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aelt rs POMP ae W CM OCT eM Mau eoee CM etic Cela MOLT ele SM Mele LMM Selle Ma) Lela Moe Ta ¢ Notes de synthése Satoh e Coda Jacqueline MORAND-DEVILLER cei Pierre BOURDON Cirle a L1G] D] J fimexeres) DROIT ADMINISTRATIF. Commentaire d’arrét Référé-suspension: l’affaire du porte-avions Clemenceau CE, 13 février 2006, «Association Ban Asbestos France et autres» «Sur les fins de non-recevoir opposées par le ministre de la Défense et la société SDI: Considérant que les déci défense des victimes de l'amiante demandent la suspension, qui tendent au transfert de U'ex-porte- avions en Inde en vue de son désamiantage résiduel et de sa démolition, ne constituent pas des. mesures d’exécution du contrat aux fins de désamiantage et de démolition de la coque l'ex-porte- avions Clemenceau, passé entre l'Etat et la société SDI; qu'il suit de la que la fin de non-recevoir, tirée de ce que la demande des associations requérantes tendant & l'annulation de ces décisions serait irrecevable comme portant sur un acte non détachable d'un contrat, doit étre écarté Sur les conclusions aux fins de suspension Sur Vurgence: Considérant que Uurgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque Uexécution de celui-ci porte atteinte, de maniére suffisamment grave et immeédiate, a un intérét public, la situation du requérant ou aux intéréts qu'il entend défendre:; qu'il appartient au juge des référés d'apprécier concrétement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de U'acte litigieux sont de nature & caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requéte au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ; Considérant que les risques en matiére de protection de environnement et de la santé publique découlant de ce qu’aprés la délivrance de l'accord des autorités de l'Union indienne, susceptible d'intervenir a bréve échéance, la coque du Clemenceau pourrait pénétrer dans les eaux placées sous la souveraineté de ce pays en vue de l'exécution d’opérations de démantélement dont engagement présenterait un caractére irréversible, sont de nature 4 porter atteinte suffisamment grave et immédiate aux intéréts défendus par les associations requérantes ; qu‘ainsi il est satisfait a la condition d'urgence exigée par Uarticle L. 521-1 du Code de justice administrative; Sur la condition relative au doute sérieux. ions dont le Comité anti-amiante Jussieu et ‘Association nationale de Considérant qu'il résulte de ce qui précéde que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du réglement (CEE) n° 259/93 du Conseil, du 1*' février 1993, concernant la surveillance et le contréle des transferts de déchets & Uentrée et & la sortie de la Communauté européenne, est propre a créer, en Vétat de Uinstruction, un doute sérieux quant 4 la légalité des décisions contestées ; Considérant qu'il résulte de ce qui précéde qu'il y a lieu d’ordonner la suspension des décisions contestées; Sur les conclusions aux fins d'injonction Considérant que toutefois, la présente décision n‘implique pas nécessairement qu'il soit enjoint Etat, comme le demandent les associations requérantes, que la coque de U'ex-porte-avions Clemenceau soit rapatriée jusqu’a son port d’attache; qu’ainsi, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées & cette fin; Décide Art. 1°": L'intervention de la Fédération internationale des ligues des droits de ‘homme n'est pas admise. Art, 2: Les ordonnances du 30 décembre 2005 du TA de Paris sont annulées. 166 Réflexions et débats Art. 3: L'autorisation d’exportation de matériels de guerre délivrée le 29 novembre 2005 en vue de Uexportation de la coque de U'ex-porte-avions Clemenceau, la décision implicite de rejet opposée & la demande tendant & ce que la coque du Clemenceau ne soit pas transférée en Inde pour son désamiantage final et & ce que ce désamiantage soit réalisé en France, enfin la décision, révélée par une déclaration du 22 décembre 2005 du porte-parole du ministre de la Défense, de transférer le Clemenceau en Inde en vue de son désamiantage, sont suspendues ». Introduction = Orgueil de la marine nationale, le porte-avions Clemenceau, mis & flot en 1957 apres quarante années de service, a été désarmé en 1997, remplacé par le porte-avions Charles de Gaulle. Devenu une coque vide, il reste lourdement chargé d’amiante et (‘Etat prend la décision de passer un contrat avec une société privée afin qu'il soit procédé au désamiantage avant d’étre revendu par morceaux. Les premiers contrats conclus avec une société espagnole, puis avec une société grecque restent sans suite et la France signe un nouveau contrat avec une société ayant son chantier en Inde. ~ Plusieurs associations saisissent le juge des référés du TGI de Paris, puis la cour d’appel qui se déclarent incompétents. Elles s'adressent alors au TA de Paris pour demander en référé la suspen- sion, d'une part, du refus du Premier ministre de revenir sur sa décision de transfert en Inde, d’autre part, de Uautorisation d’exportation de matériel dit de guerre donnée par le ministre des Finances. — Par deux ordonnances du 30 décembre 2005, le juge des référés du TA de Paris rejette ces demandes, considérant qu’aucun des moyens soulevés n’est de nature a créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. Les associations se pourvoient en cassation. Le Clemenceau avait quitté le port de Toulon le lendemain du jugement et voguait vers UInde. Le CE, dans un délai bref d'un mois et demi, annule les deux ordonnances [arrét du 13 février 2006). La réflexion s‘ordonnera autour des trois questions suivantes: la recevabilité des requétes (I), la qualification juridique du Clemenceau et le droit applicable III), les conditions du référé-suspension et de U'injonction (Hil). Il. La recevabilité des requétes Le Premier ministre et le ministre de la Défense soulévent plusieurs moyens tendant & démontrer Virrecevabilité des requétes. A. La qualité pour agir ~ Rappeler la jurisprudence sur U'intérét & agir des groupements depuis U'arrét de principe CE, 28 décembre 1906, « Syndicat des patrons-coiffeurs de Limoges ». Elle admet une large ouverture du REP aux groupements et associations poursuivant un intérét général ou collectif ~ mais non l'intérét individuel d'un de leurs membres ~ et elle exige une adéquation minimale entre Uobjet statutaire de Uassociation et la décision attaquée. ~ EnUespéce, la plupart des associations, dont Uobjet social est soit la défense de l'environnement, soit la défense de la santé, avaient intérét a agir. En revanche, la Fédération internationale des ligues des droits de homme, dont Uobjet social est trés général, ne se voit pas reconnaitre cet intérét. 147 DROIT ADMINISTRATIF B. La nature contractuelle du contentieux - L'Etat avancait Vargument selon lequel la décision de transférer le porte-avions en Inde n’était pas détachable du contrat qu'il avait passé avec la société indienne. En conséquence, le contentieux aurait été de nature contractuelle et non un contentieux de Uannulation. Rappeler vos connaissances sur la recevabilité du recours pour excés de pouvoir 8 U'égard des «actes détachables» des contrats, jurisprudence traditionnelle, et CE, 10 juillet 1996, «Cayzeele» = En Uespéce, la décision d’autoriser le Clemenceau a étre traité en Inde est distincte du contrat qui se présente comme la suite de Uautorisation et comme le moyen de l'exécuter. Un exemple voisin peut étre trouvé dans la décision de reconduite & la frontiére des étrangers en situation irréguliére qui est distincte du contrat passé avec une société pour assurer leur transport Il. La qualification du Clemenceau et les conditions d’exportation La question la plus intéressante était de savoir si la coque du Clemenceau pouvait juridiquement étre qualifiée de déchet et si, en conséquence, les réglementations nationale et internationale sur les déchets pouvaient lui étre appliquées. A. La coque du Clemenceau peut étre qualifiée de «déchet» ~ Rappeler briévement la gravité du probléme posé par l'enl&vement, la destruction et la valorisa~ tion des déchets. Les réglementations sont de plus en plus précises et différent selon qu'il s’agit de déchets ménagers, industriels, hospitaliers ou radioactifs. ~ La définition du déchet est donnée par Varticle 2 du réglement communautaire pris par le Conseil de Union européenne le 1* février 1993: « Toute substance ou tout objet [...] dont le détenteur se défait ou dont ita Uintention ou Vobligation de se défaire». Cette définition est reprise a Uarticle L. 541-1 du Code de l'environnement. La jurisprudence de la CJCE (CJUE aujourd'hui) et les jurisprudences nationales font une interpréta- tion non restrictive de la notion de déchet dont le principal critére de reconnaissance est l'intention d'abandon. ~ En Uespéce, Uappel d'offres lancé par la France et le contrat de cession avec la société indienne «manifestent l'intention» de UEtat de se défaire de la coque de l'ex-porte-avions Clemenceau. B. Les limites a l’exportation ~ Ici encore, a réglementation est d’ordre communautaire. Le réglement CEE du 1°" février 1993 (art. 14) interdit les exportations hors de UUnion européenne des déchets destinés a étre éliminés - EnUespéce, Uamiante en tant que déchet desting a étre éliminé, est frappée de cette interdiction totale d'exportation, laquelle n’aurait été possible que dans les Etats membres de (Union (comme UEspagne et la Gréce en premier sollicités) L'Inde n’étant pas partie @ UAELE, U'autorisation d'exportation méconnait les dispositions du raglement. 148 Réflexions et débats Ill. Le référé-suspension et Uinjonction La suspension de l'exécution d'une décision administrative, formée & l'occasion d'une demande d’annulation, ne peut étre accordée par le juge administratif des référés que si deux conditions sont remplies: l'urgence et le doute sérieux quant & la légalité de la décision (art. L. 521-1, CJA) A. L'urgence - Lajurisprudence estime que cette condition est remplie lorsque l'exécution de U'acte administratif «porte atteinte de maniére suffisamment grave a un intérét public, 4 la situation du requérant ou aux intéréts qu'ilentend défendre» : CE, sect., 19 janvier 2001, « Confédération nationale des radios libres». - En Uespace, le porte-avions flotte vers l'Inde et la mise en ceuvre des opérations de désamiantage est imminente, ce qui portera des atteintes suffisamment graves aux intéréts que défendent les associations. B. Le doute sérieux = Laméconnaissance des dispositions du réglement du Conseil en date du 1* février 1993 concer- nant les transferts de déchets a Ventrée et a la sortie de LUnion européenne est propre & créer un doute sérieux sur la légalité des décisions dont l'annulation est demandée. Les deux conditions de la suspension sont réunies. — Rappeler que la décision de suspension ne porte pas atteinte au réglement de la demande princi- pale [il s’agit d'une «ordonnance » et pas d’un «jugement»), qu'elle n'est pas susceptible d’appel mais de cassation devant le Conseil d’Etat qui statue en formation collégiale et quelle arréte Uexécution de U'acte contesté dans les 24 heures de son prononcé. = Le choix du port francais susceptible d’accueillir le porte-avions restait 4 déterminer. Mais le Conseil d’Etat ne répond pas & la demande des associations de faire injonction a Etat francais de le rapatrier jusqu’a son port d’attache, les modalités du rapatriement du navire reposant sur des considérations techniques et sur des choix qui relévent discrétionnairement du gouvernement et échappent au juge. Rappeler vos connaissances sur la procédure d’injonction (art. L. 911-1, CJA) et les progrés dans Uexécution de la chose jugée qui en découlent. Suite a la suspension ordonnée par le Conseil d’Etat, le président de la République a ordonné le rapatriement du Clemenceau en France (décret du 15 février 2006) Conclusion L’affaire du Clemenceau aura eu le mérite d’attirer l'attention de l'ensemble des Etats sur la gravité des problémes posés par la gestion des navires en fin de vie. IL n’est plus admissible que des milliers de bateaux civils et militaires soient délaissés dans des cimetiéres marins ou coulés dans les grands fonds. L’Europe et la France devront prévoir des chantiers de démolition de capacité suffisante (1], offrant toutes les garanties de sécurité. Le démantélement des centrales nucléaires, dont la vie ne dépasse pas une quarantaine d’années, est un probléme voisin, insuffisamment pris en compte jusqu’ci par les responsables politiques. Dans les deux cas, il s'agit davantage d'une obligation de prévention que de précaution car les risques ne sont pas incertains. (1) Tous les ans, c'est plus de 1000 navires de commerce sont détruits dans le monde, principalement en Inde, Pakistan, Bangladesh et Chine, chiffre qui ne fera que s‘alourdir ces prochaines armées. "9

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