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SEMI-GROUPES DE CONTRACTION

DAVID DOS SANTOS FERREIRA – MASTER 2 (RECHERCHE)

Résumé. Ces notes de cours sont consacrées à une description succinte de


la théorie des semi-groupes de contraction. Il s’agit de généraliser pour des
opérateurs non bornés sur un espace de Banach (telles que le laplacien) la
notion d’exponentielle, ceci en vue de disposer d’un outil théorique pour la
résolution d’equations d’évolution linéaires. Les exemples classiques des semi-
groupes de la chaleur, des ondes et de Schrödinger ainsi que les semi-groupes
associés à des opérateurs différentiels d’ordre 1 sont abordés.

Table des matières


Introduction 1
1. Préambule : l’exponentielle 3
2. Théorème de Hille-Yosida 12
3. Semi-groupes dans un espace de Hilbert 22
4. Exemples 30
Annexe A. Quelques mots de plus sur l’adjoint 42

Introduction
L’objectif recherché dans la construction des semi-groupes est la résolution
d’équations aux dérivées partielles d’évolution — c’est à dire faisant intervenir la
variable temporelle — en adaptant la construction de l’exponentielle permettant,
par exemple, de résoudre les équations différentielles ordinaires homogènes à co-
efficients constants. Rappelons qu’une équation différentielle ordinaire homogène
d’ordre n
y (n) + an−1 y (n−1) + · · · + a1 y 0 + a0 y = 0
peut se mettre sous la forme d’un système différentiel
−an−1 −an−2 · · · −a0 y (n−1)
   
 1 0 ··· 0  y (n−2) 
Ẏ = AY, A =   ... .. .. ..  Y =
 ...  .

. . . 
0 ··· 1 0 y
1
2

La résolution de ce système est aisée dans la cas d’une matice A constante à l’aide
de l’exponentielle de matrice
Y (t) = etA Y (0).
Le calcul effectif de l’exponentielle peut être compliqué mais se fait grâce à la
diagonalisation ou plus généralement à la réduction des matrices (trigonalisa-
tion ou forme de Jordan). L’exponentielle de matrice est définie grâce à la série
convergente

tA
X tk k
e = A ,
n=0
k!
qui est l’unique solution de l’équation différentielle matricielle suivante

 dS
= AS
dt
S(0) = I
n

et vérifie la propriété algébrique


0 0
e(t+t )A = etA et A .
Supposons que l’on s’intéresse maintenant à l’équation de la chaleur

 ∂u
= ∆u
∂t
u(0) = f

on est tenté de suivre la même voie qu’en dimension finie, et de définir l’expo-
nentielle
et∆ .
Si l’exponentielle d’une application linéaire bornée sur un espace de Banach,
même de dimension infinie, garde tout son sens comme somme d’une série abso-
lument convergente, ce n’est pas le cas quand l’opérateur est non borné. Or le
laplacien n’est pas borné car si ϕk (x) = ϕ(kx) = Θk ϕ(x) avec ϕ ∈ C0∞ (Rn ) alors
∆ϕk (x) = k 2 (∆ϕ)(kx)
et par conséquent
k∆ϕk k kΘk (∆ϕ)k
≥ k2 −→k→∞ +∞
kϕk k kΘk ϕk
pour tout espace normé (E, k · k) contenant C0∞ (Rn ) pour lequel l’opérateur Θk
de rééchelonnement vérifie
kΘk (∆ϕ)k
≥ C.
kΘk ϕk
Ce qui est le cas des espaces fonctionnels usuels (Lp , L∞ ,...).
3

Il faut donc trouver une notion analogue à celle de l’exponentielle etA qui
permette de considérer des opérateurs non bornés A. C’est la notion de semi-
groupe basée sur les propriétés algébriques de l’exponentielle couplées avec une
propriété de continuité.

1. Préambule : l’exponentielle
Soit E un espace de Banach, on note k·k la norme sur E, soit L(E) l’espace des
applications linéaires bornées de E dans E, c’est également un espace de Banach,
et par abus on notera également
kAk = sup kAuk
kuk=1

la norme sur L(E). Rappelons que l’on a


kABk = sup kA(Bu)k ≤ kAk sup kBuk ≤ kAk kBk.
kuk=1 kuk=1

Théorème 1.1. Un espace vectoriel normé est un espace de Banach si et seule-


ment si toute série absolument convergente est convergente.
P
Démonstration. Soit E un espace de Banach, et soit n≥0 xn une série abso-
lument convergente, la suite de sommes partielles est une suite de Cauchy car
l’inégalité triangulaire implique
m m
X X

xk ≤
kxk k
k=n k=n
P
et
P la somme de droite tend vers 0 car la série kxk k est convergente. La série
x
n≥0 n converge donc.
Inversement, soit E un espace normé tel que toute série absolument convergente
soit convergente. Soit (xn )n∈N une suite de Cauchy, il suffit de montrer qu’il existe
une sous-suite (xϕ(n) )n∈N convergente de limite x, car dans ce cas, limn→∞ xn = x.
En effet soit ε > 0, comme la suite est de Cauchy, il existe n0 ∈ N tel que pour
tout n ≥ n0 , on a
ε
kxϕ(n) − xn k < , car ϕ(n) ≥ n.
2
De plus, comme (xϕ(n) )n∈N converge vers x, il existe m0 ∈ N tel que pour tout
n ≥ m0 , on a
ε
kxϕ(n) − xk < .
2
On en déduit donc pour tout entier n ≥ max(n0 , m0 )
ε ε
kxn − xk ≤ kxn − xϕ(n) k + kxϕ(n) − xk < + = ε.
2 2
4

Construisons à présent la sous-suite (xϕ(n) )n∈N convergente. Comme (xn )n∈N


est une suite de Cauchy, il existe un entier ϕ(k) tel que
1
kxn − xϕ(k) k ≤ k pour n ≥ ϕ(k).
2
On peut toujours faire en sorte que ϕ(k) > ϕ(k − 1) ; par exemple, en modifiant
le terme ϕ(k) en ϕ(k) + 1 s’il était égal à son prédécesseur. On déduit donc
n n
X X 1
kxϕ(k) − xϕ(k−1) k ≤ k−1
≤2
k=1 k=1
2
Pn
ce qui implique que la suite croissante des sommes partielles kx −
 Pk=1 ϕ(k)
xϕ(k−1) k n∈N est majorée donc convergente. Par suite, la série k≥1 (xϕ(k) −
xϕ(k−1) ) est absolument convergente donc convergente. Or on a
n
X
xϕ(n) = (xϕ(k) − xϕ(k−1) ) + xϕ(0)
k=1

donc la suite (xϕ(n) )n∈N ainsi construite converge. 


1.1. L’exponentielle. Soit A ∈ L(E) un endomorphisme borné, la série

X
A 1 n
e = A
n=0
n!
est absolument convergente, donc convergente, et en outre
∞ ∞
X 1 X 1
A
ke k ≤ n
kA k ≤ kAkn ≤ ekAk .
n=0
n! n=0
n!
Définition 1.2. L’application exponentielle est définie par
exp : L(E) → L(E)

X 1 n
A 7→ eA = A .
n=0
n!
Si A et B sont des endomorphismes bornés qui commuttent, on peut utiliser
la formule du binôme de Newton pour calculer
∞ ∞ X n
A+B
X 1 n
X Ak B n−k
e = (A + B) = = eA eB .
n=0
n! n=0 k=0
k! (n − k)!

En particulier, on voit que eA est un endomorphisme inversible d’inverse e−A .


Remarque 1.3. Remarquons que l’application exponentielle n’est pas injective,
en effet on a
eA+n(2πi)I = eA .
5

Ceci reste vrai même si E est un espace vectoriel réel : soit J un endomorphisme 1
tel que J 2 = −I alors
∞ 2p ∞
tJ
X
p t
X t2p+1
e = (−1) I+ (−1)p J = cos t I + sin t J
p=0
(2p)! p=0
(2p + 1)!

et en particulier e2πJ = I. Par exemple, pour L(E) = M2 (R), on a


 
0 −2π
exp = I2 .
2π 0

Étudions à présent la régularité de l’application exponentielle.


Lemme 1.4. Soient A et H deux applications linéaires bornées sur E alors on
a l’estimation
n−1
X n(n − 1)
(A + H)n − An − k n−1−k
kHk2 (kAk + kHk)n−2
A HA ≤ 2
k=0
pour tout n ≥ 1.
Démonstration. On procède par récurrence : pour n = 1, c’est une égalité, sup-
posons que l’estimation soit vraie au rang n alors en notant Rn (A, H) le terme
de gauche, on a
(A + H)n+1 − An+1 = (A + H) (A + H)n − An + HAn


n−1
X n−1
X
k+1 n−1−k n
= A HA + HA + HAk HAn−1−k
|k=0 {z } k=0

= n k n−k
P
k=0 A HA

+ (A + H)Rn (A, H).


Or on a
n−1
X k

n−1−k 2 n−1

HA HA ≤ nkHk kAk ≤ nkHk2 (kAk + kHk)n−1
k=0
et par hypothèse
n(n − 1)
k(A + H)Rn (A, H)k ≤ kHk2 (kAk + kHk)n−1
2
donc en sommant des deux estimations, on obtient que l’inégalité est vraie au
rang n + 1. 
1. Si l’espace est complexe, J = iI convient. Il n’en existe pas sur un espace réel de dimension
impair car (det J)2 = −1 n’a pas de racines réelles. Il en existe toujours un si E est de dimension

0 −1
finie paire : par exemple, un endomorphisme de matrice diagonale par blocs, de blocs .
1 0
En dimension infinie, dans un espace de Banach séparable, on considère une base de Schauder
(en )n∈N et on choisit J tel que Je2n = e2n+1 et Je2n+1 = −e2n .
6

On déduit du lemme l’estimation suivante


n−1
(A + H)n An X k n−1−k 2 n−2

− −
A HA ≤ kHk (kAk + kHk)
n! n! k=0
n! 2 (n − 2)!
et en sommant par rapport à l’indice n on obtient
∞ X n−1
Ak HAn−1−k 1

X
2 kAk+kHk
A+H A
e −e − ≤ 2 kHk e .

n=1 k=0
n!
Remarquons que la somme peut-être réécrite sous la forme suivante
∞ X
n−1 ∞
X Ak HAn−1−k X An HAm
= .
n=1 k=0
n! n,m=0
(n + m)!

L’application linéaire sur L(E) qui à H fait correspondre la somme précédente


est bornée car
∞ X n−1 k n−1−k ∞
kAkn−1 kHk
X X
A HA
≤ = ekAk kHk

n=1 k=0
n! (n − 1)!
n=1

et donc
∞ n−1 k
X X A HAn−1−k

kd exp(A)kL(L(E)) = sup ≤ ekAk .

kHk=1 n!
n=1 k=0

Ainsi, pour toute application linéaire bornée A sur E, l’application exponentielle


est différentiable en A et sa différentielle vaut

X An HAm
d exp(A)(H) = .
n,m=0
(n + m)!

Il existe une autre formule donnant la différentielle.


Théorème 1.5. L’application exponentielle
exp : L(E) → L(E)
A 7→ eA
est de classe C 1 sur L(E) et sa différentielle est donnée par
∞ Z 1
X An HAm
d exp(A)(H) = = etA He(1−t)A dt.
n,m=0
(n + m)! 0

Démonstration. Remarquons que



tA (1−t)A
X tn (1 − t)m n
e He = A HAm
n,m=0
n! m!
7

et que l’intégrale par rapport à t du polynôme apparaissant dans cette identité


se calcule grâce à la fonction Beta
Z 1
n! m!
B(n + 1, m + 1) = tn (1 − t)m dt = .
0 (n + m)!
Ainsi obtient-on
∞ Z 1
X An HAm
= etA He(1−t)A dt.
n,m=0
(n + m)! 0

Il est clair que A 7→ d exp(A) est continue ; en effet on a

(d exp(A) − d exp(B))(H)
Z 1 Z 1
tA tB (1−t)A
= (e − e )He dt + etB H(e(1−t)A − e(1−t)B dt
0 0

et donc
Z 1 Z 1 
kAk+tkBk (1−t)kAk+kBk
kd exp(A) − d exp(B)k ≤ kA − Bk te dt + te dt
0 0

ce qui implique la continuité de A 7→ d exp(A) et le caractère C 1 de l’exponentielle


sur L(E). 
Corollaire 1.6. Si l’on considère
[0, +∞[ → L(E)
t 7→ A(t)

une fonction C 1 à valeurs dans L(E) alors on a


Z 1
d A(t)
e = d exp(A(t))(Ȧ(t)) = esA(t) Ȧ(t)e(1−s)A(t) ds.
dt 0

Remarque 1.7. Cette formule est à comparer avec ce qui se passe dans le cas
de l’exponentielle sur R ou C
d a(t)
e = ȧ(t)ea(t) .
dt
La différence est due au défaut de commutativité : si A(t) commute avec sa
dérivée [A(t), Ȧ(t)] = 0 alors
Z 1
d A(t)
e = esA(t) Ȧ(t)e(1−s)A(t) ds = Ȧ(t)eA(t) .
dt 0 | {z }
=Ȧ(t)eA(t)
8

Ceci engendre des subtilités dans la résolution de systèmes faisant intervenir des
coefficients dépendant du temps. Remarquons qu’en effet, à nouveau, contraire-
ment au case de R ou C, le système
(
Ẋ(t) = A(t)X(t), t ∈ R+
X(0) = X0 ∈ E
où t 7→ A(t) ∈ L(E) est continue, n’admet pas nécessairement
Z t 
X(t) = exp A(s) ds X0
0
pour solution. Si les applications A(t) commutent deux à deux [A(t), A(s)] = 0,
c’est bien le cas car alors on a
 Z t   Z t 
d
exp A(s) ds X0 = A(t) exp A(s) ds X0 .
dt 0 0
Dans le cas contraire, l’exemple de la matrice
   
0 t 0 t−s
A(t) = , [A(t), A(s)] =
0 1 0 0
pour laquelle le système (trigonal) se résout aisément
 
1 1 + (t − 1)et
X(t) = X0 ,
0 et
et pour laquelle l’exponentielle se calcule facilement 2
Z t   t t 
1 2 (e − 1)
exp A(s) ds =
0
0 et
Rt 
montre que formule X(t) = exp 0 A(s) ds X0 n’est pas vraie.
Notons que l’on obtient également la formule suivante
Z 1Z 1
A+H A
e −e = et(A+sH) He(1−t)(A+sH) dt ds
0 0
tA
Enfin si u(t) = e f avec f ∈ E alors u est l’unique solution de l’équation
différentielle ordinaire

 du
= Au
dt .
u(0) = f
 t
2  t

0 2 0 2
2. On commence par remarquer que = et ainsi
0 1 0 1
Z t    X ∞ n  t
    t

1 0 t 0 1 0 0
exp A(s) ds = + 2 = + (et − 1) 2 .
0 0 1 n! 0 1 0 1 0 1
n=1
9

1.2. Semi-groupes uniformément continus.


Théorème 1.8. Soit S une application continue de [0, +∞[ dans L(E) qui vérifie
S(0) = I, S(t + τ ) = S(t)S(τ )
pour tous t, τ ≥ 0 alors il existe une application linéaire bornée telle que S(t) =
etA .
Démonstration. L’exponentielle est de classe C 1 et sa différentielle en 0 (l’appli-
cation nulle de E dans E) vaut
d exp(0) = IL(E)
il s’en suit par le théorème d’inversion locale qu’il existe deux voisinages ouverts
U, V respectivement de 0 et de I tels que exp : U → V soit un difféomorphisme.
On notera log : V → U son inverse.
Comme U est ouvert, il existe ε > 0 tel que BL(E) (0, 2ε) ⊂ U , et comme S est
continue, il existe t0 > 0 tel que S(t) ∈ exp(BL(E) (0, ε)) ⊂ V pour tout t ∈ [0, t0 ]
et dans ce cas on considère l’application continue
[0, t0 ] → BL(E) (0, ε)
t 7→ A(t) = log S(t)
qui vérifie S(t) = eA(t) pour tout t ∈ [0, t0 ] et A(0) = 0. On démontre alors par
récurrence que pour tout n ∈ N∗ , pour tout t ∈ [0, t0 /n] on a A(nt) = nA(t).
L’hypothèse est évidemment vraie pour n = 1, et si on la suppose vraie au rang
n, alors pour tout t ∈ [0, t0 /(n + 1)], on a 3
eA(nt)+A(t) = S(nt)S(t) = S((n + 1)t) = eA((n+1)t)
et comme kA(nt) + A(t)k ≤ kA(nt)k + kA(t)k < 2ε, on en tire A(nt) + A(t) ∈
BL(E) (0, 2ε) ⊂ U et A((n + 1)t) ∈ BL(E) (0, ε) ⊂ U , ce qui implique que l’on peut
passer au logarithme dans l’égalité précedente
A(nt) + A(t) = A((n + 1)t).
Grâce à l’hypothèse de récurrence, on en tire A((n + 1)t) = (n + 1)A(t) puisque
0 ≤ t ≤ t0 /(n + 1) ≤ t0 /n.
Soit alors p/q un rationnel de l’intervalle [0, 1] avec p, q ∈ N × N∗ et p ≤ q, on
a pour tout t ∈ [0, t0 ]
A(t) = A(qt/q) = qA(t/q) puisque t/q ∈ [0, t0 /q]
et ainsi
A(pt/q) = pA(t/q) puisque t/q ∈ [0, t0 /p]
ce qui donne A(pt/q) = pA(t)/q. Par densité des rationnels dans l’intervalle [0, 1],
et par continuité de t → A(t), on obtient
A(θt) = θA(t), θ ∈ [0, 1], t ∈ [0, t0 ].
3. A(nt) = nA(t) et A(t) commutent !
10

On pose alors
1
A= A(t0 )
t0
de sorte que A(θt0 ) = θA(t0 ) = θt0 A pour tout θ ∈ [0, 1]. Si t ∈ R+ , en notant n
la partie entière de t/t0 et θ ∈ [0, 1[ sa partie fractionnaire, on en déduit,
S(t) = S((n + θ)t0 ) = S(t0 )n S(θt0 ) = ent0 A eθt0 A = e(n+θ)t0 A = etA .
Ceci termine la démonstration. 
Remarque 1.9. Une autre preuve de ce théorème consiste à observer que comme
S est continue, il existe ε > 0 tel que pour tout 0 ≤ τ < ε on ait kS(τ )−S(0)k < 1,
ce qui entraı̂ne l’inversibilité de l’application
1 ε 1 ε
Z Z
S(τ ) dτ = I + (S(τ ) − S(0)) dτ
ε 0 ε 0
puisque c’est une perturbation de l’identité par une application strictement contrac-
tante
Z ε
1 ε
Z
1

ε (S(τ ) − S(0)) dτ ≤
kS(τ ) − S(0)k dτ < 1.
0 ε 0
De la relation
Z ε  Z ε 
1 1
S(t + τ ) dτ = S(τ ) dτ S(t)
ε 0 ε 0
on tire, en faisant un changement de variable et en inversant le premier facteur
du membre de droite
Z ε −1  Z t+ε 
S(t) = S(τ ) dτ S(τ ) dτ .
0 t

Cette égalité implique que S est en fait une fonction C 1 sur [0, +∞[. On note
alors Z ε −1
dS
A= (0) = S(τ ) dτ (S(ε) − I) ∈ L(E)
dt 0
et comme
S(t + h) − S(t) S(h) − S(0)
= S(t)
h h
on obtient en faisant tendre h vers 0
Ṡ(t) = AS(t), t ∈ [0, +∞[.
On a alors
d −tA
(e S(t)) = e−tA (AS(t) − Ṡ(t)) = 0
dt
ce qui implique S(t) = etA S(0) = etA .
11

Remarque 1.10. En fait, on peut définir l’application logarithme de manière


un peu plus précise, la série

X An
ϕ(A) =
n=1
n
converge absolument si kAk < 1 et kϕ(A)k ≤ − log(1 − kAk). En dérivant terme
à terme, on a
d
ϕ(tA) = −(I − tA)−1 A
dt
pour tout t ∈ [−1, 1]. Cette dérivée commute avec ϕ(tA), ce qui entraı̂ne
d
(I − tA)eϕ(tA) = eϕ(tA) − A + (I − tA)A(I − tA)−1 = 0
 
dt
soit e ϕ(tA)
= eϕ(0) (I − tA)−1 = (I − tA)−1 , ainsi pour t = 1
eϕ(A) = (I − A)−1 , e−ϕ(A) = (I − A).
De manière similaire, lorsque kAk < log 2, on a keA − Ik ≤ ekAk − 1 < 1, et en
dérivant terme à terme, on a
d
ϕ(I − etA ) = −AetA (I − (I − etA ))−1 = −A.
dt
En intégrant, et en prenant t = 1, on obtient
ϕ(I − eA ) = −A.
L’application logarithme est donc définie de la manière suivante
log : BL(E) (I, 1) → L(E)

X (I − S)n
S 7→ log S = −
n=1
n
et satisfait lorsque kS − Ik < 1 et kAk < log 2
elog S = S, log eA = A, k log Sk ≤ − log(1 − kS − Ik).
Exemple 1.11. Terminons ce préambule en remarquant qu’il existe des fonctions
de R+ à valeurs dans les applications linéaires bornées vérifiant les propriétés
algébriques de l’exponentielle (ce que l’on appelle un semi-groupe) mais qui ne
sont pas continues. Un exemple de tel semi-groupe est la translation : si E =
Lp (R) alors S(t)u = u(x + t) est une isométrie, vérifie
S(0) = I, S(t + t0 ) = S(t)S(t0 )
et si l’on considère la fonction
1
ft = t− p 1[0,t] , kft kLp = 1
alors on a 1 1
kS(t)ft − ft kLp = t− p k1[−t,t] kLp = 2 p
12

ce qui implique kS(t) − S(0)kL(Lp (R)) ≥ 21/p donc que S n’est pas continue en 0.
En particulier, S(t) n’est pas l’exponentielle etA d’une application linéaire bornée
sur Lp (R). Notons tout de même que pour tout f ∈ Lp (R), on a
Z  p1
kS(t + h)f − S(t)f kLp = |f (x + h) − f (x)| dx −→h→0 0

et par conséquent que t → S(t)f est continue pour tout f ∈ Lp (R).

2. Théorème de Hille-Yosida
Le cadre est toujours un espace de Banach E.
2.1. Semi-groupes fortement continus.
Définition 2.1. Un semi-groupe fortement continu est une fonction S : [0, +∞[→
L(E) telle que
(i) S(0) = I et S(t + t0 ) = S(t)S(t0 ) pour tout t, t0 ≥ 0,
(ii) pour tout f ∈ E, la fonction à valeurs vectorielles t 7→ S(t)f est continue.
Remarque 2.2. La propriété de continuité en t > 0 se traduit de la manière
suivante : pour tout ε > 0 et pour tout f ∈ E, il existe δ = δ(f, ε, t) tel que pour
tout h ∈ [−δ, δ] on ait kS(t + h)f − S(t)f k < ε. Si l’on demande l’uniformité par
rapport aux vecteurs f : pour tout ε > 0, il existe δ = δ(ε, t) tel que pour tout
h ∈ [−δ, δ] on ait kS(t + h)f − S(t)f k < ε pour tout f ∈ E, alors cela revient à
dire que t 7→ S(t) est une application continue.
On parle dans ce cas de semi-groupe uniformément continu : nous avons vu
dans le préambule, que tout semi-groupe uniformément continu est l’exponentielle
d’une application linéaire bornée (cf. Théorème 1.8), ce cas n’a apporte donc
rien de nouveau à la théorie. Nous avons vu dans le préambule qu’il existe des
semi-groupes fortement continus non uniformément continus, par exemple les
translations (cf. exemple 1.11).
Théorème 2.3. Soit S un semi-groupe fortement continu, il existe deux constantes
ω ∈ R et C > 0 telles que
kS(t)k ≤ Ceωt , t ≥ 0,
On peut trouver une norme k · kS sur E équivalente à k · k pour laquelle
kS(t)kS ≤ eωt , t ≥ 0.
Démonstration. D’après le théorème de Banach-Steinhaus,
M = sup kS(t)k
t∈[0,1]

est finie. On a alors


kS(t)k = kS(n + θ)k ≤ kS(1)kn kS(θ)k ≤ M n+1 = M 1−θ M t
13

On choisit alors ω = log M et C = max(1, M ) alors on a bien kS(t)k ≤ Ceωt .


Considérons alors la norme suivante
kf k ≤ kf kS = sup e−ωt kS(t)f k ≤ Ckf k
t≥0

pour laquelle
kS(t)f kS = sup e−ωτ kS(t + τ )f k = eωt sup e−ωτ kS(t)f k ≤ eωt kf kS
τ ≥0 τ ≥t

Ce qui termine la preuve. 


Définition 2.4. Un opérateur non-borné est la donnée d’un sous-espace vectoriel
D(A) de E, appelé le domaine de l’opérateur, et d’une application linéaire A :
D(A) → E. Souvent on n’indique pas le domaine D(A) et on parle d’opérateur
non borné A, sous-entendu qu’un domaine D(A) lui est associé.
Si A, B sont deux opérateurs non bornés de domaines D(A), D(B), on note
A ⊂ B lorsque D(A) ⊂ D(B) et B|D(A) = A.
Remarque 2.5. La relation ⊂ est une relation d’ordre sur l’ensemble des opéra-
teurs non-bornés.
Définition 2.6. On dit qu’un opérateur non-borné A est fermé si son graphe

Γ(A) = (u, Au) : u ∈ D(A)
est fermé dans E × E.
Remarque 2.7. Si A est un opérateur fermé, alors la norme
kukD(A) = kuk + kAuk
fait de D(A) un espace de Banach, et A est une application linéaire bornée entre
(D(A), k · kD(A) ) et (E, k · k) par le théorème du graphe fermé.
Définition 2.8. Soit S : [0, +∞[→ L(E) un semi-groupe fortement continu,
le généreateur infinitésimal de S est l’opérateur non borné défini de la manière
suivante
 
S(h)u − S(0)u
D(A) = u ∈ E : lim+ existe
h→0 h
S(h)u − S(0)u
Au = lim+ , u ∈ D(A).
h→0 h
On considère par la suite l’opérateur (cf. Remarque 1.9 où cet opérateur a déjà
été utilisé)
1 ε
Z
Jε f = S(τ )f dτ
ε 0
14

(il n’y a pas de problème à définir cette intégrale d’une fonction continue à valeurs
vectorielles). On a les propriétés suivantes de l’opérateur :
lim Jε f = S(0)f = f
ε→0+
et
Z t+ε
1
S(t)Jε f = Jε S(t)f = S(τ )f dτ.
ε t

Proposition 2.9. Le générateur infinitésimal A d’un semi-groupe fortement


continu S vérifie les propriétés suivantes
1. le domaine D(A) de A est dense dans E,
2. pour tout f ∈ D(A), S(t)f ∈ D(A), et on a AS(t)f = S(t)Af ,
3. A est un opérateur fermé,
4. pour tout f ∈ D(A), u(t) = S(t)f est de classe C 1 et vérifie
d
u(t) = Au(t), u(0) = f.
dt
Démonstration. 1. Soit f ∈ E, on a
 Z t+ε Z t Z ε 
S(t) − I 1 S(ε) − I
Jε f = − − S(τ )f dτ = Jt f
t εt 0 0 0 ε
et le terme de droite tend vers (S(ε) − I)f /ε quand t tend vers 0 par valeurs
supérieures, donc Jε f ∈ A. Comme f = limε→0+ Jε f , D(A) est dense dans E.
2. On a
 
S(h) − I S(t + h) − S(t) S(h) − I
S(t)f = f = S(t) f
h h h
et le terme de droite tend vers S(t)Af lorsque h tend vers 0 par valeurs po-
sitives lorsque f ∈ D(A). Par conséquent, on a S(t)f ∈ D(A) et AS(t)f =
S(t)Af lorsque f ∈ A.
3. Soit (uk , Auk )k∈N avec uk ∈ D(A) une suite du graphe de A, qui converge vers
(u, v) ∈ E × E, alors on a
 
S(t) − I S(ε) − I S(ε) − I
J ε uk = Jt uk = Jt uk
t ε ε
car S(ε) et Jt commutent, et en passant à la limite lorsque ε tend vers 0 par
valeurs positives
S(t) − I
uk = Jt Auk
t
puis en faisant tendre k vers l’infini
S(t) − I
u = Jt v.
t
15

Ce terme a ume limite lorsque t tend vers 0 donc u ∈ D(A) et en passant à la


limite v = Au, ce qui signifie que (u, v = Au) appartient au graphe de A. Le
graphe de A est donc fermé.
4. D’après le calcul fait en 2, u est dérivable à droite et
du
(t + 0) = Au(t).
dt
D’après le théorème 2.3, rappelons que
kS(t)k ≤ M eωt , t ≥ 0.
Si f ∈ D(A), le taux d’accroissement
 
S(t − h) − S(t) Sh u − u
f = S(t − h) − Au + S(t − h)Au
−h h
tend vers AS(t)f = Au(t) lorsque h tend vers 0 par valeurs positives car
 

S(t − h) Sh u − u
≤ M eω(t−h) Sh u − u
− Au − Au
h h

tend vers 0 lorsque 0 < h ≤ t tend vers 0. Ainsi u est dérivable à droite et à
gauche en tout réel t ∈ R+ et de plus
du du
(t − 0) = (t + 0) = Au(t)
dt dt
ce qui signifie que u est dérivable sur R+ , que sa dérivée Au(t) est continue,
donc que u est de classe C 1 et vérifie l’équation différentielle annoncée.

Si deux semi-groupes ont même générateur infinitésimal alors ils sont égaux.
Lemme 2.10. Soit v une fonction de classe C 1 à valeurs dans D(A) vérifiant
dv
(t) = Av(t), v(0) = 0
dt
alors v ≡ 0.
Démonstration. Soit T > 0 on considère w(t) = S(T − t)v(t) alors on a w(0) = 0
et
dw
= −Aw(t) + S(T − t)Av(t)
dt
car on a
 
w(t + h) − w(t) v(t + h) − v(t) S(T − t − h) − S(T − t)
= S(T − t − h) + v(t)
h h h
= S(T − t)v̇(t) + S(T − t − h)o(1) − Aw(t) + o(1)
16

et car S(T −t−h)o(1) = o(1) puisque kS(T −t−h)o(1)k ≤ M eω(T −t−h) o(1) = o(1).
Puisque v(t) ∈ D(A) on a S(T − t)Av = AS(T − t)v et on en déduit
dw
=0
dt
d’où l’on tire w(T ) = v(T ) = w(0) = 0, et comme T est arbitraire v ≡ 0. 
Lemme 2.11. Soient S et S 0 deux semi-groupes uniformément continus de gén-
érateurs infinitésimaux A et A0 . Si A = A0 alors S = S 0 .
Démonstration. On applique le lemme précédent à v(t) = S(t)f − S 0 (t)f qui est
à valeurs dans D(A) = D(A0 ) par le point 2 de la proposition 2.9. 
Exemple 2.12. Soit E = Lp (Rn ) avec p ≥ 1 et soit ω ∈ S n−1 , on considère la
translation dans la direction ω
S(t)u = u(x + tω).
C’est un semi-groupe car
Z
lim+ |u(x + t) − u(x)|p dx = 0.
t→0 Rn
Soit A le générateur infinitésimal : si u ∈ D(A) alors pour tout ϕ ∈ C0∞ (Rn )
u(x + tω) − u(x) ϕ(y − tω) − ϕ(y)
Z Z
ϕ(x) dx = u(y) dx
t t
et en passant à la limite
Z Z
Au(x)ϕ(x) dx = − u(y)ω · ∇ϕ(y) dx

ce qui signifie que la dérivée au sens des distributions ω · ∇u est une fonction L2
et cela donne
D(A) ⊂ u ∈ Lp (Rn ) : ω · ∇u ∈ Lp (Rn ) , Au = ω · ∇u, u ∈ D(A).


Inversement, supposons que u ∈ Lp (Rn ) et que ω · ∇u ∈ Lp (Rn ) alors on a


S(t)u − u 1 t
Z
= ω · ∇u(x + sω) ds
t t 0
puisque pour tout ϕ ∈ C0∞ (Rn )
Z t  Z t
ω · ∇u(· + sω) ds, ϕ = − hu, ω · ∇ϕ(· − sω)i ds
0 0
= hu, ϕ(· − tω) − ϕi = hS(t)u − u, ϕi.
Ainsi peut-on en déduire
1 t

S(t)u − u
Z

(2.1) − ω · ∇u ≤ kω · ∇u(· + sω) − ω · ∇ukLp ds
t
Lp t 0
≤ 2kω · ∇ukLp .
17

Soit alors χ ∈ C0∞ (Rn ), on considère la régularisée uε = χε ∗ u avec χε =


ε−n χ(·/ε), et on a
lim kuε − ukLp = 0. lim kω · ∇uε − ω · ∇ukLp = 0
ε→0+ ε→0+

car ω · ∇uε = χε ∗ ω · ∇u. Par conséquent avec (2.1)



S(t)u − u S(t)uε − uε
− ω · ∇u ≤ − ω · ∇uε + 2kω · ∇ukLp .
t p L
t
Lp
en passant à la limite lorsque t tend vers 0

S(t)u − u
lim sup − ω · ∇u ≤ 2kω · ∇u − ω · ∇uε kLp .
t→0 +
t p
L
puis en faisant tendre ε vers 0, on obtient

S(t)u − u
lim sup − ω · ∇u = 0.
+
t→0
t
Lp
Finalement, le générateur infinitésimal est donné par
D(A) = u ∈ Lp (Rn ) : ω · ∇u ∈ Lp (Rn ) ,

Au = ω · ∇u.
Par suite, on travaillera toujours avec la norme k · kS , pour laquelle E est
toujours un espace de Banach, et on supposera donc que C = 1. De plus si
l’on considère le semi-groupe Sω (t) = e−ωt S(t), alors c’est un semi-groupe de
contraction
kSω (t)k ≤ 1, t ≥ 0
de générateur infinitésimal A − ωI, de domaine D(A). On peut donc toujours se
ramener à ce cas, et par la suite, on étudiera les semi-groupes de contraction.
2.2. Semi-groupes de contraction. On étudie à présent les semi-groupe de
contraction kS(t)k ≤ 1. Si A est une matrice, il est clair que ketA k ≤ 1 implique
que les valeurs propres de A sont de partie réelle négative ou nulle ; si x ∈ Cn est
un vecteur propre de norme 1 alors x est vecteur propre de etA associé à la valeur
propre eλt et donc
1 ≥ ketA xk = eRe λt donc Re λ ≤ 0.
Il en va de même pour les générateurs infinitésimaux d’un semi-groupe de contrac-
tion, à ceci près quela notion de spectre est un peu plus subtile. On notera A − λ
l’opérateur A − λI.
Définition 2.13. Soit A un opérateur non borné, l’ensemble résolvant de A, noté
%(A) est l’ensemble des valeurs de A pour lesquelles l’opérateur A−λ : D(A) → E
est inversible d’inverse continu (A − λ)−1 : E → D(A). Le spectre de A, noté
σ(A) est le complémentaire de l’ensemble résolvant
σ(A) = C \ %(A).
18

La question est de donner une formule permmettant explicitement de calculer


l’opérateur résolvant (A − λ)−1 . Pour cela on s’inspire de la formule
Z ∞
1
=− e−λt eat dt
a−λ 0
valable pour les nombres complexes a, λ ∈ C tels que Re a ≤ 0 et Re λ > 0. On
définit donc par analogie l’opérateur
Z ∞
R(λ)f = − e−λt S(t)f dt
0
lorsque Re λ > 0, pour lequel, on a l’estimation
Z ∞
1
kR(λ)f k ≤ e− Re λt kS(t)f k dt ≤ kf k.
0 Re λ
Théorème 2.14. Soit S un semi-groupe fortement continu de contraction, on a
{λ ∈ C : Re > 0} ⊂ %(A) et en outre
1
k(A − λ)−1 k ≤ , Re λ ≥ λ0 .
Re λ
Démonstration. Il s’agit de démontrer que R(λ) = (A − λ)−1 . Or
S(h) − I 1 − e−λh ∞ −λt 1 h −λt
Z Z
R(λ)f = e S(t)f dt + e S(t)f dt
h h h h 0
a une limite lorsque h tend vers 0 donc R(λ)f ∈ D(A) et
Z ∞
S(h) − I
Au = lim+ R(λ)f = −λ e−λt S(t)f dt + f
h→0 h 0

ce qui implique (A − λ)R(λ)f = f .


De même a-t-on lorsque f ∈ D(A)
Z ∞ Z ∞
−λt
R(λ)Af = − e S(t)Af dt = − e−λt AS(t)f dt
0 0
−λh Z ∞
1−e 1 h −λt
Z
−λt
= lim+ e S(t)f dt + e S(t)f dt = λR(λ)f + f
h→0 h h h 0
ce qui implique R(λ)(A − λ)f = f . 
Cette condition est en fait une condition nécessaire et suffisante.
Théorème 2.15 (Hille-Yosida). Soit A un opérateur non borné à domaine D(A)
dense dans E, alors A est le générateur infinitésimal d’un unique semi-groupe
S fortement continu de contraction si et seulement s’il existe λ0 > 0 tel que
{λ ∈ R : λ ≥ λ0 } ⊂ %(A) et
1
k(A − λ)−1 k ≤ , λ ≥ λ0 .
λ
19

Il s’agit de montrer que la condition énoncée est suffisante pour associer un


semi-groupe à l’opérateur A. L’unicité découle du théorème 2.11. L’idée de la
démonstration est d’approcher A par une suite (An )n∈N d’opérateurs bornés pour
lesquels on peut construire l’exponenetielle etAn puis de passer à la limite. Pour
approcher A, on s’inspire de l’identité suivante
n2
 
−na
a = lim = lim − n +
n→∞ a − n n→∞ a−n
et on considère An = −nR(n)A = −n + n2 R(n) qui est un opérateur borné.
On notera R(λ) = (A − λ)−1 la résolvante de l’opérateur non-borné A lorsque
λ ∈ %(A). Nous aurons besoin du résultat suivant. La résolvante R(λ) = (A−λ)−1 ,
λ ∈ %(A), permet pour un opérateur non borné A d’approcher un vecteur par un
élément du domaine de A.
Théorème 2.16. Soit (Tλ )λ≥λ0 une famille d’applications linéaires bornées E →
F entre deux espaces de Banach E et F , supposons que
sup kTλ k < +∞
λ≥λ0

et que λ → Tλ f a une limite lorsque λ tend vers l’infini pour tout f ∈ D où D
est un sous-espace dense de E alors
D→F
f 7→ lim Tλ f
λ→∞

se prolonge en une unique application linéaire bornée T : E → F et


T f = lim Tλ f, ∀f ∈ E.
λ→∞

Démonstration. Notons M = supλ≥λ0 kTλ k alors kT f k ≤ M kf k pour tout f ∈ D


par passage à la limite. T se prolonge en une unique application continue de
norme kT k ≤ M car F est un espace de Banach (théorème de prolongement
d’une application uniformément continue à valeurs dans un espace complet). Soit
f ∈ E par densité de D pour tout ε > 0 il existe g ∈ D tel que kf − gk < ε/2M .
On a alors
kTλ f − T f k ≤ kTλ (f − g)k + kTλ g − T gk + kT (f − g)k
et donc
lim sup kTλ f − T f k ≤ 2M kf − gk < ε.
λ→∞

Comme ε > 0 est arbitraire, lim supλ→∞ kTλ f − T f k = 0 et le résultat s’en


suit. 
Lemme 2.17. Soit A un opérateur non borné à domaine dense tel que
1
kR(λ)k ≤ , λ ≥ λ0
λ
20

alors on a
− lim λR(λ)u = u
λ→∞
pour tout u ∈ E.
Démonstration. Si u ∈ D(A) alors
−λR(λ)u = u − R(λ)Au
et donc ku + λR(λ)uk ≤ kAuk/λ tend vers 0 lorsque λ tend vers l’infini. En ap-
pliquant le théorème précédent à la famille d’opérateurs (−λR(λ))λ≥λ0 on obtient
− lim λR(λ)u = u
λ→∞

pour tout u ∈ E car l’identité sur E est l’unique application continue qui prolonge
l’identié sur le sous-espace dense D(A). 
Démonstartion du théorème de Hille-Yosida. Soit A un opérateur non borné à
domaine D(A) dense tel que kR(λ)k ≤ 1/λ pour tout λ ≥ λ0 , on considère
Aλ = −λR(λ)A = −λ + λ2 R(λ)
pour λ > 0, qui est un opérateur borné
kAλ f k ≤ 2λkf k
et pour lequel on peut donc considérer l’exponentielle correspondante
Sλ (t) = etAλ
qui est un semi-groupe (uniformément continu) de contraction
2 tkR(λ)k
kSλ (t)k = ketAλ k ≤ e−λt eλ ≤ e−λt eλt = 1.
La famille Aλ f approche Af lorsque f ∈ D(A)
lim Aλ f = Af, f ∈ D(A)
λ→∞

puisque limλ→∞ Aλ f = − limλ→∞ R(λ)Af = Af par le lemme 2.17 appliqué à


u = Af ∈ E. Enfin on a l’estimation
kSλ (t)f − Sµ (t)f k = ketAλ f − etAµ f k ≤ ket(Aλ −Aµ ) f − f k
Z t
(2.2) ≤ keτ Aλ e−τ Aµ (Aλ − Aµ )f k dτ ≤ tkAλ f − Aµ f k.
0
Soit T > 0, on considère alors FT = C([0, T ]; E) qui est un espace de Banach
muni de la norme
kukFT = sup ku(t)k
t∈[0,T ]

Dans l’espace FT , lorsque f ∈ D(A), (t → S(t)f )n∈N est une suite de Cauchy
d’après l’estimation (2.2)
kSn f − Sm f kFT ≤ T kAn f − Am f k
21

puisque (An f )n∈N est une suite de Cauchy (elle converge vers Af ). Par conséquent,
elle converge vers une fonction continue de FT et on peut ainsi définir
ST : D(A) → FT
f 7→ ST f = lim Sn f.
n→∞

Il est clair que D(A) 3 f 7→ ST (t)f = limn→∞ Sn f est linéaire et bornée


k lim Sn (t)f k ≤ lim kSn (t)f k ≤ kf k.
n→∞ n→∞

D’après le théorème 2.16, ST se prolonge à E avec


ST (t)f = lim Sn (t)f.
n→∞

On considère alors l’application


S : [0, +∞[ → L(E)
t 7→ S(t) : E 3 f 7→ lim Sn (t)f
n→∞

qui est telle que t 7→ S(t)f est continue puisque S(·)f |[0,T ] = ST f ∈ FT . En outre
c’est un semi-groupe car
S(t + t0 )f = lim Sn (t)Sn (t0 )f = S(t)S(t0 )f.
n→∞

Il reste à vérifier que S admet A comme générateur infinitésimal. On note B le


générateur infinitésimal de S, il s’agit de montrer que D(B) = D(A) et A = B.
Soit f ∈ D(A), on a
S(t)f − f etAn f − f 1 t τ An
Z
= lim = lim e An f dτ
t n→∞ t n→∞ t 0

et par le théorème de convergence dominée (puisque keτ An An f k ≤ kAn f k est


borné puisque (An f )n∈N converge vers Af ) on en déduit
S(t)f − f 1 t
Z
= S(t)Af dτ
t t 0
soit en passant à la limite f ∈ D(B) et
t
S(t)f − f
Z
1
Bf = lim+ = lim+ S(t)Af dτ = Af.
t→0 t t→0 t 0

Soit g ∈ D(B), Il existe λ > 0 tel que A − λ et B − λ soient inversibles. Si


f = (A − λ)−1 (B − λ)g ∈ D(A) alors on a
(B − λ)f = (A − λ)f = (B − λ)g
et ainsi g = f ∈ D(A) en utilisant l’injectivité de (B − λ). Finalement D(B) =
D(A) et B = A. 
22

2.3. Inégalité de Kolmogorov-Landau.


Théorème 2.18. Soit E un espace de Banach, soit S un semi-groupe fortement
continu de contaction de générateur infinitésimal A (avec domaine D(A) ⊂ E).
L’inégalité de Kolmogorov-Landau
kAuk2 ≤ 4kA2 ukkuk
est vraie pour tout u ∈ D(A2 ) = {v ∈ D(A) : Av ∈ D(A)}.
Démonstration. Pour u ∈ D(A2 ), la fonction t 7→ S(t)u est de classe C 2 car
 
1 dS dS S(t + h)Au − S(t)Au
(t + h)u − (t)u = −→h→0 AS(t)Au
h dt dt h
et en outre
d2
2
S(t)u = AS(t)Au = S(t)A2 u
dt
la deuxième égalité venant du point 2 de la proposition 2.9. La formule de Taylor
en t = 0 donne alors
Z t
S(t)u = u + tAu + (t − τ )S(τ )A2 u dτ
0
pour tout t ≥ 0. On en déduit l’inégalité
Z t
t2
tkAuk ≤ kuk + kS(t)uk + (t − τ )kA2 uk dτ ≤ 2kuk + kA2 uk
0 2
pour tout t ≥ 0. Le polynôme t2 kA2 uk − 2tkAuk + 4kuk est positif pour tout
t ∈ R donc
∆ = kAuk2 − 4kukkA2 uk ≤ 0
ce qui prouve l’inégalité de Kolmogorov-Landau. 
Exemple 2.19. Soit E = Lp (Rn ), soit ω ∈ S n−1 et soit S(t)u = u(x + tω)
D(A2 ) = u ∈ Lp (Rn ) : ω · ∇uLp (Rn ), (ω · ∇)2 uLp (Rn ) .


L’inégalité de Kolmogorov-Landau s’écrit dans ce cas.


kω · ∇uk2Lp ≤ 4 ≤ k(ω · ∇)2 ukLp kukLp .
3. Semi-groupes dans un espace de Hilbert
3.1. Préliminaires.
Définition 3.1. On dit qu’un opérateur borné T sur un espace de Hilbert H est
coercif s’il existe une constante C > 0 telle que
RehT u, ui ≥ Ckuk2
pour tout vecteur u ∈ H.
Lemme 3.2. Un opérateur borné T : H → H coercif admet un inverse continu
T −1 (de norme inférieure à C −1 où C est la constante de coercivité).
23

Démonstration. On commence par remarquer que T est injectif car par Cauchy-
Schwarz
(3.1) kuk ≤ C −1 kT uk, u ∈ H.
De plus, si T est inversible alors de l’inégalité précédente, on déduit
kT −1 vk ≤ C −1 kvk
que T −1 est borné. Il suffit donc de montrer que T est surjectif. De l’inégalité
RehT u, ui ≥ Ckuk2 on tire que (Im T )⊥ = 0 et donc H = Im T . Il reste à montrer
que l’image de A est fermée ; ceci découle du fait que si (vn = T un )n∈N est une
suite convergeant vers v dans H alors (un )n∈N est une suite de Cauchy grâce
à (3.1). Comme T est continu, (vn = T un )n∈N converge vers T u et on a v = T u,
ce qui montre que Im A est fermée. Finalement Im T = Im T = H. 
Définition 3.3. Soit A un opérateur non borné de domaine D(A). L’adjoint de
A est l’opérateur non borné de domaine
D(A∗ ) = v ∈ E : D(A) 3 u 7→ hAu, vi est une forme linéaire bornée


et défini de manière unique 4 par hAu, vi = hu, A∗ vi pour tout u ∈ D(A).


Lemme 3.4. L’adjoint A∗ d’un opérateur à domaine dense est fermé.
Démonstration. Soit (un , vn = A∗ un )n∈N une suite du graphe de l’adjoint A∗ de
A convergeant dans H × H vers (u, v). Soit alors ϕ ∈ D(A), on a
hv − A∗ u, ϕi = hv, ϕi − hu, Aϕi = lim hA∗ un , ϕi − hun , Aϕi = 0.
n→∞

Comme D(A) est dense dans H, cela implique v = A∗ u et donc Im A∗ fermée. 


3.2. Théorème de Lumer-Phillips.
Définition 3.5. Un opérateur non borné est dissipatif si
RehAu, ui ≤ 0, u ∈ D(A).
Il est maximal dissipatif si en outre il existe λ0 > 0 tel que A − λ0 soit surjectif.
Remarque 3.6. En fait A − λ0 est bijectif d’inverse continu car
− Reh(A − λ)u, ui ≥ λ0 kuk2
implique que A − λ0 est injectif et de plus par Cauchy-Schwarz
k(A − λ)uk ≥ λ0 kuk
ce qui implique k(A − λ0 )−1 k ≤ 1/λ0 .
4. La forme linéaire D(A) 3 u 7→ hAu, vi peut être prolongée en une forme linéaire continue
`v sur H par le théorème de Hahn-Banach et le théorème de représentation de Riesz dans un
espace de Hilbert garantit qu’il existe un unique vecteur w = A∗ v tel que la forme linéaire `v
soit égale à h·, wi.
24

Lemme 3.7. Soit A un opérateur maximal dissipatif et B un opérateur dissipatif,


si A ⊂ B alors A = B.
Démonstration. Soit v ∈ D(B), il existe u ∈ D(A) tel que (B − λ)v = (A − λ)u
et comme Au = Bu, on a (B − λ)(v − u) = 0. Or B est dissipatif donc
0 = −h(B − λ)(v − u), v − ui ≥ λkv − uk2
ce qui implique u = v et donc v ∈ D(A). Ceci donne D(A) = D(B) et A = B. 
Remarque 3.8. Ce lemme justifie la dénomination de maximal dissipatif : il n’y
a pas d’opérateur dissipatif B plus grand pour la relation d’ordre ⊂ (cf. Remarque
2.5) qu’un opérateur maximal dissipatif.
Lemme 3.9. Un opérateur maximal dissipatif est à domaine dense.
Démonstration. Soit v ∈ D(A)⊥ , comme A − λ0 est surjectif, il existe u ∈ D(A)
tel que v = (A − λ0 )u, et on a alors
0 = Rehu, vi = RehAu, ui −λ0 kuk2 ≤ −λ0 kuk2
| {z }
≤0

ce qui implique u = 0 et donc v = 0. Ainsi D(A)⊥ = {0} et donc D(A) est dense
dans H. 
Lemme 3.10. Soit A un opérateur maximal dissipatif, alors il existe λ0 > 0 tel
que (A − λ) soit inversible d’inverse continu pour tout λ ≥ λ0 .
Démonstration. D’après la remarque 3.6, A − λ0 est inversible d’inverse R(λ0 )
borné et on a
(A − λ) = (A − λ0 − (λ − λ0 )) = (A − λ0 )(I − (λ − λ0 )R(λ0 ))
donc il suffit de montrer que l’opérateur borné Tλ = I − (λ − λ0 )R(λ0 ) ∈ L(H)
est inversible d’inverse continu pour tout λ ≥ λ0 . Or on a
hTλ u, ui = kuk2 − (λ − λ0 ) hR(λ0 )u, ui ≥ kuk2
| {z }
=hv,(A−λ0 )vi≤0

ce qui implique que Tλ est coercif et par le lemme 3.2 que Tλ ∈ L(H) est inversible
d’inverse continu. 
Théorème 3.11 (Lumer-Phillips). Un opérateur non borné dans un espace de
Hilbert est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe fortement continu de
contraction si et seulement s’il est maximal dissipatif.
Démonstration. Si A est maximal dissipatif alors A vérifie les hypothèses du
théorème de Hille-Yosida, et il existe donc un unique semi-groupe de contraction
associé à A. Réciproquement si A est le générateur infinitésimal d’un semi groupe
de contraction alors pour tout u ∈ D(A) par Cauchy-Schwarz
 
S(t)u − u 1
, u ≤ kS(t)ukkuk − kuk2 ≤ 0

Re
t t
25

et en faisant tendre t vers 0, on obtient que A est dissipatif. Par le théorème 2.14,
A est maximal dissipatif. 
Théorème 3.12 (Lumer-Phillips). Soit A un opérateur non borné de domaine
dense. A est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe de contraction si et
seulement si A est fermé et A et son adjoint A∗ sont dissipatifs.
Démonstration. Supposons que A est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe
de contraction alors A est fermé (point 3 de la proposition 2.9) et A est dissipatif
par le Théorème de Lumer-Phillips précédent. En outre, A∗ est dissipatif. En
effet, si u ∈ D(A) ∩ D(A∗ ) alors on a
RehA∗ u, ui = Rehu, Aui ≤ 0.
Le cas où u ∈ D(A∗ ) est un peu plus subtil. Soit u ∈ D(A∗ ) et λ > 0, si l’on note
uλ = −λR(λ)u, on a uλ ∈ D(A) et limλ→∞ uλ = u. Par conséquent
1
RehA∗ u, uλ i = Rehu, Auλ i = − Reh(A − λ)uλ , Auλ i
λ
1
= Rehuλ , Auλ i − kAuλ k2 ≤ 0
λ

converge vers hA u, ui qui est par conséquent négatif. Ce qui implique le caractère
dissipatif de A∗ .
Démontrons à présent la réciproque. On suppose que A est fermé et que A
et son adjoint A∗ sont dissipatifs. Montrons que (A − λ) est surjectif pour tout
λ > 0, soit v ∈ Im(A − λ)⊥ on a
h(A − λ)u, vi = 0
pour tout u ∈ D(A), ce qui implique que la forme linéaire D(A) 3 u 7→ hAu, vi =
λhu, vi est bornée et donc que v ∈ D(A∗ ), on a alors
0 = h(A − λ)u, vi = hu, (A∗ − λ)vi
pour tout u ∈ D(A), ce qui implique (A∗ − λ)v = 0 puisque D(A) est dense dans
H. Or A∗ est dissipatif donc
0 = − Reh(A∗ − λ)v, vi ≥ λkvk2
ainsi v = 0. Ceci permet de conclure que H = Im(A − λ) et comme A est fermé
(et donc également A − λ) que H = Im(A − λ). 
Lemme 3.13. L’adjoint A∗ d’un opérateur maximal dissipatif est à domaine
dense.
Démonstration. Come A est maximal dissipatif, il existe λ0 > 0 tel que R(λ0 ) ∈
L(H) existe et comme R∗ (λ0 ) = (A∗ − λ0 )−1 on a Im R∗ (λ0 ) ⊂ D(A∗ ). Or
(Im R∗ (λ0 ))⊥ = ker R(λ0 ) = {0} donc Im R∗ (λ0 ) est dense, et par conséquent
D(A∗ ) également. 
26

Rappelons que si S est un semi-groupe de contraction sur un espace de Hilbert


alors lorsque f ∈ D(A) appartient au domaine du générateur infinitésimal A de
S l’application t 7→ u(t) = S(t)f est de classe C 1 et en outre
du
= Au, u(0) = f ∈ D(A)
dt
mais qu’en est-il lorsque f ∈/ D(A) ? Dans ce cas, on peut utiliser l’adjoint pour
dire que cette équation est vérifiée en un sens faible.
Proposition 3.14. Soit S un semi-groupe fortement continu dans un espace de
Hilbert H et A son générateur infinitésimal. Pour f ∈ H, considérons u(t) =
S(t)f , alors pour tout ϕ ∈ D(A∗ ) la fonction t 7→ hu(t), ϕi est de classe C 1 et
vérifie

d
hu(t), ϕi = hu(t), A∗ ϕi, t ≥ 0
(3.2) dt .
u(0) = f

En outre, si u : [0, +∞[→ H est une fonction continue telle que pour tout ϕ ∈ V ,
avec V un sous espace de D(A∗ ) dense, la fonction t 7→ hu(t), ϕi est de classe C 1
vérifiant cette équation différentielle alors u(t) = S(t)f .
Démonstration. Lorsque f ∈ D(A) l’assertion découle du point 4 de la proposition
2.9. Lorsque f ∈ H, on l’approche par densité par une suite (fn )n∈N dans D(A)
et avec un (t) = S(t)fn on a
Z t
hun (t), ϕi = hf, ϕi + hun (τ ), A∗ ϕi dτ
0

pour tout ϕ ∈ D(A ) en intégrant l’équation différentielle. Par le théorème de
convergence dominée puisque
|hun (τ ), A∗ ϕi| ≤ kS(τ )fn kkA∗ ϕk ≤ Ceωτ kf kkA∗ ϕk ∈ L1 ([0, t])
en passant à la limite on obtient
Z t
hu(t), ϕi = hf, ϕi + hu(τ ), A∗ ϕi dτ
0
1
et donc que t 7→ hu(t), ϕi est de classe C et vérifie l’équation différentielle an-
noncée.
Soit V ⊂ D(A∗ ) dense 5 dans H. Si u est une fonction continue telle que la
fonction t 7→ hu(t), ϕi est de classe C 1 et vérifie (3.2) alors v = S(t)u(0) − u(t)
est continue et vérifie la même équation avec v(0) = 0. On considère
vn (t) = nR(n)v(t)

5. Rappelons que d’après le lemme 3.13, le domaine D(A∗ ) de l’adjoint d’un opérateur
maximal dissipatif est dense dans H.
27

qui converge vers v(t) d’après le lemme 2.17. Alors comme A commute avec sa
résolvante, A∗ commute avec R∗ (n) et on a
d d
hvn (t), ϕi = hv(t), nR(n)∗ ϕi = hv(t), nA∗ R∗ (n)ϕi = hv(t), nR∗ (n)A∗ ϕi
dt dt
= hvn (t), A∗ ϕi = hAvn (t), ϕi
pour tout ϕ ∈ V . La dernière égalité vient du fait que vn (t) ∈ D(A). Cette égalité
s’ecrit également sous la forme
Z t
hvn (t), ϕi = hAvn (τ ), ϕi dτ
0
pour tout ϕ ∈ V . Or on a
Avn (t) = −nAR(n)v(t) = −nv(t) − n2 R(n)v(t)
donc t 7→ Avn (t) est une fonction continue, et du calcul précédent, par densité
de V dans H on déduit Z t
vn (t) = Avn (τ ) dτ
0
1
ce qui implique que vn est de classe C et
d
vn (t) = Avn (t), vn (0) = 0 ∈ D(A).
dt
Comme l’unique solution est vn ≡ 0, on obtient après passage à la limite v ≡ 0
et donc u(t) = S(t)f . 
3.3. Semi-groupes unitaires et théorème de Stone.
Définition 3.15. On dit qu’un opérateur non borné A est auto-adjoint si D(A) =
D(A∗ ) et si A = A∗ . On dit qu’il est anti-adjoint si D(A) = D(A∗ ) et si A = −A∗ .
Remarque 3.16. D’après le théorème 3.12, les opérateurs fermés autoadjoints
dissipatifs à domaine dense et les opérateurs fermé antiadjoints à domaine dense 6
sont les générateurs infinitésimaux d’un semi-groupe de contraction.
Lemme 3.17. La fonction
S ∗ : [0, +∞[ → L(E)
t 7→ S ∗ (t) = S(t)∗
obtenue par adjonction d’un semi-groupe de contraction fortement continu S est
un semi groupe de contraction fortement continu dont le générateur infinitésimal
est l’adjoint A∗ du générateur infinitésimal A du semi-groupe de départ S.
6. Ils sont automatiquement dissipatifs car
RehAu, ui = Rehu, A∗ ui = − RehAu, ui
implique RehAu, ui = 0 pour tout u ∈ D(A) = D(A∗ ).
28

Démonstration. Soit S un semi-groupe de contraction fortement continu. Alors


S ∗ est un semi-groupe de contraction
S ∗ (t + t0 ) = (S(t + t0 ))∗ = (S(t)S(t0 ))∗ = S ∗ (t0 )S ∗ (t), S ∗ (0) = I,
kS ∗ (t)k = kS(t)k ≤ 1.
De plus, on a
kS ∗ (t)u − uk2 ≤ 2kuk2 − 2 RehS ∗ (t)u, ui = 2kuk2 − 2 Rehu, S(t)ui
pour tout u ∈ H. On en déduit que S ∗ est fortement continu car le terme de
droite tend vers 0 lorsque t tend vers 0. Soit B le générateur infinitésimal de S ∗ ,
soit u ∈ D(B) et soit v ∈ D(A), on a
1 1
hBu, vi = lim hS ∗ (t)u − u, vi = lim hu, S(t)v − vi = hu, Avi.
t→0 t t→0 t

On en déduit que la forme linéaire v 7→ hAv, ui est bornée par kBuk, et donc que
u ∈ D(A∗ ) ainsi que Bu = A∗ u.
Soit u ∈ D(A∗ ) et v ∈ D(A), en intégrant d(Su)/dt = Au on a
Z t
hS(t)v − v, ui = hAS(τ )v, ui dτ
0
ce qui donne par adjonction
Z t

hv, S (t)v − vi = hv, S(τ )∗ A∗ ui dτ
0
Rt
et comme D(A) est dense dans H, on en déduit S(t)∗ u − u = 0 S(τ )∗ A∗ u dτ .
Ceci permet de conclure que u ∈ D(B) et A∗ u = Bu. Ainsi a-t-on D(A∗ ) = D(B)
et A∗ = B. 
Définition 3.18. Soit S un semi-groupe fortement continu, on dit que S est
unitaire, si
S(t)∗ S(t) = S(t)S ∗ (t) = I, ∀t ≥ 0.
Théorème 3.19 (Stone). Un opérateur non borné A à domaine dense D(A)
est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe fortement continu unitaire si et
seulement A est anti-adjoint, i.e. D(A∗ ) = D(A) et A∗ = −A.
Remarque 3.20. A est un opérateur anti-adjoint si et seulement si iA est auto-
adjoint. D’après le lemme 3.4, un opérateur non borné à domaine dense qui est
auto-adjoint ou anti-adjoint est fermé.
Démonstration. Soit S un semi-groupe fortement continu unitaire : pour tout
u ∈ D(A)
S(t)∗ u − u
 
∗ u − S(t)u
lim = lim S (t) = −Au.
t→0 t t→0 t
On en déduit que D(A) ⊂ D(A∗ ) et que A∗ u = −Au pour tout u ∈ D(A). En
intervertissant les rôles de S et S ∗ on obtient que A est anti-adjoint.
29

Réciproquement, supposons que A soit un opérateur anti-adjoint. On calcule


RehAu, ui = 0
lorsque u ∈ D(A), ce qui implique que A et A∗ sont dispersifs. En outre A est
fermé (cf. remarque 3.20). Par le théorème de Lumer-Phillips, A est le générateur
infinitésimal d’un semi-groupe S de contraction. En calculant la dérivée
d
kS(t)uk2 = 2 RehhAS(t)u, S(t)ui = 0
dt
on obtient
kS(t)uk2 = kS(0)uk2 = kuk2
ce qui implique que S(t) est unitaire. 

On peut alors définir un prolongement U : R → L(E) du semi-groupe de la


manière suivante
(
S(t) si t ≥ 0
U (t) = ∗
.
S(−t) si t ≤ 0

On vérifie facilement que U (t) est inversible pour tout t ∈ R


U (t)−1 = U (−t)
ce qui implique que U est un groupe :
U (t + t0 ) = U (t)U (t0 )
pour tout t, t0 ∈ R. En outre, on a

 dU
= AU
dt
U (0) = I.

Remarque 3.21. Supposons que l’espace de Hilbert H est séparable. Comme


B = iA est un opérateur autoadjoint, par le théorème spectral, il existe un
espace mesuré (M, T , µ), avec une mesure µ σ-finie, un isomorphisme V : H →
L2 (M, dµ) et une fonction b sur M à valeurs réelles finies presque partout tels
que
V (Bf )(m) = b(m)(V f )(m), f ∈ D(A)
on peut alors définir
e−itB f = V −1 e−itb (V f )


puisque e−itb (V f ) ∈ L2 (M, dµ) et on a


U (t) = e−itB .
30

4. Exemples
4.1. Opérateurs scalaires d’ordre 1. On considère l’opérateur différentiel sui-
vant
n
X ∂
(4.1) aj +b
j=1
∂x j

où les coefficients aj sont des fonctions de classe Sobolev W 1,∞ sur Rn à valeurs
réelles et b est une fonction mesurable bornée sur Rn
aj ∈ W 1,∞ (Rn ; R), b ∈ L∞ (Rn )
et l’on suppose que
n
1 X ∂aj
Re b ≤
2 j=1 ∂xj

presque partout sur Rn .


Remarque 4.1. Rappelons qu’une fonction appartenant à l’espace de Sobolev
est une fonction L∞ dont les dérivées d’ordre 1 (au sens des distributions) est elle-
même L∞ . En fait, ces fonctions sont lipschitziennes, presque partout dérivables ;
leurs dérivées (d’ordre 1) presque partout et au sens des distributions coı̈ncident et
sont bornées. Réciproquement une fonction lipschitzienne bornée sur Rn dont la
dérivée presque partout est elle-même bornée est W 1,∞ . En particulier, l’inégalité
précédente sur les coefficients a bien un sens presque partout.
On définit l’opérateur A associé à l’opérateur différentiel (4.1) de la manière
suivante 7
n  n 
X ∂ X ∂aj
(aj u) + b − u
j=1
∂xj j=1
∂xj
où les dérivées sont à comprendre au sens des distributions et le domaine associé
de la manière suivante
D(A) = u ∈ L2 (Rn ) : Au ∈ L2 (Rn )


7. Cette définition est choisie de manière à donner un sens aux opérations : aj u est une
fonction L2 donc une distribution que l’on peut dériver. Notons que si les coefficients aj étaient
C ∞ , on pourrait définir directement
n
X ∂u
Au = aj + bu
j=1
∂xj

car la dérivée d’une fonction L2 est une distribution que l’on peut multiplier sans heurt par
une fonction C ∞ . Bien sûr, dans ce cas, les deux définitions coı̈ncident.
31

En d’autres termes, une fonction u ∈ D(A) s’il existe une fonction v ∈ L2 (Rn )
telle que pour toutes fonctions test ϕ ∈ C0∞ (Rn ) on ait
Z X n Xn   Z
∂ϕ ∂aj
− u aj + − b ϕ dx = v ϕ dx.
j=1
∂x j j=1
∂x j

Comme la fonction v est unique, on a par définition Au = v. Il est clair que le


domaine de A est dense car il contient les fonctions test : C0∞ (Rn ) ⊂ D(A).
Lemme 4.2. L’opérateur (A, D(A)) est maximal dissipatif.
Pour prouver ce résultat, nous aurons besoin du résultat suivant de régulari-
sation, connu sous le nom de lemme de Friedrichs.
Lemme 4.3 (Lemme de Friedrichs). Soit χ ∈ C0∞ (Rn ) une fonctions de moyenne
égale à 1, soit ε > 0, on note χε l’approximation de l’identité ε−n χ(·/ε). Alors
pour toute fonction u ∈ D(A), on a
lim kA(χε ∗ u) − χε ∗ (Au)kL2 (Rn ) = 0.
ε→0

Démonstration. Commençons par remarquer que dans L2 (Rn )


lim χε ∗ (bu) = bu = lim b(χε ∗ u)
ε→0 ε→0
∞ n
puisque b ∈ L (R ). Il suffit donc de supposer que b = 0 par la suite. Soit alors
u ∈ D(A), nous avons 8
n   
∂χ y − x
X Z
−n−1
A(χε ∗ u) − χε ∗ (Au) = − ε (aj (x) − aj (y)) u(y) dy
j=1
∂yj ε
Z 
∂aj
+ (y)χε (x − y)u(y) dy .
∂xj
La première intégrale de la somme peut être bornée 9 dans L2 (Rn ) par
X n Z 
∂χ
kaj kLip(Rn ) |y| (y) dy kukL2
j=1
∂y j

tandis que la seconde peut l’être par 10


X n 
∂aj

∂xj kukL2 .
j=1 L∞

8. Rappelons que pour u ∈ D(A), Au est défini comme étant l’unique fonction L2 telle que
Z Z X n X n  
∂ψ(y) ∂aj
ψ(y)Au(y) dy = − aj (y) + ψ(y) u(y) dy
j=1
∂yj j=1
∂xj

et en particulier pour ψ = χε (· − x) ∈ C0∞ (Rn ) on en déduit l’expression utilisée.


9. Ici, il faut utiliser l’inégalité de Young : kv ∗ ukL2 ≤ kvkL1 kukL2 .
10. Idem.
32

Finalement, on obtient qu’il existe une constante C > 0 telle que pour toute
fonction u ∈ L2 on ait l’inégalité
(4.2) kA(χε ∗ u) − χε ∗ (Au)kL2 (Rn ) ≤ CkukL2 (Rn ) .
Soit u ∈ D(A) ⊂ L2 (Rn ), il existe une suite (ϕm )m∈N de fonctions test à support
compact convergeant vers u dans L2 . Pour une fonction régulière, le résultat du
lemme est vrai, ainsi
(4.3) lim kA(χε ∗ ϕm ) − χε ∗ (Aϕm )kL2 (Rn ) = 0.
ε→0

Soit δ > 0, il existe m tel que ku−ϕm kL2 (Rn ) ≤ δ/2C, et donc d’après l’inégalité (4.2)
tel que
δ
kA(χε ∗ (u − ϕm )) − χε ∗ A(u − ϕm )kL2 (Rn ) ≤ Cku − ϕm kL2 (Rn ) ≤ .
2
Une fois m fixé, d’après (4.3), il existe ε0 tel que pour tout ε ≤ ε0 , on ait l’inégalité
δ
kA(χε ∗ ϕm ) − χε ∗ (Aϕm )kL2 (Rn ) ≤ .
2
Finalement pour ε ≤ ε0 , en sommant les deux inégalités obtenues, on obtient
δ δ
kA(χε ∗ u) − χε ∗ (Au)kL2 (Rn ) ≤ + = δ
2 2
ce qui démontre le lemme. 
Preuve du lemme 4.2. On commence par montrer que l’opérateur est dissipatif.
En intégrant par parties, on a
Z Xn   
∂ϕ 2
(4.4) RehAϕ, ϕi = aj Re ϕ̄ + Re b |ϕ| dx
j=1
∂xj
| {z }
= 12 ∂|ϕ|2 /∂xj
Z  n 
1 X ∂aj
= Re b − |ϕ|2 dx ≤ 0
2 j=1 ∂xj
pour toutes fonctions ϕ ∈ C0∞ (Rn ). Soit u ∈ D(A) à support compact, la suite
régularisante (ϕm )m∈N
1
ϕm = χεm ∗ u, εm =
m+1
de fonctions tests converge vers u dans L (R ) si χ ∈ D(Rn ) est une fonction de
2 n

moyenne égale à 1. Par le lemme de Friedrichs, la suite (Aϕm )m∈N converge vers
Au = limm→∞ χm ∗ (Au), par conséquent
hAu, ui = lim hAϕm , ϕm i
n→∞

et on obtient en passant à la limite dans l’inégalité (4.4)


RehAu, ui ≤ 0
33

pour toute fonction u ∈ D(A) à support compact. Il reste le cas général u ∈ D(A) ;
soit χ ∈ C0∞ (B(0, 2)) à valeurs dans l’intervalle [0, 1] qui vaut 1 sur la boule
B(0, 1), la suite (um )m∈N
 
x
um = χm u, χm (x) = χ
m+1
converge vers u dans L2 (Rn ), et de l’égalité
n
X  
1 ∂χ x
Aum − Au = (χm − 1)Au + aj u
m+1 j=1
∂xj m+1
on tire Aum ∈ L2 , soit um ∈ D(A) et
kAum − AukL2 (Rn ) ≤
Z  12 n
X 
2 1
|Au| dx + kaj kL∞ (Rn ) k∇χkL∞ (Rn ) kukL2 (Rn )
Rn \B(0,m) m+1 j=1

soit limm→∞ Aum = Au. En passant alors à la limite dans l’inégalité


RehAum , um i ≤ 0
valable pour des fonctions um ∈ D(A) à support compact, on obtient finalement
RehAu, ui ≤ 0 pour u ∈ D(A).
Il reste à montrer le caractère maximal. Pour cela, on considère, l’opérateur Jε
de convolution par χε où χ ∈ C0∞ (Rn ) est une fontion paire de moyenne égale à
1
Jε u = χε ∗ u.
Comme χ est paire cet opérateur est autoadjoint Jε∗ = Jε . L’opérateur
Tε = Id − Jε AJε : L2 (Rn ) → L2 (Rn )
est coercif
RehTε u, ui = kuk2L2 (Rn ) − RehAJε u, Jε ui ≥ kuk2L2
| {z }
≤0
11
et borné
kTε uk ≤ Cε kuk
donc bijectif, d’inverse continu de norme inférieure à 1, d’après le lemme 3.2. Soit
v ∈ L2 (Rn ), il existe une suite um = T −11 v vérifiant
m+1

v = um − J 1 AJ 1 um .
m+1 m+1

11. Pour s’en convaincre, comme Jε : L2 → L2 est continu par l’inégalité de Young, il suffit
d’écrire explicitement l’action de AJε
Z X n 
∂χε
AJε u(x) = aj (x − y) + b(y)χε (x − y) u(y) dy
j=1
∂xj

et d’utiliser une fois encore l’inégalité de Young.


34

Comme kum kL2 ≤ kvkL2 , il existe une sous-suite um0 convergeant faiblement vers
u ∈ L2 . Pour toutes fonctions test ϕ ∈ C0∞ (Rn ), on a alors
hv, ϕi = hum0 , ϕi − hum0 , J 1 A∗ J 1 ϕi
m0 +1 m0 +1

et en passant à la limite
hv, ϕi = hu, ϕi − hu, A∗ ϕi.
On en déduit u − Au = v au sens des distributions : ainsi u ∈ D(A) et (A − Id)
est surjectif. Finalement A est maximal dissipatif. 

Description du semi-groupe associé. On note a le champ de vecteurs donné par


les coefficients de l’opérateur a(x) = (a1 (x), . . . , an (x)). On considère alors les
solutions du système différentiel suivant

 dX
(t) = a(X(t))
(4.5) dt
X(0) = x

lorsque x ∈ Rn . Ce système différentiel a une solution globale grâce au théorème


de Cauchy-Lipschitz.
Théorème 4.4 (Théorème de Cauchy-Lipschitz global). Soit F : R × Rn →
Rn une fonction localement lipschitzienne par rapport à la première variable et
lipshitzienne par rapport à la seconde variable alors il existe une unique solution
de classe C 1 de l’équation

 dX
(t) = F (t, X(t)), t ∈ R
dt .
X(0) = x

Les solutions du système permettent de définir le flot du champ de vecteurs


a(x)
ϕt : Rn → Rn
x 7→ X(t) solution de (4.5) avec donnée initiale X(0) = x.
En outre, le flot ϕt est continu car les solutions d’une équation différentielle
données par le théorème de Cauchy-Lipschitz dépendent continûment de la condi-
tion initiale. On peut montrer que ce flot est en fait également lipschitzien.
Lemme 4.5. Le flot vérifie la relation de groupe
ϕt ◦ ϕs = ϕs+t .
En particulier, ϕt est un homéomorphisme d’inverse
ϕ−1
t = ϕ−t .
35

Démonstration. La fonction Y : t → ϕt+s (x) est solution de l’équation différen-


tielle

 dY
(t) = a(Y (t))
dt .
Y (0) = ϕ (x)
s

Par unicité des solutions de cette équation différentielle, et par définition de ϕt ,


on a : ϕt+s (x) = ϕt (ϕs (x)). 

On peut maintenant décrire l’action du sous-groupe St : il s’agit de résoudre


 n  n 
 ∂u = ∂ ∂aj
X X
(aj u) + b − u

(4.6) ∂t j=1
∂xj j=1
∂xj

u|t=0 = f

au sens des distributions. Commençons par supposer que la solution u est de


classe C 1 ; dans ce cas, on a l’équation
n
∂ ∂u X ∂u
u(t, ϕt (x)) = (t, ϕt (x)) + aj ◦ ϕt (x) (t, ϕt (x))
∂t ∂t j=1
∂xj
= −b ◦ ϕt (x)u(t, ϕt (x))
que l’on peut résoudre explicitement
 Z t 
u(t, ϕt (x)) = u(0, x) exp − b ◦ ϕs (x) ds .
0

En composant avec le difféomorphisme ϕ−t , on en déduit la formule suivante pour


une fonction u de classe C 1
 Z t 
u(t, x) = f ◦ ϕ−t (x) exp − b ◦ ϕs−t (x) ds .
0

Cette formule reste en fait valable dans le cas général.


Proposition 4.6. Le semi-groupe de contraction S dont le générateur infinitésimal
est A, est le suivant
 Z t 
(4.7) S(t)f (x) = f ◦ ϕ−t (x) exp − b ◦ ϕs−t (x) ds .
0

Démonstration. On considère l’opérateur donné par la formule (4.7)


 Z t 
S̃(t)f (x) = f ◦ ϕ−t (x) exp − b ◦ ϕs−t (x) ds .
0
36

Montrons que S̃t est un semigroupe. Remarquons pour commencer que 12


Z Z
|f ◦ ϕt (x)| dx = |f (y)|2 | det ϕ0−t (y)| dy ≤ k det ϕ0−t kL∞ kf k2L2
2

ce qui prouve que S̃t est une application bornée de L2 (Rn )


1
kS̃(t)f kL2 ≤ k det ϕ0−t kL2 ∞ exp(tkbkL∞ ) kf kL2 .
C’est un semigroupe
 Z t0 Z t0 
0
(S̃(t ) ◦ S̃(t))f = f ◦ ϕ−t ◦ ϕ−t0 exp − b ◦ ϕs−t−t0 ds − b ◦ ϕs−t0 ds
0 0
 Z t+t0 
= f ◦ ϕ−t+t0 exp − b ◦ ϕs−t−t0 ds
0

= S̃(t + t0 )f.
Montrons qu’il est fortement continu : si f ∈ L2 (Rn ) alors on a
 Z t 
(S̃(t)f − f )(x) = (f ◦ ϕt (x) − f (x)) exp − b ◦ ϕs−t (x) ds
0
 Z t 
+f (x) exp − b ◦ ϕs−t (x) ds + 1
0

et par conséquent
kS̃(t)f − f kL2 ≤ etkbkL∞ kf ◦ ϕt − f kL2
Z  Z t   21
+ |f (x)|2 exp − 2 b ◦ ϕs−t (x) ds + 2 dx .
0

La seconde intégrale tend vers 0 lorsque t tend vers 0 par le théorème de conver-
gence dominée puisque l’intégrande peut être majorée par
e2kbkL∞ +2 |f (x)|2 ∈ L1
lorsque t ≤ 1. Le premier terme tend vers 0 lorsque f ∈ C0∞ par convergence
dominée. Lorsque f ∈ L2 , on approche f par une suite (fk ) de fonction de C0∞ et

12. La formule de changement de variable a bien un sens dans ce cadre (i.e. lorsque ϕt est
lipschitzienne). En outre, en dérivant
Z t
ϕt (x) = x + a(ϕs (x)) ds
0

par rapport à xj et en utilisant l’inégalité de Gronwall, on peut montrer que la jacobienne ϕ0−t
est bien bornée lorsque aj ∈ W 1,∞ et b ∈ L∞ . Nous ne développerons pas ces détails un peu
techniques.
37

de
kf ◦ ϕt − f kL2 ≤ k(f − fk ) ◦ ϕt kL2 + kf ◦ ϕt − f kL2 + kf − fk kL2
≤ (1 + k det ϕ0t kL∞ )kf − fk kL2 + kfk ◦ ϕt − fk kL2
on déduit
ε
kf ◦ ϕt − f kL2 ≤ + kfk ◦ ϕt − fk kL2 < ε
2
en choisissant d’abord k assez grand puis t assez proche de 0. Ce qui prouve que
le premier terme tend vers 0 lorsque t tend vers 0.
Il reste à montrer que le générateur infinitésimal à de S̃ est A. On a C0∞ (Rn ) ⊂
D(Ã) et
S̃(t)ϕ − ϕ
lim+ = Aϕ
t→0 t
pour tout ϕ ∈ C0∞ (Rn ) par construction. Par conséquent, on en déduit
Ãϕ = Aϕ, ∀ϕ ∈ C0∞ (Rn )
et ainsi en dérivant w = S(t)ϕ − S̃(t)ϕ on obtient w(t, x) = w(0, x) = 0 soit
S(t)ϕ = S̃(t)ϕ.
Par densité de C0∞ (Rn ) dans L (Rn ), on en déduit S = S̃ (et donc également
2

à = A). 
4.2. Équations de la chaleur et de Schrödinger. On se place dans L2 (Rn )
et on considère le Laplacien ∆ de domaine
D(∆) = u ∈ L2 (Rn ) : ∆u ∈ L2 (Rn ) = H 2 (Rn ).


La deuxième égalité vient du fait que


Z
kukH 2 = (1 + |ξ|2 )|û(ξ)|2 dξ = (2π)n k(1 − ∆)uk2L2 .
2

Lemme 4.7. Le Laplacien est dissipatif et auto-adjoint. Comme il est à domaine


dense, il est maximal dissipatif.
Démonstration. Soit u ∈ H 2 (Rn ), on a
Z
Reh∆u, ui = − |ξ|2 |û(ξ)|2 dξ ≤ 0

donc le laplacien est dissipatif. Il est autoadjoint car


D(∆∗ ) = u ∈ L2 (Rn ) : |hu, ∆vi| = (2π)−n |hû, |ξ|2 v̂i| ≤ CkvkL2 ∀v ∈ H 2 (Rn )


= H 2 (Rn ) = D(∆)
et de plus
hu, ∆vi| = (2π)−n hû, |ξ|2 v̂i = h∆u, vi
38

pour tout u, v ∈ H 2 (Rn ). La dernière affirmation vient du théorème de Lumer-


Philipps (cf. remarque 3.16). 

4.2.1. Transformée de Fourier de la gaussienne.


x2
Lemme 4.8. La transformée de Fourier de la gaussienne complexe e−z 2 est
donnée par
Z +∞
x2 √ 1 arg z ξ2
g(ξ, z) = e−z 2 e−ixξ dx = 2π|z|− 2 e−i 2 e− 2z
−∞

lorsque ξ ∈ R et Re z > 0 (où arg z est l’argument de z appartenant à ] − π2 , π2 [).


Démonstration. Par une intégration par parties, la fonction g vérifie l’équation
différentielle ordinaire
∂g ξ
(ξ, z) = − g(ξ, z)
∂ξ z
par conséquent
ξ2
g(ξ, z) = e− 2z g(0, z)
et il suffit de calculer g(0, z). Or en passant en coordonnées polaires, on a
ZZ Z +∞
2
−z x +y
2 r2 2π
2
g(0, z) = e 2 dx dy = 2π e−z 2 r dr =
0 z
et on obtient le résultat désiré en passant à la racine carrée (le choix de la racine
est cohérent avec la valeur en z = 1 et la continuité de g(0, z)). 
On notera λ1 , . . . , λn les valeurs propres (réelles) de Q, et sign Q la signature
de Q :
n
X λj
sign Q = sign(λj ), où sign(λj ) = .
j=1
|λj |

Lemme 4.9. La transformée de Fourier de eihQx,xi/2 est une fonction donnée par
n 1 π −1
F eihQx,xi/2 (ξ) = (2π) 2 | det Q|− 2 ei 4 sign Q e−ihQ ξ,ξi/2 .


Démonstration. La fonction eihQx,xi/2 est bornée donc c’est une distribution tempérée ;
sa transformée de Fourier est donc bien définie comme une distribution tempérée.
2
Nous allons montrer que c’est en fait une fonction. Comme e−ε|x| /2 tend vers 1
dans la classe de Schwartz, on peut calculer la transformée de Fourier de eihQx,xi/2
par un passage à la limite
Z
2
ihQx,xi/2
= lim eihQx,xi/2 e−ε|x| /2 e−ihx,ξi dx

F e
ε→0

cette limite étant prise au sens des distributions.


39

La matrice Q est symétrique, on peut donc la diagonaliser en base orthonor-


male :
λ1
 

Q = tP  ..  P, tP = P −1 .
.
λn
et remarquons que Q + iεIn est diagonalisable dans la même base, les valeurs
propres étant λj + iε. Notons enfin que arg(−iλj + ε) = −(sign λj )π/2 + o(ε). En
faisant le changement de variable x → P x, et en notant η = P ξ on obtient
Z n
|x|2 Y
ihQx,xi/2 −ε 2 −ihx,ξi
e e e dx = g(ηj , −iλj + ε), η = P ξ
j=1
n
n
Y 1 π 2
= (2π) 2
1 ei( 4 sign Q+o(ε))−ηj /2(−iλj +iε) .
j=1 (λ2j + ε2 ) 4

Le terme de droite tend dans S 0 (Rn ) (par le théorème de convergence dominée)


vers la fonction
n 1 π Pn
ηj2 /2λj
(2π) 2 | det Q|− 2 ei 4 sign Q e−i j=1

et en utilisant η = P ξ, on trouve la formule annoncée. 

4.2.2. Équation de la chaleur. L’opérateur ∆ est maximal dissipatif donc c’est le


générateur infinitésimal d’un semigroupe de contraction que l’on notera S(t) =
et∆ . On veut dcrire cet opérateur, soit f ∈ L2 (R), on cherche à trouver u = S(t)f
solution de

 ∂u
= ∆u
∂t
u(0, x) = f

lorsque f ∈ H 2 (Rn ). En utilisant la transformée de Fourier, on obtient



 ∂ û
= −|ξ|2 û
∂t
û(0, ξ) = fˆ

qui se résout explicitement


2
û(t, ξ) = e−t|ξ| fˆ
et on obtient donc une expression du semi-groupe
Z
2
S(t)f (x) = u(t, x) = (2π)−n
e−ix·ξ e−t|ξ| fˆ(ξ) dξ
Z
|x−y|2
−n
= (4πt) 2 e− 4t f (y) dy.
40

Par l’inégalité de Cauchy-Schwarz, cette formule garde un sens lorsque f ∈


L2 (Rn ). De plus, par construction u(t, x) vérifie l’équation (3.2) pour tout ϕ ∈
H 2 (Rn ),
Z  Z 
∂ −n ∂ −t|ξ|2 ˆ
u(t, x)ϕ(x) dx = (2π) e f (ξ)ϕ̂(ξ) dξ
∂t ∂t
Z
2
= −(2π) −n
|ξ|2 e−t|ξ| fˆ(ξ)ϕ̂(ξ) dξ = hu(t, ·), Aϕi.

Grâce à la proposition 3.14, c’est donc bien la formule donnant le semi-groupe de


la chaleur.
Remarque 4.10. La solution de l’équation de la chaleur devient régulière (C ∞
et même analytique) dès que t > 0.

4.2.3. Équation de Schrödinger. L’opérateur i∆ est antiadjoint à domaine dense


donc c’est le générateur infinitésimal d’un semigroupe de contraction unitaire (cf.
Théorème de Stone) que l’on notera S(t) = eit∆ . On veut décrire cet opérateur,
soit f ∈ L2 (R), on cherche à trouver on cherche à trouver u = S(t)f solution de

 ∂u
= i∆u
∂t
u(0, x) = f

lorsque f ∈ H 2 (Rn ). En utilisant la transformée de Fourier, on obtient



 ∂ û
= −i|ξ|2 û
∂t
û(0, ξ) = fˆ

qui se résout explicitement


2
û(t, ξ) = e−it|ξ| fˆ
et on obtient donc une expression du semi-groupe
2
S(t)f (x) = u(t, x) = F −1 (e−it|ξ| fˆ)
lorsque f ∈ H 2 (Rn ). Remarquons que cette formule garde un sens lorsque f ∈
L2 (Rn ) (car e−it|ξ| fˆ ∈ L2 si f ∈ L2 ). De plus, par construction u(t, x) vérifie
2

l’équation (3.2) pour tout ϕ ∈ H 2 (Rn ), grâce à la proposition 3.14, c’est donc
bien la formule donnant le semi-groupe de Schrödinger.
On peut, comme pour la chaleur fait un calcul plus précis lorsque f ∈ S(Rn ) :
grâce au lemme 4.9 on a
Z
|x−y|2
−n −it|·|2 −n
S(t)f = (2π) F(e ) ∗ f = (4πit) 2 ei 4t f (y) dy.
41

Lorsque f ∈ L2 (Rn ), cette formule garde un sens sous la forme suivante :


|x|2
 |·|2  x 
−n
S(t)f = (4πit) 2 e 4t F ei 4t f
i
.
2t

4.3. Équation des ondes. On se place dans l’espace de Hilbert H = Ḣ 1 (Rn ) ×


L2 (Rn ) où Ḣ 1 (Rn ) désigne l’espace de Sobolev homogène, c’est à dire le complété
de C0∞ (Rn ) pour la norme
 Z  21
−n 2 2
kukḢ 1 (Rn ) = k∇ukL2 = (2π) |ξ| |û(ξ)| dξ .

On munit l’espace de Hilbert H du produit scalaire suivant


Z Z
h(u, v), (f, g)iH = ∇u · ∇f dx + vḡ dx

et on considère l’opérateur
 
0 1
A=
∆ 0
de domaine
D(A) = (u, v) ∈ H : ∆u ∈ L2 .


Notons que H̃ 1 (Rn ) est un espace de distributions et que ∆u est à interpréter au


sens des distributions.
Lemme 4.11. L’opérateur A est maximal dissipatif.
Démonstration. Soit (u, v) ∈ D(A) alors on a
Z Z 
RehA(u, v), (u, v)iH = Re ∇v · ∇u ddx + ∆uv̄ dx
 Z Z 
−n 2 2
= − Re (2π) |ξ| v̂û dξ − |ξ| ûv̂ dξ = 0
| {z }
∈iR

ce qui signifie que A est dissipatif. En outre, on a en utilisant la transformée de


Fourier
   
−1 1 −1 1 −1
A−1= = −F F
∆ −1 |ξ|2 1
et la matrice au centre étant inversible (de déterminant 1 + ξ|2 ), on obtient
 
−1 1 −1 1 1
(A − 1) = − F F
1 + |ξ|2 −|ξ|2 1
qui est un opérateur continu de H dans D(A). A est donc maximal dissipatif. 
42

Pour décrire le semi-groupe, on utilise à nouveau la transformée de Fourier, on


cherche à résoudre le système
 ! ! !
2
 ∂ û/∂t 0 −|ξ| û
 ∂v̂/∂t = 1



0 v̂
! !
 û(0, ·) f
 v̂(0, ·) = g


ce système est équivalent à


 2
∂ û

 = −|ξ|2 û
 ∂t2


∂ û
v̂ =
 ∂t
û(0, ·) = fˆ, v̂(0, ·) = ∂ û (0, ·) = ĝ



∂t
qui se résout de la manière suivante
û(t, ξ) = cos(t|ξ|)fˆ

sin t|ξ| .
v̂(t, ξ) = ĝ
|ξ|
Finalement le semi-groupe est donné par
 
sin t|D|
S(t)(f, g) = cos t|D|f, g
|D|
où
 
sin t|D| sin t|ξ|
−1
cos t|ξ|)fˆ , −1

cos t|D|f = F f =F ĝ .
|D| |ξ|
Annexe A. Quelques mots de plus sur l’adjoint
Soit H un espace de Hilbert. On munit H × H du produit scalaire
h(u, v), (x, y)iH×H = hu, xi + hv, yi.
Lemme A.1. Si A est un opérateur non borné à domaine dense alors
⊥  ⊥
Γ(A∗ ) = (−Au, u) : u ∈ D(A) = (−v, u) : (u, v) ∈ Γ(A) .


Démonstration. Commençons par l’inclusion



Γ(A∗ ) ⊂ (−Au, u) : u ∈ D(A) .


Soit (v, A∗ v) ∈ Γ(A∗ ) avec v ∈ D(A∗ ) et (−Au, u) avec u ∈ D(A) alors


h(v, A∗ v), (−Au, u)iH×H = −hv, Aui + hA∗ v, ui = 0.
Terminons par l’inclusion

(−Au, u) : u ∈ D(A) ⊂ Γ(A∗ ).

43

Soit (x, y) perpendiculaire à tous couples (−Au, u) lorsque u ∈ D(A) : on a pour


tout u ∈ D(A)
|hx, Aui| = |hy, ui| ≤ kyk kuk
ce qui implique que x ∈ D(A∗ ) et comme
hx, Aui = hA ∗ x, ui = hy, ui
pour tout u ∈ D(A) et comme D(A) est dense, on a y = A∗ x et ainsi (x, y) ∈
Γ(A∗ ). 
Remarque A.2. Il est clair que

(x, y) ∈ (−v, u) : (u, v) ∈ G ⇔ (−y, x) ∈ G⊥ .


Lemme A.3. Si A est un opérateur fermé à domaine dense alors D(A∗ ) est
dense.
Démonstration. Il s’agit de montrer que D(A∗ )⊥ = {0}. Or si u ∈ D(A∗ )⊥ on a
(u, 0) ∈ Γ(A∗ )⊥
et comme le premier lemme se traduit par

Γ(A∗ ) = (−v, u) : (u, v) ∈ Γ(A) .


on a en utilisant la remarque A.2


(0, u) ∈ (Γ(A)⊥ )⊥ = Γ(A) = Γ(A)
et donc u = A(0) = 0. 
Lemme A.4. Si A est un opérateur fermé à domaine dense alors (A∗ )∗ = A.
Démonstration. On raisonne directement sur les graphes

Γ((A∗ )∗ ) = (−v, u) : (u, v) ∈ Γ(A∗ ) = (Γ(A)⊥ )⊥ = Γ(A) = Γ(A)


et on obtient (A∗ )∗ = A. La deuxième égalité vient de



(x, y) ∈ Γ((A∗ )∗ ) ⇔ (−y, x) ⊥ Γ(A∗ ) = (−v, u) : (u, v) ∈ Γ(A)


⇔ (x, y) ∈ (Γ(A)⊥ )⊥
Ce qui termine la preuve.