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DEUXIÈME SECTION

DÉCISION

SUR LA RECEVABILITÉ
de la requête no 483/06
présentée par Johan TYTECA et autres
contre la Belgique

La Cour européenne des droits de l'homme (deuxième section), siégeant


le 24 août 2010 en une chambre composée de :
Ireneu Cabral Barreto, président,
Françoise Tulkens,
Danutė Jočienė,
Dragoljub Popović,
Nona Tsotsoria,
Işıl Karakaş,
Kristina Pardalos, juges,
et de Stanley Naismith, greffier de section,
Vu la requête susmentionnée introduite le 4 janvier 2006,
Vu les observations soumises par le gouvernement défendeur et celles
présentées en réponse par les requérants,
Après en avoir délibéré, rend la décision suivante :

EN FAIT
Les requérants, MM. Johan Tyteca, Maurice Gielen, Remi François
Vermeiren, Luc De Vriese, Dag Wyntin, Luc Bauduin,
Pierre Van Keirsblick et Mme Raphaëlla De Boeck sont des ressortissants
belges, nés respectivement en 1955, 1948, 1940, 1948, 1959, 1947 et 1952
et résident à Dilbeek, Kortessem, Zottegem, Aalst, Kortemark, Nazareth,
2 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

Harelbeke et Steenokkerzee. Ils sont représentés devant la Cour par


Mes F. Deruyck, Y. Nelissen Grade, R. Verstringhe, R. Verstraeten,
I. Onkelinx, F. Legrand, L. De Broe, J. Malherbe, L. Schuermans,
G. Sustronck et F. Koning, avocats à Anvers, Louvain, Gand, Bruxelles et
Turnhout. Le gouvernement belge (« le Gouvernement ») a été représenté
par son agent, M. Daniel Flore, Directeur général au Service public fédéral
de la Justice, puis par M. Marc Tysebaert, qui lui a succédé.

A. Les circonstances de l'espèce

Les faits de la cause, tels qu'ils ont été exposés par les parties, peuvent se
résumer comme suit.

1. Genèse de l'affaire
Les requérants sont tous des employés de la SA KBC Bank, l'ayant-cause
de la Kredietbank (« KBC Bank »), à l'exception de M. Vermeiren qui en
était le président.
Dans le courant des années 1994 et 1995, des documents bancaires,
précédemment volés dans une banque sœur de KBC Bank au Luxembourg
(la KBL), tombèrent entre les mains des autorités belges. Le 9 février 1995,
une information fut ouverte par le parquet de Bruxelles. Le 10 mai 1995,
l'administration fiscale belge put consulter le dossier répressif.
Le 6 mai 1996, un nouveau dossier contenant les dénonciations de
l'administration fiscale et les procès-verbaux de la première information fut
ouvert. Le 9 mai 1996, une instruction fut requise à charge de
« X (responsables de la Kredietbank) ».
Le 27 octobre 2000, le juge d'instruction estima que l'instruction était
close et, le même jour, le dossier fut communiqué au parquet.
Le 13 février 2004, le parquet prit un réquisitoire final.
Le 29 novembre 2004, le dossier fut mis à la disposition de certains des
requérants et, le 1er mai 2005, à la disposition d'autres requérants (Mme De
Boeck et M. De Vriese).

2. L'instruction menée à l'égard de KBC Bank


Le 3 février 1997, une première perquisition fut effectuée auprès de KBC
Bank à Bruxelles et, le 12 février, une seconde. Le 5 mars 1997,
sept perquisitions furent menées dans les bureaux de la banque à Bruxelles
et à Diegem et, le 19 novembre 1997, trois autres furent menées dans les
bureaux de Bruxelles, Courtrai et Mouscron. Des perquisitions
complémentaires suivirent dans plusieurs bureaux, notamment à Bruxelles,
mais aussi à travers le pays, les 9, 10 et 22 décembre 1997, les 25 mars,
12 mai, 4 et 15 juin, 10 juillet et 24 novembre 1998, les 22 avril et
22 décembre 1999 et les 2 et 6 mars 2000.
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 3

Du 27 avril au 5 octobre 2000, le juge d'instruction inculpa


trente-huit employés des banques KBC, KBL, KB Suisse et KB Consult.

3. Les cas des requérants

a) J. Tyteca
Le 5 mars 1997, une perquisition fut exécutée au domicile du requérant,
ainsi qu'à son bureau auprès de KBC Bank à Bruxelles. Les coffres du
requérant et de son épouse à l'agence KBC de Dilbeek furent également
perquisitionnés. Son domicile et son bureau furent perquisitionnés une
deuxième fois le 12 mai 1998. Il fut également interrogé lors de ces
perquisitions.
Le 5 octobre 2000, le juge d'instruction inculpa le requérant. Le
10 octobre 2000, il fut interrogé une dernière fois.
Le 27 octobre 2000, le juge d'instruction prit une ordonnance de
soit-communiqué.
Le 13 février 2004, le parquet établit le réquisitoire final.
Le dossier fut mis à la disposition des parties le 29 novembre 2004.

b) M. Gielen
Le 12 mai 1998, le domicile du requérant et son bureau à la KBC Bank à
Hasselt furent perquisitionnés. Il fut interrogé suite à ces perquisitions.
Le 23 juin 2000, le juge d'instruction inculpa le requérant. Le
27 octobre 2000, estimant que l'instruction était terminée, il prit une
ordonnance de soit-communiqué.
Le 13 février 2004, le parquet prit son réquisitoire final.
Le 14 avril 2004, le requérant sollicita auprès du procureur du Roi la
traduction des pièces du dossier en néerlandais. A la date de l'introduction
de la présente requête devant la Cour (4 janvier 2006), le requérant n'avait
reçu aucune réponse à cette demande.
Le dossier fut mis à la disposition du requérant le 29 novembre 2004.

c) F. Vermeiren
Le 2 mars 2000, une perquisition fut exécutée au bureau du requérant au
siège de la KBC Bank ainsi qu'à son domicile.
Le 5 octobre 2000, le juge d'instruction inculpa le requérant et, le
27 octobre 2000, il prit une ordonnance de soit-communiqué.
Le 13 février 2004, le parquet établit le réquisitoire final.
Le dossier fut mis à la disposition du requérant le 29 novembre 2004.

d) L. De Vriese
Le 22 avril 1999, le requérant fut interrogé par la police judiciaire au
sujet de la manière dont il avait agi en tant que directeur du siège KBC
Bank Bruxelles-Nord concernant la gestion d'un portefeuille de titres. Le
4 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

même jour, une perquisition fut menée sur ordre du juge d'instruction à son
domicile et dans les bureaux de l'agence KBC Bank à Laeken, dépendant du
siège Bruxelles Nord.
Le 27 octobre 2000, le juge d'instruction prit une ordonnance de
soit-communiqué.
Le procureur rédigea son réquisitoire final le 13 février 2004.
Le dossier fut mis à la disposition du requérant le 1er mai 2005.
Le requérant souligne que les faits pour lesquels il fut poursuivi avaient
entre-temps été définitivement jugés dans le chef d'un autre inculpé qui fut
acquitté par un jugement du tribunal correctionnel de Bruxelles du
16 septembre 2004.

e) D. Wyntin
Les 3 février et 5 mars 1997 et le 12 mai 1998, des perquisitions furent
effectuées au domicile et au bureau du requérant chez KBC Bank à
Bruxelles. Le requérant fut interrogé les 5 mars 1997, 12 mai 1998 et
19 octobre 1999.
Le 6 mars 2000, une perquisition fut effectuée au bureau du requérant
dans une filiale de KBC Bank, la KB Consult. Le requérant fut interrogé les
14 mars, 10 mai, 25 mai, 8 juin et 20 juin 2000.
Le 5 octobre 2000, le juge d'instruction inculpa le requérant et, le
27 octobre, il prit une ordonnance de soit-communiqué.
Le procureur rédigea le réquisitoire final le 13 février 2004.
Le dossier fut mis à la disposition du requérant le 29 novembre 2004.

f) L. Bauduin
Le 2 mars 2000 des perquisitions furent effectuées au domicile et au
bureau du requérant chez KBC Bank à Bruxelles.
Le 5 octobre 2000, le juge d'instruction inculpa le requérant.
Le 27 octobre 2000, le juge d'instruction prit une ordonnance de
soit-communiqué.
Le 29 novembre 2004, le dossier fut mis à la disposition du requérant.

g) P. Van Keirsbilck
Le 28 juin 2000, le requérant fut interrogé une seule fois. Le
27 octobre 2000, le juge d'instruction prit une ordonnance de
soit-communiqué.
Le 13 février 2004, le procureur rédigea son réquisitoire final. Il
concluait à un non-lieu.
Le 29 novembre 2004, le dossier fut mis à la disposition du requérant.
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 5

h) R. De Boeck
Le 22 avril 1999, une perquisition fut menée au bureau de la requérante à
l'agence KBC Bank de Laeken, dont elle était la directrice. Le 23 avril 1999,
un interrogatoire mené par la police judiciaire concerna un portefeuille de
titres appartenant à une société de droit luxembourgeois.
Le juge d'instruction transmit son dossier d'instruction au procureur du
Roi par une ordonnance de soit-communiqué du 27 octobre 2000. Ce
dernier rédigea son réquisitoire final le 13 février 2004.
Le dossier fut mis à la disposition de la requérante le 1er mai 2005.

4. La suite de la procédure concernant l'ensemble des requérants


Le 26 septembre 1996, le juge d'instruction ordonna la réalisation d'une
expertise. L'expert déposa son rapport le 24 août 1999.
Entre le 14 octobre 1998 et le 31 janvier 2003, neuf demandes de
mainlevée d'acte d'instruction furent introduites.
En avril 2003, la KBL déposa une plainte avec constitution de partie
civile entre les mains du juge d'instruction contre les policiers/enquêteurs
pour faux, usage de faux et recel. La SA KBC Bank et vingt-et-un autres
inculpés, dont sept requérants (MM. Vermeiren, Bauduin, Tyteca, Wyntin,
De Vriese et Gielen et Mme De Boeck), déposeront également plainte contre
les enquêteurs, dans le cadre de ce même dossier.
Le 13 février 2004, le parquet déposa ses réquisitions finales.
Lorsque les dossiers furent mis à la disposition des requérants, la
chambre du conseil leur permit de demander des devoirs complémentaires
sur une période s'étalant du 29 novembre 2004 au 31 octobre 2005.
Par deux lettres des 30 novembre et 2 décembre 2004, les avocats de
deux des inculpés demandaient une prorogation du délai pour la première
phase du règlement de la procédure, tout en reconnaissant que l'instruction
avait déjà duré plusieurs années.
En octobre 2005, treize inculpés introduisirent une plainte contre le juge
d'instruction L., alors en charge du dossier, et X pour notamment faux et
usage de faux. Cette plainte fut jugée non fondée par un arrêt de la Cour de
cassation du 27 juin 2007.
Les 19 et 24 janvier 2006, six devoirs complémentaires furent demandés
par huit des inculpés dont quatre requérants. Les mêmes requérants
introduisirent également une requête commune, le 20 janvier 2006, que le
juge d'instruction rejeta le 20 février 2006.
Le 2 mars 2006, la SA KBC Bank ainsi que quatre des requérants,
MM. Tyteca, Vermeiren, Bauduin et Wyntin, déposèrent plainte contre X,
avec constitution de partie civile, auprès du juge d'instruction pour faux et
usage de faux ainsi que destruction et suppression de pièces par
fonctionnaires publics.
6 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

Le 6 juin 2006, l'affaire fut à nouveau remise pour permettre à la défense


de prendre connaissance des dernières traductions et éventuellement de
joindre un dossier connexe. A cette audience, le ministère public émit l'avis
que cette éventuelle jonction ne pouvait retarder le sort de la procédure et
requit que le juge d'instruction, à la prochaine audience, fasse rapport et que
lui-même puisse prononcer ses réquisitions verbales. Une première partie du
travail de traduction eut lieu en 2004 et la deuxième partie de janvier à juin
2006.
Le 5 septembre 2006, à l'audience en chambre du conseil, M. Vermeiren,
ainsi que quatre autres inculpés, demandèrent à la chambre du conseil de ne
pas entendre les réquisitions du parquet sur le fond et de remettre à six mois
l'examen de la cause afin d'attendre la fin des instructions quant aux plaintes
des inculpés contre les enquêteurs (plainte de 2003) et contre le juge
d'instruction L.
Le 8 février 2007, le parquet communiqua ses conclusions aux conseils
des inculpés et les développa devant la chambre du conseil le 15 mars 2007.
A l'audience du 15 mars 2007, le ministère public développa ses
conclusions, dans lesquelles il s'opposa à ce que le traitement du dossier
principal soit reporté ou suspendu, comme le demandaient les inculpés, tant
qu'il n'avait pas été statué de manière définitive sur les plaintes déposées par
eux. Dans ses conclusions, il demanda à la chambre du conseil de fixer une
date à laquelle elle entendrait le parquet et les parties sur la demande de
renvoi correctionnel.
A l'audience du 12 avril 2007, la chambre du conseil prononça une
ordonnance de jonction des deux causes. Le 26 avril 2007, le parquet requit
sur les charges et déposa ses conclusions sur le fond de l'affaire.
Du 24 mai au 28 juin 2007 et du 20 septembre au 19 octobre 2007, les
conseils des inculpés furent entendus en chambre du conseil à raison de
deux audiences par semaine. A l'audience du 19 octobre, le parquet répliqua
aux plaidoiries des conseils des inculpés et déposa ses conclusions.
Le 11 janvier 2008, la chambre du conseil rendit une ordonnance de
renvoi partiel devant le tribunal correctionnel pour treize inculpés dont trois
requérants (MM. Wyntin, Vermeiren et Bauduin). Elle déclara l'action
publique éteinte par prescription en ce qui concerne M. Gielen et décida
qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre MM. Tyteca, De Vriese et Van
Keirsblick ainsi que Mme De Boeck.
Le 25 septembre 2008, la chambre des mises en accusation se prononça
sur les appels introduits par cinq des prévenus non requérants.
L'audience, initialement fixée au 3 avril 2009, fut reportée au 19 octobre
2009, car le tribunal estima avoir besoin de plus de temps pour examiner le
dossier, compte tenu de son ampleur et sa complexité.
Par un jugement du 8 décembre 2009, le tribunal de première instance de
Bruxelles déclara les poursuites irrecevables à l'encontre des MM. Wyntin,
Vermeiren et Bauduin.
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 7

Ce jugement fit l'objet d'un appel par le ministère public et la partie civile
(l'Etat belge). La procédure est encore pendante.

B. Le droit et la pratique internes pertinents

Depuis l'entrée en vigueur de la loi du 12 mars 1998 modifiant le code


d'instruction criminelle (« CIC »), les articles 136 et 136 bis se lisent ainsi :

Article 136
« La chambre des mises en accusation contrôle d'office le cours des instructions,
peut d'office demander des rapports sur l'état des affaires et peut prendre connaissance
des dossiers. (...)
Si l'instruction n'est pas clôturée après une année, la chambre des mises en
accusation peut être saisie par requête motivée adressée au greffe de la cour d'appel
par l'inculpé ou la partie civile. La chambre des mises en accusation agit
conformément à l'alinéa précédent et à l'article 136 bis. La chambre des mises en
accusation statue sur la requête par arrêt motivé, qui est communiqué au procureur
général, à la partie requérante et aux parties entendues. Le requérant ne peut déposer
de requête ayant le même objet avant l'expiration du délai de six mois à compter de la
dernière décision. »

Article 136 bis


« Le procureur du Roi fait rapport au procureur général de toutes les affaires sur
lesquelles la chambre du conseil n'aurait point statué dans l'année à compter du
premier réquisitoire.
S'il l'estime nécessaire pour le bon déroulement de l'instruction, la légalité ou la
régularité de la procédure, le procureur général prend, à tout moment, devant la
chambre des mises en accusation, les réquisitions qu'il juge utiles.
Dans ce cas, la chambre des mises en accusation peut, même d'office, prendre les
mesures prévues par les articles 136, 235 et 235 bis.
Le procureur général est entendu.
La chambre des mises en accusation peut entendre le juge d'instruction en son
rapport, hors la présence des parties si elle l'estime utile. Elle peut également entendre
la partie civile, l'inculpé et leurs conseils, sur convocation qui leur est notifiée par le
greffier, par télécopie ou par lettre recommandée à la poste, au plus tard
quarante huit heures avant l'audience. »
Quelques arrêts de la chambre des mises en accusation de Bruxelles ont
déclaré recevables, sur le terrain de l'article 136 bis, des actions introduites
par des personnes assimilées à des inculpés.
L'arrêt du 26 mars 2001 précise expressément ce qui suit :
« Le requérant doit être assimilé, en ce qui concerne ses droits, à une personne
inculpée puisque, dans le cadre de cette instruction, il a fait l'objet d'une procédure
engagée sur pied de l'article 59 alinéa 2 de la Constitution pour que puissent être
exercées à son égard des mesures de contrainte ».
L'arrêt du 28 mai 2002 souligne :
8 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

« Attendu que la requérante est une personne à l'égard de laquelle l'action publique
est engagée dans le cadre de l'instruction ; que sa requête est recevable quant à la
forme et au délai ».
L'arrêt du 25 juin 2002 relève :
« Que le requérant, qui a fait l'objet d'une procédure engagée sur pied de l'article 59
alinéa 2 de la Constitution afin que ces mesures de contrainte puissent être exercées à
son égard dans le cadre de l'instruction, a qualité pour saisir la cour, chambre des
mises en accusation, sur pied de l'article 136 du code d'instruction criminelle ».
Le pourvoi en cassation introduit contre cet arrêt a été rejeté le
6 novembre 2002.
De plus, la compétence de la chambre des mises en accusation pour
ordonner des mesures susceptibles d'accélérer la procédure ressortirait des
décisions suivantes.
Dans son arrêt du 8 mai 2000, la chambre des mises en accusation de
Bruxelles a relevé :
« (...) le dossier d'instruction sera immédiatement retourné au magistrat instructeur
afin qu'il le communique à toutes fins, comme annoncé sans retard, au parquet et qu'il
puisse alors statuer promptement sur le règlement de procédure ».
Dans son arrêt du 6 mai 2002, chambre des mises en accusation de Liège
précisait :
« (...) constate que le déroulement de l'instruction révèle un certain retard mais
qu'elle est actuellement complète. (...) ordonne qu'il soit procédé à la communication
du dossier. (...) ordonne la communication du présent arrêt au procureur général et aux
parties entendues. »
La même chambre, dans son arrêt du 27 janvier 2003, s'exprimait ainsi :
« Dit que le dossier sera, sans désemparer, communiqué en l'état par le juge
d'instruction au procureur du Roi pour permettre à ce dernier de tracer ses réquisitions
en vue du règlement de la procédure. »
Les 22 et 29 avril 2004, la chambre des mises en accusation de Mons
indiquait ce qui suit :
« Evoque l'instruction et, en conséquence, dit que monsieur le juge d'instruction (...)
en est déchargé.
Désigne, pour procéder aux devoirs utiles, monsieur (...). »
La chambre des mises en accusation de Liège, dans son arrêt du
5 octobre 2004, soulignait :
« (...) ordonne que l'original du dossier soit communiqué au procureur du Roi afin
que ce dernier prenne des réquisitions concernant les personnes inculpées et toutes les
autres personnes au sujet desquelles le dossier permet, dans son état actuel, de
formuler des réquisitions de règlement de procédure. (...) ordonne la disjonction des
poursuites à l'égard des personnes demeurées inconnues à ce jour et dit que (...) le juge
d'instruction fera procéder (...) à ceux des devoirs qui lui paraîtraient encore s'imposer
pour que, concernant ces personnes, l'instruction puise être jugée comme étant
terminée (...). »
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 9

Le 8 avril 2008, la Cour de cassation a rendu un arrêt établissant


clairement la compétence de la chambre des mises en accusations pour se
prononcer sur le dépassement du délai raisonnable et les conséquences qui
en découlent quant au déroulement de la procédure. Elle se prononçait
contre un arrêt de la chambre des mises en accusation de la cour d'appel de
Gand quant à la question de l'appréciation du délai raisonnable par la
chambre des mises en accusation en application de l'article 235bis du CIC.
Elle a soulevé d'office le moyen de la violation des articles 6 et 13 de la
Convention et 235bis du CIC et s'est exprimée ainsi :
« 10. Conformément à l'article 235bis du code d'instruction criminelle, lors du
règlement de la procédure et dans les autres cas de saisine, la chambre des mises en
accusation contrôle, d'office ou à la requête d'une des parties, la régularité de la
procédure qui lui est soumise.
11. Il en résulte que, lorsqu'en application de l'article 235ter du code d'instruction
criminelle, la chambre des mises en accusation prend connaissance de la cause et, à
cette occasion, est appelée par l'inculpé à se prononcer sur le dépassement du délai
raisonnable et ses conséquences sur le déroulement ultérieur de la procédure, elle est
tenue d'appliquer l'article 235bis, §§ 1er, 2 et 3 dudit code. Conformément à cet article,
elle doit tenir un débat contradictoire sur ce point litigieux qui concerne la régularité
de la procédure. En effet, la chambre des mises en accusation est une instance
nationale que l'inculpé peut saisir, au sens de l'article 13 de la Convention de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. L'arrêt décide : « Les articles 6.1 de la Convention (...) et 14.3.c du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques sont certes applicables à l'ensemble
de la procédure, en ce compris l'instruction, mais il n'appartient pas à la chambre des
mises en accusation – à l'étape du contrôle de légalité en application de l'article 235bis
du code d'instruction criminelle – de décider s'il y aura dépassement du délai
raisonnable au moment du jugement, dès lors que la chambre des mises en accusation
ne statue pas sur le bien-fondé de l'action publique.
Ainsi, bien qu'elle y fut appelée, la chambre des mises en accusation omet de se
prononcer en application de l'article 235bis du code d'instruction criminelle et l'arrêt
viole cette disposition légale ainsi que l'article 13 de la Convention (...). »
Par un arrêt ultérieur du 28 mai 2008, la Cour de cassation a réduit la
portée de l'arrêt susmentionné en jugeant ainsi :
« Pour le surplus, l'article 6 de la Convention (...) peut s'appliquer avant la saisine du
juge du fond mais dans la mesure seulement où l'inobservation de ses exigences risque
de compromettre gravement et irrémédiablement le caractère équitable du procès.
Si cette disposition reconnaît notamment à la personne poursuivie le droit de voir,
dans un délai raisonnable, décider du bien-fondé de l'accusation dirigée contre elle, la
juridiction d'instruction ne peut prendre en compte le dépassement éventuel d'un tel
délai et ses conséquences que sous l'angle de l'administration de la preuve et du
respect des droits de la défense, dès lors qu'elle ne saurait le faire au niveau de
l'appréciation de la peine.
Ayant considéré, compte tenu tant de la complexité réelle de la cause que des
comportements respectifs des demandeurs et des autorités, qu'il n'y avait pas de
dépassement du délai raisonnable susceptible d'être sanctionné à ce stade de la
procédure, la chambre des mises en accusation a procédé au contrôle qui lui incombait
10 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

et a pu légalement considérer que, pour le surplus, il appartiendrait à la juridiction de


jugement d'apprécier cette question au vu de l'ensemble de la procédure, et d'en tirer
les conséquences. »
Une loi du 30 juin 2000 (entrée en vigueur le 12 décembre 2000) a inséré
un article 21ter dans la loi du 17 avril 1878 contenant le titre préliminaire du
Code de procédure pénale rédigé comme suit :
« Si la durée des poursuites pénales dépasse le délai raisonnable, le juge peut
prononcer la condamnation par simple déclaration de culpabilité ou prononcer une
peine inférieure à la peine minimale prévue par la loi. Si le juge prononce la
condamnation par simple déclaration de culpabilité, l'inculpé est condamné aux frais,
et s'il y a lieu, aux restitutions. La confiscation spéciale est prononcée ».
Les articles 1382 et 1383 du code civil se lisent ainsi :

Article 1382
« Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par
lequel il est arrivé, à le réparer. »

Article 1383
« Chacun est responsable du dommage qu'il a causé, non seulement par son fait,
mais encore par sa négligence ou par son imprudence. »
Plusieurs décisions de juridictions du fond accueillirent favorablement le
principe de la responsabilité civile de l'Etat du fait du dépassement du délai
raisonnable dans une procédure à caractère civil.
En particulier, un jugement du tribunal de première instance de Bruxelles
du 6 novembre 2001 (J.T., 2001, 865) condamna l'Etat au paiement d'un
franc provisionnel pour le retard mis à statuer sur une erreur médicale, du
fait de la carence fautive du législateur et du pouvoir exécutif à prendre les
dispositions législatives et réglementaires nécessaires au bon
fonctionnement de ses juridictions, rappelant que ceux-ci « ont à prendre
des dispositions indispensables au respect du principe du délai raisonnable
visé par l'article 6 § 1 de la Convention ». La cour d'appel de Bruxelles
confirma ce jugement.
Par un arrêt du 28 septembre 2006, la Cour de cassation rejeta le pourvoi
formé contre l'arrêt de la cour d'appel. Elle affirma que le manquement de
l'Etat à son obligation d'organiser le système judiciaire de telle sorte que les
juridictions puissent garantir à chacun le droit d'obtenir une décision
définitive sur les contestations relatives à ses droits et obligations de
caractère civil, dans un délai raisonnable, constituait une faute au sens des
articles 1382 et 1383 du code civil.
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 11

GRIEFS
Invoquant l'article 6 § 1 de la Convention, les requérants se plaignent du
dépassement du « délai raisonnable » de la procédure.
Invoquant l'article 13 de la Convention, les requérants se plaignent de
l'absence d'un recours effectif pour se plaindre de la longueur excessive de
la procédure.

EN DROIT
Les requérants se plaignent de la durée des procédures dont ils ont fait
l'objet. Ils allèguent une violation de l'article 6 § 1 de la Convention qui,
dans sa partie pertinente, dispose :
« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue (...) dans un délai
raisonnable, par un tribunal (...), qui décidera (...) du bien-fondé de toute accusation
en matière pénale dirigée contre elle. »
Le Gouvernement excipe du non-épuisement des voies de recours
internes par les requérants. En premier lieu, il soutient que ceux-ci
disposaient d'un recours efficace sur le fondement des articles 136 et 136bis
du CIC mais dont ils n'ont pas fait usage. Concernant l'efficacité de ce
recours, le Gouvernement souligne que le 8 avril 2008, la Cour de cassation
a rendu un arrêt établissant clairement la compétence de la chambre des
mises en accusation pour se prononcer sur le dépassement du délai
raisonnable et les conséquences qui en découlent quant au déroulement de la
procédure et de prendre des mesures de nature à porter remède au grief y
afférent. En second lieu, s'agissant des trois requérants qui ont fait l'objet
d'un renvoi devant le tribunal correctionnel, le Gouvernement prétend que,
dans la mesure où la violation de l'article 6 § 1 pourrait être reconnue par ce
tribunal, elle pourrait être réparée par l'application d'une peine réduite en
vertu de l'article 21ter du CIC.
Les requérants rétorquent que l'interprétation de l'arrêt du 8 avril 2008 a
suscité des questions car la Cour de cassation n'a nullement précisé de
quelle manière la chambre des mises en accusation devrait intégrer la
question du dépassement du délai raisonnable dans l'appréciation de la
régularité des poursuites. Cet arrêt a été rapidement dépassé par un arrêt
ultérieur du 28 mai 2008 dans lequel la Cour de cassation a décidé que ce ne
serait que dans le cas où le dépassement du délai raisonnable aurait lui-
même entraîné la violation d'autres droits garantis par la Convention, plus
particulièrement le droit à un procès équitable du fait de la déperdition de
preuves et l'atteinte corrélative irrémédiable au droit de la défense, que la
juridiction d'instruction pourrait statuer sur le dépassement du délai
raisonnable. De plus, en énonçant que les trois requérants renvoyés en
12 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

jugement pourraient bénéficier de l'article 21ter, le Gouvernement admet a


contrario qu'il n'existe aucun recours effectif devant les juridictions
d'instruction pour obtenir réparation d'un dépassement avéré du délai
raisonnable.
La Cour rappelle que la règle de l'épuisement des voies de recours
internes vise à ménager aux Etats contractants l'occasion de prévenir ou de
redresser les violations alléguées contre eux avant que ces allégations ne lui
soient soumises (voir, parmi beaucoup d'autres, l'arrêt Selmouni c. France
[GC], no 25803/94, § 74, CEDH 1999-V). Cette règle se fonde sur
l'hypothèse, objet de l'article 13 de la Convention – et avec lequel elle
présente d'étroites affinités –, que l'ordre interne offre un recours effectif
quant à la violation alléguée (ibidem). De la sorte, elle constitue un aspect
important du principe voulant que le mécanisme de sauvegarde instauré par
la Convention revête un caractère subsidiaire par rapport aux systèmes
nationaux de garantie des droits de l'homme (arrêts Akdivar et autres
c. Turquie du 16 septembre 1996, Recueil des arrêts et décisions 1996-IV,
p. 1210, § 65, et Aksoy c. Turquie du 18 décembre 1996, Recueil 1996-VI,
pp. 2275-2276, § 51).
D'une part, la Cour rappelle que dans son arrêt Garsoux et Massenet c.
Belgique (no 27072/05, § 33, 13 mai 2008), qui lui-même renvoyait aux
arrêts Stratégies et Communications et Demoulin v. Belgique (no 37370/97,
15 juillet 2002, §§ 55-56) et De Clerck et autres c. Belgique (no 34316/02,
25 septembre 2007, §§ 82 et 85), la Cour a conclu que le recours prévu aux
articles 136 et 136bis du code d'instruction criminelle ne constituait pas un
recours effectif au sens de l'article 13 de la Convention. Dans l'arrêt De
Clerck, elle a, entre autres, relevé que dans son arrêt du 8 novembre 2005, la
Cour de cassation avait confirmé que c'était au juge du fond, et non au juge
d'instruction, de juger si la cause était traitée dans un délai raisonnable et de
déterminer, en cas de dépassement de ce délai, la réparation adéquate (ibid,
§ 85).
D'autre part, dans sa décision dans l'affaire Depauw c. Belgique ((déc.),
o
n 2115/04, 15 mai 2007), la Cour a estimé que le recours consacré par
l'arrêt de la Cour de cassation du 28 septembre 2006 et fondé sur les articles
1382 et 1383 du code civil devait être épuisé aux fins de l'article 35 § 1 de la
Convention. Dans l'affaire Depauw, la Cour a également considéré que
l'arrêt de la Cour de cassation avait acquis un degré de certitude suffisant au
cours du premier trimestre de l'année 2007, et notamment à partir du
28 mars 2007, de sorte que le requérant, qui avait saisi la Cour bien avant
cette date, ne pouvait se voir reprocher de ne pas avoir usé du recours fondé
sur l'article 1382 du code civil.
Certes, la décision Depauw concernait une durée de procédure civile.
Toutefois, dans l'affaire Phserowsky c. Belgique ((déc.), no 52436/07, 7 avril
2009), la Cour a jugé qu'il n'y avait aucun obstacle à ce que l'arrêt de la
Cour de cassation précité ne puisse pas s'appliquer en matière de longueur
DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE 13

de procédure pénale. Le fait que le Gouvernement ne cite aucune décision


judiciaire statuant dans le sens de l'arrêt de la Cour de cassation est, sans
doute, dû au peu de temps qui s'est écoulé entre la date de l'adoption de
celui-ci et celle de la décision Depauw. De plus, la Cour souligne qu'elle
avait déjà fait application de la jurisprudence Depauw en matière pénale
dans la décision Beheyt c. Belgique ((déc.), no 41881/02, 9 octobre 2007).
Il est vrai que la présente requête a été introduite le 4 janvier 2006, donc
avant la date à laquelle la Cour a estimé que l'arrêt de la Cour de cassation
avait acquis un degré de certitude suffisant.
A cet égard, la Cour rappelle que dans sa décision Demopoulos et autres
c. Turquie (no 46113/99, § 87, 1 mars 2010), elle a confirmé le principe
selon lequel l'épuisement des voies de recours internes s'appréciait en
principe à la date d'introduction de la requête devant elle. Toutefois, comme
elle l'a dit à maintes reprises, cette règle souffre des exceptions qui peuvent
se justifier par les circonstances d'une affaire donnée (Baumann c. France,
no 33592/96, § 47, CEDH 2001-V, et Brusco c. Italie (déc.), no 69789/01,
CEDH 2001-IX). En particulier, la Cour s'est précédemment écartée de ce
principe général par exemple dans des affaires dirigées contre l'Italie, la
Croatie et la Slovaquie concernant des voies de recours pour durée
excessive de la procédure (Brusco, précitée, Nogolica c. Croatie (déc.),
no 77784/01, CEDH 2002-VIII, Andrášik et autres c. Slovaquie (déc.),
nos 57984/00, 60226/00, 60237/00, 60242/00, 60679/00, 60680/00 et
68563/01, CEDH 2002-IX) et dans İçyer c. Turquie (déc.), (no 18888/02,
CEDH 2006-I) ou concernant un nouveau recours indemnitaire pour
ingérence dans le droit de propriété (voir aussi Charzyński c. Pologne (déc.),
no 15212/03, CEDH 2005-V, et Tadeusz Michalak c. Pologne, (déc.),
no 24549/03, toutes deux du 1er mars 2005).
Dans le cas d'espèce, la Cour note, en premier lieu, que la voie de
recours, consacrée par l'arrêt de la Cour de cassation du 28 septembre 2006,
s'inscrit dans la logique consistant à permettre aux organes de l'Etat
défendeur de constater et de redresser les manquements à l'exigence du
« délai raisonnable ». Cela vaut non seulement pour les requêtes introduites
après la date à partir de laquelle le recours consacré par l'arrêt de la Cour de
cassation a acquis un degré suffisant de certitude pour pouvoir et devoir être
utilisé aux fins de l'article 35 § 1 de la Convention, mais aussi pour les
requêtes qui, à la date en question, étaient déjà inscrites au rôle de la Cour
(voir, mutatis mutandis, Brusco c. Italie, précitée).
Or, l'instruction relative aux requérants a au minimum duré entre sept et
huit ans avant que la chambre du conseil écarte certaines d'entre eux de la
procédure, le 11 janvier 2008. Les requérants ont introduit leur requête le
4 janvier 2006 et le recours prévu par les articles 1382 et 1383 du code civil
était efficace à compter du 28 mars 2007. Les requérants avaient donc à leur
disposition, jusqu'à la décision de la chambre du conseil du 11 janvier 2008,
plus d'un an pour saisir les juridictions internes d'un recours indemnitaire.
14 DÉCISION TYTECA ET AUTRES c. BELGIQUE

En deuxième lieu, la Cour relève que le 8 avril 2008, la Cour de


cassation a rendu un arrêt établissant clairement la compétence de la
chambre des mises en accusations pour se prononcer sur le dépassement du
délai raisonnable et les conséquences qui en découlent quant au déroulement
de la procédure. Elle se prononçait contre un arrêt de la chambre des mises
en accusation de la cour d'appel de Gand quant à la question de
l'appréciation du délai raisonnable par la chambre des mises en accusation
en application de l'article 235bis du CIC.
En troisième lieu, la Cour note que les requérants étaient défendus par de
nombreux avocats qui étaient sans doute informés de l'évolution de la
jurisprudence tant de la Cour de cassation que de celle de la Cour en la
matière et auraient pu tenter, à un moment ou un autre, les recours prévus
aux articles 136 et 136bis du code d'instruction criminelle et 1382 du code
civil.
Au lieu de cela, et comme il ressort du dossier, les requérants ont
multiplié les démarches en contestant certains aspect du déroulement de
l'instruction, ce qui a contribué à rallonger considérablement la procédure.
La Cour rappelle que l'on ne saurait reprocher à un requérant d'avoir tiré
parti des voies de recours que lui ouvre le droit interne (Erkner et Hofauer
c. Autriche, arrêt du 23 avril 1987, série A no 117, § 68).
Toutefois, la Cour estime qu'il n'est pas nécessaire d'examiner si les
requérants peuvent se plaindre de la longueur de la procédure alors qu'une
grande partie de celle-ci semble avoir été provoquée par eux-mêmes,
compte tenu du fait qu'ils n'ont pas utilisé toutes les voies de recours
internes que leur offrait l'ordre juridique belge et qui leur sont d'ailleurs
encore ouvertes.
Il s'ensuit que la requête doit être rejetée pour non-épuisement des voies
de recours internes, en application de l'article 35 §§ 1 et 4 de la Convention.

Par ces motifs, la Cour, à l'unanimité,

Déclare la requête irrecevable.

Stanley Naismith Ireneu Cabral Barreto


Greffier Président