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Jacques Vergnaud Christian Taxil

LE GUIDE DES ACHATS

EN MATIERE DE FOURNITURE D’ENERGIE

ET DE SERVICES ENERGETIQUES

Mode d’emploi et conseils pratiques

Document réservé à l’usage des collectivités territoriales et leurs établissements.

Guylène Thibault Hugues Vérité


SOMMAIRE
Préambule : l’énergie, produit concurrentiel et source du développement durable

Glossaire

I. Le contexte juridique : libéralisation du secteur de l’énergie, électricité


et gaz, à partir du 1er juillet 2004

1.1. L’organisation du secteur de l’énergie avant et après le 1er juillet 2004

1.2. L’ouverture du marché de l'énergie : contexte juridique et conséquences sur les


prix

1.3. Les prochaines évolutions réglementaires : vers une efficacité énergétique

II. Les conséquences pour les collectivités au niveau de leurs procédures


d’achat

2.1. La définition des besoins des collectivités


2.1.1. Les comportements de consommation identifiés en matière d’achat
d’énergie
2.1.2. Les outils juridiques à disposition des collectivités en fonction de leur
besoin

2.2 La notion d’éligibilité et l’accès à la concurrence

2.3 L’ordonnance partenariat public-privé

2.3.1. Les principes généraux


2.3.2. Le PPP appliqué aux services d’efficacité énergétique

Conclusion : les collectivités publiques, enjeux citoyens et perspectives


environnementales

Annexe
Rappel historique sur le rôle des collectivités territoriales dans le secteur de l'énergie
Avis du Conseil d’Etat du 8 juillet 2004
Article 30 de la loi n°2004-803 du 9 août 2004
Glossaire

Directive communautaire Acte juridique élaboré par la Commission Européenne, le Parlement


Européen et le Conseil Européen, à portée horizontale au sein des Etats
membres, dont les dispositions claires et non conditionnelles s'appliquent à
compter de sa promulgation et pour les autres à compter de leur
transcription en droit national.

Marché public de service Contrat administratif soumis au code des marchés publics et portant sur la
réalisation de prestations de service.

Marché public de fourniture Contrat administratif soumis au code des marchés publics et portant sur la
vente et livraison de fournitures.

Marché de services Contrat administratif ou de droit privé, soumis aux directives


communautaires pertinentes en matière de services.

Marché de fournitures Contrat, administratif ou de droit privé, soumis aux directives


communautaires pertinentes en matière de fournitures.

Partenariat Public Privé Contrat, administratif ou de droit privé, confiant la conception, la


construction, le financement et/ou l'exploitation et/ou la maintenance d'un
équipement ou d'un service.

Client éligible Client libre de choisir son fournisseur d'énergie, électricité ou gaz.

Indice Platts Platts est une Agence d’origine américaine spécialisée dans l’énergie. Elle
publie un indice du coût moyen du mégawatt électrique dans de nombreux
pays, dont la France depuis 2000. Cet indice est construit quotidiennement
à partir d’information sur les volumes et prix pratiqués chaque jour par les
acteurs de la vente d’énergie.

CRE Commission de Régulation de l'Energie qui constitue une autorité


administrative indépendante en charge du contrôle de l’accès aux réseaux
de l'électricité et du gaz.

Audit énergétique Prestation confiée à un tiers, idéalement indépendant d'autres acteurs


intéressés en aval de cette opération, avec pour objectif de dresser un état
de l'existant des usages et besoins énergétiques d'un client en vue
d'économies.

Producteur d’énergie Acteurs économiques en charge de la production d'énergie, et/ou de la


distribution finale auprès des clients jusqu'au compteur final.

Facility Manager Acteurs économiques en charge de la maintenance d'installations de


redistribution d'énergie après le compteur final.

Société de Services Energétiques Acteurs économiques en charge de prestations plus ou moins intégrées en
vue de l'amélioration des utilisations finales de l'énergie avec une prise de
risque technique et parfois financier.

Contrat de financement par des Accord associant un tiers financier à l'accomplissement de services
tiers énergétiques et au financement de l'investissement.

Contrat de performance Accord contractuel qui garantit le niveau de l'amélioration du rendement


énergétique énergétique par la mise en place d'un service énergétique.

Marché régulé Marché sous monopole de la fourniture avec prix régulé au niveau national
ou du périmètre concerné.

Marché dérégulé Marché soumis à la concurrence au niveau de la fourniture avec prix


dérégulé au niveau national ou du périmètre concerné.

CSPE Contribution aux charges de service public d’électricité (art.5 de la loi du 10


février 2000).
Préambule

L’énergie, produit concurrentiel et source du développement


durable

2004 est une année importante pour les collectivités territoriales françaises dans le
domaine de l’énergie car, depuis le 1er Juillet, le secteur de l’énergie, électricité et gaz,
est libéralisé.

Importante, car les collectivités sont désormais libres de pouvoir choisir librement
leurs fournisseurs d’énergie que sont les distributeurs de gaz et d’électricité.

Pour autant, cette liberté de choix ne saurait se limiter à une vision purement
concurrentielle du produit qu’est l’électricité ou le gaz, et l’ouverture de ce secteur
doit aussi être analysée par les collectivités comme une motivation de repenser leurs
approches vis à vis des achats d’énergie.

En effet, d’une relation unique avec un fournisseur historique, certaines collectivités


seraient enclines à basculer dans le marché concurrentiel de la seule fourniture du
produit énergétique, électricité ou gaz, alors que l’Europe et les engagements pris
par la France en matière de réduction d’énergies poussent plus à enrichir le
produit « énergie » de services, synonyme de performances accrues, d’efficacité
meilleure et d’optimisation des ressources publiques.

Aussi, l’actualité législative nationale et communautaire de ces derniers mois en matière


de commande publique donne et donnera aux collectivités des nouveaux outils juridiques
pour économiser leurs dépenses énergétiques, pour valoriser leur patrimoine et améliorer
les conditions de vie de leurs concitoyens.

Entre le nouveau code des marchés publics, l’ordonnance relative aux partenariats
publics-privés, la loi relative au service public de l'électricité et du gaz et aux entreprises
électriques et gazières, le projet de directive communautaire relative à l’efficacité
énergétique dans les utilisations finales et aux services énergétiques, les collectivités
locales vivent une réforme de fond de leurs pratiques d’achat de fournitures d’énergie et
de services énergétiques.

Tel est l'objet de ce présent guide, donner aux décideurs politiques locaux et à leurs
collaborateurs les grands principes de cette réforme touchant tant les procédures des
achats publics que la formulation des besoins des collectivités depuis le 1er juillet 2004,
et dresser un panorama complet des différentes possibilités qui s'offrent aux
collectivités territoriales en fonction de leur taille et de leurs besoins spécifiques.
I. LE CONTEXTE JURIDIQUE : LIBERALISATION DU SECTEUR DE
L’ENERGIE, ELECTRICITE ET GAZ, A PARTIR DU 1ER JUILLET 2004

En tant que collectivité territoriale, la commune concentre deux rôles bien distincts dans le
paysage énergétique qu'il convient de ne pas confondre :

- D'abord en tant qu'autorité concédante (cf. annexe sur le rappel historique),

Son rôle en tant qu’autorité concédante ne change pas et la commune reste


autorité organisatrice, avec l’Etat, du service public de la distribution d’électricité
et/ou de gaz. Ce service public est concédé à EDF ou à des entreprises locales de
distributions (SICAE, régies,…) au travers un cahier des charges de concession
pour l’électricité.

Le service public de la distribution du gaz est organisé administrativement de la


même manière avec des communes autorités concédantes et des
concessionnaires en gaz, dont Gaz de France.

A ce titre les concessionnaires sont chargés de l’exploitation, de l’entretien et du


développement des réseaux publics de distribution : c’est eux qui assurent la vie
quotidienne du réseau (raccordement, mises en service, résiliations, comptage et
relève des consommations, maintenance, dépannage…).

- Ensuite, en tant que cliente.

Seule la libéralisation du marché de l’énergie va modifier les comportements


d'achat des collectivités locales en tant que clientes.

En tant que cliente, la collectivité locale a conclu des contrats de fournitures pour
l’alimentation de ses bâtiments, de l’éclairage public, etc.

Ces contrats sont souscrits jusqu’à présents auprès de son distributeur qui est
également le concessionnaire de ses réseaux.

Depuis l’ouverture du 1er juillet 2004, la collectivité peut, si elle le souhaite,


souscrire des contrats de fournitures auprès du ou des fournisseurs de son choix.

A compter de cette date, le distributeur historique, de gaz ou d'électricité,


n’assure plus la fourniture d’énergie exclusive sur le territoire français. Les
entreprises assurant la distribution ont séparé l’activité de commercialisation des
contrats de fourniture en créant des entités commerciales distinctes pour assurer
la vente d’énergie. Ces entités commerciales deviennent des fournisseurs au
même titre que les nouveaux entrants sur les marchés de la fourniture
d’électricité ou de gaz.

C'est seulement l'acte de fourniture qui rentre dans le champ de la concurrence, la


distribution restant à la charge du concessionnaire du réseau et le transport sous
monopole. La suite du présent guide est de décrire ce qui change pour les
collectivités dans leur mode d’achat d’énergie et de services énergétiques.
1.1. L'organisation du marché de l'énergie avant et après le 1er juillet 2004

Le marché de l'électricité et du gaz avant et après le 1er juillet 2004

Avant le 1er juillet 2004

MONOPOLE

producteur transporteur distributeur fournisseur

Après le 1er juillet 2004

Mise en Mise en
concurrence concurrence

MONOPOLE

producteur transporteur distributeur fournisseur

Collectivités
Etat Autorités
sous contrôle concédantes
Les relations contractuelles en matière de fourniture d'électricité

Avec l'ouverture du marché des collectivités locales depuis le 1er juillet 2004, il est
intéressant de décrire les évolutions possibles sur la gestion de la relation contractuelle
qu'entretiennent les collectivités en matière de fourniture d'électricité, en tout cas pour
celles ayant décidé d'exercer leur éligibilité.

• Avant le 1er juillet, cas d’une collectivité ayant EDF/GDF pour fournisseur

EDF/GDF

P T D Client

Contrat de
fourniture

• Après le 1er juillet

cas n°1 : la collectivité a un seul fournisseur en contrat unique

Fi
P1 F2

Contrat
CARD
P2 T D F1 Collectivité
cliente

contrat
unique de
fourniture
contrat
RE
Pi

RE

CARD : Contrat d’Accès au Réseau de


Distribution incluant le transport et
l’acheminement P1, P2,.. Pi : producteurs en
concurrence
RE : Responsable d’Equilibre, est garant des
écarts pour l’ensemble des consommations F1, F2, … Fi : fournisseurs
et des injections qu’il prend en charge dans en concurrence
son périmètre d’équilibre. Ce dernier peut
être le fournisseur lui même ou un
assureur, une banque…
Cas n°2 : La collectivité peut avoir plusieurs fournisseurs en contrat unique, un
pour le lot éclairage public, un pour les bâtiments administratifs, un pour la
piscine…

La collectivité peut également avoir des contrats pour la fourniture avec des
fournisseurs et passer un contrat CARD directement avec le distributeur et
également passer elle même son contrat RE.

Fi

P1
contrat
de fourniture

contrat
CARD
P2 T D Collectivité
Cliente

contrat
de fourniture
contrat
RE
Pi
F1

RE

F2

Ce dernier schéma contractuel avec passation de trois contrats ne paraît pas


pertinent pour une collectivité locale. Il est préférable de faire supporter le contrat RE au
fournisseur. Dans le cas contraire, la collectivité supporte les risques industriels relatifs à
l’équilibre des charges.

De plus, le contrat CARD, exclu du champ concurrentiel, ne peut faire l'objet de


mise en compétition. En effet, ce contrat est la contrepartie du droit d'accès aux
réseaux de distribution et de transport qui restent sous monopole respectif du
concessionnaire de la collectivité et de l'Etat (voir point 1.1. en supra).

Au vu de ces indications, on préconise le recours au contrat unique.

Ce point est essentiel dans le calcul du montant du seuil des marchés de


fournitures en cas de choix par la collectivité de recourir à l'application du code des
marchés publics (voir point 2.4.2 en infra).
1-2 L’ouverture des marchés de l'énergie : contexte juridique et
conséquences sur les prix

A l’origine de l’ouverture des marchés, une première directive européenne sur l’électricité
en 1996, puis pour le gaz en 1998.

L'ouverture s'est faite progressivement, et d'une logique de seuil technique qui prévalait
jusqu'au 1er juillet 2004, une consommation pour un comptage, elle est désormais
guidée par une segmentation de marché en faisant de tous les clients non résidentiels
des clients dits "éligibles" par opposition aux ménages domestiques qui seront
concernés à partir du 1er juillet 2007 (cf. infra 2.3).

Il est intéressant de reprendre les dates importantes ayant organisé sur les marchés de
l'électricité et du gaz l'ouverture à la concurrence.

L’ouverture du marché de l’électricité en France

1996 : 1ère Directive Européenne électricité 96/92/CE

1999 : le 19 février, décret fixant le seuil d’éligibilité aux sites ayant une consommation
annuelle supérieure à 100GWh (20% du marché – 200 sites)

2000 : Transposition de la 1ère directive en droit français dans la loi n°2000-108 du 10


février relative à la modernisation et au développement du Service Public de
l’électricité

le 29 mai, décret fixant le seuil d’éligibilité aux sites ayant une consommation
annuelle supérieure à 16GWh (30% du marché – 1400 sites)

2002 : projet de 2ème directive au Sommet de Barcelone en mars, et adoption au


Conseil des ministres de l’Union Européenne en novembre d’une Directive
électricité et gaz

2003 : Loi n°2003-8 du 3 janvier relative aux marchés du gaz et de l’électricité et au


service public de l’énergie

5 février, décret fixant le seuil d’éligibilité aux sites ayant une consommation
annuelle supérieure à 7GWh (37% du marché – 3200 sites)

26 juin, Directive Européenne 2003/54/CE

2004 : 10 juin - avant projet de loi d’orientation sur l’énergie adopté par le Sénat

23 juin – décret n°2004-597 relatif à l’éligibilité des consommateurs d’électricité

1 juillet, éligibilité de tous les clients non résidentiels (70% du marché, 2,3
millions de clients)

8 juillet – avis du Conseil d’Etat relatif aux conditions d’exercice de l’éligibilité


par les personnes publiques pour leurs achats d’électricité

9 août - loi 2004-803 relative au service public de l’électricité et du gaz et aux


entreprises gazières et électriques.
L’ouverture du marché du gaz en France

1998 : 1ère Directive Européenne gaz 98/30/CE, et applicable dès août 2000 : elle ne
sera transposée en droit français qu’en janvier 2003

2000 : 29 mai décret fixant le seuil d’éligibilité aux sites ayant une consommation
annuelle supérieure à 25 millions de m3 au 10 août 2000

2002 : projet de 2ème directive au Sommet de Barcelone en mars, et adoption au


Conseil des ministres de l’Union Européenne en novembre d’une Directive
électricité et gaz

2003 : Loi n°2003-8 du 3 janvier relative aux marchés du gaz et de l’électricité et au


service public de l’énergie

5 février, décret fixant le seuil d’éligibilité aux sites ayant une consommation
annuelle supérieure à 10 millions de m3 au 10 août 2003

26 juin, Directive gaz 2003/55/CE

2004 : 10 juin - avant projet de loi d’orientation sur l’énergie adopté par le Sénat

1 juillet, éligibilité de tous les clients non résidentiels (70% du marché, 500 000
clients)

9 août - loi 2004-803 relative au service public de l’électricité et du gaz et aux


entreprises gazières et électriques.

Les effets de l'ouverture à la concurrence du marché de l'électricité

Un constat macroéconomique s'impose : les prix de vente de l'électricité augmentent.


Pour éclairer ce propos, il suffit de se référer à l'évolution de l'indice "Platt's" sur les 6
premières semaines de l'année 2004 par rapport aux trois dernières années. Il convient
de préciser que ces prix correspondent à un prix de fourniture sèche, sortie de
production.
Indice PLATT’S de fin 2001 à début 2004
Semaine 6
56,00

52,00
Prix pointe
48,00 47,75

44,00
Euro/MWh

40,00

36,00

32,00 31,55
Prix ruban
28,00

24,00

20,00
03

05

07

09

13

15

19

21

25

27

29

31

35

37

41

43

45

47

51
01

11

17

23

33

39

49
semaines
Français - Prix ruban 2004 Français - Prix ruban 2003 Français - Prix ruban 2002 Français - Prix ruban 2001
Français - Prix pointe 2004 Français - Prix pointe 2003 Français - Prix pointe 2002 Français - Prix pointe 2001
Ce constat ne peut, à ce jour, être fait que pour le marché de l'électricité pour lequel il
existe une bourse d'échanges alors que pour le gaz, ce marché est encore émergent. Par
conséquent, l'indice "Platt's" reflète les tensions de l'offre et de la demande de MW sur le
marché nord-américain, européen ou français.

De l'avis de la Commission de Régulation de l'Energie (communiqué en date du 29


janvier 2004), des raisons structurelles combinées à des comportements opportunistes
d'acteurs économiques poussent à croire que cette évolution haussière va durer.

Cet état de faits dément en matière d'énergie la corrélation parfois étroite entre
concurrence et baisse de prix sur ce marché car, les surcapacités de production
d'électricité ont été absorbées augmentant d'autant le coût d'entrée de tout nouvel
opérateur. Ce phénomène économique peut conduire à des pratiques commerciales
moins vertueuses que celles espérées par les acheteurs, qu'ils soient publics ou privés.

Les effets d’aubaine sont donc à bannir du côté des acheteurs, et les effets d’échelle
seront rares, voire irréalistes eu égard à la structure du marché en 2004.
Il y a lieu de s’interroger sur la constitution du prix. Le client est caractérisé par son
profil de consommation. Le profil est constitué de ses besoins de puissance suivant les
heures d’une journée, variant chaque jour de l’année. Le client qui aura la meilleure offre
est celui qui aura le profil de consommation le plus fixe et le plus prévisible dans la
durée et non pas celui qui aura des gros volumes de puissance hétérogène.

Par rapport à la courbe de PLATTS présentée précédemment, le prix le plus régulier est le
prix ruban contrairement au prix le moins prévisible qui est le prix de pointe (+ 50%). Le
prix du client sera compris entre le prix ruban et le prix de pointe auquel il faut ajouter :
! Les marges de commercialisation du fournisseur ;
! L’acheminement (transport et distribution) ;
! Les charges de service public (CSPE) ;
! Les taxes locales ;
! La T.V.A.

Il est possible qu’au regard des différents profils de consommation rencontrés dans le
monde des collectivités locales de dresser une décomposition d’une facture type pour un
achat d’électricité de 100 euros. Cette décomposition pourrait être la suivante :

! 34 % - FOURNITURE
! 34 % - ACHEMINEMENT
! 7 % - CSPE
! 25 % - TAXES DIVERSES

En cas d’exercice de l’éligibilité, la mise en concurrence ne portera donc


que sur environ 34 % de la facture globale : cette remarque est
importante pour le calcul de la computation des seuils de mise en
concurrence.

1.3. Les prochaines évolutions réglementaires : vers plus d'efficacité


énergétique

Les obligations des collectivités locales évoluent vers une optimisation de l'utilisation
énergétique et une amélioration constante de la qualité du service public rendu par une
prise en compte accrue de la dimension environnementale : démarche HQE, certification
ISO, ...

Dans ce contexte, un projet de texte peut être cité organisant pour les dix prochaines
années les modalités de prise en compte de l'énergie dans l'élaboration des politiques
publiques, nationales et locales :

" Le projet de directive communautaire relative à l'efficacité énergétique dans les


utilisations finales et aux services énergétiques donnera une impulsion à chaque Etat
membre pour faire du secteur public un exemple en matière d'amélioration des
conditions de consommation de l'énergie, les collectivités en étant les principaux
acteurs.
Ce qu'il faut retenir : en quelques mots….

L'ouverture du marché de l'énergie aux collectivités


locales à compter du 1er juillet 2004 ne modifie en rien,
d’une part, leur rôle d'autorité concédante du service
public de distribution d'électricité et leur permet, d’autre
part, d’exercer ou non leur droit d’éligibilité.

Les tarifs de l'électricité ont entamé une hausse depuis


quelques années, et cette tendance semble se confirmer
sur la durée.

Seul environ un tiers du montant des factures d'énergie


peut être potentiellement mis en concurrence pour les
collectivités ayant décidé d’exercer leur éligibilité.
II. LES CONSEQUENCES POUR LES COLLECTIVITES AU NIVEAU
DE LEURS PROCEDURES D’ACHAT

2.1. La définition des besoins des collectivités

2.1.1. Les comportements de consommation identifiés en matière d'achat


d'énergie

Il existe sur le marché des comportements applicables pour les deux énergies :

! Il n’y a pas, faute d’offre existante en la matière, de contrat dual : électricité


et gaz.
! Les contrats sont passés pour un point de comptage donné sachant qu’il n’y a
pas de contrat pour un client mais des contrats pour des sites.

Mais chaque énergie dispose de spécificités propres en matière de comportements


d'achats tout en conservant un fil directeur : l'autonomie de la vente de la fourniture par
rapport aux services associés.

• En matière d'achat d’électricité

On rencontre majoritairement 3 grandes familles de comportements de consommation

1) la commune gère un poste dédié au global à l'énergie électrique

Pour chaque point de comptage elle dispose d’un contrat, quelque soit la finalité de
consommation. L’ensemble des dépenses est regroupé au titre des dépenses
d’énergie électrique.

2) la commune a deux structures de gestion : une spécifique pour l'éclairage public,


l’autre pour les bâtiments.

Il y a donc deux postes de dépenses séparés : d'un côté l'éclairage public et de


l'autre, la consommation électrique des bâtiments.

3) L'éclairage public est géré par un tiers.

Ce dernier a souscrit les contrats de fournitures concernant l’éclairage public en


propre (P1). La commune souscrit les contrats de fourniture pour l’alimentation de
ses bâtiments. Il est très rare de rencontrer un P1 pour la fourniture de l’énergie
électrique des bâtiments.
• En matière d'achat de gaz

On rencontre majoritairement 2 grandes familles de comportements de consommation

1) la commune gère un poste de dépense d'énergie gaz

Pour chaque point de comptage elle a un contrat, quelque soit la finalité de


consommation. L'ensemble des dépenses est regroupé au titre des dépenses
d’énergie gaz.

2) la gestion énergétique et la fourniture (P1) est assurée par un tiers.

Ce dernier a souscrit les contrats de fournitures et a très souvent une mission de


prestation de services en relation directe avec la fourniture : entretien, maintenance
(voir point infra),….

• Cas spécifiques des contrats globaux en matière de gestion thermique

Les Collectivités ont souvent confié à des opérateurs la gestion thermique de leurs
installations sous forme de contrats globaux, intitulés "contrat de garantie totale". Dans
le cadre de ces contrats, la gestion du poste "énergie" est assumée par l'opérateur en
plus de l'entretien, maintenance et renouvellement, et l'ouverture à la concurrence peut
avoir des conséquences sur ces contrats.

En effet, certaines collectivités auront intérêt à reprendre le contrôle de la dépense


énergétique.

• Les ratios de dépenses d’énergie par rapport aux dépenses de


fonctionnement d’une commune

Pour une commune comprise entre 5 et 10 000 habitants


- le ratio du poste énergie / dépenses totales = 2 %

Pour une commune comprise entre 10 et 50 000 habitants


- le ratio du poste énergie / dépenses totales = 2,7 à 3,5 %

Ces ratios sont approximatifs et sont issus d’une étude faite auprès de communes du Val
d’Oise.
2.1.2. Les outils juridiques à disposition des collectivités fonction de leurs
besoins

Les collectivités ont des besoins différenciés selon leur importance, leur relation
interinstitutionnelle, intercommunalité, transfrontalier, ou plus simplement selon leur
vocation d’origine.

Dans le domaine de l’énergie et des services énergétiques, il est possible de dresser une
liste de besoins, allant de la simple fourniture d’énergie jusqu’au service d’efficacité
énergétique, en passant par l’exploitation-maintenance d’équipements énergétiques.

Le tableau ci-dessous détaille l’inventaire de ces besoins plus ou moins intégrés et


composites, en les reliant à des types d’acteurs et à des modes de contractualisation
possible.

Définition des besoins Définition des Acteurs Qualification du Contrat

Conseils indépendants Mandat conclu à titre onéreux


1 Mandat d’achat de produits énergétiques Centrales d’achats sous forme de marché public

Achat de produits énergétiques avec ou sans Fournisseurs d’énergie Marché public de fournitures
2 services personnalisés de suivi de factures Distributeurs d’énergie

- Marché public de fournitures


Services de suivi de factures avec conditions Fournisseurs d’énergie si prestation liée
3 particulières tels que l’imputation par Distributeurs d’énergie - Marché public de services si
bâtiment, par communes,… prestation non intégrée à la
vente de fournitures

Audit énergétique Conseil indépendant Marché public de services


4 Distributeur d’énergie
Société de services
énergétiques

5
Exploitation-maintenance d’équipements Facility manager Marché public de services
énergétiques, de bâtiments publics, tertiaires installateur
ou techniques

Contrat de performance énergétique Société de services Partenariat Public Privé


6 énergétiques
Distributeur d’énergie
2.2 La notion d’éligibilité et l’accès à la concurrence

La loi n°2000-108 subséquemment modifiée par la loi n°2003-8 relative à la


modernisation et au développement du service public de l'électricité organise les
conditions dans lesquelles les clients éligibles peuvent accéder au marché concurrentiel
de la fourniture d'électricité.

# La définition de client éligible

C'est le droit communautaire qui donne une définition du client éligible en ses termes :

"CLIENTS ELIGIBLES » : clients qui sont libres d'acheter de l'électricité au


fournisseur de leur choix au sens de l'article 21 de la présente directive"
(cf. Directive n°2003/54/CE).

Depuis le 1er juillet 2004, et conformément aux dispositions de l'article 21 de la directive


n°2003/54/CE pour l'électricité et de l'article 23 de la directive n°2003/55/CE pour le
gaz, l'ensemble des clients non résidentiels sont désormais des clients éligibles. Les
collectivités et leurs établissements publics peuvent depuis le 1er juillet 2004 exercer leur
égibilité.

# Les conditions de l’exercice de l’éligibilité

L’exercice de l’éligibilité est une faculté offerte aux collectivités depuis le 1er juillet 2004,
ce n'est pas une obligation.

Depuis cette date, les conditions d’exercice de cette éligibilité sont modifiées.

Jusqu’à cette date, il revenait aux Etats membres la responsabilité de la définition des
critères de l’éligibilité. Dans ce cadre, l’Etat français avait retenu la puissance
consommée sur un site. Le client éligible était ainsi défini pour un site donné. Par
exemple, un client multi-sites (ayant plusieurs points de comptage) devait faire autant de
déclarations d'éligibilité qu'il avait de sites éligibles.

Depuis le 1er juillet 2004, ce n’est plus en vigueur et seules les dispositions des directives
s’appliquent de plein droit. Il s’agir donc désormais d’une définition basée sur le segment
de clientèle (« tous les clients non résidentiels »). Les notions de site et de seuil ne sont
plus à prendre en considération.

# Les conséquences de l’exercice de l’éligibilité pour les collectivités locales

Si une collectivité engage une procédure de passation de marchés publics pour un de ses
équipements, elle exerce désormais son droit à l’éligibilité, en tant que cliente non
résidentielle, pour l’ensemble de ses contrats de fourniture d’énergie. Par exemple, pour
une patinoire inaugurée le 1er août 2004, la collectivité ayant décidé de lancer une
consultation pour cet équipement devra remettre en concurrence l’ensemble des ses
autres contrats portant fourniture d’énergie au terme de leurs périodes contractuelles.

L’exercice de l’éligibilité pour un équipement vaut donc exercice de l’éligibilité pour la


commune qui ne peut donc plus prétendre au tarif régulé.
# Le recours au groupement de commandes

L'article 8 du nouveau code des marchés publics stipule que :

"Des groupements de commandes peuvent être constitués :


- soit par des services de l'Etat,
- soit par des collectivités territoriales, par des établissements locaux

Une convention constitutive est signée par les membres du groupement. Elle définit les modalités
de fonctionnement du groupement. Elle désigne un des membres du groupement comme
Coordonnateur chargé de procéder, dans le respect des règles prévues par le présent code, à
l'organisation de l'ensemble des opérations de sélection d'un ou de plusieurs co-contractants.
Chaque membre du groupement s'engage, dans la convention, à signer avec le cocontractant
retenu un marché à hauteur de ses besoins propres tels qu'ils les a préalablement déterminés".

La procédure du groupement de commandes peut paraître une solution alléchante.


Certes, la tentation est grande de procéder à une massification des besoins et de
rechercher, l'effet volume- effet quantité.
Pour autant, le résultat d'une telle procédure ne portant que sur la seule fourniture du
produit énergétique, électricité ou gaz, risque de conduire à une déconvenue pour les
raisons suivantes :

$ coût de la procédure, direct ou indirect en cas de recours à un


expert extérieur,
$ coût de la participation au groupement de commandes,
$ réalisation de l'audit des besoins préalable au lancement de toute
procédure de mise en concurrence,
$ lissage de la formulation des besoins,
$ perte relative d'autonomie de décision.

Enfin, il convient de rappeler que l’électricité n’est pas un bien courant de consommation
et son prix dépend avant tout du profil de consommation et non du seul volume d'achat
et adhérer à un groupement de commandes entraîne de facto pour une collectivité
adhérente l’exercice des droits attachés à son éligibilité. Elle ne peut plus prétendre
revenir aux tarifs régulés.
2.3. L’ordonnance Partenariat Public-Privé

Cité dans les exposés de la loi d'orientation sur les énergies, le Partenariat Public Privé
(PPP) se présente comme un outil financier mis à disposition des collectivités en termes
d'optimisation d'énergie.

Le dispositif est prévu par l’ordonnance n°2004-559 du 17 juin 2004 relative aux contrats
de partenariat.

2.3.1. Les principes généraux

# La définition des PPP


Article L.1414-1 du Code Général des Collectivités Territoriales : les contrats de
partenariat sont des contrats administratifs par lesquels la personne publique confie à un
tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d’amortissement des
investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale relative
au financement d’investissements immatériels d’ouvrages ou d’équipement nécessaires a
service public, à la construction ou transformation des ouvrages ou équipements, ainsi
qu’à leur entretien, leur maintenance, leur exploitation ou leur gestion et ,le cas échéant,
à d’autres prestations de services concourant à l’exercice par la personne publique, de la
mission de service public dont elle est chargée. Le cocontractant de la personne publique
assure la maîtrise d’ouvrage des travaux à réaliser. Il peut se voir confier tout ou partie
de la conception des ouvrages. La rémunération du cocontractant fait l’objet d’un
paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle peut être liée
à des objectifs de performance assignés au cocontractant.

Les PPP se distingue des marchés publics et des délégations de service public car :

- l'objet du contrat porte obligatoirement sur la conception, la mise en œuvre, la


maintenance et le financement d'un équipement ou d'une prestation de service,
- la rémunération est définie sur la base de performances, sans être dépendante de
l'exploitation du service public comme en matière de délégation de service public,
- le contrat comprend un partage de risques défini contractuellement entre l'opérateur
et le pouvoir adjudicateur.

# Le mode de passation du PPP

Avant tout, il y a lieu de préciser que deux types de contrats de partenariat sont
possibles : le contrat de partenariat « projet complexe » et le contrat de partenariat
« projet exclusivement urgent ». La procédure de passation est différente selon le
partenariat développé mais le schéma de procédure est quant à lui identique.

Les PPP sont dévolus schématiquement dans les conditions suivantes :

1. l'assemblée délibérante devra motiver le choix du recours au PPP au moyen d’un


évaluation préalable (art. L.1414-2 in fine du CGCT),
2. un appel à candidatures sera réalisé dans des conditions prévues par décret,
3. une commission ad hoc sélectionne les candidats admis à participer au dialogue
défini à l’article L.1414-7 ou à la procédure décrite à l’article L.1414-8 du CGCT,
4. la phase de dialogue peut sous certaines conditions être engagée par la personne
publique et lorsqu’elle estime que la discussion est arrivée à son terme, elle invite
les candidats à remettre leur offre finale,
5. la PRM retient le candidat qui répond au mieux aux critères de jugements des
offres comme défini dans l'avis de publicité (art. L.1414-9 du CGCT),
6. l’assemblée délibérante autorise la signature du contrat de partenariat (art. L.1414-
10 du CGCT).
PROCEDURE DE PASSATION DE PPP POUR COLLECTIVITES

Le schéma suivant reprend les grandes étapes d'une procédure de passation de PPP.
Evaluation comparative entre le recours aux
procédures de marchés publics séparés et le PPP

Rapport de la PRM

Décision de l'assemblée délibérante sur le


principe du contrat de PPP

Avis de publicité dans des publications afin


de respecter l'obligation de transparence

Commission "PPP" - désignation des


candidats

Intervention de la personne
publique

Avec phase de Sans phase de


dialogue dialogue

Autorisation de l'assemblée délibérante à


signer le contrat de PPP
2.5.2.le PPP appliqué aux services d’efficacité énergétique

# L'impulsion du droit communautaire

Dans le cadre des engagements pris par l'Union Européenne de réduire l'émission de gaz à effet de
serre, le projet de directive relative à l'efficacité énergétique dans les utilisations finales et aux
services énergétiques préconise de recourir à des outils juridiques au sein des Etats membres afin
d'optimiser l'utilisation d'énergie auprès des usagers finaux.

Parmi ses outils, la Commission Européenne et le Conseil Européen ont ciblé les contrats faisant
appel aux financements à des tiers comme étant un outil de réduction des consommations
énergétiques auprès des utilisateurs finaux.

Le projet de directive insiste sur l'exemplarité attendue des autorités publiques au sein des Etats
membres ce que l'avant projet de loi d'orientation sur les énergies en France a repris dans sa
version connue lors de la rédaction du présent guide.

C'est pourquoi ce modèle de recours à des tiers financeurs mérite d'être présenté dans ses grandes
lignes comme un montage juridique et financier synonyme de gains et d'économie d'énergie pour
les collectivités locales.

# La présentation des contrats de financement par tiers dans le domaine de l'efficacité


énergétique

Collectivité locale
- Commune,
- EPCI
- Département
- Région

PPP - contrat
performantiel

Opérateur de services
- Garantie d'économies Tiers financeur
- obligation de résultat
- conseil et expertises
- investissement
Cession de créances ou
titrisation

Ce montage juridique et financier présente pour les collectivités un certain nombre


d'avantages :

1. les opérateurs présents sur ce marché sont la plupart indépendants des autres
acteurs, offrant ainsi une objectivité forte aux décideurs publics dans le cadre de leur
mission,

2. les contrats conclu entre l'opérateur et la collectivité prévoient des investissements


lissés sur la durée et non immobilisables dans les comptes des collectivités,
renforçant ainsi leur formation brute de capital fixe et améliorant leur ratio
d'endettement,

3. la collectivité locale autorise l'opérateur à rembourser les investissements ainsi


réalisés par les économies d'énergies dégagés sur la durée du contrat.

EUROSTAT a précisé les conditions auxquelles les partenariats publics privés devaient
répondre pour que les collectivités n'aient pas à enregistrer dans leurs comptes les
investissements mis en œuvre dans ce type de cadre contractuel et ainsi ni supporter le
passif (pas de remboursement d'emprunt), ni l'actif (pas d'amortissement pour
dépréciation).

Pour faire bénéficier aux collectivités d'une déconsolidation des actifs ainsi mobilisés pour
réduire la consommation énergétique, les contrats de PPP devront prévoir :

- de faire supporter le risque de construction à l'opérateur,

- de l'obliger à assurer la disponibilité du service énergétique sous contrainte


performantielles.

# Le champ d'application des PPP en matière de services énergétiques

Les PPP, comme outil de la politique énergétique au service des collectivités, peuvent se
décliner de la manière qui suit, sans que cette énumération soit exhaustive :

- service de performance énergétique

# gestion multi sites sur un territoire, communal ou intercommunal, départemental


ou régional
# gestion mono site tel que Immeuble de grande hauteur ou immeuble tertiaire

- service de fiabilisation de la distribution électrique : continuité, intensité,…,

- service de gestion globale de l'éclairage public, y compris l'optimisation du poste


"énergie",

# Les clients publics pouvant bénéficier des avantages d'un PPP

La mise en œuvre d'un PPP en matière d'optimisation énergétique implique que la


collectivité atteigne certains seuils pour justifier le recours à ce type de montage
juridique et financier.

En effet, le coût d'une telle procédure peut être estimé à celui rencontré dans le cadre
d'une délégation de service public, et sa réussite nécessite du côté de la collectivité une
bonne connaissance de l'existant et une définition précise de ses besoins.

Enfin, le rendement économique attendu de ce type de montage juridique en matière de


services énergétiques dépend du gisement potentiel d'économies, donc du nombre
d'installations et de bâtiments, ainsi que de la standardisation des solutions techniques
sur un périmètre le plus large possible.

Il sera donc réservé à des collectivités dont la taille, l’importance et la complexité des
besoins permettront de rentabiliser l’investissement initial.
Ce qu'il faut retenir : en quelques mots….

Le législateur a confirmé le droit pour les collectivités de


ne pas être obligée de mettre en concurrence leurs
contrats de fournitures au sens de l'article 81 du code des
marchés publics dès lors qu'elles n'ont pas décidé
d'exercer leurs droits attachés à l'éligibilité.

L'ouverture totale du marché prévue en 2007 par les


directives communautaires ne devrait pas changer cette
situation.

Les Collectivités doivent profiter de cette occasion pour


repenser leur politique énergétique en mettant en œuvre
des actions visant à améliorer les utilisations finales de
l’énergie et ainsi réduire le volume de consommation.
Conclusion

Les collectivités publiques et l’utilisation finale de


l’énergie : enjeux citoyens et perspectives
environnementales

A la fois client final et client éligible, les collectivités ont devant elle un
véritable enjeu car les changements de comportement d’achat en matière
d’énergie et de services énergétiques vont peser sur la qualité
environnementale de nos villes et campagnes.

Par la définition d’un besoin adapté à sa propre situation, chaque


collectivité oeuvrera pour l’amélioration des conditions de vie par le
recours à des modalités d’achat dont le but ultime devra rester celui de
renforcer l’efficacité énergétique dans les utilisations finales, notamment
par la promotion des services énergétiques.

Pour cela, les collectivités se montreront exemplaires et innovantes en


recourant aux nouveaux outils juridiques mis à leur disposition, que ce
soit les contrats de performance énergétique, les contrats de financement
par des tiers, les achats groupés d’énergie, l’achat d’énergie fiabilisée…

Dans le contexte juridique et économique pour le moins mouvant, les


auteurs ne peuvent que vous recommander humblement de ne pas céder
à la précipitation du tout concurrentiel mais privilégier ce moment pour
entreprendre une analyse fine de vos besoins en énergie.
ANNEXES

RAPPEL HISTORIQUE SUR LE ROLE DES COLLECTIVITES


TERRITORIALES DANS LE SECTEUR DE L'ENERGIE

les communes, autorités concédantes de la distribution

Les lois organisant le service public de l'électricité et du gaz remontent à la fin du


XIXème siècle et font des communes des acteurs structurant l'organisation de ces
services publics.

" Loi du 5 avril 1884


" Loi du 15 juin 1906 : instauration du statut légal des distributions d’électricité
" Cahiers des charges types, approuvés par décrets des 17 mai et 20 août 1908 et 30
novembre 1909 : service public de l’électricité,
" Loi n°46-628 du 8 avril 1946 : nationalisation de la production, du transport et de la
distribution de l’électricité et du gaz de France en confiant ces activités aux services
nationaux d’Electricité de France (EDF) et de Gaz de France (GDF) et à leurs services
locaux de distribution,
" Loi relative au service public de l'électricité et du gaz et aux entreprises électriques et
gazières, adoptée en petite loi par le Sénat le 21 juillet 2004.

EDF et GDF deviennent ainsi les concessionnaires uniques et obligés des communes pour
la distribution du gaz et de l’électricité. Quoique privées du libre choix de leur
concessionnaire, les communes sont confirmées dans leurs prérogatives d’autorités
concédantes par la loi de nationalisation dont l’article 36 dispose que : « l’Etat, les
collectivités locales et, le cas échéant, les tiers conservent tous les droits résultant des
cahiers des charges en vigueur ».

" Lois de décentralisation de 1982 et 1983 : avec la suppression des cahiers des
charges types au profit de modèles non obligatoires.

Le pouvoir de contrôle des autorités concédantes est ainsi affirmé par le législateur,
ouvrant aux communes et syndicats intercommunaux compétents la possibilité de
renégocier les conditions d'exécution de la concession, notamment sur les programmes
de travaux et leur financement.

Le service public local de l’électricité

# Les communes

Le rôle des communes est expressément affirmé à l’article 1er de la loi n°2000-108 du
10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de
l’électricité (transposant la directive européenne 96/92) : "le service public de l’électricité
est organisé, chacun en ce qui les concerne, par l’Etat et les communes et leurs
établissements publics de coopération ». L’article 17 insère dans le Code Général des
Collectivités Territoriales un article L.2224-31 qui rappelle que les collectivités
territoriales sont les autorités concédantes de la distribution d’électricité. Elles négocient
et concluent les contrats de concession et assurent le contrôle du bon accomplissement
des missions de service public fixées par les cahiers des charges.
# Les syndicats d'électrification

C’est l’article 6 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d’énergie électrique qui
constitue le fondement juridique du pouvoir concédant des communes pour la distribution
d’électricité. L’incitation au regroupement communal est devenue très tôt une
préoccupation des pouvoirs publics et c’est la loi du 15 juin 1906 elle-même qui a
accordé le pouvoir concédant pour la distribution d’électricité aux « syndicats formés par
plusieurs communes » (art. L.2224-31 du CGCT). Tous les syndicats d’électricité ne sont
pas investis du pouvoir concédant. Un certain nombre d’entre eux sont constitués dans le
seul but de percevoir la taxe d’électricité ou d’exercer les prérogatives de l’autorité
concédante en matière de contrôle du concessionnaire.

Le service public du gaz

# Les communes

Contrairement à l’électricité, il n’existe pas de texte spécifique fondant le pouvoir


concédant des communes pour la distribution du gaz. Les concessions communales de
distribution publique de gaz ont été instituées par la loi municipale du 5 avril 1884. La loi
du 3 janvier 2003 de transposition de la directive communautaire n°98/30 réaffirme que
le service public du gaz est organisé par l’Etat et par les communes ou leurs
établissements publics de coopération.

# L'intercommunalité

Dans le domaine de la distribution de gaz comme dans celui de la distribution


d’électricité, il existe des syndicats primaires ou départementaux. En l’absence de
disposition expresse, ceux-ci se constituent dans les conditions de droit commun soit
sous forme de syndicat de communes, soit sous forme de syndicat mixte comprenant des
communes, des EPCI et dans certain cas le département.

Les Missions des autorités concédantes

En tant qu'autorités concédantes, les collectivités sont en charge d'assurer :

" La Propriété des ouvrages de distribution,


" Le Contrôle du concessionnaire,
" La Maîtrise d’ouvrage des travaux de développement des réseaux publics,
" La Limitation de l’extension des réseaux,
" La Perception des redevances du concessionnaire et de la taxe locale d'électricité,
" La programmation des travaux, autres que renouvellement à charge du
concessionnaire,
" La coordination avec les autres actions publiques : urbanisme, déplacements urbains,
architecture, éclairage public.
J.O n° 185 du 11 août 2004 page 14256 texte n° 1

LOI n° 2004-803 du 9 août 2004 relative au service public de l'électricité et


du gaz et aux entreprises électriques et gazières

Article 30

Les dispositions du code des marchés publics n'imposent pas à l'Etat, à ses établissements publics,
aux collectivités territoriales et à leurs établissements publics d'exercer les droits accordés au III de
l'article 22 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 précitée et au dernier alinéa de l'article 3 de la loi
n° 2003-8 du 3 janvier 2003 précitée.
SECTION DES TRAVAUX PUBLICS CONSEIL D’ETAT
N° 370.135 EXTRAIT DU REGISTRE DES DELIBERATIONS DE
L’ASSEMBLEE GENERALE DU CONSEIL D’ETAT

M. de LA VERPILLIERE, Rapporteur SEANCE DU 8 JUILLET 2004

DEMANDE D’AVIS relative aux conditions d’exercice de l’éligibilité par les personnes
publiques pour leurs achats d’électricité

AVIS

Le Conseil d’Etat, saisi par le ministre d’Etat, ministre de l’économie, des finances et de
l’industrie des questions suivantes :

1. Compte tenu du caractère optionnel conféré à l’éligibilité par l’article 22 de la loi du 10


février 2000 conformément aux directives 96/92/CE et 2003/54/CE, une personne
publique dont les marchés de fournitures sont soumis au code des marchés publics
pourra-t-elle, à compter du 1er juillet 2004, conserver le contrat de fourniture
d’électricité conclu avec EDF ou un distributeur non nationalisé dans le cadre du
monopole institué par la loi n° 46-628 du
8 avril 1946 ?

2. Dans l’hypothèse où la réponse à cette première question serait négative, les


personnes publiques en cause devront-elles immédiatement résilier leur contrat en cours
ou pourront-elles attendre l’arrivée à échéance de ce contrat pour conclure un nouveau
contrat de fourniture d’électricité dans les conditions fixées par le code des marchés
publics ?

3. La réponse aux deux questions précédentes peut-elle être différente, selon que les
seuils fixés à l’article 28 du code des marchés publics sont ou non franchis ?

Vu le traité de Rome du 25 mars 1957 instituant la Communauté européenne ;


Vu la directive 2003/54/CE du 26 juin 2003 concernant des règles communes pour le
marché intérieur de l’électricité et abrogeant la directive 96/92/CE ;
Vu la directive 2004/18/CE du 31 mars 2004 relative à la coordination des procédures de
passation des marchés publics de travaux, de fournitures et de services ;
Vu la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 modifiée relative à la modernisation et au
développement du service public de l’électricité ;
Vu le décret n° 2004-597 du 23 juin 2004 relatif à l’éligibilité des consommateurs
d’électricité et modifiant le décret n° 2000-456 du 29 mai 2000 ;
Vu le code des marchés publics ;

EST D’AVIS qu’il y a lieu de répondre aux questions posées dans le sens des
observations qui suivent :

I - Aux termes de l’article 21 de la directive 2003/54 du 26 juin 2003 susvisée : «Les


Etats membres veillent à ce que les clients éligibles soient (…) à partir du 1er juillet 2004
au plus tard, tous les clients non résidentiels ». Il résulte de ces dispositions, qui
viennent d’être transposées par le décret n° 2004-597 du 23 juin 2004 pris pour
l’application du I de l’article 22 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 susvisée, qu’à
compter du 1er juillet 2004 toutes les personnes, y compris les personnes publiques,
achetant de l’électricité non destinée à un usage domestique sont éligibles, c’est-à-dire
libres d’acheter leur électricité au fournisseur de leur choix.
II - Les conséquences de l’accession d’une personne publique à l’éligibilité sur l’exécution
des contrats en cours, conclus avant le 1er juillet 2004 avec EDF ou un distributeur non
nationalisé dans le cadre du monopole de fourniture aux clients non éligibles, sont les
suivantes :

1°) Si la personne publique décide d’exercer les droits attachés à l’éligibilité, les contrats
en cours sont résiliés de plein droit en application de l’article 49 de la loi du 10 février
2000, aux termes duquel : « Lorsqu’un client éligible exerce, pour un site donné tel que
défini à l’article 22 de la présente loi, les droits accordés au III de ce même article, les
contrats en cours concernant la fourniture de ce site par Electricité de France ou les
distributeurs non nationalisés (…) sont résiliés de plein droit ». Il appartient alors à la
personne publique de choisir un fournisseur et de conclure avec lui un marché public
dans le respect des règles prévues par le code des marchés publics, variables selon
l’importance des besoins à satisfaire.
Il peut, dans ce cas, être fait application des dispositions de l’article 81 du code propres
aux marchés conclus pour l’acquisition d’énergies non stockables.

2°) Si la personne publique choisit, comme elle en a la faculté à l’instar des autres clients
éligibles, de ne pas exercer les droits attachés à l’éligibilité, les contrats en cours
continuent de s’exécuter, ainsi que le prévoient expressément les dispositions du
troisième alinéa du I de l’article 4 de la loi du 10 février 2000, ainsi rédigé : « Lorsqu’un
client éligible n’exerce pas les droits accordés au III de l’article 22 de la présente loi, il
conserve le contrat en vigueur à la date à laquelle il devient éligible.»

III - A l’expiration des contrats en cours, deux hypothèses doivent à nouveau être
envisagées.

1°) Si la personne publique décide, cette fois, d’exercer les droits attachés à son
éligibilité, elle conclut un marché public de fournitures dans les conditions rappelées au
1° du II ci-dessus.
2°) Si la personne publique choisit, au contraire, de continuer à ne pas exercer les droits
attachés à son éligibilité, cette décision, qui est étrangère aux règles de la commande
publique alors même qu’elle entraîne la passation d’un nouveau contrat réglementé avec
EDF ou un distributeur non nationalisé, n’est soumise à aucune procédure ni formalité
particulière.

IV – La solution décrite au 2° du III ci-dessus est liée à la coexistence provisoire d’un


secteur réglementé et d’un marché libre. Il conviendra donc de réexaminer la situation
lorsque l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité sera complète.

Ce projet d’avis a été délibéré et adopté par le Conseil d’Etat dans sa séance du 8 juillet
2004.

Le Vice-Président du Conseil d’Etat


Signé : R. DENOIX de SAINT MARC
Le Conseiller d’Etat, Rapporteur
Signé : Ch. de La Verpillière
Le Secrétaire Général Adjoint du Conseil d’Etat
Signé : C. VEROT
CERTIFIE CONFORME
LE SECRETAIRE GENERAL ADJOINT
DU CONSEIL D’ETAT
LES AUTEURS

Jacques Vergnaud Christian Taxil

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Cadre d'entreprise, ingénieur de l’Ecole des


Commerce de Paris, ancien responsable des Mines de Douai, il occupe les mandats
achats au sein d'une entreprise d'adjoint au Maire de la commune de
internationale, il occupe depuis plusieurs Courdimanche (6 500 habitants, Val
années le poste d’adjoint au Maire en d’Oise), de délégué au sein de syndicats à
charges des finances de la commune de vocation multiple dans la région parisienne,
Saint-Ouen l’Aumône (23 000 habitants, et connaît tout particulièrement le secteur
Val d’Oise), et de vice-président d'un de l'électricité en France.
syndicat intercommunal de la région
parisienne.
Tél. Mairie : 01 34 46 72 00
Tél. Mairie : 01 34 21 25 00

Guylène Thibault Hugues Vérité

Titulaire d’un 3ème cycle en droit public, elle Diplômé de l'IEP, il exerce depuis près de
occupe actuellement le poste de 10 ans des fonctions de juriste et de
responsable juridique de la commune de consultant auprès des grandes entreprises
Saint-Ouen l’Aumône, Agglomération de et collectivités locales en France. Il est
Cegy-Pontoise (23 000 habitants) dans la l'auteur d'articles sur le droit public
région parisienne. économique en France et en Europe.

Tél. Mairie : 01 34 21 25 00

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