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MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

DIRECTION DE LA PLANIFICATION ET DE LA REFORME DE L'EDUCATION

Programme Décennal de l'Education


et de la Formation (PDEF)

DEPENSES PUBLIQUES D'EDUCATION


ET EQUITE AU SENEGAL

Rapport final

Décembre 1999

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Cette étude a été réalisée sous la direction de MM. Gaye Daffé et Abdoulaye Diagne.
Ses auteurs sont : Gaye Daffé, Abdoulaye Diagne, Fatou Cissé et Ousmane Seck.
Les commentaires de Momar Coumba Diop ont été très utiles à l’élaboration du
document.

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REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient les membres de la Commission "Coût et Financement" du


Programme Décennal de l'Education et de la Formation. Ils remercient aussi Monsieur
Pape Momar Sow, Coordonnateur du Programme pour son soutien constant.

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RESUME ANALYTIQUE

L'objet de l’étude

1. L’éducation fait partie des secteurs qui ont le plus souffert des mesures de stabilisation
auxquelles l’économie sénégalaise a été soumise au cours des années 1980 et début 1990. Outre
les changements dans les comportements des ménages que la baisse du niveau de
l’investissement dans l’éducation a entraînés, les restrictions budgétaires subies par le secteur se
sont traduites par la dégradation de la qualité de l’enseignement et le déclin des taux de
scolarisation.
2. Cette étude analyse l’impact de ces changements sur l’accès à l’enseignement et sur la demande
d’éducation des différents groupes de ménages. A quelles catégories de la population l’allocation
des ressources publiques profite-t-elle ? Dans quelle mesure l’accès à l’éducation relève-t-il de
décisions propres aux ménages et quels sont les facteurs qui influencent ces décisions ? C’est à
ces questions que cette analyse s’efforce de répondre afin d'identifier les mesures permettant
d'agir favorablement sur les facteurs clefs qui déterminent l'accès à l'éducation des couches de
population les plus démunies.

Tendances récentes des dépenses publiques d’éducation

1. Malgré une présence de plus en plus forte du secteur privé, dans les zones urbaines surtout,
l’Etat reste le principal pourvoyeur de services d’éducation. En 1998/1999, l’enseignement
public compte 85 % du nombre total d’élèves inscrits dans l’élémentaire, le moyen et le
secondaire.
2. En dépit de cet effort, l’offre d’éducation publique est encore insuffisante, la qualité de
l’enseignement s'est dégradée, ce qui conduit à une désaffection des ménages les plus riches
pour l’enseignement public, au moment où la cherté des frais de scolarité pousse de plus en plus
de ménages ruraux à se tourner vers des formes d’éducation non formelle moins coûteuses.
3. Les disparités régionales et entre zones urbaines et rurales en matière d’éducation ne
s’expliquent donc pas seulement par une demande d’éducation plus faible en milieu rural, mais
aussi par une répartition des dépenses publiques d’éducation traditionnellement plus favorable
aux villes. Moins pourvues en infrastructures scolaires et en personnel enseignant, les zones

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rurales affichent des taux de scolarisation de deux à trois fois inférieurs à ceux des zones
urbaines.
4. Mais les progrès fulgurants accomplis par certaines régions où les taux bruts de scolarisation
étaient particulièrement faibles montrent qu’il est possible d'accélérer le recrutement d’élèves
lorsque les mesures sont bien définies et ciblées vers les zones où il existe un déficit de
scolarisation profond.
5. Malgré les efforts importants qui ont été déployés depuis le milieu des années 1990 pour réduire
les différences de fréquentation scolaire entre garçons et filles, celles-ci continuent d’être sous-
représentées dans le système éducatif. En effet, si en 1998/99 les filles constituent 45% des
effectifs de l’élémentaire, elles ne représentent encore que 40% et 37% des élèves inscrits
respectivement dans les collèges et les lycées.
6. Trois faits majeurs caractérisent l’évolution récente des dépenses publiques de fonctionnement,
celles financées par le budget de l’éducation nationale notamment : l’extraordinaire gonflement de
la part de l’administration centrale dans le budget de l’éducation, la forte baisse de la part de
l’élémentaire et le maintien du niveau élevé de la part de l’enseignement supérieur alors que tous
les autres niveaux d’enseignement subissent une diminution de leur part.
7. Cette évolution explique les déséquilibres persistants dans l’allocation intrasectorielle des
dépenses d’éducation. Concernant les dépenses publiques de fonctionnement en particulier, elles
se répartissent entre les différents sous-secteurs à raison d'un peu plus du tiers pour
l’élémentaire (35%), un quart pour le supérieur (23%), et le reste pour les niveaux moyen et
secondaire (28%). Quant à l’administration centrale, elle en absorbe jusqu’à 14%, soit presque
le double de la part de l’enseignement moyen.
8. A cette répartition déséquilibrée des dépenses publiques de fonctionnement entre niveaux
d’enseignement s’ajoute une composition économique plus que favorable aux dépenses de
personnel dont la part s’élève à 80% en moyenne si l’on compte le supérieur, et à plus de 90%
dans l’enseignement élémentaire, moyen et secondaire. Mais cette répartition du financement
public de l'éducation au détriment des coûts non salariaux tend à être corrigée en partie par la
contribution des ménages et de l'extérieur au financement des autres catégories de dépenses tels
que l'achat de manuels et l'entretien.
9. Dans le schéma actuel de financement de l’éducation, tout se passe en définitive comme si, face
aux contraintes budgétaires et à la forte demande d’éducation, les autorités gouvernementales

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ont choisi d’accorder la priorité au recrutement d’enseignants et au paiement des salaires, tout en
pariant sur la capacité des parents d’élèves à prendre en charge les fournitures et les autres
intrants scolaires. Un tel choix introduit un facteur supplémentaire de discrimination à l’égard des
élèves dont les parents ne peuvent supporter ces dépenses faute de revenus suffisants.
10. Dans ces conditions, l’évolution de la dépense par élève ne peut que pénaliser l’élémentaire
dont les coûts unitaires ont diminué de 13% entre 1992 et 1996, pendant que ceux de
l’enseignement supérieur ont augmenté de 15%.

L’équité dans l’accès à l’éducation

1. Les tendances décrites ci-dessus donnent une indication sur la façon dont l’allocation des
dépenses publiques d’éducation a joué en faveur de l’accès aux différents niveaux
d'enseignement des catégories sociales favorisées du point de vue du niveau de vie et de la zone
de résidence.
2. Les résultats des calculs effectués à partir des données de l’ESP (1991/92) montrent que les
taux de scolarisation sont d’autant plus faibles que les ménages sont pauvres. C’est ainsi qu’on
passe d’un taux brut de scolarisation primaire de 26% pour les ménages les plus défavorisés à
101% pour les plus riches. Les mêmes calculs effectués sur les données de l'ESAM (1994/95)
font apparaître une nette amélioration : le taux brut de scolarisation du quintile le plus pauvre
passe à 40% et celui du quintile le plus riche à 99%.
3. Les résultats montrent aussi que l’écart entre les ménages riches et les ménages défavorisés se
creuse au fur et à mesure que le niveau d’enseignement s’élève. En effet, si dans l’élémentaire le
taux de scolarisation du quintile le plus riche est 4 fois supérieur à celui du quintile le plus pauvre,
il lui est 80 fois supérieur dans l’enseignement supérieur.
4. Par ailleurs, à l’exception des 20% de ménages les plus riches, pour tous les quintiles, le taux de
scolarisation des filles est inférieur à celui des garçons. Mais l’écart est d’autant plus marqué que
l’origine sociale des enfants est modeste. En effet, tandis que le taux de scolarisation des filles
n’est inférieur que de 3% à celui des garçons lorsqu’il s’agit du quintile le plus riche, il l’est de
moitié quand c’est le cas du quintile le plus pauvre. On en conclut que si la discrimination à
l’égard des filles en matière de fréquentation scolaire a pratiquement disparu dans les ménages
favorisés, elle reste encore vivace dans les ménages économiquement faibles.

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5. Le bas niveau de fréquentation de l’enseignement élémentaire par les enfants de conditions
modestes a naturellement des répercussions sur leur représentation dans le reste du système
éducatif. Le faible taux de scolarisation primaire des enfants issus de milieux défavorisés
s’accentue au fur et à mesure que l’on passe à des niveaux supérieurs.
6. Joint aux inégalités de départ dans l’accès à l’éducation primaire, le faible niveau de recrutement
dans les collèges et les lycées pénalise davantage les enfants d’origine modeste. La sous-
représentation de ces derniers se reflète dans le fait que le taux de scolarisation des enfants du
quintile le plus riche est quatorze fois plus élevé que celui des enfants du quintile le plus pauvre.
Une autre lecture de ces résultats laisse apparaître que sur 100 enfants âgés de 13 à 16 ans issus
des ménages les plus pauvres, seuls 5 entrent au collège. Sur le même nombre d’enfants, mais
issus des ménages les plus riches, ils sont 72 à le fréquenter.
7. L’enseignement moyen et secondaire offre encore moins de chances aux filles d’être scolarisées.
Mais ce sont surtout celles appartenant aux ménages pauvres qui sont victimes de cette
scolarisation à deux vitesses. Ainsi, dans le quintile 1 qui représente les ménages les plus
pauvres, le taux de fréquentation de l’enseignement moyen par les filles est le tiers de celui des
garçons. Dans l’enseignement secondaire, pour sept garçons inscrits, on ne trouve qu’une fille.
Dans le groupe des ménages les plus riches, les proportions de filles scolarisées dans les deux
niveaux sont nettement plus élevées : trois filles contre quatre garçons dans l’enseignement
moyen ; quatre filles contre cinq garçons dans le secondaire.
8. Quant à l'inéquité de l’accès à l’enseignement supérieur, on la mesure au fait que sur 1000
individus vivant dans des milieux défavorisés, 1 seul a l’avantage de fréquenter l’université. En
comparaison, le nombre d’étudiants sur 1000 individus de milieux favorisés est de 83.
9. Le système éducatif est encore loin d’assurer à tous une égale chance d’accès à l’éducation. Si
entre les deux périodes des enquêtes considérées dans cette étude des efforts ont été consentis
pour réduire les inégalités dans l’accès à l’enseignement élémentaire, beaucoup reste à faire dans
les autres niveaux à la fois pour permettre aux enfants des ménages défavorisés une scolarisation
plus importante, et assurer aux filles des possibilités de rattraper leur retard sur les garçons.

Qui bénéficie des dépenses publiques d'éducation ?

1. Les dépenses publiques allant à un niveau d'enseignement sont équitablement réparties lorsque la
part revenant à un ensemble de ménages donné est exactement égale au poids relatif de leurs

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enfants dans le groupe d'âge considéré. On mesure donc le niveau d’équité ou l’effet redistributif
du financement public de l’éducation sur les différents quintiles de ménages en comparant leur
part dans les dépenses publiques allouées à un niveau d’enseignement au poids relatif de leurs
enfants dans la population scolarisable correspondante.
2. Appliquée à l’enseignement élémentaire, la méthode révèle que les ménages les plus pauvres ne
bénéficient que de 12% des ressources destinées à ce niveau, alors qu’ils comptent le quart des
enfants âgés de 7 à 12 ans. A l’inverse, pour les ménages les plus riches qui comptent 11% des
enfants du même groupe d’âge, la part des dépenses s’élève à 17%.
3. Les niveaux moyen et secondaire constituent des cas encore plus flagrants de l’inéquité de la
répartition des dépenses publiques d’éducation entre les groupes de ménages. Alors que le
premier quintile compte le cinquième environ des enfants âgés de 13 à 19 ans, il ne reçoit que
5% et 2% des dépenses publiques allouées respectivement aux niveaux moyen et secondaire.
Les ménages les plus riches, qui comptent en revanche 13% et 16% des enfants respectivement
âgés de 13 à 16 ans et de 17 à 19 ans, bénéficient du tiers des dépenses publiques dans
l’enseignement moyen et des deux cinquièmes de celles du niveau secondaire.
4. Ainsi, tandis que les enfants âgés de 13 -16 ans du groupe des ménages les plus riches ont un
poids démographique près de deux fois inférieur à celui des enfants du quintile le plus pauvre, il
leur revient sept fois plus de ressources destinées aux collèges. Le même constat peut être fait
pour l’enseignement secondaire où le dernier quintile reçoit vingt fois plus que le premier quintile,
alors qu’il compte un nombre plus élevé d’enfants âgés de 13-16 ans.
5. La part plus importante des ménages les plus riches dans les dépenses publiques d’éducation
s’explique par un double effet : d'une part, le cumul des avantages dont ces ménages bénéficient
à chaque niveau d’enseignement, d’autre part, la forte progressivité qui caractérise les coûts par
élève au passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur. Mais cette situation est également le
résultat de l’extrême polarisation des infrastructures scolaires et universitaires autour des
agglomérations urbaines où résident l’immense majorité des ménages riches.

La demande d’éducation des ménages

1. La part d'un quintile dans les dépenses publiques d'éducation dépend de deux facteurs : la
dépense par élève consentie en moyenne dans chaque niveau d'enseignement et le nombre
d’enfants scolarisés dans les ménages composant le quintile. La première variable reflète

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l'allocation intra-sectorielle des dépenses publiques d'éducation, elle relève du comportement de
l'Etat en matière d’offre d'éducation. La seconde variable traduit le comportement des familles en
matière de demande d'éducation. Même si l'Etat parvenait à lever les contraintes qui s’opposent
à la relance de l'offre d'enseignement, on n’aurait aucune assurance que la demande suivrait
spontanément. C’est pourquoi, il est essentiel de connaître les facteurs principaux qui influent sur
la décision des ménages en matière de scolarisation si l’on veut lever les obstacles qui empêchent
les familles d’envoyer à l’école la totalité de leurs enfants en âge de la fréquenter.
2. Les ménages font face à une double décision en matière de scolarisation. En premier lieu, ils
doivent décider s’ils acceptent ou non de scolariser leurs enfants. En deuxième lieu, ils doivent
déterminer ceux ou celles parmi ces derniers qui fréquenteront l’école. Il convient donc
d’identifier et d’évaluer l’importance relative des principaux facteurs qui agissent sur chacun de
ces deux niveaux de décision des familles, afin de montrer comment la politique éducative
pourrait agir sur eux afin d'intensifier le rythme de scolarisation.
3. L'observation des résultats de l’ESP a permis d’identifier trois variables principales : la zone de
résidence, le revenu par tête (ou la dépense par tête) et la proportion de filles parmi les enfants
âgés de 7 à 12 ans. A ces facteurs, nous avons, dans les estimations, ajouté ceux relatifs au
niveau d'éducation et à la religion du chef de ménage. Mais pour avoir une plus grande
homogénéité des comportements relatifs à la décision de scolariser tout ou partie des enfants, les
ménages ont été ensuite regroupés en fonction du nombre d’enfants scolarisables qu’ils ont.
Différents cas ont été retenus : les ménages avec un, deux, trois, quatre et enfin cinq enfants et
plus. Le choix des variables est, par conséquent, fondé à la fois sur des bases théoriques et sur
l’observation statistique.
4. L’analyse descriptive montre que les ménages dont aucun des enfants n’est scolarisé
représentent 45% de l’échantillon de l’ESP. Ces ménages comptent 40% de l’effectif des
enfants âgés de 7 à 12 ans. Près de trois quarts d’entre eux résident en zones rurales, contre un
quart en zones urbaines. La carte scolaire du Sénégal offre ainsi l’image d’une dissymétrie
parfaite entre les parts respectives des zones urbaines et rurales dans les effectifs scolarisés d’un
côté et les effectifs non scolarisés de l’autre.
5. Le revenu moyen par tête des ménages qui envoient au moins un enfant à l’école est deux fois et
demie supérieur à celui des ménages dont aucun des enfants ne va à l’école. Les premiers ont
aussi un niveau de dépenses par tête trois fois supérieur à celui des seconds. Aux difficultés

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d’accès à l’école que rencontrent les ménages ruraux, vient donc s’ajouter l’étendue de la
pauvreté en zones rurales pour expliquer le bas niveau de scolarisation des enfants qui y résident.
6. Ces observations sont confirmées par l’analyse des comportements en matière de scolarisation
des ménages classés en fonction du nombre d’enfants. Plus le revenu moyen (ou les dépenses)
par tête du groupe de ménages considéré s'accroît, plus le nombre d'enfants scolarisés est. Pour
les ménages avec deux enfants en âge de scolarisation primaire par exemple, le revenu par tête
passe de 52.000 francs pour ceux qui n’envoient aucun des deux enfants à l’école, à 119.000
francs pour les ménages qui scolarisent un enfant sur les deux et à 184.000 francs pour ceux qui
inscrivent tous les deux enfants.
7. Les simulations qui ont été faites montrent cependant que le niveau de vie n'exerce un effet
significatif que chez les ménages appartenant aux deux premiers quintiles (les 40%) de ménages
les plus pauvres.
8. Cette différenciation des comportements par le niveau de vie est valable aussi bien dans les
centres urbains que dans les zones rurales ; elle paraît cependant plus accentuée dans les
premiers que dans les secondes, étant donné la forte intensité de la demande d’éducation
(mesurée par le rapport du nombre d’élèves au nombre d’enfants) des ménages urbains
comparée à celle des ménages ruraux.
9. L’analyse descriptive et les tests économétriques indiquent en outre que la propension des
ménages à scolariser leurs enfants est d’autant plus faible que ceux-ci sont composés de filles.
On note, en effet, que plus la proportion des filles âgée de 7 à 12 ans dans un ménage donné est
élevée, plus le nombre d'enfants scolarisés est faible. C’est ainsi que dans les ménages avec un
seul enfant et où la demande d’éducation est nulle, les filles représentent près de 57% des 7-12
ans, alors que dans les ménages où l’enfant va à l’école, les filles représentent 51% seulement
des effectifs du groupe d’âge. Dans les ménages avec plusieurs enfants, on constate la même
relation négative entre la demande d’éducation et la proportion des filles.
10. Les tests économétriques révèlent une influence positive de l’éducation sur la demande
d’éducation des ménages. Les simulations qui ont été faites montrent que la propension des
ménages à scolariser leurs enfants augmente avec le niveau d’éducation du chef de ménage.
1. Le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’équité dans l’accès à l’éducation au Sénégal est
encore long. Ce résultat peut être étayé à l’aide d’un certain nombre d’observations

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2. Face à une demande d’éducation fortement croissante, l’offre d’éducation publique n'a pas suivi
dans les zones rurales en dépit des efforts réalisés dans la deuxième moitié des années 1990.
3. Le bas niveau de scolarisation qui en a résulté n’est pas également ressenti par tous les ménages,
ceux de conditions modestes étant les principales victimes des inégalités dans l’accès à
l’éducation.
4. Si la discrimination à l’égard des filles en matière de scolarisation a pratiquement disparu dans les
milieux favorisés, elle demeure encore réelle dans les ménages économiquement faibles.
5. L’écart entre les taux de scolarisation des différents groupes de ménages est d’autant plus
important que le niveau d’enseignement est élevé. Cette situation résulte du fait que les ménages
pauvres sont doublement pénalisés par le bas niveau de scolarisation de leurs enfants au niveau
primaire, et par les difficultés créées par l’extrême polarisation des collèges et des lycées autour
des centres urbains.
6. Les parts des dépenses publiques d’éducation dont bénéficient les ménages sont inversement
proportionnelles à celles que représente le nombre de leurs enfants dans les différents groupes en
âge de scolarisation.

Recommandations

1. Les efforts déployés par l’Etat, depuis le milieu des années 90, en faveur de l’allocation de
ressources plus importantes à l’enseignement élémentaire, visent à s’attaquer à l'inégal accès des
enfants à l'éducation. Il faut poursuivre dans cette voie, mais en veillant à cibler davantage les
couches de population et les zones les plus défavorisées. Pour atteindre un tel objectif, des
mesures immédiates s’imposent
2. Compte tenu de l’extrême vulnérabilité de larges couches de la population, il importe que l’Etat
continue à assurer l’accès à l’éducation pour un nombre croissant d’enfants.
3. La forte concentration des ménages pauvres en milieu rural et la sensibilité de leurs choix
d’éducation à la proximité de l’école font naturellement des zones rurales la cible privilégiée des
programmes d’investissement en infrastructures et équipements scolaires.
4. L’enseignement élémentaire étant l’unique voie d’accès au système éducatif, son ouverture à tous
les enfants et l’amélioration de sa qualité sont indispensables à la réalisation de l’équité dans
l’éducation. Cela nécessite une augmentation substantielle des ressources en faveur de ce niveau.

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5. Les ménages pauvres étant gravement pénalisés aussi pour l’accès à l’enseignement moyen et
secondaire, il est nécessaire de rapprocher davantage les collèges et les lycées de ces
populations par leur implantation dans les régions et zones insuffisamment dotées.
6. L’instauration d’un système plus efficace de recouvrement des coûts dans les niveaux secondaire
et supérieur est l'un des moyens permettant de satisfaire les deux dernières exigences.
7. L'état de bien-être fait partie des facteurs les plus importants qui influent sur la décision des
ménages en matière de scolarisation. Face au faible niveau de revenu des ménages pauvres, la
politique éducative devrait s'attacher à réduire le coût de la scolarisation à leur charge. Une
distribution gratuite de manuels et la suppression des frais d'inscription sont des mesures
susceptibles de baisser les dépenses d'éducation supportées par les parents.
8. Vu le grand nombre de filles qui restent en dehors du système éducatif, la scolarisation féminine
doit être mieux ciblée en direction notamment de franges de plus en plus importantes de jeunes
filles d’origine rurale travaillant dans les centres urbains.
9. Pour sensibiliser davantage les familles sur les avantages de la scolarisation des filles au niveau à
la fois primaire et post-élémentaire, le volet communication de la politique éducative doit être
renforcé. Pour être efficace, cette campagne doit être menée de façon systématique et sur une
longue durée.

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I. INTRODUCTION
L’ajustement structurel auquel l’économie sénégalaise est soumise depuis vingt ans a entraîné
de profonds changements dans la gestion des ressources publiques et dans les comportements de
demande des ménages. La santé et l’éducation sont parmi les secteurs qui ont le plus souffert des
mesures de stabilisation et d’ajustement mises en uvre jusqu’au milieu des années 1990. Les
restrictions budgétaires et la baisse du niveau de l’investissement dans l’éducation se sont traduites
par la dégradation de la qualité de l’enseignement et le déclin des taux de scolarisation.
Cette étude analyse l’impact de ces changements sur l’accès à l’enseignement et sur les
comportements de demande d’éducation des différents groupes de ménages.
A quelles catégories de la population l’allocation des ressources publiques d'éducation
profite-t-elle ? Dans quelle mesure l’accès à l’éducation relève-t-il de décisions propres aux
ménages et quels sont les facteurs qui influencent ces décisions? L’analyse qui suit est destinée à
répondre à ces questions. Pour ce faire, la démarche adoptée est la suivante :
1. classer les ménages, selon leur niveau de dépenses, des groupes les plus pauvres aux plus riches
à partir de données d’enquêtes (celles de l’Enquête sur les priorités de 1991/92 et de l’Enquête
Sénégalaise Auprès des Ménages de 1994/95) ;
2. déterminer, pour chaque groupe de ménages, les effectifs en âge de scolarisation et les taux de
scolarisation dans les différents niveaux d’enseignement ;
3. analyser la répartition des dépenses publiques d’éducation entre les groupes de ménages et
comparer les résultats obtenus à partir des deux enquêtes ;
4. mettre en évidence les déterminants de la demande d’éducation des ménages en fonction d’un
certain nombre de caractéristiques tirées de données d’enquête.
Pour résoudre ces différentes questions, nous avons eu recours à deux types d’approche. La
première est celle de l’analyse d’impact des dépenses publiques ou “benefit incidence analysis”
(Castro-Leal, Dayton, Demery and Mehra, 1997; Demery, Dayton, and Mehra, 1996; van de
Walle, 1997). Cette méthode, dont on trouvera une présentation détaillée en annexe, combine le
calcul des coûts de production des services publics d’éducation avec les données d’enquête relatives
à la scolarisation des enfants appartenant aux différents groupes de ménages, de façon à déduire la
part de chacun de ces groupes dans les dépenses publiques allouées à un niveau d'enseignement
donné.

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Le second type d’approche cherche à identifier les caractéristiques des ménages qui
influencent le plus leurs décisions de scolariser leurs enfants. C’est par l’envoi de ces derniers dans
les salles de classes mises à leur disposition que les populations peuvent réellement bénéficier de
transferts dont l’effet redistributif n’est, en effet, que potentiel jusqu’à cette décision (Demery,
Dayton and Mehra, 1996). Il faut donc mettre en évidence les facteurs qui freinent ou favorisent la
fréquentation de l'école par les enfants.
Le reste du document est organisé comme suit. La section II présente les caractéristiques du
système éducatif au Sénégal en insistant sur les performances enregistrées en termes de scolarisation.
La section III analyse la manière dont les dépenses d’éducation sont financées et réparties entre les
principaux niveaux d’enseignement et entre les différents intrants scolaires. La section IV examine la
répartition des dépenses publiques entre les différents groupes de ménages et compare la part de
chaque groupe dans les ressources allouées à l’enseignement à la proportion des enfants en âge de
scolarisation de ce groupe. La section V propose une analyse empirique des comportements de
demande d’éducation des ménages à partir des données tirées de l’Enquête Sur les Priorités (ESP)
de 1991/92. La section VI tire les principales conclusions de l’étude et formule les recommandations
de politique qui en découlent.

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II. LES CARACTERISTIQUES DU SYSTEME EDUCATIF
Les contre-performances enregistrées par le système éducatif au cours des années 1980-
1994 montrent que le Sénégal n’a pas mis à profit l’avance historique dont il a bénéficié dans ce
domaine dès l’époque coloniale. Ces contre-performances, qui reflètent la baisse de l’effort intérieur
en faveur de l’éducation, n’ont pas seulement un effet négatif sur le taux de scolarisation et la qualité
de l'enseignement ; elles affecteront durablement aussi la productivité globale de l’économie, la santé
des populations et la croissance démographique. Cette section décrit le fonctionnement du système
éducatif et évalue les tendances récentes qui caractérisent son évolution.

2.1Organisation et fonctionnement du système éducatif

L’enseignement au Sénégal est structuré en quatre paliers successifs : l’élémentaire, le


moyen, le secondaire et le supérieur. A ces niveaux s’ajoute l’enseignement préscolaire qui est
essentiellement privé et destiné aux enfants de 3 à 6 ans[1]. Le niveau élémentaire, qui accueille les 7-
12 ans, se compose de six cours allant du cours d’initiation (CI) au cours moyen 2e année (CM2).
La finalité de l’enseignement dispensé aux élèves de ce niveau est l’acquisition des bases de la
lecture, de l’écriture et du calcul. En 1997/98, l’enseignement élémentaire compte 3 884
établissements disposant de 17 550 classes. Sur ce nombre, seules 379 écoles, soit moins de 10%,
appartiennent au privé. La fin du cycle élémentaire est sanctionnée par le Certificat de Fin d’Etudes
Elémentaires qui est jumelé à un concours (d’entrée en 6e) ouvrant l’accès au niveau moyen de
l’enseignement public.
D’une durée de quatre ans, l’enseignement moyen est normalement prévu pour accueillir les
enfants de 13 à 16 ans. En 1997/98, on compte 379 établissements d’enseignement moyen dont
212 collèges privés (près de 56 % du total). Le nombre de classes correspondant s’élève à 3 359.
L’enseignement moyen est sanctionné par le Brevet de Fin d’Etudes Moyennes (BFEM). Les élèves
sortant du cycle moyen peuvent s’orienter soit vers l’enseignement secondaire général, soit vers
l’enseignement technique et/ou professionnel.
L’enseignement secondaire dure normalement trois ans. En 1997/98, on compte 88
établissements d’enseignement secondaire général (dont 53 appartenant au privé) et 10
établissements d’enseignement technique et professionnel (dont 4 du privé). L’enseignement

1
En 1997/98, le préscolaire compte 270 établissements dont 193 appartiennent au privé. Ces établissements sont
presque entièrement implantés dans quelques centres urbains, à Dakar en particulier dans la zone urbaine.

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secondaire est sanctionné par le baccalauréat qui ouvre la voie à l’enseignement supérieur ou à
l’entrée sur concours à des écoles ou instituts de formation supérieure.
L’enseignement supérieur compte deux universités publiques, celle de Dakar (Université
Cheikh Anta Diop [UCAD]) et celle de Saint Louis (Université Gaston Berger, [UGB]) et un certain
nombre d’écoles et d’instituts supérieurs autonomes ou rattachés à l’UCAD. Depuis quelques
années, on assiste également à la création d’écoles de formation supérieure privées.

2.2 Evolution des taux de scolarisation

De 1990/91 à 1998/99, les effectifs inscrits dans les trois niveaux d'enseignement pré-
universitaire (élémentaire, moyen et secondaire) sont passés de 888.000 environ à 1.272.000 élèves,
soit une croissance moyenne de 5,4% par an (voir tableau A1 en annexe 2). Ce taux est supérieur
de 1,2 point seulement au rythme de croissance des populations en âge de scolarisation
correspondantes.
Malgré une présence de plus en plus forte du secteur privé dans les zones urbaines surtout,
l’Etat reste le principal pourvoyeur des services d’éducation. En 1998/99, l’enseignement public
compte 85% du nombre total d’élèves inscrits dans l’élémentaire, le moyen et le secondaire. Les
contributions relatives du public et du privé varient cependant très sensiblement d’un niveau
d’enseignement à un autre. Alors que la proportion des effectifs qui fréquentent les établissements
privés n’est que de 12% dans l’enseignement élémentaire, elle s’élève à 19% dans l’enseignement
secondaire et à 31% dans l’enseignement moyen. Mais on assiste depuis quelques années à une
multiplication d’établissements privés même dans les niveaux où ils étaient auparavant faiblement
représentés (dans l’élémentaire, mais aussi dans le supérieur[ 2]. Cette évolution s’explique à la fois
par l’insuffisance de l’offre et par la détérioration de la qualité de l'éducation publique conduisant à
une désaffection des ménages pour les écoles publiques.
Un regard sur l’évolution des effectifs scolaires - ceux de l’élémentaire et du moyen en
particulier - montre à quel point l’offre d’éducation a décliné de la deuxième moitié des années 1980
au milieu des années 1990. Le coup d’accélérateur dans le recrutement d’élèves qu’on observe
depuis cette période est dû aux importants efforts de construction de classes et de recrutement
d’enseignants consentis dans le cadre de la phase 2 du Programme de Développement des
Ressources Humaines (PDRH2), ainsi qu’à l’extension des classes à double flux.

16
Nonobstant les efforts importants déployés pour réduire les différences de fréquentation
scolaire entre garçons et filles, celles-ci continuent d’être sous-représentées dans le système éducatif.
Si elles constituent désormais 45% des effectifs de l’élémentaire, elles ne représentent que 40% et
37% des élèves inscrits respectivement dans les collèges et les lycées (tableau A1).
Autre caractéristique majeure du système éducatif, les fortes disparités géographiques (entre
régions et entre zones rurales et urbaines) en matière de scolarisation. Ainsi, alors que les régions de
Dakar et de Ziguinchor affichent des taux bruts de scolarisation primaire de 90%, celle de Diourbel
dépasse à peine 28%, soit moins que le tiers du taux des régions précitées (tableau A4). Mais les
progrès fulgurants accomplis par les régions de Kolda et de Tambacounda où les taux bruts de
scolarisation ont augmenté respectivement de 21 et 27 points en cinq ans, montrent qu’il est possible
de faire faire un bond en avant à la scolarisation lorsque les mesures sont bien définies et ciblées vers
les zones où la fréquentation scolaire est encore faible.
La faible scolarisation relative des régions comme Kolda et Tambacounda est aussi liée à
leur structure plus rurale que les autres régions. Répondant à la forte pression de la demande
d’éducation en provenance des centres urbains, l’Etat y a plus investi que dans les zones rurales.
Moins pourvues en infrastructures scolaires, ces dernières affichent des taux de scolarisation
inférieurs de moitié à ceux que connaissent les zones urbaines.
Les tendances qu’a connues le système éducatif ont eu des effets négatifs non seulement sur
la scolarisation, mais ont aussi affecté la qualité de l’enseignement, celle de l’enseignement public en
particulier. L’augmentation des effectifs, sans un accroissement correspondant du nombre de salles
de classe, de livres et des autres intrants, a en effet contribué à détériorer davantage l’efficacité
interne du système, comme on peut en juger par le niveau particulièrement élevé des déperditions.
Dans l’élémentaire, par exemple, tandis que le taux de redoublement varie de 11% au CI à 30% au
CM2, le taux d’abandon s’élève à 20% en moyenne.

III. TENDANCES RECENTES DES DEPENSES PUBLIQUES


D'EDUCATION
Au Sénégal, comme dans la plupart des pays africains, le financement de l’éducation repose
essentiellement sur l’Etat, même si on a de plus en plus recours aux autres sources pour le

2
Dans l'enseignement supérieur, on compte en 1998, 28 écoles et instituts privés agréés par le Ministère de
l'Education Nationale.

17
financement des dépenses non salariales. La structure des dépenses d’éducation se caractérise, en
outre, par des déséquilibres persistants tant dans leur répartition intrasectorielle que dans leur
composition économique. Ces déséquilibres soulèvent des problèmes dont la solution impose des
ruptures, parfois difficiles mais indispensables, si l’on veut assurer, dans les délais relativement
courts, l’accès d’une éducation de base au plus grand nombre.

3.1 Le financement des dépenses d’éducation

En 1996, le volume total des ressources consacrées à l’enseignement public et privé s’élève
à 124 milliards de francs (tableau 1). Par rapport à 1992, la hausse est de 25% en valeur courante.
Sur ce montant, la contribution de l’Etat est de 70%, les ménages 20%, l’aide publique au
développement 9%, et les collectivités locales 1%. Quant à la répartition de ces ressources, 87%
vont à l’enseignement public et 13% à l’enseignement privé.
En termes réels, l’évolution des dépenses d’éducation a été affectée par la relative rigidité à
la baisse des salaires et la hausse des prix des intrants scolaires consécutive à la dévaluation du franc
CFA de 1994. En 1996, les ressources allouées à l’éducation s’élèvent ainsi à 3,3% du PIB contre
5,8% en 1993. La chute est encore plus spectaculaire quand on exprime les dépenses par tête
d’habitant et en francs constants : elles ont été divisées par 2,5 entre 1992 et 1996.
Cette forte baisse de l’effort en faveur de l’éducation s’explique par les contraintes
financières qui obligent l’Etat à réduire au minimum les ressources consacrées aux dépenses autres
que salariales et à l’investissement, le financement de ces dépenses reposant de plus en plus sur les
ménages et l’aide publique au développement.
Près de 99% des ressources consacrées au système éducatif servent à financer les dépenses
de fonctionnement. Malgré un ralentissement de leur progression, ces dépenses n’ont jamais cessé
de croître. Cette augmentation a plus profité aux dépenses de personnel qu'elle ne s’est traduite par
une dotation plus abondante des écoles en intrants scolaires. Bien qu’elles aient récemment connu
des progrès sensibles, les infrastructures scolaires sont encore nettement en deçà des besoins.
Tableau 1 : Sources de financement et répartition des dépenses d’éducation (en millions de francs), en 1996
SO US SECTEURS ETAT CO LLEC- MENAGES APD TO TAL % TO TAL
TIVITES GENERAL
LO CALES
ADMINIST RAT ION 13.843 - - - 13.843 11,1%
CENT RALE
PRE-SCOLAIRE (Public) 12 - - - 12 0,0%
ELEMENT AIRE 31.207 767 16.121 3.037 51.132 41,2%
Public 30.407 767 6.925 3.037 41.136
Privé 800 - 9.196 - 9.996

18
MOYEN 8.177 159 6.427 - 14.764 11,.9%
Public 8.177 159 1.096 - 9.432
Privé - - 5.331 - 5.331
SECONDAIRE GENERAL 9.239 192 1.456 2.308 13.195 10,6%
Public 9.239 192 453 2.308 12.192
Privé - - 1.003 - 1.003
T ECHNIQUE 1.993 8 235 1.762 3.998 3,2%
Public 1.993 8 98 1.762 3.861
Privé - - 137 - 137
PROFESSIONNEL (Public) 1.961 - - 1.959 3.920 3,2%
SUPERIEUR (Public) 20.667 275 2.369 23.311 18,8%
T OT AL PUBLIC 86.301 1.125 8.846 11.436 107.709 86,7%
T OT AL PRIVE 800 - 15.668 - 16.468 13,3%
T OT AL GENERAL 87.101 1.125 24.514 11.436 124.176 100,0%
PART S SOURCES (%) 70,1% 0,9% 1,.7% 9,2% 100,0%
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998

3.2 L’allocation des dépenses publiques de fonctionnement

D’un montant de près de 100 milliards de francs en 1996, les dépenses de fonctionnement
de l’éducation financées par l’Etat, les collectivités et l’aide publique au développement, représentent
un peu plus de 80% des ressources totales destinées au secteur. On notera, pour mémoire, que dans
l’enseignement public, les dépenses récurrentes à la charge des ménages s’élèvent à un peu moins de
9 milliards de francs, soit un dixième de celles financées par l’Etat.
Ces dépenses publiques se répartissent entre les différents sous-secteurs à raison d'un peu
plus du tiers pour l’élémentaire (35% exactement), un quart pour le supérieur (23%), et le reste
pour les niveaux moyen et secondaire (28%). Quant à l’administration centrale, elle en absorbe
jusqu’à 14%, soit presque le double de la part de l’enseignement moyen. Cette importante part des
services centraux dans les dépenses courantes témoigne, comme nous le verrons plus loin, du poids
des salaires dans les coûts de l’éducation.
Cependant les contributions au financement des dépenses de fonctionnement des quatre
principaux niveaux d’enseignement diffèrent sensiblement d’une source à l’autre. Ainsi, alors que le
budget de l’éducation nationale finance presque entièrement les dépenses récurrentes de
l’enseignement moyen, et à plus de 90% celles des niveaux élémentaire et supérieur, l’aide publique
au développement consacre plus de la moitié de sa contribution au seul sous-secteur de
l’enseignement secondaire, ce qui correspond à un tiers des dépenses de fonctionnement de ce
niveau. Ce dernier cas s’explique sans doute par la présence de coopérants dans le personnel
enseignant du sous-secteur. Quant à la contribution des collectivités locales, qui demeure jusqu’à

19
présent symbolique, elle est principalement consacrée à l’école primaire et accessoirement aux
collèges.

Tableau 2 : Répartition fonctionnelle des dépenses publiques de fonctionnement (en millions de francs), en 1996
Sous se cte urs Etat Colle ctivité APD Total Mé nage s
(% total gé né ral) s locale s (% total (% total gé né ral) (pour mé moire )
gé né ral) (% total gé né ral)
Administration 13.843 - - 13.843 (14,1) -
centrale (16,1)
Pré-scolaire 12 - - 12 --
(0,0) (0,0)
Elémentaire 30.452 660 3.037 34.150 6.925
(35,4) (26,6) (34,7) (78,3)
Moyen 8.177 159 - 8.336 1.096
(9,5) (8,5) (12,4)
Secondaire 12.944 66 6.030 19.039 551
(15,1) (52,7) (19,4) (6,2)
Supérieur 20.571 - 2.370 22.940 275
(23,9) (20,7) (23,3) (3,1)
T otal général 86.000 885 11.436 98.321 8.846
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998.

Trois faits majeurs caractérisent l’évolution récente des dépenses publiques de


fonctionnement, celles financées par le budget de l’éducation nationale notamment. Le premier
concerne l’extraordinaire gonflement de la part de l’administration centrale dans le budget de
l’éducation qui, de 1992 à 1993, est passée de 6% à plus de 16%. Cette hausse semble être
entièrement due aux dépenses non réparties (ou diverses). Le deuxième fait caractéristique est relatif
à la très forte baisse de la part de l’élémentaire dans les dépenses de fonctionnement,
corrélativement à cette flambée des frais généraux de l’administration. L’évolution récente de
l’allocation des dépenses d’éducation met en évidence aussi le maintien du niveau élevé de la part de
l’enseignement supérieur alors que tous les autres niveaux d’enseignement subissaient une diminution
de leur part.
Le défi que les responsables du secteur de l’éducation doivent maintenant relever rapidement
est d’infléchir le schéma actuel de financement et de répartition des dépenses d’éducation de manière
à faire de l’enseignement de base le sous-secteur auquel les ressources publiques sont destinées en
priorité.

Tableau 3 : Evolution des dépenses publiques de fonctionnement (Etat) par niveau


Sous-secte urs 1992 1993 1994 1995 1996
Administration centrale 5,8% 16,0% 15,3% 15,1% 16,1%
Elémentaire 41,4% 32,9% 33,6% 33,9% 35,4%

20
Moyen 10,4% 9,6% 9,6% 9,3% 9,5%
Secondaire 16,8% 14,4% 14,4% 14,8% 15,1%
Supérieur 25,6% 27,1% 27,1% 26,9% 23,9%
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998.

3.3 Composition économique des dépenses publiques de fonctionnement

En 1996, sur les 71 milliards de francs de dépenses réparties que l'Education nationale
consacre à l'enseignement public, 56 milliards sont utilisés au paiement des dépenses de personnel
uniquement, soit une proportion de 79%. Tandis que les transferts (subventions et bourses)
absorbent 16% de ce montant, les dépenses pour l'achat de manuels et des autres matériels en
représentent moins de 5% (tableau 4).
Ce déséquilibre dans la structure des dépenses publiques d'éducation en faveur des salaires
est corrigé en partie par la contribution des ménages et de l'extérieur au financement des autres
catégories de dépenses comme l'achat de manuels et l'entretien. Tout se passe en définitive comme
si, face aux contraintes budgétaires et à la forte demande d’éducation, les autorités gouvernementales
ont choisi d’accorder la priorité au recrutement d’enseignants et au paiement des salaires, tout en
pariant sur la capacité des parents d’élèves à prendre en charge les fournitures et les autres intrants
scolaires. Un tel choix tend à introduire un facteur supplémentaire de discrimination à l’égard des
élèves dont les parents ne peuvent supporter ces dépenses faute de revenus suffisants.

Tableau 4 : Composition économique des dépenses publiques de fonctionnement (en %)


Dé pe nse s 1992 1993 1994 1995 1996
Personnel 79,0% 75,5% 77,4% 77,3% 78,7%
Manuels 0,6% 0,8% 0,6% 0,5% 0,5%
Autres matériels 4,7% 4,8% 2,9% 3,2% 4,1%
Entretien 0,7% 0,7% 0,5% 0,6% 0,6%
Subventions 6,9% 7,9% 8,0% 7,9% 7,3%
Bourses 8,2% 10,3% 10,6% 10,5% 8,9%
T OT AL
(en millions de 64.545 58.640 67.513 66.209 71.268
francs)
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998.

3.4 Les coûts unitaires de l’éducation

Calculée pour 1996, la dépense par élève dans l'enseignement public varie de 38.000 francs
environ au niveau élémentaire à 944.000 francs au niveau supérieur (tableau 5). Le coût d'un étudiant
est ainsi vingt cinq fois plus élevé que celui d'un élève du primaire. Comparé à ceux du moyen et du
secondaire, l’élève du primaire coûte respectivement deux et sept fois moins cher (tableau 6).

21
Il faut ajouter à ces dépenses financées par l’Etat, celles de plus en plus importantes à la
charge de l’aide publique de développement ainsi que des parents eux-mêmes. La contribution des
ménages au financement de l’enseignement élémentaire uniquement est estimée en moyenne annuelle
à 21.000 francs par élève entre 1992 et 1996, ce qui représente plus de la moitié des ressources
allouées par l’Etat. Par ailleurs, comparés aux frais de scolarité appliqués par l’enseignement privé en
général, les coûts unitaires du système éducatif public semblent plutôt raisonnables.
La dépense par élève (tableau 6) évolue au détriment de l’élémentaire pour lequel elle a
effectivement diminué de 13% entre 1992 et 1996, pendant que celle de l’enseignement supérieur a
augmenté de 15%. Ces évolutions donnent une indication sur la façon dont l’allocation des dépenses
publiques d’éducation a joué plus ou moins en faveur de l’accès des différentes catégories sociales à
chacun des niveaux d'éducation.

Tableau 5 : Evolution des coûts unitaires de fonctionnement par niveau d’enseignement


Nive aux 1992 1993 1994 1995 1996
Elémentaire 43.356 34.510 38.567 36.312 37.538
Moyen 69.491 67.525 74.994 - 72.864
Secondaire 251.817 221.134 246.590 - 251.926
Supérieur 818.258 845.528 893.466 869.269 944.221
T ous niveaux 78.228 70.295 77.777 - 73.094
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998.
NB L’année scolaire 1994/95 ayant été déclarée “blanche”, les coûts unitaires du moyen et du secondaire n’ont pu être calculés
pour 1995, faute de statistiques sur les effectifs.

Tableau 6 : Coûts unitaires comparés de l’enseignement


Nive aux 1992 1993 1994 1995 1996
Moyen/Elémentaire 1,6 2,0 1,9 - 1,9
Secondaire/Elémentaire 5,8 6,4 6,4 - 6,7
Supérieur/Elémentaire 18,9 24,5 23,2 23,9 25,2
Source: Revue des dépenses publiques d’éducation, 1998

22
IV. L’INCIDENCE DES DEPENSES PUBLIQUES D’EDUCATION
Les efforts des années 1990 en faveur de l’allocation de ressources publiques plus
importantes à l’enseignement élémentaire vont dans le sens d’un investissement accru en capital
humain et d’un accès plus équitable à l’éducation. Il faut poursuivre dans cette voie, mais en veillant à
cibler davantage les actions vers les couches de population et les zones géographiques les plus
défavorisées. Délaissant le point de vue macro-économique des développements précédents, cette
section analyse comment l’allocation des ressources publiques aux différents niveaux d’enseignement
a créé des inégalités dans l’accès à l’éducation pour les diverses catégories de la population. Nous
allons, au préalable, donner quelques indications sur les données utilisées dans l’analyse et sur la
façon dont nous avons procédé.

4.1 Considérations méthodologiques

L’analyse de l’incidence des dépenses publiques d’éducation tient compte à la fois des coûts
de production officiels des services éducatifs et des résultats d’enquête sur l’accès des différents
groupes de ménages à ces services. Les résultats de l’Enquête Sur les Priorités (ESP), réalisée par la
Direction de la Prévision et de la Statistique du Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan
entre septembre 1991 et janvier 1992 (DPS, 1993) ont servi de données de référence pour classer
les ménages en cinq groupes ou quintiles, représentant chacun 20% de l’échantillon des ménages
enquêtés. Le regroupement s’est fait par ordre d’importance croissante des dépenses par tête − et
par équivalent-adulte accessoirement − celles-ci étant considérées comme l’indicateur de bien-être
des ménages. L’échantillon de l’ESP compte 9960 ménages (et 85249 individus) répartis sur toute
l’étendue du territoire national.
Pour faire apparaître les tendances dans l’évolution des taux de scolarisation et de la
répartition des dépenses publiques d’éducation entre les groupes de ménages, les résultats obtenus à
partir des données de l’ESP ont été comparés à ceux tirés de l’Enquête Sénégalaise Auprès des
Ménages (ESAM), également réalisée par la DPS entre mars 1994 et mai 1995 (DPS, 1997). Mais
cette dernière repose sur un échantillon de taille moins importante (3277 ménages).
L’approche adoptée pour analyser l’équité devant l’éducation est présentée dans une note
méthodologique figurant en annexe.

23
4.2 L’équité dans l’accès à l’éducation

a) Situation d’ensemble
Les résultats des calculs effectués à partir des données de l’ESP montrent que, quel que soit
l’indicateur de bien-être retenu (dépenses par tête ou par équivalent-adulte), les taux bruts (ou nets)
de scolarisation sont d’autant plus faibles que les ménages sont pauvres (tableaux 7, 8 et 9). C’est
ainsi que dans l’enseignement élémentaire, on passe d’un taux brut de scolarisation de 26% pour les
ménages les plus défavorisés à celui de 101% pour les plus aisés[ 3]. Les résultats montrent aussi que
l’écart entre le quintile le plus riche et le quintile le plus pauvre se creuse au fur et à mesure que le
niveau d’enseignement s’élève. En effet, si dans l’élémentaire le taux de scolarisation des ménages les
plus riches est 4 fois supérieur à celui des ménages les plus défavorisés, il lui est supérieur de 80 fois
dans l’enseignement universitaire.
Les calculs à partir des données de ESAM montrent que s’il y a eu, entre 1992 et 1994, une
amélioration de l’accès des ménages les plus pauvres à tous les niveaux d’enseignement, sauf le
supérieur, les inégalités entre les deux groupes n’en persistent pas moins, particulièrement dans les
niveaux post-élémentaires. En outre, pour les niveaux où il y a eu une réduction de l’écart entre les
ménages les plus riches et les plus pauvres, celle-ci s’explique davantage par une baisse des taux de
scolarisation chez les uns que par une hausse de ceux des autres. Il est possible que des facteurs
autres que la simple accessibilité du système éducatif public soient à l’origine de cette baisse
apparente du taux de scolarisation dans les ménages favorisés. On peut, à ce propos, citer la
désaffection croissante des couches aisées pour le système éducatif public au profit des pays
étrangers et des établissements privés.

Tableau 7 : Taux bruts de scolarisation des quintiles 1 et 5 (dépenses par tête), en 1992.
Nive aux Q uintile 1 Q uintile 5 Ense mble de s
(le plus (le plus riche) mé nage s
pauvre )
Elémentaire 26,0% 101,8% 57,4%

Moyen 5,0% 72,3% 26,6%

Secondaire 1,6% 48,9% 17,6%

Supérieur 0,1% 8,3% 2,4%

Source : Calculs à partir des données de l’ESP 1991-92.

Tableau 8: Taux bruts de scolarisation des quintiles 1 et 5 (dépenses par équivalent-adulte), 1992.

3
Les ménages les plus défavorisés représentent les 20 % des ménages qui ont le revenu par tête – ou la dépense
par tête – le plus faible. Quant aux ménages les plus riches, ils sont constitués des 20 % des ménages qui ont le
revenu par tête le plus élevé.

24
Nive aux Q uintile 1 Q uintile 5 Ense mble de s
(le plus (le plus riche) mé nage s
pauvre )
Elémentaire 26,2% 101,3% 57,4%

Moyen 4,9% 69,1% 18,5%

Secondaire 1,5% 48,2% 17,6%

Supérieur 0,1% 8,0% 2,4%

Source : Calculs à partir des données de l’ESP, (1991-92).

Tableau 9: Taux bruts de scolarisation par quintile (dépenses par tête), 1994.
Nive aux Q uintile 1 Q uintile 5 Ense mble de s
(le plus (le plus riche) mé nage s
pauvre )
Elémentaire 39.8% 98.6% 67.0%

Moyen 5.3% 64.0% 23.4%

Secondaire 2.5% 61.7% 21.2%

Supérieur 0.0% 7.1% 2.0%

Source : Calculs d’après les données de ESAM 1994-95.

Au total, les taux de scolarisation généralement très faibles observés à tous les niveaux
d’enseignement cachent d’importantes disparités entre groupes de ménages. Une analyse par niveau
permet de mesurer de manière plus précise le degré d’inégalité dans l’accès à l’éducation.
b) L’accès à l’enseignement élémentaire
Au niveau primaire, alors que le taux brut de scolarisation s’élève à 57% [4] pour la moyenne
des ménages, celui des quintiles 1 et 2 n’est que de 26% et 43% respectivement, contre 84% et
102% pour les quintiles 4 et 5. On retrouve des écarts similaires entre les taux nets de scolarisation
existant dans ces différents groupes.
Par ailleurs, à l’exception des 20% de ménages les plus riches, pour tous les quintiles, le taux
de scolarisation des filles est inférieur à celui des garçons. Mais l’écart est d’autant plus marqué que
l’origine sociale des enfants est modeste. En effet, tandis que le taux brut de scolarisation des filles
n’est inférieur que de 3% à celui des garçons lorsqu’il s’agit du quintile le plus riche, il l’est de moitié
quand c’est le cas du quintile le plus pauvre. De même, pendant que le taux net de scolarisation des
filles est presque équivalent à celui des garçons dans les ménages aisés (77% contre 79%), seule une
fille sur dix va à l’école dans les ménages les plus défavorisés (contre quatre garçons sur dix). Si la

4
Ce taux a été obtenu à partir des données de l’ESP. Il est légèrement supérieur au taux de 56% qu’on trouve dans
les statistiques scolaires officielles relatives à l'année 1992. La divergence s’explique par la nature différente des
données recueillies et par les méthodes utilisées pour leur collecte.

25
discrimination à l’égard des filles en matière de fréquentation scolaire a pratiquement disparu dans les
ménages favorisés, elle reste encore vivace dans les ménages économiquement faibles (tableau 10).
Les calculs effectués à partir des données de ESAM indiquent une nette amélioration des
taux de scolarisation primaire pour tous les quintiles sauf le dernier (tableau 11). Par rapport aux
estimations basées sur l’ESP, on ne peut pas tirer une conclusion définitive quant à la réduction des
inégalités dans l’accès à l’enseignement élémentaire. Il semble que la tendance soit plutôt au maintien
des écarts entre les plus riches et les plus pauvres.

Tableau 10 : Taux de scolarisation dans l’élémentaire par quintile, en 1992.


Q uintile s Taux brut de scolarisation Taux ne ts de scolarisation
Global Fille s Garçons Global Fille s Garçons
1 26,0% 17,7% 33,9% 18,4% 13,4% 23,3%

2 42,5% 35,3% 49,4% 31,3% 26,9% 35,5%

3 65,2% 59,3% 71,3% 48,3% 45,0% 51,7%

4 83,9% 75,6% 92,2% 62,7% 57,2% 68,2%

5 101,8% 100,4% 103,3% 78,2% 77,0% 79,5%

Ensemble 57,4% 51,1% 63,6% 42,7% 38,8% 46,5%

Source : Calculs à partir des données de l’ESP (1991-92).

Tableau 11: Taux bruts de scolarisation dans l’élémentaire par quintile, 1994.
Taux de
Q uintile s scolarisation
1 39.8%
2 61.7%
3 74.2%
4 87.7%
5 98.6%
Ensemble 67.0%
Source : Calculs à partir des données de l’ESAM (1994/95).

Le faible taux de fréquentation de l’élémentaire par les enfants de conditions modestes a des
répercussions sur leur représentation dans le reste du système éducatif car l’école élémentaire est
l’unique voie d’accès aux autres niveaux. Il ne faut donc pas s’étonner que le bas niveau de
scolarisation primaire des enfants issus de milieux défavorisés s’accentue au fur et à mesure que l’on
passe à des niveaux supérieurs.

26
c) L’accès à l’enseignement moyen et secondaire
Avec des taux bruts de scolarisation de 27% et de 18%5 respectivement, les niveaux moyen
et secondaire ne supportent plus la comparaison avec ceux de nombreux pays africains (43% dans
l'enseignement moyen pour la sous-région). Ces faibles taux s’expliquent par le fait que le
recrutement d’élèves dans les deux niveaux a, depuis le début des années 1990, atteint un seuil de
saturation. Joints aux inégalités de départ dans l’accès à l’éducation primaire, ce déficit de
scolarisation dans l’enseignement moyen et secondaire est à la base de la sous-représentation des
enfants d’origine modeste dans les collèges et les lycées.
Le tableau 12 indique que dans l’enseignement moyen les inégalités d’accès sont telles que
d’un quintile à un autre le taux de scolarisation passe pratiquement du simple au double. Il en résulte
que le taux de recrutement des enfants du quintile le plus riche est quatorze fois plus élevé que celui
des enfants du quintile le plus pauvre. Une autre lecture des résultats du tableau 12 laisse apparaître
que sur 100 enfants âgés de 13 à 16 ans issus des ménages les plus pauvres, seuls 5 entrent au
collège. Sur le même nombre d’enfants, mais issus des ménages les plus riches, ils sont 72 à le
fréquenter.
Dans l’enseignement secondaire, alors que pour la moyenne des ménages le taux de
scolarisation s’élève à 18%, celui du premier quintile n’atteint pas 2%, soit un taux trente fois
inférieur à celui du dernier quintile. Les inégalités d’accès y sont donc sensiblement plus marquées
que dans les niveaux d’enseignement inférieurs, ce qui confirme l’effet “boule de neige” des
désavantages de départ d’une sous-scolarisation primaire pour les pauvres.
Comme nous l’avons déjà noté plus haut, l’enseignement moyen et secondaire offre encore
moins de chances aux filles qu’aux garçons de poursuivre leur scolarité. Mais ce sont surtout les filles
des ménages pauvres qui sont victimes de cette scolarisation à deux vitesses. Ainsi, dans le quintile 1,
qui représente les ménages les plus pauvres, le taux de fréquentation de l’enseignement moyen par
les filles est le tiers de celui des garçons. Dans l’enseignement secondaire, pour sept garçons inscrits
on ne trouve qu’une fille. Dans le groupe des ménages les plus riches, les proportions de filles
scolarisées dans les deux niveaux sont nettement plus élevées : six filles contre huit garçons dans
l’enseignement moyen ; quatre filles contre cinq garçons dans le secondaire.
Les désavantages des filles appartenant à des familles pauvres s’expliquent par les abandons
précoces qui les frappent du fait des préférences pour des travaux domestiques que

5
La divergence avec les taux des statistiques officielles est encore plus flagrante ici. L’explication est la même que
celle donnée pour l’élémentaire.

27
les parents manifestent pour elles. Pour ces ménages, l’éducation d’une fille comme d’un
garçon étant un investissement, elle ne peut se justifier ou se prolonger que si l’enfant n’est pas en
mesure de générer un revenu suffisant pour la simple survie de leurs membres.
A en juger par les résultats de calculs portant sur les données de l’ESAM (tableau13), les
inégalités dans l’accès à l’enseignement moyen n’ont subi, du point de vue des groupes de ménages
pauvres, que des changements mineurs par rapport à l’ESP. En effet, aucun des quintiles 1 et 2 n’a
vu une amélioration de l’accès de ses enfants au niveau moyen. Dans ces conditions, la baisse des
taux de scolarisation dans l'enseignement moyen pour les quintiles 4 et 5 ne peut être suffisante pour
combler les inégalités de départ.

Tableau 12: Taux bruts de scolarisation dans le moyen et le secondaire par quintile en 1992.
Q UINTILES MO YEN SECO NDAIRE
Global Fille s Garçons Global Fille s Garçons
1 5,0% 2,3% 7,5% 1,6% 0,4% 2,8%
2 11,8% 6,4% 17,5% 5,0% 1,2% 9,4%
3 23,9% 16,6% 31,9% 12,7% 6,1% 20,0%
4 40,6% 30,1% 52,5% 26,4% 14,1% 41,6%
5 72,3% 62,6% 83,3% 48,9% 43,6% 54,1%
Ensemble 26,6% 20,3% 33,2% 17,6% 11,6% 24,3%
Source : Calcul à partir des données de l’ESP (1991/92).

Tableau 13 : Taux bruts de scolarisation dans le moyen et le secondaire par quintile en 1994.
Q uintile s Moye n Se condaire
1 5,3% 2,5%
2 12,5% 9,0%
3 21,3% 15,8%
4 34,6% 29,2%
5 64,0% 61,7%
Ensemble 23,4% 21,2%
Source : Calcul à partir des données de l’ESAM (1994/95)

d) L’accès à l’enseignement supérieur


Comme les niveaux moyen et secondaire, l’enseignement supérieur est en deçà des taux de
recrutement considérés comme “normaux” pour des pays comparables. Seulement 2,4% des
individus en âge d’accéder à l’enseignement supérieur atteignent ce niveau. Avec un taux de
scolarisation de seulement 0,1%, les enfants du groupe des ménages les plus pauvres sont
pratiquement exclus des études universitaires. Sur 1000 individus issus des milieux défavorisés, seul
un a l’avantage de fréquenter l’université. En comparaison, le nombre d’étudiants sur 1000 individus
de milieux aisés est de 83.

28
Tableau 14 : Taux bruts de scolarisation dans le supérieur par quintile en 1992
Quintiles Global Fille s Garçons
1 0,1% 0,1% 0,2%

2 0,7% 0,4% 1,0%

3 1,4% 0,4% 2,5%

4 2,5% 1,2% 3,9%

5 8,3% 5,4% 11,6%

Ensemble 2,4% 1,3% 3,7%

Source : Calcul à partir des données de l’ESP 1991-92

Tableau 15 : Taux bruts de scolarisation dans le supérieur par quintile en 1994


Quintiles Taux
1 0,0%
2 0,6%
3 0,5%
4 2,5%
5 7,1%
Ensemble 2,0%
Source : Calcul à partir des données de l’ESAM (1994/95)

Le système éducatif est encore loin d’assurer des chances égales pour tous devant
l’éducation. Si entre les deux périodes des enquêtes considérées dans cette étude, des efforts
incontestables ont été consentis pour réduire les inégalités dans l’accès à l’enseignement élémentaire,
beaucoup reste à faire dans les autres niveaux pour à la fois permettre aux enfants des ménages
défavorisés une scolarisation plus importante, et assurer aux filles des possibilités de rattraper leur
retard sur les garçons.
Mais le problème de l’équité dans l’accès à l’éducation n’est pas épuisé par l’égalité ou
l’inégalité des taux de scolarisation dans les différents groupes sociaux. L’interrogation doit aussi
porter sur les possibilités que les ménages ont de bénéficier des ressources publiques allouées à
l’enseignement.

4.3 Qui bénéficie des dépenses publiques d’éducation

Le problème de l’incidence des dépenses publiques sur l’accès à l’éducation des différents
groupes sociaux comporte deux volets. Le premier concerne la détermination de la part que chacun
des groupes prélève sur les ressources publiques. Le second volet porte sur le rapport entre cette

29
part et l’importance de la population scolarisable dans chaque groupe. Les développements qui
suivent sont consacrés à l’analyse de ces deux aspects.

30
a) Observations générales
L’analyse des inégalités dans les taux de fréquentation scolaire des différents groupes de
ménages ne permet pas de situer, du point de vue de l’allocation des dépenses, la part de
responsabilité des décideurs publics dans cette situation. Pour cela, il faut évaluer le bénéfice que
chaque groupe tire des ressources publiques du fait d’un accès plus ou moins facile au système
éducatif. Une telle évaluation repose sur l’idée que les familles qui envoient leurs enfants à l’école
publique bénéficient d’une subvention en nature de la part de l’Etat.
Les tableaux A7 et A8 indiquent la façon dont les dépenses publiques d’éducation sont
réparties entre les quintiles, que ceux-ci soient déterminés en fonction des dépenses par tête ou des
dépenses par équivalent-adulte. Les estimations effectuées sont fondées sur deux hypothèses fortes.
On suppose d’abord que, dans un niveau donné, le coût de l’éducation est le même pour tous les
élèves. On considère ensuite que la part d’un ménage dans les dépenses est au prorata du nombre
d’enfants inscrits dans le système éducatif. Les résultats obtenus peuvent être résumés en trois
points.
1) L’incidence des dépenses publiques d’éducation augmente avec le niveau de bien-être, que celui-
ci soit mesuré à l’aide de la dépense par tête ou de la dépense par équivalent-adulte. Ainsi, plus le
ménage est riche, plus le bénéfice qu’il tire de ces dépenses est grand. Le graphique 1 montre que
pour les quatre niveaux d’enseignement confondus, les 20% de ménages les plus pauvres ne
reçoivent que 6% des dépenses publiques, tandis que les 20% les plus riches bénéficient de 34%. Le
montant des ressources publiques revenant au quintile des ménages les plus riches est six fois plus
élevé que celui allant aux plus pauvres.
2) Les parts des quintiles dans les dépenses publiques d’éducation sont inversement proportionnelles
à leur poids relatif dans les groupes d’âge scolarisables (tableaux A7 et A9). En se plaçant au niveau
de l’enseignement élémentaire uniquement, on constate que le quintile le plus riche, qui compte un
dixième environ des enfants en âge de scolarisation primaire, reçoit 17% des ressources publiques
allouées à ce niveau. En revanche, avec le quart des enfants de 7-12 ans, le groupe des ménages les
plus pauvres ne reçoit que 12% des dépenses publiques consacrées à l’élémentaire. En d’autres
termes, avec deux fois et demie moins d’enfants de 7-12 ans, les ménages les plus riches bénéficient
d’une fois et demie plus de ressources que les plus pauvres.
3) Plus le niveau d’enseignement s’élève, plus les parts des différents groupes de ménages dans les
dépenses publiques divergent comme en témoignent les courbes de concentration du graphique 6.

31
Ainsi, pendant que la part du premier quintile dans les dépenses publiques chute de 12% dans le
primaire à 2% dans le secondaire et à moins de 1% dans le supérieur, celle du dernier quintile
grimpe respectivement de 17% à 42% puis à 56%. Deux facteurs expliquent ce phénomène : des
taux de fréquentation croissants avec le niveau d’enseignement pour les ménages riches, et
décroissants pour les ménages pauvres ; la croissance des coûts unitaires avec l’élévation du niveau
d’enseignement.

Graphique 1 : Dépenses publiques d'éducation (tous niveaux confondus) par quintile en 1992 et 1994
40%
Part dans les dépenses publiques

35% 34%

30%
27%
24%
25%
23%
21 % 21 %
20%
1 8%

1 5% 1 4% " 1 992"

1 2% " 1 994"

1 0%

6%
5%

0%
I II III IV V

Quintiles

Source : Construit à partir des tableaux A7 et A10

Voyons maintenant comment ces tendances générales se manifestent dans chacun des quatre
niveaux d’enseignement.
b) L’incidence des dépenses publiques dans l’élémentaire
Bien qu’elles soient moins marquées que dans les autres niveaux, les inégalités dans l’accès
aux dépenses publiques allouées au niveau primaire sont réelles. On s’en aperçoit en mettant en
parallèle les parts des quintiles dans les dépenses et les poids relatifs de ces derniers dans la
population scolarisable des 7-12 ans. Quoique les enfants appartenant aux ménages les plus pauvres
représentent le quart des effectifs de cette population, ils ne bénéficient que de 12% des ressources
allant à l'enseignement élémentaire. A l’inverse, pour les ménages les plus riches qui comptent 11%
des enfants du même groupe d’âge, la part des dépenses s’élève à 17%.
Les changements intervenus entre la période de l’ESP (1991/92) et celle de l’ESAM
(1994/95) ont certes permis une amélioration de l’accès des ménages du quintile 1 aux dépenses
publiques dans l’enseignement élémentaire (leur part est passée de 12% à 17%), mais cette évolution
a été légèrement tempérée par une augmentation parallèle du poids démographique de leurs enfants

32
dans la population des 7-12 ans (passé de 25% à 28%). On note, en revanche, un solde net positif
pour les ménages du quintile 2 qui, parallèlement à la diminution du poids démographique de leurs
enfants de 24% à 22%, ont vu leur part dans les dépenses publiques augmenter de 19% à 20%
(tableaux A9 et A11).
Le graphique 2 montre que l’amélioration de l’incidence des dépenses publiques d’éducation
pour les deux cinquièmes des ménages les plus pauvres s’est plus réalisée au détriment des couches
moyennes, représentées par les quintiles 3 et 4, que des ménages les plus riches.

Graphique 2 : Dépenses publiques dans l'enseignement élémentaire par quintile, 1992 et 1994

30%

26%
Part dans le s dé pe nse s publique s

26%

25%
23% 23%

20%
20%
1 9%
1 7%
1 8% 1992
1 7%
1994
15%

1 2%

10%

5%

0%
I II III IV V

Qu intiles

Source : Construit à partir des tableaux A7 et A10

b) L’incidence des dépenses publiques dans l’enseignement moyen et secondaire


Les niveaux moyen et secondaire constituent les cas les plus flagrants de l’inéquité dans la
répartition des dépenses publiques d’éducation entre les groupes de ménages. Alors que le premier
quintile compte le cinquième environ des enfants âgés de 13 à 19 ans, il ne reçoit que 5% et 2% des
dépenses publiques allouées respectivement aux niveaux moyen et secondaire. Les ménages les plus
riches, qui comptent en revanche 13% et 16% des enfants respectivement âgés de 13 à 16 ans et de
17 à 19 ans, bénéficient du tiers des dépenses publiques dans l’enseignement moyen et des deux
cinquièmes de celles du niveau secondaire (graphiques 3 et 4). Ainsi, tandis que les enfants âgés de
13-16 ans de ce groupe de ménages ont un poids démographique près de deux fois inférieur à celui
des enfants du quintile le plus pauvre, il leur revient sept fois plus de ressources destinées aux
collèges (tableaux A7 et A9). Le même constat peut être fait pour l’enseignement secondaire où le

33
dernier quintile reçoit vingt fois plus que le premier quintile, alors qu’il compte un nombre plus élevé
d’enfants âgés de 13-16 ans.
Les tendances qu’on peut observer à travers les résultats de l'ESAM n’indiquent pas une
réduction de ces inégalités. Celles-ci semblent au contraire s’accentuer dans la mesure où pour les
ménages des deux quintiles les plus pauvres, à une augmentation de la proportion d’enfants âgés de
13 à 19 ans répond une stagnation des parts qui leur reviennent dans les dépenses publiques allouées
à l’enseignement moyen et secondaire. Il en va autrement pour les ménages les plus riches qui, tout
en comptant moins d’enfants dans les mêmes groupes d’âge, voient leur part dans les ressources
augmenter (tableaux A9 et A11).

Graphique 3 : Dépenses publiques dans l'enseignement moyen par quintile en 1992 et 1994
Source : Construit à partir des tableaux A7 et A10

35%
33%
32%
29% 30%
30%
Proportion de s dé pe nse s publique s

25%
23%
d'é ducation re çue

1 9%
20%

"1992"
1 5%
1 3% "1994"
1 2%

1 0%

5%
5%
5%

0%
I II III IV V

Q uintile s

Graphique 4 : Dépenses publiques dans l'enseignement secondaire par quintile en 1992 et 1994

45%
42% 42%
Part dans les dépenses publiques

40%

35%
32%
30%
30%
d'éducation

25%

20% "1992
1 8%
1 6%
"1994"
15%

9%
10%
7%

5%
2% 2%

0%
I II II I IV V

Quintiles

34
Les ménages pauvres sont donc pratiquement les seules victimes du bas niveau de
scolarisation qui caractérise l’enseignement moyen et secondaire au Sénégal. Cette situation ne
résulte pas seulement de l’effet “boule de neige” provoqué par la faible scolarisation primaire des
enfants de ces ménages, mais aussi des difficultés - en termes de frais de déplacement et de séjour
notamment - que ces derniers éprouvent à accéder aux lieux d’implantation des lycées et des
collèges publics.

c) L’incidence des dépenses publiques dans l’enseignement supérieur


Dans le supérieur, pendant que le quintile des ménages les plus riches reçoit plus de la moitié
(56% exactement) des dépenses publiques en faveur de ce niveau, celui des ménages les plus
pauvres doit se contenter de moins du centième (0,4%), soit 140 fois moins que les premiers. De
même, si la part des 40% des ménages les plus défavorisés n’atteint pas le dixième des dépenses en
faveur du supérieur, celle des deux quintiles les plus aisés en représente les quatre cinquièmes. Or le
premier groupe de ménages compte la même proportion d’individus âgés de 20 à 28 ans que le
second.
Les résultats des calculs effectués sur la base des données de l’ESAM ne montrent aucun
changement positif pour les ménages les plus pauvres, la situation de ces derniers semble même avoir
empiré par rapport à l’ESP. En effet, alors que la proportion d’individus de 20-28 ans dans ces
ménages est passée de 18% en 1992 à 20% en 1994, la part des ressources publiques qui lui revient
est devenue pratiquement nulle. Avec le même pourcentage d’individus du groupe d’âge qu’en
1992, les ménages les plus riches absorbent en revanche les trois cinquièmes des dépenses publiques
allouées au sous-secteur, ce qui représente une hausse d’un dixième de leur part.

35
Graphique 5 : Dépenses publiques dans l'enseignement supérieur par quintile, 1992 et 1994

70,0%
Part dans les dépenses publiques

61 %
60,0% 56%

50,0%

40,0%

28%
30,0%
23%

20,0%
"1992"
1 4%
"1994"
1 0,0% 6% 6% 5%

0,4% 0,0%
0,0%
I II III IV V

Quintiles

Graphique 6 : Répartition des dépenses publiques d’éducation selon les niveaux en 1992 et 1994
1992

100%

90%

80%

70%
Primaire

60%
Moyen
50%
Secondaire
40%

Supérieur
30%

20%

10%

0%
0% 1 0% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 1 00%

P our c e nt a ge c umul é de l a popul a t i on

36
1994
100%

90%

80%

primaire
70%
moyen
60%
secondaire
50%
supérieur
40%
t ous

30%

20%

10%

0%
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
P our c e nt a ge c umul é de l a popul a t i on

En résumé, la part plus importante des ménages les plus riches dans les dépenses publiques
d’éducation s’explique par un double effet : l’effet de cumul des avantages dont ces ménages
bénéficient à chaque niveau d’enseignement, d’une part, la forte progressivité qui caractérise les
coûts par élève au passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur d’autre part. Mais cette
situation est également le résultat de la concentration des ménages riches dans les zones urbaines où
l’on trouve la plupart des infrastructures de l’enseignement moyen, secondaire et supérieur.

4.3 L’effet de la répartition spatiale des infrastructures scolaires

Pour les ménages défavorisés, l’éducation a des coûts d’accès qui sont essentiellement
constitués des frais de déplacement. Une des raisons d’être des dépenses publiques d’investissement
dans l’éducation est de rapprocher l’école des ménages, de ceux en particulier qui ont de faibles
moyens. Or l’examen du tableau 16 montre que les enfants résidant en zones rurales ont, quelles que
soient leurs conditions, des taux de scolarisation dans l’enseignement élémentaire et moyen6 deux ou
trois fois inférieurs à ceux des enfants vivant en zones urbaines. Ces disparités sont plus importantes
dans l’enseignement moyen que dans l’enseignement élémentaire du fait d’une dotation moindre du
milieu rural en collèges. Les ménages les plus riches bénéficient ainsi d’une répartition des dépenses
publiques plus favorable aux zones urbaines, celles-ci recevant 78% et 93% des ressources
publiques allouées respectivement aux niveaux élémentaire et moyen, contre 22% et 7% aux zones
rurales (tableau 17).

Tableau 16 : Taux bruts de scolarisation dans l’élémentaire et le moyen par zone en 1992.

6
En raison de l’inexistence de lycées et de structures d’enseignement supérieur en zone rurale, la comparaison a
été limitée au cas des niveaux élémentaire et moyen.

37
Q uintile 1 Q uintile 2 Q uintile 3 Q uintile 4 Q uintile 5
ELEMENT AIRE
Zones rurales 22,4% 26,8% 30,1% 39,9% 39,1%
Zones urbaines 64,2% 65,8% 80,0% 90,9% 105,2%
MOYEN
Zones rurales 3,5% 3,5% 4,6% 12,1% 3,9%
Zones urbaines 18.2% 21,8% 30,6% 87,9% 96,1%
Source : Calculs à partir des données de l’ESP (1991/92)

Tableau 17 : Dépenses publiques d’éducation par zone en 1992.


Zone s Elé mentaire Moye n
Dakar 44,8% 52,2%
Autres zones urbaines 33,2% 40,6%
Zones rurales 22,0% 7,2%
Source : Calculs à partir des données de l’ESP (1991/92)

Le système d’enseignement public est loin d’assurer une égale chance d’accès à l’éducation
pour toutes les couches de la population. Les efforts accomplis depuis le milieu des années 1990 en
faveur d’une allocation de ressources publiques plus importantes à l’enseignement élémentaire sont à
l’origine des progrès spectaculaires de la scolarisation dans des zones où le manque d’infrastructures
scolaires posait auparavant des difficultés sérieuses de recrutement d’élèves, zones où vivent les
ménages les plus pauvres. Mais beaucoup reste encore à faire aussi bien dans l’élémentaire que dans
les autres niveaux pour permettre aux enfants issus des milieux défavorisés de se maintenir dans le
système éducatif et de poursuivre leurs études. Pour réussir dans cette entreprise, il faut veiller à
cibler davantage les actions vers les couches de population et les zones géographiques les plus
défavorisées.

38
V. LA DEMANDE D'EDUCATION
Les analyses précédentes ont montré que la part d'un quintile dans les dépenses publiques
d'éducation dépend de deux facteurs : la dépense par élève consentie en moyenne dans chaque
niveau d'enseignement et le nombre d’enfants scolarisés dans les ménages composant le quintile. La
première variable reflète l'allocation intra-sectorielle des dépenses publiques d'éducation, elle relève
du comportement de l'Etat au plan de l’offre d'éducation. La seconde variable traduit le
comportement des familles en matière de demande d'éducation. Les obstacles à la scolarisation
universelle n’ont pas seulement pour origine l’incapacité des pouvoirs publics à assurer une
couverture totale du pays en infrastructures scolaires. Les comportements des ménages vis à vis de
l’école et, donc, les décisions qu’ils prennent à propos de la scolarisation de leurs enfants y ont aussi
une part de responsabilité. Même si l'Etat parvenait à lever les contraintes qui s’opposent à la relance
de l'offre d'enseignement, on n’aurait aucune assurance que la demande suivrait spontanément. C’est
pourquoi, il est essentiel de connaître les facteurs principaux qui influent sur la décision des ménages
en matière de scolarisation si l’on veut lever les obstacles qui empêchent ces derniers d’envoyer à
l’école la totalité de leurs enfants en âge de la fréquenter.
Les ménages font face à une double décision en matière de scolarisation. En premier lieu, ils
doivent décider s’ils acceptent ou non de scolariser leurs enfants. En deuxième lieu, ils doivent
déterminer ceux ou celles parmi ces derniers qui fréquenteront l’école. L’objet de la présente section
est d’identifier et d’évaluer l’importance relative des principaux facteurs qui agissent sur chacun de
ces deux niveaux de décision des familles. Une fois les principaux déterminants de la demande
d'éducation connus, on pourra montrer comment la politique éducative pourrait agir sur eux afin
d'intensifier le rythme de scolarisation. Après avoir expliqué le choix des différentes variables, nous
présenterons les résultats des estimations. Les bases méthodologiques du modèle utilisé dans
l'analyse sont présentées en annexe 1.

5.1 Les déterminants de la demande d’éducation

Pour choisir les variables qui influencent la demande d’éducation des ménages, nous avons
commencé par examiner certaines caractéristiques socio-économiques et démographiques
susceptibles d’expliquer les décisions qu’ils prennent en matière de scolarisation primaire de leurs

39
enfants7. L’analyse descriptive à partir des résultats de l’ESP a permis d’identifier trois variables
principales : la zone de résidence, le revenu par tête (ou la dépense par tête) et la proportion de filles
parmi les enfants âgés de 7 à 12 ans. A ces facteurs, nous avons, dans les estimations, ajouté ceux
relatifs au niveau d'éducation et à la religion du chef de ménage. Mais pour avoir une plus grande
homogénéité des comportements relatifs à la décision de scolariser tout ou partie des enfants, les
ménages ont été ensuite regroupés en fonction du nombre d’enfants qu’ils ont. Différents cas ont été
retenus : les ménages avec un, deux, trois, quatre et enfin cinq enfants et plus. Le choix des variables
est, par conséquent, basé à la fois sur des fondements théoriques et sur l’observation statistique.
a) La zone de résidence
Beaucoup d'études ont montré que l'accessibilité de l'école exerce une influence sur la
demande d'éducation des ménages (Philippe de Vreyer et al, 1998). L'ESP ne donnant aucune
indication sur la question, la zone de résidence a été choisie comme la variable qui représente la
distance qui séparant l'école des habitations. L'hypothèse sous-jacente est que les zones urbaines,
mieux dotées en établissements scolaires, offrent une plus grande facilité d'accès à l'école. A
contrario, les zones rurales sont moins desservies en matière d'infrastructures scolaires, ce qui
contraint, dans une certaine mesure, la demande d'éducation des ruraux. Cette hypothèse est
corroborée par les résultats de l’ESP qui révèlent, en effet, que les enfants habitant dans les zones
rurales ont, quel que soit le cas, un taux de fréquentation scolaire plus faible que ceux des centres
urbains.
Sur les 6680 ménages de l’échantillon de l’ESP à avoir des enfants en âge de scolarisation
primaire, seuls 3680 comptent au moins un élève de l’enseignement élémentaire, soit 55%. Les trois
quarts de ces ménages résident dans les centres urbains qui comptent en outre les quatre cinquièmes
des effectifs inscrits dans l’enseignement élémentaire (tableau 19).
Les ménages dont aucun des enfants de 7 à 12 ans n’est scolarisé représentent 45% de
l’échantillon. Le nombre d’enfants ainsi privés de l’éducation égale 40% de la population totale des
7-12 ans. Près de trois quarts d’entre eux résident en zones rurales, contre un quart en zones
urbaines (tableau 18). Dans le cas des ménages à un seul enfant par exemple, pendant que deux tiers
de ceux qui ne scolarisent pas le leur sont des ménages ruraux, près de trois quarts de ceux ayant
scolarisé leur enfant unique résident en zones urbaines.

7
Seuls les ménages ayant des enfants âgés de 7 à 12 ans ont donc été retenus. Ces ménages, dont on a exclu la
quarantaine d’entre eux qui ont des enfants âgés de 7 à 12 ans déjà inscrits dans les collèges, sont au nombre de
6680 sur les 9960 que compte l’échantillon de l’ESP.

40
L’ESP révèle aussi que plus de la moitié des ménages qui décident de scolariser leurs
enfants, ne les envoient pas tous à l’école8. Ces ménages résident en majorité en milieu rural, tandis
que la plupart de ceux qui scolarisent tous leurs enfants habitent en zones urbaines (tableaux 18, 19,
et A12 à A27). Plus le nombre d’enfants des ménages augmente, plus les taux de fréquentation
scolaire en zones urbaines et en zones rurales divergent. Tandis que les ménages avec deux et trois
enfants scolarisés sont respectivement à 84% et à 89% des ménages urbains, ceux dont aucun des
deux ou trois enfants n’est scolarisé sont à 75% et à 81% des ménages ruraux. La carte scolaire du
Sénégal offre ainsi l’image d’une dissymétrie parfaite entre les parts respectives des zones urbaines et
rurales dans les effectifs scolarisés d’un côté et les effectifs non scolarisés de l’autre.
b) Le niveau de vie des ménages
Devant la baisse du volume de ressources dont ils disposent et en raison des coûts croissants
de l'éducation formelle, les ménages tendent de plus en plus à s'adresser à des structures d'éducation
non formelle (école coranique) qui ont l'avantage de coûter moins cher. On admet généralement que
plus le niveau de vie du ménage est élevé, plus celui-ci est en mesure de faire face aux dépenses
scolaires à sa charge. La probabilité qu'il envoie ses enfants à l'école augmente donc avec son bien-
être, ce dernier étant mesuré alternativement par le revenu annuel total du ménage, le revenu ou la
dépense par tête ou par équivalent-adulte.
L’importance d’une telle variable dans les décisions des ménages en matière de scolarisation
est renforcée par les résultats de l’ESP qui font apparaître que, dans ceux qui envoient au moins un
enfant à l’école, le revenu moyen per capita est deux fois et demie plus élevé que celui des ménages
dont aucun des enfants ne va à l’école. Pour les ménages ayant deux enfants âgés de 7 à 12 ans par
exemple, le revenu per capita de ceux qui ne scolarisent aucun des deux enfants est trois fois et
demie inférieur à celui des ménages qui envoient tous leurs enfants à l’école, et deux fois et demie
inférieur au revenu par tête de ceux qui scolarisent un enfant sur les deux. De même, pour les
ménages avec trois enfants âgés de 7 à 12 ans, on passe successivement d’un revenu par tête de
47.200 francs pour ceux où la scolarisation est nulle, à 78.800 francs pour ceux avec un enfant
fréquentant l’école, puis à 131.900 francs pour les ménages avec deux enfants scolarisés et à
144.700 francs dans les familles dont tous les trois enfants vont à l’école (tableaux A17 et A20).

8
Dans le cas des ménages à plusieurs enfants de 7-12 ans, l’analyse statistique montre que sur les 2615 d’entre
eux qui envoient ces derniers à l’école, seuls 49% les scolarisent tous contre 51%.

41
Cette différenciation des comportements par le niveau de vie est valable aussi bien dans les
centres urbains que dans les zones rurales ; elle paraît cependant plus accentuée dans les premiers
que dans les secondes.
c) La proportion de filles dans le groupe d’âge scolarisable
Le coût d'opportunité de l'éducation étant élevé pour les familles pauvres, ces dernières font
un arbitrage de plus en plus en faveur du travail précoce des enfants dans le but d'accroître à court
terme leur revenu disponible. Cet arbitrage est plus défavorable encore aux filles, comme en
témoignent les disparités entre leur taux de scolarisation et celui des garçons qu’on observe à chaque
niveau d’enseignement.
Les résultats de l’ESP montrent de leur côté que la propension des ménages à scolariser
leurs enfants est d’autant plus faible que la proportion des filles dans le groupe d’âge considéré est
élevée. C’est ainsi que dans le groupe des ménages avec un seul enfant, lorsque les filles représentent
57% des effectifs des 7-12 ans la demande d’éducation est nulle, alors que dans les ménages où
l’enfant va à l’école, les filles représentent 51% de la population scolarisable.
On observe la même relation négative entre la demande d’éducation et la proportion des
filles dans les groupes de ménages à plusieurs enfants. Tandis que les filles représentent 53% des
effectifs des 7-12 ans des ménages ayant trois enfants dont aucun ne fréquente l’école, leur
proportion tombe à 47% dans les ménages où les trois enfants sont tous scolarisés (tableaux A17 et
A20). Ici aussi, le phénomène est plus accentué pour les ménages résidant en zones rurales que pour
ceux vivant dan les centres urbains.
d) Le nombre d’enfants en âge de scolarisation
Cette variable est celle à laquelle s’applique en réalité la décision des familles en matière de
scolarisation, puisque c’est au bénéfice de leurs enfants et en fonction de la taille et de la composition
de la population scolarisable en leur sein que les ménages font des choix au plan de l’éducation. Le
coût de celle-ci augmentant avec le nombre d'élèves que compte la famille, plus le nombre d'enfants
à scolariser est élevé, moins les parents sont incités à scolariser ces enfants.
Cette corrélation est confirmée par les résultats de l’ESP qui indiquent que le nombre
d’élèves que comptent les ménages diminue au fur et à mesure que le nombre de leurs enfants
augmente. On le voit aux effectifs scolaires relativement plus importants dans les ménages à un ou
deux enfants que dans ceux avec plus d’enfants en âge de scolarisation. De même, les ménages

42
pauvres ayant généralement plus d’enfants sollicitent moins l’enseignement formel pour l’éducation
de ceux-ci que les ménages riches.

Tableau 18 : Ménages avec aucun enfant de 7-12 ans scolarisé


Nombre Taille Re ve nu Dé pe nse s Enfants 7-12 Fille s 7-12 ans
mé nage s moye nn moye n par moye nne s ans (e n % nombre
(e n % du total) e tê te par tête (e n % du d’e nfants)
(e n francs) (e n francs) total)
Zone rurale 73,0% 10 39.556 3.981 78,8% 47,6%
Zone urbaine 27,0% 9 124.998 10.413 21,2% 56,4%
Ensemble 100,0% 10 62.595 5.715 100,0% 52,1%
Source : Calculs à partir des données de l’ESP (1991/92)

Tableau 19 : Ménages avec au moins un enfant de 7-12 ans scolarisé


Zone Nombre Taille Re ve nu Dé pe nse s Enfants 7- Effe ctifs Fille s 7-12 Fille s
mé nage s moye nne moye n moye nne s 12 ans scolarisé s ans scolarisé e
par tête par tête (% total) (% total s
e nfants) (% total)
Zone rurale 24,9% 11 50. 985 4. 526 26,7% 21,2% 45,4% 34,4%
Zone urbaine 75,1% 11 197. 391 17. 231 73,3% 78,8% 49,0% 46,7%
T otal 100,0% 11 160..978 14. 071 100,0% 100,0% 48,1% 44,1%
Source : Calculs à partir des données de l’ESP (1991/92)

e) Le niveau d'éducation du chef de ménage


L'éducation du chef de ménage, celle des parents en général, est un facteur déterminant dans
la décision de scolariser les enfants (P. Glewwe et H. A. Patrinos, 1998; P. De Vreyer et al, 1998).
En effet, les parents instruits ont une attitude plus favorable vis-à-vis de l'école dans la mesure où ils
sont plus conscients des avantages qu'offre l'éducation formelle. On s'attend donc à ce que la
probabilité d'envoyer ses enfants à l'école augmente avec le niveau d'éducation du chef de ménage.
f) La religion
Des différences de comportement en matière de demande d'éducation formelle sont
généralement observées entre les familles de religions différentes. Pour analyser ces différences, nous
avons distingué trois confessions que sont l’islam, le christianisme et les autres. Les ménages
chrétiens sont ainsi supposés avoir un comportement plus favorable envers l'école moderne que ceux
des autres religions. En effet, la religion catholique est plus proche de l'école moderne du fait en
particulier de l'usage de la langue française pour apprendre la bible. En revanche, les musulmans,
dans certaines régions, ont tendance à envoyer leurs enfants à l'école coranique dont l’enseignement
est dispensé en arabe.

43
5.2 Les résultats des estimations

a) Ne pas scolariser ses enfants versus scolariser au moins un de ses enfants


La première étape de l’analyse empirique consiste à déterminer la probabilité qu’un ménage
décide de scolariser au moins un de ses enfants, donc que le ménage préfère l’utilité que procure
cette option.
Les tableaux A33 et A34 présentent les résultats de l’estimation à l’aide d’un modèle logit.
Les tests statistiques indiquent que les variables retenues expliquent de façon satisfaisante le
comportement des ménages en matière de scolarisation.
Afin de faciliter l’interprétation des résultats, on ne fera pas référence à l’utilité tirée d’une
option, mais seulement à la probabilité de choisir celle-ci.
Les estimations confirment une influence significative de toutes les variables retenues sur la
demande d'éducation. La zone de résidence exerce la plus forte influence. Le fait d'habiter en milieu
rural réduit la probabilité qu'un ménage scolarise au moins un enfant. Le niveau de vie exerce une
influence positive quoique faible sur la demande d'éducation. Plus le revenu du ménage augmente,
plus la probabilité qu'il envoie au moins un enfant à l'école augmente. Les résultats du modèle
attestent également que l'éducation du chef de ménage exerce une influence positive sur le
comportement de demande d'éducation. Plus le niveau d'éducation du chef de ménage est élevé, plus
grande est la probabilité qu'il envoie au moins un enfant à l'école.
Les filles ont moins de chance de fréquenter l'école. Une augmentation de la proportion de
filles dans les enfants scolarisables réduit la probabilité que la famille envoie au moins un enfant à
l'école. La religion est un élément discriminant dans le comportement de demande d'éducation. Les
familles de religion catholique sont moins réticentes à envoyer leurs enfants à l'école que les ménages
d'autres confessions.
Le nombre d'enfants en âge de scolarisation a un impact positif sur la demande
d'éducation. En effet, les ménages qui ont beaucoup d'enfants ont plus de chance d'en scolariser au
moins un.
On peut simuler l'impact sur la décision de scolariser ou non au moins un enfant d'une
modification de certaines variables explicatives du comportement des ménages. Afin de faciliter
l’interprétation des résultats, on prendra le cas d’un ménage de référence présentant les
caractéristiques suivantes :

44
− il vit en milieu rural ;
− il a une dépense mensuelle par tête égale à celle du quintile le plus pauvre ;
− le chef de ménage est analphabète ;
− il a quatre enfants en âge de scolarisation ;
− il n'a pas de fille parmi les enfants en âge de fréquenter l'école.
A partir du tableau A33, on calcule que la probabilité que ce ménage envoie au moins un
enfant à l’école est de 46 % seulement.
Supposons maintenant que notre ménage se déplace vers les zones urbaines. La
probabilité que ses enfants fréquentent l'école passe de 46 à 77 % (graphique 7).
Lorsque le chef de ménage passe de l'analphabétisme à un niveau d'éducation élémentaire,
moyen secondaire ou supérieur, la probabilité qu'il envoie au moins un enfant à l'école augmente
respectivement de 14 %, 12 %, 10 % et 7 %. L'éducation du chef de ménage exerce donc une forte
influence sur la demande d'éducation ; elle diminue cependant avec l'élévation du niveau d'instruction
(graphique 7).

Graphique 7 : Effet de l’éducation sur la probabilité d’envoyer au moins un enfant à l’école en milieu rural

1 00%

90% 89%
80% 82%

70% 72%
Probabilité

60% 60%

50%
46%
40%

30%

20%

1 0%

0%
Sans i nstr ucti on Ni veau pr i mai r e Ni veau moyen Ni veau secondai r e Ni veau supér i eur

Niveau d'éducation du chef de m énage

Source : construit à partir du tableau A39

Si le ménage passe du quintile 1 au quintile 2, la probabilité qu’il scolarise au moins un


enfant augmente de 46 à 89%. Les ménages des quintiles 2, 3, 4 et 5 ont presque les mêmes
chances d’envoyer au moins un enfant à l’école (graphique 8).

45
Graphique 8 : Effet du niveau de vie sur la probabilité d’envoyer au moins un enfant à l’école

1 00%

90% 89% 89% 89% 90%

80%

70%
Probabilité

60%

50%
46%
40%

30%

20%

1 0%

0%
I II III IV V

Niveau de vie du m énage

Source : construit à partir du tableau A39

Ce résultat montre que le niveau de vie n'exerce un effet important que si le ménage est
très pauvre. Au-delà du niveau de vie du quintile 2, il n'a plus d'effet sur la décision des ménages en
matière de scolarisation.
Enfin, une augmentation de la proportion de filles dans les enfants scolarisables réduit la
probabilité que la famille envoie au moins un enfant à l'école (graphique 9).
Si le ménage avait une fille, deux filles, trois filles ou quatre filles, la probabilité qu'il scolarise un de
ses enfants serait respectivement de 43, 40, 38 et 35 %.

Graphique 9 : Effet du nombre de filles sur la probabilité d’envoyer au moins un enfant à l’école

50%
46%
45%
43%
40% 40%
38%
35% 35%
Probabilité

30%

25%

20%

15%

10%

5%

0%
Zéro f ille Une f ille Deux f illes Trois f illes Quat re f illes

Nom bre de filles

Source : construit à partir du tableau A39

46
b) Scolariser tout ou partie de ses enfants
La deuxième étape de l’analyse empirique consiste à déterminer l’influence relative de
chacune des caractéristiques des ménages sur leur décision de scolariser partiellement ou totalement
ses enfants.
On s’intéressera d'abord à des ménages à trois enfants scolarisables. Dans l’ESP, ils
représentent 20 % des ménages qui scolarisent au moins un enfant.
Nous utilisons toujours un modèle de type logit pour évaluer la probabilité qu'a un ménage
présentant des caractéristiques déterminées de scolariser un sur trois, deux sur trois ou tous ses trois
enfants.
L'annexe 2 présente les résultats des estimations qui ont été réalisées. Les tests statistiques
indiquent que les caractéristiques retenues expliquent de façon satisfaisante le comportement des
ménages. Les tableaux A37, A38, A39 font apparaître que, d'une manière générale, les ménages
habitant les zones rurales ont moins de chances de scolariser tous leurs enfants que les ménages
urbains. Le nombre d'enfants envoyés à l'école augmente avec le niveau de vie. L'éducation est
également un facteur non négligeable qui influence positivement la décision du ménage de scolariser
tous ses enfants. Enfin, le nombre de filles dans la population scolarisable influence fortement la
décision du ménage. Les chances du ménage de scolariser tous ses enfants diminuent avec le nombre
de filles.
Les résultats montrent que les caractéristiques d'un ménage agissent différemment sur ses
chances de scolariser partiellement ou totalement ses enfants. A titre d'illustration, prenons un
ménage présentant les caractéristiques suivantes :
− le ménage habite en milieu rural ;
− il appartient aux 20 % de ménages ruraux les plus pauvres, avec une dépense par équivalent-
adulte de 1 300 francs par mois;
− le chef de ménage est analphabète ;
− il est musulman ;
− il y a une fille parmi ses trois enfants ;
− le chef de ménage envoie au moins un enfant à l'école.
Ce ménage a 44, 28 et 32% de chances d'envoyer respectivement un, deux et trois enfants à
l'école. S'il était situé en zone urbaine, les probabilités qu’il scolarise un deux et trois enfants seraient
respectivement de 24, 29 et 51%. En d'autres termes, le fait d'habiter en zone urbaine augmente la

47
propension d'un ménage à envoyer plus d'un de ses enfants scolarisables à l'école et accroît de près
de 20 % ses chances d'atteindre la scolarisation à 100 % (tableau A41).
La religion est également un facteur discriminant. Si son chef était chrétien, notre ménage
rural de référence verrait sa probabilité de n’envoyer à l’école qu’un enfant sur trois tomber à 20 %,
tandis qu’augmenterait à 35 % celle d'envoyer deux sur trois et à 37 % celle de scolariser tous ses
enfants. Ce qui signifie que les chrétiens sont plus ouverts à l'école française que les musulmans.
Cependant, leurs probabilités respectives ne révèlent pas des différences de comportement
significatives
On peut se demander aussi comment évoluent les probabilités calculées ci-dessus lorsque le
ménage de référence voit son niveau d’éducation s’élever, le nombre de filles parmi ses enfants
scolarisables s’accroître et son niveau de vie augmenter.
L’élévation du niveau de vie entraîne la hausse du taux de scolarisation des familles
(graphiques 10 et 11). Mais l’influence de cet accroissement n’est pas de même ampleur selon qu’on
est en milieu rural ou en milieu urbain. Par ailleurs, elle est plus marquée en ce qui concerne la
décision d’envoyer un seul enfant sur trois que d’envoyer deux ou trois enfants à l’école.

Graphique 10 : Effet du niveau de vie sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser tous ou
partiellement en milieu rural.

50%

45% 45%
43%
41%
40% 39%
35% 35%
Probabilité

32% 33% 33% 33% 1 enfant


30% 31%
29% 28% 29% 29% 29% 2 enfants
25%
3 enfants
20%

15%

10%

5%

0%
I II III IV V

Quintiles

Source : construit à partir du tableau A40

48
Graphique 11 : Effet du niveau de vie sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser tous ou
partiellement en zones urbaines

70%
66%

60%
55%
53% 54%
52%
50%
Probabilité

40%

30% 1 enfant
29% 29% 29% 29% 30%
2 enfants
20% 21% 3 enfants
18%
15%
12%
10%

0% 1%

I II III IV V

Quintiles urbains

Source : construit à partir du tableau A41

Le niveau d’éducation des parents influence fortement le taux de scolarisation des ménages.
Plus ce niveau s’élève, plus le ménage a des chances d’envoyer tous ses enfants à l’école, qu’il
habite en zones rurales ou en zones urbaines (graphiques 12 et 13).

Graphique 12 : Effet de l’éducation sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser tous ou partiellement
en milieu rural.

80%

70%
67%

60% 59%
Probabilité

50% 50%
44% 1 enfant
40% 41%
35% 2 enfants
32%
30% 28% 3 enfants
27%
24%
20% 20% 20%
17%
14%
10%

0%
SANS INST RUCTION EDUCATION PRIMAIRE CYCLE MO YEN CYCLE SECONDAIRE CYCLE SUPERIEUR

Niveau d'education du chef de ménage

Source : construit à partir du tableau A40

49
Graphique 13 : Effet de l’éducation sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser tous ou partiellement
en zones urbaines

90%

82%
80%
76%
70% 69%

60% 61%
Probabilité

1 enfant
52%
50% 2 enfants
3 enfants
40%

30% 29%
25%
20% 21% 21%
17%
15% 14%
10% 11%
8%
5%
0%
SANS INSTRUCTION EDUCATION PRIMAIRE CYCLE MOYEN CYCLE SECO NDAIRE CYCLE SUPERIEUR

Niveau d'éducation du chef de ménage

Source : construit à partir du tableau A41

En reprenant l’exemple du ménage rural de référence, et en le comparant à un autre dont le


chef n’a suivi que le cycle de l’enseignement élémentaire, le tableau A41 montre que les chances de
ce dernier ménage de scolariser tous ses enfants augmentent de 8 %. En revanche, elles diminuent de
9 % par rapport à celles d’un ménage dont le chef a fait le cycle moyen. Si le chef du ménage a
mené des études secondaires, la probabilité qu’il scolarise tous ses enfants augmente de 9 % par
rapport au précédent ménage, elle diminue de 8,4 % relativement à celle d’un ménage dont le chef a
fait des études supérieures.
En milieu urbain, on assiste à la même tendance à l’accroissement du taux de scolarisation
avec l’élévation du niveau d’éducation des parents (tableau A42). Si le ménage de référence habite
en zones urbaines, la probabilité qu’il scolarise tous ses enfants diminue de 9 % par rapport à celle
d’un deuxième ménage dont le chef a pu terminer ses études élémentaires. Mais ce dernier ménage a
8 % de moins qu’un troisième ménage dont le chef a atteint le niveau de l’enseignement moyen. Un
quatrième ménage dont le chef a fait le cycle secondaire aura 7 % de chances de plus que le
troisième ménage mais 4 % de moins qu’un cinquième ménage dont le chef a fait des études
supérieures9.
A contrario, plus le niveau d’éducation du chef de ménage est faible, plus la probabilité qu'il
ne scolarise qu'un seul enfant sur trois est grande. En définitive, l’éducation des parents éloigne les

9
On suppose que tous ces ménages ont les mêmes caractéristiques à l’exception du niveau d’éducation de leurs
chefs respectifs.

50
enfants des faibles taux de scolarisation et les rapproche de la scolarisation universelle. Les effets
marginaux de l'éducation sur la décision d'envoyer les enfants à l'école sont positifs aussi bien en
milieu rural qu'en zone urbaine. Cependant, ils sont plus importants dans les zones rurales
(graphiques 14 et 15).

Graphique 14 : Effet du nombre de filles scolarisables sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser
tous ou partiellement en milieu rural

50%
47%
45% 46%
44%
43% 1 enfant
40%
2 enfants
35% 35% 3 enfants
Probabilité

32% 33%
30% 31%
30%
28%
26% 27%
25%

20%

15%

10%

5%

0%
ZERO FILLE UNE FILLE DEUX FILLES TROIS FILLES

Nombre de filles

Source : construit à partir du tableau A40

Graphique 15 : Effet du nombre de filles scolarisables sur les chances d’un ménage à 3 enfants de les scolariser
tous ou partiellement en zones urbaines

60%
56%
52%
50% 49%
46%
Probabilité

40%

34% 1 enfant
30% 31%
29% 2 enfants
27%
23% 3 enfants
21% 22%
20% 20%

10%

0%
Z ERO FILLE UNE FILLE DEUX FILLES TROIS FILLES

Nombre de filles

Source : construit à partir du tableau A41

Plus le nombre de filles à scolariser est élevé, plus faible est la probabilité qu’une famille
scolarise tous ses enfants. Cette tendance est plus marquée dans les zones rurales.
Reprenons le ménage rural de référence et faisons varier le nombre de ses filles scolarisables.
Ses chances de scolariser tous ses enfants baissent de 4 % quand le nombre de filles passe de zéro à

51
trois. En milieu urbain, le ménage de référence voit sa probabilité de scolariser tous ses enfants
baisser de 10 %. Les chances du ménage de scolariser tous ses enfants diminuent donc avec le
nombre de filles aussi bien en zones rurales qu’en zones urbaines. Cependant, le ménage urbain a
toujours plus de chances de scolariser tous ses enfants, quel que soit le nombre de filles dans la
population scolarisable.
Le faible niveau de vie des ménages situés dans les quintiles les plus bas explique fortement
leur décision de ne scolariser qu'une faible partie des enfants en âge d'aller à l'école.
Le même test fait sur les ménages à quatre enfants a donné les résultats similaires (tableaux
A.., A.., A.., A..).

52
VI. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’équité dans l’accès à l’éducation au Sénégal
est encore très long. Ce constat résulte d’un certain nombre d’observations que nous pouvons
résumer comme suit.
i) Face à une demande d’éducation fortement croissante, l’offre d’éducation publique s’est
progressivement essoufflée, tant en volume qu’en qualité, au détriment surtout des régions et des
populations rurales.
ii) Le bas niveau de scolarisation qui en a résulté, et qu’on constate à tous les niveaux du système
d’enseignement, n’est cependant pas également ressenti par tous les ménages, ceux de conditions
modestes étant les principales victimes des inégalités dans l’accès à l’éducation.
iii) Si la discrimination à l’égard des filles en matière de scolarisation a pratiquement disparu dans les
milieux les plus aisés, elle reste encore réelle dans les ménages économiquement faibles.
iv) L’écart entre les taux de scolarisation des différents groupes de ménages est d’autant plus
important que le niveau d’enseignement est élevé. Cette situation résulte de l’effet “boule de neige”
provoqué par la faible scolarisation primaire des enfants des ménages pauvres, mais aussi des
difficultés que ces derniers éprouvent à accéder aux lieux d’implantation des collèges et des lycées.
v) Les parts des dépenses publiques d’éducation dont bénéficient les ménages sont inversement
proportionnelles à celles que représente le nombre de leurs enfants dans les différents groupes en âge
de scolarisation.
vi) Les décisions des ménages en matière de scolarisation de leurs enfants sont très sensibles à la
proximité des écoles, au niveau de vie et au sexe des enfants à scolariser. La densification de la carte
scolaire, surtout en milieu rural, se révèle être la politique la plus efficace pour inciter les ménages à
scolariser leurs enfants.
L’Etat s’efforce, depuis le milieu des années 90, de s’attaquer à certains de ces problèmes, mais
leur solution durable suppose que ces efforts se renforçent pour assurer, dans des délais relativement
courts, l’accès du plus grand nombre au système d’enseignement. Pour atteindre un tel objectif, un
certain nombre de mesures à court et moyen terme s’imposent.
1. Compte tenu de l’extrême vulnérabilité de couches de plus en plus larges de la population et
étant donné les liens étroits qui existent entre l’éducation et le bien-être de celles-ci, il importe
que l’Etat continue à assurer l’accès à l’éducation élémentaire à tous les enfants.

53
2. Pour être directement bénéfiques aux couches les plus défavorisées, le relèvement du taux de
scolarisation et l’amélioration de la qualité de l’enseignement dans le service public d’éducation
passent par une augmentation substantielle des ressources en faveur de l’élémentaire. Ce niveau
étant l’unique voie d’accès à l’ensemble du système éducatif, son ouverture à tous est un
préalable à la réalisation de l’équité à tous les niveaux d'enseignement.
3. Mais le déficit de scolarisation des enfants des ménages pauvres étant aussi important dans
l’enseignement moyen et secondaire que dans l’élémentaire, il faut veiller à ce que l’allocation de
ressources plus importantes à ce dernier niveau ne nuise pas au recrutement d’élèves dans les
collèges et les lycées, comme ce fut le cas dans un passé récent.
4. L’instauration d’un système plus efficace et modulable de recouvrement des coûts dans les
niveaux secondaire et supérieur et une contribution plus importante des collectivités locales aux
dépenses de fonctionnement des écoles primaires et des collèges peuvent être des moyens de
satisfaire une telle exigence.
5. Afin que le recouvrement des coûts dans l’enseignement secondaire et supérieur n’en obstrue
pas davantage l’accès aux enfants de milieux défavorisés, il est nécessaire de l'accompagner par
l’octroi systématique de bourses d’études aux plus méritants d’entre eux.
6. La forte concentration des ménages pauvres en milieu rural, parallèlement à l’état de dénuement
des zones rurales en infrastructures scolaires et en personnel enseignant, doit naturellement faire
de ces zones la cible privilégiée des programmes d’investissement et de dotation en moyens
éducatifs.
7. Dans un souci de ciblage plus fin des populations bénéficiaires de ces programmes, les autorités
doivent se donner un système de classement des régions permettant de répartir efficacement les
dépenses publiques d’éducation en fonction de l’étendue de la pauvreté dans ces zones et de
l’importance des retards de scolarisation qu’elles enregistrent.
8. Vu le grand nombre de filles qui restent en dehors du système éducatif ou sont en situation
d’échec scolaire, l'accélération que connaît la scolarisation féminine depuis quelques années doit
être maintenu. Il faut cependant veiller à diriger davantage les campagnes de sensibilisation vers
cette frange, en rapide augmentation, de jeunes filles d’origine rurale travaillant dans les ménages
urbains. Un programme d'éducation non formelle pourrait être conçu en faveur de ces filles.
9. Ces campagnes devraient aussi comporter un volet qui sensibiliserait fortement les familles sur les
avantages de la scolarisation des filles surtout dans l'enseignement moyen et secondaire

54
10. Parmi les obstacles auxquels se heurte la scolarisation des enfants de ménages à faible revenu, il
faut insister sur le niveau élevé des frais d’inscription et de scolarité, la cherté du matériel scolaire
(livres et des fournitures), ainsi que le coût du transport scolaire. Sans aller jusqu’à préconiser la
gratuité de ces charges pour tous les usagers et sur toute l’étendue du territoire, des solutions
existent certainement permettant de dispenser les plus vulnérables de l’acquittement de ces
droits. Des mesures, comme la distribution gratuite de manuels, la suppression des frais
d’inscription, etc., vont dans ce sens.

55
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Tanzania, Institut National de la Recherche Agronomique, Labortoire d'Economie Appliquée,
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géographiques, Département de l’Afrique de l’Ouest, Région Afrique.

CREA (1997), "les Modèles Probit et Logit", Document préparé dans le cadre du Renforcement
des capacités méthodologiques des chercheurs du CREA.

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Rapport final relatif à l’influence des variables de contexte sur les rendements scolaires au CE1 et au
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Scolaire/PDRH2 (Décembre 1996). Premier aperçu des résultats du testing de Mai 1996 en
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présenté lors de la réunion de Hanoi sur l'initiative 20/20.

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LISTE DES GRAPHIQUES

TABLEAU 1 : SOURCES DE FINANCEMENT ET REPART IT ION DES DEPENSES D’EDUCAT ION


(EN MILLIONS DE FRANCS), EN 1996 --------------------------------------------------------------------------------------------------18
TABLEAU 2 : REPART IT ION FONCT IONNELLE DES DEPENSES PUBLIQUES DE FONCT IONNEMENT
(EN MILLIONS DE FRANCS), EN 1996 --------------------------------------------------------------------------------------------------20
TABLEAU 3 : EVOLUT ION DES DEPENSES PUBLIQUES DE FONCT IONNEMENT (ET AT ) PAR NIVEAU-----------------20
TABLEAU 4 : COMPOSIT ION ECONOMIQUE DES DEPENSES PUBLIQUES DE FONCT IONNEMENT (EN %) -----------21
TABLEAU 5 : EVOLUT ION DES COUT S UNIT AIRES DE FONCT IONNEMENT PAR NIVEAU D’ENSEIGNEMENT -------22
TABLEAU 6 : COUT S UNIT AIRES COMPARES DE L ’ENSEIGNEMENT -----------------------------------------------------------22
TABLEAU 7 : TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DES QUINT ILES 1 ET 5 (DEPENSES PAR T ET E), EN 1992. ----------24
TABLEAU 8: TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DES QUINT ILES 1 ET 5
(DEPENSES PAR EQUIVALENT -ADULT E), 1992.-------------------------------------------------------------------------------------24
TABLEAU 9: TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION PAR QUINT ILE (DEPENSES PAR T ET E), 1994. -------------------------25
TABLEAU 10 : TAUX DE SCOLARISAT ION DANS L’ELEMENT AIRE PAR QUINT ILE, EN 1992. --------------------------26
TABLEAU 11: TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS L’ELEMENT AIRE PAR QUINT ILE, 1994.-----------------------26
TABLEAU 12: TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS LE MOYEN ET LE SECONDAIRE PAR QUINT ILE EN 1992.28
TABLEAU 13 : TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS LE MOYEN ET LE SECONDAIRE PAR QUINT ILE EN 1994. 28
TABLEAU 14 : TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS LE SUPERIEUR PAR QUINT ILE EN 1992----------------------29
TABLEAU 15 : TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS LE SUPERIEUR PAR QUINT ILE EN 1994-----------------------29
TABLEAU 16 : TAUX BRUT S DE SCOLARISAT ION DANS L’ELEMENT AIRE ET LE MOYEN PAR ZONE EN 1992.-----37
TABLEAU 17 : DEPENSES PUBLIQUES D’EDUCAT ION PAR ZONE EN 1992. --------------------------------------------------38
TABLEAU 18 : M ENAGES AVEC AUCUN ENFANT DE 7-12 ANS SCOLARISE ---------------------------------------------------43
TABLEAU 19 : M ENAGES AVEC AU MOINS UN ENFANT DE 7-12 ANS SCOLARISE ------------------------------------------43

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