eleusis (3). Enfin les initiales I. H. V.
(Jésus hominutn ulmor) offrent une analogie remarqua
ble.
Il est curieux de constater que, dans presque toutes
les langues, le nom divin s’écrit au moyen de quatre
lettres (4), notamment Alla, Gott, Bogh, Deus, Wso?
(dont il faut rapprocher l’égyptien Thot et le vocable
Téotl par lequel les anciens Aztèques désignaient leur
Dieu) (5).
E’idée de Dieu paraît fréquemment associée au
nombre 4. I es Pythagoriciens le considéraient comme
y
un nombre sacré et juraient par le saint Quaternaire,

(1) J. Brieu : La Forme, Paris, 1909, broch. in-18.


(2) Le Christianisme ésotérique, p. 270, Paris, 191O, in-8.
(3) Cf. B. SchurÉ : Les Grands Initiés, Paris, 1902.
#
(4) Cf. C. Agrippa : Philosophie occulte, 11-7, et Lenaix
La Science cabalistique, Amiens, 1823.
(5) IvA RenaudiÈRE : Le Mexique, Paris, 1842.
« source delà nature étemelle et père de l’Esprit»,ainsi
que le rapporte saint Grégoire de NazianzE : « Py-
thagorici in honore habent Quaternarium, per quem
etiam jurare consueverunt (i). » Pour le gnostique Marcus,
Dieu est un quaternaire ayant pour termes l’ineffable,
le Silence, le Père et la Volonté. — Corn. Agrippa
écrit ceci : « Le carré est attribué à Dieu le Père et
comprend même le mystère de toute la Trinité, car
la simple proportion, savoir d’un à un, signifie l’unité de
substance du Père, duquel procède un Fils qui lui est égal,
et d’une autre procession par le simple, savoir de deux
à deux, on marque la seconde' de laquelle procession
de l’un et de l’autre procède le Saint-Esprit, de sorte
que le Fils devient égal au Père par la première procession
et le Saint-Esprit égal à l’un et à l’autre par la seconde
procession (2). » — Pour Etchegoyen « 4 représente
l’union des trois personnes en un seul être ». Pour Fabre
d’Olivet, Dieu est la synthèse quaternaire des trois
grandes puissances de la Nature : Providence, Volonté
(de l’homme) et Destin (3).
Le Quaternaire tend à représenter la divinité agis
sant sur le monde des créatures et prenant la forme des
lois de la Nature (4).
*
*

Quatre est un nombre carré, c’est-à-dire que quatre


points disposés au hasard et non en ligne droite, sur un

(1) Saint Grégoire de Nazianze : Orat. in Sanctam


Pentecoslem.
(2) C. Agrippa : Philosophie occulte, 11-7.
(3) Fabre d’Olivet : Histoire philosophique du genre
humain, 191O, 2 vol., t. I, p. 48-49.
(4) Cf. Lady Caithness : La Quadruple Constitution,
mode de l’amour divin et de la Sagesse divine, Paris, in-8.
plan, déterminent les angles d’un tétragone dont
la forme la plus parfaite serait le carré, figure dont les
angles et les côtés sont égaux entre eux, et dont la
somme angulaire égale la circonférence (360°). — Si
l’on groupe, sur un plan et dans le plus petit espace
possible, quatre sphères d’égale grosseur, on obtient
la même disposition. Or, en joignant les points ainsi
groupés ou les centres des sphères par des lignes droites,
on ne peut obtenir que deux figures : le carré ou la croix,
lesquelles sont naturellement devenues des symboles
quaternaires.
La croix, formée de lignes géométriques, n’occupe
théoriquement aucune surface ; ses bras peuvent être
indéfiniment prolongés ; seul, leur point de croisement
central est définitif. La croix montre des directions dis-
persives ; elle exprime plutôt la diversité des tendances
idéales de la Nature, les qualités élémentaires à un
point de vue purement abstrait — Au contraire, le
carré est une figure fermée, limitant l’aire la plus
typique — puisque égale sur ses deux dimensions — et
il exprime plutôt la réunion des tendances naturelles,
la combinaison des qualités élémentaires réalisée dans
les productions naturelles. — Les Alchimistes se ser
vaient du carré pour désigner la matière sensible,
combinaison objective des quatre éléments, tandis que
les éléments eux-mêmes étaient représentés par des
triangles et l’éther par un cercle (i),d’où le symbolisme
de la quadrature du cercle. — A la vérité, le carré
enferme la croix en ses deux dimensions, montrant les
tendances contraires emprisonnées dans les limites
de la réalisation. Si la croix inscrite se réduit à un

(1) O. WlRTH : Le Symbolisme hermétique, Paris, 191O,


in-8.
On trouve les figures quaternaires et tout particuliè
rement la croix dans tous les pays et chez tous les peu
ples comme revêtant une acception symbolique (i), aussi
bien dans les antiquités druidiques que chez les survi
vants de l’Atlantide dans le vieux Mexique. Si la croix
est un symbole universel, E. Burnouf et Layard in
sistent sur le fait que les monuments de tous les peuples
(autels, temples, etc.) sont partout quadragulaires et
orientés selon les quatre points cardinaux.

*
* *
Les adaptations du Quaternaire sont pour ainsi dire
innombrables. Nous pouvons mentionner les suivantes
qui permettront de curieux rapprochements.
En Amérique, nous savons que les aborigènes du
Mexique divisaient l’année en quatre saisons. Une
figure de calendrier publiée par La. Renaudière
(loc. cit.) est entourée d’un serpent formant quatre
boucles équidistantes. Il existe au musée de Mexico
une pierre sculptée d’une haute antiquité, appelée
calendrier aztèque, ou pierre du soleil, dont nous avons
donné la description et la reproduction (2) et qui montre,
dans quatre médaillons, des figures de lion, d’aigle,
d’homme et de taureau (?) dans l’ordre de succession
habituel. En outre, les Mexicains comptaient les années
par cycles de 52 ans et divisaient chaque cycle en
quatre périodes de 13 années, attribuant à celles-ci,
d’après le P. Acosta, « quatre signes ou figures, dont l’un

(1) Cf. MorTILLET : Le Signe de la Croix avant le Christia


nisme, Paris, 1866, et AnsaulT : Mémoire sur le Culte de la
Croix avant Jésus-Christ, Paris, 1891.
(2) Le Quaternaire chez les Atlantes, in Voile d’Isis, avri!*
mai 1914.
était d’une maison, l’autre d’un connin, le troisième d’un
roseau et le quatrième d’un caillou (i) ». L. DE Rosny
dit que ces quatre figures, appelées respectivement
Calli, Tochtli, Acatl, Tecpatl, correspondaient aux
quatre éléments (2). Les calendriers circulaires
étaient divisés en quatre quadrants d’une couleur
spéciale : verte, bleue, rouge et jaune. En ce qui
concerne l’Amérique du Sud, nous savons, par les
relations du P. Acosta, que les Péruviens divisaient
l’année en quatre saisons et que leur zodiaque compor
tait douze signes, parmi lesquels le Lion et le Taureau
sont facilement reconnaissables (cf. le duodénaire). —
Chez les Quichuas, « le nombre 4 était sacré : le monde
était divisé en quatre parties, l’empire était divisé
en quatre régions, toutes les villes étaient divisées par
quatre par des rues en croix ; quatre fêtes princi
pales divisaient l’année (3) ». Cuzco, la capitale de
l’ancien Pérou, avait été divisé en quatre quartiers par
Inti-Kapak entre le xxxn e et le xv e siècle avant J.-C.—
La nation Quichua était divisée dès l’origine en quatre
castes : les princes (Pirhuas), les nobles (Curacas), les
soldats et le peuple.
La Théogonie de l’ancien empire péruvien comportait
quatre dieux : Illa-Tiksi-Huira-Cocha, l’Esprit de
l’Abîme, le Dieu suprême, monothéiste, possédant tout,
sans autel ni image, symbolisé par le Soleil sortant des
eaux ; Kun-Tiksi-Huira-Cocha, le vent de l’Abîme
(Kun=Feu) symbolisé par le Soleil couchant et fêté

Acosta : Hist. nat. et mor. des Indes, trad. IL


(1) Jos.
REGNault-Cauxois, Paris, 1600, in-8, p. 276-277.
(2) Léon de Rosny historique, Paris (E. Le
roux), 1901, t. I, p. 44.
(3) D r Girgois : L'Occulte chez les Aborigènes de l’Amé
rique du Sud, Paris, 1897, p. 195.

/ L ' 7
à l’équinoxe d'automne ; Ati, la Nuit, symbolisée par
la Lune, et d’un aspect double : bon ou mauvais ; et
Papacha-Kamak, la rotation, l’univers, le dieu pan
théiste.
Les quatre fêtes agricoles des Quichuas étaient :
U mu-Raymi, mystère du Soleil, à l’équinoxe vernal ;
Raymi, le solstice d’été, pendant lequel on recueillait
les rayons solaires avec un miroir pour en tirer le feu
qu'on confiait aux Vestales ; Anta-Situa, le contre-
printemps, distribution des semences ; Yntip-Raymi, le
solstice d’hiver, fête des morts (i).
On retrouve en Amérique les quatre âges du monde
en rapport avec les quatre éléments. Les Aztèques
enseignaient que quatre Soleils successifs avaient
éclairé le monde, marquant quatre étapes dans révo
lution de l’humanité. Le premier, d’une durée de 5.206
ans, aurait marqué la conquête de la terre par les hommes
contre les géants ; à la fin, tous les hommes auraient
péri dans des famines. La seconde période, l’âge- du
feu, aurait duré 4.804 ans ; des incendies innombrables
auraient anéanti la plupart des hommes.sauf un couple
qui se réfugia dans une caverne, et des individus qui se
transformèrent en oiseaux. Pendant le troisième
soleil qui dura 4.010 ans, les hommes périrent dans des
ouragans : ce fut donc l’âge de l’air. Enfin naquit une
nouvelle race à l’âge de l’eau, mais des inondations
forcèrent les hommes à se transformer en poissons, sauf
une homme Coxcox et sa femme Xochiquetzal qui
se sauvèrent dans une barque. — Ici, l’ordre de succes
sion des éléments est tout à fait remarquable (2).

(1) Cf. Jos. Acosta : loc. cil., p. 263. Comparer le mot


Raymi au Sanscrit Rama, à l’Égyptien Râ (Ammon-Râ,
le Soleil), au Chaldéen Raman, dieu du ciel, etc.) R. A.
(2) Cf. G. Raynaud : Les Nombres sacrés et les Signes
En Chine, le carré (fang) est considéré comme

du ressort de la terre, tandis que le cercle (Yu-en) est
du ressort du ciel, ce qui veut exprimer que, si le cercle
concerne l’Absolu, le carré se rapporte aux choses
naturelles. — En ce qui concerne les Éléments, les
Chinois dédoublent le Quaternaire en huit Koaa, mais
le nombre 4 reste en honneur.il est dit que de l’Yn et
du Yang sont formées les quatre images (1). Confucius
a laissé quatre livres de morale (Sse-chou). Il y a, dans le
Zodiaque, quatre constellations principales : Tigre
blanc (Taureau), Oiseau rouge (Lion), Dragon bleu
(Scorpion) et Guerrier noir (Verseau). Déjà le Chou-
King mentionne quatre divisions stellaires correspon
dant aux équinoxes et aux solstices (2) et ces divisions
sont marquées par les quatre grandes étoiles : Miao
(t, des Pléiades), Sing (zde l’Hydre), l'ang (- du Scor
pion) et Hiu (i du Verseau). On les appelle encore :
Niao, Ho, Hiu et Mao. — Le Chou-King mentionne les
quatre saisons. — Les couleurs de celles-ci, dans les
emblèmes des magistrats, étaient le vert pour le prin
temps, le rouge pour l’été, le blanc pour l’automne et
le noir pour l'hiver (3).
— Dans l’Inde brahmanique, le Rig-Veda fait allusion
à quatre dieux principaux en ces termes : « L'Être Divin
qui circule au Ciel, on l’appelle Indra, Mitra, Varuna,
Agni ,(4). » Les monuments sont quadrangulaires ;

cruciformes dans la moyenne Amérique précolombienne,


in Rev. Hist. des Relig., t. XLIV, p. ±$5, et Paris, 1901, in-8.
(1) Fortia d’Urban : Hist. antédiluvienne de la Chine,
Paris, I, p. 49.
(2) M. Biot : Journal des Savants, avril 1840, p. 234.
(3) Fortia d’Urban : loc. cit., I, p. 87.
(4) Rig-Veda, 1-332, trad. Burnouf.
Brahma est représenté avec quatre visages (Chatur-
mukha) regardant aux quatre points cardinaux (i) et
dans quatre postures différentes : couché, assis, debout,
marchant (2). Quatre Lokapalas majeurs président
aux points cardinaux : Kuvena (Nord), Yama (Sud),
Indra (Est) et Varuna (Ouest). On leur substitue quel
quefois les quatre Maharadjas ou Chaturdevas : Dhri-
TARASHTRA, VlRUDHAKA, VlRUPAKSHA et VAISVARANA,
qui ont pour attribution de commander à quatre groupes
d’êtres Gliandarvas, Kumbhandas, Nagas et Yakshas,
:•

sortes d’Élémentals.
— On trouve dans le Taittiriyo'panishad un dévelop
pement du Quaternaire conçu comme une réalisation
du Ternaire :
«
Bûh, Buvah, Suvah ! Tels sont, en vérité, les trôis
sons, les trois paroles puissantes.
«
Et en voici une quatrième... Mahah ! Cela est Brah-
man ; cela est le Soi. Par lui sont disposées les paroles
puissantes... » (1, 5.)
— Ee même Upanishad donne des exemples de
conjonctions quaternaires. — Dans le monde, « la terre
est le premier élément ; le second, le- ciel ; l’espace inter
médiaire leur jonction ; l’air, le moyen par lequel ils
sont unis ». De même pour la lumière, on a le feu, le
soleil, l’eau, l’éclair;pour la connaissance: l’instruction,
l'élève, la sagesse, l’instruction ; pour la descendance :
la mère, le père, la descendance, la procréation (3).
Dans ces exemples, le troisième terme est une jonction
et le quatrième un moyen d’union.
Les Indiens connaissent les quatre éléments sensibles :
Prithivi, Apas, Vayu, Agni (ou Tejas) que les philoso-
(1) Burnouf : La Science des Religions, Paris, 1895.
(2) DE BROGUE : Religions comparées.
(3) Taittiriyopanishad, 1-3 (trad. Marcaui/T).
phes de la Vaïseshika mettent nettement à part de
l'Akasa. Ceux-ci sont symbolisés par la Swastica,
croix aux branches coudées, qu’on peut interpréter
ainsi : les segments verticaux ascendants représentent
l’expansion, les segments verticaux descendants l’iner
tie, les segments horizontaux dirigés vers la droite la
plasticité ; les segments horizontaux dirigés vers la
gauche, la rigidité. Dans ces conditions, la branche
OAB représente le Feu, la branche OCD l’Air, OBF
l’Eau et OGH la
Terre. Il existe des
Swasticas dont les
branches sont trois
fois coudées pour
montrer la coexis
tence dans chaque
élément sensible des
qualités élémentai
res en proportions
différentes (manifes
tées et latentes). —
On a prétendu que
la swastica repré
sentait le moulinet
destiné à produire le feu par frottement du bois ou de
la pierre ; le fait de tirer le Feu de la Terre serait une
démonstration de la théorie des Éléments.
Un autre symbole des Éléments est le Lotus sacré,
Fadma (Nclumbo), qui plonge ses racines dans la terre,
élève sa tige dans l’eau, dresse sa fleur dans l’air et
la tourne vers le feu du Soleil. Il est à remarquer que
tous les dieux créateurs de l'Inde et de la Chine, les
quatre Maharadjas, sont tous portés par un lotus. Cette
plante sacrée sort du nombril de Vichnou, le Dieu qui
reste dans les eaux de l’espace (i). Pour H.-P. Bla-
vatsky, le lotus représente l’émanation de l’objectif
hors du subjectif, la concrétisation de l’idée divine (2).
Le nombre 4 joue un grand rôle dans l’Inde. Il y a
quatre saisons dans l’année et le grand cycle du jour
de Brahma (Maha Kalpa) se divise en quatre périodes ;
le Krita-Yuga, âge d’or, d'une durée de 4.800 années
divines (de 360 années solaires), le Treta-Yuga,âge d’ar
gent qui en compte 3.600,1e Dvapara-yuga, âge d’airain;
de 2.400 années divines, enfin le Kali-yuga, âge de fer,
de 1.200 années divines. Il y a quatre Vedas et quatre
castes correspondantes : les Soudras correspondent à
l’Atharva-veda, les Vaisyas au Rig, les Ksattryas au
Yajur et les Brahmanes au Sama. — L’âme humaine
ou jivatma passe aussi par quatre étapes dans son évo
lution qui sont comme ces castes : au début, à l’enfance,
elle est peu responsable et doit étudier, puis, à son ado
lescence, elle devient responsable et doit agir pour
organiser et ordonner ; plus tard, étant mûre, son
devoir est de protéger ; enfin, lors de sa vieillesse, elle
doit guider et conseiller. Cet enseignement du Code de
Manou fait penser à la quadruple initiation. Sur ce
plan, la vie exemplaire de l’indien devait passer par
quatre conditions sucessives : brahma-chari (étudiant),
grihastah (chef de famille), vanaprastha (ermite) et
sannyasi (ascète) (3). Il y a quatre méthodes pour arriver
à la Sagesse : Yajna-vidya, Maha-vidya, Guhya-vidya et
Atma-vidya. Il y aurait quatre modalités du son :
Para, Pashyan, Madhyama et Vaikhari.

(1) Voir le vitrail de Chartres décrit par F. Portai,: Des


couleurs symboliques. Paris, 1837, p. 271.
(2) D r Allendy : Le Lotus sacré, Paris (Ed. Théos.), 1920.
(3) Manava-Dharma-Shastra, VI ; cf., trad. LoiSELEUR-
DKSLONGCHâmps, Paris, 1833.
Le Bouddhisme repose sur les quatre vérités ensei
gnées par Cakkya-Mouni : i° Kou ; la douleur existe
dans la naissance, la vieillesse, la maladie, l’attachement,
etc. 2 0 Tou ; elle est le partage de toutes les créatures :
son origine est dans la soif d’existence, de plaisirs, de
puissance ; 3 0 Mon ; l’homme doit s’en affranchir par
l’anéantissement du désir ; 40 Tau ; le moyen d’arriver
à cet affranchissement est la pratique des « huit branches
du noble sentier » (voir l'Octonaire).
Nous avons mentionné les quatre épreuves ini

tiatiques du Bouddhisme. — On retrouve chez les
Bouddhistes népalais les quatre âges du monde. D’après
ceux-ci, nous en serions à la quatrième période de la
création, dirigée par le Boddhisattwa Padmàpanî,
appelé en thibétain Avalokiteshvara.
Il y a pour les Népalais quatre livres sacrés con
stituant les textes fondamentaux.il y a quatre écoles
bouddhistes : i° la Vaibhachikas, basée sur l’interpréta
tion littérale et comprenant quatre classes ou dialectes ;
2° la Soutrantikas, basée sur l'autorité des soutras ;
3° la Madhyamikas, basée sur l’interprétation des quatre
sections de la Pradjna-Paramita et enseignant deux
espèces de vérité : relative (samvritisatya) et absolue
(paramarthasatya) ; 40 la Yogatcharas, basée sur le
pur spiritualisme. — Il existe une autre classification
népalaise : Svabhavikas, Aiçvarikas, Karmokas et
Yatnikas.
— Chez les Perses, nous retrouvons la tradition aryenne
et ses adaptations quaternaires. — Certains admettent
un quaternaire divin comprenant Ahura-Mazda, l'Être
suprême, puis les deux jumeaux Spentomainyush
(esprit bon, lumière, esprit) et Angromainyush (esprit
mauvais, ténèbres, matière), et enfin Armaiti, l’Intel
ligence, le Créateur. — Ici, les jumeaux représentent
le dédoublement du second terme. — Ce n’est pas cepen
dant la doctrine la plus répandue.
D’après l'Avesta, le cycle cosmique comprend quatre
périodes de 3.000 ans chacune. — La première, déjà
écoulée, a correspondu à la création du monde par Ahura
Mazda ; la seconde, actuelle, est remplie par sa lutte
contre Ahriman ; la troisième marquera sa victoire
momentanée, mais qui ne sera définitive que dans la
quatrième période.
— S’il n’est guère question d’initiation dans l’Iran,
du moins enseigne-t-on que l’âme est jugée le quatrième
jour après la mort. Il y a quatre livres dans l’Avesta,
trois principaux : Le Vendidad, le Vispered, le Yaçna,
et un secondaire, le Khorda-Avesta. — Il existe quatre
éléments dominés chacun par un certain nombre^ de
Yazatas, mais plus particulièrement par Tascheter,
S are vis, Venant et Haflgrang (i). Il y avait trois
castes principales : prêtres, guerriers et laboureurs,
auxquelles s’ajouta, sous les Sassanides, la quatrième
caste des artisans (2).
Chez les Chaldéens et les Assyriens, le Quaternaire
se trouve symbolisé, au point de vue astronomique,
par les Taureaux ailés ou Kéroubs, réunissant le corps
de taureau, les pattes de lion, les ailes d’aigle et la tête
humaine; les mêmes éléments se retrouvent,d’ailleurs,
sous une forme différente dans des frises de Suse qui
sont au Louvre (3). La croix se présente sous diffé
rentes formes : on observe des bijoux cruciaux au cou

(1) Cf. Dupuis : Origine des cultes, t. II, p. 93, Taris, 1795,
4 vol. in-4.
(2) G. DE LafonT : Le Mazdéisme et l'Avesta, Paris, 1897,
P- 32.
(3) D r AllENDY : Les Keroubs et les Sphinx, Voile d’Isis,
1913, p. 197.
LE QUATERNAIRE 105

d’AssuRNASSiRPAL, roi d’Assyrie (1) et de Samsirammam


dont les statues sont au British Muséum.
En Egypte, les taureaux ailés se trouvent réduits à
l'état de sphinx, ne faisant plus allusion qu’aux cons
tellations solsticiales : Lion-Verseau ; mais les pyramides
sont un symbole remarquable du Quaternaire, par leur
base quadrangulaire, orientée selon les quatre points
cardinaux. Ici, la réunion des quatre faces triangulaires
peut exprimer que le Ternaire abstrait se manifeste
concrètement selon quatre modalités. — Il faut obser
ver que les pyramides n’existent guère qu’en Egypte
et dans le vieux Mexique.
— On ne sait rien de précis sur la théorie des éléments
dans l’Égypte ancienne. — Kircher mentionne les quatre
génies des éléments Niephtah (Terre), Neimhispiitah
(Eau), Phrisphtah (Air) et Nemiphtah (Feu (2). On con
naît aussi les quatre génies de l’Amenti présidant aux qua
tre points cardinaux Amset, H api, Soumaoutv et Kebh-
:

sniv (3). Les quatre vases canopes servant à l’embaume


ment des cadavres leur étaient dédiés et portaient leur
figure : tête d’homme, de chien, d’épervier et de cynocé
phale ;dans l’un on mettait le cerveau, dans l’autre les
intestins, dans le troisième le cœur, dans le dernier le foie.
« Nous pensons, dit Van ÜRivAL,que par la tête d’homme

on voulait distinguer le génie qui préside à la garde


du cerveau, organe de la pensée, par le cynocéphale,
symbole de sagacité, le foie qui épure avec discernement
les produits de la sécrétion (4). » Il faut remarquer que

(1) Cf. Layard, Monuments of Niniveh, t. II, p. 4.


(2) Kircher : Œdipus Ægyptiacus, Rome, 1652-54, t. III,
P- 55- «

(3) Champollion : L’Egypte, Paris, 1814, 2 vol. in-8.


(4) Van Drivai, : Etude sur le grand monum. funér. e'gypt.,
Paris, 1851.
IC6 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

les quatre organes correspondent aux tempéraments


lymphatique, sanguin, bilieux, nerveux, et les figures des
génies se rapporteraient,d’autre part, aux signes zodia
caux : homme, aigle, lion, taureau—comme il est mani
festé pour les deux premiers. — Enfin, le lotus joue un
grand rôle dans le symbolisme égyptien et Osiris
est représenté sortant d’un lotus.
En Grèce, la science des Nombres devait prendre
une grande importance avec Pythagore et nous avons
vu la place capitale réservée par lui au Quaternaire.
Tandis qu’EMPÉDOCLE et ses successeurs basaient la
Physique sur les quatre éléments, Hippocrate dédui
sait la Physiologie des quatre humeurs correspondantes
Dans la mythologie, on peut mentionner les quatre
fleuves des enfers : le Phlégeton, le Cocyte, le Styx
et l’Achéron, rapportés aux éléments Feu, Air, Eau, Terre.
Dans la théologie orphique, Neptune possède un char
à quatre chevaux ; les Lacédémoniens représentaient
Jupiter avec quatre oreilles ; il y a quatre espèces de
«
fureurs divines » ; des Muses, de Dyonisos, d’ApoLLON
et de Vénus. Dans YAbacus pythagoricien, d’après
les manuscrits de BoëCE (i), le nombre 4 est représenté
comme une clef, symbole de l’initiation aux mystères
de la nature et son nom : Arbas, vient du mot hébraïque
ymx (2).
Chez les Phéniciens nous savons par Sanchonlaton
qu’il y avait quatre divinités : Baal, principe mâle
abstrait; Baan, principe femelle abstrait; Chusoros,
principe mâle réalisateur, et Mot, principe femelle
réalisateur.
A Carthage, la croix est un symbole fréquemment
(1) Cf. NaTalis de Wailly : Traité de Paléographie.
(2) Cf. A.-J.-H. Vincent : Note sur l’origine de nos chiffres,
in Journal de Mathématiques, 184O-41.
employé, même en bijoux. Le P. Delattre y a trouvé,
dans les tombeaux puniques, des pendants d’oreille
cruciformes (1). Chez les Romains, le dieu Terme portait
le nom de Quadratus et Janus était appelé Quadri-
fons ou Quadriformis ; il était représenté avec quatre
visages.
Dans la langue hébraïque, le nombre 4 est exprimé
par un mot qui signifie : multiplication, force, solidité.
Il revient fréquemment dans les textes sacrés, notam
ment avec les quatre fleuves de l’Eden (2), les quatre
extrémités du monde (3), les quatre empires (4), les
quatre animaux de Daniel (5), les quatre chars de
Zacharie (6), et surtout les quatre animaux d’EzÉCHiEL
répondant aux quatre grandes constellations (7).
Les Kabbalistes ont ajouté à ce symbolisme. Aux
quatre éléments, déjà mentionnés par la Genèse, ils
ont attribué quatre gouverneurs qui sont, d’après Philon
le Juif, Ariel pour la terre, Tharsis pour l’Eau,
Charub pour l’Air et Nathaniel pour le Feu. — Les
points cardinaux ont de meme quatre gouverneurs : Mi
chael (orient), Raphaël (occident), Gabriel (nord),
Noriel (sud) .auxquelss’oposentquatredémons:Hamael,
AzazEL, Azael, Mahazael, ou encore Uriens, Amay-
mon, Paymon, Egyn (8). Le Zohar reconnaît quatre
forces en action dans le monde sublunaire : forces de
cohésion, de croissance, motrice et rationnelle. La

(x) Cf. Marucchi : Croix, in Dict. de la Bible de ViGOUROUX,


Paris, 1897.
(2) Gen., iv, xo.
(3) Is., xi-12 ; Marc, xm-27 ; Jér., xrjx-36.
(4) Dan., 11-37-40.
(.5)Dan., vil-3.
(6) Zachar., vi-i.
(7) Ezech., 1-5.
(8) C. Agrippa : Philosophie occulte, 111-24.
108 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Kabbale décrit quatre mondes ou états de la substance :


Aziluth (sphère des attributs divins ; émanation), Briah
(sphère des esprits supérieurs ; création), Jésirah (sphère
angélique ; formation) et Asiah (sphère des phénomènes
physiques ; action). La quatrième sephirah est Haesed,
la puissance créatrice, et la quatrième lettre est daleth,
qui est en forme d’angle droit et exprime la base de la
quadrature (-).
En se rattachant à l’ancien Testament, les Chrétiens
ont adopté une bonne partie de ces adaptations qua
ternaires. Ils admettent quatre Evangiles en rapport
avec les quatre prophètes de l'ancienne loi et leur attri
buent les quatre figures d’EzECHiEL ; ainsi sur le por
tail de la cathédrale de Chartres, Jésus est représenté
entouré de ces quatre figures (le lion est figuré avec des
ailes). Le caractère moral attribué par la tradition à
chacun des évangélistes correspond à un tempérament
humoral.
La croix, emblème du christianisme, est un symbole
quaternaire qui semble en étroites relations avec les
éléments. Il est à remarquer que jusqu’au V e siècle
il n’existe aucun monument chrétien où Jésus soit
représenté attaché à la croix. Les quatre lettres I. N.
R. I. qu’on a gravées sur les croix constituent un tétra-
gramme formé de trois lettres différentes et du redou
blement de l’une d’entre elles. Les catholiques y voient
la formule : Jésus Nazarcthus, Rex Iudeorum ; les
Hermétistes : Igné Nalura Rcnovatur Integra ; mais
surtout, dans la langue hébraïque ces lettres servent
d’initiale aux mots : oi Jam m:, Nour, rvn Rouach
et mrz*' Iabeshah, qui signifirent respectivement :
l’Eau, la mer ; le Feu, la lampe ; l’Air, le souffle, et
la Terre, le sel. Certains tableaux contemporains
-de la Renaissance ou postérieurs montrent dans la
scène de la crucifixion une croix naturellement plantée
dans la Terre et dressée vers l'Air du ciel, mais en ajou
tant vers une extrémité de la branche horizontale
l’Eau d’un ruisseau ou d’un nuage qui se condense en
pluie et, vers l’autre extrémité,du Feu (généralement la
foudre). — Jésus aurait donc expiré sur la croix des
éléments et quatre soldats se seraient partagé ses dé
pouilles (i)
Dans les textes du nouveau Testament, on trouve
encore les quatre extrémités du monde (2), les quatre
anges de l’Apocalypse (3), les quatre jours de Lazare
au tombeau (4), les trois témoins de la Transfiguration :
Jean, Jacques, Pierre, en présence de Jésus.
La tradition chrétienne a sanctionné le quaternaire
des saisons par les fêtes des Quatre-Temps et fait corres
pondre les quatre degrés initiatiques aux quatre vertus
cardinales : force, tempérance, justice, prudence. On
a donné le nom de tétradites à plusieurs sectes chré
tiennes à cause de leur respect tout particulier pour le
nombre 4 (5). La division ecclésiastique de la journée
en quatre parties (prime, tierce, sexte et none) remonte
aux Juifs, par l’intermédiaire des Romains.
Les Pères de l’Eglise ont étudié le symbolisme du
Quaternaire : saint JéROME donne à ce nombre le
sens de révélation, de stabilité (6) ; au contraire, s-vint
Ambroise y voit un nombre néfaste, comme doublant
2 sans fondement (7).

(1) Joa., xix-23.


(2) Marc, xm-27.
(3) Apoc*, vu-1.
(4) Joa., xi-17.
(5) M. Colenne : Le Système oclaval, Paris, 1845, p. 62,
(6) Saint Jérome : In Matth., 11-15.
(7) Saint Ambroise : Hexaem., iv-9.
— Les Arabes ont transmis, sans y apporter de chan
gements, les applications quaternaires de la science
alexandrine, en particulier les Éléments et les Tempé
raments. On leur attribue, en Astrologie, la répartition
de signes du zodiaque par triplicités élémentaires,
triplicités dont la valeur pratique est bien contestable (i) :
le Bélier, le Lion et le Sagittaire seraient des signes de
Feu ; le Taureau, la Vierge et le Capricorne des signes
de Terre; le Bélier,la Balance et le Verseau des signes
d’Air. Enfin, les génies des Éléments seraient pour les
Arabes : Phelmanim, Phakmin, Liali et Béniac (2).
Il y a quatre rites orthodoxes dans la religion musul
mane (3) ; il y a pour les Soufis quatre écoles : Chishtia,
Nakshabandia, Kadaria et Sohrawerdia (4). — Les
D ruses du Liban ont quatre vertus théologales : chasteté,
honnêteté, humilité, pitié (5).
L’Alchimie, en prenant pour fondement la Théorie
élémentaire de Démocrite, a développé toutes les
acceptions du Quaternaire, y compris certaines idées
kabbalistiques. C’est ainsi qu'ARNAULD de Ville-
neuve, dans son Thésaurus thesaurorum, décrit quatre
régimes au Grand Œuvre Dissolution, Ablution, Réduc
:

tion, Fixation (6) ; Robert Fludd décrit quatre étages


dans l’Univers : le monde archétype où est Dieu, le
monde angélique, le monde stellaire et le monde sublu
naire. Nous avons vu à quel point ont été poussées les

(1) D r ALLENDY : Les Tempéraments et l’Astrologie. Voile


d’Jsis, janvier 1913.
(2) R. P. A. KiRCHER : Œclipus Ægypiiacus, Rome, 1652-54,
t. II, p. 285.
(3) Houdas : L’Islamisme, Paris, 1904.
(4) InayaT-Khan : Message Soup, Paris, 1913, p. 14.
(5) H.-P. BlavaTSKY : Isis dévoilée, Paris, 1920,
t.III, p. 419.
(6) Marc Haven, Arnauld de Villeneuve, p. 62.
LE QUATERNAIRE III
adaptations des éléments. Dans le Tarot hermétique,
le quatrième arcane, l’Empereur, représente la solidité,
la puissance temporelle. Il faut noter les quatre couleurs :
épées, bâtons, coupes, deniers, d’où dérivent les piques,
trèfles, cœurs et carreaux en rapport avec les éléments ;
quatre fleurs de lotus entourent généralement l’as des
deniers.
Les Sociétés secrètes d’inspiration hermétique ont
naturellement conservé certains vieux symboles. Telles
sont les quatre épreuves de la maîtrise maçonnique, ou
dans le vingt-neuvième grade écossais les quatre domi
nateurs des éléments: Eurlac (Terre), Talliud (Eau), ï Vy

Casmaran (Air) et Ardarel (Feu (i).


CHAPITRE V

LE QUINAIRE

La matière ; la vie la créature ; l'homme ;


;
l'incarnation.

— « La Vie, qui est la meilleure, dit : C’est moi


qui, par cette quintuple division de moi-même,réu
nis et soutiens le faisceau de cinq flèches. »
(Atharvavbda, Prashnopanishad, ii-3.)

Le nombre 5 est premier ; on dit qu'il est sphérique


parce que, quand on le multiplie par lui-même autant
de fois qu’on le désire, la désinence du produit reste
égale à lui-même. Il n’est ni triangulaire, ni carré et
ne saurait être que pentagonal ; il se présente donc avec
une physionomie très particulière. Il offre, avec les
nombres qui le précèdent (Ternaire et Quaternaire),une
relation curieuse indiquée par Claude de Saint-Mar-
tin : 5 est l’hypoténuse du triangle rectangle dont les
autres côtés seraient respectivement 3 et 4, ce qui mon
tre ses relations avec le Logos créateur et avec la
Nature dont il procède.
Le Quaternaire nous a révélé les limites du monde
naturel, le réseau des noumènes dans lequel il est enfermé
(temps et espace — ou qualité et quantité — ou chaleur
et humidité), et le jeu des tendances diverses qui s'y
manifestent, niais la double opposition qui constitue
le Quaternaire est un état d’équilibre stérile, un anta
gonisme sans issue où chaque ternie positif neutralise
le terme négatif sans rien produire. Les noumènes du
Quaternaire ne sont qu’un pur néant quand ils ne peu-
f vent se rapporter à un terme d’un autre ordre. — Que
sont le temps et l’espace sans un mobile qui y évolue ?
Oue sont la chaleur et l’humidité sans un corps qui
en soit affecté ? Considéré isolément, le Quaternaire
naturel n’est qu’une limite, une forme, une abstraction
et ne peut rien produire tant qu’un terme nouveau
ne vient pas lui fournir un point d’application. Ce
point d’application n’est autre que le corps matériel
mobile dans le temps et dans l’espace, modifié par le
Chaud, le Froid, l’Humide et le Sec ; c’est la matière
travaillée par les Éléments.
On a compris les Éléments de manières bien diverses
et l’Aritlimosophie peut apporter quelques lumières
sur leur véritable signification.
Considérés comme un Quaternaire, ils représentent
la forme tout idéale de la nature naturante, les tendances
essentielles qu’elle peut manifester, au point de vue
abstrait. Ils ne sont en aucune façon la matière, mais
ils donnent à la matière ses qualités. — La matière
est précisément leur champ d'action et constitue la
nature naturée.
Sous sa forme la plus rudimentaire, la moins diffé
renciée, la matière porte le nom d’Aither, et son nombre
occulte est 5, parce qu’elle est le cinquième terme et
sert de pivot au quaternaire naturel, qui constitue son
champ de manifestation ; mais, d’une manière générale,
la signature quinaire apparaît dans certains aspects
de la Matière, et pour la considérer dans ses modalités
typiques, on doit adopter une division quinaire.
Étant donné que la matière est façonnée par les
quatre Éléments abstraits, une correspondance analo
gique s’établit entre les Éléments et les aspects physiques
de la matière ; on peut donc, à un certain point de vue,
considérer les Éléments comme des aspects fonda
mentaux des corps matériels (tels que les aspects solide,
liquide, gazeux, éthérique), mais il faut alors les grouper
en un Quinaire et ajouter à la Terre (solide), à l’Eau
(liquide),à l’Air (gazeux), au Feu (éthérique),la matière
rudimentaire, non différenciée, qu’on a pris l’habitude,
par une regrettable confusion de termes, d’appeler
Aither ou quelquefois Ether.
Il convient, en effet, de distinguer cette matière absolu
ment primordiale, Aither ou Protyle, de la matière
physique à l’état éthérique, telle qu’on l’obtient par
les décharges cathodiques dans les gaz très raréfiés
(état que Crüokes préfère appeler radiant). — D’après
l’Occultisme, la matière, suivant son degré de com
plexité, s’étage sur 7 plans dont chacun comprend lui-
inême 7 sous-plans. I,e plan le plus dense est le plan
physique: il comprend les sous-plans: i° solide, 2 0 li
quide, 3 0 gazeux (tous trois tombant sous les sens),
4 0 éthérique proto-élémentaire (découvert à propos
de la radio-activité), 5 0 éthérique méta-élémentaire,
6° éthérique hyper-élémentaire (ceux-ci plus ou moins
nettement soupçonnés par l’Atomistique contemporaine)
et 7 0 éthérique atomique (ce dernier est le sous-plan
de l'atome physique ultime à l’état libre, d’une struc
ture encore très compliquée (1). Après le plan physique
vient le plan astral avec 7 sous-plans, puis les plans
mental, bouddhique, atmique, anupadaka et adi,
comprenant également 7 sous-plans chacun. — La

(1) Cf. A. Besant et Ch. Leadbeater La Chimie occulte.


:
matière du plan le plus élevé serait formée de simples
bulles soufflées dans le milieu cosmique universel
(Koïlon) qui enveloppe tous les mondes. On peut con
sidérer que ces bulles constituent la matière absolu
ment primordiale, l’Aither ou le Protyle dans leur véri
table acception ; cependant, en pratique, l’incapacité de
nos sens à percevoir et distinguer les états sous-jacents
fait que le nom d’Aither ou de Protyle s’étend à toute
la matière inaccessible aux sens, et en particulier
jusqu'aux états éthériques du plan physique ; de là
la confusion des termes. Enfin, pour mieux compliquer
les choses, certains auteurs mal renseignés se sont avisés
d’appeler Ether le Koïlon (cf. chapitre : le novénaire),
mais ce n’est qu’une erreur indiscutable contre laquelle
il suffit d’être mis en garde : le Koïlon ne saurait être
la matière.
Ces distinctions une fois bien établies, on comprendra
que le Quinaire : Terre, Eau, Air, Feu, Aither ait été
compris de diverses manières. — Si l’on reste sur le
v

plan physique, on peut faire correspondre la Terre au


sous-plan solide, l’Eau au sous-plan liquide, l’Air au
sous-plan gazeux, le Feu aux sous-plans éthériques ou
radiants ; l’Aither représente alors l’atome physique
ultime. — D'autre part, on peut embrasser les sept
plans cosmiques, ce qui explique certains systèmes de
la philosophie indienne. — Toutes ces acceptions sont
soutenables, parce que l’analogie régit toutes choses et
que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »,
mais, en ce qui concerne la signification propre du Qui
naire, il faut l’envisager comme l’adjonction aux quatre
tendances élémentaires divergentes, d’un centre qui
les relie et leur sert de point d’application (ce centre
n’étant autre que la matière sous toutes ses formes). Ce
cinquième terme constitue le champ d’action du Qua-
ternaire naturel, sa raison d’être et son objet ; il diffère
donc profondément des Éléments dans sa signification
radicale. — « T. a matière, réduite à quatre éléments,
ne constitue pas une réalité vraie, dit Ciiaignet.
Il faut une cinquième essence qui leur permette de
s’agréger et de se former, de se lier et de s’unir, parce
qu’elle a pour effet de contenir et d’envelopper, et
c’est, alors seulement que le corps peut être visible,
c’est-à-dire avoir une couleur (i) ».
Dans l'Inde, la très ancienne secte Vaïseshika dis-
tinguait nettement la matière primordiale ou Akasn
(ne se divisant pas en atonies et ne tombant pas sous
les sens) des quatre éléments sensibles et atomiques :
la Terre (Prithivi),l’Eau {Aftas), l’Air (Vayu), le Feu
(.4 gui ou T cias) (2). Ce Quaternaire des Éléments

sensibles représentait véritablement la forme de la
nature et s’exprimait par des symboles quadruples
(swastica, quatre figures de Brahma, etc.). — Mais,
d’un autre côté, on fit correspondre analogiquement les
quatre Éléments et l’Akasa au Quinaire des propriétés
matérielles (qualités de sonorité, expansion, locomotion,
contraction et cohésion ; couleurs noire, rouge, bleue,
blanche, jaune, etc.). — Déjà dans les védas, nous
voyons prithivi, apas, vayu, agni et akasa rangés tous
sur le même pied, comme symboles des catégories
quinaires (3). On les appelle les cinq Tanmatrahs ou

(1) CllAIGNET : Pyihagore et la Philosophie pythagoricienne.


Paris, 1873, t. II, p. 120.
(2) Cf. Mabillaud : Histoire de la philosophie atomistique,
Paris, 3895.
(3) Dans les textes védiques, cf. i° : Aitaréya upanishad
du Ri g Veda, v-3 ; 2 0 Praçna upanishad de l'Aiharva-Veda,
u-2 ; 3 0 Mundaha upanishad du même recueil ; 4 0 Çvetasva-
t ira upanishad du Yajur noir, vi-2 : 50 Brhadaranyaka
UE QUINAIRE II7
encore les cinq grands litres (Mahabhûtani) qu’on place
immédiatement au-dessous des dieux :
«
Ce Brahma, ce roi des dieux, ce vSeigneur de la
Création, tous ces dieux, et ces cinq grands Etres, la
Terre, l’Air, l’Aither, les Eaux, la I,umière (1). »
Ce Quinaire est rapporté aux cinq Dévas : Kuvena,
Varuna, Vayu, Agni et Indra. Il exprime la matière
sous ses diverses formes.
Le point de vue quinaire, en ce qui concerne la signi
fication des Eléments, a prévalu en Chine et se trouve
à côté du système de Fo-Hi (c|. L’O don aire). Dans le
système de Confucius, il y a cinq éléments matériels
(Hing) : Eau, Feu, Bois, Métaux, Terre. L’Eau est
humide et descend ; le Feu est chaud et monte ; le
Bois est courbe et se redresse ; les Métaux fondent et
se transforment ; la Terre convient aux semences et aux
moissons. Ce qui est de la nature de l’Eau a le goût
salé ; le Feu correspond à l’amertume, le Bois à l’acidité,
les Métaux à l’âpreté. Ces cinq Hing correspondent à
cinq planètes, notes musicales, saveurs, odeurs...cou
leurs différentes, à cinq zones célestes, etc., et sont
représentées symboliquement par cinq tigres (2). Le
fameux livre des Annales (Chou-King), écrit vraisem
blablement vers l’an 1200 av. J.-C., traite non seylement
des cinq Eléments, mais des cinq « facultés actives »,
des « cinq choses périodiques », des cinq félicités ou
calamités de la vie qui s’y rapportent. Les cinq Eléments

upanishad du Yajur blanc, 111-7 ; 6° Maîtri upanishad du


Sama-Veda, 111-2, etc., etc., et plus tard Manava-Dharma-
Shastra, 1-9.
(1) « pancha Mahabhûtani : pritliivi, vayu, akasa, apa,
jyotimisi... » (Aitareyopanishad, V-3.)
(2) D r J. RégnaurT : La Médecine sino-annamite, Voile
d’Isis, février 1913.
Il8 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

chinois pourraient assez bien se rapporter aux cinq


qualités indicées d’expansion (Feu), sonorité (Métal),
locomotion (Eau), cohésion (Bois), contraction (Terre).
Cependant, dans la tradition occidentale, les quatre
Éléments sensibles ont servi à représenter,nonla matière,
comme le Quinaire oriental, mais uniquement la nature
quaternaire, et leur groupe a toujours été mis soigneu
sement à part de l’Aither ; leur quatuor exprime les
tendances corporisantes de la nature au lieu de signi
fier, comme le Quinaire, les « choses élémentées ». —
Cependant l’Aither a été admis à peu près partout.
Platon en parle dans son Timée. Aristote le décrit
comme premier moteur mobile, remplissant les espaces
au-dessus de la lune et aspirant au bien absolu. Les
Alchimistes du moyen âge le désignent sous des noms
différents. Arnauld de Villeneuve l'appelle Spiritus ;
c’est l’intermédiaire qui transmet l’influence des astres
aux éléments (i). Dans le Grand CEuvre, ce cinquième
terme prend le nom de Quintessence (cinquième essence) ;
c’est le principe qui s’ajoute aux quatre Éléments pour
en régler le jeu comme la tête s’ajoute aux quatre mem
bres. Ainsi faut-il comprendre le symbole du Dragon
alchimique dont les deux ailes sont les éléments légers
(Air et Feu), les deux pattes les éléments lourds (Terre
et Eau) et la tête la matière primordiale, la Quintessence,
sur laquelle les Éléments coordonnent leur action en vue
de produire les corps naturels. « La Quintessence est
un cinquième être qui résulte des quatre qualités élé
mentaires mélangées en diverses proportions (2) ». Ceci

(1) Morin de ViLLEFRANCHE, Astrologia gallica, III, II,


1. p. 92.
(2) Cf. COLONNE : Abrégé de la doctrine de Paracelse et de
ses archidoxes, Paris, 1724, in-12, p. xxm, et Dict. Hermc-
tiq., Paris, 1695, p. 162.
n'a que de lointains rapports avec l’eau-de-vie de RüquE-
tailladE (1). La Quintessence est enfin appelée
Semence par opposition aux éléments qui n’en sont que les
réceptacles, ou la matrice (loca et matrices). La Quin
tessence est parfois représentée sous la forme d’une rose
à cinq pétales, et c’est ainsi que Nicolas Flamel nous
montre, dans une de ses figures, la rose hermétique
sortant de la pierre mercurielle sous l’influence de
l’esprit universel. Plus tard, Paracelse ressuscitera
le mot d’Aither et, de nos jours, Crookes emploiera
le terme de Protyle, voulant désigner par là le consti
tuant initial de toute matière, qu’on l’envisage comme
un corpuscule, un électron, ou comme une bulle soufflée
dans le koïlon.
Sous toutes ses formes probablement, mais au moins
sur le plan physique, la matière se caractérise par le
nombre 5. Lacuria fait remarquer qu’elle possède cinq
propriétés : forme, divisibilité, impénétrabilité, disso
lubilité et inertie (2). « Cinq, dit-il, est l’expression de
l’idée que Dieu a du non-être ; c’est la négation de
toutes les facultés de l’Être, excepté l’intelligibilité ;
c’est le Non-Être, excepté la Non-idée; c’est la forme,
la matière (3) ». Au point de vue morphologique même,
cinq formes géométriques fondamentales se combine
raient plus ou moins dans la structure des différents
atomes chimiques. Ces cinq formes, dont les côtés sont
égaux, les angles égaux et les faces égales, sont appelées

(1) J.de Rupescissa (Roquetailladf,) : La Vertu et


la propriété de la Quintessence, trad. A. DU Moulin-Mascon-
nais, Lyon, 1549, in-16.
(2) Cf. aussi MalEBRANCHE : Recherche de la vérité, Paris,
1678, in-4, iii-io, p. 210.
(3) Lacuria : Les Harmonies de l’Etre..., Paris, 1899,
2 vol.
formes platoniciennes ; ce sont le tétraèdre, le cube,
l’octaèdre, le dodécaèdre et l’icosaèdre (i). — Ces formes
présentent des rapports très étroits avec les figures de
la cristallographie.
Au point de vue de la logique pure, on retrouve le
Quinaire comme un attribut essentiel de tout ce qui
existe matériellement. — En effet, selon Scott et les
Thomistes, toute créature matérielle peut être jugée
selon cinq modes différents appelés prédicats ou uni
versels (2). Ce qu’on peut attribuer à toute chose qui
est déjà douée 6!existence porte soit sur son essence
(in quid), soit sur ses propriétés (in quale). — Or ce
qui est attribué à l’essence peut l’être comme partie,
et c’est le genre, ou comme le tout et c’est Yespèce ; ce
qui a trait aux propriétés s’y rapporte comme essentiel
et c’est la différence, ou comme attribut propre et c’est
le propre, ou enfin comme un attribut commun et contin
gent et c'est Y accident. Ces cinq prédicats ou prédi-
cablcs : genre, espèce, différence, propre, accident, con
stituent les seuls aspects possibles de toute créature
matérielle. Si ou analyse ce Quinaire, on voit que le
développement de l’idée d'être produit un Ternaire
constitué par Y espèce, le genre, la différence ; puis, dans
la réalité objective, ce Ternaire se transforme en Qua
ternaire par l’adjonction d’un terme nouveau, le propre,
qui est le rapport de l'idée au monde extérieur, c’est-
à-dire l’action du sujet sur le monde naturel ; enfin,
dans la créature considérée isolément, on découvre
toujours un cinquième terme caractéristique qui est
l’accident, c’est-à-dire la réaction du monde naturel
sur l’être.
(1) Cf. A. Bf.sant et Ch. LeadbeaTER : La Chimie occulte.
(2) Cf. Pierre Sylvain régis : Système de Philosophie,
Paris, 1690, 2 vol. in-4, 1-5, p. 10.
Cinq est donc le nombre de l'existence matérielle
ou objective, c’est-à-dire de la vie à ses différents degrés.
Il faut concevoir la vie dans son sens étendu de principe
cosmique, éternel comme dit A. Micha, « car le simple
bon sens impose à notre esprit que la vie a existé avant
nous, avant notre univers même, puisque celui-ci ne
peut-être que son effet, et qu’elle doit exister toujours,
puisqu'on ne peut en concevoir l’arrêt (i) ». On peut
affirmer que tout ce qui existe matériellement est doué
de vie et l’Arithmosophie peut nous montrer les rapports
— d’apparence peut-être paradoxale — entre la matière
et la vie.
Cinq est unAiombre impair qui, comme tel, exprime
non un état, mais un acte, un passage, une transition. —
I,a matière n’est pas un état éternel, une limite perma
nente comme la Nature, mais une formation transitoire ;
c’est une organisation temporaire dont les Alchimistes
enseignaient les origines et les destinées, et dont on a
pu, scientifiquement, entrevoir l’évolution (2). Sans
aborder le problème de la « dématérialisation » de la
matière, on constate que dans les règnes végétal et
animal, les organisations de cette matière sont en voie
de perpétuelle transformation,non seulement par l’assi
milation et la désassimilation, mais par la naissance et la
mort : le substratum matériel, les corps chimiques,
sont perpétuellement remaniés par la vie. — Or, le
règne minéral ne diffère pas essentiellement des autres.
Aux Hermétistes revient le mérite d’avoir élaboré et
transmis la croyance à la vie minérale au moment où
la philosophie, inspirée de préoccupations pieuses,
avait creusé un abîme entre les différents règnes: Il

(1) A. Micha :Le Temple de la vérité..., Paris, 1917, p. 106.


(2) D r G. LE Bon : L’Evolution de la Matière, Paris, iqoq.
semble que la science actuelle, avec l’atomisme, la
radio-activité, la cristallographie et surtout l’étude des
transformations lentes de la matière, veuille s’orienter
vers une opinion analogue. Pour l'Occultiste, la vie est
universelle ; elle anime tous les corps minéraux ou or
ganisés. — La vie est dans les bulles constituantes de
l’atome qui a été tiré du chaos et qui y retournera
pendant la période de pralaya ; l’atome est une organisa
tion passagère maintenue par la grande source de vie ;
ses bulles sont soufflées par la respiration de Brahma
(le spiritus sanctus des chrétiens).
— La science con
temporaine a reconnu la prodigieuse activité de l’atome
dans les substances les plus inertes (i). Le père de tout,
le Thèlème, est ici; sa force est entière si elle est convertie
en terre (2).
Les hommes de science ont donné de la vie des défi
nitions bien incertaines et bien empiriques, cherchant
à l’opposer à la mort et n’ayant en vue que la vie des
organismes physiques dans leur individualité ; mais
l'Arithmosophie nous conduit à cette conception plus
large, que la vie est la fonction caractéristique de toutes
les productions de la Nature, c’est-à-dire de la matière
sous toutes ses formes : physique, astrale, mentale, etc.
Toute matière, modelée dans le cadre des Éléments,
est douée de vie, aussi bien l’être pensant que les rési
dus d’un cadavre putréfié, puisque l’atome est organisé,
puisqu’il évolue d’un commencement à une fin, puis
qu’il fait preuve d’activité (3) et puisqu’il est animé
par le grand spiritus mundi. Qu’est-ce autre chose que
la vie ? Sans doute, la vie est plus ou moins fixe et

(1) Cf. J. Perrin : Les Atomes, Paris, 1914.


(2) Table d’Emeraude, cinquième proposition.
(3) Cf. Stahl : Œuvres médico-philosophiques, trad.
T. Blandin, Paris, 1859, 3 vol. in-8, t. II, p. 402-408.
durable, plus ou moins complexe, de l’atome à l’animal,
et ses véhicules subissent de perpétuelles mutations ;
mais comme l’atome, la cellule et l’organisme naissent
et meurent ; le corps astral, le corps mental des créa
tures subissent les mêmes lois; les jivatmas eux-mêmes,
qui sont des émanations, retourneront un jour au sein
du Créateur. L’atome chimique et l’atome de l’adi-
tattwa sont animés du même rayon quinaire de la vie
transitoire et protéiforme. Ce que nous appelons nais
sances et morts ne sont que le jeu des combinaisons
produites par la matière toujours vivante, mais Eckar-
tshausen a pu dire que 5 est le nombre de la pourriture.
Ainsi la matière exprime la vie ; il n’y a pas de vie
sans matière,mais aussi pas de matière qui ne contienne
la vie à un degré d’organisation plus ou moins élevé.
La Matière ne subsiste que par l’action incessante de
la cause créatrice. Quand celle-ci cessera d’agir, toute
matière s’évanouira comme un nuage, au soleil ; alors
la vie cessera, en tant qu’organisation transitoire et
parcellaire pour se fondre dans l’existence unique,
totale, immuable. La matière, en effet, n’est que le
morcellement de l’existence unique en une multitude
de vies individuelles. Le Quinaire est le nombre de la
créature et de l’individualité (1) ; c’est l’activité créa
trice du Logos (Ternaire) s’exprimant dans le fini
(Binaire) (5 = 3 + 2).
Considérée seulement sur son plan physique, la
matière est le champ de l’incarnation dans les cinq
règnes (élémental, minéral, végétal, animal et humain).
Cette division quinaire des créatures a été conservée
par l’Église, en remplaçant les Élémentals par les Anges ;

(x) Cf. F. Warrain : La Synthèse concrète (Etude mystique


de la lie), Paris, iqio, p. 128.
mais l’incarnation dans les règnes inférieurs (élémental.
minéral, végétal) a été surtout étudiée dans l’enseigne
ment théosophique.
Il est remarquable que, dans les cinq règnes, les corps
d’incarnation présentent tous une différenciation bi
naire (polarités électrique, magnétique, chimique,
sexuelle). « Or, dit C. Agrippa, le nombre 5 est composé
du premier pair 2 et du premier impair 3 (l’unité mise à
Part), comme du mâle et de la femelle. C’est pourquoi
il est appelé le nombre du mariage (1) ». Claude de
Saint-Martin prétend que le passage du Quaternaire
au Quinaire marque l'acquisition de la propriété généra
trice (caractéristique de la vie) et il s’appuie sur ce fait que
l’âge de la puberté humaine (13-14 ans) donne par addition
théosophique les nombres 4 et 5 (1+3 = 4 ; 1 + 4 = 5).
Pour H.-P. BlavaTSKY,« 5 est l’esprit de vie et d'amour
humain ». Cette polarité si nette dans la constitution
du Quinaire ( 3 -f 2) est à la base de toutes les propriétés
matérielles et de toutes les fonctions vitales, en parti
culier de la reproduction.
Mais la signature quinaire de la vie apparaît encore
plus nettement dans les différents règnes. — Pour les
minéraux nous avons mentionné, en général, les cinq
propriétés de la matière (forme, divisibilité, impéné
trabilité, dissolubilité et inertie) et les cinq formes
platoniciennes qui, surtout dans la Chimie Occulte,
président à l’édification des corps.
Les Alchimistes disciples de Paracelse reconnaissent
cinq parties entrant dans la composition du mixte.
« Ils les appellent
principes prochains et naturels,
parce que, de toutes les choses que la nature forme, l’on
peut séparer cinq principes ou substances différentes. —

(1) C. Agrippa : Philosophie occulte, 11-8.


Ces cinq principes, selon eux, sont : Soufre, Mercure,
Sel, Phlegme et Caput Mortuum... Ils proviennent
d’autres principes plus éloignés, c’est-à-dire des quatre
qualités élémentaires : le chaud,le sec, le froid, l’humide...
mais de ces cinq principes les Cl^mistes n’en voient et
11’en touchent que quatre ; car le Soufre est invisible (1) ».
Nicolas Lémery expose encore la même théorie (2).
D’autres, comme David de Planiscampy, n’hésitent
pas à parler d’un cinquième clément « que la nature,
vraie artiste, dit-il, alembique des quatre premiers
et lequel est le principe et le fondement de notre divin
art (3) ».

Chez les Végétaux, les plantes les plus évoluées, les


Phanérogames, nous permettent de distinguer facile
ment en elles cinq parties essentielles : racines, tiges,
feuilles, fleurs et fruits. — Pour la morphologie florale,
tandis que les Monocotylédones donnent des fleurs
ternaires, les Dicotylédones produisent le plus souvent
des fleurs à cinq pétales. Lacuria y voit un exemple
des relations arithmosophiques qui unissent l’Unité
au Ternaire et le Binaire au Quinaire. D’une manière
générale les fleurs du type quinaire sont les plus répan
dues. Naturellement, cette disposition se retrouve
nettement dans beaucoup de fruits, et en particulier
la pomme symbolique d’ADAM et d’EvE, coupée trans
versalement, montre en son centre une figure pentago
nale, de sorte que le fruit défendu apparaît comme la
chute dans la matière, l’incarnation dans le corps

(1) Colonne : Abrégé dela doctrine de Paracelse et de scs


Archidoxes, Paris, 1724, in-12, pages 11 à xxm.
(2) Nicolas Lemery : Cours de Chimie, Paris, 1713, in-8.
(3) David de Planiscampy : L’Hydre morbifique exter
minée par l'Hercule chymique, Paris, 1628, in-8, page 51.
Dans îe monde animal, les types d’organisation
les plus inférieurs nous révèlent le plan quinaire : tel
est le cas des Radiés. Le fait que des animaux, pré
sentant une symétrie axiale, tendent à se différencier
selon cinq méridiens équidistants, est très général en
Zoologie, et particulièrement dans la faune primaire.
Actuellement les Echinodermes, comme l’oursin avec
ses cinq zones ambulacraires, et surtout l’étoile de mer,
sont des exemples typiques. Si maintenant l’on fait
nn saut jusqu’aux vertébrés, le nombre 5 réapparaît,
comme nous l’avons vu à propos du Dragon alchimique,
avec les quatre membres et la tête pour former un quinaire
d’appendices essentiels qui — abstraction faite de
l’appendice caudal (accidentel) — se détachent du
tronc.
Chez l’homme, le Quinaire trouve sa plus parfaite
expression dans les proportions du corps, qui est capa
ble de s’encadrer dans l’étoile à cinq branches, la
région pubienne (génitale) étant alors au centre de la
ligure (Fig. XI).
Il faut croire que cette
particularité de structure est
très frappante, car dans l’écri
ture idéographique chinoise si
ancienne, l’homme est repré
senté par le caractère jen, de
cette forme (Fig. XII), qui
semble vouloir représenter la
tête et les quatre membres
et qui se stylise en une étoile \il
à Cinq branches. Ce signe Le Signe Chinois jen.
apparaît également dans les
hiéroglyphes égyptiens, mais nous ignorons quel sens
précis lui est attribué : un sarcophage du Louvre a la
face interne de son couvercle constellée de ce même
caractère.
Le Quinaire représente encore le plan d’organisation
fondamental pour l’extrémité des membres chez les
Vertébrés ; c’est tout particulièrement le cas pour la
main humaine avec ses cinq doigts. On sait que la
Chiromancie prétend retrouver dans la main l’abrégé
de l’individu tout entier, et ainsi ce type quinaire prend
un intérêt très grand. 'Le pouce, qui se différencie si
nettement chez l’homme pour s’opposer aux autres
doigts, a été comparé à la tête.
Une conséquence directe de cette structure apparaît
dans la numération de certains peuples primitifs.
On prétend qu’il existe certaines peuplades très
arriérées qui ne sauraient compter au delà de cinq,
le nombre de leurs doigts. En ceci, ces sauvages sont
inférieurs à beaucoup d’animaux qui, sans calculer,
comme les chevaux d’Elberfeld, paraissent cependant
capables d’une compréhension numérique beaucoup
plus étendue, par exemple quand il s’agit de reconnaître
leurs petits. Quoi qu’il en soit, certains dialectes afri
cains ont une numération à base nettement quinaire.
Les Woloffs comptent ainsi : Bcnn i ; Niaré 2 ;
Niette 3 ; Niennen 4 ; Dionrom 5 ; Diourom-benn 6 ;
Diourom-niarc 7, etc., avec, cependant, un terme spécial
pour le nombre 10 (Fouk). — Les Toucouleurs (lan
gue Peulh) ont un système semblable : Go 1 ; Titi 2 ;
Tati 3 ; N ai 4 ; Dié 5 ; Dié-go 6 ; Dié-titi 7 ; etc., avec
également un terme spécial pour le nombre 10 (Sapo).
O11 trouve des formes de transition, moins nettement
quinaires dans les dialectes sousou et diallouké. En
sousou, on compte : Kiling 1, Firing 2, Sakhan 3,Nani 4,
Soulé 5, Senm 6, Solo-firé 7, Solo-masakhan 8, Solo-ma-
nani 9, Fouh 10 ; et en diallouké : Keddé 1, Fiddi 2,
Sakka 3, Nani 4, Soulou 5, Chéeni 6, Soulou-fidé 7,
Solou-mesere 8, Soulou-ménémi 9,Nafou 10.
En Asie, les Cambodgiens possèdent une nurnération
quinaire typique : Mouille 1, Pi 2, Beyc 3, Boun 4,
Pram 5, Pram-mouille 6, Pram-pi 7, Pram-beye 8,
Pram-boun 9, Tondap 10. Les Chinois, pour effectuer
leurs calculs, se servent de bouliers dans lesquels les
boules sont rangées cinq par cinq. Dans la langue indo-
européenne commune,les numéraux de 1 à 4 étaient des
adjectifs déclinables, tandis que de 5 à 19, ils étaient
indéclinables. En sanscrit, le mot pança ou pancha, qui
signifie cinq, a été rapproché du mot pani, la main, et
surtout de la racine pac, étendre (la main) ; en persan,
le mot cinq, pandj, se rapproche encore plus nettement
du mot pangha qui désigne la main étendue (1). Dans
Homère, on trouve l’expression irefjnra^eïv, compter
par cinq (2). Parmi les langues modernes, le russe,
pour désigner un nombre quelconque d'objets inférieur
à cinq, emploie une forme singulière: au delà de cinq,
le russe emploie un génitif pluriel marquant une
notion plus vague dans l'esprit de celui qui parle.
On dit, par exemple,Dva tchassa, Tchetyri tchassa (deux
heures, quatre heures) ; mais on dit : Piate tchassov,
Diéssiate tchassov (cinq heures, dix heures).
Pour les mêmes raisons peut-être, le nombre 5 servit
chez certains peuples à la mesure du temps. Chez les
anciens Perses, la jourliée était divisée en cinq gahs,
dominés chacun par un Yazata. Le Gah Havani allait
de 6 à 10 heures du matin, le Gah Rapithwina de
10 h. du matin à 3 heures de l’après-midi ; après venait
le gah Uzayurina jusqu’à 6 heures, le Gah Aiwisrathrema
de 6 heures à minuit et le Gah Ushashina de minuit à
6 heures du matin. Il est possible que les cinq sacrifices
quotidiens (Yajnas) du Brahmane indien correspondent
à cette division, du moins à l’origine. Dans l’antiquité
classique, les anciens comptaient quelquefois le temps
par périodes de cinq années (lustres) ; mais ici, le nombre
des doigts paraît de peu d’importance ; il s’agirait plutôt
d’une certaine concordance de la nouvelle lune avec le
début de l’année. Les Panathénées chez les Grecs et

(1) Cf. A. L’Esprit : Histoire des chiffres et des treize pre~


miers nombres, Paris, 1893.
(2) Homère : Odyssée, IV-413.
»
les grandes Dyonisiaques chez les Romains étaient
célébrées tous les cinq ans (i).
Pour en revenir à l’homme et à l’être vivant en
général, le Quinaire réapparaît dans le nombre des sens
physiques qui sont les divers moyens par lesquels celui-ci
peut prendre contact avec la matière dans son incarna
tion. Ces cinq sens correspondent aux propriétés di_ la
matière, la vue à la forme, l’ouïe à l’inertie (aptitude
à vibrer),le toucher à l’impénétrabilité,le goût à la disso
lubilité et l’odorat à la divisibilité (Lacuria). Ces sens
s’adressent aussi à différents états de la matière et
selon une hiérarchie : le toucher est le sens le plus ru
dimentaire, réparti sur toute parcelle de matière vivante;
il s’adresse surtout à la matière solide ; le goût est égale
ment très fondamental puisqu’il permet à la cellule
ou à l’être le plus inférieur de choisir son aliment et de
se défendre contre les substances nocives, mais il ne
s’adresse qu’aux liquides ; l’ouïe est déjà plus délicate
et ne perçoit plus .qu’un mouvement vibratoire, géné
ralement dans l’atmosphère gazeuse ; l’odorat n'est
impressionné que par une matière très subtile divisée
comme à l’état radiant ; enfin la vue est le sens le plus
élevé en rapports avec les vibrations de la matière
impondérable que les physiciens appelent éther.
La philosophie indienne attache une grande impor
tance aux cinq sens que le Yajur Veda appelle « les
cinq connaisseurs (2) ». — (« Les cinq qui éclairent», dit
un symbolique occidental) — en les rapportant aux
cinq Éléments. Les Indiens distinguent les cinq organes
des sens appelés organes passifs (chaksuh, l’œil; tvak,
la peau ; shrota, l’oreille ; rasana, la langue ; gandha,

(1) Cf. LENain : La Science cabalistique, Amiens, 1823.


(2) Kathopanishad, Vl-iO.
le nez), de cinq organes actifs correspondants (Vak,
organe de la parole; pani, les mains ; pada, les pieds ;
panu, l’anus, organe d’excrétion ; uspastha, les organes
génitaux).
Si les cinq sens sont bien « les connaisseurs », ils
sont aussi la source de l’erreur et de l’involution. « Addi
tionne le nombre 2 et le nombre 3, dit Martinez de
Pasquarry, tu auras le nombre 5 qui est celui dont se
servent les démons pour opérer la contre-action contre
l’action purement spirituelle divine. I^e nombre des
esprits démoniaques était, dans leur émanation, un
nombre quaternaire, savoir : le Père Eternel 1, le Fils 2,
le Saint-Esprit 3 et l’émanation provenant de ces trois
personnes divines 4. Mais les esprits pervers joignirent
de leur autorité privée et par leur seule volonté une
unité arbitraire au nombre quaternaire de leur origine,
ce qui dénatura leur puissance spirituelle et la trans
forma en une puissance bornée et purement matérielle (1). »
Il est à remarquer que si le jugement a, dans les
sens, une quintuple source,* l’erreur revêt en logique
une quintuple forme. Etant donnés deux termes dont
il s'agit de juger les rapports, on peut découvrir entre
eux l’harmonie réelle et c’est la vérité, mais on peut
aussi se tromper de cinq façons : i° nier le premier
terme en admettant le second, 2 0 nier le second en
admettant le premier, 3 0 admettre les deux termes sans
les concilier, 4 0 nier les deux termes, 5 0 les confondre,
ou les déclarer identiques. Marebranche distingue
cinq espèces d’erreurs : des sens, de l’imagination,
de l’entendement, des inclinaisons et des passions (2).

(1) Martinês DE Pasquarry : Traité de la Réintégration


des Etres, Paris, 189g, page 324.
(2) Marebranche : Recherche de la Vérité, Paris, 1678,
in-4, livre I, chapitre IV, page 16.
Pour ces raisons, le nombre 5 a pu revêtir une accep
tion défavorable, notamment dans le symbolisme
chrétien, mais déjà dans la littérature bouddhique
on trouve, à côté des cinq sens, les cinq péchés :
le meurtre, le vol, l’adultère, le mensongéTTivresse ;
les cinq souillures : la passion, la colère, l’ignorance,
l’arrogance et l'orgueil ; cinq obstacles à la vérité :
la connaissance de la misère, la vérité sur la faiblesse
humaine, les abstentions pénibles, la nécessité de se
séparer de tous les liens de la passion et même des désirs,
enfin « le sentier du salut (1) ». De la même façon, les
Indiens distinguent cinq causes de souffrance (Klesha-
karins) qui sont: Avidya (l’ignorance), Asmita(l’égoïsme),
Raga (le désir), Dvesha (la liaine) et Abi-nivesha
(l’attachement à la vie). Citons encore les cinq instru
ments de meurtre mentionnés par les lois de Manou (2).
Pour les Druses du Liban, il y a cinq péchés capitaux le :

meurtre, le vol, la cruauté, la cupiditeTlâ médisance (3).


Hésiode considérait comme néfaste le cinquième jour
de chaque mois.
Ce sens défavorable du Quinaire n’est, en somme, que
l’illusion inhérente à la matière et à la vie incarnée ;
c'est la contre-partie des cinq sortes d’expériences néces
saires fournies par les sens sur le plan physique. En soi,
le nombre 5 n’a rien de maüvais/pas plus que la matière
qu’il exprime, car s’il représente, comme l’observe
Cl. de Saint-Martin, la chute et l’incarnation, il
désigne aussi la volonté qui s’affirme dans ce passage
et l’instrument de la réintégration. EckarthausEN

(1) H.-P. BlavaTSKY : La Voix du Silence, 3 e édit., Paris,


p. 21.
(2) Manava-Dharma-Shastra, III-68.
(3) H.-P. BlavaTSKY : Isis dévoilée, Paris, 1920, t. III,
p. 4 iQ-
in

dit que 5 est le nombre de la grâce. Les bouddhistes


disent de même que le sentier unique suivi par le Karma
se subdivise en cinq sentiers de la renaissance qui mènent
et agitent tous les êtres humains en des états perpétuels
de douleur et de joie (1). Cinq est le nombre de la vie.
Dans les Vedas on trouve une remarquable applica
tion du Quinaire à la physiologie. La vie organique
générale est divisée en cinq vies particulières qui sont :
vie inférieure, apana, spécialisée à l’excrétion (intestins,
vessie); vie supérieure, prana, spécialisée à la respiration,
à la fixation de l’air atmosphérique; vie égalisante,
samana, spécialisée à la nutrition ; vie pénétrante, vyana,
spécialisée à la conservation de la forme, à la résistance
aux forces de désagrégation, et vie ascendante, udâtta,
spécialisée à la direction générale des courants de vie (2).
Ces cinq vies particulières constituent le faisceau de
cinq flèches (pancha bana) que soutient la vie. Elles
sont des adaptations des cinq grandes forces macro
cosmiques établissant l’harmonie entre l’homme et
son milieu. — Voici ce qu’en dit l’Atharva-véda :
«
C’est le Soleil qui est la vie supérieure du monde
extérieur ; c’est lui qui, lorsqu'il se lève, répand sa
grâce sur la vie supérieure enclose dans les yeux. La
force inhérente à la terre est, pour l’homme, ce qui sou
tient la vie inférieure. L’Ether, qui est au milieu, est
la vie égalisante, l’air la vie pénétrante, le feu est
la vie ascendante, et c’est pourquoi l’homme, dont le
feu s’est éteint, s’en va aux renaissances ; ses sens sub
sistent dans son mental (3). » Ces relations entre les

(1) H.-P. BlavaTSKY : La Voix du Silence.


(2) Rama Prasad : Nature’s finer forces. Theosoph.
publ. Soc., in-8, London, 1890.
(3) Prashnopanishad, III, 8-9 ; Cf. Neuf upanishads.
Public, theosoph., Paris, 1914.
vies particulières et les cinq éléments paraissent diffi
ciles à justifier, mais, en elles-mêmes, ces vies spéciales
ne sont autres que les grandes fonctions vitales : nutri-
tion, respiration, excrétion, fonctions antitoxiques
(ou antixéniques) et sensibilité (ou fonctions nerveuses).
Cette division, très rationnelle, rappelle beaucoup
celle qu’établit le Prof. Grasset, de Montpellier, dans
son traité de Physiopathologie. Elle a l’avantage remar
quable de s’appliquer aussi bien à la cellule isolée qu'à
l’organisme le plus complexe. Elle se retrouve d’ailleurs
très exactement ‘dans la médecine hippocratique
des humeurs et des tempéraments. — Le tempérament
lymphatique représente un excès de nutrition, d’ana
bolisme (samana) ; le tempérament sanguin, un excès
d’hématose (prâna) ; le bilieux, un excès de la fonction
antitoxique (vyana) ; le mélancolique, un excès de
la fonction d’excrétion (apana). Quant aux fonctions
nerveuses (udana), elles ne constituent pas, par leur
excès, un tempérament spécial dans le système qua
ternaire classique ; là elles se rapportent au tempéra
ment mélancolique non arrivé à maturité (le nerveux
étant un mélancolique jeune (i) ; mais parmi les auteurs
modernes, certains comme Cabanis (2), Moreau (3)
>
Ledos (4) n’ont pas hésité à décrire un tempérament
nerveux différent du tempérament mélancolique, se
rapprochant ainsi du vieux système védique. Il faut

(1) Cf. D r R. ALLENDY : Les Diathèses de Nutrition, in


Revue Française d’Homœopathie,Paris (juin-septembre 1920).
Las Diatesis de Nutric*on, in Revista de Homeopatia Praotica
(Barcelona, Marzo-Apr. 1921).
(2) Cabanis : Traité des rapports du physique et du moral,
Paris, 1802.
(3) Moreau : Appendice à l’Edit, de LavaTer,i835, p. 146.
(4) Ledos : La Physionomie humaine, Paris, 1895.
noter que,dans la théorie humorale de l’Occident, depuis
Hippocrate jusqu’aux hermétistes, les tempéraments
et leurs fonctions biologiques spéciales ont toujours
été en rapports étroits avec les éléments, comme chez
les Indiens. La répartition en quaternaire n’exclut pas
une grande ressemblance avec le système védique qui
naire. La tradition veut même qu’HiPPOCRATE ait con
sidéré le nombre 5 comme le signe de la santé. Para
celse [liber Entium) distingue cinq entités morbides. Il
est en tout cas frappant que les biologistes en arrivent
très souvent à grouper sous cinq chefs différents les
lois auxquelles tous les êtres vivants obéissent. Telle
est la classification du Prof. Roqer (1) qui distingue :
i° les lois physico-chimiques ou des actions externes,
2° lois de nutrition, 3 0 lois de reproduction, 4 0 lois du
type originel, 5 0 lois de l’individualité.
Au point de vue occulte, 5 est le nombre de toute
créature (2) ,mais particulièrement le nombre de l’homme,
parce que celui-ci embrasse dans son existence cinq
plans de matière : physique, astrale, mentale, bouddhi
que et atmique. Tels sont les cinq étuis des Védantins :
Annamaya Kosha, le corps physique ; Pranamaya
Kosha, le corps éthérique et astral ; Manomaya Kosha,
le mental inférieur ; Vignanamaya Kosha, le mental
supérieur et Anandamaya Kosha, le véhicule bouddhi-
manasique (3).— Les Indiens reconnaissent encore cinq
fonctions particulières à l’homme : Pramana, la com
préhension, Viparyaya, l’erreur, Vikalpa, l’imagina
tion, Smitri, la mémoire et Nldra, le sommeil. —

(1) Prof. Roger, in Pathol, génér.de Bouchard,Paris, 1895,


t. I. p. 37-
(2) De Sevane : Elliptische philosophie... Pantanomische
Pantanomie, Francfort a/M., 1880, in-8.
(3) D r Pascal : Les sept principes de l'Homme, Paris,i895,p.io.
D'après le Bouddhisme, l’être incarné est formé de cinq
skandas qui se réunissent au moment de la naissance ;
ce sont : Rupa, les qualités matérielles ; Vedana, la
sensation ; Sanna, les idées abstraites ; Samkhara, les
tendances de l’intelligence, les concepts, et Vinnana,
les pouvoirs de l’intelligence ou la connaissance. A
ceux-ci peuvent être rapportés les cinq pouvoirs surna
turels: prendre toutes les formes, entendre tous les sons,
pénétrer les pensées, connaître les existences antérieures
du prochain et découvrir tous les objets. Philon,
Porphyre et Plotin admettent cinq principes dans
l’homme : xô aüpa, principe de la cororéité ; xô Srwov,
principe de l’animalité ; *, '>
l’âme proprement
dite (imagination, mémoire) ; 6 voù;, l’intelligence et
xè 0eïov, le principe divin.
I,es Soufis admettent cinq degrés dans l’humanité
avec cinq natures correspondantes : Adami, l’homme
ordinaire ; Insaan, l’homme sage ; Parsa, l’homme ver
tueux ; Weli, le saint; Nabi, le prophète. Pour eux,
l’homme se développe sur cinq plans : nasout, plan
matériel, malakout ou mental, djabrout ou astral,
lahout ou spirituel et hahout, plan de la haute cons
cience. Ces plans correspondent à cinq forces évolutives
et aussi aux cinq éléments: Nour, l’Ether ; Baad, l'Air ;
Atish, le Feu ; Aab, l'Eau ; Khak, la Terre (1).
La Kabbale admet que l’homme incarné est cons
titué de cinq parties : le corps, plus quatre autres alliés
au corps : force vitale, âme instinctive, âme rationnelle,
âme divine. Nous verrons plus loin que ce Quinaire se
complète en un Septénaire (2).
Enfin on a décrit les cinq puissances de l’âme :
(1) Inayat-Khan : Le Message Soup, Paris, 1913. P- 45-
(2) Moïse Corduero : Le jardin des Grenades, ooid-i-dtib,
in-fol., Cracovie (xvii e siècle).
végétative, sensitive, concupiscible, irascible et rai
sonnable. On a aussi prétendu que les centres de civi
lisation humaine passaient par cinq phases : de cons
titution, de préorganisation, d’organisation, d'apophie
et de décadence, formant une période quinquaséculaire (1).
Cinq, le nombre de la créature, convient donc par
ticulièrement à l’homme et plus spécialement à l’homme
actuel, car, selon laThéosophie comme selon Hésiode, la
période présente est celle de la cinquième sous-race
de la cinquième grande race terrestre. — L/hoinme-Dieu,
JÉSUS, l’initiateur et le prototype de notre étape évo
lutive, porte le sceau du Quinaire. Son nom hébraïque,
mwn\ procède du tétragramme sacré mn\ par l’ad
jonction, au milieu de ce mot, de la lettre schinn
ttf. Or, la lettre U? symbolise précisément la vie. Sa
forme bien caractéristique qui se retrouve dans la
lettre arabe correspondante, sin ou chin JUU et dans

la lettre slave cha LU, rappelle l'arc tendu de la flèche


qui s’en échappe (les flèches du faisceau vital des Upa-
nishads), produisant dans l’air le son sifflant de s ou
de ch, d’où la signification de vibration, mouvement,
activité. On y a vu aussi une figure du feu (trois flammes
qui s’élèvent) symbolisant la lumière, le véhicule de vie
non différenciée, le médiateur plastique universel qui
effectue les incarnations et permet à l’esprit de descen
dre dans la matière. Saint Jérome, dans son Inter
prétation mystique de l’alphabet, fait du xs le symbole de
la parole, du Verbe vivifiant, et cette lettre renversée,
dans l’étoile flamboyante, montré à l’initié Rose-Croix
l’incarnation du Verbe divin dans la nature humaine (2).
L’adjonction du xc au tétragramme marque le passage
(1) R. Bruck : L'Humanité, 1864, 2 vol., in-8.
(2) Papus : Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris, 1899,
p. 98.
138 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

du Quaternaire au Quinaire pour la production de la


créature vivante. Jésus, le « Verbe fait chair », repré
sente kabbalistiquement toute créature, et en particu
lier l’homme, puisque» celui-ci est la plus évoluée des
créatures. Jésus, créature idéale, percé de cinq plaies,
et supplicié sur la croix quaternaire, exprime d’une
certaine façon l’épreuve de la vie, la créature soumise
aux vicissitudes de la nature, ballottée par les tendances
élémentaires et soumise à la fatalité de leur cycle de
renouvellement, c’est-à-dire à la mort et aux éternels
recommencements. Au point de vue divin, la cruci
fixion représente le sacrifice du Logos, la dispersion
de son action ternaire dans le non-être binaire, l'effort
par lequel il entretient la matière et la vie au moyen
d’une habitation perpétuelle dans la partie de Koïlon
qu’il a choisie comme le champ de son univers. JÉSUS,
le dieu quinaire, représente l’incarnation idéale ; il est
la vie, c’est-à-dire « une fontaine aux cinq courants
issus de cinq sources aux tournants périlleux, dont
l’origine primordiale est la quintuple connaissance aux
cinq remous, dont le mascaret est la quintuple souffrance
aux cinquante bras, aux cinq niveaux (1) ».
La venue du Verbe fut annoncée aux Mages par
l’étoile à cinq branches, qui est aussi le signe du prochain
grand instructeur, la marque du Boddhisattwa. Cette
figure est le symbole quinaire par excellence et revêt
partout un sens favorable. Tracée d’un seul trait, elle
passe, en Magie, pour écarter les influences mauvaises
et elle est à la base des pentacles. Ce signe, dit C. Agrippa,
« avec la vertu du nombre
cinq, a une merveilleuse force
contre les mauvais daïmons, de même que par la trace
de ses lignes, moyennant lesquelles il a au dedans cinq

(1) Yajur-Veda (Noir) Shvetashvataropanishad, I, 5.


angles obtus et au dehors cinq angles aigus, des cinq
triangulaires qui en font le tour (1) ». Le pentagramme
est devenu l’Étoile flam
boyante des Francs-Ma
çons, emblème caracté
ristique du deuxième
grade, représentant la
tête qui commande aux
membres, l’esprit vain
queur des attractions
élémentaires (2). Ren
versé, le pentagramme
représente la mauvaise
acception du Quinaire, Fig. XIII. — Le Pentagramme.
l’esprit perdu dans la
matière et dominé par elle, l’égarement des sens, les
mayas du monde matériel, l’aberration, l’anarchie,
l’aveuglement. Il sché
matise alors la tête de
bouc, les deux pointes
supérieures représen
tent les cornes, les
deux pointes latérales,
les oreilles,et la pointe
inférieure le menton et
la barbiche (3). C’est
une forme démonia
que.
Dans l’antiquité
orientale et extrême-

(1) C. Agrippa : Philosoph. Occult., II-23.


(2) O. WlRTH : L’imposition des mains et la médecine philo
sophale, Paris, 1897, p. 168.
(3) BoüRGEAT : Le Tarot, Paris, 1913, p. 30,
orientale, le pentagramme est plus volontiers figuré par
cinq rayons linéaires équidistants. — Les Chinois
attribuent au caractère jeu une influence occulte
bénéfique. Le Chou-Kin g mentionne cinq modalités
actives (parole, vue, ouïe, toucher et figure extérieure
du corps),— cinq périodes (année, mois, jour, étoiles,
méthode de calcul), —cinq félicités (longue vie, richesse,
tranquillité, amour de la vertu, vie heureuse).
Il y a cinq planètes (en plus des luminaires, soleil
Gé, et lune, Yuc) qui sont Tou, Saturne, répondant au
Hing, Terre; Mou, Jupiter.au Bois; Ho, Mars.au Feu;
Kin, Vénus, au métal, et Choui, Mercure, à l’Eau. Il
y a cinq tons musicaux : Koung.chang, kio, tché, yn. —
Il y a cinq dragons gouvernant les cinq parties du monde
(les points cardinaux et le milieu): Tchoun-loung,Chou-
loung, Ki-loung, Chao-loung, et Koun-loung.
Le Quinaire est symbolisé par différents animaux
fabuleux : le Ki-lin (quadrupède) possède des écailles
des cinq couleurs ; le Fou-Hoang (oiseau) possède des
plumes des cinq couleurs ; son chant comporte les cinq
tons musicaux ; il est formé de cinq parties : tête de
coq, cou de serpent, dos de tortue, queue de poisson, et
couleurs de dragon (1).
Dans l'Inde le Quinaire est rapporté aux cinq grands
Êtres, aux Éléments et à leurs Dévas. Le Taittiriyopa-
nishad (I, 7) mentionne les catégories quintuples de
la nature :
« La terre,
l'espace intermédiaire et le ciel, les points
cardinaux et leurs directions moyennes. — Le feu,
l'air, le soleil, la lune, les espaces stellaires. — L’eau, les
plantes, les bois des forêts, l’espace lumineux, le moi
(des choses). — Voilà ce qui concerne les créatures.

(1) ForTia d’Urban : Hist. antédiluv. de la Chine. Paris,


1840.
«
Maintenant au sujet du moi : vie supérieure, infé
rieure, pénétrante, ascendante, égalisante ; vue, ouïe,
parole, mental,toucher; peau, chair, muscles, os et moelle.
«
Quintuple en vérité ce Tout. Grâce au Quintuple,
Brahma soutient le Quintuple. »
Les cinq sons des voyelles, dans toutes les langues
humaines, et en particulier dans les langues indo-euro
péennes, ont aussi pu servir de symbole. Il y a encore
le serpent à cinq têtes des shastras ; ce serpent, appelé
Kaeya, vivait dans l’eau et représentait les passions
humaines ; il fut tué par Krishna. A. Besant en rappro
che la lettre M et le signe Makara du Zodiaque (le
Crocodile) (1). Les lois de Manou prescrivent cinq
grandes oblations) (Yajnas) par jour (2). Il y a enfin le
collier magique de Vishnou (Vaijayanti) composé de
cinq pierres précieuses.
Selon les Bouddhistes, le Bouddha idéal, existant
par lui-même et omniscient, créé, par cinq actes de sa
puissance contemplative, cinq Bouddhas célestes, les
quels engendrent chacun un Boddhisattwa divin pré
sidant à un acte de sa création ou, selon les Svabhavikas,
à un des cinq éléments.
— Cakkya Mouni convertit
d’abord cinq ascètes : Kondanya, Bhaddya, Vappa,
Mahanama et Assadji ; il montra que la douleur
procède du quintuple attachement aux choses terres
tres ; ses disciples reconnurent cinq péchés, cinq souillures
(cf. page 132) et établirent cinq défenses fondamentales :
ne pas s’enivrer, ne pas être impudique, ne pas tuer,
ne pas voler, ne pas mentir. Ceci correspond aux cinq
Yamas (obligations morales) dont la pratique constitue
le premier degré de Yoga : bienveillance, honnêteté,
véracité, chasteté, désintéressement.
(1) A. Besant : La Construction d'un Univers, Paris, 1908*.
(2) Manava-Dharnia-Shastra,Xi-245.
Chez les Egyptiens, les Pyramides, avec leurs quatre
angles inférieurs et leur sommet supérieur, peuvent
être considérées comme une expression du Quinaire
(5 sommets). L’étoi
\ le à cinq branches
était usitée (cf.
page 127).
Dans la Bible,
les princes d’Israël,
offrent, dans leurs
sacrifices pacifi
1 ques, cinq béliers,
cinq boucs, cinq
3 agneaux ( 1 ). Les
Philistins renvoient
Fig. XV. — Les cinq sommets
de la pyramide. cinq ex-voto d’or
avec l’Arche (2).
David demande cinq pains à Abimelecii (3). En
hébreu, le nombre 5 signifie « saisissement, contraction
comme par les cinq doigts ». C’est, dit Fabre-d’Olivet,
la matière saisie par le plus matériel des cinq sens. —
Il s'écrit au moyen de la lettre Hé n qui représente
« un rayon
solaire versant sur la terre sa pluie bienfai
sante de vie (4) » et qui symbolise la vie universelle,
l'haleine de l’homme, l’air,l’esprit, l’âme, tout ce qui est
animateur et vivifiant. Pour le Kabbaliste Eléazar
de Worms, n symbolise « le souffle » ; son nombre
quinaire représente les quatre humeurs unies à l’âme (5).

(1) Num., vn-17-83.


(2) I Reg., vi-5.
I
(3) Reg., XXI-3.
(4) Cf. Ciiarrot : La Rose-Croix Pentagrammafique.
' Voile d’Isis, 1914.
(5) Karppe : Elude sur le Zohar, Paris, 1901, p. 292.
L’antiquité classique semble avoir pleinement compris
le Quinaire. — Diodore explique que le monde est
quintuple, formé de Terre, d’Eau, d’Air, de Feu, d'Ether,
et que du mot iiév-e, cinq, dérive n«v, le Tout. Ainsi,
le dieu Pan se rattacherait à la même racine indo-
européenne que le mot cinq (Pancha en sanscrit).
Remarquons les rapports de la tête de bouc (figure de
faune) avec le pentagramme renversé.
Le nombre 5 était dédié soit à Junon(i), soit à Mer
cure (2). Une rose à cinq pétales garnissait le visage
d’Hécate.
Le nombre 5 jouait un rôle important dans les Mys
tères. Les Panathénées et les grandes Dynosiaques
revenaient tous les cinq ans. Théon de Smyrne, dans
sa Mathematica, divise le rituel mystique des Mystères
en cinq parties : la première est la purification préala
ble ; la deuxième, la réception des rites sacrés ; la troi
sième est l’Époptéïa, la quatrième est l’investiture ou
le placement des couronnes, et la cinquième confère la
communication directe avec la divinité. — « 11 y avait
à Sparte cinq Ephores ; à Rome, cinq tribuns du peuple ;
à Carthage, cinq Pentarques; cinq Spartes aident Cadmus
à bâtir Thèbes (3) ».
Dans le Christianisme, le Quinaire paraît surtout
se rapporter aux cinq sens. Saint Grégoire explique
les cinq talents du serviteur laborieux comme les cinq
sens de l’homme utilisés pour son salut. La parabole
des cinq vierges sages et des cinq vierges folles (4) paraît
bien se rapporter au double usage que l’homme peut
faire de ses sens et de sa vie incarnée. Dans les Evangiles,

(1) Cf. Plutarque : Vie de Pythagore.


(2) Cf. C. Agrippa : Philosophie occulte, ii-8.
(3) Cf. D. Ramée : Théologie cosmogonique, Paris, 1853, 1-1.
(4) Matth., xxv-2.
cinq pains servent au miracle de la multiplication (i).
Saint Augustin rapporte les cinq livres du Pentateu-
que à la continence des cinq sens (2).
I/acception vitale du Quinaire apparaît dans les
Catacombes comme un symbole de bonheur et de longévité:
la représentation d’un dé avec cinq points sur les pierres
tombales symbolise une vie heureuse. L’image est
répétée quatre fois des deux côtés de l’encadrement
circulaire qui entoure la peinture principale (3).
L’Église semble vouloir s’adresser aux cinq puissances
de l’âme en recommandantcinq actes avant la communion :
actes d’espérance, de désir, d’humilité, d’amour et de
foi. Elle institue encore cinq principes sacramentaux
qui peuvent y être rattachés : l’eau bénite, le pain
béni, la bénédiction du prêtre, le baiser de paix et le signe
de la croix.
r Chez les Arabes, le Quinaire est représenté par la
[main de Mahomet, équivalent du pentagramme qu’on
trouve sur certainsétendards musulmans. Chez eux,comme
chez les Juifs et les Malgaches, l’empreinte d’une main
gravée sur la porte de la demeure passe pour écarter
l’esprit malin. La main étendue apparaît comme sym
bole de vie et d’incarnation dans les tableaux de la.
Renaissance représentant l'Annonciation.
Chez les Bohémiens, le Quinaire s’exprime par le
cinquième arcane du Tarot, le Pape.
L’Astrologie ancienne considérait cinq planètes er
rantes (le Soleil et la Lune mis à part) et reconnaissait
cinq termes dans chaque signe zodiacal.

(1) Matth., xiv-17.


(2)Saint Augustin, In Ps., XLIX-9 ; Cf. encore Saint
IrÉnéE : Adv. haer., II-24.
(3) Cf. Raold-RocheTTE : Tableaux des Catacombes^
Paris, 1837, in-8, p. 130.
I,a rose des Rose-Croix comporte, comme dans la
nature, cinq pétales ou des séries concentriques de cinq
pétales. — Leur emblème représente non plus la créa
ture souffrant des lois inexorables de la nature, comme
la Crucifixion, mais la nature produisant la créature
dans son harmonie et sa beauté, la vie s’épanouissant
dans le cadre de la nature.
Le symbolisme maçonnique ffiit jouer un rôle im
portant à l’étoile flamboyante. — La profondeur du
tombeau d’HiRAM est de cinq pieds; le Quinaire est,
par excellence, le nombre du Compagnon qui fait cinq
voyages et qui découvre l’étoile flamboyante, ainsi
que les cinq significations du G.


CHAPITRE VI

LE SÉNAIRE

La Beauté ; L’Harmonie providentielle ; le Karma ;


l’Epreuve ; la Justice.

« Six est le nombre sur lequel l’homme doit


dominer après la restauration. »
(Claude de St Martin, Des Nombres.)

Avec le nombre 6 nous inaugurons la seconde moitié de


la série des nombres simples. En vertu de l’idée de diffé
renciation qui s’attache au Binaire, les deux moitiés
de cette série doivent présenter, l’une par rapport à
l’autre, une opposition dans leur sens général.
Si nous considérons, dans son ensemble, la première
moitié que nous venons d’étudier, nous y voyons la
transformation progressive de l’Absolu jusqu'au monde
de la matière et de la vie ; elle nous fait assister, en quelque
sorte, aux étapes idéales de la création. La cause incon
naissable (Unité) devient successivement le principe
de la différenciation (Binaire), de l’action et de l’orga
nisation (Ternaire), de la forme réalisatrice (Quaternaire)
et de la vie (Quinaire). C’est en quelque sorte la dégra
dation de l’Absolu, sa dispersion dans la multiplicité
des créatures, sa descente dans la matière.
Par opposition, la seconde moitié de la série dénaire
doit nous montrer le chemin de retour, la voie que sui
vent les individualités créées dans la matière pour
faire progressivement retour à l’Unité définitive (puis
que le Dénaire ne constitue qu’une acception parti
culière de l’Unité).
La série numérique simple comprend ainsi un arc
descendant, de 1 à 5, qui exprime les principes succes
sifs qui président, au point de vue mental pur, aux
étapes de l’incarnation — et un arc ascendant qui
commence avec le Sénaire et qui montre les principes
successifs de la réintégration. Ces derniers constituent
des notions plus difficiles à saisir, parce qu'au delà
de la vie quintuple de nos cinq sens, de notre cinquième
stade d’évolution ; leur interprétation arithmosophique
devra s’appuyer non plus seulement sur des considéra
tions logiques en rapport avec les objets de notre con
naissance directe ou sur des considérations naturelles
en rapport avec les objets de notre expérience sensible,
mais sur des considérations plus proprement méta
physiques. — D’ailleurs, les nombres correspondant à
ces notions devenant de plus en plus complexes, il
sera possible, pour les comprendre, de se reporter à la
connaissance des nombres qui les précèdent, qui les
constituent par leurs combinaisons (multiplication
ou addition) — et aussi à la signification synthétique
que nous avons reconnue aux qualités arithmétiques :
parité, imparité, divisibilité ou indivisibilité (nombres
premiers), forme (nombres carrés, triangulaires, etc.).
Il faut remarquer que l’idée générale, exprimée par
chacun des nombres de la série simple, apparaît comme
conditionnée par l’idée du nombre précédent, qui l’em
boîte en quelque sorte et dont elle est la conséquence
logique. Ainsi, la différenciation binaire suppose l’iden
tité ou l’homogénéité préalable de l'Unité ; l’organi-
sation ternaire suppose la différenciation ; la forme
naturelle quaternaire suppose l’organisation créatrice ;
enfin la matière et la vie quinaire sont une conséquence,
un produit de la forme naturelle.
D’après ces considérations, le Sénaire doit exprimer
une conséquence du principe quinaire qui représente
l’existence objective, l’individualité des créatures ; or,
logiquement, le premier effet, pour une créature, d’être
douée de vie et d’individualité, consiste à lui créer
certaines relations soit avec son créateur, soit avec les
autres créatures.
Pour comprendre la nature de ces relations, il faut
considérer que le Sénaire est un nombre pair (1) et qu’il
doit signifier, comme tel, un principe d’éqùilibre, de
correspondance statique entre deux termes analogues
et non une action transitoire ou un passage. Il est l'ins
trument d’une progression, mais non la progression
elle-même. C’est dans ce sens très particulier que Mar
tinez de Pasqually a pu écrire : « Ce nombre sénaire
n'est pas aussi parfait ni aussi puissant en vertu spi
rituelle que le nombre septénaire, et cela parce que le
nombre sénaire peut se diviser en deux parties égales
ou deux fois 3, ce qui ne se peut pas faire sur le nombre
septénaire sans le détruire ou le dénaturer (2). » Cette
opinion n’est acceptable que dans la mesure où l’on
peut préférer l’effet à la cause, et dans le but d’établir
une distinction ; en soi-même, au contraire, le Sénaire pré
sente de remarquables perfections et Claude de Saint-
Martin le considère comme un des plus intéressants.
(1) Les Chinois disaient que les nombres pairs sont blancs
ou vides et les impairs noirs ou pleins. Eckartshausen dit
que le nombre impair est indéfini, parfait, masculin.
(2) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration
des Etres, Paris. 1899, p. 128.
Les traits les plus remarquables du Sénaire sont
les rapports qu’il affecte avec le Ternaire. Par sa forme,
c’est un nombre triangulaire (cf. page 295),mais surtout
il a la curieuse propriété d’être à la fois la somme des
trois premiers nombres ( 1 + 2 + 3 = 6) et leur produit
(1 x 2 X3 = 6), ce que Martinez de Pasquaeey tra
duit par la réunion de l’Intention, de la Volonté et de
la Parole dans la création (1), et Etchegoyen par « la
puissance de la Pensée universelle créatrice qui se mani
feste dans le Veibe (2) » ou par le développement de
la Cause exemplaire (3 X 2). — Tes anciens considéraient
comme parfait, 'réXeio;, tout nombre égal à la somme
de ses diviseurs (3). 6 est donc un nombre parfait. Il est
en même temps sphérique. Il est le moins élevé de
tous les nombres qui ont deux facteurs premiers, et
ses puissances ont un nombre considérable de divi
seurs.
C’est surtout comme double Ternaire que le nombre 6
est intéressant. — Sa parité montre l’état d’équilibre
qui résulte de l’opposition de deux organisationsternaires,
de deux actions. De ces deux Ternaires, le premier :
1 — 2 — 3, représente le Logos dans ses phases
d'organisation créatrice ; le seqond, qui s’oppose à
celui-ci, ne peut être que son reflet dans le monde de
la créature. Dans ces conditions, 4 est le cadre de la
nature, 5 représente les productions qui la remplissent
et 6 sera l'action de ces créatures ou plutôt leur contre-
action par rapport à celle du créateur. Dans le Ternaire,
le Logos crée en tant qu'Individualité organisée à cet
effet ; dans le Sénaire, l’être vivant réagit en tantqu’in-
dividualité particulière, également organisée, mais
(1) Martinez de Pasquaeey, loc. cit.
(2) Etchegoyen De l’Unité..., Paris,
:
1836, 3 vol.
(3) Euceide : lib. VII, def. 22.
l’action ternaire du Logos est positive et effective
(nombre impair), tandis que la réaction sénaire de la
créature est, par elle seule, négative et inefficace (nombre
pair) ; elle ne peut donc être envisagée ici que par rapport
à l’action du Logos et seulement comme un reflet de
celle-ci. — Le Sénaire marque ainsi l'opposition de la
créature au Créateur dans un équilibre indéfini, et c’est
là son acception essentielle.
Cette opposition peut être comprise de diverses
manières. C’est d'abord une opposition d’analogie.
L’organisation intérieure qui fait du Logos créateur
l’Individualité totale fait de la créature une individua
lité particulière et constitue leur clef d’analogie commune.
C’est pour cette raison que le Ternaire se retrouve dans
tout ce qui est organisé sur notre plan, comme un
reflet plus ou moins réfracté de l’harmonie suprême, car
« ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». — En
haut ce sont les trois Logoi ou les trois personnes de
la Trinité divine ; en bas, ce sont, par exemple : la Forme,
la Matière et l’Existence dynamique, ou les trois prin
cipes de l’homme, ou les trois principes alchimiques
dans leurs innombrables applications : le Soufre, le
Mercure et le Sel.
D’un côté, ce reflet du Créateur dans la créature
est le fondement même de la beauté. Les anciens avaient
dédié le Sénaire à Vénus ; saint Ambroise en fait le
symbole de l’harmonie parfaite et Tiphereth, la sixième
séphirah des Kabbalistes, n'est autre que la Beauté,
inspiratrice de l’Art (1).
A un autre point de vue, l’opposition des deux
ternaires marque une relation de dépendance : l'un

(1) V. Emile Michelet : De l’ésotérisme dans l’Art, Paris,


1890, broch., in-8, p. 6-8.
LE SÉNAIRE 151

entraîne, l’autre est entraîné, et ce rapport de l’activité


du Créateur à l'activité de la Créature constitue la
Providence des Chrétiens. — C’est par son analogie avec
le Créateur que la créature, faite à l’image de l’Arché
type, est accessible aux inspirations ou à la direction
de celui-ci. C’est par cette ressemblance que, malgré les
aveuglements des sens et du mental, malgré les chocs
des erreurs contraires, elle doit nécessairement accomplir
à la fin ses desseins et suivre plus ou moins facilement
le chemin qu’il lui a tracé. C'est en vertu de cette rela
tion sénaire que la créature peut s'identifier au Créateur
dans l'acte de la méditation ou de la prière, en recevoir
l’influence bénéfique et s’affranchir au maximum des
liens de la fatalité. 6 représente les cinq espèces de
créatures s'unissant au Créateur, l’union de la vie
quintuple des êtres avec la vie une de Dieu, ce que
symbolise Bouddha réunissant ses cinq disciples dans
la forêt.
Mais, la plupart du temps, l’être ne laisse pas cette
communion s’opérer sans heurt ; son activité propre,
aveuglée par les mayas de l'incarnation, tend à
s’opposer à l’activité divine en un véritable antago
nisme. Le lien sénaire empêche cette rupture et tend
perpétuellement à rétablir la concordance au moyen
d'une série de contre-actions qui constituent, du côté
de l’Archétype, [a Providence, mais qui se présentent
à la créature comme le Destin, la Fatalité. Cette coer
cition équilibrante oblige l’individu à suivre quand
même les voies de l’Archétype, mais au prix des heurts
les pl is douloureux pour lui quand il s’efforce d’y résis
ter. — 6 est ainsi le nombre du Destin (1).

(1) P. Vuu.ia.ud : Le Destin mystique, Sénaire mystago-


gique, Paris, 1910.
La créature, en tant qu’activité ternaire, peut s’oppo
ser non seulement à l’Archétype, mais à l’activité
individuelle des autres créatures avec lesquelles elle
se trouve en contact. De là encore une série d’actions
et de réactions qui se conditionnent réciproquement
selon la grande loi d’équilibre sénaire, et ce mécanisme
constitue plus proprement le Karma, le « lien des oeuvras ».
En vertu de celui-ci, l’être vivant agit sur l’activité
des autres créatures, appelle des. contre-actions néces
saires et se lie au jeu de leurs combinaisons.
A la vérité, il n’y a pas lieu de distinguer le Karma,
qui lie l'individu aux autres êtres, du Destin qui le lie
à l’Archétype, car la norme est identique. L’offense
qui lèse une créature lèse aussi le plan harmonieux du
Logos et appelle une réaction dont le choc constituera
le châtiment. L’individualité de la victime n’intervient
peut-être qu’en ce qui concerne la forme et l’agent de
ce châtiment, mais selon des lois généralement trop
complexes pour notre entendement, ce qui fait dire que
« les desseins de Dieu sont
impénétrables ». Et pour
tant, la réaction équilibrante, ou choc en retour, suit
l’offense dans un délai relativement si bref ; elle est si
proportionnée et si analogue qu’elle peut éclairer tous
ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour
entendre ; en réalité, la justice immanente, conséquence
de la loi sénaire, est une constatation empirique de la
vie courante.
Cependant, pour épuiser le mécanisme nécessaire
des contre-actions fatales, il ne suffit pas d'un cycle
vital ordinaire, pendant lequel la matière organisée
d'une manière très complexe en un corps d’incarnation
se maintient normalement dans les cycles révolutifs
naturels ; l'expérience d’une vie doit être répétée souvent,
et voilà pourquoi le Kaima lie l’être à la chaîne des
renaissances. Le Sénaire est donc lié à la mort, mais
d’une manière assez particulière. —En réalité, la néces
sité de la moit physique ne provient que des cycles
quaternaires, passant tous par un point de transforma
tion périodique, comme la nuit, l’hiver, la vieillesse et la
mort. — Le changement de corps (physique, éthérique
ou autre) provient du fait que la vie quinaire n’est
qu’un passage, un acte transitoire,et que ses productions
sont d'autant moins durables que constituées d’une
matière plus complexe et plus dense ; pour cela les
véhicules inférieurs, malgré leurs transformations pro
gressives, ont besoin d’être complètement désagrégés
après un certain effort de conservation ; la matière
obéit là au cycle naturel, au jeu des quatre éléments.
Mais c’est le Karma sénaire qui, par ses multiples
attaches, replonge les jivatmas dans de nouvelles
enveloppes physiques, afin d’épuiser le jeu des actions
et réactions nécessaires à l’harmonisation définitive,
et cela dure jusqu’au jour où, arrivés eux-mêmes à la
fin de leur cycle, ces jivatmas se détruiront pour se
fondre dans l’existence unique, car leurs atomes,bien que
subtils, sont encore matériels et n’ont qu’une existence
limitée entre leur émanation et leur réintégration
finale. Le Sénaire, nombre karmique, concourt ainsi
à la chaîne des réincarnations, d’autant plus que la mort
constitue, pour l'être, soitune épreuve, soit un châtiment,
et de toute façonmne sollicitation providentielle; elle
est le nœud du Karma qu’elle mesure comme le jour et
la nuit mesurent le temps pour nous. Ce rythme, qui fait
osciller l’être de sa vie transitoire à sa vie permanente,
aide à l’harmonisation poursuivie et permet un meilleur
rendement des expériences du plan physique. Le Sénaire
contient à la fois les cycles quaternaires de la nature
et le non-être binaire de la matière (6 = 4+ 2). De toute
façon, il
représente la loi d’équilibre qui oppose une
réaction à l’initiative individuelle et relie .celle-ci à
l’harmonie du Tout.
Cette signification du Sénaire s'illustre bien du
fait que 6 est le rapport de
la circonférence au rayon
à peu près exactement, (2 *),
de telle sorte qu’on peut
enfermer dans le cercle six
triangles équilatéraux ayant
le rayon pour côté. Ce
rapport est un symbole
très clair des relations de
l’individualité au Tout,
des créatures en nombre
infini au Créateur qui les
contient et les relie toutes.
Considéré seulement au point de vue humain, 6 est
la double tendance de l’initiative humaine se trouvant
placée entre deux voies, dont l’une la ramène vers l’Ar
chétype émanateur et dont l’autre mène à la dispersion
dans l'abîme de l’individualité mayaviqueet dans l’illu
sion infernale du moi. C’est le nombre de l’épreuve
entre le bien et le mal ; c’est la lutte entre la nature
divine et la nature humaine dans Jésus, le prototype
des créatures ; c'est leur union harmonieuse dans l’acte
de renoncement de l’initié. L’épreuve est le mode d'action
de la Providence ; elle seule peut mener à l’harmonie
du Vrai et du Beau. 6 est l'addition de l'erreur quin
tuple à la Vérité unique, pour leur partage non équi
voque : « Tu sépareras la Terre du Feu, le subtil de
l’épais, doucement et avec grande industrie (1) ».

(1) Table d’Emeraude, Sixième proposition.


LE SÉNAIRE ' 155

Claude de Saint-Martin considère le Sénaire comme


«
le mode selon lequel tous les agents opèrent (1). »
C. Agrippa dit qu’il est « le lien entre la terre et le
ciel » et qu’il représente « le sceau du monde (2) ».
Dans les anciens Mystères, on enseignait, paraît-il,
que le Sénaire est l’image de la nature physique. Ceci
est vrai si l’on considère cette nature non comme la
forme de la matérialité (Quaternaire), non comme la
matière vivante (Quinaire), mais comme l’œuvre que
le Logos a créée à son image et qui est dans le Non-
Être le reflet du Ternaire de l’Être, se trouvant en
harmonie d’organisation avec le Logos et en relation
constante avec lui'
Képler dit que le nombre 6, qui est celui des côtés
de la pyramide ou des faces du cube est essentielle
ment un « beau nombre (3) ».
Warrain fait observer que 6 est le seul nombre
capable de satisfaire à l’égalité : 1 + 2+3...+n—1x2
X3-..xn, dans laquelle n=3. » Le nombre 6, dit-il,
« relie la graduation continue à la sommation disconti-

« nue,
dans l’état le plus élémentaire de leurs modes
« universels ; il apparaît comme la réunion systémati

seque des deux principes, l’un gctif et unitaire, l’autre


«
passif et pluriel, qui se manifestent dans toute création.
« En 2 e dimension, cette prépondérance [dans le

« lien du processus divisionnel et discontinu avec l’ho-

« mogénéité de forme] — est manifeste dans l’hexagone

«
dont le côté étant égal au rayon du cercle crée la
«
division la moins discontinue dans la continuité cir-

(1) Claude de Saint-Martin : Des nombres, Paris, 1913.


(2) C. Agrippa : Philosophie occulte. Edit., Paris, 1910.
(3) KÉPLER : Prodromus dissertationum cosmographicarum,
Francofurti, MDCXXI. Mysterium cosmographicum, p. 36
(De l'origine des nombres nobles).
156 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

«
culaire. Cette division réalise, comme l’établit M. Ch.
« Henry, le contraste successif minimum. Autrement
« dit, elle représente dans la simultanéité, ce qui fera le
«
moins obstacle à la succession. C’est le nombre le
«
plus apte à réaliser la stabilité mobile qui constitue
« la vie. C’est le nombre de l’harmonie des formes, le
«
nombre de la beauté, Tiphereth, car la beauté est la
«
synthèse sensible et du discontinu conceptuel, de la
« variété dans l’unité, du mouvement au sein du
« repos (1). »
Ce « sceau du monde » peut se retrouver partout
où apparaît le Ternaire, si l’on prend soin d’en dédou
bler chaque terme selon une distinction binaire. —
Par exemple, les trois directions de l’espace : longueur,
largeur, profondeur, permettent de distinguer six
directions correspondant aux six faces du cube : haut
et bas, droite et gauche, avant et arrière. — Les
trois principes alchimiques : Soufre, Mercure et Sel
peuvent être pris chacun dans le sens positif et négatif,
ce qui fait six qualités : énergie et inertie, masse et
légèreté, stabilité et instabilité; il en est de même des
trois gunas des Indiens. « Dans les éléments, dit C.
Agrippa, il y a six qualités substantifiques, savoir :
l’acuité, la rareté et le mouvement et leurs contraires :
l’obtusité, la densité et le repos » (2). Newton, ne consi
dérant que les trois couleurs fondamentales (rouge,
jaune et bleu) et leurs combinaisons intermédiaires
(orangé, vert, violet), n’admettait que six couleurs dans
le spectre. Cette conception sénaire correspondait aux
•six tons qui constituent la gamme musicale (cinq tons
et deux demi-tons). Dans l’Inde, d’ailleurs, il y a six

(1) Warrain : L’Espace. Paris, 1907, p. 174-175.


(2) C. Agrippa : Philosophie occulte, 11-9.
LE SÉNAIRE 157

modes musicaux représentés par six génies (Bhairava,


Malava, Sriraga, Hindala, Dipaka et Megha).
En logique, Cajetan reconnaît six prédicables, en
comptant l’Etre comme tel. Si l’on admet sa manière
de voir, on peut retrouver dans ces prédicables un
ternaire fondamental : Etre, Différence, Genre et un
ternaire de complément formé du Propre, reliant l’Être
à la Différence,de l’Espèce, reliant la Différence au Genre,
et de l’Accident, revenant du Genre à l’Être. Ces six
catégories, inspirées d’Aristote, rappellent la doctrine
indienne Vaiseshika qui reconnaissait six termes : la
substance, la qualité, l’action, le commun, le propre
et la relation.
En Arithmétique, il existe six opérations possibles
qui s’opposent deux à deux en trois groupes : addition
et soustraction, multiplication et division, élévation
aux puissances et extraction des racines.
En Cristallographie, on observe six formes primitives :
parallélipipède, octaèdre, tétraèdre, prisme hexaédrique
régulier, dodécaèdre rhomboïdal, et dodécaèdre trian
gulaire, formes qui dérivent toutes du triangle équila-
téra
1

Il y a, dit C. Agrippa, six cercles dans le firmament :


l’arctique, l’antarctique, les deux tropiques, l’équino
xial et l’écliptique (i). » Fabre d’Olivet s’est efforcé
d’appliquer la division sénaire à la constitution occulte
de l’homme. Pour lui,chacune des trois vies de l’homme:
instinctive, animique et intellectuelle, « déploie une
circonférence qui, se divisant par son rayon propre,
présente six points lumineux à chacun desquels se
manifeste une faculté (2). »
(1) C. Agripta : loc. cit.
(2) Fabre d’Olivet : Histoire philos, du genre hum.
Paris, 1910, 2 vol., t. I, p. 30.
abdominal, cranio-thoracique, thoraco-addominal et
cranio-abdominal (i). En opposant le cranio-thoracique
à l’abdominal, le cranio-abdominal au thoracique et

(i) Thomas : Physiologie des Tempéraments ou Constitu


tions, Paris, 1826.
le thoraco-abdominal au crânien, l'auteur semble avoir
imaginé un cycle sénaire correspondant au schéma de
l’étoile à six branches.
Tous ces exemples montrent comment, dans les
choses naturelles ou logiques, la classification sénaire
dérive de la distinction de trois termes fondamentaux
et de leur dédoublement, mais sans se rapporter à la
signification propre du Sénaire, qui est d'ordre purement
métaphysique. Ces divisions sont sans rapports avec
l'idée d’harmonie karmique, mais elles constituent pour
ainsi dire l’analyse du Ternaire.
Dans ce sens, on peut citer la façon dont la philoso
phie indienne post-védique s’est très logiquement par
tagée en six branches, dont trois prennent pour base
de déduction la matière (Prakriti) et trois autres l’esprit
{Purusha). — Ce sont : i° la Vaïseshika, fondée par le
Rishi Kanada, système admettant l’éternité des atomes;
2° la Nyaya de Gotama, étude de la Togique et du
témoignage d'autrui ; 3 0 la Purva Mimansa de Djaimini,
étude des rites de la Magie, du Dharma et du Karma,
faisant naître l'esprit dans les atomes. Ces trois premières
branches partent de la matière dans leurs déductions.
Tes trois suivantes, au contraire, partent de l’esprit.
Ce sont les systèmes : 4 0 Sankhya de Kapila admettant
la coexistence individuelle des esprits et leur évolution
parallèle ; 5 0 Yoga de Pantandjali, admettant que les
•esprits individuels sont reliés au Purusha divin, Iswara,
par une sorte d’ombilication ; enfin 6° Uttara-Mimansa
ou Védanta de Vyasa, pour lequel les esprits divins
sont destinés à se fondre dans Iswara en perdant leur
individualité.
Cessix branches philosophiques se rapportent aux
six moyens de perfection ou vertus transcendantes
(Paramitas) mentionnés par la littérature bouddhique :
IÔO LE SYMBOLISME DES NOMBRES

i° la patience (shanti); 2° l’aumône (dâna) ; 3 0 l’énergie


(virya) ; 4 0 la sagesse ou la science (shila) ; 5 0 la contem
plation ou la charité (dyâna) et 6° la vertu ou la pureté
(vairagya).
Certains Bouddhistes admettent, sur ce plan sénaire,
six initiations, en ajoutant aux quatre principales :
Srotapatti, Sakrid-agamin, An-agamin et Arhat, deux
exceptionnelles: Bodhi et Pratyaka Buddha.En réalité,
le Sénaire n’est qu’un acheminement vers la série
septénaire,car il se complète par l’état de Boddhisattwa
ou Bouddha parfait.
Il serait intéressant de rapporter aux six Paramitas
des Bouddhistes les attributs de Dieu qui constituent
la Providence. « La vie pure, dit Lacuria, se manifes
tant dans la création, produit six facultés : liberté,
harmonie, sainteté, sagesse, justice, éternité. » Il est
possible de rapporter ces termes aux branches de la
philosophie indienne : la Vaiseshika correspondrait à
l’harmonie, la Nyaya à la justice, la Parva-Mimansa à
l’action ou à la sainteté, la Sankya à la science, la
Yoga à l’extase et à l’éternité et la Vedanta à la foi et à
l’éternité.
Certains Bouddhistes admettent six sièges des qua
lités sensibles qui sont les cinq sens, plus le sens interne
ou Manas (1). Il y a aussi les Six sagesses (Shat-prajna)
qui sont la Religion, la Science et les Quatre-Désirs (Cha-
tur-Bhadras) : Devoir (Dharma), Amour (Kama), Richesse
(Artha) et Libération (Moksha).
Dans l’Inde, le double Ternaire cosmique est repré
senté par l’aspect Shakti ou dualité, appliqué à la
Trimourti divine : c’est Brahma, le créateur, avec
Saravasti, son épouse et sa fille ; c’est Siva, le trans-

(1) DE LafonT : Le Bouddhisme, Paris ,1895, p. 174.


formateur avec Parvati, et enfin Vichnou, le conser
vateur, avec Lakshmi. La double trinité se retrouve
nettement dans le culte des Cabires des anciens Irlan
dais. Les six dieux Cabires sont : Aesar-Logh, le Feu-
principe et sa compagne Axire, la nature potentielle,
puis Ain, le Feu réel avec Eo-Anu, la nature naissante
(dont quelques-uns ont voulu rapprocher Ioannès) ;
enfin Cearas, le Feu du ciel, et Ceara, la nature dévelop
pée (x).
Dans lt même ordre d’idées,les anciens Perses admet
taient six génies célestes immortels entourant Ahura-
Mazda, leur chef, de telle sorte que leur sénaire tend à
devenir septénaire et qu’on parle quelquefois des « sept
Amesha-Spentas ». Cependant, Ahura-Mazda, le Dieu
suprême, est d’une essence différente et leur nombre
est proprement six. Ce sont : i° Vahu-Mano, génie
de la paix, de l'amitié, protecteur des hommes et des
troupeaux;2° Asha-Vahista,génie de la pureté et du
feu ; 3° Kshathra-Vairya, génie de la charité et des
métaux ; 40 Spenta-Armatai, génie de la sagesse, de
la résignation et de la terre ; 5 0 Haurvatat, génie
de sainteté et d’immortalité ; 6° Ameè.etat, génie des
eaux et des plantes.
Aux six Amesha-Spentas s’opposaient les six Dévas
mauvais composant la garde d’AHRiMAN. — C’étaient :
i° Aka-Mano, démon des mauvaises pensées ; 2° Andra,
qui précipitait les damnés dans l’enfer ; il semble corres
pondre à I’Indra des Indiens, pris ici comme un être
malfaisant, par suite qu’une querelle religieuse ; 3 0
Çauru, démon de la violence ; 40 Vahonhaithya, démon
de l’orgueil, 5 0 Tauru et 6° Zairika, démons de la soif
et de la* faim.

(1) Cf. Adolphe Pictet : Du culte des Cabires chez les.


anciens Irlandais.
Enfin ce Sénaire mythologique réapparaît avec la
théorie gnostique qui plaçait dans le monde supérieur
six Eons, répartis en trois syzygies, lesquels auraient
produit, par émanation, tous les autres Eons, mâles et
femelles. Ces trois couples étaient : Noù? et ’ Eu (vota ;
et "Ovofjtx, Aoyi<ïjj.ôç et ’Ev0u(JLTf)<jt(;.
Pour exprimer que le triple Logos a créé le monde
à son image, c’est-à-dire dans la forme ternaire, et
pour symboliser les liens qui en sont la conséquence,
les anciens Perses rapportaient le Sénaire à la création
du monde et enseignaient que celle-ci avait comporté
six périodes distinctes ou Gahambars. La première
avait servi à la formation du ciel et avait duré 45 jours,
la deuxième à la formation de l’eau et avait duré
60 jours, la troisième à la formation de la terre et avait
duré 75 jours. Dans la quatrième, d’une durée de
30 jours, les végétaux avaient été créés ; la création des
animaux avait occupé le cinquième gahambar, long
de 80 jours, et celle de l’homme le sixième, long de
75 jours (1). Les six gahambars formaient ainsi un cycle
complet de 365 jours, mais là encore ce Sénaire devait
aboutir à un septénaire, puisqu’on attendait une sep
tième période qui devait être celle du jugementdernier (2).
L’année comportait six fêtes religieuses correspondant
aux six périodes symboliques (3). C’étaient : Madhyo-
Zarmaya, le milieu du printemps ; Madhyo-Shema,
le milieu de l’été ; Madharya, le milieu de l’hiver ;
Patish-Hahya, la moisson ; Ayathrema, la descente des
troupeaux dans les vallées, et Hamaspatmaidhyaya,

(1) G. De LafonT: Le Mazdéisme et l'Av esta, Paris, 1897.


(2) AnqüETIL-DupERRON : Zend-Avesta, Paris, 1771, 3 vol.,
1.1, 2 part., p. 84, et t. II, p. 337.
(3) Burnouf : Commentaire sur le Yaçna, Paris, 1833-35,
p. 300.
LE SÉNAIRE 163

la fête des Mânes. Le Sénaire avait une telle importance


me
symbolique que d’autres fêtes comme le Mihrjan et le
Nauroz (premier jour de l’année) avaient une durée de
six jours.

Il semble qu’il y ait là une vieille tradition antérieure


à la séparation des rameaux zend et sanscrit, car les lois
de Manou, dans l’Inde, mentionnent six ritous (saisons)
dans l’année (1), correspondant vraisemblablement
aux six iêtes des Perses. Il est probable également qu’au
temps de F0-H1 les Chinois divisaient l’année en six
saisons de deux mois. Quoi qu’il en soit, la création
sénaire se trouve explicitement mentionnée dans ce
passage des Lois de Manou. « Et parce que les six molé
cules imperceptibles, émanées de la substance de cet
Etre-suprême, se joignent aux éléments et aux organes
des sens, à cause de cela les sages ont désigné la forme
visible de ce Dieu sous le nom de Sarira (qui reçoit
les six molécules) (2). »
il est probable que la tradition hébraïque remonte
aux mêmes sources, car la Genèse réédite cette création
en six jours (3), ce Sénaire se complétant en Septénaire
par le jour de repos final. Il y a là non seulement une
nuance d’interprétation, selon qu’on fait entrer ou
non le septième jour dans la période de la création, mais
encore une divergence dans les textes. Les Septante,
le Samaritain, .le Syriaque et Josèphe (4) disent six
jours ; le texte hébreu, la Vulgate et le Chaldaïque,
disent que Dieu termina son œuvre le septième jour.
La confusion provient de ce que les nombres 6 et 7
(1) Manava-Dharma-Shastra, IV-278.
(2) Manava Dharma-Shastra, 1-16.
(3) Genèse, 11-2.
(4) JOSEPHE : Ant. Jud., 1-1-1.
s’écrivent au moyen de deux lettres très semblables, le
Vau 7 et le Dzaïn 7. Quoi qu’il en soit, la différence
est subtile, parce qu’il est toujours question d’un sep
tième jour, différent des autres en ce qu’il est un jour
de repos, pendant lequel Dieu regarde évoluer son
œuvre et s’en félicite. Toute la question se borne à
savoir s’il faut faire entrer dans le temps symbolique
de la création ce septième jour, qui marque le début
du fonctionnement cosmique. Entre les deux solutions,
il ne saurait exister de contradiction, mais seulement
différence de point de vue, de même qu’entre les quatre
Eléments occidentaux et les cinq Tanmatrahs indiens.
Considérée comme sénaire, la Création symbolique
représente seulement comment le Créateur a pu émaner
un monde fait à son image et se réfléter tout entier
dans sa production, comme le Macroprosope dans le
Microprosope (1). Il s’agit ici de l’action providentielle
initiale et de l’harmonie première entre le Logos et le
Cosmos, de leurs rapports, de leurs affinités, comme si
Dieu n’avait voulu que s’extérioriser dans une œuvre
faite à sa parfaite ressemblance, contempler un reflet
de sa propre harmonie dans l'organisation harmonieuse
du monde, mais sans s’inquiéter de l’avenir de celui-ci,
de la manière dont il devait se mettre à fonctionner le
septième jour. Sous ces réserves, il est juste de reconnaître
que « le nombre 6 est certainement dans la création
universelle (2) ». Au contraire, considérée comme
septénaire par l’addition du jour de repos, pendant lequel
le monde commence à évoluer, la Création mytholo
gique semble indiquer que le LOGOS a voulu organiser
un monde à son image, mais pour le voir fonctionner ;
(1) Êliphas LÉvi : Le livre des Splendeurs, Paris, 1894.
(2) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration
des Etres, Paris, 1899.
•ce fonctionnement est alors le but final de la création
•et il intéresse essentiellement le Créateur au lieu d’être
abandonné au hasard : le septénaire est, en effet, le
nombre de l’Évolution.
Le Coran, comme la Bible, dit qu'AixAH a créé
les cieux et la terre dans l’espace de 6 jours (1).
Philon commente ainsi les six jours de la Genèse
(11,2): « Lorsqu’il est dit : «Il acheva au sixième jour
ses œuvres », il faut penser qu’il entend non une

multiplicité de jours, mais un nombre parfait, le
«
nombre 6, puisque c’est le premier qui soit égal à la
« somme
de ses parties, sa moitié 3, plus son tiers 2,plus
« son sixième 1 et qui soit le produit de deux facteurs

« inégaux 2 X 3 ; mais la dyade et la triade ont dépassé


« l’incorporéité qui correspond à 1 ; la dyade est l’image

« de la matière divisée et fractionnée comme elle ; et

« la
triade celle du corps solide, puisque le solide est
« divisé suivant trois dimensions. Mais le nombre 6
« n’est pas moins parent des mouvements des animaux
«
organisés ; le corps organisé se meut, par nature,
« dans six directions : en avant et en arrière, en haut et

« en bas, à droite et à gauche. Il peut dçnc indiquer les

« genres mortels et, d’autre part, les genres incorruptibles

« se constituant conformément à des nombres qui leur

« sont propres ; il proportionne, je l’ai dit, les genres

« mortels au nombre 6 et les genres bienheureux au nombre

« 7 »
(2).
Nous trouvons dans saint Augustin des remarques
analogues :
« La
perfection des œuvres divines correspond à la
«
perfection du nombre 6 (1 + 2 + 3). Un jour, en effet,
(1) Coran, x-g et xxxii-3.
(2) Philon : Comment, allégor. des Stes Lois, I, 2 (trad.
Émile Bréhier).
« est réservé à la formation de la créature spirituelle,
«
deux à la formation de la créature corporelle, trois
«
àl’ornementation. »
Enfin les Kabbalistes ont voulu voir dans le mot
Beraeschith, rV»W*nn, au début de la Genèse, non
pas le sens de: au commencement (niwtn a), mais le
sens de : Il créa par six (iViu? Nia) (i).
La figure qui symbolise le sénaire de la façon la plus
parfaite est Vhexagramme ou étoile à six branches.
On la représente généra
lement comme formée de
deux triangles équilatéraux
entrelacés, le supérieur
blanc et l’inférieur noir, ou
encore l’un bleu et l’autre
rouge, les deux couleurs
extrêmes du spectre, pour
exprimer l’équilibre, l'ana
logie, les liens entre l’Ar
chétype et le monde des
créatures (Beauté, Provi
dence, Karma) ou entre le
Bien et le Mal (Epreuve, Justice). Encore appelé
Sceau de Salomon, ce signe s’est prêté aux interpréta
tions les plus variées (2) et a pu servir d’emblème aux
philosophies les plus diverses. On le trouve d’abord
dans l’Inde où il est le signe de Vichnou (3), en vertu
des mêmes considérations qui feront attribuer le Sé
naire à Vénus dans l’antiquité classique. Il figure aussi
dans les fenêtres ou les rosaces des cathédrales où on

(1) Cf. Louis Gastin, Beraeschith, L’Étoile (Nice), 1919-


1920.
(2) Cf. L’Hexagramme, Revue de M. Savigny, Paris.
(3) H.-P. BlavaTSKY : Doctrine secrète.
le rapporte aux six attributs de Dieu (1). Au point de
vue alchimique, les deux triangles représentent res
pectivement le Feu qui s’élève (pointe supérieure) et
l’Eau qui descend dans les creux (pointe inférieure),
c’est-à-dire les deux éléments féconds par excellence,
puisque le Chaud et l’Humide, le Soufre et le Mercure
s’y exaltent. De là le sens de génération et de création
qui rappelle « le souffle d’ÆÎLOHiM flottant à la surface
des eaux (2) ». Dans les temples maçonniques,
l’hexagramme est adopté comme symbole de justice.
Le sceau des chevaliers de Saint-André (rite templier)
représente une croix de Saint-André appliquée sur
l’étoile à six branches et à cette croix est attaché un
homme (saint André) formant le pentagramme. Une
telle figure représente l’être vivant (Quinaire) souffrant
dans la nature (Quaternaire) selon les lois karmiques
(Sénaire).
A l’inverse du pentagramme, l’hexagramme ne
peut pas être tracé d’un seul trait ; il ne saurait donc
symboliser une action, mais l’antagonisme de deux
actions.
Le Sénaire apparaît dans le symbolisme biblique
avec les six degrés du temple de Salomon, les six ailes
des Séraphins (3), les six jours pendant lesquels la
gloire du Seigneur s’est obscurcie sur le mont Sinaï et
enfin les six jours de la création.— Mais surtout 6 est
le nombre de l’épreuve, du travail et de la servitude
dans la loi hébraïque qui ordonnait de travailler pen-
dans six jours, d’ensemencer la terre pendant six ans
et qu’un esclave serve son maître pendantsix ans. Cette
(1) Mason Neai,E et B. Webb : Du symbolisme dans les
Eglises du Moyen Age, trad. M. V. CL, Tours, 1847.
(2) Genèse, 1-24.
(3) Isaïe, vi-2.
acception d’épreuve et de servitude fait penser aux six
classes abjectes dans la loi de Manou (i).
Dans la langue hébraïque, le nombre 6 était désigné
par un mot signifiant, d’après Fabre d’Olivet, « éga
lité, équilibre, convenance, proportion parfaite ». On
écrivait 6 au moyen de la lettre Vau dont la forme est
celle d’un crochet, d’un clou, d’un lien. « C’est, dit Char-
rot, le lien ou le crochet d’attache qui lie et enchevêtre
en courants d’idées, toutes les opinions ; c’est l’homme
qui se rend libre par letravailouesclaveparlaparesse(2).»
Cette lettre T joue un
rôle important dans le
tétragramme sacré : miT».
Si l’on considère que le
Iod, l’unité principe, vaut
numériquement 10 (voir
p. 314), on voit cette
unité se diviser en deux
moitiés, les deux Hé, va
lant chacun 5 (voir p. 142)
et Vau, la troisième lettre,
représente l’addition des
deux premières (104-5 =
15), c’est-à-dire (1 4- 5 = 6), comme le troisième terme
d’un Ternaire (3).
Dans le Tarot, la lettre l correspond au sixième
arcane, l’Amoureux, qui représente la Réciprocité,
c’est-à-dire le Karma.
L’image de l’hexagramme se trouve assez exactement
réalisée dans la fleur de lis avec ses six pétales disposés

(1) Manava-Dharma-Shastra, X-31.


(2) Charrot : La Rose-Croix Pentagrammatique. Voile
d’Isis, 1914-1915.
(3) Cf. Papus : La Cabbale, Paris, 1903.
en deux rangées de trois équidistants. Le lis est la
fleur mystique des vierges, comme l’hexagramme est
la figure de Vichnou et de Vénus. Il est, chez les
Chrétiens, l’emblème de saint Joseph et de la Vierge
Marie. Les peintres de la Renaissance le font porter
à l’ange de l’Annonciation, peut-être comme symbole
de Providence, et la fleur de lys héraldique, symbole
sénaire remarquable au point de vue occulte, a peut-
être servi aux rois de signe de justice.
L’Église a fait six commandements.
Parmi les symboles maçonniques, on peut citer les
six bijoux de la loge, les six instruments du Compagnon.
CHAPITRE VII

LE SEPTÉNAIRE (i)

La Sériation progressive ; la graduation chrono


logique ou qualitative ; l’Evolution.

« Le Temps se ment sur sept roues ;


il a sept nefs. »
(A iharva- Veda. )

Une valeur très importante est attribuée, en Arith-


mosophie, à la qualité de parité ou d’imparité. Tout
nombre pair, c'est-à-dire divisible par 2, se réduit toujours
à la duplicité de ses deux moitiés égales, à l’opposition
de deux termes identiques ; ainsi le Quaternaire est
un double Binaire et le Sénaire un double Ternaire.
Les oppositions intérieures entre les moitiés des nom
bres pairs donnent à ceux-ci un sens d’antithèse irré
ductible et définitive : le Quaternaire est le cycle fermé
des manifestations naturelles se répétant toujours
identiquement ; le Sénaire est l’équilibre permanent
entre l’Archétype et son reflet ; mais ce sens de diffé
renciation statique et irréductible existe au plus haut
point dans le Binaire lui-même, puisqu’il exprime
l'idée fondamentale d’opposition. L’opposition n’est

(1) Cf. P.-M. SagiTTarius :


Oratio de numéro Septenario
Attenburg, 1672, in-4.
pas un acte, mais au contraire un état qui ne peut
rien produire par soi-même et dont la stérilité subsiste
jusqu’à ce qu’un élément hétérogène vienne s’y ajouter
pour en rompre l’équilibre et déclencher Yaction de
l’actif sur le passif ; c’est ce que nous avons vu à propos
du Ternaire. Pour cette raison, les nombres impairs
sont les seuls créateurs, les seuls produisant, par une
rupture d’équilibre, un mouvement, un passage, une
transition. Le Quaternaire, norme statique de la nature,
ne se réalise dynamiquement que dans l'impair Quinaire,
c’est-à-dire dans la création de la forme vivante incarnée
d’un caractère périssable et transitoire ; de même le
Sénaire de l’équilibre des lois providentielles et kar-
miques ne produit un effet que dans le Septénaire, lequel
exprimera son utilisation, sa mise en œuvre et repré
sentera non un état, mais un acte, un passage, une
transition.
De même que le Non-Être binaire se précise dans
le Quaternaire naturel, mais ne s’objective que dans
l’impair suivant, c’est-à-dire dans le Quinaire de la
créature et de l’incarnation) de même la sériation
du Ternaire se précise dans le Sénaire karmique
(perdant là son aspect dynamique), mais ne se réalise
que dans le Septénaire ; celui-ci doit donc être considéré
comme la réalisation objective et transitoire de séries
harmonieuses.
Le Septénaire présente des rapports très étendus ^—
avec le Ternaire ; en vertu d’une double dichotomie
il est au Ternaire ce que le Ternaire est à l’Unité, comme
le montre le schéma suivant. Si lé Ternaire représente
le développement d’un principe, le Septénaire doit
représenter un principe deux fois développé, c’est-à-dire
mis en œuvre et réalisé objectivement,
Le Septénaire apparaît donc comme un développe-
LE SEPTÉNAIRE 173

limite des sons perceptibles s’étend sur dix octaves,


le cycle musical n’en comporte que sept.
Dans ces deux exemples, le Septénaire dérive nette
ment du Ternaire ; nous voyons aussi des constatations
pratiques confirmer les déductions théoriques pour en
faire la règle des séries progressives. Il faut bien dis
tinguer ces séries progressives septénaires des trans
formations cycliques quaternaires ; les premières repré
sentent une transition ne revenant jamais à son point
de départ et ne repassant jamais exactement par les
mêmes phases, tandis que les secondes expriment un
recommencement indéfini. Tandis que les saisons ou
les moments du jour, avec leurs qualités caractéristiques
de Chaud et Froid, d’Humide et de Sec, se succèdent
perpétuellement à la manière d’une chaîne sans fin, les
couleurs et les sons sont des séries de vibrations rangées
en progression indéfinie. — Le Quaternaire, nombre
pair et improductif, est la mesure des cycles révolutifs,
c’est-à-dire des phénomènes se répétant sans cesse dans
la même série de conditions, tandis que le Septénaire
est la mesure des cycles évolutifs dont la succession des
gammes musicales nous donne une idée très précise
et dont la célèbre « progression spirale », ne repassant
jamais par un stade identique, semble une conception
très adéquate.
En somme, 7 est la norme des manifestations objec
tives sériées, soit selon leur qualité, soit selon leur succes
sion chronologique (le temps n’étant qu’une succession
chronologique de phénomènes), soit selon ces deux fac
teurs combinés. Tout ce qui est gradué selon une pro
gression continue, non cyclique, doit donc rentrer dans
le cadre septénaire : plans de l’univers ou phases de déve
loppement de toute chose transitoire, et le cadre qua
ternaire de la Nature enferme sept modalités ; ainsi
dit-on que Fohat (l’énergie du Logos créateur) a sept
fils.
Si l’on cherche la mesure normale des développements
progressifs continus, par exemple dans la croissance
des êtres vivants, on constate la valeur remarquable
des séries septénaires, qu’on prenne comme unité de
temps la rotation diurne ou la révolution annuelle de
notre planète ; les phénomènes biologiques et les phé
nomènes astronomiques, les premiers influencés par les
seconds, affectent des rapports septénaires.
C'est ainsi que les périodes de sept jours ont une
importance considérable dans les phénomènes physio
logiques. Pour ce qui est des oiseaux, les œufs de'pi-
geon sont couvés en deux septénaires, ceux de la poule
en trois, ceux du canard en quatre, ceux de l’oie en cinq
et ceux de l’autruche en sept. Chez les mammifères, on
retrouve ce rythme hebdomadaire ; chez la femme, le
rythme menstruel est de quatre septénaires. On admet
généralement que le fœtus humain commence à vivre
d’une manière individuelle sept semaines après la concep
tion (i) ; il est très bien développé au bout de la dix-
huitième semaine (126 e jour),viable au trentième septé
naire ou septième mois et l’accouchement a lieu la qua
rantième semaine. En médecine, la semaine marque
généralement une étape très importante (2). — Les
vieux médecins tenaient grand compte des jours cri
tiques (7 e 14 e 21 e ) (3), et aujourd’hui encore il
, ,
est classique de parler du septénaire d’une pneumonie
ou des trois septénaires d’une typhoïde. — « Dans les

(1) Cf. Varron, cité par AuLU-GELLE (Hebdomades, in


Noct. atticarum, II, 15).
(2) Cf. D r Laycock : Periodicity of vital phenomena.
(3) Th. BoderiüS : De ratione et usu dierum criticorum,
Paris, 1554, in-4.
fièvrés de toute nature, il y a un paroxysme le sep
tième jour et toujours un amendement le quatorzième. »
(G. Guiness.) Richerand atteste qu’une fièvre tierce
se termine fréquemment d’elle-même quand elle est
arrivée àson septième accès (1). Il est certain que les phases
lunaires ont une importance considérable en médecine,
particulièrement sur le poids du corps, les crises d’épilep
sie, de verminose, d’asthme (2). Le D r Stratton dit
que, normalement, le pouls humain est plus fréquent le
matin que le soir six jours sur sept et que, le septième,
il est, au contraire, plus lent que le matin (3).
On peut invoquer la coïncidence des phases de sept
jours avec les phases lunaires, telle qu’aux jours cri
tiques la lune transite.au carré (90°),ou à l’opposition
(1800), ou à la conjonction de sa position radicale, ce
qui a une grande importance en Astrologie; mais on
serait embarrassé de trouver une explication analogue à
l’influence des périodes de sept ans. Ces périodes abou
tissent, pour la vie humaine, aux années dites clima
tériques, généralenient considérées comme critiques,
particulièrement la 21 e et la 63e Aulu-Gelle cite
.
une lettre d’Auguste à son petit-fils Caius, se féli
citant d'avoir survécu à sa 63 e année. L’âge de 7 ans
indique une transformation physiologique importante,
en rapport avec la seconde dentition (4) ; il est censé
marquer le commencement de la responsabilité morale,

(1) Richerand : Nouveaux Eléments de physiologie, Paris,


1801, p. 562.
(2) Cf. D r VERGNE : L'Influence lunaire en Médecine,
Homœopathie française, mai 1912.
(3) Cf. Edimburgh medical and Surgical journal, janvier
1843.
(4) La première a lieu généralement au septième mois
(Richerand, loc. cit.).
de l’individualité ; la quatorzième année coïncide avec
l’âge moyen de la puberté ; à la vingt et unième commence
le développement complet de l’homme, l’âge adulte,
mais ce développement n’est considéré comme définitif
qu’à la vingt-huitième année; nos usages et nos lois ont
consacré l’importance de ces âges en ce qui concerne
notamment le changement de tarif des chemins de fer
pour les enfants de 7 ans, l’apprentissage des enfants
de 14 ans, la majorité des jeunes gens de 21 ans,
etc. La quarante-neuvième année marquerait un
changement dans l’évolution des tissus du corps
humain (1). Enfin, la soixante-dixième année est consi
dérée comme le terme normal de la vie humaine.
L’importance des années climatériques est généra
lement admise par l’empirisme populaire (2), de même
-’un certain rythme de sept ans dans les changements
^
météorologiques et dans le rendement agricole. La
confirmation scientifique de ces faits éclairerait sin
gulièrement l’importance occulte du nombre 7 et c’est
pourquoi, sans doute, les matérialistes s’y sont opposés
avec passion.
Par contre, le nombre 7 est le plus vénéré de tous par
la superstition populaire (3) ; d’ailleurs sa qualité de
nombre premier s’accompagne de certaines particu
larités curieuses. — Ainsi, si l’on cherche à diviser
l'Unité par 7, on obtient une fration périodique
simple de six chiffres qui est : o, 142857 142857 142857...
etc., etc., et cette période, multipliée successivement par

(1) Cf. Stahl : Opéra medico-philosophica, trad. T. Blandin


III,
Paris, 185g, 3 vol. in-8, t. p. 124.
(2) Cf. Chomel : Eléments de pathologie générale, Paris,.
1817, in-8, p. 71.
(3) Cf. Aenigma curioso-arithmeticum genommen aus das-
cabalistischen, Zahl VII, s. 1., 17O7.
à sa Personnalité transitoire ; comme 4 + 3, 7 montre
les lois de la Nature en face du Logos agissant, et sous
ces deux aspects c’est toujours l’Évolution qui s’exprime.
« 7
comprend le corps et l’âme, dit C. Agrippa,
puisque le corps est composé des quatre éléments
et que le nombre trinaire regarde l’âme. » Tandis que
dans le Quinaire l'addition de l’imité indéterminée
au Quaternaire se borne à rendre la nature féconde et
à lui faire produire les formes, dans le Septénaire, l’addi
tion de la Trinité au Quaternaire apporte l’ordre et
fait organiser les formes en séries.
Le septénaire est un produit du Ternaire. « La Tri
nité, dit A. Besant, est septuple dans son acception
la plus profonde, car les sept sont enveloppés dans les
trois, de même que dans la Trimourti, en y pensant
bien, on découvre encore les 7. — On doit reconnaître,
en effet, dans chacun de ses membres l’aspect Shakti
ou la dualité, de sorte que les 3 deviennent 6... ; le
septième est ce qui forme leur synthèse sans laquelle
cette différenciation ne pourrait pas apparaître. Aussi
le Septénaire se montre dès l'origine du Cosmos (1). »
D’autres auteurs ont développé cette idée à propos de
l’occultisme occidental ; Papus a clairement montré
cette génération du Septénaire par le Ternaire à propos
du Tarot (2). — Le Septénaire est comme l’étoile à six
branches montée sur un pivot ; le septième terme est
comme la porte ouverte entre la terre et le ciel, et c’est
pourquoi les sept couleurs de l’arc-en-ciel brillant après le
déluge de NoÉ furent considérées comme le signe d’alliance
entre la terre et le ciel. — Le Septénaire est comme un
pont jeté entre les trois personnes divines et les trois

(1) A. BESANT : La Construction d’un Univers, Paris, 1908.


(2) Papus : Le Tarot des Bohémiens, Paris, 1889, in-8 rais.
principes naturels ; c’est comme un levier donné au
karma pour lui permettre d’agir dans le sens de l’évo
lution. Tandis que le Sénaire n’exprime qu’un équilibre
statique : le reflet du Créateur dans la Créature, le
Septénaire montre le Créateur dirigeant la créature,
à travers les cycles fermés de la Nature, pour lui faire
gravir les gammes septénaires de l’évolution spirale
ascendante.
On peut considérer que le septième terme qui s’ajoute
au double Ternaire procède de l’Archétype, lequel passe
rait du Ternaire au Quaternaire par dédoublement de son
aspect passif, ce qu’exprime le Tétragramme juif, ainsi
que nous l’avons mentionné à propos du Quaternaire.
Il est possible aussi de pen
ser que le deuxième aspect de
l'Archétype, d’une part, et le
principe passif du Ternaire in
férieur, d’autre part, se dédou
blent tous deux et que leurs
dédoublements s’unissent en
un seul terme qui serait pré
cisément le septième du Sep
ténaire. Telle est, semble-t-il,
la conception de Jacob
Boehme (i) qui décrit sept
esprits organisateurs réalisant
la sagesse éternelle et les groupe en une triade
supérieure spirituelle (désir, mouvement, inquiétude),
une triade inférieure naturelle (amour, parole, corps)
et un terme intermédiaire (l’éclair ou le feu), qui n’est
autre que le contact de la Nature et de l’Esprit (2).
(1) E. BOUTROUX : Jacob Bœhme, in Voile d’Isis, 1914.
(2) J. Boîhme : De Signatura Rerum, xiv-10 ; trad. SÉdir
Paris, 1908.
Enfin on peut considérer le septième terme comme
procédant uniquement du Ternaire inférieur par dédou
blement du principe mercuriel
des Alchimistes. Ceci est plus
conforme à la tradition her
métique. En effet, si les trois
aspects de la Trinité divine
sont des réalités sur le plan
divin qui nous est incognos-
cible ; si leurs reflets intelligi
bles sur les plans sous-jacents
(en particulier leur reflet arû-
pique de : Cause finale-Cause
exemplaire-Cause efficiente,
que notre mental peut saisir)
répondent encore à des notions que nous considérons
comme définitives en soi, au contraire les trois prin
cipes naturels : Soufre, Mercure et Sel ne sont, sur le
plan physique, de la création,
que des abstractions artifi
cielles échappant à nos sens
physiques parce qu’ils n'ont
pas d’existence rûpique. Ce
que nos sens perçoivent, ce sont
les qualités élémentaires.qui en
découlent quandils manifestent
leur action dans les phénomè
nes naturels. C’est le Chaud,
cette qualité physique que nous
rapportons au Soufre ; c’est Fig. XXII.
l’Humide, cette manière d’être
sensible que nous rapportons au Mercure ; ce sont
leurs contraires, le Froid et le Sec ; c’est leur
coexistence stable que nous rapportons au Sel. — Les
trois principes naturels prennent ainsi, pour s’objec
tiver à nos sens, une forme quadruple et leurs quatre
qualités s’associent de diverses manières parmi les
quelles nous distinguons quatre types idéaux dont
nous avons fait les quatre Éléments et que nous""dési
gnons symboliquement par les noms de Terre, d’Eau,
d’Air, de Feu. En réalité, les
i
termes — 2 — 3 se réfrac
tent dans le ternaire 4 — 5
— 6 ; mais ce mouvement de
descente se réfléchit au moyen
du 7 e terme ; il se produit un
ternaire renversé 7—5—6, qui
remonte dans le ternaire 4 —2
—3 ; par une nouvelle réflexion
celui-ci reproduit la disposi
tion 1 — 2 — 3, et ainsi de
suite,ce va-et-vient étant indé
fini dans le Septénaire.
D’une manière générale, tout
système septénaire peut être décomposé en un Ternaire
supérieur correspondant aux notions-de : cause finale,
cause exemplaire, cause efficiente, et un Quaternaire
inférieur correspondant aux Éléments : Feu, Air, Eau,
Terre. Cette union du Ternaire et du Quaternaire peut
être figurée soit par un triangle surmontant un carré,
soit par un triangle surmontant une croix. Ce dernier
schéma n'est autre que le symbole du Soufre alchimi
que, lequel est précisément l’agent actif de l’évolution
dans la nature et résume en lui-même, par excel
lence, la signification fondamentale du Septénaire
cosmique, dont il n’est qu'une partie.
Dans le système kabbalistique, le type du Septé
naire nous est donné par les Sept Séphiroth inférieurs
ou Séphiroth de Construction (i). Nous reviendrons, à
propos du Dénaire, sur le symbolisme séphirotique et
nous distinguerons, à côté des sept Séphiroth de cons
truction, les trois Séphiroth supérieurs : Kether, Hoch-

Fig. XXIII. — Symboles Septénaires.

mah, Binah, déjà mentionnés à propos du Ternaire et


correspondant aux premières manifestations d’EN-SoPH
sur le plan divin, incognoscible.
Les sept Séphiroth de construction se divisent à
leur tour en un Ternaire supérieur et un Quaternaire
inférieur. — Le Ternaire supérieur comprend d’abord
Hœsed, principe actif, expansion de la Volonté qu’on
peut considérer comme correspondant dans le monde
intelligible et arûpique à la notion de cause finale ;
puis c’est le principe passif, Geburah, qui tend aux
réalisations ; c’est le concept de l’idée, la cause exem
plaire ; enfin c’est Tiphereth, principe équilibré, engendré
par les deux précédents, 1’ « Ame du monde », la cause
efficiente. — Le Quaternaire inférieur nous représente

(i) Baf,s : Les sept lueurs d’Elohim. Heptalogie, Bruxelles»


1897, gr. in-8.
les forces en action dans le monde naturel ; on peut dire
que Netzah, principe mâle, dynamique, force active,
expansion génératrice, correspond à la qualité chaude
du Soufre alchimique et à l’Élément Feu, où cette qua
lité se trouve exaltée ; de la même façon, Hod, principe
féminin plastique et inerte, correspond à la qualité
humide du Mercure alchimique et à l’Élément Eau,
dans lequel cette qualité se trouve exaltée ; d'autre
part, Yésod, principe équilibré, racine de tout ce qui
subsiste, fondement de la réalisation matérielle, cor
respond à la réunion des qualités chaude et humide
de l’Élément Air, et, par suite, présente une certaine
analogie avec le Sel. Enfin Malcuth, séphirah de la ma
térialité la plus dense, correspond à l’Élément Terre.
Nous retrouvons la même organisation intérieure
du Septénaire dans le système planétaire des Hermé-
tistes, mieux connu en raison de ses adaptations as
trologiques et magiques. Ce système revêt deux accep
tions concordantes : d’une part, une acception méta
physique fournissant une clef très générale pour l’inter
prétation des séries septénaires et des processus d'évo
lution ; d’autre part, un aspect physique, d’ordre astro
nomique ou astrologique, ayant trait aux globes pla
nétaires eux-mêmes, à leurs proportions, à leurs dis-
' tances, à leurs influences, comme exprimant objec
tivement la loi septénaire.
Considérées sous leur aspect métaphysique, les
sept planètes astrologiques sont :
i° Le Soleil. — C’est le centre du système pla
nétaire et l’astre le plus important. Il est la cause pre
mière de toute énergie manifestée ; il est essentiellement
mâle, actif, dynamique, expansif. Il correspond en astro
logie à la Volonté, à l’intention et par suite à la
cause
finale ; on peut donc le rapporter à la Séphirah Hœsed
— Son symbole est le point entouré d’une circon
férence © ; le point est la moins défectueuse des
représentations symboliques de l’unité. — Dans son
ensemble, le signe du Soleil peut représenter le pre
mier Logos en action dans l'univers qu’il s’est délimité ;
aussi les divinités mâles, dans les trinités des diverses
religions, ont été plus ou moins identifiées au Soleil,
par exemple Osiris. — Le Soleil n’est pas le premier
Logos, mais, dans son sens hermétique, il en est le
reflet fidèle sur un plan sous-jacent.
2° La Lune. — Après le Soleil, c'est l’astre le plus
important pour nous. La lime ne fait que refléter
la lumière solaire ; son action est passive, négative,
féminine. Elle influe, en astrologie, dans le sens de la
plasticité, de la subsistance copieuse mais inerte, ins
table, indéfinie. — Sur le plan intellectuel, elle a pour
champ d’action l’imagination; mais, par elle-même, elle
ne produit qu’une imagination déréglée, toujours chan
geante, inconsistante. Elle apporte en foule des images
à réaliser, mais elle les emporte de même ; elle est la
grande illusion, Maha Maya, le Chaos des possibilités
formelles. Livrée à elle-même, elle est le mirage, la
folie, le reflet ondoyant de l’astral ; c’est Hécate cou
ronnée du croissant lunaire ; mais fécondée par la Volonté
Splaire, elle devient le concept de l’œuvre à réaliser,
la Cause exemplaire, la «Matrice universelle du monde » ;
elle est la Vierge mère du Verbe et ses pieds reposent
sur le croissant lunaire. Elle correspond à Géburah.

G
Son symbole est la ligne coupant le cercle ou sim-
plement le croissant lunaire €. La ligne,
engendrée par le point, marque la séparation,
la distinction dansle chaos le Binaire, c'est
l’œuvre du deuxième Logos dans le champ
de son univers.
3 0 La troisième planète est Mercure. — Rappelons ici
qu’il ne faut pas confondre ce Mercure astrologique,
messager des dieux, intermédiaire hermaphrodite, avec
le Principe Mercuriel des Alchimistes, essentiellement
féminin et plastique. Le Mercure astrologique est avant
tout neutre et équilibré, mais aussi de nature complexe ;
il procède de la Volonté, ou Intention solaire, et de l’Ima
gination ou idéation lunaire, pour constituer le Réa
lisateur, l'Adaptateur, la Cause efficiente. Il est la. mise

Fig. XXIV. — Les sept planètes.

en œuvre, l’activité productrice, le travail efficace. Il


correspond, sur son plan, au nombre trois, au troisième
Logos ou Saint-Esprit et procède des deux influences
solaire et lunaire. Il est figuré par un signe complexe $
où le disque solaire et le croissant lunaire sont réunis
au-dessus d’une croix, pour exprimer qu’en lui les deux
principes primordiaux unissent leur action sur le monde
des éléments ou monde naturel. Tandis que le principe
mercuriel des alchimistes, qui est négatif, correspond à
la Séphirah Hod (1) féminine, le Mercure astrologique

(1) Cf. P. Genty : Le Mercure, in Voile d’Isis, mai 1914,


p. 266.
hermaphrodite correspond à laSéphirahTiphereth(l’Har
monie) neutre et équilibrée.
Ainsi le Soleil, la L,une et Mercure forment un
ternaire dans lequel la place intermédiaire est occupée
par Mercure. Ce dernier, étant hybride, ne peut engendrer
aucune autre’ modalité astrologique, mais de chacun
des deux « luminaires » dérivent deux planètes, d'oiL
un quaternaire complémentaire ainsi constitué :
4° Mars. — C’est en quelque sorte une 'modalité du
principe actif solarien. Il exprime l’énergie, la tension,
le paroxysme, la violence et aussi la stérilité ; il est
donc chaud et sec (i) et de la nature de l’élément Feu.
Il est représenté par le disque du Soleil surmonté
d’une croix (généralement transformée en
flèche pour mieux figurer ses propriétés
d’expansion), et ce symbole signifie qu’en
lui les forces élémentaires qui sont antago
nistes et en opposition perpétuelle dominent le principe
solarien d’énergie ; c’est l’énergie animatrice dirigée par
les oppositions irréductibles de la loi naturelle ; c’est la
mutation désordonnée, la brutalité, la destruction, mais
c’est aussi l’effort, ses succès, et Mars, dieu des combats,
correspond à la Séphirah Netzah, la Victoire.
5° Vénus. — C’est aussi une modalité du principe vital
animateur du soleil ; mais ici ce principe s’unit aux
éléments pour les diriger. C'est le but création pour
suivi dans le monde naturel et, par suite, la fécondité
— Vénus est représentée par le disque solaire surmontant
la croix des éléments $. Tandis que chez Mars le monde
élémentaire ou naturel domine le principe animateur
solarien et occupe,par rapport à lui, une situation active;
ici le monde naturel est dominé par l’influence du Soleil
(i) Cf. Cl. PTOLÉMÉE :
Quadripartitum.lY, trad. JULEVNO.
Voile d’Isis, 1914.
et se trouve passif vis-à-vis de ce dernier. Passive et
féconde, Vénus est de nature froide et humide comme
l’élément Eau. Elle forme avec Mars un couple anta
goniste ; elle est la douceur, la beauté, l’amour, la paix,
tandis que Mars est la violence, le désordre, la haine, la
guerre. Elle correspond à la Séphirah Hod et à la qualité
humide du Principe Mercuriel alchimique. Remar
quons que si l’on pouvait transporter la signification
vénusienne plus haut que le monde naturel (plans
physique et astral), cette signification deviendrait
masculine, de même que, sur le plan mental, l’intelli
gence de la femme joue un rôle actif et celle de l’homme
un rôle relativement passif (1). Mais en astrologie natu
relle, Vénus reste uniquement féminine.
6° Jupiter. — Cette planète, dans son sens occulte,
procède de la lune ; elle en a la plasticité copieuse,
c’est-à-dire la qualité humide ; mais ici le principe for
mateur de la lune s’unit au monde élémen
taire pour lui donner corps, masse, consistance,
pour en faciliter l’organisation qu’elle rend
aisée et souple. A la vérité, un principe négatif
comme celui de la lune ne peut pas dominer le monde
naturel au plein sens du mot. Trop passif pour le
diriger, il ne fait que s’ajouter, se mêler à lui, et c’est
pourquoi le signe symbolique de Jupiter est formé
d’un croissant lunaire juxtaposé à la croix des éléments
ou 2j. ; ce signe a été transformé en Z barré ou
%, sans doute en rappel du mot grec ZeL
(Jupiter) ; mais la signification primitive du
symbole ne doit pas être perdue de vue.
Le croissant est juxtaposé et non superposé
à la croix, ce qui indique que dans le monde
naturel, la planète Jupiter ne peut revêtir un sens pro-
(1) Cf. M. DECRESPE : L’Eternel féminin... Paris.
prement négatif ou passif. Il se trouve, au contraire, que,
par une transposition de plans, semblable à ce que nous
avons noté pour Vénus, Jupiter a un caractère masculin,
bien qu’à un degré moindre que Mars. Il représente le
monde naturel influencé par la plasticité, c’est-à-dire
un certain mode de fécondité. Or,en se mêlant à la nature,
cette plasticité devient une puissance et par là s’explique
le caractère mâle de Jupiter. Fécondité et puissance cor
respondent aux qualités humide et chaude (i), et par
conséquent à l’élément Air, qui occupe une position
intermédiaire entre le Feu chaud et sec (où le Soufre est
exalté) etl’Eaufroide et humide (où le Principe Mercuriel
est exalté) — et qui peut ainsi, d’une certaine manière,
correspondre au Principe Salin. Jupiter correspond à
la Séphirah Yésod (le « Juste fondement »), principe
équilibré. Jupiter est la planète de la Justice.
7° Saturne. — Saturne aussi procède du principe
plastique de la lune, mais son symbole montre le crois
sant lunaire surmonté de la croix des éléments
ou ï). Ici, les forces naturelles du monde élé
mentaire jouent un rôle actif par rapport à ce
principe plastique, et c’est pourquoi Saturne
est une planète masculine. Ici, la matière
emprisonne la plasticité, elle la fige, elle l’immobilise,
elle la tue. — C’est la créature accomplissant l’œuvre
de mort ; c’est la matière étouffant la vie de l’esprit ;
c’est la stérilité active, la destruction réfléchie ; mais
c*est aussi la limitation de l’esprit dans les contin
gences matérielles, l’égoïsme et son acolyte le déses
poir ; c’est la dissolution de toute énergie. Saturne
est de nature froide et sèche (2) correspondant à l’élément
Terre, le plus matériel de tous — et se trouve, par ses
'^qualités élémentaires,
en opposition avec Jupiter, de
(1) Cf. Cl. PtolÉmÉE : Quadripartitum, IV.
(2) Idem.
nature féconde, souple, vivifiante, généreuse, enjouée.
Saturne est la planète de la matérialité la plus épaisse
dans laquelle l’esprit disparaît ; elle est analogue à la
Séphirah Malcuth.
Tel est le Septénaire planétaire métaphysique. Au
point de vue physique, on a cherché dans les planètes
la signature de la loi septénaire, et divers auteurs ont
cherché à rapprocher dans une même progression sep
ténaire les planètes, les sons et les couleurs (1) ; mais
les correspondances qu’on a proposées dans ce sens
paraissent souvent difficiles à soutenir. D’ailleurs, les
sons et les couleurs ne représentent qu’unq gamme de
vibrations accessibles à nos sens actuels ; ce sont nos
sens qui les limitent ; il est probable qu’un développe
ment ultérieur étendra pour nous ce clavier qui,
n’étant pas définitif, peut difficilement servir de base
de comparaison. Sans doute, nos perceptions pourraient
se trouver étendues sans que la classification septénaire
cessât d’être adéquate ; un Septénaire pourrait être
reconnu, par exemple, dans les radiations actuellement
invisibles du spectre ; on pourrait même assigner à la
gamme des couleurs ou des sons des limites plus ou
moins étendues, pourvu que les parties en soient agen
cées selon les mêmes proportions ; on conserverait ainsi
l’ensemble schématique septénaire tout en changeant
la démarcation respective de chaque terme, comme on a
fait pour les sept principes de l’homme chevauchant
sur cinq plans cosmiques seulement. Il n’y a là qu’une
loi d’assemblage synthétique à envisager et nos divi
sions paiticulières actuelles,auxquelles nous ne pouvons
pas attribuer une valeur absolue, ne permettent pas
de comparaisons certaines. De même en astronomie, il n’y

(1) Cf. Bernard : Entretiens idéalistes, mai 1914 ; éands-


BERG :
Voile d’Isis, juillet 1914, etc.
IÇO LE SYMBOLISME DES NOMBRES

a aucune raison a priori pour que les distances des pla


nètes entre elles, dans l’espace à trois dimensions,
correspondent à leurs relations purement intelligibles
dans le Septénaire hermétique ou à leur influence réelle
dans le monde occulte des déterminations astrologiques.
PythagorE, prenant la distance du Soleil à la Terre
comme un ton, prétendait que la distance de la Time à
Mercure était d’un demi-ton, celle de Mercure à Vénus
d’un demi-ton, celle de Vénus au Soleil d’un ton et demi,
celle du Soleil à Mars d’un ton, celle de Mars à Jupiter
d'un demi-ton, celle dé Jupiter à Saturne d’un demi-ton
et celle de Saturne au Zodiaque d’un ton. — Nous
savons aujourd'hui que la distance des planètes au
Soleil est, en millions de lieues : 15 pour Mercure, 26 pour
Vénus, 37 pour la Terre et la Lune, 56 pour Mars,
192 pour Jupiter, 355 pour Saturne, 733 pour Uranus,
1110 pour Neptune. La loi de cette progression
est donnée d’une manière assez simple par la loi de
Titius : on prend la progression des nombres : o, 3, 6, 12,
24, 48, 96, 192, 384, à chacun desquels on ajoute 4,
soit : 4, 7, 10, 16, 28, 52, 100, 196, 388. Ces nombres
donnent à peu près la proportion des distances des pla
nètes au soleil ; le nombre 28 correspond aux asté
roïdes et le nombre 388 ne correspond qu’imparfaite-
ment à Neptune. Cette progression peut encore être
schématisée davantage et devenir par exemple : 1, 2,’ 3,
4, (8), 12, 24, 48...
Les nombres de vibrations des notes de la gamme
varient dans les limites beaucoup moins etendues,
puisque l’ut initial étant compté comme 1, le ré suivant
= 9 /8, le mi 5/4, le fa 4/3, le sol 3/2, le la 5/3, le si
15 /8 et l’ut de l’octave n’est que le double du premier ;
la progression peut donc être ramenée aux nombres :
24, 27, 30, 32, 36, 40, 45, 48.
Il nous paraît difficile de tirer de ces deux progressions
astronomique et musicale une loi d’analogie simple.
Il faudrait pour cela considérer non la gamme, mais
l’ensemble des vibrations perceptibles à l’ouïe, qui
s’étend de 32 par seconde à 32.768, soit 10 gammes. Dans
ce cas, le Soleil, point de départ, correspondrait au sol
à 48 vibrations, Mercure à l’ut à 64 vibrations, Vénus au
sol à 192, Mars à l’ut à 256, Jupiter au sol à 870, et
Saturne au sol à 1740, etc. Au lieu de considérer la dis
tance des astres au Soleil, on peut considérer leurs dia
mètres. Par rapport à celui de la Terre pris comme unité,
nous aurions les chiffres suivants : Soleil, 109,05 ; Lune,
0,2727 ; Vénus de 0,9540,966 ; Mars, 0,54 ; Jupiter : 11,14
à 11,16 ; Saturne, 9, 4 à 9,53 ; Uranus, 4,0 à 4,32 ;
Neptune : 4, 3 à 4, 44, et ces chiffres permettraient des
comparaisons.
D’un autre côté, en considérant le nombre de vibra
tions des diverses couleurs du spectre lumineux, on
peut trouver certaines analogies avec les notes de la
gamme. Ainsi le rouge moyen (477 billions de vibra
tions par seconde) étant pris comme point de départ et
correspondant à l'ut, le jaune (535 billions) correspond
à peu près au ré (1 -f 1 /6 au lieu de 1 4- 1 /8) ; le vert
bleu (596 billions) au mi (1 -f 114) ; l'indigo (658 billions)
au fa (1 -f 1 /3) ; le violet (699 billions) au sol(i +1/2). Il
est à remarquer que la gamme lumineuse forme, en
réalité, une quinte avec ses sept demi-tons : le nombre
de vibrations du violet est environ égal aux 3 (2. des
vibrations du rouge . Flambart a établi une spirale
.

montrant que le rouge correspond (au quarante-deuxième


octave) au sol dièse de la gamme ut à 65,25 vibrations
et le bleu à l’ut à 130,5 vibrations (1). Selon d’autres, le
(1) Flambart : La Chaîne des Harmonies, Paris, 191O,
P- 37-
rouge à 461 trillions correspondrait à l’ut de 520 vibra
tions ; le jaune à 517 trillions au ré de 583 et le bleu
à 617 trillions au fa de 696. Ces rapprochements n’ont
rien de très saisissant. Signalons que le Hongrois
Lenard a décrit dans le rayon cathodique sept subdivi
sions caractéristiques correspondant aux sept couleurs
du spectre.
Au point de vue de l’Astrologie pratique, l’influence
des sept planètes a été, depuis les Chaldéens, l’objet d’une
foule d’observations, tant pour les phénomènes naturels
que pour la vie humaine. L’Astrologie mondiale,
généthliaque, météorologique, médicale, magique, ou
autre, a donc pu établir une quantité de Septénaires :
correspondances minérales, végétales, animales, types
humains, métiers, fonctions physiologiques, maladies,
etc., etc.
On a cru porter un coup mortel à ces correspondances
septénaires par la découverte de deux nouvelles planètes
du système solaire : Uranus et Neptune, par la connais
sance des petites planètes et l’existence probable de
Vulcain et de Pluton.Nous avons étudié cette question (1);
il nous semble que la prolongation de la série planétaire
n’infirme en rien la classification septénaire. Nous avons
montré, à propos de l’influence astrologique d’Uranus et
de Neptune (2), que, quel que soit le nombre des astres
influençants, toutes les influences astrologiques se
réduisent à sept catégories fondamentales : il se trouve
que non seulement les sept planètes classiques entrent
dans cette classification septénaire, mais encore que les
planètes nouvelles (3), et les étoiles fixes, malgré leur
nombre illimité, montrent toujours une influence ana-

(1) A propos des neuf planètes, inVoile d’Isis, 1913, p. 113.


(2) L’Influence de Neptune, in Voile d’Isis, 1913, p. 270.
(3) BurGOYNE: La Lumière d'Egypte, Paris, 1895, in-4 carré.
logue à l'une de ces sept catégories ou à la combinaison
de deux d’entre elles. D’ailleurs si les phénomènes
sériels se rangent toujours sous la règle septénaire, ce
n'est pas que les sept planètes soient les seules causes à
les influencer, mais que planètes et séries progressives
obéissent à une même loi suprême. Cependant, pour des
raisons de commodité didactique, on a rattaché les
sept modalités universelles aux sept planètes classiques
et le Septénaire astrologique des Hermétistes est devenu
une clef générale d’interprétation et d’analogie.
Nous pouvons maintenant en étudier les adaptations
aux séries progressives naturelles en considérant d’abord
les phénomènes sériés dans le temps en une succession
chronologique, puis les phénomènes simultanés sériés en
une graduation qualitative.

*
* *

Les Chaldéens avaient consacré chacune des heures


du jour à une planète déterminée ; les sept dominateurs
horaires se succédaient dans leur ordre de distance crois
sante à laTerre, c'est-à-dire : Lune, Mercure, Vénus, Soleil,
Mars, Jupiter, Saturne. — Les Astrologues ont conservé
très longtemps cette tradition. — En comptant douze
heures diurnes et douze heures nocturnes, soit vingt-
quatre heures dans le jour, la différence entre ce nombre
24 et le multiple de 7 qui le contient, soit 28, est de 4 ;
elle a pour résultat que les planètes maîtresses de la
première heure des jours successifs se suivent non dans
leur ordre primitif, mais en sautant de quinte en quinte
dans l’ordre suivant : Lune, Mars, Mercure, Jupiter,
Vénus, Saturne, Soleil. Si maintenant on donne à chaque
jour le ncm de la planète qui domine sur sa première
heure, on obtient le nom des jours de la semaine : Lundi
(jour de la Lune), Mardi (jour de Mars), Mercredi (jour de
Mercure),J eudi (j our de J upiter),Vendredi (j our de Vénus),
Samedi (jour de Saturne), Dimanche (jour du Soleil :
sutiday, sonntag). — Cette succession des quintes peut

se représenter par l'étoile à sept branches — Si l’on


range les sept planètes selon leur ordre de distance à la
terre sur les pointes successives de l’étoile et qu’on
les suive non plus dans l'ordre circulaire,mais en passant
par les branches de l’étoile (puisque celle-ci peut être
tracée d'un seul trait de plume, comme l’étoile quinaire).
LE SEPTÉNAIRE IÇ5

on obtient la succession par quintes correspondant aux


jours de la semaine : Lune, Mars, Mercure, etc.
Chose curieuse, le schéma de l’étoile septénaire corres
pond à la constitution de la gamme musicale : « Si nous
opérons de la même manière pour les notes de la gamme
en partant du Fa, nous remontons de quinte en quinte (i) ;
mais nous ne pouvons en faire plus de six sans sortir de
la gamme naturelle. Nous avons alors cette suite de
notes : Fa, ut, sol, ré, la, mi, si. Au-dessus de si, la quinte
tomberait sur le fa dièse et au-dessous du fa sur un si
bémol. De même si, partant du fa, on redescend de
quarte en quarte, on ne peut faire que six quartes
justes et on retrouve sur son chemin,dans le même ordre,
les sept mêmes notes : Fa, ut, sol, ré, la, mi, si. (Au-dessous
du si, la quarte retomberait aussi sur le fa dièse, et
au-dessus du fa la quarte rencontrerait le si bémol.)
Ici, avant tout, nous voyons une nouvelle raison qui
limite la gamme à sept notes : c’est que cette série,
soit des quartes, soit des quintes ne peut dépasser ce
nombre, arrêtées qu’elles sont d’un côté par un dièse,
de l’autre par un bémol (2). »
Remarquons que le Fa, qui sert de point de départ,
est considéré par la science physique moderne comme
« la tonique de la nature » (Silliman, Rice),c’est-à-dire

que la résultante des bruits naturels (rivières, forêts, etc.)


est généralement un fa. Les Chinois appellent le fa la
« grande note » (Kung) et disent, par exemple, que les eaux
du Hoang-Ho entonnèrent, en courant, le Kung.
Ainsi l’ordre des planètes dans l’espace est à leur
ordre de domination sur les jours de la semaine ce que

(1) La Quinte est généralement reconnue par les musi


ciens comme la véritable unité de mesure musicale.
(2) Lacuria : Les Harmonies de l’Etre exprimées par les
Nombres, Paris, 189g, 2 vol.
l'ordre des notes de la gamme est à l’ordre des quintes
ascendantes ou des quartes descendantes, et ceci donne
à l’étoile à sept branches une importance considérable.
La succession des sept dominateurs planétaires de
la première heure du jour aurait pu, par elle-même,
justifier la division du temps en semaines de sept jours
si celles-ci n’avaient pas encore correspondu au quart
de la révolution de notre satellite, c’est-à-dire à une
phase lunaire et à un certain rythme biologique dont
nous avons mentionné quelques exemples. Pour toutes
ces raisons, nous retrouvons la semaine dans le calendrier
de tous les peuples.
Nous avons vu qu’il fallait attribuer une certaine
importance aux périodes de sept ans. D’un autre côté
on a cherché à adapter le Septénaire à la vie humaine ;
c’est ainsi qu’au xvr e siècle le peintre Guariento,
aux chapiteaux du Palais Ducal à Venise, et dans les
fresques des Eremitani à Padoue, a figuré les âges de la
vie dans leurs rapports avec les sept planètes, selon leur
ordre d’éloignement à la terre (1). Après sa naissance,
l’enfant est sous l’influence de la Lune ; elle gouverne
quatre ans ; puis Mercure l’accueille et agit pendant
dix ans ; Vénus s’empare du jeune homme pendant
sept ans ; le Soleil ensuite gouverne l’homme pendant
dix-neuf ans; Mars pendant quinze ans; Jupiter pendant
douze ans et Saturne jusqu’à la mort.
En ce qui concerne l’évolution macrocosmique, l’éso
térisme indien et la Théosophie enseignent que les
univers traversent des périodes septénaires, à sub
divisions septénaires ; ils passent par sept Rondes com
prenant chacune sept chaînes planétaires de sept globes
pendant que sur chaque globe évoluent sept races-
(1) Cf. E. Male .L’Art religieux auXIII« siècle en France„
Paris, 1910, et Atchiv. archéol., t. XVI, p. 69-197-297.
mères dont chacune se subdivise en sept sous-races et
•occupe un continent déterminé (1). « Le temps se meut
sur sept roues, dit YAtharva-Veda ; il a sept nefs. »
Il
Sept représente le cycle évolutif : « monte de la terre
au ciel et derechef il descend sur la terre et il reçoit la force
des choses supérieures et inférieures », dit la septième
proposition de la Table d'Emeraude.
Cette tradition a été rénovée par les Pythagori
ciens qui considéraient le nombre 7 comme l’expression
du temps critique correspondant aux périodes de déve
loppement. Cette notion du renouvellement périodique
du monde apparaît dans l'antiquité. Cicéron en parle
dans le Songe de Scipion : « Eluviones exustionesque terra-
rumquas accidere tempore certo necessum est ». De même
Virgile : « Aspice convexo nutantem pondéré mundum ».
Cependant le nombre 8 était substitué au nombre 7
dans ce sens par les Etrusques. Selon les aruspices
toscans, le monde actuel ne devait durer que 8 grands
jours ou 8 fois 1.100 ans, et un de ces grands jours du
monde était accordé à chaque grand peuple (2).
En ce qui concerne la création, nous avons étudié
le symbolisme des sept jours et des mythes analogues.
En ce qui concerne la fin du monde, il est curieux de
rapprocher ceci des prophéties convergentes qui fixent
la fin du monde au septième millénaire après Jésus-
Christ. — C'est d’abord Zoroastre, qui annonce dans le
Zend-Avesta (composé environ 2.000 ans avant notre
ère, selon certains auteurs), que la lutte d’ORMUZ et
d’AHRiMAN doit durer 9.000 ans (3). C’est encore Albu-

(1) Cf. Rig-Véda, 1-35-8 et A. BesànT-LEAdbeater :


L'Homme, d'où il vient, où il va, Paris, 1918.
(2) Cf V. Duruy : Histoire des Romains.
(3) Minôkhired, cf. SpiEGEE, Avesta Einleitung, t. III,
p. 218-219.
masar, né en 776 à Balk, en Perse, qui dans son traité
Olouf (Millénaire) (1), dit que le monde, créé^en l’an 7.000
avant J.-C., toutes les planètes étant en conjonction
dans le Bélier, doit prendre fin en 7.000 après J.-C.,
toutes les planètes étant en conjonction dans les
Poissons. La durée du monde est ainsi fixée à un double
cycle de 7.000 ans, chaque cycle comprenant quatre
périodes de 1.750 ans chacune, qui en sont comme les
quatre saisons (2). Cette croyance se retrouve chez les
Chrétiens : « Au septième millénaire, suivant le témoignage
de saint Jean, après l’enchaînement du dragon ou
diable fauteur de maux, les mortels se reposeront et
mèneront une vie tranquille (3) ». On y trouve des allu
sions dans les textes sacrés (4). Nostradamus a égale
ment fixé la venue de l’Antéchrist à l’an 7.000 et cette
croyance est très répandue (5). Dans le même ordre
d’idées, Barthélemy Holzauser, dans son Inter
prétation de VApocalypse (1799) reconnaît sept phases
principales dans la marche du christianisme, depuis
son origine jusqu’à la fin des temps. H. Wronski
distingue sept périodes dans le développement de l’huma
nité : les quatre premières, déjà parcourues, ont eu
pour buts dominants : le bien-être physique, la justice,
la moralité religieuse et le savoir ; les trois dernières
doivent correspondre à l’antinomie sociale (entre la réa
lité propre de l’homme et la réalité divine), à l’harmonie
sociale et à la découverte publique et universelle de

(1) Traduit par J.-B. Sessa : Flores Astrologie. Venise


1509.
(2) Cf. Influence Astrale, Paris, 1912, p. 194.
(3) Agrippa : Phil. Occ., 11-10.
(4) Cf. Dan.,ix; Marc, xm; Matth., xxiv; Luc, xxiv.
(5) Cardinal Aliaco : Concordantia Astronomica Veri-
tatis...
l’essence de l'Absolu (1). Tous ces rapprochements
montrent bien que le nombre 7 est toujours en rapport
avec l'idée d’évolution. C'est ce qu’OüON, évêque de
Cambrai, a résumé par ces vers latins :

«
Et complevit in isto
bene cuncta Deus numéro
Per quem circuitus iempora semper habent. »

Le Septénaire, dit Lacuria, « ferme le cercle de l’être ;


il en est la fin et la conclusion ». — « L’univers ayant
été conçu dans son entière perfection par le nombre
septénaire, il sera également réintégré par ce même
nombre dans l’imagination de celui qui l’a conçu (2). »

*
*
En ce qui concerne les séries qualitatives, les tradi
tions les plus diverses s'accordent à reconnaître le
nombre 7 comme loi fondamentale. Dans le Songe
de Scipion, Cicéron dit fort justement qu’il n'y a pres
que rien dont le nombre 7 ne soit le nœud.
Les Indiens admettent sept sphères d’existence qui
sont : Bhurloka, Bhuvarloka (ou Autorikshaloka), Svar-
loka, Maharloka, J analoka, Taparloka, Satyaloka. Ces
sept sphères, considérées sous leur aspect évolutif
correspondent à sept talus quand on les regarde sous
leur aspect involutif (Voy. nombre 14).
Leur ésotérisme enseigne que l’Univers est constitué
par sept plans distincts qui peuvent être groupés en
trois régions fondamentales (upadhis), ce qui montre
encore les rapports du Ternaire avec le Septénaire. Les

(1) Hoéné Wronski : Développement progressif et but


final de l'Humanité, Paris, 1861.
(2) Martinez de Pasqually ; Traité de la Réintégration,
Edit., Paris, 1899, p. 204.
Théosophes ont développé cet enseignement (i). Pour
eux,chaque plan est constitué par une forme de matière
déterminée (tattva) et plus ou moins subtile. La matière
vulgaire, accessible à nos sens, est la forme la plus
inférieure, celle du plan physique (Sthula) n’obéissant
qu'aux influences d’ordre physique ou chimique. Les
autres plans sont Y Astral (Kama) dont la substance, trop
ténue pour être perçue par nos sens ordinaires, se modi
fie sous l’influence des émotions ou des causes occultes
analogues ; — le Mental (Manas, mens) dont la matière
n’est soumise qu’aux pensées ou aux causes occultes
analogues ; — le plan Bouddhi, en rapport avec des
causes plus élevées encore, et ne pouvait être perçu
par nous que dans 1' « acte de charité » le plus pur ; —
le plan Atma qui forme l’Ego permanent, la substance
de l’âme et qui nous impressionne seulement dans
l’extase ; — enfin les plans Anupadaka (sans véhicule)
et Adi, qui sont pour nous tout à fait incognoscibles,
servant de champ et de substance à la Monade et au
Logos.
Chaque plan est, à son tour, divisible en sept sous-
plans ; en ce qui concerne le plan physique, ces sous-
plans sont : solide, liquide, gazeux, éthérique du
4 e degré, éthérique du 3 e degré, éthérique du 2 e degré et
éthérique du I er degré. — Corrélativement, le plan
physique fournit pour l'incarnation sept formes de
corps répartis en sept règnes : Élémental du degré,
Elémental du 2 e degré, Élémental du 3 e degré, Miné
ral, Végétal, Animal et Humain.
La même loi Septénaire s'observe dans le groupement
des différents « corps simples » de la Chimie, lesquels
ne Seraient, en réalité, que des formes très complexes

(1) A. BESANT : Etude sur la Conscience, Paris, 1910, in-12.


résultant d’une disposition particulière de proto-atomes
et ils se grouperaientnaturellement par gammes. Heixen-
bach, prenant pour base les poids atomiques, a proposé
la classification suivante (i) où les premiers, deuxièmes,
troisièmes, etc., membres de chaque série ont des
analogies par toutes leurs propriétés avec les membres
correspondants de la série suivante.

Il est à remarquer que ces groupes correspondent à


la classification morphologique des atomes chimiques
établie au moyen de la clairvoyance par A. Besant et
Leadbeater (2). La série I correspond au groupe des
Haltères positifs et à la première moitié du groupe des
Pointes : la série II au groupe des Tétraèdres positifs ;
la sérieIII au groupe des Cubes positifs ; la série IV au
groupe des Octaèdres positifs et négatifs ; la série V au
groupe des Cubes négatifs ; la série VI au groupe des
Tétraèdres négatifs ; la série VII au groupe des Haltères

(1) HELLENBACH : Magie der Zahlen, Wieu, 1887 et 1898,


cité par H. BlavaTSKY : Doctrine Secrète.
(2) A. Besant et Leadbeater : La Chimie occulte, Paris,
1920, p. 89-90 et 320-321.
négatifs et à la seconde moitié du groupe des Pointes ;
les éléments hors série comprennentla totalité du groupe
des Tiges.
Ces formes chimiques évoluent-elles ? Subissent-elles
au cours du temps des transformations ? La spectro-
graphie pourrait sans doute ouvrir des horizons à ce
sujet. — De leur côté, les Alchimistes enseignaient que
les métaux évoluent dans les entrailles de la terre, depuis
le stade le plus grossier jusqu’au stade le plus parfait
de l’or, et les étapes de cette évolution étaient, pour
eux, au nombre de sept correspondant aux sept pla
nètes : le plomb à Saturne, l’étain à Jupiter, le fer à
Mars, le cuivre à Vénus, le vif-argent à Mercure, l’argent
à la Lune et l’or au Soleil. En vertu de cette corres
pondance, les médecins alchimistes se servaient des
métaux ci-dessus pour les maladies des organes influen
cés par la même planète (i).
Nos connaissances,si imparfaites sur le plan physique,
sont encore plus rudimentaires sur le plan astral ; ce
dernier est ainsi nommé parce qu’on le considère comme
le milieu capable de répondre le plus parfaitement aux
influences astrologiques et de les transmettre aux
autres plans. S’il en est ainsi, sa subdivision en sept
catégories (sous-plans) doit correspondre au Septénaire
planétaire hermétique. « Ce nombre, dit H.-P. Blavat-
sky, est le fait sine quo non qui produit les phénomènes
occultes de l'astral (2). »
On admet que tous les autres plans se subdivisent
également en sept sous-plans, et cette analogie entre la
division et la subdivision est telle qu’il y a correspon
dance occulte entre chaque plan et les sous-plans de

(1) D r Ai,LENDY : L’Alchimie et la Médecine, thèse, Paris,


1912.
(2) H.-P. BlavaTSKY : Doctrine secrète.
même ordre pris dans les autres plans ; ainsi T Astral,
véhicule des influences astrologiques, étant le sixième
ou avant-dernier plan, se trouve capable d’influencer
tous les autres plans en agissant sur le sixième sous-plan
de chacun d’eux. De cette façon s’expliquerait que
l’influence astrologique s’exerce aussi bien sur la forme
physique que sur les sentiments, les pensées et même
l’âme d’un individu.'
L’homme est un être complexe qui comprend non
seulement un corps formé de matière physique, mais
encore différents véhicules invisibles aux sens vulgaires
et fournis par la matière des plans supérieurs, à l'exclusion
des plans Adi et Anupadaka. L’individualité humaine
se manifeste donc sur cinq plans cosmiques, mais
chacun de ces cinq plans comprenant sept sous-plans,
l’homme quinaire est cependant susceptible de présenter
dans ses différentes activités sept modalités. Pour cette
raison on a voulu considérer en l'homme sept principes,
en dédoublant deux de ses cinq plans de manifestation
(delà même façon que la quinte musicale se divise en
sept intervalles dans la gamme chromatique, au moyen
des dièses) : le plan physique est distingué en physi
que inférieur et en éthérique, et le plan mental est
distingué en mental inférieur rûpique servant de véhi
cule aux images de la pensée et en mental supérieur
arûpique servant de véhicule aux pensées abstraites
(sans image). Ainsi sont constitués les sept principes
de l’homme admis par la plupart des traditions.
Les traces les plus anciennes de cette doctrine sem
blent exister dans l'Inde. — Les Védas parlent des
« sept langues de feu (1) » ; la vie, prâna, quintuple dans

sa nature, possède sept pouvoirs et devient une septu-

(1) Prashnopanishad, III, 3-5 ; Mundaka-upanishad, 1,2-4.


pie force de l’homme ; elle est représentée symboli
quement par les sept voyelles de l’alphabet sanscrit
et par les sept chevatix qui trament Agni (i). Ces sept
principes sont : i° Rûpa (Physique inférieur), le corps,
la forme matérielle ; 2° Prana (Physique éthérique), la
force vitale, l’agent de la vie végétative, correspondant
à Y Archée de Van Helmont (2), à la Mumie de Para
celse ; 3 0 Linga Sharira (Astral), agent de la vie
animique et des phénomènes psychiques ; 4 0 Kama
Rupa (Mental inférieur), l’âme animale, l’agent de la vie
intellectuelle dont dépendent la sensibilité, la raison,
la conscience (3) ; 5 0 Manas (Mental supérieur), principe
pensant par lequel le moi acquiert l’emprise sur le
corps astral au moyen de la réflexion et de l’étude « pour
ennoblir les sentiments et les désirs » ; 6° Buddhi, l’âme
spirituelle, l’esprit de vie par lequel le moi acquiert
l’emprise sur le prana éthérique pour régir les passions
et donner l’unité intérieure ; 7 0 enfin Atma, le pur
esprit par lequel le monde intellectuel régit les sensa
tions et le corps physique pour donner la maîtrisetotale.
Ici encore le Septénaire est le développement d’un
Ternaire fondamental, car les trois derniers principes
constituant l’Ego permanent ou Jivatma doivent être
mis nettement à part.
D’après H.-P. Blavatsky, cette division indienne
correspond chez les Egyptiens aux principes suivants :
i° Khâ, l’âme formative ; 2° Bâ, l’âme qui respire ;
3 0 Khaba, le double, l’astral ; 4 0 Akhu, l'âme qui perçoit ;
5° Seb, l’âme de procréation ; 6° Putah, l'âme de repro-

(1) Cf. A. BesanT: La Construction d'un univers, Paris, 1908.


(2) Van Helmont : L’Agent archéal, trad. par D r Allendy.
Voile d’Isis, 1913, p. 218.
(3) On l’appelle « le Calculateur » ; c’est lui qui serait
développé chez les chevaux d’Elberfeld, par exemple.
duction intellectuelle ; 7 0 Atmu, l'âme perpétuée sans
cesse. — Frantz Lambert, dans un article du Sphinx
de Munich, dit que les Egyptiens désignaient encore
les sept principes de la manière suivante : i° Chat, le
corps physique; 2° Auch, le corps éthérique ; 3 0 Kâ, le
corps astral ; 4 0 Ab Hati, l’âme animale ; 5 0 Bai, le
mental ; 6° Chey bi, l’âme spirituelle, et 7 0 Chu, l’esprit
divin.
Dans la Kabbale, ces sept principes s'appellent
respectivement : i° Guf, 2° Kuch-ha-Guf ; 3 0 Nephesh\
4 0 Ruach ; 5 0 Neshamah > 6° Chayah ; 7 0 Yechida et
correspondent point pour point.
Les deux premiers font partie de l'enveloppe matérielle;
les trois suivants constituent Yâme humaine propre-
ment dite, laquelle est alliée au corps en un Quinaire :
Nephesh est émané de Malcuth et provient d’Asiah ;
Ruach est émané de Tiphereth et provient de Yésirah ;
il fait défaut chez les enfants de moins de 13 ans ou
même chez les adultes rudimentaires comme les sau
vages ; il confère les facultés rationnelles et morales ;
Neshamah est émané de Binah et provient de Briah ;
il confère l’intuition des vérités spirituelles, mais n'existe
que chez une élite et jamais avant l’âge de 20 ans. —
Les deux derniers principes ne sont pas alliés au corps :
.Chayah confère la vie divine ; il est émané de Hochmah
et provient d’Aziluth ; Yechida est émané de Kether
et permet l’union suprême avec Dieu (1).
Chez les Perses, on retrouve le pendant de la tradition
indienne ; on distingue un Quaternaire inférieur :
i° le corps ; 2°leprincipeindividuel (Jeroüerj ; 3°le principe
vital (<ijan), 40 l'âme animale (akka) —et un Ternaire
supérieur constitué par : 5-6-7°, l’âme spirituelle de

(1) A. JOUNET : La Clef du Zohar, Paris, 1002.


nature triple (principe de la sensation, principe de
l’intelligence et principe du jugement) (i).A. Franck
rapproche ce Septénaire de celui des Kabbalistes, mais
il est assez difficile de trouver la correspondance exacte
des feroüers (fravashis). Burnouf les considère comme le
principe suprême de l’âme, comme « le type divin de
chacun des êtres doués d’intelligence, son idée dans la
pensée d'ORMUZD (2). «DELAFONTen fait des anges gar
diens (3). — Quoi qu’il en soit, il est certain que les
anciens Perses considéraient l’homme comme formé
de cinq principes, en outre de son corps et de son aura
fluidique. — C’est ainsi qu’on lit dans l'Avesta : « Nous
honorons la conscience, la force vitale, l’intelligence,
l’âme et le fravashi des hommes et des femmes justes (4). »
Chez les Chinois, les croyances bouddhiques, le
Taoïsme mystique et le Yi-King s’accordent à reconnaître
sept principes dans l’homme, qui sont : i° Xuong, le
corps physique ; 2 0 Mau, le sang, véhicule de la force
vitale ; 3 0 Than-thuy-hoa, le mouvement, qui préside
à la circulation sanguine ; 4 0 Khi, le souffle de vie, principe
intermédiaire et central ; 5 0 Thânn, la lumière ;
6° Tinh, l’entendemept, la faculté d’associer les idées;
7 0 Wun, la volonté céleste, qui tient le corps humain
eu son intégrité, et qui représente l’étincelle divine.
Les trois premiers principes sont mortels et dissolu
bles ; les trois derniers sont immortels, constituant pour
les Indiens le Jivatma : Manas-Buddhi-Atma, et pour

(1) ANQUETIL-DUPERRON : Mémoire de l'Acad, des Ins


cript., t. XXXVIII.
(2) E. Burnouf Commentaire sur la Yaçna, Paris, 1833-35,
:
in-4, t. I, p. 270-271.
(3) G. DE Lafont : Le Mazdéisme et l'Avesta, Paris, 1897,
p. 222-223.
(4) Yaçna, xxvi-n-20 et Yesht, xm-149.
les Chrétiens ce corps glorieux « avec lequel tous les
hommes vivent et vivront éternellement (1) ». Le prin
cipe intermédiaire meurt mais ne se dissout pas et se
réunit par une immédiate résurrection aux trois immor
tels pour constituer un nouveau mode d’existence. Il
est le pivot de l'existence incarnée ; se portant vers le
than et le mau, il constitue le nodus sanguin (vie végé
tative) ; se portant vers le thânn, il constitue le nodus
psychique qui a pour centre de condensation le cœur ;
enfin, affectant le tinh, il produit le nodus intellectuel
qui se localise d’une manière passagère dans le cerveau.
Tels sont les rapports des trois centres avec les sept
principes. Le wun est inaltérable ; le xuong ne peut être
affecté qu’extérieurement ; tous les désordres patholo
giques pénètrent par le principe central, le khi, ou
ses voisins immédiats : than et thânn (2).
La tradition des sept principes est pour ainsi dire
universelle. Platon, dans son Timée, parle de l’âme
septuple. Ces principes sont comme les échelons de
1’évolution dont l'homme possède le clavier entier.
Parmi les modernes, O. Wirth a proposé une adap
tation des sept principes de l’Hermétisme. Il distingue
donc dans l’homme trois termes fondamentaux corres
pondant aux trois upadhis : le corps physique qu’il
rapporte au jaune Prithivi (terre), Y âme intermédiaire
qu’il rapporte au bleu Vayû (Air) et Yesprit qu’il rap
porte au rouge Agni (Feu). — Entre ces trois termes
prennent place trois intermédiaires qui sont : Yâme
spirituelle, intermédiaire entre, l’esprit et l’âme, et
correspondant à la couleur violette ; Y esprit corporel,

(1) Cf. Saint Paul Romainst vi-5 ; vii-37


:
>
Cor., i-vi-13 ;
i-xv-19-42-52 ; 11-V-4.
(2) MaTGIOI : Les sept Éléments de l’Homme et lapathogénie
.chinoise, Paris, 1895.
intermédiaire entre l’esprit et le corps, correspondant à
la couleur orangée ; Vante corporelle, intermédiaire entre
l’âme et le corps et correspondant au vert. — Enfin,
un septième principe, la Quintessence, sert de lien entre
tous les autres. — Dans ce système, le corps correspond
à Rûpa et à la planète Saturne, Vâme corporelle à
Prâna et à Vénus, la Quintessence à Linga-Sharira et à
Mercure, Vesprit corporel à Kama-rûpa et à Mars, Vâme
intermédiaire à Manas et à la Lune, Vâme spirituelle à
Buddhi et à Jupiter, enfin l'Esprit correspond à Atma et
au Soleil et il est comparable à VA zoth alchimique, source

L’auteur se sert de
l’ingénieux schéma ci-
contre pour montrer com
ment la disproportion
entre ces sept principes
produit les différents ty
pes humains avec leurs
caractéristiques : mysti
cisme par insuffisance
corporelle (2J.),bonté par
abondance animique (C),.
activité par prédominance
spirituelle (0),férocité par
pénurie» animique (cf),
paresse par faiblesse spi
rituelle ( Ç), matérialité par prédominance corporelle
(ï)) et type équilibré ( Ç>) (i).
L’auteur s’est placé à un point de vue purement,
hermétique. Au point de vue de l’Astrologie pratique

(i) O. WiRTH : ^L'Imposition des mains et la Médecine


philosophale, Paris, 1897, p. 182.
il y aurait peut-être quelques objections de détail à
faire. La correspondance des couleurs n’est pas conforme
à la tradition. En outre, le type Jupitérien n’est
guère, pratiquement, un ascète détaché des besoins
matériels. Sans doute, il est difficile de retrouver sur le
terrain pratique la correspondance exacte, chaque pla
nète pouvant agir par répercussion sur tous les plans
cosmiques et sur tous les principes de l’homme;— mais
il nous semble qu’à ce point de vue, on pourrait pro
céder ainsi : faire du Soleil le déterminateur de l’élément
spirituel et lui opposer la Lune comme représentant
l’élément animique le plus inférieur, l’âme animale ;
Mercure, intermédiaire, représenterait l’âme rationnelle.
Au-dessous du Soleil serait Vénus, qui représente occul-
tement la domination solaire sur les éléments, puis
Mercure, dont le symbole rappelle de près celui de Vénus,
avec l'hermaphrodisme 0 — C ; puis ce serait Mars,
domination des éléments sur le Soleil. Alors viendrait
la Lune, suivie de ses deux planètes dérivées : Jupiter
(domination lunaire sur les éléments) et Saturne,
(domination des éléments sur la lune). On aurait ainsi :
Atma — Soleil 0 Esprit — Blanc jaune
Buddhi — Vénus $ — Vert
Manas — Mercure $ Ame rationnelle — Polychrome
Kama Rupa — Mars — Rouge.
Linga sharira — Lune C Ame animale — Bleu indigo
Prâna — Jupiter 2J. — Indigo violet.
Rupa — Saturne b — Noir.
On a voulu retrouver le Septénaire comme une si
gnature extérieure de la constitution occulte de l’homme,
dans certaines particularités de sa morphologie.
Le Yajur Véda reconnaît sept éléments promordiaux
(dhâtu) interposés entre les humeurs et h s organes ;
ce sont : le chyle (rasa), le sang (rakta), la chair (mamsa),
la graisse (médas), les os (asthi), la moelle (majja) et le
sperme (çukra) ; et le chyle se transformerait successi
vement en chacun des autres éléments suivant un cycle (i).
La tradition indienne décrit encore sept centres prin
cipaux dans le corps éthérique, par lesquels l’homme
entre en relations avec le monde occulte. — Le premier
de ces centres est situé à la base du rachis et donne la
conscience physique des facultés astrales ; c’est Kun-
dalini, le Serpent de Feu ; le deuxième est à l'ombilic
et perçoit les influences astrales amicales ou hostiles ; le
troisième est au niveau de la rate et donne le souvenir
des activités astrales ; le quatrième est au niveau du
cœur et donne la notion des joies et des souffrances
d’autrui ; le cinquième est au niveau de la gorge et
confère la clairaudience ; le sixième est entre les sourcils
et confère la clairvoyance ; c’est lui que représente le
serpent de la coiffure égyptienne ; le septième est au
sommet de la tête et permet l'extériorisation (2).
Il est également remarquable que le visage est percé
de sept orifices qui servent aux perceptions sensorielles
(bouche, narines, yeux, oreilles).
Le Septénaire se retrouve encore dans certaines
proportions du corps humain dont la hauteur totale
est sept fois celle de la tête et « dont la plus haute taille
est de sept pieds ».
Le D r Pascal (3) mentionne quelques-unes de ces
correspondances anatomiques ; ce sont, par exemple, les
trois centres (tête, thorax, abdomen) et les quatre mem-

(1) D r J. IvAMi : La Médecine de l’Ayur-Veda ; Medicina,


Nov.-Dec., 1913.
(2) LEADBEATER: Les Centres de force et le Serpent de feu,
Paris.
(3) D r PASCAL: Les sept Principes de l'Homme, Paris, 1895.
bres qui sont comme les trois principes et les quatre élé
ments ; ce sont encore : les sept articles des membres : bras,
avant-bras, carpe, métacarpe, phalanges, phalangines,
phalangettes, ou cuisse, jambe, etc. ; les sept appareils :
de génération, de globulisation, de circulation, nerveux,
digestif, urinaire, respiratoire ; les sept plexus du sys
tème nerveux : renflement cérébral, plexus basilaire,
cervical, brachial, thoracique, lombaire et sacré ; les
sept parties de l’œuf : embryon, liquide amniotique,
amnios, vésicule ombilicale, allantoïde, couche inter-
allantoïdo-choroïdienne, chorion.
Un certain nombre de zoologistes supposent que la
forme primitive de la main et du pied des vertébrés
aurait été de sept doigts (i). Mentionnons aussi ici les
sept caractères généraux de l’être vivant, selon Ceaude
Bernard ; ce sont : organisation, génération, nutrition,
évolution, caducité, maladie et mort. — On a voulu
décrire sept constitutions humaines : crânienne, car
diaque, thoracique, stomacale (ou cranio-abdominale),
hépatique, splénique et rénale — et sept processus mor
bides en rapport avec les planètes : Asthénie (b )> In
toxication (24-), Inflammation ( <S), Dystrophie ( $), Né
vrose ( $), Hyperhémie (C) et Cardio-sthénie (0) (2).
On distingue dans l’homme, correspondant aux sept
planètes un Septénaire de facultés qu’on peut classi
fier ainsi : i° Initiative (Soleil) ; 2° Sensibilité (Lune) ;
3 0 Activité (Mercure) ; 4 0 Ardeur (Mars) ; 5 0 Affectivité
(Vénus) ; 6° Puissance (Jupiter) et 7 0 Concentration
(Saturne). Ces facultés présentent de nombreuses
correspondances, par exemple avec :
a) les vertus chrétiennes réparties en un Ternaire de

(1) Cf.Mathias Duvae, in Traité de path. gen. de Bou


chard, t. I, p. 193.
(2) Duz : Médecine astrale, Paris (s. d.).
vertus théologales : i° Foi ; 2° Espérance ; 3 0 Charité ;
et un Quaternaire de vertus cardinales : 4 0 Force ;
5° Tempérance ; 6° Justice ; 7 0 Prudence ;
b) les péchés capitaux : i° Orgueil ; 2 0 Paresse ;
3 0 Envie;40 Colère; 5 0 Luxure; 6° Gourmandise; 7 0 Ava
rice ;
c) les vertus opposées : i° Humilité ; 2° Zèle, 3 0 Amour
du prochain ; 40 Douceur ; 5 0 Chasteté ; 6° Tempérance ;
7 0 Désintéressement.
On trouve une classification très comparable dans le
Zohar à propos des sept tabernacles (rvtain ynar) ; il
existe sept tabernacles infernaux contenant tous
les désordres du monde et tous les tourments qui en
sont la conséquence : i° Orgueil ; 2 0 Crime ; 3 0 Envie ;
4 0 Colère ; 5 0 Impureté ; 6° Volupté ; 7 0 Idolâtrie, et,
en opposition, sept tabernacles célestes ou tabernacles
de vie.
Chez les Indiens, il y a également sept fautes capitales:
« Dompte
les cinq (sens)... évite les sept, et tu vivras
heureux », dit le Mahabharata. — Ces sept sont : i° le
jeu; 2 0 la chasse ; 3 0 1 'offense par la parole ; 4 0 l’offense
par les actes ; 5 0 les relations avec les femmes ;
6° l’ivrognerie ; 7 0 le vol.
I.a correspondance peut être poursuivie dans la
tradition catholique qu’il est curieux de mettre en regard
de l’hermétisme, en ce qui concerne :
d) les sacrements de l’Église : i° Baptême, 2 0 Eucharis
tie ;.3° Ordre ; 4 0 Confirmation ; 5°Mariage ; 6°Pénitence;
7 0 Extrême-Onction (la comparaison avec les vertus
chrétiennes facilitera l’identification avec le Septénaire
planétaire ; on pourrait encore chercher une comparaison
avec les sept ordres de la prêtrise) ;
e) les demandes de la prière du « Pater » : i° le nom
y
anctifié » correspond à la Foi; 2 0 l’« arrivée du règne » à
l’Espérance ; 3 0 la « volonté faite » à la Charité ; 4 0 la
«
délivrance du mal » à la Force; 5 0 le « pain quotidien »
à la Tempérance; 6° le «pardon des offenses» à la Justice ;
7 0 le « secours dans la tentation » à la Prudence.
Certains commentateurs chrétiens ont vu dans ces sept
demandes un double Ternaire avec un lien intermédiaire.
Les trois premières s’adressent à Dieu et concernent
respectivement : la fin, la voie, le moyen ; les trois
dernières ont pour objet l’homme dans ses rapports
avec Dieu, avec lui-même, avec le monde extérieur ;
la demande intermédiaire du « pain quotidien » signi
fierait la Grâce et servirait de transition. Ainsi comprise,
cette prière est un Septénaire typique.
Dans l’Évolution mystique qui mène de l’individua
lisation incarnée, sous un règne de la Nature, jusqu’à la
réintégration complète en l’Unité, il est d'usage de
distinguer sept phases. — Chez les Bouddhistes, les
quatre initiations que nous avons mentionnées s’éche
lonnaient sur sept degrés de perfection ; ces sont les
sept portails avec leurs clefs : i° Dana, la clef de charité
et d’immortel amour ; 2° Shila, la clef d’harmonie dans
les paroles et les actes, la clef qui contrebalance la
cause avec l’effet et ne laisse plus de place à l’action kar-
mique ; 3 0 Shanti, la douce patience ; 4 0 Vairagya,
l’indifférence au plaisir et à la douleur, l’illusion vaincue ;
5 0 Virya, l’énergie indomptable ; 6 0 Dhyana qui conduit
le saint vers l’éternelle contemplation ; y° Prajna qui
crée le Boddhisattwa (1). Il y a pour les Indiens sept
degrés de la connaissance Smiriti, Dharma Pravit-
:

chaya, Virya, Priti, Prasrabdi, Samadhi et Upeksha.


Nous savons par saint Jérome (2) que les Mystères

(1) H.-P. BeavaTsky : La Voix du Silence, Paris.


(2) Saint Jérome : Epist. CVII ad Laetam.
de Mithra comportaient sept degrés initiatiques, por
tant les noms de : Corbeau, Occulte, Soldat, Lion, Perse,
Courrier du Soleil, etc. (i).
Les Hermétistes ont symbolisé les sept phases de
l’Évolution mystique par l'évolution des sept métaux
et leur purification progressive, soit surtout par les sept
phases du Grand CEuvre, car si l’on peut prétendre que
les Alchimistes aient réussi à faire de l’or, il semble bien
qu’il faille surtout chercher sous les obscurités voulues
de leur langage une clef d’évolution très secrète parce
que non catholique.
Le Grand CEuvre comprenait donc sept phases que
Pernety décrit notamment dans son Dictionnaire
Mytho-Hermétique.
C’est tout d’abord la Calcination, c’est-à-dire « la
purification ou pulvérisation des corps par le feu exté
rieur qui en désunit les parties, en séparant ou évaporant
l’Humide qui les liait ». — Cette calcination s'opérait au
moyen du Mercure des Sages ou Eau Pontique qu’on
chauffait au « feu philosophal » ou « feu humide ».
Ce feu est « répandu partout ; il fait tout et détruit tout ;
il vivifie et illumine les corps ». Au point de vue humain
il semble désigner le principe immatériel de l’être,
tandis que le Mercure des Sages serait le monde matériel
et le corps physique. C’est l’éveil de la conscience indi
viduelle par les expériences des incarnations successives.
Puis vient la Putréfaction, opération qui « détruit la.
nature ancienne et la forme du corps putréfié pour le
transmuer en une nouvelle manière d'être et pour lui
faire produire un fruit tout nouveau ». C'est la phase
où tout s’assombrit dans la cornue, où tout semble perdu,

(i) Loisy : Mystères païens et Mystère chrétien, Paris,


1919, in-8.
la phase de la tête de corbeau ». Nous pensons qu’elle
fait allusion aux premiers pas de l’initiation, quand
l’être prend conscience des ténèbres qui l’entourent et
cherche la lumière sans l’apercevoir encore.
La troisième phase est la solution, c’est-à-dire « la
conversion de l’Humide Radical fixe en un corps aqueux
par l’action de l’esprit volatil caché dans la première
eau ». Il est possible d’y voir la destruction progressive
de la personnalité contingente sous l’influence de la
volonté et l’épanouissement de YEgo permanent.
En quatrième lieu vient la Distillation, qui peut repré
senter le développement des facultés supérieures et la
prise de conscience sur le plan spirituel, surtout si l’on
tient compte de la cinquième phase, celle de la Conjonc
tion pendant laquelle le corps s’unit aux principes
constitutifs de toute matière (1) et qui semble représenter
l'union mystique ou Yoga.
Cette phase marquait la fin du premier degré du
Grand CEuvre ; on obtenait alors le Rebis androgyne,
c’est-à-dire un produit évolué mais instable ; il fallait,
dans un second degré de l’Œuvre, par la sixième phase
appelée sublimation, pousser plus loin l’évolution du
Rébis au moyen de Y Elixir ; la septième phase, la Coa
gulation, arrêtait cette évolution et la fixait en un stade
définitif au moyen de la Teinture.
On était alors en possession de la Pierre philosophale
qui conférait à son possesseur la vie étemelle et la libé
ration de tous les maux, allusion à l'état de libération
karmique pendant lequel l’être jouit de la béatitude
nirvanique sans être astreint aux réincarnations. La
transmutation qrl consistait pour la Pierre philosophale

(1) Cf. Piobb : L'Evolution de l'Occultisme, Paris, 1911,


in-18 j., p. 99.
à transmuer en or pur une énorme quantité de métal
impur, ressemble à la réincarnation volontaire des Maî
tres, ainsi que l’enseigne la Théosophie, pour faire évoluer
l’humanité.
L’Hermétisme nous donne ainsi, avec le grand arcane
alchimique, à côté d’un enseignement physique (i), la
véritable signification du Septénaire qui est, au point
de vue métaphysique, l’évolution mystique de l’individu.
«Le nombre septénaire, qui est sorti du nombre absolu
dénaire, est le nombre plus que parfait que le Créateur
employa pour l’émancipation de tout esprit hors de
son immensité divine. La classe d’esprits septénaires
devait servir de premier agent et de cause certaine pour
contribuer à opérer toute espèce de mouvement dans
les formes créées dans le cercle universel (2). »
*
. * 4c
*

Le Septénaire est le nombre qui a fourni le plus d’appli


cations symboliques, inspiré le plus d’images et de mythes.
Dans la tradition des Indiens d’Amérique, nous
voyons sept familles accompagner Votan, le fondateur
de la cité Nachan (3) ; les ancêtres des Nahualts
sortent de sept caves ; il y a sept Antilles, sept héros
ayant échappé au déluge (4). — Actuellement encore,
les Indiens Zumi d’Amérique groupent toujours leurs

(1) Cf. Lambsprinck : Traité de la pierre philosophale.


Voile d’Isis, 1914.
(2) Martinez de PasqualLY : Traité de la Réintégration,
Paris, 1899, p. 122.
(3) DE Charency : Les Cités votanides. Louvain, 1885,
in-8.
(4) Cf. Aug. LE Plongeon : Mystères sacrés des Mayas et
des Quiches.
habitations par six autour d'un point central et ils
ont dans chaque tribu six prêtres et une prêtresse (1),
ce qui révèle une conception assez approfondie du
Septénaire. Chez les Quichuas de l’Argentine, on retrouve
la tradition des sept planètes ou Kanopas.
En Chine, le Yi-King considère le Septénaire, de
même que les nombres 1, 3,' 5, comme un « nombre
céleste ».
En 2.609 avant J.-C., Hoang-Ti divisa la popula
tion chinoise en sept classes : le lin comprenant
8 familles ; le pong, 24 ; le li 72 ; le y 360 ; le ton 3.600, le
s se 36.000 et le tchéou (province), 360.000.
Ee Septénaire est symbolisé par le Dragon Loung
qui vit au milieu des airs et qui est formé de sept parties :

écailles de poisson, tête de chameau, cornes de cerf, oreil


les de bœuf, cou de serpent, jambes de tigre, griffes d’aigle.
Dans l’Inde, la littérature védique nous parle des
sept rayons de Surya, le Soleil, des sept montagnes, des
sept rivières, des sept Rishis progéniteurs de toute
créature, des sept régions du monde (Dvipas) réparties
autour du mont Mérou, des sept personnifications des
forces évolutrices de la Nature (Inshumma, Harikesha,
Vishvakarma, Vishvatriarchas, Sannadhas, Sarva-vasu
et Svaraj). Les Puranas enseignent que la création est
septuple. D’après le Manava-Dhanna-Shastra, l’Univers
est formé par l’Intelligence, la Conscience et les rudi
ments subtils des cinq éléments (I, 19).
Dans l’enseignement bouddhiste, nous voyons Cakkya
Molni mener sept ans la vie ascétique, rester sept fois
sept jours scus l’arbre Bô, et jeûner sept fois sept jours
(selon le Lalita-Visiara) ou quatre fois sept jours (selon
le Mahavaggha). Par opposition aux Bouddhas de

(1) Cf. H.-P. Bi.avaTSKy : Doctrine secrète.


Nirvana et au Dyani-Bouddhas (célestes) qui sont au
nombre de cinq, il existe sept Manuchi-Bouddhas
(humains) dont le dernier est le Tathagatha.
En Perse, les Zoroastriens admettaient sept Amesha-
Spentas ou Amshapends (princes de lumière) dont
Ormuzd était la synthèse ; de même Ahriman consti
tuait la synthèse d’un septénaire avec ses satellites :
les Dews (génies du mal),lesDroukhs(instinctsmauvais),
les Yatus (erreurs), les Péris (tentateurs), les Koyas
(aveugleurs), les Karafnas (qui rendent sourd). — De
même, il y avait sept feux devant l’autel de Mithra,
mais, chose plus remarquable, Zoroastre, après avoir
médité sept ans au désert, avait enseigné sept phases
dans l’histoire du monde : les six gahambars complétés
par le jugement final, et sept parties dans la terre
(Keschvars) limitées par sept fleuves (i) et réparties
autour de la montagne Haraberezaïti.
L’Egypte avait sept grands dieux correspondant aux
sept derniers Séphiroth de la Kabbale ; le corps d’OsiRis
fut coupé en sept et trois fois sept morceaux ; on a trouvé
sept vases dans le temple du Soleil à Babian en Haute
Egypte.
Chez les Chaldéens et les Assyriens, où l’Astrologie
jouait un rôle si considérable, le système septénaire des
planètes se trouvait adapté à une foule d’applications
théoriques et pratiques.
L’antiquité classique conserva une vénération par
ticulière au nombre 7 ; ses propriétés très curieuses de
nombre premier l’avaient fait considérer comme un
symbole de virginité et on l'avait attribué exotérique-
ment à Pallas. Hésiode dit que le septième jour est

(1) Anquetil-Duperron : Zcnd-Avesta, Paris, 1771,


3 vol., in-4, t. III, p. 415.
sacré ; il parle de sept constellations. Pour Pythagore,
le septénaire, Têlesphoros, était le nombre parfait de
l’univers et de l’humanité ; ses disciples en firent « le
véhicule de la vie humaine ». — La tradition choisit sept
sages principaux pour les grouper (Thalès, Solon,
Chilo, Pittacus, Bias, Cléobule, Périandre) ; de
même pour les merveilles du monde (pyramides d’Egypte
murs de Babylone, jardins de Babylone, statue de
Jupiter 01} mpien, temple de Diane à Ephèse, colosse
T

de Rhodes, tombeau de Mausole). Les constellations


des Ourses, formées chacune d’un Ternaire et d’un Qua
ternaire, furent prises comme symboles du Septénaire
et vénérées comme telles, mais plus encore la constella
tion des Pléiades en l’honneur des sept filles d’Atlas
et de Pléione. Ce symbolisme a inspiré des pléiades de
sept auteurs dans l’histoire littéraire ; on en fit une au
temps de Ptolémée Philadelphe, une sous Henri III
plus particulièrement.
Rome voulut enfermer sept collines dans son enceinte,
de la même façon qu’Ectabane, capitale des Mèdes,
s’était entourée de sept enceintes, et que Thèbes avait'
sept portes, devant lesquelles se présentent sept héros.
Il y eut sept défenseurs du peuple de' Thespies, sept
cyclopes, sept fondateurs des murs de Sirinthe, sept
états conférés de Calaurie, sept rois de Rome, etc. Tous
les neuf ans, Athènes envoyait en Crète, comme sacri
fice, sept jeunes hommes et sept jeunes filles. Héro
dote nous apprend qu’une stérilité de sept ans était
connue en Grèce.
Si l’interprétation arithmosophique du Septénaire
semble bien négligée, du moins ce nombre réapparaît fré
quemment dans la Mythologie, dans la superstition
populaire, dans les sortilèges magiques.
C’est chez les Juifs qu’il faut chercher une inter-
prétation rationnelle du Septénaire ; il figure avec une
fréquence toute particulière dans les textes sacrés
judéo-chrétiens, revêtant des significations quelque
peu distinctes, mais toutes en rapport avec l’idée d’évo
lution et de perfectionnement.
C’est d’abord le nombre de la purification. On arro
sait sept fois le lépreux du sang d’un passereau ; on se
lavait sept fois dans le Jourdain pour être guéri (i) ;
celui qui avait touché un cadavre était impur pendant
sept jours. C’est aussi le nombre de la pénitence, de
l’expiation, de la vengeance ; le Lévitique prescrit une
pénitence de sept ans pour chaque péché ; les esclaves
étaient libérés la septième année ; J acob servit sept ans
pour Rachel. Le crime de Caïn sera vengé sept fois ; le
deuil durait sept jours et le peuple d’Israël pleura sept
jours la mort de Jacob (2). Le Seigneur prescrivit de
manger pendant sept jours le pain sans levain (3). Il y a
sept pardons à accorder soixante-dix sept fois (4) ; l’in
fidélité reçoit un septuple châtiment (5) ; il y a les sept
douleurs, les sept temps de la pénitence, les sept démons
de Madeleine (6) Le Septénaire est en honneur dans les
sacrifices, les consécrations, les prières ; on immole géné
ralement sept animaux de la même espèce (7) ; les asper
sions se répètent sept fois (8) ; il faut sept jours pour la
consécration d’AARON et de ses fils (9) et pour la consé-

(1) IV Reg., v-10.


(2) Gen., L-iO ; Judith,xv1-29; Eccl.,xxn-13 ; Ezechiel,\\\-\5.
3) Exod., xii-15.
(4) Matth., xvill-22 ; Luc, xvil-4 ;
(5) Is., Xl-2-3 ;
(6) Marc, xvi-9.
(7) Lev., xxm-18 ; Num., xxiii-i ; xxvm-ii ; Job, xm-8.
(8) Lev., iv-6 ; xiv-7 ; xv-14 ; Num., xix-4.
(9) Exod., xxix-35 ;
cration de l’autel (i) ; Balaam dressa sept autels (2) ;
sept trompettes firent sept fois le tour de Jéricho, le
septième jour (3) ; il faut adresser sept louanges quo
tidiennes à Dieu (4) (ce qui servit de base à la règle
des Bénédictins) ; le septième jour est consacré au
Seigneur (5) ; Moïse resta sept jours en prière ; il y a
sept jours des Azymes (6) et sept jours de fête des
Tabernacles (7) ; Jésus crucifié prononça sept paroles;
sept Macchabées furent suppliciés. Le nombre 7 apparaît
enfin comme agent d’évolution, comme type de période,
comme règle du monde intelligible ; il y a sept esprits
devant le trône de Dieu (8), sept anges qui se tiennent en
face du Seigneur Raphaël, Gabriel, Michael, Camael,
:

Haniel, Zadkiel et Zaphkiel. Il y a sept patriarches :


.
Abraham, Isaac, Jacob, Mois e,AaronJoseph et David ;
Zacharie vit sept lampes, et, dans l’Apocalypse, il y a
sept candélabres (9), sept étoiles (10), sept esprits (11),
sept lampes (12), sept sceaux (13), sept cornes et sept
yeux (14), sept anges et sept trompettes (15), sept

(1) Exod., xxix-37 ;


(2) Num., xxm-4.
(3) Josué, v:-4-i6.
(4) Ps., cxviil-164.
(5) Exod., xx-xo ;
(6) Exod., xii-15 ;
(7) Levit., xxm-34.
(8) Tobie, xil-15 ;
(9) Apoc., 1-12 ;
(10) 1-16 ;
Jxi) iii-i ;

(12) iv-5 ;
(13) v-i ;
(14) v-6 ;
(15) viii-2 ;
tonnerres (i), sept têtes et sept diadèmes (2), sept anges
et sept plaies (3), sept montagnes et sept rois (4), etc., etc.
La création a eu lieu en sept jours (5) ; le déluge
arriva le septième jour; NoÉ introduit dans l’Arche
7 couples d’animaux purs et impurs et 7 couples
d’oiseaux du ciel (6) ; il eut 7 fils qui reçurent chacun
un don particulier du Créateur. Joseph explique les
sept vaches et les sept épis du songe (7) ; il y eut sept
ans de fertilité et sept ans de stérilité ; sept nations
furent exterminées devant Israël (8) ; dans le Deuté
ronome, sept peuples avaient la terre de promission ;
il y a sept semaines entre Pâques et la Pentecôte (9) ; le
juste fait sept chutes (10) ; il y a sept démons de la rechute,
mais il y a aussi sept dons du Saint-Esprit (n).
Jésus distribue sept pains (12). Il y a sept églises aux
quelles écrit saint Jean (13) ; sept diacres (14). Les
sept étoiles vues dans la main du Christ à la Rédemp
tion sont considérées comme un symbole des sept
principes de l’Homme. Il faut voir également dans
le chandelier à sept branches (15) un symbole des
sept formes de l’énergie créatrice.
(1) Apoc., viii-8.
(2) xii-3 ;
(3) xv-1 ;
( 4) xvn-9.
(5) Gen., 1-5-31 ; 11-2 ; Ex., xx-10.
(6) Gen., vu, 2-3.
(7) Gen., XLi-26 ;
(8) Deut., vu-i.
{9) Lev., xxiii-15 ;
(10) Prov., xxiv-10 ;
(11) Is., xi-2-3 ;
(12) Marc., vu-12.
(13) Apoc., 1-4.
(14) A et., VI-3.
<15) Exod., xxv-31.
Les Kabbalistes approfondirent la signification du
Septénaire. Les sept Séphiroth inférieurs en sont,
comme nous l’avons vu, une représentation adéquate.
Le Sepher Yesirah le symbolise par les sept lettres
doubles de l’alphabet hébraïque, qui sont « comme les
six directions de l’espace avec le temple au milieu ».
Ces lettres, qui sont n, "1, z, 3, 1, :, 3, peuvent être
prononcées d’une double manière, forte ou faible, et
elles expriment sept antinomies : vie et mort, paix et
guerre, sagesse et sottise, richesse et pauvreté, fécondité
et stérilité, grâce et laideur, pouvoir et servitude.
Ces antinomies peuvent être rapportées aux sept pla
nètes, mais les correspondances des Kabbalistes juifs
ne sont pas conformes en cela à l’Astrologie tradition
nelle et pratique.
Selon d’autres, le Septénaire peut être représenté par
la septième lettre de l’alphabet 7 dont la forme
rappelle « la clef » de tous les obstacles, ou encore « le
sceptre du vainqueur des éléments ou des forces fatales,
le bâton d’ADAM, la verge fleurie de J oseph, la baguette
de Moïse (i) ». Elle représente ainsi la victoire de l’être
dans l’évolution.
Dans la langue hébraïque, le mot qui signifie sept,
r, signifie en même temps « faire serment (2) », et
pour cela, le Septénaire aurait eu un rapport avec la
•conclusion des pactes (par exemple, Abraham donne
sept agneaux à Abimelech) ; mais Fabre d’Olivet en
rattache l’étymologie au sens de : cycle, achèvement,
•conclusion, consommation
Le TalmucL décrit sept cieux et le Zohar sept parties

(1) Charrot : La Rose-Croix. Voile d’Isis, août 191-*,


p. 498.
(2) Cf. Genèse, XXI-30.
de la terre emboîtées les unes dans les autres comme les
pelures d’un oignon (i).
Ea philosophie alexandrine continua à vénérer le
Septénaire comme un symbole. Ainsi les gnostiques
admettaient dans leur « Monde du milieu » sept Eons,
l’un principal, LiyV,, le Silence, et six autres répartis
en trois couples : oùpavô; le Ciel et n;, la Terre ; "HX-.o;, le
Soleil et SeXV,'^ la Eune ; ’A-/,? l’Air et "YSwp, l’Eau. D’un
autre côté, le Pimander, d’HERMÈS, énumère sept
sphères : Sagesse, Amour, Justice, Beauté, Splendeur,
Science, Immortalité.
« Ee nombre 7,
dit Philon, est le premier en partant
«
du nombre parfait 6, et, en quelque façon, identique à
« l’Unité. Ees nombres qui sont dans la décade, ou bien

« sont
engendrés, ou bien engendrent ceux qui sont dans
« la décade ou la
décade elle-même ; mais l’hebdomade
« n’engendre aucun des nombres
de la décade ni n’est
«
engendrée par eux. Ainsi, dans leurs Mystères, les
«
Pythagoriciens l’assimilent à la déesse toujours
« vierge et sans mère, parce
qu’elle n’a pas été enfantée
« et n’enfantera pas
(2). »
Ees Pères de l’Église recherchèrentla valeur arithmoso-
phique du Septénaire (3). Saint Ambroise y voyait le
nombre de la virginité (4) ; Saint Augustin le regardait
comme la perfection de la Plénitude (5) ; il en faisait
aussi le nombre de la créature, considérant' non la vie

(1) A. Franck : La Kabbale, Paris, 1892, p. 287.


(2) Philon : Comment, allégor. des saintes lois (trad.
Bréhier) : 1, 4-7.
(3) Cf. Saint Hil, in Ps., CXVIII, xxi-5 ; S. Ambr.,
Epist. XEIV ; S. Jérome, in Am., Il, 5 ; S. Greg. de Na-
zianze : Orat. in Pentec., 11-4 ; S. Bernard : Sermon de
temps pascal, 3 ; S. JÉROME : Adv. Jovin., I-16 In Is., 11-5.
;

(4) S. Ambroise : De Noe et Area.


(5) S. Augustin : Quaest. XLII In Heptal.,
; v-42.
de celle-ci mais son devenir, l’évolution. — En effet,
d’autres auteurs, comme Tertullien, vont jusqu’à
en faire le symbole du repos éternel et de la résurrection (1).
L’Église se servit beaucoup du Septénaire dans sa
liturgie et ses enseignements, notamment avec les
messes des défunts au septièmejour, les heures canoniales,
les ordres de la prêtrise, les psaumes de la pénitence,
les douleurs de la Vierge. — Chez les peuples latins, elle
ne s’opposa pas à la nomenclature astrologique des jours
de la semaine, mais le clergé grec appela ces derniers,
dans les langues slaves, des noms suivants : « commence
ment, second, milieu, quatrième, cinquième, sabbat,
résurrection ».
Le Coran, sans doute pour désigner les sept plans de
l’univers, dit qu’Allah a créé 7 cieux et autant de
Terres (2).
Il y a aussi, dans l’Islam, sept enfers : Géhennan,
Ladha, Hatorna, Saïr, Sakar, Jahim et Hawiyat.
Le Soufisme nomme les sept plans cosmiques : Zai,
le non-manifesté ; Ahadiat, la conscience ; Vahdat, le
soi intérieur ; Vahdamiat, la lumière intérieure ; Arwah,
le plan spirituel ; Ajsam, le plan astral ; Insaam, le
— Ils reconnaissent aussi sept aspects
plan physique.
de la manifestation : les étoiles, la lune, le soleil, les
règnes minéral, végétal, animal et humain (3).
Les Hermétistes donnèrent,au Moyen Age, une magni
fique interprétation au Septénaire sous les voiles de
l’Alchimie, ainsi que nous l’avons vu. Le septième
arcane majeur du Tarot est le Chariot qu’on interprète
généralement dans le sens de consommation et de pléni
tude,mais qui symbolise parfaitementl’évolution dans ses
(1) Tertullien : De Anima, xxxvn.
(2) Coran, LXV-12 et XLI, 8-11.
(3) Inayat-Khan : Message Sou fi, Paris, 1913, p. 14.
i5
(1) Cf. PapüS ; Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris,
l899-
C’est un rappel des sept génies égyptiens : Rempha
(Saturne), Pi-Rhé (Soleil), Pi-Ioh (Lune), Ertosi (Mars),
Pi-Hermès (Mercure), Pi-Zéous (Jupiter)' et Surotli
(Vénus).
CHAPITRE VIII

L’OCTONAIRE

La libération karmique ; Le Nirvana ;


Le Salut ; La Sainteté.

« C’est l’équilibre universel de la


Justice dans l’ordre éternel »
• (Charrot, Voile d’his. mai 1915.)

Le nombre 8 se rencontre bien moins fréquemment


dans les symboles que le nombre précédent et sa signi
fication est, en général, plus négligée par les auteurs.
Plus on avance dans la série des nombres, plus ceux-
ci revêtent une acception spéciale et limitée. — Alors
que l’Unité — représentation intelligible de l’Absolu —
renferme en soi tous les aspects, tous les objets, tous les
individus, tous les états, comme autant de parties consti
tuantes unifiées en une résultante commune, le Bi
naire ne s’applique déjà plus qu’aux idées susceptibles
d’être distinguées et opposées, de telle sorte que son
acception, tout en se spécialisant à une foule d’anti
thèses particulières, se restreint d’autant plus au point
de vuè universel. — En réalité, ce premier Impair et
1

ce premier Pair, l’Unité et la Dualité, l’Absolu et le


Relatif, la Synthèse et l’Analyse, sont les éléments
primordiaux formant, en combinaisons de plus en plus
complexes, tous les nombres suivants, de telle façon que
plus un nombre est élevé dans la série numérique, plus
sa signification occulte se trouve restreinte à un aspect
réduit de l’Unité absolue, dans ses manifestations.
Si l’on considère avec les Kabbalistes que les nombres
sont des limites, il est bien évident qu’un nombre comme
l’Octonaire, résultant soit d’une multiplication complexe
d’unités ou de binaires, soit d’une somme plus ou moins
compliquée de sous-valeurs numériques, va revêtir
un sens plus particulier, plus étroit, et, par conséquent,
plus limité que, par exemple, la Trinité qui n’est que
le total des deux termes primordiaux : 1 + 2. Plus le
nombre devient complexe, plus il emprisonne la pensée
dans le cadre toujours plus resserré de l’analyse, plus
il devient une parcelle minuscule du Cosmos et moins
il nous est aisé de le ^comprendre dans ses connexions
réelles avec les autres parties, assemblées en l’unité du
grand Macrocosme. — L’analyse, qui dissèque des par
ticules toujours plus petites, s’éloigne progressivement
de l’idée synthétique simple et la Création, en multi
pliant les mondes et les individualités, réfracte de plus
en plus la lumière ineffable du Créateur.
Or, plus une idée est limitée et spécialisée, plus elle
risque d’être diversement conçue par les hommes, parce
que chaque individu ne comprend les idées fondamen
tales que sous le voile des données sensorielles infini
ment variables et subjectives, parce qu’il n’associe ses
conceptions que selon le hasard de son héritage intel
lectuel et de ses expériences psychologiques antérieures.
De là la variété indéfinie des points de vue individuels
où l’erreur plonge ses racines, car l’obscurité vient de
la matière et l’ignorance de l’individualisation.
Si donc l’Octonaire n’a pas été compris de même par
tous les penseurs, c’est qu’il exprime une idée à la fois
très spéciale et très éloignée des données empiriques
accessibles aux sens, idée que les diverses religions
ont différemment interprétée et plus ou moins claire
ment comprise. — Aussi verrons-nous le nombre 8
revêtir tantôt une acception matérialiste assez banale,
tantôt un sens occulte très initiatique ; ces deux inter
prétations ne paraissent pas capables d’être rattachées
l’une à l’autre par une idée synthétique, comme souvent
l’enseignement exotérique reflète la doctrine ésotérique :
ces deux significations sont absolument différentes,
l'une matérialiste et rationnelle, l’autre purement
spiritualiste.
** *
4
Au point de vue matérialiste, l’Octonaire est envisagé
comme un double Quaternaire et il se borne à spécia
liser la signification du nombre 4 en la précisant — 4
.
est le carré de 2 : c’est une dictinction ajoutée à la
notion binaire d’être et de non-être, c’est l’aspect passif
de la négativité essentielle. Dans le Binaire, l'Esprit
archétype se sépare de la Matière-archétype : « le Souffle
d’Aelohim flotte à la surface des eaux » ; dans le Qua
ternaire le Non-être matériel subit une limitation nou
velle : il est en quelque sorte enfermé dans deux dimen
sions ; il devient la forme intelligible de la matière,
le cadre dans lequel va se réaliser la Nature. I/Octonaire,
puissance cubique du Binaire (8—2 3), y ajoute à son
tour une limitation selon une troisième dimension, pour
ainsi dire ; cette fois, il s’agit de l’aspect passif de
la Nature, de la Nature objectivée, c’est-à-dire de
la matière concrète réalisée dans l’espace et dans le
temps.
Cette matière-là n’est cependant pas l’objet de nos
sensations. Si l’on voulait admettre l’interprétation
matérialiste de l'Octonaire, il faudrait encore en pré
ciser la portée et il faudrait distinguer la matière sen
sible telle qu’elle se présente à nous dans la nature,
servant de support à la vie (minérale, végétale ou ani
male) en l’exprimant par le 5, et la matérialité essentielle
représentée par le 8. D’après cette distinction,le Quinaire
montrerait plutôt l’aspect perpétuellement vivant de
la matière, laquelle ne subsiste que par le souffle ani
mateur de Fohat, selon la doctrine théosophique,
tandis que l’Octonaire montrerait la matérialité abstraite,
artificiellement séparée de toute vie, distinguée par
l’entendement de la force créatrice qui la maintient
perpétuellement en existence. Une telle matière n'est
qu’une vue de l’esprit à jamais irréalisable. — Cette
matérialité essentielle est au delà de la matière réelle
perçue par nos sens, de même que la matérialité intelli
gible du Quaternaire est en deçà du monde physique
quinaire, seulement le Quaternaire est le cadre de la
Nature, le nombre 4 est la mesure et la norme de ses
manifestations, tandis que l’Octonaire est une analyse
artificielle (et d’une certaine manière absurde) de la
matérialité.
^ D'après l’Arithmosophie pure, 8 doit symboliser
une idée spirituelle faisant logiquement suite à celle
d’évolution qui traduit le 7, et non une classification
des choses naturelles, laquelle se montre théoriquement
vaine, puisqu’elle n’est qu'une répétition du Quaternaire
qu’elle dédouble.
Au point de vue pratique, cependant, ce double
Quaternaire apporte à l’étude de la nature une préci
sion plus grande, capable de satisfaire l’esprit d’analyse
et de répondre peut-être, comme nous le verrons, à
un certain mode d’organisation intime.
Si, en effet, on examine un phénomène, non plus sous
la combinaison de deux points de vue, comme dans la
classification quaternaire, mais selon trois, on obtient
alors huit aspects différents. Par exemple, les Éléments
peuvent être envisagés, comme le mentionne Agrippa
à propos de Platon (i). sous les trois points de vue de :
clarté ou obscurité — raréfaction ou épaisseur — mou
vement ou repos. Ceci permettrait logiquement de
concevoir entre les Éléments majeurs : Feu (clair, raré
fié, mobile), Terre (obscure, épaisse, immobile), Air
(obscur, raréfié, mobile) et Eau (obscure,épaisse, mobile)
des éléments intermédiaires dont le premier serait
clair, raréfié, immobile ; le second clair, épais, mobile; le
troisième clair, épais, immobile, et le quatrième obscur,
raréfié, immobile.
Alors que les quatre Éléments fondamentaux, con
sidérés selon deux points de vue— (Chaud-Froid, c’est-
à-dire Expansion ou Inertie et Humide-Sec, c’est-à-dire
Plasticité ou Intransformabilité) — représentaient primi
tivement les états physiques de la matière considérés
comme des manières d’être stables, l’introduction du
nouveau point de vue de mouvement cherche à rendre
compte des changements d’état (solidification, fusion,
vaporisation,passage à l’état éthérique), lesquels s’opèrent
en effet, par un changement dans l’intensité du mou
vement moléculaire interne. Tandis que les Indiens,
par exemple, expliquent les changements d’état et la
coexistence des éléments l’un en l’autre (le feu tiré de
la pierre, la pluie sortant de l’atmosphère et le sel de
l’eau de mer, etc.) en réduisant les quatre éléments
sensibles à un constituant commun, de nature parti
culière, VAkasa ; d’autres ont préféré admettre, entre
les quatre éléments fondamentaux et stables(immobiles),

(i) C. Acrippa : Philosophie occulte, 1-3.


ou plutôt l’organisation des choses élémentées. Chaque
signe est formé de trois traits horizontaux répondant
aux trois points de vue de toute classification octo-
naire et chaque trait constituant peut être entier ou
coupé, selon qu'il exprime la passivité du principe
Yn ou à l’activité du principe Yang. Il y a ainsi huit
espèces de combinaisons symbolisées par : les eaux
stagnantes (combinaison froide, humide, immobile), les
eaux en circulation (combinaison froide, humide, mo
bile), l’air du ciel (combinaison chaude, humide, immo
bile), le vent (combinaison chaude, humide, mobile) ;
il y a encore la lumière et le tonnerre et deux aspects
de la Terre (sol et montagnes). L'ordre d’opposition
des combinaisons majeures correspond aux Éléments :
la Terre s’oppose à l’Air et l’Eau au Feu (i).
«
Taï-Ki a engendré deux effigies, dit le Y-King ; ces
deux effigies ont engendré quatre images et ces quatre
images ont engendré les huit trigrammes de Fo-hi. »
A la vérité, cette adaptation des Koua aux choses
élémentées, établie par Chin-Noung, est postérieure
à Fo-Hi. On a prétendu que, primitivement, ceux-ci
ne servaient qu’à la numération, et même qu’un sys
tème de numération à base 8 aurait été primitivement
en usage par toute la terre, que l'année aurait eu 8 mois,
etc. (2). Rien n’est moins démontré et c’est l’adaptation
élémentaire des Koua qui a pris la plus grande impor
tance.
Ce système, qui paraît spécial aux Chinois sous cette
forme physique, montre comme des traces mythologi
ques chez les anciens peuples de l’Iran. C’est ainsi que
les Mazdéens 'admettent parmi les génies secondaires
ou Yazatas — à la tête desquels est Mitiiua— plusieurs
Yazatas du Feu, entre autres le feu actif solaire Hvarc
et le feu passif lunaire Mah ; ils distinguent dans les
Yazatas aériens l’air supérieur et immobile Vayou du
vent en mouvement, Vata ; dans les Yazatas aquatiques,
(1) Voir M. DE Para VEY : Essai sur l’origine des lettres
et des chiffres de tous les peuples, Paris, 1826.
(2) Cf. Aimé Mariage : Numération par Huit..., Paris,
1857, in-8.
ils distinguent l'Eau céleste, Ardvi-Çura-Anahita, et l'eau
circulante, Afam-Nafat, etc. (i).On trouve encore un.
rappel du système octonaire dans l’échelle d'AGRiPPA
où figurent les huit qualités particulières des Éléments :
la sécheresse de la Terre, le froid de l'Eau, l'humidité de
l’Air, la chaleur du Feu, la chaleur de l’Air, l’humidité
de l’Eau/la sécheresse du Feu, le froid de la Terre.
A la vérité, quand on l'applique aux phénomènes
matériels, la classification octonaire n'est qu’une va
riante de la classification quaternaire ; il n’y a pas
de raison pour s’arrêter à trois points de vue et on
pourrait tout aussi bien établir une classification en
16 termes avec 4 points de vue, ou une classification en
32 termes avec 5 points de vue, ou encore une classifi
cation en 64 termes avec 6 points de vue. D’ailleurs,
F0-H1 a poussé jusque-là son système en décrivant
64 Koua secondaires.
Il est évident que toutes les divisions quaternaires
peuvent être dédoublées en huit termes si l’on recon
naît quatre termes intermédiaires aux quatre termes
principaux dans une série cyclique. — Galien a, de
cette manière, doublé les quatre tempéramentshippocra
tiques : lymphatique, sanguin, bilieux, mélancolique, en
y ajoutant les quatre types mixtes : lymphatico-san-
guin, bilio-sanguin, bilio-mélancolique, lymphatico-
mélancolique. — Rien n’empêcherait de reconnaître huit
saisons dans l’année en distinguant dans chacune le
commencement et la fin. — Tes points cardinaux se
dédoublent de même dans la rose des vents avec les direc
tionsintermédiaires: Nord-Est, Sud-Est, Sud-Ouest, Nord
Ouest. — Cette division est très ancienne et très générale.

(1) Cf. DE Lafont : Le Mazdéisme ei VA testa, Paris,


1897.
Dès une haute antiquité, les Chinois rapportent les
Koua aux points cardinaux : Khan au Nord, Kou au
Nord-Est, Tchin à l’Est, Sun au Sud-Est, Li au Sud,
Khouen au Sud-Ouest, Tout à l’Ouest, Khien au Nord-
Ouest. Il y a même chez les Indiens huit Lokapalas ou
génies présidant aux huit points de l’horizon (i). L’As
trologie a essayé une adaptation de ce système octonaire
en reconnaissant, à côté des quatre angles du thème,
quatre régions célestes intermédiaires, ce qui fait un
total de huit maisons ; cette méthode a surtout été em
ployée en astrologie médicale (2), mais elle n’a pas
prévalu. — Tous les systèmes de ce genre ne sont que
des Quaternaires complétés et précisés par un dédouble
ment ; nulle part on ne voit un caractère nouveau s’ajou
ter à la division du cycle révolutif.
Au point de vue pratique cependant, le nombre 8,
qui résulte d'une triple duplication de l’unité, a pu être
proposé de préférence au nombre 10, comme base de
numération. — En effet, la mesure binaire est la plus
pratique et, dans le système octaval, le fractionnement
binaire n’arriverait jamais à un nombre complexe :
c’est pourquoi on retrouve ce mode de division dans les
mesures des divers peuples ; chez les Grecs, par exem
ple, le pied vaut quatre palmes et huit condyles,
l’obole vaut huit chalques ; chez les Romains, le
poids duella vaut huit scrupules ; parmi les vieilles
mesures françaises, la canne vaut huit empans, la velte
huit pintes, etc. M. Colenne, dans son livre sur le Sys
tème octaval (Paris, 1845), en donne six pages d’exemples.
Il préconise ce système parce que les puissances de 8

(1) Lois de Manou : 1-13 et xii-121, trad. LoiSELEUR-


Deslongchamps, Paris, 1833.
(2) H. Selva : Domification ou construction du thème
céleste en astrologie, Paris, 1917, p. 5.
ont beaucoup plus de diviseurs que les puissances de 10.
Une autre auteur, Mariage, prétend même que ce sys
tème octaval aurait existé autrefois sur toute la terre.
Il s’appuie sur les Koua de Fo-Hiqui auraient servi,
selon lui, de chiffres. Dans son livre très érudit (1), il
réunit de nombreux exemples pour essayer de prouver
qu’une confusion s’est faite dans l’antiquité entre ce
système octaval primitif et le système décimal plus
récent. La réduction du système décimal au système
octaval expliquerait, en effet, une foule de contradic
tions chez les vieux auteurs ; par exemple, Epigénès
donne 720 ans, dans les Ephémerides, là où Bérose
donne 480 ; ces deux nombres se correspondent d’un
système à l’autre. — De même, en ce qui concerne les
ancêtres du Christ : Luc et Matthieu ne sont pas d’accord
..
Jésus aurait eu 64 ou 100 générations depuis Adam ;
64 est la seconde unité composée dans le système octaval,
de même que la centaine est la seconde unité composée
dans le système décimal. Malgré son ingéniosité remar
quable, la thèse de Mariage ne paraît pas acceptable,
car rien alors n’expliquerait la généralisation universelle
du système de numération décimal, moins pratique,
qu’on observe dans la période historique. Il était inté
ressant de noter ces correspondances pratiques de l’Oc-
tonaire (rose des vents, progression du nombre de nos
ancêtres, division des poids et mesures, division des
armées, division en pages de la feuille d’impression pliée,
etc. etc.)
Pourtant, on pourrait peut-être découvrir à l’Oc-
tonaire une portée plus étendue ; déjà les Pa-Koua de
F0-H1 affectent un rapport avec la constitution intime
des combinaisons élémentaires objectives, ou, selon le

(1) Aimé Mariage : Numération par huit, Paris, 1857.


238 I.E SYMBOLISME DES NOMBRES

langage hermétique, des choses élémentées ; une théorie


indienne fait du nombre 8 la mesure de ces combinaisons.
Chacun des cinq éléments formés par l’action du grand
Souffle sur la matière prakriti et qui sont : Akasa, Vayù,
Tejas, Apas, Prithivi, est, en réalité, une combinaison
et les molécules qui le composent comprennent chacune
huit atomes : quatre de l’élément lui-même et une de
chacun des quatre éléments qui restent. — Ainsi une
molécule d’Akasa comprend quatre atomes d’éther pro
prement akasique combinés à un atome de Vayù, un
de Tejas (ou Agni), un à.’Apas et un de Prithivi (1). Ce
mode de combinaison octonaire répondrait à la combi
naison de la matière des différents plans et serait le
taux exact de l’interpénétration de Tattwas. Une autre rai
son pouvant faire préférer l'Octonaire au simple Quater
naire dans la mesure des différenciations naturelles est
qu’un corps quelconque divisé selon ses trois dimensions
(coupé en largeur, en longueur et en profondeur),
engendre huit parties et le D r Ad. Péladan, dans son
Anatomie homologique, a montré le jeu de ces huit
parties s’opposant deux par deux dans la morphologie
du corps humain ; les lois de polarité odique du baron
DE Reichenbach reposent sur une semblable division.
Enfin, selon Renooz, il y aurait huit corps actifs
capables d’entretenir la vie : Oxygène, Soufre, Brome,
Sélénium, Chlore, Iode, Fluor et Tellure (2). Pour le
D r Baraduc, il existe huit modes de vitalité (3).
Le nombre 8 peut donc se rattacher assez étroitement
aux corps matériels, et c’est sans doute pour des raisons
semblables que le monde pythagoricien, si nous en

(1) Rama Prasad : LesForces subtiles de la nature,Paris,1910.


(2) Renooz : Les Facteurs de Vie, Paris, 1920, p. 12.
(3) D r Baraduc : Les Vibrations de la vitalité humaine,
Taris, 1904, p. 103.
croyons Plutarque (1), était formé d’un double Qua
ternaire. D’ailleurs, dans l’Inde, huit éléphants portent
la terre et il y a huit dieux Vasous. Le nombre 8 permet
encore de construire des carrés kabbalistiqües (2).
' Certains auteurs voient dans l’Octonaire l’union
des quatre éléments idéaux, ou prototypes hermétiques,
avec les quatre éléments sensibles : la flamme, l’atmos
phère, l’eau et le sol (3). — La tradition rapporte
qu’ORPHÉE conjurait ordinairement les dieux par
huit, c’est-à-dire au nom du Feu, de l’Eau, de la Terre,
du Ciel, de la Lune, du Soleil, du Jour (Phanès) et de
la Nuit (4). Tels étaient les huit géniteurs (yer/a-topai)
de l’Univers. « Cette ogdoade était remplacée par celle-ci
chez les Egyptiens, d’après Evandre : « Le Souffle, le
Ciel, la Terre, la Nuit, le Jour, le Père de tout ce qui
est et de tout ce qui sera, et l’Amour. »
Le Plerôme gnostique, selon Bardesanne d’Edesse
était composé de l’Ogdoade suivante : Le Père et le
Verbe, ayant engendré le Christ et Sophie Achamoth,
puis les quatre Eléments issus de ces derniers.
Timothée rapporte aussi le proverbe : « Huit
est tout, parce que les sphères du monde qui tournent
autour de la terre sont au nombre de 8. »
De là vient le nom de divin donné au nombre 8.
Et comme dit Eratosthène : « Ces huit sphères s’har
monisent ensemble en faisant leur révolution autour
de la terre (5) ».

(1) De anim. procréât., 10-27.


(2) PORTIER : Le carré cabalistique de 8, Alger et Taris,
1903, et Le Carré panmagique de module huit, Paris et Tou
louse, 1904, in-8.
(3) G. Bouchet : Cosmogonie humaine, Vichy, 1917.
(4) Agrippa ‘.Philosophie occulte, n-ix.
(5) H. Lizeray : Aesus (3 e partie), Paris, 1902, p. 25-26.
quent passif et, pour cette raison, exprime un état,
non un acte, un lieu d’étape et non une transition.
Alors que le Sénaire figure l’équilibre, pour ainsi dire
initial, entre le monde divin et le monde créé, 8 représente
l’équilibre final qui est le résultat de l’évolution. Na
turellement, cet équilibre n’est final que par rapport à la
transition du Septénaire ; il ne peut être définitif que
dans la réintégration complète en l’Unité, c'est-à-dire
dans le Dénaire ; mais comme l'évolution septénaire
est la voie de dégagement hors de l’état karmique du
Sénaire, il est logique de voir dans l’Octonaire l’état
extra-karmique ou hyper-karmique. « Tu auras par
ce moyen toute la gloire du monde et toute obscurité
s'éloignera de toi (1) .»
Il est assurément difficile de nous représenter clai
rement ce que peut être un état si différent du nôtre ;
mais la métaphysique et la comparaison des diverses
philosophies religieuses nous permettent de le conce
voir d’une certaine manière : c’est l’état où, par suite
de son évolution, l’être n’est plus soumis à la répercus
sion fatale de ses actes, qui crée des liens entre lui et les
autres individus et le tient, par suite, enchaîné à la série
nécessaire des réincarnations. En effet, qu’on envisage
le nombre 8 comme l’addition d’une unité au Septénaire,
c’est-à-dire comme le résultat de l’Évolution, comme le
stade qui lui fait suite sur l’arc ascendant des destinées
cosmiques—ou comme l’addition du Sénaire qu Binaire,
c’est-à-dire comme la négation de la loi karmique
— ou
encore comme l’addition du Quinaire au Ternaire, c'est-
à-dire comme l’union définitive de la créature au Logos
créateur — nous en arrivons toujours à la même con
ception d’état de dégagement karmique. — Martinez

(1) Table d’Emeraude, huitième proposition.


de Pasqually l’explique comme l’union harmonieuse
des puissances divines quaternaires aux quatre possi
bilités naturelles chez certains êtres d’exception comme
le Christ. « Huit, dit-il, est le nombre de la puissance
«
spirituelle divine qui avait été confiée au premier
«
mineur (homme), pour qu’il manifestât la gloire et la
«
justice de l’Éternel contre les Esprits prévaricateurs.
«
C’est cette puissance divine que tes pères ont connue
« sous
les noms d'Abraham, Isaac et Jacob. Mais
«
Adam, par son crime, ayant perdu cette double puis-
« sance, a
été réduit à sa puissance simple de mineur.
«
Sa postérité est devenue errante et ténébreuse comme
«
lui, et l’homme ne peut plus obtenir du Créateur cette
«
double puissance sans des travaux infinis et sans subir
«
la peine du corps, de l’âme et de l’esprit. Ce nombre
enfin est celui du Créateur destiné aux Élus spi-
«

«
rituels qu’il veut favoriser et préposer à la manifes-
«
tation de sa gloire (i). »
Ainsi l'Ogdoade représente l’état qui est au-dessus de
l’Hebdomade fatale et dans lequel l’homme est enfin
libre (G. R. S. Mead).
Le Karma, en effet, ne résulte que de l’individualisa
tion. — Quand, dans l’acte de la création, l'Unité du
Logos se réfracte en une inconcevable multiplicité
d’individus,chacun contracte .avec les autres qui l’appro
chent, des rapports et des liens comparables aux rela
tions qui unissent des cellules voisines dans un orga
nisme vivant. Chaque individu étant, en effet, solidaire
de tous les autres, une série d’actions et de réactions
extrêmement compliquées enchaîne la liberté de l’un
à l’initiative de l'autre, l’avantage de l’un au détriment

(i) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration


des Etres, Paris, 189g, p. 325.
de l’autre, et crée un déterminisme tel que chaque être
est amené à des situations, des rapprochements, des
sollicitations bien défmies-quisolit comme autant d’épreu
ves rigoureusement fatales. Tel est le Karma ; l’attitude
de l’être dans ses épreuves produit l’Évolution.
L’Évolution est liée au Karma comme l’effet à la cause,
car le Karma est le déterminisme des circonstances et
l’Évolution est la conduite de l’être résultant de ces cir
constances. Pour reprendre notre comparaison avec la
cellule vivante, le Karma est comme l’ensemble des
lois physiologiques et l’Évolution comme la série des
actes vitaux de cette cellule. — Or, toute l’Évolution
consiste à éprouver les lois du Karma pour s’en affran
chir.— Quand l’initiative de l’individu s’est suffisamment
exercée dans les expériences karmiques pour tenter
de s’harmoniser avec les éléments dont elle dépend,
pour s’efforcer d’obéir aux grandes lois de la solidarité
cosmique,'alorsle Karma cesse d’être une série de déter
minations personnelles pour devenir une destinée d’en
semble ; dès lors, l’individu ne risque plus d’involuer,
il est « entraîné dans le courant » ; c’est là sa première
initiation (Srotapattï). Plus tard, quand a pu se réali- 1

ser la solidarité complète de son moi parcellaire avec


l’entité collective macrocosmique, sa destinée per
sonnelle arrive à se confondre avec la destinée de l’uni
vers, les luttes et les heurts de l’individualité n’ont
plus raison d’exister, l’être est hors des réincarnations,
hors du Karma ; il n’est plus qu’un Ego spirituel en
traîné dans l’aura du Logos et jouissant du repos nir-
vanique ou de la béatitude céleste,
p Les Egyptiens représentaient cet état par le triomphe
du bon pilote sur le mauvais, quand l'âme avait réussi
à se débarrasser de son double pour recevoir la révélation
d’ANUBis sur sa véritable nature et sa propre destinée.
Le livre chinois Chon-King, dans son III e chapitre,
mentionne huit règles de conduite (1). Leur nombre
symbolique montre qu elles sont en rapport avec la
justice et l’équilibre.Bn réalité, ces huit règles deviennent
dans l’Empire huit ministères ayant rapport: à l’ali
mentation, aux finances, au culte, aux travaux publics
à l’instruction, à la justice, aux affaires étrangères et à
la guerre.
Ce nombre revient très fréquemment, puisque les
Koua de F0-H1 servent de base à une foule de spécula
tions et de systèmes ; c’est ainsi que les anciens Chinois
croyaient à l’existence de huit Tcha, esprits utiles ou
nuisibles aux biens de la terre.
Certains admettent que le grand moraliste chinois
Lao-TséE aurait lui-même porté sa doctrine dans l’Inde
et qu’il aurait même initié Cakkya-Mouni, le Bouddha ;
quoi qu’il en soit, Gotama Bouddha enseigna de même
aux Indiens, pour se libérer du désir et des réincarnations,
« un noble chemin aux huit sentiers » dont les parties,
appelées Angas, sont :i° la vue ou la croyance correcte
(foi pure) ; 2 0 la volonté ou la pensée correcte (intention
pure) ; 3 0 la parole ou le langage correct ; 4 0 la doctrine
correcte ou l’action pure ; 5 0 les moyens d’existence
corrects (vie pure) ; 6° l’effort correct (application ou
aspiration pure) ; 7 0 la mémoire correcte (attention
pure) ; 8° la méditation correcte (2).
Ces huit règles, destinées à faire sortir l’homme du
cycle des réincarnations pour le conduire au Nirvana,
constituent la base fondamentale de la morale boud
dhique. Le nombre octonaire symbolise bien, dans cette
(1) Cf. RémusaT : La Doctrine Samanéenne. Nouv. journ.
asiatique, 1831.
(2) Cf. H.-S. 0«,COTT : Le Bouddhisme, Paris, 1883 ;
DF, Lafont : Le Buddhisme, Paris, 1895.
246 le symbolisme des nombres
doctrine, la Sainteté et les moyens d'y parvenir. Boud-.
dha, le Thâtagathâ, resta huit ans hors de son palais
de Kapilavastou (1). Visakha, la femme qui se fit son
disciple, exprimait huit souhaits : fournir des vêtements
de pluie aux moines — de la nourriture aux moines
étrangers — de la nourriture aux moines de passage —
de la nourriture aux malades — de la nourriture à ceux
qui soignent les malades — des médicaments aux mala
des — faire des distributions quotidiennes de riz —
donner des vêtements de bain aux moines (2). Il existe
huit degrés de religieux bouddhistes ou Aryas dont le
plus élevé porte le nom d’Arhat (3). Les Bouddhistes
recherchant la sainteté doivent prononcer huit vœux :
les cinq vœux laïques de ne pas tuer — ne pas voler — ne
pas s’abandonner à la luxure — ne pas mentir ou calom
nier—ne pas s'enivrer; ettroisvœux spéciaux: s’abstenir
de manger hors de propos — renoncer aux plaisirs mon
dains (divertissements, chants et danses) — s’abstenir
de parures et de parfums (4). Ici, le Quinaire de la vie
ordinaire devient l’Octonaire de Sainteté.
Selon une légende bouddhique, on fit huit parts
des cendres de Bouddha. Dans les temples siamois, U
n’y a jamais plus de huit pierres dressées en pyramides
autour du sanctuaire.
Huit est aussi le nombre de la Yoga qui compte huit
stages : Yama, la restriction ; Niyama, les observances reli
gieuses ; Asana, la posture ; Pranayama, le contrôle
de la respiration ; Praty-ahara, la restriction des sens ;
Dharana, la concentration ; Dhyana, la contemplation,
et Samadhi, l’extase.

(1) G. DE LafonT : Le BUddhisme, Paris, 1895, p. 125.


(2) Oldenberg : Le Buddah, trad. A. Foucher, 1894, p. 170.
(3) G. DE Lafont : loc. cit., p. 208.
(4) G. de Lafont : loc. cit.
De même les Hatha-yogui visent à obtenir huit
pouvoirs (astha siddhis ou astha vibhuti) dont les
noms sont : Animan, Prapti, »Prakamya, Laghima,
Mahima, Ishita, Vashita, Kamavasayita.
On retrouve ce Symbolisme octonaire chez les peuples
de l’Iran. I/Avesta mentionne huit catégories de prêtres :
un supérieur, le Zaotar, qui récite les textes, et sept
subalternes : le Havanan qui pile le Homa dans le
mortier—YAtarevakhshaqui entretient le feu — le Fra-
beretar chargé des ustensiles du Sacrifice — Y A beret
porteur d’eau bénite — YAçnatar qui lave les vases
sacrés — le Raethwiskar qui purifie les hommes et les
objets souillés — le Craoshavereza ou confesseur.
G. de Lafont compare ces sept prêtres subalternes
aux sept diacres du Christianisme ancien. Il y avait
aussi, dans la religion de Zoroastre, huit ustensiles
servant au culte : Y Atashdan, réservoir à feu ; le Havaria
ou mortier ; le Bareçma, ou faisceau de rameaux sacrés ;
le Tali plateau des offrandes; le Tasta ou tasse d’or ;
}
la passoire à neuf trous pour le Homa ; YAvand, vase à
purifications ; le Musrhabe, lavabo du prêtre (1).
Chez les Indiens, en outre des huit éléphants portant
la terre (Anchanam, Boundarigam, Koumourdam,
Pondiakendaman,Tcharouaboudam, Tchouk-kiratibam,
Vamanam et Irapadam),et des huit dieux Vasous, on
peut signaler les huit modes de mariage mentionnés
par Manou : mode de Brahma, des Devas, des Rishis,
des Pradjàpatis, des Asouras, des Ghandarvas, des
Rakchasas et des Pisatchas (2).
En Egypte, on trouve les huit disciples de Thot, parmi

(1) G. DE I/AFONT: Le Mazdéisme et l’Avesta, Paris, 1897,


p. 239-244.
(2) Cf. Manava-Dharma-Shastra : trad. LOISELEUR-DES-
EONGCHAMPS, Paris, 1833, III-3O.
lesquels Nepher-Tem ou Imhotep (identifié à Asclé
pios par les Grecs. — Lepsius rapporte qu’il y avait
huit produits particulièrement précieux : Or, Electrum,
Argent, Lapis lazuli, Emeraude, Airain, Fer, Plomb (1).
D’après Hérodote, le règne des dieux en Egypte
aurait commencé par un premier groupe de huit dieux
à la tête desquels était Pan.
Chez les Grecs, le nombre 8 était dédié ésotériquement
à Dyonisios, né le huitième mois de l’année.
— Or,
le mythe de Dyonisios représentait l’évolution de l’âme
et les épreuves qu’elle a à subir pour se dégager des
liens karmiques (2). Exotériquement, le nombre 8

\l/
semble avoir été dédié à Vénus ; ainsi, le temple de
Paphos consacré à cette déesse, était décoré d’une étoile
à huit branches ; cette attribution semble d’autant

7f\
plus plausible que l’étoi le
à huit branches rappelle
l’idéogramme accadien
qui était spécialement
l’emblème d'IsTAR, la
Vénus babylonienne,
mais qui avait encore une
valeur beaucoup plus
étendue, puisqu’il était le
Fitf. XX/X. déterminatif de tous les
L’Idéogramme accadien. noms divins. — Faut-il en
conclure que les Chaldéo-
Assyriens regardaient leurs divinités comme semblables
à nos « bienheureux », c’est-à-dire comme plongés dans
le repos nirvanique, et qu’ils ignoraient l’idéal indien
des Bcddhisatwas, les rédempteurs perpétuels, dont
Jésus devait être un rappel lointain ?

(1) Cf. I3ERTHELOT : Les origines de l’Alchimie..., p. 212.


(2) Cf. E. SchurÉ : Les grands Initiés, Paris, 1912.
Voici ce que dit à ce sujet, H.-P. Beavatsky : «Les
plus anciens monuments de la Chaldée, de la Perse et
de l’Inde, mettent en lumière la double croix ou croix
à huit pointes. Ce symbole a suggéré au D r Lundy,
dans son Mysticisme super-chrétien, de dénommer les
fleurs cruciformes qui dessinent une étoile à huit
pointes par l’intersection de deux croix, Y Etoile pro
phétique de VIncarnation qui unit le ciel et la terre,
Dieu et l’homme... C’est la crcix mondiale céleste qui
se reproduit ici-bas, dans les plantes et dans l’homme
double ; c’est l’homme physique se substituant à
l’homme spirituel, au point de jonction duquel s’élève
la Balance, I’HermÈS-Enoch mystique (1). »
En tout cas, dans l’antiquité classique, le sens de
l’Octonaire semble bien peu étudié : on trouve une
étoile à huit branches sur une médaille de J ulia
Domna frappée dans l’île de Chypre. — Etymologique
ment, le nom d’HERMÈs serait en rapports avec le
nombre 8 (2).

Le caducée d’HERMÈS,avec ses deux serpents formant


chacun quatre boucles, peut être considéré comme un
symbole octonaire. H.-P. Blavastky y voit, non le sens
général du nombre 8, mais « le mouvement éternel des
cycles, la respiration régulière du Cosmos ».
Chez les Juifs, la circoncision était pratiquée le
huitième jour (3). Cette cérémonie, de même que le
baptême chrétien, avait pour but d’orienter l’évolution
de l’homme, dans son incarnation actuelle, vers l’acqui-

(1) H.-P. BeavaTSKY: Isis dévoilée. Tomç. IV, Paris, 1921,


p. 144.
(2) Hippoe. (Xauzel : Triomphe du Christ, Bergerac, 1875,
p. 71, et Fred. Portai.: Les Symboles des Egyptiens..., p. 15.
(3) Gen., xxi-4 ; Lev., xii-3 ; Luc, 11-21.
'
'250 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

sition du repos éternel. Les prêtres, qui avaient pour


fonction de guider cette évolution vers l’état octonaire,
portaient huit ornements : les féminaux, la tunique, la
ceinture, la tiare, l’étole, le superliuméral, la lame
d’or, etc. Les fêtes duraient huit jours (i). •

Les Kabbalistes représentent l’Octonaire par la


huitième lettre hébraïque Heth n dont la forme peut
rappeler celle d’une balance. La balance est rattachée
à l’idée de repos éternel par l’image du jugement
dernier ; elle est représentée dans les scènes du jugement
,
de l’âme, aussi bien chez les Egyptiens que chez les
Chrétiens (2). Charrot voit dans le n « la Providence
universelle qui pourvoit à tout, pour tous les êtres et les
choses ». — « Sur la terre, dit-il, c’est l’éternité du mou
vement stable de la Nature, l’harmonie des éléments
divers en ascension sur l'assomption des éléments
naturels. C’est la juste justesse de l’actif et du passif,
de l’action et de la réaction, communiquant l’impulsion
au monde pour y maintenir l’ordre étemel, afin que la
Vérité et la Paix s’y rencontrent et s’y embrassent pour
rendre à l’homme sa sérénité divine et humaine (3). »
La huitième séphirah est Netzah, qu’on traduit sou
vent par « le Triomphe » (selon d’autres, « l’énergie »). —
Le triomphe peut représenter le terme des épreuves
évolutives et la libération karmique.
Les Kabbalistes disent qu’il y avait au Temple de
Jérusalem huit portes dont la huitième ne devait s’ou
vrir que pour le Messie (4).

(1) Lev., xxm-36 ; Joa., xx-26.


(2) Van Drival : Etude sur le grand monument funér.
égypt., Paris, 1851.
(3) Charrot : La Rose-Croix pentagrammatique. Voile
d’Isis, août 1914, p. 499.
(4) Eliphas Lévi: Les Myst.de la Kabbale. Paris, 1920, p. 81.
Le Christ, dans son enseignement des Huit Béati
tudes, tel que le rapporte l’évangile de saint Matthieu,
(v, 3-11) rappelle étrangement les huit règles du Chou-
King et les huit Angas de Cakkya-Mouni. — Jésus
déclare bienheureux huit catégories d’hommes qui
souffrent et leur promet huit récompenses respectives ;
le royaume des cieux aux pauvres d’esprit, la terre
aux doux, la consolation à ceux qui pleurent, le rassasie
ment aux affamés de justice, la miséricorde aux miséri
cordieux, la vue de Dieu aux cœurs purs, l’adoption
divine aux pacifiques, et encore la roj^aume des cieux
aux persécutés. — Cette répétition de la première
par la huitième est comparée par Lacuria à l’octave
musical où la répétition de Y ut est nécessaire à l’oreille
pour se reposer (1).
Il n’est pas impossible de rapporter ces huit béatitudes
du Sermon sur la montagne à un certain aspect de
l’Octonaire bouddhiste et plus particulièrement aux
huit vœux de sainteté des disciples de Cakkya-Mouni.
Le vœu de ne pas tuer correspondrait à la cinquième
béatitude (la miséricorde aux miséricordieux) ; celui de
ne pas voler à la deuxième (les doux posséderont la
terre) ; l’abstention de la luxure correspondrait à la
sixième (les cœurs purs verront Dieu) ; le vœu de ne pas
mentir ni calomnier à la huitième (« Bienheureux ceux
qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume
des cieux est à eux ») ; le vœu de sobriété en nourriture
à la quatrième (ceux qui ont faim et soif de justice seront
rassasiés) ; la renonciation aux plaisirs mondains et aux
distractions a bien sa contre-partie dans la troisième
(ceux qui pleurent seront consolés). — Il reste donc à

(1) Lacuria Les Harmonies de l’Etre exprim. par les


:
Nombres, Paris, 1899, 2 vol.
faire correspondre l’abstention de toute parure à la
première (les pauvres d’esprit posséderont le royaume
des deux),si du moins l'on peut transformer la «pauvreté
d’esprit » — (c’est-à-dire le renoncement aux lumières
incertaines du raisonnement, la mise en garde contre le
mental, le grand Destructeur) — en « la pauvreté en
esprit » ainsi que le veulent certains catholiques qui
n’entendent pourtant pas renoncer, comme Jésus, aux
biens de ce monde (i).—C’estseulement par élimination
que le renoncement à l’ivresse correspondrait à la sep
tième béatitude (les pacifiques seront appelés enfants
de Dieu).
S’il est plus malaisé de faire correspondre terme à
terme les huit béatitudes et les huit Angas, il n’en
est pas moins évident que ces deux enseignements
nous révèlent assez dairement le
sens occulte de l’Octonaire. —
D’ailleurs, pour illustrer symbo
liquement la valeur du nombre 8,
Jésus eut sa résurrection glorieuse
le huitième jour.
Dans les Catacombes romaines,
on trouve quelquefois l’Étoile des
Mages figurée, non par le penta-
gramme classique, signe de l’in
carnation, mais par une étoile à
huit branches, signe du Salut. —
Il est à remarquer que le labaruni des catacombes est
également un symbole du repos éternel par sa forme
octonaire.
Les Pères de l’Église ont regardé le nombre 8 comme

(i)Cf. D r L. PASCAULT : La Morale du Sermon sur la


Montagne, in- Le Corps et l'Esprit, sept. 1917.
le symbole de la régénération (saint Ambroise) et de
la résurrection glorieuse (saint Augustin).—Ce dernier
prétend que le passage du nombre 7 au nombre 8 indique
le passage de l’ancienne loi à la nouvelle, qui déclare
ouvrir à l’homme les portes du ciel (1) ; le Septénaire
qui est le nombre du Sabbat (2) représente la Synagogue
tandis que l’Octonaire représente l’Église fondée sur la
résurrection du Christ. On a également rapporté le
nombre 8 à l’idée de salut et de conservation, pour
cette raison que huit personnes ont été sauvées du
déluge dans l’arche de Noè, ou encore parce que, dans
la langue latine,le nom du Sauveur, Christus, est composé
de huit lettres, mais c’est là une raison bien précaire.

Notons cependant, à propos de l’Arche de Noé,
qu’en chinois, le caractère composé de la clef de la
bouche avec la clef de la barque et le symbole 8 signifie
« navigation heureuse ».
Serait-ce une image du salut
béatifique ?

Il est tout à fait curieux de constater que les fonts


baptismaux des églises chrétiennes ont toujours revêtu
une forme octogonale, cela dès les premiers siècles, et
tout particulièrement aux xiv e et xv e siècles (3).
Ce symbolisme tend à exprimer que le baptême serait
le moyen d’arriver, dans l’autre monde, à la libération
karmique. La croix de Malte, construite selon les huit
rayons d’un cercle, rappelle par ses lignes de construc
tion l’étoile à huit branches ; la croix de Lorraine, au
contraire, semble revêtir plus particulièrement le sens
d’un double Quaternaire ; elle symbolise peut-être l’union
de la nature divine, conçue d’après le tétragramme juif

(1) S. Augustin : Epist. LVI.


(2) S. JÉROME : In Ezech., xii-40.
(3) Mason NeaeE et Webb : Du Symbolisme dans les
Eglises du Moyen Age, trad. par M. V. O., Tours, 1847.
(i) G. Bouchet : Cosmogonie humaine, Vichy, 1917.
Griixot de Givry fait remarquer qu’il existe dans le
monde huit grands foyers de mysticisme populaire ;
quatre èn Europe (Rome, Paray-le-Monial, Lourdes,
Santiago-de-Compostelle) et quatre en Asie (La Mecque,
Jérusalem, Bénarès et Lhassa). Il insiste sur les analogies
géographiques de ces deux groupes et sur les liens qui en
font réellement un système octonaire : la ligne droite
qui unit Lourdes à Rome rencontre Jérusalem sur son
prolongement ; celle qui va de Paray-le-Monial à Rome
se prolonge jusqu’à la Mecque ; celle de Santiago à
Rome pointe sur Bénarès et celle de Santiago à Lourdes
sur Lhassa (1).
Le huitième arcane du Tarot bohémien est la Justice.
Cette interprétation de l’Octonaire n’est pas nouvelle car
Macrobe, considérant que le nombre 8 est éminemment
divisible, puisqu’une triple dichotomie le ramène à
l’unité, en faisait le nombre de la justice. Ce sens paraît
assez éloigné de la signification fondamentale de libéra
tion karmique et de nirvana, mais peut y être rattaché
par l’idée d’un jugement faisant suite aux épreuves de
l’évolution, idée très répandue dans les diverses reli
gions. En tout cas, la signification essentielle de l’Octo-
naire s’est conservée dans le symbolisme moderne. En
Maçonnerie, il exprime l’union de la créature au créa
teur et l’union des créatures entre elles, c’est-à-dire, en
somme, la solidarité à laquelle aboutit l’évolution, la
« communion des
saints » du christianisme. On peut
admettre qu’il est représenté par les huit sommets de
la pierre cubique. Il est encore figuré par la mosaïque
du portique s’ajoutant aux sept degrés du temple.
A ce sujet, il faut remarquer que l'Octonaire est sou
vent symbolisé par l’adjonction à un Septénaire d’un

(1) Cf. Voile d’Isis, avril 1920.


terme accessoire ; ainsi, les deux, séjour supposé des
bienheureux, ont été divisés en huit sphères par les
Kabbalistes : les sept sphères planétaires et le ciel des
étoiles fixes.
Pour certains musulmans, le paradis est divisé en
huit sections, ayant chacune une porte : sections de
l’agrément, de la paix, des délices, de l’immortalité, du
jardin, de la demeure, du séjour éternel et du Très-
Haut (i).
Te rite templier comporte huit grades : i°apprenti ;
2° compagnon ; 3 0 adepte ; 4b adepte de l’orient ;
5° adepte de l’aigle noir de saint Jean ; 6° adepte par
fait du Pélican ; 7 0 écuyer ; 8° chevalier de garde de la
Tour intérieure (2).
Martinez de Pasqually explique ainsi l’Octonaire :
«
C’est par le nombre huiten aire, qui résulte de lajonction
« des deux nombres quaternaires, que nous apprenons
« que toutes les réconciliations et confirmations ont été
« faites par le Christ... Nous connaissons avec certi-
« tude que le nombre 8 est inné de double puissance
«
donnée par le Créateur au Christ, et c’est lui qui nous
«
apprend que le Messie a opéré toutes choses en faveur
« des hommes
temporels... Te nombre 8 est donné au
« double
esprit qui est le Christ (3). »
J-. G. Gichtel, parlant de l’évolution mystique, donne
à la « Huitième Forme » cette acception de libération
karmique : « Ta Huitième Forme, dit-il, est le monde
du Feu avec ses constellations ignées ; il se place au

(1) Abdullah-EL-Seyid : Révélations, trad. G. S., Paris,


1909.
(2) Cf. Papus : Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris,
1899, p.91.
(3) Martinez DE Pasqually : Traité de la Réintégration
des êtres, Paris, 1899, p. 38-39 et 48.
milieu du macrocosme et du microscosme ; il est le
point de séparation entre l’homme extérieur et inté
rieur. Quand l’âme cherche à retirer sa volonté de la
constellation extérieure pour se tourner vera Dieu en
son centre, abandonner tout le visible et passer à travers
la huitième fotme du Feu, c’est un travail acharné (1). »
Claude de Saint-Martin regarde 8 comme « le
nombre de la Rédemption (2) » et Etchegoyen en fait
«
l’harmonie des êtres avant le péché et après la rédemp
tion (3) ».
En définitive,toutes ces interprétations sont connexes.
Par l’évolution l’homme acquiert le sens de la justice
et de la solidarité dont la réalisation parfaite confère
le repos béatifique et l’affranchissement karmique.

(1) J.-O. GiCHTEU : Theosophia practica (1696) ; édit.,


Paris, 1898, p. 14 et 22. .
(2) Claude de St-Martin : Des Nombres, Paris, 1913.
(3) Etchegoyen : De l’Unité..., Paris, 1836, 3 vol.
CHAPITRE IX

le novénaire
L’extrême multiplicité faisant retour à l'unité ;
la solidarité cosmique ; la Rédemption ;
la Réintégration finale.

« Tout d’abord, sache que tout nombre, quel


qu'il soit, n’est autre que le nombre neuf ou
son multiple, plus un excédent, car les signes
des nombres n’ont que neuf caractères et va
leurs avec le zéro. »
(Avicenne.)

Le nombre 9 présente des propriétés arithmétiques


curieuses (1) qui lui donnent un caractèretrès particulier.
— C’est tout d'abord ce fait indiqué par Mairan que la
différence entre un nombre composé quelconque et le
nombre formé par l’inversion de ses chiffres est toujours
un multiple de 9. — Par exemple, entre 17 et 71, la
différence est 54, multiple de neuf ; il en est de même
pour 459, différence entre 3824 et 4283, et ainsi pour
tous les cas. — C’est ensuite ce curieux produit de
123456789X9=1111111101 (2). C’est encore cette règle
indiquée par Fonteneixe que les multiples de 9 sont

(1) Cf. Portier : Le Carré diabolique de 9. Alger et


Paris, 1902, in-8.
(a) W. W. MoSS : The Numbers in detail in The Interna
tional Psychic Gazette, mai 1921, p. 116.
toujours composés de chiffres dont la somme est égale à 9 ;
par exemple les nombres : 18, 27, 36, 45, 54, 63, 72, 81,
90, etc., etc. Quand cette addition donne pour total un
nombre composé (comme c’est le cas pour le nombre 459,
dont les chiffres additionnés donnent 18), ce nombre est
toujours tel qu’une nouvelle addition des chiffres qui le
composent produit 9. Cette règle est extrêmement impor
tante dans la science des nombres, notamment en ce qui
concerne le procédé dit de la Réduction théosophique.
Pour trouver, par ce procédé, la signification générale
d’un nombre composé quelconque, les Pythagoriciens
et les Kabbalistes font l’addition des chiffres qui le
composent, et, s’il y a lieu, l’addition des chiffres du
total obtenu, autant de fois qu’il est nécessaire pour
arriver à un nombre simple, qui donne le sens synthétique
et qui est comme la clef du nombre envisagé. — Nous
reviendrons sur les applications de ce procédé dans la
suite. — Remarquons seulement que le nombre 9 est
le seul à présenter cette particularité ; sa racine 3 a bien
une propriété comparable, c’est que le total de la réduc
tion théosophique de ses multiples est toujours divisi
ble par lui-même (1), mais le nombre 9 a quelque chose
de plus parfait, puisque avec lui il s'agit d’égalité et
non plus de simple divisibilité.
JT" Les particularités du nombre 9 sont la conséquence
( de notre système de notation décimale ; elles cesseraient
d’exister avec un autre système de notation numérique,
chiffres romains par exemple, mais le fait que la numé
ration* décimale soit universelle, comme nous le verrons
au chapitre suivant, et que la notation décimale soit
la plus adéquate, laisse aux propriétés arithmétiques du

(1) De deux nombres quelconques, l’un des deux, ou leur


somme ou leur différence, est divisible par 3 (Ozanam).

/,
Novénaire une portée arithmosophique considérable.
En réalité, dans tous les systèmes de numération,
9 est le dernier nombre simple ; c’est donc le plus com
plexe, celui qui marque le plein épanouissement de la
série numérique. — Il est considéré comme le nombre
par excellence, le nombre complet, le développement de
tous les autres nombres qu’il contient, et c’est dans ce
sens qu'AviCENNE écrivait : « Tout nombre, quel qu’il
soit, n’est autre que le nombre 9 ou son multiple, plus
un excédent, car les signes des nombres n’ont que neuf
caractères et valeurs avec le zéro (1). »
Pour interpréter la signification du Novénaire, nous
pouvons remarquer que les neuf nombres simples se
répartissent, au point de vue arithmosophique, en trois
ternaires. — L,e premier : 1, 2, 3,exprime la différencia
tion dans l’Archétype, l’organisation du Principe créa
teur en vue de l’action créatrice ; ces trois nombres sont
comme les aspects du Eogos, les trois personnes divines,
comme la manifestation idéale et primordiale sur le plan
suprême. — Au contraire, le deuxième Ternaire : 4, 5,6,
se rapporte à la nature, à l’incarnation et au Karma,
c’est-à-dire aux degrés et aux conditions du monde créé ;
ce Ternaire de la créature constitue le reflet négatif
du Ternaire créateur, les termes impairs ou positifs de
l’un s’opposant aux termes pairs ou négatifs de l’autre.
Comme dans un Ternaire simple, le troisième terme
représente l’intermédiaire entre les deux autres, il est
logique de chercher au troisième Ternaire de la série
numérique : 7, 8, 9, une signification d’ensemble repré
sentant le lien qui unit les deux premiers Ternaires entre
eux : ainsi la série 7, 8, 9, doit exprimer un triple aspect
du lien qui attache la créature au Créateur. — De ces

(1) Cf. Art. Arithmétique, in Dict. des Math.


dire l’Univers dans sa plus large acception (puisque
9 est le dernier nombre simple et contient tous les précé
dents), l’ultime développement de l’idée créatrice, de la
cause efficiente, du Logos en activité (i). — Si le nombre
3, sa racine, constitue la première série harmonique, le
premier développement d’une idée, 9 est le type de la
série la plus étendue, le dernier développement d’une
idée. — R. Schwaller voit dans ce nombre « la totalité
des principes créateurs ».
Les Egyptiens tenaient le Novénaire en grand honneur
et ils le considéraient comme le développement complet
des trois mondes, le désignant par la « Montagne du
Soleil (2). » Pour eux, l’Archétype trinitaire Osiris,
Isis, Horus, c'est-à-dire Essence, Substance et Vie,
évoluait dans les trois mondes : divin, naturel et intel
lectuel pour former la grande neuvaine ou Paout. —
Us la symbolisaient de diverses manières, la figuration
la plus rationnelle consistant à former un carré dont
chaque côté comportait trois éléments, avec un élément
central ; ainsi ont pu se trouver groupées, avec une
intention symbolique, des colonnes dans un temple
ou des pierres précieuses dans un bijou.
Pour les Platoniciens d’Alexandrie, la Trinité divine
primordiale se subdivisait également par trois, formant
neuf principes. — La première personne (l’Un ou le
Bien) comprenait l’objet du désir universel (cause finale),
la plénitude de la puissance ou de la jouis

sance (cause productrice ou exemplaire), lx*vov — la
Souveraine perfection (cause efficiente), riXetov. La

(1) Il est à remarquer que 4 et 9 sont des nombres semi-


circulaires, parce que, si on les multiplie par eux-mêmes à
l’infini, les produits qu’on obtient n’ont pour désinence que
deux finales alternées.
(2) Cf. L. SchurÉ : Sanctuaires d’Orient, Paris, 1ÇO7.
deuxième personne (l’Intelligence) comprenait de même
l’Être (chose pensante) — la Vérité (chose pensée)
— et la Vérité intelligible (la pensée elle-même). —
La troisième personne (Ame du monde ou Démiurge)
comprenait : la substance universelle ou puissance uni
verselle en action dans la nature — le mouvement ou
génération des êtres — le retour des êtres à la substance
qui les a produits (1).
Ce triple développement de la Trinité constitue,
selon l’expression d’ETCHEGOYEN, « la puissance du
Saint-Esprit ». C’est volontairement que l’architecture
chrétienne a cherché à exprimer le nombre 9 : ainsi
le sanctuaire de Paray-le-Monial est éclairé par neuf
fenêtres.
De même que les principes créateurs se multiplient en
un Novénaire, de même évidemment ce nombre doit
se manifester dans les aspects de la création. Martinez
de Pasquaixy dit que « Neuf est le nombre de la subdi
vision des essences spiritueuses de la matière et de celle
des essences spirituelles divines (2) ».
La plus ancienne des sectes philosophiques de l’Inde,
la Vaïseshika, connue par les S outras de KanadA, admet
tait dans l’Univers neuf principes dont quatre abstraits:
le Temps, le Lieu, l’Ame, la Conscience, un particulier :
l'Éther, et quatre sensibles : la Terre, l’Eau, l’Air, le
Feu (3).
L’Initiation orphique aurait de même admis trois
Ternaires de principes ; le premier comprenait la Nuit,

(1) Cf. PtOTiN : Ennéades ; ProTlNl : Opéra philosophica.


Basileæ, 1580, in-fol.
(2) Martinez de Pasquat.ey : Traité de la Réintégration
des êtres, Paris, '1899, p. 325.
(3) Cf. Mabiixeau : Histoire de la Philosophie atomistique,
Paris, 1895.
le Ciel, le Temps (Nô£, oùpxvôç, xpôvo;) ; le second l’Ether,
la Lumière, les Astres (A'.O^p, «fravr,;, ’AuTépot) et le troi
sième le Soleil, la Lune et la Nature ("HX10;, SsX/vn,
'l’jfft,-) ; ces principes constituaient les neuf aspects
symboliques de l’Univers, -ô Hxv (1). « Le nombre 9,
dit Parménide, concerne les choses absolues (2). »
D’après la mime tradition, Raymond Lulle, dans
son Ars Brevis, attribue neuf modalités à l’Être : Dieu,
l’Ange, le Ciel, l’Homme, l’Imagination, la Sensibilité,
la Végétativité, l’Élémentatiori, l’Instrumentation. —
Il reconnaît également neuf modes de l’Être (3). Dans
son système qui n’est, en somme, qu’un procédé de
raisonnement logique, il admet trois Ternaires de termes :

Différence, Concordance et Contradiction — Commen


cement, Milieu et Fin — Majorité, Egalité et Minorité
—et aussi neuf affirmations absolues : Bonté, Grandeur,
Fermeté, Puissance, Sagesse, Volonté, Vertu, Vérité, etc.
Les neuf nombres simples aboutissant à la dizaine
correspondent aux neuf termes de la Géométrie : le
point, la droite, la circonférence, le cercle, l’angle, le
triangle, le polygone, le polyèdre et les corps ronds.
Ils correspondent encore aux neuf termes de la méca
nique qui sont : la force, le nombre, la ligne, la surface,
le solide, l’espace, la vitesse, le temps et le mouvement.
Tous ces termes de l’Arithmétique, la Géométrie et la
Mécanique, sont des infinis relatifs, c’est-à-dire qu’ils
se présentent avec un commencement déterminé, mais
qu'ils sont susceptibles d’étendre à l’infini leur valeur
et leur complexité. — Leur ensemble constituerait un
véritable alphabet de vingt-sept idées (4).

(1) Cf. U initiation, années 1908-1911.


(2) Cf. H. Lizeray : Aesus (3 e part.), Paris, 1902, p. 27.
(3) Cf. R. Lulle :
Ars Brei'is, trad. fran;., Paris, 1901, p. 44.
(4) Etchegoyen : De l'Unité..., Paris, 1836, 3 vol.
La plupart des sciences se réduiraient ainsi à neuf
termes. — La Zoologie est susceptible d’une classification
en neuf catégories : mammifères, oiseaux, reptiles,
poissons, insectes, crustacés, vers, mollusques, zoophy-
tes. — On a cherché à appliquer aussi le Novénaire à la
Botanique (1).
A un autre point de vue, on peut dire que le Novénaire
complète d’une certaine manière le Septénaire. Avec
le blanc et le noir (ou le gris),LACURiA porte à neuf tons
la gamme ordinaire des couleurs. R. Steiner développe
de la même façon les sept principes classiques de l’homme
en considérant le principe psychique ou mental infé
rieur comme un Ternaire. — Pour lui, il existe trois orga
nismes corporels (corps physique, éthérique et astral),
trois organismes psychiques (qu’il distingue en âme-
sensibilité, âme-raison et âme-conscience) et trois
organismes spirituels (Manas, Buddhi et Atma) (2).
Papus considère 9 (4 + 5) comme le nombre analytique
de l'homme (3) et semble emprunter cette idée à Eckarts-
hausen.
Les Grecs avaient classé les sciences et les arts, c’est-à-
dire l'ensemble des activités humaines, en neuf catégories
auxquelles présidaient les Muses : Calliope, Uranie,
Polymnie, Terpsichore, Clio, Melpomène, Erato,
Euterpe et Thalie (4). Ces neuf sœurs font penser
aux neuf vierges prophétesses de l'île de Sein chez les
Gaulois.
Le langage comporte, grammaticalement, neuf parties :
le verbe, le nom, l'adjectif, le participe, la conjonction,

(1) EïCHEC.oyen : De l'Unité..., Paris, 1836, 3 vol.


(2) R. STEINER : La Science occulte, Paris, 1914.
(3) Cf. Lotus, t. II, n° 12, p. 327-28.
(4) W. H. ROSCHER : Enneadische studien... I.eipzL, 1909,
iu-4* (Etude du nombre g chez les Grecs).
l’article, le pronom, la préposition et l'adverbe (abs-
tration faite de l’interjection).
Ajoutons cette curiosité que la versification de beau
coup de langues européennes n’admet comme classiques
que neuf espèces de vers. — En français, ce sont les
vers à douze, dix, huit,sept, six, cinq, quatre, trois et
deux pieds ; en anglais, les vers à quatorze, douze, dix,
huit, sept, six, cinq, quatre et trois pieds ; en italien, les
vers à douze, onze, dix, huit, sept, cinq, quatre, trois pieds
et le vers anacréonique ; en espagnol, les vers à onze, dix,
neuf,huit, sept, six, cinq, quatre et trois pieds, etc., etc.
Dans la science héraldique, on trouve neuf éléments
au blason (5 émaux, 2 métaux, 2 fourrures) et neuf points
dans l’écu.
Dans tous ces cas, neuf apparaît comme le nombre
complet de l’analyse totale. — On le retrouve avec ce
sens symbolique dans certains exemples. — Chez les
Chinois, le livre des Annales (Chou-King) expose la
«
Sublime Science » en neuf règles. Des Jin-Hoang du
Kiéou-téou divisent la terre en neuf parties, et neuf
frères du même nom se partagent l’empire du monde (1).
Il y a neuf « Dharmas », livres constituant la Bible
népalaise. — La tradition veut que Minos, dans sa
caverne, ait mis neuf ans à recevoir les lois de Jupiter.
— Jusqu'à 685 av. J.-C. Athènes fut gouvernée par
neuf Archontes.
Comme nombre complet, neuf aurait une valeur
particulière dans la mesure du temps.— Il est à observer
que l’élaboration du fœtus humain dure neuf mois. —
Or l’homme étant le dernier venu sur la terre, Hceckel
remarque que son embryon « représente, durantles diverses
phases de son évolution, les types principaux de toute

in Port ia d Urb : Hist. antcdiluv. delà Chine, p. 56.


une série d’animaux inférieurs à lui-même » et qu’il
«
reproduit en miniature, et dans un cadre étroit, une
série partielle de la création et même la série tout entière.
Ces neuf mois résument donc toute la phylogénie.

Signalons que les Indiens appellent le corps humain « la
cité aux neuf portes», en raison de ses neuf orifices.
Les anciens astrologues prétendaient que les périodes
de neuf ans marquent.au moment de leur succession,
des phases importantes dans la vie humaiqe.
— Ils
appelaient années ennéatiques les 9 e 18 e 27 e 36 e
, , , ,
45 e 54 e 63 e , 72 e années et prétendaient qu’elles appor
» »

tent des changements considérables dans le cours de


l’existence. — La 63 e année surtout était redoutée,
parce qu’elle est en même temps une année climatérique.
C’est peut-être en raison de l’influence des années
ennéatiques que nous voyons les périodes de neuf ans
jouer un certain rôle chez divers peuples. Ainsi dans
les almanachs des anciens Mexicains, on répartit quel
quefois les années sur une série de neuf signes figu
rant les « Seigneurs de la Nuit ». Alex, de Hum-
boldt fait remarquer qu’une telle série de neuf termes
peut paraître bizarre dans un calendrier, dont les divi
sions reposaient sur l’emploi des nombres 5, 18, 20
et 25, mais il pense que cela provient de la facilité
avec laquelle les neuf Seigneurs en question se répar
tissent quarante fois dans le nombre 360, qui était celui
des jours de l’année mexicaine (1). Or, chose curieuse,
qui pourrait s’expliquer comme la survivance d’une
ancestralité atlantéenne commune, les Suédois célè
brent, tous les neuf ans, une grande solennité, avec des
réjouissances populaires (2). Oh pourrait citer encore

(1) A. DE Humboldt : Sites des Cordillières, 1869, ch. VI,


p. 172.
(2) RUDBECK : De Atlantica, t. I, p. 262.
cette légende d’après laquelle Minos avait, tous les
neuf ans, un entretien avec Jupiter, après lequel il
lui était possible de prophétiser (i). Enfin, l’Abbé
Bannier raconte, dans sa Mythologie (2), que si les
dieux se parjurent après un serment sur le Styx, ils
sont privés de leur divinité pour neuf ans.
Le nombre 9 a pris, dans certaines liturgies, le sens
d’achèvement, de temps complet. — Le Zend-Avesta
lui fait jouer un grand rôle dans les purifications de
toutes sortes, notamment en ce qui concerne la mens
truation, l’avortement, l’accouchement. — On enlève
le feu de la maison d’un mort pendant neuf jours ; ses
vêtements souillés sont lavés neuf fois (trois fois avec
de l’urine,trois fois avec de la terre et trois fois avec de
l’eau). — G. de Lafont observe que « la Neuvaine est
passée du culte mazdéen dans le culte chrétien et nous
voyons saint Augustin fulminer contre cet usage » (3).
Actuellement encore, la neuvaine joue un rôle important
dans les dévotions des chrétiens. On trouve la triple
répétition ternaire dans la magie ou la sorcellerie de tous
les temps (4).
Toutes ces applications du Novénaire à des séries
déterminées concourent à montrer la signification de
développement complet qu’il comporte. — Trois étant le
nombre créateur par excellence, son carré représente,
d’une manière générale, la création multipliée, c’est-à-
dire l’universalité des êtres et des choses, la somme der
nière de toutes les individualités, de toutes les unités

(1) Odyssée, L, 19.


(2) T. II, p. 44 /.
(3) Cf. G. DE Lafont : Le Mazdéisme et l'Avesta, Paris,
1897, p. 270-302.
(4) Cf. par exemple Virgile : Bucol., VIII ; Shakes
peare : Macbeth, I-III.
analytiques. — C'est bien selon ce sens du Novénaire
que les anciens Perses disaient que 999.999 Fravashis
(ou Ferouërs) gardaient, dans la mer de Kançula semence
de Zoroastre de laquelle devaient naître les prophètes.
Or il est évident que la somme de tout ce qui est,
de tout ce qui fut et de tout ce qui sera, constitue un
ensemble définitif et de l’idée d'ensemble dérive logi
quement l’idée de solidarité. — Dans la langue hébraïque
le mot qui signifie neuf provient d’une racine dont le
sens est : cimentation, union réciproque et amour ;
dans les mots composés, il a le sens de : paix, salut,
perfection.
Fa racine 3 représentant d’une certaine façon l’ordre
et l’harmonie, il est évident que le carré comporte
nécessairement le même caractère : la solidarité s’unit
à l’harmonie. Ici, ce n’est pas seulement la solidarité
réalisée entre un individu et ses semblables ; c’est la
solidarité universelle de toutes les individualités de
tous les temps dans l’accomplissement des destinées
cosmiques. — C’est le mécanisme infiniment complexe
qui relie toutes choses entre elles et produit la totalité
des circonstances particulières. Le Novénaire exprime
l’infinie multiplicité de tous les cas particuliers. — De
plus, sa qualité de nombre impair lui ajoute le sens
d'action, de passage, et ceci nous amène à l’interpréta
tion de solidarité cosmique en action.
Par ces termes, nous pouvons comprendre les actions
et les réactions illimitées et indéfinies de tous les êtres
et de toutes les choses entre eux, aussi bien des soleils
que des atomes, des créatures infimes et rudimentaires
que des plus grands esprits. -— En effet, si, dans l’Octo-
naire, le Nirvanéen peut cesser d’être affecté par les
contingences physiques et « les liens des œuvres », il
n’en est pas moins en rapports de solidarité avec les
2JQ LE SYMBOLISME DES NOMBRES

•êtres qui lui sont supérieurs — en particulier les Logoi


dans l’aura desquels il gravite — et ceux-ci sont en
rapport avec leurs créatures, ce qui rétablit la chaîne. —
C'est cette solidarité suprême de toutes les parties de
TUnivers dans le jeu de leurs manifestations que repré
sente le Novénaire.
A la vérité, cette solidarité cosmique en action est
en soi une notion de haute métaphysique qui dépasse
de beaucoup ce que nous pouvons saisir directement, et
nous ne pouvons nous y élever qu’à la suite d’un tra
vail mental assez compliqué, partant assez contesta
ble. — La difficulté de conception est ici plus grande
encore que pour l’Octonaire, et pour cette raison nous
ne verrons la solidarité cosmique pleinement comprise
que par une élite. Elle revêtira deux aspects, dont l’un,
matérialiste et en tout cas d’ordre physique, sera le
plus généralement compris, encore que par des spécia
lités ; l’autre, de la plus haute portée spirituelle, restera
plus ou moins voilé pour l’ésotérisme occidental.
Au point de vue matérialiste, le Novénaire se
rapporte à ce a grand agent magique universel » que
les occultistes ont été, de tout temps, obligés d’admettre.
Il serait non la figuration d’une idée hypothétique, mais
le véhicule réel et objectif de la puissance active du
Logos, le grand fluide universel servant de champ à
l’impulsion de Fohat et s’étendant bien au delà des
univers physiques qu’il enveloppe comme une atmos
phère. C’est en quelque sorte ce chaos impondérable que
les Indiens appelent Mulaprakriti, la matière vierge. —
Il semble bien qu’il doive être interprété comme ce milieu
homogène décrit par Sir Oliver Lodge sous le nom
d’Ether, mais que les Théosophes appellent Koïlon (i)
(i) Cl. Annie Besant et Ch. Leadbeater : La Chimie
occulte, .Paris, 1920.
afin de le distinguer des états éthériques de la matière
du plan physique (états de dissociation supérieure à
celle de l’état gazeux mais toujours matérielle). — Cet
Ether ou Koïlon serait un milieu d’une densité extrême,
dans lequel les atomes, ou mieux leurs parties constituan
tes, seraient comparables à des bulles d'air dans l’eau,
bulles de vide maintenues béantes par le « Souffle »
ou l’Esprit du Logos. — C’est en lui que seraient créées
toutes choses, c’est en lui que se formerait la matière
de tous les plans de l’Univers, y compris les « tattwas »
les plus subtils, les véhicules propres de la monade et du
Logos. — C’est en lui que se résoudraient toutes choses
quand le «souffle» se retire dansl’ris^tV et qu’il vient à
combler « les trous creusés par Fohat ». C’est la force forte
de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et péné
trera toute chose solide (1). C’est le chaos originel et termi
nal, la source et la fin de toutes les manifestations et, par
conséquent, le lien de tout. — C’est le milieu de propa
gation de toutes les vibrations cosmiques, celui qui per
met leurs combinaisons, leurs résonances, leurs actions
et réactions réciproques, c’est-à-dire, en somme, tous les
aspects de l’univers vivant. « L’Ether,'dit Wurtz, est
l'intermédiaire entre toutes les parties de l’Univers.
Messager rayonnant, il reçoit et nous transmet, sous
forme de chaleur et de lumière, les radiations, c’est-à-
dire les vibrations que lui impriment le Soleil et les
étoiles les plus lointaines, et renvoie dans l’espace celles
qui proviennent de notre monde solaire (2). » Par lui
s'affectent réciproquement les chocs du plan physique,
les tourbillons émotifs du plan astral, les images du
.mental, les élans bouddhiques, les illuminations atmiques

(1) Table d’Emeraude, neuvième proposition.


(2) WURTZ : La Théorie atomique. Paris, 1880.
et jusqu’aux pures activités du Logos ; c’est donc bien le
grand agent magique, le fluide universel.
Les Indiens l’ont représenté par un grand serpent
enroulé en cercle et se mordant la queue ; il entoure la
figure de Brahma créant le monde par son triple souffle,
ce qui répond parfaitement à l’idée de Koïlon. On
retrouve le même Serpent ouroboros dans les antiqui
tés américaines avec une signification nettement symbo
lique. C’est ainsi, par exemple, qu’il encercle la figure
d’un calendrier mexicain (1) ; c'est ainsi que deux bas-
reliefs du temple métropolitain sur le Rimac représen
tent deux serpents dont l’un se mord la queue (2). On
retrouve l’ouroboros comme un symbole familier aux
alchimistes grecs (3) servant de cadre à la formule
"Kv tô Usv (l’Univers est un), ce qui paraît confirmer
pleinement le sens de ce qu’il symbolise, le milieu univer
sel primordial, l’agent de solidarité cosmique. Les Alchi
mistes du Moyen Age ont conservé ce symbole sur tous
leurs livres, pour exprimer vraisemblablement la même
chose. — Il n’est pas sans rapports avec l’Azoth alchi
mique. Synésius dit de lui (Hymne II) : « Un souffle
circule autour de la terre et vivifie sous d’incomparables
formes toutes les parties de la substance animée. » Pa
racelse l’appelle Magnale Magnum.
Le plus souvent, dans le symbolisme hermétique,
le serpent représente l’Astral (4) ; mais l’ouroboros serait
plutôt applicable au Koïlon, sa forme circulaire, partout

(1) Cf. La Renaudière : Le Mexique, Paris, 1843.


(2) D r Girgois : L’Occulte chez les Aborigènes de l’Amérique
du Sud, Paris, 1897, p. 200.
(3) Cf. BERTHELOT et RUELLE : Collection des anciens
alchimistes grecs, Paris, 1888, 3 vol.
(4) D r R. ALLENDY : Le Serpent dans le Symbolisme her
métique, in Voile d’Isis, 1913, p. 451.
(1) Cf. Charrot : La Rose-Croix Pentagrammatique.
Voile d’Isis, août 1914, p. 499.
(2) Essai sur l’origine unique et hiéroglyphique des chiffres
et des lettres de tous les peuples' Paris, 1826, planche IV.
spirituel (Padma, Sankha, Makara, etc.) (1). En Orient,
en appelle « Temple aux neuf étages » la Doctrine Se
crète qui traite précisément de la réintégration (2). Des
Juifs en ont fait l’état angélique ; à la fusion en Dieu
qu’ils n’ont pas imaginée, ils ont substitué le voisinage im
médiat de Dieu. Ils décrivent donc neuf chœurs d’anges,
c’est-à-dire une hiérarchie d’esprits célestes comprenant
pour ainsi dire neuf grades : i° les Séraphins, anges
d’amour et de lumière ; 2° les Chérubins, anges de sagesse
et d’intelligence ; 3 0 les Trônes, anges de force et de vie ;
40 les Puissances, anges de sainteté ; 5 0 les Principautés,
anges d’éternité et de mémoire ; 6° les Dominations,
anges de liberté ; 7 0 les Vertus, anges d’humilité ; 8° les
Archanges ayant pour attribut la justice et 9 0 les Anges
simples, auxquels on attribuait l’innocence. — iîs
correspondent ainsi aux grâces spéciales de l’Esprit
selon saint Paul. —Ezéchiel leur attribue neuf espèces -

de pierres précieuses qui sont respectivement : i° le


saphir ; 2 0 l’émeraude ; 3 0 l’escarboucle ; 40 le béryl ;
5 0 l’onyx ; 6° la chrysolithe ; 7 0 le jaspe ; 8° la topaze ;
9 0 le sardoine. — Lacuria développe leurs analogies
avec les couleurs suivantes : i°
jaune, 2° bleu, 3 0 rouge,
4 0 vert, 5 0 violet, 6° orangé, 7 0 noir ou gris, 8° indigo,
90 blanc, et il les range en trois Ternaires.
Dans ce symbolisme des chœurs angéliques, la solida
rité cosmique n’apparaît qu'assez imparfaitement. Sans
doute, les anges sont chargés de veiller en sous-ordre
aux destinées du monde et peuvent prendre part, comme
l’Archange saint Michel à la lutte des forces blanches

(1) HoulT -.Dictionnary of some iheosophical terms, London,


1910, p. 86.
(2) H.-P. Elavatsky : Isis dévoilée, t. IV, Pcris, 1921,
p. 61.
contre les forces noires, mais leur situation est envisagée
comme un état définitif et permanent. — Certains
mystiques ont bien envisagé l'état angélique comme un
degré accessible à l’évolution humaine, et GiCHTELdit
positivement que« dans la neuvième Forme, l’âme devient
un ange de Dieu qui habite le ciel et peut s’entretenir
avec Dieu (i) », mais ils ne vont guère plus loin.
Cependant, ce n’est là qu’une vue imparfaite. — Au
point de vue arithmosophique, 9, en sa qualité de nombre
impair, marque un passage entre la béatitude octonaire
à laquelle il fait suite et l'unité réintégrée dénaire vers
laquelle il tend. — L’unité impliquant l’homogénéité,
ce passage nécessite la perte de l’individualité, ou du
moins la superposition d’une individualité synthétique
aux individualités particulières composantes. — Dans le
microcosme, ce fait nous apparaît sous la forme de l’indi
vidualisation et de l’unité de conscience d’un être formé
d’un grand nombre de cellules vivantes (individualités
physiologiques primordiales). Par quelle opération mys
térieuse se réalise cette unification ? Est-ce l’influx ner
veux qui assure cette solidarité effective? Est-ce, chez les
êtres qui en sont dépourvus, un fluide éthérique, une
forme astrale, une image mentale ? Nous retrouvons
ici les effets de cet agent magique universel chargé de
réaliser la solidarité des parties jusqu’à en constituer
un tout. — Dans le macrocosme,les êtres individualisés,
qui sont des unités relatives, doivent, tôt ou tard, se fu
sionner dans le sein du Logos qui est une unité d’ordre
supérieur. — Tandis que l'Octonaire est tout entier
composé selon la dualité et conserve la conscience per
sonnelle comme un vestige de non-être, le Novénaire

(1) Cf. GiCHTEL : Theosophia practica (1696), édit. Paris,


1898, p. 24.
indique l’acte d’unification totale. — Le nombre 3
étant regardé comme l’agent d’union et d’harmonie
dans le Logos, le Novénaire sera logiquement l’agent
d’union et d’harmonie dans le Cosmos. — Mais quel
sera dans le Macrocosme le mobile de cette fusion ?
Selon Lacuria, 3 étant le premier retour à l’unité, qui
s’opère par l’amour, le 9 sera essentiellement « ce nombre
d’amour et de béatitude », c’est-à-dire « la sainteté
dans son rapport avec l’unité à laquelle elle ramène
l’être tout entier ». Le mobile de la réintégration en
l’Unité sera précisément l’œuvre d’amour et l’acte pure
ment désintéressé de la rédemption : le grand sacrifice
messianique que les Chrétiens vénèrent en Jésus est,
en réalité, le but proposé à tous les êtres qui ont atteint
le degré d’élévation nécessaire. — Nous retrouvons
ici la signification profonde du Novénaire, car Jésus,
crucifié à la troisième heure (mise en œuvre), commença
son agonie à la sixième (Karma), alors que les ténèbres
se mirent à couvrir la terre, et il expira à la neuvième ;
tout fut alors consommé, la rédemption accomplie et
par elle la réintégration définitive de l’Homme Divin
en l’Éternel absolu. — Notons également qu’après sa
résurrection le Christ apparut neuf fois aux disciples et
aux apôtres.
Alors que beaucoup de religions ignorent l’acte de
rédemption cette suprême solidarité cosmique, le Chris
tianisme plus avancé ne connaît pourtant qu’un Rédemp
teur. — Cependant ses saints illuminés,dans leur compré
hension du transfert mystique, et dans leur désir de
souffrances expiatoires, ont donné une leçon d’amour
aux célestes bienheureux et aux esprits angéliques.
L’Inde a connu la rédemption avant l’Occident et,
dans le Brahmanisme, Vichnou s’incarne en neuf
avatars pour sc sacrifier au salut des hommes ; mais
c’est au Bouddhisme que revient le mérite d’avoir mer
veilleusement éclairé cette, notion de rédemption et
d’avoir proposé comme terme de toute évolution indi
viduelle cette sublime œuvre messianique.
Le Bouddhisme a ainsi précisé comment s’opère la
réintégration divine. — Il a considéré que l’acquisition
du Nirvana ne doit pas être le terme final de l’évolution
humaine, mais que le Nirvanéen, par un acte d’immense
charité et de solidarité pure avec la masse des créatures
souffrarftes, doit accepter de renoncer à sa béatitude
pour se consacrer à l'évolution et au salut des êtres
malheureux et arriérés ; il ne peut accepter d’être sauvé
pour entendre gémir le monde entier, et cet acte de rédemp
tion volontaire fait de lui un bouddha de compassion,
un Boddhisattwa.
« N’emploiera-t-il pas pour son propre repos et sa

t béatitude les dons de sa grande récompense, sa richesse


« et sa gloire bien
gagnée,
— lui, le victorieux de la
«
grande illusion ?
« — Non,
candidat au savoir caché de la nature !
«
Si l’on veut suivre les traces du saint Tathagatha,
« ces dons et pouvoirs ne sont pas pour soi.

«
—Voudrais-tu endiguer les eaux nées sur le Sou-
« mérou ? Voudras-tu détourner le courant pour l’amour

« de
toi-même ou le renvoyer à sa source première, le
«
long de la crête des cycles ?
<(— Si tu veux que ce cours de connaissance,durement
«
gagnée, de sagesse née du ciel, reste une eau douce
« et courante,
il ne faut pas le laisser devenir un marais
« stagnant.
« — Sache-lesi d’AMiTHABA, l’Age sans bornes,
:

« tu veux devenir le
coopérateur, alors tu dois verser la
« lumière acquise comme font les
Boddhisattwasjumeaux
« sur toute
l’étendue des trois mondes.
« — Sache que le courant de connaissance surhumaine
« et de sagesse-déva que tu as gagné doit, de toi-même,
«
canal d'Alaya, être versé dans un autre lit.
«—Sache, ô Narjol du sentier secret, que ses eaux pures
« et fraîches doivent être employées à rendre plus douces
«
les vagues amères de l'océan — cette puissante mer de
«
douleur formée des larmes des hommes. »
Ainsi nous trouvons dans La Voix du Silence (1)
le sens le plus élevé de la solidarité novénaire, la suprême
compassion et l'œuvre de rédemption qui va noyer l’indi
vidualité dans l'absolu, Amithaba (Parabrahm). — Le
nombre 9 nous révèle ici son acception ultime : la
perte de la personnalité par l’amour universel.
Claude de Saint-Martin voyait en lui «l'anéantis
sement de tout corps et de la vertu de tout corps »
{individualité). Les Francs-Maçons en ont fait le nombre
étemel de l’immortalité humaine et neuf maîtres retrou
vèrent le corps et le tombeau d’HiRAM.

(x) H.-P. Bi.AVATSKY : La Voix du silence^, 3 e édit., Paris,


p. 69-70.
CHAPITRE X

LE DÉNAIRE

L’ui-ité réalisée ; l’unité synthétique ;


l'être collectif ; l’univers ; les aspects divins.

« Celui qui connaît la vertu du nombre Dix


et la nature du premier nombre sphérique
[qui est cinaj, aura le secret des cinquante
portes d’intelligence, du grand jubilé, de la
millième génération et du règne de tous les
siècles. »
(Pic de la Mirandole.)

Le nombre io est le premier nombre composé (i), car


nous avons épuisé avec 9 la série des nombres simples. —
Nous disons qu’il constitue une unité d’un ordre supé
rieur : de l’ordre des dizaines. — Dans notre système de
numération écrite, 10 est représenté par l’unité suivie
d’un zéro. — O n a écrit des choses très profondes sur le
zéro ; nous ne l’envisageons que comme un signe d’écri
ture qui sert d’exposant pour les unités d’ordre complexe.
Un tel signe, placé à la droite d’un chiffre, indique que
ce chiffre représente des dizaines ; s’il y en a deux, le
chiffre désigne des centaines, etc. — Autant vaudrait,
au lieu d’un ou de deux zéros, écrire en toutes lettres

(1) Cf. J. Meursius : Denarius Pyihagoricus. Lugduni,


1631, in-4; G. UNCIACUS : Numeralium locorum decas...
Lugduni, 1584, in-12.
«
dizaines » ou a centaines ». — Les Romains employaient
un X et les Chaldéens un crochet (<). Les Arabes rem
placent le zéro par un point. Les peuples qui se servent
de nos chiffres ont pris l’habitude — bien que le zéro
soit essentiellement un signe exposant et doive toujours
accompagner un chiffre indicateur — d’employer ce
symbole isolément et ils lui ont, dans ce cas, attribué la
signification de néant ou de nullité ; c’est une convention
purement fortuite qui n’existe que dans notre système de
chiffres sanscrits ou arabes. Dans le zéro qui sert à
composer le nombre 10, il n’entre absolument rien de
cette signification accidentelle et arbitraire. — Mainte
nant, si nous voulons avoir la curiosité d’expliquer cette
particularité, nous en trouvons la raison dans l’emploi
du zéro pour les unités inférieures ; quand nous écri
vons, par exemple,trois dixièmes'. 0,3, le zéro qui précède
le 3 indique que ce dernier chiffre désigne des unités de
l’ordre des dixièmes — et rien de plus. On s’est peu à
peu habitué à considérer qu’il signifie : « absence d’unité
simple » et à en faire le signe de la négation ; c’est, au
point de vue purement théorique, un vice d'interpréta
tion. — Il ne faut pas lire 0, 3 « absence d’unité simple,
présence de trois unités de l’ordre des dizaines »; mais
simplement « trois parties d’un tout divisé en dix», et
on pourrait tout aussi bien se passer du zéro, en écrivant,
par exemple, en toutes lettres, « 3 dixièmes ».
La répartition des quantités objectives en hiérarchies
d’unités (unités simples, dizaines, centaines, etc.),
ne constitue qu’un artifice pratique et n’est, pour ainsi
dire, qu’un paquetage intellectuel destiné à faciliter
notre compréhension. — Nous n’arriverions pas, sans
cet artifice, à concevoir assez clairement un nombre
un peu grand. — Par exemple, les épis de blé dans un
chc. mp ne peuvent être pratiquement nombrés que si on
les répartit en gerbes, les gerbes en charretées, etc. — On
peut faire les gerbes plus ou moins grosses, les charretées
plus ou moins lourdes, sans rien changer au nombre
total des épis. — De même, le choix d’une unité supé
rieure à l’unité simple est une pure convention et rien
n’empêcherait, au point de vue purement arithmétique,
de prendre un autre nombre, par exemple 5, et de
compter ainsi : « Un, deux, trois, quatre, cinq, cinq-un,
cinq-deux, cinq-trois, cinq-quatre, deux cinq, deux cinq-
un, deux cinq-deux, etc., etc. ». tylais, par une coïncidence
véritablement merveilleuse, tous les peuples, à toutes les
époques, ont choisi le nombre 10 comme unité supé
rieure, dans leur numération parlée et écrite.
La numération graphique la plus ancienne des Chinois
comportait neuf chiffres comme la nôtre, plus le zéro
circulaire également. — De ces neuf chiffres, les cinq
premiers étaient constitués par des traits répartis en
groupes parallèlement, de 1 à 5 ; les quatre derniers
étaient formés respectivement de : un, deux, trois et
quatre traits branchés perpendiculairement sur un
autre (1). — Ici le dénaire est un double quinaire.
De système décimal apparaît dès les origines les plus
reculées de la race aryenne (2). Les peuples de l’anti

quité classique suivirent cet exemple. Les Egyptiens
s’en servaient presque exclusivement (3). Les signes
hiéroglyphiques de numération consistent en barres
verticales réparties en groupes de 1 à 9 pour les neuf
premiers nombres, les dizaines étant représentéespar des
1

(1) Cf. Libri : Hist. des Sc. mathématiques en Italie, Paris,


1838, I, p. 202.
(2) Article Dix in grand Dict. Larousse et H.-P. BlavàTSKY,
III,
Isis dévoilée, Paris, 1920, t. p. 4O4.
(3) Max Muller : Essai sur la Mythologie comparée,
trad. G. PIERROT, Paris, 1874, P* 64-67.
espèces d’arceaux, les centaines par des crosses, etc. (1).
De même chez les Chaldéens. Dans leur numération
écrite, ces derniers désignaient l’unité simple par un
trait cunéiforme vertical ; ils les groupaient, jusqu’à
concurrence de neuf, pour figurer les nombres simples.
A partir de 10, ils employaient un signe nouveau, le
crochet ; la centaine était désignée par un trait
vertical accoté à un trait horizontal ; mille s’écrivait

!-
au moyen d’un crochet suivi du signe des centaines et
signifiait proprement dix fois cent (2).

< <f—
10 100 1000
Fig. XXXVI. — Chiffres
chaldéens.
r
Des Grecs se servirent de lettres en guise de chiffres ;
le procédé date du IV e siècle av. J.-C. Des neuf premières
lettres avec le Digawma représentent les nombres
simples ; les neuf lettres suivantes, y compris le Koppa,
marquent les dizaines, et les neuf dernières, y compris
le Sampi, marquent les centaines. Ceci indique manifes
tement que leur numération était à base décimale. —
Même chose chez les Datins où l’X désigne les dizaines,
le C les centaines et l’M les mille ; même chose encore
dans les vieilles langues slaves. — Des peuples sémitiques,
de leur côté, suivirent l’exemple des Chaldéens. Chez
les Hébreux, dès l’époque des Machabées, on trouve les

(1) Champoluon-Figeac : L’Egypte ancienne, Paris, 1839,


p. 229. Cf. enc. Pihan : Exposé des signes de numération
usités chez tous les peuples orientaux, Paris, 1860, in-8.
(2) P. Denormand : Etudes accadiennes, Paris, 1873,
t. III, p. 225-226.
lettres employées comme chiffres, particulièrement pour
indiquer les années sur les monnaies, et ces chiffres sont
classés suivant la base décimale,comme chez les Grecs (1).
Les Indiens ont inventé un système de dix chiffres dont
le nôtre est une adaptation transmise par les Arabes.
Ce n'est pas, à proprement parler,une innovation, car,
en Extrême-Orient, il n’y a encore aujourd’hui que
dix signes numériques — et la numération parlée indique
également un système décimal. Par exemple, les Chinois
comptent ainsi : Ea 1, Ni 2, Sé 3, Sse 4, Ng’ 5, Lo 6,
Tié 7, Pa 8, Tiou 9, Zse 10, Zse-Ea 11, Zse-Ni 12...
Ni-Zse 20, etc. Les Tonkinois comptent : Mot 1,
Haï 2, Ba 3, Bon 4, Nan 5, Saol 6, Baï 6, Tan 8, Tin 9,
Moi 10, Moï-mot 11, Moï-haï 12... Haï-moi 20,etc., etc.
Les Siamois comptent : Neng 1, Song 2, Sanm 3, SU 4,
Slah 5, Honc 6, Ket 7, Pect 8, Cauk 9, Sib 10, Sibet 11,
Sib-song 12,... Tgû-sib 20, Sax-sib 30, etc.
Les Japonais comptent : Itchi 1, Ni 2, San 3, Chi 4,
Go 5, Roku 6, Chichi 7, Hatchi 8, Kou 9, J ou 10, Jou-
itchi 11, Jou-no 12... etc.
Les dialectes africains suivent le même principe.
En Bombara, dix termes différents désignent les dix
premiers nombres : Quélé 1, Foula 2,Saba 3, Nam 4,
Dourou 5, Woro 6, Woro-oula 7, Ségui 8, Konanto 9,
Tan 10 ; 11 se dit « dix et un », 12 « dix et deux» (Tan
ni quélé, Tan ni foula, etc.j.— De même en Baoulé :
Nkou 1, Nio 2, Dzan 3, Na, 4, Nou 5, En’ zié 6, Nzo 7,
Moqué 8, N’gora 9, Bourou 10, Bourou N’kou 11, Bourou-
nio 12, etc., etc. Les Woloffs, malgré l’aspect quinaire
(ou semi-dénaire) de leur système, possèdent, comme nous
l’avons vu à propos du nombre 5, un terme spécial pour

(1) Ecichel : De docir. num.veter., t. III, p. 468, et Calve-


doni, Numismatica biblic., Modène, 1850, p. 19*
la dizaine (Fouk). — Onze se dit « dix et un » (Fouk-
benn) et vingt « deux fois dix » (Niaré-fouk). — Il en
est de même chez les Toucouleurs (Sapo) et chez les
Cambodgiens (Tondap).
Cette façon de compter semble, par sa généralité,
remonter aux origines les plus lointaines de l’humanité ;
si les dialectes africains ne permettent pas d’en inférer à
la civilisation lémurienne, du moins paraît-il certain
que les Atlantes comptaient par dix, car les Indiens
d’Amérique, leurs lointains descendants, ont conservé
cet usage. Par exemple, les Araucariens, qui habitent
le centre de l’Argentine, comptent ainsi : Quine 1, Epu
2, Cia 3, Meli 4, Quichu 5, Cayu 6, Colghi 7, Pura 8,
Aylla 9, Mari 10, Mari-quine 11, Mari-repu 12, Epu-mari
20, etc. — Si l’on remonte dans leur tradition on trouve
ce fait curieux que la décade servait d’unité composée
non seulement dans la numération, mais encore dans
l’administration politique. — Ainsi, chez les Péruviens
du temps d’iNTi-KAPAK qu’on situe entre le xxxn e et
le xv e siècle avant J.-C., chaque groupe de cent personnes
était commandé par un centurion ou Pachaka, cent
Pachakas par un Hurango et cent Hurangos par un
Hunno (1).
Chez les Chinois, le caractère Ky,qui signifie compter,
supputer (2), se compose de la clef des paroles et du
symbole de dix.
Le système décimal semble donc absolumentuniversel,
du moins pour ce qui est de la numération parlée et
écrite. Aristote mentionne une exception chez un ancien
peuple de Thrace. — Quelque curieux que soient les
rapprochements sur lesquels s’appuie la thèse de Mariage
(1) Cf. D r GiRCOiS : L'Occulte chez les Aborigènes de l'Amé
rique du Sud, Paris, 1897.
(2) Dictionn. de Deguignes, n° 9943.
ilne semble pas admissible que le système octaval ait
prévalu à l’origine de toutes les civilisations, car rien
n’expliquerait le changement universel qui se serait
produit postérieurement en faveur du système décimal.
On a prétendu que l’ancienne langue des Gaulois possé
dait un système à base vingt dont il resterait des traces
dans les expressions françaises archaïques des six-vingt,
quinze-vingt, et le moderne quatre-vingt, et il est permis de
supposer que ce système aurait son origine dans le
nombre total des doigts des mains et des pieds ; on en
trouve quelques traces chez' les Irlandais, les Ecossais,
les Géorgiens, les anciens Parsis (dans le Pehlvy) et
peut-être aussi en Amérique chez les Muyscas, les Gua
ranis et les Mexicains (i).
Dans l’ancien Mexique, le nombre io était repré
senté par deux cercles concentriques ou deux carrés
concentriques ; le nombre 20 par un signe en forme de
drapeau, et la centaine par cinq signes de 20 (2). Chez
les Mayas, le système de numération écrite procède par
5 et par 20. Les nombres 1, 2, 3, 4, sont repré
sentés par un, deux, trois, quatre points en série
linéaire horizontale ; 5 par un trait horizontal, 10 par
deux traits, 15 par trois traits, etc. (3); mais partout
nous voyons, sous ces variations graphiques, le sys
tème décimal se dessiner assez nettement. Ainsi, dans
le fameux quipus, les anciens Péruviens représentaient
par un nœud à boucle simple les unités, par un nœud
à double boucle les dizaines, par un nœud à triple
boucle les centaines, .par un nœud à quadruple boucle

(1) De HüMBOLDÏ : Monum. mexicains, t. II, p. 231-237.


(2) Léon DE Rosny : L’Atlantide historique, Paris, 1901,
t. I,p. 43-
(3) Mém. du Congr. Internat, des Américanistes, i re série.
Nancy, 1875, t. II, p. 43g et suiv.
LE DÉNAIRE 287

les mille, etc. (1). En Chine, il y a également un carac


tère spécial pour le nombre 20, nien ou jy (2).
Cependant ces particularités n’arrivent jamais à rem
placer le système décimal ; et même si l’existence
d’un système à base 20 était jamais prouvée, il
serait encore tout à fait remarquable que cette excep
tion soit un double dénaire. Le fait que le nombre 10
ait été choisi par tous les peuples pour désigner la pre
mière unité composée a été expliqué par le nombre des
doigts (les hommes peu instruits ne pouvant s’en passer
pour compter) ; mais il serait possible, sans doute, d’y
trouver une raison plus métaphysique — comme nous
le verrons par la suite.
Quoi qu’il en soit, c’est un fait que la dizaine constitue,
dans l’esprit de l’homme, la première unité composée, et
il s’ensuit tout naturellement que ce nombre doit sym
boliser un tout composé de parties diverses, mais assez
unifié pour avoir toutes les qualités que nous avons
reconnues à l’unité simple.

Cependant il convient de faire une distinction entre
l’unité synthétique exprimée par le nombre 1 et l’unité
composée dénaire.Toutes deux peuvent servir à désigner
des composés prenant une individualité spéciale : la
molécule organique formée d’atomes,la cellule vivante
formée de molécules, l’organisme formé de cellules,
etc. Chacune de ces unités synthétiques ou composées est
une unité relative, ou singularité, ne comprenant qu’une
partie des sous-unités qui existent dans le monde et
se trouvant elle-même comprise dâns un tout d’un ordre

(1)Raimondo di Sangro : Lettera apologetica, p. 192-193,


«t L. de Rosny, loc. cit.,jp. 112.
(2) De Paravey : Essai sur l’orig. des ctiiffres et des
lettres, Paris, 1826, p. 65.
encore supérieur; mais la différence entre elles corres
pond au fait que l’unité simple est un nombre impair et
l'unité dénaire un nombre pair. — Ceci signifie qu’une
unité synthétique, considérée comme i, représente un
point de départ, un agent dynamique, tandis. que, con
sidérée comme io, elle représente un point d’aboutisse
ment, un état statique et exprime plutôt l’équilibre
réalisé dans l'unité. Ce sont les deux aspects d’une
même chose. Le Dénaire se confond avec l’Unité
comme la 24 e heure se confond avecl’heureosurle cadran,
selon qu’on la considère comme un point de départ ou
un point d’arrivée. — L'unité exprime donc l’aspect
de cause et le Dénaire celui d’effet, de produit.
Par exemple, un atome, considéré en tant qu’agent
chimique, se présente comme une unité (unité synthé
tique et relative), puisqu’il est formé de constituants plus
simples ; considéré dans ses propriétés intimes, comme
un produit, il prend le caractère dénaire. — Et ceci
ne serait pas une simple vue de l’esprit, puisque l’atome
physique ultime, tel qu’il a été décrit par clairvoyance,est
constitué par la réunion organisée d’un nombre prodi
gieux de bulles (environ 14.000 millions) réparties sur dix
spires dont trois, plus fines, sont en relation avec les
Logoi solaires et sept plus grosses en relation avec les
Logoi planétaires (1).
Il en serait de même pour le système solaire dont
l’afome n’est qu’une réduction en miniature, et la Théo-
sophie enseigne que le Logos solaire préside à dix dépar
tements, « car, bien que fondé sur la base septénaire,
il assure l’évolution de dix départements, le Dix étant,

(1) A. Besant et Leadbeater : La Chimie occulte, Paris,.


1920, p. 149.
en conséquence, dénommé par les mystiques le nombre
parfait (1) ».
Ainsi, 10 est le nombre de l’unité synthétique consi
dérée, non comme agent, mais comme patient. En
réalité, cette unité synthétique procède d’une organisa
tion solidaire (le Novénaire), différente du principe mona-
dique (Unité), et c’est ainsi sans doute qu’il faut entendre
ces vers du Faust de Goethe :

Si neuf est un
Dix n’est aucun
Voilà tout le mystère.
Dix est le nombre de l’individu en soi.
Nous avons vu, à propos du Quinaire, qu’il existe en
logique cinq prédicables ou universels pour déterminer
un être ou un objet par rapport à l’universalité des
autres êtres ou des autres objets ; mais, quand il s’agit
de déterminer quelqu’un ou quelque chose en soi, nous
avons,pour le situer, dix points de vue possibles qu’Aris
tote définit en insistant sur leur nombre dénaire et que
la philosophie scholastique appelle prédicaments en caté
goriques. — Duns Scott, le capucin philosophe (1273-
1308), les énumère et les définit ainsi (2) : i° la substance,
ce qui subsiste par soi et ne peut être dans un autre ;
2° la quantité, ce par quoi la chose est formellement
étendue, c’est-à-dire possède des portions distinctes
les uns des autres ; la quantité a pour propriété la
divisibilité ; 3 0 la qualité, qui est une forme accidentelle
et absolue par laquelle les choses sont dénommées telles ;
40 la relation, accident réel dont tout l’être consiste
naturellement à rapporter une chose à une autre comme

(1) Cf. A. Besant et Leadbeater : L'Homme, d’où il


il
vient; bù va, Paris, 1917, p. 4.
(2) Philosophia Scoti par F.-S. Boyvin, Paris, i68i,in-i6.
à son terme (diffère donc de la causalité) ; 5 0 Y action,
relation venant extérieurement de l’agent dans le
patient ; 6° la passion, relation extrinsèque venant du
patient à l'agent ; 7 0 le lieu, relation venant de l’extérieur
du corps contenu au corps contenant ; 8° le temps,
relation survenant extérieurement du temps à la chose
temporelle (défini par Aristote : mensura motus per
prius et postcrius);, 9 0 la position, relation extrinsèque
du corps aux parties du lieu, résultant de la disposition
des parties du corps ; io° l'habit ou le contour, relation
extrinsèque de ce qui entoure au corps, résultant du
contact, — Par exemple, on peut dire de Pierre qu’il
est un homme (substance), grand (quantité) et savant
(qualité) ; qu’il est père (relation) ; qu’il peint (action) ;
qu’il est frappé (passion) ; qu’il est au jardin (lieu) ;
qu'il est vivant cette année (temps) ; qu’il est
assis (position) et qu’il est vêtu d'une toge (habit).
Ces dix prédicaments sont les seuls points de vue possi
bles pour envisager un être en soi, c'est-à-dire sans le
comparer aux autres êtres. — Ockam (i) met ceci en
lumière d’après le nombre de questions qui peuvent être
posées sur tout être particulier et qui représentent en
quelque sorte toutes les modalités de l’être considéré en
soi.
En collaboration avec un trappiste, que les hasards
de la guerre nous avaient donné pour camarade sous
un fort de Verdun, nous avons élaboré le schéma sui
vant (Fig. 37) sur lequel peuvent être répartis les dix
prédicaments.
Le cercle central. 1 représente la substance, ce qui
subsiste par soi et ne peut être dans un autre ; le cercle

(i) Ockam : Tractat. Logices, première partie, chap. XLI,


Barisiis,, 14^8, in-fol*
292 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

extérieur représente tout ce qui n’est pas l’être, c’est-


à-dire le monde extérieur. — Sur le cercle central
sont figurés trois aspects de la substance. — A représente
l’aspect actif, ou, en termes scholastiques, la Forme ;
B représente l’aspect passif ou, en termes scholastiques,
la Matière ; C représente l'aspect statique, ou l’existence.
La forme est « ce par quoi la chose est ce qu’elle est »
(id quo ens est id quod est) ; la matière est « ce de quoi
la chose est ce qu’elle est » (id a quo ens est id quod est).

Ces deux principes, purement immatériels, correspon
dent respectivement au Soufre et au Mercure des Alchi
mistes, tandis que l’existence correspondrait au Sel.
Les trois aspects de la substance peuvent présenter
des relations entre eux et avec le monde extérieur.
I. — Relations intérieures : i° la substance, en tant
que formelle, affecte l’existence d’une qualité (arc 2).
De l’activité résulte, pour l’existence, la qualité, et inver
sement, l’existence qui empreint l’activité produit la
qualité.
2° De l’existence résulte, au point de vue matériel,
la. quantité (arc 3), et inversement, la quantité résulte de
de ce que la matière empreint l’existence.
3 0 De la passivité résulte, au point de vue formel, la
position (arc 4). La position résulte de ce que la forme
(aspect actif) ordonne les parties de la matière (aspect
passif).
En résumé, l’être, en tant qu’actif, crée la position
dans sa passivité. En tant que passif, il introduit la quan
tité dans son existence (neutralité). En tant que neutre,
il introduit la qualité dans son activité.
II. — Relations extérieures : i° L’être, en tant qu’actif,
exerce sur le monde une action (arc 9). Le monde exté
rieur réagit sur l’existence du corps par le temps (arc 6).
Le temps, en effet, n’est que la mesure du mouvement
par les modifications du monde extérieur ; il n’existe plus
en dehors du monde matériel (sur le plan spirituel,
mental, ou sur le plan astral de la voyance). C’est dans
ce sens que l’idéogramme chinois qui désigne le temps
représente l’étendue passant sur l’homme.
2° En tant que neutre ou exis
tant, l’être agit sur les êtres exté
rieurs par le lieu qu’il occupe
(arc 5) ; le monde extérieur réagit
sur l’être, en tant que matériel,
par l’habit ou le contour (contact
immédiat) (arc 8).
3° En tant que matériel, l’être
agit sur le monde extérieur par la
passion (arc 10) Ea passion est la
.
capacité à recevoir l’impression
du monde extérieur ; la passion
est dans l’être ; c’est lui qui
agit et l’aptitude à pâtir est
active. Ce monde extérieur réagit sur l’être en tant
qu’actif par la relation (rapport entre l’activité de l’être
et celle du monde extérieur) (arc y). — Dans son Ars
Brevis, Raymond Eulle remplace les dix prédicaments
par les dix questions suivantes : i° est-il ? 2 0 qu’est-il ?
3 0 de qui est-il ? 4 0 pourquoi est-il ? 5 0 de quelle gran
deur est-il ? 6° quel est-il ? 7 0 quand est-il ? 8° où est-il ?
9 0 comment est-il ? io° avec quoi est-il ? (1)
Ainsi les divers aspects de l’unité individuelle, prise
en soi, constituent un système dénaire. — Pour cette
raison, certains astrologues ont cherché à réduire à
dix le nombre des maisons de l’horoscope (2), celles-ci
(1) Raymond EullE : Ars Brevis, trad. française, Paris,
1901, p. 30.
(2) H. Sel va : Domification, Paris, 1917.
(1) ÉUE Ai/Ta : Cosmogonie humaine. Vichy)* 1917.
(2) Gichtei, : Theosophia practica (1696) : édit. Paris, 1898*
p. 26.
(1) Table d'Emeraude, dixième proposition.
le Dénaire prend la signification de V Univers au sens
le plus large du mot. Eckartshausen Y appelle Numerus
universalis : « Il exprime, dit-il, le nombre de la nature
ou la proportion de rUnité au sensuel, de l’esprit à la
matière, du centre à la périphérie. »
Analysé comme 3 + 7, il représente, d’une certaine
façon,la Trinité se reposant après la création, et il est le
nombre de l’univers au repos. Saint Augustin dit qu’il
contient la connaissance de Dieu et de la création, parce
qu’il est l’addition de la Trinité au Septénaire (qu’il
interprète comme la création) (1). Il est la science de
l’Univers. Comme 6 +4, il est la synthèse de la double
loi naturelle et karmique. Envisagé comme produit
5 X 2, il est le terme le plus opposé à l’individualisme
étroit de la créature incarnée et il conserve sa signification
macrocosmique. D’après l’auteur des Philosophumena (2),
10 est le nombre le plus parfait, parce qu’il constitue
le total des quatre premiers nombres 1 -f- 2 -f- 3 + 4,
:

parmi lesquels 1 et 3 sont mâles, 2 et 4 sont femelles.


Le Dénaire peut encore être décomposé de manières
plus ou moins complexes à l’analyse mais nous devons
;

mentionner, avec le premier nombre composé, le pro


cédé d’analyse dit de l’addition théosophique (somme des
chiffres composants dansle système de notation décimale).
Ici, le zéro est un exposant sans valeur propre, et cette
addition nous ramène purement et simplement à l’unité ;
ceci confirme le sens arithmosophique du Dénaire indiqué
par tous :s auteurs et sur lequel les Pères de l’Église
1

ont particulièrement insisté (3).


Dix étant l’unité synthétique en soi, sa plus haute
(1) De doctr. Christ., il-x6.
(2) Philosophumena, lv-7.
(3) Cf. S. Ambroise : De mans., xmi ; S. Jérome : Adv.
J ovin., 1-22; S. Augustin, Sermon xxxi.
expression, à un point de vue général, est l’Univers en
tant qu’organisme unifié, par suite de la solidarité cos
mique du Novénaire ; au point de vue métaphysique»
c’est Dieu, mais Dieu considéré comme point d’abou
tissement et de repos, car si Dieu est 1 avant la création,
il devient 10 après celle-ci. — Cette distinction se com
prend bien quand on considère l’enseignement occulte sur
l’origine et la fin dernière des êtres ; 1 est la cause
totale et absolue dont tout procède ; 10 estle produit total
et absolu auquel tout aboutit. — En réalité, ce sont les
deux aspects d’une même chose. — Dix est l’unité la plus
synthétique qui soit, non celle dont tout procède, mais
celle vers laquelle tout tend. Nous la concevons comme
la ' réintégration définitive de tous les êtres dans le
sein du Logos, après la perte de l’individualité exprimée
par le Novénaire ; c’est la réalisation de l’Unité synthé
tique absolue par l’union des unités analytiques et le
progrès qui en résulte, car, selon la parole d’un Alexandrin:
«
au-dessus de l’union, il y a l’imité 5). C’est la fusion défi
nitive en Braiima, dans le firalaya qui termine toute
création.
Actuellement, avant la réalisation de ce pralaya,
10 représente la divinité considérée comme conscience
cosmique, non pas Dieu en action, mais Dieu en soi,
et,comme tel, dix est «la limite de la conception humaine
qui compte tout par dix (1) ». La Décade pythagoricienne
exprimait, en effet, la sommç de toute connaissance
humaine. Athénagore dit que,selon les Pythagoriciens,
10 renferme toutes les raisons çt toutes les harmonies
des autres nombres (2). Aristote dit que « les idées et

(1) P. LACURIA : Les Harmonies de l'élre exprimées par les


nombres, Paris, 1899, 2 vol.
(2) Légat pro Christ., 6, t. VI, col. 902.
«
considération, nul sage n'a fait usage de ce Nombre,
«
le réservant toujours, par respect, à la Divinité (1). »
L’expression la plus classique du Dénaire divin est
donnée par les Séphiroth de la Kabbale.
Les Séphiroth sont les aspects différents que revêt
l’Absolu, l’Ancien des anciens,, En-Soph ou Aïn-Soph
(Sans fin), en se manifestant dans la création cosmique ;
ce sont, d'après le Sepher Yesirah, «les dix esprits ineffa
bles du Dieu vivant ». Ils représentent les dix modalités
possibles de l’Être par excellence,demême queles prédica- j

ments représentent les dix modalités possibles d’un être


quelconque.Leur ensemble constitue l’« arbre » symboli
que et prend le nom d’Adam-Kadmon. Ce sont : Ketlier,
ins, la Couronne, encore appelé l’Ancien des jours, la
Tête blanche, le Grand Visage, l’Orient, l’Antérieur.

C'est un principe équilibré, neutre et androgyne, « pre
mier vêtement, première splendeur, premier rayon, pre
mière émanation, premier mobile, essence des choses (2) ».
La deuxième Séphirah est Hochmah, noon, la
Sagesse, principe mâle, actif, générateur de toutes
choses ; la troisième est Binah nm, l’intelligence,
générée par Hochmah, féminine, passive.
— Ces trois
premiers Séphiroth, ou Séphiroth supérieurs, représen
tent la différenciation initiale d’En-Soph sur le plan
divin et sa réfraction en trois aspects d’une trinité.

(1) Martinez de Pasqüaeey : Traité de la Réintégration


des êtres, édit. Paris, 1899, p. 121.
(2) Cf. EckarTSHausen : Zahlenlehre des Natur., Leipzig,
1794. Cette couronne est peut-être l’expression d’une très
ancienne conception dont on trouverait un écho chez Par-
mÉnidE: « Parménide, dit Cicéron (de Natura Deoruin), s’est
imaginé quelque chose qui a la forme d’une couronne. Il
appelle 7-eçàvr, un cercle continu, brillant de lümière, qui
renferme le ciel ; il appelle ainsi Dieu. »
300 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Nous les avons rapportés, à propos du Ternaire, aux


trois personnes de la trinité chrétienne, préférant faire
correspondre Hochmali, la pensée créatrice, « ce qui
connaît », au Père ; Binah, la pensée prête aux réalisations,
« ce qui est connu» au
Fils ; et Kether, la volonté-émana-
trice, la Cause-Pensée, au Saint-Esprit. Tes sept
autres Sépliiroth, appelés Séphiroth inférieurs ou de
construction, représentent les reflets de la Trinité divine
sur les plans cosmiques sous-jacents. — Ce sont :
Hœsed “en, la Grâce, quatrième Séphirah, encore
appelée la Miséricorde, la Représentation, l’Imagi
nation et quelquefois remplacée par Gedulah, rprr:, la
grandeur ; c’est un principe actif et mâle, procédant de
Hochmali, qu’il reflète, et signifiant l’expansion de la
volonté ; puis c’est, en cinquième lieu, Geburah, nT;2i,
la Terreur, encore appelée le Choix, la Concentration
la Force, et quelquefois remplacée par Din, :vr,
la Justice ou Péchad, la Crainte, Séphirah féminine,
passive, procédant de Binah qu’elle reflète et signifiant
la concentration de la volonté, la puissance. La sixième
Séphirah est Tiphereth, mxs’r, la Beauté, l’Har
monie, principe équilibré comme Kether, qu’il reflète,
et généré par les deux précédents. — Le Zohar l’appelle
t le Roi Saint » ; il reçoit la puissance, de Kether et
Binah ; c’est l’Ame du monde. — Nous avons, à propos
du Septénaire, montré que Hœsed, Geburah et Tiphereth
forment sur le plan intellectuel, dans le monde arûpique,
un Ternaire qui est une image fidèle de la Trinité suprême :
Kether, Hochmah, Binah, et la seule chose que nous
puissions en connaître ; ils répondent directement aux
notions de Cause finale, Cause exemplaire et Cause
efficiente.

Ces deux Ternaires du plan divin et du plan intelli


gible sont complétés par un Quaternaire correspondant
au plan sensible. — Il est formé de Netzah, ni*:, le
Triomphe, « la Victoire de la vie sur la mort (1) » ; c’est
un principe mâle, dynamique comme Hochmah et
Hœsed qu’il reflète ; il exprime l’expansion génératrice
et la force active ; nous l’avons rapporté au principe
Soufre et à l’élément Feu. — La huitième Séphirah est
Hod, Tin, la Gloire, l’Éternité de l’être ; c’est un
principe féminin comme Binah et Geburah qu’il reflète ;
il exprime la concentration génératrice, la résistance ;
nous l’avons, rapporté au principe Mercure et à l’élément
Kau — La neuvième Séphirah est Yéscd, TiUJi, le
J uste fondement, la Génération ; c’est un principe neutre
et équilibré comme Kether et Tiphereth qu’il reflète ;
il symbolise le fondement du monde physique, la source
et la racine de tout ce qui est, « la Matrice du Monde » ;
nous l’avons rapporté au principe Sel et à l’élément
Air. —Enfin la dixième Séphirah est Malcuth, la
Royauté, principe équilibré et neutre, dernier reflet de
Kether, « fin de tout, loi mystérieuse », dit Eckarts-
hausen, germe du monde, agent de réalisation ; c’est
la condensation par Yesod de toutes les forces nécessaires
à la formation matérielle de l’univers ; nous l’avons
rapporté à l’élément Terre.
Les dix Séphiroth sont essentiellement les dix aspects
de Dieu en soi, les dix aspects de la concience cosmique
et, comme tels, ils correspondent aux divers Dénaires des
unités synthétiques secondaires. — C’est ainsi qu’ils
s’appliquent à l’univers créé et à l’homme micro
cosmique en particulier. Selon la Kabbale, Kéther corres
pond à la tête et au front, Hochmah au cerveau droit,
Binah au cerveau gauche, Hœsed au bras droit, Gebu
rah au bras gauche, Tiphereth au thorax, Netzah à la

(1) S-'l-ArN:
~f3&x£et Fcty.
Initiation, mars 1889.
^
jambe droite, Hod à la jambe gauche, Yésod au ventre
et aux organes génitaux, Malcuth au dos et aux pieds.
Ainsi se comprend l’Adam-Kadmon ou ensemble des
émanations séphirothiques.
Cette suite de correspondances, dans la série des unités
synthétiques composantes, constitue la « Mercabah »,
c’est-à-dire le « Char » conduisant Dieu sur la terre,
les Séphiroth étant intermédiaires entre En-Soph et la
Création.
On peut ranger les Séphiroth sur le schéma du Dénaire
de la façon suivante :
i
Le cercle intérieur représente Kéther, la synthèse du
monde spirituel. — Ce monde spirituel est ternaire,
présentant un aspect actif A, un aspect passif B et un
aspect intermédiaire C, répondant à l'existence.
I. — Relations intérieures : L’arc de cercle 3, qui
réunit, dans le monde spirituel, le principe passif à
l’existence, représente Binah, l’Intelligence. — Cette
intelligence est une qualité passive qui s’exprime dans
l'existence du monde spirituel ; inversement, du fait
que le monde spirituel existe (est réalisé), son existence
s’exprime, au point de vue passif, par l’Intelligence
(élément statique du monde spirituel). L’arc de cercle 2,
qui réunit le principe actif à l’existence, représente
Hochmah, la Sagesse active ou volonté, qui est l'élément
dynamique du monde spirituel. — L’arc de cercle 4, qui
va du principe actif au principe passif, représente Hœsed,
l’Imagination, que la Sagesse active fait concevoir à
l’intelligence passive (opération de la sagesse sur
l'intelligence). — Kether, Hochmah, Binah et Hœsed
figurent le monde spirituel dans ses relations intérieures.
Ils répondent à la conception quaternaire de Dieu qu'ex
prime le Tétragramme sacré.
II. — Relations extérieures : I er Cycle. L’arc de cercle 9
représente Yéscd, la génération : c'est la Sagesse se
portant vers le monde matériel pour s’y incarner. —
A son tour, le monde matériel exprime la Sagesse qui
le façonne par la Beauté (Tiphereth, arc 6). La Sagesse
se repose dans son œuvre : c’est le cycle de la création.
2 e Cycle. L’arc 10 représente Malcuth, la Réalisation.
L’idée formée dans le monde spirituel se porte active
ment vers le monde matériel pour réaliser l’existence de
celui-ci. L’arc 7 représente Netzah, l’Évolution ; la
matière se spiritualise pour être saisie par le principe
spirituel actif ; c’est en quelque sorte la dématérialisation
opposée à Malcuth, la matérialisation. Le cycle se ferme;
l’idée spirituelle s’est réalisée dans l’existence de la
matière et élève cette dernière : c'est le cycle de l’évolu
tion.
3 e Cycle. L’arc 5 représente la Puissance, le Verbe
(Geburah) qui se porte sur l’essence agissante ou forme
de là matière pour donner naissance à la vie. — L'arc 8
représente Hod, la Gloire ; c’est la créature incarnée
qui fait retour à l’intelligence. Le cycle se ferme, mon
trant la libération spirituelle par l'incarnation.
Telle est l’explication que notre schéma permet de
donner aux Séphiroth. Il est à remarquer que le grou
pement des Séphiroth par cycles 13 — 5 — 8;4 — 7 —
10, et 2 — 6 — 9, de même que le groupement 4—2—3
— 1 correspondent à l’existence des canaux intersé-
phirothiques admis par certains Kabbalistes (1). Si main
tenant on l'envisage comme la clef interne du Dénaire,
il nous permet d'interpréter la série des nombres simples
d’une manière qui concorde très exactement avec ce

que nous en savons. — Le cercle intérieur montre l'unité,
l’Absolu, le centre universel ; l’opposition du cercle
Gpo

HORIZON'BHÉÆ1
bhb^Æ.TERNITATI S
•r'&fgjjTPrmL
Summ* Coron*
ÉYSl'EMAATT'^ sephiroticvm
X DIVJNO
/ Vr -T '

.
NOMINVM
’Snh-.ra II) îi "*i /VMV

F/^-. XL/. — Les canaux séphirotiques


306 le symbolisme des nombres

GO yen dit que l’homme constitue le dixième des infinis


relatifs. L,es Hébreux appellent ces dix ordres de bien
heureux des noms suivants : i° Haioth hakadosch (ani
maux de sainteté), influencés par Kether et dirigés par
Métatron ils forment le premier chœur angélique, celui
,
des Séraphins; 2° Ophanim (roues), influencés par Hoch-
mah et dirigés par Raziel ; cc sont les Chérubins dont le
rôle dans la nature consiste à débrouiller le chaos ; 3 0
Aralim (forts), influencés par Binah et dirigés par Zaph-
kiel ; c’est par eux que Dieu entretient la forme de la
matière fluide ; 4 0 Hasmalim (lucides), influencés par
Hœsed et dirigés par Zadkiel ; ils correspondraient
aux Dominations et c’est par eux que Dieu représente
les effigies des corps et toutes les diverses formes de
matière ; 5 0 Seraphim (brûlants), influencés par Geburah
et dirigés par Camael ; ils correspondraient aux Puis
sances et c’est par eux que Dieu produit les éléments ;
6° Malachim (rois), influencés par Tiphereth et dirigés
par Raphaël ; ce seraient les Vertus par lesquelles Dieu
produit le règne minéral ; y° Elohim (dieux), influencés
par Netzah et dirigés par Hamel ; ils correspondraient
aux Principautés et serviraient à la production du règne
végétal ; 8° Beni-élohim (fils des dieux), influencés par
Hod et dirigés par Mikael ; ce sont les Archanges
servant à la production du règne animal ; 9 0 Chérubim
(anges), influencés par Yésod, présidant à la naissance
des hommes et les conduisant à la vie éternelle ; io°
Ischim (âmes bienheureuses), influencés par Malcuth ;
c’est par eux que les hommes reçoivent l’intelligence
et la connaissance des choses divines.
Il y aussi, d’après la Kabbale, dix esprits du mal. —
Ce sont les Thamsel (adversaires), esprits de révolte,
dirigés par Samael, les Chaigidel (écorces), esprits de
mensonge, dirigés par Beelzebuth ; les Satoriels (déla-
teurs), esprits de fausseté dirigés par Lucifer ; les Gani-
chiloth (perturbateurs), esprits d’impureté, dirigés par
Astaroth; les Galab (incendiaires), esprits de colère, diri
gés par Asmodel ; les Tagaririm (disputeurs), esprits de
discorde, dirigés par Belphégor ; les Harab séraphel (cor
beaux de la mort), dirigés par BÉEL ; les Samaels (batail
leurs) dirigés par Adramelech ; les Gamaliels (obscènes),
,
dirigés par Lilith, enfin les Reschaim (méchants), dirigés
par Nahenia. — Ces derniers se subdivisent en quatre
catégories, ce qui porte-à treize le nombre des variétés
de démons. —Ce sont les Gcburim(violents),lesRaphaim
(lâches),les Nephilim (voluptueux) et les Anacim (révol
tés) Les anges déchus sont groupés par les Kabbalistes
.

en dizaines ; la première comprend : Samraxas, Arta-


kuph, Arakiel, Kababiei., Oramammé, Ramiel, Siup-
sicic, Zalciiiel, Balchiel et Azazel ; la seconde com
prend Pharmartjs, Amariel, Thanzael, Anagnemas,
:

Samaei Sarinas,Ehumiel,Tyriel,J amiel et Sariel (1).


,
Pour exprimer le Dénaire cosmique, les Kabbalistes
décrivent encore les dix sphères du monde : Reschitch
hagalgalim ou premier mobile ; Masloth, sphère du
zodiaque ; Sabbathaï, sphère de Saturne ; Zedeck, sphère
de Jupiter ; Madim, sphère de Mars; Schemcs, sphère
du Soleil ; Noga, sphère de Vénus ; Cochab, sphère de
Mercure ; Levanah, sphère de la Lune et Holomicsodoth,
sphère des éléments.
Au Dénaire cosmique correspondent, dans le Tal-
mud, les dix degrés de la mystique juive, nécessaires
pour atteindre la gloire divine, Schechimah ; ce. sont :
l’éveil de l’attention, la prudence, la séparation, la
pureté morale, la pureté rituelle, la sainteté, l’humilité,

(1) Cf. Éi.iphas LÉvi : Le Livre des splendeurs, Paris, 1894,


p. 115.
308 LË SYMBOLISME des nombres
l’angoisse du péché, la piété, l’esprit saint. Ce symbole a
duré longtemps. « Les adeptes, dit Lenain, divisent en
dix grades toutes les Sciences sacerdotales et maçon
niques, c’est-à-dire qu’il faut passer par dix travaux
différents avant d’entrer dans le sanctuaire de la
nature (i). »
D’ailleurs, la loi divine revêt, chez les Juifs, la forme
du Décalogue (Exod., xxxiv-28). Il est à remarquer
que ces dix commandements se divisent naturellement
en trois divins et sept humains. « La Décade est sacrée
à Dieu », dit le Kabbaliste Ibn Gabirol (2). Par dix
paroles l’Univers fut créé (3).
Le Dénaire revient fréquemment dans la liturgie et
dans la tradition des Juifs. « Il y avait dix courtines dans
«
le Temple, dit C. Agrippa, dix cordes au psaltérion,
«
dix instruments de musique sur lesquels on chantait les
« psaumes, dont voici les noms: leNéza dont l’on chantait

«
les odes ;* le Nable qui était de même que l’orgue ; le
«
Mizmar qui sert it aux psaumes ; le Sir pour les
«
cantiques ; le Téphile pour les oraisons ; le Bérache
« pour les
bénédictions ; l’Habel ‘pour les louanges ;
«
YHodaïa pour les actions de grâces ; YAsre, pour
<t marquer la joie du bonheur de quelqu’un ; Y Halleluiah,
«
seulement pour les louanges de Dieu et pour les con-
«
templations. Il y a aussi dix hommes chanteurs
«
de psaumes : Adam, Abraham, Melchisîvbech, Moïse,
«
Asaph, David, Salomon, et trois fils de Choras... Le
«
Saint-Esprit est descendu dix jours après l’ascen-
«
tion du Christ. C’est aussi le nombre auquel Jacob
«
lutta avec l’ange et gagna le combat... Par ce nombre,

(1) Lenain : La Science cabalistique, Amiens, 1823.


(2) Cf. KarppE : Etude sur le Zohar, Paris, iQOi, p. 182.
(3) KarppE : Id., p. 134.
«Josué vainquit trente rois ; David vainquit Goliath
« et les
Philistins ; Daniel évita les dangers des lions (1). »
Il y eut dix plaies d’Égypte (2) ; Booz prit dix
témoins pour épouser Ruth (3). Dans le nouveau Testa
ment, Jésus guérit dix lépreux (4) et l’on trouve la
parabole des dix vierges (5) qui représenteraient, un
peu comme les dix ordres de bienheureux, la totalité des
âmes «conviées aux noces de l’Époux spirituel », c’est-à-
dire susceptibles d’atteindre l’union définitive à Dieu.
On trouve encore la parabole des dix serviteurs recevant
chacun dix mines à faire valoir (6). Tertullien (7)
dit que le nombre 10 marque la renaissance spirituelle
à la loi du Décalogue et compare cette renaissance à
a naissance qui a lieu au début du dixième mois solaire
ou à la fin du dixième mois lunaire de la gestation. — La
Dîme ouversement d'un dixièmeserait originellement une
expression de droit divin. On trouve dans l’Apocalypse,
des traces du système dénaire des Séphiroth. Ainsi fau
drait-il comprendre ce passage (I-4) : « Gratia vobis et pax
a b eo qui est et qui erat et quiventurus est (Trinité des Séphi
roth supérieurs) et a septem Spiritusquiin conspectu throni
ejus sunt (Séphiroth de construction) (8) ». D’ailleurs,
011 trouve mention (V-6) des sept esprits ou des sept
yeux de Dieu envoyés dans le monde. Ce sont (V-12) :
I irtus, Divinitas, Sapientia, Foriitudo, Honor, Gloria,

(1) Agrippa : Phil., occult., 11-13.


(2) Exod., vu.
(3) ltuth., iv-2.
(4) Luc, xvil-12 ;
(5) Matth., xxv-1.
(6) Luc, xix-13.
(7) De anima, 37.
(8) Cf. La Cabale des Hébreux, par le CHEVALIER Drach,
rééditée partiellement dans La Cabbale de Papus (Paris,
i9°3). P- 340-4U
Bcncdictio, que le critique Kichhorn n’hésite pas à
reconnaître comme des Séphiroth (i).
Chez les Indiens,le Dénaire apparaît dans des symboles
comparables à ceux des Juifs. Ce sont d’abord les dix
«Seigneurs d’existence», les dix Pradjapati que Brahma
créa, à l’origine, comme forces créatrices secondaires,
assez comparables aux Séphiroth kabbalistiques, de
même qu’au Dénaire chrétien de la Trinité assistée
des sept Archanges de présence. Malfatti de Mon-
tereggio donne les correspondances suivantes: Brahma,
Siva, Vichnou correspondent à Kether, Hochmah, Bi-
nah,MAiA à Hesed, Oum (Aum) à Geburah, Haranguer-
berah {2) à Tiphereth, Poksch à Hod, Pradjapat à Net-
zah, PRAKRATà Yésod et Pran à Malcut (3). Les dix règles
de sagesse que Krichna reçut dans son supplice rappel
lent le Décalogue de même que les dix Maharishis
qui ont précédé le genre humain font penser aux dix
patriarches (4) ; mais il faut surtout mentionner les dix
devoirs moraux du Code de Manou qui sont la résigna
:

tion, l’action de rendre le bien pour le mal, la tempérance,


la probité, lapureté, la répression des sens, la connaissance
des sastras, la connaissance de l’âme suprême, la véracité,
l’abstinence de la colère (5).
A titre d’exemple, 011 peut rapporter les dix vertus du
Code de Manou à notre schéma du Dénaire (cf. p. 291).
Le cercle central 1 représente l'homme intérieur et la
qualité générale de pureté, qui est comme la synthèse et
la base de toutes les autres. — Les points A, B, C,

(1) EiCHHORN, Int. au Nouu. Testament, t. I, p. 347.


(2) Kathopanishad du Yajur noir, Ill-iO.
(3) Malfatti de Monterkggio : La Mathèsc (1840).
trad. Ostrowskj, Paris, 1849, réédité in Voile d’isis, 1895.
(4) Manava-Dharma-Sastra, I-34-35.
(5) Manava-Dharma-Sastra, VI-51-93, et VIII, 312.
LE DÉNAIRE 311

représentent respectivement : La Volonté, l’Intelligence


et le Jugement ; le grand cercle représente le monde
et ses points D, E, F en sont respectivementla Forme,
la Matière et l’Existence.
I. —Relations intérieures le Jugement intervient sur la
:

Volonté pour la répression des sens (arc 2). La Volonté


soutient l’Intelligence dans la recherche de la vérité
(connaissance des sastras, arc 4). L’Intelligence intui
tive conduit le jugement à la connaissance de l'âme
suprême (arc 3).
II. — Relations extérieures i° Le jugement sain fait
:

aller avec probité au-devant des influences du monde


extérieur (arc 5). Celles-ci montrent à l’Intelligence
la voie de la résignation (arc 8).
,

2° L’Intelligence regarde le monde avec véracité


(arc 10). Celui-ci ne doit pas induire la volonté à la
colère (arc 7).
3° La volonté réagit contre les apparences du monde
par la tempérance (arc 9). Les apparences du monde ne
modifient pas la décision de rendre le bien pour le mal
(arc 6).
Le Code de Manou insiste sur le Dénaire des principes
qui doivent être la règle de l’être en soi et le trans
former àl’image de l’archétype divin. Il mentionne
les dix devoirs des religieux qui comprennent les cinq
vœux laïques, les trois vœux spéciaux et deux vœux
purement religieux. Les prêtres devaient s’abstenir :
de s’enivrer, d'être impudiques, de voler, de tuer,
de mentir, de manger trop, d’assister à des spectacles
(danses, théâtres), de porter des ornements ou des par
fums, d’user d’un lit, de recevoir de l’argent (1).

(1) Manava-Dharma-Sastra, IV-2O4.


Les Bouddhistes ont établi sur le même plan dix
paramitas ou vertus transcendantes : moralité, énergie,
patience, sagesse, charité, contemplation (qui sont les
six paramitas ordinaires), et plus spécialement: action
droite, science, vœu de piété et résolution ferme (i).
Selon la remarque de Lenain, Swedenborg divisa
son rite en dix grades, répartis entrois sections : Apprenti,
Compagnon, Maître et Maître élu (Section purement
maçonnique), Apprenti coën, Compagnon coën et
Maître coën (section d’illuminisme), Apprenti Rose +
Croix, Chevalier R+C et R+C illuminé Kadosh (sec
tion active (2).
On a cherché de nombreuses correspondances du
Dénaire ; Eckartshausen donne les suivantes :
I : i° Cause ; 2 0 Existence ; 3 0 Loi ; 40 Réalisation ;
5° Rapport ; 6° Ordre général ; 7 0 Ordre spirituel ;
8° Ordre matériel ; 9 0 Propriétés; io° la Chose dans son
ensemble.
II i° Idée,2 0 Dessein; 3 0 Plan; 4 0 Base; 5 0 Analyse;
:

6° Régularité ; y0 Régularité interne ; 8° Régularité


externe ; 9 0 Propriétés ; io° le Concept dans son en
semble.
III : i° Thème ; 2 0 Mouvement ; 3 0
Ton ; 4 0 Expres
sion ; 5 0 Gravité ; 6° Harmonie générale ; y° Harmonie
interne ; 8° Harmonie externe ; 9 0 Propriétés ; io° la
Musique dans son ensemble
IV : i° Force ; 2 0 Organe ; 3 0 Forme ; 4 0 But ; 5 0 Relation;
6° Ordre général ; y 0 Ordre spirituel ; 8° Ordre matériel;
9 0 Propriétés ; io° la Chose dans son ensemble.
V : i° Unité ; 2° Progression ; 3 0 Nombre ; 40 Chiflre ;
5 0 Rapport ; 6° Suite ; y 0 Rapports internes comme

(1) TlTEL :
Chinese Buddhism.
(2) Paeus :
Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris, 1899.
nombre ; 8° Rapports externes comme chiffre ; 9 0 Pro
priétés ; io° le Nombre dans son ensemble.
VI : i° Unité ; 2° Addition ; 3 0 Parties ; 40 Somme ;
5 0 Soustraction ; 6° Le Tout ; 7 0 Multiple ; 8° Résultat ;
9 0 Division ; io° Quotient.
VII : i° Nombre ; 2 0 Mesure ; 3 0 Poids ; 40 Solidité ;
5° Mouvement; 6° Equilibre général ; 7 0 Équilibre interne ;
8° Équilibre externe ; 9 0 Propriétés ; io° le Tout.
VIII : i° Puissance éternelle ; 2 0 temporelle ; 3 0 natu
relle ; 4 0 corporelle ; 5 0 politique ; 6° morale ; 7 0 interne ;
8° externe ; 9 0 plus forte ou plus faible ; io° la Puis
sance dans son ensemble.
IX : i° Entendement ; 2° Volonté ; 3 0 Raison ; 40 Com
préhension ; 5 0 Jugement ; 6° Imagination ; 7 0 Élé
ment spirituel ; 8° Élément matériel ; 9 0 Facultés
,
psychiques ; io° Facultés en général.
X : i° Force centrifuge ; 2° centripète ; 3 0 giratoire ;
4 0 Explosion ; 5 0 Production ; 6° Réflexion ; 7 0 Susbtan-
tation; 8°Essence corporelle; 9 0 Propriétés; io° Univers.
XI : i° Dieu ; 2 0 Ame ; 3 0 Esprit ; 40 Corps; 5 0 Rapports
du corps à l’esprit ; 6° Essence ; 7 0 Principe spirituel ;
8° Principe corporel ; 9 0 Fonctions ; io° le Tout.
XII: i° Nombre; 2° Progression^0 Temps; 40 Mesure;
5° Forme ; 6° Espace ; 7 0 Grandeur ; 8° Poids ; g° Loi
corporelle ; io° le Monde.
, -
XIII : i° Pensée ; 2 0 Mémoire ; 3 0 Compréhension ;
4° Jugement ; 5 0 Imagination; 6° Connaissance; 7 0 Rai
son ; 8° Expérience ; 9 0 Synthèse de la raison et de l’ex
périence ; io° Science, etc., etc.
Dans le Livre des Splendeurs d’ELiPHAS LÉvi, on
trouve les applications sociales des Sépliiroth, qui sont :
i° Autorité ; 2 0 Sagesse ; 3 0 Intelligence ; 4 0 Dévouement
5 0 Justice ; 6° Honneur ; 7 0 Progrès ; 8° Ordre; 9 0 Vérité
sociale ; io° Humanité.
Les Cretois avaient io cosmes on magistrats suprêmes ;
chaque ville Spartiate comportait io pliyles ; les plus
anciens petits états des Thessaliens étaient au nombre
de io ; il y avait io juges à Thèbes, io à Memphis, io à
Héliopolis.
On a cherché dans nos chiffres arabes, qui servent à
écrire le nombre io, une interprétation symbolique.
i
H.-P. Blavatsky prétend que le suivi du o indique la
colonne et le cercle, c’est-à-dire le principe mâle et le
principe femelle, et ce symbole essentiellement phallique
se rapporterait à Jéhovah,qui est à la fois mâle et femelle.
Le zéro en forme de cercle est un symbole d’unité et
complète ainsi la signification du chiffre i pour montrer
que le Dénaire renferme tous les nombres précédents
comme un tout contient ses parties. Cette forme circu
laire du zéro existe dans les chiffres chinois les plus
anciens et dans les chiffres indiens.
Le dixième arcane du Tarot est la roue de la fortune
qu’on interprète généralement comme le Destin, l’Éléva
tion, l'Ascension (i). Ilcorrespond à la lettre hébraïque i.
«
D’une part, dit Charrot, cette lettre a la forme d’un
.
«
point-virgule comme pour exprimer le point central
« ou
le noyau circonférenciel de la lumière de vie, sem-
«
blable à celui d’une nébuleuse astrale qui étend sa
«
circonférence pour laisser s’en détacher des mondes.
«
D’autre part, elle rappelle la forme des deux segments
«
de cercle unis et renversés l’un par rapport à l’autre,
«
indiquant le mouvement à contre-sens de la circulation
«
de la lumière universelle... C’est aussi la circulation
« universelle de la vie qui
gravite dans l’espace infini (2).»
Il est à remarquer que les lettres du tétragramme
(1) Cf. BourgeaT : Le Tarot, Paris, 1913.
(2) Cf. Charrot : La Rose-Croix pentagrammatique.
Voile d’Isis, mai 1915.
sacré : lod-hé-vau-hécorrespondent toutes à des nombres
sphériques : 10, 5, 6, 5.
Le Talmud dit que Dieu créa le monde au moyen
de deux lettres, ce monde-ci au moyen de la lettre ~
(quinaire vital) et le monde futur au moyen de la lettre *
(l’unité synthétique).
Le Dénaire peut être symbolisé par un triangle équi
latéral dont chaque côté est divisé en trois parties par
lesquelles sont limités neuf triangles semblables plus
petits : l’ensemble comprend donc dix triangles dont
sept ont leur sommet tourné vers le haut et trois vers
le bas.
CHAPITRE XI

le nombre onze
L’initiative individuelle la lutte intérieure ;
;
l’égarement ; la révolte de l'ange ; le péché.
8
— 9 — 10 ayant trait au monde purement spirituel et
une partie inférieure 4 — 5 — 6 — 7 ayant trait au monde
de la matérialité. Il peut encore, comme nous l’avons vu,
être décomposé en trois Ternaires dont le premier (10—1)
— 2 — 3 répond au monde divin, le second 4—-5—6 au
monde matériel, et le dernier 7—8 — 9 au monde occulte.
Enfin il peut être divisé en cinq couples dont chacun
comprend un nombre impair et le pair suivant, c’est-à-
dire l’acte et l'état qui en résultera cause et son effet.
Ces couples sont : 1 2 l’Absolu et son opposition au

P-elatif ; 3—4, le principe créateur et sa réalisation for-
melle; 5—6, la vie et le Karma qui en résulte ; 7 — 8,
l’évolution et la libération karmique à laquelle elle
aboutit ; 9—10, l’acte de retour à l’unité et l’unification
consécutive.
De quelque façon que nous analysions ce cycle, nou-
voyons qu’il constitue un ensemble complet représens
tant les degrés de la création et du retour de la créature
au Créateur, sans qu’il soit possible, dans cet ordre
d’idées, d’imaginer quelque chose de plus. C’est le cycle
suprême qui régit tous les mondes, tous les plans, et
dont la marche, procédant de l’Unité absolue, est
absolue elle-même dans sa remarquable simplicité ;
c’est la loi du monde archétype dont tous les univers
ne sont que d’impalpables fragments, et, pour cette
raison,elle demeure entièrement dans le plan divin. Ees
dix idées exprimées par les dix premiers nombres
représentent donc le clavier complet des idées méta
physiques fondamentales —et il est clair que tout ce que
nous pourrons ajouter, soit à ces dix nombres, soit à ces
dix idées, 11e constituera jamais qu’une répétition ou
une association plus ou moins complexe des dix termes
fondamentaux. — Ces dix ternies peuvent être très
exactement comparés aux lettres de l’alphabet qui
peuvent s’associer en combinaisons innombrables pour
produire des mots variés à l’infini — ou mieux encore
aux clefs de l’écriture chinoise qui représentent des idées
fondamentales et qui servent, par leurs combinaisons
innombrables,à composer tous les idéogrammes possibles
et à exprimer les idées les plus diverses et les plus parti
culières. — Notre écriture chiffrée, qui n’emploie que dix
signes pour représenter tous les nombres possibles, corres
pond parfaitement à ce que doit être, au point de vue
symbolique et intelligible, la combinaison des dix idées
métaphysiquesfondamentales dans toutes les conceptions
imaginables. Ainsi voyons-nous que tout nombre, si com
plexe qu'il soit, exprime une idée particulière qui n’est
que la combinaison entre elles de plusieurs des dix idées
primaires déjà envisagées.
Ces dix idées primaires sont si simples et si générales
qu’elles ne s’appliquent en quelque sorte qu’à des abs
tractions de notre esprit. — Nous sommes trop empreints
de la matière et de ses mayas pour saisir directement ce
que peut être l’Absolu en soi, la Différenciation en soi,
la Cause en soi, etc. — Toutes les choses que nous
pouvons saisir directement sont des choses tombant
sous nos sens, et par conséquent empreintes de matière
comme nous-mêmes. — Ce sont, dans le Non-être,
des reflets mayaviques de l’Être, où les idées métaphysi
ques simples se combinenten une complexité sans bornes,
où les pures couleurs des Séphiroth se mêlent en irisa
tions infinies. — Voilà pourquoi les idées qui s’atta
chent aux dix premiers nombres doivent être considérées
comme de pures abstractions métaphysiques, tandis
que les nombres plus complexes expriment des réalités
de plus en plus voisines de celles que nous pouvons
saisir directement. Tes dix premiers nombres ou les dix
premières lettres des Kabbalistes représentent le plan
divin que nous devinons comme la règle ultime de toutes
les choses que nous pouvons saisir, mais qui nous est
radicalement inaccessible dans son essence. — Les idées
simples qu’il comporte sont les plus hautes abstractions
que nous puissions tirer du chaos des faits sensibles.
De même que l’Unité absolue, dont elles procèdent, est
infiniment au-dessus de notre expérience, de même
ces abstractions restent entièrement métaphysiques
dans le vrai sens du mot. Dans tout ce que nous pouvons
saisir ici-bas, elles s’entremêlent et se compliquent.
La nature ne nous donne jamais une couleur simple,
un son simple, une forme simple, mais toujours une
combinaison plus ou moins complexe de plusieurs
couleurs simples, de plusieurs sons, de plusieurs formes
simples — et pourtant nous concevons très bien ce que
peuvent être ces éléments primordiaux — et notre intel
ligence en a besoin pour comprendre les réalités. — De
même pouvons-nous dire que les idées fondamentales
des dix premiers nombres ne correspondent jamais,
prises isolément, à des choses qui nous soient directe
ment accessibles, mais nous en avons besoin pour analy
ser ces choses, comme nous avons besoin de chiffres
pour écrire nos nombres ou des lettres pour former
nos mots. Agrippa (i) dit, comme les Kabbalistes, que
les nombres simples signifiant les choses divines, les
dizaines signifient les choses célestes (monde visible), les
centaines les choses terrestres (monde élémentaire) et
les millénaires les choses du siècle à venir. De fait, si
nous cherchons à analyser la particularité de significa
tion que peuvent revêtir les dizaines, nous devons les
envisager comme le produit d'une idée primordiale par
dix qui est le nombre de l’Univers... Naturellement, le

(1) Phil. occult., 11-3.


nombre io, qui est la première dizaine, signifie l’unité
réalisée dans l’Univers ; le nombre 20 représentera la
différenciation binaire réalisée dans l’Univers; le nombre
30 l’épanouissement ternaire réalisé dans l’Univers, et
ainsi verrons-nous, avec toutes les dizaines, revenir les
idées fondamentales que nous venons d'étudier, avec
cette particularité nouvelle qu’au lieu de se présenter
par rapport à l’Absolu 1, elles se présenteront par rap
port à l’Univers 10, et les neuf dizaines représenteront
les neuf nombres simples comme sur une gamme diffé
rente que nous pourrions appeler la gamme cosmique.
Cette gamme cosmique diffère de la gamme proprement
matérielle des centaines ; elle est intermédiaire entre
cette dernière et la gamme métaphysique pure, et c’est
pourquoi Agrippa lui dorure l’épithète de céleste.
Nous avons étudié l’unité cosmique qui est 10 ; mais
avant de passer au binaire cosmique, qui est 20, nous
devons logiquement envisager la série des nombres
intermédiaires dont le premier est onze. — De tels
nombres, qui ne sont ni des nombres fondamentaux
simples, ni des dizaines simples, ni des centaines simples,
etc mais qui résultent de l’addition de ces éléments
,
entre eux, peuvent être appelés, au point de vue symbo
lique qui nous intéresse, nombres complexes. — Onze
est le premier de ces nombres complexes ; il n’est autre
que 10 + 1, c’est-à-dire le Dénaire compliqué d’une
unité. Il ne s’agit plus, maintenant que notre cycle
fondamental est clos, de chercher en lui quelque chose
qui puisse faire suite à l’idée d'Univers, la compléter,
en être le résultat ; une telle recherche serait absurde.
Il faut considérer qu’il représente deux éléments : d’une
part l’Univers dans son unité, d’autre part un nouvel
élément qui s’y ajoute. Mais quelle chose peut s’ajouter
à un ensemble qui renferme tout en lui, sinon un élément.
perturbateur provenant du dédoublement accidentel
d’une partie intérieure ? Si nous prenons, comme point
de comparaison, le microcosme humain et que nous
considérions cette unité synthétique qu’est son corps
composé d'organes et de cellules, quelle chose peut
s’ajouter à une telle unité synthétique, sinon une pro
duction pathologique, une tumeur, une monstruosité ?
Si nous considérons, dans le microcosme humain, cette
autre unité synthétique qu’est sa conscience, quelle
chose pourrait s’y ajouter, sinon un élément morbide,
une obsession, une personnalité parasite, une possession?
De toute façon nous trouvons dans le nombre 11
une signification défavorable, parce qu’il est le résultat
hybride de deux unités : une unité simple et une unité
dénaire,et parce qu’il met le Tout cosmique en présence
d'un élément qui ne peut être que perturbateur. D'une
manière générale, il est le nombre de l’initiative indi
viduelle, mais s'exerçant sans rapports avec l’harmonie
cosmique, par conséquent d’un caractère plutôt défa
vorable.
Le procédé de l’addition théosophique, en faisant le
total des deux chiffres composants,donne pour résultat 2,
c'est-à-dire le nombre néfaste de la lutte et de l’opposi
tion. Nous comprenons mieux ce procédé maintenant
que nous savons que le chiffre des dizaines ou des
centaines exprime la même idée que le chiffre des
nombre simples, bien que sous une acception plus par
ticulière et, pour ainsi dire, plus précise. En réalité,
l’addition théosophique d’un nombre complexe comme xi
est un procédé d’analyse aussi logique que celui qui
consiste à voir dans le Quaternaire un double Binaire
ou dans le Sénaire un double Ternaire. — L’addition
théosophique, appliquée à un nombre quelconque à
deux chiffres, associe une idée d’ordre cosmique à une
ai
322 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

idée élémentaire en une résultante rationnelle.


— Dans
le cas du nombre n, il est certain que l’addition du
Cosmos unifié (ou unité cosmique) à une* sous-unité
individualisée agissant comme une unité indépendante,
ne peut que produire une opposition ou un antagonisme
que traduit le produit binaire de l’addition des deux
chiffres. — Le Binaire que nous avons étudié précédem
ment résultait de l’addition de deux termes purement
métaphysiques et abstraits ; celui que le nombre il
nous présente à étudier résulte de l’addition d’un terme
métaphysique à un terme cosmique.
Ces considérations nous amènent à envisager le nombre
il comme le symbole de la lutte intérieure, de la disso
nance, de la rébellion,del’égarement.Saint Augustin (i)
dit qu’il est le nombre de la transgression de la loi,
parce qu’il dépasse d’un le nombre dix, qui est celui
du Décalogue. Il en fait « l’armoirie du péché ». Cl. de
Saint-Martin fait observer que n fut le nombre des
disciples du Christ après la trahison de Judas, et montre
que l’addition théosophiqueenfait un nombre de sépara
tion et de division. « On l’appelle, dit Agrippa, nombre
des péchés et des pénitents ; c’est pour cela qu’il était
ordonné de faire onze sacs de silices dans le Tabernacle
qui étaient l’habit des pénitents et de ceux qui pleu
raient leurs péchés ».
D’après ce que nous savons des nombres, il exprime
plus que le péché humain : c'est le péché, en général, et
pour ainsi dire le péché cosmique. Il s'applique tout
particulièrement à la révolte des anges, à l’introduction
du péché dans l'Univers.
« Dans le n,
dit Lacuria (2), il y a une petite unité
(1) Sermon, Lii-34.
(2) Lacuria : Les Harmonies de l'Etre exprimées par les
nombres. Paris, 1899, 2 vol.
en face del’unité divine : Lucifer. La distinction ouvre
deux voies à la petite unité ; elle peut s’élever à l'har
monie en se réunissant à la grande unité; elle peut se
constituer dans la division qui est le mal. Onze est la
tentation, le danger de toute créature libre de se séparer
de Dieu. »
On trouve assez peu de symboles et d'applications de
ce nombre. Les Chinois divisent le corps
humain en cinq
viscères dominés par la polarité Yang et six par la
polarité Yn, ce qui tend à exprimer un déséquilibre
fondamental, le corps étant une forme transitoire et
corruptible. — Chez les Indiens, les Lois de Manou men
tionnent onze organes des sens (I-16), onze Roudras
(demi-dieux) (XI-221). Dans les Evangiles, on peut
citer l’ouvrier de la onzième heure.
Par sa réduction théosophique, 11 se rattache au
Binaire au même titre que 20, et il n'est pas étonnant
que, dans le système du Tarot, le même arcane puisse
représenter ces deux acceptions assez rapprochées, dans
la même idée d’antagosnisme. — Le onzième arcane, la
Force, peut se rattacher à la fois à l’initiative individuelle
du nombre 11 et à l’antagonisme cosmique du nombre 20.
De la même façon, le douzième arcane correspondrait à
la fois au nombre 12 (1 + 2 = 3) et, au nombre 30
{3 -f o =3). Nous préférons réserver ces arcanes aux
nombres qui leur correspondent par la valeur numérique
des lettres hébraïques auxquelles ils se rattachent.
On a pu considérer le nombre 11 comme la réunion
de l’unité primordiale et absolue avec l’unité composée
dénaire, comme l'addition du point de départ et du
point d'arrivée. En-Soph, a jouté aux dix Séphiroth, expri
merait cette idée dans le système kabbalistique, et sur
ce thème, Wronski a établi sa loi de création, admettant
i° un ternaire générateur, lui-même généré par l'élé-
ment neutre ; 2° un Quaternaire dérivé de la combinaison
des éléments de ce Ternaire ; 3 0 un second Quaternaire
dérivé de la fusion ou de l’influence réciproque des
éléments primordiaux les uns sur les autres. Ces onze
éléments, qui constituent toute réalité concevable, ont
pu être rapportés, de la manière suivante, aux Séphiroth:
Y Être savoir correspond à Hochmah, Y Être Être à Binah,
et leur diversité est neutralisée par Y Elément Neutre
correspondant à Kether. Ce Ternaire produit deux déri
vés immédiats : la Savoir Universel (Hœsed) et Y Etre
universel (Geburah) ; il produit, en outre, deux dérivés
médiats par lesquels s’opère la transformation de l’Uni
versel en Individuel : le Transitif Savoir (Netzah) et le
Transitif Etre (Hod). A son tour, ce Quaternaire des déri
vés interagit dans le Problème Universel ou Y Harmonie
(Tiphereth). Puis vient le Concours Final (Yesod),
représentant l’influence réciproque de l’Être Universel
et du Savoir Universel, la Parité Coronale (Malcuth)
reproduisant la réalité primitive et dont l’accomplis
sement constitue le onzième élément ou Loi suprême (1).
«De ceci seront et sortiront d’innombrables adaptations
ici (2). »
desquelles le moyen est
Onze représente l’union des quatre sphères élémentai
res aux sept sphères planétaires. Il
se complète en
Duodénaire par l’adjonction de la sphère divine incon
naissable.

(1) Cf. F. Warrain ; La Synthèse concrète, Paris, 1910,


p. 167 et suiv.
(2) Table d’Emeraude, onzième proposition.
CHAPITRE XII

LE NOMBRE DOUZE

Le fonctionnement cosmique; les relatio is naturelles.

«
Puis il parut dans le ciel une femme
revêtue de Soleil, la lune sous ses pieds,
et une couronne de douze étoiles sur sa
tête. »
(Apocalypse, xii,-2.)

Parmi les nombres que nous avons rencontrés jus


qu’à présent, le nombre 12 offre la particularité d’être le
plus divisible de tous, puisqu'il est divisible par 1, 2,
3, 4 et 6. En outre, il est le total de 5 + 7, de sorte qu’il
contient en lui-même tous les nombres simples de 1 à 7
inclusivement. Quant aux autres, il est avec eux dans des
rapports simples, puisqu’il constitue les 3 /2 de l’Octo-
naire, les 4 /3 du Novénaire et les 6 /5 du Dénaire.
Pour cette raison, il est curieux de constater que —
tandis que le système décimal se présente comme la
base universelle de toutes les numérations parlées et
écrites — le système duodécimal apparaît concurrem
ment, dans beaucoup de cas, comme base des mesures
usuelles; c'est le cas, par exemple, dans nos anciennes
mesures : la toise valait 6 pieds, le pied 12 pouces,
le pouce 12 lignes, la ligne 12 points ; le muid valait
12 setiers, le setier 12 boisseaux ; le sou valait
12 deniers. Ce système duodécimal s’est conservé
en partie chez les Anglais (lignes, pouces, yards, pence,
shillings) et cet usage remonte fort loin. Chez les Chal-
déens, il se combinait au système décimal ; on comptait
par dizaines, centaines, milliers, mais aussi par multiples
ou subdivisions de 60. Il nous en reste la division du
cercle en 360 degrés, correspondant presque aux 365 jours
de la révolution solaire apparente, puis la subdivision
en minutes et secondes. Pour les grandes quantités en
longueur, superficie, contenance,poids, etc.,le nombre 60
qui est une combinaison du 10 et du 12,était beaucoup
plus usité que le multiple 100. Ainsi, 60 unités faisaient
un sosse ; 60 sosses, 1 nère ; 60 nèrcs, 1 sarc (1). Il en est
de même chez les Hébreux ; à côté de traces évidentes
de numération décimale (2), nous voyons, par exemple,
dans les Évangiles (parabole du semeur) que « le grain
est de 100, de 60 ou de 30 pour un (3) ». Parmi les mesures
de longueur, le doigt vaut 2 grains .d’orge, l’empan 24,
la coudée 48 ; dans les mesures de capacité, nous avons
le cab qui vaut 4 logs, le hin 12, le séah 24, le bath 72
et le cor ou chômer 720 ; parmi les poids, le talent vaut
60 mines (4).
On trouve de nombreux exemples de ce système chez
les divers peuples.
La raison d’être du système duodécimal n’est autre
que la divisibilité du nombre 12. Les rapports particu
liers qu’il affecte avec les dix premiers nombres montrent

(1) Maspéro : Histoire anc. des peuples de l’Orient clas


sique, Paris, 1895, t. I, p. 772-773.
(2) Genèse, xvm, 26-32 et Num., xi-19.
(3) Matth., xiii-8 et Marc, iv-8.
(4) LesêTre : Nombres, in Dict. de la Bible de Yigouroux,
Paris, 1906.
qu’au point de vue arithmosophique, le Duodénaire
procède de toutes les lois fondamentales du monde
archétype et qu’il doit exprimer le jeu de leurs combi
naisons, c'est-à-dire le fonctionnement du Cosmos.
Nous pouvons interpréter 12 comme l’addition de 10-I-2,
c’est-à-dire comme l’idée de l’Univers formant un tout,
associée à l’idée de différenciation. — Tandis que le nom
bre 2 représente la Différenciation en soi, c’est-à-dire
considérée comme une pure abstraction du plan méta
physique, et que le nombre 20 (10 x 2) représente la *
Différenciation régissant l’Univers, s’étendant à la
totalité du Cosmos pour la partager en deux polarités
antagonistes, le nombre 12 doit être interprété comme
l'Univers dans la plénitude de son unité, mais envisagé
selon le concept de la différenciation, c’est-à-dire l’Uni
vers dans lequel on découvre la polarité binaire qui
l’oriente et l’ordonne. Ce sont les forces antagonistes
de la création (Binaire), trouvant leur point d’applica
tion sur l’individu cosmique (Dénaire) et y réalisant l’or
ganisation (1 +2 = 3). Il faut souligner la différence qui
existe entre l’idéed’une dualité divisant l’Univers en deux
camps adverses : le Bien et le Mal, la Vie et la Mort (idée
exprimée par le nombre 20) —et l’idée d’un Univers bien
unifié, mais ordonné et différencié dans son unité (idée
qu’exprime le nombre 12). Cette distinction-s’affirme
quand on applique aux nombres en question le procédé de
l’addition théosophique : 20 aboutit à la dualité pure et
simple (2 -f-o = 2), tandis que 12 donne un Ternaire
(1 + 2 =3), c'est-à-dire une résultante harmonique
marquant le développement, l’épanouissement d’une
unité. Uacuria voit dans le Duodénaire l’union de l'Un
qui est l’Être au Deux qui est le Non-être ; le
plein développement de l’Univers, non plus en soi (car
c’est alors un Dénaire), mais par rapport à la créature
qui est une combinaison d’Être et de Non-Être, d'esprit
réel et positif et de matière mayavique et négative.
C’est la différenciation des individus s’ajoutant à l’unité
cosmique pour réaliser une harmonie féconde et créa
trice (2 + 10). C'est l’ensemble des créatures dans leurs
relations réciproques.
Mais le caractère le plus important du Duodénaire,
au point de vue arithmosophique, consiste en sa qualité
de triple Quaternaire. Nous avons vu que le Quater-
* naire représente les limites idéales de la Nature, sa
trame, son cadre schématique. Or, chacune de ses quatre
tendances essentielles n’est pas, dans la réalité, un tout
immuable, invariable et homogène, mais se gradue, se
série en différents degrés de manifestation. On pourrait,
comme F0-H1 dans ses Pa-Koua, n’envisager que les
termes extrêmes de cette série objective et s'en tenir au
nombre 8, mais il faudrait alors passer d’un terme extrême
à l'autre directement ; il est donc plus rationnel
d'appliquer à cette série la distinction en trois termes,
puisque 3 est essentiellementle nombre sériaire. Le nombre
12 représente ainsi les quatre éléments considérés chacun
dans ses diverses manifestations cosmiques et selon un
triple point de vue, lequel peut être, par exemple, les
trois gunas des Indiens : Activité, Inertie, Harmonie ou
encore les trois principes alchimiques. Ainsi, les com
binaisons cosmiques qui montrent les qualités de l’Élé
ment archétype Air et qui rentrent dans sa catégorie,
peuvent être plus ou moins douées d’expansion (chaudes),
plus ou moins plastiques (humides), plus ou moins
stables ; elles présentent ainsi une.prépondérance varia
ble de Soufre, de Mercure et de Sel. Pour Stéphanus,
chaque élément affecte trois positions distinctes
(en soi et dans ses rapports avec les éléments contigus),
soit douze positions élémentaires que les corps traverse-
raient successivement. Cette triple multiplication du
Quaternaire fondamental répond bien aux graduations
diverses du Cosmos et permet de répartir en un ordre
harmonieux les combinaisons produites par la Nature
tétramorphe. « C’est, dit Etchegoyen, la triple croix,
attribut du Saint-Esprit, exprimant la triple égalité dans
l’unité entre les trois personnes divines, le symbole du
règne de Dieu, de l’union, de la paix et du bonheur. »
Il est à remarquer que les quatre lettres du tétragramme
sacré (en raison de la répétition du Hé) donnent lieu à
douze combinaisons. Le Duodénaire, produit du Ter
naire par le Quaternaire, est à rapprocher du Septénaire
qui est l’addition de ces deux nombres. Le Septénaire
représente une influence active, une triple cause s’ajou
tant aux lois naturelles pour en modifier les cycles et les
diriger dans le sens d'une évolution utile qui ne revient
jamais à un stade absolument identique ; le Duodénaire
représente la réalisation naturelle des combinaisons
d’effets de la cause agissante, selon une série ordonnée
et différenciée. Comme nombre pair, il revêt une signi
fication statique, tout en conservant quelque chose du
Ternaire (1 +2) : c’est un mode de rapports et de com
binaisons. Il exprime les aspects féconds de la loi natu
relle, la manifestation de ses effets, la matière travail
lée et pénétrée par l’esprit.
Pour prendre un exemple concret, les quatre saisons
de l’année revêtent chacune, comme nous l’avons vu,
les qualités d’un élément ; mais les transitions de l'une
à l’autre s’effectuent d’une mapière progressive et
sériée, de telle sorte qu'on a été amené à distinguer
dans chaque saison trois parties (3 étant le nombre de la
sériation élémentaire) qui sont : le commencement, le
milieu et la fin, la fin de chaque saison se continuant
sans heurt par le commencement de l’autre. Ainsi
330 TE SYMBOLISME DES NOMBRES

se sont constitués les douze mois de l’année qui sont


admis àpeu près universellement et qui semblent remon
ter à la tradition atlantéenne.
Le P. Acosta rapporte qu’il existait à Cuzco douze
colonnes appelées Succanga, destinées à marquer le
lever du soleil sur l’horizon aux douze mois de l’année,
et il donne quelques détails sur ces douze mois. Chez les
Péruviens anciens (Quichuas), les douze mois portaient
les noms suivants : Hatun-Pakkay (correspondant à
janvier-février, et signifiant : grandes pousses de
maïs) — Pakkari-Huatay (nœud de la lumière) —
Pakkari-Huanny (mort de la lumière solaire ; le mois
de mars marquait, en raison de la situation australe,
l’équinoxe d’automne) — Arihua (fête du foyer) —
Hayma-Muray (les dépôts de l’hiver) — Titu (fils du
Soleil) — Chiran-Pacha (retour de la clarté) — Anta-
Situa (précurseur du printemps) — Umu-Raymi (mys
tère divin du Soleil) — Pauchin-Toktu (ouverture
des ruches) — Agya-Marku (fête des morts) — et Huk-
Chuy-Pakkay (petites pousses de maïs) (i).
Les anciens Egyptiens comptaient douze mois de
trente jours, plus cinq jours épagomènes (2). — Ces
mois étaient : Epephi (janvier) — Mesori — Thot —
Paophi — Atyr — Choeac — Tybi — Méchir — Pha-
menoth — Pharmuti — Pachou — Pagni. — Au lieu de
répartir ces 12 mois en 4 saisons de 3 mois, les Egyptiens
en ont fait 3 saisons de 4 mois (sha, pre et schemou), de la
même façon que les douze heures du cycle diurne (nycté-
mère) étaient réparties en trois périodes de quatre heures.

(1) D r Girgois : L'Occulte chez les Aborigènes de l'Améri


que du Sud, Paris, 1897, et J OS. ACOSTA : Histoire nat. et
mor. des Indes, trad. REGN. Cauxois, Paris, 1600, in-8, p. 263.
(2) Laplace : Exposé du système du Monde, 1. V, chap. I-III,
in Œuvres, Paris, 1843, 7 vol. in-4.
Les douze mois existaient dès l’origine chez les
Indiens et chez les Chinois (Tzé), répartis en six saisons.
Les noms des douze mois chinois se rapprochent même
de ceux des Indiens et des Persans (1).
Les peuples de l’Iran, au dire de Quinte-Curce,
usaient du même procédé que les Egyptiens (2). Leurs
mois étaient : Vagheusch-Managho (janvier) — Cpen-
tayao-Armatoish —Fravashinam — Ashahé-Vaishtahé
— Haurvatato — Tishtryehe — Ameretato — Khsha-
thraha — Vairyene — Mithrae — Apam — Athro et
Dathusho (3). Ces noms correspondent à l’appellation
moderne : Bahman, Cpandarmad, Favardin, Ardibihi-
seth, Kardab, Tir, Mourdas, Schabrevar, Mihr, Aban,
Adar, Daï.
Chez les Hébreux les douze mois s’appelaient. :
Schebat (janvier), Adar, Nisan, Iyar, Sivan, Tammuz,
Ab, Ellul, Tischri,Mareschvan, Kislev et Tebet.Les noms
assyriens sont presque identiques : Sebatu, Adaru,
Nisanu, Aïru, Sivanu, Douzu, Abu, Ululu, Tasritu,
Arah-Samna, Kisilev, Tebetu. La civilisation gréco-
latine d’une part, les Arabes de l’autre, ont hérité de
cette division duodénaire.
Le nombre de 12 mois pour l’année ne répond pas
seulement à des considérations arithmosophiques (12
étant le nombre du fonctionnement cosmique et la
norme des combinaisons élémentaires dans le Cosmos),
mais surtout à des considérations pratiques : il s’adapte
le mieux à l’analyse de l’année et chacun des douze
mois possède sa physionomie propre, si bien exprimée,
pour nos climats, par la nomenclature du calendrier
(1) De Fortia d’Urban : Hist. antédiluv. de la Chine,
Paris, 184O, t. II, p 61, 62 et 75.
(2) Cf. F. Burnoi F : Etude sur la langue et les textes zends.
(3) Cf. De Lafont : Le Mazdéisme et l’Avesta, Paris, 1897.
républicain des conventionnels Romme et Fabre d’Eglan-
tine. — En outre, le nombre 12 est particulièrement
divisible, ce qui est une commodité appréciable (1).
Enfin, les douze mois correspondent aux lunaisons, à
une près. — Les anciens astronomes considéraient que
le mouvement de la lune dans le ciel est douze fois plus
rapide que celui du Soleil. — Ee cours de la lune étant
irrégulier, ceci n’est vrai que certains jours de l’année ;
dans l’ensemble, ce mouvement est treize fois plus rapide
que la progression du Soleil sur le zodiaque. — On ne
peut guère supposer que les astronomes de l’antiquité
aient involontairement commis une erreur aussi gros
sière que de négliger le treizième mois lunaire de l’année
solaire ; il semble qu’ils aient tenu à respecter une ancienne
tradition, et Lacuria émet l’hypothèse que le rapport
des vitesses des deux luminaires était égal à 12 primi
tivement ; le mouvement de la lune se serait ralenti
dans la suite. Quoi qu’il en soit, la tradition a persisté
et, dans les horloges, la petite aiguille marche douze
fois plus vite que la grande pour figurer ce rapport : il
est possible aussi que les commodités du Duodénaire
l’aient fait choisir malgré l’inexactitude du principe;
mais ceci n’offre pas d'autre intérêt que de montrer,
sous un nouvel aspect, le sens de combinaisonsnaturelles,
de fonctionnement cosmique, propre au Duodénaire.
Ce nombre présente des particularités remarquables
dans ce sens. — Si l’on considère le Cosmos sous sa
forme essentielle d’étendue (le temps n’étant qu’une
mesure accessoire de mouvement, selon la définition
d'Aristote : mensura motus per prius et posterius), la
forme la plus parfaite qu’il puisse contenir est le cube,

(1} Cf. C. Flammarion :


Les Imperfections du Calendrier,
l’aris, 1901,
égal dans ses trois dimensions. — Si la forme abstraite
du carré, conçue par l'esprit sur un plan sans épaisseur,
représente, d’une certaine manière, les quatre éléments
ou les qualités élémentaires, la réalisation concrète de
ceux-ci sera le carré doué d’épaisseur, c’est-à-dire le
parallélipipède rectangle ou, d’une manière plus par
faite, le cube : or dans cette réalisation concrète,
douze arêtes marquent les rapports des faces entre elles,
comme pour prouver que 12 est le nombre de la relation
cosmique élémentaire. — A un autre point de vue,
Clémence Royer fait observer que si l’on groupe des
unités semblables représentées par des sphères égales
en grosseur et en résistance, et qu’on les comprime
fortement, la seule forme symétrique qu’elles puissent
prendre, sous l'effort de leur pression mutuelle, est celle
du dodécaèdre à 12 faces rhombes, égales et symétri
ques. « C'est, dit Clémence Royer, la seule forme qui,
avec le cube, puisse réaliser le plein en s’ajoutant indé
finiment à elle-même (1). » Ces douze faces, comme les
douze arêtes du cube, symbolisent d’une manière
frappante les relations réciproques des choses, repré
sentées ici par les sphères agglomérées. On a d’ailleurs
pu soutenir que tous les systèmes de numération duo
décimale auraient une origine géométrique (2).
Au point de vue musical, le Duodénaire présente
des caractères du même genre. Si l’on porte une série de
quintes (intervalle 3/2, véritable unité musicale), en
partant du fa le plus bas du clavier usuel (parce que le
fa est la seule note qui permette la succession des quintes
dans la gamme naturelle), on trouve successivement :

(1) Clémence Royer : La Constitution du Monde, Paris,.


1900.
(2) M.-F. Chapelle : Origine géométrique des systèmes
de numération décimale et duodécimale. St-Ftienne, 1895.
fa, ut, sol, ré, la, mi, si, fa dièse, ut dièse, sol dièse,
ré dièse, la dièse, mi dièse, et cette dernière note,
mi dièse, qui est la douzième quinte, coïncide à vi i
bration 746 près (intervalle inappréciable) avec le
septième octave du fa initial (1). Le clavier usuel ne
comportant que sept octaves, cet exemple montre
comment le Duodénaire enferme le cycle des combi
naisons harmoniques (de quinte à octave) et ses rap
ports avec le Septénaire. — Corrélativement, la gamme
naturelle avec ses 7 notes simples, se complète en
gamme chromatique par l’adjonction, de 5 dièses, ce
•qui fait sur le clavier douze notes par gamme,
(six tons). C’est en vertu de cette constitution duodé
naire que les gammes naturelles peuvent empiéter
les unes sur les autres de toutes les manières possibles,
c’est-à-dire qu’on peut jouer la gamme (sa succession
d’intervalles) en partant de n’importe quelle note du
clavier. — Là encore le Duodénaire est la clef des
rapports et des combinaisons.
La musique chinoise la plus ancienne avait adopté le
système duodécimal, mais sur d’autres bases, la gamme ne
comportant que cinq tons. — La tradition attribue à
Lyng-lun (2623 av. J.-C.) l’invention des douze lu ou
mesures des sons, ayant leur source commune dans le
Loang-tchoung ou ton fondamental des bruits de la
nature (fa). — De ces douze lu, six sont yang ou majeurs
et six sont Yn ou mineurs. —Les majeurs s'appellent:
Hoang-Tchoung, Taï-tsou, Kou-si, Joui-pin, Y-tsé, et
Ou-y ; les mineurs sont : Ta-lu, Yng-tchoung, Nan-lu,
Lin-tchoung, Tchoung-lu et Kia-tchoung (Fortia
j>’Urban).
De toute façon, le Duodénaire apparaît comme type

(1) FlambarT: La Chaîne des Harmonies. Paris, 1910.


de classification pour les catégories d’objets résul
tant de combinaisons diverses. Dans ce sens, les Boud
dhistes reconnaissent douze causes d’existence ou
Nidanas (Ten-brel Chug-nyi en Thibétain) (i). Celles-ci
sont, d’après le Lalita Vistara : la Douleur, causée
par la Naissance, causée par l’Existence, causée
par la Conception, causée par le Désir, causé par la
Sensation, née du Contact procédant des Six sens (vue,
ouïe, odorat, goût, toucher et sens interne). — Puis
t
c’est le Nom et la Forme, produits de la Connaissance ;
enfin, ce sont les Conceptions illusoires, les créations
artificielles de l’esprit causées par l’Ignorance (Avidya),
source suprême de tous les maux inhérents à l’existence
matérielle (2). Toute vie, sur le plan matériel, procède du
jeu de ces différentes causes.
Fabre D’Olivet reconnaît dans l’homme douze facul
tés, agissant par douze moyens qu’il répartit en six
dualités : i° et 2° Attention et Perception ; 30 et
40 Réflexion et Répétition ; 5 0 et 6° Comparaison et
Jugement ; 7 0 et 8° Rétention et Mémoire ; 9 0 et
io° Discernement et Compréhension ; il et 12 0 Ima
0
gination et Création. — Les moyens correspondant
sont : i° et 2 0 Individualisation et Numération, 3 0 et
4 0 Décomposition et Analyse ; 5 0 et 6° Analogie et
Synthèse; 7 0 et 8° Méthode et Catégorie; 9 0 et io° Induc
tion et Déduction; n° et 12 0 Abstraction et Généralisa
tion (3).
Au point de vue logique, Kant, dans sa Critique de la
Raison pure, illustre cette signification du Duodénaire

(1) Cf. H.-P. BlavaïSKY : Doctrine secrète.


(2) Cf. F. BurnoüF : Introd. à l'histoire du Bouddhisme
.indien, Paris, 1876, p. 437.
(3) Fabre d’Olivet : Hist. phil. du genre hum., Paris,
1910, t. I, p. 38-39.
en admettant qu’il existe dans l’entendement humain
douze fonctions, résultant de quatre points de vue dont
chacun est susceptible de trois aspects. Ces quatre points
de vue sont : la Quantité, la Qualité, la Relation et la
Modalité ; ils constituent un Quaternaire typique. Les
jugements se répartissent ainsi : <

I. Selon la quantité : i° généraux ; 2 0 particuliers ;


3 0 singuliers.
II. Selon la qualité : 40 affirmatifs ; 5 0 négatifs ;
6° limitatifs.
III. Selon la relation. y° Catégoriques ; 8° hypo
thétiques, 9 0 disjonctifs.
IV. Selon la modalité : io° problématiques ; n°
assertoriques ; 12 0 apodictiques.
Il s’ensuit douze catégories correspondantes qui sont :
i° unité ; 2° pluralité ; 3 0 totalité ; 40 réalité ; 5 0 néga
tion ; 6° limitation ; 7 0 inhérence ; 8° dépendance ; 9 0 ré
ciprocité ; io° possibilité ; n° existence ; 12 0 nécessité.
Tous ces concepts sont, a priori, antérieurs à toute
expérience, et absolument nécessaires à la formation
du moindre jugement (1). Leur ensemble représente
donc un jeu complet de combinaisons ; c’est le sens
que nous découvrons dans toutes les séries duodénaires.
La tradition occulte nous donne une clef typique du
Duodénaire établie exactement sur le même système
que la classification kantienne, c’est-à-dire d’après un
quadruple Ternaire ; c’est le zodiaque. Le zodiaque est
la partie du ciel devant laquelle les planètes semblent se
déplacer par rapport à nous ; c’est donc une zone cir
culaire située sur le plan de l’écliptique et contenant
un certain nombre d'étoile fixes. Or, ces étoiles ont été
réparties en douze constellations, et cela dès une anti-

(1) Cf. E. Saisset : Le Scepticisme, Paris* 1865,. 2 e édit..


quité qu’il est impossible d’évaluer. — Pour les uns,
comme VoLNEY.leZodiaque que nous connaissons n’aurait
pas moins de 18.000 ans. d’existence (1). D’autres, se
basant sur la coïncidence originelle des constellations
et des signes, le font remonter à 3 ou 4.000 ans avant
J.-C. Il apparaît dès les époques les plus reculées en
Chine, dans l’Inde (2), en Perse (3). Chez les Egyptiens le
partage de l’année en quatre saisons et douze mois,
résultant de l’usage du zodiaque, remonterait, d’après
M. Rodier, à la période d’HoRus (18.790 ans) (4).
En tout cas, il est antérieur à la civilisation grecque.
Newton le faisait remonter à l’expédition des Argau-
nautes (6.500 av. J.-C.), mais, déjà dans le livre de Job,
chez les Hébreux il est question des douze signes (5).
Il est très vraisemblable que l’universalité du zodiaque,
dans toutes les civilisations connues, soit la conséquence
d’une origine préhistorique commune : la civilisation de
l’Atlantide, car, au moment de la conquête, on a retrouvé
chez les Indiens d’Amérique un zodiaque extrêmement
ancien, dont les douze constellations sont presque
identiques aux nôtres. — D’après les relations du
P. Acosta, celles-ci étaient appelées dans l’ancien Pérou :
Kakatu-Chillay (splendeur, de l’agneau, V), Urru-Chil-
lay (le mâle splendide, ), Mirku- Kokoyllur (les étoiles
jointes, $), Machak-Huay (la couleuvre endormie, ©),
Chukin-Chinka-Chay (retour de la lance du lion caché,

(1) Cf. D r SchlEGEL: Uranographie chinoise, La Haye,


1875, 2 vol. in-8.
(2} Bailly : Histoire de l’astronomie indienne et orientale,
Paris, 1787, in-4.
(3) Malcolm : History of Persia, London-Murray, 1815,
2 vol. in-4.
(4) Cf. TrEbucq : Influence astrale, 1914.
(5) Job, xxxvm, 31-32.
$,), Mama-Haua (la mère divine, np),Cakkana (l’échelle,
^), Huakra-Onkoy (le scorpion, n^) (le nom du Sagit
taire manque), Toppa-Tarukka (le cerf cornu ardent, £)
Miki-Kiktray (l’époque des eaux, s») (le nom de la
dernière constellation manque également) (i).
On trouve également les douze signes du zodiaque
dans les monuments les plus anciens de la Chine, de
l'Inde et de la Perse (2). Le zodiaque hindou (Rasi
Chakra) comprend les signes : Mecha, Vricha, Mithouna,
Carthataka, Sinha, Kanya, Toula, Vristchika, Dhanous,
Makara, Koumbha et Minas.
Primitivement, les douze constellations se confon
daient avec les douze signes qui sont des divisions de
30 degrés d’étendue chacune. Comme ces divisions
sont comptées à partir du point vemal, c’est-à-dire à
partir du point zodiacal occupé par le soleil à l’équinoxe
de printemps, la précession des équinoxes les fait che
vaucher sur les constellations, de telle sorte qu’actuel-
lement les signes et les constellations ne se correspon
dent plus. Les astrologues modernes ont beaucoup dis
cuté pour s’expliquer comment l’influence du Zodiaque
restait inhérente aux signes et non aux constellations,
mais on n’a pas encore proposé, à notre connaissance,de
solution satisfaisante. — Quoi qu’il en soit, nous ne nous
occuperons dorénavant que des signes. — Les signes
sont répartis, selon leur influence astrologique,en quatre
triplicités correspondant aux quatre éléments. — Chaque
triplicité comprend un signe mobile, un signe fixe et
un signe commun.— Les signes sont dans leur ordre :
i° le Bélier (Feu, mobile), 2° le Taureau (Terre, fixe) ;
3° les Gémeaux (Air, commun) ; 4 0 le Cancer (Eau,
(1) D r GiRCOiS : L'Occulte chez les Aborigènes de l'Amé
rique du Sud, Paris, 1895.
(2) Fortia d’Urban : loc. cit.
mobile) ; 5 0 le Lion (Feu, fixe) ; 6° la Vierge (Terre,
commun) ; 7 0 la Balance (Air, mobile) ; 8° le Scorpion
(Eau, fixe); 9 0 le Sagittaire (Feu, commun) ; io° le
Capricorne (Terre, mobile) ; n° le Verseau (Air, fixe),
12° les Poissons (Eau, commun).
Une telle répartition, ainsi que nous l’avons déjà
exposé (1), paraît peu rationnelle ; elle ne correspond pas
aux qualités élémentaires des saisons, et l’influence des
signes sur le tempérament des individus semble égale
ment ne pas répondre à cette classification.
Pourtant, la pratique de l’Astrologie montre que,
dans beaucoup d'autres cas, ces données correspondent à
une réalité empirique, notamment en ce qui concerne la
détermination astrologique des professions, du genre de
mort, etc. L’influence exacte des signes zodiacaux est
très difficile à déterminer en Astrologie et nous n’entre
prendrons pas ici d’aborder le détail de cette question ;
cependant, nous avons été frappés par la coïncidence de
ce qu’on en sait, avec les catégories de Kant. Les signes
de Feu semblent répondre aux concepts de Qualité,
ceux de Terre aux concepts de Quantité, ceux d'Air
aux concepts de Relation, et ceux d’Eau aux concepts
de Modalité. — Déjà la correspondance de ces triplicités
«st assez curieuse pour l’Occultiste familiarisé avec le
symbolisme des éléments.
Nous pensons pouvoir définir ainsi l'influence des
signes du Zodiaque : Bélier : activité, énergie, destruc
tion. — Taureau: persévérance, travail,concentration.—
Gémeaux : union, réciprocité.
— Çancer : plasticité, vie,
circulation, versatilité. — Lion : fixité, originalité, indé
pendance, générosité. — Vierge: ordre, synthèse, ralentis-

(1) Cf. Les Tempéraments et l’Astrologie, in Voile d’Isis,


janv. 1913, p. 5.
sement, économie. — Balance : équité, relativité. —
Scorpion : imagination, intention, curiosité. — Sagit
taire : autorité, victoire. — Capricorne : éparpillement.
— Verseau : obligation, initiative.— Poissons : fatalité,
renouvellement. Ceci nous permet de pousser plus loin
le rapprochement avec les a priori kantiens et de faire
correspondre : le I ion à la réalité, le Bélier à la négation,
v
le Sagittaire à la limitation, le Taureau à l’unité, le
Capricorne à la pluralité, la Vierge à la totalité, le
Verseau à l'inhérence, la Balance à la dépendance, les
Gémeaux à la réciprocité, le Scorpion à la possibilité,
le Cancer à l’existence, les Poissons à la nécessité.
L’influence propre de chaque signe a été rattachée
à l’une des sept planètes classiques exprimant une moda
lité d’influence particulière; mais il serait possible d’ad
mettre l’existence de douze globes planétaires: le Soleil,
Vulcain, Mercure, Vénus, le système Terre-Lune, Mars,
Junon (tranformée en astéroïdes), Jupiter, Saturne,
Uranus, Neptune et Pluton (dont l’existence, comme
celle de Vulcain, est nécessaire pour expliquer certaines
irrégularités d’attraction). Ces douze globes ne réalise
raient que sept modalités véritables, en se rangeant par
couples, l’un répondant au côté favorable, l'autre au côté
défavorable d’une même modalité. On a proposé de don
ner le Capricorne à Uranus et le Verseau à Saturne, les
Poissons à Neptune et le Sagittaire à Jupiter,le Scorpion
à Mars et le Bélier à Pluton, la Balance à Junon et le
Taureau à Vénus, la Vierge à Mercure et les Gémeaux à
Vulcain (i). Aux cinq couples s'ajoutent les deux moda
lités simples du soleil (Lion) et de la Lune (Cancer).
L’Astrologie et la Symbolique occulte ont tout

(i) Cf. Bouché-LECLERC : Les Astronomes grecs, Paris,


1897.
naturellement rapporté au Zodiaque non seulement les
mois de l’année répartis en quatre saisons, mais des
séries analogues. — La totalité du Zodiaque passant en
un jour sur l’horizon terrestre, on comprend que la
tradition ancienne n’ait reconnu dans la journée que
douze heures correspondant aux signes célestes, comme
les mois de l’année. Telles sont les heures dites babylo
niennes des peuples de l’Orient, dont les six parties de
la nuit, distinguées par les Latins, sont un vestige
(vespera, conticinium, concubium, intempetas nox, gallici-
nium et luciferum). Les modernes les ont dédoublées
en deux fois douze heures, dont on vient de faire
vingt-quatre heures, masquant ainsi un peu cette cor
respondance.
Les signes du Zodiaque combinent leurs influences
astrologiques dans une harmonie parfaite et une succes
sion immuable. Cette série de modalités cosmiques,agis
sant sur toutes les choses de ce monde soumises à son
influence, ne pourrait produire partout que l’ordre et la
méthode sans le jeu des sept planètes qui évoluent diver
sement, troublant ou renforçant cette influence fixe
pour engendrer perpétuellementdes complexus d’influen
ces nouveaux et inattendus. — C’est pourquoi, d’après
le Minokhired des Perses, tout le bien provient des
douze signes du Zodiaque, considérés comme une créa
tion d’AHURA-MAZDA ; le mal proviendrait des sept
planètes, œuvre d’AGNA-MAYNius, qui propagent le
trouble sur la Terre.
<5 Quoi qu’il en soit, chaque signe du Zodiaque possède
son caractère et son influence propres et chaque caté
gorie naturelle se subdivise en douze parties correspon
dant chacune à un signe. Leü traités de magie et d’astro
logie sont pleins de ces correspondances avec les ani
maux, les plantes, les minéraux, les types humains, les
parties du corps, les professions, les maladies, etc. Des
modernes, comme le D r Duz, en ont recherché les corres
pondances médicales et thérapeutiques (i). Élie Alta
cherche à rapporter au Zodiaque les tempéraments, la
graphologie, le phrénologie, la chiromancie et le Tarot (2)
Rama-Prasad tente un rapprochement entre les douze
paires de nerfs crâniens chez l’homme et les douze
signes (3).
Mais il existe en Astrologie un autre système duodéci
,

mal non moins important, car il représente la totalité


rationnelle des affaires humaines, dans le fonctionne
ment individuel et social de chaque homme ; c’est le
système des Maisons de l’horoscope. L’expérience a
montré que, suivant leur position par rapport au méri
dien terrestre, les planètes agissent plus spécialement
sur telle ou telle catégorie de choses (4) et ceci a amené à
distinguer douze portions du ciel. Ces douze portions
sont réparties en quatre régions : i° sus-horizontale
orientale ; 2 0 sus-horizontale occidentale ; 3 0 sous-hori-
zontale orientale ; 4 0 sous-horizontale occidentale.
Chacune de ces régions comprend trois maisons dont la
première est dite cardinale, la suivante succédente et la
dernière cadente ; nous avons donc, ici encore, une qua
druple triplicité. La première maison concerne la santé,
le caractère, les facultés du sujet ; la II e est en rapport
avec l'acquisition de la fortune ; la III e avec les collaté
raux ou les affaires privées ; la IV e avec l’hérédité
(parents, patrimoine, foyer) ; la V e avec les enfants ou les

(1) D r Duz : Traité pratique de médecine astrale, Paris,


1910, in-18, et Zodiologie médicale, Paris, 1906, in-18 j.
(2) ÉuE A ETA (G. Bouchet) : Cosmogonie humaine.
Vichy, 1917.
(3) Rama-Prasad : Les Forces subtiles de la Nature, Paris.
(4) Cf. P. Flambart : Le Langage astral, Paris, 1902.
spéculations ; la VI e avec les employés ou les subordon
nés ; la VII e avec le mariage ou les affaires publiques ;
la VIII e avec la mort ; la IXe avec les voyages, les opi
nions, la vocation ; la X e avec la situation sociale ; la
XI e avec les amis ou les projets; laXII e avec les épreuves
ou les ennemis. Or, ces douze maisons, qui se succèdent
en un cercle complet, peuvent être groupées en quatre
(
trigones. Nous avons :
I. — Les manifestations du )
sujet (concept :
Qualité ; Elément : Feu) :
a) au point de vue intérieur : le caractère, la santé (I re
maison) ;
b) au point de vue extérieur : les enfants, les spéculations
m ;
c) au point de vue ambiant : les voyages, la vocation
(IX').
II. — L'Importance sociale (concept :
Quantité ;
élément : Terre) :
a) au point de vue intérieur : la situation (X e ) ;
b) au point de vue extérieur : la fortune (II e ) ;
c) au point de vue ambiant : les subordonnés (VI e )
III. — L’Entourage ou l’activité : (concept :
Relation ; élément : Air) :
a) au point de vue intérieur : le conjoint, les affaires
publiques (VII e ) ;
b) au point de vue extérieur : les amis, les projets (XI e);
c) au point de vue ambiant : les collatéraux, les affaires
privées (III e).
IV. — Les Influences subies (concept : Modalité ;
élément : Eau) :

a) au point de vue intérieur : l’hérédité (IV e) ;


b) au point de vue extérieur : la mort (VIII e) ;
c) au potnt de vue ambiant : les épreuves (XII e)
Le système des douze maisons est tellement analogue
au Zodiaque, dans sa constitution, qu’on a pu établir
une suppléance ou une substitution, notamment dans
l’astrologie dite onomantique ou dans ses branches
dérivées. — Cette répartition en triplicités convient
aussi assez exactement aux catégories kantiennes.
11 semble donc que toutes les séries duodénaires soient
justiciables d’une clef commune qui n’est autre que
l’étoile à douze branches, formée de quatre triangles
superposés (cf. figure 43). Ajoutons, en ce qui concerne
les maisons, que leur adaptation aux innombrables
combinaisons des affaires humaines est si adéquate que
ce système duodénaire a pu être appliqué à la divina
tion par le Tarot ou cartomancie (1).
Le D r Baraduc arrive à considérer 12 formules de
magnétisme individuel comparables aux 12 heures du
jour et de la nuit, aux 12 mois de l’année et « aux
12 flux de force éthérique suivant 12 orientations dif
férentes (2) ».
*
* *

La plupart des applications symboliques du Duodé


naire se rapportent donc au Zodiaque comme à une
clef commune, non pas en vertu d’un mythe solaire plus
ou moins poétique, mais en vertu des propriétés arith-
mosophiques du nombre 12. Nous avons mentionné
les douze colonnes des anciens Péruviens à Cuzco :
on les retrouve dans le temple d’Héliopolis et dans la
pagode Verdapetha, au cap Comorin (extrémité méri
dionale de l’Indoustan). — Hippolyte Clauzel rap
proche de ces douze colonnes le fait que les Men’hirs

(1) BourgeaT : Le Tarot, Paris, 1913» P- 79* 81


*
(2) Les Vibrations de la Polarité Humaine. Paris, 1904*
p. 103.
346 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

étaient généralement disposés par triades et pense que


le Duodénaire a été constitué dans ces cas, en disposant
une triade à chaque point cardinal (1).
Les Indiens reconnaissent 12 Adytias ou dieux de
l’année (2) correspondant aux mois et aux signes, ainsi
qu’en témoigne le code de Manou, lui-même divisé en
douze livres. — Enfin selon les Vedas, Brahma aurait
créé douze Jayas ou divinités secondaires pour l’assis
ter pendant la création.
Selon certaines traditions des peuples de l’Iran, le
monde devait durer 12 milliers d'années en tout, tant
avant qu’après la création de l’homme.
Dans la Chine, même tradition : l’évolution du monde
matériel comprend douze périodes de 18.100ans chacune. -
Les onze premières sont des périodes d’organisation,
et la douzième une période de chaos (Fortia d’Urban).
Les 12 grands dieux de l’antiquité classique se rap
portent au Zodiaque selon Manilius : « Pallas, dit-il,
veille sur le Bélier ; Vénus sur le Taureau ; le beau
Phœbus sur les Gémeaux ; Cyllène sur l'Écrevisse ;
Jupiter, conjointement avec la mère des dieux, gou
verne le Lion ; la Vierge est à Cérès porte-épi ; la
Balance à Vulcain qui l’a fabriquée; le Scorpion batail
leur est avec Mars, le Chasseur avec Diane, mais
Vesta réchauffe les petits astres du Capricorne et le
Verseau est l’astre de Junon en face de Jupiter et
Neptune .reconnaît ses poissons danslamer. »—-Comme
on le voit, cette correspondance mythologique ne con
corde pas avec la domination planétaire du septénaire
astrologique.
Primitivement, le mythe des travaux d’Hercule
(1) Hippoi,. CLAUZKL : Le Triomphe du Christ, Bergerac,
1875.
(2) Manava-Dharma-Shastra, vi-231 et xi-221.
paraît avoir correspondu au Zodiaque et il est encore
possible de faire quelques rapprochements. — Ces
travaux sont : i° la destruction du lion de Némée ;
2° la destruction de l’hydre de Lerne ; 3° la destruction
du sanglier d’Erymanthe ; 4 0 la destruction des oiseaux
du lac Strymphale ; 5 0 la conquête de la biche du Mont-
Cergnée ; 6° le nettoyage des écuries d’AuGiAS ; 7 0 la
lutte contre le taureau de l’île de Crête ; 8° la con-
• * de Diomède
quête des cavales ; 9 0 la conquête de la
ceinture d’HiPPOLYTE ; io° la destruction de Gérion ;
ii° la conquête des pommes d’or du jardin des Hespérides;
12 0 la descente aux enfers et la lutte contre Cerbère.
Chez les Juifs, la tradition admet douze anges pré
sidant aux signes zodiacaux : Malchidiel, Asmodel,
Ambriel, Muriel, Verchel, Hamaliel, Zuriel, Bar-
biel, Adnachiel, Huael, Gabiel, Barchiel.
La correspondance du Zodiaque avec les douze fils
de Jacob, chefs de tribus, est des plus curieuses. D’après
les épithètes que leur donnent les vieux textes (1), on
peut rapporter Simeon, célébré par son association
fraternelle à LÈvi, aux Gémeaux; Juda est un « lion
puissant » et correspond au signe de même nom ; Issa-
char, le « serpent sur le chemin », s’associe nettement au
Scorpion ou à la constellation voisine, du Dragon. (Il
faut remarquer que le serpent fut remplacé sur l’éten
dard de cette tribu par un aigle, évoquant la constel
lation voisine de l'Aigle.) — Quant à Naphtali, on a
coutume de traduire ce qu’en dit la Bible : « Il est une
biche en liberté et donne de bonnes paroles », ce qui le
rapproche du Capricorne; mais il serait également pos
sible de traduire: «il est un chêne touffu qui produit de
belles branches », et, dans la vieille planisphère, on voit

(1) Genèse, xuv-28.


l'Arbre figuré en connexion avec le signe du Verseau (i).
Pour les autres,les correspondances sont moins évidentes
et varient avec les auteurs. Sépharial donne, dans
l’ordre des signes : i° Benjamin, 2° Ruben, 3 0 Simeon,
4° LÉvi, 5° Juda, 6° Zabulon, 7 0 Issachar, 8° Dan,
90 Gad, io°Asher, ii°Naphtali, i2° Joseph.— Dans
la Doctrine * secrète, H.-P. Blavatsky donne, dans
l’ordre des signes : i° Gad, 2° Issachar, 3 0 Simeon et
Lévi, 4 0 Benjamin ; 5 0 Juda, 6° Dinah, fille unique de
Jacob, la Vierge, 7 0 Asher, 8° Dan, 9 0 Joseph,
io° Naphtali, ii° Ruben, 12 0 Zabulon (2). — Les
douze tribus ont une grosse importance en symbolique
et saint Augustin considérait le Duodénaire comme
sacré, à cause des douze tribus (3).
Ce Duodénaire est symbolisé par les pierres du Ratio-
nal : sardoine, topaze, émeraude, escarboucle, saphir,
diamant, syncure, agathe, améthyste, chrysolithe,
onyx et béryl.
Les Kabbalistes rapportent les douze lettres simples
de l’alphabet hébraïque aux douze signes du Zodiaque (4)
selon leur ordre : Hé, Vau, Zaïn, Heth, Thet, Iod, Lamed,
Noun, Samech, Gnaïn, Tsadé, Koph, correspondant à
Bélier, Taureau, etc. Elles correspondent encore aux
organes de l’homme : main droite et main gauche,
les deux pieds, les deux reins, le foie, le fiel, la rate, le
côlon, la vessie, les artères — ainsi qu'aux fonctions
suivantes : vue, ouïe, odorat, parole, nutrition, coït,
action, locomotion, colère, rire, méditation, sommeil.

(1) Cf. Sépharial : Eclipses, London, 1915.


(2) Joseph et LÉvi sont quelquefois remplacés par
Éphraim et Manassé.
(3) S. Augustin : In Ps., CIII, 3.
(4) Sepher Yésirah, chap. VI, cf. PapüS : La Cabbale,
Paris, 1903, p. 193.
Ils correspondent encore aux douze directions suivantes
que nous pensons pouvoir rapporter aux faces du dodé
caèdre : Nord-Est, Sud-Est, Est-hauteur, Est-profon
deur, Nord-Ouest, Sud-Ouest, Ouest-hauteur, Ouest-
profondeur, Sud-hauteur, Sud-profondeur, Nord-hauteur,
Nord-profondeur. « Ces douze lettres forment, dit A.
Jounet, une série un peu artificielle et qui ne suit pas
rigoureusement telle ou telle série du langage physique ;
11
ne faut donc pas les regarder comme la correspondance
naturelle du Zodiaque, mais comme un symbole factice
de tout duodénaire (i). »
Ee nombre 12 revient fréquemment dans les
textes sacrés. — Il y a douze patriarches : Malachie,
Aggée, Zacharie, Amos, Osée, Michée, Jonas, Abdias,.
Séphonie, Naum, Abacuc et Johel. On trouve encore:
les douze fils d’ISMAEL (2); les 12 juges; les 12 grands
prêtres des chroniques ; les 12 princes d’Israël (3) ; les
12 pierres de l’autel de l’alliance (4); les 12 noms gravés
sur le pectoral (5) ; les 12 pains de proposition (6) ; les
12 verges pour confirmer le choix d’AARON (7) ;
les 12 explorateurs envoyés en Chanaan (8) ; les
12 pierres choisies par 12 hommes dans le lit du
Jourdain pour faire un monument (9) ; les 12 inten
dants sur Israël (10) ; les 12 bœufs de bronze de la

(1) A. Jounet : La Clef du Zohar, Paris, 1909, p. ni.


(2) Genèse, xxv, 13-16 et xvi-20.
(3) Num., xvii, 2-8.
(4) Exod., xxiv-4.
(5) Exod., xxviii-21.
(6) Lévit., XXiv-5.
(7) Num., xvii-2.
(8) Deut., 1-23.
(9) Jos., IV-3.
(10)III Reg., iv-16.
mer d’airain (i) ; les 12 morceaux symboliques faits
avec le manteau d’AHias (2) ; les 12 pierres de l’autel
d’ELiE (3) ; les sacrifices de 12 animaux (4) ; les 12
sources d’Elim (5) ; les 12 coupes d’or offertes pour la
dédicace de l’autel (6).
Ce symbolisme persiste dans le nouveau Testament ;
ron peut citer les douze apôtres du Christ : Mathias (qui a
emplacé Judas pour maintenir le nombre 12),Thaddée,
Simon, Jean, Pierre, André, Bartholomé, Philippe,
J acques majeur,Thomas, Matthieu et J acques mineur.
— Tertullien dit que les douze signes du Zodiaque
(souvent représentés sur les cathédrales) sont une image
des douze apôtres entourant Dieu, de la même façon
que les signes entourent le Soleil, et saint Augustin (7)
explique que les douze apôtres jugeant les douze tri
bus d’Israël (8) signifient que l’Église est composée
d’hommes appelés des quatre vents au moyen du bap
tême conféré au nom des trois personnes divines.
Il y a encore douze portes et douze pierres fondamen
tales à la Jérusalem céleste (9) ; douze heures du jour
(10) ; Jésus avait 12 ans à son premier pèlerinage à
Jérusalem (11), comme la fille de JaïrE (12) ; douze
corbeilles restèrent après la première multiplication

(1)III Reg., vii-25.


(2)III Reg., xi-30.
I
(3) Reg., xvm-31.
(4) Num., vii-87 ; xxix-17 ;I Esdr., vi-17 ; vm-35.
(5) Exod., xv-27.
(6) Num., vii-84.
(7) S. Augustin : In Ps., lxxxvi, 4.
{8) Matth., XiX-28.
(9) Apoc., xxi-12-14 ;
(10) Joa., Xl-9.
(11) Luc, 11-42.
(12) Luc, VIII-42.
des pains (1) et l’arbre de vie donne douze récoltes (2).
La liturgie chrétienne a conservé le Duodénaire
dans de nombreuses applications. — Sans parler des
douze vertus, des douze fruits du Saint-Esprit, des
douze articles du Credo,il s’exprime dans la construction
des cathédrales par les douze piliers, de la même façon
que dans les temples égyptiens, tel le temple d’AMMON, à
Thèbes (3). Les rosaces à douze rayons s’observent
assez fréquemment, enfin on peut voir un symbole des
quatre triplicités {dans les croix présentant des extré
mités trifurquées.
Dans l’antiquité classique, on peut noter les douze
peuples formant une confédération autour de Delphes,
les douze villes de la fédération ionienne, les douze
cantons achéens confédérés du Péloponèse, les douze
cantons fondés en Attique par Cf.crops, les douze
districts royaux d’Egypte, d’après Sabakkon. — A
Athènes, nous voyons les douze phratries ; suivant
Démosthène, il y avait primitivement douze juges
dans l’Aréopage ; chez les Phéaques, douze anciens
étaient adjoints au roi. — Alexandre éleva douze autels
à l’endroit où il toucha en premier le sol de l’Asie; il en
éleva également douze à l'endroit où sa puissance fut
brisée.
En Italie, douze peuples composent la fédération
étrusque ; ils ont douze chefs et douze colonies. — Il
y avait douze licteurs chez les Romains, etc., etc. (4).

(1) Joa., vi-13.


(2) jApoc., XXII-2.
(3) Cf. E. SchurÉ : Sanctuaires d’Orient, Paris, 1907.
(4) D. Ramée : Théologie cosmogonique, Paris, 1853, 1-1.
CHAPITRE XIII

LES AUTRES NOMBRES

«
Le nombre subsiste toujours et se
trouve en tout; l’un dans-la voix, l’autre
dans ses proportions ; l’un dans l’âme et
la raison et l’autre dans les choses
divines. »
(Proclus.)

Partant de l’unité qui contient tout, qui individua


lise l’univers entier en la conscience du Logos suprême,
la série numérique s’étend sans limites ; l'Unité se
fragmente sans cesse par une série de multiplications
dénaires. Les neuf premiers nombres sont comme
la gamme des principes métaphysiques fondamen
taux ; ceux-ci s’expriment partout dans la création,
mais constituent de pures puissances de l’Archétype ;
nous les reconnaissons dans leurs effets lointains, mais
ils nous demeurent à jamais inaccessibles dans leur
essence véritable. Dix représente l’Unité synthétique
par rapport aux parties qui la composent ; c’est le nom
bre de l’univers manifesté, le premier voile que revêt
l’incognoscible Archétype, sa première dégradation.
Les dizaines : 20, 30, 40,... etc., représentent l’aspect
que prennent dans l’univers manifesté les purs prin
cipes du plan suprême, leur première spécialisation.
Le nombre 100, qui est une dizaine de dizaines, un Dé-
naire au second degré, doit représenter la division en.
sous-parties des parties de l’Unité : c’est la deuxième
obscuration de l’Archétype, sa deuxième diminution ou
spécialisation ;<ce que la centaine désigne, c'est la par
tie de l’Univers, c’est le microcosme dans le macro
cosme, c’est l’être individualisé quel qu’il soit, mais
plus particulièrement l’homme, si l’on veut prendre
l’homme pour le type des êtres (i). Les centaines: 200,
300, 400, etc., montrent l’expression des principes
initiaux dans les créatures microcosmiques, leur
deuxième atténuation. Dans le même ordre d’idées, 1000
peut représenter la division du microcosme, c’est-à-
dire la partie élémentaire des êtres : cellule ou atome
et les milliers: 1000, 2000, 3000, etc.,désignent la forme
de manifestation des principes premiers dans ces par
ticules, leur spécialisation au troisième degré, etc.
Toutes ces unités successives sont reliées par la même
proportion dénaire, ce qui signifie qu’elles affectent
entre elles des rapports analogues. L’égalité arithmé
tique entre 1 /io, 10/100, 100/1000, etc., expriment
la complète analogie entre les rapports de l’Univers
à l’homme et ceux de l'homme à ses parties. Pour le
nombre 1, la clef de ces rapports est l’individualité ;
pour le nombre 2, c’est la différenciation,etc.
On peut se représenter l’Univers comme un immense
carré divisé et subdivisé par 9, un nombre considérable
de fois, depuis le million de kilomètres jusqu’au cent
millionième de millimètre, par exemple. Plus les par
celles de l'Univers deviennent petites, plus les rapports
de chacune avec l’unité synthétique suprême devienne
complexes, et pourtant, si complexes soient-ils, ces
rapports peuvent être représentés par un nombre, de
PyThagore considère l’âme humaine comme un
(1)
nombre capable de se mouvoir par lui-même (àpi9 uo; aux0-
X!vt)tixq;) ; cf. PLUTARQUE : De placitis philosophorum.
(
même que la place respective de chaque carré infini
tésimal de notre aire peut être numérotée d’une cer
taine manière. Il n'y a donc rien dans le monde qui ne
puisse, en principe, être exprimé par un nombre, si
élevé soit-il ; on peut concevoir que chaque atome
possède son nombre particulier dans la création. Seu
lement, perdus entre les deux abîmes de l’Unité synthé
tique et de l’unité analytique dont nous ne pouvons
découvrir le fond, nous n'apercevons qu'une partie
réduite du champ universel ; nous ne pouvons donc
avoir qu’une idée relative et proportionnelle de la
place exacte de chaque chose et de la valeur exacte
dé chaque nombre. Nous nous perdons d’ailleurs très
vite dans la progression infinie des nombres,même quand
nous partons d’une unité relative qui soit a notre taille :
si le sauvage ne conçoit guère une pluralité supérieure
au nombre de ses doigts, l’esprit le plus cultivé ne se
représente plus grand’chcse de net au delà du trillion
ou du quintillon : qu’est-ce pourtant dans la série
infinie des nombres ?
Donc, ce que nous pouvons,en arithmosophie, deman
der au nombre complexe, c’est l’idée d'un rapport
entre certains plans de l’univers, la formule de combi
naison entre certains principes et certains comparti
ments de la création. Cette idée restera toujours mal
définie, puisque notre synthèse, pour trouver le genre,
et notre analyse, pour trouver la différence, ne peuvent
être poussées jusqu’aux extrémités du Cosmos. La signi
fication du nombre complexe sera pour nous propor- *
tionnclle, mais non spécifique, et demeurera néces
sairement très générale.
On peut encore se représenter les neuf principes
de l'Archétype comme des couleurs fondamentales
dont les sous-parties seraient des nuances affectant entre
elles des rapports analogues. On voit qu’après une série
de combinaisons par dixièmes successifs la teinte des
combinaisons deviendra tellement complexe qu’il
sera quelquefois malaisé d’y reconnaître le principe
initial dont elle relève plus particulièrement. Enfin,
ce qui se présente à nous, ce ne sont pas des sous-unités
isolées, mais des rapports ou des mélanges de sous-
unités, ce qui peut faire prédominer plusieurs prin
cipes. Prenons, par exemple, dans la série des choses
microcosmiques, l'idée d'amour. Si l’on considère le
mâle en rut poursuivant la femelle, il s’agit d’un véri
table conflit; l’amour consiste ici dans le simple antago
nisme de deux polarités physiques et il répond au Binaire.
Quand, plus tard, le mâle et la femelle restent unis
pour la protection de leur progéniture, quand leurs
rapports s’organisent, c’est un Ternaire. Quand l'amour
rapproche non plus seulement deux organismes, mais
deux sentiments et deux pensées, quand il unit deux
êtres triples sur leurs trois plans, c’est un Sénaire.
Enfin quand un être disperse sa force affective sur l’Uni
vers entier, comme dans le sublime sacrifice de l’Initié,
l'amour est Novénaire. En réalité, l’amour humain
n’exprime pas un pur principe comme 2-3-Ô-9, mais
une dégradation microcosmique de ce principe, comme
200-300-600-900, ou quelque chose de plus complexe
encore, car, à ce fond relativement simple, peuvent se
combiner d’autres modalités particulières. Par exem
ple, le nombre 61S, parmi beaucoup d’autres acceptions
possibles, pourrait ajouter au sens d’amour-affection
l’idée d’une harmonie providentielle ou d’un double
rayonnement altruiste propre au nombre 18.
Ainsi, pour interpréter un nombre complexe, il faut
chercher les rapports possibles entre les Principes
réalisés sur les différents plans (à quoi correspondent
les unités des différents ordres : dizaines, centaines, etc.).
Par exemple, le nombre 230 exprimera la différencia
tion des êtres (200), par rapport à l'organisation cos
mique (30). Etant donné le sens étendu de chaque
terme, un tel rapport reste forcément d’une si
gnification très générale. Pour préciser davantage,
on peut envisager—sans s’occuper de leurs ordres de
spécialisation — quels peuvent être les rapports ré
ciproques du principe Binaire au principe Ternaire, et
particulièrement leur total (2+3=5). 5 nous indique
que le résultat final de ce rapport concernera la vie
et l’incarnation. Enfin, la parité du nombre 230 ajoute
une signification statique d’équilibre permanent. Toutes
ces données nous permettent de choisir, entre autres
interprétations possibles, celle de sexualité. Ainsi, en
outre de la décomposition du nombre donné en ses uni
tés constituantes, il convient, en arithmosophie, d’appli
quer le procédé de l’addition des termes ; il faut aussi
tenir compte de ses qualités arithmétiques. L’ensemble
de ces données permet de risquer une interprétation
d’ensemble.
La clef numérique, qui touche directement à l’Absolu,
est un instrument bien lourd à manier. L’interprétation
arithmosophique ne peut jamaisatteindre une très grande
précision, parce que des nombres nous paraissant déjà
fort complexes, comme les centaines ou les milliers
sont encore comme des principes par rapport à l’innom
brable série des cas particuliers dans notre sphère.Comme
tels, ils sont susceptibles d’un certain nombre d’inter
prétations connexes, mais souvent très différentes
d’apparence. / « De même qu’en arithmétique, dit
Lacuria, le même chiffre peut être considéré en lui-même
ou dans son rapport avec d’autres, c’est-à-dire comme
somme, différence, multiple, quotient, facteur ou frac-
tion, de même, philosophiquement, chaque nombre
peut avoir, outre son sens spécial, un grand nombre
de sens dérivés. »
Seul, un jugement très exercé et un sens particulier
des rapports occultes peut apporter quelque lumière
quand il s’agit, à la manière des Kabbalistes (i), de
déduire des applications arithmomanciques de la si
gnification arithmosophique. Il faut bien reconnaître
qu’en l’état actuel de nos connaissances, de telles
spéculations ne peuvent pas conduire à des applications
présentant un caractère suffisamment scientifique.
Cependant la haute métaphysique est peut-être justi
ciable d’une méthode autre que la science et le champ
reste ouvert aux chercheurs. Nous nous bornerons ici à
esquisser l’histoire symboliquedes principaux nombres et
à rechercher, à titre d’exemple, comment pourrait être
déduite leur signification générale.

13. — Ce nombre représente un principe d’activité 3


s’exerçant dans l’Unité d’un tout 10 qui le contient
et qui ne lui fait produire qu’un cycle de renouvellements
perpétuellement identiques (1 + 3 = 4). Ou bien c’est
le mécanisme de son organisation qui soumet l’Univers
à un mode permanent d’oscillations et qt^i l'amène
à se spécialiser dans la nature.
— Ou bien c’est l’être

(1) Cf. Karppe :Etude sur l’origine et la nat. du Zohar,


Paris, 1901, in-8, p. 195-203 ; Ad. Franck, La Kabbale,
Paris, 1843, p. 147 ; Munck : Palestine, Paris, 1881, p. 523 ;
Rubin : Die Symbolik der Zahlen in der philosophie und dem
Mysticismus aller Voelker (en hébreu). Wien, 1876, in-8;
Schmidt : Biblischer Mathematicus, Zûllichau, 1749,
Lindenberg : De preecipuorum tam in Sacris quarn in >

Ethicis Scriptis numerorum nobilitate mysterium, Rost., 1591,


in-8.
qui s’enferme dans les cycles de métamorphoses révo-
lutives par le fait qu’il tend à développer son activité
propre dans l’individualité supérieure du Cosmos. —
R. Schwaller voit dans le 13 la manifestation de
«
la puissance génératrice bonne ou mauvaise (1). »
Or la puissance génératrice des êtres est un effort
transitoire, limité par les mutations cycliques et la mort
périodique ; c’est la réaction du Dénaire statique sur le
Ternaire dynamique : aucun être, sauf l’Être suprême,
n'y échappe. L’individu, qui fait partie d’un tout, voit
sa création arrêtée par les vicissitudes quaternaires
qui se terminent par la nuit, l’hiver, la mort. Comme
impair, exprimant une transformation, 13 complète
cette idée de mort, de changement de plan et de forme ;
en effet Quatre, qui est un principe du plan suprême, ne
contient la mort que virtuellement, car la mort n’atteint
que les composés d’un ordre inférieur et 13 est un de
ceux-là. Ici, la mort résulte de ce que l’activité de
l'être est contenue dans l'Univers, mais ne se confond pas
entièrement avec l’activité de celui-ci. Si 12, le triple
Quaternaire,représente le cours développé de la vie dans
la nature, 13 marque le passage à un autre état et, par
conséquent, la mort.
De même que 3 est le développement de 1, 13 est à
rapprocher de n. 11 marque un antagonisme for
mel entre la partie et le tout ; 13 montre l’action
de la partie contrebalancée par la réaction équilibrante
du tout ; 11 est absolument stérile ; 13 ne produit qu’une
série d’oscillations dont il ne peut s’affranchir.
L’initiative du 13 peut être bonne pour l’individu
puisqu’elle indique son effort, bien que cet effort soit
(1) R. SCHWALLKR : Etude sur les Nombres, Paris, 1914,
p. 13. Cf. aussi A. L’Esprit : Hist. des chiffres et des treize
premiers nombres, Paris, 1893, in~iT.
périodiquement brisé. Au point de vue cosmique, elle
est plutôt mauvaise, parce que l’action de la créature —
non harmonisée avec la loi universelle — ne peut être
qu’aveugle et insuffisante ; elle sert à l’évolution de
l’individu, mais elle agite l’ordonnance du macrocosme
et trouble son repos ; c’est une unité secouant l’équili
bre des rapports variés dans le monde (i -f 12 =13).
Sous sa bonne acception, 13 est symbolisé par les
13 touffes de la barbe du Macroprosope (1), par Jacob
et ses douze fils, etc. Sous son aspect défavorable, il
se rapporte aux 13 esprits du mal de la Kabbale ; il
est très employé dans le rituel de la Magie noire (effort
de l’être contre l’ordre cosmique), et se rapporte là à
l’évocation des démons (2). Homère {Iliade, Y) et Cicé
ron (Pro Cecina) parlent de ce nombre comme d’un
nombre odieux. Dans les Evangiles, 13 est le nombre de
la Cène où Jésus est entouré de ses 12 disciples, dont
l’un est le traître. D’ailleurs Judas, le disciple traître
fut le treizième de ce nom mentionné par les Écritures.
De là sont nées toutes portes de superstitions (3) sur le
danger d’être 13 à table, d'entreprendre quelque chose
au quantième 13 d’un mois, etc.On peut citer beaucoup
d’événements malheureux arrivés à ces dates (4). Le
jour de la passion fut le treizième de la lune. — Le
treizième chapitre de l’Apocalypse a trait à l’Anté
christ et, dans le XIII e psaume, « l'insensé dit qu’il n’y
a point de Dieu ».
(1) Cf. E. LÉVI : Le Livre des Splendeurs, Paris, 1895.
(2) Cf. BourgeaT : Le Tarot, Paris, 1913.
(3) Cf. GouiLLT : Treize et Sept, in Bullet. Soc. Etud.
Psych., Nice, 1913.
(4) Cf. Démonstration de l'Evangile et Explication du mal
du siècle (Note perfectionnée du Voile enfin levé sur le Sys
tème universel du Monde, recherché depuis 6000 ans), Paris,
s. d., p. 11-14.
Treize est, d’une certaine manière, le nombre de la
lune dont les révolutions par rapport à celles du soleil
dans le Zodiaque sont dans la proportion de 13 /i. (Elle
parcourt en moyenne 13 degrés pa^ jour et il y a 13
lunaisons dans l’année.) Seul, le soleil poursuivrait
sans heurt la variété harmonieuse de ses rapports duo-
dénaires avec les constellations. Par son rythme asyn
chrone et irréductible, la lune trouble ces rapports
immuables. Sans doute, son activité est enfermée dans
les quatre phases d’un cycle perpétuel, mais elle mélange
ses bons et ses mauvais aspects, créant astrologiquement
le bien et le mal, produisant des éclipses irrégulières.
Elle est soit la mère féconde de la nature, soit la déesse
de la mort : elle est Isis ou Hécate. — Te bouclier de la
vieille divinité slave Prono était décoré de 13 points
blancs (1).
Le nombre 13 symbolise le cours cyclique de l’activité
humaine, tour à toui employée pour le bien et pour le
mal, errante, aveugle et mortelle. Il constitue le par
fait fétiche de ceux qui s’en décorent.

14. —C'est le rapport de la loi cyclique 4 à l’unité


cosmique 10, ayant pour résultat l’entretien de la vie
(1 -J- 4 5) et servant de nœud au double courant

d'évolution et d’involution (14 = 7 X2). D’après les
Indiens, 14 Manous (dont le septième ou dernier mani
festé était Vaivasvata) gouvernent le monde en des
règnes successifs et égaux, pendant le grand cycle du
Maha Kalpa ou Jour de Brahma, lequel ne comporte
pas moins de 4.320.000.000 années solaires. D’une
manière plus générale, 14 représente la nature élaborant

(1) Cf. Portai, : Les Couleurs symboliques, Paris, 1837,


P- 22 4-
la vie et il est curieux de constater que le deuxième
septénaire des années, marquant occultement une
différenciation capitale dans le cours de l’évolution
vitale, coïncide avec l’âge moyen de la puberté chez
l’homme. C’est le plan de la nature animant l’individua
lité macrocosmique, ou encore le macrocosme se pliant
aux cycles naturels en vue de produire la vie et l’incar
nation. Pour Jacob Bcehme, 14 représente « le Saint-
Esprit se déployant dans la liberté et dans la Nature,
bien que la Nature ne le sache pas (1) ». Saint Matthieu
adopte ce nombre dans la généalogie du Christ (2),
« Quatorze,
dit C. Agrippa, représente la figure du Christ
immolé le quatorzième jour de la lune, et à pareil
jour les enfants d’Israël eurent ordre de célébrer la
Phase, c’est-à-dire le passage de la mer Rouge (3) ».
On a fait 14 stations au Chemin de Croix.—Seth coupa
le cadavre d'OsiRis en 14 morceaux (4).
Comme double septénaire, 14 représente une diffé
renciation dans les échelons des .séries évolutives. Pour
les Indiens, la Matière Vierge ou Substance-Force,
Mûlaprakriti, se divise en quatorze échelons : les 3 pre
miers constituent les Elémentals primordiaux, les
3 suivants les Elémentals supérieurs (tous privés de la
soi-conscience) ; le 7 e correspond au stade humain et les
sept derniers se rapportent aux plans supérieurs, con
duisant au nirvana (5). Les Indiens appellent les Qua
torze États (Chaturdasa bhûvanam) ce double Septénaire

(1) J. Bcehme : La Sphère philosophique, in De Signatura


Rerum, trad. SÉDIR, Paris, 1908, p. 179-180.
(2) MatTH., Evang., 1-1 et suiv.
(3) C. Agrippa : Philosoph. occulte, 11-15.
(4) Plutarque : De Is., 18.
(5) Cf. D r Pascal : Les Sept principes de l'Homme, Paris,
*895-
évolutif. Ils les divisent en sept talas (courants de vie en
involution sur chaque plan) et sept Iokas (courants
de vie en évolution). Les talas sont: Atala, Vitala, Sutala,
Talatala, Rasatala, Mahatala et Patala ; les Iokas sont :
Bhûh, Bhûvah, Svahah, Maliah, Janah, Tapa et Satya.
Il faut noter que chez les Egyptiens il existe de
même quatorze divisions de l’Amenti.
Dans le Tarot mineur, chaque couleur comprend
quatorze cartes : l’as, les neuf cartes suivantes jusqu’au
dix, le valet, le chevalier, la reine et le roi.

15. — Ce nombre représente le tourbillon vital 5.


animant le cosmos 10, pour engendrer le monde des
créatures à l’image de l’Archétype (1 + 5 = 6). Nombre
impair et triangulaire, 15 est un agent dynamique et
créateur ; il représente l’épanouissement de la vie dans
la création. Comme somme des cinq premiers nombres
(1 + 2 + 3 +4 + 5 = I 5) ü exprime justement cette vie
avec tout ce qui la précède; comme produit 5 X 3, il en
montre l’organisation et l’expansion ; il est la multi
plication des incarnations avec ses conséquences kar-
miques. Les Indiens lui reconnaissent cette significa
tion et l’expliquent par la réunion, dans la vie incarnée,
des cinq éléments avec les cinq skandas (forme, sensa
tion, idée, concept, connaissance) et avec les cinq
sens (1). Addition du Dénaire au Quinaire, 15 se traduit
par les lettres hébraïques Iod et Hé : rP qui sont les
deux premières du Tétragramme, représentant le pair
et l’impair, la Forme et la Matière, et les Kabbalistes
lui reconnaissent un sens favorable. — On attribue à
Ibn-Izra un carré magique, dit carré de Salomon, dont
les colonnes horizontales et verticales produisent toutes

(1) Cf. G. DE LafonT : Le Bouddhisme, Paris, 1895, p. 173.


LES AUTRES NOMBRES 363

de 15. Les Pères de l'Église rapportent fré


un total
quemment 15 aux deux Testaments, parce qu’il constitue
la somme de 7, le Sabbat, et de 8, la Résurrection (1).
Saint JéroMe y voyait la pléni
tude de la Science (2). Pour C.
Agrippa, sans doute en raison de
sa constitution 7 + 8, il est le
sceau des ascensions spirituelles,
Eckartshausen en fait de même
«
le nombre de la résurrection spi
rituelle, le nombre des comman
dements et de la génération ».
J. Bcehme l’appelle « désirs de
*
l’amour divin». Aux Anthesteries
d’Atliènes, la femme de l'Ar-
, .
Le carre de
à baSi
...
i5.
Ibn-izha

chonte-Roi, avec 14 assistants, accomplissait les rites


secrets des Mystères Dionysiaques (3). Ce nombre appa
raît dans la liturgie catholique avec les quinze mystères de
la Vierge (5 joyeux, 5 douloureux, 5 glorieux), avec les
quinze gros grains et les quinze dizaines du Rosaire, etc.

16. —Nous voyons ici le rôle du Karma 6 dans l’unité


cosmique 10. Ce rôle consiste à créer un courant d’évo
lution (1 -f- 6 = 7), mais vers deux directions opposées,
de telle sorte que, par lui-même, 16, nombre pair, est
incapable de choisir. L’évolution positive mène vers la
libération karmique ; l’évolution négative mène, au
contraire, vers un enchaînement de plus en plus serré
dans les cycles de la nature. Ainsi faut-il comprendre
le double-huit (8 x 2 = 16). Cet enchaînement multi-

(1) S. Augustin : In Ps., lxxxix-io ; cl^i ; S. Hilaire :


In Ps., cxviii et S. Ambroise : Epist. XLIV.
(2)S. JÉROME : In Gai., 1-1.
(3) A. Loisy : Les Mystères païens, Paris, 1919, p. 25.
~ : ——

364 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

plie pour l’être les cycles de vicissitudes et de renais


sances ; 16, carré de 4, montre justement cette multi
plication : les petits cycles compliquant les grands,depuis
les kalpas jusqu’aux périodes de la vie, saisons, lunaisons,
moments du jour, etc. Chacun de ceux-ci lie l’être davan
tage à la matière, et c’est en quelque sorte Yenfer ou,
comme dit J. Bcehme, l’Abîme, opposé au nirvana.
Cpmme ni l’un ni l’autre de ces états ne sont définitifs
pour l’individu, celui-ci poursuit son évolution entre
les deux, rythmée seulement par les cycles et les sous-
cycles qui marquent immuablement le temps. — Le
Karma suscite l’épreuve,la purification par la douleur.
Ahura - Mazda ,
dit l’Avesta, créa
pour son peuple
16 lieux d’habita
tion (1). L’ancien
Testament a compté
16 prophètes et le
nouveau 16 apôtres
et évangélistes. La
Swastica aux bran
ches trois fois cou
dées est un symbole
se rapportant à 16.
Fig. XLV. Les Jains ont 16
Li Swastica trois fois coudée. déesses.

17. — D’après la même méthode d'interprétation,


17 représenterait l’action de l’évolution sur le Cosmos
et sa tendance à la libération karmique (i-f 7 =8).
Le 17 e arcane du Tarot est l’Étoile qu’on représente
souvent avec 8 branches.

(1) Avesia-Vetodidad., 1, 7-8-9.


18. —Ce nombre représenterait les rapports du monde
nirvanéen 8 avec l'ensemble du Cosmos 10. Le nir-
vanéen se fond, se disperse dans le Cosmos, en une
involution apparente, par un acte de solidarité et d’amour
(1 + 8 = 9). La littérature bouddhique mentionne les
18 conditions d’un bouddha ; le Bhagavad-Gita, traité
de Yoga, comporte 18 chapitres. Comme triple Sénaire,.
18 constitue la réalisation de l’amour, la providence en
action (3x6 18). Comme pair, 18 indique une réci

procité de rapports entre l’Univers et le monde nir-
vanéen ; c’est un double rayonnement de solidarité
(18 = 9 x 2) qui se confond en un seul (1 + 8 = 9)..
Le P. Acosïa rapporte que, contrairement aux
Péruviens, les anciens Mexicains comptaient 18 mois
dans l’année (1). On trouve 18 sons (cpO+yoi) dans l’en
seignement musical grec (2). Le 18 e arcane du Tarot
est la lune.

19. — C'est l’unité s’établissant dans l’univers 10,


entre les parties multipliées et par un acte de solidarité
réciproque 9. Ainsi se constitue et se révèle l’individua
lité cosmique (9 + 1 = 10 = i).« C’est, dit Charrot,
le nombre de l’astre qui éclaire les intelligences, vivifie
les innocents ou les cœurs purs, figurés j}ar les enfants
qui s’ébattent dans le jardin de l’humanité, quand la
paix est faite entre les empires (3). » — C’est l’addition
du cercle duodénaire, du carré quaternaire et du triangle
ternaire (4).

(1) Jos. Acosta Hist. nat. etmor. des Indes, trad. R. R.


:
Cauxois, Paris, 1600, in-8, p. 276.
(2) Cf. Vitruvius Pou.o, lib. V, cliap. iv.
(3) Charrot : Cf. Voile d’Isis, août 191.1.
(4) CHENEVIER : Le Tétragramme sacré, in Voile d’Isis,
I 9 I 4-
20. — Nous avons dit qu’il faut voir ici la différen
ciation fondamentale qui crée dans le monde deux pôles
relativement antagonistes, et particulièrement l’oppo
sition : esprit-matière —Saint Jérome considérait 20
comme néfaste (1) parce qu'il indique la lutte universelle,
mais il représente aussi la source de toute l’énergie du
monde. J. Bœhme l'appelait: «le Diable », c’est-à-dire le
monde matériel opposé au monde spirituel. Il est repré
senté en hébreu par la lettre 3 en forme de main ouverte
pour saisir et tenir. « C’est la force des Elohim entre
les deux grandes colonnes de la sagesse éternelle de
Dieu ; c'est la lutte perpétuelle des forces contraires
d’apparence dans la nature : lutte de l’actif et du passif,
du positif et du négatif, du plein et du vide, de l’avidité
et de la satiété,qui établit l’équilibre des mondes comme
l’équilibre des forces sociales (2). » En effet, le onzième
arcane du Tarot, qui correspond à cette lettre et, par
conséquent, à ce nombre, est « la Force » qui exprime
l’énergie, l’activité, le travail.
Entre 11 et 20, qui expriment le même principe fon
damental par addition théosophique (i + i=2;2-t-o=2),
il y a communauté de signification au point de vue de
la différenciation et de l’antagonisme. Cependant, la
constitution particulière de ces deux nombres marque
une différence profonde : 11 est l’antagonisme entre la
partie et le tout ; comme impair, il comporte un effort.
d’initiative de la partie. 20. est la différenciation de
l’ensemble et de toutes ses parties, en deux pôles ad
verses ; comme pair, il indique un équilibre statique.
21. —Le nombre 21 contient les rapports du principe
d’individualité 1 à la différenciation cosmique 20. Ces
(1) S. JÉROME : Adv. Jovin., I-22.
(2) Cf. Voile d’Isis, mai 1915.
rapports constituent un acte d’organisation ( 2 + 1 =3).
Ainsi le principe d’individualité,placé entre le monde de
l’esprit et celui de la matière, réalise en lui-même la
réunion des deux : le mojœn consiste à établir une
sériation de plans (7 X 3 = 21) et le résultat est la
mise en œuvre d’un mouvement évolutif (3x7= 21).
21 est l’inverse de 12 ; tous deux sont formés des
mêmes chiffres, mais dans un ordre différent. Avec le
Duodénaire, le principe de la différenciation apparaît
dans l’unité cosmique pour l’organiser dans ses aspects
variés et leurs rapports normaux, tandis que dans 21
nous voyons l’individualité résulter de la différenciation
cosmique, c’est-à-dire exactement l’inverse ; avec 12,
la dualité organise l’unité ; avec 21, l’unité s’organise
dans la dualité. Douze est pair ; c’est une situation
équilibrée résultant de l’organisation harmonieuse des
cycles perpétuels (12 = 3 X 4) ; 21 est impair ; c’est
l’effort dynamique de l'individualité qui s’élabore dans
la lutte des contraires et embrasse la voie toujours nou
velle des cycles évolutifs (21 = 3 X 7). Ce nombre
ajoute, aux deux pôles cosmiques, unlienqui les met en
rapport et utilise leur antagonisme en le centrant sur
un objet.C’est l’individu autonome entre l’esprit pur et la
matière négative ; c’est aussi sa libre activité entre le
bien et le mal qui partagent l’Univers ; c’est donc le
nombre déf ia responsabilité et, chose curieuse, chez l’hom
me la 21 e année a été choisie par beaucoup de peuples
comme l’âge de la majorité ; occultement, le troisième
septénaire marque l’épanouissement de l’évolution ;
c’est, pour l’homme, la période du plein développement.
Il faut remarquer que 21 est la somme des six pre
miers nombres (1 -f 2 + 3 + 4 + 5 + 6 = 21) et qu’à
ce titre il peut représenter l’harmonie de la création
et tout ce qui la précède. C’est aussi la somme de 10 -f 5
+ 6,nombres correspondant aux trois premières lettres
Iod, Hé, Vau, du tétragramme juif, de sorte que 21 est
l’union des trois principes fondamentaux dont l’action
commune sur un quatrième constituera toute la nature.
21 est un Ternaire (2 + 1 = 3); c’est même sous cette
forme développée que se présenteront à nous la plupart
des Ternaires que nous connaissons dans la nature et
tout particulièrement le Ternaire microcosmique :
C'est l'unité sortant des principes contraires du monde
qui la renferme, par l'organisationet la sériation évolutive.
« Le
nombre 21, dit Cl. de Saint-Martin, est le
nombre de destruction ou plutôt de terminaison uni
verselle, parce que, comme 2 s’est séparé de 1, il faut
qu’il ait un moyen de s’y réunir s’il le veut. Ce nombre
montre à la fois l’ordre de la production des choses
et de leur fin, tant dans le spirituel que dans le
corporel (1). »
Eckartshausen dit de même: « 21, le plus haut nom
bre possible de 3 dans le corporel, est en relation avec
le spirituel et montre la qualité du renouvellement. »
Nous savons que le Zend-Avesta, qui est toute
l’œuvre de Zoroastre, comprenait primitivement
21 volumes (Naçkas) dont il ne reste plus actuellement
que 14, le reste ayant été brûlé par Alexandre le
Grand ou perdu par les Arabes. De même le livre alchi
mique d’ABHAHAM le Juif comprenait 21 feuillets (2).
Si l’on considère que le Temaire-Archétype du
-
plan Adi se reflète, comme principe d’organisation, sur
tous les plans sous-jacents : Anupadaka, Atma, Buddhi,
Manas, Kama et Rûpa (revêtant sur ce dernier plan
la forme alchimique de Soufre, Mercure et Sel), on

(1) Cl. de St-Martin : Des Nombres, Paris, 1912, p. 93.


(2) Cf. A. Poisson : Nicolas Flamel, Paris, 1893.
voit quece septuple Ternaire, ou Ternaire par excellence
animant tous les plans de la création, constitue préci
sément le nombre 21 essentiellement fécond et dynami
que (les Indiens reconnaissent 21 divisions du Yama
loka) (1).
Cependant, dans cette descente
de l’Esprit suprême à la matière la
plus négative, ce principe d’activité
s’enferme, par réfractions succes
sives, dans des limites de plus en
plus étroites et, arrivé au bout de

sa course, il s’éteint dans un contre-


équilibre de réflexion (comme pour
le Septénaire ou le Dénaire); il se
restreint alors à la production d'un
mouvement oscillant, périodique,
toujours identique, et il revêt l'as
pect statique de la nature. Ce passage
de l’activité indéfinie à la limitation
définitive répond au passage du Ter
naire au Quaternaire. Pour que le
septuple Ternaire, qui est un agent,
puisse se manifester dans une pro
duction, il faut qu’il devienne pair
et ceci a lieu par l’adjonction d’un
terme nouveau au Ternaire inférieur.
Nous savons comment ce dernier : Fig xlvi.
Soufre, Mercure et Sel, se résoud sta- >

p MMge de ,, (imp, ir)


tiquement dans les quatre qualités à 12 (pair),
élémentaires constituant la nature,
ou comment les trois lettres-principes du nom sacré
prennent forme par l’adjonction d'une quatrième,
dédoublée par parité : mm.
(1) Bosc : Dictionn. d'orientalisme, Paris, 1896, t. Il, p. 423.
22. — Le nombre 22 représente précisément cette
nature, manifestation du 21 ; c’est le développement du
Quaternaire schématique. Nous y voyons un principe
de différenciation, 2, s’ajoutant à la différenciation ini
tiale du Cosmos 20 pour en subdiviser les parties et engen
drer, par ce moyen, le complexe mécanisme de la nature
(2 -j- 2 = 4). — Aristote entrevoyait la combinaison
de ces différenciations quand il distinguait une diffé
renciation active (Chaud-Froid) et une autre passive
(Hum: de-Sec), nécessairement liée à la première pour
la dédoubler. Avec 22, nous voyons le jeu des initiatives
particulières opposées ( 22 = 11 X 2), s’équilibrer dans
lemécanisme naturel.
A un autre point de vue, 22 associe l’antagonisme
des forces cosmiques, 20, à l’antagonisme des tendances
individuelles, 2, pour réaliser la loi naturelle. Ce sont les
deux aspirations de l’être, bonne et mauvaise, sollicitées
par le jeu des forces cosmiques, blanches et noires, dans
le cours des révolutions naturelles. 22 complète le triple
septénaire en le fixant sur un terme central et réalise
la totalité des aspects évolutifs de l'être : c’est toute
l’histoire de celui-ci.
Il ; faut remarquer que 22 est l’addition de 3
(Archétype) à 7 (action de l’Archétype sur la nature)
et à 12 (relations des choses naturelles entre elles). A
ce sujet, P. Piobb fait une remarque intéressante : c'est
que, partant du duodécagone zodiacal, on peut cons
truire sur le cercle une série de 22 polygones réguliers.
Paimi ces polygones, trois peuvent être considérés
comme fondamentaux : le triangle, le-‘carré et le pen- .
tagone ; sept autres, secondaires, sont les redoublements
des trois premiers : polygones à 6, 12, 24 ; à 10, 20, 40
et à 8 côtés ; enfin une série tertiaire de 12 polygones
aboutit à la division du cercle en degrés : polygones à
LES AUTRES NOMBRES 37I

9, 18, 36, 72 ; à 15, 30, 60, 120 ; à 45, 90, 180 et 360
côtés (1).
Sur le même plan, l’alphabet hébraïque de 22
lettres comprend, selon les Kabbalistes, trois lettres
fondamentales : c, a, k, correspondant au monde-
archétype ; sept lettres doubles : 2, cor
respondant au monde intelligible intermédiaire et
douze lettres simples : p, y, y, , 3, S,\ ta, n, t, i, n, cor
respondant au monde sensible. — Cet alphabet hébraï
que correspond à une foule d’autres alphabets à 22
lettres, tels que le hiératique égyptien, le phénicien,
l’éthiopien, etc. D’après Saint-Yves d’Alveydre,
l’alphabet primitif de toute l'humanité, à la période de
Râm (alphabet adamique ou Watan), aurait comporté
22 signes (2). Selon M. DE Paravey, les alphabets à
22 lettres proviennentdu système chinois des dix troncs et
des douze branches (voir nombre 60) et il voit dans les
douze caractères des branches, suivis des dix caractères
des troncs, l’origine graphique des alphabets phénicien,
chaldéen, hébraïque, sabéen, romain, copte égyptien, etc.
Il est à remarquer que les grammairienshébreux divisent
leurs lettres en dix radicales et douze serviles, et que les
Arabes mettent à part douze lettres dites solaires (3).
Cette thèse est intéressante et vraisemblable, mais l’usage
du nombre 22,comme symbole de toutes les formes natu
relles et de toute l’histoire de la créature, semble remon
ter aux anciens Parsis. Le Vendidad, livre subsistant
de l’Avesta, comporte 22 chapitres ; nous savons que
d'autres livres perdus étaient composés de même : le

(1) P. Piobb : L’Évolution de l'Occultisme, Paris, 1912.


(2) ST-Yves d’Alveydre : L’Archéomètre, et Papus, Pre
miers éléments'de langue sanscrite, Paris, s. d.
(3) DE Paravey : Essai sur l’orig. des chiffres et des lettres,
Paris, 1826.
Citudgar, le Vahist Mansrah, le Pacam, le Khast-
Jarast, etc. (i). Le Khorda-Avesta compte 22 Yeshts
(prières) (2).
D'autre part, le Phénicien Sanchoniaton nous en
seigne que le dieu Chronos était entouré de 22 assistants
principaux et 22 secondaires. En Chine, 22 familles
remplissent le septième âge [Ki).
En rapport avec les 22 lettres hébraïques, l’Ancien
Testament compte 22 livres et l’Apocalypse 22 chapitres
D’un autre côté, le Tarot a 22 arcanes majeurs en
relation directe avec cet alphabet. Ee Tarot appelé
«
Livre de Thôt » par les « gypsies » semble, par l’Égypte,
se rattacher nettement à la même initiation que le
symbolisme kabbalistique. Falconnier dit « qu’on
voit encore en partie des figures du Tarot dans les ruines
eu temple de Thèbes, notamment sur un plafond as
tronomique d’une des salles hypostyles soutenue par
22 colonnes, du palais de Médinet-Abou. » (3) — Le
Tarot se rapporte à tous les aspects de la création ;
1 résulte de la combinaison 3 -f- 7 -j- 12
; mais le dernier
des 22 arcanes a bien le sens d’un terme de synthèse,
puisque, dans la divination, il se rapporte au consultant
lui-même (4) (il s’appelle d’ailleurs le Monde). Il servirait
donc de pivot au triple Septénaire et représenterait
la réalisation de 21.
Le nombre 22 a conservé sa signification symbolique, à
la fois chez les Kabbalistes, par les 22 lettres, et chez les

(1) Cf. A. HovELACQUE : Avesta, Zoroastre et Mazdéisme,


p. io 1 et suiv.
(2) G. DE LaFONT : Le Mazdéisme et l'Avesta, Paris, 1897,
P- 97-
(3) Falconnier : Les XXII lames hermétiques du Tarot„
Paris, 1896.
(4) Cf. Papus : Le Tarot des Bohémiens, Paris.
Hermétistes, par le Tarot. Selon certains auteurs (i),
les sept opérations du grand œuvre alchimique compor
taient 22 phases en rapport avec le Tarot (2).

23. — C’est en quelque sorte le développement de


21 ; nous voyons ici le principe d’organisation 3, agissant
sur la différenciation du monde en esprit et matière 20,
pour permettre précisément l’incarnation de l’esprit dans
la matière (2+3=5). C’est le nombre de la génération.

24. — Ici, le mécanisme cyclique de la nature, 4, est


lié à la différenciation cosmique, 20, dans l’équilibre
harmonieux de la création (2 + 4 = 6). Ce nombre
exprime les rapports des cycles permanents avec les
nécessités karmiques (24 = 4 X 6). C’est la roue des
renaissances. Saint Jérome voit dans ce nombre le
produit des quatre éléments par les six jours de la créa
tion (3). Saint Ambroise, dans son interprétation des
24 vieillards de l’Apocalypse, fait remarquer qu’il est
divisible par 1, 2, 3, 4, 6, 8 et 12. Tes Chaldéens distin
guaient, en dehors du cercle zodiacal, 24 étoiles dont
12 australes et 12 boréales, et ils les appelaient « Juges
de l’univers (4) ».
Tes Japonais divisent l’année en 24 parties (le
15 jours, de même que les Perses et les Chinois (Tsié-Ki) ;
cette division rappelle l’ancien calendrier des Fastes
de Numa (5).

(1) Cf. Sai.omon Trismosin : La Toyson d’or, Paris, 1613.


(2) Cf. Introd. au traité de la Pierre philosophale de S. Tho
mas d’Aquin, Paris, 1898.
(3) S. Jérome : In Agg., 2.
(4) F. LENORMAND : Hist. anc. des peuples de l’Orient,
Paris, 1887, t. V, p. 172-173.
(5) Fortia d’Urban : Hist. antédiluv. de la Chine,
Paris, 1847, I, p. 24.
Théoriquement, 24 est le nombre de combinaisons
possibles des quatre Éléments dans les corps ou des
humeurs dans les organismes,selon la théorie tradition
nelle. Si l’on représente les combinaisons par des for
mules où les lettres T. E. A. F. désignent les Éléments
dont elles sont les initiales ou les humeurs correspon
dantes (1), on obtient, selon leur ordre d’importance
décroissante, les 24 séries suivantes :

Pour Cl. de Saint-Martin, « 24 est la puissance de


l’unité divine octonaire et septénaire agissant par
6 pour la formation des corps (2) ».
Warrain voit dans ce nombre « la combinaison de
l’individualité consciente et maîtresse de toutes ses
énergies avec le Cosmos développant son harmonie
complète (3). »

25. —Carré de 5 dont les chiffres additionnés donnent


7 (2 + 5 = 7). C’est la multiplication des créatures qui
chevauchent sur le double monde de l’esprit et de la
matière ; c’est la vie se graduant sur tous les plans et
évoluant par le jeu des polarités contraires. C’est ce
qu’on acquiert en une incarnation.
Le système Sankhya reconnaît 25 principes de science:

(1) Comme dans le Système de Poi/ri et Gary, cf. Initia


tion, octobre 1888 et suiv.
(2) Cl. de St-Martin : Des Nombres, Paris, 1912, p. 7.
(3) Warrain : L’Espace, Paris, 1907, p. 294.
la nature, l’intelligence, les 5 essences subtiles des élé
ments, les 11 organes de la sensibilité, la conscience,
les 5 éléments et l’âme individuelle. S’il est difficile de
trouver dans de tels exemples la signification claire du
nombre 25, elle semble apparaître plus nettement dans
les 25 grades de l’Écossisme, répartis en sept classes,
grades qui existaient primitivement de la même façon
dans le Grand Orient et le Rite Templier (1).

26. — Ce nombre représente la valeur numérique


totale du tétragramme. Difficile à interpréter, il associe
l'idée de la différenciation cosmique, 20 à celle de la pro
vidence ou du Karma, 6, et à celle de la libération
nirvanique (2 + 6 = 8). Pair, formé de deux chiffres
pairs, c'est un nombre éminemment statique. Comme
double 13, il pourrait représenter la double forme de
l’initiative individuelle et peut-être la lutte contre le
péché.

27. — C’est le triple Novénaire ; l’alphabet grec pri


mitif avec lequel on pouvait écrire tous les nombres
de 1 à 900 comportait 27 lettres (avec le digamma, le
koppa et le sampi). C'est la sériation progressive soli
darisant les polarités antagonistes du Cosmos. C’est
l'évolution tendant à unifier la dualité, — 27 Maîtres ont
poursuivi les meurtriers d’HiRAM. J. Bcehme appelle
ce nombre « la mort ».

28. — C’est comme quadruple Septénaire que ce nom


bre est particulièrement intéressant (28 =7 X 4).
Il montre la combinaison des temps cycliques, 4, et des

(1) Papus : Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris, 1899,


p. iOO.
376 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

temps évolutifs, 7. C'est le spirale de l’évolution se


déroulant parmi les cycles perpétuels de la nature ; c’est
l’être progressant au milieu des oscillations permanentes
du Cosmos. Comme pair et statique, 28 représente l’en
grenage établi entre les périodes évolutives et les phases
révolutives ; mais il sert avant tout à l'évolution, car
non seulement il double la signification de 14, mais
surtout, il est la somme des sept premiers nombres. Il
est à remarquer qu’à 28 ans l’homme termine sa crois
sance. 28 est aussi le nombre de la lune par rapport
à la terre : les Indiens ont divisé le Zodiaque en 28 par
ties représentant chacune le trajet de la lune en un jour
et ces 28 maisons lunaires ont été adoptées par les
Arabes. Ceux-ci ont encore fixé à 28 le nombre des let
tres de leur alphabet. Il y avait de même 28 Izeds dans
la religion persane. Pour les Indiens, le dieu Soma était
accompagné de ses 27 femmes.
La révolution synodique des taches solaires, qui s’ac
complit en 27 jours 1 /4, c’est-à-dire dans le cours du
28 e jour, se rapproche de la lunaison et correspond vrai
semblablement à un cycle important pour la vie de
notre planète.
Au point de vue mystique, 28 montre l’Initié, 8, rame
nant l'antagonisme des forces cosmiques, 20, à l’unité
(2 + 8 = 10). Il est la somme des sept premiers nom
bres. — Il est parfait comme le Sénaire (voir à ce sujet
les commentaires du Kabbaliste Ibn Ezra).

29. — Nombre premier pouvant représenter la


matière, 20, s’opposant à l’effort d’unification des indivi
dus, 9; c’est aussi la solidarité en conflit avec les divisions
du monde.

30. — Ce nombre représente l’organisation cosmique.


C’est la pure activité ternaire en action dans le monde.
Jésus a été baptisé à 30 ans ; c’est à 30 ans que Jean-
Baptiste commença à prêcher et Ezéchiel à prophé
tiser ; au même âge, Joseph sortit de prison pour gou
verner l’Égypte. C’est le nombre de l’équilibre parfait :
Un bouddha possède 30 vertus transcendantes. Il y
avait 30 tribus ou comices chez les Spartiates, 30 séna
teurs au conseil des Anciens, 30 phyles par tribu ; il y
avait 30 petits états confédérés des Eoliens sur les côtes
de la Carie et de la Mysie. Les ancêtres de Romulus
avaient élevé 30 tours dans l’Italie centrale ; il y avait
à Rome 30 curies. Dans l’Inde, il y a 30 Raghinis, ou
nymphes de la-musique.
Comme nombre d’organisation, 30 sert à la mesure
du temps. Depuis l’initiation atlantéenne, presque tous
les peuples se servent de mois de 30 jours. Les Péruviens
ont conservé cette coutume jusqu’à la conquête ;
les anciens Perses dédiaient leur mois à 30 génies (Y a-
çna XVI). Chez les Indiens, le jour de 24 heures com
prend 30 Mouhourtas ; chaque Mouhourta est formée de
30 Kalas et chaque Kala de 30 Cachtas.
Kabbalistiquement, 30 répond à la lettre en forme
de faucille, « pour exprimer la maturité dq la récolte ».
et au XII e Arcane du Tarot, le Pendu, qu’on interprète
généralement comme l'Expiation, le Sacrifice, le Mar
tyre. Notons que, sous cette acception symbolique,
Jésus fut trahi pour 30 deniers.

31. — Ce nombre montre les rapports de l’individu, 10,


avec l’organisation cosmique, 30, et ces rapports consis
tent en la loi naturelle (3 + 1 = 4). Tandis que 30 repré
sente la réalisation statique dans la création d’un prin
cipe dynamique d’organisation (le Ternaire), 1 y ajoute
l’individualité sur laquelle cet état d'organisatiou pourra
378 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

influer ; réunit l’univers ordonné et sa partie indi


31
vidualisée ; c'est Vindividualité conférée à une partie de
l'organisme cosmique. — 31 est l’inverse de 13 qui sym
bolise, au contraire, l’activité dynamique de la partie
s’exerçant dans l’unité d’un tout. D’après le Vaja-
saneya Samhita (Yajur blanc), Pradjapati créa l’uni
vers en articulant les nombres impairs de 1 à 31.

32. — Ce nombre pair est l’inverse de 23, impair. —


C’est la différenciation apparaissant dans le monde
organisé ; ce n’est pas la génération créatrice, mais plu
tôt le plan, le schéma, des diverses formes de créatuies
modelées par le Créateur. C’est encore la conscience
binaire de la créature comprenant l’action du Logos.
Comme produit de 8 x 4, c’est la libération karmique
cherchée dans les épreuves de la loi naturelle.
Selon la tradition bouddhiste, la mère de Bouddha
devait être douée de 32 espèces de qualités (1). — Elle
observa 32 mois d’abstinence et Bouddha lui-même
possédait 32 vertus caractéristiques (2).
Ce nombre étant divisible jusqu'à l’unité par une
quintuple dichotomie, les Pythagoriciens en faisaient
un symbole de justice. A ce point de vue, ça serait encore
le nombre de la différenciation des êtres.
«
Abraham, dit C. Agrippa, a mis par ordre 32
voies de sagesse. » Ce sont les voies de la Kabbale, les
10 nombres et les 22 lettres, avec lesquels, selon le
Sepher Ycsirah, Dieu a constitué le monde par une
triple manifestation, et qu’on a rattachés aux 32 men
tions du nom divin Elohim, dans le premier chapitre de
la Genèse.
(1) G. DE Lafont : Le Bouddhisme, Paris, 1895, p. 106.
(2) Cf. Lalita-Vistara, trad. Foucaux, 1884; Annales
Musée Guimet, p.-28.
« La première voie est appelée Intelligence admirable,
couronne suprême. C’est la lumière qui fait comprendre le
principe sans principe, et c’est la gloire première ; nulle créa
ture ne peut atteindre son essence.
« La seconde voie ,c’est l’Intelligence
qui illumine ; c’est
la couronne de la création et la splendeur de l’unité suprême
dont elle se rapproche le plus. Elle est exaltée au-dessus de
toute tête et appelée par les Kabbalistes : la gloire seconde.
« La troisième
voie est appelée Intelligence sanctifiante
et c’est la base de la sagesse primordiale appelée créatrice
de la Foi.
« La quatrième est appelée Intelligence d’arrêt ou récep
trice, parce qu’elle se dresse comme une borne pour recevoir
les émanations des intelligences supérieures qui lui sont
envoyées.
« La cinquième voie est appelée Intelligence radiculaire
parce qu’elle égale, plus que tout autre, à la suprême unité.
« La sixième voie est appelée Intelligence de l’influence
médiane, parce que c’est en elle que se multiplie le flux des
émanations.
« La septième voie est appelée Intelligence cachée, parce
qu’elle fait jaillir une splendeur éclatante sur toutes les vertus
intellectuelles qui sont contemplées par les yeux de l’esprit
et par l’extase de la foi.
« La huitième voie est appelée Intelligence parfaite et
absolue. C’est d’elle qu'émane la préparation des principes.
» Là neuvième voie est appelée Intelligence mondée. Elle
purifie les Numérations, empêche et arrête le bris de leurs
images ; car elle fonde leur unité, afin de les préserver, par
son union avec elle, de la destruction et de la division.
«La dixième voie est appelée l’Intelligence resplendissante,
parce qu’elle est exaltée au-dessus de toute tête et a son siège
dans BINAH ; elle illumine le feu de tous les luminaires et
fait émaner la forme du principe des formes.
« La onzième voie est appelée Intelligence du feu. Elle
est le voile placé devant les dispositions et l’ordre des semences
supérieures et inférieures. Celui qui possède cette voie
jouit d’une grande dignité ; c’est d’être devant la face de la
cause des causes.
« La douzième voie est appelée Intelligence de la lumière
parce qu’elle est l’image de la magnificence. On dit qu’elle
est le lieu d’où vient la vision de ceux qui voient des appari
tions.
« La treizième voie est appelée Intelligence
inductive de
l’Unité. C’est la substance de la Gloire ; elle fait connaître
la vérité à chacun des esprits.
« La quatorzième voie est appelée
Intelligence qui illu
mine ; c’est l’institutrice des arcanes,, le fondement de la
sainteté.
« La quinzième voie est appelée
Intelligence constitutive
parce qu’elle constitue la création dans la chaleur du monde.
Elle est elle-même, d’après les Philosophes, la chaleur dont
l’Écriture parle {Job, 38), la chaleur et son enveloppe.
« La seizième voie est appelée
Intelligence triomphante
et éternelle, volupté de la Gloire, paradis de la volupté
préparé pour les justes.
« La dix-septième voie est
appelée Intelligence dispositive.
Elle dispose les pieux à la fidélité et par là les rend aptes à
recevoir l’esprit saint.
« La dix-huitième voie est appelée Intelligence ou Maison
de l'affluence ; c’est d’elle qu’on tire les arcanes et les sens
cachés qui sommeillent dans son ombre.
« La dix-neuvième voie est appelée Intelligence du secret
ou de toutes les activités spirituelles. L’affluence qu’elle
reçoit vient de la Bénédiction très élevée et de la gloire su
prême.
« La vingtième voie est appelée Intelligence de la Volonté.
Elle prépare toutes les créatures et chacune d'elles en par
ticulier à la démonstration de l’existence de la Sagesse pri
mordiale.
« La vingt et unième voie est appelée Intelligence qui
plaît à celui qui cherche ; elle reçoit l’influence divine et
influe par sa bénédiction sur toutes les existences.
«^La vingt-deuxième voie est appelée Intelligence fidèle,
parce qu’en elle sont déposées les vertus spirituelles qui y
augmentent jusqu’à ce qu’elles aillent vers ceux qui habi
tent sous son ombre.
« La vingt-troisième voie est appelée Intelligence stable.
Elle est la cause de la consistance de toutes les numérations
(séphiroth).
La vingt-quatrième voie est appelée Intelligence imagi
native. Elle donne la ressemblanceà toutes les ressemblances
LES AUTRES NOMBRES 38r
des êtres, qui, d’après ses aspects, sont créés à sa conve
nance.
« La vingt-cinquième voie est appelée Intelligence de
Tentation ou d’épreuves, parce que c’est la première ten
tation par laquelle Dieu épouve les pieux.
« La vingt-sixième voie est appelée Intelligence
qui renou
velle tout ce qui peut être renouvelé dans la création du
monde.
« La vingt-septième voie est appelée Intelligence qui agite.
C’est en effet d’elle qu'est créé l’Esprit de toute créature de
l’Orbe suprême et l’agitation, c’est-à-dire le mouvement,
auquel elles sont sujettes.
« La vingt-huitième
voie est appelée Intelligence naturelle.
C’est par elle qu’est parachevée et rendue parfaite la nature
de tout ce qui existe dans l’orbe du Soleil.
« La
vingt-neuvième [voie est appelée Intelligence cor
porelle. Elle forme tout corps qui est corporifié sous tous les
orbes, et son accroissement.
« La trentième
voie est appelée Intelligence collective,
parce que c’est d’elle que les Astrologues tirent, par le juge
ment des étoiles et des signes célestes, leurs spéculations et les
perfectionnements de leur science d’après les Mouvements
des astres.
« La trente et unième voie est appelée Intelligence per
pétuelle. Pourquoi ? Parce qu’elle règle le mouvement du
Soleil et de la Lune d’après leur constitution et les fait
graviter l’un et l’autre dans son orbe respectif..
« La trente-deuxième
voie est appelée Intelligence adju
vante, parce qu’elle dirige toutes les opérations des sept
planètes et de leurs divisions et y concourt (i). »

33. — Ce nombre montre l’activité libre de l’être


dans l’organisation du monde, et, à ce titre, il est assez
comparable à 13 ; mais ici le monde est conçu comme
harmonieusement développé, et ceci laisse entendre
qu’il contient d’autres êtres capables d'une activité
semblable : aussi le résultat de ce rapport est ici le

(I) Papus :
La Cabbale, Paris, 1903, p. 205-208.
Karma (3 + 3 == 6). Il diffère dans la forme du résul
tat quaternaire de 13 (1 + 3 = 4) exprimant l’assujétis-
sement à la loi naturelle, mais au fond les deux idées
concordent: les liens karmiques produisent justement cet
assujétissement.
33 est un Sénaire développé : il montre la créature
libre liée ux plans du Créateur par des liens de justice
et d’amour ou par des intermédiaires providentiels.
— Krishna et J Ésus moururent à 33 ans pour racheter
le Karma de l’humanité. Le Bryhadaranyaka upanishad
duYajurVeda mentionne 33 divinités, divisées en trois
classes. C'est aussi le nombre des divinités invoquées
dans les chants du Rig-Veda. Les livres zends nous repré
sentent le génie solaire entouré de 33 dieux atmosphé
riques. Une légende veut que 33 Arhats répandirent le
Bouddhisme. Depuis les décisions de Charlestown (1801),
le Grand Orient a porté le nombre de ses grades de 25 à
33 : les uns y voient des raisons symboliques ; d'autres
n’y voient qu’un rappel des 33 degrés de latitude de
Charlestown.
33 est un multiple de 11 ; mais, ici, les deux unités
antagonistes se sont élevées à l’harmonie en se dévelop
pant chacune en un Ternaire, et alors, dit Lacuria,
«
le danger de la tentation disparaît ». L’activité de
l’individu s’ajoute harmonieusement à la réalisation
cosmique de l’Archétype : c’est pourquoi 33 ne revêt
jamais d’acception défavorable.

34. — Représente l’évolution qui résulte de l’organi


sation cosmique et de la loi naturelle : c'est comme
un développement du Septénaire.

35. — L'organisation cosmique, 30, permettant à la


créature vivante, 5, la libération karmique ; comme
quintuple Septénaire (35 = 5x7), c’est l’évolution dans
la vie et par la vie. J. Bcehme l’appelle « la demeure
éternelle de l’âme ».

36. — C’est le rapport du Karma individuel, 6, à


l’organisation de l’Univers, 30, et la solidarité cosmique
qui en résulte ; comme quadruple Novénaire, ce nombre
représente la solidarité cosmique dans les cycles natu
rels. C'est le nombre de l’initiation,car il est la somme des
huit premiers nombres, le « monde angélique » de J.
Bcehme. Il tient donc du Novénaire par sa réduction
théosophique (3 -f 6 = 9), de l'Octonaire par sa con
stitution progressive, et du Quaternaire par sa divisibi
lité. Les Pythagoriciens l’appelaient le grand Qua
ternaire, parce qu’il est la somme des quatre pre
miers pairs et des quatre premiers impairs (1 + 3
+ 5 + 7+ 2 + 4 + 6 + 8= 36). Il est comme la
multiplication extrême des cycles révolutifs (9 X 4),
comme le développement des rapports naturels (triple
Duodénaire). Certains astrologues admettaient des
cycles de 36 ans, au bout desquels les diverses influences
planétaires se seraient combinées d’une manière sem
blable : certains événements particuliers se répéteraient
par multiples de 36 ans, telles les inondations de Paris en
1658, 1802, 1910.
— Le Zodiaque a été divisé en 36 dé-
cans de 10 degrés chaque, nombre également commode
par sa divisibilité. Les Chaldéens attribuaient chacun à
un dieu conseiller (1). En réalité, le mot même de Dekan
proviendrait du système chinois des dix troncs ou
jours appelés Kans (voir nombre 60). Un décan est
l’espace parcouru par le soleil en dix jours (étymologie
plus vraisemblable).
'' *>. v
;

Lenormand : Hist. anc. des peuples


»

(1) F. de l’Orient,
Paris, 1887, t. V, p. 170-171. »
Selon le gnostique Basilide, le monde intermédiaire
entre l’Archétype hypercosmique et notre terre (le
véritable trait d’union de solidarité cosmique), compre
nait 36 étages gouvernés chacun par un Archon.

37. — L'évolution individuelle dans l’organisation


cosmique.

38. — Peut représenter le rapport de l’initiation


individuelle à l’organisation cosmique, sorte de diffé
renciation résultant d’un effort d’initiative (3 + 8 = 11;
1 +1 = 2). Saint Jean cite la guérison typique du
paralytique de 38 ans, mais saint Augustin veut voir
dans ce nombre le symbole de la mâladie, s’en tenant
à l’acception défavorable de sa réduction, 11. J. Bcehme
y voit « Lucifer, la volonté du Diable ».

39. — L'organisation et la solidarité du Cosmos,


s’exprimant par l’harmonie des relations entre les
parties (3 + 9 = 12). Comme triple treize, c’est l’ini
tiative individuelle, non fortuite, mais organisée et har
monisée.

t ' )

40. — C’est l’accomplissement d’un cycle dans le


v

monde, ou plutôt le rythme des répétitions cycliques


dans l’Univers. Pour Cl. de Saint-Martin, c'est « l’homme
incorporé dans l’Univers et combattant le prince du
désordre (1) ».I1 peut représenter l'ensemble des siècles (2) ;
c'est surtout, dit Lacuria, « la période complète et
suffisante pour achever une œuvre ». C’est dans ce sens
qu’il faut comprendre les 40 jours de jeûne d'ELiE (3),.
(1) Cl. DE St-Martin : Des Nombres, Paris, 1912, p. 71.
(2) Cf. S. Augustin, In Ps., XCIV-14 et Sermon CCX.
(3) III Reg., XIX-8.
C
de Jésus (1), les 40 ans de repentir d’ADAM après sa
prévarication, la durée du déluge et celle de la stérilité
de la terre qui lui fit suite, le séjour de Moïse au Sinaï,
les 40 ans des Juifs dans le désert (2), les 40 émis
saires de Chanaan. Comme 4 est le nombre de l’épreuve,
d’une certaine manière, 40 représente une préparation
préliminaire. Jésus fut présenté au Temple le 40 e jour
après sa naissance ; il prêcha pendant 40 mois, resta
40 heures au sépulcre et 40 jours sur la terre après
sa résurrection (3). Bouddha et Mahomet commencèrent
tous deux leur prédication à l’âge de 40 ans. Les Juifs
avaient une fête de 40 jours, comme les Chrétiens pour
le Carême. C’est un cycle, mais toujours pénible, puisque
limité par les réactions naturelles : Ninive avait eu
40 jours pour faire pénitence. J. Bcehme voit dans ce
nombre « l’enfer étemel »,parce que c’est l’assujettisement
aux cycles de l’incarnation dont la forme ne change pas.
Il correspond à la lettre hébraïque a et à l’arcane 13 du
Tarot : la Mort, qui est précisément le nœud de ces
cycles, mais qui marque aussi l’achèvement d'une étape.

41. — C’est le principe d’individualité, 1, se mani


festant dans les mutations cosmiques, 40. C’est l’indivi
dualité de l’être incarnée dans la vie physique et, par
excellence, « le Fils, le Verbe étemel » (J. Bcehme).
C’est l’inverfee de 14 qui montre le principe des muta
tions périodiques dans l’individualité cosmique. Dans
14, le cycle est dans l’individu ; dans 41, l’individu est
dans le cycle ; 41 est sans rapports avec le Septénaire ;
il est impair et premier ; c’est comme un développement
du Quinaire représentant l’acte de l’incarnation.

(1) Matthieu, IV-2.


/ (2) E«ode, xvi-35.
(3) Actes, 1-3.
42. -— iv Entegcnhme dans les cycles naturels. Ici,
l’Esprit cpposé à la Matière, le Bien opposé au Mal
(Binaire), poursuivent leur lutte dans les oscillations
du inonde et se traduisent par le Karrja (4 + 2 = 6).
C’est le Karma ou la Providence dans l’évolution
(42 = 6 x 7). Dans l’Apocalypse, les Gentils fouleront
la cité sainte pendant 42 mois (xi, 2) et la bête a
42 mois pour blasphémer (xii 5). Cette durée de
trois ans et demi correspond à l’expression biblique :
« un temps,
deux temps et la moitié d’un temps » pour
exprimer un temps imparfait et le règne du mauvais (1).
C’est le nombre du châtiment karmique. D’un autre côté,
le Talmud dit que le nom divin de 42 lettres est le plus
grand des mystères, entendant sans doute par là les
lettres qui servent à écrire les noms des dix Séphiroth.
J. Bœhme appelle ce nombre « le Ciel,lieu du désir divin ».
42 est l’inverse de 24 dont il ne diffère guère que par
ses rapports avec le Septénaire.

43. — Tandis que 34, pair, exprime l’influence statique


du cycle sur l’organisation cosmique, son inverse 43,
impair, doit exprimer l’influence dynamique de l’orga
nisation (ou de l’activité libre) qui est 3,sur le mécanisme
permanent des cycles cosmiques, 40.

44. — Ce nombre doit logiquement unir le principe


des mutations périodiques de la nature aux manifes
tations cosmiques de celle-ci.

45. — Nous aurions ici la vie, 5, dans les révolutions


du monde, 40, se dispersant à l’infini, mais tendant à la

(1) A. BERTET : VApocalypse du bienheureux Jean,


Paris, 1861, p. 222.
solidarité novénaire (4 + 5 := 9)- Ce nombre est d’ail
leurs un quintuple Novénaire ( 45 = 5 X 9), symbolisant
cette solidarité cosmique qui s'exprime dans la vie de
tous les êtres ; il est aussi l'addition des neuf premiers
nombres. Cakkya-Mouni prêcha pendant 45 années.
L’âge de 45 ans chez l’homme, correspondant à une
période ennéatique, était considéré comme une étape
importante de la vie.

46. —Le Karma, 6, dans les cycles de la nature, 40.


J. Bcehme appelle les nombres 44, 45, 46 : la trinité
de la vie humaine.

47. — L’évolution, 7,se poursuivant dans le mécanisme


étemel du monde,40, par un effort personnel et une lutte
(4 +7= 11 ; 1 +1= 2).

48. — Rapports de l’initiation, 8, avec la loi naturelle


du Cosmos, 40. Comme produit, 4 x 12, il exprime le
développement des relations mutuelles dans la nature ;
comme sextuple octonaire, il montrerait la sainteté
trouvée dans l’acquittement du Karma ; c’est pourquoi
J. Bcehme y voit le symbole de « l’Humanité divine » et
Ce. de Saint-Martin « l’homme spirituel s’unissant à la
puissance divine octonaire et septénaire pour se délivrer
de ses entraves matérielles (1) ».

49. —Ce nombre montre l’effort de la solidarité^, dans


les mutationscosmiques 40 ; J. Bcehme y voit « le Paradis ».
Comme carré de 7, 49 représente le développement des
étapes évolutives et de leurs degrés : les sept plans c Mi
miques comprennent 49 sous-plans; les sept rac^s qui.

(1) Loc. cit., p. 71.


selon la Théosophie, évoluent sur un globe planétaire,
comprennent 49 sous-races, etc. De même, le clavier
musical usuel de sept octaves comprend 49 notes. Boud
dha demeura 49 jours près de l'arbre Bô.
Une légende pûranienne raconte qu’Indra coupa le
fœtus de Dm (ce qui se divise ou se différencie
dans l’Univers, par opposition à Aditi) en sept
parties, puis chacune en sept, soit 49.

50. — C’est l’Univers s’exprimant par les vies indi


viduelles. C’est un nombre favorable marquant une
grâce, un bienfait, une régénération. « La loi hébraïque
remettait les dettes en la cinquantième année, dit C.
Agrippa (i), et Moïse reçut ses commandements cin
quante jours après la sortie d’Egypte. » La Kabbale
parle de 50 portes d’intelligence qui seraient tous les
objets possibles de la connaissance, résumant la créa
tion (2), tandis que les 32 voies de sagesse seraient les
instruments de la connaissance. 50 peut être regardé
comme la synthèse de 49. D’ailleurs la tradition kab-
balistique veut que Moïse n’ait pas pu franchir la
50 e porte.
Ces portes sont, d’après A. Kircher (Œdipus cegyp-
tiacus), réparties en six classes, ainsi qu’il suit :

I re CLASSE : PRINCIPES DES ÉLÉMENTS

Porte 1. (la plus infime). Matière première Hylé, Chaos.


— 2. Vide et inanimé : ce qui est sans forme.
— 3. Attraction naturelle, l’abîme.
Éléments.
— 4. Séparation et rudiments des
— 5. Elément Terre ne renfermant encoreaucune semence
— 6. Elément Eau agissant sur la terre.

(1) C. Agrippa : Philosophie occulte, 11-15.


(2) A. JouNET : Clef du Zohar, Paris, 1909, p. 50.
LES AUTRES NOMBRES 389

Porte 7. Elément de l’Air s’exhalant de l’abîme des eaux.


— 8. Elément Feu échauffant et vivifiant.
— 9. Figuration des Qualités.
— 10. Leur attraction vers le mélange.
2 e CLASSE : DÉCADE DES MIXTES

Porte 11. Apparition des minéraux par la disjonction de la


terre.
— 12. Fleurs et sucs ordonnés pour la génération des
métaux.
— 13. Mers, lacs, fleurs, secrétés entre les alvéoles (de la
terre).
— 14. Production des Herbes, des Arbres, c’est-à-dire de
la nature végétante.
— 15. Forces et semences données à chacun d'eux.
— 16. Production de la Nature sensible, c’est-à-dire :
— 17. Des insectes et des reptiles.
— 18. Des poissons, chacun avec ses propriétés spéciales.
— 19. Des oiseaux. — — —
— 20. Procréation des quadrupèdes.
3 e CLASSE : DÉCADE DE LA NATURE HUMAINE

Porte 21. Production de l’homme.


— 22. Limon de la Terre de Damas, Matière.
— 23. Souffle de vie, ou Ame.
— 24. Mystère d’Adam et d’Eve.
— 25. Homme-Tout, Microcosme.
— 26. Cinq puissances externes.
— 27. Cinq puissances internes.
— 28. Homme ciel.
— 29. Homme ange.
— 30. Homme image et similitude de Dieu.
4® CLASSE : ORDRES DES CIEUX ; MONDE DES SPHÈRES

Porte 31. Ciel de la Lune.


— 32 — de Mercure.
— 33 — de Vénus.
— 34 — du Soleil.
— 35 — de Mars.
52. —La lutte, facteur d’évolution pour les créatures,
incarnées du Cosmos. Le P. Acosta raconte que les
anciens Mexicains divisaient le temps en périodes de
52 ans, attendant la fin du monde au terme de chacune
d’elles (1).

55. — La vie individuelle confondue avec la vie cos


mique ; rapports de la vie de l’ensemble à la vie des
parties dans l'individualité ( 5 + 5 = 10). Ce nombre
est la somme des dix premiers (2). Il correspond au double
Quaternaire dont Platon parle dans le Tintée et qui
diffère du double Quaternaire de Pythagore ; celui-ci
est formé des deux séries : 1, 2, 4, 8, et 1, 3, 9, 27.

56. — « L’Être pervers aux prises avec les principes


de la nature et livré à sa propre justice ; l’Esprit de
l’Univers remontant vers sa source » (Cl. de Saint-Mar
tin).

59. — La solidarité des êtres poursuivie dans l’incar


nation. « Demeure de l’Homme spirituel », dit J. BcEhme.

60. — Ce nombre est intéressant en raison de sa divi


sibilité, répondant à la fois au système décimal et au
système duodécimal (voir page 226). Il est aussi à
remarquer que, pour les peuples qui mesurent l’année
par lunes, la coïncidence avec l’année solaire revient
par un cycle de 60 ans. En outre, les périodes de
60 jours jouaient un rôle important dans la mesure
du temps, correspondant à une saison des Indiens et des

(1) Jos. Acosta


Hist. natur. et morale des Indes, trad.
:
R. R. Cauxois, Paris, 1600, in-8, 1. VI, ch. II, p. 277.
(2) Martinez de Pasqually : Traité de la Réintégration,
Paris, 1899, p. 327.
arcane du Tarot : le Diable, qui figure d'une certaine
manière la fatalité cosmique. J. Bcehme appelle ce nom
bre « la Terre ».

63. — L’organisation, 3, dans l’harmonie cosmique,


60, produisant le plein développement de toutes choses
(6-4-3=9). — 63 est le produit du Septénaire par le
Novénaire, représentant ainsi la série complète des
cycles évolutifs. L’âge dé 63 ans, à la fois climatéri
que et ennéatique, passait pour particulièrement criti
que. Le jeu de l'oie, qui a une valeur initiatique
comme le Tarot (1), possède 63 cases : l’oie figure
l’âme humaine, destinée à devenir, sur la dernière
case, le cygne, symbole hindou de la libération
karmique (Hamsa) — et cela, après toutes sortes de
péripéties qui constituent bien la série complète des
cycles évolutifs. — Comme impair, il marque un pas
sage vers un état définitif qui sera le nombre 64.

64. — Réalisation statique (nombre pair) de l’unité


cosmique (64-4=10), dans l’épanouissement de la
béatitude (64=8x8). C’est la libération définitive qui
permet à l’être de réaliser sa pleine ‘individualité
après son cycle 4, dans les liens du Karma cosmique,
60. — Ce nombre peut représenter les forces naturelles
agissant en union avec les déterminations providentielles
du Cosmos. La mère de Bouddha devait,selonla tradition,
naître dans une famille douée de 64 espèces de qualités (2).
La tradition chinoise veut que Confucius ait eu
64 générations depuis Hoang-ti, fondateur de la dynas-

(1) F. CaslanT : Aperçus sur la théorie des Nombres in


Voile d’Isis, juin 1921.
(2) Cf. Lalita-Vistara, trad. Foucaux, 1884, Annales
Musée Guimet.
tie, de même que, selon saint Luc, Jésus aurait
compté 64 générations depuis Adam. Chez les Indiens,
il existe 64 dévas de la classe Abhavara. Sept divisions
successives ramènent ce nombre à l'unité. Comme carré
de 8, il représente le développement ultime des combi
naisons élémentaires. Le Yi-King décrit 64 Koua com
plexes qui,additionnés aux 8 fondamentaux,donnent un
total de 72. Pour Cl. de Saint-Martin, 64 est le «com
plément du cercle octonaire où le nombre puissant,
après avoir parcouru toutes les profondeurs des régions
et de l’existence des êtres, rétablit l’unité dans son nom
bre simple, là où elle était divisée et l’action où
régnaient le néant et la mort (1) ». Aux funérailles
d’AlExandrE-LE-Grand, le char mortuaire fut traîné
par 64 mulets ; en Chine, le corps de l'empereur mort
est porté par 64 personnes.

65. — L’incarnation faisant obstacle à l’action pro


videntielle et tendant à combattre, par erreur, les
déterminations karmiques.

70. — Ce nombre représente l’évolution totale de


l’Univers, son cycle évolutif complet. Saint Augustin
reconnaît un sens mystique à ce décuple septénaire (2).
La tradition veut que le feu du sacrifice se soit conservé
soixante-dix ans caché sous l’eau pendant la captivité
de Babylone. Jérémie avait prédit la destruction du
temple dans le même nombre d’années ; c’est aussi le
temps de la désolation de Jérusalem. Daniel avait
annoncé soixante-dix semaines d’années avant la venue
du Messie (3). Il y avait soixante dix palmes au lieu de
(1) Loc. cit., p. 71.
(2) Qucsst. in Heptat., 1-152.
(3) Dan., ix-24.
campement des Israélites ; soixante-dix rois ramassaient
des miettes à la table d’Adonibesech ; Joas a engendré
soixante-dix enfants ; on donnait soixante-dix poids
d'argent à Abimelech ; le même Abimelech a tué
soixante-dix hommes sur une pierre ; Abdon a eu soi
xante-dix fils et neveux ; Salomon employait soixante-
dix mille hommes à porter des fardeaux ; les soixante-
dix fils d’AcHAB, roi de Samarie, ont été décapités, etc.
Mais ce qui montre peut-être le plus clairement le sens
symbolique de ce nombre, c'est que le Psalmiste (i) fixe
le cours ordinaire de la vie humaine à soixante-dix ans.
La lettre hébraïque correspondante est y, qui répond au
seizième arcane du Tarot : la maison-Diefa, symbole de
chute, d’écroulement, de catastrophe ; il y a là concor
dance avec l’idée de terminaison de cycle.

72. — La différenciation 2, dans les séries cosmiques,


70, produisant l’extrême multiplicité des aspects, d’ail
leurs solidaires entre eux (74-2 = 9). Comme un Nové-
naire développé, ce nombre exprime la solidarité dans
la multiplicité ; comme produit du Duodénaire par le
Sénaire, il montre encore l’harmonie et la réciprocité
dans les telations universelles des choses, surtout si l’on
tient compte de sa divisibilité par 2, 3, 4, 6, 9,12, etc.
A l’âge de la puberté, le jeune Parsi recevait l’investi
ture du cordon' sacré Kuçti formé de 72 fils en symbole
de la communauté mazdéenne (2). Lenain mentionne
les 72 intelligences présidant aux 72 ternies zodiacaux
d’après la Kabbale (3), les 72 attributs de Dieu, les
72 parties du corps humain, les 72 nations de la terre,

(1) Ps. xc.


(2) G. DE LafonT : Le Mazdéisme..., Paris, 1897, p. 247.
(3) Cf. Kircher : Œdipus œgyptiacus, t. II, p. 273-287, et
Agrippa, Phil. occulte, t.III.
l«s 72 échelons de l’échelle de Jacob, selon le Zohar, les
72 vieillards de la synagogue, les 72 interprètes de
l’Ancien Testament, les 72 langues confondues à la Tour
de Babel, et les 72 noms de quatre lettres qui désignent
Dieu (1). Il
faut remarquer que si l'on prend la valeur
numérique des lettres du Tétragramme, la première,Iod,
vaut 10 ; les deux premières, Iod-Hé, valent 15 ; les
trois premières : Iod-Hé-Vau, valent 21; l’ensemble vaut
26, et tous ces nombres additionnés donnent pour
total 72.
J. de Maistre, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg,
rappelle que, dans l’antiquité classique, Mercure aurait,
selon une légende, joué aux échecs avec la Lune et
lui aurait gagné la 72 e partie d’un jour L'origine égyp
.
tienne de cette fable est racontée par Maspero (2). Or,
la 72 e partie d’un jour, multipliée par 360, donne les
5 jours épagomènes qu’on ajoutait chez les Péruviens,
Egyptiens, etc., pour compléter l'année théorique en
année solaire vraie ; en outre, le produit de 360 par 72 =
25.920 nombre, qui exprime à peu près, suivant les auteurs,
la grande révolution résultant de la précession des équi
noxes. Pour toutes ces raisons ,Etteila prétend que
«
la révolution des génies sur les ans, les mois, les se
maines, les jours et les heures-, se fait selon le nombre 72 »
(3). Il faut remarquer que, depuis une haute antiquité,
les Chinois divisent l’année en 24 parties de 15 jours
appelées Tsié-Ki, et chaque Tsié-Ki, subdivisé en trois,
produit 72 parties appelées Kéou (4).

(1) Lenain La :
Science cabalistique, Amiens, 1823, réédit.,
Paris, 1909.
(2) Cf. Vanki : Hist. de l’Astrologie, Paris, 1906, in-8 carré,
P- 49-
(3) ETTEILA : Philosophie des Hautes Sciences, 1785, p. 66.
(4) Fortia d’Urban, loc. citp.
24.
77. — Ce nombre réunit l’évolution de la partie à
l’évolution du tout (rapports de l’évolution cosmique et
de l’évolution individuelle). Saint L/uc énumère 77 géné
rations (1) que les Pères de l’Église ont interprétées
comme an symbole des pécheurs ayant vécu avant la
venue du Christ, parce que ce nombre est le produit de 7
(la créature évoluant) par iï (la transgression). Selon
certaines traditions, Zoroastre serait mort à 77 ans (2).

78. — Le nombre 77, complété par un terme nouveau


qui sert de lien entre les deux évolutions, cosmique et
individuelle, devient 78, qu’on peut interpréter comme
la libération karmique individuelle atteinte grâce au
courant général d’évolution. C’est le total des cartes
dans le jeu de Tarot complet.

80. — Ce nombre représente la libération karmique


pour l’ensemble des créatures du Cosmos, ou la commu
nauté des initiés dégagés de la fatalité des réincarnations,
la communion des Saints ou la Grande Loge Blanche.
Moïse avait 80 ans à la sortie d’Egypte ; selon le Lalita
Vistara (3), un Bouddha doit présenter, outre les 32 ver
tus caractéristiques, 80 signes secondaires de beauté.
Ce nombre correspond à la lettre hébraïque £, en forme:
de lampe accrochée et au dix-septième Arcane du Tarot,
l’Étoile, qu’on représente généralement avec huit
branches.

81. — C’est l’effort individuel, 1, dans le monde nir-


vanéen 80, réalisant l’acte de pur ïamour, la solidarité

(1) S. Luc, m, 23-38.


(2) F. Chapelle : Le Nombre 77,’ in Revue Spirite, 1895,,,
p. 296.
(3) Loc. cit., p. 95.
par excellence (carré de 9). Il est à rapprocher de 18,
son inverse, pair, qui est comme l'aspect statique de la
même idée.

84. — Rapports du monde nirvanéen, 80, à la loi natu


relle 4, dans les relations harmonieuses du monde (8 +
4 = 12). Ce nombre est, d'ailleurs, le produit du Duo-
dénaire par le Septénaire et sert ainsi aux rapports
des plans entre eux, ou aux rapports des séries successives
d’une progression. Il joue un rôle important en harmonie,
puisque les 12 quintes du clavier usuel se divisent chacune
en 7 intervalles dans la gamme chromatique, de la même
façon que les 5 plans cosmiques sur lesquels évolue
l’homme se répartissent chez lui en 7 véhicules. Il y a
donc 84 notes dans le clavier chromatique (7 gammes
comprenant chacune 7 notes simples et 5 dièses).
P. Flambart a montré qu’en répartissant ces notes sur
84 divisions d’un cercle, l’accord parfait était représenté
par un trigone (1).

90.— C’est la solidarité cosmique non plus en principe,


mais réalisée dans l’Univers. Le rite maçonnique Mis-
raïm comprend 90 degrés, dont 3 sont réservés à des
supérieurs inconnus (2) ; le nombre de 87, qui reste,
peut symboliser la direction providentielle de l’Évolution
par les grands Êtres. Ce nombre correspond à la lettre
hébraïque x et au 18 e arcane du Tarot : la lune.

100. — C’est la partie de la partie, le microcosme du


macrocosme. C'est l'individualité du microcosme. Il
correspond à la lettre p (deux iods se contournant

(1) P. Flambart : La Chaîne des Harmonies, Paris, 191O.


(2) Cf. PapuS : Martinisme et Franc-Maçonnerie, Paris.
j 899.
simultanément comme en un soleil rutilant) et au dix-
neuvième arcane du Tarot : le Soleil, symbole d’indivi
dualité.

101. — Comme n, avec une différence de deux degrés


entre les deux unités considérées : le Tout et la sous-
partie.

144. — Ce nombre exprime l’idée d'une combinaison


de cycles révolutifs de plusieurs ordres, par rapport à
l’individu microcosmique. Comme carré de 12, il
est le
développement des relations et combinaisons possibles
entre les choses. Selon Platon {République) et Aris
tote {Politique), il y avait de grands changements dans
les cités tous les 144 ans. D’ailleurs, le nombre 1728,
cube de 12, aurait la même importance dans l’histoire
de l'Humanité (Abulmasar divisait l’histoire du monde
en périodes de 1750 années). C’est à peu près l'intervalle
qui sépare les premières manifestations du Christianisme
et la révolution de 1789, ces deux efforts différents vers
l’égalité. Par addition théosophique, les nombres 144
et 1728 donnent 9, ce qui peut exprimer l’achèvement
d’un tout et le passage à une unité suivante.

200. — C’est la dualité dans la créature, dualité de


tendances, polarités magnétiques, pôles d’homologie,
sexualité, mais non dualité de constitution : âme-corps,
comme le prétend Descartes avec l’Église officielle.
Lettre hébraïque l ; vingtième arcane du Tarot : le
Jugement, c'est-à-dire bouleversement, antagonisme

214. — Ce nombre pourrait être interprété ainsi :


les tendances opposées des créatures contenues dans
l’organisme universel soumettent ces créatures aux cycles
révolutifs mais, concourent à l’évolution (200par rapport
à 10, par rapport à 4, en vue de 7). C’est la double nature
de l’homme organisée en une synthèse et soumise aux
lois naturelles en vue de son évolution.

230. — La différenciation de l’être par rapport au


mécanisme cosmique, produisant la vie. C’est un aspect
de la sexualité.

231. — Le Sepher Yésirah mentionne 231 parties


(combinaisons de lettres). Ce nombre s’obtient ainsi :
on multiplie les 11 nombres (les 10 sephiroth et l'Absolu
En Soph) par les 22 lettres, ce qui donne 242, d’où l’on
retranche les 11 nombres, pour n’avoir plus que les
portes occultes.

248. —La Torah juive contient 248 commandements


correspondant à une division du corps humain en 248
parties. Interprété suivant notre système, ce nombre
représenterait la double nature de l’homme, 200, dans
l’épreuve des cycles naturels, 40, tendant à la libération
karmique, 8, et pouvant évoluer dans les deux sens
(2 + 4 + 8 = 14). C’est un aspect de l’incarnation.

250. — La double nature de l’homme évoluant dans


l’incarnation.

300. — C’est la créature microcosmiques’organisant


pour devenir une source d’activité, une cause agissante,
un agent autonome et libre. La lettre hébraïque corres
pondante est le ur dont nous avons, à propos du Quinaire,
mentionné cette signification symbolique d’activité et de
réalisation. La forme ternaire de cette lettre est à remar
quer : elle figure les trois coups de maillet ou les trois
langues de feu du Saint-Esprit descendant sur les Apô
tres. Elle correspond au 21 e arcane du Tarot qui est le
Fou, parce que l’activité de la créature, livrée à ses pro
pres moyens, ne peut être qu’aveugle, désordonnée,
comme une caricature de l’activité de l’Archétype.
Chez les Thébains, il y avait 300 gardes de la citadelle ;
chez les Spartiates, la garde particulière du roi en temps
de guerre était de 300 hommes d’élite ; 300 Ombriens se
sauvèrent du déluge universel ; Pythagore avait 300 dis
ciples, etc. (1).

318. — La Genèse parle de 318 hommescirconcis par


Abraham. L’Epître de Barnabe cherche à expliquer ce
nombre par la correspondance avec les lettres grecques
et y voit « les hommes sauvés par JÉSUS en croix ».
O11 pourrait l’interpréter comme la libération karmique
réalisée dans l’unité du Cosmos par l’effort de la créa
ture (8 + 10 + 300).

343. — Cube de 7, ce nombre représente l’activité


humaine, 300, en rapport avec l’activité divine, 3, dans
la nature cosmique 40. « C’est dans les éléments de ce
cube que l’on voit clairement la destinatiôn de f homme
primitif, puisqu’il est placé là entre le triangle supérieur
dont il tenait tout et le triangle inférieur sur lequel il
dominait (2). »

360. — C'est le produit de deux nombres, 12 et 30,


fréquemment employés pour l a mesure du temps
;

(par cycles révolutifs). Ce nombre est divisible par 2, 3, 4,


5, 6, 8, 9, 10, 12, etc.,et rend de grands services dans la

(1) Cf. D. RaméE : Théologie cosmogonique, Paris, 1853,


1-1.
(2) Ce. de St-Martin : Des Nombres, Paris, 1912, p. 95.
26
numération. Les anciens Egyptiens,commeles Péruviens,
comptaient l'année de 360 jours et ajoutaient 5 jours
épagomères ; ils divisaient pour cette raison le Zodiaque
en 360 parties et le cercle en 360 degrés. Ce nombre est
le produit de 72, nombre des principaux génies de la
nature, par 5, nombre de la vie et de l’incarnation.
Orphée,dans sa théologie, admettait 360 génies présidant
aux 360 premiers jours de l’année : les 5 derniers jours
étaient consacrés à Osiris, Apollon, Isis, Typhon et
Vénus. Il y avait 360 urnes à l’usage des prêtres de
l’Égypte pour les libations en l’honneur d’OsiRis.
360 prêtres égyptiens versaient tous les jours de l’eau du
Nil à Acanthopolis dans un tonneau percé. Le peuple
athénien érigea 360 statues à Démétrius ; le mur d’en
ceinte de Babylone construit par Sémiramis avait 360
stades de longueur, etc. 360 représente symboliquement
la liberté delà créature, 300, dans l’harmonie cosmique.
60, réalisant la solidarité (3+64-0 = 9); multiplié
par 7,360 donne 2520 qui est le plus petit commun mul
tiple des dix premiers nombres.

365. — L’activité de la créature, 300, liée au Karma


cosmique, 60, par son incarnation, 5. H.-P. Blavatsky
l’interprète au moyen des lettres grecques, comme
«
l’animation de la terre par l’esprit de vie ». Ce nom
bre représente la valeur numérique des lettres grecques
composant le mot A braxas.C’est le nombre des jours dans
l’année, auxquels la Torali juive faisait correspondre
365 défenses. Les anciens Egyptiens, négligeant les six
heures supplémentaires de l’année astronomique vraie,
n'employaient pas la correction des années bissextiles
tous les quatre ans,, c’est-à-dire tous les 1460 jours : il
en résultait un chevauchement des saisons sur l’année
officielle tel que les équinoxes et les solstices ne reve-
naient à la même date qu’après un cycle de 1460 années ;
ce cycle constituait la période sothique employée dans
les annales (1).

400. — Les cycles révolutifs de la nature dans la


créature microcosmique, et en particulier les quatre
âges de la vie humaine avec leurs correspondances dans
les tempéraments et les races. La lettre hébraïque
représentant ce nombre est n, correspondant au dernier
arcane du Tarot : le Monde. I/évolution des créatures
microcosmiques de notre planète n’ayant pas, selon la
Théosophie, dépassé le stade quintuple (5 e Race),
l’alphabet hébraïque prend fin sur ce symbole numéri
que, 11’ayant à exprimer aucune des idées supérieures à
notre plan actuel.

450. — Le Cycle de l’incarnation dans la matière du


Cosmos.

500.—La vie physique de la créature microcosmique.

516. —Rapport de 500, la vie humaine à 16 : l’évo


lution dans les cycles naturels. R. Bruck prétend que
chaque centre de civilisation évolue en une période de
516 ans, et il admet la double période (1032 ans) comme
la durée de la vie d’un peuple (2).

539. —L’incarnation, 500, dans l’ordre universel, 30,


obéissant à la solidarité, 9, pour arriver à la libération
karmique (5 + 3 + 9 = i7;i+7=8). C’est le pro-

(1) Cf. Vanki : Histoire de l’Astrologie, Paris, 1906, in-8


carré, p. 49-5O.
(2) R. Bruck : L'Humanité, 1864, 2 vol. in-8.
404 LE SYMBOLISME DES NOMBRES

duit de 77 par 7 et, pour être saint, Jésus dit qu’il


faut pardonner « jusqu’à 77 fois 7 fois (1) ».
A propos de ce nombre, certains auteurs signalent
la coïncidence curieuse des vies de saint Louis et de
Louis XVI ; il ssontnés à 539 ans d’intervalle (1215-1754),
de même que leurs sœurs,toutes deux du nom d’IsABELLE
(1225-1764). Leurs minorités (1226-1765), leurs majorités
1236-1775), la victoire de Taillebourg et le traité de
Versailles (1243 et 1782), leurs captivités (1250 et 1789)
sont séparés par le même intervalle de 539 ans, sans
compter quelques autres rapprochements curieux (2).

600. — Le Karma de l’individu microcosmique. NoÉ


serait entré dans l’arche à l’âge de 600 ans. Les Chaldéens
connaissaient un cycle de 600 années, appelé par les
Juifs année divine,au moyen duquel les mois lunaires de
29 jours, 12 heures, 44’ 3” correspondent, selon une exac
titude remarquable, indiquée par Cassini, avec les an
nées solaires de 365 jours, 5 heures, 51’ 36” (3).

613. — Le Karma de l’individu, 600, et l’initiative, 13,


qui le détermine ou l’en affranchit. La Torah juive con
tient 613 lois.

666. — On a beaucoup discuté sur ce nombre que


l’Apocalypse attribue à l’Antéchrist (4) et on l’a rappro
ché des 666 fils d’AüONiCAM qui revinrent à Jérusalem
avec Zorobabel (5),ou encore des 666 talents d’or de la

(1) Matthieu, XVIII-22.


(2) Cf. notamment DKSBAROLLKS : Les Mystères de la
main, Paris, 1860.
(3) Cf. Vanki : Jlist. de VAstrologie, Paris, 1906, in-8, p. 81.
(4) Apocalypse, xill-18.
(5) I Esdr., II-13.
liste civile de Salomon, dont il est question dans les
Paralipomlw.es. On s'est livré aux interprétations les
plus fantaisistes: grâce aux lettres hébraïques, grecquesou
latines qui servent à l’écrire, on y a vu tour à tour
l’Empire latin, Néron, César, Dioclès augustus,
Iulianus Cœsar augustus, et jusqu’au tétragramme
sacré (1). Les commentateurs contemporains, encore
moins difficiles en symbolique, y ont vu, selon leur
opinions politiques, la Franc-Maçonnerie ou l’Empire.
Il nous semble possible de comprendre ce nombre comme
le Karma humain, en rapport avec le Karma cosmique
et l’équilibre providentiel divin ; c’est la double soli
darité (6 -j-6 + 6= 18). Saint Jean dit bien que c’est
un nombre humain et, comme 6 représente l’épreuve
karniique, on peut voir dans l’allégorie de l’Apocalypse
quelqueimmense cataclysmemondial amené par les dettes
karmiques individuelles tissées en un Karma cosmique.
En rapprochant ce nombre ( 6 -f 6 -f- 6 = 18) de la
XVIII e lame du Tarot, A. Bertet l’interprète comme
l’obscurantisme, la magie noire, la divagation de l’homme
hors de l’initiation (2).
Ozanam fait remarquer que 666 est un nombre trian
gulaire, formé de la somme de trois autres nombres trian
gulaires : 15 + 21 4- 630 = 666.
Si l’on prend, dans la série des chiffres, trois chiffres
successifs, par exemple 1, 2, 3, et qu’on les combine
de toutes les façons possibles (trois chiffres peuvent
donner lieu à six combinaisons) : 123, 132,231, 213, 312,

(1) Karppe : Etudes sur l'orig. la nat. du Zohar, Paris,


et
1ÇO1, in-8, p. 200.
Number 666 and the Name of Antéchrist,
London (?), 1894, in-8. Der Von GoTT : Bestiminten Zahlen
des Antechrists, s. 1., 1608, in-4.
(2) A. BERTET : L'Apocalypse du bienheureux Jean, Paris,
1861, p. 232,
321, en additionnant ces six combinaisons, on obtient
une somme : 1332. Cette somme, divisée par le nombre
moyen de la série (ici le nombre 2), produit 666. Il en
serait de même avec les séries : 2, 3, 4, ou 3, 4, 5, ou
4, 5, 6, ou 5, 6, 7, etc., etc.

700. — L’évolution et la sériation du microcosme ;


les sept principes de l'homme.

777. — Ce nombre réunit les principes de l’homme.


700, les plans cosmiques, 70, et leur image dans l’Arché
type, 7. C’est l’organisation universelle ( 7 -f 7+ 7 ==21).
l’évolution générale. Il est question, dans la Doctrine se
crète d’H.-P. Blavatsky, de résoudre « le problème des
777 incarnations ». Dans une étude sur ce nombre,
H.-S. Green y voit la triple évolution de Manas,
Buddhi et Atma (1).

794. —C’est, d’après Kepler (2), le nombre d’années


séparant certaines grandes conjonctions de Saturne et
de Jupiter, lesquelles auraient lieu dans le voisinage
d'une étoile importante et marqueraient de grandes pé
riodes astrologiques. Képler en aurait observé une
en 1585, les deux planètes se trouvant « auprès d’une
brillante étoile fixe », au pied du Serpentaire. La précé
dente avait eu lieuà peuprèsaumomentducouronnement
de Charlemagne (les historiens mentionnent un astre
extraordinaire vers l’an 800). Encore 794 ans plus haut,

(1) H.-S. Green : The number 777, in The Theosophist.,


London, 1909, n° g, p. 326.
(2) KÉPLER: De Jesu Christi anno natalitio,Francfort, 1606.
Voir aussi à ce sujet : PIERRE D’AiLLY : Concordantia astro
nomie cum theologia et historia.Vienne; 1490, Venise, 1594,
in-8.
c’aurait été, approximativement, l’époque de la naissance
du Christ avec l'étoile des Mages ; puis, en remontant
dans l’antiquité, on trouverait la période du siècle
d’EsAU, celle de la sortie d’Egypte avec Moïse, celle
du déluge de Noé, celle des prophéties d’ENOCH, etc.,
etc. Cette période de 794 ans marquerait ainsi d’impor
tants changements dans l’histoire du monde ; selon
d'autres auteurs, ce serait le nombre de 796 années et
ses quarts de 199 ans ; les rapprochements chronologi
ques qu’on a cherchés sont nécessairement approxima
tifs. En tenant compte des divergences possibles de
calculs, la prochaine période importante arriverait entre
l’an 2379 et 2 388.

800. —La libération karmique individuelle. Avant le


crépuscule des dieux, les héros au service d’OüiN doi
vent sortir des 540 portes du Walhalla, au nombre de
800 par chaque porte.C’estlalibération karmique générale
à la fin du grand cycle cosmique. Il est très remarquable
que le produit 540 X 800 donne 423.000, et que le
Mahayuga des Indiens compte dix fois 432.000 années
ainsi réparties :

Satya Yuga : 432.000x4=1728.000 ans (âge d’or) ;


Treta Yuga : 432.000x3=1296.000 ans (âge d’argent) ;
Dvapara Yuga:432.000 x 2=864.000 ans (âge de bronze) ;
Kali Yuga: 432.000x1=432.000 ans (âge de fer) ;
Maha-Yuga : 432.00 X 10=4320.000 ans (grand âge).

900. — La solidarité cosmique sentie dans le micro


cosme.

1000. — Les milliers marquent une dégradation


nouvelle des principes initiaux de l’Archétype, soit,
comme il est logique, dans les parties du microcosme,
soit, comme le veut Agrippa, dans leur application aux
choses futures. Les Pères de l’Église voyaient dans le
nombre ioco « l’ensemble des générations et la perfec
tion de la vie (i) ». Au delà de ioo, les nombres ne sont
guère employés avec un sens symbolique direct, et il
faut généralement les ramener aux nombres plus sim
ples qui les produisent par multiplication. Ainsi, s’il
s’agissait d’interpréter un nombre comme 1920, on
pourrait l’envisager comme le triple produit de 12 X 40 x
4 et y voir une double idée de révolution cyclique dans
les relations des choses, idée qui se trouve confirmée
par l’addition des chiffres composants (1 +9 + 2 + 0 =
12). Cette date, en tout cas, coïncide comme le commen
cement de notre ère, avec un grand mouvement d’idées et
peut-être la naissance d’une Race nouvelle.
L’année suivante, 1921, marquerait la mort du monde
ancien (1+9+2 + 1=13) et le premier effort de réali
sation vers l’idéal des temps nouveaux.

(1) Cf. S. Augustin : In Ps., civ-7 et S.^Grégoire le


Grand : Moral,, ix-3.
TABLE DES MATIERES

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