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Histoire de

l'ergonomie

L'ergonomie a été fondée comme


champ disciplinaire dans la
e
seconde moitié du  siècle. Une
filiation peut être trouvée avec
l'organisation scientifique du travail
(voir notamment : taylorisme et
fordisme) qui a profondément
modifié les conditions d'exercice
du travail en entreprise et qui a
rendu de plus en plus prégnantes
des préoccupations dont
l'explicitation dans différents
courants dans la première moitié
e
du  siècle a fait naître une
discipline unique dans la seconde
moitié. Ainsi, l'histoire de
l’ergonomie renvoie à des
préoccupations de santé des
humains au travail, de rendement
du travail humain et d'analyse des
caractéristiques des situations de
travail. C’est après la Seconde
Guerre mondiale qu'est créée la
SELF (Société d'Ergonomie de
Langue Française) qui marque sa
spécificité par la place qu’elle
donne à l’analyse ergonomique du
travail et au concept d’activité.

L'ergonomie avant
l'ergonomie
Les préoccupations qui sont à la
base de l'ergonomie sont très
anciennes. On peut ainsi trouver
des précurseurs lointains, de
l'Antiquité au Moyen Âge ; et dans
les sciences de l'ingénieur ou en
médecine pour découper selon les
deux grands types de
préoccupations[1].

Préhistoire de l'Ergonomie …
Xénophon (426/355 av. J.-C.)
s'intéresse au travail à la chaîne
mis en œuvre pour faire
fonctionner les machines de
guerre.
e
Plaute (  siècle av. J.-C.) s'est
penché sur les postures de travail
dans certains métiers (dont celui
de tailleur).
J. Ben Sira (180/130 av. J.-C.)
décrit et étudie le travail des
forgerons d'Alexandrie
Nicandre de Colophon
( e siècle av. J.-C.) traite de
l'intoxication au plomb fréquente
dans certains métiers et rédige
plusieurs ouvrages de
« médecine » du travail et de
conseils pour « bien travailler ».
Avicenne ( er siècle) ,que ses
disciples appellent «le plus grand
des médecins», se démarque dans
plusieurs domaines dont celui des
interactions entre le travail et
l'homme.
e
Maïmonide (  siècle) effectue
des travaux sur l'hygiène de vie
notamment au travail : respecter
des pauses, éviter surcharges,
excès et abus.

Précurseurs ingénieurs de
l'Ergonomie

Léonard de Vinci (1452-1519)
décrit le corps de l'Homme avec
minutie (début de l'anthropométrie)
et crée des machines qui
permettent à l'homme de
surpasser ses limites (soulever ou
porter des charges, voler, etc.)
Giovanni Alfonso Borelli (1608-
1679) considéré comme le père de
la biomécanique pour ses analyses
des mouvements du corps et des
aspects mécaniques du travail.
Guillaume Amontons (1633-1705)
est passionné par les machines et
instruments dédiés au travail : il
facilite le travail artisanal par
recours aux nouveaux instruments
(hygromètres, clepsydres,
baromètres…)
Sébastien Le Prestre de Vauban
(1633-1707) initie les réflexions sur
la charge physique du travail et sa
pénibilité via ses approches
analytiques du travail et de la paye
des terrassiers édifiant les
fortifications dont il est le
promoteur.
John Theophilus Desaguliers
(1683-1744) réalise des
expérimentations sur des
travailleurs et compare la « force
musculaire » avec la « force
vapeur » et la « force électrique »
Charles de Coulomb (1736-1806)
compare le travail humain avec le
travail mécanique et le travail
animal et mène des recherches sur
la fatigue humaine : Quelle est la
quantité maximale de travail
possible sans fatigue ?
Wojciech Jastrzebowski (1799-
1882) créateur du terme
Ergonomie en 1857 dans son
ouvrage : « Précis d'Ergonomie ou
de la science du travail, basée sur
des vérités tirées des sciences de la
nature » . L'ouvrage publié en
polonais connait une diffusion
restreinte : Le terme réapparait
plus tard vers la seconde moitié du
e
 siècle .
Jean-Gustave Courcelle-Seneuil
(1833-1893) qui - reprenant la
distinction faite par Pellegrino
Rossi (différence entre l'économie
politique pure, science abstraite de
la richesse, et économie politique
appliquée) découpe son Traité
d'économie politique de 1858 en
deux parties : la première
«théorique ou ploutologique» (la
science de la richesse), la seconde
«pratique ou ergonomie» (la
science du travail).
l'organisation scientifique du travail
(ou OST) promue par Frederick
Winslow Taylor contribue à penser
et définir méthodiquement le travail
comme objet d'études "d'intention"
scientifique dans le cadre de la
mutation de la production
artisanale et corporative vers la
production industrielle. (avec
notamment la division du travail
organisée de façon verticale et
horizontale).

Précurseurs médecins de
l'Ergonomie

Arnaud de Villeneuve (1238-1311)


étudie l'hygiène des métiers en vue
de prolonger la vie des travailleurs.
Santorio Santorio (1561-1635)
mène des expérimentations sur les
facteurs biologiques lors du travail
(respiration, transpiration,
température …) et invente le
« pulsilogium » pour mieux écouter
les battements cardiaques.
Bernardino Ramazzini (1633-1714)
est considéré comme le père
fondateur de la Médecine du
travail. Il publie en 1710 un « Traité
des maladies des artisans »,
premier ouvrage sur les
pathologies professionnelles. Son
objectif : promouvoir l'hygiène et la
sécurité au travail, améliorer les
conditions de travail.
Louis René Villermé (1782-1863)
considéré comme l'un des
pionniers de la Médecine du travail.
Son ouvrage majeur « Tableau de
l'état physique et moral des
ouvriers employés dans les
manufactures de coton, de laine et
de soie » est à l'origine d'un
mouvement en faveur de l'hygiène,
de la sécurité et de l'amélioration
des conditions de travail et
d'existence ouvrières.
les physiologistes Étienne-Jules Marey
(1830-1917) et Auguste Chauveau
(1827-1917).

Développement de
l'ergonomie
Le développement de l'ergonomie
comme champ disciplinaire peut
renvoyer aux origines liées au
développement des sciences et
e
techniques dès le  siècle, au
développement historique de la
discipline ainsi qu'au
développement des institutions
représentatives du champ.

De l'ergologie à l'ergonomie …
Le terme d'« Ergonomie » finit par
s'imposer tardivement en France,
Belgique, Italie et Suisse alors que
ces pays ont un rôle précurseur
important dans l'étude scientifique
du travail humain. Mais jusqu'à
l'entre-deux guerres, le terme
d'« Ergologie » y est davantage
usité. Une impulsion externe est
nécessaire pour que finalement
l'ergonomie s'impose, même si la
concurrence avec l'« ergologie »
n'est pas totalement éteinte.

C'est à Ernst Haeckel que l'on doit


la création en allemand du terme
d'« Ergologie » qui désigne pour lui
« la partie de la physiologie qui
étudie le travail de l'organisme
vivant en tant qu'il se réduit à des
processus relevant des lois
physiques et chimiques.»
L'ergologie, composée d'une
ergologie animale et d'une
ergologie végétale s'oppose à la
« périlogie » (science des relations
de l'organisme avec son
environnement) dont l'oecologie
(écologie) est pour lui une des
composantes. Le terme d'ergologie
est également employé par les
ethnologues allemands de la
tradition des « Kulturkreise » (aires
culturelles) dont notamment le
Père W. Schmidt (1868-1954) dans
le sens de « pratiques
matérielles »[2].

Finalement, le terme « Ergonomie»


se dote d'une assise, avec des
formations, des publications, un
savoir-faire et des institutions, plus
solide. Il ne semble pas en être de
même avec le terme d'« Ergologie»
qui reste plus « libre » et donc
appropriable par des courants de
pensée indépendants comme
l'école de Rennes de Jean
Gagnepain (1923-2006) et celle
d'Aix-Université de Provence [3]
d'Yves Schwartz[4].
Développement de l'ergonomie
francophone

L'époque des pionniers (qualifiés


de préergonomes par le sociologue
Georges Ribeill)[5] qui débute peu
e
avant le début du  siècle, « peut
être divisée en deux périodes,
séparées par la Première Guerre
mondiale…. Ils ont tous en
commun des connaissances
poussées en physiologie et
s'opposent plus ou moins
fortement à l'introduction en
France du système taylorien[6] ».
Avant la guerre, les personnalités
marquantes sont Armand Imbert[7],
Charles Frémont ou Jules Amar.
Celles de l'après-guerre (Édouard
Toulouse, Jean-Maurice Lahy,
Józefa Joteyko, Henri Laugier)
appliquent les travaux de la
psychophysique et de la
psychologie expérimentale
naissante à l'ergonomie
(développement de tests
psychotechniques)[8].

D'après Antoine Laville[9] l'histoire


de l'ergonomie francophone après
la Seconde Guerre mondiale peut
être divisée en trois périodes
principales :
La période 1945-1963 : La
conception avant la naissance
officielle, voit la reconstruction
d'après guerre qui permet le
développement de nombreux
travaux, diversifiés, qui convergent
pour créer la SELF dans les pays
francophones en 1963, à la suite
de l'initiative anglophone de Murrel
qui a fondé l'Ergonomic Research
Society en 1949.
La période 1963-1970 : L'enfance
de l'ergonomie francophone,
pendant laquelle l'ergonomie
francophone construit sa
spécificité (centrage sur l'analyse
de l'activité dans les situations de
travail), mais le contexte social
rend difficile l'introduction de
l'ergonomie dans les entreprises.
Pendant ce temps, l'enseignement
s'organise au CNAM
(Conservatoire national des arts et
métiers) autour d'Alain Wisner
La période 1970-80-90 : Une
période de développement de
l'ergonomie qui connaît une
accélération. L'ANACT (Agence
nationale pour l'amélioration des
conditions de travail) est créée en
1973. Divers types de formations
sont mis en place (qualification de
professionnels, formations courtes
et formations à la recherche). Ces
développements permettent au
métier d'ergonome de se
développer en entreprise et des
consultants peuvent s'installer.

L'institutionnalisation de la
profession

Après son relancement par un


collectif de chercheurs (un
physiologiste, un psychologue et
un ingénieur : Floyd, Murrel et
Welford) confrontés pendant la
guerre aux difficultés de
conception des interfaces Homme
- Machine, l'ergonomie a été
longtemps captée par des
spécialistes autoproclamés, qu'il
s'agisse d'ergonomes d'entreprises
ou d'ergonomes de
conception [réf. nécessaire].

L'ergonomie ne se développe
véritablement qu'à partir de la
e
seconde moitié du  siècle :

La première revue d'ergonomie, Le


Travail humain, est créée en 1933
par Henri Laugier et Jean-Maurice
Lahy.

Le concept fait sa réapparition,


notamment :

en France avec la création en 1947,


au CNRS, du premier laboratoire de
physiologie du travail, et en 1948
de l'INETOP (Institur national pour
l'étude du travail et de l'orientation
professionnelle
en 1949, lors de la première
réunion de l'Ergonomics Research
Society, avec l'intervention
refondatrice de l'ingénieur et
psychologue gallois Keith Frank
Hywel Murell (1908-1984).Cette
société est à l'origine de la création
de l'International Ergonomics
Association (IEA) qui tient son
premier congrès à Oxford en 1961.
Les Américains empruntent le
terme dès 1957 en créant l'Human
Factor and Ergonomic Society,
alors que les Allemands traduisent
littéralement l'expression en créant
la Geselschaft für
Arbeitwissenschaft. Après le
congrès de 1961, le terme
ergonomie s'impose dans les
dénominations des associations
nationales en Italie (Societa Italia
di Ergonomia en 1961) ou en
France et dans les pays
francophones (Société
ergonomique de langue française
en 1963).

En France, la discipline se structure


dans les années 1960 pour donner
naissance au niveau français à la
SELF (1963), même si le CNAM
héberge dès 1913, un laboratoire
de recherche sur le Travail
Musculaire professionnel, puis
Laboratoire de Psychologie du
travail dans les années 1930.
L'INRS voit le jour sur ces bases en
1970. En 1994, la SELF créée
ARTEE pour participer à la
démarche professionnelle de
certification européenne au sein du
CREE . La SELF est adhérente de
FEES (fédération européenne)
depuis 2008.

Côté formation, le CNAM (Paris


mais aussi en région) sera jusque
dans les années 1990 le principal
vecteur de professionnalisation
des ergonomes. Il est encore
aujourd'hui un lieu très important
de formation et de recherche pour
les ergonomes français.

Les principales formations et DESS


d'ergonomie voient le jour dans les
années 1980 - 1990. Parmi les
précurseurs : MST Orsay (1977),
Paris 5 (1978), Bordeaux, Lyon 2
(1993) ; Paris 1, Paris 8…
Aujourd'hui, on compte une petite
quinzaine de formation reconnues
par la profession (voir la page
formation sur le site SELF ).
Le CICF-SNCE (syndicat des
cabinets conseil en ergonomie)
voit le jour en 1998 après un essai
avorté de syndicat généraliste
(SPE). En novembre 2012, la
Chambre des Ingénieurs et du
Conseil de France (CICF) devient
CINOV, et le CICF-SNCE devient
CINOV Ergonomie . Il regroupe
aujourd'hui les cabinets conseil en
ergonomie employeurs
d'ergonomes.

En 2004, le CE2 (collège des


enseignants chercheurs en
ergonomie) voit le jour. Il fédère les
enseignants chercheurs en
ergonomie.

Développement des "Human


Factors"

Chapanis, Norman, etc.

Influence des Human Factors sur


l'ergonomie francophone.

Emergence de l'ergonomie du
produit

Diffusion progressive de
l'ergonomie dans les grandes
entreprises.
Généralisation d'internet et du
multimédia → Développement de
l'ergonomie des IHM

Diffusion de l'ergonomie
en Europe et dans le
Monde
Le développement de l'ergonomie a
été assez équivalent dans les
autres pays européens, et a donné
naissance à toutes les grandes
sociétés d'ergonomie européenne,
puis à l'IEA au niveau mondial
(fondation en avril 1959, premier
congrès 1961) .
En 1994, sous l'impulsion des
sociétés européennes et avec la
reconnaissance de l'IEA, la
certification européenne des
ergonomes vit le jour avec le CREE.
En 2004, la FEES (Fédération des
Sociétés européennes
d'Ergonomie) est fondée. La France
y adhère en 2008.

e
Le début du  siècle, avec
l'émergence des pays "low cost" et
la délocalisation des activités
industrielles sur lesquelles s'est en
partie construite l'ergonomie (la
chimie, la sidérurgie, par exemple)
ont conduit les ergonomes à
s'intéresser de plus près aux autres
composantes de la vie
économique : c'est en effet
l'explosion des techniques de
l'informatique à distance, l'internet,
les ERP dans les entreprises
(systèmes d'information intégrant
théoriquement tous les besoins de
l'entreprise, la gestion de la
production, des stocks, des
affaires, de la formation, le
pointage des temps, la
comptabilité …). Ces logiciels, très
importants pour l'alignement des
entreprises sur les conditions
concurrentielles actuelles,
modifient profondément
l'organisation du travail, au-delà
même de ce qu'avaient accompli
les politiques de qualité (ISO 9000,
TQM…). Les ergonomes participent
aux spécifications de ces ERP en
apportant leur connaissance du
travail réel, pour rendre le
changement plus facile, et plus
adapté aux situations de travail
que rencontrent concrètement les
opérationnels.

Des efforts sont actuellement


entrepris pour réguler la profession
sur une base volontaire autour d'un
titre d'« Ergonome européen »
protégé par une marque déposée.
Ce processus est compliqué par la
diversité des pratiques et des
connaissances des ergonomes
suivant les pays et les champs
d'application, ainsi que par le peu
d'ancienneté de la profession, qui
fait que les demandeurs eux-
mêmes, lorsqu'ils savent avoir des
questions d'ergonomie à résoudre,
ont quelquefois du mal à faire le tri
entre les offres de service existant
sur le marché.

Voir aussi

Notes et références …

1. Jérome Dinet (Université de Metz)


Qu'est-ce que l'ergonomie ? Cours
d'ergonomie de Licence 1
2. F. Vatin, op cit.
3. Département d'ergologie de
l'université de Provence
4. F. Vatin op. cit.
5. Georges Ribeill, « Les débuts de
l’ergonomie en France à la veille de
la Première Guerre mondiale », Le
Mouvement social, no 113, 1980,
p. 3‑36
. Hugues Monod, Bronislaw
Kapitaniak, Ergonomie, Elsevier
Masson, 2003 (lire en ligne ), p. 7
7. Thomas Le Bianic & François Vatin,
« Armand Imbert (1850-1922), la
science du travail et la paix
sociale », Travail et Emploi, no 111,
juillet-septembre 2007
(DOI 10.4000/travailemploi.4615).
. Hugues Monod, op. cit., p. 7-10
9. Antoine Laville (2001). Repères pour
une histoire de l'ergonomie
francophone . Congrès SELF-ACE,
Montréal

Bibliographie …

Falzon & coll. (2004). Ergonomie.


Presses Universitaires de France -
PUF, 680 pp.

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Dernière modification il y a 6 mois par Salsero35

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