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 Énoncé du cas pratique n°1

Rien ne va plus dans le couple de Corentin ! Celui-ci, marié depuis quelques années, est
sur le point de divorcer. Sur les conseils de son meilleur ami, il s’est mis en tête de
trouver une autre femme grâce à une agence de courtage matrimonial réputée fiable.
« Tu verras, tu trouveras le véritable amour grâce à cette agence  ! » lui conseille son
ami. Après quelques recherches, le 20 septembre 2020, l’agence le met en relation avec
Svetlana, esthéticienne russe, âgée de 20 ans de moins que lui.
Quelques semaines plus tard, Corentin regrette son choix et confie à son ami
« finalement, j’aimerais arranger les choses avec ma femme, elle a son caractère…
mais je crois que je l’aime encore… ».
Il souhaite obtenir l’annulation du contrat conclu avec l’agence qui lui a tout de même
coûté quelques milliers d’euros.

 Énoncé du cas pratique n°2


Le meilleur ami de Corentin, Jean BLONBLON, lui a promis de partager avec lui la moitié
de ses gains à un jeux de hasard s’il venait à remporter le gros lot « Je te dois bien ça
Corentin. Tu m’as souvent avancé les sommes me permettant de jouer… Ce serait ma
manière de te remercier  ». Il se trouve que Jean BLONBLON a gagné une forte somme
mais refuse aujourd’hui de lui reverser la moitié des gains. Corentin, qui a en sa
possession un courrier de son ami dans lequel ce dernier s’engage à lui reverser la
moitié des sommes en cas de gain, souhaite le forcer à lui verser les sommes en
question.
 Énoncé du cas pratique n°3
Corentin a créé il y a quelques années sa « Start Up » spécialisée dans la fabrication
d’escargots surgelés. À cette fin, il a conclu avec un fournisseur spécialisé dans la
distribution de produits alimentaires, un contrat d’approvisionnement exclusif en chair
d’escargot (en juillet 2019). Le contrat stipulait que le prix serait fixé par le tarif en
vigueur au jour de l’enregistrement de la commande. Corentin est furieux puisque le
fournisseur a augmenté ses prix d’environ 10% lors des dernières commandes
(septembre 2020). Il s’est en outre rendu compte, en discutant avec d’autres clients, que
le fournisseur lui vendait les chairs d’escargot à un prix moyen 25 % plus cher qu’à ses
autres clients !

Il se demande s’il peut s’opposer à l’augmentation du prix proposé.

 Énoncé du cas pratique n°4


Corentin, au moment du lancement de son entreprise, a fait l’acquisition d’un véhicule
utilitaire pour le transport de sa marchandise. Plein d’ambition à cette époque et
persuadé qu’il rentabiliserait très vite ses dépenses, il avait choisi l’un des véhicules les
plus chers de la gamme Volsvagen (Volkswagen e-Crafter) d’une valeur d’environ
70.000 euros. Aujourd’hui, démoralisé, il décide de mettre fin à son activité et de vendre
son véhicule. Il vend, le 20 octobre 2020, son véhicule pour 5.000 euros (qui n’a que
1.000 km au compteur) à une connaissance. Il constate, quelques jours après la vente,
que cette connaissance a mis en vente le véhicule utilitaire sur leboncoin pour une
valeur de 65.000 euros…

Furieux, il souhaite obtenir l’annulation du contrat de vente.

CORRIGÉ :

 Correction du cas pratique n°1


Faits : Un homme, encore marié mais en voie de divorce, conclu un contrat de courtage
matrimonial avec une agence matrimonial. Il souhaite obtenir l’annulation de ce contrat.
À titre liminaire, il convient de déterminer la loi applicable au contrat litigieux. Selon
l’article 9 de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du
régime général et de la preuve des obligations, les contrats conclus avant le 1 er octobre
demeurent soumis à la loi ancienne et les dispositions de l’ordonnance entrent en
vigueur le 1er octobre 2016.
En l’espèce, le contrat ayant été conclu le 20 septembre 2020, soit postérieurement au
1er octobre 2016, il est soumis aux nouvelles dispositions.
Ensuite, il s’agit de déterminer s’il est possible de solliciter l’annulation du le
contrat (sanction judiciaire du manquement à l’une des conditions de validité du contrat
entrainant son anéantissement rétroactif) en établissant qu’une de ses conditions de
validité fait défaut.
Dans notre cas, on peut d’ores et déjà exclure les vices du consentement et s’intéresser
au caractère licite du contrat car c’est sur ce point que le but de la convention peut
poser problème Corentin étant marié. En effet, le contrat conclu avec l’agence de
courtage matrimonial, en ce qu’il viole l’un des devoirs du mariage (C.civ., art. 212),
pourrait poser problème.

Problème de droit : Un contrat de courtage matrimonial conclu par un homme marié


peut-il être annulé  pour illicéité ?
Solution en droit : Selon l’article 1162 du Code civil : « Le contrat ne peut déroger à
l’ordre public ni par ses stipulations, ni par son but, que ce dernier ait été connu ou
non par toutes les parties ». Cet article est complété par l’article 1102 qui prévoit
expressément, en son alinéa 2, comme limite à la liberté contractuelle les règles
intéressant l’ordre public et par l’article 6 selon lequel « On ne peut déroger, par des
conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes
mœurs  ».
Ainsi, le but et les stipulations du contrat doivent être conformes à l’ordre public.
L’exigence de licéité des stipulations du contrat vise la matière du contrat c’est-à-dire la
chose, la prestation, l’opération contractuelle ou les clauses du contrat. Cette exigence
implique la licéité de la chose objet de la prestation contractuelle (dans le droit antérieur
à la réforme cette exigence de licéité était assurée via la notion « d’objet de
l’obligation », l’ancien article 1128 du Code civil prévoyant « Il n’y a que les choses qui
sont dans le commerce qui puissent être l’objet des conventions  »).
Le « but » du contrat renvoie à la notion de « cause subjective » ou « cause du contrat »
qui servait, dans le droit antérieur à la réforme, à contrôler l’objectif poursuivi par les
parties, les mobiles animant les contractants. L’utilité de cette notion est de contrôler
les intentions animant les parties au moment de la conclusion du contrat dans les
hypothèses ou le recours à l’exigence de licéité des stipulations ne le permet pas.
Cette exigence d’un but licite opère une reprise des solutions jurisprudentielles
antérieures à la réforme rendues sur le fondement de la cause subjective.

 Les conditions de l’annulation pour illicéité du but du contrat


Plusieurs conditions sont nécessaires pour que le but soit une cause de nullité du
contrat.

(1) D’abord, il faut identifier un motif illicite . Le but doit être contraire à la loi ou aux
bonnes mœurs. S’agissant des bonnes mœurs, cette notion est particulièrement
évolutive.
Dans un premier temps, la Cour de cassation a fait application de la notion de bonnes
mœurs en matière d’acte à titre gratuit (libéralités entre concubins). Elle avait d’abord
décidé que lorsque la donation avait pour but d’instaurer ou de maintenir une relation de
concubinage la cause était immorale (il était contraire aux bonnes mœurs de gratifier
une personne en vue d’établir une relation sexuelle). Elle avait par la suite fait évoluer sa
jurisprudence dans un arrêt de 1999 en considérant que « n’est pas contraire aux
bonnes mœurs la cause de la libéralité dont l’auteur entend maintenir une relation
adultère qu’il entretien avec le bénéficiaire » (A.P., 29 oct. 2004, 03-11.238).
Dans un second temps, la Cour de cassation s’est prononcée en matière de contrats
conclus à titre onéreux. Elle a jugé qu’un contrat de courtage matrimonial, conclu en
vue de la réalisation d’un mariage par une personne mariée, n’a pas de cause contraire à
l’ordre public et aux bonnes mœurs, tant que l’union n’a pas été réalisée (Civ. 1ère, 4 nov.
2011, 10-20.114). Jusqu’à cette décision, le contrat de courtage matrimonial conclu par
une personne encore mariée était nul pour cause illicite ou immorale (ex.  : TI Chartres,
12 oct. 1976 ; Dijon, 1re ch., 2e sect., 22 mars 1996 ).
(2) Ensuite, il faut que le caractère déterminant du motif soit établi . Le motif doit
constituer la « cause impulsive et déterminante » de l’opération et non pas un mobile
accessoire pour être retenu comme cause de nullité. Les juges doivent sélectionner,
parmi les différents mobiles, celui sans lequel la partie n’aurait pas conclu le contrat.  
L’illicéité ou l’immoralité s’apprécie au jour de la conclusion du contrat (Ex. : Civ. 1ère, 7
oct. 1998, 96-14.359).
(3) Enfin, si pendant un temps la Cour de cassation jugeait que l’illicéité de la cause
devait être connue des deux parties en présence d’un contrat conclu à titre onéreux, elle
est revenue sur cette solution en jugeant que l’illicéité de la cause n’a pas à être connue
des deux parties (Ex. : Civ. 1ère, 7 oct. 1998, 96-14.359). Cette solution a été reprise
par l’article 1162 du Code civil qui précise qu’il est indifférent que le but du contrat ait
été connu ou non par toutes les parties.
 La preuve et la sanction de l’illicéité
Celui qui invoque l’illicéité ́ ou l’immoralité de la cause doit la prouver conformément au
droit commun de la preuve et, s’agissant d’un fait juridique, les mobiles peuvent être
prouvés par tous moyens.

L’Ordonnance ne précise pas la sanction encourue en cas de « but » contraire à l’OP


mais s’agissant d’une condition de validité du contrat, la sanction sera la nullité (C.civ.,
art. 1178 nouv.) absolue (C.civ., art. 1179 nouv.).
Solution en l’espèce : En l’espèce, l’objectif principal de Corentin lorsqu’il a contracté
était de trouver une nouvelle femme alors qu’il était déjà marié. Le motif déterminant de
la conclusion du contrat réside donc dans la volonté de trouver un nouveau partenaire
en contradiction avec le devoir de fidélité qui découle du mariage.
Toutefois, sans qu’il soit besoin de vérifier l’ensemble des conditions tenant à l’illicéité
du but du contrat, le mobile de Corentin n’est plus jugé comme étant contraire aux
bonnes mœurs de sorte que le contrat ne pourra pas être annulé.

Conclusion : Corentin ne pourra pas être libéré de son engagement sur ce fondement et
n’obtiendra pas la restitution des sommes qu’il a versé en application du contrat de
courtage matrimonial.  
 Correction du cas pratique n°2
Faits : Un homme s’engage à reverser à un ami la moitié des sommes en cas de gain à
un jeux de hasard s’estimant redevable pour des raisons personnelles. Il gagne
finalement au jeux de hasard mais refuse de respecter sa promesse.
Deux fondements sont envisageables dans cette situation :

(1) Soit l’accord est constitutif d’un contrat auquel cas il est possible de solliciter son
exécution forcée.

(2) Soit la promesse, ne constituant pas un contrat, peut constituer une obligation
naturelle susceptible de devenir une obligation juridique dans certains cas.

(1) L’accord constitutif d’un contrat


Problème de droit : L’accord par lequel deux personnes prévoient de partager une
certaine somme en cas de gain à un jeux de hasard peut-il constituer un contrat
susceptible d’exécution forcée?
Solution en droit : Pour qu’un accord soit constitutif d’un contrat, il faut un accord de
volonté sur les éléments essentiels du contrat.
Selon l’article 894 du Code civil, le contrat de donation suppose un transfert de propriété
sans contrepartie (élément matériel) qui résulte d’une intention libérale (élément moral).
Par ailleurs, l’article 931 du Code civil prévoit que la donation est un contrat
solennel c’est-à-dire que sa validité nécessite le respect de la forme authentique.
Solution en l’espèce : En l’espèce, l’accord conclu entre Corentin et Jean BLONBLON
prévoit un appauvrissement de Jean BLONBLON et un enrichissement corrélatif de
Corentin à hauteur de la moitié des gains (élément matériel de la donation) et manifeste
la volonté de Jean BLONBLON de s’appauvrir sans contrepartie (élément moral).
L’accord ainsi conclu pourrait constituer un contrat de donation mais comme cet
accord n’a pas pris la forme d’un acte authentique le contrat de donation n’est pas
valable.
Conclusion : Il est impossible d’en demander l’exécution forcée devant un juge.
(2) Le fondement de l’obligation naturelle
Problème de droit : La promesse par laquelle une personne s’engage envers une
autre à partager avec elle une certaine somme d’argent en cas de gain à un jeux de
hasard peut-elle faire l’objet d’une exécution forcée?
À titre liminaire, il convient de déterminer la loi applicable au contrat litigieux. Selon
l’article 9 de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du
régime général et de la preuve des obligations, les contrats conclus avant le 1 er octobre
demeurent soumis à la loi ancienne et les dispositions de l’ordonnance entrent en
vigueur le 1er octobre 2016.
En l’espèce, la promesse a été faite postérieurement au 1er octobre 2016, donc elle est
soumise aux nouvelles dispositions.
Selon l’article 1100 al. 1 du Code civil « Les obligations naissent d’actes juridiques,
de faits juridiques ou de l’autorité seule de la loi  ». Toutefois l’alinéa 2 dispose « Elles
peuvent naître de l’exécution volontaire ou de la promesse d’exécution d’un devoir de
conscience envers autrui ».
Cet alinéa reprend l’ancienne jurisprudence selon laquelle le débiteur d’une obligation
naturelle qui s’engage volontairement à l’exécuter peut se voir contraint par un juge
d’exécuter son obligation (1ère Civ, 15 oct. 1995, 93-20.300, arrêt « FRATA »).

Ainsi, antérieurement à la réforme (Civ., 1ère  , 10 oct. 1995) la Cour de cassation avait
jugé qu’un parieur au tiercé qui avait promis à son collègue de lui verser une partie du
gain puis s’était rétracté, était tenu de s’exécuter dans la mesure où son obligation
naturelle s’était transformée en obligation civile du fait d’un engagement unilatéral de
volonté.
Toutefois, antérieurement à la réforme la jurisprudence relative à l’exécution ou la
promesse d’exécution d’une obligation naturelle reposait sur l’engagement unilatéral.
Désormais la loi en fait une source d’obligations autonome.

Solution en l’espèce : En l’espèce, Jean BLONBLON s’est engagé à verser à Corentin la


moitié de ses gains puisqu’il estimait avoir un devoir de conscience envers lui du fait
qu’il lui avait avancé plusieurs fois les sommes lui permettant de jouer. Il s’agit donc
pour Jean BLONBLON de satisfaire un devoir de conscience.
Par ailleurs, Jean BLONBLON lui a promis d’exécuter ce devoir de conscience de sorte
que ce devoir de conscience est devenu une obligation civile obligatoire pour lui.

Conclusion : Corentin pourrait donc, sur ce fondement, obtenir en justice que Jean
BLONBLON lui verse la somme promise.  

 Correction du cas pratique n°3


Faits : Une entreprise spécialisée dans la vente d’escargots surgelés conclu avec un
fournisseur de chair d’escargot un contrat d’approvisionnement exclusif. Ce contrat
prévoit que le prix de vente de la chair d’escargot sera déterminé au moment de chaque
contrat de commande.
À titre liminaire, il convient de déterminer la loi applicable au contrat litigieux. Selon
l’article 9 de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du
régime général et de la preuve des obligations, les contrats conclus avant le 1 er octobre
demeurent soumis à la loi ancienne et les dispositions de l’ordonnance entrent en
vigueur le 1er octobre 2016.
En l’espèce, le contrat ayant été conclu en juillet 2019, soit postérieurement au
1er octobre 2016, il est soumis aux nouvelles dispositions.
Problème de droit : Un contractant peut-il contester le montant du prix fixé par son
cocontractant lorsqu’un contrat prévoit que le prix sera fixé unilatéralement par une
partie  ? Si oui à quelles conditions  ?
Solution en droit : Le nouvel article 1163 ne fait aucune distinction entre les obligations
en nature et les obligations monétaires en disposant que l’obligation « doit être
(…)  déterminée ou déterminable » (C.civ., art. 1163 al 2 nouv.) de sorte que le
principe est que le prix comme toute obligation doit être déterminé ou déterminable au
moment de la conclusion du contrat.
Toutefois, deux exceptions sont prévues par les articles 1164 et 1165 du Code civil.

L’article 1164 nouveau du code civil précise en effet : « dans les contrats cadre, il
peut être convenu que le prix sera fixé unilatéralement par l’une des parties  ».  
Pour que le texte soit applicable, il faut toutefois caractériser l’existence d’un contrat
cadre. Ce type de contrat est défini par le nouvel article 1111 du Code civil, comme le
contrat « par lequel les parties conviennent des caractéristiques générales de leurs
relations contractuelles futures. Des contrats d’application en précisent les modalités
d’exécution ».
Toutefois, la fixation unilatérale du prix n’est pas libre car l’article 1164 précise qu’en
cas de contestation, il faut que la partie autorisée à fixer ce prix soit en mesure d’en
motiver le montant. C’est sur elle que pèse la charge de la preuve de ce que la fixation
du prix n’a pas été abusive.

Et l’alinéa 2 ajoute qu’« en cas d’abus dans la fixation du prix, le juge peut être saisi
d’une demande tendant à obtenir des dommages et intérêts et le cas échéant la
résolution du contrat ».
S’agissant de la caractérisation de cet abus dans la fixation du prix,   les nouveaux textes
du Code civil ne précisent pas comment le caractériser. Il s’agit vraisemblablement
d’une question relevant de l’appréciation souveraine des juges du fond.
Deux méthodes permettent de caractériser un abus :

(1) D’abord, on peut considérer que l’abus peut résulter de l’absence de justification du
montant ou de l’augmentation brutale du montant de la part du contractant qui a fixé
unilatéralement le prix.

(2) Ensuite, on peut se référer à la jurisprudence antérieure à la réforme concernant


cette question. La Cour de cassation avait pu juger que la fixation unilatérale du prix
présentait un caractère abusif lorsque le prix était fixé en fonction des propres intérêts
de celui qui le fixe et au détriment de ceux de son cocontractant (Com., 15 janv. 2002 ;
Civ. 1re, 30 juin 2004 ; Com., 4 nov. 2014).
S’agissant des sanctions de l’abus dans la fixation unilatérale du prix, l’article 1164 du
Code civil n’admet pas la révision du prix par le juge et prévoit simplement la possibilité
d’obtenir des dommages et intérêts et le cas échéant la résolution du contrat.  
Solution en l’espèce : S’agissant de la possibilité de fixer unilatéralement le prix des
contrats de commande de chairs d’escargot il faut d’abord s’interroger sur la
qualification du contrat conclu entre l’entreprise de Corentin et son fournisseur. Ceux-ci
ont convenu par contrat les caractéristiques générales de leurs relations contractuelles
futures mais ont renvoyé à des contrats ultérieurs pour préciser les modalités exactes
de chacune des commandes de chairs d’escargots. Ainsi, le contrat conclu en juillet
2019 correspond bien à la définition de contrat cadre et pouvait donc valablement
comporter une clause permettant au prestataire de fixer unilatéralement le prix de
chaque contrat d’application.
Toutefois, Corentin conteste le montant fixé par le fournisseur ce qui implique que ce
dernier doive en motiver le montant. Aucune information n’est donnée dans le cas
pratique sur les raisons qui ont conduit son fournisseur à augmenter les prix des
commandes.

Il faut donc se demander s’il y a eu abus dans la fixation du prix. En l’espèce,


l’augmentation de prix pratiquée par le fournisseur est conséquente puisqu’elle est de
10%. Il faudrait déterminer si cette augmentation correspond à la hausse de son propre
coût de fabrication de la chair d’escargot. Par ailleurs, le fait que le fournisseur vend à
Corentin la chair d’escargot à un prix moyen 25 % plus cher qu’à ses autres clients
pourrait plaider en faveur du prix excessif et permettrait de caractériser un abus dans la
fixation du prix.

Ainsi, sous réserve de l’appréciation souveraine des juges du fond, il semble a priori
possible de considérer que le fournisseur de l’entreprise de Corentin ait abusé de son
droit à fixer unilatéralement le prix des contrats de commande.

Conclusion : Corentin pourrait demander au juge une indemnisation pour cette


augmentation injustifiée ou, le cas échéant, demander la résolution du contrat.

 Correction du cas pratique n°4


Faits : Un homme vend un véhicule utilitaire presque neuf 5.000 euros alors qu’il en a
fait l’acquisition peu de temps avant pour une valeur de 70.000 euros. Après coup,
s’estimant lésé, il souhaite obtenir l’annulation du contrat de vente ainsi conclu.
À titre liminaire, il convient de déterminer la loi applicable au contrat litigieux. Selon
l’article 9 de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du
régime général et de la preuve des obligations, les contrats conclus avant le 1 er octobre
demeurent soumis à la loi ancienne et les dispositions de l’ordonnance entrent en
vigueur le 1er octobre 2016.
En l’espèce, le contrat ayant été conclu en octobre 2020 soit postérieurement au
1er octobre 2016, il est soumis aux nouvelles dispositions.
Il faut s’interroger sur les moyens dont dispose un vendeur pour remettre en cause le
contrat prévoyant la vente d’un bien mobilier à un prix très inférieur à sa valeur réelle.

Au regard des conditions de validité du contrat, telles que prévues par l’article 1128 du
Code civil, Corentin pourrait envisager de remettre en question le contrat sur le
fondement de l’obligation précontractuelle d’information (1), de l’erreur (2) et du dol (3).
Le fondement de la lésion (déséquilibre objectif des prestations au jour de la formation
du contrat) ne sera pas envisagé car elle n’est en principe pas sanctionnée sauf si un
texte spécial le prévoit (C.civ., art. 1168) ce qui n’est pas le cas pour la vente d’un bien
meuble.
(1) Le fondement de l’obligation précontractuelle d’information
Problème de droit : Un vendeur peut-il solliciter l’annulation d’un contrat de vente sur
le fondement d’un manquement à l’obligation précontractuelle d’information aux
motifs que le bien a été vendu à un prix inférieur à sa valeur  ?
Solution en droit : La réforme a consacré l’obligation précontractuelle d’information
stricto sensu à l’article L1112-1 du Code civil disposant : « Celle des parties qui
connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de
l’autre doit l’en informer dès lors que, légitimement, cette dernière ignore cette
information ou fait confiance à son cocontractant ».
Plusieurs conditions sont posées par le texte :

1. Première condition : L’information doit être déterminante c’est-à-dire porter sur un


élément qui pourrait avoir une incidence sur le consentement du créancier (al. 1) (de
nature à conduire le créancier à modifier son comportement).
2. Deuxième condition : Le débiteur de l’obligation devait avoir connaissance de
l’information
3. Troisième condition : Le créancier de l’obligation doit ignorer légitimement
l’information (1) ou légitimement faire confiance à son cocontractant (2).
Le texte précise que l’obligation ne saurait porter sur l’estimation de la valeur de la
prestation (al 2). Cette disposition consacre la jurisprudence Baldus (Civ., 1ère, 3 mai
2000) qui a refusé de consacrer une obligation précontractuelle d’information portant
sur la valeur du bien vendu au bénéfice du vendeur. La jurisprudence antérieure à la
réforme avait toutefois consacré une information précontractuelle, non sur la valeur,
mais sur les qualités substantielles de la chose lorsque l’une des parties n’a pu avoir
l’information à la disposition de son interlocuteur. Ainsi, si l’erreur directe sur la valeur
n’est pas sanctionnée, l’erreur sur la valeur peut être indirectement sanctionnée
lorsqu’elle est une conséquence d’une erreur sur les qualités essentielles.
S’agissant de la sanction de l’obligation précontractuelle d’information, l’article prévoit
que celui qui n’a pas correctement informé son futur cocontractant engage sa
responsabilité ́ civile extracontractuelle mais, pour pouvoir entrainer l’annulation du
contrat, la méconnaissance de cette obligation doit entrainer un vice du consentement.

Solution en l’espèce : En l’espèce, sans qu’il soit besoin de s’interroger sur les conditions
de l’obligation précontractuelle d’information, l’exclusion par l’article 1112-1 du Code
civil de l’estimation de la valeur de la prestation au titre de l’obligation d’information ne
permettra pas à Corentin de se prévaloir d’un manquement à cette obligation. En effet,
l’information, à supposer qu’elle soit due à Corentin, porte directement sur la valeur du
véhicule utilitaire et non sur ses qualités essentielles (comme par exemple la puissance
du moteur ou les options intégrées au véhicule) de sorte que Corentin ne peut pas
invoquer ce texte.
En tout état de cause, Corentin souhaite obtenir l’annulation du contrat et non
simplement des dommages et intérêts, or la nullité du contrat n’est pas encourue par la
seule preuve de l’inexécution d’une obligation d’information.

Il faut donc vérifier si les fondements de l’erreur et du dol lui permettraient d’obtenir une
telle annulation.

(2) Le fondement de l’erreur


Problème de droit : Un vendeur peut-il solliciter l’annulation d’un contrat de vente sur
le fondement de l’erreur aux motifs que le bien a été vendu à un prix manifestement
inferieur à sa valeur  ?
Solution en droit : Selon les articles 1132 et suivants la victime de l’erreur souhaitant
invoquer un vice du consentement, susceptible d’emporter la nullité ́ du contrat, doit
apporter la preuve de l’existence d’une erreur (1) qui porte sur une qualité essentielle de
la prestation due, cette qualité devant être déterminante du consentement et devant
avoir été expressément ou tacitement convenue par les parties (2) et que l’erreur
commise ne soit pas inexcusable (3).  
S’agissant de la première condition  relative à l’établissement de l’existence d’une
erreur, il faut démontrer une discordance entre la croyance de l’errans   et la réalité. Il
faut préciser que l’erreur peut porter sur la prestation du cocontractant mais aussi sur la
prestation que l’on est soi-même tenu d’exécuter (« l’erreur est une cause de nullité
lorsqu’elle porte sur la prestation de l’une ou de l’autre partie  » : C.civ., art. 1133, al. 2).
S’agissant de la deuxième condition, il faut démontrer que l’erreur porte sur une qualité
essentielle de la prestation. Cette exigence se subdivise.
D’abord, l’erreur doit être déterminante du consentement de l’errans ce qui implique de
démontrer que l’erreur sur les qualités essentielles de la chose ont déterminé la volonté
de l’errans de contracter et qu’en l’absence d’erreur il n’aurait pas contracté.

Ensuite, la qualité doit avoir été expressément ou tacitement prévue entre les parties
c’est à dire que la qualité défaillante doit être « entrée dans le champ contractuel ». Le
cocontractant de l’errans doit avoir su que la qualité en cause était déterminante du
consentement de celui qui s’est trompé.

Sur ce point, il faut noter que certaines erreurs sont dites « indifférentes » en ce


qu’elles ne permettent pas d’obtenir la nullité du contrat. Ainsi, en est-il de l’erreur
directe sur la valeur c’est-à-dire l’erreur sur l’évaluation économique de l’objet du
contrat (C.civ., art. 1136 : « L’erreur sur la valeur par laquelle, sans se tromper sur les
qualités essentielles de la prestation, un contractant fait seulement de celle-ci une
appréciation économique inexacte, n’est pas une cause de nullité  »).
L’erreur sur la valeur peut seulement être indirectement sanctionnée lorsqu’elle est une
conséquence d’une erreur sur les qualités essentielles.

S’agissant de la troisième condition  relative au caractère nécessairement excusable


de l’erreur, il faut démontrer que l’errans n’avait pas les moyens de s’informer de lui-
même pour éviter de commettre une erreur. Le caractère excusable est apprécié in
concreto en fonction des qualités, des connaissances et de la profession de
l’errans   (par exemple : Civ. 1re, 8 décembre 2009). Deux éléments ont pour effet
d’entrainer plus facilement le caractère inexcusable de l’erreur :
1. Lorsque l’erreur est commise par un professionnel ;

2. Lorsque l’erreur porte sur la propre prestation de l’errans (Civ., 1ère  , 9 avr. 2015, 13-
24.772).
Solution en l’espèce : En l’espèce, Corentin a vendu son véhicule utilitaire en pensant
qu’il ne valait pas plus de 5.000 euros et a découvert par la suite qu’il pouvait être vendu
65.000 euros. Il y a bien une discordance entre la croyance de Corentin (le véhicule ne
vaut pas plus de 5.000 euros) et la réalité (le véhicule peut valoir 65.000 euros) de sorte
qu’une erreur peut être caractérisée.
Ensuite, l’erreur porte bien une qualité essentielle de la prestation puisqu’elle porte sur
la valeur du bien qui est une condition essentielle du contrat de vente selon l’article
1583 du Code civil. Corentin n’aurait certainement pas accepté de conclure le contrat à
ces conditions là, s’il avait su que le véhicule utilitaire pouvait valoir 65.000 euros.
L’erreur est bien déterminante de son consentement.
Toutefois, il faut noter que l’erreur de Corentin ne porte pas sur les caractéristiques du
véhicule mais sur la valeur du bien. Il s’agit donc d’une erreur directe sur la valeur de
sorte, erreur considérée comme indifférente par l’article 1136 du Code civil, de sorte
qu’il ne peut s’en prévaloir pour demander la nullité du contrat.
Enfin, le caractère excusable de l’erreur est également susceptible de poser problème
pour deux raisons. D’abord car Corentin a proposé à une connaissance ce véhicule à un
prix de vente inferieur à sa valeur réelle alors qu’il l’avait acheté neuf depuis peu à une
somme bien supérieure. En outre, car en tant que professionnel qui exerce une
profession nécessitant des déplacements de marchandises il ne pouvait ignorer ou il
pouvait aisément se renseigner sur la valeur marchande de ce type de bien.

Conclusion : Ainsi, d’une part parce que l’erreur de Corentin porte directement sur la
valeur de la prestation et d’autre part car son erreur paraît inexcusable, il ne pourra
vraisemblablement pas obtenir la nullité du contrat sur le fondement de l’erreur.
Il faut envisager le fondement du dol car les erreurs considérées comme indifférentes
sur le fondement de l’erreur sont prises en compte sur le fondement du dol.

(3) Le fondement du dol


Problème de droit : Un vendeur peut-il solliciter l’annulation d’un contrat de vente sur
le fondement du dol aux motifs que le bien a été vendu à un prix inférieur à sa
valeur  ?
Solution en droit : L’établissement d’un dol suppose la réunion de plusieurs conditions. Il
faut prouver l’élément matériel (1) et l’élément intentionnel (2) du dol, que l’origine du
dol provient du cocontractant de l’errans (3) et que le dol a entrainé une erreur
déterminante du consentement de la victime (4).
S’agissant de l’erreur déterminante du consentement , il faut prouver une erreur qui,
selon l’article 1139 du Code civil, lorsqu’elle résulte d’un dol est toujours excusable,
et est une cause de nullité même si elle porte sur la valeur de la prestation. Le
caractère déterminant signifie que sans le dol la victime « n’aurait pas contracté ou
aurait contracté à des conditions substantiellement différentes  » (C.civ., art. 1130).
S’agissant de l’origine du dol, les manœuvres dolosives ayant provoqué l’erreur doivent
émaner du cocontractant de l’errans (C.civ., art. 1138 al. 1) ou de son représentant sauf
certaines exceptions.
Ensuite, il faut établir l’élément matériel et psychologique du dol . L’élément matériel
peut résulter soit d’actes positifs comme des manœuvres et des mensonges soit du
silence lorsqu’il s’agit d’une réticence dolosive.
Avant la réforme la Cour de cassation exigeait, pour que la réticence dolosive puisse
être caractérisée, que la partie ait intentionnellement manqué à une obligation
d’information mais décidait que l’acquéreur non professionnel n’a aucune obligation
d’informer l’acheteur sur la valeur du bien vendu (Civ. 1ère, 3 mai 2000 « Baldus ») de
même lorsque l’acquéreur était professionnel et que le vendeur était profane ( Civ. 3ème,
17 janv. 2007).
La réforme revient sur ces solutions puisqu’elle définit la réticence dolosive comme « l a
dissimulation intentionnelle par l’un des contractants d’une information dont il sait le
caractère déterminant pour l’autre partie » (C.civ., art. 1137 al. 2) sans subordonner la
réticence dolosive à l’existence d’une obligation d’information. Désormais, le
demandeur doit seulement établir que le contractant a dissimulé une information qui
était déterminante de son consentement (élément matériel) et qu’elle l’a fait
intentionnellement (élément intentionnel).
Au regard de cette formulation, on pouvait penser, après la réforme de 2016, que la
réticence dolosive permettait de sanctionner la dissimulation intentionnelle d’une
information portant sur la valeur de la prestation déterminante du consentement de son
cocontractant via le dol. Toutefois, la loi de ratification de 2018 (LOI n°2018-287 du 20
avril 2018 – art. 5) a ajouté un alinéa à l’article 1137 en prévoyant que « ne constitue
pas un dol le fait pour une partie de ne pas révéler à son cocontractant  son
estimation de la valeur de la prestation ».
Solution en l’espèce :
S’agissant de l’erreur déterminante du consentement, il a déjà été démontré
précédemment que Corentin avait commis une erreur directe sur la valeur de son
véhicule utilitaire.  L’erreur sur la valeur est toujours excusable et est une cause de
nullité même si elle porte sur la valeur de la prestation de sorte que cette erreur peut
être prise en compte. Il a également été démontré que cette erreur était déterminante
de son consentement.

S’agissant de l’origine du dol, cette condition ne pose pas problème car si des
manœuvres dolosives peuvent être établies, elles seraient nécessairement le fait du
cocontractant de Corentin.  

S’agissant de l’acte matériel, il n’y a eu a priori aucune manœuvre dolosive ou


mensonge de la part de l’acheteur. En revanche, Corentin pourrait tenter de lui reprocher
d’avoir gardé le silence sur la véritable valeur du bien.

En l’espèce, le nouvel article sanctionne la « dissimulation intentionnelle par l’un des


contractants d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre
partie ». Or, ici, l’information porte sur la valeur du bien qui, en tant que condition
essentielle du contrat de vente, est nécessairement déterminante du consentement.
Toutefois, sans qu’il ne soit besoin de s’interroger sur le caractère intentionnel de cette
dissimulation, le dol ne saurait être pris en compte dans la mesure où l’information dont
il est question porte sur l’estimation de la valeur de la prestation.
Ainsi, le cocontractant de Corentin n’était pas tenu de le renseigner sur la valeur du
véhicule utilitaire de sorte que le dol ne peut être retenu.

Conclusion : Corentin ne pourra remettre en cause la validité du contrat de vente du


véhicule utilitaire Volkswagen sur le fondement du dol.