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ROGERCLERC

LA RESPIRATION
coNTRôlg DU souFFLE
uaNrÈnES ETARTDE RESPTRER

I/ART DE VIBRER
A ULINISSONDU TOUT

suivi de

"Mes Maîtres"
et du
"Récit de deux expériences" .r fl

I.
"g

vtLLE[E LYON

BIBLIOTHEtlUE I l( _ |.-

LE COURRIËRDU LIVRE
27, rue de Seine75006Paris

3 7001 01t96074 0
AVANT - PROPOS

fe ne suis pas dans l'ignorance des principaux textes


écrits sur ce sujet, issus tant de la tradition de l'orient que
de celle de l'occident.
Cependant, l'enseignement que j'ai reçu à ce propos
est principalement un enseignement oral dont la source est
tibétaine. Iiayant expérimenté d'abord sur moi-même, puis
durant un certain nombre d'années sur de nombreux
élèves,j'ai acquis une ridre expÉriencevécue sur les plans
profonds,les plus subtils de mon être.
C'est ce que j'envisage de transmettre ici pour que
ceux qui me liront soient tentés de faire, eux aussi, un effort
personnel. Il s'agit en effet de dépasserl'acquis intellectuel
auguel on se limite le plus souvent en occident sur ce sujet
primordial. Il convient, si l'on désire obtenir une transfor-
mation reelle et profonde, de faire vibrer notre être intégra-
lement sur tous les plans de consciencequi le composent.
Cela par des exercicespratiques et progressifs, principale
ment respiratoires, exécutésavec persévérance.
Là réside le secretde toute réussite.
Tout d'abord le corps de chair doit rester un support dense,
solide et harmonieux pour pouvoir accéderaux plus hauts
sommets sans risque d'engendrer un déséquilibre.

-7 -
Il r'y a aucun mirade à espérer d'une imagination
maladive ou d'un volontarisme intempestif. C'est au
contraire en vivant consciemment et intensément dans le
moment présent, et en respectant les lois qui régissent
l'IJnivers, que l'on avancera sûrement sur la Voie. Ici tout
est précis, concret,même sur les plans les plus subtils. Seul
tout ce qui est vécu dans une recherche qualitative, de plus
en plus subtile, portera sesfruits.
Après avoir preparé le terrain, en couunençant par le
corps dense, c'est tout un art de respirer qu'il est nécessai-
re de découvrir pour faire vibrer prâna. Ainsi pourra-t-on
espérer joindre la Puissance Cosmique, cette Energie
Primordiale, pour obtenir de la faire descendre dans le Soi,
au plus profond de l'Etre.

-8 -
çA RESPIRE

La respiration : fonction végétative

Dans tout être humain la fonction respiratoire fait


partie des fonctions végétatives. C'est bien ainsi, car si
nous pouvons rester quelques semaines sans manger, le
temps pendant lequel nous pouvons rester sans respirer se
limite à quelques minutes. (A l'exception occasionnelle
ment de quelques pratiquants de la plongee sous-marine
entraînés à tenir des apnfus de longue duree, ou corune
des pêcheurs d'éponges ou de coraux).
Notre système nerveux sympathique est heureuse
ment chargé de moduler notre rythme respiratoire en fonc-
tion des besoins de notre organisme dans le moment vécu.
C'est ainsi que nous pouvons penser, et agir par ailleurs
sans avoir à nous préoccuper de la respiration. Ça respire !
c'est la respiration animale, réflexe, automatique. Quel
merveilleux instrument nous possédonslà !
En avons-nous conscience,et sommes-notrssuffisam-
ment reconnaissantsà son égard ? Ce n'est pas certain. Il est
vrai que la vie moderne stressantene le ménage pas. Mais
parfois n'en rajoutons-nouspas?
C'est ainsi que j'ai constaté à diverses reprises, dans
l'enseignement du yoga, l'intervention trop directive de
professeurs, bien intentionnés mais inexpérimentés, qui

-9-
perturbaient profondément l'élève débutant hypersensible.
Hélas ce qæe d'élève n'est pas r.ue, ventrnt au yoga sur
conseil médical pour se rééquilibrer. Lui imposer une res-
piration spécifique, sanstenir compte de son tempérament
dominant, lequel le fait respirer naturellement de façon
précise, Cest le faire entrer en litige avec son système ner-
veux sympathique.
f'ai à ce propos le souvenir d'un cas spectaculaire.
Une jeune femme vient me trouver pour m'expliquer son
cas.Débutante en yoga, on l'a fait respirer en lui imposant,
prématurément, un rythme précis à l'aide d'un métrono-
me. Elle en fut très troublée, au point de ne plus savoir
comment respirer. Le soir son mari appela un médecin qui
la fit transporter d'urgence à l'hôpital où on la fit respirer
normalement. Cas pathologique direz-vous. C'est certain,
mais hélas pathologie assezcourante chez nos contempo-
rains stressés.
fe ne mets en causeni le métronome, ni le professetrr.
je dis simplement, ce que je répète depuis des années,
qu'en occident nous devons avant tout détendre et reequi-
librer les débutants dans un préyoga. Iæ yoga est une tech-
nique de transformationrapide de l'être humain, transfor-
mation qui intéressetous les plans de conscienceet qui par
conséquent s'adresseà des individus équilibrés, c'est-à-
dire en bonne santé.
Uun des moyens de cette transformation est juste'
ment le souffle, support de prâna, l'énergie. Tout apport
intempestif d'énergie sur un système nerveux affaibli, ne
peut que Ie déséquilibrer. Les rythmes respiratoires impe'
sés,et le prânâyâma,avecsesapnéesimportantes,sont des
exercicesdangereux, si le pratiquant n'a pas subi un entraî-
nement progressif pour obtenir un bon équilibre physiolo'
gique et psychologique.

-10-

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CHAPTTREI

LES MANIERES DE RESPIRER


COMMENCER PAR LE COMMENCEMENT

ExerciceN"l

Définition de la conscience.

S'allonger sur un tapis, sur le sol, à plat dos. les


jambes légèrement écartéeset les bras de chaque côté du
buste. Ces derniers sont tendus sans raideur, les paumes
des mains dirigees vers le haut.
La conscienceémane de l'esprit situé dans le ceryeau.
Il faut donc porter l'attention dans la tête et imaginer cette
conscience(composee de la pensée dans sa forme et des
senssubtils) comme le faisceaulumineux d'un phare, pivo-
tant autour de son point d'émission dans toutes les direc-
tions.
Décontracter les mâchoires et laisser les lèwes s'en-
trebaîller légèrement. Puis prâtiquer une rotation de la
consciencepour détendre successivementle menton, la
massemusculaire desjoues,autour des lèvres,des oreilles,
des sourcils. Décrisper les ailes du nez, les sourcils et le
front jusqu'au cuir chevelu.

-L2-
Ecoute de la respiration anirnale.

Diriger ensuite la conscienceà l'intérieur de soi, et


écouter le petit son que fait la respiration, produit par l'air
qui entre par les narines puis en sort, emplissant et vidant
successivementles poumons.
II faut donc prendre l'habitude de ne pas agir sur la
respiration, ce qui n'est pas facile pour un débutant. Le
pratiquant doit devenir le témoin,l'observateur objectif. Ça
respire ! Ce n'est qu'à cette condition, qui est donc primor-
diale, que l'adepte pourra par la suite acquérir le contrôle
de son souffle et en obtenir la maîtrise. J'ai bien des fois
constaté, avec stupeur, que des enseignants du yoga
n'avaient pas eu cette formation essentielleet qu'ils avaient
beaucoup de mal à revenir à cette base indispensable.

Rôle de cette respiration

Cet exercicesi simple, (ce qui ne veut pas dire facile),


Iorsqu'il est répété avec persévéranceet en évitant de tom-
ber dans un automatisme complet, permet d'acquérir avec
cet état de dualité et d'objectivité, une amélioration rapide
de l'attention et un développement de la concentration.
Lorsque l'écoute reste discontinue, Cest le constat
d'une penséevagabondeet d'un mental agité. A l'inverse,
lorsque l'écoute est continue et que sa duree peut s'allon-
ger de plus en plus, Cest que l'attention se développe et
que le mental se stabilise.
Cet exercicesimple est efficace.Il fait partie des exer-
cices de base qu'il faut répéter le plus souvent possible,
avec persévéranceet toujours en quête de perfection.

Ainsi cette respiration "animale" est suffisante pour


entretenir la vie en nous; elle est également indispensable.
Uanatomie comme Ia physiologie de cette fonction
vitale sont parfaitement connues de nos jours.

-13-
Rappelons succinctement que Cest l'oxygène contenu
dans l'air que nous inspirons gui, maintenu au niveau des
alvéoles pulmonaires durant le temps d'apnée inspiratoire,
agit sur le sang chargé d'impuretés pour brûler ces der-
nières. C'est grâce à ce phénomène drimique de purifica-
tion que nous pouvons viwe.
On comprend l'importance de la régulation du ryth-
me respiratoire par notre système nerveux Pour répondre
aux besoins de cette purification. On saisit l'intérêt de bien
respirer et lefficacité de respirer lentement en respectant
un temps d'apnée inspiratoire suffisant pour bien oxygéner
le sang.

Respirer par le nez

Bien respirer, Cest tout d'abord respirer par le nez.


C'est l'organe principal pour cette fonction. La bouche est
réservéepour manger et n'est qu'accidentellement utilisée,
soit en natation soit pour des expirations violentes en
sport, ou en yoga dans la pratique de respirations Puri-
fiantes.
Cela se justifie par la complexité de cet organe
méconnu. Poils, secrétions et chaleur internes filtrent,
humidifient et réchauffent l'air inhalé, tandis que l'inner-
vation nasale et les réflexes neryeux du nez ont des effets
sur les diverses fonctions du corps (réflexothérapie).
Ajoutons-y des phénomènes vibratoires complexes qui
expliquent l'importance que les yogîs attachent à la respi-
ration nasale pour utiliser effectivement prâna, l'énergle,
par les narines.
Donc, cette fonction respiratoire commence par le
nez. Celui-ci ne doit pas être plus ou moins obsEué. Toute
malformation, tout polype gênant l'entrée de l'air doivent
être pris en considération. Le nez étant la porte d'entrée de
l'air dans les poumons, si cette porte n'est qu'entrouverte
on conçoit les répercussions malfaisantes dans cette fonc-
tion vitale!

-t4-
ExerciceNo2

Sensibiliser les narines: les faire vibrer,

En position assise,ledos droit. Abaisser les paupières


pour éviter toute distraction extérieure et pouvoir mieux
vous recentrer sur les narines.
Diriger l'attention alternativement sur la narine
gauche, puis sur la droite. Commencer lentement en res-

-1 5 -
tant sur chaque narine et en prenant consciencede l'air qui
y entre et qui en sort de façon naturelle sans l'intervention
de votre volonté. Puis progressivement alterner plus rapi-
dement.
Terminer sur les deux narines. Maintenir I'attention
simultanément sur la narine gauche et la narine droite en
minimisant l'effort. Prendre consciencede la respiration
naturelle qui se fait sans votre intervention.
Lorsque vous serezbien détmdu, et que vous sentirez
les narines bien vivantes, avec un minimum de volonté
essayez de les faire vibrer. Obtenez crcrnmeune pulsation,
chaque narine s'écartant de la doison médiane pour s'en
rapprocher ensuite.
N'hésitez pas à reprendre souvent cet exercicedurant
la journee.

-1 6 -
Exercice No3

Relation geste-respiration: à tout geste Pié:i: cones-


pond it t"tpitation automatique spécifique'
"

gnets pour mettre les dos de mains en contact. constater


vers l,avant et que la
["" t"i épaules viennent davantage
fàrmeturô du thorax s'accentue,Provoquant une expiration
plus complète.
Lemouvementestfacileetefficacequantàlarespira-
tion. favorise la souplesse.c'est f image du nageur qui va
Il

-t7-
dans le sensdu courant de la rivière. Aller à contre courant
développera davantage la musculature.
Dans le casde la respiration, faire intervenir la volon-
té dans le mouvement précitér pour inspirer en fermant la
cage thoracique, provoque une tension intérieure. Ce n'est
pas sans intérêt. Cela pourra être employ4 à bon escient,
par o(emple dans des torsions. Chez des débutants et des
pratiquants peu musdés,la torsion Poumons pleins protè
ge la colonne vertébrale. Mais la torsion sur expiration va
incontestablementplus loin, accentuantla décontraction.

ExerciceNoA.
S'asseoirsur le sol, jambescroiséesdevant soi ou sur
une chaise,jambes en équerre.

Respiration basse,diaphragmatique

Maintenir le dos vertical,le corps en aplomb. Croiser


les bras devant le buste en posant la main droite sur le
genou gauche et Ia main gauche sur le genou droit. L^aisser
la tête s'incliner vers l'avant, sanseffort,le menton vers la
poitrine.

- 18-
Maintenir l'attention dans le ventre et écouter le son
de la respiration. Constater que celle.ci se localise dans
cette partie du corps. C'est une respiration basse,abdomi-
nale, appelée aussi diaphragmatique.
Ainsi ce gesteprécis, qui ferme le haut de la cage tho-
racique et favorise le mouvement du diaphragme, entraîne
une respiration basse.
Cet exercice doit être exécuté durant un temps suffi-
samment long pour obtenir un lâdrer-prise des musdes qui
ne sont pas nécessairesà la bonne exécution du mouve
ment.
Le pratiquant qui a une profession sédentaire et un
tempérament nerveux-penseur a généralement une respi-
ration haute, sus-mamelonnaire.Son diaphragme mtmque
de souplesse, et cet exercice lui sera pénible au début.
Cependant, s'il est persévérant,quelques mois de pratique
transformeront sa vie. Avec un diaphragme assoupli il
retrouvera un transit intestinal normal. Une respiration
reequilibrée vers le bas Ie recentreradans le centre de gra-
vité du corps situé dans le ventre. Cette respiration basse
faisant vibrer le centre ombilibal dans le corps de l'énergie,
lui donnera plus de force vitale pour agir dans le quotidim.

-1 9 -
ExerciceNo 5

Bien vider pour mieux remplir

On est habitué en occident à inspirer d'abord pour


expirer ensuite. Il est pourtant logique de vider un réci-
pient avant de pouvoir le remplir ! Que de fois m'a-t-on
rétorqué: "mais comment voulez-vous que j'expire puisque
je n'ai pas inspiré"?
Essayezcependant, et vous veftez qu'il est possible
de faire sortir une grande partie de l'air résiduel qui reste
toujours dans les poumons. Avec l'habitude, vous consta-
terez très vite que lorsque l'expir devient un temps actif
dans la respiration, l'air résiduel devient minimum et le
temps d'inspir passif développe les poumons dans toute
leur amplitude en évitant toute crispation restrictive.

Dans la même posture, suite à I'exercice précédent,


faire intervenir la volonté pour rendre actif le temps d'ex-
piration et remonter le diaphragme de plus en plus.
IJinspiration qui suit est alors passive,se faisant d'autant
plus ample que l'expiration a été profonde.
De plus,les effetsbénéfiquesd'une contractionsuivie
d'une décontraction se font rapidement sentir. Les organes
internes d'assimilation et d'excrétion qui sont concernés,
sont mieux irrigués de sang et retrouvent un fonctionne
ment régulier. Il faut toutefois veiller à minimiser tout
volontarisme, le mouvement devant, pour être efficace,
devenir très souple grâce à une pratique persévérante.

-20-
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ExerciceNo 5

Respiration haute, sous-claviculaire

Dans la position assise de son choix, porter les


paumes des mains jointes sur le sommet de la tête,les bras
en "as de pique". Laisserla tête s'incliner en avant,le men-
ton vers la poitrine en expirant, sansbouger les bras.
Pousserles mains, toujours jointes, vers le haut verti-
calement,les bras s'allongeant et le menton suivant le mou-
vement. Les poumons s'emplissent d'air: Cest l'inspira-
tion.
Ramener les mains et le menton en position de
départ. Les poumons se vident d'air: Cest l'expiration.
Répéter plusieurs fois ce geste et maintenir constam-
ment une partie de I'attention sur l'effet de ce geste précis.
Vous constaterezaisément que la respiration s'est localisée
à la partie haute de la cage thoracique, et vous en avez
oublié le ventre. Vous avez provoqué ainsi une respiration

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haute dite sous-claviculaire,complètement différente de la
respiration basse,abdominale.
Cette respiration est la respiration dominante chez les
nerveux-penseurs qui sont des cérébraux. Elle les situe le
plus souvent dans le cerveau,siègede l,esprit où se trouve
le centre subtil de commande de notre merveilleuse machi-
ne humaine.
Mais n'oublions pas, par ailleurs, l,importance vitale
et sexuelle de la respiration basse,ni celre de la respiration
moyenne que nous allons expérimenter maintenant. Si la
respiration bassenous recentredans le centre de gravité du
corps dense, la respiration haute dans le cenhe de com-
mande de notre merveilleuse machine, la respiration
moyenne intervient sur le cæur,le véritable centre de l,être
humain dans sa globalité.

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ExerciceNo 7

Respiration moyenne : costale.

Dans la posture adoptee précédemment, joindre les


paumesdes mains devant l'estomac,lesdoigts dirigés vers
le haut. [-es avant-bras forment la base d'un triangle dont
les bras sont les côtés. Laisser s'indiner la tête naturelle
ment vers I'avant,le menton vers la poitrine.
Les médius mis bout à bout, écarter les paumes l'une
de l'autre, les coudes se levant alors dans la ligne des
épaules, la tête restant inclinée.
Sentir que les côtes s'élèvent latéralement de chaque
côté du buste et que s'effectueainsi naturellement une ins-
piration moyenne, costale.En revenant lentement à la posi-
tion initiale vous serezle témoin d'une expiration au même
niveau.
Répéter l'exercice pour obtenir la facilité avec un
minimum d'effort volontaire et musculaire.
Il s'agit d'acquérir un certain automatisme dans le
mouvement sans jamais tomber dans un automatisme
complet. Mais toujours rester conscientdu corps de chair et
de son centre de gravité dans Ie ventre. Par la suite on res-
tera simultanément conscient d'ambiances plus subtiles.

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D'où [a nécessitéd'un entraùrement progressif dès mainte
nant.
Ce mouvement précis, dédenche donc une respira-
tion moyenne costale par écartement des côtes, latérale-
ment dans le plan frontal.

Elever maintenant les bras tendus à l'horizontale,


dans la ligr" des épaules, le menton indiné naturellement
vers la poitrine.
Rapprocher les bras devant le buste pour joindre les
paumes de mains et fermer ainsi la cage thoracique d'ar-
rière en avant. C'est l'expiration.
Revenir en position initiale et accentuer le mouve-
ment des bras vers l'arrière en rapprochant les omoplates.
C'est l'inspiration.
Ce mouvement précis, dédenche une respiration
moyenne costale par écartement des côtes dans le plan
sagittal.

-24-
DE UIMPORTANCE DES FAçONS DE RESPIRER

Ces trois manières de respirer, lorsqu'elles sont ainsi


expérimentées et vécues dans leur différence, montrent
leur relation spécifique avec les différents plans de
consciencequi constituent tout être humain.
La respiration basseest en relation avec le corps de
chair, agissantsur les fonctions de digeston, d'élimination,
de reproduction. Mais aussi plus profondément sur le plan
de l'énergie, de façon spécifique, sur les centres transfor-
mateurs (chakras),ombilical (manipûra), abdominal (swâ-
disthâna), chakra racine (mtlâdhâra).
La respiration haute intéresse le psychisme. Mais
aussi les chakras de la gorge (vishuddha), frontal (âjnâ) et
nous sensibilise à l'entrée du prâna primordial par le cha-
kra coronal, lotus aux mille pétales (sahasrâra).
La respiration moyenne régit l'émotif. C'est le cæur et
sur le plan de l'énergie,le chakra cardiaque (anâhata).
Lorsqu'on expérimente, par ailleurs, la relation qui
existe entre les chakras et les glandes endocrines, chaque
centre transformateur d'énergie étant en relation précise
avec une glande endocrine, un plexus et un sinus, on
acquiert une grande prudence et beaucoup d'humilité
quant à la transmissiondu yoga en occident.
Lorsqu'on prend consciencede la variété infinie des
individus qui ont chacun "IelJr" respiration, laquelle
dépend de leur constitution morphologique et tempéra-
mentale, on mesure la complefté du problème!
j'ai souvent été effrayé de voir avec quelle insoucian-
ce et quelle témérité, des enseignantsde yoga frais émou-
lus des écoles de formation osaient imposer des rythmes
respiratoires, sans tenir compte de cesdiversités.
Que penser également de professeurs plus expéri-
mentés, mais qui n'ont que des connaissanceslivresques
sur les chakraset qui prétendent agir de façon directive sur
ceux-ci, pour les ouvrir (!) ou les rééquilibrer ?
Soupçonnent-ilsla responsabilitéqu'ils encourent en casde

-25-
fausse manæuvre entraînant des conséquences nffastes
tant sur le système neryeux sympathique que sur le systè
me glandulaire.
Certes, il efste des guérisseurs qui ont cette possibi-
lité. C'est qu'eux-mêmes ont la clairvoyance de ces centres
et qu'ils savent agir avec maîtrise sur ce plan subtil pour
l'avoir expérimenté par de nombreux exercices sur eux-
mêmes. Dans ce cas, ce qu'ils peuvent faire sur eux, il leur
est donné de pouvoir le faire sur les autres. Mais cela ne
s'acquiert que par un travail personnel s'échelonnant sur
de nombreuses années. De gràce, professeurs de yoga,
soyez sérieux et évitez de jouer prématurément aux
apprentis sorciers.

-26-
ExerciceNo I

Respiration complète en position assise

S'asseoir sur le sol les jambes repliees en tailleur


(l'une repliee devant le corps, l'autre repliee devant la pre
mière).
Mettre les mains en appui sur le sol, de dtaque coté
du bassin (ou l'extrémité des doigts si les bras sont courts).
Expirer en accentuant la rentrée du ventre sur la fin
de l'expiration. Maintenir le ventre rentré et, en poussant
sur les mains, les épaules restant abaissées,inspirer pour
dresserle buste. Le bassin s'est mis ainsi en bonne position
pour que le dos soit vertical.

-27 -
Expirer ensuite en fléchissantle buste en avant, le dos
plat, fermant progressivementl'angle que fait le buste avec
les cuisses, tout en décrivant un demi-cerde avec les bras
qui se déplacent de chaque côté du corps.
Le buste est indiné au maximum et les bras se croi-
sent devant le corps, les mains sur le sol. Têrminer le dia-
phragme bien remontÇ en laissant tomber la tête naturelle
ment.
Ainsi s'est effectué une expiration complète dans
l'ordre: haute, moyenne,basse.

Puis, en tirant la tête dans le prolongement du co{ps,


vers l'avant et vers le haut, arnorcer un mouvement des
bras qui, d'avant en arrière, vont décrire un demi-cercle de
chaque côté du corps, les mains au sol. Celles-ci aboutis-
sent en arrière des fesses,les doigts dirigés vers le colps.
Pendant tout ce temps, inspirer en redressant le buste, en
conservant le dos plat . Sur la fin de l'inspiration, plier légà
rement les coudes pour accentuer l'ouverture de la cage
thoracique dans sa partie haute et lever le menton en lais-
sant la tête s'incliner avec le buste vers l'arrière.
Ainsi s'est effectué une inspiration complète dans
l'ordre: basse,moyenne,haute.
Lensemble du mouvement entraîne une respiration
complète utilisant les trois niveaux respiratoires.

-28-
Quelle que soit la dominante respiratoire du prati-
quant selon sa constitutiory la respiration complète résul-
tant de gestesexécutés avec souplesse et harmonie ne peut
qu'être bénéfique.
Le présent exerciceassouplit et tonifie les épauleset le
bassin, ainsi que la colonne vertébrale dans sa totalité. tr
assouplit également la cage thoracique et la développe
dans tous les sens.
Il présente cependant un inconvénient pour les prati-
quants qui ont des problèmes avec les articulations des
genoux. Utiliser au besoin des coussinssous ceux-ci.
La respiration complète en position debout, jambes
tendues, tonifie au contraire ces genoux. Elle s'adresse
cependant davantage à des pratiquants plus expérimentés
qui sont bien recentrés dans le ventre.

-29-
Exercice No 9

Le grand geste:
respiration complète en position debout;

Prendre la position debout, les jambes très écartfus.


Expirer en portant les bras croisésdevant le buste,laissant
le menton tomber vers la poitrine. Le ventre se rentre et le
diaphragme remonte; l'expiration est profonde.
Resterun temps en vide de souffle. Puis, décroiserles
bras et les tendre de chaque côté de la tête en inspirant et
en levant le menton. En suspensionde souffle, étirer tout le
corps, les pieds restant en contact avec le sol, y compris les
talons.
Erpirer ensuite en fléchissant le buste au niveau du
bassin (charnière lombo-sacréeet axe coxo-fémoral),le dos
plat et en poussant les fessesvers l'arrière pour ménager
les lombes.

-30-
Les bras sont croisés dès le départ à la hauteur des
poignets . Ils se croisent de plus en plus au fur et à mesure
de l'indinaison du buste pour terminer, croisés au maxi-
murn, chaque main sur la cheville opposée.
Laisser tomber la tête naturellement, en décontractant
le cou. Iæ ventre est rentr4 le diaphragme remonté au
maximum et l'expiration est complète.
Utiliser le temps de vide de souffle pour décontracter
la partie supérieure du corys tout en maintenant les jambes
tendues.
Inspirer ensuite en redressant le buste, tirant la tête
dans le prolongement du dos vers l'avant et vers le haut,
tandis que les mains frôlent les jambesen remontant à l'ex-
térieur de chacune d'elle jusqu'à la ceinture: main gauche
sur jambe droite et main droite sur la gauche.
Arrivés à la ceinture, les bras qui étaient croisés
devant le ventre se décroisent pour ensuite se recroiser en
arrière, en mettant au mieux la main gauctre sur la fesse
droite et la main droite sur la fessegauche (pour les longi-
lignes). Ainsi exécuté, ce geste développe la respiration
costaleinférieure. Continuer à inspirer en levant le menton,
tout en étirant le cou pour accentuer la respiration haute.
Ici se termine le temps d'inspiration complète.
Il est suivi d'un temps de suspension de souffle
durant lequel les bras croisésdans le dos se décroisent et se
tendent de chaque côté de la tête, prêts à recommencer le
mouvement, en fléchissant le buste sur expiration.
Ce "grand geste" bien exécuté est une merveille. Il
étire la colonne vertébrale et soulage les disques vertê
braux. Il développe la cage thoracique dans tous les sens,
améliorant la capacité respiratoire. De ce fait, quels que
soient la morphologie et le tempérament du pratiquant, il
tend à harmoniser les trois niveaux respiratoires sansbru-
taliser le système nerveux sympathique. Les circulations
nerveuse, sanguine, énergétique sont améliorées, et le
corps s'en trouve globalement tonifié.

-31 -
Ce grand geste fait partie des exercicesde base que
nous conseillons. Pratiqué quotidiennement, en veillant à
la qualité de l'exécution, il transforme plus sûrement le
pratiquant que de multiples exercices exécutés de façon
quelconque.
Il faut aussi être pénéEé du principe que toute assi-
milation demande la repétition. Mais que la répétition ne
doit pas être machinale. II faut réaliser un lâcher-prise de
plus en plus profond, parallèlement à une vigilance qui
devient de plus en plus grande.
Il est important pour cela de bannir tout volontaris-
me, en faisant dominer la sensation sur le vouloir intem-
pestif. Il faut s'admethe avec sa morphologie, sa constitu-
tion et sespossibilités du moment. C'est du bon sens.
C'est ainsi que, suivant Ia morphologie et la souples-
se de la coloirne vertébrale, l'écart entre les jambes pouna
varier. On pourra aussi, suivant le cas, plier les genoux et
mettre les mains sur les drevilles ou même sur les mollets.
Il s'en suivra évidemment une respiration plus ou moins
complète. Mais la pratique persévéranteaméliorera la sou-
plesse de la colonne vertébrale, l'élongation des muscles
postérieurs des jambes, ainsi que le bassin et les épaules.
Quant à Ia respiration, les débutants doivent tenir
compte de leurs possibilités du moment. Suivant qu'ils ont
le souffle court ou long, le mouvement sera exécuté rapi-
dement ou lentement. Comme tout pratiquant doit trouver
sa posture assisedans le confort, il doit réaliser ce grand
geste dans l'aisance pour pouvoir obtenir une circulation
fluide du sang et de l'énergie. Son grand geste se modifie
ra au fur et à mesure de son entraînement.
Toutefois un grand nombre de débutants expirent
insuffisamment. Ils ont pris l'habitude de vouloir emplir à
fond leurs poumons, coûte que coûte. Ainsi dans cet exer-
cice, après une trop longue inspiration ils se sentent mal à
l'aise. La suspension du souffle qui suit devient une com-
pression de ce souffle. Cela peut provoquer des vertiges;
Cest sans gravité bien que désagréable.

-32-
Il est facile d'y remédier: iI suffit de compter menta-
lerrent 5 temps pour l' expiration ,2pow le vide de souffle,
3 pour l'inspiration et 2 pour la suspension du souffle. Iæ
mouvement d'inspiration s'exécutera ainsi plus rapide
ment que celui d'expiration.
Le rythme respiratoire conseillé est donc 5.2.3.2.,si
l'on commencele mouvement par une expiration.
Si l'on prend comme base d'exécution la seconde,il
est déconseillé de prendre un métronome pour plus de
rigueur. Uélève qui a un souffle cou-rt comptera mentale
ment ces temps rapidernent, et celui qui a un souffle long
plus lentement; tous deux respectant une expiration plus
longue que l'inspiration.

-33-
ELEMENTS CONSTITUANT LA CONSCIENCE.

Après avoir, dans l'exerciceNo I défini succinctement


la conscience,revenons maintenant sur les éléments qui la
constituent.
Il s'agit ici, bien entendu, de notre consciencepsydro-
logique. C'est une faculté psychique qui, cependant, dans
notre pratique, va nous permettre de saisir presque concrè
tement le déplacement de notre pensée.

La pensée dans sa fomre

Il nous faut cependant préciser que cette pensée est


nommée "pensée dans sa forme" ou "pensée âkâshique".
Pour la définif, il nous faut revenir à la conception des
yogîs qui, dans leur métaphysique, considèrent que l'in-
créé (le non-manifesté) est constitué d'une seule matière
nommée en sanscrit "âkâsha". Dans cet élément primordial
est, en puissance,"ptàna",lequel est compose de deux élê
ments + et - (positif et négatifl conune dans une pile étec-
trique.

-34-
Lorsque intervient l'Amour (à llimage d'un cataly-
seur), se produit une différence de potentiel entre ces deux
éléments,laquelle déclencheun mouvement qui engendre
la manifestation. C'est ce que ces yogîs nomment Svara, le
Grand Souffle.
Dans ce monde dans lequel nous vivons, tout est donc
composé d'âkâsha, matière primordiale. Mais à la différen-
ce de f incréé où prâna n'est qu'en puissance, dans ce
monde du créé, prâna vibre à des taux de fréquence plus
ou moins élevés.Cela explique l'infinie diversité de ce qui
entre dans ce monde manifestÇ dans tous les règnes: minê
ral, végétal, animal et humain.
Or nos sens humains sont très limités. La science
moderne, avec des instruments sophistiqués nous fait
découwir que ce que nous jugeons matière inerte est, en
réalité, constituée de particules qui tourbillonnent à des
vitesses diverses dans ce qu'on appelle du vide lequel
n'est pas le néant. Il nous faut admettre humblement,
qu'avec nos sens ordinaires, nous ne sourmes pas plus en
mesure de percevoir l'infiniment petit que llinfiniment
grand.

-35-
Exercice No 10

Nanti de ces quelques éléments qu'on juge générale


ment simplistes en souriant, prendre une posture assise
confortable, en maintenant le dos droit.
Abaisser les paupières pour ne pas être distrait par
l'ambiance extérieure et ainsi s'intérioriser plus facilement.
En fixant l'attention dans la tête, dans le cerveau, on
se situe dans le plan subtil du mental, dans l'esprit. C'est
de là qu'émane la consciencepsychologique. Celle-ci est
composéede la penséedans sa forme et de sens subtils.

Les sens subtils

Ces derniers, nommés "indriyas" en sanscrit,peuvent


être considérésconune l'affinement et le prolongement de
nos sensordinaires. Ils se développent par la pratique. Nos
sensordinaires sont limités à notre corps physique, corune
notre système nerveux dont ils font partie. Mais les sens
subtils ne sont pas limités à ce corps dense.Ils vont au-delà
du concret. Doù leur importance, car Cest par eux que
nous pouvons pénétrer dans l'abstrait.

Le point source

Maintenir une partie de l'attention sur ce qui, intê


rieurement, constitue le volume du crâne, en arrière du
front. Nous allons pouvoir sensibiliser un point que nous
appellerons "point source". C'est de lui, en effet, que jaillit
toute pensée comme l'eau d'une source. Cette dénomina-
tion date de 7970,lors d'un cours où je transmettais, à trois
de mes élèves avancés,cet enseignement reçu de Lucien
Fener qui m'avait fait le merveilleux cadeau, dans les
années50, de me situer à ce cente.
Nous le situerons plus précisément en nous concen-
trant sur le centre du front. Puis, partant de ce centre,nous
aidant de respirations successives,nous déplacerons la

-36-
pensée sur une droite horizontale, perpendiculaire au
front. Après un court parcours, en direction de la nuque, se
manifestera une sensation à l'aplomb de la fontanelle,
située un peu en avant du sommet du crâne. Du centre de
la fontanelle, faire descendreune verticale fictive, pelpen-
diculaire au crâne. Elle rencontrera la droite précédente.A
leur intersection se situe le point source, centre de l'esprit
dans le plan de conscience du corps du mental (mano-
maya- kosha en sanscrit).
Cette imagerie peut paraître farfelue. |e vous conseille
d'en faire l'essai,sincèrement,de 'Jouer le jeu". Vous setez
très vite étonné des résultats.
Vous aurez mis en place, dans le plan subtil du men-
tal, une partie des éléments qui le constituent.

Visualiser sur le "frontal" un cerde de la grandeur


d'une pièce de monnaie d'un franc. Nous délimitons ainsi,
dans le volume de notre tête, mais aussi dans le plan subtil
du mental, une portion de cette matière primordiale, de cet
âkâsha.Ce volume a présentementla forme d'un cône dont
le sommet est le point sourceet la basele cerde sur le frontal.
Ainsi, ce sont nos senssubtils qui déterminent la sur-
face latérale de ce cône, délimitant cette portion de matière
primordiale: la penséedans sa forme.

-37 -
Tel le faisceau d'un phare pivotant dans l'espace,
dans toutes les directions, ce cône pourra être dirigé
consciemment, et au-delà même de notre corps de chair.
La conscience,coûune nous l'entendons dans la pra-
tique du yoga de l'énergie, émane de l'esprit dont le centre
est situé au point source.
Elle comprend, avec ces deux éléments un troisième
élément actif qui intervient pour déplacer ce faisceau de la
conscience:c'est la volonté.
Cette imagerie mentale nous fait comprendre la puis-
sance de cette pensée âkâshique lorsqu'elle est chargée
plus ou moins d'énergie. C'est elle en effet qui véhicule
cette énergig ce prâna: "où la penséeva, l'énergie va". On
s'explique aussi les effets si différents de cette pensée, sui-
vant sa concentration, plus ou moins poussée.
C'est pourquoi, dans la pratique du yoga de l'énergie,
I'entraînement pour améliorer la concentration consiste à
travailler dans un premier temps sur ces trois éléments
séparément: penséedans sa forme, senssubtils et modula-
tion de Ia volonté. Dans un second temps le travail se fait
consciemment,simultanément avec les trois.

Nous aurons l'occasion, tout au long de cet ouwage,


de justifier cette longue digression. I-a concentration a en
effet un rôle très important dans la respiration. Nous ver-
rons son importance grandir progressivement en allant de
la respiration animale ou spontanée à la respiration ryth-
mée, à la respiration prânique puis au prânâyâma. Elle
atteindra une importance considérable dans les prânâyâ-
mas colorés et pour la prise d'énergie aux sourcesdifféren-
ciéeslunaire et solaire. Elle sera utilisee au maximum dans
le prânâyâma psychique, lorsque prâna vibrant à un taux
de fréquence très élevé est transporté par la pensée, uni-
quement par déplacement de la conscience.Les poumons
interviennent alors au minimum dans cette respiration spê
cifique, et pour la penséequi en est devenue l'élérnent pri-
mordial la concentration atteint son maximum.

-38-
OBLIGATIoN D,UN ENTRAÎNENTSNTPRoGREssIF

Il est important que le lecteur différmcie ce qu,il va


pouvoir faire, dès maintenant, pour mieux respirer qu,il ne
le fait généralement,de ce qu'il fera aprèsêtre entré àans la
voie du yoga pour se transformer profondément, en parti-
culier grâce à la discipline de son souffle.
Il est sagede concevoir un entraînement progressif et
de ne jamais vouloir brûler les étapes.Il faut toujours avoir
à l'esprit l'importance du corps de chair; l,équilibre de son
squelette, l'entretien de sa souplesse,et particulièrement
celle de la cage thoracique.
D'où la nécessitéd'exécuter des mouvements et des
postures comme il est fait courarunent dans la pratique du
yoga.
On comprend aussi l'importance, dans ce premier
temps, de la relation geste-respiration.
Les débutants doivent, avant tout, assouplir et déve-
lopper leur cage thoracique dans toutes les directions. A ce
stade primaire tout rythme est déconseillé.Ça respire, et le
pratiquant doit être attentif uniquement à l,exécution du
geste précis et à la respiration qui en résulte automatique-
ment.
Mon expérienceà ce propos m'a montré qu,il est prê
férable de commencer par la position couchéesur le dos.
Exécuter des mouvements avec les bras, décrivant un
demi-cercleau sol de chaquecôtédu bustejusqu,au-dessus
de la tête ou, par devant le corps à la verticale, les doigts
croisés,pour atteindre le sol au-delàde la tête.
Un travail en position assiseet, enfin, dans la position
debout est envisageableensuite pour les élèves plus expê
rimentés, ayant acquis un certain contrôle de leur corps et
de leur souffle, et ayant tonifié leur musculature.
De nombreux exercices sont décrits, à ce propos,
dans:
"Un cheminpour l'ùe nouaelle"
(EditonsCariscript.Paris.1992.)

-39-
Ainsi on développe la poitrine dans tous les sens, on
assouplit le diaphragme, donnant à la cage thoracique son
maximum d'amplitude pour améliorer la capacité respira-
toire et obtenir plus de puissance respiratoire.
Le nombre de nos contemporains débutant dans la
pratique du yoga et ayant un impératif besoin que le pro-
fesseur tienne compte pour eux de cette préparation initia-
le est très important. Il serait bon que tous les enseignants
de cette discipline en comprennent l'importance. N'est-ce
pas un des moyens les plus sûrs pour remédier au stress,
cette maladie moderne si répandue?
Que d'employés sédentaires, toute la journée assis
derrière leur bureau, se contentent d'une faible respiration
sous-claviculaire! Iæur diaphragme est pour ainsi dire blo-
qué. Ils souffrent de constipation et ont mal au dos à lon-
gueur d'année. Qu'ils apprennent à mieux utiliser leur
cage thoracique, et dans les trois mois leur vie sera com-
plètement transformée.
Dans le yoga de l'énergie,la sériedes 18 mouvements
préliminaires est à ce propos un remède mirade.
Les trois premiers, constituant une "phrase" à exécu-
ter chaque jour, donnent à eux seuls des résultats remar-
quables. Ces trois mouvements sont décrits dans l'ouvrage
précité. I-iensemblede la série est édité dans:

"Un art de oiure"


(EditionsLe Courrierdu Liare.Paris.2èedition1992)

Enfin viennent de paraître des explications complê


mentaires fort utiles sur ces mouvements dans:

"Læ 1.8mouaements préliminaires:DanseCosmique"


(EditionsCariscript.Paris.1.993.)

Ce n'est qu'après ce travail de rééducation et de


r#quilibrage respiratoire, indispensable pour la majorité
des occidentaux, que l'on potura envisager s.rns aucun

-40-
d"ngend'utiliser, dânsl'esp,ritdu ysga,trnetransûorrration
profonde de Iête global, la respirationétant l'un des pdn-
cipaux moyensde ætte transbrmation.

-41 -
PUISSANCE ET QUALITE

Il nous faut, dès maintenant, différencier cesdeux élê


ments qui vont s'associerdans la respiration, potrr pouvoir
les travailler d'abord séparément, puis simultanément.
C'est la technique déjà employée pour développer les sens
subtils afin d'améliorer la concentration.
La puissance va se développer par des exercices
dynamiques comme les gestesen particulier. C'est ce qui
vient d'être décrit pour assouplir et amplifier la capacitéde
la cage thoracique.
La qualité se travaillera plus généralement en posi-
tion statique pendant les postures tenues un certain temps.
On fera intervenir prâna et ses trois modalités d'expres-
sion, les trois gunas (tamas, radjas, saffva). Nous revien-
drons ultérieurement sur ceséléments.
La puissance sera surtout développée en pratiquant
diverses manières physiques de respirer, tandis que la qua-
lité dépendra d'un art de respirer dans lequel la pensée
sera l'élément prédominant.
En réalité tout cela n'est pas aussi nettement tranché.
Rien nlest absolu et tout est relatif; Cest bien connu. Par
exemple, dans les mouvements préliminaires du yoga de
l'énergie qui sont dynamiques, puissance et qualité seront
intimement liées quand, au plus haut degré de réalisation
le pratiquant exécutera cette "Danse Cosmiqud'. Il aura
auparavzrnttravaillé séparémentpuissanceet qualité, pour
ensuite les utiliser simultanément.
Il est important, à mon avis, de tenir compte de cette
différenciation pour ne pas minimiser l'élément puissance.
C'est une erreur qu'on ne commet pas dans le yoga de
l'énergie, grâce à la série des mouvements préliminaires.
C'est l'inverse dans certains cours de yoga dans lesquelson
privilégie le travail en postures statiques pour obtenir prê
maturément des étatsde méditation.

-42-
Exercice No 11

Le mouvement du regard intérieur,

S'étendre à plat dos sur le sol dans la position de


détente. Desserrer les mâchoires et détendre le visage.
Laisser les paupières se fermer le plus naturellement pos-
sible.
9entraîner à lever et à abaisserle regard sans diriger
volontairement les globes oculaires. Ceux-ci, organes de la
vue, font partie du corps dense ou corps physique dénom-
mé aussi corps de drair.
Le regard émane de ces globes oculaires. C'est la
manière de diriger les yeux vers un objet afin de le voir.
Mais c'est aussi l'expression des yeux de celui qui regarde.
Nous dirons que les yeux sont physiques et que le
regard est subtil. Le regard est constamment en action,
lorsque nous sommes les yeux ouverts, pour percevoir des
objets concrets.
Les paupières abaissées,le regard intérieur que nous
allons utiliser sera pour percevoir en nous de façon plus
subtile. Il faut pour cela s'entraùrer à ne pas penser aux
"yeux de chair". La consciencedoit se porter exclusive-
ment sur le plan subtil du regard. Ce mouvement du
regard intérieur se déplaçant vers le haut et vers le bas, va
faciliter le déplacement de la conscienceet, en nous distan-
çant du corps dense,nous faire découvrir progressivement
les parties plus subtiles qui entrent dans la composition de
notre être (les koshas en sanscrit).
S"entraîner à coordonner ce mouvement du regard
intérieur avec le déplacement de la conscience,conduisant
celle-ci du sommet de la tête au bas de la colonne vertébra-
le.
Ajouter ensuite la respiration en prenant conscience
que ça inspire en levant le regard et que ça expire en
l'abaissant.

-43-
La synchronisation de ces trois éléments fait de cet
exercice un merveilleux instrument qui agit sur tous les
plans de conscience.

Exercice12

Maintenir la consciencedans le ventre: provoque une


respiration basse

S'asseoirsur le sol les jambes croiséesdevant soi ou


sur une chaiseles jambes à l'équerre.
Abaisser le regard intérieur dans le ventre accompa-
gné de la conscience,et les y maintenir. Rester détendu, et
assisteralors à la respiration qui se fait de façon naturelle.
Celle'ci est abdominale et diaphragmatique.

Exercice13

Maintenir la consciencedans la tête: prcvoque une res-


piration haute, sous-claviculaire

C'est le même exercice que le précédent, en mainte


nant le regard intérieur et la conscience simultanément
cette fois-ci dans la tête. Il semble alors que les pounons se
situent dans cette partie haute du corps.

Exercice14

Maintenir la consciencedans la poitrine: provoque une


respiration moyenne

De même, le maintien simultané de la conscienceet


du regard intérieur dans le centre de la poitrine provoque
une respiration moyenne costale.Si la concentration se fait

-4 4 -
au centre, dans le volume de la cagethoracique,la respira-
tion se fera par expansion de la cage thoracique, dans tous
les sens.

Exercice15

Le déplacement de la conscience,simultanément avec le


mouvement du regard intérieur, de bas en haut et vice
versa,provoque une respiration complète qui utilise les
trois étagesrespiratoires
Cet entraînement peut sefaire aussibien dans la posi-
tion couchée sur le dos, à la condition de rester constam-
ment vigilant.
Il va permettre d'améliorer rapidement le souffle en
allongeant les deux temps d'inspir et d'expir.

Allonger progressivement les temps d'inspiration et


d'expiration

Il suffit pour cela de ralentir progressivementle mou-


vement du regard intérieur ainsi que le déplacement de la
conscience.
Cela doit se réaliser sans aucun vouloir excessif,sans
volontarisme. Cela doit s'améliorer sans entraîner la
moindre crispation, et dans l'aisance parfaite.
La première méthode, physique, qui utilise la relation
entre les gesteset la respiration et cette seconde méthode,
psychique, !1ui utilise le déplacementde la conscience,doi-
vent se compléter et être utilisées à bon escient, suivant le
niveau des élèveset au moment opportun.

-45-
Exercice 16

Allonger les temps d'apnée

Le débutant en yoga a appris, dès les premières


leçons, à suspendre un court instant son souffle après le
temps d'inspiration et de même après celui d'expiration.
C'est la pratique de la respiration yoguique en quatre
temps. C'est la première façon de ralentir le souffle pour
respirer ainsi plus lentement.
Lorsque cette façon de pratiquer lui est devenue fami-
lière, la synchronisation du mouvement du regard inté
rieur conjugué avec le déplacement de la conscienceva lui
permettre d'allonger, non seulement les deux temps d'ins-
pir et d'expir, mais aussi les deux temps d'apnée.
S'entraîner à maintenir le regard levé et la conscience
vers le haut pour apprécier la facilité avec laquelle on peut
suspendre le souffle et ainsi allonger l'apnée inspiratoire.
Faire de même en maintenant le regard et la conscienceen
bas, après le temps d'expir, pour allonger l'apnée expira-
toire.

Exercice17

Contrôle du souffle

C'est ainsi que ce merveilleux mouvement du regard


intérieur synchronisé avecle déplacementde la conscience,
pratiqué assidtment dans un état de détente profonde, va
permettre à l'adepte de contrôler son souffle en respirant
Ientement, longuement, doucement, avec un minimum
d'effort.
C'est la condition nécessaireet indispensable pour
que la respiratiory élément transformateur agissant sur
tous les plans de conscience,ne devienne pas un élément

-4 6 -
perturbateur agissant négativement sur le cæur, les pou-
mons, et les systèmesnerveux.
C'est une obligation avant d'aborder des rythmes res-
piratoires et surtout la pratique du prânâyâma.

Exercice 18

Définition de l'ambiance vibratoire

Qui ne s'est amus4 étant gamin, à jeter une pierre


dans une mare? C'est tellement drôle de voir se former et
se propager dans l'eau des cerclesconcentriquesautour du
point de chute de la pierre! Le contact de cette pierre sur
l'eau a fait vibrer cette dernière, dédenchant une ambiance
spécifique. Celle-ci est tributaire du volume et du poids de
la pierre, de la distanceentre le lanceur et la mare, ainsi que
de la force avec laquelle elle a été lancée.De même que les
conditions atmosphériques, suivant que le vent souffle de
face ou de dos, peuvent freiner ou accélérerl'objet lancé,
d'autant plus que celui-ci est léger; guère évidemment
pour la pierre dans l'exemple précédent.
Uensemble de ces cercles concentriques, c'est I'am-
biance vibratoire créée par cet impact de la pierre au
contact de l'eau. Le point d'impact est le principe de l'am-
biance. C'est le "bindu", terme sanscrit employé en yoga.
LJne autre pierre, lancée dans la m;ue, créera une
autre ambiance différente de la première.
Autour de nous, et en nous, tout vibre car tout est
composé d'une matière primordiale; Cest "âkâsha" en
sanscrit.
Ainsi l'air que nous respirons vibre différemment sui-
vant notre façon de respirer.Si nous respirons fortement ou
doucement cet air vibrera de façon plus ou moins forte ou
plus ou moins subtile. Si nous prenons conscience de
prâna, nous pourrons le faire vibrer à des taux de fréquen-
ce différents allant du moins élevé, dans la respiration forte

-4 7 -
pour agir sur le corps dense,jusqu'aux plus élevés agissant
alors sur les corps subtils, comme dans les états de mffita-
tion. Doù ces multiples manières de respirer qui forment
un véritable art de la respiration.
Chacune de ces respirations dédendre une ambiance
spécifique qui va se traduire par une modification de l'am-
biance frontale. Dans le yoga de l'énergie on compare celle
ci au tableau de bord de l'automobile.
Uambiance finntale, co[une son nom I'indique, se
situe au niveau du front, au-dessusdes sourcils, mais sans
se limiter cependant au front physique, puisque Cest une
ambiance vibratoire qui s'épanouit dans le subtil.
D'où l'importance qu'il faut attadrer au développe.
ment des sens subtils pour pouvoir progressivement diffê
rencier ces ambiances vibratoires, si l'on veut atteindre
effectivement ces plans de conscience profonds dans un
réel vécu, au-delà d'une seule compréhension intellecttrel-
le.

-4 8 -
LES DEI.IX ETATS DE RECEPTIVITE ET D'EMISSION

9asseoir dans une position confortable, soit sur le sol


jambes croisées,soit sur une ctraise,pieds au sol et jambes
en équerre. Chercher à réaliser l'aplomb dans la posture
pour minimiser Ie corps et se situer en prédominance sur le
psychique.
Desserrer les mâchoires et décrisper le visage. Enfin
se situer au point source, défini précédemment, au centre
de I'esprit.
Diriger l'attention sur l'ambiance frontale et l'y main-
tenir en decrispant à l'intérieur du crâne. C'est ce qu'il est
convenu d'appeler "se détendre sur l'ambiance frontale".
Il est très important de prendre conscienced'être le
spectateur, situé au point source. Il y deux possibilités
pour ce spectateur: "
L - soit prendre consciencede sa liaison avec l'am-
biance frontale dans le sens "spectade - spectateur".
Dans ce cas il est en état de réceptivité. tr reçoit, par
l'intermédiaire de ses sens, les informations venant de
l'ambiance frontale. En d'autres termes il "apprécie" cette
ambiance de façon sensorielle, sans raisonner, sans porter
de jugement. Son mental analytique et bavard se tait. Par
contre I'observateur est dans un état de réceptivité qui fait
que cessensationss'enregistrentdans sa mémoire d'autant
plus s'il est attenti| sans efforts crispants. C'est cela aussi
l'objectivité, qualité si importante et si rare.
2 - soit prendre consciencede sa liaison avec l'am-
biance frontale dans le sens "spectateur - spectacle".
Dans ce casil est émetteur.Il agit et avec d'autant plus
de puissance que sa penséeest concentree.Mais alors il est
évident qu'il ne peut recevoir !
Que de fois ai-je pu constater, chez des pratiquants
bien intentonnés, l'impossibilité dans laquelle ils étaient
de percevoir cette ambiance parce qu'ils "voulaienf' coûte
que coûte voir et sentir, se mettant inconsciemment dans
un état d'émission et non de perception.

-4 9 -
fai moi-même commis cette erreur, incrcnsciemment
pendant des années,jusqu'au jour où, en enseignant, mon
attention s'est portée sur ce problème et que fai découvert
la solution si simple et tellement évidente.
Depuis, mes élèves réalisent rapidement ce que j'ai
obtenu moi-même après des années d'efforts inopportuns.

Exercice 19

Différencier les ambiances résultant


des trois niveaux respiratoires

Dans la même position. Après avoir réalisé l'aplomb


du corps et le calme du mental, pratiquer quelques mou-
vements du regard intérieur synchronisésavec le déplace
ment de la conscienceet la respiration.

1 - Terminer sur une expiration le regard abaissé,


et maintenir la conscience dans le ventre en continuant à
assisterà la respiration animale qui se fait alors abdomina-
le et diaphragmatique.
Restervigilant pour être conscientde cetterespiration
qui se fait, en dehors de la volonté du pratiquant, dans
cette partie bassedu tronc.
Cette respiration agit, dans le corps de l'énergie, sur
des chakras dans lesquels s'accumule une énergie vitale
particulièrement dense, intéressant de ce fait le corps
dense.
Il en résulte une ambiancephysique, sexuelleet matê
rielle. Vous situant consciemment au point source, il s'agit
de vous relier mentalement à cette ambiance et, dans un
état de réceptivité, de percevoir cette ambiance vibratoire
dans sa puissanceet sesqualités.
Il est très important de trouver dans cette région le
centre de gravité du corps que les japonais appellent le
hara. Pratiquement, se situer fermement dans ce centre

-50-
donne une stabilité extraordinaire et on y puise une très
grande puissancevitale.
Dans toutes ces perceptions, il n'y a pas à ctrerdrer à
comprendre ni à raisonner, car Cest waiment en dehors du
mental analytique. C'est uniquement sur le plan vibratoire
que, grâce à vos senssubtils, la liaison étant assuréedans le
sens spectacle-spectateur, l'ambiance vibratoire du
moment présent va s'imprégner dans votre mémoire,
comme le sujet photographié impressionne le film.
Ce n'est pas facile, mais Cest indispensable si vous
voulez pénétrer dans les plans de consciencesubtils et pro-
fonds de votrc être. Pour que votre expérience aille au-delà
d'un acquis intellectuel, pour qu'elle soit une véritable réa-
lisation dans un vécu vibratoire, lequel est seul susceptible
de vous transformer profondément, il faut développer
votre attention, améliorer votre concentration et affiner vos
sens,tout en les développant pour qu'ils ne soient pas limi-
tés à votre co{ps dense.
Observez, à ce propos, la sensibilité extraordinaire
des animaux qui nous entourent tels les dtats, les ctriens,
les chauves-souris, Ies oiseaux migrateurs etc. Et parmi
nous n'y a-t-il pas des humains qui perçoivent, eux aussi,
au-delà du concret auquel est limité la majorité des indivi-
dus ?

2 - Reprendre Ie mouvement du regard intérieur syn-


chronisé avec le déplacement de la conscienceet la respira-
tion. Constater que Ia respiration se fait tout naturellement
sur les trois niveaux respiratoires.C'est la respiration com-
plète.
Sur l'expiration arrêter Ia conscienceet le regard intê
rieur dans le centre du thorax. Iæs y maintenir en restant
conscient de la respiration qui s'y installe. Celleci est une
respiration dite moyenne ou costale.
Cette région est le centrede l'être humain, dans toutes
les traditions. C'est le lotus d'or et aussi l'axe immobile
autour duquel tourne la roue aux symboles multiples.

-51 -
Sur le corps de l'énergie,la respiration costaleagit sur
le chakra cardiaque,lequel est bien au centre des sept prin-
cipaux chakras: trois au-dessusde lui et trois endessous.
Lambiance provoquée par cette respiration moyenne
est très spécifique. Elle est émotive et facilite les états prê
extatiques et extatiques. D'où I'intérêt de pouvoir l'apprê
cier et la contrôler en restant vigilant et objectif.
Que de fois ai-je pu constater, chez des pratiquants
hypersensibles, la tendance à se laisser glisser dans des
états agréables plus ou moins extatiques et se croyant en
état de méditation ! C'est un piège à éviter.
C'est pourquoi je préconise un ordre précis pour, en
occident, faire travailler le débutant en yoga:
a - Respiration basse,pour le ramener dans son centre
de gravité et qu'il retrouve une respiration assouplissant
son diaphragme.
b - Respiration haute pour qu'il prenne conscience,
dans sa tête, du centre de commande.
c - Respiration moyenne, en dernier,lorsqu'il a acquis
un certain contrôle de son corps, de son souffle et de ses
pensées.
Entretemps il a pratiqué les mouvements prélimi-
naires qui l'ont fait respirer de façon complète, pour har-
moniser ces trois niveaux respiratohes en fonction de sa
morphologie et de son tempérament.

3 - Après quelques respirations complètes pratiquées


avec le mouvement du regard intérieur et le déplacement
de la conscience,terminer sur une inspiration en mainte
nant le regard intérieur et la consciencelevés.
La respiration va se stabiliser en haut. C'est une res-
piration sous-claviculaire, donnant l'impression que les
poumons ne sont plus dans la poitrine mais dans la tête. Le
chakra sahasrâra,situé sur la fontanelle au sommet de la
tête, est très sensible. C'est la porte d'entrée de l'énergie
primordiale venant de la source cosmique située au-dessus
de nous, sur l'infini.

-52-
Le cerveau est irrigué en priorité en sang et en éner-
gie et tout ce qui est en-dessousdans le corps est minimisé.
Uambiance est psychique.

Lientraînement consiste ensuite à différencier cestrois


ambiances, sans raisonner, uniquement par réceptivité'
Puis de plus en plus rapidement, en flash, sur chacune
d'elles.
Puis, en restant sur lambiance, situé au point source,
dans un état de passivité réceptive,laisser enregistrer dans
sa mémoire la puissance et les qualités de l'ambiance
observée.
Avec la pratique persévéranteon obtiendra, au stun-
mum, l'identilication avec l'ambiance, lorsque l'observé et
l,observateur ne font plus qu'un. AlorS le subconscientsera
impressionnéde façon indélébile!
C'est exactement de la même façon que notre petite
conscience individuelle peut s'identifier à la conscience
cosmique ! Ce sont ici les premiers pas.
Entraînez-vous et soyez surtout persévérant' Bonne
route.

Exercice20

Définition de l'énergie. Respiration prânique

N'est-ce Pas une Sageure que de vouloir définir


l'énergie ? De même Pour l'électricité qui est une forme
d'énergie.
Pôur cette dernière, certeson sait comment la produi-
re entre deux pôles, I'un négatif et l'autre positif. Quant à la
définir, c'est une autre histoire. Cependant, pour en
prendre conscienceit suffit de mettre un doigt dans une
prise électrique et l'on a la certitude de son existence-
II en est de même Pour prâna. C'est l'énergie vitale
qui nous traverse et qui fait fonctionner notre merveilleuse

-53-
machine humaine. Que de mots, que de phrases, pour
essayer sa.nsgrand succèsde la définir. N'est-il pas plw
simple de la sentir en en prenant consciencelorsqu,on res-
pire?

Dans votre positon assisehabituelle, après avoir obte


nu l'aplomb du corps et le calme du mental, porter l,atten-
tion sur les narines et prendre conscience de l'air qui
pénètre et qui sort alternativement.
Maintenir ainsi l'attention jusqu'à ce que, en oubliant
le corps, cette concentration sur les narines se fasseavec un
minimum d'effort pour disposer d'un maximrun d,atten-
tion afin d'apprécier les sensationsactuellesau niveau des
narines.
Mobiliser le sens de l'odorat, comme on le fait cou-
ramment pour apprécier, par exemple, le parfum d,une
rose en humant. Mobiliser également le sens du tact pour
déceler dans l'air inspiré une certaine densité qui est un
élément caractérisantprâna.
C'est de cette façon qu'on prend conscienceque, dans
l'air que nous respirons il y a non seulement de l,oxygène,
indispensable à la vie pour brtler chimiquement les
déchets,mais de l'énergie qui fait vibrer la matière primor-
diale dont on est constitué et qui est la vie même.
Il faut répéter l'exercice pour développer nos sens
subtils, seuls susceptiblesde nous faire prendre conscience
de prâna. Il n'y a rien à comprendre. Mais simplement exê
cuter et apprécier immédiatement le résultat. Car l,am-
!,iance changerapidement, devenant ptus puissante et qua-
tifiee différemment suivant les modalités d,expression de
l'énergie utilisée,les trois gunas dont nous reparlerons.
On comprend maintenant l'importance du dévelop-
pement des senssubtils, les indriyas en sanscrit,et la néces-
sité d'apprécier les ambiances.
Il faut s'entraîner à sentir la différence, en revenant à
une respiration normale, comme au début de l,exercice,
cest-à-dire sans mobiliser consciemment les sens subtils,

-54-
puis en les mobilisant à nouveau. A chaque drangement de
respiration, on apprécie la différence d'ambiance. C'est
toujours situé au point source, dans un état de réceptivité.
Il a rien à comprendre. Seule la pratiqque répétée de
^'y
l'exercice amène, tôt ou tard, à constater une différence
puis à apprécier, avec de plus en plus de précisiory chaque
ambiance successive.

Lorsqu'on aura acquis la certitude de sentir prâna en


respirant par les deux narines et qu'on appréciera nette
ment la différence entre la respiration normale et la respi-
ration pranique, on bouchera une narine pour respirer de
façon pranique uniquement par I'autre pendant quelques
minutes. On appréciera l'ambiance résultante, et on sera
étonné de sa qualification.
On reprendra immédiatement le même exercice,mais
en bouchant l'autre narine. On pourra alors juger de l'ex-
traordinaire différence d'ambiance résultante, suivant que
l'on respire par la narine droite ou par la narine gauche.
C'est la meilleure démonstration pratique que l'on puisse
avoir de l'existence des différentes modalités d'expression
de l'énergie.
On s'entraînera ensuite à respirer lentement de façon
alternée, puis de plus en plus rapidement, appréciant de
plus en plus facilement la différence.

Exercice21

Les Eois gunas. La respiration polarisée alternée

Nous possédons deux lobes du cerveau. Iæ gauche


commande au côté droit du corps et il est analytique et réa-
liste. [e droit commande au côté gauche du corps et il est
synthétique et intuitif. Nous avons deux yeux et Cest grâce
à leur convergence que nous réalisons le relief des objets
que nous voyons. Nous avons deux bras etc. Nous avons

-55-
deux narines et par la gauctre nous respirons un prâna
négatif, lunaire, dense, froid, qualifié dinertie tandis que
par la droite nous respirons un prâna positif, solaire, Légeg
chaud, sec et dynamisant. Lorsque nous respirons par les
deux narines avec la même intensitÇ sans que l'une d'elles
soit plus ou moins obstruée, un mélange de ces diverses
qualités se réalise.Ainsi se trouvent définis les trois gunas.

Toujours dans la même position assisede votre choix


et après avoir obtenu l'assise correcteet le calme:
Respirer de façon polarisee alternee, Cest placer en
appui sur le front le médius et l'index de la main droite et,
en posant légèrement le pouce de cette main sur la droite
du nez, au niveau du cartilage osseux,inspirer par la nari-
ne gauche. Pendant le temps d'apnée inspiratoire, la main
restant en position, le pouce se dégage du nez, tandis que
l'annulaire se replie pour appuyer légèrement sur la
gauche du nez, au niveau du cartilage et expirer par la nari-
ne droite.
Après l'apnée expiratoire, inspirer par la narine droi-
te. Intervertir la position des doigts en obstruant la narine
droite et en libérant à nouveau la gauche,et expirer par la
narine gauche.
Le pratiquant gaucher,s'il le désire, pourra utiliser la
main gauche au lieu de la droite, mais en commençant tou-
jours à inspirer par la narine gauche.

Tiès vite, dans le yoga de l'énergie,le pratiquant sup-


prime l'emploi des doigts pour obstruer une narine. Il suf-
fit de s'habituer à déplacer la pensee à gauche pour respi-
rer sans difficulté par la narine gauche, sans faire intervenir
la volontÇ et vice versa. C'est ainsi que les mouvemenb
préliminaires s'exécutent, après quelque temps de pra-
tique, en respiration polarisée alternee.A ce stade il y a, de
ce fait, une purification des nâdîs principales qui a pour
conséquenceune purification intégrale du corpJde l'ét er-

-56-
gie. Rappelons ici que les nâdîs sont, dans le corps de
l'énergie, des canaux dans lesquels circule prâna'
Dans les aphorismes de Patanjali on trouve SectionI -
34, commenté par Taimni (La sciencedu yoga) une impor-
tante explication à cç ProPos:

" Si cescanattxne sontpastout à fait clnirset si lescou-


rants deprânan'y circulentpasendoucettr,il en résultediaerses
sortesde troublesneraeux.lls semanifætentprincipalernentpar

té et le mentalcalmeet sansagitation".

C'est bien ce que j'ai pu constatersur moi-même, et


chez de nombreux élèves,par la pratique quotidienne assi-
due de la série des dix-huit mouvements préliminaires.

ment purification intégrale du corps de l'énergie'

Dans le même sûtra, Taimni Poursuit:

"On ne dearait cependantpas considérerces exercices

-5 7 -
aiseà obtenir le contrôlecompletdescourantsde gâna dans Ie
corps."

Il est important de remarquer que Patanjali ne consi-


dère pas cesexercicespréliminaires pour la purification des
nâdîs comme prânâyâma. Il définit prânâyâma dans tr-49
et selon cette définition, htmbala,la cessationde l'inspira-
tion et de l'expiration, est une partie essentielle de prâ-
nâyâma.
Je conclurai, mon expérience personnelle confirmant
ce texte traditionnel, qu'une pratique telle que la série des
dix-huit mouvements préliminaires du yoga de l'énergie
va au-delà des respirations pratiquées couramment. Elle
prépare le terrain chez le pratiquant occidental pour puri-
fier ces canaux subtils qui constituent le corps de l'énergie.
C'est une nécessitési l'on veut sans danger pratiquer le
prânâyâma.
fe transmets dans mes cours une autre image qui
donne une idée claire de ce qui se passechez l'adepte occi-
dental qui désire entrer dans la voie du yoga sanscette prê
paration.
Vous avez pu observer en étÇ dans la montagne, le
torrent presque à sec avec un mince filet d'eau coulant au
fond. Un orage éclate,et soudain l'eau déferle dans le lit du
torrent dont le niveau monte rapidement, entraînant dans
son courant tous les branchages et les détritus qui jon-
chaient, éparpillés,les bas-côtésprécédemment à sec.
N'est-ce pas l'image dans le corps humain de ces
artèreset de cesnâdîs impures ? Un apport subit et inhabi-
tuel de sang et d'énergie ne risquet-il pas de drainer brus-
quement les impuretés de façon intempestive et dangereu-
se? Une brutale élimination, de surcroît surabondantg ne
peut-elle faire craindre des obstructions douloureuses?
C'est pourquoi j'attache une si grande importance à la
pratique quotidienne de cette série de mouvements pour
l'adepte qui veut s'engager sérieusement dans la voie du
yoga.

-58-
Dans la section tr, Taimni donne dans le sttra 49 une
explication très daire de ce qui se passe.
"Quand nous respironsnormalanent,læ courantsyâ-
niquæ suioentleur coursnaturel.Lorsquenousrespîroraaltq-
natiaernentpar une narinepuis par I'autre,Iar flux normalæt
quelquepat dérangé.On pafi comparercet fret à l'écwlmrent
de l'eau dans un tuyau. Lorsquel'eAus'écottledans une direc-
tbn, sansà-cutp ni retnous,de Ia oaseet d'autresdébrispanoent
sedéposerdansIefond sansêtrebeaucoupremu& par Ie passage
de I'eau.Mais si on chercheà contraindreI'eau à alternq dans
deuxdirectionsopposéæ,Ie dqôt æt aussitôtremuéet si on pro-
longeIe mouaementassezlongtemps,letuyau pafi être totale-
ment d4banasséde sesdqôts. C'est ainsi qu'on peut supposer
quela respirationalternéepar lesdanxnarinænettoielæ canaux
prôniques,ou "purifie" lesnâdîscommenousdisons."

Exercice22

La respiration yoguini

Pour se familiariser avec cette respiration il est utile


de pratiquer un mouvement de langue qu'on supprimera
dès que possible.
Inspirer consciemment et lentement par les deux
narines, en sentant prâna et en suivant, par la pensée, son
trajet dans les fossesnasalesjusqu'en haut du palais.
Durant toute cette inspiration, la langue étant placée
au départ la pointe sur le palais supérieur, juste au-dessus
des dents, se replie vers le haut du palais, en contact avec
lui.
Durant l'expiration, la langue revient progressive
ment en sens inverse, à sa position initiale. Suiwe par la
penséel'expulsion de prâna.
Reprendre cette respiration en faisant vibrer prâna,
doucement, sans effort occessif,pour éviter une irritation
de la muqueuse. Uexercicebien fait va, au contraire tonifier

-5 9 -
cette muqueuse. Cette respiration produit un son caractê
ristique, co[une un bruissement d'abeilles.
Pratiquer ainsi à l'inspiration et à l'expiration. C'est
une respiration très dynamisante qu'on emploiera seule
ment à bon escimt.
Elle ne doit pas être confondue avec 'ujjâyi" qui est
pratiquée dans certaines écoles de yoga et dont les effets
sont différents. Dans la respiration yoguini il n:y a pas de
blocage partiel de la glotte couune dans Ujjâyi. La pensée
se dirige au contraire vers le haut, entraînant prâna vers le
centre frontal d'énergie âjnâ, ce qui explique les effets
dynamisants de cette respiration, tant sur le physique que
sur le psychique. Ueffet d'ujjâyi se porte différemment sur
le chakra de la gorge, vishuddha.

Exercice23

Les rythmes respiratoires.

Dans la respiration naturelle, appelée aussi animale,


régie par notre système sympathique, Cest celui-ci qui
règle automatiquement la proportion des temps d'inspira-
tion et d'expiration ainsi que celle des apnées. Ce mer-
veilleux et délicat système,lorsqu'il est en bon état, le fait
admirablement en fonction des besoins de tout notre être.
Le yogî va, en respirant consciemment,intervenir sur
cette proportion ! On comprend l'importance de cet acte
volontaire qui, dans un but louable de transformation plus
rapide, ne doit en aucun cas contrarier brutalement le sys-
tème nerveux.
Si, comme nous venons de l'expliquer, on prend
consciencede prâna en respirant, on peut considérer que
l'on exécutedes prânâyâmas.On prend en effet une certai-
ne quantité de prâna en inspirant et l'on en rejette une
quantité différente en expirant, modifiant ainsi consciem-
ment la proportion d'énergie en soi. C'est ce qui se produit

-60-
dans les rythmes respiratoires. De même lorsqu'on inspire
du prâna par une narine pour en rejeter en expirant par
l'autre, dans la respiration polarisée alternée.
En diffusant la pratique du yoga elr Occident, on a
souvent généralisé le terme de prânâyâma pour ces
diverses respirations rythmées ou alternées.I'ai personnel-
lement toujours été réticent à ce propos et m'en suis expli-
qué à l'occasion, soit verbalement soit par écrit. C'est pour-
quoi je ne manquerai pas de le faire mcore ici. Dans l'en-
seignement du yoga de l'énergîe, j'utoujours réservé "prà-
nâyâma" pour des respirations prâniques dans lesquelles
les temps d'apnées sont plus importants que les temps
d'inspiration et d'expiration. C'est le cas pour le rythme 1-
+24 ( baseune seconde),dont les temps d'apnées sont res-
pectivement quadruple du temps d'inspir et double du
temps d'expir.
La respiration polarisée alternée, pratiqufu sur le
rythme de travail 3-2-5-2,employé dans le yoga de l'éner-
tre, ne présente aucun danger.

A ce propos, il est toujours utile de rappeler que l'en-


traînement de base pour la respiration consiste à respirer
sans effort, en évitant toute crispation, pour allonger le
souffle progressivement. Il faut obtenir une respiration
longue, lente et douce qui n'est possible qu'en réalisant une
détente du corps et un précalme du mental.

Uutilisation des trois gunas permet alors d'envisager


trois catégoriesde rythmes:
1 - rythmes tamasiques,dans lesquels l'expir est plus
long que l'inspir,
2 - rythmes sattviques, dans lesquels l'inspir et l'expir
sont d'égale durée,
3 - rythmes rajasiques,dans lesquels l'inspir est plus
long que l'expir.
Ces respirations rythmees comportent quatre temps,
incluant une apnée inspiratoire et une apnée expiratoire.

-6 1 -
Mais celles-ci sont minimes par rapport aux deux temps
d'inspir et d'expir.

Le rythme de travail utilisé dans le yoga de l,énergie


y compris les mouvements préliminaires, a comme bâse
3"25"2 (" étant le symbole de la seconde).
Rappelons également qu,il est inopportun d,utiliser
un métronome pour s'assurer du temps exact de la secon-
de. Le pratiquant compte mentalement, et si son souffle est
court il ajuste sa respiration avec une ,,petite,, seconde,
alors que lorsque son souffle est lent il allonge ce temps.

-62-
LA NOTION DE PURIFICATION
DANS LE YOGA DE UENERGIE

Avant d'ensemencer son jardin, le jardinier l'a bêché


et a retiré avec soin les liserons et autres mauvaises herbes,
ainsi que les pierres et cailloux susceptiblesd'entraver le
germination et la pousse de sesgraines et de sesplantes.
Il nous faut, nous aussi, préparer notre tenain pour y
recevoir une énergie pure,l'énergie primordiale venant des
sources.
C'est pourquoi nous assouplissons notre corps de
chair pour que l'énergie y circule sansêtre freinée. Nous le
fortifions, le dynamisons, pour que sesorganes résistent à
la pression croissante de cette même énergie que nous sou-
haitons y faire descendre. Car cette énergie prise aux
sources est puissante, qualifiée et d'une grande Pureté.
Alors est-ce suffisant? Et ne devons-nous pas purifier
davantage les circuits empruntés par cette pure énergie?
Les textes sacrés qui nous viennent d'orient nous
informent pourtant de l'importance de cette purification.
Mais je pense que cette notion importante a été souvent
mal interprétée lors de la vulgarisation du yoga en occi-
dent.
Certains enseignants ont pratiqué en priorité les
"kiyas" en favorisant ce côté folklorique et spectaculaire
du yoga, masquant souvent par ailleurs une ignorance de
cette véritable science profonde de l'être humain. Tiois
décenniesaprès, cette interprétation excessiveest périmée,
mais reconnaissonsqu'elle a fait du tort au yoga pour sa
diffusion en occident, comme par ailleurs d'autres excèsà
propos d'ascèsesalimentaires trop rigoureuses et trop sec-
taires.
Et pourtant cette préparation du terrain et cette puri-
fication sont incontestablementnécessaires.
Il est évident que si nous voulons bien fonctionner en
évitant toute usure prématurée, nous ne devons pas nous
alimenter n'importe comment, en mangeant n'importe

-63-
quoi. Il y a des règles d'hygiène alimentaire bien crcnnuesà
respecter: manger ni trop ni trop peu, en fonction de son
âge, de son travail, de sa constitutiory du dimatdans lequel
on vit, etc. Bien mastiquer des aliments frais, variés, dans
une ambiance tranquille.
Mais de ces règles saines et senséesqu'avons-nous
tiré? Des restrictions, des affirmations plus ou moins futiles
et souvent simplistes. Et que de prejuges, que de slogans
publicitaires, que d'hypothèses contradictoires nous
influencent plus ou moins consciemment!
D'autre part, n'est-il pas insensé de ne penser qu'à
cette alimentation toute la journée?
Par ailleurs a-t-on montré suffisamment l'importance
de l'alimentation des autres corps qui nous constituent?
Est-il logique de porter tant d'attention à la nourriture des-
tinee à ce corps physique, et si peu à celle des autres corps
plus subtils ? De nous nourrir de pensées négatives, de
maladie, de peur, de haine, de jalousie? Est-il sensé de
nous plonger conune à plaisir dans des ambiances émo.
tives néfastes,en passant nos soirées à regarder des films
d'épouvante dans lesquels dominent la violence et le
meurtre?
N'est-ce pas là une alimentation réellement néfaste,et
ne pensez-vous pas qu'il faille nourrir votre subconscient
plus sainement?
Pensez-y si vous voulez réellement avancer sur ce
chemin de la libération !
Mais revenons plus précisément à la tedrnique du
yoga de l'énergie et à sesrespirations.

-6 4 -
Exercice24

Les respirations purifiantes

Ces respirations se pratiquent sur le rythme inversé


5.2.3.2.IJexpiration,très spéciale,est une expulsion de l'air
contenu dans les poumons qui se fait brusquement par la
bouche arrondie én "U',les lèvres pousséesen avanfet les
joues creuses.
IJexpulsion de l'air se fait, non pas volontairement,
mais de façon mécaniquepar trois saccadessuccessives,en
marquant un temps d'arrêt du souffle entr€ draque. Ces
arrêts marquent les trois secondes d'expiration dans le
rythme 5.2.3.2.,tout en appuyant les mains de chaque côté
de la cage thoraaiqn", conune sur les deux branches d'un
soufflet à attiser le feu, énergiquement et de haut en bas.

-65-
C'est en position debout, les jambes moyennement
écartéeset légèrement fléchies, qu'on indine le buste vers
l'avant, en expirant complètement, le ventre rcntré, le dia-
phragme remonté. Les bras sont flédris en arceaux, sans
raideur,les doigts rigides pointés sur l'abdomen.
En se redressant lentement, inspirant en 5 secondes,
les doigts rigides tapotent de la base du ventre jusqu'en
haut de la poitrine et de l'axe du buste vers la périphérie.
C'est ainsi que, dans un premier temps, cette respira-
tion active la circulation sanguine dans les vaisseaux san-
guins sous-cutanés, apportant une sensation d'aération
complète. Elle s'explique par une activation de l'oxygéna-
tion du sang au niveau des alvéoles pulmonaires. Elle est
très appréciée,étant à la fois purifiante et stimulante grâce
à son rythme rajasique. Elle est conseillée après l'exécution
de la série des 18 mouvements préliminaires.

Cette purifiante se pratique par les adeptes expéri-


mentés en purifiante alternée, une fois à gauche puis une
fois à droite. Il faut avoir en effet acquis la maîtrise du
corps et celle du souffle.
Porter la bouche latéralement sur la gauche, fermant
ainsi la narine droite. Inspirer en cinq par la narine gauche,
la main gauche étant placee entre pouce et index sur le
flanc gauche du thorax pour sentir le poumon gauche se
remplir. Agir volontairement en pressant la cage thora-
cique de haut en bas pour o<pirer en trois saccadessucces-
sives par la bouche maintenue ouverte sur la gauche.
Exécuter ensuite le même mouvement la main droite
sur le flanc droit du thorax, en inspirant en cinqpar la nari-
ne droite et en expirant en trois par la bouche portée sur le
côté droit.
On acquiert ainsi la maltrise sur chacun des deux
POrUnOnS.

-6 6 -
En position assise, la respiration purifiante est
conseillée après I'exécution d'exercicesrespiratoires et de
prânâyâmas. Elle convient également après la réalisation
d'ambiances subtiles, lorsqu'après être recentré dans le
ventre, on désire retrouver rapidement une ambiance
tonique.
Elle s'exécuteen croisant les bras sur la poitrine,l'ex-
trémité des doigts en contact sur chaque zone sus-marne
lonnaire avec les points de passage de l'énergie dans les
bras.
Lever ensuite les coudes à la hauteur des épaules en
cinq temps. Pendant l'apnée inspiratoire d'une duree de
deux temps, porter la bouche en "U' les joues creuses.Puis
en trois saccadessuccessives,de haut en bas, les coudes
reviennmt abaissésen position de départ et l'expulsion de
l'air se fait ainsi en purifiante, les joues restant creuses.

Dans la série des 18 mouvements préliminaires s'in-


tercale également un mouvement ondulatoire des bras
avec respiration purifiante. Ce merveilleux mouvement
agit d'une façon plus spécifique sur [a circulation de l'éner-
gie dans tout le corps, et plus particulièrement dans les
bras et la ceinturescapulaire.
Il est exécuté debout, s'enchaînant avec les autres
mouvements de la série, et demande un certain entraîne

-6 7 -
ment d'assouplissementdes poignets et des épaules. Il est
de ce fait, physiquement et énergétiquement très impor-
tant, mais difficile à decrire coûune à exécuter. (Consulter
"Yoga de l'Energie" ou "[Jn art de viwe" Ed. I-e Courrier
du Livre. Paris).

Mais cette série elle-même, dans son ensemble, est


purifiante du fait de la respiration polarisée alternée qui se
réalise plus ou moins consciemment suivant le niveau de
l'adepte, dans les flexions-torsions de côté et d'autre.
Tâimni dans "I-a science du yoga"(l) exptique cet
effet merveilleux. fe l'ai longuement cité dans "Les 1.8mou-
vements préliminaires, Danse Cosmiqud' (2).
Ultérieurement nous reviendrons sur la purification
des deux nâdîs principales, idâ et pingalf qui s'effectue à
l'aide de prânâyâmas colorés en utilisant le blanc.

(1) Taimni - La sciencedu yoga. Ed. Adyar. Paris.


(2) R. Clerc - Yoga le l'énergie : I-es 18 mouveûrents préliminaires
Danse Cosmique - Ed. Cariscript.

-6 8 -
CHAPITREN

UART DE RESPIRER
Exercice25

Le prânâyâma

Pour pratiquer le prânâyâma il est nécessaired'avoir


consciencede prâna et de sa polarité en ha et tha.
Pour l'utiliser dans sesnombreusespossibilités il faut
de même avoir consciencede l'anatomie subtile du corps
de l'énergie et de celle du corps du mental.
On conçoit la complexité de cette pratique qui est
d'ailleurs en rapport avec les transformations qu'elle pro-
voque sur tous les plans de l'être humain. Lientraînement
est forcément long et doit être progressif, si possible sous la
direction d'un guide expérimenté.
Son rythme de base qui est de 7".4".2".4" (1 étant
I'inspir et 2 l'expir), comporte des apnéesen plein et en
vide considérables.
Songezqu'en inspirant seulementdurant 4 secondes,
ce qui est court pour une prise de prâna, les apnées sont
déjà de 16 secondes!
Ce qui différencie le rythme respiratoire du prânâyâ-
ma c'est, chez ce dernier, en dehors de la durée importante
des apnées,le rôle vraiment exceptionnel de la pensée.Ce
rôle déjà important dans le prânâyâmaénergétiqueattein-
dra son apogéedans Ie prânâyâmapsychique,dans lequel
l'effet spectaculaireobtenu le sera uniquement par dépla-
cement de la penséeakashique.
Dans ce domaine, peut-être plus qu'ailleurs, on com-
prend la nécessitéd'une progressioninterdisant de brûler
les étapes.Et il faut veiller sans cesseau développement
qui doit se faire en harmonie avec tous les plans.
C'est pourquoi, les deux termes respiration et prâ-
nâyâma n'ont qu'un point commun: la fonction respiratoi-
re. Mais leur rôle respectif, comme leur pratique sont par
ailleurs complètementdifférents.

-70-
Les termes sanscrits sont intraduisibles et donc indis-
pensables.Aussi je demande au lecteur de se familiariser
avec ceux-ci.
'Tttraka", c'est non seulement une inspiratiory mais
aussi une prise conscientede prâna. Cette prise d'énergie
se fait dans un lieu précis. Prâna y est puisé quantitative
ment et qualitativement. Pour cela interviennent la
conscienceavec les indriyas et une volonté qu'il va falloir
doser selon les cas.
'T(umbhâka" se traduit par récipient ou petit pot.
Après le ptraka, Cest une rétention de souffle appelée
"kumbhâka intérieur". C'est durant ce temps que le yogî
transforme le taux vibratoire de prâna modifiant sa puis-
sanceet sa qualité. Tel un alchimiste, le yogî selon ce qu'il
désire obtenir compose le mélange adéquat.
"Réchaka" vient ensuite pou, sur expiration, trans-
porter ce prâna modifié à un endroit prffs dans le but de
le transformer. Ce peut être un centre d'énergie par
exemple.
'1(umbhâka extérieu1' est le quatrième temps du prâ-
nâyâma. C'est une apnéeen vide de souffle, Cest-à-direun
état de grande receptivité qui permet d'apprécier l'effet du
prânâyâma.
On conçoit maintenant l'énorme différence qui existe
entre une respiration et un prânâyâma!
Personnellement, j'aimerais qu'on différencie égale
ment les rythmes respiratoires, qui s'appliquent à des res-
pirations successiveset continues, du prânâyâma qui se
réalise dans des conditions totalement différentes.Que l'on
classeà part les différentes manières de respirer qui s'exê
cutent couramment et ne présentent aucun danger, du prâ-
nâyâma qui, avec d'énormes rétentions de souffle, peut
être dangereux s'il est mal conduit, sans une préparation
importante et des conditions de vie qui ne sont pas tou-
jours possiblesdans le monde moderne en Occident.
Permettez-moi de citer à nouveau les commentaires
de Taimni sur les sûtras de Patanjali dans "I-a sciencedu

-7r-
yoga". Uauteur a parfaitement compris ce réel danger
qu'un grand nombre de professeurs de yoga occidentaux
ont minimisé ou même ignoré.
Section lI-49. - "I-c point important à gardu préwrt à
l'æprit æt celui-ci: non sanlernent htmbhâlu æt I'êlhnentææn-
tiel du réelprânâyâma,maisc'æt aussila sourcedu dangt dans
la pratiquedu prânôyâma.Dèsqu'on commence à retenird'une
façonanormalele souffle,spécialmrmtan inspiratîon,le danger
commence et on nepail jamaissaaoirà quoi il conduira,àmoins
qu'il y ait un instructanrpratiqueet compétuttpour guidr et
corriger le flux de cæ forcessi c'æt nécessire.G) Si on s'y
liwe sanspreparntionet directionconvenables, on oa à cutp sûr
au désastre, et pant êtreà la mort commeut ont fait l'expérience,
à lans dqens,bien desinsenséstémérairæ."
Dans la respiration, le rôle de la penséeva crescendo
de la respiration animale, automatique, où il est nul, à la
respiration consciente, à la respiration volontaire, aux
rythmes respiratoires, aux prânâyâmas énergétiques,colo-
rés, jusqu'au prânâyâma psychique.
Dans ce dernier,la penséeétant le véhicule qui trans-
porte l'énergig son seul déplacement suffit pour agir avec
une puissance insoupçonnée sur les plans les plus subtils,
avec répercussionvers le dense.D'où la nécessitÇpour uti-
liser le prânâyâma, non seulement de connaître, mais de
sentir le corps de l'énergie (prânamaya-kosha),et ensuite
celui du mental (manomaya-kosha).

-72 -
ANAToMTE
succrNcrE DU coRps DEvÉNnncrE

Lianatomie du corps de chair n'a plus de secret à


notre époque, même pour le grand public. Il n'en est pas de
même pour le corps de llénergie. Cela s'explique du fait
qu'il se situe dans un plan de consciencesubtil et qu'il n'est
pas détectable par nos sens humains limités lors par
exemple de la dissection d'un cadawe. Cependant il existe,
de même que le corps du mental qui est encoreplus subtil.
On ne peut cependant nier ni les pensées,ni les émotions,
ni la puissanceénergétique qui meut le tout.
Il y a des millénaires que les hindous conune les chi-
nois ont, de leur côt4 fait un travail d'intériorisation de
l'être humain et acquis une connaissanceprofonde de ces
mécanismessubtils qu'ignorent encorebon nombre de nos
savants.
Cependant, les scientifiques travaillent actuellement
avec des appareils de plus en plus sophistiquésqui laissent
présager la redécouverteplus concrètede cescolps subtils.
Pour l'heure, écoutons ces ancêtres nous décrire le
corps de l'énergie et essayons, en avant-garde de nos
savants modernes, en développant notre attention et nos
sens subtils, de redécouvrir nous-mêmes cette anatomie de
façon sensorielle, dans un vécu vibratoire, sans cherctrer à
comprendre avec notre petit mental analytique limité au
monde de la forme.
A l'image du système nerveux avec ses nerfs et ses
plexus, le corps de l'énergie a ses nâdîs et ses chakras, les
uns et les autres en constanterelation.
Six paires de nâdîs (méridiens bilatéraux) situees
dans les bras et dans les jambes sont des conduits subtils
parcourus par l'énergie ha (yang) et tha (inn).
Deux autres nâdîs plus importantes (vaisseaux mer-
veilleux) montent sur les deux faces avant et arrière du
tronc.

-73-
Trois autres, encore plus importantes 0es trrois nâd1s
principales), montent l'une dans la colonne vertébrale et les
deux autres autour.
Sept chakras principaux se répartissent du sommet
du crâne au bas du tronc dans sa partie antérieure. Chacun
d'eux est en relation, dans le corPsde chair, avec un plexus,
un sinus et une glande endocrine.
Enfin sur la partie postérieure du tronc, sur la colon-
ne vertébrale, se situent une série de "padmas" qui sont
comme des dapets gd, lorsqu'ils sont Percutéspar l'éner-
gie venant de la Source cosmique et conduite par le yogi
font vibrer Ie chakra corresPondant.

-74 -
-75 -
Exercice26

La respiration syncopée

C'est une respiration prânique utilisée pour travailler


sur le corps de l'énergie.
Dans la respiration courante, llinspiration conune
l'expiration sont continues. Dans la respiration syncopée
f inspiration est le plus souvent continue, excepté lorsque
l'on prend l'énergie à deux ou trois sources différentes,
comme nous le verrons ultérieurement.
Mais Cest dans l'expiration que cette manière de faire
est surtout utilisee pour faire vibrer les chakras en chaîne
ou percuter de même leurs padmas.
Dans certaines écoles cette respiration est dite "en
escalier", ce qui est une bonne image.

* En position assise, le corps d'aplomb, le mental


calmé,les paupièresabaissées.
Sesituer au point sourcepuis se concentrersur le cha-
kra frontal, deux travers de doigts en arrière du centre du
front. On se situe ainsi sur le corps de l'énergie, mettant le
corps de chair en arrièreplan.
Diriger la consciencesur le chakra coronal situé sur la
fontanelle un peu en avant du sommet du crâne. Prendre
consciencede l'énergie primordiale qui vient de la Source
cosmique et par laquelle ce chakra est induit.
Inspirer cette énergie de façon continue et expirer en
la conduisant de façon syncopeesur le chakra frontal puis
sur le chakra de la gorge.
Pour cela l'expiration va s'exécuter en deux temps.
Dans un premier temps sur le chakra frontal en déversant
507odu prâna inspiré, et marquant un temps d'arrêt en sus-
pension de souffle. Dans un deuxième temps, sansinspirer,
en déplaçant la consciencevers le chakra de la gorge,conti-
nuer à expirer pour y déverser les autres 50Vode prâna (où
la penséeva, l'énergie va).

-7 6 -
Le processussera toujours le même quel que soit le
nornbre des chakras intéressés. Il faudra bien entendu
répartir l'énergie en conséquence,mais chaque arrêt se fera
en suspensionde souffle, sansinspirer. D'où la nécessitéde
travailler constamment l'allongement du souffle et d'en
acquérir la maîtrise.
Ainsi il sera possiblq avec un entraînement suffisant,
de prendre l'énergie en inspirant sur le chakra coronal, sur
la fontanelle, et de la répartir dans une expiration syncopée
sur les divers chakras jusqu'au chakra racine, au bas du
tronc entre sexeet anus, après avoir descendu six marches
d'escalier,sansinspirer !
Par la pratique, l'expiration syncopéedeviendra plus
facile, plus longue ainsi que les temps d'apnée.Cela vous
permettra d'apprécier I'ambiancemodifiée de chaquecha-
kra.
Pour l'étudiant intéressé par tous ces exercicesje
conseille"[Jn Chemin pour l'ère nouvelle. Le petit Poucet
en marche vers la sérénité", partr en 7992- Ed.Cariscript
Paris ou chez l'auteur.

-7 7 -
Exercice27

La respiration méridienne

Cette respiration est baséesur le fait que la conscien-


ce véhicule prâna, et qu'en conséquenceoù la pensée va
l'énergie va.
Ainsi, déplacer la conscienceen respirant consciem-
ment sur les trajets d'énergie, Cest agir sur cette énergie.
En application d'un autre principe bien connu et
appliqué en acupuncture, conduire l'énergie dans son sens
normal c'est tonifier, et en sensinverse Cest disperser.
De même qu'en inspirant on prend de l'énergie, donc
on la "pompe", on en retire sur le lieu de concentration. A
l'inverse en expirant on apporte de l'énergie.
Il est évident que, dans cette respiration la pensée a
un rôle important. Plus elle est concentrée, plus elle est
puissante.
On peut également, comme dans le prânâyâma colo-
ré que nous étudierons ultérieurement, faire intervenir les
trois gunas en utilisant les couleurs de l'arc-en-ciel. En
visualisant du bleu I'effet sera tamasique, calmant. Si on
visualise du rouge ce sera, à llinverse rajasique, tonifiant,
voire excitant. Quant au vert ce sera le sattva équilibrant.

-7 8-
Bout du nez

Spirituel

Psychique

Physique

Vers la lèvresupérueure

Exercice28

Le triangle des narines

Prâna, pris à sa source cosmique est "LIN", mais il se


différencie dans le monde manifesté, selon les besoins, en
vibrant à des taux de fréquence plus ou moins élevés.
C'est ainsi que, dans l'être humain, il vibre différem-
ment selon les fonctions qu'il doit remplir. C'est là le rôle
attribué aux chakras, dans le corps de l'énergie, de modi-
fier le taux vibratoire de prâna.
Il est évident que le prâna utilisé pour Ia digestion
n'est pas le même que celui qui intervient pour penser et
réfléchir. D'ailleurs les yogîs ont bien différencié cinq sortes
de prâna..prâna,apâna,samâna,udânaet uyâna,et donnant
Ie nom spécifique de aâyaà l'énergie cosmique. Dans cer-
tains cours de yoga, on utilise souventprâna pour désigner
l'énergie montante qui gouverne Ia partie supérieure du
corps,s'échappantvers le haut, et apânacelle descendante
qui va du milieu à la basedu corps et préside aux fonctions
d'excrétion.

-7 9 -

!
rl
Dans le yoga de l'énergie, tout en respectantla tradi-
tion, j'ai préféré du point de vue pratique mettre plutôt
l'accent sur cette fréquence vibratoire de prâna.
Lucien Ferrer m'avait transmis tout un travail sur le
triangle frontal de commandement, dont j'ai exposé une
partie dans de récents ouwages:
"l-ienseignement du yoga de l'énergie, second degré"
(1990)et "Yoga du 3è millénaire,les aphorismesdu yoga de
l'énergie" (1994)Ed. Carisctipt - Paris et chez l'auteur.
Peu de temps avant qu'il nous quitte, je me souviens
de sesderniers conseils: "Vois-ttt, tout cequej'ai fait en yoga
est maintenantà reconsidéreren tenant comptede ce triangle
frontal. Je n'ai plus le ternryde le faire, mais ce seraà toi de te
débrouiller".
C'est ainsi que je fus amené, certain jour béni, à por-
ter mon attention sur le triangle que forment les deux
narines à la basedu nez.
IJanalogie m'apparut. La pointe devait correspondre
au sommet du triangle frontal, lequel commande au spiri-
tuel. Le centre des narines logiquement représenterait les
deux triangles moyens du triangle frontal qui commandent
le psychique et la baseles deux triangles inférieurs agissant
sur le physique. La cloison médiane du nez, à l'image de la
médiane issue du sommet du triangle frontal, devait déter-
miner les deux ambiances de la personnalité: tha (inn) à
gauche et ha (yang) à droite. Iianalogie était parfaite.
Et comme le nez est fait, non pour commander mais
pour respirer, il me vint f idée d'apprécier les différences
d'ambiance en portant successivementl'attention sur ces
trois étages.Eurêka ! C'était simple et merveilleux.
Cela correspondait exactementaux trois étagesrespi-
ratoires bien connus en yoga. fe poursuivis l'expérience en
respirant,l'attention maintenueet la penséeconcentréesur
chacun de ces étagesséparément.f'obtins immédiatement
les ambiances caractéristiquesde chacune de ces respira-
tions.

-80 -
|e me familiarisai un certain temps avec ce travail et je
fus enthousiasmé. Est-ce cette pratique qui développa
davantage mes senssubtils ?
Car, quand je respirais concentré sur la pointe des
narines j'étais immédiatement attiré vers le haut, ma respi-
ration se faisait très fine et je pris conscienceque prâna
vibrait à un taux de fréquence de plus en plus élevé.
Passantalors à l'opposé, ma penséeconcentréesur la base
des narines, je revenais instantanément dans mon corPs
dense et ma respiration se faisait plus forte, prâna vibrant
à un taux de fréquence moins élevé.
C'est ainsi que j'appris à moduler prâna, découwant
par l'expérience, en dehors de tout acquis intellectuel,l'im-
portance capitale de faire vibrer prâna.
N'est-ce pas aussi l'image du violoniste virtuose qui
fait corps avec son violon et son archet pour faire vibrer les
cordes de son instrument de façon magistrale et éblouis-
sante?
Iiimportance du souffle, support de prâna est consi-
dérable ! Lultime réalisation pour tout yogî ne serait-elle
pas de faire vibrer prâna à un taux de fréquence de plus en
plus élevé pour tendre vers la très haute fréquence de la
vibration initale ? Et celle'ci ne serait-elle pas ce que les
hommes appellent de divers noms comme Dieu, le
Suprême, Consciencecosmique ou Conscienceénergie?
Dans ce cas,que de temps perdu à discuter, à chercher
à comprendre, à philosopher !
Nos "Anciens" n'étaient-ils pas plus près de la vérité
avec leurs chants et leurs mantras ? Mais tout ce Parcours
depuis, dans la multiplicité, n'était-il pas fait pour que fina-
lement nous retrouvions l'unité, avec la simplicitÇ dans un
genre de vie à découwir, dans lequel, sortant de notre peti-
te dimension limitée au dense, nous découvrirons le
moyen de faire vibrer prâna en nous pour joindre le
Principe ?

-8 1 -
Exercice29

Respiration superficielle ou osmotique

Comme son nom le suggère, elle est de très faible


amplitude (superficielle), à fleur de peau (osmotique).
Cette respiration caractérise les états prêextatiques
ou extatiques, ou encore les états de méditation.
A l'inverse, la pratiquer consciemment rapproche de
cesétats et perniet d'apprécier la différence entre les modu-
lations de prâna.

S'asseoiret réaliser l'aplomb du corps et le calme du


mental.
Se situer en pensée au point source. Comme le fais-
ceau lumineux d'un phare, faire pivoter le cône de la
consciencedans toutes les directions.
Sentir ainsi successivementle fnrnt, la gorge la poi-
trine, le ventre. Puis la nuque, le dos, les omoplates, la
colonne vertébrale,les lombes,le bas du dos. Pour terminer
sentir l'ensemble de la partie postérieure du corps et
constater que la respiration se fait par les deux narines.
Porter la conscience sur le côté gauche du buste.
Sentir le bras, puis l'ensemble du côté, et constater que la
respiration se fait par la narine gauche.Faire de même sur
le côté droit et constater que la respiration s,effectuepar la
narine droite.
Toujours situé au point source, porter la conscience
sur l'avant du torse. Inspirer longuement,lentement, fine
ment, pendant quelques respirations.
Enfin inspirer longuement, sans crisper, et pendant la
rétention du souffle conduire la consciencehors du cor;ps,
vers le haut, pour expirer.
C'est en fait un prânâyâma, sa.nscompter. On prend,
en inspirant, sur la face antérieure du torse du prâna que
l'on décharge dans l'atmosphère ambiante, en ocpirant.

-82 -
Faire de même successivement sur l'arrière du torse
puis sur les deux côtés.
Répétez cet exercice pour vous familiariser avec ces
respirations. Ainsi vous améliorez le contrôle de votre
souffle et vos senssubtils s'affinent.
Vous aurez très vite f impression d'avoir ôté un vête
ment, successivementsur les quatre côtésdu torse.
Situez-vous maintenant au centre de la poitrine.
Prenez conscience,en spectateur, de la respiration qui se
fait: ça respire.
,, Portez une partie de la consciencesur le mouvement
./global de la cage thoracique. Celle'ci se développe dans
tous les sens.La respiration ne se situe ni en bas ni en haut;
elle est au centre. A l'inspiration la cagethoracique se dila-
te vers la périphérie et à l'expiration elle se rétracte vers le
centre.
Lorsque l'aisance sera obtenue dans l'automatisme,
faites intervenir la volonté avec un minimum d'effort pour
allonger progressivement le souffle. Faites en sorte que les
deux temps d'inspir et d'expir soient d'égale durée, les
rétentions restant au minimum de l'ordre d'une seconde.
C'est une respiration sattvique.
Lorsque votre amplitude respiratoire maximurn sera
atteinte dans l'aisance parfaite, maintenez quelques
minutes cette ambiance agréable.
Puis, sanshâte et dans l'autre sens,r&uisez progres-
sivement le rythme respiratoire jusqu'à ce que llexpir et
l'inspir ne durent qu'une seconde.Prenezvotre temps pour
conserver l'aisance et revenez au besoin en arrière si vous
sentez la moindre crispation. Uaisancedoit être totale.
Portez alors une partie de votre attention sur la péri-
phérie de la cage thoracique. Vous prendrez conscience
d'une respiration de très faible amplitude qui se caractéri-
se, au niveau des pores de la peau, par un léger souffle.
Comme un phénomène d'osmose, à travers la peau, entre
l'atmosphère extérieure et celle intérieure du corps. Mais,
n'est-il pas admis que la peau respire?

-83-
D'où cette appellation de respiration superficielle ou
osmotique.

Pour terminer, pratiquer quatre prânâyâmas succes-


sifs, à l'inverse de ceux exécutés en début d'exercice, pour
recharger en énergie chaque partie du buste. I/inspiration
se fait en prenant prâna dans l'abnosphère à l'extérieur du
corps. La rétention se maintient sur le chakra frontal.
IJexpiration s'exécutem dirigeant la consciencesur l'avant
du buste. Puis pour les trois autres prânâyâmas, successi-
vement sur l'arrière, et sur chaque côté du buste.

-84-
Exercice30

La respiration chakrique

Nous avons vu, dans l'anatomie succincte du corps


de l'énergie, que sept chakrasprincipaux serépartissent du
sommet du crâne au bas du tronc dans sa partie antérieure.
Celui situé au sorunet est particulier. C'est le chakra
coronal ou "lotus aux mille pétales," sahasrâraen sanscrit.
Il n'est pas tributaire des six autres, mais par contre il est
induit par l'énergie primordiale venant de la Source cos-
mique, sur l'infini au-dessusde nous. C'est là sa caractéris-
tique. Il est en fait la porte ouverte par où cette énergie
pénètre en nous, dans le corps de l'énergie.
Il est donc important de ne pas essayerd'agir sur ce
chakra, mais, en détente et dans un état de réceptivitÇ de
nous sensibiliser à percevoir sesvibrations qui décèlent son
activité plus ou moins importante vis à vis de la Source
d' énergie primordiale.
Ainsi, plus nous serons détendu, en respiration
superficielle, et notre concentration maintenue sur ce cha-
kra, plus nous serons conscient de cette énergie qui le
pénètre.

En position assise, trouver l'aplomb du corps et le


calme du mental.
Situé au point source,diriger la consciencesut sahas-
râra. En respiration superficielle, apprtrer sesvibrations et
sa liaison avec la SourceCosmique.
Diriger la consciencesur le chakra frontal, âjnâ, deux
travers de doigts en arrière du centre du front Assurer la
liaison âjnâ-point source en respirant doucement de façon
prâniquq par les deux narines. Sentir la différence sur âjnâ
entre l'inspir et l'expir. thabituer à sentir la pulsation du
chakra qui bat au rythme de la respiration.

-85-
En respirant finement de façon prânique, allonger
progressivement le souffle.
Dans l'aisance, obtenir le maximum d'expansion.
Puis, en sens inverse, progressivement revenir à un rythme
respiratoire très réduit pour rester en respiration superfi-
cielle. Dans le sens chakra-point source,en état de recepti-
vité, apprécier le souffle venant du chakra. Apprécier ainsi
son ambiance qui s'enregistredans votre mémoire.

Porter maintenant votre conscience sur sahasrâra.


Sentir l'énergie qui fait vibrer ce chakra. Inspirer pour y
puiser une certaine quantité de prâna (pûraka) que vous
maintenez quelques secondesau point source (kumbhâka
intérieur). Puis expirer (réchaka)sur âjnâ en percutant son
centre (principe de l'ambiance). Apprécier la nouvelle
ambiancequi est plus puissanteet plus qualifiee que la prê
cédente. Continuer à respirer pendant quelques minutes,
de façon prânique, en faisant ainsi vibrer âjnâ. C'est la res-
piration chakrique, à exécuter sur les six chakras, d'âjnâ à
mûlâdhâra pour les faire vibrer.
Pour terminer, sur chacun d'eux apprécier en respira-
tion superficielle et en état de réceptivitÇ Cest-à-dire dans
le sens du chakra vers vous, le spectateur situé au point
source, l'ambiance du chakra qui s'exprime dans un
souffle. Iæ souffle froid de mûlâdhâra est, par exemple, très
caractéristique.

- 86-
Exercice31

Le prânâyâma énergétique

f'ai attiré précédemment l'attention du lecteur sur le


danger des rétentions de souffle prolongées qui caractéri-
sent le wai prânâyâma, lequel est pratiqué sur le rythme
"1,.4.2.4.
en prenant crrmme base le temps du ptraka d'une
durée d'une seconde.
Un ptraka de quatre secondes, c'est relativement
court pour inspirer, mais il engendre des kumbhâkas de 16
secondes,qui sont déjà considérablespour un pratiquant
qui n'a pas subi un entraînement spécial et réalisé déjà un
contrôle de son souffle.
Si vous envisagezd'inspirer en 6 ou 8 secondes,ce qui
est dans vos possibilités actuelles, cela vous entraùre à rete
nir votre souffle 24ou32 secondes.Pensez-vouspouvoir le
faire avec facilité, sans bloquer ce souffle, ni entralner la
moindre crispation en vous ?
Uentraînement nécessaire,auquel il faut s'astreindre
est spécial. Il exige un instructeur qualifiÇ Cest-à-dire pas
seulement un professeur qui a lu de nombreux livres sur le
prânâyâma, mais un enseignant qui a expérimenté cette
technique durant de longues années.Ce maître doit vous
transmettre un état de calme profond et une sensibilité sub
tile qu'il a réalisés sur lui-même, pour pouvoir vous faire
pratiquer ce prânâyâma sans danger.
Le danger étant dans ces rétentions prolongées, je me
suis demandé si on ne pourrait pas les réduine pour débu-
ter dans cette pratique, afin que l'adepte occidental puisse,
très progressivement,fès "sagemenf',les doser à sa mesu-
re.
Il s'agirait évidemment de garder, par ailleurs, tout ce
qui caractérisecette technique puissamment transformatri-
ce. C'est-à-dire obtenir, d'une part, non seulement le
contrôle du souffle mais celui de la pensée, cette dernière
prenant une grande importance dans la technique. D'autre

-8 7 -
part, de se familiariser avec le rôle précis des quatrretemps
qui le composent, différenciant le prânâyâma d'une respi-
ration ordinaire. Cela nécessite un développement de la
sensibilité et de la concentration.
C'est ce que j'ai expérimenté sur moi-même depuis
trois décennieset observé sur de nombreux élèves.f'en ai
tiré les condusions suivantes:

- Il me pâraît indispensable de définir avec plus de


précision le terme "prânâyâma" que l'on emploie à tout
propos en Occident.
Le lecteur attentif remarquera que je me suis abstenu
de le mettre sur la couverture de ce livre.
- Classer dans une catégorie: les respirations pre
fondes, cellesexécutéesavec le Sand geste,lesrespirations
rythmées, cellesexécutéesavec une narine puis l'autre, ou
encore alternativement par une narine et par l'autre, qui
peuvent être considéreescomme prânâyâmas si l'on respi-
re de façon prânique, mais avec des apnées de courte
durée, de l'ordre de quelques secondes.
Bien exécutées, toutes ces respirations sont bénê
fiques et ne présentent aucun danger.
- Classer dans une autre catégorie le prânâyâma exê
cuté sur le rythme 7.4.2.4.avec des apneesquadruples du
pûraka.
Les professeurs occidentaux sortis des écoles de for-
mation ne doivent pas s'illusionner, pour la majorité
d'entre eux, sur leur capacitéd'enseigner ce prânâyâma. ]e
parle des ecoles sérieuses,qui admettent des postulants
ayant déjà pratiqué le yoga durant trois années au mini-
mum avec un professeur qualifié. Dans ces écoles de for-
mation, ils étudient et pratiquent le hatha-yoga pendant
quatre années consécutives, avant de pouvoir enseignen
après des tests de fin d'études qui doivent être conduants.

-88-
Les futurs enseignants du yoga qui sortent, avec la
consécration de l'école, sont parfaitement qualifiés pour
enseignerle hatha-yogadans le grand public.
Sont-ils pour autant qualifiés pour enseigner le prâ_
nâyâma sur le rythme 1,.4.2.4? Sauf quelquesexceptioni,je
ne le crois pas.
C'est cette mise au point que je crois nécessaire.Il fau-
drait un deuxième examen phrs spécialisé sur cette pra-
t" pour juger du postuluni, ,,on pas sur sa connaissance
{t
théorique de ce prânâyâma, mais bi,enpour sesréarisations
dans ce domaine.
Mais un autre problème se poserait alors aux organi_
sateurs. Celui de trouver les membres du
lury qualifiés
pour juger de cette compétence.....

J'espèreque mes nombreux collèguesque j,aime bien,


tiendront pas rigueur de ma franchisà. Mais ce pro-
.": ^"
blème grave existe, et il faut le connaître pour éviter à de
nombreux adeptesdu yoga en occident dè tomber dans ce
piège prometteur d'éveil de kundalinî.

- Ie crois par contre en la possibilité d,enseigner un


prânâyâma qui sera si vous voulez l,admettre seùement
une approche du vrai, mais sansdanger pour l,adepte occi_
Il préparera celui-ci, sansheurt, au wai prar,aya^".
*1"J.
Cela lui demandera le temps nécessaire,plui ou moins
long suivant le cas. Ce pourra être de qrr"iq,r", annéesà
plusieurs décennies.ou encore le parcô*r au toute une
vie; mais celle'ci en serapetit à petii transformée.Elle sera
ioyeuse et toujours pleine de promesses.Voyons comment
faire.

-8 9 -
Assis en posture correcte de son choix. Entrecroiser
les doigts et réunir pouce et index de chaque main sur le
bord unguéal, formant ainsi deux "U' se touchant. Tourner
les paumes vers le haut, comme pour soutenir le ventre, le
dos des mains posé sur le haut des cuisses.Cette position
des bras dégage les côtés de la cage thoracique et est
conseilléepour Ie prânâyâma. Après avoir trouvé l'aplomb
du corps et calmé le mental,les paupières étant doses, pra-
tiquer le mouvement du regard intérieur en déplaçant la
conscience,les deux synchronisésavec la respiration.
Situé au point source, se relier à l'ambiance frontale
pour, en état de réceptivité, apprécier cette ambiance et
qu'elle s'enregistredans la mémoire.
Le prânâyâma énergétique consiste à prendre, à
"pomper", de l'énergie dans un pûraka et cela de façon
consciente,pour la transporter dans un lieu précis (organe,
chakra, sur soi ou à l'extérieur de soi) pour dynamiser.
Or l'énergie est partout. On peut la prendre dans
l'ambiance externe, autour de soi. Mais on peut aussi la
puiser à sa source,sur l'infini au-dessusde soi. C'est l'éner-
gie primordiale puisée à la SourceCosmique. Elle a évi-
demment une puissanceet des qualités différentes de celle

-9 0 -
que nous respirons habituellement. C'est une question de
taux de fréquence vibratoire.
Il est normal que l'on soit sceptique à l'énoncé d'un
tel principe et d'un processus aussi extraordinaire. Il
dépasseen effet la compréhension,limitee au monde de la
forme, de notre mental analytique et discursif.
Ce n'est que par la pratique d'un enseignementpro-
gressif développant les sens subtils et élargissant ainsi la
conscience,qu'il est possible de vivre soi-même cette expê
rience.
Donc, au-delà de tout préjugé et même de toute ima-
gination, Cest à une expérience dans un vécu personnel
que je convie le lecteur de ceslignes.C'est à la fois simple
et pas facile puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, d'une trans-
formation évolutive de toutes nos cellules, sur tous les
plans. Il faut qu'elles se mettent progressivementà l'unis-
son de cesdivers plans subtils, sur la même longueur d'on-
de que chacun d'eux.
Ainsi il devient possible, tout naturellement, sans
effort et instantanément,de différencier l'ambiance externe
de l'ambiance interne en soi, l'ambiance tamasique d'une
visualisation lunaire de celle rajasique d'une visualisation
solaire. De même pour les ambiancescombien différentes
entre la ville, la campagne,lamer,la montagneet la plaine.
Et pourquoi pas ensuite différencier, en qualité et en puis-
sance, le prâna que nous respirons dans l'ambiance qui
nous entoure, de celui que nous puisons dans un prânâyâ-
ma énergétique,en maintenant notre conscience,durant le
pûraka, sur l'infini au-dessusde notre tête, où se situe la
SourceCréatrice.
Voilà ce qui caractérisele prânâyâma énergétique à
l'aide duquel on transporte consciemment prâna d'un
endroit à un autre, en utilisant le souffle. Dans cette respi-
ration les poumons jouent un rôle important, et c'est là
qu'un rythme respiratoire avec des apnéesde longue durée
accentuela puissancede prâna, mais présenteincontesta-
blement des dangers.

-9 1 -
fe propose, dans le yoga de l'énergie, eue l'adepte
s'entraîne à ce prânâyâma en laissant le rythme en second
plan. Qu'il s'entraîne tout d'abord à allonger son souffle, à
développer sa concentration,en ne s'imposant aucun ryth-
me précis. Mais progressivement,sanscompteç qu'il allon-
ge l'expir par rapport à l'inspir et sans aucune eigence,
dans la facilit4 qu'il reste en suspensionde souffle selon ce
qu'il ressent.Cela doit toujours être agréableet exempt de
toute crispation.
Ce n'est que lorsqu'il aura assimilé ce prânâyâma, de
cette façon, qu'il pourra ajouter le rythme 1.4.2.4.,toujours
prudemment et selon sespossibilités, sansexigenceintem-
pestive.

-92 -
Exercice32

Le prânâyâma coloré

Il utilise les trois modalités d'expression de l'énergie


(les trois gunas) en visualisant les couleurs de l'arc-en-ciel.
Violet, indigo, bleu, sont des couleurs froides, tamasiques.
|aune, orangé, rouge, sont des couleurs chaudes, raja-
siques. Le vert est une couleur intermédiaire, satWique,
équilibrante, reposante.
La visualisation de la couleur droisie se fait durant le
temps d'apnée inspiratoire, Cest-à-dire le kumbâka intê
rieur. Pour réussir il faut être dans un état de réceptivitÇ
excluant toute crispation. Ainsi la couleur imprègne le
prâna inspiré dans le priraka, modifiant son taux de frê
quence vibratoire.
Il est évident que la maîtrise du souffle est nécessaire
pour maintenir l'apnée sans crispation, et que la concen-
tration doit être suffisamment développee, tant pour être
conscient de prâna que pour maintenir simultanément la
visualisation de la couleur.
Dans cette réalisation,la respiration devient plus sub
tile. Les éléments psychiques deviennent dominants par
rapport aux élémentsphysiques. Le rôle de la penséeet des
sens subtils grandit, tandis que celui des poumons s'ame
nuise.
Cette pratique gymnastique la conscience qui se
développe au-delà du concreÇvers le sans-forme.

-93-
Exercice33.

Le prânâyâma psychique

C'est dans ce prânâyâma que I'activité physique est


minimum et l'activité psychique maximum.
C'est la charnière entre le dense, la forme, et le très
subtil, le sans-forme.
On comprend ici l'importance de corunencer par sta-
biliser et détendre le corps. Pour pouvoir oublier et trans-
cender ce corps de chair il faut améliorer s:rnscessela pos-
ture assise correcte, de façon rigoureuse, pour obtenir l'
équilibre et llaplomb de ce corps. C'est une condition indis-
pensable.
La respiration joue ensuite son rôle, non moins
important, pour calmer le mental.
C'est le lâcher-prise,réalisé sur tous les plans, de plus
en plus profondément, qui permet à la respiration de deve
nir fine et légère. Dans le prânâyâma psychique la respira-
tion est superficielle, à l'instar de ce qui se passe dans la
méditation ou lorsque l'esprit est accaparé par un sujet
intéressant, ou encore lorsqu'une émotion vous "coupe le
souffle".
Le rôle de la pensée et de sa concentration est alors
majeur. Et Cest la conscience,que la volonté déplace, qui
transporte la penséechargeede prâna; un prâna que le prâ-
nâyâma a pour but de transformer en cours de route.
Tè1est le rôle du prânâyâma psychique qui agit alors
sur les plans de consciencesubtils, lesquels réagissentsur
le corps dense par l'intermédiaire du corps de l'énergie.
La puissance d'un tel prânâyâma, bien que considê
rable, est méconnue. Seuls ceux qui s'en servent mesurent
cette puissanceet cette efficacité.
On comprend pourquoi il ne faut pas, dans ces tech-
niques de transformation, brûler les étapes et qu'il est
indispensablede suivre les conseilsde guides qualifiés.

-94-
Car cette force est à double tranchant. Arrivé à ce
stade, le"disciple" ne peut se permettre aucune pensée
négative, ni pour lui-même ni pour les autres. Car il a
acquis une force de destruction impressionnante aussi bien
pour lui-même que pour les autres. Ueffet est immédiate-
ment bénéfique ou maléfique suivant que cette pensée est
chargeepositivement ou négativement.
On comprend maintenantbeaucouP mieux la nécessi-
té des purifications " yama et niyama", au début des yoga-
sûtra de Patanjali.
Or la diffusion du yoga en Occident dans le grand
public a surtout considéré le yoga corune une discipline
corporelle, négligeant ces principes de base cependant
essentiels.
C'est pourquoi, dans mon dernier ouvrage 'Yoga du
3ème millénaire; les aphorismesdu yoga de l'énergie",i'ù
cnr bon de faire une synthèse du yoga de l'énergie Pour
faire mieux connaître ce hatha-yoga spécifique, mais aussi
de revenir sur l'esprit qui doit présidenà toute pratique du
yoga.f'ai désiré mettre cesrègles,pêu apprécieesdu grand
public, à la portee d'un plus grand nombre sans auctrne
intention de plagier Patanjali ! j'ai essayéde les rédiger en
tenant compte de I'esprit actuel, réticent à toute morale. |'ai
choisi un langage clair et simple pour tous ceux qui n'ont
auqlne connaissancedu sanscrit. Or ce Petit liwe connait
un très grand succès,qui prouve sans nul doute qu'il était
nécessaire.
Le prânâyâma psychique est principalement utilisé
pour prendre l'énergie à sa source et la conduire dans un
circuit primaire pour alimenter, dans le corps de l'énergie,
les chakras situés dans la partie antérieure du torse par l'in-
termédiaire de leurs padmas respectifs situé sur la partie
postérieure.

-9 5 -
Exercice34.

Circuit primafue et circuit secondaire

Pour la compréhension de ces deruc circuits, il est


nécessaire de revoir quelques éléments de la circulation
énergétique dans le corps de l'énergie décrits précédem-
ment dans l'exercice no 25.
Précisonsque le terme "primaire" est pris ici dans le
sensde "premier" dans le temps, qui est le plus ancien, qui
apparaît avant, qui est au début, initialement. Il est indis-
pensable d'éliminer le senspéjoratif de "simpliste" qui lui
est attribué dans certains cas.
C'est en effet ce circuit d'énergie primordiale que
nous utilisons en puisant prâna à la Source Cosmique sur
finfini au-dessus de nous, pour le faire descendre et circu-
ler en nous dans cette anatomie subtile du corps de l'éner-
gie. Le prânâyâma utilisé est alors un prânâyâma psy-
chique.
Le pûraka s'exécutesur la totalité de la Sourceou sur
l'un ou l'auEe des éléments qui la constituent: source
lunaire ou source solaire. I/énergie puisee vibre à un taux
de fréquence des plus élevés pour descendre dans le corps
dense. Elle entre dans l'être humain par sahasrâra,percu-
tant ensuite chaque chakra par l'intermédiaire de son
padma. Chacun de ces chakras tourne pour transformer la
fréquence vibratoire de prâna, de haut en bas, d'âjnâ vers
mûlâdhâra.
C'est uniquement par déplacement de la conscience,
la penséevéhiculant l'énergte, que s'exécutece prânâyâma.
Le kumbhâka intérieur est maintenu sur sahasrâra.Le
réchaka syncopé se fait en marquant un temps d'arrêt sur
chaque padma en le percutant. En rétention de souffle, la
penséesuit alors le trajet des nadicules qui relient le chakra
à son padma. Iæ nombre de ces nadicules varie suivant
chaque chakra pour transformer le taux de fréquence
vibratoire de prâna de façon spécifique.

-9 6-
Le kumbhâka extérieur se fait en remontant sur le
devant de mûlâdhâra à âjnâ, en appréciant l'effet du prâ-
nâyâma sur chaque chakra.
Il est bien évident que seul le prânâyâma psydrique
permet d'exécuter un tel parcours.
Le prânâyâma énergétique et le prânâyâma coloré
prennent le relais pour agir sur le corps dense par l'inter-
médiaire des nâdîs principales, des vaisseauxmerveilleux,
des méridiens dans les membres; pour poursuiwe du sub
til vers le dense.
C'est Ie circuit secondaire dans lequel progressive-
ment le rôle primordial de la penséediminue au profit des
poumons qui retrouvent leur fonction vitale, matérielle.
Vice versa, l'utilisation de ce circuit secondairenous
emmènera du dense vers le subtil.

-9 7 -
Exercice35

Respiration barattée: les crosses

La crosse,d'après le "Dictionnaire des symboles"(3)


est symbole de foi. Elle signifie la puissancecélesteouver-
te sur la terre; la communication des biens divins, le pou-
voir de créer et recréer des êtres.
La crossesymbolise aussi le phallus qui est: "symbole
de Ia puissancegénératrice,sourceet canaldela semence,en tant
queprincipeactif (..) signifiesimplement génératri-
lapuissance
ce qui, souscetteforme est aénéréedans de nombransæreli-
gions."
Dans notre technique du yoga de l'énergie,les crosses
conservent ce symbolisme avec une application concrète
énergétique. S'ajoute à la signification du phallus "symbo-
le de la puissancegénératrice,source et canal de la semen-
ce" le symbole de "la puissancecélesteouverte sur la terre;
la communication des biens divins".
La crosse, comme nous l'utilisons, est constituée
d'une hampe qui se termine en s'enroulant trois fois.

* Dans la pratique respiratoire,la consciencese dépla-


ce dans un premier temps, de la narine gauchele long de la
ligne médiane du corps,légèrementà gaucherpour enrou-
ler la crosseen trois temps simultanément avec un mouve
ment tournant du ventre dans sa partie gauche.Prâna ainsi
inspiré par la narine gauche est transporté dans l'abdomen
où le mouvement de crosseaccentuesa puissance.
Dans un deuxième temps, l'inspiration se fait par la
narine droite, et la crosses'enroule dans le vmtre, à droite

(3) Dictionnaire des symboles - Iean Chevalier et Alain Gheerbrant -


Ed. R. Laffont.

-9 9 -
avec un mouvement tournant de ce dernier, également sur
la droite.
Enfin dans un troisième temps, l'inspiration se fait
par les deux narines, la consciencedirigeant l'énergie des
narines dans le dos, de haut en bas (hampe de la crosse),la
crossese faisant cette fois dans le plan sagittal.

Les deux crossesgauche et droite ont été précédem'


ment exécutéesdans le plan frontal. Ceci constitue llinspi-
ration en trois temps de la respiration barattée: l/3 par la
narine gauche, 1/3 par la narine droite, 1/3 par les deux
narines.
La respiration barattée qui accentuela puissance de
prâna intéresse particulièrement les parties génitales.
Toutesles civilisations antiques ont mis en évidence le côté
divin de la procréation. Aussi cette respiration a pour
conséquenced'augmenter la puissancevibratoire de prâna
pour ensuite le sublimer et qu'il soit susceptible de nous
mettre sur la même longueur d'onde que l'Ambiance
Créatrice.
C'est le véritable esprit du Tantrisme bien compris.
Utiliser la puissance de cette force créatrice,non pas à des
buts de jouissance personnelle et matérielle, mais bien à
des fins d'élévation spirituelle pour rejoindre le Divin.
Comme chacun le sait, la baratte est une machine à
battre le lait pour en extraire le beurre.

* Dans la respiration barattée, l'énergie prise aux


sourcesdifférenciéeslunaire à gaucheet solaire à droite, est
conduite dans l'abdomen. Par un mouvement tournant du
ventre, ces deux énergies (- et +; vont se mélanger.
Iiénergie Ha-Tha ainsi reconstituéeseraensuite reconduite
à sa source, sur l'infini au-dessusde la tête. Ainsi sera réa-
lisé le cycledescendant,de la matérialisationdu subtil vers
le dense,et de Ia sublimation du densevers le subtil. C'est
pendant le temps de rétention poumons pleins que s'ex&
cute ce mouvement du ventre pour baratter cesdeux éner-

-100 -
gies. Il se fait obligatoirement dans un sensprécis; celui du
mouvement péristaltique des intestins.

La consciencese déplace en montant sur la droite de


l'abdomen, passe latéralement de droite à gauche pour
descendresur la gauche,puis revient en bas à droite.
Elle entraîne un mouvement physique, qui au départ
est assezanguleux, pour obtenir une translation en haut de
droite à gauche et en bas de gauche à droite.
Avec l'entraînement ce mouvement s'assouplit et le
rectangle se transforme en un cercle ayant Pour centre le
nombril.
Le mouvement tout d'abord très physique deviendra
par la suite plus mental, atteignant ainsi en profondeur les
plans de conscienceplus subtils. Mais, là encore,il ne faut
surtout pas vouloir brûler les étapes. Ce n'est qu'après
avoir acquis un certain automatisme sur le dense qu'il est
possibled'aller vers le subtil.

* Ainsi je recommande,pour commencer,de s'entraî-


ner à baratter non pas en apnée inspiratoire mais en respi-
rant. Inspirer par la narine droite en montant à droite.
Passerpendant la rétention de droite à gauche.Expirer par
la narine gauche en descendantsur la gauche.En vide de
souffle passerde gaucheà droite, etc.

Lorsque le mouvement abdominal est réalisé avec


souplesseet aisément,faire une inspiration en deux temps,
Ia consciencesituée aux narines: un demi à gauche et un
demi à droite. Ainsi consciemmentles deux prânas lunaire
et solairesont dirigés à droite du ventre,en bas,Pour réali-
ser le mouvement de baratte durant la rétention du souffle
en comptant trois tours. Le dernier se termine en montant
sur la droite.
IJexpiration se fait ensuitepar les deux narines,puis-
samment, en descendant pour percuter le chakra racine,
mûlâdhâra.

-1 0 1 -
Réaliser séparémentcet entraînement jusqu'à obtenir
l'automatisme et la souplessenécessaires.

* Lorsque les éléments qui constituent cefte respira-


tion barattée ont été travaillés séparément,pour être assi.
milés et ne nécessiter aucun effort de remémoration en
ayant acquis un relatif automatisme, son exécution se fait
par le prânâyâmasuivant:

Pûraka.Prise d'énergie dans une inspiration syncopée


en trois, la penséeportée aux sourcessur l'infini:
- 7/Z lunaire, par la narine gauche en exécutant
simultanément la crossegauche du ventre,la penséemain-
tenue sur la gauche du sexe(testicule ou ovaire),
- 1/g solaire, par la narine droite, en exécutant simul-
tanément la crosse droite du ventre, la pensée maintenue
sur la droite du sexe(testicule ou ovaire),
- 1/3 par les deux narines,mélange lunaire'solaire, en
descendant en arrière du buste et en remontant sur le
devant, dans le plan sagittal, la penséeenglobant tout le
sexe.

Kumbhâkaintérieur.Se fait en rétention de souffle, en


barattant les énergies en mouvant le ventre durant trois
tours et en prononçant mentalementle mantra: OM MANI
PADMEHUM.Le HUM se termine en haut à droite.

Réchaka.Se fait en expirant par les deux narines, la


pensée conduisant l'énergie sur mûlâdhâra pour percuter
ce chakra en prononçant mentalement le mantra LAM !

Il est évident qu'une telle respiration a des effets


extraordinaires du fait de la puissanceet des diverses qua-
lités pouvant être accumuléesdans le prâna puisé aux
sources d'une part et de l'imagerie mentale utilisée sur le
sexe d'autre part, ainsi que des mantras prononcés menta-
lement. Le tout agit en effet profondément sur les plans

-r02-
t'
I

subtils. Au fur et à mesure que l'adepte progresse dans la


relaxation comme dans la concentration,le développement
des sens subtils et la maîtrise du souffle, une telle respira-
tion, on le conçoit, aboutit à une transformation réelle et
durable de tout l'organisme,sur tous les plans.

-r03-
Exercice36

Les respirations : tamasique, raiasique, sattvique


(Polarisation de l'énergie par les trois gunas)

Nous avons vu précédemment, dans l'exero,ce 2'1,,


l'utilisation des trois modalités d'expression de l'énergie
que I'on nomme les trois gunas en sanscrit.
La théorie des trois gunas est fondamentale dans la
pensée indienne. Elle permet une dassification tripartite
appliquée à bien des choses,comme par exemple les trois
âges de la vie. Dans la nature on observe ce chiffre cou-
ramment. Uarbre a sesracines, son tronc et sa ramure. On
taille les arbres fruitiers en espalier et les rosiers au troisiè
me æil, etc. Chez l'être humain: le corps, l'esprit et l'âme,
les trois étages du visage avec le haut (vie intellective), le
milieu (vie affective), le bas (vie instinctive). Chaque
membre a trois parties. Le membre inférieur comprend la
cuisse,Ia jambe, le pied. Ce dernier est composé du tarse,
du métatarse, et des orteils comprenant eux-mêmes trois
phalanges,exception faite du gros orteil. Le membre supê
rieur comprend le bras, l'avant-bras et la main. Celle'ci est
composéedu poignet, de la paume et des doigts. Ceux-ci,
comme le pied comprennent trois phalanges et le pouce
qui, apparemment n'a que deux phalanges corune le gros
orteil du pied en a en réalité une troisième insérée dans la
paume. Tout ceci est bien connu et utilisé en morphopsy-
chologie. Les exemplespar ailleurs sont innombrables dans
la nature.
Mais le langage que nous tiendrons à ce sujet serauni-
quement à propos de l'énergie.

Les trois gunas en énergétiquesont représentéspar le


fléau d'une balance avec ses deux plateaux accrochéspar
des chaînes à chaque extrémité. Lorsque celui de gauche
descend, celui de droite monte et le fléau s'incline vers la
gauche.

-104-
A gauche, Cest la représentation de TAMAT force
d'inertie, condensatrice, créatrice, qui matérialise, qui
donne forme au sans forme. C'est aussi Ia matrice,le fémi-
nin,la réceptivité.
A droitg CestItAfAS,force active, sublimatrice, qui de
la forme, de la matière, retourne au subtil, au sÉrnsforme.
C'est aussi l'image du phallus,le masculin,l'émission.
Le tamas est inn, négatif,lunaire, froid et humide. Le
rajas est yang, positif, solaire, chaud et sec.
Mais cesdeux forces opposéessont en réalité compl6
mentaires. C'est Ia nuit et le jour, Cest la femme et l'hom-
me. En réalité rien n'est complètement inn ou yang. Dans
chaque homme il y a une proportion féminine et dans
chaque femme une proportion masculine. Les proportions
différentes font qu'il y a des hommes efféminés et des
femmes viragos !
SATWAest Ie troisième gunas. C'est lorsque le fléau
de la balanceest horizontal. Il ne penche ni d'un côté, ni de
l'autre. Les deux forces sont en équilibre. Cependant cet
état est constamment relatif et instable. Il est pourtant celui
recherché par tous les yogins. I- adepte en approche dans
les états de méditation, mais en réalité la cessationde vie
paraît être le seul moyen de réaliser un état sattvique per-
manent et encore... avant la décomposition du corps de
chair !

fe penseque nous pouvons, par la pratique d'un yoga


bien conduit, réduire ces brusques changements du haut
vers le bas et vice versa. Il est possible d'obtenir dans un
lâcher-prise profond, le calme et l'équanimité, nous rap-
prochant ainsi d'un équilibre qui sera toujours relatif, mais
suffisant pour viwe harmonieusement dans la joie en nous
laissant pénétrer d'Amour.

Prenons un autre schéma représentant tout rythme.


C'est une ligne horizontale sur laquelle nous traçons une
sinusoide dont les hauts et les bas s'équilibrent de chaque

-105-
côté de cette horizontale en la coupant. Au-dessus Cest
rajas, en-dessousc'est tamas et la ligne ellemême symboli-
se sattva.
Or tout est rythmÇ autour de nous et en nous, avec
des fréquencesdifférentes et multiples. Même ce qui paraît
inerte à nos senshumains limités vibre. Cela nous est révê
lé par les appareils scientifiques modernes. Quelle com-
plexité, mais aussi quelle merveille !
Le yoga de l'énergie s'emploie à utiliser ces trois
gunas de façon efficiente. Respectercesrythmes dans notre
comportement quotidien est indispensable. Savoir dépen-
ser son énergie à bon escient dans les périodes yang, et
recharger nos batteries vides durant les périodes inn, Cest
logique et Cest faire preuve de bon sens.C'est aussi deve
nir plus efficient.
De plus, Ie yoga bien conçu et bien conduit doit cou-
per les pointes, qu'elles soient rajasiques ou tamasiques,
pour tendre vers le sattva, vers la ligne horizontale. Avez-
vous remarqué, en effet, que plus une joie est violente, plus
la déception qui lui succèdegénéralement est douloureu-
se? Pourtant on les recherchecesjoies débordantes! Certes,
il n'est pas question de cultiver la tristesse.Mais il y a des
joies sattviques qui ont une telle profondeur et en même
temps une telle délicatesse,un taux de fréquence vibratoi-
re si élevé, qu'on pénètre dans les plans les plus subtils
sans aucun risque de désillusion. On saisit alors, en le
vivant, ce qu'est le sattva.

Prenons une autre image en traçant ce merveilleux


symbole de la croix: une portion de droite horizontale et
une autre verticale la coupant en son centre.
En partant du centre, la ligne qui descend verticale-
ment symbolise tamas.La ligne horizontale c,estrajas; l,ac-
tivité ou la régressionsuivant qu'elle va, partant du centre
vers la droite ou vers la gauche. Enfin la ligne qui monte
verticalement à partir du centre, Cest sattva. Il symbolise
dans ce cas, non plus l'équilibre conune en énergétique,

-106-
mais le stade ultime du yoga, la montée vers les états dêtre
supérieurs.
Rajas Cest "avoit'' et sattva Cest "êtd'. Il est bon de
ne jamais oublier cette interprétation de sattva.
On la retrouve d'ailleurs implicitement dans le schê
ma de la sinusoide. Par le yoga, travailler le souffle et
acquérir le calme de l'esprit pour réduire progressivement
la distance entre les courbesde la sinusoïde et la ligne hori-
zontale, Cest tendre vers le sattva. Il nous faut toutefois
savoir que le sattva parfait, symbolisé par la ligg," droite
horizontale s'identifie avec l'état de retour au non-être.
Autrement dit nous pouvons espérer atteindre des états
supérieurs par un travail vibratoire sur les plans subtils,
mais dans la limite de notre dimension humaine, sans
jamais oublier le support indispensable de notre corps de
chair.
Ce long préambule, pour présenter les trois gunas,
m'a paru nécessaireétant donné leur importance dans la
pratique respiratoire en yoga et par ailleurs le peu d'expli-
cations écrites, généralementéparses,mises à la portée des
étudiants.
Mais revenons à nos trois gunas énergétiques.

* Assis sur le sol les jambes croiséesdevant soi, ou


simplement assis sur une chaise. Réaliser l'aplomb du
corps dans la posture. Abaisser les paupières pour faciliter
l'intériorisation.
Tendre les bras sans raideur, les mains reposant res-
pectivement sur chaque genou.
Pratiquer quelques respirations prâniques synchroni-
séesavec le mouvement du regard intérieur et le déplace-
ment de la conscience.
Se situer ensuite en pensée au point source et diriger
la consciencesur les narines. Constater que la respiration se
fait par les deux narines.
Fermer le poing droit et tourner la paume de la main
gauche vers le haut. Maintenir l'attention sur cette paume.

-1 0 7 -
La respiration se fait réfloce et la conscienceétant focalisée
cent pour cent sur la paume de la main gauche,le reste du
corps est oublié ou tout au moins mis en arrière plan. C'est
cela la concentration.
Si vous poursuivez l'exercice quelques minutes, les
sensations qui vous parviendront de la paume seront de
plus en plus fortes et précises.Si, durant ce temps,la pen-
sée ne manifeste aucune velléité de vagabondage bravo!
Cest que vous avez déjà obtenu une bonne concentration.
Si ce n'est pas le cas, il faut vous reposer un instant et
reprendre l'exercice, avec persévérance, aujourdhui ou les
jours suivants.
Sinon, continuez l'exerciceen portant une partie de la
consciencesur les narines pour être témoin de la respira-
tion qui se fait réflexe, et l'autre partie sur la paume de la
main gauche.
Vous réalisez ainsi une concentration dualiste qui
gymnastique la conscience.Simultanément vous percewez
la sensation de l'air qui pénètre dans les narines et celle de
souffle chaud ou froid sur la paume de la main gauche,
dans son creux. Continuez quelques minutes pour que ces
sensations s'enregistrent en vous, dans votre mémoire et
dans tout votre être. C'est cela le vécu.
Ainsi comprendrez-vous que le savoil, l'acquis intel-
lectuel et la compréhensionmême des causesn'est pas l'es-
sentiel. Celui-ci est de faire vibrer, soit en utilisant le souffle
et prâna, soit par l'émotion ou la pensée,tous les plans de
consciencedu plus dense au plus subtil. Ainsi s'étoffe la
mémoire et se meuble le subconscient.
Avec davantage de précision, concentrer ensuite la
pensée(trâtaka) sur la narine gauche,tout en maintenant le
contact avec la paume de la main. Respirez avec aisanceet
allongez progressivement le souffle. Amusez-vous, durant
l'exercice à donner alternativement plus d'importance aux
sensationsvenant de la main ou à cellesvenant des narines.
Vous acquerrez ainsi une maîtrise de la conscienceet amê
liorerez votre concentration.

-10 8 -
Ainsi se pratiqu€, Pû la narine gauche,
la resPiration tamasique.

Avec I'entraînement, très vite, il ne sera plus nécessai-


re de porter l'attention sur la main gauche.La consciencese
gymnastique avec souplesseet avec une très grande facili-
té. n r"ffit de diriger Ia conscienceà gauche, soit sur le
frontal gauche, soit sur la narine gauche ou ne serait-ce
qu'à un millimètre de la ligne médiane du front.
Lorsque vous pourrez rester un temps suffisamment
long dans cet exercice, la respiration s'effectuant par la
n"rine gauche donnera une prédominance de plus en plus
tamasique à votre ambiance qu'il vous sera facile d'apprê
cier.
Vous reprendrez l'exercice et, mettant l'accent sur les
sensations vécues, vous mobiliserez cOnSciemment,alter-
nativement, vos sens subtils pour définir les diverses qua-
tités du tamas. Ce sera autre chose que de les apprendre
par cæur dans un livre. Vous les viwez bien au-delà de
votre mental analytique. Une fois vécues Par vous elles
seront enregistréesde façon indélébile dans votre subcons-
cient.
Vous dewez toutefois vous méfier du tamas dont la
qualité la plus évidente est la force d'inertie. Surtout si
dans votre personnalité le tempérament dominant est lym-
phatique-sédentaire,lequel est fortement qualifié d'inertie.
Aussi-dans votre enffaînement prévoyez de travailler un
certain temps alternativement d'un côté et de l'autre, Cest-
à-dire sur la narine gauche et sur la narine droite. Si vous
êtesbilieux, "yan(' ,commencez par la gauche.Si vous êtes
lymphatique, "inr(', commencez Par la droite. Apprenez
ainsi à mieux vous connaître et Prenez consciencede vos
ambiances successives.C'est Ia voie du contrôle et de la
maîtrise de soi.
Le tamas est donc qualifié d'inertie, conven:rnt aux
excités pour Ies calmer. Il dédenche aussi dans le plus
grand calme une ambiance favorable à la réceptivité. On

-1 0 9 -
constate chez un grand nombre de "voyants" un apport
important du tempérament lymphatique parmi les quatre
tempéraments qui constituent chaque individu. Du fait de
cette inertie et de cette réceptivité il symbolise le féminin, la
matrice et la création; prâna pris à sa source tamasique
lunaire, Cest l'énergie créatrice.
* Tout le travail qui a été executépar la narine gauche
est à faire par la narine droite, suivant le même processus.

Ainsi se pratiqu€, pt la narine droite,


I
la respiration raiasique.

Au début il est conseillé de rester suffisamment long-


temps du même côté pour arriver à bien sentir la spécifici-
té de l'énergie utilisée. C'est là que le sujet ttinrr" doit se
méfier de l'inertie du tamas et le sujet "yan{' de la dyna-
misation, voire pour certains pratiquants de l'excitation du
rajas.
Lorsque l'on perçoit réellement, en dehors de toute
imagination, avec certitude la différence entre les deux
ambiances tamasique et rajasique, il est sage de travailler
alternativement, de côté et d'autre durant le même temps.
Sans vouloir jouer à l'apprenti sorcier, l'adepte qui
commence à apprécier les ambiances,va pouvoir, suivant
ses tendancestempéramentales,doser ces temps de façon
variable. Suivant qu'il est "inn" il resteraun peu plus long-
temps à droite ou s'il est "yang", davantage à gauche.Ainsi
il réalisera waiment une ambiancesattvique.

* Par ailleurs, la respiration sattvique utilise les deux


narines simultanément. Pour cela il faut avoir conscience
de prâna, comme dans les deux respirations précédentes
tamasique et rajasique,mais en même temps maintenir une
partie de la consciencesur les deux narines. En d'autres
termes, il y concentration dualiste sur les detu<narines,
" les précédentesle trâtaka se fait exdusive-
alors que dans
ment sur l'une ou sur l'autre.

-110-
Ainsi se pratiqu€, pû les deux narines,
la respiration sattvique.

Application:
1 - En position assise correcte, le corps d'aplomb, le
mental stabilisé. Exécuter le prânâyâma suivant:

Se concentrer sur le sommet de la tête, sur sahasrâra,


par où entre prâna dans le corps de l'énergie.
Pûrala triple sur sahasrâra: inspirer '1,
/3 par la narine
gauche, 1/3 par la droite, 7/3 par les deux narines.
Kumbhâluintériar sur le point source,en maintenant
un certain temps en suspension de souffle, sans crispation
et en gardant consciencedu prâna capté sur sahasrâra.
Réchaluen percutant âjnâ et en expirant sur l'ambian-
ce frontale.
Kumbhâkaextérian sur l'ambiance frontale, en apprê
ciant celle-ci.

2 - Utilisation des crossesfrontales.


Comme nous l'avons vu et expérimenté dans l'exerci-
ce 35 avec la respiration barattée, le procédé qui consiste à
diriger prâna en enroulant des crossesrenforce considéra-
blement la puissancede ce prâna.
Les crossesabdominales ont une action puissante sur
les chakras ombilical et abdominal, ainsi que sur le chakra
racine et sur le sexe.
Les crossesfrontales ont une importance équivalente
au niveau du psychisme et mettent en évidence l'action du
regard pour conduire l'énergie avec davantage de puissan-
ce sur les plans subtils.
* Se concentrer sur le point supérieur frontal à la raci-
ne des cheveux. Poursuivre cette concentration sur la ligne
médiane du front qui joint ce point supérieur frontal au
point situé entre les sourcils.

- 1 1 1-
Puis se concentrer sur la partie gauche du point supê
rieur frontal. Constater que la respiration se fait immédia-
tement par la narine gauche. Le regard s'est porté égale-
ment sur ce point. En réalit4 ce sont les indriyas qui vont
suiwe ce parcours. Les mobiliser et inspirer en faisant des-
cendre Ie regard sur la gauche de la ligne médiane du
front: un millimètre suffit. C'est la hampe de la crosse.
Faire trois tours de droite à gauche à la hauteur du front en
enroulant la crosse vers le centre du frontal gauche.
Marquer un temps de rétention en détente. Pendant ce
temps tracer l'image mentale de la crossese déroulant dans
l'autre sens, de gauche à droite. Puis expirer en déroulant
la crosse de gauche à droite, la fin de l'expiration s'effec-
tuant sur la hampe de la crossede bas en haut.
Marquer un temps d'arrêt, puis recommencerl'exerci-
ce plusieurs fois afin d'acquérir un automatisme pour que
le mouvement devienne de plus en plus souple, n'entraî-
nant aucune crispation. Faire de même sur le côté droit en
enroulant Ia crossesur le frontal droit de gauche à droite.

INSP EXP

* Remarque:Si l'exercice provoque une fatigue des


yeux, Cest que l'exécution s'est faite trop sur le plan phy-
sique, entraînant des crispations. Mettre'les paumes des
mains "en coque" devant les paupières abaisséeset respi-
I

I
_ LT2_
rer calmement en visualisant blanc, puis gris et bleu clair
pour terminer. Par ailleurs, je peux attester que cette pra-
tique bien faite est excellentepour la vue.
* Réaliser une concentration simultanée sur le haut
des deux hampes, à gauche et à droite du point supérieur
frontal.
Inspirer en descendant la consciencesimultanément
sur ces hampes et enrouler les crossesen comptant trois
tours sur le frontal gauche et le frontal droit.

INSP EXP

En rétention tracer f image mentale de leur déroule


ment respectivementde chaquecôté.
Puis expirer en les déroulant simultanément pour
aboutir sur les deux hampes parallèles de chaque côté de la
ligne médiane du front.
Pratiquer jusqu'à obtenir souplesse et facilité.
S'exercerd'abord à gauche, puis à droite et enfin avec les
deux simultanément, à dérouler les crossescouune un res-
sort bandé qui se déploie avecpuissancedès qu'on le lâche.
* Reprendre le prânâyâma précédemment exécuté en
(1) mais en utilisant les crosses frontales. Terminer en
appréciant l'ambiance frontale résultante et sa différence
de potentiel d'énergie.

-1 1 3 -
Exercice37

Les respirations huraire, solaire et huraire-solaire


ou encorleshaktique, îshvarique, brahmique (qualification
de l'énergie polarisee)

C'est, comme pour les précédentes,l'utilisation des


trois gunas. Mais tandis que celles-ci engendrent des prâ-
nâyâmas énergétiques et colorés dans lesquels, comme
nous l'avons vu, les poumons ont un rôle important, ces
présentes respirations utilisent des prânâyâmas psy-
chiques. La penséea un rôle dominant et prâna puisé aux
sourcesvibre à un taux de fréquence beaucoup plus élevé.
On agit principalement sur les plans subtils et ces respira-
tions vont permettre d'obtenir la liaison entre le subtil et le
dense. Et grâce à elles, nous pourrons réaliser la liaison
avec les sources.
* Plus on avance sur la voie du yoga et plus la tenue
dans l'aisance et la fermeté d'une posture assisecorrecte,
en réalisant l'aplomb du corps, est nécessaire.Rappelons à
ce propos que, si les postures de quiétude physique conune
le lotus sont recommandées,elles ne sont pas indispen-
sables. De nombreux occidentaux souffrent des genoux.
Plutôt que de se martyriser à prendre coûte que coûte le
lotus et d'obtenir une posture dans laquelle il leur est
impossible de se détendre profondément, il faut qu'ils
sachent que la position assisesur un siège convenable, le
dos droit et les jambes à l'équerre est parfaitement valable
pour eux. Il s'agit avant tout de tenir le co{ps d'aplomb, et
d'obtenir l'aisance dans la fermeté. Voici pour le corps, et
Cest important étant donné sa relation avec le psychisme.
Mais le pratiquant doit aussi avoir obtenu un contrôle de
son souffle, une concentration suffisante de ses pensées,et
une ambiance de calme pour réaliser un lâcher-prise pro-
fond.
Ces respirations nqsont pas à la portée des débutants
en yoga. Seuls des adeptesexercéspeuvent en tirer un réel

- 1 14-
profit. Il s'agit, ni plus ni moins d'accéderau sansforme, de
transcender le manomaya-koshapour pénétrer dans le vij-
nânamaya-kosha.
Comme dans l'exercice précédent, l'adepte s'exercera
dans un premier temps à respirer par la narine gauche. A
ce stade il n'aura plus aucun effort à faire pour respirer par
cette narine. Le seul fait de porter sa penséesur la gauche
suffira.
Il s'exercera donc, pour commencer, à maintenir la
conscience sur l'ambiance lunaire située sur l'infini, âu-
dessus de sa tête, à gauche. Cette concentration suffira
pour que la narine gauche soit instantanément mobilisee.
Rester quelques instants à assister,en spectateur,à la
respiration qui se fait par la narine gauche.
La consciencese répartit alors sur la narine et sur
l'ambiance lunaire que l'on visualise en imaginant une
petite lune brillante avec les caractéristiques que chacun
connaît pour les avoir enregistrésdans sa mémoire. Elle est
d'un blanc bleuté lumineux et donne une sensationde fraî-
cheur humide. Mais Cest de l'imagination direz-vous ! Oui,
dans le bon sens du terme, en tant qu'imagerie mentale et
remémoration. Cette ambiancelunaire est tamasique; Cest-
à-dire qualifiee d'inertie et également froide et humide,
dense et réceptive. Ce sont toutes ces qualités que votre
concentration vous permettra de puiser dans le pûraka,
parce que vous avez développé vos senssubtils.
Donc, s'entraûler, présentementà exercerséparément
cessenssubtils pour ressentir effectivement, avec la vue le
blanc bleuté, sa luminosité, et avec le toucher cette fraî-
cheur humide. Liodorat capte prâna et l'our'e et le gott
s'ajouteront automatiquement lors du pûraka, pour renfor-
cer la concentration lorsque tous les sms seront mobilisés
simultanément.

Ainsi se pratique la respiration lunaire.

- 1 1 5-
Le même exercice s'exécutera ensuite, suivant le
même processus,sur l'infini à droite. La respiration s'ins-
tallera, pour ainsi dire automatiquement par la narine droi-
te. Maintenir la consciencesur l'ambiance solaine,en visua-
lisant un petit soleil rutilant, chaud et sec.
Rester alors, en spectateur, brandré sur cette source
d'énergie rajasique, la conscienceenglobant et reliant ce
soleil et la narine droite.
Puis se concentrersur cette sourceen mobilisant sépa-
rément la vue et le tact pour apprécier la luminosité rouge
et brillante, puis le chaud et le sec,qui caractérisentle rajas.
Détecter et apprécier également ce dynamisme qui pousse
à l'action et cette légèreté qui sublime. Liodorat continue à
deceler prâna, et l'oui'e et le goût s'ajoutent aux précédents
sens pour parfaire la concentration dans une mobilisation
simultanfu de tous les senssubtils.

Ainsi se pratique la respiration solaire.

De la même façon, en dualité de concentration, se


brancher simultanément sur les deux sources lunaire et
solaire.
Porter une partie de la consciencesur les deux narines
et sentir prâna entrer et sortir. Toujours suivant le même
processuset sans précipitation, s'habituer à rester en état
de réceptivité, dans cette ambiance,conscientde la respira-
tion qui se fait équilibrée par les deux narines et conscient
également de ces deux sources lunaire et solaire. Il est
important de bien visualiser l'image de ces deux astres,
avec leur spécificité.La concentrationjoue ici un rôle domi-
nant. C'est une dualité de concentration à laquelle il faut
s'entraîner un certain temps. Il est toujours utile et souvent
nécessairede reprendre à la base des exercicessimples qui
développent les sens subtils, les indriyas en sanscrit. Il ne
s'agit en aucun casde brûler des étapes.Tout ce travail res-
piratoire, comme tout ce qui va suiwe, exige d'être rigou-
reux et honnête avec soi-même. Il ne suffit pas de vouloir

- 1 16-
apprendre ou compnendre.Il faut surtout faire. Sansse las-
ser, avec persévérance, revenir aux exercices de base. "
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage"
(Boileau).....
C'est par une pratique assidue que sans cesse la
concentration s'améIiore, sÉrnscesseles sens subtils s'affi-
nent et s:rns cesse la conscience s'élargit. Il faut obtenir
I'instantanéité dans la concentration et dans la différencia-
tion des ambianceslunaire et solaire.

Ainsi se pratique la respiration lunaire-solaire.

* Application: En position assise correcte, le corps


d'aplomb, le mental stabilisé.
Reprendre I'exercice de la leçon 36 sur les crosses
frontales. S'exercerd'abord à gauche,puis à droite et enfin
des deux côtés simultanément à dérouler les crosses
comme un ressort bandé qui se déploie avec puissancedès
qu'on le lâche. Mais cette fois, sur une longue expiration,
laisser les indriyas et la consciencepartir avec aisance,Pro-
pulsés très haut jusqu'à l'infini, comme si les hampes des
crossesétaient des tubes de lancement de fusées........
Revenir sur inspiration en enroulant chaque crosse
sur la partie frontale sur laquelle on travaille. Puis faire de
même sur les deux côtés simultanément. La conscience,
comme les indriyas qui en font partie, s'assouplissent de
façon extraordinairg allant du frontal gauche à la source
lunaire, du frontal droit à la source solaire, et simultanê
ment du frontal gauche et droit à la source lunaire-solaire.
C'est un trajet aller et retour qui s'accomplit très vite
avec facilité, synchronisé avec les respirations par les
narines correspondantes.

* Prânâyâma:

Pûralu triple, 1/3 lunaire, '1./3solaire, 1/3 lunaire


solaire sur Ia source cosmique,en utilisant les crossesfron-

-177 -
tales gauche et droite, puis simultanément gauche.droite.
l.ientraînement consisteà prendre effectivement, grâce à la
mobilisation des indriyas et à la concentration de la pensée,
les qualités différenciées de ces sources. Ainsi le prâna
puisé à cessourcesa déjà qualités et puissance.Les crosses
vont accentuercette puissance.
Kumbhâkaintérieur, au point source où on s'habitue,
progressivement, à rester en suspension du souffle, sans
crisper, et en gardant consciemmentles qualités et la puis-
sancede prâna pris aux sources.
Réchakasur l'ambiance frontale, en percutant âjnâ au
passage.Cette percussionest une intervention rapide de la
volonté agissantdans 1/10 ème de seconde,comme pour
Percer.
Kumbhâkaextérieursur cette ambiance frontale pour
en apprécier la modification. Cette appréciation d'ambian-
ce sur laquelle nous ne pouvons revenir ici a été érudiée en
particulier dans mon récentouvrage:

" Un chetninpour l'èrenouaelle. LePetitPouceten marche


aersIa sérénité".
Un lexique, à la fin du livre, donne cette définition de
l'ambiance.

Uambiance est couramment comprise comme l'atno-


sphère qui edste autour d'une personne, ou qui se dégage
d'un groupe, d'une assemblée,d'un milieu dans lequel on
vit. En yoga, ce peut être aussi notre ambiancepersonnelle,
ce qui sous-entend mieux nous sentir, mieux nous
connaître pour pouvoir nous améliorer. C'est en fait le
point de départ pour juger de notre transformation, de
notre évolution. Dans tous les cas l'appréciation de l'am-
biancese fait par l'intermédiaire de nos sens.D'où l'intérêt
du développementdes indriyas.
C'est pourquoi, dans la pratique du yoga de l'énergie,
l'appréciation de l'ambiancerevêt une si grande importan-
ce.Si on en prend conscience,on a la possibilité, soit de s'en

- 118-
couper pour s'en protéger si elle nous est néfaste,soit de la
modifier si on le juge nécessaireet que ce soit dans nos pos-
sibilités.
Uambiance est plus ou moins qualifiée. L'intérêt Cest
de prendre conscience de cette qualification pour pouvoir
le cas échéant la modifier, soit dans sa puissance, c'est-à-
dire son potentiel énergétique, soit en faisant varier sa qua-
lité. On utilise dans ce cas les trois modalités d'expression
de l'énergie,les trois gunas.

-1 1 9 -
IITI.;

Exercice38

La respiration universelle. Uambiance créatrice

Le "Principe de Correspondance" d'Hermès


Tiismégiste (le trois fois grand) est bien connu: 'Tout ce
qui est en Haut est comme ce qui est en Bas; et ce qui est en
Bas est comme ce qui est en Haufl'.
Les trois plans: corps, esprit et âme, qui constituent
tout être humain, en Bas, sont-ils à l'image de ce qui est à
notre origine, d'où nous sommesissus,en Haut?
Peut-on imaginer, conune nous le suggèrent les yogîs,
l'ambiance créatrice composéeégalement de trois plans en
Haut, sur l'infini au-dessusde notre tête, en relation avec
les trois plans en Bas,en nous ?
Concevons un plan inférieur en relation avec notre
corps, un plan moyen en relation avec notre esprit, et un
plan supérieur en relation avec notre âme.
Jevous demande d'adopter un instant ce vocabulaire,
même si cestermes ne sont pas ceux qui vous conviennent.
fe me méfie de plus en plus de cesdialogues de sourds, où
chacun reste sur sespositions, sansécouter l'autre, simple
ment parce que le même mot n'a pas la même signification
pour l'un et pour l'autre. Le summum de l'incompréhen-
sion est atteint lorsqu'on a affaire à des cérébraux au men-
tal analytique dominant et forcément restrictif, qui pous-
sent l'esprit d'analyse à l'excès; ceux que le Dr. Camille
Streletsky nomme de façon cocasse des "scalpeurs de
puce"! Mettons-nous d'accord sur le vocabulaire que nous
employons, en faisant preuve d'indulgence, si nous vou-
lons nous comprendre.
Il faut bien se pénétrer du principe que tout vibre
dans le monde manifesté, en nous et autour de nous. Mais
suivant les plans plus ou moins denses la vibration a un
taux de fréquence plus ou moins élevé; peu élevé sur le
dense et de plus en plus élevé vers le plus subtil.

-r20-
Il faut savoir aussi que nos sens humains sont très
Iimités. Ainsi nous ne soûunes pas conscients de sensa-
tions, au delà et en deçà d'une certaine éùelle de vibra-
tions trop élevéesou trop bassespour nos sens humains.
Certes, en pratiquant le yoga nous développons nos
indriyas, mais nous restons dans ce domaine très souvent
inférieurs à beaucoup d'animaux.
Cependant, Cest en différenciant par la vibration ces
divers plans que nous pourrons, grâce à notre pratique du
yoga, avoir la certitude que ces plans qui nous composent
existent réellement, et vérifier l' hypothèse de ces mêmes
plans sur l'infini au-dessusde notre tête.
Vous comprenez, à ce stade de votre entraînement,
l'importance de cesrespirations et la nécessitéd'un entraî-
nement progressif dans la réalisation. Cela va bien au-delà
de toute compréhension et d'un acquis intellectuel si haut
soit son niveau. Tout dans l'être humain, y compris le corps
dense, doit participer. Celui-ci étant le support indispen-
sable, lequel doit être solide et équilibré. Plus on veut
construire haut, plus il faut que les fondations soient
solides. Ce principe est bien connu, mais il s'agit de l'ap
pliquer. En conclusion il faut constamment, quel que soit
notre âge, veiller au fonctionnement harmonieux et équili-
bré de notre corps. I1 faut également apprendre, à ce pro-
pos, à doser nos efforts et nos efgences avecbon sensselon
cet âge.
En prenant consciencede ces trois plans sur llinfini,
nous allons vivre très haut. C'est pourquoi je pense qu'il
n'est pas inutile de rappeler à ce sujet la nécessitéd'entre-
tenir une base solide.
Voyons maintenant comment vibrer réellement à
cette hauteur vertigineuse sans que cela soit pure imagina-
tion.
Reportez vous à la leçon 28 dans laquelle nous avons
traité du triangle des narines.
Nous avons vu que l'on pouvait utiliser consciem-
ment trois étagesdifférenciés; en bas des narines près de la

_L2L_
lèvre supérieure, au milieu, et en haut, Cest-à-dire à la
pointe du nez. Cela correspondait aux tnois étages respira-
toires bien connus: respirations basse (ventre), moyenne
(poitrine) et haute (tête). D'auEe part cestnris respirations,
si on les exécute séparément, nous font prendre conscience
des trois plans: physique (dans le ventre), psychique (dans
la tête) et émotif ou spirituel ( lotus d'or, dans le cæur).
Si en respirant nous nous concentrons sur la pointe
des narines, nous provoquons une respiration haute sous-
daviculaire. Si en même temps nous portons la majeure
partie de notre concenraûon sur l'infini au-dessusde notre
tête, l'autre partie restant à la pointe des narines, nous nous
situons sur le plan supérieur de l'ambiance créatrice.Prâna
vibre alors à un taux de fréquence très élevé.
Comment puis-je affirmer cela? Vous pouvez vous en
assurer en le faisant vous-même. Il faut pour cela que vos
sens subtils soient suffisamment développés, que votre
concentration également soit suffisante, le tout s'exerçant
dans un lâcher-prise profond. La maîtrise du corps, celle
du souffle corune celle de la pensée sont les conditions
préalables pour cette réalisation. Ce n'est évidemment pas
un travail pour débutant. Mais si vous êtes engagé dans la
voie du yoga, un travail persévérant vous conduira stre
ment à cette réalisation, à la condition de ne pas vous dis-
perser et de savoir être patient en travaillant sans vous las-
ser, "détachédu but de l'action".
Après avoir respiré par la pointe du nez et pris
conscience du plan supérieur de l'ambiance créatrice, il
faut répéter l'exercice de nombreuses fois jusqu'à ce qu'il
soit assimilé. Enregistrer alors dans sa mémoire cette
ambiance spécifique.
Puis, respirer de même, une partie de la pensée
concentrée sur le milieu des narines provoquant une respi-
ration moyenne et la majeure partie se situant sur l'infini
au-dessusde la tête, en-dessousdu plan supérieur, sur le
plan moyen. f'admets que celapeut paraître farfelu au petit
mental analytique. Mais faites-enl'essai.Si vous avez réuni

-12 2 -
les conditions nécessairesci-dessusdécrites,vous constate
rez que cela valait la peine d'être tenté.
En nous concentrant pour terminer sur le bas des
narines, nous provoquons une respiration abdominale. Si
nous conseryonsune partie de notre penséeconcentréesur
le bas des narines en portant simultanément la maieure
partie de cette penséepour la concentrersur l'infini en des-
sous du plan moyen, nous déterminons ainsi le plan infê
rieur.

* Application:
En position assisede votre choir le corps d'aplomb,
le mental stabilisé. Abaissez les paupières et respirez cal-
mement.
a) Concentrez-vous sur deux points à la pointe de
chaque narine, et simultanément sur le plan supérieur à
l'infini au-dessusde votre tête. Prenezconsciencede la res-
piration et de prâna. Constatez que cette respiration est
fine, légère et qu'elle monte d'elle même sans effort de
votre part, vous faisant oublier votre schémacorporel.
b) Concentrez-vousensuite sur deux poinæ situés au
milieu des narines. Respirez de façon prânique en vous
reliant au plan moyen sur l'infini. Appréciez la différence
d'ambiance avec l'exercice précédent. Au besoin répétv,
alternativement ces deux exercicesjusqu'à sentir la diffê
rence d'ambiance entre les deux. Restez surtout objectif
sansfaire intervenir l'imagination.
c) Enfin concentrez-voussur deux points situés à la
base des narines, près de la lèvre supérieure. Reliez-vous
cette fois au plan inférieur sur l'infini. Sentezprâna, beau-
coup plus dense. Il ne monte plus comme précédemment,
mais à l'opposé il vous fait prendre consciencede votre
corps physique.
Renouvelezplusieurs fois cesexercicesen toute objec-
tivité. Allez du plan supérieur au plan inférieur et vice et
versa. Faites-lejusqu'à ce que vous ayez acquis la certitude
de distinguer effectivement ces trois plans sur l'infini par

-r23-
ce procédé respiratoire, en faisant vibrer prâna à des taux
de fr{uence différents.

* Exercez-vousà assouplir la conscienceet à dévelop


per les sens subtils pour apprécier rapidement les
ambiances.
Concentrez-vous sur l'ambiance gauche du plan
supérieur, puis sur l'ambiance droite de ce même plan, et
vice versa pour sentir la différence. Dabord lentement puis
de plus en plus rapidement, jusqu'à l'instantanéité.
Faitesde même sur chacun des trois plans en assurant
consciemment la liaison, successivementavec l'ambiance
et la partie des narines intéresséesuivant le plan. Ainsi se
gymnastique la conscience, car vous restez toujours
conscient de la respiration qui se fait soit par la narine
gauche, soit par la droite, ainsi que de prâna qui vibre dif-
féremment.
Concentrez-vous ensuite sur l'ambiance gauche du
plan supérieur. Enregistrez cette ambiance dans votre
mémoire. Puis faites de même sur l'ambiance gauche du
plan moyen et ensuite sur celle du plan inférieur. Pratiquez
de la même façon sur les ambiancesde droite.
A l'inverse partez du plus dense, le plan inférieur et
la base des narines, pour aller vers le plus subtil, le plan
supérieur et la pointe des narines.
C'est ainsi que vous acquerrez la certitude de l'exis-
tence de ces trois plans qui correspondent à ceux qui sont
en vous.
Cet ensemblesur l'infini constitue lambiance créatri-
ce. C'est le grand co{ps et nous sonunes autant de petits
corps. C'est le macrocosmeet chacun de nous est un micre
cosme à son image. En d'autres termes, nous sommes une
poussièredans ce Tout. Cependant, ce grand corps est bien
composé de nos petits corps et la relation entre tous est
constante. Ce n'est que notre mental analytique qui nous
restreint et nous limite aux apparences concrètes.
Uévolution de tout être humain n'est-il pas justement de

-1 24-
prendre conscience de cette limitation et, dans notre incar-
nation sur cette terre, d'évoluer pour retnouver notre véri-
table dimension en nous identifiant au Tout? Que notre
petite conscience individuelle édate enfin pour se dis-
soudre dans la conscience cosmique, conrme la goutte
d'eau rejoint l'océan.
Dans cette Ambiance Créatrice se trouve la Source
Cosmique. Nous pouvons nous relier consciemmentà cette
ambiance en puisant à la source cosmique par la respira-
tion universelle. C'est ici ce travail respiratoire que je vous
ProPose.

-r25-
UIMPORTANCE DU CORPS DU MENTAL
(LE MANOMAYA-KOSHA).

Tous les éléments qui composent l'être humain sont


importants puisqu'ils sont constamment en interrelation.
Lorsque I'un d'eux vient à manquer ou à mal fonctionneX,
l'harmonie de l'ensemble s'en trouve perturbée. C'est ce
qu'on appelle la maladie.
Cependant cette importance est relative. Certains
organes sont vitau>; d'autres ne le sont pas. Après un acci-
dent on peut survivre sansrate, mais pas sanscæur ou sans
foie. Certaines parties du corps sont également indispen-
sables,mais pas toutes. Certains rescapésvivent sans bras
ou sansjambes, mais pas sanstête.
Il y a donc une hiérarchie dans le corps humain
comme dans tout organisme et dans toute constitution. Le
Dr. Thérèse Brossedans "La Conscience-Energie,strucflrre
de l'homme et de l'univers" a mis en évidence cette loi bie
logique de subordination des plans qui s'applique aussi
bien à l'homme qu'à l'univers:
"Il est maintenant possiblede aérifier expérimentale
ment que Ia "Conscience-Energie", puissanceautonome,se
manifætantà titre de "niamu supérieur"dela structurehumni-
ne hiérarchisée,entraîne la subordinationdes nioeaux sous-
jacents conformémentà une loi dont Ia aiolation engendrele
gâchiset le désarroidont nousslmmeslestémoins".(4)
Cette loi biologique, incontestable,s'applique à l'être
humain globalement. Ainsi le corps dense,corps physique,
annamaya-kosha, peut-il être considéré conune niveau
sous-jacent,subordonné au corps du mental, manomaya-
kosha, niveau supérieur. Dans l'ensemble de la constitu-
tion de l'être humain ce même corps du mental, est évi-

(4) Dr. ThérèseBrosse- La Conscience.Energie,structure de I'homme


et de I'univers - Ed. Présence.

-7 26-
demment subordonné au vijnânamaya-kosha et à l'ânan-
damaya-kosha.
C'est pourquoi dans notre pratiquerespiratoire, avec
la respiration universelle, nous soûunesarrivés à un niveau
supérieur dans lequel il nous faut impérativement avoir
consciencede la structure de ce plan.
Le corps du mental a une anatomie subtile aussi
connue des maîtres orientaux que celle du corPs de l'éner-
gie.

LE CHITTAINFERIEI.'R

ZôneTha

Devant
du'corps Zône
Interférenclefle

LE CHITTA SUPERIEUR MUIâDHARA

SAHASRARA
,L'ENSEMBLE

SAHASRABA
I

/
MUIâDHARA

MUI.ADHARA

-L 2 7 -
Celle-ci est composée de deux mentals ayant chactrn
leur chitta respectif. Tous deux sont issus du centre de l'es-
prit, au point source.

Uun est dénommé le mental inférieur (de par sa situa-


tion dans l'espacepar rapport à l'autre, mais sans attacher
de sens péjoratif à ce qualificati0. On le représente dans
l'espace par un cône dont la base est un plan vertical pas-
sant par le centre de l'esprit et dont le sommet est au centre
d'âjnâ. Ce cône, lorsque nous sorunes assis est donc hori-
zontal.

Liautre, dénommé mental supérieur, est représenté


par un second cône dont la baseest un plan horizontal pas-
sant par le point source et dont le sommet est au centre de
sahasrâra.Ce cône lorsque nous sorunes assisest donc ver-
tical.

Le mental inférieur, à l'horizontale, est donc en rela-


tion avec âjnâ et avec le monde de la forme ou du créé dans
lequel nous vivons.
Son chitta relie âjnâ à mûlâdhâra. Or cesdeux chakras
sont situés dans le corps de l'énergie, ce qui démontre bien
l'interférence entre cesdeux plans,l'un psychique et l'autre
énergétique; de même qu'âjnâ, dans le corps de l'énergie
est en relation avec l'hypophyse, glande endocrine située
dans le corps physique.
Ce chitta est une véritable plaque sensiblesituée dans
la partie antérieure du tronc sous les trois épaisseurs de
peau. Il est lui-même composé de trois couches allant de
l'extérieur (ventre et poitrine) vers l'intérieur du corps. La
première est "inn" comme la partie antérieure du torse; la
secondeest neutre et la troisième est " yart('.
Ainsi les stimuli venant du monde de la forme percu-
tent la plaque "inn" réceptive, traversent la plaque centra-
le plus ou moins dynamisfu (à la condition qu'elle ne soit
pas neutralisée) et, parvenant à la plaque "yang" sont

-L 28-
transmis, par l'intermédiaire d'âjnf à l'esprit via le mental
inférieur.

Par le mental supérieur, à la verticale, nous sonunes


en relation au travers de sahasrâraavec le monde du sans
forme, dans l'incréé d'où nous venons.
Son chitta relie sahasrâraà mtlhâdhâra. Situé dans la
partie postérieure du tronc il est aussi composé de trois
parties disposées dans le même ordre que celui du mental
inférieur. Mais sa partie "irul" est à l'intérieur du corps et
se trouve ainsi face à face avec la partie "yart(' du chitta
inférieur, appelé aussi chitta antérieur. Il y aura donc entre
ces deux chittas; entre le "yan(' de l'inférieur et le "inn"
du supérieur une interférence, comme entre le (+) et le G)
d'une pile électrique. Remarquons que la partie "yart(' du
chitta supérieur, appelé aussi ctritta postérieur, se trouve
dans le dos, lequel est "yangi'.

Ainsi constitué,le corps du mental, manomaya-kosha


en sanscrit, forme un tout important qui nous montre la
relation et l'interférence entre le plan physique dun côté et
le plan spirituel de l'autre. Il est la charnière indispensable
pour aller de l'un à l'autre. De plus, sa dualité nous aPPa-
raît nécessaire.Par le mental inférieur qui nous met en rela-
ton avec le monde concret de la forme, nous recevons de
son dritta les stimuli venant de ce monde. Ils s'enregistrent
dans la partie "yart(' de ce chitta que nous pouvons sup
poser être le subconscientde nos psychologues modernes.
Tândis que dans notre chitta supérieur est enregistrétout ce
qui nous vient de notre hérédité individuelle et collective.
En langage moderne, Cest en nous l'inconscient, c'est-à-
dire la partie immergée de l'iceberg.
La partie interférentielle, entre les deux chittas, peut
être comparee à un creuset dans lequel se rassemblent ces
stimuli venant du chitta antérieur et toutes ces pulsions
inconscientes,ces désirs, surgissant du chitta postérieur. Il

-L 2 9 -
en résulte ces forces qui nous font agir hélas, le plus sou-
vent inconsciemment.
Il est évident que tout cela passe ensuite par le cer-
veau dans lequel se trouve l'esprit lui-même, Cest-à-direla
conscience,la discrimination et la commande.
Mais la connaissancede cette anatomie subtile ne lais-
se-t-elle pas pensif, ne limitant pas au seul ceryeau tout ce
processusde formation des pensées? Nous avons soudain
la révélation qu'avec les chittas Cest le corps tout entier qui
participe à la vie psychique. Cela ne va pas à l'encontre de
la loi biologique de subordination des plans qui conserve
toute sa réalité. Mais cela prouve indubitablement que la
valeur du corps dense est aussi reelle et que nous sonunes
dans l'erreur si nous le considérons corune partie négli-
geable dans notre évolution.

-1 3 0 -
Exercice39

Le triangle frontal de commandement

Nous avons défini dans la leçon L8l'ambiance fionta-


le. Nous avons expérimenté qu'il y avait effectivement
comme un écran frontal sur lequel s'inscrivait la résultante
de nos ambiancesphysique, psychique et spirituelle. Avec
l'entraînement et en développant notre attention et nos
sens subtils, il est même possible de différencier chacune
de ces ambiancesavec précision.
La conception d'un triangle sur cet écan frontal va
nous faciliter cette précision. Ce triangle fait partie de l'en-
seignement que m'a transmis mon maître Lucien Ferrer. )e
suppose que son origine est dans le yoga tibétain auquel se
référait ce maître, bien que celui-ci ne m'ait donné aucune
précision à ce propos, ni aucune référenceà des textes.Cet
enseignementm'a été transmis oralement.

Le sommet de ce triangle se situe au point supérieur


frontal, à la racine des cheveux. Sa baseréunit deux points
situés chacun sur une petite cupule que l'on décèle au
centre de chaque arcade sourcilière.
Ce triangle représente l'ensemble de la personnalité
humaine avec sestrois plans, physique, mental, spirituel.
Si on trace mentalement la médiane issue du sommet,
on divise le triangle en deux parties. Celle de gauchereprê

-1 3 1 -
sente l'ambiance tha et celle de droite l'ambiance ha. Il suf-
fira de percuter, par le réchaka d'un prânâyâma, le centre
du triangle de gauche pour obtenir une ambiance tama-
sique ou celui de droite pour obtenir une ambiance raja-
sique.
En traçant de même les deux autres médianes, on
détermine six petits triangles qui constituent trois couples
représentantles trois plans: physique en bas, psychique au
milieu et spirituel en haut. Utilisant le prânâyâma, en per-
cutant le centre de chacun de ces petits triangles, on agit
avec précision sur chacun des plans de la personnalité. A
gauche de façon tamasique, à droite de façon rajasique.
Réciproquement, en état de réceptivité, on sera en
mesure, en concentration sur ces triangles d'en percevoir
l'ambiance spécifique.
Il sera possible d'agir de même sur les systèmesner-
veux ortho et para-sympathiques ou encore sur le système
cérébro'spinal, en agissant sur les trois sommets ou sur le
point médian de base. D'où cette appellation de triangle
frontal de commandement (5).

Application:
En posture assise,lespaupières abaissées,après avoir
réalisé l'aplomb du corps et le calme du mental:
Faire ékâgratâ (concentration sur un point) sur le
sommet du triangle au point supérieur frontal.
Décrisper tout autour et maintenir un certain temps la
concentration en respirant finement, de façon prânique. La
concentration s'améliore au fur et à mesure que le reste du
corps passeen arrière.plan. Lorsque le sommet du triangle
est ainsi bien marqué, faire de même, en ékâgratâs succes-
sifs sur les deux sommets de base, sur chaque cupule des
sourcils.

(5) L'enseignementdu Yoga de I'Eneqgie,seconddegré - R. Clerc - Ed.


Cariscript. Paris.

-L 3 2 -
Faire un ékâgratâ double (simultanément) sur les
deux sommets de base.
Puis faire ékâgratâ triple sur les trois sommets.
Toujours suivant le même processus,maintenir la concen-
tration en respirant finement de façon prânique et en
détendant constamment.
Ainsi se déterminent de façon sensorielle les trois
sommets du triangle frontal. Ces perceptions s'enregistrent
dans la mémoire.

Pour tracer les côtésdu triangle, il suffit en partant du


point supérieur frontal, de déplacer la conscience de ce
point jusqu'à la cupule de l'arcade sourcilière gaudre, puis
sur celle de droite pour ensuite remonter sur la droite jus-
qu'au sommet.
Simultanément avec ce déplacement de la conscience
qui trace ainsi les trois côtésdu triangle, inspirer à partir du
point supérieur pour tracer le côté gauche. C'est la narine
gauche qui inspire. En rétention de souffle, la conscience
trace la base du triangle de gauche à droite. Expirer, la
consciencetraçant le côté droit du triangle. C'est la narine
droite qui expire.

Remnrque:
Il est important de respecter ce sens qui descend sur
la gauche pour remonter sur la droite. C'est en effet dans
l'espace,sur un plan vertical la descenteà gauche de l'éner-
gie créatrice, la Mère divine, Ia Shakti et sur la droite la
remontée de l'énergie rajasique, sublimatrice. C'est le sens
du grand souffle Shvara, lequel dynamise âkâsha la matià
re primordiale.
Dans ce sensil y a dynamisation. En respirant dans le
sensinverse on obtient une décompression,une relaxation.
Faitesen l'expérience.

-133-
Exercice40:

La liaison avec la Source Cosmique

IJénergie est partout mais le yogî, comme nous


l'avons vu, situe sa source sur l'infini au-dessusde sa tête.
C'est là que prâna a une puissanceconsidérableet des
qualités indescriptibles.
La prise de consciencede cette source primordiale est
également nécessairepuisque nous cherchonsà nous relier
à elle. Pourquoi cette recherche?
La création se conçoit par la transformation du plus
subtil en matière dense. Liinvisible devient ainsi visible à
nos senshumains limités. C'est le passagedu non manifes-
té au monde manifesté dans lequel nous vivons. \
Mais notre corps de chair est constitué également de
plans subtils invisibles. Notre petit être humain n'est-il pas
à l'image du grand Tout? Nous savons qu'en lui existent
des roues, des chakras, qui heureusement transforment
l'énergie venant des sources pour la rendre assimilable à
nos frêles structures, sans risque de les détruire.
Dans la diversité de la création, après les minéraux,
les plantes et les animaux, l'homme arrive certes en tête
avec son cerveau pensant. Mais en lui domine encore l'ani-
mal avecdes instincts puissants.Sa recherchene serait-elle
pas justement de découvrir les moyens de se transformer à
nouveau pour retourner à sa source,vers le subtil, vers le
divin ?
La prise de consciencede la source créatrice,la pra-
tique d'une technique comme le yoga de l'énergie qui per-
met de se relier à cette source par des respirations, en fai-
sant vibrer prâna à des taux de fréquence élevés pour se
rapprocher de celui de la vibration initiale, vont dans ce
sens.
Aussi la respiration joue-t-elle un rôle primordial
dans cette voie de la réalisation, du retour vers cette sour-
ce créatrice.C'est le pourquoi de ce livre.

-t3 4 -
Néanmoins il est bon d'en apprécier la difficulté et la
complexité si l'on veut réussir. Rien n'est à négliger, nous
venons de le voir, y compris dans le colps dense. Par
exemple, la pratique assidue des dix-huit mouvements prê
liminaires est une préparation conseillée dans le yoga de
I l'énergie. Elle assouplit le co{ps, développe la cage thora-
cique, améliore la circulation du sang et celle de l'énergie.
Entraînant une respiration polarisée alternee, elle purifie
Ies nâdîs dans le corps de l'énergie.
Parallèlement, Cest un entraînement spécifique qui,
en développant les sens subtils, améliore la concentration
et permet une prise d'énergie à Ia source créatrice de plus
en plus puissante et qualifiée.
La pratique des crossesdonne encore plus de puis-
sance, tant pour capter l'énergie que pour la conduire de
façon précise dans les divers plans de conscience,en allant
cette fois du plus dense vers les plus subtils.

Application:

1 - Sensibiliser sahasrâraet assouplir la conscien-


ce sur le trajet point source vers la source cosmique.
Faire trâtaka puis ékâgrâta sur âjnâ. Revenir en trâta-
ka et respirer de façon prânique en allongeant progressive
ment le souffle.
Stopper, pour porter ensuite une partie de la
consciencesur sahâsrara.Sentir la relation entre les deux
chakras.
Situé au point source, se détendre sur sahâsrara.
Tiacer ensuite l'image d'un cône qui a pour sommet
le point sourceet dont la base se trouve sur f infini au-des-
sus de la tête. Sahâsraraest indus dans ce cône, près du
sommet.
Inspirer au point source et expirer longuement, Ia
consciencemontant en hélice à l'intérieur du cône jusqu'à
l'infini, dans le sens précis des aiguilles d'une montre.
Celle'ci est placéeau-dessusde la tête, le cadran vers le bas.

-1 3 5 -
EXP IN5P

Inspirer en redescendanten sens inverse jusqu'au


point source.
IJne autre image peut être utilisée Pour préciser le
sens de Ia montée. On visse en montant sur l'expir et on
dévisseen descendantsur l'inspir
S'exercer en respirant longuement et finement de
façon prânique. La respirationdevient de plus en plus sub
tile. l,iexerciceévolue, intéressantle plan de l'énergie puis
celui du mental.
Cet exercice est très puissant. Il doit être dosé. Les
pratiquants hyper-sensibiliséspar des médicaments ou des
drogues doivent être prudents ou même s'en abstenir.
Dans tous les cas il faut tonifier âjnâ au départ, car il est
important de rester vigilant et constamment maître de la
situation. Ajnâ, dans lequel résident les forces de volition,
est dans ce cas très utile.
Après un temps d'appréciation au point source,reve-
nir se détendre précisément sur âjnâ. Puis, suivant Ie pro-
cessusrecommandé,revenir sur manipûra,le chakra abdo-
minal, pour respirer fortement de façon diaphragmatique.

-136-
Enfin, reprendre consciencede l'ambiance frontale et après
l'avoir appréciee, ouvrir lentement les paupières pour
reprendre consciencede l'ambiance externe.

2 - En position assisede votre choix, réaliser l'aplomb


du corps et le calme du mental. Maintenir les paupières
abaisséeset tmdre les bras sans raideur, en appui sur les
genoux. Se détendre sur l'ambiance frontale.
En témoin assister à la respiration. Puis pratiquer
quelques instants le mouvement du regard intérieur syn-
chronisé avec la respiration, la consciencese déplaçant de
bas en haut sur inspiration et de haut en bas sur expiration.
Allonger le souffle en respirant finement de façon
prânique par les deux narines.
Puis laisser la consciencepartir sur l'infini au-dessus
de votre tête sur une lente et longue inspiration, sansaucun
effort et revenir de même dans votre corps sur l'expiration.
Petit à petit, allonger les temps d'apnée inspiratoire et
d'apnée expiratoire, sans compter, avec aisance,sans qu'il
y ait la moindre crispation. Ce ne peut être réalisé que si le
lâcher-prise est suffisamment profond.

3 - Lorsqu'on a obtenu l'aisance dans cet exercice,


pendant l'apnée inspiratoire (kumbhâka intérieur) diriger
la consciencesur la gauche et visualiser une sphère lunai-
re, avec sa couleur caractéristique.En mobilisant les sens
subtils capter cette ambiance. La respiration se fait par la
narine gauche.Expirer en descendantla consciencedans la
moitié gauche du corps. Marquer en bas l'apnée expiratoi-
re (kumbhâka extérieur) en appréciant l'ambiance du côté
gauche du corps. Répéter cette respiration le temps néces-
saire pour le réaliser avec facilité et ressentir effectivement
l'ambiance tamasique dans la moitié gauche du corps.
Faire de même à droite en visualisant une sphère
solaire sur l'infini à droite durant l'apnée inspiratoire.
Enfin reprendre l'exercice en respirant par les deux
narines et en visualisant simultanément sur l'infini les

-1 3 7 -
deux sphères lunaire et solaire pendant llapnée inspiratoi-
re.

4 - Après s'être familiarisé avec ces respirations et


avoir obtenu l'aisance dans les respirations polariséesalter-
nées,on pourra s'entraîner aux prânâyâmas suivants:
Se concentrer sur la sphère lunaire, puis sur son prin-
cipe en son centre. Mobiliser les indriyas simultanément.
Cette concentration sur le principe est un ékagrata.
Lorsqu'on a pratiqué les trois degrés de concentration
(faible, moyen ou fort) en dosant l'intervention de la volon-
té, on l'ajoute suivant ce qu'on désire obtmiç à cette
concentration de la pensée dans sa forme trâtaka ou ékâ-
gratâ).(6)
Prânâyâma:
Pûraka mobile sur le principe lunaire. En passant par
sahasrâra gauche tenir le kumbhâka intérieur sur âjnâ et
faire le réchaka dans l'ambiance interne gauche.
Kumbhâka extérieur sur cette ambiance pour l'apprécier.
Le pûraka mobile consiste à inspirer sur le principe
lunaire en prenant un prâna puissant et qualifié et, tout en
continuant à inspirer, diriger la consciencesur sahasrâraen
pénétrant sur sa gauche.Ainsi la respiration se fait unique
ment par la narine gauche.
Répéter ce prânâyâma plusieurs fois pour l'améliorer
en se détendant entre chaque.
Faire de même en puisant l'énergie sur le principe de
la sphèresolaire.

Têrminer en puisant l'énergie lunaire-solaire à l'aide


d'un pûraka double: 7/2 inspiration gauche et 1./2 inspi-
ration droite. Kumbhâka intérieur sur âjnâ en passant par
le centre de sahasrâra. Réchaka dans la totalité de l'am-
biance interne.

(6) Yoga de l'énergie, 27èmeleçon - Roger Clerc - Ed. Le Courrier du


Iivre. Paris.

-138-
5 - S'entraîner ensuite à utiliser les crosses frontales
pour capter prâna avec davantage de puissance.
Prânâyâma:
Comme préédemment, après avoir mobilisé simulta-
nément les indriyas en ékâgratâ sur le principe de l'am-
biance lunairg faire un ptraka mobile pour iunener prâna
qualifié sur âjnâ en passant par sahasrâra, tout en enrou-
lant la crossesur le frontal gauche. Kumbhâka intérieur sur
âjnâ et réchaka sur l'ambiance interne gaudte, etc.

Faire de même à droite, après s'être concentré sur le


principe solaire, en enroulant la crosse sur le frontal droit.

Terminer avec un pûraka triple: après concentration


simultanée sur les deux principes lunaire et solaire, 1/3
inspiration gauche en enroulant la crosse sur le frontal
gauche, 1/3 inspiration droite en enroulant la cnossesur le
frontal droit, et 1,/3 inspiration par les deux narines en
enroulant simultanément les deux crossessur leur frontal
respectif.

6 - Utiliser simultanément les crossesfrontales et les


crossesabdominales.
Prânôyârna:
Comme précédemment, après concenfiation sur le
principe de l'ambiance lunaire, pûraka mobile en prenant
prâna sur cette ambiance pour l'amener sur âjnâ en kumb
hâka intérieur, mais en enroulant simultanément la crosse
frontale gauche et la crosseabdominale du même côtÇ une
partie de la conscience sur testicule ou ovaire gauche.
Réchakasur l'ambiance interne gauche,etc.

Faire de même à droite, après concentration sur le


principe de l'ambiance solaire, en enroulant simultanê
ment la crosse frontale droite et la crosse abdominale du
même côtÇ en portant une partie de la conscience sur tes-
ticule ou ovaire droit.

-1 3 9 -
Terminer avec un pûraka triple, après une concentra-
tion simultanee sur les deux principes lunaire et solaire:
1/3 inspiration gauche en enroulant simultanément la
crosse frontale gauche et la crosse abdominale du même
côté, en portant une partie de la consciencesur testicule ou
ovaire gauche, 1/3 inspiration droite en enroulant simulta-
nément la crossefrontale droite et la crosseabdominale du
même côté, en portant une partie de la consciencesur tes-
ticule ou ovaire droit, 1/3 inspiration simultanée gauche et
droite, la consciencese déplaçant de haut en bas dans le
dos et remontant sur le ventre (plan sagittal) l'attention
englobant la totalité du sexe.(exercice35).

7 - Ajouter la respiration barattée.


Prânâyâma:
Reprendre le pûraka ftiple corune dans l'exercice
précédent.

a) * Concentré sur le principe de l'ambiance lunaire,


pûraka sur ce principe. En pûraka mobile, 1/3 d'inspira-
tion par la narine gaucheen enroulant simultanément cros-
se frontale et crosseabdominale gauches,une partie de l'at-
tention sur testicule ou ovaire gauche.
* Concentré sur le principe de l'ambiance solaire,
pûraka sur ce principe. En pûraka mobilg 1/3 d'inspira-
tion par la narine droite en enroulant simultanément cros-
se frontale et crosseabdominale droites, une partie de l'at-
tention sur testicule ou ovaire droit.
* Concentré simultanément sur les deux ambiances
lunaire et solaire,1/3 d'inspiration par les deux narines,la
consciencese déplace de haut en bas dans l'axe du dos
pour remonter dans le plan sagittalsur l'axe du ventre,l'at-
tention englobant la totalité du sexe.

b) Kumbhâka intérieur en barattant le ventre de droi-


te à gauche,en faisant trois tours dans le senspéristaltique
des intestins et en prononçant mentalementle mantra:

-140-

\
OM - MAI{I PADME - HUM
Le HUM se termine en remontant sur la droite.

c) Réchaka en expirant par les deux narines. Tout le


temps d'une longue expiration,la penséeconduit l'énergie
sur mûlâdhâra en percutant ce chakra et en prononçant
mentalement le mantra LAM puis, de façon continue, suit
le trajet des deux nâdîs principales, idâ et pingalâ, qui
montent en s'enroulant autour de la colonne vertébrale.
Continuer à expirer en déroulant les deux crossesfircntales,
ce qui en sortant par sahasrârapropulse prâna vers l'infini.
Ainsi se réalise le circuit de l'énergie prise à sa sour-
ce, passant en nous et retournant à cette source cosmique.
Remarque.
Jene peux, dans ce livre sur la respiration, m' étendre
sur le corps de l'énergie. Cela a été fait dans des ouvrages
précédents.(7)
Il me paraît toutefois indispensable de revenir suc-
cinctement sur le trajet des deux nâdîs idâ et pingalâ utili-
sé dans cet exerciceimportant.

Idâ, nâdî lunaire, part de Ia gauche de mûlâdhâra et


s'enroule en spires autour de la colonne vertébrale en fai-
sant trois tours et demi dans le sens des aiguilles d'une
montre, celle-ciétant vue à plat devant soi.
Pingalâ, nâdî solaire,part de la droite de mûlâdhâra
et s'enroule dans le même sensque idâ.
Si l'on imagine la colonnevertébraleen transparence,
idâ et pingalâ paraissent se croiser. Il n'en est rien car au
même moment l'une est devant et l'autre derrière cette
colonne vertébrale.

(7) Yogade l'énergie.Roger Clerc - Ed. Le Courrier du Uvre. Paris.


Trenteleçorssur la concentration.Roger Clerc - Ed. Cariscript. Paris.
L'enseignement du yogade l'nergie. Seconildegré- Roger Clerc - Ed.
Cariscript. Paris.
Un cherninpourl'ère nouoelle.Roger Clerc - Ed. Cariscript. Paris.

-L 4 L _
i\

l
DESSINDE ROBERTCOURæN

-7 42-
Ces deux nâdîs se croisent sur âjnâ pour sortir res-
pectivement par la narine gauche et la narine droite. La
dernière partie du trajet, dans le plan sagittal à partir de la
colonne vertébrale, constitue le demi tour. Les rois tours
sont comptés autour de la colonne vertébrale dans le plan
frontal.
Pour sensibiliser ces deux trajets, s'entralner d,abord
à déplacer la conscience. Mettre ensuite la respiration.
Inspirer sur le point de départ sur mtlâdhâra, à gauche ou
à droite, et expirer en montant avec la consciencechargée
de prâna dans la nâdî choisie.

Remarque
importante:

Il me paraît opportun de revenir maintenant à la puri-


fication de ces nâdîs dont je vous ai entretenus précédem-
ment. Iiénergie pure que nous allons puiser à la source cos-
mique doit circuler logiquement dans des circuits eux-
mêmes exempts d'impuretés. ]e vous ai signalé l,intérêt de
la pratique quotidienne de la série des dix-huit mouve-
ments préliminaires pour purifier l'ensemble du corps de
l'énergie.
Au stade où nous en sommes maintenant, il convient
de purifier consciemment cesdeux nâdîs principales.
C'est en utilisant dur chacune de ces nâdîs trois prâ-
nâyâmascoloréssuccessifsde la façon suivante: (8)

Pour Idâ:
a) se concentrer au coin de l'æil gauche (point de
départ du méridien de la vessie).Visualiserblanc. ptraka
mobile en maintenant la visualisation de ce blanc sur le tra-
jet du méridien et en descendant à gauche de la colonne
vertébralejusqu'au bas.

(8) L'enseignementdu yoga de l'érurgie seconddegré- R. Clerc - Ed.


Carirript. Paris.

-1 4 3 -
Kumbhâka intérieur en maintenant le blanc.
Réchaka mobile en conduisant ce blanc dans Idâ,
autour de la colonne vertébrale. Ressortir Par la narine
gauche.
b) Revenir au coin de l'æil gauche.
Puraka mobile jusqu'au bas de la colonne vertébrale,
à gauche en drainant les impuretés. Iæ blanc devient gris
sale.
Continuer à drainer les impuretés en réchaka, en
remontant dans Idâ. Terminer en rejetant le tout à I'extê
rieur, par la narine gauche.
c) Revenir au coin de l'æil gauche.Visualiser un blanc
brillant, très pur. Par un prânâyâma semblable aux précê
dents, diriger ce blanc lumineux, maintenu en concentra-
tion, sur le circuit d'idâ.

Pour Pingalâ:
Même pratique en partant du coin de l'æil droit Pour
conduire le blanc, puis Ie blanc devenant gris, et pour finir
en blanc lumineux, en bas de la colonne vertébrale à droi-
te.
Remonter ensuite dans Pingalâ, autour de la colonne
vertébrale pour sortir par la narine droite.

Remarque:Il est reconun:rndé au pratiquant, dès que


sa concentration s'intensifie, de purifier Idâ et de la revita-
liser en la ctrargeant d'énergie lunaire, immédiatement
après. Puis de faire la purification de Pingalâ seulement
ensuite.
La purification consécutive des deux nâdîs risque en
effet de troubler plus ou moins profondément Ie pratiquant
si sa concentration est forte, mais sa maîtrise insuffisante.
En effet, si le blanc purifie il ne faut pas oublier qu'il neu-
tralise également.

8 - Dans une position assisede votre choix, réaliser


l'aplomb du corps et le calme du mental. Ce dernier peut-

-tM -
être réalisé rapidement avec le prânâyâma coloré de gris
fumeux.
Respirer finement de façon prânique. A l'aide du
regard intérieur et du déplacement de la conscience,allon-
ger progressivement le souffle. Lâcher prise de plus en plus
profondément tout en restant vigilant sans le moindre
effort.
Le travail qui suit n'est possible que si cet état d'être
est réalisé sur les plans de conscienceles plus subtils.

Se concentrer sur le triangle des narines, conscientdu


souffle et de prâna.
Porter une partie de la consciencesur le sommet des
narines et l'autre sur le plan supérieur situé sur l'infini au-
dessusde la tête. Resterconscientde la respiration, et enre
gistrer dans la mémoire le taux de fréquence vibratoire très
élevé de prâna et l'ambiance qui résulte de cette respiration
spécifique.

Se concentrer simultanément sur la pointe de la nari-


ne gauche et sur le plan supérieur gauche sur l'infini.
Respirer et rester suffisamment pour pouvoir apprécier
l'ambiance résultante et l'enregistrer dans la mémoire.

Faire de même sur la narine droite et le plan supérieur


droit.
Reprendre pour terminer la respiration du début avec
la consciencesur la pointe des deux narines et le plan supê
rieur sur l'infini. Apprécier la modification de l'ambiance.
Faire le même travail en répartissant la consciencesur
le milieu des narines et Ie plan moyen sur l'infini.
Puis sur le bas des narineset le plan inférieur sur l'in-
fini.
Reprendre ce travail jusqu'à obtenir avec la rapidité
d'exécution une parfaite différenciation des ambiances.

i
-L 4 5 -
I
II
I
9 - Ajouter les trois couples de triangles frontaux.
Former le riangle frontal de commandement. Se
concentrer sur les deux triangles supérieurs en respirant de
façon prânique.
Puis successivementsur les deux moyens et sur les
deux inférieurs afin de sensibiliser et de différencier ces
trois couples de triangles.
Lorsque la sensation sera nettement acquise entre les
triangles inférieurs et le physique, puis les triangles
moyens et le psychisme etPour terminer les fiangles supê
rieurs et le spirituel, relier chaque groupe au plan qui lui
correspondsur l'infini.
Rester sur chacun en respirant pour, toujours de la
même façon, apprécier l'ambiance qui les caractérise, et
que la mémoire s'en imprègne.
Il sera relativement facile pour terminer, de prendre
consciencesimultanément de la respiration qui en résulte
aux trois niveaux des narines.

10 - Liaison: plans sur l'infini - triangles frontaux -


niveaux des narines.
Prânâyâma:
Pûraka triple: 1/3lunaire sur la gauchedu plan supê
rieur sur l'infini, en relation avec le triangle supérieur
gauche frontal et la pointe de la narine gauche, en enrou-
lant la crosse autour du centre de ce triangle supérieur
gauche frontal. Inspiration par la narine gauche.
1/3 solaire sur la droite du plan supérieur sur l'infini,
en relation avec le triangle supérieur droit frontal et la
pointe de la narine droite, en eruoulant la crosseautour du
centre de ce triangle supérieur droit frontal. Inspiration Par
la narine droite.
1/3 lunaire - solaire,en inspirant par les deux narines
sur la totalité du plan supérieur sur l'infini, en relation avec
le couple des triangles supérieurs frontaux et la pointe des
narines, - en enroulant simultanément les deux crosses
autour du centre de ces deux petits triangles.

-t4 6 -
)

-r47 -
Enchaîner aussitôt, conune pour la respiration synco-
pée, avec le prânâyâma suivant:
1/3 lunaire sur la gauche du plan moyen en relation
avec le triangle gauche au centre du front et la narine
gauche en son centre, en enroulant la crosse autour du
centre de ce petit triangle. lrspiration par la narine gauche.
1/3 Solaire sur la droite du plan moyen, en relation
avec le triangle droit, au centre du front et la narine droite
en son centre,en enroulant la crosseautour du centre de ce
petit triangle. Inspiration par la narine droite.
1/3 lunaire'solaire, en inspirant par les deux narines
sur la totalité du plan moyen sur l'infini, en relation avec
les deux triangles au centre du front et le milieu des
narines, en enroulant simultanément les deux crosses
autour du centre de ces deux triangles.

Enchaîneraussitôt avecle prânâyâmasuivant:


1/3 lunaire sur la gauche du plan inférieur, en rela-
tion avec le petit triangle gauche inférieur du triangle fron-
tal et le bas de la narine gauche, en enroulant simultanê
ment les crosses:
a) frontale, autour du centre du triangle gauche infê
rieur,
b) abdominale, sur le côté gauche de l'abdomen, dans
Ie plan frontal, une partie de la conscienceportée sur testi-
cule ou ovaire gauche. Respiration par la narine gauche.

1/3 solaire sur la droite du plan inférieur, en relation


avec le petit triangle droit inférieur du triangle frontal et le
bas de Ia narine droite, en enroulant simultanément les
crosses:
a) frontale, autour du centre du triangle droit infê
rieur,
b) abdominale sur le côté droit de l'abdomen, dans le
plan frontal, une partie de la conscienceportee sur testicu-
le ou ovaire droit. Respiration par la narine droite.

-1 48-
1/3 lunaire-solaire en inspirant par les deux narines
sur la totalité du plan inférieur sur l'infini, en relation avec
les deux triangles inférieurs réunis et le bas des narines, en
enroulant les crosses:
a) frontales, autour du centre de chacun des deux tri-
angles inférieurs,
b) puis la crossedans le plan sagittal, la hampe des-
cendant dans l'axe du dos pour s'enrouler sur le devant,
une partie de la conscienceenglobant tout le sexe.

Kumbhâka intérieur en barattant le ventre de droite à


gauche dans le senspéristaltique des intestins, de droite en
montant, à gauche en descendant, environ trois tours. En
prononçant mentalement le mantra "Om Mani Padme
FIum", le Hum se termine au milieu du gros côlon trans-
verse, en haut du cercleou de I'ellipse décrite lors du mou-
vement du ventre.

Réchaka,le souffle percutant mûladhâra en déplaçant


la consciencedu haut du côlon transverseau centre du cha-
kra en prononçant mentalement le mantra "LarrL"!

fe conçois que cesprânâyâmas puissent paraitre com-


pliqués, voire aberrants aux néophytes. Pourquoi faire
compliqué lorsqu'on peut faire plus simple !
C'est cependant un principe bien connu qu'il est
nécessaired'entrer dans l'analyse avant de pouvoir faire la
synthèse.C'est aussi l'exemple de tout ce qui entre dans le
monde du créé.Le "bindu" en sanscritn'est-il pas le point,
l'origine, mais aussi la quintessence,l'ultime perfection,
l'absolu.
Autrement dit Cest le point de départ de toute créa-
tion, mais Cen est aussi l'aboutissement. Entre ces deux
points il y a l'évolution qui commencedans la multiplicité.
C'est l'analyse à laquelle succédera Ia synthèse pour

-L 4 9 -
h,:f5frïiit;; =
u n e r csp tr.ti ondc8rehrna
+ - - - -

Le m eni feté
+ .- - - - - Cyr h d cto u tecéati on

retrouver à la fin l'unité. C'est bien le processusde toute


manifestation dans le monde de la forme, symbolisé par
deux conques assembléespar leur base.

J'ai depuis des décennies préconisé un pr&yoga


avant d'entrer véritablement dans la voie du yoga. On
n'était pas d'accord autour de moi, à cette époque. Il a bien
fallu admettre, après des annéesd'enseignement du yoga
en occident, que Ia plupart des élèves qui se présentaient à
nous avaient, dans un premier temps, un besoin évident de
se recentrer étant donné leur dispersion. Il leur fallait,
avant tout, retrouver leur centre de gravité dans le ventre
ainsi que leur centre de commande dans la tête.
Aller à l'encontre de ce principe, Cest commettre une
grave erreur.
La chapitre I de ce livre s'adresseà tout pratiquant
occidental du yoga. La respiration toute simple doit jouer
un rôle important pour le rééquilibrer et le recentrer.C'est
le point de départ pour qu'il prenne consciencede son hara
dans le ventre et qu'il découvre son point source dans la
tête. Il lui faut dans un premier temps prendre conscience
d'une dualite, en devenant le témoin objectif quand il agit
pour être présent au présent. C'est primordial. le ne suis

-1 5 0 -
pas le corps, je ne suis pas le souffle, ni les pensées.....Qui
suis-je?.....
C'est le départ pour un long parcours dans le mul-
tiple, avant de pouvoir retrouver l'unité.
Le chapitre tr de ce livre s'adresse aux adeptes du
yoga dont la conscienceconunenceà édater au-delà de leur
schémacorporel.
Cette conscienceest capable de produire des pulsa-
tions qui s'étendent jusqu'à l'infini, au-dessusde leur tête.
Ils abordent "l'éternel retour". Surtout pas de précipita-
tion !
Mais la technique est là. Elle a fait sespreuves.Tout ce
que je tente d'expliquer, je l'ai réalisé sans aucun don spê
cial. Inutile d'être surdoué. Il faut un travail persévérant,
sans se lasser.Mais la lumière est au bout du tunnel et cha-
cun de vous a en lui tout ce qu'il faut pour évoluer dans ce
sens.Simplement il faut le vouloir et être persévérant.

fe suis toujours émerveillé et béat d'admiration,


comme un enfant, devant les prouessesdes gens du cirque,
qu'ils soient jongleurs ou acrobates.Je ne peux m'empè
cher de penser à l'ascèse rigoureuse de ces êtres, à leur
entraînement quotidien indispensable pour obtenir cette
maîtrise et ce dépassementd'eux-mêmes.fe me senspénê
tré d'humilité devant ces hommes et ces femmes qui ne
prétendent pourtant pas être exceptionnelset cependant.....
Quand, au trapèze volant, un voltigeur, homme ou femme,
après avoir exécuté dans les airs un ou deux sauts
périlleux, se retrouve happé par son partenaire, quelle
émotion pour nous, mais aussi de leur part, quelle préci-
sion et quelle maîtrise!

fe ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre ces


gens et les yogins. Dans la pratique du yoga il faut com-
mencer par le commencement: chapitre I. Et puis il y a les
persévérantsqui accèdentau chapitre tr.

- 1 5 1-
11 - Enfin la liaison avec la SourceCosmique.

Reprendre l'exercice précédent avec les mêmes ptra-


kas successifs,en prenant prând sur les trois plans sur l'in-
fini au-dessusde la tête, en liaison avec les triangles fron-
taux et les narines, et en utilisant les crossescorune il est
décrit dans cet exercice10.
Le kumbhâka intérieur est le même en prononçant
mentalement les mantras.
Le réchaka par contre va se prolonger de façon spec-
taculaire. Doù un entraînement pour expirer finement en
dosant l'expulsion de prâna dès le départ, afin de prolon-
ger suffisamment l'expiration qui se fait avec la conscience,
laquelle se déplace sur un long trajet.
En effet, après avoir percuté mtlâdhâra, continuer à
expirer,la conscienceremontant dans les deux nâdîs idâ et
pingalâ qui s'enroulent trois tours et demi autour de Ia
colonne vertébrale. Arrivé au frontal, dérouler les deux
crossesfrontales et sortir par sahasrâra,au trou de brah-
man.
Le déroulement des crosses donne une puissance
extraordinaire à prâna qui est propulsé vers le haut.
IJexpiration se poursuit, et c'est la pensée, l'un des élê
ments de la conscience,qui véhicule ce prâna jusqu'à la
SourceCosmique d'où il est issu.
Ainsi se réalise la liaison avec cette source d'énergie
primordiale.

12 - ajouter les mudrâs d'inspiration et d'expiration.

En position assisede votre choix, tendre les bras sans


raideur,les mains ou les avant-brasreposant sur les genotrx
suivant votre morphologie.
S'entraîner pour corunencer à exécuterles mudrâs en
joignant certains doigts, les autres restant tendus, dans le
but d'accélérerla circulation de prâna dans les bras suivant
l'inspiration ou llexpiration. Mon propos dans cet ouvrage

-r52-
n'est pas de m'étendre sur ce travail précis sul le corps de
l,énergie. ]e me contenterai d'explications succinctesnéces-
sairespour l'exécution de cette liaison'
Les yeux ouverts, fermer le poing dtit et porter fat-
tention sur la main gauche, la paume de la main dirigfu
vers le sol.
Les doigts tendus, replier le médius et le pouce en les
faisant se jùndre sur lË côté de chaqu" -olgl: .(bord
unguéal). Uénergie yang monte dans l,auriculaire à l,extê
rieir, dans l,annùtuiie eid"t s l'index. C'est le mudrâ d'ins-
piration.
Tourner la Paume de la main vers le haut' Laisser
l'auriculaire tendu et supprimer le contact entre le médius
et le pouce. Ces deux doigts se tendent, tandis que vous
repliez l'index et l'annulÀit" tt"ts le creux de la main'
à
IJànergie inn descenddans le pouce et le médius ainsi qu
l,intérilur de l,auriculaire. C'est le mudrâ d'expiration.

Encoreunefois,cestlaperrseequiconduitl,énergie
sur l'un ou l'autre de ces circuits'

-1 5 3 -
IN5P

Se familiariser avec cesdeux mudrâs pour obtenir un


automatisme suffisant. Faire de même sur la main droite.
S'entraîner ensuite les paupières abaissées.
Puis, toujours les yeux fermés, pratiquer le trâtaka
alternativement sur les trois doigts tendus dans chaque
mudrâs; ensuite sur chaquedoigt séparément.
Enfin, exécuter la même chose simultanément sur les
deux mains en position d'inspiration puis d'expiration.

Lorsqu'un automatisme suffisant est obtenu,


reprendre l'exercice précédent Noll. pour se relier aux
sources.

-1 54-
Dans la position assise,fermer le poing droit et mettre
la main gauche tournée vers le sol, les doigts en position
d'inspiration méridienne.
En inspirant par la narine gauche,1/3 pûraka sur la
gauche du plan supérieur, etc.
Fermer le poing gauche et mettre la main droite tour-
née vers le sol les doigts en position d'inspiration méri-
dienne. Inspirer par la narine droite 1/3 pûraka sur la droi-
te du plan supérieur, etc.
Mettre les deux mains tournées vers le sol,les doigts
en position d'inspiration méridienne. En inspirant par les
deux narines, 1/3 pûraka sur l'ensemble du plan supérieur,
etc.
Sur Ia même inspiration, faire de même sur le plan
moyen, puis sur le plan inférieur.
Sur ce dernier, ne pas oublier l'action des crosses
simultanémentsur le frontal et sur l'abdomen.
Pendantle kumbhâka intérieur,en barattant,lesdeux
poings sont maintenus fermés. Fin de kumbhâka tourner
les deux mains vers le haut en mettant les doigts en posi-
tion d'expiration méridienne.
Maintenir les deux mains dans cette position tout le
temps du réchaka.

A la fin du réchaka, la consciencemaintenue sur la


source cosmique, durant le kumbhâka extérieur, entrecroi-
ser les doigts, pouce et index de chaque main réunis sur le
bord unguéal formant ainsi deux "U' se touchant. Tourner
les paumes de mains vers le haut, corune pour soutenir le
ventre, les dos de mains posés sur le haut des cuisses.
Ramener les coudes dans le plan frontal.

Lorsque I'adepte aura bien maîtrisé cette liaison avec


la SourceCosmique, sa respiration dans le kumbhâka extê
rieur sera superficielle, osmotique. C'est alors un reel état
de méditation sur le cosmos,hors du temps.

-155-
Il doit toutefois rester vigilant et, lorsqu'il décide de
revenir, il doit le faire suivant un processusrigoureux, par
étapes.
La position des mains, doigts entrecroisés,reste la
même.
Ler prânâyâma:Ptraka triple sur l'ambiance créatrice
en utilisant les crossesfrontales. Kumbhâka intérieur au
point source, au centre de l'esprit. Réchaka en percutant
âjnâ et en diffusant l'énergie à travers Ie cône ajnique sur
l'ambiance frontale. Kumbhâka extérieur sur cette ambian-
ce.
2 ème prânayâma:Pûraka sur l'ambiance frontale.
Kumbhâka intérieur sur âjnâ. Réchaka dans l'ambiance
interne.
Concentration dans Ie ventre et trâtaka sur manipûra
dans Ie corps de l'énergie. Accentuer consciemment la res-
piration abdominale qui s'est réalisée naturellement. On
emploie ainsi un prâna dense qui vibre à un taux de frê
quence peu élevé pour alimenter le corps physique.
Pratiquer le mouvement du regard intérieur avec
déplacement de la consciencede bas en haut et vice versa.
Ainsi se réalise une respiration complète qui équilibre tous

-156-
les plans de conscience.On peut alors, sans inconvénient,
revenir se détendre un instant sur l'ambiance frontale.
Après avoir apprécié son évolution ouwir lentement les
yeux.
C'est une bonne habirude que de s'habituer à éviter
tout mouvement brusque de la conscience.Ainsi porter
50Vode la conscienceà l'extérieur en conservantï}Vo à l'in-
térieur. Puis progressivement, augmenter le pourcentage
extérieur en restant conscient dun minimum restant au
point source.C'est ainsi qu'on arrive à une reelle objectivi-
té et à une grande maîtrise, prêt à se réfugier instantanê
ment au centrede l'esprit.
Remarque:
]'ai employé ci-dessusl'expression "pûraka triple sur
l'ambiance créatrice".fe m'en explique:
Si l'on tient compte de la double polarité de prâna et
de ses trois modalités d'expression, les trois gunas, la
représentation de cette énergie devient un triangle. Il a
comme base à gauche l'énergie tamasique lunaire C) et a
droite l'énergie rajasiquesolaire (+). Au sommet est l'éner-
gie sattvique (=).
Ce triangle symbolique a une grande importance
pour capter l'énergie à sa source.C'est là que prâna a une
puissanceconsidérableet des qualités indescriptibles.
Le pûraka triple sur l'ambiance créatrice ou la source
cosmique consistedonc à puiser prâna 1/3 sur la source
lunaire à gauche de la base du triangle, 1/3 sur la source
solaire à droite de cette base,et 1'/ 3 au sommet.

:È :È rG

II est compréhensible que Ia réalisation de cette liai-


son avec Ia source cosmique ne soit Pas un exercice Pour
débutant en yoga. A ce stade la maîtrise du souffle n'est
pas imaginée. C'est une réalité qui est la résultante de Ia
maîtrise du corps et de celle de la pensée.Le déveloPPe
ment des senssubtils et I'assouplissementde la conscience,

-t57 -
avec son développement au-delà de la forme, sont inclus
dans ce programme. Cet exercicefait partie de l'enseigne
ment du yoga de l'énergie que j'ai dénommé: seconddegré.
C'est pourquoi les douze exercicesdécrits ci-dessus
ne sont pas à apprendre, mais à exécuter de nombreuses
fois et dans l'ordre établi pour respecter la progression. Il
faut assimiler chacun d'eux avant de passer au suivant.
Ainsi chacun peut demander un mois de travail assi-
du, ce qui fait une année pour réaliser les douze, c'est-à-
dire cette liaison effective et non imaginee avec la source
cosmique. Et croyez moi le jeu en vaut la chandelle!

-1 58-
U ENSEIGNEMENT DE LA RESPIRATION:
INCIDENCE DES TEMPERAMENTS

Il y un point important sur lequel je désire attirer


l'attention" des enseignants du yoga en occident. A ma
connaissanceil n'est pas tenu compte du tempérament du
pratiquant lorsqu'on lui enseignela respiration.
Or j'ai sur ce sujet une longue expérience et j'ai eu
maintes fois l'occasion de noter des observations qui ont
leur importance.
Voici, pour la compréhension de ce que je vais expo-
ser, un rappel succinct de quelques notions bien connues
sur les tempéraments. (9)
C'est quatre siècles avant |ésus Christ qu'en Grèce,
Hippocrate et Galien les premiers, différenciaient quatre
types de tempéraments définissant des tendances mala-
dives, caractérielles, fonctionnelles suivant les individus
ainsi dassés.
Aujourd'hui encore cette dassification en lympha-
tique, sanguin, nerveux, bilieux est toujours employée.
Chacun de nous est un mélange de ces quatre tempê
raments dans des proportions différentes. Et comme avec
sept notes en musique on compose un nombre ilimité
d'ceuvres musicales différentes, ces quatre tempéraments
entrent dans la constitution de millions d'individus qui ne
se ressemblentpas.
Chez certains domine nettement l'un des quatre tem-
péraments. C'est assez rare. Plus souvent deux tempéra-
ments dominent les deux autres: sanguin-nerveux ou ner-
veux-sanguin ou encore bilieux-sanguin ou sanguin-
bilieux ou nerveux-biieux et bilieux-nerveux. Plus rare
ment également trois tempéraments dominent le quatriè
me. On a dans ce cas un individu très equilibré.

(9) Diagnostic de la personnalité - R. Clerc - Ed. Le Courrier du Liwe.


Paris.

-1 5 9 -
Il est possible, par l'étude de cesdivers tempérament,
de mieux connaître les tendancesdu sujet que l'on a devant
soi.
Pour ce qui nous intéresse, il faut savoir qu'il n'y a
pas de type "franC, puisque chacun de nous est forcément
un mélange des quatre tempéraments.
Mais chaque type franc a ses caractéristiques et, avec
l'habitude, on arrive à déceler et à interpréter le mélange
des tempéraments et la résultante des tendances.
Le lymphatique étant donné sa morphologie a, de
façon innee, une respiration basse,abdominale et superfi-
cielle. C'est un digestif souvent obèse.
Le sanguin a une respiration moyenne, diaphragma-
tique et profonde. C'est un respiratoire et un actif.
Le nerveux a une respiration haute et de faible ampli-
tude pour alimenter essentiellementson cerveau, car Cest
un Penseur.
Le bilieux a une respiration complète et profonde.
C'est un réalisateur et un actif.

Prenons l'exemple d'un cours de yoga composé de


dix élèves.Ils sont forcément de tempéraments différents.
Supposons qu'il y ait un lymphatique dominant,
quatre sanguins, trois nerveux et deux bilieux. Ils ont
comme professeur un bilieux très autoritaire et très directif.
Celui-ci leur impose un même rythme respiratoire sans
tenir compte de leur aptitude innée à respirer plus ou
moins du ventre ou des parties moyenne ou supérieure de
la cage thoracique, sans s'occuper si ce rythme n'est pas
trop rapide ou trop lent et n'est pas susceptible de pertur-
ber leur équilibre.
Evidemment l'idéal serait le cours particulier donné
par un professeur qualifié et ayant appris à différencier les
tempéraments.
Pratiquement, actuellement en occident, le cours par-
ticulier est limité à des élèvesfortunés ou n'est pas rentable
pour des enseignants dont la profession se limite exdusi-

-160-
vement à cette discipline. Quant à trouver un professeur
qui utilise les tempéraments, Cest à ma connaissancePeu
répandu.
Il reste à éduquer les professeursde yoga Pour qu'ils
puissent, en connaissantmieux leurs élèves,mieux les diri-
ger et les conseiller suivant leur constitution morpholo-
gique et les particularités respiratoires qui en résultent.
Dans tous les cas,faire preuve d'une intelligente com-
préhension pour ne pas brutaliser l'élève. Eviter trop de
directives volontaristes pour leur imposer un rythme
contraire à leur constitution tempéramentale. Mais alors
comment faire direz-vous ?
On peut toujours mettre en pratique, conune je l'ai
expliqué dans Ie chapitre I, la relation gesteet respiration.
A un gesteprécis correspond une respiration spécifique.
Le yoga est différent de la gymnastique. Cette apprê
ciation n'est pas un jugement et ne minimise pas la valeur
de la gymnastique pour un grand nombre d'individus.
Mais tandis que la pratique de la gymnastique se fait le
plus souvent sous l'autorité du professeur,en cadencePour
Ie groupe, en yoga le pratiquant recherchesa posture. C'est
celle qui convient à sa constitution personnelle puisqu'il
doit y ffouver l'aisancedans la fermeté.Nous sommesainsi
bien d'accord avec Ia tradition de cette discipline. Alors
pourquoi vouloir imposer à un groupe de pratiquants un
rythme unique? Aller jusqu'à utiliser un métronome pour
plus de précision me semble la manifestation d' un esprit
bien occidental reniant l'esprit même du yoga et sa tradi-
tion !
A l'inverse, engager le pratiquant à se prendre en
charge et à prendre consciencede sa respiration naturelle,
automatique, de celle qui est régie par son systèmenerveux
sympathique, me semble sage. C'est lui-même qui sur les
conseils éclairés de son professeur,modifiera progressive-
ment et sansheurt sa respiration, en dehors de toute volon-
té excessive.Car le test d'un bon travail est Ie bien-être et la

-1 6 1 -
joie qui en résultent. Il ne s'agit pas daller contre sa natu-
re. Mais plutôt de faire avec.

Par exemple, le lymphatique aura intérêt à


prendre l'habitude de bien rentrer son ventre en expirant:
bien vider pour mieux remplir. Par ailleurs, il mobilisera sa
ceinture scapulaire, et des mouvements souples des
épaules développeront sa respiration haute. Il n'aura pas à
faire intervenir une volonté qui chez lui est faible. Mais des
mouvements ffès simples n'en seront pas moins efficaces
s'il arrive à prendre l'habitude de les exécuter chaquejour.
Le sanguin, avec sa respiration diaphragmatique,
développera très facilement une respiration complète,
donc équilibrante, grâce à une série de gestescomme dans
la série des 18 mouvements préliminaires. Tiès vite il
obtiendra le contrôle de son souffle, qui est puissant, et il
s'initiera à faire vibrer prâna pour son plus grand bien dans
la voie du yoga.
Le nerveux devra être fermement conseillé par
son professeur pour agir plutôt que de penser et de raison-
ner. Il faut lui éviter de tomber dans le piège du savoir. Le
yoga n'est pas une discipline pour remplir le mental de
connaissancesavec un petit "c". C'est une ascèsepour
transformer tout notre être, de façon vibratoire, afin de
pouvoir rejoindre le Tout dont nous sommes issus. C'est
alors atteindre la Connaissanceavecun grartd "C".
Il faut engager le nerveux à revenir dans son ventre,
dans son centrede gravité. Non pas de façon volontariste,
mais en retrouvant progressivement,impérativement, une
respiration basse.Par des gestesprécis il faut lui apprendre
à mieux respirer pour se détendre et calmer son mental qui
est trop souvent agité. La respiration a un rôle très impor-
tant pour lui, plus que pour tout autre. Mais pas de brus-
querie. Iæ mouvement du regard intérieur synchronisé
avec la respiration et le déplacement de la consciencepeut
être pour le nerveux un outil précieux.

-L62-
Quant au bilieux, qui a une respiration complète
et puissante, il faudra surtout le calmer et qu'il aPPrenne
très vite à ne pas entrer sanscesseen compétition, pas plus
avec ceux qui l'entourent qu'avec lui-même. C'est aussi un
carbonique, souvent très raide, et il est important si l'on
veut qu'il persévère en yoga, de lui faire admettre qu'il ne
prenne pas Ie lotus cotte que cotte. II faut rapidement lui
faire découvrir la véritable dimension du yoga. Alors, son
orgueil et sa volonté ramenés à un juste milieu, il devien-
dra un excellent pratiquant, très doué pour la concenEa-
tion. Mais là encore les respirations auront, Pour lui égale-
ment, un rôle primordial.

-1 6 3 -
CONCLUSION

Les manières de respirer

"Rien n'est absolu et tout est relatif". Il en est de


même pour les manières de respirer et les différentes pra-
tiques qui constituent l'art de respirer.La frontière entre les
deux ne peut être tracée de façon catégorique.
Disons que les respirations abdominale, thora"iq,r",
sous-claviculaire comme la respiration complète sont des
manières de respirer. Mais chacune de ces respirations a,
par ailleurs, une relation précise avec les chakras abdomi-
nal et ombilical ou cardiaqueou encoreceux de la gorge ou
du front. Ainsi elles participent également à l'art de respi-
rer.
Il en est de même pour les manières de respirer qui
font vibrer prâna, comme la respiration yoguini dans le
yoga de l'énergie,ou "oujja('dans certainesécoles.
Les respirations prânique, méridienne, barattée,
osmotique ou superficielle sont classéeségalement comme
manières de respirer.

Uart de respirer

Plus spécialementles respirations stimulante et puri-


fiante sont dassées dans cet art de respirer. C,est bièn là

-L 64-
notre mental inférieur, analytique qui se complaît dans
cette discrimination toute relative.
De même la polarisation de l'énergie qui entraîne les
respirations tamasique, rajasique et sattvique.
Cette qualification de l'énergie polarisee prise à sa
source devient respirations lunaire, solaire et lunaire-solai-
re, ou encore dans le yoga de l'énergie respirations shak-
tique, ishvarique et brahmique.
La respiration chakrique fait vibren les centres d'éner-
gie dans Ie corps de l'énergie. Enfin la respiration univer-
selle, en liaison avec l'ambiance créatrice,puise prâna à la
source cosmique.
C'est vraiment là un art de respirer qui mérite bien
son nom, accessibleaux seuls virtuoses qui ont découvert
tout ce qu'ils pouvaient tirer de ce merveilleux instrument
qui est en chacun de nous, mais que nous ignorons pour la
majorité d'entre nous.

Quelques conseils pour la pratique

Dans la majorité des cas l'échec sur la voie vient de


notre ego qui prétend tout comprendre, tout diriger, tout
commander.
A I'inverse d'ailleurs un véritable yogî se reconnaît à
son humilité. Sri Aurobindo l'a exprimé de façon très clai-
re: "Uego est un bon serviteur, mais un mauvais maître".
Il faut souvent un grand nombre d'annéesd'une exis-
tence mondaine ou encore un accident, une terrible mala-
die, ou la perte d'un être cher,pour qu'on ouvre les yeux et
qu'on comprenne l'importance relative de ces jouissances
terrestreset la futilité de cette constanterecherchede plai-
sirs matériels.
Cependant, des disciplines conune celle du yoga sont
là pour nous préparer à trouver notre véritable dimension.
Mais ce qu'il est nécessairede comprendre, pour éviter
toute dispersion et perte de temps, Cest que l'accès à une
autre dimension de notre consciencene peut se faire par

-1 6 5 -
une connaissance intellectuelle, uniquement liwesque.
Toute théorie doit être suivie de pratique. Tout doit être
expérimenté et vécu par soi-même, et Cest l'être dans son
tout, physique, psychique et spirituel qui doit participer à
I'expérience.
Permettez moi de rappeler à ce propos les célèbres
parolesde Bouddha,toujours valablesde nos jours: (10)
"Ne croya rien sur la foi destraditionsalors qu'ellessont
en honneurdepuisde longuesgénérationset en nombred'en-
droits. Ne croyezpæ une choseparceque beaucoupde gens en
parlent.Ne croyu,pasce que aousaousêtesimaginé,nousper-
suadantqu'un dieuoousl'a inspiré.Ne croyærien sur la sanle
autorité de oosmaîtresou desprêtres.Aprèsexamen,croya-en
ce que aous aurez expérimentéaous-mêmeet reconnuraison-
nable,et conformez-yaotreconduite."

Un deuxième axiome me semble être de veiller à


conserver l'harmonie entre les plans qui nous composent.
Développer et conserver cette harmonie; travailler et viwe
harmonieusement.
En conséquence,il est indispensable si nous sonunes
accaparésdans la journée pour subvenir à nos besoins
matériels et à ceux de notre famille, de se réserver le soir
des moments d'intériorisation.
Il est alors possible de vivre en yoga ici et maintenant,
quelle que soit notre profession, quelle que soit notre situa-
tion sociale.Le retrait hors du monde est périmé. Le quoti-
dien est notre âshram et les aléas de la vie journalière,
acceptéscomme les efgences du guru, vont nous transfor-
mer sur la voie de la véritable connaissance. C'est le
contentement.Nous allons, non pas apprendre les célèbres
yama et niyama, mais les redécouvrir et les vivre chaque
jour. Tant mieux si nous avons eu la chance de les étudier,

(10) Parolesde Bouddha dans le KalamaSûtra.

-L 6 6-
mais nous ne tomberons Pas dans le piège dune simple
intellectualisation.
Quelle satisfaction j'ai eue de lire dernièrement
ceci:(11)

"Au lieu d'apprendrepar cæur les techniquæspirituelles


deI'Orient et de læ imiterd'unemanièreentièrement chrétienne
- imitatio Christi - dansI'attitudeforcéecorræpondante, il aau-
ait
dr beaucoup mieux chercher s' il n' existe pasdans l' inconscient
une disposition introoertie, semblableà celle qui æt deoenue
principespirituel directeurde I'Orient Nozs serionsalors dans
une positionnouspermettantde construiresur notrepropreter-
rain et aaecnosproryesméthodes.
Si nous prenonsceschosesdirectementà I'Orimt, nous
wtisfaisonssimplententnotre tendanceoccidentale à acquérir,
confirmantencore"que tout ce qui est bon est à l'extérieuy''
où il faut aller le chercherpour I'introduiredansnosâmæsté-
riles.II mesernblequenousaaonsvraimentapprisquelquechose
de l'Orient lorsquenous comprenonsque la psychécontient en
elle-même suffiammentde richesses ffins dsooirêtreinflumcée
de I'exthianr, et lorsquenous nous sentonscapablæd'euoluer
hors de nous-même aoecou sans la grâcediaine. (.....) Nous
découurirons alors combiengrandeæt notrepanr de l'incons-
cient,et combienformidablessont nosrésistances. A causede ces
résistances, nousdoutonsdela choseessentielle qui semblesi uti-
denteaux Orientaux,à saaoir,lepouvoir auto-libérateurde
l'esprit introverti".

C'est pourquoi il me paraît très important, lorsqu'on


est engagédans la voie du yo9a, de prendre certaineshabi-
tudes pour rompre avec la vie trépidante dans laquelle on
a été plongé toute la journée.
Se réserver,si possible avant le repas du soir, un long
moment de détente. Sitôt rentré au logis, après un brin de

ol) Ie liare tibétaindela grandelibération- Evans-Wentz


- Ed. Adyar.
Paris.- Commentairepsychologiquepar C.G.fung.

-1 6 7 -
toilette, troquer ses vêtements de ville ou de travail pour
une tenue ample et légère. Affectionner, si possible, une
pièce ou un coin de pièce au calme et où dans la journee il
y a peu de passage.Il peut être utile et agréable d'y faire
brûler de l'encensou de la bougie blanche.
S'installer alors confortablement, selon ses possibili-
tés, mais sans minimiser l'importance de l'attitude correc-
te, le corps d'aplomb, et se détendre au centre de l'esprit.
C'est le prélude aux états de concentration et de médita-
tion. Comme on pianote, jouer avec la respiration sur tous
les plans, du plus dense vers le plus subtil.
Minimiser tout effort car il faut lâcher prise, mais en
restant extrêmement vigilant. Cesser de faire tourner ce
mental bavard qui doit progressivement s'arrêter pour
laisser la place à tout ce qui va surgir de l'intérieur. Soyez
confiant et dites-vous que dans ces instants bénis, vous
n'êtes pas seul.
Le moment venu vous serezrécompenséde votre per-
sévérance. Lorsque le fruit est mûr il tombe... ou on le
cueille!

:frÉ*

-1 68-
EPILOGUE

Le lecteur qui m'a suivi jusqu'ici a compris que la


connaissanced'une physiologie respiratoire s'adressant à
son corps dense est utile, mais que pour pénétrer plus pro-
fondément dans les plans de son être subtil, la prise de
consciencede prâna est indispensable.
C'est en effet cet élément énergétique,dont le support
est le souffle, qui va vibrer à des taux de fréquence de plus
en plus élevéspour le conduire à la sourcemême de l'éner-
gie primordiale, à la Source Cosmique.
)e vbudrais maintenant guider ce lecteur averti pour
qu'il revive avec moi, le temps d'une lecture, le parcours
que j'ai suivi durant huit décennies.
Qu'il sache, en condusion, qu'une vie d'homme ou
de femme, lorsqu'on en comprend le sens profond, Cest
quelque chose de merveilleux. Mais que Cest relativement
très court et que cela passe très vite. C'est aussi parsemé
d'épreuves qu'il faut surmonter, mais qui sont finalement
nécessairespour nous faire ouvrir les yeux et entendre rai-
son.
Qu'en conséquence,il est important de ne pas gas-
piller des moments précieux qui doivent être employés
dans le but de découvrir la Vérité, le Reel , au-delà du

-1 6 9 -
monde illusoire dans lequel nous vivons lorsque nous nais-
sons sur cette terre.
La grande question a été posée depuis les temps
immémoriaux. Qui suis-je,que suis-je,où vais-je, pourquoi
suis-je né sur cette tene? Est-ce uniquement pour boire,
manger, dormir, travailler ou me reposer,jouir ou peiner, et
souffrir?
Il y vingt-cinq sièdes que Siddharta Gôtama le
"
Bouddha, rencontrant la souffrance dans la naissance,la
vieillesse, la maladie et la mort, décida de consacrersa vie
à la recherche de la cause de la souffrance et à sa destruc-
tion. I1 dit à ce propos:
"b naissanceestsouffrance,laaieillesseestsouffrance,la
mort est souffrance,être uni à çc_quel'on n'aime pas est souf-
france,êtresqaré de cequ'onainieæt souft'rance, nepasrealiser
sondésirestsouffrance.En résumélescinq élémentsconstituant
notreêtre estsouffrance."
Alors, serions-nousvenus sur cette terre uniquement
pour souffrir? Mais Bouddha, après avoir ainsi énoncé la
noble vérité concernant l'origine de la souffrance, ajoute:
"Voicimaintenantla nobleoéritéconcernant la destruction
de la souffrance... etc."
et il décrit Ie noble sentier aux huit embranchements
qui s'appellent:
"crtyances droites, aolonté droite, parole droite, action
droite, moyensd'existencedroits, effort droit, attention droite,
meditationdroite. Droit, c'est-à4ireraisonnable,accomplirpar-
fait, correctet juste en touspoints".(1.2)
C'est l'enseignement universellement connu du
bouddhisme.
Bien que la réponseau "qui suis-je? " ne puisse, enco-
re aujourd'hui, être catégorique,dans toutes les traditions,
dans toutes les religions, l'homme a cherché à transcender
Ia souffrance et il a toujours rêvé de paradis.

OD lz bouddhisme
ilu Boudilha- Alexandra Neel - Ed. du Rocher.

-1 7 0-
Me voici, écrivant ceslignes, entrant dans ma quatre-
vingt septième année. Ie per1x attester, corune l'a dit
Bouddha, que la vieillesse est souffrance.Mais j'ai aussi la
certitude que le seul moyen de transcender cette souffran-
ce, dans tous les cas, Cest de pénétrer au-delà du concret
vers le Soi. Atteindre, au plus profond de l'être,le Principe
de tout,le Suprême.
C'est 1à,dans le cæur, que l'Homme découwe sa waie
nature et peut joindre le Tout. ]e l'expérimente draque jour
et je certifie que c'est là, malgré les souffrances et les sou-
cis, que je trouve la paix et la sérénité. Et encore, malgré
mon grand âge et les limitations physiques inhérentes,que
j'y puise la force et la joie de viwe.
Découvrir le Soi dans son for intérieur fut de tout
temps l'espoir de l'Homme. Aussi, depuis les temps les
plus reculés, des techniques ont été élaborées à ce sujet.
Elles sont restéeslongtemps secrètes,transmisesde bouche
à oreille, de maître à disciple.
A l'approche du troisième millénaire, colrune consê
quence des découvertes de la sciencemoderne, toutes les
structures sociales et économiques en place s'effondrent.
Toutes les valeurs morales sont bouleversées. Pour nos
enfants et nos petits enfants l'avenir apparaît sombre et
inhumain. Ne serait-cepas justement parce que le fossé se
creuse de plus en plus entre le confort matérialiste du
monde moderne et la stagnation, voire la rétrogradation,
des valeurs spirituelles?
Pourtant nombreux sont ceux qui cherchent et qui
espèrentencore.La souffrance n'a-t-elle pas été considérée
de tout temps comme un moyen de perfectionnement?
N'est-ce pas le moment opportun pour mettre en pratique
ces méthodes qui permettent de mieux se connaîbe, pour
mieux vivre et agir de façon plus smsée et plus efficace?
Personnellement, je désire transmettre ce que j'ai
appris à ce sujet et qui m'a ffansformé.
A mon avis, il faut pour réussir tout d'abord le vou-
loir, puis avoir confiance en soi et foi dans la technique

-7 7 1 -
choisie. Il est nécessaireaussi d'avoir du courage et d'être
persévérant.
Il faut également, avant tout rechercher un équilibre
entre les plans physique, psychique et spirituel qui nous
constituent. Vouloir faire dominer l'un d'eux aux dépens
des deux autres est périmé. Il y a certes une hiérarchie
naturelle entre ces trois plans de conscience,mais Cest de
leur harmonie que dépend la réussite.
Il faut donc entretenir le corps physique en bon état.
Il faut développer l'attention et la concentration de la pen-
sée pour atteindre, sans fabuler, les véritables états de
méditation qui conduisent à la prise de consciencedu Soi.
Cela est possible en exécutant quotidiennement des
exercices simples, bien faits. Et entre autre, des gestes
conscients pour être présent au présent, à chaque minute
de la vie.
9interdire trop de lecture, sachantqu'en aucun cas le
"savoir" ne peut remplacer "le faird'. Enfin, prendre
consciencede prâna et acquérir la maîtrise du souffle qui
en est le support. Car c'est cette énergie qui relie tous les
plans, à des taux de fréquence différents, et qui ainsi nous
permet, en partant du dense vers le subtil, de faire des-
cendreen nous le Divin !
Chers lecteurs, évitez de perdre un temps précieux
car les annéespassenttrès vite. Ne cherdrez donc plus midi
à quatorze heures, pas plus que votre guru en Inde où
ailleurs, puisqu'il est en vous.
Par contre, mettez-vous de suite en route, dans votre
for intérieur, en quête de votre Soi. Et peut€tre que la lec-
ture de ce qui suit vous encouragera et vous poussera à
l'action. fe le désire vivement pour vous. Bon courage!

- r 72 -
MESMAITRES
suivi du

NÉCTTDE DEUX EXPÉRIENCES

@,Go

Préfacedu Dr. Jean-facques


Laubry
PREFACE

Se retourner sur le chemin de sa propre vie et livrer


aux autres les points saillants qui semblent avoir marqué
celle-ci, sont-ce des preuves de curiosité bien humaine?
Sansdoute; mais est-cebien utile? Têllessont les questions
que se pose Roger Clerc.
Après la lecture de son bref récit, trop bref à mon avis,
j'estime que c'est utile. |e sais bien que le karma, qui nous
est échu et dont on doit subir les épreuves,est unique pour
chacun et que l'expérience individuelle ne peut profiter
directement à autrui. Aucun maître ni guru ne dira: "Suis
ma voi)C',mais dira, au contraire: "Suis ta voie". Là où le
récit d'une expériencepeut être utile à lire, ce serait surtout
pour ne pas perdre courage,lorsqu'onsetrouve devant des
difficultés équivalentes à celles qu'à rencontrées l'auteur;
cela peut nous aider à trouver une attitude similaire à la
sienne face à nos épreuves.
Nos épreuvesnous ne les choisissonspas; les éviter et
tenter de forcer le destin par notre volonté mal utilisée, ce
serait charger notre karma d'une dette supplémentaire.
Roger Clerc est un exemple typique du sujet qui dans
son ego avait cru pouvoir choisir une autre voie que celle
établie par son karma. Combien lui semblait-il, dans ses

-r75-
désirs, plus agréable, égoi'stementet socialement parlant,
de se sentir dans la peau d'un ingénieur que dans celle
d'un tripier. Mais, qui sait? On pourrait supposer qu'ayant
pu devenir ingénieur, il se soit trouvé responsablede hold-
up, de guerres,et de massacres,laconsciencepas très nette,
plein d'orgueil, ayant passé son existence à côté de la
lumière intérieure et de la découverte de la vie divine; tan-
dis qu'au contraire, en suivant la voie imposée par son
karma, il a contribué à développer matériellement et spiri-
tuellement parlant, la réalisation du yoga intégral et à éla-
borer une méthode occidentale pour l'accomplir. Sa vie est
une preuve vivante de I'inexistence du hasard.
|e comprends d'autant plus ce qu'il a pu ressentir,car
Cest aussi la maladie qui fut la caused'une orientation que
je n'avais pas souhaitée.Néanmoins, je peux dire que ni lui
ni moi devons regretter la série "d'échecs" qre nous avons
subie, chacun de notre côté, car en fait d'échecs,ce fut pour
nous une série d'avertissements du maître invisible pour
attirer notre attention sur les occasions possibles d'éveils
intérieurs. C'est peut-être dans ce sens que l'on peut inter-
préter cette maxime, "lorsque le disciple est prêtr le maître
se manifeste", et ne pas s'attendre seulement à le rencon-
trer sous l'aspect d'un guru au beau milieu d'une Inde
fabuleuse actuellement meurtrie.
Nous sommes tellement intoxiqués par l'habitude
d'être assistéset de refuser nos responsabilités,que la for-
mule du guru magicien nous fascineà tel point que nous ne
chercherions même pas à envisager une autre exégèsede
cette maxime et que nous serions presque tentés de perdre
notre âme pour se mettre en quête de cet hypothétique per-
sonnage.
La rencontre du maître n'est-elle pas la rencontre de
celui qui est en chacun de nous lorsque nous so[unes
capables de recevoir la lumière intérieure dont nous
sommes dépositaires? Cette prise de conscience peut se
manifester sous forme d'incident qui touche notre person-
ne ou sous la forme d'un maître en chair et en os; mais,

-7 76-
comme l'incident dont je parle, ce maître prend valeur de
catalyseur, dédenchant en nous l'illumination à la manière
de catalyseurschimiques qui ne Prennent part à la réaction
que par leur présence.
A ce propos, méfions-nous du maÎtre qui veut inter-
venir jusqu'à nous imposer sa Propre personnalité; sa clair-
voyance et son érudition dewaient, au contraire, l'amener
à nous montrer la lumière en nous reflétant, co[une un
miroir, celle qui est en nous. Dans les exemples relatés par
les Ecritures, le maître ne dis pas: "le t'ai gaêri", mais "Ta
foi fa sauvé".
N'oublions pas que le microcosme que nous sorunes
individuellement est la reproduction intégrale et sans dis-
continuité du macrocosme dont nous sommes issus. Si
nous lisons les écritures occidentalesà la lumière de la cul-
ture orientale, nous retrouverons la clé des énigmes, par
exemple en ce qui concerne les maîtres, à l'aide de
quelques phrases lapidaires: "Méfîez-vous des faux pro-
phètes"..."Onvous dira le christ est ici, le Christ est là, mais
ne bougez d'où vous êtes"...(onpeut aisémenttraduire "Le
Maître est ici, le Maître est là, etc.) Tout ceci à rapprocher
de: "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous".
]e n'ai pas connu personnellement le docteur Marcel
Viard, mais j'ai eu connaissancede son æuvre. Il a contri-
bué, avec beaucoup d'autres partisans du naturisme, à la
restitution des ressourcesénergétiquescorporelles et sPiri-
tuelles dont l'existence était ignorée, sinon niée, non seule'
ment par les milieux médicaux, mais par les responsables
des enseignementsreligieux judéo-chrétiens. En tout cas,
ce qui est probant, c'est que sans l'optique ni la méthode
préconisée par le docteur Marcel Viard, notre ami Roger
Clerc n'aurait pu, aujourd'hui, ecrire cette Plaquette que
j'ai l'honneur de préfacer car, à l'époque où il fut atteint de
son mal, Cétait, pour la médecine officielle, sinon un arrêt
de mort au moins la condamnation à une vie végétative. La
rencontre de notre ami avec ce maÎtre fut donc providen-
tielle et pour lui et pour nous.

-r77 -
Si je n'ai pas eu la chance de connaître le docteur
Marcel Viard, j'ai eu en revanche celle de rencontrer sur
mon chemin Lucien Ferrer qui fut aussi mon Maître. Ce qui
était extraordinaire chez cet être exceptionnel, Cétait que,
ayant écrit des ouvrages et ayant entrepris de donner des
cours de yoga, il n'imposait rien mais il savait révéler cha-
cun à soi-même.
Il avait incontestablement un don de guérisseur. Le
yoga avait largement contribué à édairer ce don.Il collabo-
rait volontiers avec des médecins qui avaient fini par deve
nir ses adeptes en yoga. Moi-même je lui dois beaucoupr
non seulement pour ma santé personnelle, mais aussi pour
toutes les notions médicales dans le domaine de l'énergie
que l'on ne peut comprendre si on ne l'a pas ressentiepar
la perception sensorielle et extra-sensorielle développees
par le yoga.
Il m'est arrivé souvent, soit de lui adresser des
malades, soit de les accompagner à sa "dinique somascê
tique" (mot qu'il avait créé) et d'assister à des guérisons
surprenantes.]e me souviens d'une qui ne manqua pas de
pittoresque. C'était un sujet d'une cinquantaine d'années,
atteint depuis sa jeunessed'une constipation chronique et
opiniâtre. Il le fit s'asseoirdevant lui sansle toucher. Il por-
tait des lunettes noires pour se permettre de converger ses
yeux en direction du centre du front sans effrayer le
patient. Il resta un moment immobile, respira pendant un
certain temps selon des rythmes différents, puis resta
calme et respira très superficiellement. Au bout de très peu
de temps, le patient se leva précipitamment en réclamant
presque affolé, qu'on lui indiquât d'urgence où se trou-
vaient les toilettes.
En sortant, je questionnai mon dient sur ce qu'il avait
ressenti.Il me répondit: "Lorsqu'ils'estanêtéde ræpirerfort
et qu'il estdeaenucalme,j'ai ressenticommeunegrandechaleur
et une grandedétentequi m'ont enaahide la têteaux pieds,et
puis, tout d'un coup,j'ai eu I'impression quemon intestintour-
nait à toute aitesse,et j'ai étépris d'une enaieirr&istible de...

-I78-
nous a apportée et développée. Grâce à lui, nous avons
compris que le yogî peut offrir extérieurement I'aspect
d'unhomme comme tout le monde et ne se distinguer seu-
lement que par I'enrichissementet le développement de sa
vie intéiieure qu'il s'efforce de conquérir patiemment
chaque jour, sani démonstration particulière de gestes ni
d' attitudes rituelles exotiques.

Laubry
Dr. fean-]acques

-L 7 9 -
MESuaîrnus

Dans cette vie qui s'achève,j'ai surtout vécu le moment


présent. Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je ne
me suis jamais complu ni dans le rêve ni dans la remémora-
tion du passé. Question de tempérament sans nul doute.
Pourquoi, aujourd'hui, ai-je soudain I'envie de me retourner
sur le dtemin pour jeter un crrup d'æil en arrière? Curiosité
bien humaine peut€tre; mais est-cebim utile?
Pour moi-même, remonter à mon enfance et suiwe le
déroulement de ma destinée ne manque pas d'intérêt.
Essayer de comprendre le pourquoi de cette alternance de
moments de bonheur et de jours vécus dans la souffrance.
Comprendre et justifier la nécessitéde ces coups durs que
j'ai pu juger, sur le moment, corune une injustice que je ne
méritais pas et qu'aujourd'hui je suis prêt à qualifier de
salutaires ! Oui, peut€tre en tirer la leçon ... il n'est jamais
trop tard.
Et pour les autres,pour ceux qui, par hasard peut€tre
liront ces lignes, ne serait-ce pour tous qu'un hasard ? Et
s'ils percevaient soudain, qu'eux aussi traversant des pas-
sagesdouloureu& peuvent de suite comprendre la signifi-
cation profonde de cesépreuves,et que mon récit soit pour
eux un encouragement à lutter pour les surmonter; alors
ces quelques pages ne seraient sans doute pas inutiles.

-1 8 1 -
.,

Avec mes Parentsen 1913


MES PARENTS

Mes pensées chargées d'amour, de tendresse et de


reconnaissance,vont tout d'abord à ma mère et à mon père.
Non seulement,bien entendu, je leur dois la vie, mais
aussi un fort capital d'énergie ancestralequ'ils m'ont trans-
mis étant donné leur propre vitalité et leur puretÇ ce qui
m'a permis de surmonter de dures épreuves.
fe leur dois bien davantage encore. Ils étaient de
condition socialemodeste,et j'ai vécu dès mon plus jeune
âge dans une ambiancede simplicité et d'amour. Puissent
tous les enfants du monde, actuellement, bénéficier de
telles conditions de vie !
|e grandissais dans cette ambiance favorable à mon
épanouissement,lorsqu'éclata Ia guerre de 1,4/78. Mon
père fut mobilisé et ma mère dut aller travailler durement
en usine à la fabrication des obus. Mais là encore je fus
favorisé, appréciant I'amour et les gâteriesde ma grand-
mère paternelle, Ia seule de mes grands parents encore en
vie au moment de cesannéespénibles.
L'épreuveterminéej'avais dix ans,et la vie reprit nor-
malement. Mes parents commencèrentà fonder des espoirs
sur I'avenir de leur fils unique. ]'étais un élève studieux,
doué aussi bien intellectuellement que physiquement. Tout
paraissaitme sourire,et I'avenir s'annonçaitpour moi sans
nuage.
Mais à dix sept ans le "coup dur" me guettait. Il fut
d'autant plus brutal que rien ne le laissaitprévoir. Le cama-
rade auprésduquel j'étaisassissur les bancsdu lycée mou-
rait tuberculeux, et j'étais atteint par contagion de cette
maladie, calamité de l'époque. Hélas je n'étais pas un cas
unique. Mais à cet âge, voir tous sesespoirs d'avenir s'ef-
fondrer, c'était véritablementcatastrophique.
CependantI'essentieln'était-il pas d'en sorti4,de sur-
vivre et de continuer à espérer!

-1 8 3 -
I'ai appris depuis, qu'il pouvait y avoir pire.
Actuellement des jeunes gens, victimes d'accidents de
moto pÉuexemple, restent handicapés,grabataires,pour le
reste de leur vie. Rétrospectivement,j'en conclus que mon
cas, à la condition d'y surviwe, n'avait pas cette gravité.
Tout est vraiment relatif. Cependant, ce fut Pour moi, à
l'époque, une terrible épreuve à surmonter.
]e dus abandonner mes études. Iæ grand désir de
mon père, ouvrier métallurgiste, était que son fils devienne
ingénieur des Arts et Métiers. Lorsque je sortis du tunnel il
n'en était plus question, bien qu'espérant encore. Dans un
premier temps je travaillai comme dessinateur d'études
aux usines Citroën, et je m'inscrivis à des cours Par corres-
pondance pour poursuiwe mes études d'ingénieur.
Mais si j'avais guéri de cette terrible maladie, je res-
tais néanmoins avec une vision de l'æil gauche réduite à
2/10 ème. Ceci me rendit pénible la profession de dessina-
teur que je dus abandonner. Cette tache indélébile sur la
choroide de l'æil qui réduisit si fortement ma vision était
consécutive à I'atteinte du Pounon gauche par le microbe.
C'est grâce à la découverte de cette infirmité par I'ophtal-
mologiste que I'on décela le poumon atteint.
Ainsi, encore une fois cela montre la relativité de
toute chose, car je peux dire que cette infirmité fut Pour
moi une chance.Mon apparencerobuste camouflait le ver
dans le fruit, et sans I'intervention de ce spécialiste de la
vue,la révélation plus tardive du mal aurait pu m'être fata-
le.
Mais je devais me rendre à l'évidence. Il me fallait
repartir à zêro.Il est permis dans ce cas d'être pessimiste.
Cependant mon tempérament n'est pas de me complaire
dans le négatif. Merci encore à ceux qui me donnèrent la
vie et me gratifièrent de ce caractèrepositif.
D'ailleurs est-ce qu'on repart vraiment à zêro? Tout
ce qui est acquis peut toujours servir, un jour ou I'autre, et
être mis à profit selon les circonstances.I'ai Pu le vérifier
par la suite dans la profession qui me fut imposée du fait
de mon état de santé. Une profession au grand air qui
devait répondre au besoin de gagner ma vie et par la suite
celle de la famille que j'allais fonder.
C'est ainsi que je fus engagé dans un métier qui, appa-
remment, ne semblait pas devoir me fournir les moyens
d'évolution de ma personnalité vers les hauteurs spiri-
tuelles. Pendant plus de quarante annéesde ma vie je fus
occupé à désosser,découper, nettoyer et vendre des abats
de bæufs, veau)Çmoutons (ce qu'on appelle dans ce métier
le cinquième quartier). Ce n'était pas très noble et semblait
plutôt me prédisposer à m'enraciner dans la matérialité.
Cependant, en tout être humain réside le "Principe",
donc la possibilité pour chacun de le découvrir et d'accéder
à la Compréhensiory à la Connaissance(les deux avec un
grand "C"). Ce Principe est l'origine de tout. Il est aussi le
Tout; il est Dieu, il est Atman, il est Brahman, il est Soi, il
est Cela, etc ..... La spiritualit4 la vraie spiritualité non
pensée, est partie intégrante de tout être humain.
Aussi, quelle que soit la profession exercfu, euelles
que soient les conditions de vie,le milieu social dans lequel
il évolue, chaque être humain peut développer cette spiri-
tualité et aspirer au Divin.

-1 8 5 -
Le Docteur Marcel Viard

-186-
LE DOCTEUR MARCEL VIARD

C'est en 1933 que je vis pour la première fois le


Docteur Marcel Viard. Il recevait chez lui, rue du
Printemps à Paris, où il donnait entre autres un "Cours de
maîtrise de soi" qui ne pouvait que m'être utile.
|'avais eu connaissancedu Dr. Viard par des artides
publiés dans une revue nudiste de I'époque, intitulée
"Vivre Intégralement" dirigée par Kienné de Mongeot.
Il faut se reporter à cette époque Pour comprendre le
"pourquoi" de ce mouvement en faveur d'une libération du
tabou sexuel.Peut-êtrede nos jours sommes-noustombés
dans I'excès,à I'opposé.Mais dans cesannées"trente",il a
fallu des esprits suffisammentlibres et avisésPour secouer
le joug d'une pudibonderie excessivequi allait finalement,
en entretenant I'hypocrisie, à I'encontre d'une véritable
pureté.
Le Docteur Viard, avec d'autres comme les docteurs
Pierre Vachet, ].A. Bussens,Chauvois, Dartigues, Didier,
Charles Guilbert, Pathault, Robert Sorel, Pierre tépine de
I'Institut Pasteur etc. fut de ceux qui, courageusement
apportèrent leur appui à Kienné de Mongeot dans cette
lutte. Ce dernier, est I'auteur de "La Nudité, ou dix ans de
lutte contre les préjugésqui tuenf', ouvrage préfacépar le
Dr. Viard. Il est aussi le fondateur du premier mouvement
de nudité intégrale en France.Ce centreétait installé près
de Mantes Ia ]olie, au Manoir |an, à Fontenay Saint Père
exactement.
J'adhéraià ce mouvement et fréquentaile Manoir |an.
C'est en partie grâce à I'habitude de vivre le plus souvent
intégralement nu, d'aérer mon corps dans sa totalité Pour
qu'il bénéficie du soleil et de I'eau vive irradiée, sans res-
triction, ainsi qu'en appliquant les principes d'une alimen-
tation équilibrée,saineet variée que je recouvrai la santé.

-L 8 7 -

I
il
Faut-il rappeler que le Dr. Viard était médecin natu-
riste et également professeur à I'Ecole de psydrologie de
Paris, dont le directeur était le Docteur Bérillon.
Le naturiste, disait-il, est celui qui observe les lois de
la Nature régissant I'Univers et qui s'y conforme dans sa
vie de chaque jour.
Cette définition, sous son apparence simpliste, est
moins restrictive que certaines théories sectaires encore
affirmées de nos jours sur ce sujet.
Comme le Dr. Carton, dans "Les lois de la vie saine",
et inspiré par ce père du naturisme,le Dr. Viard nous prê
cisait ces lois universelles dans des ouvrages comme "La
Maîtrise de soi" et "La morale pratique". Il en donnait cette
définition:
" Les lois sont des ordres donnés par la Nature (et ce
sont des lois universelles) ou donnés par la société (et ce
sont des lois sociales)qui, enfreintes,comportent une sanc-
tion.".
Ces ouvrages étant épuisés, je vais succinctement
énumérer sept de ceslois qui peuvent servir de baseà notre
activité. Il est bien entendu qu'il est question ici des lois
naturelles.

La loi du mouvement rythmé.

Tout ce qui dure est rythmé. Tout ce qui vit est soumis
à cette loi cosmique. Pour s'en convaincre il suffit de consi-
dérer le mouvement des astres,des marées,le rythme des
saisons,du jour et de la nuit, celui des battements de notre
cæur, de notre respiration, etc. C'est le HA et le THA en
yoga. C'est aussi contraction et décontraction, travail et
rePos.
Enfreindre cette loi dans notre comportement, c'est
provoquer immanquablement, tôt ou tard, une perturba-
tion dans notre organisme et une dégradation de tout notre
être.

-1 88-
Il faut apprendre à travailler et à se reposer, à se
dépenser et à se recharger.Apprendre à mettre de I'ordre
dans notre activité physique et mentale. Apprendre à orga-
niser notre vie quotidienne en respectant cette loi cmciale.
Comprendre I'importance de I'ordre et de la méthode en
toute chose.

La loi de sobriété.

"L'FIomme sobre, celui qui évite I'abondance des ali-


ments et des boissons toxiques, qui se nourrit surtout de
laitage, de légumes, d'æufs, de fruits, de peu de viande,
évitera la maladie neuf fois sur dix, se sentira toujours dis-
pos, optimiste, et réussira grâce à sa résistanceorganique".
Ainsi s'exprimait le Dr. Viard avec explications médi-
cales et scientifiques à I'appui. Mais il importe disait-il
d'étendre le sens du mot sobriété. Etre également sobre en
paroles,en gestes,en pensées,en sentiments.On deviendra
ainsi plus efficient. On gagnera en force, en précision, en
valeur, en beauté.

La loi d'utilité.

Cette loi appliquee à notre emploi du temps dans


notre vie quotidienne nous oblige à discriminer I'essentiel
du futile. Elle nous fait réaliser une économie de temps et
de forces, qui peuvent alors être utilisees positivement à
des fins utiles et pour plus d'efficacité.
Si nous prenons la bonne habitude, avant d'agir ou de
decider d'une acquisition, de nous poser la question: est-ce
utile ? est-ce vraiment utile, n'est-ce pas un caprice, un
enfantillage?ou encore,beaucoupplus sérieusement:est-
ce utile pour mon évolution sur la voie du yoga dans
laquelle je suis engagé? .....quellesimplification, et que
d'économiesde temps, d'énergieet d'argent!

-1 8 9 -
La loi des associationsd'idées.

"C'est la loi qui régit le débit de nos pensées."


Le Dr. Viard a écrit: "L'art de penser", ouwage dans
lequel il explique et utilise ce rythme de nos penséestou-
jours reliéesentre elles.Cependant cette liaison, qui semble
indispensable lorsqu'il s'agit d'affaires commerciales,
industrielles ou toute autre bien concrète, semble moins
importante pour une activité purement cérébrale.
En fait les penséesse succèdentdans I'esprit avecplus
ou moins de rapidité, et ce débit est d'autant plus rapide
que I'attention est en défaut.
Cette successiond'idées qui se déroulent la plupart
du temps inconsciemment peut apparaître dairement à
I'esprit par un effort de volonté pour la rendre consciente.
Nous sommes en plein Raja Yoga! Cet exercicedéveloppe
I'attention, Ie jugement, le raisonnement et la mémoire. Il
est la base du " Cours de mnémotechnie rationnelle" du Dr.
Viard.
En appliquant consciemment cette Loi, on évite la
fatigue cérébraleet on fortifie au plus haut point toutes ses
facultés mentales.

La loi de répercussionou loi de solidarité.

Tout ici bas se prête mutuellement appui. Il existe une


solidarité étroite entre les trois plans qui nous composent:
physique, psychique, spirituel. Le moindre geste détermi-
ne un courant de penséeset déclencheune émotion en rap
port avec la qualité de ce geste. Ceci est particulièrement
utilisé et mis en évidence dans la pratique du yoga de
l'énergie. Ainsi, à un gestesaccadécorrespond une respira-
tion heurtée et une circulation sanguine et énergétiqueplus
ou moins syncopée, le tout créant une ambiance désa-
gréable. A I'inverse, le geste souple a pour conséquence
une respiration régulière qui entraîne dans I'organisme une .
circulation sanguineet énergétiquefluide, sansheurt. Il en

-190-

i
T
résulte immédiatement une ambiance agréable, harmo-
nieuse.
Qui n'a remarqué qu'après un repas trop copieux, ses
pensées étaient floues, ses décisions hésitantes et qu'il
résistait difficilement à des désirs inutiles. Iæ frein patine
alors et la loi d'utilité est mise en échec.
Même sur un seul plan cette loi de répercussion se
révèle exacte.Ainsi ayez une entorse à la cheville droite et
si vous êtes négligent pour la soigner, ne soyez pas étonné
quelque temps après de souffrir de votre genou droit. Mais
si vous n'avezpas encorecompris, préparez-vousà souffrir
par la suite de votre articulation coxo-fémorale gauche.
Compensation,répercussion.
Ainsi chaque négligenceà propos du corps, chaque
faute alimentaire retentit sur le cerveau et sur le cæur.
Chaque défaillance de Ia pensée,chaque émotion négative,
de haine, de jalousie, de peur, affaiblit notre force vitale et
nous déséquilibre. Lorsque nous persistons dans I'erreur,
c'est Ia maladie qui s'installe;nous avons désobéiaux lois
qui régissentle cosmos!
Une meilleure connaissancede soi, avec le désir de
mieux se diriger, peut conduire à un plus grand dévelop-
pement de notre spiritualité, car là encorejoue cette loi de

lir solidarité. Car "Toutcequi estenHaut estcommecequi esten


Bas; et cequi esten Basestcommecequi estenHaut". Hermès
Trismégiste(le trois fois grand) I'a énoncévoilà des millê
naires dans son "Principe de Correspondance". D'ailleurs
dans Ie Kybalion on retrouve sept principes hermétiques.

La loi d'attraction.

ffi Il y analogie entre cetteloi naturelle expliquée par le


Dr. Viard" et le Principe de polarité du Kybalion: "Tout est
double,toute chosepossède deux pôles;tout a deux extrêrnes;
semblableet dissernblable la mêrnesignification;les pôles
ont
opposés ont une natureidentiquemaisdesdegrésdifférents,les
extrêmes setouchenf". Ainsi s'exprimele Kybalion.

-7 9 L -
C'est le Ha et le Tha du yoga avec les principes lunai-
re et solaire de l'énergie, principes opposés disons-nous
parfois.
Mais les yogîs, plus près de la réalit4 les disent cora-
plnnentairæ.Iæs égyptiens avaient aussi mis en évidence ce
principe. Le bien et le mal ne sont que les pôles différents
d'une même chose.La compréhension de ce I'rincipe per-
met de modifier sa propre polarité. C'est tout un Art qui
résulte d'un enhalnement en yoga, par exemple.Il s'agit de
prendre consciencede sespenséespour veiller à leur qua-
lité. En dérivant et en sublimant la penséenégative, cet élê
ment nocif est transformé en puissancepositive.
Pratiquement, la sympathie va jouer entre personnes
ayant les mêmes qualités. Cette loi d'athaction humaine
n'est d'ailleurs qu'une forme particulière de I'attraction des
astres,des atomes,etc.

La loi d'évolution progressive.

A ce propos le Dr. Viard cite Fayolles qui ésit: "lt


tempsn'épargnepascequ'on a fait sanslui".
C'est une évidence que l'être humain ne peut ni éve
luer ni se transformer instantanément. Il lui faut des
dizaines d'années pour atteindre l'âge adulte, après être
passé successivement,après sa naissancepÉu l'enfance et
l'adolescence. Il connaîtra ensuite inéluctablement l'âge
mtr, puis la vieillesse et la sénescence,si sa vie n'est pas
interrompue avant par maladie ou accident. Des tedr-
niques comme le yoga peuvent intervenir pour, à la fois
retarder cette échéanceet accélérerla transformation évo-
lutive vers le divin. Mais dans tous les cas cette évolution
sera progressive et I'on dewa s'astreindre à franchir les
étapes I'une après I'autre pour ne pas courir le risque d'un
déséquilibre.
L'Homme a besoin pour évoluer de se remettre sou-
vent en question. Il lui faut reconnaîtreseserreurs, en souf-
frir, pour ouvrir les yeux, pour comprendre. Ce sont des
épreuvesqu'il a à surmonter; des crisesde purification par
lesquelles il doit passer.Il faut du temps !
Maintenant doit-on limiter à sept, ce chiffre sacré,ces
lois qui régissent I'Univers ? Les lois de la Nature, ainsi
nommées et décrites par le Dr.Viard, et les Principes du
Kybalion, à eux deux en font apparaître déjà davantage.
Ces derniers énoncent un Principe combien important,
celui du Mentalisme. " Le Tout est Esprit, I'uniaers æt
Mental".
Puis un autre, non moins important: Le Principe de
Vibration. "Rien ne repose;tout remue; tout aibre". Tout
vibre, même ce qui paraît inerte à nos sens humains limi-
tés. La sciencemoderne, avec ses moyens sophistiqués le
vérifie. Nos savants ne font que redécouvrir ce que ces
Anciens ont énoncé,il y a des milliers d'années.Ils avaient
déjà percé le mystère. Les différences qui efstent dans le
monde du créé entre les diverses manifestations de la
matière, de l'énergie, de I'esprit, sont le fait d'une propor-
tion inégale de vibrations. L'échelle de ces vibrations est
ainsi composée:
- Pour les formes grossièresde la matière, les vibra-
tions sont si lentesqu'il sembleà nos senshumains qu'elles
n'existentpas. Tandis qu'à.l'opposÇla vibration de I'Esprit
est tellement élevée et si infiniment rapide qu'elle nous
apparaît comme statique. Voilà encore une application de
la loi de solidarité: tout ce qui est en bas est comme ce qui
est en haut et les extrêmes se touchent ! De même une tou-
pie lancée de toutes nos forces et tournant à toute vitesse,
ou les roues d'un véhicule tournant très rapidement nous
paraissent arrêtées.Le yogî dans un état de méditation a
cette apparence corporelle statique alors que son esprit,
dans un calme parfait a une activité vibratoire intense.
Ainsi le Tout, qui est Pur Esprit, vibre à un taux de
fréquencevertigineux. Et entre cespôles opposés,aux deux
extrémités de I'échelle,il y a, on le conçoit, des millions et
des millions de taux de fréquence vibratoire de l'énergie,

-1 9 3 -
qui engendrent cette infinie variété de manifestations
concrètesdans le monde de la forme.
Notre technique du yoga de l'énergie, au troisième
degré, dans I'enseignementsupérieur, est basé sur ce prin-
cipe vibratoire pour se relier effectivement au Tout.

Citons encore: le Principe de Cause à Effet.

On le retrouve en Yoga dans la Loi Karmique Toute


causeà son effet, et tout effet a sa cause.Tout arrive confor-
mément à la Loi. La chancen'est qu'un nom donné à la loi
méconnue.Il y a de nombreux plans de causalité,mais rien
n'échappeà la Loi" (Le Kybalion).
Nous pourrions vous entretenir également de la:

Loi du fuste Milieu.

Toute qualité exagérée,dans un sens ou dans I'autre,


devient défaut. Etre économe c'est une qualité. L'être exa-
gérément c'est être avare et, dans I'autre sensla prodigalité
est également un défaut. Idées justes, pensées justes,
paroles justes, actions justes ..... Tout le bouddhisme est
basésur ce principe.

La loi d'harmonie

C'est l'équilibre entre le Ha et le Tha, le Sattva des


yogîs. Dans I'harmonie tout est facile. Ce qui est saccadé,
brutal, entraîne des heurts désagréables,voire douloureux.
Dans I'harmonie se révèle la beauté:harmonie des formes,
des pensées,des sentiments.Alors on comprend:

La loi d'Amour

Sans amour nous n'existerionspas. Pas plus que le


Monde.

- r 94 -
Le Docteur Marcel Viard a été véritablement mon pre
mier Maître sur le chemin de la Connaissance.Celui qui
m'a fait observer, réfléchir et comprendre que j'étais un
grain de poussière dans I'IJnivers, et que j'étais insensé
d'enfreindre les lois qui le régissent. Au milieu des
immeubles, dans les cités on se sent un peu protégé. Mais
peut-on imaginer un instant, ce que ressent le marin isolé
en pleine mer, ou Ie nomade au milieu de I'immensité du
désert !
Après m'avoir fait découvrir mon ignorance sur les
choses essentielles de la vie, le Maître me guida pour
mettre tout cet enseignementen pratique dans ma vie de
chaque jour.
Il m'apprit tout d'abord à me détendre, à me relaxer
chaquejour. II me conseillamême de le faire deux fois dans
la journée, durant un minimum de vingt minutes chaque
fois.
Cela m'était difficile dans Ia conjoncture du moment.
Mais je compris heureusement I'importance de ce travail
sur moi-même, et je mis tout en æuwe pour le réaliser.
f'en fus très vite récompensé.Les premières fois évi-
demment, au bout de cinq minutes je m'endormis. Mais ma
persévérancefit qu'après quelques mois de pratique assi-
due, je fus en mesure pendant vingt minutes consécutives,
non seulement de détendre mon corps, mais de rester tout
ce temps conscient de ma respiration. Tiès vite ensuite, et
dans un temps relativement court, je réalisai une stabilité
de mon mental. Mes penséesne vagabondaient plus !
|e n'eus alors plus aucun effort à faire pour me ména-
ger mes vingt minutes de libre dans mon emploi du temps
pourtant chargé. Cela me procurait un tel plaisir que je
devenais impatient de retrouver deux fois draque jour ce
calme qualifié et de sentir en moi, de plus en plus, un bien-
être accru ainsi qu'une puissanceénergétiqueextraordinai-
re.
|'avais ménagé ce temps de travail sur moi-même
avant les repasdu midi et du soir, tandis que les gensde la

-1 9 5 -
maisonnéeétaient à table. ]e les rejoignais ensuite détendu,
dispos, et dans des conditions optimales d'appétit.
C'est ainsi que, réalisant un lâcher-prise de plus en
plus profond, tant physique que psychique, tout en main-
tenant une vigilance constante,j'eus alors la sensation de
ne plus sentir mon corps dense.Puis je renouvelai cet état
de plus en plus facilement et rapidement, avec de moins en
moins d'effort. ]e pris ainsi conscienced'exister sur des
plans plus subtils.
Enfin un jour m'apparut I'image d'un Bouddha assis,
les jambes croiséesdevant lui. Il était en or,lumineux, res-
plendissant et diffusant une énergie d'une puissance et
d'une qualité indescriptibles. Mais aussi une félicité inef-
fable dont tout mon être fut imprégné. |e vibrai de façon
inconcevable et inexplicable !
Mes paupières étant closes,cette image se situait en
moi, dans le volume de ma tête, face..àmoi et au niveau du
front. C'est donc un regard intérieur qui la percevait. Sa
dimension ? difficile à définir. .d la fois petite comme lors-
qu'on regarde par le gros bout d'une lorgnette, mais d'un
tel relief et si rayonnante que cette dimension, en fait, était
toute relative.
Que s'était-il passé?
Cinquante années après cette vision extraordinaire,
qui ne s'est jamais reproduite, je me pose toujours la ques-
tion. Plusieurs explications m'apparaissent, mais évidem-
ment ce ne sont que des hypothèses.
L'apparition était pour moi d'autant plus surprenan-
te, qu'à cette époque, élevé en dehors de toute religion par
un père athee, je n'avais qu'une connaissancelivresque et
très succincte de Bouddha, comme de |ésus, de Mahomet
ou de Moise....
Puis je continuai à vivre, pleinement dans le monde
concret, matériel, sans toutefois relâcher mon entraîne
ment. fe me sentais en pleine forme, tout puissant. Mais
I'excès tourne toujours mal puisqu'on enfreint la loi du
juste milieu, comme nous I'avons vu précédemment. Tiop

-1 96-
\

d'entrée d'énergie et pas assezde sortie provoqua en moi


un déséquilibre physio'psychologique. ]'avais reçu trn
cadeau merveilleux, inestimable, un cadeau du ciel dont je
n'avais pas compris toute la valeur.f'ai omis de dire que je
n'en avais parlé à personne, y compris à mon Maître Viard.
C'estseulementaujourd'hui que je révèlece secret.Et il m'a
fallu ces ennuis de santé pour que je comprenne que cette
toute puissancem'avait été offerte, non pas pour que je
puisse satisfaire mes petits besoins personnels, matériels,
mais pour d'autres fins, plus détachéesde moi-même, plus
spirituelles.
Le Dr. Viard m'avait ouvert les yeux, dans un premier
temps, sur cesLois essentiellesqui nous régissentainsi que
I'IJnivers.II n'avait pu, à mon niveau de compréhensiondu
moment, que me faire pressentir cette Vibration initiale,
cette Energie primordiale, cette toute puissance qui est
toute Intelligence et tout Amour. Il allait me falloir des
dizaines d'années d'existence et beaucoup de souffrances
pour m'ouvrir complètement à cette dimension cosmique
et comprendre enfin comment je devais employer cette
Energie.
Pour I'iirstant je consultai un radiesthésiste.Il m'ap-
prit que je faisais de la méditation. Qué k'c'estk'ça lui dis-
je ? Il m'expliqua que ce que je venais de lui exposer de
mon entraînement quotidien était en effet de la méditation.
D'après lui il était important que je trouve un Maître pour
me guider. Jelui demandai alors s'il pouvait m'en indiquer
un, ce qu'il fit après un temps de réflexion. Lorsque j'es-
sayai d'entrer en contactavecce Maître j'appris qu'il venait
d'avoir un accidentet qu'il avait succomtÉà sesblessures.
C'est alors que peu de temps après je découvris Ferrer,
comme par hasard.Mais nous reviendrons bientôt à cette
période de ma vie. Pour I'heure restonsencore un peu avec
le Dr. Viard.
|'ai été guidé par lui pendant dix sept ans.Son ensei-
gnement, qui m'a tant apporté, comprenait deux éléments
que j'ai exposés,à savoir une prise de consciencede ma

-1 9 7 -
dimension minuscule au sein de I'Univers et I'obligation
dès lors de respecterles lois qui régissent ce dernier. Puis
une pratique régulière, bi-quotidienne pour me détendre,
mieux respirer et .....méditer !
Mais dès le début,le Dr.Viard m'avait aussi fait prati-
quer le geste conscient. C'est en fait le fameux "êtreprésent
au présent" des yogîs. Dès qu'on se lève le matiry c'est ban-
nir toute rêvasserie, toute projection mentale de longue
durée dans le passéou dans I'avenir. C'est, à chaque minu-
te, et du matin au soir, vivre consciemmentavecintensité le
moment présent quel qu'il soit. Ainsi I'attention se fortifie,
les sens se développent et acquièrent plus d'acuité. Enfin
I'Etre, dans son intégralité, vit et vibre profondément enre
gistrant toute sensationjusqu'à la plus subtile, sur les plans
de conscienceles plus profonds. Et sans autre effort que
celui d'être là, présent,conscient.
L'acte conscientintéresseà la fois les plans physique,
mental et émotif. Il mobilise les trois plans de la personna-
lité simultanément. C'est pourquoi sa pratique contribue à
recentrer cette personnalité et, à I'inverse, tout acte quel-
conque ne respectantpas ce processusla détruit. L'acte par-
faitement accompli est équilibrant puisque la personnalité
tout entière y a participé. Pratiquer souvent des actes
conscientsdans le courant de la journée, c'est aussi acquê
rir davantage de maîtrise de soi. Tel était d'ailleurs le titre
du cours auquel je m'étais inscrit chez le Dr.Viard.
L'origine de tout acte, conscient ou inconscient est,
soit un désir ou une émotion ou encoreune pulsion. Quelle
qu'en soit alors I'origine, qui peut venir du monde concret
de la forme, extérieure à nous ou intérieure, ou être une
remémoration surgissant du subconscient, voire de I'in-
conscient et du sans forme, le déroulement est strictement
le même. Une image surgit, donnant naissanceà une pen-
sée,laquelle pousse à penser ou à agir. La parole est alors
précise: "Cequi seconçoitbiens'énonceclairernent et lesmots
pour le dire arriaentaisémenf ". L'acte est, lui aussi,précis et
efficace.Qu'arrive-t-il, au contraire, au grand nerveux dont

-1 9 8-
le cerveau est encombré de pensées? Il bredouille pour
s'exprimer et ses gestes conune ses pas sont hésitants. Il
manque d'efficacité.

Saisir un objet en pensant à aute chose,sansêtre cen-


tré dans sa tête pour penser,et dans son centre de gravité,
dans son ventre pour agir, c'est courir le risque, tôt ou tard,
d'un déséquilibre de la personnalité. Hélas, nombreux
autour de nous sont les casque nous pouvons observer qui
confirment ce propos. C'est une clientèle pour les psycho-
logues de nos jours et les psychiatres.
Evidemment ce que le Dr.Viard, professeurà I'Ecole
de psychologie de Paris, préconisait il y a cinquante ans,
peut paraître à certains périmé. N'est-ce pas en effet fasti-
dieux d'être toujours là, au présent, dans les tachesles plus
humbles, plutôt que de laisser courir son imagination de
façon paresseuse? Il est plus moderne de payer, parfois très
cher, pour qu'on vous assiste.Se prendre en charge et tra-
vailler seul sur soi, pour se recentrer et acquérir une maî-
trise, est sans nul doute plus difficile que de s'étendre sur
un divan. Il faut un peu de courage, assaisonné d'une
volonté persévéranteet Ie désir de s'en sortir soi-même.
Il existe une solution, c'est d'essayer.Il faut le faire
pour croire à I'efficacité d'un exercice aussi simple, et
découvrir tout I'intérêt de cette habitude salutaire dans la
vie quotidienne.
Le Dr. Viard m'avait dit: " Chaque soi4,au coucher
avant de vous endormir, récapitulez le nombre d'actes
conscientsque vous avez vécus dans la journée. Le conseil
n'était pas superflu. Le premier soir, élève appliqué, je
constatai objectivement, mais sans fierté, que j'en avais
accompli .....un seul ! Bien entendu au réveil,le premier...et
puis ensuite, j'avais été entraîné à nouveau par habitude,
dans des gestesautomatiques.
Par bonheur je suis doté d'une volonté persévérante
qui, avant de suivre les cours du Dr.Viard, tournait parfois
l[
à I'entêtement(qualité exagérée).f'avouerai même que les
fr

-L 9 9 -
difficultés m'excitent plutôt et que j'éprouve un certain
plaisir à vaincre et à me vaincre. Le lendemain ce fut moins
mauvais et les jours suivants ce fut de mieux en mieu<.
C'est ainsi que je peux dire sansvantardise, que ce tra-
vail persévérant m'a conduit maintenant, à comptabiliser
de préférenceles actesinconscients.Oh, ce n'est pas parfait.
Il m'arrive encore d'être influencé profondément par une
vive émotion, un sentiment, un gros soucis et d'en oublier
durant quelques secondes le moment présent. Mais j'en
prends très vite conscience,et je m'empressede rétablir le
contact. Alors mentalement je ne m'adressepas de félicita-
tions.
Enfin, depuis quelques années seulement, après un
long entretien avec le grand yogî Tuktsé Rimpoché (grand
Maitre tibétain, de la lignee des Kargyi.itpas, venu à Paris et
qui a quitté ce monde depuis), j'ai réalisé soudain que ce
travail persévérant m'avait réellement fait vibrer à I'hori-
zontale, dans le monde visible de la forme. Mon entraîne-
ment, depuis cette rencontre, consisteà réaliser le plus sou-
vent possible, dans le courant de la journée, une dualité de
perceptions. C'est-à-dire conscient à I'horizontale du
monde formel et simultanément, à la verticale recevoir de
I'invisible, du sansforme.
Impossible, penserez-vous.C'est également ce que je
pense lorsque je vois un jongleur, au cirque, lancer au-des-
sus de sa tête un nombre impressionnant de balles, de cer-
ceaux ou de petites massues,et les rathaper sansen laisser
échapper une seule. C'est impossible pour moi, dans le
moment présent. fe ne me suis pas exercéconrme lui, pen-
dant des années,avec persévéranceen donnant dans mes
activités la priorité à cet entraînement.
Si pendant cinquante années,je me suis exercéà jon-
gler à I'horizontale, c'est-à-direà entraûnermes sensdans le
monde de la forme, et si il me faut le même temps pour
acquérir les mêmes résultats à la verticale dans le sans
forme, il est évident que ce ne sera pas pour cette vie
actuelle. Mais cette réflexion ne me découragepas. En effet

-20 0 -
je peux déjà constater qu'en gymnastiquant ma consciencre
de cette nouvelle façon, il m'arive de vivre parfois le prê
sent dans une dimension exceptionnelle qui m'est alors
révélée.Dans les instants que je consacneà la méditation,la
liaison avec Ie sans forme pendant laquelle je reste parfai-
tement conscient de la forme, se fait de plus en plus rapi-
dement, aisément, réellement. Un formidable courant
d'énergie passe à travers moi comme à travers un filtre.
f'apprécie de plus en plus sa puissanceet sa qualité, dans
I'instantanéité.
Incontestablement mon objectivité s'améliore, mon
humilité grandi, ma Connaissance s'accroît; et ma
conscienceprend une autre dimension. CELA descendver-
ticalement.
Puissent ces quelques explications engager tous ceux
qui suivent actuellement mon enseignement à pratiquer
quotidiennement I'acte conscient. Puissent-ils également
ne pas attendre aussi longtemps que moi pour se brancher
à la verticale.
Enfin que tous ceux, quels qu'ils soient, qui liront ce
texte, soient tentés d'essayer.Leur vie pourrait en être radi-
calementchangée.....en bien !

-201-
Lucien Ferrer

-20 2 -
LUCIEN FERRER

C'est en fanvier 1950 que je m'inscrivis, avec mon


épouse, au cours de Lucien Ferrer qui allait devenir mon
Maître en Hatha-Yoga.
f'étais alors dans ma 42ème année (6 fois 7). Ce cours
avait lieu rue Feydeau à Paris, à côté de la Bourse, dans un
gymnase en sous-sol où se tenaient également à d'autres
heures,des cours de Judo. Puis, quelques temps après, il se
transporta dans le même quartier rue d'Uzès.
Ce cours fonctionnait sous l'égide d'une association,
loi de 190'1,,fondee par Ferrer en 1948sous la dénomination
d'Académie Occidentale de Yoga. Dans une pièce de ce
même appartement, Ferrer exerçait ses talents de guéris-
seur qui étaient remarquables,sous le couvert d'une sociê
té anonyme qui portait le titre de Polyclinique somacé-
tique.
Lucien Ferrer, de son métier dessinateur d'études,
avait épousé à Thomery charmant village situé au bord de
la Seine,en lisière de la forêt de Fontainebleau,la fille d'un
producteur de raisins. Il avait succédéà son beau-père et,
lorsque je I'ai connu, il cumulait cette nouvelle profession
avec I'enseignementdu yoga à Paris.
C'était un homme plutôt petit, mais trapu. Il était ori-
ginaire du midi de la France; sa famille était de Banyuls. Il
était doué d'une puissanceénergétiqueexceptionnelle.Son
émission fluidique, son magnétisme étaient hors du com-
mun. Il avait connu le yoga corune par hasard. Mais il y u
lieu de se demander, surtout dans son cas,s'il y a hasard ou
prédestination.
Après qu'il eut connu les liwes de Kerneiz, il décida
de faire la connaissancede ce dernier,lequel fut étonné des
possibilités innées de son futur élève, pour réaliser des pos-
tures de yoga réputées difficiles par les occidentaux.

-203-
Tlès vite d'ailleurs, Ferrer fonda sori propre cours qui
connut aussitôt le succès.
Comme je I'ai dit précédemment,en 1950j'étais donc,
à mon tour, à la recherche d'un Maître pour me guider dans
la pratique de la méditation. Et je fus amenÇ à quelques
semaines d'intervalle à acheter, dans une librairie Square
Montholon, le premier ouwage de Fener et à connaitre
celui-ci en tant que guérisseur. C'était pour une tante
atteinte d'une maladie très grave et très douloureuse, que
les plus grands spécialistesconsultésétaient dans I'incapa-
cité de soulager.
f'eus donc I'occasion, en premier lieu et objective
ment, de juger des pouvoirs de Ferrer en tant que guéris-
seur. Sans parvenir à guérir ma tante, ce qui eut été mira-
culeux, il réussit un certain temps à faire régresserla mala-
die et surtout à diminuer les souffrances de la malade, ce
qu'aucun médicament n'avait pu faire.
C'est à cette occasion que je demandai à Ferrer de
suivre ses cours de hatha-yoga, dont j'avais été informé en
achetant son premier livre, lequel m'avait fort intéressé.tr
se fit un peu désirer pour finalement accepter, jugeant de
ma détermination à travailler sur moi-même et ajoutant:
"D'aillanrs, le jeu en oaut la chnndelle,"paroles que p n'ai
jamais oubliées !
C'est ainsi que, chaque jeudi soi4,mon épouse m'ac-
compagnant, je devins l'élève assidu du Maltre, c'est-à-dire
durant quatorze années, jusqu'à ce qu'il nous quitte en
1964.
]e n'étais pas particulièrement doué pour les postures
pratiquées en hatha-yoga.J'étaismusdé mais tendu. |'avais
étÇ avant de tomber malade, un sportif très douÇ remar-
qué par Anthoine qui recrutait des jeunes à entraîner pour
les |eux Olympiques. A seize ans, bien que junioq, j'avais
participé avec mes aînés smiors, aux championnats inter-
scolaires de Paris. Bon coureur de vitesse et bon sauteur,
j'avais remporté la course de haies. Devenu adulte, dans
ma profession,je portais chaquejour de lourdes charges,ce

-20 4 -
\

qui m'avait fait des ligaments et des musdes solides, mais


manquant d'élasticité. Heureusement que le Dr.Viard
m'avait appris à me relaxer.
Ce qui avait tout d'abord intéressé Fener chez moi,
c'est que j'avais essayé de soulager ma tante malade. Il
m'avait dit, lors de notre toute première rencontre: 'Mais
vous êtesguérisseur !". En fait j'avais essayéde soulager ma
pauwe tante par des passesmagnétiques et j'avais été guê
risseur comme j'avais fait de la méditation et du yoga avec
Viard, sans le savoir. f'avais en moi, effectivement inné, un
désir de soulager ceux qui souffrent. De telles occasionsne
manquent pas autour de soi. Ce fut une période qui dura
plusieurs années. Mais je compris mieux la réaction de
Ferrer à mon égard lorsqu'il me dit un jour qu'il désirait
fonder une école de guérisseurs.C'était également inné en
lui.
Enfin un certain jour, comme j'arrivais rue d'Uzès
pour le cours, Ferrer m'appela dans son bureau. Il avait un
air sérieux peu habituel. Il me fit savoir clairement qu'il
désirait que je lui succèdelorsqu'il serait appelé à quitter ce
monde. Ma surprise fut totale. Cette proposition me
parut... folle, impossible, hors de toute logique, de toutbon
sens,impensable. f'enfouis toutefois cette réaction en moi,
Ferrer était tellement catégorique! |e cherchai des argu-
ments pour faire valoir mon point de vue. D'abord, ensei-
gner le hatha-yoga ne me paraissait pas du tout, mais pas
du tout dans mes possibilités.Il y avait plus doué que moi
pour les postures.J'énumérai tous ceux qui me semblaient
beaucoup plus aptes que moi pour lui succéder.
Ce fut peine perdue. Il réfuta tous mes arguments,
tous mes choix, pour conclure avec autorité: "D'aillars tu
n'as pasà en discuter,ce sont mesMaîtresqui t'ont d&igné à
moi". Et il poursuivit " si tu n'es pas assezsouple pour exê
cuter telle ou telle posture, tu peux parfaitement I'ensei-
gner, et un élève doué fera la démonstration. Ce qui compte
aaanttout c'est ton ambiance".len'avaisplus qu'à m'incli-
ner !

-2 0 5 -

)
V"ir j'étais loin d'imaginer ce qu'un tel honneur me
réservait lorsque Ferrer quitterait ce monde, une dizaine
d'années plus tard. En fait il n'était mon aûré que de sept
ans.
Que voulait donc dire Ferrer en m'affirmant: "ce sont
mes Maîtres qui t'ont désigné à moi"?
Ferrer était-il vraiment un Maître selon la tradition du
yoga? |e me suis parfois posé la question de son vivant. Il
s'en défendait auprès de moi. Ne me considèrepas conrme
vn guru me disait-il, et vérifie toujours par toi-même ce que
je te transmets. Mais il me disait souvent aussi: "Ne cherche
doncpas tant à comprendre, mnisfais cequeje te dis et surtaut
joue le jat objectiaement. Ne raisonnêpas,maisobsquesimple-
ment le r&ultat ile ceque tu asfait".
|e le voyais dans Ia vie, super-actif, mais bien humain,
avec corune moi, conune nous tous, des qualités et des
dffauts. C'était bien sympathique. |e n'avais cependant
aucune envie de lui taper sur l'épaule en copain. |e le res-
pectais, mais je I'aimais bien et j'étais très près de lui.
D'ailleurs nous avions de nombreux points communs.
Comme moi il avait fait des études pour être ingénieur,les-
quelles furent interrompues par la guerre de 1914.n était
alors devenu dessinateur d'études aux établissements
Schneiden Nous avions tous deux un æil gauche déficient,
ce qui accentuait notre côté yang. Nous étions de la même
façon bouillants, pleins d'énergte, et très gais. Nous
aimions la vie. Elle était notre principal temain d'expéri-
mentation, et nous étions peu attirés par les discussions
philosophiques. Et tous deux nous avions une vie profes-
sionnelle accaparante,rude. Mais nous I'exercions en yogîs,
consciemment, efficacement et dans la joie. Chacun de
notre côté, dans note profession, nous ceuwions pour
I'amélioration et la défense de cette profession, dans des
syndicats professionnels. Mais aussi, en parallèle, nous
avions une vie culturelle, une vie intérieure. Nous recher-
chions une réalisation personnelle avec le désir de diffuser
et de partager les fruits de notre expérience.

-20 6 -
Nos épouses avaient, elles aussi, de nombreux points
communs. Fener m'avait dit un jour: "Nous avons bien la
même femme". Toutes deux qualités semblables, même
caractère, mêmes habitudes. Chaque couple avait deux
enfants, deux filles !
Alors pouvais-je le considérer comme un Maître,
comme mon Maître? fe n'avais auqrne envie de me mettre
à ses pieds, pas plus qu'il ne le désirait lui-même.
Cependant, maintenant, regardant en arrière sur le dtemin
qu'il m'a aidé à parcourir, je dis avec certitude: c'était un
Maître, un wai Maître.
Le Docteur Marcel Viard et Lucien Ferrer furent sur
ma route des Maîtres. Chacun d'eux sut m'apporter à I'heu-
re "H" ce qu'on attend d'un Maître et surtout tous deux
furent incontestablement de wais Maîtres, car ils ne m'en-
ctraînèrent pas. Ils surent me donner confiance en moi et
me fourni1 au moment voulu,les outils pour travailler sur
moi-même.
Ainsi ils m'ont permis d'avoir la révélation de toutes
mes possibilités en potentiel au fond de moi-même.
Chacun d'eux, à vingt ans d'intervalle dans le courant de
ma vie, fut à la fois un révélateur et un guide, sachant
m'éviter bien des écueils qui nous guettent fatalement sur
le chemin.
|e souhaite, à tous ceux qui sont engagéssur la Voie
de trouver de tels guides, de tels Maîtres.

C'est ainsi que surgissent de ma mémoire, certains


souvenirs précis, curieux pour le moins, touctrant Lucien
Ferrer et qui peuvent témoignendans ce sens.
Un- dimanche après-midi je reçois un coup de fil de
Thomery. Monsieur Ferrer me demandait ce que je faisais
et si nous étions libres cette soirée. En tant que coruner-
çant, après le déjeuner du dimanche qui avait lieu vers les

-207 -
1.4heures,l'après-midi était occuÉ à faire les comptes de la
semaine. Bien str que nous étions libres Monsieur Fetrer,
pour répondre à votre invitation. Venir dîner à Thomery
avec vous et votre femme: incroyable, mais vrai ! Quel bon-
heur de dùrer en tête à tête avec le Malfie ! fe devais m'at-
tendre à des révélations, à une conversation intime intéres-
sante. Qui sait.....peut-êtreà une initiation mineure!
Vite prêt_s,nous voici en voiture. Les 70 kilomètres
jusqu'à Thomery sont parcourus en un temps record...
j'étais jeune.
Nous voici arrivés. Présentations.Puis: ''Tiens Roger,
Marielouise, vous atmez les truites ? n y en a de très
fraîdres chez le poissonnier tout près d'ici. Nos femmes
vont faire leurs emplettes et tandis qu'elles préparent le
dîner, je t'emmène prendre I'apéritif. Roger je vais te mon-
trer où je vais le dimanche".
Nous arrivons dans la côte conduisant à la forêt. Petit
bistro de campagne, bien sympathique. Nous entrons.
Bonjour, bonjour ! "Tens Roger, tu vois c'est là que je viens
jouer à la belote, avec ces gars- là. ft vois ce grand (Ferrer
était petit), la dernière fois il a triché. |e n'aime pas ça.|e lui
suis rentré dedans, il a compris......
fe récapitule:
Lèreconstatation:le Maître boit l'apéro,
2èmeconstatation:il joue à la belote,
3èmeconstatation:il sebaganesi on triche.
Aucune rancune. Une ambiance joyeuse. Ces gens
humbles soupçonnent-ils la valeur profonde de leur cÉuna-
rade. Ferrer ne s'en distingue absolument pas. Il vit le
moment présent à leur niveau.
Nous voici repartis. Nous arrivons à la maison où ces
dames nous attendent. A table! on a faim. Entrées,truites,
etc. S'adressantà la maîtressede maison, Ferrer lance "tu
nous I'apportes cette bonne bouteille !" C'est sympa ... des-
sert etc. tout pour être heureux et bien repus. L'ambiance
est agréable, amicale, euphorique. La conversation est
banale, toute simple....Ah ! tu as la gniole que nous a ame

-20 8 -
t
née le père Antoine ? de sa fabrication, du pur jus, on ne
trouve pas ça dans le commerce!
4èmeconstatation:Ie Maître ne boitpasquede l,eau .....
En réalité il a mangé et il a bu comme un petit oiseau,
mais heureux d'avoir à sa table des convives luis"nt hon-
neur au repas servi. Plus d'une fois, par la suite, il m'a été
donné de constater la même chose.ùn Ferrer heureux de
créer une ambiance joyeuse, vibrante d'amitiÇ mais tou_
jours conune supervisant l'assembleeet en dehors du
coup.
Et toujours mangeant et buvant très peu.
,,Roger
!ffi" pour terminer: fumes_tu?,'Hélasnory
monsieur Ferrer,je n'ai d'ailleurs aucun mérite. ne peux
Je
p.?:, .* ça me pique la gorge que j'ai toujours eu très sen_
sible; ...et puis mon poumon gauctre iragile.
f'éprouve
presque le besoin de me justifier auprès ae tui deïe pas
avoir ce défaut!
Sèmeconstatation:le Maîtrefumr.
E,l y-" apprécier,en connaisseurun petit ninas super-
fin paraît-il, offert par un ami hollandais.
Et de l'initiation mineure qu'en est-il advenue? Le
mot "yoga" n'a même pas été prononcé de la soirée.Il ne le
sera pas davantage lors des adieux.
Nous voici repartis. Suis-je déçu ? même pas.
Simplemmt je me pose quelques questions.
Ferrer n'a-t-il pas telement insisté pour me démon-
q:r q:'il n était pas un guru, qu'il ne voulait pas jouer ce
rôle vis à vis de moi. Ferrer se Éférait à Krishn-am*ti urr".
lequel il avait été en contact. Ne voulait-il pas également
que je perde I'habitude de faburer, défaut sirépaidu ctrez
les pratiquants du yoga en occident? La leçon n'était-elle
pas digne du Maître? En tout cas elle a porté.


**

-209-
Pourquoi Ferrer m'avait-il dit si catégoriquement que
je seraisson successeur?fe ne lui demandais rien, sinon de
travailler tranquillement, dans mon petit coin, à ses côtés.
Pourquoi chaque fois qu'il avait un visiteur de
marque, feignait-il de m'ignorer, mettant en valeur un autre
de sesélèves, jamais le même il est wai, mais j*uis moi ?
Alors, un jeudi soir, décidé à le faire parler, je le coin-
ce dans le couloir de I'appartement, avant le cours.
Monsieur Ferrer bonjour! Dites moi, pouvez-vous me dire
où j'en suis sur ce chemin du yoga ? II y avait , coûune par
hasard une chaise dans I'encoignure près de la salle de
cours où nous nous trouvions. Bien, assieds-toilà me dit-il.
Et voilà qu'il fait ses petits yeux, plissant le front, tandis
que je ferme les miens. Je sais, qu'avec cette façon de me
regarder, conune le fait un peintre pour cenEer son paysa-
ge sur sa toile, il pénètre au fond de moi. Que voit-il ? Que
va-t-il découvrir, m'apprendre, me révéler? Il bouge:
j'ouvre les yeux. Il est devant moi, debout, souriant. Bien,
dit-il; c'estbon, continue.....
C'estpas wai...!...
Après tout, n'est-cepas lui qui a raison? C'est mon
ego, toujours là, qui s'mfle, qui se gonflg qui veut savoir;
le successeurdu Maître, pensez donc ! fustement, ce suc-
cesseurne doit-il pas être capable de transcender ce petit
moi qui le fait souffrir, cet ego encoreimportant? f'ai à tra-
vailler pour agir détaché des fruits de I'action.
fe me plains de ce que Ferrer me mène la vie dure.
Mais n'est-cepas à moi de découwir où j'en suis et ce que
je dois encore faire. |e ne veux pas être à sespieds et il ne le
désirepas. Il tient à faire de moi un homme libre.Il ne peut
qu'être un révélateur, me mettant dans des situations où je
dois me prendre en charge.C'est ce qu'il fait.
Ferrer un véritable Maître: OUI !
]e suis d'ailleurs injuste. A draque réunion officielle, il m'a
toujours placé à côté de lui, à sa gauche...
Et puis, j'ai la certitude, de plus en plus, que je ne suis
pas seul. |e me senssuryeillÇ guidé.

-2L 0 -
C'est sûr qu'il m'estime et qu'il m'aime.
Moi, I'athée, le matérialiste qui veut comprendre I'in-
compréhensible, toucher du doigt I'intouchable, il va me
donner de nombreuses preuves des pouvoirs de sa puis-
sance énergétique. Des preuves inéfutables, à moi le scep
tique, de son pouvoir d'agir sanstenir compte de la distan-
ce.
"Ne cherchedonc pas à comprendre,constateobjectioe-
ment.Déoeloppe ton attention,ta sensibilité.Soisg&mt au yé-
sent".
Enfin il a décidé de partia de quitter ce monde, pour
des raisons qui lui sont personnelles.Il m'en avertit. A la
fois sceptique et atterré, je réussis à le voir seul dans son
bureau". Monsieur Ferrer ce n'est pas possible, voyons. Il
vous reste tant à faire ici-bas, et vous avez encore tant à
m'apprendre!"
Sa décision est prise, irrémédiable. Alors tous les lun-
dis, mon jour de repos, il m'attend chez lul, à Thomery. Il
me donne des instructions pour que je lui succède.Il me
gave précipitamment de ce qu'il aurait voulu me trans-
mettre encore.Voilà pour toi, et pour untel ceci,et porrr un
autre cela. Fais attention à ceci et à cela. Voici pour toi, ins-
crit sur ce carnet un enseignementà transmethe de bouche
à oreille. |e le mets là, dans le tiroir de mon bureau. fe le
complète chaque jour. Tu le réclameras; il est pour toi.
Oui il pense vraiment à sa succession.fe ne com-
prends pas; il me paraît en pleine forme. il n'a rien d'un
mourant.
Depuis quelques mois déjà, il m'avait demandé les
deux premiers enregistrements de son Cours Supérieur,
soit huit leçons au total. Il y u trois annéesde ce cours ainsi
enregistré à raison d'une leçon par semaine.Un mois après
il me les rendait. Thèshumble et déçu: '\Ion, impossible
d'en tirer autre chose pour t'aider. C'est à reprendre com-
plètement. Mais tu le feras toi-même".
Seul, j'allais donc être seul. Il partait trop tôt.
Pourquoi?

-zLL_
Un lundi matin, je reçois un coup de fil de madame
Femer. Venez vite, mon mari est tombé cette nuit, à son
bureau, en travaillant à son dernier livre.
f'arrive très vite pour me rencontrer avec le docteur.
Très pessimiste,il nous laissepeu d'espoir.
fe monte, au premier étage, voir le Maltrc dans sa
chambre. Il ne peut plus parler. Mais son regard qui me
fixe, je ne ne I'oublierai jamais. Il me pénètre jusqu'au plus
profond de moi-même. De grosseslarmes coulent alors sur
sesjoues. fe me penche sur lui pour I'embrasser.
Sa successionà I'Académie Occidentale du Yoga me
réservera quatre années d'épreuves, qui faillirent venir à
bout de ma robuste constitution. Nul doute que ces
épreuves me furent salutaires. Le Maître veillait.

Depuis, chaque iour il est dans mes pensées.

-27 2 -
t
MADAME MARRON

C'est dans les années60 que, grâce à une amie com-


mune, je fis la connaissancede Madame Marnrn.
|'ai rencontré, au cours de ma vie, nombre de femmes
remaiquables dont j'"i pr admirer soit la beauté ou l'intel-
ligence, soit le savoir ou l'élégance ou enconele dynamis-
me, le courage, le dévouement, la bontÇ le charme etc.
Mais j'ai toujours été très réservé à leur égard, voire
timide. Oui, j'ai toujours eu le respect de la femme. Elle
m'influençait car je pressentaisen chacune d'elles [a mère,
la "shakti divind' dirais-je maintenant, celle qui donne la
vie. Même à l'adolescenceoù les pulsions sexuellessont si
fraîches et si fortes, je réprouvais l'attitude cavalière de cer-
tains garçons à l'égard des filles.
Si aujourd'hui je me confie ainsi à vous Cest pour que
vous compreniez bien la relation que j'eus durant environ
dix annees avec cette femme exceptiorurelle. C'était une
sainte femme. f'ai eu la chance de la trouver sur mon che
min au moment opportun, mais je ne crois pas que ce fut
un hasard.
Elle habitait à Paris, dans le 19è arrondissement, au
pied des célèbresstudios de cinéma des Buttes Chaumont.
|e revois encore cette rue pittoresque du vieux Paris, pavée,
et où sont édifiés maintenant de grands immeubles
modernes.
A l'époque on y accédait en frandûssant une grande
grille qui en interdisait l'entrée à tout véhicule. Cette rue
ancienne assurait le passageentre deux rues réserveesà la
circulation. Elle était curieusement là comme un îlot de
calme et un vestige du passé.Toutefois large, elle était bor-
dée de maisonnettes d'un étage maximum. Mais celles-ci,
plus ou moins vétustes, étaient habitées par des gens
pauwes avec des familles nombreuses.Les gossesavaient
au moins la possibilité de s'ébattre sans danger sur les
pavés de cette rue piétonne.

-273-
Mon amie habitait au premier étage de l'une de ces
petites maisons. C'est tout au fond d'un long corridor, peu
éctafué, qu'on accédait à son appartement. Humble deux
pièces, sans confort, Cest là que vivait madame Marron et
son époux, retraité du métro. Ce dernier, à demi grabataire
était soigné affectueusement par cette épouse remaryuable.
|'assistai, quelques annéesplus tard, à ses derniers jours.
Dès ma première visite à cette furure amie, ma sur-
prise fut grande de passerbrusquement d'un long couloir
sombre et plutôt lugubre à cet humble logement dans
lequel régnait incontestablementune ambiance de quiétu-
de et de lumière. Quel saisissantcontraste!
Madame Marron avait la soixantaine, mais un teint
frais de jeune fille. fe savais déjà à quel point, comme l'a
écrit le sculpteur Eugène Carrère:
" Le physiquede I'hommen'æt pasunefontesimplanent
couléedans le moule du milieu extérianr,c'æt artant tout un
repoussé,marteléà grands coupsfrappésdu dedanspar Iæ ins-
tincts indioiduelset l' énergiespirituellepusannelle".
Cette femme, assurément, était profondément calme,
sereine, et bonne. Elle rayonnait, et l'ambiance de ce
modeste logis était imprégnee de cette luminosité.
]'ai appris, par la suite, son enfancedouloureuse, son
hérédité maladive et les opérations du bassin qu'elle dut
subir très jeune. Savie fut celle d'une infirmg faite de souf-
frances continuelles. Comme disent les hindous, quel lourd
Karma !
Or, sans doute pour pouvoir supporter cette vie de
souffrances, il lui fut donné paradoxalement d'atteindre
dans le silence de son intériorité les plus hauts sommets.
Oui, j'ai connu et côtoyé une sainte !
Madame Malron, reliee constamment à l'Invisible, au
Tout, avait le don de voyance. Elle l'utilisait pour aider,
conseiller, soulager de nombreusespetites gens, de braves
gens, qui devenaient vite sesamis. Ainsi en fut-il pour moi-
même.

-214 -
t'ai eu par ailleurs l'occasion, à deux reprises, de
consulter des femmes médiums réputées.Qui n'a pas dans
des cas douloureux, comme la perte d'un être très cher,
désiré trouver une explication à l'inexplicable? Ce fut mon
cas lorsque je perdis ma petite fille, atteinte à la puberté
d'un cancer du sein. Le grand-père que j'étais avait du mal
à admettre que cette superbe adolescente ait pu quitter ce
monde avant lui. Eh bien, il me fallut constaterpar la suite,
que ces voyantes remarquables avaient commis quant à
l'avenir, quelques erreurs importantes. Ce ne fut jamais le
cas pour madame Marron.
Lorsque j'étais l'élève de Ferrer, j'avais acquis une
maison de campagne dans les environs de Melun. Lui-
même habitant Thomery, à la lisière de la forêt de
Fontainebleau et au bord de la Seine, nous avions là une
occasion de nous rencontrer en nous invitant mutuelle'
ment. Après notre dur Eavail de la semaine, avec mon
épouse, nous passions des week-ends bien agréablesdans
cette petite propriété rurale dont nous aménagions,petit à
petit, le confort dans la perspective de nous y retirer à la
retraite pour y finir notre existence.
Or un jour madame Marron me reçoit et prenant cette
fois comme support des tachesd'encre, elle me dit:
"Monsieur Clerc,je aousaoisdansI'aaeniraoyageantbeaucoup
et aousêtesentouré,chaquefois, de nombreuses pcrsonn6..,.
Vousécrioez, un liare.....puis un autre,etc."
Rentrant à la maison, je fais part à mon épouse de
cette surprenante nouvelle et lui dis d'un air goguenard:
Tu sais, je crois que cette brave madame Marron vieillit
waiment! et je lui narre cesprévisions qui vont à l'opposé
de nos projets de finir nos jours à cultiver nos rosiers et à
récolter les fruits des arbres fruitiers que nous avons plan-
tés à la campagne.
Puis Lucien Ferrer nous quitte et je lui succède,
comme il l'avait désiré, à la tête de l'Académie Occidentale
du Yoga, rue d'Uzès à Paris.

-2r5 -
fe participe alors à la création de la Fédération des
enseignants du Yoga, à celle de l'Union Européenne des
Fédérations de Yoga et de llEcole Française de yoga de
Paris etc.
fe fonde l'Académie du Yoga de l'energie et des écoles
de formation de professeurs s'y rattadtant. fe suis amené à
beaucoup voyager,tant en Francequ'en Suisse,en Belgique
et en Allemagne. fe suis évidemment entouré d'un grand
nombre d'élèves et d'auditeurs.
Enfin en 1976 paralt mon premier ouvrage sur le
yoga. Il sera suivi de plusieurs autres.
Quelle merveilleuse voyante extra-lucide que cette
madame Marron ! N'est-ce pas impressionnant de penser
qu'elle a pu pressenti4 avec autant d'exactitude, des év6
nements qui se sont réalisés dix ans plus tard, des années
après sa propre mort. A noter que cela n'était pas inscrit
dans mon mental puisque j'avais imaginé mon destin dif-
féremment.
Dois-je vous avouer que j'ai longtemps moi-même
douté des voyantes et de leurs prévisions. Si j'en parle lon-
guement ici Cest que l'expérience que j'ai vécue à ce pro-
pos est unique. Aucune imagination ou fabulation de ma
part. Les faits sont là, vérifiables, sur un nombre important
d'années.
Il me fut donn4 hélas, d'assister impuissant au cal-
vaire de cette merveilleuse femme. Elle fut opérée d'un
cancer de l'intestiry on lui posa un anus artificiel. Elle sup
porta encore cette épreuve de façon magnanime. Enfin
quelques années plus tard elle fut hospitalisée. J'allai la
voir à diverses reprises. Elle vécut à l'hôpital quelques
mois avant de nous quitter définitivement. J'assistai, la
veille de son départ, à une scènequi m'émut au plus pro-
fond de moi-même. Cette femme était très aimée des gens
qui la consultaient et ils furent nombreux à venir lui appor-
ter un peu de réconfort. Mais, en fait, Cest encore une
consultation qu'elle leur donnait. Et, la veille de sa mort,
j'assistai éberlué aux encouragements qu'elle leur prodi-

-2 L 6 -
guait, oubliant sa propre souffrance et sa dernière heure si
proche.
' Oui, incontestablement cette femme était une sainte.
Dans la préface de cet écrit sur mes maîtres, le Dr.
|ean-|acquesLaubry fait remarquer avecjustesseque, dans
Ia première partie de ma vie, j'avais désiré Pour satisfaire
mon père et mes tendances,devenir ingénieur mais que la
maladie et le destin en avaient décidé autrement. Et il sai-
sit cette occasion pour montrer l'importance du karma
dans la vie de chacun de nous.
Une deuxième fois le destin intervint donc dans ma
vie. |e n'irai pas à la retraite dans ma maison de campagne
au milieu de mes roses et de mes Ponunes. Non! je suis
dans la voie du yogaet je prospérerai dans cette voie. C'est
mon karma! et madame Marron, branchée sur le Tout l'a
bien pressenti. Ajouterai-je pour confirmer cette histoire
vécue qu'il y a maintenant cinq années que la maison de
campagne à été vendue.
Ainsi, lorsque je réfléchis au déroulement des événe-
ments de ma vie, laquelle arrive à son terme, je constate
une fois de plus l'application de cette loi universelle que le
Dr. Viard m'a dévoilee il y a maintenant soixante ans| "La
loi d'évolution lente et progressive".
Dans un premier temps, ce Maître m'a fait me
détendre et me recenûer dans le ventre, centre de gravité
de mon corps. |'ai appris à mieux respirer et à me concen-
trer dans le quotidien, en pratiquant des actes conscient.
Etre présent au présent, ici et maintenant. Il m'a fait com-
prendre qu'étant poussière et microcosme dans le macro-
cosmeje devais respecterles lois universelles qui régissent
celui-ci. ]'ai suivi le Dr. Viard pendant dix-sept années.
Dans un deuxième temps j'ai rencontré Lucien Ferrer.
Ce fut mon maître en énergie. Il me fit prendre conscience
de prâna et m'apprit à diriger cette énergie vitde, grâce à
la pensée qui véhicule cette énergie: "Où la pensée va,
l'énergie va". Techniquement,il me fit me recentrer dans la
tête, dans le cerveau,ou je précisai le centre de commande.

-2t7 -
Par une gymnastique de la conscience,et énergétiquement,
je transcendai mon schéma corporel. |'ai suivi ce Maltre
pendant quatorze annéesjusqu'à ce qu'il quitte ce monde.
Comme il l'avait désiré je lui succédai alors durant quatre
années.
Parallèlement,j'avais fait la connaissÉrnce de madame
Marron. Le terrain avait été bien préparé successivement
par ces deux maîtres que furent le Dr. Viard et Lucien
Ferrer. Cette femme le comprit dès que je vins à elle. Mais
là encore peut-on parler de hasard?
Il me manquait une dimension qu'elle me permit
d'acquérir. Elle me révéla à moi-même, en m'affirmant que
tout était en moi mais qu'il fallait que j'aie davantage
confiance en moi.
En fait, j'admirais les "pouvoirs" réels de Ferrer, ce
qui le grandissait constamment à mes yeux, car il me don-
nait souvent l'occasion de les apprécier objectivement.
IJincroyant, le matérialiste que j'étais se trouvait fortement
ébranlé. ]'étais bien obligé d'admettre que mes sens d'hu-
main étaient limités et que mon mental discursif ne pouvait
m'expliquer l'invisible. Pourtant Ferrer me disait souvent:
"Ne cherchepas tant à comprendre.Faisce queje te dis. loue
donc le jat et constateobjectivnnentles r&ultats; admet -læ ,
mêmesi tu necomprends pas.".
Bouddha n'avait-il pas déjà énoncé cela vingt-cinq
sièdes auparavant?
Alors madame Marron n'eut de cessequ'elle ne m'ett
fait acquérir cette certitude que je pouvais en faire autant
que mon maître. Elle multiplia les occasions de me faire
atteindre une autre dimension, bien au-delà de mon schê
ma corporel et même en dehors du temps et de l'espace.
Elle avait raison. C'est tellement simple, lorsqu'on
lâche effectivement prise, tout en restant vigilant et lorsque
l'égo admet de ne plus commander!
Le Dr. Viard et Ferrer m'avaient fait me recentrer suc-
cessivementdans le ventre et dans la tête. Madame Marron

-278-
il
me fit redécouwir le centre même de mon être, dans le
cæur. Ce fut, à la fois,le retour à l'UN et au TOUT.
Mais je ne peux me résoudre à raisonner de façon
aussi simpliste. ]e reconnais volontiers que sans Ferrer et
sansViard il n'y aurait pas eu de madame Marron! Et sans
cette triade je n'aurais strement pas avancé aussi vite sur
ce Chemin. Ie leur rend hommage à tous trois, ainsi
d'ailleurs qu'à mes parents qui fournirent la matière pre
mière.

-2 L 9 -
\

REFLEXIONS

1988 - Que de souvenirs enregistréstout au long de


quatre'vingts annees d'existence, dont certains surgissent
des plus lointaines annéesavec une acuité qui nous étonne
et parfois nous effraye !
L'être humain... quelle merveilleuse machine, ou quel
admirable instrument. La science moderne nous aide à
mieux nous situer par rapport à ces appareils sophistiqués
qu'elle a engendrés qui, peu à peu, nous font pénétrer dans
des plans de consciencesubtils que nos senslimités ne pou-
vaient que nier il y u seulement quelques années. Mais
nous sommes, chacun de nous, même celui qui semble le
moins doué, un meryeilleux poste émetteur et récepteur, et
un formidable ordinateur, dans lequel sont enregistrésdes
millions d'informations. [e moins douÇ c'est celui qui
ignore ce trésor qu'il possèdeet qui par conséquentne peut
I'utiliser.
Je dois à Marcel Viard et à Lucien Ferrer de m'avoir
ouvert les yeux, car j'étais aveugle, de m'avoir fait
entendre, car j'étais sourd, de m'avoir fait prendre
consciencede ce trésor qui était en moi, dans ma prcpre
maison, tout en m'ouvrant toutes grandes les fenêtres sur

-22L-
cette nature environnante avec laquelle je m'identifie à
chaque respiration.
f'observe aussi autour de moi mes parents, mes amis,
mes contemporains. f'ai des enfants, des petits enfants, qui
vont me donner la joie de connaître des arière-petits
enfants.
Mais que de parents, d'amis, disparus. Alors j'.i pt
observer comment ces disparus avaient vécu I'automne de
leur vie.
Pour les uns ce fut un automne froid, avec un vent
glacial ou humide qui vous transit. Ce vent qui fait tomber
les feuilles, lesquelles pourrissent sur le bord du chemin,
vous font glisser et tomber. Ces arbres dénudés apparais-
sent alors comme des squeletteslugubres...
Pour d'autres, plus rares, ce fut I'automne msoleillé
avec les feuilles jaunies tombant des arbres pour faire un
merveilleux tapis sur la terre. Tapis de couleurs mordorées.
Une variante infinie de jaunes, de bruns, et d'ors. Une véri-
table symphonie qui vous pénètre jusqu'aux os, jusqu'à
l'âme. Et ces feuilles vont s'enfoncer en terre et former de
I'humus. Et ce sera le cycle éternel, avec le départ d'un
renouveau, d'une nouvelle génération. Notre vie cesse-t-
elle waiment lorsque nous mourons?
|e vis actuellement cet automne d'homme âgé.fe vou-
drais vous faire savoir que I'automne peut être pour cha-
cun de vous, lorsque vous serez à cette période de votre
vie, cette saison parfois merveilleuse qui peut dépasseren
qualité de joie celle des étés torrides ou des hivers rigou-
reux.
Mais, cela se mérite, cela se gagne.
L'homme qui se laissevivre au gré de sespulsions, de
ses instincts animaux, sera ballotté tout au long de sa vie,
comme le bouchon sur la vague. Il aura une vieillesse et
une fin d'animal.
L'homme se différencie de I'animal par sa faculté de
libre'arbitre. Restons modeste car elle est relativement
minime. Mais, à la condition d'en prendre conscience,on

-22 2 -
pourra I'utiliser et à cette occasion mériter le titre
d'Homme. Mais on pourra aussi la développer, dans une
certaine mesure. Là encore, restons modeste. C'est cepen-
dant ce qu'on qualifie d'évolution: évoluer, avancer sur le
Chemin ou sur la Voie.
Cette évolution se fait de toute façory mais très, très
lentement, durant des millions d'années, et cela dépasse
notre entendement. Oç dès qu'il prend consciencede cela,
I'Homme est très, très pressé.C'est tellement wai que cer-
tains sont la proie de charlatans qui leur offrent cette réali-
sation dans un laps de temps réduit, ce qui est très tentant.
Evidemment ce n'est pas donné!
Or des techniques sont là pour avancer avec certitude
sur ce Chemin. Il faut d'abord discriminer celle qui
convient le mieux, ce qui n'est pas toujours facile. Mais sur-
tout, toutes cestechniques,les sérieuses,ont un point com-
mun: elles nécessitentde ceux qui s'y engagent un effort
personnel persévérant.
Cet effort aboutit forcément à une prise de conscience
de plus en plus vaste qui entraîne, ipso facto, une modifi-
cation du comportement dans la vie de I'individu. C'est
I'ascèse,plus ou moins rigoureuse, suivant le caractère,le
tempérament et les tendancesprofondes de chacun.
Puis, au fur et à mesure qu'on ava.ncedans la Voie,
I'effort se transforme. Lui aussi évolue. Il devient habirude
et nécessitede moins en moins de puissance,de moins en
moins d'énergie. Parallèlementla concentration s'améliore,
la vigilance se développe, et paradoxalement I'effort dimi-
nuant, sa puissance grandit. C'est un "effort sans efforfl'
dont I'effet est maximrun. C'est le test qu'on a atteint les
plans de conscience les plus subtils. Le lâcher-prise est
total, global, réalisé sur tous les plans qui nous composent.
C'est Ia Réalisation.
Voici pour condure de façon concrète ces explica-
tions, un premier texte intitulé:
"Puissance du geste"

-223-
dans lequel vous découwirez la valeur pratique du geste
conscient que tout individu peut utiliser du matin au soir
dans sa vie quotidienne, ce dont je vous ai entretenu à pro-
pos de I'enseignementdu docteur Viard.
Puis un second qui porte ce titre pour le moins
curieux qui fera certains yogîs végétariens:
fémir
Le découpage du beuf'
Plusieurs textes célèbres de la tradition hindoue rela-
tent le haut niveau atteint par cesprofessionnels.Peut€tre
serait-ce là I'occasion de dépasser quelques préjugés trop
répandus, selon lesquels ces pauwes boudrers corune ces
malheureux esquimaux ou tibétains qui mangent de la
viande parce qu'ils n'ont pas autre choseà se mettre sous la
dent, sont irrémfiiablement condamnés à rester dans les
plans inférieurs. Puisse ce petit texte, qui date de 4 sièdes
avant f.C. faire réfléchir ceslecteurs à I'opportunité de révi-
ser leur jugement pour discriminer I'essentiel du futile et
s'attacher à I'esprit plutôt qu'à la lettre.

-22 4 -
PUISSANCEDU GESTE

Viwe en "YOGA", c'est être présent à draque instant


de I'existence. Chaque geste, si humble soit-il, doit être
exécuté consciemment. Il est alors I'aboutissement d'un
processusbien défini, qu'il nous faut constamment respec-
ter, à savoir dans I'ordre suivant:
A I'origine une pulsion ou une émotion ou un désir
ou encore une réaction à des stimuli qui se transforment en
images, en pensées, qui à leur tour s'expriment soit en
paroles, soit en actes.
Le vécu de ce déroulement dans le bon ordre, renfor-
ce la personnalité. Dans certains cas pathologiques il peut
aider à la reconstruire en la recentrant. Dans le cas contrai-
re, il y a dispersion mentale et, si I'on persiste,déstructura-
tion de cette personnalité.
La qualité de I'acte, son efficacité, dépendent de la
netteté, de la précision des divers éléments qui ont partici-
pé à sa réalisation. Dans le cas d'une action mentale se tra-
duisant en paroles, ce processusest mis en évidence dans
les vers célèbresde Boileau:
"Ce qui seconçoitbiens'énonceclairunent,
et lesmotspour Ie dire arriaent aisément".
De même I'action sera d'autant plus efficace que le
geste sera précis, c'est-à-diresi nous sorunes bien là, dans
le vécu, présent sur tous les plans, dans la globalité de
notre être. Il y aura alors "efficience", c'est-à-direle maxi-
mtun de rendement avec un minimum d'effort.
Cette intensité de vie dans le geste bien accompli
donne d'ailleurs une telle satisfaction qu'on ne désire sou-
vent pas d'autre récompense: on VIT. Nous sonunes en
plein Karma-Yoga.Pourquoi pas en yoga tout court!
Observez I'apprenti menuisier s'essayantà enfoncer
un clou. Comptez le nombre de coups de marteau qu'il
donne sur la tête du clou et sur sesdoigts, avant de réussir.

-225-
Puis regardezle maltre'artisan lui montrer la façon de
s'y prendre. Un petit coup sec pour marquer I'avant-trou
dans le bois afin que le dou ne puisse glisser sur la surface
lisse, puis un coup bien précis sur la tête du dou. Le geste
est à la fois souple et puissant, ne mobilisant que la force
nécessaire. I-e marteau est levé à la hauteur voulue, le
regard fixé et la penséeconcentréeà I'endroit où le marteau
doit tomber. Tout l'être s'exprime dans un geste parfait.
Quelle différence avec I'apprenti, dans la streté du
geste, sa précision, et son efficacité. Cette recherche du
geste pur, dans lequel interviennent uniquement les
muscles nécessaires,avec une pensée maîtrisee, ce n'est
certespas facile. Mais n'est-cepas un moyen de remonter à
la source de I'action et au centre de nous-même, et n'est-ce
pas là du yoga?
Qu'est-ce donc que la cérémonie du thé des Maîtres
japonais, le tir à I'arc dans le7æn, ou mcore I'Ikebana, sinon
cette recherche du vécu intensif de tout l'être dans le
moment présent?
Le geste qui puise sa force originelle dans les racines
de l'être, dans le sexe,le ventre, le cæur pour aboutir dans
la tête qui le dirige est la résultante de motivations pro-
fondes. C'est un wai geste.
Mais celui qui n'est que I'aboutissement de pensées
résultant des cogitations de notre mental analytique, n'est
en fait qu'une gesticulation. Quelle différence! C'est ce
qu'on peut observerchez les détraqués......
Le geste est révélateur de ce qu'est I'individu. Si I'on
sait observer,on peut déceler le tempérament dominant et
les tendancesprofondes du sujet qui est devant soi. I-e san-
guin parle avec ses mains, en ponctuant ses phrases de
nombreux gestes rapides et amples, tandis que le nerveux
a des gesteshésitants, étriqués, anguleux. Le lymphatique
fait peu de gestes car I'inertie le caractérise,tandis que le
bilieux fait également peu de gestes, mais différemment
par maîtrise de soi. Aussi ses gestes peu nombreux sont
efficients, volontaires, précis.

-22 6 -
I
Observez I'homme en colère. Il gesticule beaucoup,
mais si sa colère tombe ses gestes cessent, et réciproque-
ment. Ce qui peut d'ailleurs ête utilisé le cas échéant.
L'homme calme a peu de gestes; ils sont lents et har-
monieux, à I'image de ce qui se passeen lui.
Essayez de réaliser vous-même, consciemment des
gestes harmonieux; la répercussion, sur votre respiratiory
sera immédiate. Celle-ci deviendra plus calme et vous
serez agréablement surpris de constater en vous un état
euphorique.
En hatha-yoga la relation geste, respiration, pensée,
est bien connue et constamment utilisée. Patanjali ne défi-
nit-il pas le yoga coûune le ralentissement des vibrations
du mental, et pour I'obtenir ne corunence-t-il pas par la
pratique d'asana,pour calmer le corps?
Ralenti à I'extrême le gestese fige: il devient posture.
Dans le maintien de la posture, à la condition que celle-ci
soit comme I'a définie Patanjali, "stableet agréable,dansl'ai-
sanceet la fermeté",\a respiration se réduit au minimum, et
le mental se stabilise. Lorsque la respiration devient super-
ficielle, "osmotique", c'estl'état de méditation.
Le gesteest alors, pour ainsi dire, en puissance,et son
efficacité est grande sur les plans subtils, avec répercus-
sion sur le corps. Par exemple, le fait de tracer I'image men-
tale du mouvement à réaliser sur le corps de chair est par-
fois utilisé et démontre la puissancede ce geste pensé.
Mais, de même que la respiration comporte obligatoi-
rement un temps d'expiration et un temps d'inspiration, il
faut considérer deux temps dans le geste: I'un qui donne,
I'autre qui prend. Réalisé dans sa plénitude, le geste est
alors une liaison et un échange.
La vraie poignee de mains n'est-ellepas un gestemer-
veilleux? Il n'est pas question ici, bien str, de I'habituel
salut de politesse plus ou moins machinal, deux mains qui
se s€rrent et deux esprits qui sont ailleurs, mais du contact
réel enbe deux êtres présentsI'un à I'autre.

-227 -
Le geste ainsi compris, prend toute sa valeur dans le
yoga de l'énergie. Car, s'il exprime ce qui vient du dedans,
il conduit aussi l'énergie en prolongeant la penséequi est,
ellemême, le vétricule qui transporte cette énergie. En don-
nant la même importance aux deux phases du geste, de
I'intérieur à I'extérieur et vice versa, l'échange est un fait
réel.
La série des dix-huit mouvements exécutée en début
de séance,dans la pratique du yoga de l'énergie a, entre
autres, ce but. Lorsque ces gestessont assimilés et ensuite
exécutés harmonieusement liés, ils aboutissent à cette
mobilisation de tout l'être, physique, psychique, émotion-
nel, pour le metFe en relation vibratoire avec ce qui nous
environne.
Nous soûunes alors en yoga, respectant l'étymologie
du mot qui signifie, comme chacun sait, joindre, unir.
Puissions-nouscomprendre en occident, que c'estpar
le vécu quotidien, de pratiques simples comme le geste
conscient,que nous avons le plus de chancede nous recen-
trer pour découvrir ce que nous sonunesprofondément et,
en évitant d'aboutir à un reploiement égoi'ste,favoriser un
épanouissementde tout nohe être.
-t

LE DECOUPAGE DU BCEUF
par ZHUANG ZI (Textedatant de 4 sièclesAV. I.C.)

Lorsque le boucher du prince Wen hui découpait un


bceuf, à chaque mouvement de ses mains, à chaque haus-
sement de sesépaules,à chaque déplacement de sespieds,
à chaque poussée de ses genoux, vlan ! b*g ! il jouait du
couteau,vlan ! et ne manquait jamais le ton juste, rejoignant
tantôt la danse de la forêt des mûriers, tantôt le ballet des
cérémoniesde Yao.
"Oh ! c'est merveilleux ! s'écria le prince Wen hui.
Comment ton habileté peut-elle atteindre ce degré?"
Bao ding déposason couteau.
Ce que je chéris par dessus tout, c'est le Dao; et il
dépassede beaucoup la simple habileté. Au début, quand
je commençais à découper les bæufs, ie ne voyais que le
bæuf. Au bout de trois ans, je ne voyais plus le bæuf. Et
maintenant,je vais à lui en esprit et ne le contemple plus
de mes yeux. Suspendanttoute connaissancesensorielle,je
laissemon esprit aller à son gré.
Me fiant à la structure éternelle des droses, je glisse
dans les vides et m'insinue dans les ouvertures, car j'ai
pour guide la nature même. Mon art me conduit à travers
les ligaments et les tendons sansque jamais je ne les heur-
te; à plus forte raison évitêje toute fibre d'importance.Un
bon boucher use un couteau par an; c'est qu'il lui sert à
trancher.Un boucher médiocre use un couteau par mois;
c'est qu'il lui sert à briser. Pour moi, ce couteau, voilà dix-
neuf ans que je I'utilise et il a découpéplusieurs milliers de
bæufs. Mais sa lame est tranchante comme si elle venait
d'être affûtee.
Il y a des vides dans les joints; et la lame de mon cou-
teau est sansépaisseur.Avec ce qui est sansépaisseurpénê
trer là ou il y a du vide, quoi de plus aisé? Mon couteau
peut voltiger, il lui restede la place! Voilà pourquoi au bout

-229 -
de dix -neuf ans ma lame est trandrante comme si elle
venait d'être affttée.
Cependant, chaque fois que je me trouve devant une
ramification, je considère la difficulté et me gride sur la
prudence. |'immobilise mon regard et ralentis mes mouve
ments. |e déplace très délicatement mon couteau. Et I'en-
semble se défait, telle une motte de terre retombant sur le
sol. fe reste là, le couteau à la main, regardant autour de
moi, rendu indécis parce que tout désir comblé. fe nettoie
mon couteau et le mets de côté.
Sur quoi le prince Wen hui déclara:
"Fort bien. Maintenant que j'ai entendu les propos de
Bao ding ie comprends ce qu'est " nourrir la vie ".

Exbait de Zruang zi, chap. 3:


"Le principe de'hourrir la vie"
Thaduit par Baldine Saint Giron.

Baldine Saint Giron à Roger Clerc:


'..... Voilà déià vingt quatre siècles que votre éloge était
prononé... Qu'elle joie pour moi de pouvoir vous le tra-
duire et de nous abriter derrière lui, vos élèves et moi-
même, pour que soit écrit avec des mots ce qui échappe au
dire...."

-23 0 -
ill , 1tr:rl

.:

-{
!t

En 1958,Roger Clerc a 50 ans.


Il est le successeurde Lucien Ferrer
à l'Académie Occidentale de Yoga.

-231-
'I

nÉcrr DEDEUxrxpÉnrnNcEs
AVANT-PROPOS

Dans cesrécits, nul désir de I'auteur de se glorifier. La


Iecture du texte ne laisseraauflrn doute à ce sujet.
Mais, avant tout, le souhait de montrer au lecteur,
quel qu'il soit, que la lumière est au fond de lui et autour de
lui. Qu'elle est partout.
Seule la partie de notre mental analytique et bavard
nous restreint et nous limite au monde de la forme, monde
matériel et concret.
Mais une autre partie de noEe mental reste, pour la
maprité d' entre nous, à découvrir. Celle qu'utilisent les
pètes et les artistes inspirés, les génies, les sages. Mental
supra-sensiblg relié au sans-forme, à I'invisible, dont le
l"nguge vibratoire ne peut être compris et interprété que
dans le silence,lorsque I'autre,le mental bavard, se tait.
Cest à la fois si simple et si difficile !
Cependant, cette contradiction explique que parfois
le cadeau soit fait aux plus humbles, parce qu'ils lâchent
prise plus facilement, ou parce qu'ils souffrent davantage.
La grâce leur est donnée d'entrevoir quelques instants la
wie du ciel. C'est un coin du voile cadrant I'invisible, qui
re soulève pour qu'ils prennent conscience, durant

-233-
quelques secondes,de I'Eternité et de I'Absolu. Si l'être est
prêt à recevoir ce message, cette révélatiory ces quelques
secondespeuvent suffire à métamorphoser sa vie, à condi-
tion qu'il se taise et qu'il continue à viwe parmi sescontem-
porains, sans s'en différencier:
OSER- CROIRE.SETAIRE
en continuant à travailler sur lui, dans I'ombre, dans le
silence, apparemment seul, mais en fait relié au TOUT.
Tel est le véritable désir de I'auteur du récit qui va
suiwe, dédié à tous ceux qui cherchent,pour les encoura-
ger dans leur recherche.
Est-cedans la joie ou dans la douler.u qu'il faut espê
rer obtenir ce dépassement de soi-même, cetùe transcen-
dance, cette découverte de la réalité Ultime, ce Samyama
avec le Tout?
Deux expériences, gd pourront faire réfléchir les
défenseursde l'un ou de l'autre de cespoints de vue.

-24 -
t

QUELQUESPASDANS LA LUMIÈRE

Qu'est-cequi me pousse,tant d'annéesaprès,à racon-


ter ce fait insignifiant en lui-même, mais qui a cependant
en7962 marqué ma vie d'un souvenir indélébile?
Qu'est-ce qui me pousse à vouloir décrire l'indescrip
tible, expliquer l'inexplicable, relater dans la forme l'infor-
mel ?
Est-ce parce que, actuellement, dans le monde du
yo9a,je constate parmi les pratiquants de cette discipline,
les élèves des écoles de formation, et même drez les pnr-
fesseuts, une rechenche purement intellechrelle avec le
désir d'emmagasiner des connaissanceslivresques? Soit
un attrait pour une pseudo-spiritualité; ou enqcre une atti-
rance vers un folklore périmé? Tout cela,le plus souvent au
détriment de la pratique...
On lit beaucoup, on assiste à de nombreuses confê
rences, on se saigne aux quatre membres pour pouvoir
aller en Inde; on veut coûte que cotte trouver le "gou-
rou"..celui qui va vous prendre en chargeet vous conduire
vers la 'Réalisation".
Lorsqu'on dresse le bilan, quels sont les résultats?
Ces efforts souvent considérables et méritoires sont-ils bien
orientés? Puisse le récit qui va suiwe apporter quelque
lumière et des éléments de réflexion à ceux qui se posent la
question.
8n7962,j'étais depuis douze annéesl'élève de Lucien
Ferrer.Avant lui, dès 1933,1eDr. Viard m'avait appris à me
détendre, à mieux respirer, à organiser ma vie en tenant
compte des lois universelles qui nous régissent. Il m'avait
appris à mieux viwe.
f'exerçais une profession physiquement penible, à la
fois artisanale et commerciale.Ce fut ma profession princi-
pale durant quarante-trois ans. Mon emploi du temps irur-
nalier se partageait entre cette activité qui me permettait

-235-
d'assumer financièrement mes chargesfamiliales, et un tra-
vail sur moi-même pour essayer de dégager l'homme de
l'animal. Mais était-ce waiment un partage? Car, en fait,
très tôt, dès que le Dr. Viard m'en eu doruré les bases,mon
entraûrement personnel fusionna avec l'exercice de ma
profession. C'est à chaque instant de la vie que je m'en-
traînais à être présent au présent, centré en moi-même.
f'ajouterai un détail important, pour mieux faire com-
prendre mon état d'esprit au moment où se situe le fait que
je vais relater.
J'étaisdepuis douze annéesl'élève de Lucien Ferrer et
ma progression sur la voie du yoga me semblait très irrê
gulière. Il m'arrivait, non pas de désespérer,mais de dou-
ter parfois que je fusse sur la bonne voie. ]e comparais les
résultats escomptéset ceu< obtenus, et en bon occidental,
exigeant du concret, estimant une programmation dans le
temps pour mon évolution, je manifestais quelque impa-
tience. En réalitÇ je n'étais pas venu au yoga pour des rai-
sons physiques.A l'époque, ma constirution robuste et
l'exercice même de ma profession manuelle suffisaient à ce
que ie sois bien dans mon corps, fort et équilibré.
Mais fétais aussi doué d'une grande sensibilitÇ et je
pressentais, depuis longtemps, être autre chose qu'un
corps de chair. Les liwes de Ferrer, que j'avais lus avant
d'en connaître l'auteur, m'avaient laissé entrevoir la possi-
bilitÇ par un entraùrement progress4 de dépasser ces
limites physiques. C'est ce qui m'avait décidé à suiwe ses
cours de hatha-yoga.
Et maintenant, il me semblait que je piétinais. Que la
route était donc longue! Malgré tous mes efforts je n'obte-
nais, me semblait-il, que des résultats insignifiants. Ne
pourrais-je trouver quelque encouragement, pour me don-
ner au moins la certitude que je n'étais pas engagé dans
une impasse?
Voilà mon raisonnement à cette époque. f'en fait part
dans ce récit car il m'apparaît aujourd'hui, qu'autour de

-23 6 -
moi, nombreux sont ceux qui doutent à la fois d'eux, de
leur professeur et parfois aussi de l'authenticité et de la
valeur de l'enseignement qu'ils reçoivent. Comme je les
comprends, ayant vécu cela moi-même!
Et pourtant... un lent travail se fait en eux sans qu'ils
s'en doutent. Un mtrissement. Une transformation lente et
progressive de tout leur être.
Et un jour... Iorsque le fruit est mtr. il tombe. Lorsque
la chenille se transforme en chrysalide, le cocon s'ouwe et
le papillon s'envole.

rf

rt ,t

Ce jour-là... |'étais aux halles de Paris où ma pnrfes-


sion de "tripier, marchand d'abats" me conduisait plu-
sieurs jours dans la semaine. Mes achats terminés, je me
dirigeais vers l'église St-Eustacheet la rue Montorgueil.
Celui qui n'a pas connu les Flalles, le "ventre de
Paris", dans ces annéesprécédant leur transfert à Rungis,
peut difficilement s'imaginer l' ambiance extraordinaire de
ce marché en gros gigantesquesitué au centre de la capita-
le et qui occupait tout un quartier. Oui, ambiance vibratoi-
re dans toute l'acception du mot.
Une multitude de gens, marchant, couranÇ s'entre
croisant, se bousculant, gesticulant, s'interpellant, criant,
s'invectivant. Les uns joyeux et joviaux, les autres conune
accablésde soucis et agressifs; d'autres aussi discutant cal-
mement affaire.
Car c'était le "carreau des Halles". On circulait sur
toute la chausséeau milieu des étalagesdivers, des piles de
légumes posés à même le sol. Suivant la saison, des tas
énormes de choux, de choux-fleurs, de poireaux, de
carotteset d'oignons; de sacsde ponrme de terre. Des mon-
ceaux de salades de toutes sortes, de bottes de persil, etc.
Tout cela en tas plus ou moins volumineux, mais créant

-237 -
malgré cette diversitÇ un tout attrayant de couleurs
diverses: des verts et des rouges s'harmonisant parfois
merveilleusement.
Pour la vue, un chatoiement de couleurs. Pour l'odo-
rat, un mélange de senteur de tous ces produits avec
l'odeur les caractérisant et, en plus, globalement, pour ces
légumes amenés sur place dans la nuit, un reste de vibra-
tions particulières, souvenir de cette glèbe d'où ils sortaient
tout récemment.
|e ne parle pas du marché aux fleurs, un peu éloigné
de cette place St-Eustache
Mais, tout proches étaient les "pavillons" d'où je sor-
tais, énormes constructions métalliques abritant des torures
de viandes diverses, de volailles, d'abats, de poissons ou
de fruits. Débouchant de ces pavillons, les "forts des
Flalles", mastodonteshumains pour la plupart coiffés d'un
gigantesque chapeau de ctrir à grands bords, leur permet-
tant de porter sur leur tête de lourdes charges.
Mélangés aux passants, hommes et femmes en tenue
de ville qui traversaient les Halles pour se rendre à leur tra-
vail, des restaurateurs s'affairaient, venus s'approvisiormer
en denrées alimentaires pour leur commerce. Mais pour
l'æil, une diversité plus grande de coloris avec les bou-
chers, tripiers, volaillers, poissonniers. Ils revêtaient pour
la circonstance, des bourgerons ou des blouses; ces der-
nières, noires, bleues, brunes ou blanches, rapidement
maculées de sang pour les garçons bouchers. Ceux-ci, la
tête protégée d'une casquette de toile également blanche,
transportant d'énormes et lourds quartiers de bæuf, ou
encore des veaux ou des moutons prêts à la découpe.
Circulaient également des commis qui tiraient derriène eux
des chariots débordant de légumes ou de dayettes pleines
de fruits, entasséesles unes sur les autres.Ou d'autres enco-
re qui poussaient devant eux des "diables" drargés de
cageots ou de hauts paniers de jonc remplis d'abats.
Aussi quel feu d'artifice pour les sens, participant
plus ou moins consciemment, à la préhension de cette

-238 -
ambiance indescriptible, car tout cela vous pénétrait
presque de force, par les yeux, par les oreilles,par le nez,
par tous les pores de la peau. C'était tellement fort! Une
véritable mer, dont la texture était faite de vibrations végê
tales, animales et humaines, et dans laquelle on baignait,
emporté par le courant de vie et conduit par le fil de ses
occupations.


r$ rÊ

Ce matin-là.... l'air était printanier. Tandis que mes


jambes me conduisaient en direction de St-Eustadre,j'étais
conscient de cette ambiance globale dont surgit tout d'un
coup, quel paradoxe, une pureté, une légèretÇ et à la fois
une puissance; un air dans lequel je décelais un potentiel
de vie extraordinaire d'une qualité exceptionnelle. Et puis
une telle luminosité!
J'étais en grande forme physique. Mes achats termi-
nés,je venais de charger ma camionnette.|'avais senti mes
muscles jouer sur ma cÉucassede quinquagénaire encore
solide, et j'étais dans un état d'euphorie. Quel plaisir de
sentir son sang généreux circuler dans ses veines, de
constater la stabilité de son esprit coordonnant penséeset
gestes! Quelle jouissance de prendre consciencede cet air
subtil,léger et dynamisant, qui emplit sespounons et dila-
te sa cage thoracique sÉrnsaucune gêne!
Et puis j'étais content, satisfait d'avoir effectué d'ex-
cellents achats, d'une marchandise de haute qualité à des
prix concurrentiels. Le moral étart, conune le physique et
comme le temps, au beau. f'étais FIEU-RzuX!
Ainsi, d'une part en moi un lâcher-prisetotal, sur tous
les plans et d'autre part un vécu intensif du moment prê
sent. Mes sensaffinés me reliaient du plus profond de moi-
même à l'ambiance extérieure extraordinaire dans laquelle
j'étais plongé.

-239-
Alors, le temps d'rm éclair, l'inexplicable se produisit.
Perméable à toute cette ambiance extérieure, je fus soudain
cette foule dans sa diversité; je fus cescouleurs, ce bruit, ces
odeurs.Ie fus cette luminosité.
J'étais cela, tout cela, à la fois daru l'ensemble et dans
le détail; dans lemoindredétail. fétais waimentchactrn de
ces innombrables êtres, chacune de ces droses. Mes sens
me transmettaient des sensationsjamais éprouvées. A la
fois avec intensité et délicatesse;Cétait inoui.
Plus rien ne me séparait de tout ce qui m'entourait. fe
pouvais être à la fois le tout ou, sans aucun effort, waiment
aucun effort, non dirigÇ non volontaire, être un détail, une
petite chose avec la même précision et la même présence.
Actuellement, en le narrant, je revis avec la même
intensité tout ce vécu enregistré dans ma mémoirg dans
mon subconscient,de façon indélébile.

Combien de temps ce phénomène dura-t-il?


C'est la question que je me posai aussitôt revenu à
mon état "normal". Cela m'avait paru une éternité.
Stupeur ! ]'avais continué à marcher en direction de St-
Eustadre, mais... je constatais que je n'avais fait que
quelques pas. Condusion logique: deux ou trois secondes
maximum! Inimaginable, j'avais été hors du temps. ]'avais
été dans une autre dimension, et au-delà de mon mental.
Car je n'avais pas le moindre souvenir d'avoir dirigé quoi
que ce soit. Mais aussi, redevenu cet homrne mardrant
dans la rue, je sentais confusément que je venais de viwe
un grand moment de mon existence. Il m'en restait surtout
un sentiment très fort.
Après cet édatement de ma conscience,cet élargisse
ment, cet épanouissement, cette fusion avec l'Universel,
avec le Tout, avec...je n'éprouvais aucune trace d'orgueil,
si minime soit-elle.

-240 -
Et cela, je l'avais éprouvé dans le temps même de ce
vécu extraordinaire; son souvenir, je le sentais,serait ind6
lébile en moi.
|e comprenais aussi quel mot magnifique est celui
"d'humilité", lorsqu'au-delà du mental on Ia éprouvé. |e
saisissaisson sensprofond, son vrai sens.Ni esdavage, ni
sous-estime de soi. Simplemmt s'admettre en sachant
qu'on est infiniment petit avecla possibilité de devenir infi-
niment grand: lorsque notre conscience individuelle
devient ConscienceCosmique. Mais aussi, en sensinverse,
lorsque notre "temple" est prêt pour cet envahissementà la
fois si subtil et si puissant, de cette LUMIERE. Cette pénê
tration, grâce à une perte de dimension individuelle, de
cette luminosité alliée à une joie ineffable et à un un €unour
infini dont on se sent tout d'un coup pétri.
Car tout cela est indissociable. C'est vibratoire, Cest-
à-dire non penséet vécu intensémentdans tout l'être.tr.'y
a plus dans cet état aucune séparation; pas davantage dans
ce microcosme que nous sommes.Il n'est plus question de
plan physique, psychique ou spirituel... C'est un petit
"toLr(' qui éclate et se dissous dans le grand Tout. C'est la
goutte d'eau qui rejoint l'océan.
Mais cesréflexions sont réflexions après la réalisation,
lorsque le mental retrouve sa fonction dans le monde de la
forme pour se demander pourquoi et comment. Car l'état
d'ETRE est réalisé lorsque le mental se tait. Et cet état est
évidemment informel et indescriptible.
Ainsi pensai-je,l'utilité du travail quotidien sur moi-
même, guidé par le Dr. Viard et Lucien Ferrer devenait évi-
dente. Je me sentais infiniment reconnaissant envers ces
dzux Maîtres.
fe n'avais plus qu'à continuer; à persévérer.Il m'avait
été donné qu'un coin du voile me cachant la vérité s'en-
tfouve quelques secondespour que je puisse contempler
I aspect de la Réalité Ultime dans une quatrième dimen-
sion, hors du temps et de l'espace.

-24r-
Il me fallait maintenant retrouver la vie de chaque
jour. Mais je la verrais dorénavant avec d,autres yeux. Dans
mon cæur était un secret dont je ne pouvais parler à qri-
conque. Peut-êtrequ'un jour l'occasion se présenterait de le
faire partager.
Voilà qui est fait.

-242 -
TRANSCENDER LE CORPS ET LE MENTAL

Nous sorunes maintenant en 1967: cinq années ont


passédepuis mon expérienceaux Halles de Paris.
Après celle.ci, j'avais retrouvé le cours de la vie quo-
tidienne comme si rien ne s'était produit. Autour de moi,
personne n'avait su. Cependant mon comportement n'était
plus le même. ]'étais davantage "les autres". f'admettais
plus facilement leur attitude, leurs pensées,ou leurs réac-
tions différentes des miennes. fétais beaucoup plus indul-
gent.
f'avais êtê, au fond de moi-mêmg très marqué par
cette "humilité" si vivement ressentie, si intensément
vécue.
f'avais aussi en moi une certitude maintenant
inébranlable: celle d'être dans la bonne voie, dans la VOIE.
C'étais acquis une fois pour toutes; je n'avais qu'à pour-
suiwe le travail avec Ferrer et la pratique dans le quotidien,
avec persévérance.
Une certaine sagesses'était emparée de moi. Plus
d'impatience. fe sentais confusément que je ne devais pas
chercher à renouveler cette expérience,pour l'expérience.
Qu'il m'avait été donné de recevoir cela comme un don,
sans doute mérité. Qu'il me serait peut-être accordé
d'autres fois, d'entrevoir à nouveau la Réalité, même de
façon différente et sous d'autres aspects,mais seulement
lorsque le moment serait venu.
En fait, j'avais été plongé quelques secondesdans le
grand Tout.
De son vivant, Sri Ramana Maharshi y avait été en
permanence, nuit et jour, vingt-quatre heures sur vingt-
quahe.
Grand Dieu, quel chemin j'avais encore à parcourir !

,f

*r É

-243 -
fournéesInternationalesdu Yoga
à Bruxelles, au Palais des Congrès.
8 et 9 Décembre1967

]e fais partie de la délégation françaisereprésentantla


Fédération Nationale des Praticiens du Yoga (F.N.P.Y.),
mais je ne suis pas certain de pouvoir m'y rendre.
Une piqûre d'os, près de l'index de la main droite m'a
infecté le doigt. C'est monnaie courante dans la profession
que j'exerce. Habituellement je m'en sors bien, mais cette
fois l'infection paralt sérieuse. |'ai eu à manipuler des
panses de bæuf et les streptocoques sont réputés dange
reux. De plus, le froid de la saison est mauvais pour ce
genre de chose: un collègue vient d'être amputé d'une
main pour la même cause. Je chasse cette éventualité de
mes pensées.Mais mon départ pour Bruxelles reste aléa-
toire. La veille du jour prévu, je vais en dinique me faire
ouvrir le doigt et enlever l'ongle. |e ressorsavec un énorme
pansement et l'ordre du ùirurgien de revenir à la dinique
la semaine suivante sans toucher au pansement d'ici là.
fe pourrai donc me rendre à Bruxelles; mais cene sera
pas dans les conditions les meilleures.
Certes, nul n'est indispensable, et je pourrais m'en
abstenir,mais j'ai l'intuition d'avoir un rôle à y jouer. Il faut
que notre fédération de yoga saisissecette occasion pour
montrer son existenceet son dynamisme et pour faire part
de sesprojets.
Celui qui a pris l'initiative de ce projet et qui l'organi-
se est André Van Lysebeth, un grand ami belge. Il nous a
fait part d'un courrier qu'il a reçu d'autres fédérations fran-
çaisesqui craignent qu'il nous favorise dans la distribution
des temps de parole à la tribune. Qu'elle mentalité pour
des yogîs ! C'est de plus méconnaître l'honnêteté et l'équi-
té d'Anùé; ils pourront s'exprimer prrisqu'ils le deman-

-2M -
dent, mais nous devons être vigilants face à un æl qcmpor-
tement.
C'est le début, en France, de ce mouvement de
regroupement des pratiquants du yoga. Nous mêmes, à la
F.N.P.Y.,connaissonsdes malaises de croissance.Qui pen-
serait que, dans ce monde du yoga, on puisse rencontrer
des rivalités, des jalousies ? C'est pourtant le cas, et l'ego
n'est pas facilement transcendé.n m'est difficile de ne pas
éprouver quelque déception. Mais les obstacles sur ma
route au lieu de me décourager, decuplent mes forces et me
poussent à agir.
C'est décidq je serai à Bruxelles. Il y a des choses
importantes, d'actualitÇ à dire. f'ai préparé un texte pour
mettre mes idfus en ordre, car je n'ai pas le don d'orateur.
Mais il est évident que les nuages s'amoncellent dans
le ciel des journées qui s'annoncent.
Pour moi, le voyage qui commence est des plus
pénibles. Physiquement, avecmon bras droit en édrarpe et
mon pansemeni d'où s'exhale une odeur qui m'écæù" a"
plus en plus. f'espère que mon odorat très fin est le seul en
mesure de détecter cesvibrations fétides. fe redoute de sai-
sir un mouvement de recul, à mon égard, chez ceux qui
m'entoulent.
Notre fédération est effectivement largement reprê
sentée. Tout le monde a compris l'importance de ce
congrès, mais nous sorlmes divisés sur le choix de nos
représentantsqui auront à prendre la parole. Ainsi,dans le
train qui nous emmène, deux groupes se sont formés dans
deux compartimmts différents. Cette division est-elle justi-
fiee et inévitable? Elle ne peut avoir que des conséquences
néfastes pour notre fédération. Ce n'est en fait qu'une
bataille d'egos... drez des soi-disant yogîs (!).
Ie me déplace d'un compartiment à l'autre.
|'argumente pour réaliser une unité de vue avant qu'on
atteigne Bruxelles. Ce sera peine perdue.
Nous voici au Palais des Congrès.

-24 5 -
Les discussions se poursuivent entre nous, sans plus
de succès.Le contact avec les autres fédérations françaises
n'arrange pas le climat. Pauvres petits yogs que nous
sommestous...
Notre ami Van Lysebeth est sincèrement ennuyé. On
compte le nombre des orateurs dans chaque fédération et
Cest à qui tirera la couverture de son côté. Nous sotrunes,
parait-il, trop nombreux à représenter la F.N.P.Y.C'est
pourtant proportionnel au nombre de nos adhérents, mais
l'argument n'est pas admis.
Début d'après-midi on nous distribue le programme
imprimé. Mon nom n'y figure pas. On m'a sacrifié...d'où
vient le coup? C'est difficile à savoir. |e n'en suis pas telle-
ment étonné, car pour certainsje suis "le tripier, marchand
d'abats", et pour ceux-là, dans leur ton, quel dédain à mon
égard ! C'est tellement "énorme" de la part de gens qui se
disent yogîs que cela m'amuse plutôt.
Ce qui m'étonne toutefois Cest que mon ami, l'orga-
nisateur, se soit laissé influencer; cela me touche plus pro-
fondément. En compensation, notre présidente, Solange
Démolière n'admet pas cette décision. Elle figure sur la
liste des orateurs et propose de me laisser sa place.
Enfin la séanceest ouverte. f'assisterai, tout l'après-
midi de cejour, souffrant dans mon corps et dans mon âme,
à la première partie du programme,lequel s'étale sur deux
jours.
Puis, le lendemain, toute la journée, les orateurs se
succéderont à nouveau. fe vais viwe durant ces longues
heures un véritable calvaire, dans mon co{ps, dans mon
esprit... et dans mon cæur.Moi qui pensaisnarïement trou-
ver ici une élite, quelle déception.
Et pourtant...
Pourtant, cela va être pour moi l'occasion de retrou-
ver cette quatrième dimension, dans des conditions très
différentes, voire opposées,de cellesdes Halles de Paris.
Cinq ans plus tôt, c'est dans l'euphorie et le bonheur
que je m'étais épanoui, coûune une fleur au soleil. f'avais

-2 4 6-
reçu en moi, sansque je le sollicite,la manne céleste.f'étais
resté parfaitement conscient de tout ce qui se passait en
moi et autour de moi mais sans agir, dans un état de récep
tivité.
A l'opposÇ dans cette secondeexpérience,Cest dans
une souffrance globale, physique et morale, et par un acte
volontaire, en employant une technique yoguique, que je
vais me projeter du créé,en le transcendant,pour agir avec
puissance, et quelle puissance (!), dans ce monde de la
forme.

:t ,t

Nous soûunes au deuxième jour du congrès,l'après-


midi. Suivant le même scénario que la veille, le Président
de séanceappelle un nom et l'orateur monte à la tribune.
Qu'à fait Solange Démolière? S'est-elle désistee en ma
faveur auprès du Président? fe n'ai pas été tenu au cou-
rant. Si oui, quand entendrai-je appeler mon nom ?
Uattente est encore plus longue dans l'incertitude.
Dès ma tendre enfance, j'al êté un être sensible et
émotif; toutes conditions favorables pour être un grand
timide. Depuis toujours, j'ai cherchéà minimiser ce défaut
bien gênant. Comme on peut se jeter à l'eau pour
apprendre à nager, j'ai multiplié les occasionsde parler en
public. Ce fut avec plus ou moins de succès,car je ne suis
pas du tout un orateur né. Mais Cétait plutôt chaque fois
un défi que je me lançais à moi-même. Iiâge aidant, cette
timidité innée s'est amoindrie. Mais là, aujourd'hui, dans
cesconditions inhabituelles et pénibles,je me senssoudain
tout petit, avec la timidité toute grande de ma prime jeu-
nesse.Oui, quel trac tout à coup !
Alors, du plus profond de moi-même monte corrune
un grondement, une révolte. Après qui ? Mais après moi,
bien sûr. Ce n'est pas possible, voyons !

-2 4 7 -
Toutes ces annéesde travail sur moi-même, cette mal-
trise de mes gestes, de ma respiration, de mes pensées,
acquise jour après jour, grâce à un effort continu, persévê
rant, pendant des années,cela n'est donc pas valable? Est-
ce possible qu'à l'occasion d'une circonstance imprévue,
tout cet acquis puisse être balayé conrme Par une bour-
rasque, en quelques secondes? fe me fustige en pensée. !e
me répète indigné: ce n'est pas possible, voyons ! Tir ne te
laisseras pas faire !
Tout ce que tu as appris de Viard, de Ferrer, Cest le
moment de l'utiliser; de prouver que ce n'est pas illusoire,
mais réellement valable.

*
r i*

Alors, restant en partie attentif dans la salle à l'appel


possible de mon nom, je pénètre d'autre part simultanê
ment en moi. |e détends consciemment mon corps et j'ou-
blie mon bras en écharpe; je régularise ma respiration. fe
deviens corps et souffle. fe transcende cette petite chose
malheureuse souffrant dans son corps, dans son esprit et
dans son cæur.
M'identifiant au souffle et à l'énergie, je peru< êtne
aussi'?uissance Cosmique".
La technique énergétiquequi m'a été transmise et que
j'emploie chaque jour, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus
tôt?
Happé par l'ambiance de la salle, submergé par les
intrigues, envahi par les émotions, fai quitté le centre de
moi-même. |'ai ainsi perdu le contact avec ce qui me relie
habituellement à la source Créatrice. Quelle erreur !
Heureusement il est encore temps de réagir.
Me voilà à nouveau recentré.
f'attends maintenant avec patience et sérénité l'appel
de mon nom. Il me semble l'entendre tout à coup, mais un

-248 -
peu conrme dans un rêve, dans une ambiance ouatée. Ai-ie
bien entendu ? J'attends de l'entendre une seconde
fois.....Oui, cette fois Cest une Cest bien mon
nom qui a été prononcé.

]e me lève et me dirige vers l'estrade où siègent toutes


les sommités du Congrès.
Ma marche est légère,mes gesteset mes pas sont par-
faitemmt contrôlés. Mais je n'ai pas été rapide à répondre
à l'appel du Président de séance, et celui-ci, 'ami, me
décocheau passageune petite flèche...lui aussi ! Mais cela
ne m'atteint plus. ]e prends note au passage,c'est tout.
fe constate maintenant mon extraordinaire clair-
voyance et ma daire audience pour tout ce qui m'entoure.
]e monte à la petite tribune réservée aux orateurs, située
sur la droite et j 'installe calmement mes documents sur le
pupitre.
Je suis à nouveau le Tout, mais cette fois cette.trans-
position va durer plus de vingt minutes et je vais parler et
agir durant tout ce temps.
Mais, comme aux Halles avec la foule et les denrées
qui m'entouraient, je peux cette fois m'identifier à chacun
des mille auditeurs assemblésdans cette grande salle des
Congrès.Ce sera surtout avec les membres siégeantà la tri-
bune principale sur ma gauche que ce sera spectaculaire.
I'ai parfaitement conscience de leurs gestes et de leurs
entretiens. Ils se penchent les uns vers les autres et chucho-
tent entre eux. Il me semble cependant les comprendre et
cela m'amuse. De même, devant moi, sur les premiers
rangs des fauteuils où j'assiste à un chassêcroisé de cer-
tains membres des diverses fédérations de yoga.
Décidément mon passageà la tribune n'était pas attendu,et
il n'a pas l'air d'être apprécié de tous. Sur ma droite, entre

-2 4 9 -
dans la salle un de mes opposants, qui revient précipitam-
ment, averti de ma présence.
]e suis waiment au spectacle, dominant toute éno-
tion. Observateur objectif, je crois qu'on peut ainsi qualifier
cet état. Cet état, combien anormal, qui cependant me
parait tout naturel... après tout...
f'ai eu le temps d'observer tout cela, dans l'ensemble
et dans le détail en quelques secondes. Me voilà de nou-
veau hors du temps et quelle preuve de sa relativité!
Maintenant je parle.
Est-ce ma voix? ]e ne la recoruraispas. Elle vient du
ventre, c'est une certitude caractéristique. ]e sens en moi
une puissance extraordinaire et ma voix est port& incon-
testablement, sans effort de ma part, jusqu'au fond de cette
imrnense salle.....fevais être obligé d'en abaisserle ton!
Ainsi ce grand timide exposa ses idées avec convic-
tion pendant vingt minutes devant un millier d'auditeurs,
sans la moindre émotion.
Etait-ce vraiment celui dont je relate l'expérience ou
un être nouveau issu du premier? Plutôt une incursion du
même dans une autre dimension. Le germe de ce nouvel
être n'est-il pas au centre de chacun de nous: Cest le
"Principe".

*
tt :F

]e terminerai là ce récit dans lequel j'ai désiré surtout


mettre en évidence:
*
Que si la souffrance n'est pas à recherdrer systéma-
tiquement pour atteindre le Réel, lorsque cette souffrance
nous est imposée il est possible de l'utiliser dans ce sens.
*
Qu'une technique paralt alors nécessairepour trans-
cender le corps et le mental en dépassant la souffrance, sauf
si celle-ci dépasse le seuil tolérable, auquel cas elle peut se
dissoudre soudain d'elle-même, par identification.

-250 -
Ayant fait l'expérience de ces deux réalisations oppo-
sées, ayant vécu cette alternance de joie ineffable et d'in-
tense souffrance, je me demande si elles ne peuvent pas
être considérées comme complémentaires, à l'image des
deux polarités de l'énergie HA et TFIA.
La première, l'expérience des Halles de Paris, en
TFIA, état de réceptivitÇ avec manifestation dune force
centripète, descente de la ConscienceEnergie dans la
conscienceindividuelle, grâce à une préparation du terrain
humain sur tous les plans, sansnégliger le corps physique.
Ce fut alors ma condusion.
La seconde, celle du Congrès de Brucelles, en FIA,
état d'émission, d'activité d'une force centrifuge du Soi
vers l'absolu. Dans ce cas,utilisation d'une technique pour
rassembler la part individuelle de conscience- énergie dif-
fusée dans l'être humain - et la projeter vers l'Etre
Cosmique, assurant ainsi une liaison vibratoire entre les
deux.
Que ce soit l'une ou l'autre, elles sont le résultat d'un
long travail progressif sur soi; sur tous les mécanismesqui
composent notre merveilleuse machine humaine, après
avoir pris consciencede ceux-ci.
Il me paraît important de préciser que celane doit être
considéré ni comme un moyen, ni comme un but. C'est le
processusnormal d'une évolution par laquelle, tôt ou tard
chacun de nous doit passer.
Rechercherces réalisations corrune un but serait une
erreur. Vouloir coûte que cotte atteindre cebut, par tous les
moyens, risquerait de faire basculer l'imprudent préten-
tieux dans un déséquilibre.
Ces états doivent être vécus et non imaginés. En
conséquence,il faut du temps pour transformer tant le
corps que le mental, afin de les rendre perméables à ces
vibrations subtiles du Divin. C'est le travail de spiritualisa-
tion de la matière.
Mis à part quelques êtres exceptionnels, tel Sri
Ramana Maharashi qui, lors de leur naissance sur cette

-25 L -
minutes de grâce exceptionnelles,être présents au présent,
dans le quotidien, dans un état dit "normd".
Et Cest sans doute bien ainsi, si nous voulons dans
cette vie même connaître:
PArX-IOrE-AMOLJR
tout en évoluant lentement pour redécouwir le réel, en
nous identifiant au Tout, ce qui paraît être le pourquoi de
notre passagesur cette terre.

-252-
lillsr?, I

Nlk
r L
l

Uauteur et son épouse,


laquelle est son "gurtt" dapuis 53 années.

-253-
Roger Clerc en 1993,à 85 ans.

-2 54-
LUMIERE

Surla rcutedeParisà St.Malo,m 1.975


;
L'anioeeenBretagne.

Tout le long du jour


sous nos yeux,
le même paysagechange constanunent d'aspect.
Voici qu'apparaissentde gros nuages,
lourds et noirs,
qui glissent dans le ciel.
Tout ce qui nous entoure s'obscurcit
et devient triste.
Quelques arbres dénudés qui,
quelques instants auparavant
faisaient banalement partie de ce paysage,
prennent soudain des formes fantasmagoriques
et deviennent lugubres.
On sent le froid;
c'est la tristesse.

,f

!T !t

-255-
Mais les nuages fuient et disparaissent.
I-e soleil resplendit à nouveau.
Tout redevient lumineux
et la draleur nous pénètre.
U fait bon vivre;
c'estla joie.

De même en nous,
notre soleil intérieur détermine nos états d'être.
Comme la nature, triste ou radieuse, a pu nous influencer
et nous rendle.pessimisteou optimiste
récrproquement,
nos états d'âme peuvent modifier notre vision
de cette même nature,
notre conception du monde,
notre appréciation des êtres.
Tout n'est en fait
que I'expression de ce que nous sonunes nous-mêmes,
de ce qui existe au fond de nous.

Alors...
essayonsd'entretenir en nous
une luminosité permanente ...
la LUMIERE.
Laissons passertrès vite les nuages dans notre ciel,
sans les y retenir.
Tout ce qui nous entoure
aura forcément un autre aspect;
reflet de notre soleil intérieur.

Roger Clerc

-25 6 -
TABLEDES MATIÈRES

AVANT-PR OP OS . .... ...7

ç A R E S P rR E .... ......9
La respiration : fonction végétative.

CHAPITRE I - Les manières de respirer,

COMMENCER
PARLECOMMENCEMENT . .. .. .12

Exercice No l. . . .12
Définition de la conscience.
Ecoutede la respiration animale.
Rôle de cette respiration.
Respirer par le nez

Ex e r c i c e N o 2 . ...15
Sensibiliserles narines: les faire vibrer.

Exercice
No 3. . . .77
Relation geste-respiration:à tout gesteprécis
correspond une respiration automatique spécifique.

Ex e r c i c e N o 4 . ...18
Respiration bassediaphragmatique.

-257 -
ExerciceNo 5. . . .20
Bien vider pour mieux remplir.

ExerciceNo 6. . . .2't'
Respiration haute : sous-daviculaire.

ExerciceNo 7. . . .23
Respiration moyenne : costale.

. . ..
DESFAçONSDERESPTRER
DEUTMPORTANCE ...25

Ex e r c i cNo
e 8. ...28
Respiration complète en position assise.

Ex e r c i c e N o g . ...30
Le grand geste; respiration complète
en position debout.

T.ES
ÉI.ÉVTENTS
CONSTITUANT LA CONSCIENCE ....U
La penséedans sa forme.

Ex e r c i c e N o l O. .......36
Le Point source - Les senssubtils.

OBLIGATION
DTUNENTRAft{EMENT . . . ., . . . 39
PROGRESSIF

P U T SS A N C E E T QU A L T T É .. .....42

E x e r c i c e N Il . .......43
Iæ mouvement du regard intérieur.

Ex e r c i c e N o 'L 2 ...M
Maintenir la consciencedans le ventre:
respiration basse.

ExqciceNol3 ...M
Maintenir la consciencedans la tête: respiration haute.

-258-
Exe r c i c e NLo4 . .......M
Maintenir la consciencedans la poitrine:
respiration moyenne.

E x e r c i cNeo 1 5 . .......45
Déplacement de la consciencede bas en haut
et vice versa: respiration complète.

ALLONGER PROGRESSIVEMENTLES TEMPS DTINSPIR


ETD'DGIR ...45

ExerciceNo 16 . . .46
Allonger les temps d'apnée.

Exe r c i c e N1o. 7 . .......47


Contrôle du souffle.

E x e r c i cNeo 1 8 . .......47
Définition de l'ambiance vibratoire.

LESDEUXETATSDERECEPTIVITE . . . . . . . . 49
ETDTEMISSION

Ex e r c i c e N o l g. .......50
Différencier les ambiancesrésultant des trois
niveaux respiratoires.

Ex e r c i cNeo 2 0 . .......53
Définition de l'énergie. Respiration prânique.

Ex e r c i c e N o 2 l ...55
Les trois gunas. La respiration polarisee alternée.

Ex e r c i c e N2"2 ...59
La respiration yoguini.

Ex e r c i c e N o 2 3 ...60
[,es rythmes respiratoires.

-259-
I.A NOTIONDEPURIFICATION
D AN S L E Y OGA D E U E N E RGIE.. ......63

E xe rci ce N o 2 L . .......65
Les respirations purifiantes.

CHAPITREII - Lfartde respirer

Ex erc i c eN o2s . .......70


Iæ prânâyâma.

ANATOMIESUCCINCTE
DU CORPS . . . . . . . .73
DEIJENERGIE

Exe rci ce N2o6 . .......76


La respiration syncopée.

Exe rci ce 2 7 .. ...78


La respiration méridienne.

Exe rci ce 2..


S ...79
Le triangle des narines.

Exe rci ce 2 g .. ...82


Respirationsuperficielleou osmotique

Exe rci ce 3 }.. ...85


La respiration chakrique.

Exe rci ce 3 l -.. ...87


Le Prânâyâma énergétique.

Exe rci ce 7..


2 ...93
Iæ prânâyâma coloré.

Exercice33., ...94
t e prânâyâma
psychique.

-26 0 -
Exerc i c e34.. ...96
Circuit primaire et circuit secondaire.

Exercice
35 .. ...99
Respirationbarattée:les crosses.

Exerc i c e36... ..7M


Iæsrespirationstamasique,rajasique,sattvique.
Utisation descrossesfrontales.

Exerc i c e37... ..174


Les respirationslunaire, solaire,lunaire-solaire
ou encoreshaktique,lshvarique,brahmique,
qualification de l'énergie polarisée.

Exe rc i c e38... ..120


La respiration universelle.Uambiancecréatrice.

UIMFORTANCEDU CORT€DU MENTAL


(MANOMAYA-KOSH$ . . .726

Exe rc îc es g... ..131


Iæ triangle frontal de crcmmandement.

Exe rc i c e40... . . lY
La liaison avecla SourceCosmique.
L - Sensîbilisersahasrâra et assouplirla conscîence.
2 - Allongu le souffle:pointsource-infini et retour.
3 - Captu lesambiancæ lunaireet solaire.
4 - Prânâyâma:
principelunaire- ambiance internegauche.
principesolaire- ambiance interneilroite.
- P,ûraludoublelunaire-solaire.
5 - Utiliserlæ cvossæ frontales.
6 - Utiliserlæ cvossæ frontaleset abdominalæ.
7 - Ajouterla respiration barattée.
Trajetd'idâet pingalâ.Purificationdæ nâdîs.

- 2i,6t-
8 - Seconcentru sur Ietriangledesnarines.
9 - Faireinteraenirlestroiscouples detrianglesfrontaux.
1,0- Liaison:planssur I'infini- tr.frontaux
- niaeauxdesnarinæ.
11- Enfinla liaisonavecla SourceCosmique.
L2-Ajoutu lesmudrâsd'inspiration et d'expiration.

LENSEIGNEMENTDE LA RESPIRATION:
INCIDENCEDESTEMPERAMENTS ....159

coNclusroN.. ...764
Lesmanièresde respirer
Uart de respirer
Quelquesconseilspour la pratique.
EPILOGUE ..'I,,69

MES MAITRES
suivi du récit de deux expériences.

Préface- Dr. Jean-|acques


Laubry . .175

M e s Ma ître s... ..181


* Mes parents . . 183
*L e D o cte u rMa rceVl i a rd ......' 1,87
*L uci e n F e rre r ......202
* Madame Marron. . .2'j,3

R é f l e xi o n s.... ...22' 1.
*P u i ssa n ce d u g e ste ......225
*Le découpagedu bæuf . . .?29

R é c i td e d e u xe xp é ri e n ce s ... ......n3
*Ava n t-p ro p o s. .....233
*
Quelquespas dans la lumière . .235
*Iranscenderle corps et le mental. . . . .243

Lumière . . .255
*Po è me ......255

-26 2 -
Ouvragesde Roger Clerc

YOGA-ENERGIE (1976)Ed. Le Courrier du Uwe. Paris -


(3ème édition 1,986)

MANUEL DE YOGA Tomel(1979) Ed. Le Courrier du


Liwe (épuisé)

MANUEL DE YOGA Tome 2 (1982) Ed. Le Courrier du


Livre (épuisé)

DIETETIQUEScienceet bon sens(1985)Ed. Cerde de yoga


d'Orbec

UN ART DE VIVRE (1986) Ed. Le Courrier du Livre -


(2ème édition 7997)

GRUNDLAGEN DES YOGA DER ENERGIE (1990)


Ed. Vanova - Petersberg

FIATHA YOGA COMPLET ET PROGRESSIF (1988)


Ed. Cerclede yoga d'Orbec

-263-
DIAGbJ'.-;I, . 'di,!' i'E .l89) IÆCourier
du Liwc

UENSEIGNEMENT DU Y.E. second degré (1990)


Ed. Cariscript. Paris

TRENTE LEçONS SUR LA CONCENTRATTON (1991)


Ed. Cariscript.

UN CHEMIN POUR IiERE NOUVELLE (1992)


Ed. Cariscript.

YOGA? oui...mais...(1993)Ed. Cariscript.Paris

Les 18 mouvements préliminaires DANSE COSMIQUE


(1993)Ed.Cariscript

YOGA DU 3éme MILLENAIRE. Les aphorismes du Y.E.


(1994)Ed. Cariscript

2,4 MAIZUUI

Achevé d'imprimer en iuin 1995


. ,, sur les pressesde la Nouvelle Imprimerie-Laballery - 58500Clamery
\- 'Dépôt légal: juin 1995 Numéro d'impression:505050

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