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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

L’Ecole Supérieure de Technologie


de Meknès-Maroc

Le Laboratoire de Recherche en
« Economie, Gestion et Société »

Organise

Trois Conférences Internationales à distance (Trois Webinaires)

sur :

La crise pandémique de Coronavirus

Le 10, le 11 et le 12 juin 2020

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 Le premier Webinaire sous le thème :

La crise pandémique de Coronavirus : Quelles leçons et


quelles mesures ?
Le 10 juin 2020

 Le deuxième Webinaire sous le thème :

La crise pandémique de Coronavirus /Communication,


gouvernance et santé : Quelle interaction ?
Le 11 juin 2020

 Le troisième Webinaire sous le thème :


La crise pandémique de Coronavirus : Quelle gestion au
Maroc ?
Le 12 juin 2020

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Argumentaire :

Avec l’apparition des premières prémices de la crise de Coronavirus, le Maroc a agit


rapidement en procédant à la fermeture des frontières et au confinement.

Dans un second temps, il a imposé la distanciation sociale et le port de masques de


protection.

Une multitude de mesures ont été adoptées au fur et à mesure au cours de la période de
confinement afin d’éviter la propagation de la crise en impliquant les forces de l’ordre et
les professionnels de santé.

Il était aussi nécessaire de porter de l’aide à la population démunie de la société touchée


par le ralentissement de l’activité économique via les dons du Fonds spécial créé par Sa
Majesté le Roi Mohammed VI.

Un Comité de veille économique vient d’être mis en place pour étudier les différentes
répercussions de Covid-19”.

C’est dans ce sens que notre Laboratoire de Recherche en Economie, Gestion & Société
« LAREGS » se décide de lancer le débat par différents professeurs chercheurs et
spécialistes, marocains et étrangers, qui appartient à différents champs disciplinaires pour
arriver à établir des recommandations sur le plan adéquat à entreprendre contre une crise
qui est à la fois marocaine et mondiale.

A ce titre, on se demande :

-Quelles sont les mesures adoptées à l’encontre de la crise ?

-Quel bilan peut-on établir sur les mesures entreprises par les autorités économiques et sur
leurs résultats?

-Quelle est la portée et quelles sont les limites de la gestion de la crise au Maroc et ailleurs?

Objectifs :

-Etaler les différentes dispositions adoptées contre la crise ;

-Etudier les effets des différentes mesures adoptées pour tirer des conclusions;

-Evaluer la portée des stratégies économiques et sociales appliquées pendant la période de


la crise;

-Rapprocher les opinions et les débats des intervenants et tirer des leçons;

-Etablir des recommandations pour aider à la gestion préventive du risque de la crise.

Axes de la journée :
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-Bilan de la situation existante ;

-Bilan des mesures ;

-Analyse des effets.

NB : les interventions des professeurs intervenant dans les trois conférences à


distance/Covid-19 sont diffusées dans le site Youtube via les liens :

https://www.youtube.com/watch?v=NoYA2hjA2Ac&list=TLPQMjkwODIwMjBbFP4MHkB
CBQ&index=1

https://www.youtube.com/watch?v=WhqPy2W-
DAA&list=TLPQMjkwODIwMjBbFP4MHkBCBQ&index=2

https://www.youtube.com/watch?v=-
loTvndtMPc&list=TLPQMjkwODIwMjBbFP4MHkBCBQ&index=3

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Sommaire:

Article Auteur Page

LA CRISE PANDEMIQUE DE
CORONAVIRUS (COVID-19) : VERS UNE
EMERGENCE D’UN NOUVEAU MODELE Pr. Ben BOUBAKARY 11
DE DEVELOPPEMENT ? ESSAI DE
DECRYPTAGE
‫تأمالت حول السياسة الجبائية و المالية العامة بالمغرب ما بعد‬ Pr. Abdelali JNAH 46
‫جائحة كورونا‬

REPENSER LA SECURITE ALIMENTAIRE


Pr. Anthony 60
ET SANITAIRE AU REGARD DU COVID-
TCHEKEMAN
19 : UNE ALIMENTATION LOCALE POUR
UNE SANTE GLOBALE ?
81
Pr. Hamid DAMOUM
MÉDECINE ET PHILOSOPHIE : LES
ENJEUX D’UNE PANDÉMIE

Pr. Souabou TOGO


LA COMMUNICATION DE CRISE : LES 90
QUESTIONS PRINCIPALES A TRAITER,
CAS DU MALI FACE AU COVID-19
Pr. Mohammed AARAB
LA PANDEMIE COVID-19 ET 101
SOCIOLOGIE DE LA SANTE AU
MAROC : CRISE SANITAIRE OU CRISE
DE CONSCIENCE SOCIALE ?
(APPROCHES SOCIOLOGIQUE ET
PSYCHOSOCIOLOGIQUE)

LA BONNE GOUVERNANCE DES 115


FINANCES PUBLIQUES EN PÉRIODE DE Pr. Khadija BENAZZI
CRISES: CAS DE COVID-19

MESURES EN FAVEUR DES ENTREPRISES 123


ET DES SALARIES MAROCAINS A Pr. Latifa BENAZZI
L’OCCASION DE COVID-19

CORONAVIRUS AU MAROC,
Pr. Fettouma MAA
REPERCUSSIONS ECONOMIQUES ET 130
MESURES EXCEPTIONNELLES : QUEL
BILAN ?

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LA PANDEMIE DU CORONAVIRUS :
QUEL IMPACT SUR L’ECONOMIE Pr. Essahli EL 141
MAROCAINE, QUELLES MESURES ET
HARCHAOUI
QUELLES LEÇONS A TIRER ?

LA GESTION DE LA CRISE DE 158


CORONAVIRUS AU MAROC : PEUT-ON Pr. Fatiha REGRAGUI
PARLER D’UN MODELE ?

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LA CRISE PANDEMIQUE DE CORONAVIRUS (COVID-19) :


VERS UNE EMERGENCE D’UN NOUVEAU MODELE DE
DEVELOPPEMENT ?
ESSAI DE DECRYPTAGE

Par

Ben BOUBAKARY

Enseignant-Chercheur, Université de Yaoundé II-Cameroun.


boubakary24@gmail.com

Résumé :
Depuis sa première apparition à Wuhan, en Chine, fin 2019, le nouveau coronavirus (COVID-
19) a évolué en une pandémie mondiale en trois mois, avec plus de 5,5 millions de cas
confirmés dans le monde au 26 mai 2020. Cette pandémie a touché tous les secteurs de
l’économie et toutes les couches de la population. Elle a entraîné une crise économique et
financière majeure dans le monde. Pour faire face aux effets néfastes de cette pandémie, des
mesures fortes ont été prises dont le but vise en particulier à limiter drastiquement les contacts
entre les personnes, afin de ralentir la propagation du virus. Ces mesures ont réduit les libertés
les plus fondamentales à un point, jamais été atteint depuis la Seconde Guerre mondiale.
Toutefois, malgré ces mesures barrières, il semble que cette pandémie ne cesse de se propager
et, pire encore, certaines de ces mesures ont des répercutions sur le développement
économique et social. Cette pandémie réitère l’importance d’un dicton « mieux vaut prévenir
que guérir » et révèle des points faibles dans la façon de penser la santé et de riposter à une
pandémie dans le monde entier. Enfin, cette pandémie nous permet de repenser sur une
nouvelle façon de travailler, mais aussi de considérer la santé et le bien-être comme un moteur
clé d’un nouveau développement.
Mots-clés : Crise, COVID-19, Conséquences, Leçons, Monde, Développement.

Abstract:
Since its first appearance in Wuhan, China at the end of 2019, the novel coronavirus (COVID-
19) has evolved into a global pandemic in three months, with more than 5.5 million confirmed
cases worldwide as of May 26, 2020. This pandemic has affected all sectors of the economy
and all segments of the population. It caused a major economic and financial crisis in the
world. To cope with the harmful effects of this pandemic, strong measures have been taken,
the aim of which is in particular to drastically limit contact between people, in order to slow
the spread of the virus. These measures have reduced the most basic freedoms to a point not
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achieved since World War II. However, despite these barrier measures, it seems that this
pandemic continues to spread and, even worse, some of these measures have repercussions on
economic and social development. This pandemic has reiterated the importance of a saying
"prevention is better than cure" and revealed weak points in the way of thinking about health
and responding to a pandemic around the world. Finally, this pandemic has allowed us to
rethink a new way of working, but also to consider health and well-being as a key driver of
new development.
Keywords: Crisis, COVID-19, Consequences, Lessons, World, Development.

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Introduction

Le monde traverse une crise sanitaire sans précédent, une crise qui a touché tous les secteurs
de l’économie et toutes les couches de la population. Il s’agit la pandémie du COVID-19.
Celle-ci pose à notre monde des défis majeurs qui menacent d’effacer les acquis du
développement dans de nombreux pays. Elle a de profondes répercussions sur le capital
humain, en prenant des vies, mais aussi en mettant en péril l’acquisition des connaissances, le
bien-être élémentaire et la productivité à venir. Cette crise a également durci
considérablement les conditions de financement extérieur pour tous les pays et perturbé le
commerce, les chaînes d’approvisionnement et les flux d’investissement. Une coopération
multilatérale est nécessaire pour contenir la pandémie et pour atténuer ses conséquences
sanitaires, sociales et économiques (Lucchese et Pianta, 2020).

En effet, cette pandémie a entraîné une crise économique et financière majeure dans le monde
qui se manifeste par une grave crise du crédit, un effondrement majeur de l’activité
économique et des marchés financiers dans le monde entier. Entre le 19 février et le 20 mars
2020, l’indice S&P500 de la Bourse de Wall Street a perdu 32 % de cote. À Londres, la chute
de l’indice FTSE100 a été dans la même fourchette. En Italie, premier pays européen infecté
par la pandémie, l’indice MTS FTSE de Milan a chuté de 38%.

Pour faire face aux effets néfastes de cette pandémie, des mesures fortes ont été prises par les
autorités des États les plus touchés. Ces mesures visent en particulier à limiter drastiquement
les contacts entre les personnes, dans le but de ralentir la propagation du virus et de réduire le
risque que les services médicaux concernés ne puissent faire face à l’afflux de patients. Ces
mesures imposent des contraintes considérables aux individus, dont les libertés les plus
fondamentales sont réduites à un point qui n’a jamais été atteint depuis la Seconde Guerre
mondiale.

Cependant, malgré ces mesures barrières, il semble que cette pandémie ne cesse de se
propager et, certaines de ces mesures ont des répercutions sur le développement économique
et social. En effet, la gestion de cette crise étant de nature complexe, elle nécessite un examen
plus approfondi des mécanismes théoriques et pratiques à l’œuvre (Coombs, 2010 ; Bundy et
al., 2017 ; Boubakary, 2020). De plus, la gestion de cette pandémie a été critiquée pour

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certaines des mesures prises comme le confinement qui, sans les gestes d’accompagnement,
ont des enjeux financiers importants et insupportables par la population.

Néanmoins, ces mesures prises constituent des moyens indispensables pour lutter contre cette
pandémie au regard des menaces de plus en plus nombreuses qui pèsent sur les pays touchés.
Dès lors, la préoccupation de la présente étude est celle de savoir : quelles sont les
conséquences réelles de cette pandémie du COVID-19 sur le développement socio-
économique dans le monde et quelles leçons pouvons-nous en tirer ? La réponse à cette
question nous amène dans un premier temps à présenter la situation actuelle de cette
pandémie, ensuite ses conséquences et enfin les enseignements à retenir pour l’avenir.

1. La situation actuelle de la crise pandémique du COVID-19

La situation de la pandémie du COVID-19 dans le monde entier est alarmante. En effet, en


date du 26 mai 2020, on dénombre environ 5 591 067 cas confirmés dont 2 287 152 cas de
guérisons et 350 458 cas de décès. Nous allons successivement présenter ici la situation de
cette pandémie en Afrique, en Amérique, en Asie et en Europe à la date du 26 mai 2020.

1.1. La situation actuelle du COVID-19 en Afrique

Le premier cas de COVID-19 en Afrique est apparu en février 2020 en Égypte. Au fil du
temps, les 54 pays du continent sont touchés par le coronavirus. Cependant, la gravité de la
situation varie d’un pays à l’autre. Toutefois, l’Afrique reste pour l’instant moins impactée
que le reste du monde, bien que la situation ne soit pas complètement maitrisée. Ce 26 mai
2020, le continent africain compte 3 471 décès confirmés et 46 426 guérisons pour 115 346
cas enregistrés, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union
Africaine. Mais, pour ce Centre de prévention, les indices indiquent que ce bilan est fortement
sous-estimé. Les 13 pays africains les plus touchés en date du 26 mai 2020 sont présentés
dans le tableau 1 ci-après.

Tableau 1. Les 13 Pays africains les plus touchés par le COVID-19 selon l’OMS
N° Pays Cas confirmés Guérisons Décès

1 Afrique du sud 24 264 12 741 524

2 Égypte 18 756 5 027 797

3 Algérie 8 697 4 918 617

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4 Nigéria 8 344 2 385 249

5 Maroc 7 577 4 881 202

6 Ghana 7 117 2 317 34

7 Cameroun 5 436 1 865 165

8 Soudan 3 976 503 170

9 Guinée 3 275 1 673 20

10 Sénégal 3 161 1 565 39

11 Côte d’Ivoire 2 477 1 286 30

12 République Démocratique du Congo 2 296 337 67

13 Gabon 2 238 593 14

Au regard du tableau 1 ci-dessus, nous constatons que, l’Afrique du sud est le pays africain le
plus touché par cette pandémie. Cependant, le pays a amorcé depuis le 1er mai un prudent
déconfinement. Plus d’un million et demi de personnes ont été autorisés à reprendre le travail,
sous stricte protection sanitaire, dans des secteurs comme le bâtiment, le textile ou la
maintenance. Mais l’essentiel des restrictions est resté en place. Les mesures très strictes
prises depuis cinq semaines ont permis de ralentir la progression de la pandémie de
coronavirus. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a également annoncé un effort de
dépistage de masse, notamment dans les quartiers, banlieues et bidonvilles déshérités, qui
peinent à obéir aux consignes de confinement malgré le déploiement de la police et de l’armée
(Diallo, 2020).

1.2. La situation actuelle du COVID-19 en Amérique

Le premier cas positif du COVID-19 sur le continent américain a été enregistré le 21 janvier
2020 aux États-Unis. Il s’agissait d’un homme d’une trentaine d’année, originaire de l’État de
Washington et hospitalisé à Everett, qui avait récemment voyagé en Chine. Quatre jours plus
tard, les États-Unis sont suivis par le Canada et, un mois plus tard, par le Brésil qui est le
premier pays d’Amérique du Sud touché avec un premier cas confirmé le 25 février. Les cas
se répandront à partir de mars à l’ensemble du continent. Le tableau 2 ci-après présente les 10
pays du continent américain les plus touchés par le COVID-19 en date du 26 mai 2020.

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Tableau 2. Les 10 Pays du continent américain les plus touchés par le COVID-19 selon
l’OMS
N° Pays Cas confirmés Guérisons Décès

1 États-Unis 1 716 155 360 917 100 175

2 Brésil 392 360 158 593 24 549

3 Pérou 129 751 52 906 3 788

4 Canada 86 647 45 339 6 639

5 Chili 77 961 30 915 806

6 Mexique 74 560 52 219 8 134

7 Équateur 37 355 3 560 3 203

8 Colombie 23 003 5 511 776

9 République dominicaine 15 264 8 534 468

10 Argentine 3 215 4 154 490

Au regard du tableau 2 ci-dessus, on note que, les États-Unis, pays le plus peuplé du continent
américain, concentre la majorité des cas de contamination et de décès, soit environ 80 % des
cas en Amérique. Cependant, selon le magazine Washington Post, parmi les cas des décès dus
au COVID-19 dénombrés, environ 40 % proviennent de la communauté noire, alors qu’elle ne
représente que 14 % de la population. Ainsi, les Afro-américains sont particulièrement
vulnérables face à l’épidémie du coronavirus car ils ont plus de probabilité d’occuper des
emplois mal payés, qui ne peuvent pas être effectués en télétravail et n’offrent ni assurance
maladie ni indemnités en cas d’absence pour maladie.

1.3. La situation actuelle du COVID-19 en Asie

Le premier cas de COVID-19 en Asie est apparu en décembre 2019 en Chine, notamment
dans la ville Wuhan. Au 26 mai 2020, au moins un cas de la COVID-19 avait été signalé dans
tous les pays d’Asie à l’exception du Turkménistan et de la Corée du Nord, cette dernière
avait néanmoins signalé des cas suspects. Les 15 Pays asiatiques les plus touchés par cette
pandémie du COVID-19, en date du 26 mai 2020, sont présentés dans le tableau 3 ci-après.

Tableau 3. Les 15 Pays asiatiques les plus touchés par le COVID-19 selon l’OMS

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N° Pays Cas confirmés Guérisons Décès

1 Russie 362 342 131 129 3 807

2 Inde 151 767 64 426 4 337

3 Iran 139 511 109 437 7 508

4 Chine 82 993 78 280 4 634

5 Arabie Saoudite 76 726 48 450 411

6 Pakistan 59 151 19 142 1 225

7 Qatar 47 207 11 844 28

8 Bangladesh 36 751 7 579 522

9 Singapour 32 343 16 444 23

10 Émirats Arabes unis 31 086 15 982 253

11 Indonésie 23 165 5 877 1 418

12 Israël 16 743 14 362 281

13 Japon 16 662 13 810 862

14 Philippines 14 669 3 412 886

15 Corée du Sud 11 265 10 295 269

Le tableau 3 ci-dessus montre que, la Russie, l’Iran, l’Inde, la Chine et l’Arabie Saoudite sont
les pays les plus gravement touchés par cette pandémie. Cependant, comparativement à
d’autres continents, la plupart des pays de la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique ont pris
très tôt des mesures pour préparer ou atténuer la transmission communautaire du COVID-19.
Toutefois, si ces mesures d’atténuation sont nécessaires, elles affectent les moyens de
subsistance et l’accès aux services publics. Des mesures d’accompagnement aux populations
sont donc nécessaires pour contenir l’épidémie et atténuer ses impacts sur les couches
vulnérables.

1.4. La situation actuelle du COVID-19 en Europe

La pandémie du COVID-19 en Europe touche, à des degrés divers, tous les pays du vieux
continent. Les premiers cas européens sont détectés en France le 24 janvier 2020, puis en

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Allemagne le 28 janvier et en Italie le 29 janvier. Au 17 mars tous les pays européens ont
déclaré au moins un cas confirmé. Le tableau 4 ci-après présente les pays de l’Europe les plus
touchés par le COVID-19 en date du 26 mai 2020.

Tableau 4. Les 15 Pays de l’Europe les plus touchés par le COVID-19 selon l’OMS
N° Pays Cas confirmés Guérisons Décès

1 Royaume-Uni 265 227 - 37 048

2 Espagne 236 529 150 376 27 117

3 Italie 230 555 144 658 32 955

4 Allemagne 181 288 163 681 8 498

5 Turquie 158 762 121 507 4 397

6 France 145 555 65 879 28 530

7 Belgique 57 455 15 320 9 334

8 Pays-Bas 45 578 - 5 856

9 Biélorussie 38 059 15 086 208

10 Suède 34 440 4 971 4 125

11 Portugal 31 007 18 096 1 342

12 Suisse 30 761 28 200 1 648

13 Irlande 24 735 21 060 1 615

14 Pologne 22 303 10 330 1 025

15 Ukraine 21 905 7 995 658

Au regard du tableau 4 ci-dessus, nous observons que, le Royaume-Uni est le pays de


l’Europe le plus touché par cette pandémie, suivi de l’Espagne et de l’Italie. Malgré que la
situation ne soit pas complètement maitrisée, certains pays comme la France et une partie de
l’Espagne, ont procédé, le lundi 11 mai, au déconfinement partiel dans les localités les moins
risqués.

La situation actuelle du COVID-19, telle que nous venons de la présenter, a amené la plupart
des pays à mettre en place des mesures restrictives afin de limiter la pandémie et de limiter le

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nombre de victimes. Parmi les mesures restrictives, on note le confinement, la distanciation


sociale, la suspension du trafic aérien pour réduire la mobilité à l’échelle mondiale à court
terme. Cependant, ces mesures restrictives ont un impact socio-économique, politique,
environnemental, financier et culturel important à court et à long terme.

2. Les conséquences de la pandémie du COVID-19

Depuis sa première apparition en Chine en décembre 2019, le COVID-19 bouleverse la


planète. Cette maladie infectieuse, qualifiée de pandémie par l’Organisation Mondiale de la
Santé, a des répercussions profondes sur la santé des populations, l’économie, les industries et
les transports mondiaux. Il s’agit de la plus grande crise sanitaire qu’ait connue le monde
depuis près d’un siècle.

2.1. Les conséquences socioéconomiques de la pandémie du COVID-19

La pandémie du COVID-19 a affecté les sociétés et les économies dans leur « épicentre »
(Sinapin, 2020). Bien que l’impact de la pandémie varie d’un pays à l’autre, cela augmentera
très probablement la pauvreté et les inégalités à l’échelle mondiale, rendant la réalisation des
ODD (Objectifs de Développement Durable) encore plus urgente. Afin de comprendre
l’impact du COVID-19 sur le bouleversement de l’économie mondiale, nous allons nous
focaliser ici sur le secteur primaire qui inclue les industries impliquées dans l’extraction des
matières premières, le secteur secondaire impliqué dans la production de produits finis et le
secteur tertiaire, y compris toutes les industries de prestation de services.

2.1.1. Le secteur primaire

L’agriculture

La résilience du secteur agricole a été testée par l’épidémie de COVID-19. Un effondrement


mondial de la demande des hôtels et restaurants a entraîné une baisse de 20% des prix des
produits agricoles (Nicola et al., 2020a). Des pays du monde entier ont imposé un certain
nombre de mesures de protection pour contenir la propagation exponentielle de la pandémie.
Cela comprend l’éloignement social, l’évitement des déplacements inutiles et l’interdiction
des rassemblements. Les mesures de confinement ont un impact sur le personnel de livraison
dans les entreprises, notamment celui qui assure la vérification et le transport des produits.

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Cela a aussi des implications importantes pour les produits périssables tels que la viande et les
légumes (Sinapin, 2020).

En Afrique, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne, le secteur agricole est


principalement composé de petits exploitants, dont beaucoup travaillent déjà dans des
conditions difficiles en raison de la variabilité climatique et du manque de ressources. Les
conséquences de la pandémie de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle
risquent d’être importantes et accroître davantage la pauvreté et la malnutrition (Bashuna et
Addom, 2020). Il est donc impératif que l’Afrique subsaharienne accélère la digitalisation de
son agriculture qui constitue une véritable lueur d’espoir. En effet, les progrès réalisés ces
dernières années en matière de digitalisation de l’agriculture en Afrique pourraient servir de
base solide au développement de nouvelles initiatives visant à atténuer les effets du COVID-
19 sur la sécurité alimentaire. Il est donc nécessaire que les gouvernements et les parties
prenantes soutiennent ces démarches de digitalisation de l’agriculture africaine en améliorant
les infrastructures et les systèmes de livraison essentiels à la production, au commerce et aux
chaînes d’approvisionnement agroalimentaires (Bashuna et Addom, 2020). Grâce à la
digitalisation, il est actuellement possible d’assurer l’approvisionnement en produits de base
essentiels pour les activités agricoles en Afrique, en mettant à la disposition des agriculteurs
des services de conseil, de commercialisation, de financement et de chaîne
d’approvisionnement – qui sont autant de services essentiels en cette période difficile –.

La pêche et l’aquaculture

Le COVID-19 affecte la pêche et l’aquaculture dans la mesure où le poisson et les produits de


la pêche dépendent fortement du commerce international. En effet, le développement de la
pandémie avec ses corolaires que sont les restrictions et les fermetures des marchés
mondiaux, vont gravement affecter les chaînes d’approvisionnement de poisson frais et de
crustacés par la fermeture des secteurs de la restauration (par exemple les hôtels, restaurants et
établissements de restauration, y compris les cantines scolaires et professionnelles). Le secteur
de la transformation a également dû faire face à des fermetures en raison d’une baisse de la
demande des consommateurs. Cela a un impact significatif, en particulier sur les femmes, qui
constituent la majorité de la main-d’œuvre dans le secteur après récolte (FAO, 2020).

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Par ailleurs, les restrictions imposées par certains pays ont entraîné des difficultés logistiques
dans le commerce des fruits de mer, en particulier en ce qui concerne les restrictions de
transport et les frontières. L’industrie du saumon, en particulier, a souffert de l’augmentation
des coûts du fret aérien et de l’annulation des vols. L’industrie du thon (dans l’océan
Pacifique occidental et central) a signalé des restrictions de mouvement pour les marins
professionnels, y compris les observateurs des pêches en mer, et le personnel maritime dans
les ports, empêchant ainsi les changements d’équipage et le rapatriement des marins.
Certaines pénuries de semences, d’aliments pour animaux et d’articles aquacoles connexes
(par exemple, des vaccins) ont également été signalées, en raison de restrictions sur le
transport et les déplacements du personnel, avec des impacts particuliers sur l’industrie
aquacole.

Du fait de la baisse de la demande et des baisses de prix qui en résultent, la production de la


pêche de capture dans certains pays a été interrompue ou considérablement réduite, ce qui
peut avoir une influence positive sur les stocks de poissons sauvages à court terme. En
aquaculture, il est de plus en plus évident que les produits invendus entraîneront une
augmentation des stocks de poissons vivants, et donc des coûts plus élevés pour l’alimentation
ainsi qu’un risque accru de mortalité des poissons (FAO, 2020).

Dans certaines régions, une augmentation des ventes au détail a été signalée en raison de la
fermeture de l’industrie des services alimentaires. Les conserves de fruits de mer et autres
avec une durée de conservation plus longue, ont profité de la huasse des achats de panique au
début de la crise. Sur certains marchés, les fournisseurs ont développé des moyens d’offrir des
approvisionnements directs aux consommateurs pour remplacer les ventes de poisson frais
perdues des détaillants établis (FAO, 2020).

Il reste cependant de nombreuses incertitudes, notamment en ce qui concerne la durée et la


gravité de la pandémie. Néanmoins un ralentissement prolongé du marché est susceptible
d’introduire des transformations à long terme dans le secteur (FAO, 2020).

Le pétrole

Lors d’une réunion de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) à Vienne, le 6
mars dernier, un refus de la Russie de réduire la production de pétrole a déclenché des
représailles de la part de l’Arabie Saoudite avec des remises extraordinaires aux acheteurs et

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une menace de pomper plus de pétrole brut (Nicola et al., 2020a). L’Arabie Saoudite,
considéré comme le leader de l’OPEP, a augmenté son approvisionnement en pétrole de 25%
par rapport à février, portant le volume de production à un niveau sans précédent (Nicola et
al., 2020a). Cela a provoqué la chute des prix la plus abrupte en un jour depuis près de 30 ans.
Le 23 mars, le brut Brent a chuté de 24 %, passant de 34 $ le baril à 25,70 $ (Theron, 2020).
Bien qu’une décélération du nombre de décès liés aux COVID ait provoqué une certaine
stabilisation des prix du pétrole, il subsiste beaucoup d’incertitude. Par ailleurs, cette
pandémie qui freine déjà la demande, couplée à la guerre des prix du pétrole, aura de graves
conséquences pour l’économie mondiale.

Selon le rapport de l’UA sur l’impact du COVID-19 sur les marchés pétroliers des pays
africains, les exportations de pétrole brut en 2020 seront en baisse d’au moins 10 % en
moyenne par rapport aux dernières années. Selon ce rapport, les prix vont également baisser
et la valeur des exportations de pétrole africain va tomber aux niveaux atteints il y a 20 ans.
Ces prix réduits, associés à une production en baisse, pourraient voir les plus grands
producteurs de pétrole africains confrontés à une perte de valeur pétrolière de 20 milliards de
dollars voire plus, en 2020. Pour les pays consommateurs, la faible utilisation par habitant du
pétrole pour le transport dans de nombreux pays africains signifie que tout gain provenant de
la baisse des prix sera limité en raison de la faible demande et des limites très probables des
capacités de stockage. A cet effet, tous les pays doivent saisir cette occasion pour explorer les
moyens d’améliorer l’efficacité de l’utilisation du pétrole ; dans la mesure du possible,
profiter de la baisse des prix pour voir si les subventions aux carburants peuvent être réduites
ou supprimées et renforcer les systèmes nationaux d’information sur l’énergie pour soutenir la
prise de décision et l’investissement au niveau national.

2.1.2. Le secteur secondaire

L’industrie manufacturière

Une enquête menée par la British Plastics Federation (BPF) a exploré l’impact du COVID-19
sur les entreprises manufacturières du Royaume-Uni (UK). Plus de 80 % des répondants
anticipaient une baisse du chiffre d’affaires au cours des deux prochains trimestres, 98 %
admettant leur inquiétude quant à l’impact négatif de la pandémie sur les opérations
commerciales (BPF, 2020). Les problèmes d’importation et les carences en personnel se sont
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

révélés être les principales préoccupations des entreprises en raison de la perturbation des
chaînes d’approvisionnement et des politiques d’auto-isolement. En effet, pour de nombreux
rôles au sein d’une entreprise manufacturière, le « travail à domicile » n’est pas une option
viable. L’industrie chimique devrait réduire sa production mondiale de 1,2 %, la pire
croissance du secteur depuis le « krach financier » de 2008 (IW Staff, 2020). Les grandes
entreprises de fabrication de produits chimiques comme BASF, qui étaient en train
d’augmenter la production en Chine, ont dû retarder leurs activités, ce qui a contribué au
ralentissement de la croissance prévue (Knieps, 2020).

La construction

La pandémie du COVID-19 bouleverse l’économie mondiale et impacte fortement le secteur


de la construction. En effet, les entreprises du bâtiment doivent s’adapter aux enjeux sanitaires
tout en assurant la poursuite des chantiers et, ce, afin de sauvegarder la vie économique des
pays. En fait, l’arrêt des chantiers en cours n’est naturellement pas sans conséquence dans le
secteur de la construction dans chaque région du monde. Toutefois, certains pays sont plus
impactés que d’autres face à cette pandémie.

2.1.3. Le secteur tertiaire

L’éducation et la culture

Le COVID-19 a touché tous les niveaux du système éducatif, du préscolaire au supérieur.


Différents pays ont mis en place diverses politiques, allant de la fermeture complète à la
fermeture ciblée. En fait, plus de 100 pays ont imposé une fermeture nationale des
établissements d’enseignement primaire, secondaire et universitaire. L’UNESCO estime que
près de 900 millions d’apprenants ont été touchés par la fermeture d’établissements
d’enseignement (UNESCO, 2020a). Bien que l’intention de ces fermetures soit d’empêcher la
propagation du virus au sein des institutions et d’empêcher le transport vers des individus
vulnérables, ces fermetures ont eu des implications socio-économiques généralisées.

Le COVID-19 a eu un impact sur la mobilité sociale, les écoles n’étant plus en mesure de
fournir des repas scolaires gratuits aux enfants de familles à faible revenu, l’isolement social
et les taux d’abandon scolaire ont augmenté dans certains pays. Il a également eu un impact
significatif sur les coûts de garde d’enfants pour les familles avec de jeunes enfants (Nicola et
al., 2020a). De plus, il existe une grande disparité parmi les populations à revenu plus élevé
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

qui sont en mesure d’accéder à une technologie qui peut garantir que l’éducation se poursuive
numériquement pendant l’isolement social.

À Dubaï par exemple, 13 900 personnes ont signé une pétition pour réduire les frais de
scolarité de 30 % alors que les parents peinent à trouver ces fonds avec les récentes baisses de
salaires atteignant jusqu’à 50 % et le coût de la vie élevé. En outre, les parents sont invités à
fournir aux écoles des informations confidentielles telles que les relevés bancaires et les
déclarations des sociétés de profits et pertes (Nicola et al., 2020a).

Une étude de la Brookings Institution en 2016, modélisant les fermetures des écoles dans les
grandes villes américaines et à l’échelle nationale, a suggéré qu’il y aurait un coût médian de
142 $ par élève par semaine. Cela a conduit à estimer qu’une fermeture de quatre semaines de
la ville de New York entraînerait un coût économique de 1,1 milliard de dollars et qu’une
fermeture à l’échelle nationale pendant 12 semaines coûterait 1 % du PIB. En outre, cette
étude examine l’impact direct des fermetures sur les enfants des travailleurs de la santé avec
une perte estimée à 6 à 19 % des heures de travail des personnels de santé. Une estimation au
Royaume-Uni a suggéré que les fermetures prolongées pourraient coûter 3 % du PIB
britannique (Keogh‐Brown et al., 2010). Cependant, certains estiment que cet impact sera de
courte durée car sa cause est connue et définie et aura donc un point final clair, contrairement
à une récession économique normale (Baldwin et Weder, 2020).

Outre l’impact sur l’enseignement primaire et secondaire, l’impact le plus important concerne
la communauté des chercheurs universitaires, la recherche sur de nombreux sujets non liés
aux COVID étant suspendue. Au Royaume-Uni, l’organisme national de financement de la
recherche en santé a arrêté toutes les recherches non-COVID afin de permettre au personnel
cliniquement formé de venir à la rescousse des hôpitaux et cliniques. Aux États-Unis, le
National Institute for Health a pris des mesures similaires pour interrompre toute recherche
non critique afin de libérer du personnel et des ressources pour la recherche « critique ». En
dehors du cadre de la recherche en soins de santé, plusieurs institutions ont suspendu la
recherche dans des domaines tels que les sciences humaines et sociales. L’Université Harvard
a fermé tous les laboratoires de la Faculté des arts et des sciences (Nicola et al., 2020a).

En outre, des inquiétudes ont été exprimées concernant le nombre de conférences


scientifiques qui ont été annulées ou reportées. Ces conférences sont la clé de la recherche

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scientifique dans de nombreuses disciplines, permettant la diffusion de la recherche ainsi que


des opportunités de réseautage pour la collaboration et la recherche d’emploi. De nombreuses
conférences se sont déplacées en ligne, mais ces « conférences virtuelles » ne sont souvent
pas aussi propices au réseautage et aux moyens formels de communication scientifique.

Par ailleurs, avec le confinement, les rassemblements étant interdits, cela a des répercussions
importantes, notamment les sites du patrimoine mondial sont vides, d’importants événements
culturels annulés, la fermeture des institutions culturelles, l’interruption des pratiques
culturelles, le risque accru de pillage des sites culturels et de braconnage des sites naturels.
L’impact du COVID-19 sur le secteur culturel est ressenti à l’échelle mondiale. Les artistes en
situation de précarité économique et le secteur du tourisme culturel reste gravement affecté.
Les répercussions sont énormes et affectent le droit fondamental d’accès à la culture
(UNESCO, 2020b).

Le Secteur financier

Le COVID-19 a touché des communautés, des entreprises et des organisations à l’échelle


mondiale, affectant par inadvertance les marchés financiers et l’économie mondiale. Des
réponses gouvernementales non coordonnées et des blocages ont entraîné une perturbation de
la chaîne d’approvisionnement. En Chine, les restrictions de verrouillage ont
considérablement réduit la production de marchandises des usines, tandis que les politiques de
quarantaine et d’auto-isolement ont diminué la consommation, la demande et l’utilisation des
produits et services (Yap, 2020).

Outre la perturbation de la chaîne d’approvisionnement, le secteur des marchés de capitaux a


également été touché. Aux États-Unis, le S&P 500, un indice boursier qui mesure la
performance boursière de 500 grandes entreprises à la bourse américaine, le Dow Jones
Industrial Average et le Nasdaq ont chuté de façon spectaculaire, nul n’était l’intervention du
gouvernement américain qui a augmenté ces indices respectivement de 7,3 %, 7,73 % et 7,33
% (Nicola et al., 2020a). De plus, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans sont
tombés à 0,67 % (Yun et Elliot, 2020). Sur les marchés asiatiques, le même schéma a suivi
avec le Shanghai Composite chinois, le Hong Kong Hang Seng et le sud-coréen KOSPI,
baissant dans un premier temps puis suivi d’une hausse des stocks après le soutien du
gouvernement. Le Nikkei japonais a augmenté de 2,01 %. Les rendements obligataires

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

européens ont pour la plupart baissé, atteignant les niveaux de tension du marché touchés par
la crise de la zone Euro de 2011-2012 (Herron et Hajric, 2020). Le DAX allemand, le FTSE
100 britannique et l’Euro Stoxx 50 étaient tous en baisse le 23 mars, mais ont augmenté de
manière significative après l’accord de sauvetage de l’UE. L’or a perdu 0,65 % de sa valeur
face au dollar (Nicola et al., 2020a). La baisse des marchés boursiers mondiaux a alimenté un
environnement volatil avec des niveaux de liquidité critiques (Bachman, 2020). Pour lutter
contre ces effets, les banques centrales du monde entier sont intervenues pour garantir le
maintien de la liquidité et atténuer le choc économique.

Le secteur médical

La pandémie du COVID-19 a posé un défi sans précédent aux systèmes de santé du monde
entier. En particulier, le risque pour les travailleurs de la santé est l’une des plus grandes
vulnérabilités des systèmes de santé dans le monde. Étant donné que la plupart des travailleurs
de la santé sont incapables de travailler à distance, des stratégies comprenant le déploiement
précoce de tests viraux pour le personnel de santé asymptomatique et/ou de première ligne
sont impératives (Tanne et al., 2020). Les coûts élevés des soins de santé, les pénuries
d’équipements de protection, y compris les masques faciaux « N95 », et le faible nombre de
lits et de ventilateurs en unité des soins intensifs ont finalement révélé des faiblesses dans la
prestation des soins aux patients.

Des changements profonds dans la dynamique des soins de santé devraient en résulter,
conduisant à des investissements massifs dans les infrastructures de prévention des maladies
et à la transformation numérique accélérée de la prestation des soins de santé. Nicola et al.
(2020b) ont mis en évidence le changement de politique de santé et de gestion clinique à
mesure que de nouvelles preuves émergent. Aux États-Unis, les ingrédients pharmaceutiques
actifs sont importés principalement d’Inde (18 %) et de l’UE (26 %), tandis que la Chine
représente 13 %. La Chine est également le plus grand exportateur de dispositifs médicaux
vers les États-Unis, avec 39,3 %. Des ralentissements de production et des limitations de
l’offre entraîneraient par inadvertance une perte de revenus (Nicola et al., 2020a).

À l’inverse, des opportunités pour les entreprises engagées dans le développement de vaccins
et de médicaments sont apparues simultanément, avec des sociétés basées aux États-Unis,
notamment Johnson & Johnson, Vir Biotechnology, Novavax et NanoViricides, qui ont

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annoncé des plans de collaboration pour développer un vaccin viral. Un essai clinique de
« phase 1 » évaluant un vaccin expérimental COVID-19 est actuellement en cours et permetra
de recruter 45 volontaires adultes en bonne santé âgés de 18 à 55 ans sur environ 6 semaines
(Nicola et al., 2020a).

L’hôtellerie, le tourisme et l’aviation civile

L’industrie de l’accueil et du voyage a peut-être été la plus durement touchée, les travailleurs
horaires faisant face à des difficultés potentiellement dévastatrices. Marriott International
(environ 174 000 employés) est sur le point de placer des dizaines de milliers de travailleurs
en congé (Bomey, 2020). Hilton Worldwide a également informé les prêteurs, le 5 mars 2020,
qu’ils emprunteraient une précaution de 1,75 milliard de dollars dans le cadre d’un prêt
renouvelable pour préserver leur argent et maintenir leur flexibilité à la lumière de
l’incertitude sur les marchés mondiaux.

Le chiffre d’affaires de l’hôtellerie par chambre disponible aux États-Unis a baissé de 11,6%
pour la semaine se terminant le 7 mars 2020, tandis qu’en Chine, les taux d’occupation ont
chuté de 89 % à la fin de janvier 2020. D’autres entreprises hôtelières des États-Unis
demandent environ 150 milliards de dollars d’aide directe pour les employés en raison d’une
baisse sans précédent de la demande et d’une perte estimée à 1,5 milliard de dollars depuis la
mi-février (Durbin, 2020). MGM Resorts International a également annoncé une suspension
temporaire de ses activités à Las Vegas, avec la fermeture des casinos, suivie des opérations
hôtelières. Depuis le 1er mars 2020, l’occupation des hôtels en Allemagne a diminué de plus
de 36%. Les villes italiennes, dont Rome, ont été affectées par inadvertance avec un taux
d’occupation actuel de 6 %, tandis que Londres reste la plus stable avec un taux d’occupation
d’environ 47 %. Dans l’ensemble, la crise du COVID-19 a entraîné des distorsions
internationales pour l’industrie hôtelière et des effondrements importants pour le marché
hôtelier du monde entier.

Le secteur du tourisme est actuellement l’un des plus durement touchés par l’épidémie de
COVID-19, avec des impacts sur l’offre et la demande de voyages. Le Conseil mondial du
voyage et du tourisme a averti que 50 millions d’emplois dans le secteur mondial du voyage
et du tourisme sont menacés (Nicola et al., 2020a). En Europe, l’alliance du Manifeste
européen du tourisme, qui regroupe plus de 50 organisations européennes publiques et privées

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du secteur du voyage et du tourisme, a souligné la nécessité de mettre en œuvre des mesures


urgentes. Celles-ci comprennent des aides de l’État au secteur du tourisme et des voyages des
gouvernements nationaux ainsi qu’un accès rapide et facile à des prêts à court et à moyen
terme pour surmonter les pénuries de liquidités, y compris les fonds mis à disposition par
l’UE via la Corona Response Investment Initiative. Par ailleurs, de nombreux parcs
d’attraction dans le monde sont fermés pour renforcer davantage les mesures de distance
sociale.

L’industrie du voyage est aux prises avec une vague d’annulations sans précédent et une
baisse significative de la demande au milieu d’instructions gouvernementales strictes pour
mettre en œuvre la distanciation sociale et la restriction des voyages inutiles. À l’échelle
mondiale, les fermetures de frontières sont en augmentation. Aux États-Unis, tous les
ressortissants étrangers en provenance de Chine, d’Iran et de certains pays de l’UE sont
interdits d’entrée (Ellis, 2020). Cette interdiction s’applique à toute personne ayant visité ces
pays dans les 14 jours précédant leur voyage aux États-Unis. Le ministère britannique des
Affaires étrangères a également déconseillé aux ressortissants britanniques tout voyage
international, sauf essentiel. En Europe, le président de la commission de l’UE a proposé que
tous les voyages non essentiels en provenance de l’extérieur de l’UE soient suspendus
pendant 30 jours. Des suspensions de voyage ont également été mises en œuvre en Asie et en
Afrique (Nicola et al., 2020a). De façon générale, tous les aéroports ont eu une baisse de leur
trafic international de passagers et ont demandé un renflouement de leur gouvernement
comprenant de subventions, de prêts et d’importants allégements fiscaux pour assurer leur
survie.

Le secteur immobilier et le logement

L’industrie immobilière fait face à une grande incertitude en raison de COVID-19. Au niveau
individuel, les précautions relatives à l’éloignement social ont réduit les vues sur la maison,
un élément clé du processus de vente, et les acheteurs et les vendeurs doivent reconsidérer
leurs plans. De plus en plus, les vendeurs cherchent à se rassurer sur la santé des acheteurs
potentiels venant visiter les propriétés (Pickford, 2020). Certains courtiers proposent des
visites à domicile via Skype pour minimiser le risque de propagation des infections. En outre,
des milliers de travailleurs dans le monde ont été licenciés ou ont été mis en congé temporaire

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non rémunéré. Inévitablement, cela aura un impact significatif sur la capacité des individus à
payer les charges locatives, les hypothèques et diverses dépenses des ménages.

L’industrie du sport

Le COVID-19 a un impact substantiel sur les horaires sportifs car certains des plus grands
événements sportifs du monde sont programmés pour l’année 2020. Le tournoi très attendu du
football Euro 2020 a été reporté de 12 mois tandis que les matches de barrage ont été reportés
jusqu’en juin 2020 au plus tôt (Sports Staff, 2020). Le comité international olympique s’est
engagé à organiser sans délai les Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Cependant, ils ont
maintenant décidé de reporter ces Jeux en 2021, une décision qui est soutenue par les athlètes
et leurs nations respectives (Sports Staff, 2020). Dans le même esprit, le Grand Prix
d’Australie de Formule 1 a été reporté, Bahreïn et le Vietnam ayant choisi d’annuler leurs
matchs jusqu’à nouvel ordre (Sports Staff, 2020). Ce ne sont là que quelques exemples : le
golf, le tennis, l’athlétisme, le basket-ball, le rugby, le cyclisme, la boxe, le billard et les
matchs de patinage ont tous été confrontés à des annulations et à des retards pour tenter de
freiner la propagation de la maladie. Cela entraînera inévitablement une charge financière
importante, dont la gravité n’a pas encore été mise en lumière (Sports Staff, 2020).

Les technologies de l’information, médias, recherche et développement

Depuis de l’OMS a porté le statut du COVD-19 d’épidémie à une pandémie, 35 entreprises et


institutions universitaires se sont précipitées pour développer un vaccin efficace. Quatre
vaccins potentiels sont actuellement testés sur des animaux. La Coalition for Epidemic
Preparedness Innovations (CEPI), dirige divers efforts pour financer et coordonner le
développement du vaccin COVID-19. Ils ont annoncé un fonds de partenariat de 4,4 millions
de dollars avec Novavax et l’Université d’Oxford pour développer une solution viable. La
Fondation Gates, Wellcome et Mastercard ont également engagé 125 millions de dollars pour
trouver de nouveaux traitements pour le COVID-19.

Les précautions relatives à l’éloignement social sont primordiales pour l’effort de


confinement. De plus, le COVID-19 a laissé plusieurs hôpitaux en ébullition, ayant atteint sa
capacité maximale. En conséquence, divers pays se tournent vers des solutions
technologiques, pour soigner les patients et en même temps, minimiser le risque de
transmission de personne à personne. Dans diverses villes de Chine, des robots de télé-

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

réponse alimentés par des réseaux sans fil de cinquième génération sont utilisés pour
permettre au personnel de santé de communiquer avec les patients, de surveiller leur santé et
de fournir des fournitures médicales. Des drones qui fournissent des médicaments et des
applications de travail à domicile sont également en cours d’adoption. L’automatisation des
services a été un objectif majeur pour la Chine et le COVID-19 a contribué à accélérer son
adoption.

La demande de respirateurs est montée en flèche en raison de l’épidémie de COVID-19. Les


gouvernements du monde entier tentent d’acheter ces appareils afin d’assister les personnes
en réanimation. Cependant, les chefs de file de l’industrie ont déclaré que cela est plus facile à
dire qu’à faire car bon nombre de ces sociétés ne produisent pas de matériel médical tel que
des respirateurs. De plus, la production de ces appareils nécessite une réglementation et des
tests stricts pour garantir leur sécurité, ce qui peut être un long processus.

Le secteur alimentaire

Ce secteur, y compris la distribution et la vente au détail de produits alimentaires, a été mis à


rude épreuve en raison de la panique des gens qui achètent et stockent des aliments. Cela a
suscité des inquiétudes croissantes concernant les pénuries de produits alimentaires tels que
les pâtes alimentaires, le riz et les légumes en conserve. L’achat de panique a entraîné une
augmentation de nourriture dans les foyers. Cette forte demande de produits alimentaires a
également affecté la livraison de nourriture en ligne. Les entreprises sont aux prises avec des
réservations excessives, les livraisons étant en retard ou pas du tout. De plus, les banques
alimentaires ont également été affectées par les achats de panique et le stockage des aliments,
car les dons ont diminué. Les préoccupations concernant l’épuisement des vivres signifient
également que les populations vulnérables qui n’ont pas les moyens de stocker ne peuvent pas
trouver de nourriture.

Les supermarchés indépendants ont également été affectés par la forte demande de produits
alimentaires. Les mesures mises en œuvre par ces magasins locaux comprennent la livraison
gratuite de produits alimentaires aux clients pour éviter les achats de panique, l’imposition de
restrictions sur le nombre de clients autorisés à tout moment pour éviter le surpeuplement et
l’augmentation du nombre de fournisseurs auprès desquels ils achètent leurs produits pour
éviter les pénuries alimentaires. Bien que les supermarchés aient connu une énorme demande

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

de produits alimentaires, les restaurants et les cafés ont dû fermer. En conséquence, bon
nombre de ces magasins risquent de fermer définitivement et certains employés ont déjà perdu
leur emploi. L’impact de COVID-19 sur l’industrie alimentaire a contraint les restaurateurs à
changer de modèle commercial, par exemple se transformer en magasin vendant des sachets
en plastique réfrigérés de type « prêt-à-manger ».

Enfin, les mesures de verrouillage et de distanciation sociale visant à prévenir la propagation


du COVID-19 ont accru les craintes d’une augmentation des niveaux de violence domestique,
qui comprend les violences physiques, émotionnelles et sexuelles. En effet, durant cette
période du confinement, les personnes vulnérables sont plus exposées aux abus et il leur est
plus difficile de demander de l’aide. Par ailleurs, « la majorité des agents de santé étant des
femmes, ce sont elles qui sont exposées aux plus hauts risques. La plupart d’entre elles sont
également mères et s’occupent de membres de leur famille. La charge des responsabilités
familiales, déjà disproportionnée en temps normal, continue de reposer sur elles. Les femmes
se trouvent donc dans un état de stress considérable », a déclaré la Directrice exécutive de
l’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka. Elle ajoute en outre que, « la majorité des
femmes travaillent dans l’économie informelle, ce qui signifie que leur revenu est précaire et
qu’elles bénéficient d’une assurance maladie généralement inadaptée, voire inexistante.
Sachant qu’elles ne sont souvent pas éligibles aux mesures de renflouements, elles ne sont pas
aidées sur le plan financier. Il ne s’agit pas là seulement d’un problème sanitaire pour de
nombreuses femmes, nous sommes au cœur de la question de l’égalité des sexes ».

2.2. Les conséquences politiques de la pandémie du COVID-19

De fortes initiatives mondiales sont nécessaires pour retracer et détecter les cas ; financer la
recherche scientifique sans but lucratif sur les vaccins et les traitements ; et parvenir à un
équilibre entre les restrictions de voyage et le commerce nécessaire. Cependant, de telles
initiatives ont été discréditées ces dernières années par des programmes politiques sapant le
concept de mondialisation. La fragmentation géopolitique croissante depuis la crise financière
mondiale - avec un monde de plus en plus multipolaire et des « systèmes de valeurs »
concurrents - a affaibli le rôle des institutions mondiales conçues précisément pour
coordonner une réponse (Dauba-Pantanacce, 2020).

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Par ailleurs, la réponse mondiale initiale à cette pandémie a été critiquée comme fragmentaire
et contradictoire : certains pays occidentaux la considéraient comme « un problème asiatique
»; les politiques nationales incohérentes de l’UE ont eu du mal à apporter une réponse
coordonnée ; Trump a qualifié cela de « canular » visant à discréditer son leadership, tout en
contredisant les experts de la santé publique sur Twitter ; et, au Brésil, le président Bolsonaro
a défié les agences de santé d’assister à des rassemblements publics bondés.

En outre, la pandémie soulève la question politique plus fondamentale de savoir si les soins de
santé doivent être avant tout un « bien public » ou un choix personnel. Pour la plupart, les
maladies infectieuses qui constituent une menace collective - comme le choléra, la variole et
la peste - ont disparu de nos mémoires collectives. Aujourd’hui, la majorité des décès dans le
monde chaque année (davantage dans les pays développés) est due à des maladies non
transmissibles telles que les maladies cardiaques et le cancer ; ces maladies - sans doute -
exigent souvent des choix de soins personnels plutôt que collectifs. Mais tout cela est
fondamentalement remis en question face à une pandémie comme le COVID-19 qui exige une
réponse collective, et la santé de l’ensemble de la population - qu’elle soit riche ou pauvre -
devient interdépendante. Les risques et les coûts personnels deviennent secondaires par
rapport à la réponse systémique nécessaire pour contenir l’épidémie (Dauba-Pantanacce,
2020).

Une chose est sûre, cette pandémie va faire revenir la question des soins de santé universels
comme thème politique principal dans les pays comme les USA (probablement par le biais
d’une réforme « Obamacare ») tandis que dans de nombreux autres pays - comme en Europe -
où les soins de santé universels sont déjà une réalité, la question se tournera vers la
priorisation budgétaire lorsque ces dernières années, des réductions du déficit ont souvent
entraîné des coupes dans ces systèmes de santé publics. Cette crise va amener les décideurs
politiques du monde entier, avec différentes approches de la santé publique, à réfléchir sur la
manière de construire et de financer des systèmes de santé dotés de capacités suffisantes pour
faire face à la prochaine pandémie, sans avoir besoin de fermer les économies pendant de
longues périodes de temps.

2.3. Les conséquences environnementales de la pandémie du COVID-19

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La pandémie a eu une conséquence positive sur l’environnement. En effet, le confinement a


drastiquement diminué la pollution dans les métropoles et les villes partout dans le monde.
L’impact sur l’environnement peut être divisé en 4 groupes : la vie sauvage, les émissions de
CO2, les déchets et l’énergie.

La qualité de l’air s’améliore partout dans le monde. Le site Venngage, spécialisé dans la
création de présentations, de contenus web, de publicité, etc., a créé une série d’infographies
mettant en scène les différentes données de l’impact de la pandémie du COVID-19 sur
l’environnement (Sinapin, 2020). En Chine, le premier foyer du coronavirus, les émissions de
CO2 ont diminué de 25 % et l’amélioration de la qualité de l’air aurait permis de sauver la vie
de 4 000 enfants âgés de moins de cinq ans. Selon un rapport de la firme suisse IQAir, la
pollution de l’air à Wuhan aurait diminué de 44 %, ce qui est énorme. Au niveau de la qualité
de l’air, c’est d’ailleurs Delhi en Inde qui a connu le changement le plus drastique avec une
baisse de pollution de 60 %.

Ce n’est pas surprenant, mais la quantité de déchets produits dans le monde a par contre
augmenté depuis le début de la pandémie. Rien qu’en Italie par exemple, la dépense des
locaux pour acheter des mandarines emballées a grimpé de 111 %. Aux États-Unis,
l’explosion de déchets médicaux a mis en danger 467 000 éboueurs. Tous ces chiffres
vertigineux permettent de se rendre compte des effets collatéraux de la lutte contre COVID-19
(Sinapin, 2020).

La pandémie a également eu des conséquences positives sur la vie sauvage. En effet, depuis le
confinement, les animaux sauvages sont moins dérangés, moins chassés et moins braconnés.
En ce qui concerne l’énergie consommée, la Corée du Sud connaît une augmentation des jeux
vidéo en ligne de 30 % et la demande de bande passante en Europe s’est aussi envolée de 40
%. L’Allemagne a battu un record mondial avec un trafic internet de 9,1 térabits par seconde.
En bref, la pollution a été énormément réduite dans le monde entier permettant aux
populations d’avoir une meilleure qualité de l’air, mais encore plus d’énergie est consommée
par les personnes confinées tandis qu’il va falloir traiter des tonnes de déchets médicaux. Pour
le moment, les conséquences de la pandémie du COVID-19 sur l’environnement restent
encore à éclaircir comme le précise Sinapin (2020).

3. Les leçons à tirer de cette crise pandémique de Coronavirus

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Les conséquences de la pandémie de coronavirus sont de grande ampleur, affectant le


fonctionnement de l’économie mondiale. Un certain nombre d’enseignements peuvent être
tirés, à commencer par nos opinions sur la santé et le bien public, sur les changements
possibles dans les relations entre la santé, l’économie et la politique.

3.1. La santé est un bien public mondial

Le point de départ nécessaire est une conception de la santé en tant que droit fondamental. La
Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies (ONU, 1948) stipule que «
Tout le monde a droit à un niveau de vie suffisant pour sa santé et son bien-être et celui de sa
famille, y compris la nourriture, les vêtements, le logement et soins médicaux et services
sociaux nécessaires ». Du point de vue économique et des politiques publiques, la santé est un
bien public mondial qui ne peut pas être produit comme marchandise et vendu sur le marché à
des consommateurs individuels (Lucchese et Pianta, 2020).

L’importance des biens publics mondiaux a été reconnue à la fin des années 90 dans le
contexte du débat sur la mondialisation. Le Programme des Nations Unies pour le
développement définit un bien public mondial comme « un bien public dont les avantages
sont fortement universels en termes de pays (couvrant plus d’un groupe de pays), de
personnes (revenant à plusieurs, voire à tous les groupes de population) et de générations (
s’étendre aux générations actuelles et futures, ou du moins répondre aux besoins des
générations actuelles sans exclure les options de développement pour les générations
futures) » (Kaul et al., 1999).

La spécificité de la santé en tant que bien public mondial a été au centre de plusieurs études, y
compris son lien avec le changement climatique (McMichael, 2013), et est maintenant
reconnue même dans les politiques de la Banque mondiale pour la prévention des pandémies
(Stein et Sridhar, 2017). Mais la trajectoire de l’économie mondiale n’a pas tenu compte du
besoin de biens publics mondiaux. La mondialisation néolibérale a prévalu, créant des règles
et des institutions pour protéger uniquement la libre circulation des capitaux et des
marchandises. De nouvelles organisations intergouvernementales sont nées, à l’instar de
l’Organisation Mondiale du Commerce et de nouvelles puissances privées mondiales ont
régné les centres financiers de Wall Street et Consort, les agences de notation, les sociétés
multinationales (Lucchese et Pianta, 2020).

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Il est donc important de combiner la mondialisation économique avec de nouvelles


protections mondiales du travail et des droits sociaux et de l’environnement, comme le
montrent les documents des mouvements contre la Sommet de l’OMC à Seattle en 1999 et le
« Forum du millénaire » de la société civile aux Nations Unies en 2000 (International
Progress Organisation, 2000). En fait, jusqu’à présent, aucune règle et ressource mondiale
n’a été introduite pour les politiques de bien-être et de santé, les droits du travail et les normes
environnementales à l’ONU. Ces aspects sont considérés comme un « coût » pour l’économie,
abandonnés à des politiques nationales fragmentées (Lucchese et Pianta, 2020).

La pandémie du coronavirus a exposé les coûts économiques et sociaux causés par le manque
de systèmes de santé et de bien-être adéquats dans tous les pays et par l’absence de règles et
de coordination mondiales sur la protection de la santé. Il en va de même pour de nombreuses
catastrophes environnementales - actuelles et futures - causées par le changement climatique
(Lucchese et Pianta, 2020).

Pour résoudre ces problèmes mondiaux, nous devons réécrire radicalement les règles de la
mondialisation. La santé, le bien-être, les droits des travailleurs et l’environnement doivent
être protégés par des normes internationales, qui devraient être contraignantes pour le
mouvement international des capitaux et des marchandises. Les propositions politiques
avancées par l’OMS, l’OIT et les conférences sur le changement climatique doivent acquérir
une nouvelle priorité politique et obtenir les ressources indispensables (Lucchese et Pianta,
2020). Les ODD, approuvés par tous les États membres de l’ONU, offrent un cadre
supplémentaire dans lequel placer ces priorités (Nations Unies, 2015).

3.2. L’État providence est une alternative efficace au marché

Les systèmes de santé publique jouent un rôle fondamental dans la réponse à la pandémie de
coronavirus. Comme l’a expliqué Stiglitz (2020), « lorsque nous sommes confrontés à une
crise telle qu’une épidémie ou un ouragan, nous nous tournons vers le gouvernement, car
nous savons que de tels événements exigent une action collective ». Les systèmes de santé
publique reposent sur une vision de la santé en tant que droit fondamental qui doit être garanti
par le gouvernement à travers la fourniture de services publics universels conçus pour
répondre aux besoins individuels et sociaux, en dehors de la logique du marché. En Europe,
ce modèle a inspiré la construction de l’État providence depuis les réformes radicales

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

introduites après la Seconde Guerre mondiale par le Parti travailliste au Royaume-Uni


(Lucchese et Pianta, 2020). L’État providence, avec ses variétés nationales, reste au cœur du «
modèle social » européen. La santé, l’éducation, les Universités, les pensions, l’assistance
sociale et d’autres activités clés sont assurées et financées principalement par l’action
publique (Lucchese et Pianta, 2020).

Trois décennies de politiques néolibérales ont sérieusement réduit l’État providence : les
privatisations et les déficits dans les budgets publics ont contraint les agences publiques à
réduire leurs activités, perdant parfois l’universalité, l’efficacité et la qualité des services. Les
entreprises privées sont entrées dans ces activités, en commençant par les domaines les plus
rentables, les retraites, les soins de santé et les Universités. La réduction du financement, le
manque de roulement du personnel et les pressions pour inciter les « clients » à payer les
services ont poussé les services sociaux à se rapprocher des biens marchands. Le système de
marché a été présenté comme le seul moyen de fournir efficacement des biens et des services
(Lucchese et Pianta, 2020).

La pandémie a dramatiquement montré le prix d’un tel virage néolibéral. La mondialisation


des marchés crée des menaces pour la santé et est totalement incapable de répondre aux
urgences. Les soins de santé privés s’avèrent en grande partie hors de propos face à la
pandémie. L’État providence ne doit pas être considéré comme un « coût » pour le système
économique privé, il s’agit d’un système parallèle qui produit des biens et services publics et
assure la reproduction de la société en fonction des droits et des besoins des citoyens, plutôt
que de la capacité des clients à dépenser (Lucchese et Pianta, 2020). L’État providence
produit du bien-être et de la qualité sociale, dimensions que le PIB, basé sur la valeur
marchande des biens, ne peut pas mesurer. Pour Lucchese et Pianta (2020), les mêmes
arguments s’appliquent à la qualité de l’environnement et à la nécessité d’une intervention
publique dans ce domaine ; il est maintenant urgent de construire des systèmes comptables
qui prennent sérieusement en compte les externalités sociales et environnementales produites
par les systèmes économiques.

La conséquence évidente de cette analyse est que nous devons refinancer massivement - par
une taxation plus progressive des revenus et de la richesse et par des dépenses déficitaires -
toute une gamme d’activités publiques : santé, éducation, Universités, recherche, retraites,
assistance sociale et protection de l’environnement (Lucchese et Pianta, 2020).
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

L’État providence pourrait devenir le moteur d’un nouveau modèle de développement à haute
qualité sociale et de durabilité environnementale (Lucchese et Pianta, 2020). Cependant, la
politique publique ne doit pas se limiter à la fourniture de services sociaux. Il doit guider les
trajectoires de développement de l’économie dans son ensemble, en assurant la cohérence
entre le comportement des entreprises et les objectifs sociaux, sanitaires et environnementaux
mentionnés ci-dessus. À cet égard, les débats sur le retour de la politique industrielle et sur le
« Green Green Deal » ont ouvert un nouvel espace d’action publique aux niveaux national et
européen. Il existe un consensus croissant sur l’élargissement du rôle de l’État et sur la
nécessité d’une action publique dans l’économie et la société. Un exemple important est
fourni par les propositions de Mazzucato (2013), Mazzucato et al. (2020) sur « l’État
entrepreneurial » et sur la nationalisation de l’industrie pharmaceutique.

En fait, ce serait une erreur grave de croire qu’une fois la pandémie passée, l’économie
pourrait redevenir « normale ». Nous devons repenser la production et la consommation à la
lumière des besoins sanitaires et environnementaux. Il y a d’autres crises sanitaires qui
retiennent beaucoup moins l’attention : la santé et la sécurité au travail n’ont pas été prises en
compte, les accidents du travail et les décès liés au travail continuent d’être un problème
dramatique. Les maladies et les décès liés à la pollution, liés à la mauvaise qualité de
l’environnement représentent un défi croissant dans tous les pays. Les « décès de désespoir »
sont un problème social majeur aux États-Unis et dans d’autres pays, avec un nombre
croissant de décès, principalement d’hommes blancs pauvres, liés au suicide, à l’alcool, à la
consommation d’opioïdes et de drogues (Deaton et Case, 2020 ; Baldwin, 2020).

Pour faire face à ces défis, nous devons évoluer vers un système économique de meilleure
qualité, capable de nuire moins à la santé des travailleurs et des citoyens. En effet, la santé et
le bien-être pourraient devenir un moteur clé d’un nouveau développement. Dans le débat
actuel sur le retour des politiques industrielles, le rapport « Que produire? » propose
d’identifier trois domaines prioritaires dans lesquels la recherche et les investissements
publics et privés pourraient être concentrés afin de développer une « bonne » économie :
environnement et durabilité, connaissances et technologies de l’information et de la
communication, activités de santé et de bien-être (Pianta et al., 2016 ; Pianta et al., 2019).

L’innovation sociale peut se propager dans les services sociaux avec un plus grand rôle des
citoyens, des utilisateurs et des organisations à but non lucratif, une offre publique renouvelée
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et de nouvelles formes d’auto-organisation des communautés (Lucchese et Pianta, 2020). Une


telle politique peut être construite partout dans le monde en utilisant les institutions, les outils
politiques et les ressources existants, en poussant les activités économiques vers la protection
de la santé et du bien-être et en plaçant les États sur une voie durable de transition
environnementale à long terme sur la base d’une politique industrielle verte (Pianta et al.,
2020 ; Lucchese et Pianta, 2020)

3.3. L’État providence et la santé publique réduisent les inégalités

L’inégalité est une préoccupation majeure dans le contexte économique mondial actuel.
Depuis les années 80, du fait des politiques néolibérales, les pays avancés ont connu une forte
augmentation des disparités de revenus et de richesse. En raison de sa nature de fournisseur de
biens et de services basés sur les besoins individuels et sociaux, l’État providence a été un
facteur clé dans la réduction des inégalités après la Seconde Guerre mondiale. Comme
expliqué dans l’ouvrage Explaining inégality (Franzini et Pianta, 2015), la réduction de
l’espace politique, la privatisation des services publics et l’extension du marché dans des
zones précédemment protégées par l’action publique ont introduit de nouveaux mécanismes
qui ont généré des disparités économiques et sociales.

La relation entre les inégalités et la santé a été analysée dans plusieurs pays en considérant
différentes conditions sociales et professionnelles (Costa et al., 2004 ; Lucchese et Pianta,
2020), montrant que les taux de mortalité augmentent proportionnellement aux difficultés
économiques et sociales, à la baisse des revenus, éducation et classe sociale. Ainsi, d’après
Lucchese et Pianta (2020), la réduction des inégalités économiques permettrait de réduire les
disparités de santé ; en même temps, une meilleure protection de la santé universelle et
égalitaire réduirait considérablement les coûts de la santé et du bien-être publics.

Il est paradoxal que la propagation de la pandémie crée aujourd’hui une condition (presque)
d’égalité dans la probabilité de contagion : dans cette situation, les niveaux de revenu
importent relativement peu et il n’y a (presque) aucun moyen « d’acheter » une protection
individuelle sur le marché. L’égalité des comportements et des traitements de santé devient
essentielle pour lutter contre la pandémie (Lucchese et Pianta, 2020). Mais cette égalité ne
peut être que le résultat de la santé publique universelle, résultat fondamental de l’État

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providence. En tant que telle, l’égalité doit être reconnue comme une priorité essentielle pour
les politiques économiques, sociales et de santé de l’ère post-coronavirus.

La pandémie du coronavirus modifie rapidement les conditions de santé, la vie quotidienne,


les relations sociales et les perspectives économiques dans le monde. Il est important de tirer
les leçons clés de ses conséquences économiques et d’ouvrir un débat sur les actions possibles
qui peuvent placer nos sociétés sur une trajectoire de développement plus stable, saine,
égalitaire et durable.

3.4. Les mesures universelles de sécurité

Le lavage des mains est la première ligne de défense contre le coronavirus. La peur du public
pour le COVID-19 a considérablement contribué au maintien de l’hygiène personnelle des
individus. Pratiquer de bonnes mesures d’hygiène dans les hôpitaux, les écoles et autres lieux
publics pourrait réduire considérablement la propagation et ainsi éliminer des nouveaux cas
de personnes contaminées (Gudi, et Tiwari, 2020). Les gouvernements et d’autres
organisations ont réussi à promouvoir les mesures de sécurité universelles telles que se laver
les mains, se couvrir le nez et la bouche en toussant et en éternuant, l’utilisation de
désinfectants, l’utilisation de masques faciaux, en évitant le contact des doigts avec la bouche,
le nez et les yeux, et les techniques de distanciation sociale dans une mesure remarquable
(Gudi, et Tiwari, 2020).

Plusieurs villes et États à travers le monde sont actuellement à court de désinfectants pour les
mains et de masques faciaux, ce qui montre l’intérêt du public à acquérir les précautions
universelles dans une mesure remarquable. En outre, dans de nombreux pays, des efforts sont
en place pour démontrer le bon lavage des mains et l’utilisation du masque (Gudi, et Tiwari,
2020 ; Lucchese et Pianta, 2020). La distanciation sociale est une pratique sage et une action
évidente à suivre pendant les flambées pour prévenir la propagation de la maladie en limitant
l’interaction des individus et des groupes. Malheureusement, en Chine, les mesures de
distanciation sociale étaient mises en place un peu tardivement ; en conséquence, les hôpitaux
ont été remplis à pleine capacité et une transmission rapide a été observée, ce qui a entraîné
une forte augmentation des nouvelles infections.

Toutefois, les mesures de distanciation sociale prises par les autorités sanitaires chinoises ont
joué un rôle significatif dans la limitation de la propagation (Gudi, et Tiwari, 2020). Une

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étude de modélisation récente a prédit que si des mesures de distanciation sociale étaient
mises en œuvre une semaine, deux semaines et trois semaines plus tôt en Chine, il aurait pu
réduire le nombre de nouveaux cas de 66 %, 86 % et 95 % respectivement (Gudi, et Tiwari,
2020). De même, en adoptant des mesures d’atténuation communautaires telles que la
distanciation sociale, des pays comme la Corée du Sud, qui a connu une grave épidémie au
cours de ses premiers jours, est en train de décliner remarquablement sa courbe épidémique.

3.5. Les secteurs de l’emploi et de l’éducation

Au cours de cette crise, la plupart des secteurs privés, en particulier les éditeurs de logiciels,
ont changé leur routine de travail du bureau au domicile et en demandant à leurs employés de
travailler à domicile en utilisant des technologies modernes telles que la visioconférence, les
systèmes VPN et le cloud. Certaines entreprises ont adopté une méthode de tag team où des
groupes d’employés se relaient pour se rendre au bureau (Gudi, et Tiwari, 2020). En pensant
de manière optimiste, le fait de suivre de telles mesures permettrait en fait aux employeurs
comme aux employés de prendre conscience des avantages et des inconvénients des
environnements de travail flexibles (Lucchese et Pianta, 2020). De plus, de telles pratiques
économisent les ressources naturelles telles que le gaz, l’essence, le diesel et empêchent ainsi
le trafic et la pollution. Les images satellitaires de la Chine prises par la National Aeronautics
and Space Administration (NASA) montrant une baisse drastique du taux de pollution dans ce
pays liée à la pandémie du COVID-19 en constituent un exemple typique.

En outre, les écoles et les collèges du monde entier sont passés de cours en classe à des cours
en ligne ou travers les médias pour se conformer aux recommandations de distanciation
sociale afin de prévenir la propagation de cette pandémie. Dans les pays développés comme
les États-Unis et le Canada, toutes les universités provinciales et privées ont annulé les cours
et utilisent des supports virtuels (Gudi, et Tiwari, 2020). Ce nouveau virus a également lancé
des défis majeurs aux chercheurs et aux scientifiques du monde entier et les a fait réfléchir sur
les stratégies de traitement et de gestion des crises sanitaires dans le futur. Le COVID-19 est
un test de réalité et un excellent exercice pour réévaluer la qualité et les capacités des secteurs
de recherche médicale de chaque pays.

3.6. Les habitudes alimentaires

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Sur la base des enquêtes et des résultats de la recherche, il a été signalé que la pandémie du
COVID-19 a émergé des chauves-souris dans un marché de fruits de mer et de viande vivants
à Wuhan, en Chine. Cela a enseigné au public une grande leçon concernant les habitudes de
cuisson et alimentaires appropriées, et comment elles peuvent conduire à une crise
pandémique comme le COVID-19 (Lucchese et Pianta, 2020). Par conséquent, il serait
judicieux que les gouvernements du monde interdissent le commerce et la consommation
d’animaux sauvages vivants comme nourriture, car le virus se serait propagé des animaux aux
humains ; les scientifiques révèlent également que la consommation d’animaux abattus
pourrait aussi être la cause de telles épidémies comme le COVID-19 (Gudi, et Tiwari, 2020).

Conclusion

Au terme de cette étude, il convient de retenir que, la pandémie du COVID-19 a réitéré


l’importance d’un dicton « mieux vaut prévenir que guérir » et a préparé psychologiquement
l’humanité à combattre cette pandémie. Elle a également révélé des points faibles dans notre
façon de penser la santé et de nous préparer à la maladie. Le coronavirus n’est pas seulement
une malédiction, mais aussi une chance d’améliorer nos installations et notre infrastructure de
soins de santé et, surtout, de développer notre capacité de résilience, en d’apprenant à être
plus prêt pour les prochaines crises d’urgence. Cette pandémie du COVID-19 pourrait, peut-
être, précipiter la fin de la mondialisation marchande et favoriser l’émergence d’un nouveau
modèle de développement qui paraît plus juste et plus équitable.

Cependant, il faut noter que, le COVID-19 a eu un impact dramatique sur la plupart des pays
du monde. Cette pandémie engendre la perte tragique de nombreuses vies, affecte la façon
dont beaucoup de gens vivent et travaillent et provoque des changements sociaux et
économiques qui auront probablement des répercussions durant de nombreuses années à
venir. Les mesures prises par les États pour faire face à la pandémie modifient tous les aspects
de l’économie et de la vie. Avec des craintes d’une nouvelle récession et d’un effondrement
financier, des moments comme ceux-ci appellent à un leadership solide et résilient dans les
soins de santé, les entreprises, le gouvernement et la société en général.

Des mesures de secours immédiates doivent être mises en œuvre et adaptées à celles qui
pourraient passer à travers les mailles du filet. Une planification à moyen et long terme est
nécessaire pour rééquilibrer et redynamiser l’économie après cette crise. Un vaste plan de

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développement socioéconomique comprenant des plans secteur par secteur et un écosystème


qui encourage l’esprit d’entreprise est également nécessaire pour que ceux qui ont des
modèles économiques solides et durables puissent prospérer. Il est prudent que les
gouvernements et les institutions financières réévaluent constamment l’état des lieux et
s’assurent que la promesse soit réellement tenue « quoi qu’il en coûte ».

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44
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

‫تأمالت حول السياسة الجبائية و المالية العامة بالمغرب ما بعد جائحة كورونا‬

Par

‫عبد العالي اجناح‬

‫ جامعة السلطان موالي سليمان ـ بني‬-‫أستاذ المالية العامة والضرائب بالكلية المتعددة التخصصات‬
.‫مالل‬

:‫ملخص‬
،‫ رجة قوية لألمن الصحي واالقتصادي للدول معرضا‬،‫على المستوى الدولي‬، ‫قد أحدث االنتشار السريع لـجائحة كورونا‬
‫ مـن المؤكـد أن يشـهد االقتصـاد‬،‫ لـذا‬.‫ الوضعية االجتماعية لمئات الماليين من األشخاص حول العالم للتدهور‬،‫بالتالي‬
.‫ أسوأ ركود له منذ الكساد الكبير‬،‫ خالل هذه السنة‬،‫العالمي‬

‫ تحت القيادة النيرة لصاحب الجاللة و وفقا‬،‫ في الوقت المناسب‬،‫ بادرت بالدنا‬،‫و لمواجهة هذه األزمة المتعددة األبعاد‬
.‫ إلى مواجهة اآلثار االجتماعية واالقتصادية لألزمة الصحية المرتبطة بـجائحة كورونا‬،‫لمقاربة شاملة‬

‫بما أن موضوع السياسة الجبائية والمالية العامة بالمغرب يشكل رهانا حقيقا لنجاح النموذج التنموي المأمول ما بعد جائحة‬
‫ ثم سنتناول في‬، ‫ سنحاول في الشق األول من هذا البحث الوقوف على أهم الدروس المستخلصة من هذه األزمة‬،‫كورونا‬
.‫الشق الثاني الحلول المقترحة ما بعد جائحة كورونا على مستوى السياسة الجبائية والمالية العامة بالمغرب‬

:‫الكلمات المفاتيح‬
‫ النموذج التنموي المأمول‬،‫ جائحة كورونا‬،‫ المالية العامة‬،‫السياسة الجبائية‬

Résumé :
La propagation rapide de la pandémie de Corona, au niveau international, a créé un fort
bouleversement de la santé et de la sécurité économique des nations, mettant ainsi en péril la
situation sociale de centaines de millions de personnes dans le monde. Par conséquent,
l’économie mondiale de cette année est certaine de connaître sa pire récession depuis la
Grande Dépression.

Face à cette crise multidimensionnelle, notre pays, sous la direction éclairée de Sa Majesté et
conformément à une approche globale, a pris l’initiative de s’attaquer aux conséquences
sociales et économiques de la crise sanitaire associée à la pandémie de Corona.

Étant donné que le sujet de la politique fiscale et des finances publiques au Maroc est un
véritable pari pour le succès du modèle de développement espéré après la pandémie de
Corona, nous allons essayer dans la première partie de cette recherche de découvrir les leçons
les plus importantes tirées de cette crise, puis dans la deuxième partie, nous aborderons les

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46
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

solutions proposées après la pandémie de Corona au niveau de la politique fiscale et des


finances publiques au Maroc.

Mots-clés:
Politique fiscale, Finances publiques, Pandémie de Corona, Modèle de développement espéré.

Summary:

The rapid spread of the Corona pandemic, at the international level, has created a strong
shake-up of the health and economic security of nations, thus jeopardising the social situation
of hundreds of millions of people around the world. Therefore, this year's world economy is
certain to experience its worst recession since the Great Depression.

In the face of this multidimensional crisis, our country, under the enlightened leadership of
His Majesty and in accordance with a comprehensive approach, has taken the initiative to
address the social and economic consequences of the health crisis associated with the Corona
pandemic.

Since the subject of tax policy and public finances in Morocco is a real bet for the success of
the hoped-for development model after the Corona pandemic, we will try in the first part of
this research to find out the most important lessons learned from this crisis, and then in the
second part we will address the proposed solutions after the Corona pandemic at the level of
tax and public finance policy in Morocco.

Keywords:

Tax policy, public finances, Corona pandemic, hoped-for development model

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‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫مقدمة‪:‬‬
‫قد أحدث االنتشار السريع لـجائحة كورونا ‪،‬على المستوى الدولي‪ ،‬رجة قوية لألمن الصحي واالقتصادي للدول معرضا‬
‫بالتالي‪ ،‬الوضعية االجتماعية لمئات الماليين من األشخاص حول العالم للتدهور‪ .‬لـذا‪ ،‬مـن المؤكـد أن يشـهد االقتصـاد‬
‫العالمي‪ ،‬خالل هذه السنة‪ ،‬أسوأ ركود له منذ الكساد الكبير ‪.1‬‬

‫على المستوى الوطني‪ ،‬وبالرغم من التحكم في الوضع الوبائي لـجائحة كورونا ‪،‬سجلت العديد من القطاعات االقتصادية‬
‫انخفاضا حادا في نشاطها وارتفاعا في نسب توقف عدد من المقاوالت عن العمل‪.‬‬

‫و لمواجهة هذه األزمة المتعددة األبعاد‪ ،‬بادرت بالدنا‪ ،‬في الوقت المناسب‪ ،‬تحت القيادة النيرة لصاحب الجاللة و وفقا‬
‫لمقاربة شاملة‪ ،‬إلى مواجهة اآلثار االجتماعية واالقتصادية لألزمة الصحية المرتبطة بـجائحة كورونا‪.2‬‬

‫بما أن موضوع السياسة الجبائية والمالية العامة بالمغرب يشكل رهانا حقيقا لنجاح النموذج التنموي المأمول ما بعد جائحة‬
‫كورونا ‪ ،‬سنحاول من خالل هذا البحث الجواب على اإلشكالية التالية‪:‬‬

‫‪ ‬ماهي الدروس المستخلصة من هذه الجائحة؟‬


‫‪ ‬ماهي الحلول المقترحة ما بعد جائحة كورونا على مستوى السياسة الجبائية والمالية العامة بالمغرب؟‬

‫لإلجابة عل هذه االشكالية‪ ،‬سنحاول في الشق األول من هذا البحث الوقوف على أهم الدروس المستخلصة من هذه األزمة ‪،‬‬
‫ثم سنتناول في الشق الثاني الحلول المقترحة ما بعد جائحة كورونا على مستوى السياسة الجبائية والمالية العامة بالمغرب‪.‬‬

‫‪: I‬الدروس المستخلصة من هذه األزمة ‪:‬‬


‫في مقدمتها إعادة االعتبار للمرفق العام‪ ،‬والتأكيد على أهمية أدوار الدولة التي ينبغي الرفع من إمكاناتها االقتصادية وتحقيق‬
‫التنمية‪ ،‬مع إعادة االعتبار لقطاعي التعليم والصحة ونظام التغطية االجتماعية‪ ،‬وخلق استثمارات في البنيات التحتية التي‬
‫تمس السواد األعظم من المواطنين ‪ .3‬كما ينبغي القيام بإصالحات جبائية هيكلية لتنمية موارد الدولة‪.‬‬

‫في هذا السياق‪ ،‬يجب أيضا إعادة صياغة مفهوم العولمة ليناسب "مرحلة ما بعد كورونا"‪ ،‬ان النظام العالمي القائم‪ ،‬يتجه‬
‫نحو تغيير جدري‪ ،‬غالبا سيكون نحو االهتمام بالشأن المحلي او اإلقليمي‪ ،‬على حساب االهتمامات الدولية‪ .‬فال يجب‬
‫االعتماد على الخارج إذ ظهر ذلك جليا في ظروف هذه الجائحة حيث أغلقت كل الدول حدودها معتمدة على نفسها في تدبير‬
‫أمورها لمقاومة الجائحة‪ ،‬كما تبخر مفهوم العولمة الليبرالية و التبادل الحر ‪.4‬‬

‫‪: II‬الحلول المقترحة‪:‬‬


‫سنحاول التطرق اتباعا إلى الحلول ذات الطابع االستعجالي )‪ (1‬والحلول المقترحة على المدى البعيد )‪(2‬‬

‫‪1‬‬
‫وزارة االقتصاد و المالية و إصالح االدارة ‪,‬مذكرة تقديم مشروع قانون المالية المعدل لسنة ‪www.finances ;gov.ma2020‬‬
‫‪2‬نفس المرجع‪.‬‬
‫‪3‬نجيب أقصبي‪ ,‬هذه تأثيرات "كوفيد‪ "19-‬على التوازنات االقتصادية بالمغرب‪ , 23‬أبريل ‪00h002020‬‬
‫‪https://www.hespress.com/economie‬‬
‫‪ 4‬نجيب أقصبي‪ :‬فيروس كورونا سيفرض تحول العالم من العولمة إلى الجهوية ‪,‬األحد ‪ 29‬مارس ‪,20h48– 2020‬‬
‫افادة)‪)https://ifada.ma/interview/coronavirus‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪48‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪-1‬الحلول ذات الطابع االستعجالي ‪:‬‬


‫يجب اعادة النظر في منظومة موارد ونفقات الدولة‪ ،‬عن طريق سن سياسة ضريبية تنسجم مع الظرفية االستثنائية للجائحة‬
‫‪ ،‬و ذلك من أجل الرفع من مؤشر االكتفاء الذاتي الجبائي ‪ ، 5‬ألن التمويل الطبيعي هو النظام الجبائي‪ ،‬وإذا لم نقم‬
‫باإلصالحات لهذا النظام لكي يوفر الموارد الكافية لتمويل النفقات سنصبح أمام نظام ضريبي غير فعال ‪.‬‬

‫أيضا يجب‪ ،‬اعتماد مقاربات مالية ميزاناتية متجددة على المدى القريب‪ ،‬يمكن أن تتحقق باعتماد عجز ميزانياتي لمدة سنتين‬
‫بهدف تمويل االحتياجات الوطنية ‪ ،‬وضمان مناصب الشغل و إنعاش االقتصاد‪ ،‬باإلضافة إلى االعتماد على االدخار‬
‫الوطني لتموين الميزانية العامة من خالل إطالق سندات الخزينة‪.‬‬

‫‪-2‬الحلول المقترحة على المدى البعيد ‪:‬‬


‫إن التحوالت ما بعد جائحة كورونا تستوجب على صناع القرار الجبائي والمالي البحث عن حلول لبناء مستقبل يضمن النمو‬
‫واالستقرار وتحقيق العدالة االجتماعية والمجالية وذلك عن طريق‪:‬‬

‫إصالح الضرائب الحالية واقتراح ضرائب أخرى‬ ‫‪‬‬


‫إصالح الجبايات المحلية على ضوء متطلبات التنمية الترابية‬ ‫‪‬‬
‫تطبيق قواعد الحكامة الجبائية‬ ‫‪‬‬
‫تقوية منظومة مراقبة المالية العامة وخصوصا مراقبة التسيير‪.‬‬ ‫‪‬‬

‫‪ : 2-1‬إصالح الضرائب الحالية واقتراح ضرائب أخرى ‪:‬‬


‫إصالح النظام الضريبي في المغرب يجب أن يمر عبر إصالح الضرائب الحالية واقتراح ضرائب أخرى وذلك عن طريق‬
‫وضع إصالح يسير في اتجاه توسيع الوعاء الضريبي وفرض مستوى إنفاق يجعل المواطن أمام واجب وطني وليس أمام‬
‫عبئ ضريبي يثقل كاهله‪.‬‬
‫في هذا الصدد‪ ،‬يتعين على كل إصالح للنظام الضريبي المغربي أن يعنى على األقل بالهندسة العامة‪ ،‬التي ينبغي أن تبقى‬
‫قائمة على الضرائب الثالث الكبرى‪ ،‬أي الضريبة على القيمة المضافة ‪،‬والضريبة على الدخل‪ ،‬والضريبة على الشركات‪،‬‬
‫وكذا بالنصوص التي تحدد تفاصيلها كما تحدد الممارسة الضريبية على أرض الواقع‪.6‬‬
‫أ‪-‬إصالح الضرائب الحالية‪:‬‬
‫الضريبة على الدخل ‪:‬‬
‫وذلك عن طريق ‪:‬‬
‫احتساب حصص الضريبة على الدخل في ارتباط مع نسب التضخم‪ ،‬حفاظا على القدرة الشرائية للطبقة الشغيلة؛‬ ‫‪‬‬
‫توسيع دائرة التخفيض من االقتطاعات حسب ا ألشخاص المعالين لتشمل الفروع واألطراف) ا إلخوة واألخوات‬ ‫‪‬‬
‫المعالة‪ ،‬ودائما في حدود ستة أشخاص؛‬
‫رفع حصة التخفيض لكل شخص معال من ‪ 30‬إلى ‪ 60‬درهما؛‬ ‫‪‬‬
‫الرفع تدريجيا من الشريحة المعفاة من الضريبة على الدخل إلى ‪ 4000‬درهم؛‬ ‫‪‬‬

‫‪ 5‬يعني مؤشر االكتفاء الذاتي الجبائي نسبة تغطية نفقات ميزانية الدولة بالمداخيل الضريبية‪..‬‬
‫‪ 6‬تقرير المجلس االقتصادي واالجتماعي النظام الضريبي المغربي‪ :‬التنمية االقتصادية و التماسك االجتماعي إحالة ذاتية رقم ‪-2012/ 9‬ص‪27‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪49‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫عقلنة أسعار هذه الضريبة السيما مراجعة أسعارها اإلبرائية وجدول أسعارها التصاعدي‪.‬‬ ‫‪‬‬
‫األخذ بعين االعتبار للتكاليف التي تتحملها األسرة في أفق اعتماد نظام ضريبي شمل جميع دخول األسرة‬ ‫‪‬‬
‫خصم بعض التكاليف التي قد تتحملها األسر من الدخل الخاضع للضريبة والتي قد تشمل مجموعة من‬ ‫‪‬‬
‫المصاريف‪ ،‬نذكر منها على سبيل المثال المصاريف المرتبطة بالتمدرس ‪.7‬‬
‫باإلضافة إلى تطبيق مبدأي‪ :‬اإلنصاف العمودي الذي يتجلى في إقرار تصاعدية الضريبة دون توقف )لذا وجب توحيد‬
‫المعدالت إلقرار هذا اإلنصاف ( واإلنصاف األفقي الذي يهدف إلى تحقيق مقولة ” نفس الدخل‪ ،‬نفس الضريبة‪.8‬‬
‫الضريبة على الشركات‪:‬‬
‫يبقى إصالح الضريبة على الشركات ضروريا على اعتبار أن إصالح من هذا القبيل سيساهم في الرفع من موارد الدولة‬
‫حيث أن فقط ‪ 1%‬من الشركات تتحمل عبئ هذه الضريبة‪ .‬إصالح يتجلى في محاربة الغش الضريبي عن طريق توظيف‬
‫محققين لسد الخصاص في هذا المجال ومحاربة التهرب الضريبي بمراجعة النصوص القانونية الضريبية لتالفي أي ثغرة‬
‫قانونية قد يستعملها الملزم في تهربه من الضريبة‪.‬‬
‫إعادة هيكلة الضريبة على القيمة المضافة‪:‬‬
‫أن الضريبة على القيمة المضافة يجب إعادة هيكلتها لتنتقل من أربع نِسب اليوم )‪ 7‬بالمائة و‪ 10‬بالمائة و‪ 14‬بالمائة و‪20‬‬
‫بالمائة( إلى تالث نسب )‪ 10‬بالمائة‪ ،‬و‪ 20‬بالمائة و‪ 30‬بالمائة( ‪ ،‬مما سيتيح توفير موارد يمكن تعيينها لتمويل التغطية‬
‫‪9‬‬
‫الصحية وغيرها من آليات التضامن‪.‬‬
‫في هذا السياق‪ ،‬يتطلب إصالح عميق لهذه ا لضريبة يتجلى في إقرار ضريبة حقيقية على كل القيمة المضافة مع فرض سعر‬
‫مرتفع على الكماليات وإعفاء أو فرض معدل خفيف على األساسيات‪.‬‬
‫نجاح إصالح الضرائب الحالية يبقى رهينا بترشيد النفقات الجبائية‪.‬‬
‫ترشيد نظام اإلعفاءات والنفقات الجبائية ‪:‬‬
‫في هذا الصدد ال بد من إجاد توازن عادل ببن حياد النظام الجبائي ودعما لمقاوالت واألسر وذلك عبر ترشيد نظام‬
‫اإلعفاءات والنفقات الضريبية‪.‬‬
‫ولذا وجب التوفر على رؤيا واضحة وإطار شامل ومتكامل يأخذ بعين االعتبار األثر االقتصادي واالجتماعي للنفقات‬
‫الجبائية‪ ،‬وتقييمها وتحديد أهميتها االستراتيجية بالنسبة للتنمية‪ ،‬وحساسيتها‪ ،‬واالختالالت االقتصادية التي يمكن أن تنجم‬
‫عنها بالنسبة لمختلف القطاعات واألنشطة االقتصادية والحرص على عدم ازدواجيتها مع أشكال أخرى من اإلعانات‬
‫الحكومية‪.‬وضع شروط لمنح اإلعفاءات الجبائية ‪: 10‬‬
‫‪ ‬بتحديديها في مدة زمنية معينة؛‬
‫‪ ‬تحديد أهدافها و منحها في إطار تعاقدي يحترم دفتر تحمالت؛‬
‫‪ ‬بوضع آلية لتقييم نجاعتها مقارنة مع األهداف المتوخاة‪.‬‬

‫‪ 7‬خالصة االقتراحات المنبثقة عن المناظرة الوطنية حول الجبايات المنعقدة بالصخيرات بتاريخ ‪ 29‬و‪ 30‬أبريل ‪،2013‬ص ‪4‬‬
‫‪ 8‬نجيب أقصبي ‪:‬السياسة الضريبية في المغرب وسبل اإلصالح إلقرار نظام ضريبي عادل‪ ،‬المعهد لإلحصاء واالقتصاد التطبيقي ص ‪3‬‬
‫‪9‬ت قرير المجلس االقتصادي واالجتماعي النظام الضريبي المغربي‪ :‬التنمية االقتصادية و التماسك االجتماعي إحالة ذاتية رقم ‪ -2012 9‬ص‪33‬‬
‫‪ 10‬خالصة االقتراحات المنبثقة عن المناظرة الوطنية حول الجبايات المنعقدة بالصخيرات بتاريخ ‪ 29‬و‪ 30‬أبريل ‪،2013‬ص ‪4‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪50‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫إن إصالح الضرائب الحالية على ضوء متطلبات العدالة الجبائية ‪ ،11‬يبقى رهينا باقتراح ضرائب أخرى‪.‬‬
‫ب ‪ -‬اقتراح ضرائب أخرى ‪:‬‬
‫خلق الضريبة على الثروة‪:‬‬
‫إن بلدنا يتميز بفوارق طبقية صارخة لذا يعتبر إقرار ضريبة على الثروة ضرورة ليس على المستوى االجتماعي وحسب‬
‫بل وحتى على المستوى االقتصادي حيث أن هذه الضريبة ستساهم في تحريك الرأسمال العقيم الذي يمثل نسبة هامة‬
‫بالمغرب‪.‬‬
‫أيضا‪ ،‬إحداث ضريبة على التضامن تمكن األسر الميسورة من إعادة إرجاع الدعم الذي استفادت منه عن طريق صندوق‬
‫المقاصة‪. 12‬مثال الضرائب والرسوم مطبقة في بلدان أخرى‪:‬‬
‫• الضريبة على ا إلرث )فرنسا و إسبانيا(؛‬
‫• الضريبة على ا ألمالك أو الثروة )فرنسا و إسبانيا(؛‬
‫• المساهمة االجتماعية المعممة )فرنسا(؛‬
‫• الضريبة على المساكن الخالية )فرنسا(؛‬
‫الملوثة بفرنسا(؛‬
‫ٍّ‬ ‫• الضرائب المتعلقة بالبيئة )مثل الضريبة العامة على ا ألنشطة‬
‫• الضريبة على ارتفاع قيمة ا ألراضي ذات الطبيعة الحضرية )إسبانيا(‬
‫الجبائية البيئية ‪:‬‬
‫يستند أساس فرض الجباية البيئية الى المبدأ العالمي )الملوث يدفع) و قد ظهر هذا المبدأ أول مرة سنة‪ 198213‬من طرف‬
‫منظمة التعاون و التنمية االقتصادية تمهيدا اإلرساء معالم االقتصاد العالمي األخضر‪.‬‬
‫أيضا من منظور التنمية المستدامة ‪ ،‬زاد االهتمام في العقود األخيرة بالجباية البيئية وذلك عن طريق سن ضرائب و رسوم‬
‫من أجل حماية البيئة‪.‬‬
‫أما بالنسبة الستشراف جبائية بيئية بالمغرب ‪ ،‬فإنه ال يتوقع على المدى القريب إحداث جبائية بيئية متكاملة و فعالة ‪ ،‬لكن‬
‫هذا ال يمنع من أجرئت مجموعة من التدابير التي يمكن القيام بها في أفق سن ضرائب و رسوم من أجل تحقيق أهداف‬
‫التنمية المستدامة ‪.‬‬

‫الجبائية اإللكترونية ‪:‬‬

‫لقد عرف العالم في السنوات األخيرة تطورا ملحوظا للتجارة اإللكترونية و االقتصاد الرقمي‪ ،‬مما أثر بشكل سلبي ‪ 14‬على‬
‫األنظمة الضريبية ‪،‬وهو ما أدى إلى التفكير في اقتراح جباية إلكترونية كأحد رهانات التشريعات الجبائية في جميع الدول‬

‫‪11‬عبد العالي اجناح‪ ,‬قراءة في قانون المالية ‪ 2018‬على ضوء متطلبات العدالة الجبائية‪ ,‬مجلة التمويل والتمويل الدولي(‪ ،)FFI‬عدد خاص‪.2018 .‬‬
‫‪ 12‬خالصة االقتراحات المنبثقة عن المناظرة الوطنية حول الجبايات المنعقدة بالصخيرات بتاريخ ‪ 29‬و‪ 30‬أبريل ‪،2013‬ص ‪4‬‬
‫‪13‬شكل مؤتمر األمم المتحدة في ستوكهولم ‪1972‬حول البيئة‪ ،‬االنطالقة األولى لسلسلة من المؤتمرات والندوات التي تتناول موضوع البيئة و‬
‫التنمية المستدامة « ‪) .‬فنغور عبدالسالم‪ ،‬تحليل السياسات الجبائية بالجزائر منذ إصالحات ‪ :1992‬تقييم و أفاق‪ ،‬دكتوراه علوم في العلوم‬
‫االقتصادية‪ ،‬جامعة باتنة ‪ 1‬ـ الجزائر ‪-2017-2016,‬ص ‪(159‬‬
‫‪14‬من بين أهم االثار السلبية على األنظمة الضريبية للمعامالت اإللكترونية الغير الخاضعة للتضريب نجد‪:‬‬
‫‪ ‬ضعف مردودية الموارد الجبائية‪ ،‬مما يأثر سلبا على مالية الدول ;‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪51‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪،‬وهذا لن يتأتى إال بإعادة صياغة النصوص الضريبية ألنها أصبحت نصوصا تقليدية متجاوزة ال تستجيب للمشاكل‬
‫‪15‬‬
‫الضريبية المعاصرة‪.‬‬

‫هذه المقترحات على مستوى الوطني‪ ،‬تبقى غير شمولية‪ ،‬إن لم يكن هناك إصالح للجبايات المحلية‪.‬‬

‫‪ 2-2‬إصالح الجبايات المحلية على ضوء متطلبات التنمية الترابية‪:16‬‬

‫على الرغم من السعي المستمر إليجاد حلول من خالل التطور التاريخي للنظام الضريبي المحلي‪ ،‬فإن التشخيص ‪17‬يكشف‬
‫استمرار النقائص المتعلقة بالضرائب المحلية‪ .‬وهذا يتطلب التفكير في إعادة تشكيل البنيات الضريبية للجماعات الترابية‪،‬‬
‫بغية تمويل متوازن على لمستوى الترابي ‪.18‬‬

‫وبهذا المعنى‪ ،‬فإن رهانات اإلصالح الضريبي المحلي أصبحت اليوم أكثر حسما مما كانت عليه في الماضي‪ .‬لذلك فإن‬
‫تعبئة الموارد الجبائية الالزمة أضحت ضرورية للجماعات الترابية التي يتزايد نطاقها بمرور الوقت‪.‬‬

‫في هذا السياق‪ ،‬ال تشكل الجبايات‪ ،‬بالنسبة للجماعات الترابية‪ ،‬مجرد موارد مالية موجهة إلى تغطية تكاليف المرافق‬
‫العمومية المحلية‪ ،‬بل يمكن اعتبارها أيضا أداة للسياسة االقتصادية تساهم في تعزيز مسلسل الالمركزية التي تعد حجر‬
‫الزاوية لبناء دولة ديمقراطية وحديثة‪.‬‬

‫وانطالقا من الممارسات الجيدة المتعارف عليها دوليا‪ ،‬فإن نجاح الجهوية المتقدمة يتمثل في إصالح البنيات الضريبية‬
‫للجماعات الترابية عموما وتلك الخاصة بالجهات على وجه الخصوص‪.‬‬

‫أ –تبسيط النظام الجبائي المحلي‪:‬‬

‫وذلك عن طريق‪:‬‬

‫‪ ‬توزيع غير عادل للعبء الضريبي بين الملزمين‪ ،‬مما يأثر سلبا على مبدأ العدالة الجبائية‪.‬‬
‫‪15‬من أبرز المشاكل الضريبية المعاصرة‪ ٬‬نجد ‪:‬‬
‫*المنافسة الضريبية الضارة‬
‫*التهرب الضريبي الدولي‬
‫*الملذات الضريبية‬
‫‪ 16‬عبد العالي اجناح‪ ,‬الجبايات المحلية ورهانات التنمية الترابية بالمغرب‪ ,‬مجلة التمويل والتمويل الدولي(‪ ،)FFI‬رقم ‪12/2018‬‬
‫‪17‬رغم اإلصالحات التي عرفها النظام الجبائي المحلي‪ ،‬مند فجر االستقالل‪ ،‬الزالت الجبايات المحلية غير قادرة على تحقيق األهداف المرجوة‪،‬‬
‫وهذا راجع إلى االختالالت التي تعتريها على عدة مستويات ‪:‬‬
‫*استمرار تطبيق مقتضيات القانون رقم ‪ 30.89‬فيما يتعلق ببعض ا لرسوم‪ ،‬رغم دخول القانون ‪ 47-06‬حيز التنفيذ‬
‫*تعدد المتدخلين في تدبير الجبايات المحلية‬
‫*صعوبات في تحديد الوعاء الضريبي وقصور في التكفل بالمادة الضريبية‬
‫*عملية تحصيل يحد من نجعتها عدم التحكم في الباقي استخالصه‬
‫* صعوبة تفعيل مسطرة المراقبة)‪ .‬عبد العالي اجناح‪ ,‬الجبايات المحلية ورهانات التنمية الترابية بالمغرب‪ ,‬مجلة التمويل والتمويل الدولي(‪،)FFI‬‬
‫رقم ‪,12/2018‬ص‪.6-4-5‬‬
‫‪18‬‬
‫‪JNAH.A, Les enjeux territoriaux de la fiscalité locale au Maroc, Thèse de Doctorat en Finances Publiques et‬‬
‫‪Fiscalité, F.S.J.E.S-AGDAL-, Rabat, 2015.p :150‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪52‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪ -‬إخراج الحقوق واألتاوى والمساهمات التي ال تكتسي صبغة الرسم من مجال التشريع الضريبي لتندرج في إطار‬
‫المجال التنظيمي؛‬
‫‪ -‬أما الرسوم المحلية‪ ،‬التي ال يتيح استغاللها توفير موارد مالية مهمة‪ ،‬فيجب أن تكون موضوع تقييم من حيث‬
‫تكلفتها‪ ،‬مقارنة بمردودها‪ ،‬وذلك بغرض اتخاذ قرارا ت تحكيمية ناجعة بشأنها‪ ،‬بعد طرح الخيارات الممكنة‬
‫كاإلصالح أو الدمج أو التحسين أو الحذف عند االقتضاء ‪.‬‬
‫‪ -‬تفادي االقتصار على الجبايات المحلية كعنصر فريد لتغطية بعض النفقات‪ ،‬وتعزيزها باالنفتاح على مصادر‬
‫أخرى للتمويل‪ ،‬خاصة اللجوء إلى اعتماد التعريفات المقابلة للخدمات المقدمة‪.19‬‬
‫ب‪-‬تقوية النجاعة والفعالية من أجل استغالل أحسن لإلمكانيات الجبائية المحلية ‪:‬‬

‫وذلك عن طريق تحقيق األهداف التالية‪:‬‬

‫‪ -‬التوحيد‪ ،‬خاصة من خالل تفادي االزدواج الضريبي‪ ،‬المتمثل في عدد االقتطاعات المفروضة على نفس المادة‬
‫الضريبية‪ ،‬داخل مكونات الجبايات المحلية وبين هذه األخيرة وجبايات الدولة؛‬
‫‪ -‬تدعيما لنجاعة‪ ،‬عبر تعبئة أحسن لإلمكانات الجبائية من خالل استهداف األوعية الضريبية المهمة‪ ،‬مع تفادي‬
‫مظاهر الهدر الناجمة عن تشتت المادة الضريبية؛‬
‫‪ -‬إعطاء األولوية للمقاربات البسيطة فيما يخص اختيارا لرسوم أو األوعية‪ ،‬عوضا لضرائب المعقدة‪ ،‬خاصة‬
‫الرسوم المرتكزة على رقم ال ُمعا َمالت أو على الكلفة أو على كميات صعبة التحديد أو التقييم؛‬
‫‪ -‬التقليص من عدد الرسوم وتوخي اليقظة من مخاطر تعددها‪.‬‬
‫ت –تحسين عملية تحصيل الجبايات المحلية‪:‬‬

‫وذلك عن طريق تشجيع طرق التحصيل الرضائية‪ ،‬وتسهيل عملية األداء عن طريق تمديد اآلجال‪ ،‬والرفع من قيمة‬
‫الجزاأت بحيث تتناسب تصاعديا مع طول مدة التأخر عن األداء‪ ،‬مع إقرار إمكانية األداء عن طريق أقساط في حالة ثبوت‬
‫حسن النية لدى الملزمين المحليين‪ ،‬وإصدار الرسوم بأسماء األشخاص الطبيعيين وليس باسم األشخاص المعنويين‪ ،‬بالنسبة‬
‫للمقاوالت والشركات‪ ،‬تفاديا لكل تملص ضريبي ‪.20‬‬

‫إن هذا الورش الكبير‪ ،‬يتطلب إعداد تقرير سنوي حول الجبايات المحلية يتضمن‪ ،‬على الخصوص‪ ،‬اإلصالحات الجارية أو‬
‫المرتقبة وكذا إنجازات السنة المالية المعنية المرتبطة بالرسوم المحلية المدبرة من طرف الدولة وبتلك التي تدبرها‬
‫الجماعات مباشرة وبالموارد المحولة‪.‬‬

‫أيضا‪ ،‬تجدر اإلشارة إلى أن نجاح إصالح الجبايات المحلية يبقى رهينا إلصالحات األتية‪:‬‬

‫‪19‬‬
‫‪JNAH.A, op, cité .p :167‬‬

‫‪20‬يونس مليح‪ :‬نظام جبايات الجماعات الترابية والحاجة إلى اإلصالح‪« ،‬مجلة القانون واألعمال‪ 23 ،‬فبراير‪,2018 ,‬ص ‪61‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪53‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫ث –تقوية السلطة الجبائية للجماعات الترابية‪: 21‬‬

‫وذلك بتمكينها من سلطة اختيار األوعية الجبائية التي تناسبها‪ ،‬ومنحها إمكانية االقتراح والمساهمة في تحديد اإلعفاءات‬
‫والتخفيضات التي تنسجم مع واقعها الترابي وخصوصياته‪ ،‬باإلضافة إلى منحها سلطة واسعة في إحصاء وتحصيل‬
‫أوعيتها‪ ،‬والقيام بعملية المراقبة والتفتيش‪ ،‬وذلك من أجل تمكينها فعال من حرية إدارة شؤونها‪ ،‬واتخاذ المبادرة وتحقيق‬
‫فعالية التدبير ووضوح الفعل العمومي و المسؤولية و الديمقراطية المحلية‪.‬‬

‫‪22‬‬
‫‪:‬‬ ‫ج‪-‬تكثيف وتحسين الموازنة في توزيع الموارد الجبائية للجماعات الترابية‬

‫ان تركيز أماكن إنتاج الثروة في المغرب‪ ,‬يجعل الجماعات الترابية غير قادرة على تغطية احتياجات نفقاتها من مواردها‬
‫الخاصة‪ .‬في هذ السياق يعتبر إصالح آليات الموازنة ضروريا لحل مشكلة التوزيع الغير المتوازن للجبايات المحلية بين‬
‫الجماعات الترابية من جهة و تعزيز اعداد التراب من جهة أخرى‪.‬‬

‫ح‪-‬تنمية القدرات التدبيرية للجماعات الترابية‪: 23‬‬

‫ومن هذا المنظور‪ ،‬يعد تعزيز القدرات التدبيرية ذات أهمية قصوى لنجاح الجهوية المتقدمة‪ .‬وبالفعل‪ ،‬فإن تعزيز الموارد‬
‫البشرية للجهات يعني تقوية التأطير على المستوى الجهوي‪.‬‬

‫ولتحقيق هذه الغاية‪ ،‬يجب أن تكون احتياجات المهارات والتدريب المستمر و الجاذبية االجتماعية من بين المحاور الرئيسية‬
‫لسياسة الموارد البشرية على المستوى الترابي‪.‬‬

‫في هذا الصدد‪ ،‬أصبح تعديل اإلطار القانوني المنظم للوظيفة العمومية الجماعية شيء ضروريا‪ ،‬لذا يجب خلق نظام للتحفيز‬
‫في الوظيفة العمومية الجماعية عموما و موظفي المصالح الجبائية خصوصا‪ ،‬باإلضافة إلى ذلك أصبح التكوين أداة مهمة‬
‫لتأهيل الموارد البشرية بالمجتمعات المقارنة‪ ،‬لذلك من أجل تحقيق إسهام جيد للمنتخب والموظف الجماعي في عملية‬
‫اإلصالح الجبائي ‪,‬يجب القيام بدورات للتكوين والتكوين المستمر في الميدان الجبائي‪.24‬‬

‫خ‪-‬إنشاء مرصد للمالية الترابية‪: 25‬‬

‫إن من بين العقبات الكبرى التي تعيق الحكامة في مجال الجبايات المحلية تكمن في تعدد و تنوع المتدخلين وغياب سلطة‬
‫مركزية للتوجيه و المساعدة على القيادة ‪.‬‬

‫‪21‬يونس مليح‪ ،‬مرجع سابق‪ ,‬ص ‪60‬‬


‫‪22‬‬
‫‪JNAH.A, « Enjeux et réformes de la péréquation entre les collectivités territoriales au Maroc », Revue‬‬
‫; ‪Marocaine d’Audit et de Développement, Spécial Numéro double : 44-45, 2016-201, pp : 467-481‬‬
‫‪23‬‬
‫‪-JNAH.A, La réforme de la fiscalité locale au Maroc, Première Edition, Imprimerie Dar ASSALAM – Rabat,‬‬
‫‪2017. P : 183‬‬
‫‪24‬المحجوب الدربالي ‪ :‬النظام الجبائي المحلي على ضوء القانون رقم ‪ ,47.06‬بحث تأهيلي لنيل شهادة الماستر ‪,‬كلية العلوم القانونية واالقتصادية‬
‫واالجتماعية‪ -‬سـال‪2007.208‬‬
‫‪25‬‬
‫‪JNAH.A, La réforme de la fiscalité locale au Maroc, op, cité .p :191‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪54‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫لذلك يجب إحداث مرصد لمالية الجماعات الترابية ذا بعد أفقي‪ ،‬من بين مهامه الدفع بالعمليات المرتبطة بالجبايات المحلية‬
‫وتنسيقها والتحكيم بشأن أولوياتها‪ ،‬وذلك بهدف إرساء فعالية أكبر على مستوى سير عمل المصالح الجبائية المحلية وتأمين‬
‫نجاعتها في مجال تعبئة اإلمكانيات الجبائية المحلية‪.‬‬

‫في هذا الصدد‪ ،‬يجب أن يتكون هذا المرصد من أعضاء ممثلين عن وزارة الداخلية و وزارة االقتصاد و المالية و إصالح‬
‫االدارة وكذا عن المنتخبين المحليين‪.‬‬

‫يتعين أن تتيح االختصاصات الموكلة لهذا لمرصد ما يلي ‪:26‬‬

‫تقديم الدعم للجماعات الترابية و لمختلف الهيئات المتدخلة في مجال الجبايات المحلية؛‬ ‫‪‬‬
‫مساعدة الجماعات الترابية على القيام بالدراسات الجبائية‪ ،‬وعلى تقييم اإلمكانيات‬ ‫‪‬‬
‫الجبائية ودعم طرق تعبئتها؛‬

‫تقديم المقترحات وإبداء الرأي حول مشاريع التعديالت التشريعية أو التنظيمية المتعلقة‬ ‫‪‬‬
‫بالجبايات المحلية؛‬

‫المساهمة في إعداد التقرير السنوي حول الجبايات المحلية الموصى به سابقا‪.‬‬ ‫‪‬‬
‫تشكل هذه التوصيات مجموعة طموحة قادرة على االستجابة بشكل إيجابي للقضايا التي تواجهها الجماعات الترابية‪.‬‬

‫أيضا‪ ،‬يجب استغالل كل اإلمكانات المتاحة بخصوص االستعمال المشترك للموارد العمومية الممكن تعبأتها‪ ،‬وخاصة عبر‬
‫آلية إعادة انتشار الموظفين ما بين الجماعات والمصالح التابعة للمديرية العامة للضرائب والخزينة العامة للمملكة‪.27‬‬

‫إن نجاح اإلصالح الضريبي )الوطني والمحلي(‪ ،‬يبقى رهينا بتطبيق الحكامة الجبائية‪.28‬‬

‫‪26‬تقرير المجلس األعلى للحسابات حول الجبايات المحلية ‪2015‬‬


‫‪27‬نفس المرجع‬
‫‪28‬تعرف الحكامة الجبائية بأنها مسار إلعداد و تطبيق )إنشاءـ تعديل ـ إلغاء( النصوص الجبائية مع األخذ بعين االعتبار القواعد االساسية للحكامة من‬
‫تحقيق االهداف)‪ ..‬فنغور عبدالسالم‪ ،‬تحليل السياسات الجبائية بالجزائر منذ إصالحات ‪ :1992‬تقييم و أفاق‪ ،‬دكتوراه علوم في العلوم االقتصادية‪،‬‬
‫جامعة باتنة ‪ 1‬ـ الجزائر ‪-2017-2016,‬ص‪. 288،‬‬
‫كما تعرف الحكامة الجبائية بأنها‪ ":‬تعني األدوار والمسؤوليات الجديدة لإلدارات الجبائية لتحقيق الصالبة في الرقابة الجبائية والشفافية المعتمدة لنقل‬
‫وتحويل المعلومات الجبائية للجمهور "‪.‬‬
‫وبذلك فالحكامة الجبائية تسعى لتحقيق األهداف التالية ‪:‬‬
‫‪ ‬إدارة المخاطر؛‬
‫استخدام الموارد بطريقة مسؤولة؛‬ ‫‪‬‬
‫‪ ‬ضمان االمتثال لمصالح " أصحاب الحقوق" من مواطنين‪ ،‬السلطات العامة‪ ،‬الشركاء‪ ،‬المساهمين‪ ).‬مولود مليكاوي واقع الحوكمة‬
‫الجبائية لسياسة اإلنفاق الجبائي في الجزائر مجلة أداء المؤسسات الجزائرية – العدد ‪2015/ 08 :‬ص ‪(146‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪55‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪2-3‬تطبيق قواعد الحكامة الجبائية‪: 29‬‬

‫أضحى تطبيق قواعد الحكامة الجبائية من بين أهم اآلليات الفعالة لتدبير السياسات الجبائية المعاصرة ‪ ،‬كما صار أيضا من‬
‫بين أهم رهانات االنظمة الضريبة على الصعيد العالمي » حيث لم يعد االهتمام أكبر بمعدالت الضرائب أو بمجموعة‬
‫القواعد واألساليب الفنية للجباية وحتى أساليب التأثير والتوجيه‪ ,‬بل االهتمام أكثر نحو إدارة وتسيير الجباية‪ ،‬من حيث‬
‫شفافيتها‪ ،‬استقرار ها ‪ 30‬وتوقعاتها والعالقة الجيدة مع الملزمين من أجل فعالية أكبر لألداة الجبائية « ‪.31‬‬
‫تطبيق قواعد الحكامة الجبائية‪ ،‬يبقى رهينا بتكريس التدبير المالي المرتكز على النتائج‪ ،‬وهذا لن يتأتى إال بتقوية منظومة‬
‫الرقابة على المالية العامة‪.‬‬
‫‪ 2-4‬تقوية منظومة مراقبة المالية العامة وخصوصا مراقبة التسيير‪.‬‬
‫لقد عرف مفهوم المراقبة تطورا كبيرا يفرضه تحول السياق االقتصادي والسياسي للدولة الحديثة‪.‬‬
‫حسب المفهوم التقليدي‪ ،‬تقتصر المراقبة على مراقبة المشروعية أي التحقق من االمتثال لتصرف أو قرار ما بمعيار مقرر‬
‫سلفا بهدف المعاقبة على مخالفة القانون‪.‬‬
‫غير أن المفهوم التقليدي للمراقبة ال يخبرنا ال عن أداء الخدمات‪ ،‬وال عن تكاليفها والنتائج التي تحققت‪.‬‬
‫ولهذا السبب تم إثراء هذا المفهوم من خالل مساهمات المدرسة األنجلو سكسونية من خالل إدخال أنواع جديدة من الرقابة‪،‬‬
‫وهي‪:‬‬
‫مراقبة التسيير )‪(le contrôle de gestion‬‬ ‫‪‬‬
‫التدقيق )‪.(l’audit‬‬ ‫‪‬‬
‫‪32‬‬
‫وتسفر مراقبة التسيير عن مقارنة النتائج باألهداف المحددة سلفا‪ ،‬بغية الكشف عن أوجه التباين على أساس المؤشرات‪،‬‬
‫لتبرير تفسيرها‪ ،‬لكي يتسنى لها اتخاذ إجراءات تصحيحية‪.‬‬

‫‪29‬القواعد السبعة للحكامة الجبائية‪:‬‬


‫‪ ‬قاعدة التشاور)‪(la concertation‬‬
‫‪ ‬قاعدة الرؤية )‪(la visibilité‬‬
‫‪ ‬قاعدة المقروئية )‪( la lisibilité‬‬
‫‪ ‬قاعدة األمن )‪( la sécurité‬‬
‫‪ ‬قاعدة االستقرار )‪( la stabilité‬‬
‫‪ ‬قاعدة النجاعة أو األداء )‪( la performance‬‬
‫* قاعدة االتصال )‪ ( la communication‬فنغور عبدالسالم‪ ،‬تحليل السياسات الجبائية بالجزائر منذ إصالحات ‪ :1992‬تقييم و أفاق‪،‬‬
‫دكتوراه علوم في العلوم االقتصادية‪ ،‬جامعة باتنة ‪ 1‬ـ الجزائر ‪ ،2017-2016,‬ص ‪. « 293‬‬
‫‪ 30‬نقصد باستقرار التشريعات الجبائية تعزيز األمن القانوني للملزم‪ ،‬وذلك عن طريق‪::‬‬
‫‪‬تأطير السلطة التقديرية إلدارة‬
‫‪‬تعزيز استقاللية هيئات الطعن‬
‫‪ ‬وضع إطار قانوني وتنظيمي لمرجع األثمان العقارية و يتم تحيينه بصفة منتظمة بإشراك الهيئات المهنية المختصة‬
‫‪ ‬وضع إطار قانوني التفاقات الودية المبرمة إثر عمليات المراقبة الجبائية‬
‫‪ ‬العمل على توسيع مجال االستشارة الضريبية المسبقة و تطوير اللجوء إلى المسطرة الخاصة بها ‪.‬‬
‫‪ ‬وضع إطار قانوني ينص على إلزامية إجراء الحوار الشفوي و التواجهي عند انتهاء كل عملية فحص‬
‫‪‬إعادة ترتيب و تبسيط وتوضيح مقتضيات المدونة العامة للضرائب)‪ -‬التوصيات المنبثقة عن المناظرة الوطنية الثالثة للجبايات المنعقدة‬
‫بالصخيرات يوم ‪ 03‬و ‪ 04‬ماي‪2019 -‬ص ‪2‬‬
‫‪31‬فنغور عبدالسالم‪ ،‬مرجع سابق‪ ،‬ص ‪288‬‬
‫‪32‬مراقبة التسيير تتكون من ثالث مراحل‪:‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪56‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫بينما‪ ،‬التدقيق هو نهج لتقييم السياسات المتبعة‪ ،‬وتقييم فعالية وكفاءة استخدام الموارد‪ ،‬والنظر في مدى مالءمة اإلجراءات‬
‫والمعايير لمساعدة المدبرين‪.‬‬
‫وقد أسهمت هذه األنواع الجديدة من الضوابط في توسيع مفهوم الرقابة‪ ،‬الذي لم يعد يقتصر على مراقبة المشروعية‪ ،‬بل‬
‫يشمل أيضا على مراقبة التسيير ‪.33‬‬
‫في هذا السياق‪ ،‬يجب تقوية واعتماد هذه المقاربة الحديثة للمنظومة الرقابة على المال العام‪ ،‬وذلك من أجل إرساء وتكريس‬
‫ثقافة النتائج لدى جميع المتدخلين في تدبير المالية العامة‪.‬‬
‫خاتمة ‪:‬‬
‫ختاما‪ ،‬يجب تحويل السياسة الضريبية بالمغرب إلى رافعة لتمويل االلتزامات المرتبطة بالنموذج التنموي المأمول ‪: 34‬‬
‫‪ ‬من منظور للعدالة الجبائية‪ ،‬يعيد التوازن بين الضرائب المباشرة والضرائب غير المباشرة‪ ،‬والتوازن بين‬
‫تضريب رأس المال وتضريب العمل‬
‫‪ ‬وعقلنة اإلعفاءات الجبايئة في توجيه أدواتها نحو مجاالت االقتصاد االجتماعي والتضامني‪ ،‬ونحو االستثمارات‬
‫ذات القيمة المضافة العالية على المستوى الترابي‪ ،‬والمحققة لمستوى االلتزام البيئي واالجتماعي‪.‬‬
‫إن نجاح النموذج التنموي المأمول بالمغرب ما بعد جائحة كورونا‪ ،‬يبقى رهينا بسن سياسة جبائية هيكلية و ليست‬
‫ظرفية باإلضافة إلى إرساء وتكريس ثقافة النتائج لدى جميع المتدخلين في تدبير المالية العامة ‪،‬و هذا لن يتأتى إال‬
‫بوجود إرادة سياسية‪.‬‬

‫المراجع‬

‫أوال ‪:‬باللغةالعربية‪:‬‬

‫‪ -‬فنغور عبدالسالم ‪ :‬تحليل السياسات الجبائية بالجزائر منذ إصالحات ‪ :1992‬تقييم و أفاق‪ ،‬دكتوراه علوم في العلوم‬
‫االقتصادية‪ ،‬جامعة باتنة ‪ 1‬ـ الجزائر ‪.2017-2016,‬‬
‫‪ -‬المحجوب الدربالي ‪ :‬النظام الجبائي المحلي على ضوء القانون رقم ‪ ,47.06‬بحث تأهيلي لنيل شهادة الماستر ‪,‬‬
‫كلية العلوم القانونية و االقتصادية واالجتماعية‪ -‬سـال‪.2007.208‬‬

‫‪ ‬قبل‪ :‬مرحلة تحديد األهداف‬


‫التحقق من اتساق األهداف وتوافر األدوات والوسائل الالزمة (التخطيط والميزانية)‪.‬‬
‫‪ ‬خالل‪ :‬مرحلة التجربة‬
‫ويجب قياس اإلنجازات على مر الزمن‪ ،‬مقارنة بما كان متوقعا‪ ،‬ويجب اتخاذ إجراءات تصحيحية (لوحات المعلومات وتنظيم نظم المعلومات)‪.‬‬
‫‪ ‬بعد‪ :‬مرحلة ما بعد التقييم‬
‫هذه هي مرحلة ت حليل النتائج‪ ،‬حيث توضح مراقبة التسيير أصل التناقضات بين "المتوقع" و"المحقق"‪.‬‬
‫‪33‬تتيح مراقبة التسيير االنتقال من "ثقافة الوسائل" إلى "ثقافة األداء" التي تتألف من‪:‬‬
‫األخذ بثقافة المسؤولية‪ ،‬حيث يلتزم الجميع باألهداف والتقارير عن اإلنجازات؛‬ ‫‪‬‬
‫‪ ‬تنمية الثقة داخل التس لسل الهرمي بين الشركاء لخلق طرق للعمل من أجل المصلحة العامة؛‬
‫‪ ‬االستثمار في التدريب التقني والتعلم القائم على الخبرة‪.‬‬
‫‪34‬البرلمان )مجلس المستشارين( ‪ :‬المنتدى البرلماني الدولي الثالث للعدالة االجتماعية تحت شعار » رهانات العدالة االجتماعية و المجالية و‬
‫مقومات النموذج التنموي الجديد ‪ 19‬و‪ 20‬فبراير ‪ 2018‬ص ‪.6-7‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪57‬‬
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪ -‬نجيب أقصبي ‪:‬السياسة الضريبية في المغرب وسبل اإلصالح إلقرار نظام ضريبي عادل‪ ،‬المعهد لإلحصاء‬
‫واالقتصاد التطبيقي‪.-18/11/2013/‬‬
‫‪ -‬نجيب أقصبي‪ :‬فيروس كورونا سيفرض تحول العالم من العولمة إلى الجهوية‪ ,‬األحد ‪ 29‬مارس ‪, 20:48 - 2020‬‬
‫افادة‪))https://ifada.ma/interview/coronavirus‬‬
‫‪ -‬نجيب أقصبي‪ ,‬هذه تأثيرات "كوفيد‪ "19-‬على التوازنات االقتصادية بالمغرب‪ 23 ,‬أبريل ‪00: 202000‬‬
‫‪https://www.hespress.com/economie‬‬
‫‪ -‬عبد العالي اجناح‪:‬الحوار االجتماعي واالصالح الضريبي بالمغرب«‪،‬مجلة االقتصاد‪ ،‬التدبير و المجتمع‪ ،‬رقم ‪/14‬‬
‫‪.2017‬‬
‫‪ -‬عبد العالي اجناح ‪:‬قراءة في قانون المالية ‪ 2018‬على ضوء متطلبات العدالة الجبائية ‪,‬مجلة التمويل والتمويل‬
‫الدولي)‪،(FFI‬عدد خاص ‪. 2018‬‬
‫‪ -‬عبد العالي اجناح ‪:‬الجبايات المحلية ورهانات التنمية الترابية بالمغرب ‪,‬مجلة التمويل والتمويل الدولي)‪،(FFI‬رقم‬
‫‪2018/12‬‬
‫‪ -‬مولود مليكاوي ‪ :‬واقع الحوكمة الجبائية لسياسة اإلنفاق الجبائي في الجزائر مجلة أداء المؤسسات الجزائرية –‬
‫العدد ‪.2015/ 08:‬‬
‫‪ -‬يونس مليح‪ :‬نظام جبايات الجماعات الترابية والحاجة إلى اإلصالح‪ ،‬مجلة القانون واألعمال‪ 23 ،‬فبراير‪2018 ,‬‬
‫‪ -‬تقرير المجلس األعلى للحسابات حول الجبايات المحلية ‪.2015‬‬
‫‪ -‬تقرير المجلس االقتصادي و االجتماعي‪ ،‬النظام الضريبي المغربي‪ :‬التنمية االقتصادية والتما سك االجتماعي‪,‬إحالة‬
‫ذاتية رقم‪www.ces.ma 9/2012‬‬
‫‪ -‬خالصة االقتراحات المنبثقة عن المناظرة الوطنية حول الجبايات المنعقدة بالصخيرات بتاريخ ‪ 29‬و‪ 30‬أبريل‬
‫‪.2013‬‬
‫‪ -‬التوصيات المنبثقة عن المناظرة الوطنية الثالثة للجبايات المنعقدة بالصخيرات يوم ‪ 03‬و ‪ 04‬ماي ‪.2019‬‬
‫‪ -‬البرلمان ) مجلس المستشارين( ‪ :‬المنتدى البرلماني الدولي الثالث للعدالة االجتماعية تحت شعار» رهانات العدالة‬
‫االجتماعية و المجالية و مقومات النموذج التنموي الجديد « ‪ 19‬و‪ 20‬فبراير ‪.2018‬‬
‫‪ -‬وزارة االقتصاد و المالية و إصالح االدارة‪ ،‬مذكرة تقديم مشروع قانون المالية المعدل لسنة‬
‫‪www.finances.gov.ma.2020‬‬
‫‪ -‬الظهير الشريف رقم ‪ ،1.11.91‬الصادر في ‪ 28‬يوليوز‪ ،2011‬بتنفيذ نص الدستور‪ ،‬الجريدة الرسمية عدد‪5964‬‬
‫مكرر‪ ،‬بتاريخ ‪ 30‬يوليوز‪.2011‬‬
‫‪ -‬ظهير الشريف رقم ‪ 1.15.62‬الصادر في ‪ 14‬من شعبان ‪ 1436‬ـ ‪ 2‬يونيو ‪ 2015‬ـ بتنفيذ القانون التنظيمي رقم‬
‫‪ 130.13‬لقانون المالية‪.‬‬
‫‪ -‬ظهير شريف رقم ‪ 1-89-187‬بتاريخ ‪ 21‬ربيع الثاني ‪ ،1410‬الموافق ل‪ 21‬نونبر ‪ ،1989‬الصادر األمر بتنفيذ‬
‫القانون رقم ‪ 30-89‬المتعلق بنظام الضرائب المستحقة للجماعات المحلية وهياتها‪ ،‬الجريدة الرسمية عدد‪4032‬‬
‫بتاريخ ‪ 6‬نونبر‪1989‬‬
‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪58‬‬
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

‫ المتعلق بجبايات‬47-06 ‫ بتنفيذ القانون رقم‬2007 ‫ نوفمبر‬30 ‫ الصادر في‬1-07-195 ‫ ظهير شريف رقم‬-
.2007 ‫ ديسمبر‬3 ‫ بتاريخ‬5583 ‫ الجريدة الرسمية عدد‬.‫الجماعات المحلية‬
‫ بسن أحكام انتقالية فيما‬39-07 ‫ بتنفيذ القانون رقم‬2007 ‫ ديسمبر‬27 ‫ صادر في‬1-89-187 ‫ ظهير شريف رقم‬-
‫ الجريدة الرسمية‬،‫يتعلق ببعض الرسوم والحقوق والمساهمات واألتاوى المستحقة لفائدة الجماعات المحلية‬
.2007 ‫ دجنبر‬31 ‫ بتاريخ‬5591‫عدد‬

:‫ المراجع باللغة األجنبية‬:‫ثانيا‬


- JNAH.A, La réforme de la fiscalité locale au Maroc, Première Edition, Imprimerie
Dar ASSALAM – Rabat, 2017.
- JNAH.A, Les enjeux territoriaux de la fiscalité locale au Maroc, Thèse de Doctorat en
Finances Publiques et Fiscalité, F.S.J.E.S-AGDAL-, Rabat, 2015.
- JNAH.A, « Réflexions sur la modernisation de la fiscalité locale au Maroc », Revue
Marocaine d'Administration Locale et de Développement, n°124, Septembre-Octobre
2015, pp : 213-226
- JNAH.A, « Enjeux et réformes de la péréquation entre les collectivités territoriales au
Maroc », Revue Marocaine d’Audit et de Développement, Spécial Numéro double :
44-45, 2016-201, pp : 467-481 ;
- JNAH.A, « La difficile réforme de la fiscalité locale au Maroc», Revue Finance &
Finance Internationale, N°10, janvier 2018 ; pp : 1-12

http://revues.imist.ma/?journal=REGS ISSN: 2458-6250

59
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

REPENSER LA SECURITE ALIMENTAIRE ET SANITAIRE AU


REGARD DU COVID-19 :

UNE ALIMENTATION LOCALE POUR UNE SANTE GLOBALE ?

‫ الغذاء المحلي للصحة العالمية؟‬:19 ‫إعادة التفكير في الغذاء واألمن الصحي فيما يتعلق بكوفيد‬

RETHINKINGFOOD AND HEALTHSECURITYWITH REGARD TO


COVID-19: LOCAL FOOD FOR GLOBAL HEALTH?

Par

Anthony TCHEKEMIAN

Maître de Conférences en Géographie et Aménagement du Territoire (CNU


23-24), Université de la Polynésie Française, UMR 241 Ecosystèmes
Insulaires Océaniens.

anthony.tchekemian@upf.pf
Résumé : La pandémie de coronavirus, déclarée le 11 mars 2020 par l’OMS, conduit à penser
que d’autres agents pathogènes pourraient se propager dans les années à venir. La
mondialisation des échanges peut donc transformer une épidémie localisée en pandémie, non
sans remettre en cause les habitudes alimentaires et culturelles des populations locales. Au-
delà des aspects sanitaires, la pandémie de Covid-19 invite à réfléchir aux conséquences de la
mondialisation, car elle s’inscrit dans un faisceau de crises actuelles et à venir : économique,
sociale et environnementale. Une campagne sanitaire, permettant d’éradiquer une telle
pandémie, est en effet coûteuse ; les entreprises subissent le ralentissement de l’activité, ce
qui entraîne une récession économique, malgré les aides engagées par les Etats. Les causes
structurelles de cette pandémie incitent à repenser, notamment, la sécurité alimentaire et
sanitaire sur le long terme. La crise révèle les fragilités des chaînes de valeurs internationales
à flux tendus qui, depuis une trentaine d’années, structurent le processus de mondialisation.

http://revues.imist.ma/?journal=REGS ISSN: 2458-6250

60
‫‪Revue Économie, Gestion et Société‬‬ ‫‪Spécial Numéro 2020‬‬

‫‪Des politiques publiques adaptées permettraient une relocalisation dans les secteurs de‬‬
‫‪l’agriculture (souveraineté alimentaire) ou encore de la santé (industrie pharmaceutique), mais‬‬
‫‪obligeraient‬‬ ‫‪à modifier‬‬ ‫‪les règles du commerce international et‬‬ ‫‪les politiques‬‬
‫‪d’investissement. Dans cette perspective, le confinement imposé a pu être présenté comme‬‬
‫‪une opportunité pour réduire l’impact négatif des activités humaines sur l’environnement. En‬‬
‫‪agglomération, le développement des jardins collectifs par l’ensemble des acteurs locaux et‬‬
‫‪régionaux, permettrait par exemple aux plus fragilisés d’accéder à suffisamment de produits‬‬
‫‪agricoles de qualité, abordables et nutritifs. Après l’inhumanité du confinement et de la‬‬
‫‪distanciation sociale, cette forme d’agriculture durable pourrait en outre avoir des vertus‬‬
‫‪sociales.‬‬

‫‪Mots-clés : crise sanitaire, alimentation, santé, agriculture, locale.‬‬

‫‪35 :‬ملخص‬

‫يشير وباء الفيروس كرونا‪ ،‬الذي أعلنته منظمة الصحة العالمية في ‪ 11‬مارس ‪ ، 2020‬إلى إمكانية انتشار مسببات‬
‫األمراض األخرى في السنوات القادمة‪ .‬وبالتالي ‪ ،‬يمكن لعولمة التجارة أن تحول امراض محلية إلى وباء ‪ ،‬وليس من دون‬
‫التشكيك في العادات الغداءية والثقافية للسكان المحليين‪ .‬وبعيدًا عن الجوانب الصحية ‪ ،‬فإن وباء ‪ Covid-19‬يدعونا إلى‬
‫التفكير في عواقب العولمة ‪ ،‬ألنها جزء من مجموعة من األزمات الحالية والمستقبلية‪ :‬االقتصادية واالجتماعية والبيئية‪ .‬إن‬
‫الحملة الصحية ‪ ،‬التي تمكن من القضاء على هذا الوباء ‪ ،‬مكلفة بالفعل ؛ تعاني الشركات من التباطؤ في النشاط ‪ ،‬مما يؤدي‬
‫إلى ركود اقتصادي ‪ ،‬على الرغم من المساعدة التي تعهدت بها الدول‪ .‬تدفعنا األسباب الهيكلية لهذا الوباء إلى إعادة التفكير‬
‫‪ ،‬على وجه الخصوص ‪ ،‬في األمن الغذائي والصحي على المدى الطويل‪ .‬تكشف األزمة عن نقاط الضعف في سالسل‬
‫القيمة الدولية في الوقت الم ناسب والتي نظمت ‪ ،‬على مدى السنوات الثالثين الماضية ‪ ،‬عملية العولمة‪ .‬ستسمح السياسات‬
‫العامة المناسبة باالنتقال إلى قطاعي الزراعة (السيادة الغذائية) والصحة (صناعة األدوية) ‪ ،‬ولكنها تتطلب تغييرات في‬
‫قواعد التجارة الدولية وسياسات االستثمار‪ .‬في هذا المنظور ‪ ،‬يمكن عرض الحجرالصحي المفروض كفرصة للحد من‬
‫التأثير السلبي لألنشطة البشرية على البيئة‪ .‬في المناطق الحضرية ‪ ،‬فإن تطوير مزارع جماعية من قبل جميع الناشطين‬
‫المحليين واإلقليميين ‪ ،‬على سبيل المثال ‪ ،‬سيسمح للفئات األكثر ضعفا بالوصول إلى ما يكفي من المنتجات الزراعية عالية‬
‫الجودة وبأسعار معقولة ومغذية‪ .‬بعد الال انسانية الحجرالصحي والتباعد االجتماعي ‪ ،‬يمكن أن يكون لهذا الشكل من‬
‫الزراعة المستدامة فضائل اجتماعية‪.‬‬
‫الكلمات المفتاحية‪ :‬أزمة صحية ‪ ،‬غذاء ‪ ،‬صحة ‪ ،‬زراعة محلية‪.‬‬

‫‪35‬‬
‫‪Merci à Moulay Salah Oumoudden, Doctorant à l’université d’Avignon, en Géographie touristique, culture et patrimoine,‬‬
‫‪pour son aide dans la traduction du résumé.‬‬

‫‪http://revues.imist.ma/?journal=REGS‬‬ ‫‪ISSN: 2458-6250‬‬

‫‪61‬‬
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Abstract 36:The coronavirus pandemic, declared on 11 March 2020 by the WHO, suggests
that other pathogens could spread in the coming years. The globalisation of trade can there
fore transform a localized epidemicin to a pandemic, not without calling into question the
dietary and cultural habits of local populations. Beyond the health aspects, the Covid-19
pandemic invites us to reflect on the consequences of globalisation, as itis part of a cluster of
current and future crises: economic, social and environmental. A health campaign to eradicate
such a pandemicis indeed costly; companies are suffering from the slowdown in activity,
leading to an economic recession, despite the aid provided by States. The structural causes of
this pandemic encourage us to rethink, in particular, food and health security in the long term.
The crisis reveals the fragility of the international just-in-time value chains that have been
structuring the globalization process for the past 30 years.

Appropriate public policies would allow relocation in the agricultural (foods over eignty) or
health (pharmaceutical industry) sectors, but would require changes in international trade
rules and investment policies. From this perspective, imposed containment could be presented
as an opportunity to reduce the negative impact of human activities on the environment. In
built-up areas, the development of collective gardens by all local and regionals take holders
would, for example, allow the most vulnerable to have access to sufficient, affordable and
nutritious quality agricultural products. After the inhumanity of confinement and social
distancing, this form of sustainable agriculture could also have social virtues.

Keywords: health crisis, food, health, agriculture, local.

Mesdames, Messieurs, chers collègues,

36
Merci à Florent Atem, Maître de conférences en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, à l’Université de la
Polynésie Française, pour son aide dans la traduction du résumé.
http://revues.imist.ma/?journal=REGS ISSN: 2458-6250

62
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Je me nomme Anthony Tchékémian et je suis maître de conférences en géographie et


aménagement du territoire à l’Université de la Polynésie Française, rattaché à l’Unité Mixte
de Recherche 241 Ecosystèmes Insulaires Océaniens.
Je tiens à remercier chaleureusement les organisateurs du colloque de me permettre
d’intervenir, en nous abrogeant des frontières et des temporalités, puis également pour leur
réactivité en nous proposant de nous exprimer sur les leçons à tirer de la pandémie de Covid-
19 et les mesures que nous pourrions prendre à l’avenir.

La pandémie de coronavirus37, déclarée le 11 mars 2020 par l’OMS 38, conduit à penser que
d’autres agents pathogènes pourraient se propager dans les années à venir. Depuis le XXIe
siècle, trois épidémies mortelles sont en effet survenues39 : celles-ci se sont toutes propagées
des animaux vers les communautés humaines. Le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère ou
SRAS-CoV (2003), le Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient ou MERS-CoV (2012) et le
SRAS-CoV2 (2019) proviennent d’habitats naturels régionaux et passent aux êtres humains
par des animaux sauvages (moustiques, singes, dromadaires, porcs…) : 60% des maladies
infectieuses mondiales sont en effet zoonotiques (OMS) 40 . La chaîne de transmission se
développe ensuite entre les humains ; l’épidémie se diffuse à travers des réseaux organisés :
voies de communication entre les espaces ruraux et urbains, transports de marchandises et de
personnes aux échelles locales et internationales.

Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Asie et en Amérique latine, les fortes
densités de population poussent à l’extension des espaces cultivés. Gagnées par

37
Le coronavirus désigne une famille de virus, infectieux pour l’homme, à génome constitué d’un ARN, à enveloppe en
forme de couronne, responsable de diverses maladies (rhume bénin, gastro-entérite, syndrome respiratoire aigu sévère)
pouvant entrainer la mort selon les patients. Découvert en 2019 à Wuhan (Chine), le virus responsable de la pandémie
mondiale de 2020 est nommé Covid-19.
38
Cf. article de l’Agence France Presse, « Aéroports fermés, mesures de confinement… le monde s’organise face à la
pandémie », Le Monde, : mis en ligne le 12 mars 2020, URL https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/12/aeroports-
fermes-mesures-de-confinement-le-monde-s-organise-face-a-la-pandemie_6032784_3244.html], consulté le 26 avril 2020.
39
Certains virus sont connus de longue date, mais ils ont perduré au XXe siècle, comme la malaria, la fièvre jaune, la dengue
hémorragique des Philippines (1954), la grippe asiatique N2H2 (1957), la grippe de Hong Kong H3N2 (1968), la grippe russe
H1N1 (1977), puis, d’autres émergences virales se sont développées, comme la fièvre hémorragique à virus Alkhurma en
Arabie Saoudite (1995), la grippe aviaire H5N1 à Hong-Kong (1997), l’encéphalite à virus Nipah en Malaisie (1998). Puis au
XXIe S., il eut les SRAS en Chine du Sud (2002, 2003), la grippe H1N1 au Mexique (2009), la dengue, le chikungunya,
Ebola (2013-2016), le Zika (2015-2016).
40
Cf. site Internet de l’OMS, « Une seule santé », [URL : https://www.oie.int/fr/pour-les-medias/une-seule-sante/], consulté le
9 mai 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

l’anthropisation, ces nouvelles terres agricoles 41 deviennent des points de contact entre la
faune sauvage, les animaux d’élevage et les êtres humains, ce qui accroit l’échange d’agents
pathogènes. On établit dès lors un lien entre la déforestation, le développement de l’agro-
industrie (grands élevages, appauvrissements génétiques, monocultures) 42 et l’émergence de
maladies infectieuses (GUEGAN et alii., 2020). Les maladies forestières ne sont plus
stoppées par les écosystèmes et ne sont plus freinées par les populations installées dans les
arrière-pays. Sans ces pare-feu immunitaires, les épidémies gagnent les grandes villes, se
propagent et durent dans le temps. A ce sujet, il faut souligner le rôle de l’industrie
agroalimentaire : dans les élevages, les antibiotiques sont utilisés comme antiinfectieux, pour
éviter la propagation de bactéries, et comme accélérateur de croissance 43. Cette pratique met à
mal la santé des animaux, car elle favorise le développement de micro-organismes qui
deviennent résistants aux antibiotiques. Les agents responsables de zoonoses d’origine
agricole, favorisés plutôt par des facteurs humains, sont ainsi nombreux à entrer dans la
chaîne alimentaire (CHASTEL, 2004).

Les épidémies se diffusent du rural au périurbain, pour ensuite gagner les villes et les
métropoles. La mondialisation des échanges peut donc transformer une épidémie localisée en
pandémie, non sans remettre en cause les habitudes alimentaires et culturelles des populations
locales (consommation de viande de brousse, enterrement à domicile…). Celles-ci peuvent
alors se retrouver accusées de propager les virus. Prenons l’exemple, en Chine, de l’arrière-
pays de Wuhan, agglomération tentaculaire de près de 11 millions d’habitants et épicentre de
la pandémie de Covid-19. La consommation d’animaux sauvages y perdure : ceux-ci sont
vendus vivants sur les marchés, qui font également commerce de leur viande.
L’intensification des échanges entre les populations urbaines et rurales accroit ces pratiques

41
Par exemple dans l’Amazonie brésilienne, les éleveurs de bœufs étendent leurs pâturages, au détriment de la couverture
forestière : déforestation, occupation des terres, utilisation de produits chimiques dans ces nouveaux pâturages et
artificialisation des agroécosystèmes publiques ou indigènes (POCCARD, 2015). L’apparition de nouvelles maladies
humaines, comme le coronavirus responsable du Covid-19, est le résultat de l’anéantissement des écosystèmes, détruits pour
faire place à des monocultures intensives industrielles (AIZEN M., 2020).
42
Il n’est qu’à penser au soutien des multinationales envers les « Républiques du soja », telles qu’en Amérique du Sud, au
Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie, où le développement fulgurant de la culture du soja, essentiellement pour
nourrir les élevages européens, a des conséquences dramatiques pour les communautés locales et l’environnement :
déforestation, expulsions des peuples autochtones, spoliation des terres, jusqu’à l’assassinat d’opposants, recours massif aux
produits chimiques et aux organismes génétiquement modifiés, monoculture, appauvrissement génétique où animaux et
plantes ont des génomes proches.
43
Dans beaucoup d’élevages, les antibiotiques sont employés, même lorsque les animaux ne sont pas malades. Les
administrer revient généralement moins chère que perdre des bêtes.

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alimentaires, autrefois cantonnées aux campagnes 44 désormais gagnées par l’urbanisation. La


capture d’espèces sauvages n’est d’ailleurs pas circonscrite à l’échelle régionale, car les
chasseurs s’aventurent de plus en plus loin pour répondre à une demande croissante, qui
menace certaines espèces. Dans le cas du Covid-19, le germe originel serait ainsi passé d’une
chauve-souris au pangolin, puis à l’homme, pour produire un virus recombinant
(HASSANIN, 2020).

Le Covid-19 menace plus particulièrement les populations considérées comme à risque 45 :


celles qui souffrent de diabète et d’obésité morbide (IMC > 40 kg/m2), les femmes enceintes,
ainsi que les personnes âgées, isolées ou en situation de précarité. En France, chez les sujets
atteints de maladies chroniques, les mesures de confinement adoptées pour atténuer les effets
meurtriers de la crise sanitaire 46 ont, en outre, perturbé le suivi des traitements, entraînant une
dégradation de leur état de santé. Ces patients ne sont pas plus susceptibles que d’autres de
contracter le Covid-19 mais, dans leur cas, la maladie peut prendre des formes plus graves,
voire mortelles47. Pour ces personnes à risques, la pandémie entraîne donc parfois une rupture

44
Certains animaux sont prisés dans la gastronomie ou la pharmacopée chinoise, mais d’autres sont consommés pour pallier
les pénuries. Dans les années soixante-dix, suite à l’échec des politiques collectivistes, les autorités chinoises ont encouragé
l’élevage d’animaux sauvages (chauve-souris, serpents, civettes…) pour pallier les disettes. Cf. article intitulé "Can Asia’s
infectious disease- producing wildlife trade be stopped?", publié le 23 mars 2020, dans Food and environment reporting
network, [URL : https://thefern.org/2020/03/can-asias-infectious-disease-producing-wildlife-trade-be-stopped/], consulté le
15 mai 2020.
45
Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, annonce le 24 mars 2020, dans un communiqué de presse, la mise
en place d’une procédure d’arrêt de travail simplifiée pour les personnes vulnérables et indique celles considérées comme « à
risque » susceptibles de développer une forme grave d’infection. Cf. site Internet du ministère des Solidarités et de la Santé,
« COVID-19 : procédure d’arrêt de travail simplifiée pour les personnes vulnérables considérées comme "à risque" », mis en
ligne le 18 mars 2020, [URL : https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/covid-19-
procedure-d-arret-de-travail-simplifiee-pour-les-personnes-vulnerables], consulté le 26 avril 2020.
46
En France, selon l’Agence nationale de santé publique, au 26 avril 2020, le bilan des personnes ayant contracté le Covid-19
fait état de 124 575 cas confirmés et de 22 856 personnes décédées. Ces données transmises par les autorités sont imparfaites
et incomplètes, notamment parce qu’elles ne prennent pas en compte les décès à domicile, puis parce que la vague
épidémique n’est pas encore terminée. A ce jour, depuis le 31 décembre 2019, le nombre de cas confirmés dans le monde est
de 2 844 712, dont 1 070 956 en Europe ; puis le nombre de personnes décédées dans le monde s’élève à 201 315, dont
116 417en Europe. Cf. site Internet Santé publique France, « Infection à coronavirus », mis à jour le 26 avril 2020, [URL :
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-
coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde], consulté le 26 avril 2020.
47
Dans un communiqué de presse, la Société Francophone du Diabète indique que 48% des patients hospitalisés ayant
contracté le coronavirus « présentaient une comorbidité et en particulier un diabète ou une maladie cardiovasculaire. Les
patients ayant un diabète représentaient 10 à 20% des personnes hospitalisées, 22% de celles admises en réanimation et
31% des décès ». Cf. site Internet de la Société Francophone du Diabète, article « COVID-19 et diabète : état des lieux »,
mis en ligne le 16 mars 2020, [URL : https://www.sfdiabete.org/actualites/medical-paramedical/covid-19-et-diabete-etat-des-
lieux], consulté le 23 avril 2020. Selon le Pr Ronan Roussel, diabétologue à l’hôpital Bichat (Paris), « le diabète est l’une des
situations à risque d’infection sévère à COVID-19. …] Il multiplierait par deux ou quatre le risque de décès lié à cette
infection ». Cf. communiqué de presse, « CoviDIAB, une application pour les patients diabétiques confinés en période
d’épidémie COVID-19 », INSERM, le 31 mars 2020, [URL : https://presse.inserm.fr/pour-les-patients-diabetiques-confines-
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

des soins et du lien social, du fait de l’arrêt des services sociaux, des aides à domicile, des
relations de voisinage, des visites familiales ou de bénévoles, etc. Les sujets valides, quant à
eux, sont confrontés à l’angoisse de l’isolement, qui s’ajoute à la peur d’être contaminés par le
virus : l’avenir peut alors leur paraître anxiogène. Au-delà de ces aspects sanitaires, la
pandémie de Covid-19 invite à réfléchir aux conséquences de la mondialisation, car elle
s’inscrit dans un faisceau de crises actuelles et à venir : économique, sociale et
environnementale48. Une campagne sanitaire, permettant d’éradiquer une telle pandémie, est
en effet coûteuse ; les entreprises subissent le ralentissement de l’activité, ce qui entraîne une
récession économique49, malgré les aides engagées par les Etats. Les causes structurelles de
cette pandémie, qui n’a rien d’une catastrophe naturelle inévitable, incitent à repenser la
sécurité alimentaire et sanitaire sur le long terme, pour prévenir l’émergence de nouvelles
maladies mortelles : « les prendre en compte nous permet de comprendre quelle est la
meilleure réponse en allant au-delà d’un simple redémarrage de l’économie qui est à
l’origine des dégâts » (WALLACEet alii., 2020). En Italie, premier pays européen touché, la
crise sanitaire s’est en outre transformée en crise sociale et alimentaire : des débuts de pillages
de supermarchés ont été observés et des distributions de bons alimentaires organisées. Selon
le principal syndicat agricole italien, Coldiretti, le nombre de bénéficiaires d’une aide pour se
nourrir serait ainsi passé de 2,7 millions en 2019 à 3,2 millions en 2020 50 . Malgré le
déconfinement, un retour au fonctionnement antérieur des circuits agroalimentaires
internationaux semble peu probable à court terme. La crise sanitaire causée par le Covid-19
pourrait-elle alors influencer structurellement l’économie mondiale ? Sans imaginer qu’elle

en-periode-depidemie-covid-19-lap-hp-en-partenariat-avec-linserm-et-universite-de-paris-lance-covidiab-une-application-
nationale-d/38892/], consulté le 23 avril 2020.
48
La crise a montré le manque d’équipements dans les services de soins intensifs ainsi que le manque de tests comme de
protections individuelles et les faibles effectifs du personnel soignant. La crise a donc révélé les manques des politiques de
santé publique et le sous-investissement dans les centres de soins, parfois négligés ou soumis à des logiques de rentabilité. Or
la sécurité ne doit pas alterner entre contrôle sanitaire et économie.
49
En France, au premier trimestre 2020, le PIB, déjà en baisse à la fin de l’année 2019, s’est effondré de 6% en trois mois,
lors de la crise sanitaire : la Banque de France a estimé que pour une semaine-type de confinement en avril 2020, la perte de
PIB se situait autour de 27% (selon le « Point de conjoncture » de la Banque de France, du12 mai 2020. Cf. , [URL :
https://www.banque-france.fr/statistiques/conjoncture/enquetes-de-conjoncture/point-de-conjoncture], consulté le 9 juin
2020). Après deux trimestres consécutifs de baisse, l’économie française est entrée en récession : les secteurs les plus touchés
(notamment hôtellerie – restauration, aérien) qui affichent des baisses vertigineuses de leurs chiffres d’affaires (entre 80% et
100% de baisse), ce qui a pour conséquence des difficultés de trésorerie et des mesures de chômage partiel. Depuis la fin de
la Seconde Guerre mondiale, une telle situation est inédite.
50
Cf. site Internet du ministère de l’Economie et des Finances, « La lettre d’actualité en Italie. Edition spéciale COVID-19 »,
rédigé par DG Trésor, mis en ligne le 7 avril 2020, [URL : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/7fa27402-1935-
4c40-93da-6396e0a970ca/files/df38bd9c-dbcb-4aac-9f88-34ba0d1f7e31], consulté le 28 avril 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

entrainerait une démondialisation51, cette désorganisation des échanges pourrait-elle conduire


à de plus graves crises sociales et alimentaires ?

Avec un effondrement du commerce mondial, analogue voire pire que celui causé par la crise
de 2008, la fermeture des frontières et la déstabilisation des chaînes d’approvisionnement
menacent la sécurité alimentaire et le pouvoir d’achat des populations 52 . Face aux chocs
économiques, aux conditions climatiques, à l’augmentation des coûts de production, de plus
en plus de personnes peinent à se nourrir. Cette crise se développe dans toutes ses dimensions,
en Amérique Latine, sur le continent africain, au Proche-Orient, dans les pays en paix comme
en guerre (territoires palestiniens…). La crise révèle les fragilités des chaînes de valeurs à flux
tendus qui, depuis une trentaine d’années, structurent le processus de mondialisation. Celle-ci
se définit « comme un processus multidimensionnel concernant différents aspects de la vie
des sociétés et des individus » (GHORRA-GOBIN, 2017). La globalisation, quant à elle,
« renvoie à la métamorphose d’un capitalisme émancipé du cadre national (ou postfordiste)
et financiarisé » (GHORRA-GOBIN, 2017). Cette notion de globalisation insiste donc sur le
caractère intégré des activités humaines : mises en réseau, celles-ci s’inscrivent dans un
ensemble structuré par la finance mondiale ; leur interdépendance les rend vulnérables au
moindre évènement.

La relocalisation, invoquée depuis quelques années par des acteurs régionaux, nationaux et de
filières53, se présente à l’inverse comme un rempart aux crises. Pour ses apôtres une économie

51
Il semble difficile de parler de démondialisation, « compte tenu de l’intensité de la circulation des capitaux, de
l’efficacité des paradis fiscaux ainsi que du positionnement explicite de la Chine au profit de la mondialisation
(GHORRA-GOBIN, 2017).
52 Le rapport mondial de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, d’avril 2020, alerte sur les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19 e
t à ses effets sur les crises et les
menaces alimentaires : en 2019 135millions de personnes se trouvaient déjà au bord de la famine. Il s’agit du plus haut niveau d’insécurité alimentaire et d e
, dans le monde,
malnutrition aigüe le plus élevé, depuis la première édition du rapport en 2017.
Ce nombre risque d’exploser cette année, du fait de la pandémie : « le
nombre de personnes souffrant sévèrement de la faim pourrait doubler […] atteignant alors plus de 250 millions d’ici la fin
de 2020 ». Cf. communiqué de presse conjoint UE, FAO, OCHA, UNICEF, USAID, PAM, intitulé « Le Rapport mondial sur les crises alimentaires révèle l’ampleur des crises
alimentaires et la menace posée par le COVID-19 , [URL :
» http://www.fao.org/news/story/fr/item/1271978/icode/ ], consulté le 28 avril 2020.
53
En employant le néologisme « démondialisation », BELLO (2002 ; 2012) a dénoncé le pouvoir des grands organismes
internationaux et a proposé de décentrer la gouvernance du commerce international : relocalisation de la production et des
emplois, protectionnisme ciblé par des droits de douanes, définanciarisation de l’économie mondiale par la régulation des
marchés spéculatifs et réintroduction du contrôle des capitaux. Il ne s’agirait pas pour autant de mettre fin au commerce
mondial pour vivre en autarcie, ni de limiter la libre circulation des idées, des étudiants et des chercheurs. Le concept de
« démondialisation » renvoie également à d’autres phénomènes observés dans les stratégies internationales des
entreprises : la recomposition des chaînes de valeur (MOUHOUD, 2008 ; 2020) ; la relocalisation qui entre dans le débat
politique français (MONTEBOURG, 2011) ; le multilocal remplaçant le multinational (GONARD, 2020). Pour le moment,
il semble difficile de parler de « démondialisation », même si le commerce international se réorganise (CREVEL et alii.,
2019 :17).

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

plus locale sécuriserait les chaînes de valeur dans les domaines qu’ils jugent « stratégiques »
(VOY-GILLIS, 2020), comme l’agriculture (souveraineté alimentaire) ou encore la santé
(industrie pharmaceutique). Des politiques publiques adaptées permettraient une relocalisation
dans ces secteurs, mais obligeraient à modifier les règles du commerce international et les
politiques d’investissement. Dans le contexte de la crise du Covid-19, l’Etat s’assurerait, par
exemple, que les aides ou les appels publics ne serviraient pas à reconstruire le « monde
d’hier », et qu’ils ne profiteraient pas aux entreprises produisant uniquement à l’étranger.
Dans l’étude prospective des conséquences de la pandémie sur les crises sociales et
économiques futures, la « mondialisation » et la « globalisation » sont donc souvent évoquées
avec des biais idéologiques. Ceux-ci se retrouvent dans les discours qui établissent un lien
entre la pandémie et la crise environnementale qui lui préexistait. Les images inhabituelles,
relayées par de nombreux médias, et montrant des animaux sauvages qui réinvestissent les
espaces urbains vidés par le confinement, ou des baleines nageant au large de Marseille,
peuvent être invoquées par les détracteurs des activités humaines jugées destructrices. Dans
cette perspective, le confinement imposé a pu être présenté comme une opportunité pour
réduire l’impact négatif des activités humaines sur l’environnement 54 . Dès lors, on peut
réfléchir à des projets qui permettraient de réconcilier l’humanité et la nature et non plus de
les opposer.

Les comportements collectifs, les implications dans des associations permettraient de recréer
du lien social (FRIMOUSSE, et al., 2020), pour tendre vers des actions de plus en plus
politiques, afin de relever les défis à venir. La réponse ne peut en effet qu’être multiscalaire,
articulant le local et le global, sur plusieurs générations. Des liens sont donc à retisser, entre

54
« La crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique
durable et irréversible » (LATOUR, 2020 : 1). Yves Cochet « en appelle d’urgence à relocaliser l’économie, en créant
des biorégions résilientes et solidaires, pour faire face à la pandémie de coronavirus » (POUYAT, 2020). Puis, « on
découvre brutalement que, pour beaucoup de ressources vitales, nous sommes dépendants d’autres pays », selon
Nicolas HULOT, ministre de la transition écologique et solidaire, de mai 2017 à septembre 2018, sous la
présidence d’Emmanuel Macron, invité d’Apolline de Malherbe, BFM TV, « Confinement : faut-il durcir les
mesures ? », le 22 mars 2020, qui a estimé que cette crise était « comme un passage de cap pour l’humanité […],
confrontée à sa vulnérabilité et à ses limites ». …] « l’heure est aujourd’hui à l’unité, il va falloir après réfléchir à
l’absurdité d’une globalisation effrénée qui a fait de la circulation à flux tendu des biens un dogme. Il faut aller vers une
forme de relocalisation qui ne se confond ni avec le protectionnisme ni avec le nationalisme », mis en ligne le 22 mars 2020,
[URL : https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/nicolas-hulot-on-decouvre-brutalement-que-pour-beaucoup-de-
ressources-vitales-nous-sommes-dependants-d-autres-pays-1232519.html], consulté le 12 juin 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

l’humain et son intériorité (ANDRE, 2018) 55 , entre l’individu et le collectif (SERVIGNE,


CHAPELLE, 2017)56 et avec les autres éléments biotiques, comme les plantes et les animaux
(HOUDART, THIERY, 2011)57. Se pose alors la question de la transcendance (LESOURT,
2018)58 à travers des problématiques morales et religieuses59. La plupart de ces thématiques
ont été abordées à l’occasion du colloque « Quel monde voulons-nous pour demain ? »,
organisé en novembre 2004, par le Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique
Ecologique (GRAPPE)60. Puis, en mai 2015, la Cité des territoires de Grenoble a organisé une
rencontre intitulée « Sciences sociales et transitions énergétiques »61, regroupant différentes
approches sur la transition62 écologique et sociale. Citons encore, le colloque tenu en 2018, à
l’Agrocampus Ouest et aux Universités Rennes 1 et 2, intitulé « Le vivant dans la transition
socioécologique »63. Dans le même esprit, la Maison du Barreau de Paris a accueilli, en 2018,

55
Le psychiatre Christophe ANDRE (2018) nous invite à cultiver notre intériorité, à comprendre (par la lenteur, le calme et la
continuité) ces instants vécus à bas bruit (nos sensations corporelles, nos ressentis émotionnels, nos pensées, nos impulsions,
nos envies, nos inquiétudes, nos peurs, qui signent notre humanité, dans sa force et sa fragilité.
56
Les auteurs présentent des liens d’interdépendance qui façonnent notre monde vivant, et montrent que ceux qui survivent
ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui arrivent à coopérer. « Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre
croissant de nouveaux mouvements, d’auteurs ou de modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et
font revivre des mots jugés désuets comme l’altruisme, la coopération, la solidarité ou la bonté » (SERVIGNE, CHAPELLE,
2017).
57
Par les moyens de l’enquête ethnographique, des auteurs de différentes générations, disciplines et courants théoriques
tentent d’expliquer comment il est empiriquement possible de repeupler les sciences humaines et sociales en explorant la
gamme des relations entre humains et non-humains. Ils dressent un panorama du résultat de certains renouvellements
intervenus dans le paysage des sciences humaines et sociales francophones (HOUDART, THIERY, 2011).
58
LESOURT (2018) propose, qu’après la consumation et l’accumulation, « l’amour de l’autonomie » soit au centre d’une
nouvelle gestion de l’excédent. Cultiver l’autonomie dans le mode de vie permettrait de s’épanouir tout en respectant les
seuils de longévité. Cela se traduirait par la généralisation d’idées : la frugalité gratifiante, la réappropriation d’outils
relocalisés (comme les énergies renouvelables), l’avènement d’une économie des communs qui « propose une circulation de
l’énergie reposant sur la constitution d’un réseau de ressources réutilisables » et une société fondée sur le concept de
« convivialité », selon ILLICH (2005). Ce projet ne serait possible que grâce au recours au sacré. Il faut que la cause ait un
« caractère sacré », que les activités de la sphère d’autonomie et la vie conviviale soient vécues comme des « activités
sacrées » pour résister aux tentations d’un retour aux mécanismes d’accumulation.
59
Voir par exemple, la lettre encyclique Laudato Si’ du Pape François, sur « La Sauvegarde de la Maison Commune », paru
en 2015, [URL : http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-
laudato-si_fr.pdf], consulté le 14 septembre 2019.
60
Actes publiés sous le titre Penser et agir avec Ivan Illich, balises pour l’après-développement (DARDENNE, TRUSSART,
2005).
61
Cf. site Internet de PACTE, présentant le colloque « Sciences sociales et transitions énergétiques », 28 et 29 mai 2015, Cité
des territoires, Grenoble, [URL : https://transition-energetique.sciencesconf.org/], consulté le 8 février 2019.
62
La transition écologique est le passage du mode actuel de production et de consommation à un mode plus respectueux de
l’environnement. Il n’existe pas de définition partagée par tous les acteurs. Elle correspond à un changement de modèle
économique et social, qui transforme en profondeur nos façons de consommer, de produire, de travailler et de vivre
ensemble.
63
Cf.page Internetprésentant le colloque « Transvivant - Le vivant dans la transition écologique : de sa mise en débat à sa
mise en recherche. Une lecture des sciences sociales de l’environnement », à Agrocampus Ouest, Universités Rennes 1 et 2,
20 et 22 juin 2018, [URL : https://transvivant.sciencesconf.org/], consulté le 8 février 2019.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

le colloque du Conseil Général de l’Environnement et du Développement durable (CGED),


sur le rôle des sciences humaines, sociales et politiques pour réussir la transition énergétique.
Un discours porté par des scientifiques, des politiques ou des essayistes s’est ainsi imposé :
l’urgence environnementale, sociale et économique devrait faire réagir. A ce titre, la célébrité
médiatique de la jeune Greta Thunberg est révélatrice : ses interventions devant les
parlements suédois et français, comme son allocution à la conférence de Katowice de 2018
(COP 24) et son mouvement de « grève de l’école pour le climat » participent d’un discours
plus général sur les conséquences inquiétantes des changements climatiques. Pourtant, malgré
de récentes victoires contre l’emploi de pesticides ou la pollution au lisier, l’agro-industrie
reste centrée sur la recherche de profits : délocalisation des entreprises, changement des
structures de gestions, capitalisation, sous-traitance, affermage jusqu’au développement des
Etats marchands. Pour revenir à la pandémie, il n’est que de constater, la baisse des exigences
pour une trentaine de produits estampillés Label rouge, Appellation d’Origines Protégée ou
Indication Géographique Protégée. Pendant la crise sanitaire, le cahier des charges des labels
alimentaires est devenu moins exigeant, autorisant par exemple l’abattage de veaux de lait
plus âgés (WATIER, 2020), la surgélation des viandes, des poissons et des fromages. Au
reste, le temps maximum d’attente de l’animal à l’abattoir est passé de 24 à 48 heures. Tous
ces allègements ne sont pas sans conséquence sur la qualité des produits (viande moins tendre,
altération du goût) ou encore sur le bien-être animal, mais cela n’apparaît pas sur les
étiquettes. Ce manque d’information peut susciter de la défiance chez les consommateurs,
même si toutes ces modifications sont consultables au Journal Officiel. Malgré tout, en plein
confinement, le 22 avril 2020, à l’occasion d’un déplacement, le Président Emmanuel Macron
a remercié « la ferme France » qui assure l’autonomie alimentaire du pays, appelant les
citoyens à renouer « avec ce beau métier qui est celui de nourrir la nation » 64 . Par ce
message, le chef de l’Etat a souligné l’importance de l’agriculture, en particulier celle de
proximité. Ces quelques mots ne sont pas sans évoquer ceux de Maximilien de Béthune, Duc
de Sully, pour qui « labourage et pâturage étaient les deux mamelles de la France » (Les
Œconomies royales, 1595).
64
A l’occasion d’une visite dans le nord du Finistèrele chef de l’Etat eut ces mots : « Merci à la ferme France. Elle a tenu.
On peut en être fier. J’espère que nos concitoyens vont être réconciliés avec ce beau métier qui est celui de nourrir la
nation ». Le Président de la République a rendu hommage à l’ensemble des personnes assurant l’alimentation des Français.
Cf. article de l’Agence France Presse, intitulé « Macron en Bretagne pour "remercier la ferme France" », paru dans
Challenges, « Politique », le 22 avril 2020, mis en ligne le 22 avril 2020, [URL : https://www.challenges.fr/politique/macron-
en-bretagne-pour-remercier-la-ferme-france_706710], consulté le 23 avril 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

En 1598, au sortir des guerres de religions, Henri IV, roi de France, souhaitait pacifier son
royaume et assoir son autorité. Dans ce contexte, l’anecdote raconte que le roi, ne pouvant
supporter qu’un paysan n’ait les moyens de manger une poule au pot 65, en aurait promise une,
chaque dimanche, à toutes les marmites du royaume (SGERGOS, 1999 : 78). Henri IV
chargea donc Sully de prendre les mesures nécessaires au rétablissement de la prospérité. Le
Surintendant des Finances du roi écrivit ainsi, dans ses mémoires, qu’il employa de nouveaux
officiers pour suivre l’armée afin d’« empescher qu’elle n’apportast aucune vexation [...],
disant souvent au Roy que le labourage et le pasturageestoient les deux mamelles dont la
France est alimentée et les vrayes mines et trésors du Pérou » (BUISSERET et al., 1988 :
257). Evasive, la formule est pourtant restée (SAY, 1803 : 18). Il est vrai que le Duc de Sully
a accompagné les recherches d’Olivier de Serres66, le père de l’agronomie moderne, célèbre
pour son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, publié en 1605. Surtout, l’intendant a
conduit des réformes agricoles en proclamant la liberté du commerce des grains, abolissant les
péages entre les provinces et incitant à produire davantage pour vendre hors des frontières.
Dans cette volonté, il encouragea l’augmentation des surfaces cultivables, interdit la saisie de
l’outillage agricole et accorda une remise sur les arriérés de la taille (Ministère de
l’agriculture, 2019)67. Ces réformes considérables furent menées en l’espace d’une dizaine
d’années, seulement ; en 1610, la mort d’Henri IV – assassiné rue de la Ferronnerie, par
Ravaillac, alors qu’il se rendait chez Sully – marqua leur coup d’arrêt. L’action de Sully a
frappé les esprits, au point d’être exaltée par le « roman national » élaboré sous la Troisième
République68, notamment à travers les manuels scolaires (CITRON, 2008). A Paris, rue de

65
Selon Le Grand Larousse gastronomique, partie 2, « poule au pot », l’historien Jacques BOURGEAT (1093) s’appuie sur
un écrit, datant 1664, d’Hardouin de Beaumont de Péréfixe, archevêque de Paris, selon lequel, le roi Henri IV aurait dit au
Duc de Sully : « Si Dieu me prête encore de la vie, je ferai qu’il n’y a pas de laboureur en mon royaume qui n’ait le moyen
d’avoir le dimanche une poule dans son pot. » (2017 : 208).
66
Olivier de Serres, seigneur du Pradel, en Ardèche, où est implanté le Centre de Recherche sur les Montagnes Sèches et
Méditerranéennes (CERMOSEM), un des laboratoires de recherche rattachés à la Cité des Territoires de Grenoble et à
l’UMR 5194 PACTE – où j’ai poursuivis mes études d’urbanisme et obtenu mon doctorat de géographie – a ouvert la voie de
la science agricole moderne et de la sériciculture en France, publie en 1600 un ouvrage majeur, qui consigne l’ensemble de
ses recherches, Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, ouvrage qui appartient à une double tradition : celle des écrits
sur l’agriculture et celle des écrits sur les arts de la Renaissance (VERIN, 2016). D’ailleurs, le vieux mot mesnage est
employé dans le sens d’économie. Il donnera ensuite, en français moderne, le mot « ménagère », qui désigne la personne en
charge de l’économie domestique et en anglais le mot manager, qui désigne la personne placée à la tête d’une grande
entreprise.
67
Ministère de l’agriculture, 2019, « Avec Sully, labourage, pâturage et vif essor de l’agriculture ! », site Internet du
Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, mis en ligne le 19 septembre 2019, [URL : https://agriculture.gouv.fr/avec-
sully-labourage-paturage-et-vif-essor-de-lagriculture], consulté le 12 juin 2020.
68
En 1880, l’historien Ernest Lavisse (1842-1922), auteur de manuels scolaires et principal artisan de la rédaction du roman
national publie ainsi, chez Hachette, dans la collection « Bibliothèque des écoles et des familles », une hagiographie de Sully.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Varenne, l’hôtel de Villeroy, siège depuis 1881 du ministère de l’Agriculture et de


l’Alimentation, comprend ainsi une majestueuse salle Sully ornée d’allégories de l’agriculture
et du commerce peintes à la fin du XIXe siècle. Le site Internet du ministère continue du reste
à rendre hommage à Sully, en célébrant l’« Histoire d’un homme, et de quelques-unes de ses
réformes qui ont donné à la France un nouveau visage… » (Ministère de l’agriculture, 2019).

La célébrité de Sully illustre l’importance de l’agriculture dans l’identité française. En 1945,


la population française était encore pour moitié constituée de paysans, et la campagne
« demeurait la source de la vie, la mère de la population, le recours de la patrie » tout du
moins selon le Général de GAULLE (1970 : 164). Mais celui-ci, reconnaissait lui-même que
la situation avait évolué à partir des années cinquante : le plan Marshall, la mécanisation, la
chimie et l’exode rural entamé dès la fin du XIXe siècle, bouleversèrent la sociologie,
l’économie et les paysages des territoires ruraux. Aux conditions matérielles difficiles qui
caractérisaient les campagnes de l’époque moderne (1492-1789) à la Seconde Guerre
mondiale, succéda une période de prospérité communément appelée les « Trente Glorieuses ».
Jean Fourastié, père de l’expression, s’est ainsi fondé sur l’évolution du village de Douelle,
dans le département du Lot, pour retracer les transformations de la société française, de 1945
à 1975 : modernisation des techniques agricoles, financements européens et fin de la
« reproduction sociale », les fils d’agriculteurs ne reprenant plus forcément la ferme familiale.
Ces changements, déplorés par Jean FERRAT dans La montagne (1964) 69 , ont permis
d’augmenter la productivité et d’élever le niveau de vie dans les campagnes françaises. Mais
d’autres difficultés sont alors survenues : accélération de l’exode rural et baisse des prix
agricoles consécutive à l’abondance alimentaire. Dans ce contexte, la part consacrée à la
nourriture n’a cessé de baisser dans le budget des Français 70, tandis qu’augmentaient celles du
logement, des transports, de la santé et des loisirs (CONSALES et alii, 2009). La mise en
place de la Politique Agricole Commune (PAC), à partir de 1962, a en outre complexifié les

69
« Ils quittent un à un le pays, Pour s’en aller gagner leur vie, Loin de la terre où ils sont nés, Depuis longtemps ils en
rêvaient, De la ville et de ses secrets, Du formica et du ciné, […] Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires, De quoi attendre
sans s’en faire, Que l’heure de la retraite sonne, Il faut savoir ce que l’on aime, Et rentrer dans son H.L.M., Manger du
poulet aux hormones », paroles de La montagne,Jean FERRAT (1964).
70
L’alimentation représentait 29% du total du budget de consommation des ménages français en 1960, et seulement 17% en
2017 (CONSALES et alii, 2009).

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

démarches pour les exploitants 71 : dans le cadre de son application en France, les aides
financières et techniques, quand elles ont été mises en place, ont été d’amplitude variable,
selon les modes de productions et les départements. La réforme de la PAC, en 2003, a ainsi
introduit la notion de conditionnalité : les aides découplées sont désormais versées à condition
que l’agriculteur respecte les bonnes pratiques agricoles et environnementales. Cette réforme
a jeté les bases de la fin de la régulation et de la gestion des marchés (TCHEKEMIAN, 2016).

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le rapport des Français à la nourriture a profondément


évolué. Avec l’apparition des grandes surfaces, dans les années cinquante, on constate une
rupture anthropologique : les Français mangent de moins en moins ce qu’ils produisent,
contrairement aux ruraux de jadis (DAUMAS, 2006). Industrielle et uniformisée, la nourriture
est de plus en plus transformée loin de ses consommateurs. Le supposé socle terrien, parfois
associé à « l’identité de la France » (BRAUDEL, 1986) semble donc s’éroder. Pourtant, face
à la pandémie de Covid-19 et aux actions de la « ferme France », les valeurs agricoles
reviennent au goût du jour. L’agriculture est à nouveau considérée socialement, tout comme
certains emplois jusque-là peu qualifiés et dévalorisés (chauffeur-livreur, caissières, éboueurs,
aides-soignants…). Les Français reprennent conscience de l’importance et des difficultés du
métier d’exploitant. Il n’est que de constater l’augmentation du prix des produits agricoles
français, jugés de qualité, par rapport à la baisse de celui du pétrole, comme si la société
redéfinissait ses valeurs en fonction de ses besoins de première nécessité.

Face à la crise sanitaire, les maraichers français se sont ainsi organisés, en créant davantage de
circuits courts, désignés par l’anglicisme « drive », qui se traduit par « services au volant ». Ils
proposent aux consommateurs leurs productions, dans des cagettes, sur des points retraits
(locaux d’association, parkings…), et effectuent même des livraisons à domicile. Un élan de
solidarité entre les agriculteurs et les particuliers s’est développé : il n’est qu’à voir

71
Les réformes de la PAC se succèdent : 1984, mise en place de quotas de production, dont laitier, et une politique de
réduction des prix de soutien ; 1992, baisse des prix garantis, allocation d’aides directes et instauration de Mesures
Agroenvironnementales (MAE), en cofinancement avec les Etats membres (les stocks régressent) ; 1999, soutien au
développement rural et entrée de dix nouveaux membres ; 2003, découplage total des aides : les primes perçues ne sont plus
liées aux productions, mais à une référence historique (notion de conditionnalité) ; 2008, volonté de rendre l’agriculture
européenne plus compétitive et respectueuse de l’environnement, en passant, entre autres, par une baisse des subventions
liées à la production, et de plus grandes liées au développement rural ; 2013, budget de la PAC en baisse pour la période
2014-2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

l’abondante main d’œuvre ayant rejoint « la grande armée de l’agriculture française »72 en
vue des récoltes (près de 150 000 volontaires, le 30 mars 2020, alors que le confinement avait
débuté le 17 mars)73. Des réponses adoptées par des groupes d’entraide locaux – associations
de quartier, d’agriculteurs ou de citoyens – peuvent aussi constituer des sources d’inspiration.
Mises en place pendant la période de confinement, ces initiatives ont tenté de répondre aux
attentes des populations, notamment urbaines, et en particulier des personnes défavorisées ;
ces démarches revendiquent la protection des individus plutôt que la quête du profit. La
biodiversité, au fondement de l’environnement, se joue aussi en ville. En agglomération, le
développement des jardins collectifs par l’ensemble des acteurs locaux et régionaux,
permettrait par exemple aux plus fragilisés d’accéder à suffisamment de produits agricoles de
qualité, abordables et nutritifs. Après l’inhumanité du confinement et de la distanciation
(masques rendant difficile la communication verbale et l’interprétation des expressions
faciales), cette forme d’agriculture durable pourrait en outre avoir des vertus sociales. Elle
responsabiliserait les exploitants individuels quant à leur impact environnemental et foncier :
ceux-ci deviendraient acteurs de leur alimentation, comme du paysage dans lequel ils
évoluent, même si l’on peut douter d’une contractualisation entre les fermes et les firmes. La
société civile pourrait chercher à assurer son socle au moyen du travail du sol, par-delà les
jeux de l’économie concurrentielle (réseaux d’Associations pour le Maintien d’une
Agriculture Paysanne (AMAP), vente directe, jardin pédagogique…).Toutes ces conceptions
réactiveraient alors un imaginaire agrarien profondément ancré dans le « roman national ».
L’exaltation des travaux des champs en dépit de leur dureté, s’inscrit en effet dans le
patrimoine français. Olivier de SERRES (1605 : 1004), déjà cité, le vantait en ces termes :

« Ainsi le père & la mere de famille vivans& mesnageans, non seulement ils
entretiendront leur maison en l’estat qu’ils l’ont euë de leurs Ancestres, ains
l’augmenteront en revenu : d’où sortiront les moiens de satisfaire à toutes les

72
Le 24 mars 2020, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, appelle les Français à rejoindre « la grande armée de
l’agriculture française ». Cf. BRIGAUDEAU A., 2020, « Coronavirus : quatre questions sur l’appel du ministre Didier
Guillaume à rejoindre "la grande armée de l’agriculture" », France Info, mis en ligne le 24 mars 2020, [URL :
https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-quatre-questions-sur-l-appel-du-ministre-didier-
guillaume-a-rejoindre-la-grande-armee-de-l-agriculture_3882307.html], consulté le 28 avril 2020.
73
Cf. article de GIRAUD L., 2020, « Coronavirus : près de 150 000 volontaires pour aider les agriculteurs », Le
Monde, mis en ligne le 30 mars 2020, URL : https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/30/pres-de-150-
000-volontaires-pour-aider-les-agriculteurs_6034875_3234.html], consulté le 28 avril 2020.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

despenses honnestes, pour eux, leurs enfans, & amis. Et avec telles commodités,
passans doucement ceste vie, s’acquerront l’honneur d’avoir vertueusement vescu en
ce monde : laissans à leurs enfants, bien instruits &morigenés, leur terre en bon estat,
avec l’exemple de leur belle vie, richesse à priser par sur toute autre. […] Et touchant
les causes secondes (en bien labourant &espargnant) par la cognoissance des
terroirs, qui est le fondement de l’Agriculture. ».

Ces vertus prêtées à l’effort agricole se retrouvent chez Jean de La Fontaine, dans la fable Le
laboureur et ses enfants (1668), inspirée du poète antique Esope, qui s’achève sur cette
morale : « le Père fut sage, De leur montrer avant sa mort, Que le travail est un trésor. »74.
Citons encore, parmi pléthore de poètes, Georges Brassens, dont la chanson Pauvre Martin,
(1953) s’inspire d’une œuvre de François Villon sur les salariés agricoles et les petits
propriétaires fonciers ; ceux-ci peinent à exploiter un petit lopin et en tirent le minimum vital,
modestement, sans se plaindre. En modernisant ces représentations au prisme des
préoccupations actuelles – agriculture durable, réponses collectives à la crise sanitaire et
environnementale - « alimentation et santé » pourraient devenir l’équivalent de l’ancienne
maxime « labourage et pâturage », tant il est vrai que la sécurité alimentaire ne va plus de soi
(FAO et alii, 2019)75.

Bibliographie

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l’émergence d’épidémies », Courrier International, mis en ligne le 28 mars 2020, [URL :

74
Dès le VIIe siècle av. J.-C., dans le monde grec, le poète Hésiode avait des accents similaires : dans Les
travaux et les Jours, il chantait le travail de la terre sous l’égide des dieux, car « travail bien ordonné est pour les
mortels le premier des biens, travail mal ordonné le pire des maux. Ainsi vos épis au moment de leur plénitude
ploieront vers la terre, si plus tard Zeus Olympien consent à leur donner une heureuse maturité ; vous écarterez
de vos pots les toiles d’araignée, et j’espère que vous aurez la joie de tirer votre vie de chez vous. », traduction
de Paul Mazon(LE GUEN et alii, 2019 : 330). Les fabulistes et les poètes latins comme Virgile reprirent ces
conceptions, leurs œuvres inspirèrent ensuite les Modernes, comme La Fontaine. Merci à Gerbert-Sylvestre
Bouyssou, MCF en Histoire Ancienne, pour ses nombreux conseils historiques et ses relectures.
75
Le rapport présente des éléments qui permettent d’établir que nombre de personnes dans le monde, bien que ne
souffrant pas de la faim, sont exposées à une insécurité alimentaire modérée, à savoir qu’elles ne sont pas
toujours certaines de pouvoir se procurer à manger et se voient contraintes de ne pas manger en quantité
suffisante ou de consommer des aliments de moindre qualité. C’est un phénomène de portée mondiale, qui sévit
non seulement dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, mais aussi dans les pays à revenu élevé
(FAO et alii., 2019).
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

MÉDECINE ET PHILOSOPHIE : LES ENJEUX D’UNE PANDÉMIE

Par

Hamid DAMOUM

Enseignant chercheur à l’EST de Meknès, Université Moulay Ismail.

Résumé:

Dans un contexte fortement imprégné par des polémiques idéologiques, la philosophie ne peut
se tenir coi devant les crises engendrées par la nouvelle pandémie. Si l’interrogation
philosophique revient en force et si la philosophie doit affirmer fermement un droit d’exercice
à l’âge de la techno médecine et de la mécanisation de la vie, c’est par ce que ce qui mis en
jeu c’est la vie humaine comme valeur et source de valeurs. Face à un danger qui pèse sur
l’humanité, la démarche propre à la médecine ne peut se faire que par des procédés
spécifiques intégrant une anthropologie et une morale.

Mots clés : techno médecine, santé, maladie, vie, pandémie, valeur, morale.

Abstract:

In a context strongly impregnated by ideological controversies, philosophy cannot remain


silent in the face of the crises generated by the new pandemic.
If the philosophical questioning comes back in force and if philosophy must firmly assert a
right to practice in the age of techno-medicine and the mechanization of life, it is because of
what is at stake. human life as value and source of values. Face à un danger qui pèse sur
l’humanité, la démarche propre à la médecine ne peut se faire que par des procédés
spécifiques intégrant une anthropologie et une morale.

Key words: techno medicine, health, disease, life, pandemic, value, morality.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Née d’une crise paradigmatique, la médecine contemporaine profite largement des sciences et
des technologies de pointe. Elle peut comme elles se transformer sue le plan de l’objectivité et
de la rationalité. L’informatique intervient au niveau des données et de leur formalisation et
surtout au niveau de la décision médicale qui est une décision sans incertitude. C’est
l’informatique médicale favorisée par les systèmes dits experts. L’outil mathématique est
toujours plus efficace au point de vue méthodologique, notamment en génétique. En
particulier, l’abstraction statistique est souvent reconnue comme signifiante pour les
différentes formes de la vie organique. L’entrée en force des méthodes statistiques en biologie
et en médecine vient démentir la méfiance positiviste des savants comme C. Bernard à l’égard
de l’usage des mathématiques. Ph. Meyer écrit ceci : « le probabilisme et le calcul statistique,
pourtant mal aimés de C.Bernard, s’introduisent largement, pour la première fois dans l’étude
clinique des maladies et dans l’appréciation de l’efficacité thérapeutique » 1

Aussi faut-il ajouter que Cl. Bernard ignorait la pathologie cellulaire, la bactériologie, la
pathologie génétique et moléculaire, c’est-à-dire cet ensemble de disciplines qui allait fonder
les bases d’une nouvelle rationalité médicale, une rationalité sans analogue, définie par
Canguilhem comme une rationalité « non bernardienne ».

La mise en œuvre de l’informatique médicale et des mathématiques-ces techniques lourdes-


exige un surcroit de rigueur. Témoignent à cet égard l’évolution d’une conduite thérapeutique
et celle des effets médicamenteux. Selon PH. Meyer, ces techniques engagent la pensée
médicale sur la voie d’une critique rigoureuse et féconde de ses propres démarches, supposant
une exigence intellectuelle supérieure d’explication et de formalisation. Elles constituent les
facteurs d’une véritable renaissance de la méthodologie médicale. 2

D’autres disciplines voisines ont bouleversé la médecine contemporaine. A titre d’exemple les
neurosciences, la génétique, l’immunologie, l’épidémiologie, la chimiothérapie, la chimie
clinique qui permettent à la médecine de frayer de nouvelles voies. En particulier, la
pharmacologie est au cœur du progrès des sciences médicales. La pharmacologie ouvre la
voie à la physiologie, surtout en ce qui concerne la spécificité d’action (la recherche du site
d’action spécifique d’une drogue). Comme dit F.Dagognet, la pharmacologie trouve ses
modèles dans l’organisme même, elle vit des antinomies physiologiques, elle s’infiltre
toujours à l’intérieur des dialectiques intestines. Comme on a enterré les absolus physico-

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

mathématiques, le rationalisme pharmacologique prend acte de la mort des absolus


thérapeutiques tels que le substantialisme médical, remède substance ou médicament
« nouménal », l’ontologie curative.3

Le trait distinctif de cette médecine c’est son entrée dans la technoscience. Elle est devenue
technoscientifique, « une vaste entreprise collective par l’implication d’un nombre
considérable d’hommes, médecins ettechniciens, et de moyens complexes et couteux. 4 C’est
la médecine technologique ou la techno-médecine dans laquelle l’instrumentation est
déterminante, une médecine qui repose sur l’immixtion physico-chimiques et sur la
segmentation du corps humain. C’est le triomphe de la raison instrumentale. Aujourd’hui,
écrit R. Passet, la notion même de rationalité s’est déplacée de ce que Tillich appelle la raison
ontologique englobante à la raison instrumentale comme valeur de norme»5. PH. Meyer
évoque l’idée de latechnoscience de la maladie comme conséquence du progrès inter
scientifiques et inter techniques « la technoscience de la maladie, écrit-il, a naturellement
engendré un prodigieux accroissement de la techno structure »6

De son côté Canguilhem caractérise la nouvelle médecine comme « une médecine non
hippocratique, sa rationalité comme une rationalité « non bernardienne »7. C’est parce que la
pathologie contemporaine est en révolution conceptuelle et pratique que la nouvelle rationalité
peut se dire non bernardienne. Il aperçoit ce renouveau dans l’approfondissement du concept
de maladie et de la philosophie du pathologique 8.

Engagée sur cette voie, la médecine contemporaine ne court-elle pas le risque de disqualifier
son objet : la santé, la maladie et par conséquent la vie ? La rationalité médicale ne pose-elle-
pas en même temps le problème de ses limites ?

Selon Canguilhem, le drame de la médecine moderne et contemporaine dite « scientifique »


s’explique par la tendance du médecin à oublier que ce sont les malades qui font appel au
médecin, par la tendance du physiologiste à oublier qu’une médecine clinique et thérapeutique
a précédé la physiologie 9. La défaillance de la rationalité médicale « a lieu dans l’oubli, au
sens freudien, du pouvoir de dédoublement propre au médecin qui lui permettrait de se
projeter lui-même en situation du malade, l’objectivité de son savoir étant non pas répudiée
mais mise en réserve »10. Il s’agit de situer son point de conversion qui n’est pas un point de
repli11.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

En fait, les risques sont nombreux :

 Identité du normal et du pathologique chez les médecins et les philosophes


d’inspiration positiviste.
 Risque d’une réduction du pathologique au défaut moléculaire et organique, oublieux
de la personnalité du malade.
 Risque de délaisser l’appréhension des réactions comportementales et psychiques au
profit de la seule maladie.
 Risque de confondre la clinique génétique avec un examen anonyme du génome, la
cancérologie avec la mesure des marqueurs biochimiques du cancer 12.

Ces risques est bien d’autres sont les conséquences directes de l’objectivisme médical, d’une
vision scientiste et techniciste, d’un rationalisme et d’un matérialisme unilatéraux.

Aujourd’hui, la situation se durcit t et les risques s’aggravent à cause du Corona virus. Ce


dernier constitue une exception dans l’histoire des épidémies. Mais il n’est ni la première ni la
dernière épidémie. S’il relève d’une certaine spécificité par son identité génétique, il est
comme elles mortel par sa propagation rapide et à cause de l’hésitation de la médecine dans la
recherche d’un vaccin antiviral, d’un remède efficace, de protocoles thérapeutiques. Devenu
une pandémie , le corona virus est l’une des premières causes de mortalité dans le monde, un
risque mondial, voire, le mal de notre époque qui engage l’humanité toute entière dans une
course contre le temps. La nouvelle épidémie a montré à quels périls s’exposent la vie
humaine.

Dans cette situation, la médecine est-elle armée devant cette pandémie ? Comment lutter
contre cette nouvelle maladie ? Comment éviter les circonstances dramatiques de la
guérison ? Le vaccin va-il devenir un bien public mondial, un bien commun, ou va-il devenir
l’objet d’une polémique commerciale servant à accroitre le chiffre d’affaire de beaucoup
d’entreprises ? Le rapport entre la médecine et l’industrie pharmaceutique va-il changer ?
Enfin, le vaccin va-il être développé éthiquement ?

Toutes ces questions reviennent finalement à s’interroger sur la situation faite à la médecine
contemporaine, à la médecine de demain, à la médecine poste-corona, au pouvoir médical, la
puissance et les limites de la rationalité médicale, la valeur scientifique de la médecine. C’est
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

aussi le retour en force des questions comme celles du statut social de la science et de la
technique, de la relation de l’homme à la technologie de l’humanisation de la médecine et les
responsabilités du médecin à l’âge de la mécanisation de la vie. Par ailleurs, il s’agit dans
cette perspective de reproduire les mêmes questions éternelles véhiculées à travers l’histoire
de la philosophie, comme celle de la connaissance, la relation de l’homme au monde, la santé
et la maladie, la vie et la mort, le sens et la valeur, la liberté et la vérité.

Par rapport à ces questions fondamentales, le débat n’est jamais clos puisqu’il s’agit
d’affronter non seulement des problèmes spécifiquement médicaux mais aussi des problèmes
trans médicaux, trans scientifiques et trans technologiques.

A ce niveau, la philosophie ne peut faire l’économie de la réflexion. Son intervention dans la


position des problèmes et des solutions s’élargit et prend une nouvelle dimension à la lumière
de son sens et de sa maximalité critique. Canguilhem écrit ceci : « quant la philosophie, sa
tache propre n’est pas d’augmenter le rondement de la pensée, mais de lui rappeler le sens de
son pouvoir »13. Luc ferry dit que sans la philosophie, on ne comprend strictement rien de ce
qui se passe aujourd’hui. L’avertissement de Bergson : « on ne se passe pas de philosophie »,
prend tout son poids si l’on tient compte du fait que la connaissance scientifique est toujours
guettée par le risque de dogmatisme, que la science selon R. Thom tend à devenir comme une
sorte d’organisme décérébré.

Sur le plan médical, écrit Ph. Meyer, l’institution d’une médecine technique inquiète par ses
risques d’exclusion de l’homme soufrant au seul profit des désordres de la substance
organique14. Selon I. Ellich, la recherche aveugle est devenue un péril pour la santé15. A.
Mitscherlich parle d’une dégradation qui est selon lui en relation avec le développement de la
16
médecine basée sur les sciences naturelles . Il s’agit d’une médecine qui ne traite plus
l’homme que comme un objet. En fait, une médecine qui n’accepte que ce qui est mesurable
conduit à une image rétrécie du monde excluant une grande partie de la vie, sans même la
remarquer17.

Lorsque Canguilhem fait de la santé un concept philosophique, du normal un concept


normatif et de portée proprement philosophique, il ne manque pas de se référer à M. Merloau-
ponty. La philosophie, écrit ce dernier dans le Visible et l‘Invisible, est l’ensemble des
questions où celui qui questionne est lui-même mis en cause par la question18.
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Il y a donc des leçons à tirer de la situation d’aujourd’hui. La médecine est appelée à


soumettre ses bases à un examen critique en développant une théorie de la science. Une
médecine à l’échelle moléculaire et informatique n’a pas à ignorer ce fait fondamental quelle
est d’abord une technique de la vie du fait de l’ouverture des vivants humains à la maladie
non pas par une condamnation ou par une destinée mais par leur simple présence au monde.
La maladie n’est pas un objet à décrire, au lieu de rester au niveau de ses effets, il faut
comprendre son sens, sa dimension relationnelle, sa dialectique subjective et existentielle. Il n
19
y a pas de maladie de la machine, il n y a pas de mort de la machine dit Canguilhem . La
maladie, écrit H. Lepoirrier, n’est ni le contraire logique, ni l’antithèse dialectique de la santé,
elle est une manière originale d’adaptation à une situation originale. Canguilhem parle de la
santé libre non conditionnée, non comptabilisée. Cette santé libre, dit-il, n’est pas un objet
pour celui qui se dit ou se croit le spécialiste de la santé 20. La médecine quel que soit son
degré d’objectivité et de rationalité ne peut faire abstraction des valeurs. La valeur étant un
terme limite que ne saurait atteindre les sciences de la matière, elle ne peut se passer des
implications qualitatives, vitales et subjectives de ses concepts. Le médecin, cet artiste, disait
Kant, n’a pas à faire à des systèmes physicochimiques, à des êtres vidés de toute subjectivité,
à des « noumènes cadavériques » mais à des vivants réels dont on ne peut faire abstraction des
valeurs. La science, écrit Canguilhem doit s’allier à la conscience, et lorsque il s’agit de
l’homme, la solution suppose une idée de l’homme, c’est-à-dire une philosophie. C’est cette
idée comme une exigence que les philosophes et les médecins d’inspiration vitaliste n’ont
cessé de véhiculer depuis Hippocrate.

La situation d’aujourd’hui, malgré son caractère explosif, n’enlève rien à la puissance de la


médecine, à cette médecine à l’épreuve d’une nouvelle épidémie. Au contraire, elle est
capable de se réinventer et de découvrir de nouvelles logiques pour la maladie, la santé et la
vie humaine. Et comme la nature n’est pas linéaire, l’homme n’est pas un objet inerte, un
robot qui obéit et subit sans agir et comme le corps humain est loin d’être une
« batterie d’organes », selon l’expression de Canguilhem, une logique systémique
pluridimensionnel s’impose. La recherche d’une seule cause ne suffit pas, seules comptent les
interactions. S’abriter derrière le paravent du déterminisme n’est d’aucun secours. « La
méthode positiviste, avec ses nombres et ses mesures, n’est que l’une des formes de la science

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

et n’est pas applicable par tous. L’interprétation du rapport de causalité est une autre forme de
science »21.

Le point de vue d’une médecine de la totalité comme notion relationnelle et systémique est
premier. La maladie et le malade forment un produit homogène, les vouloirs séparer, même en
théorie, reste l’erreur fondamentale de la médecine. C’est cette vision qui permet la mise en
valeur de la vie, l’œuvre de vie, son sens. « Un sens du point de vue psychologique et
biologique, écrit Canguilhem c’est une appréciation de valeurs liée à un besoin. Et un besoin
c’est pour qui le vit et l’éprouve un système de référence irréductible et par là absolu »22.

Ph. Meyer parle d’une triple motivation de l’espèce humaine : survivre, évoluer, préserver, en
inventant un futur qui ne soit pas oublieux de la personne humaine, de la dignité de l’homme.
« Le moment, écrit Canguilhem, n’est-il pas venu pour les scientifiques de convenir que le
discours scientifique est un insuffisant pour résoudre les problèmes dont leur science leur
donne la conscience lucide, mais qui les concerne eux-mêmes, en tant qu’ils sont des
hommes, comme tous les hommes nés et encore à naitre »23. Pour Buytendijk la science ne
peut en général répondre aux questions posées par la vie24.

A l’âge de la nouvelle médecine il y a, donc, une place à une « philosophie des valeurs », une
anthropologie qui doit s’entendre comme une morale toujours présupposée par une
anthropologie. Dans un monde désemparé, face à l’avenir qui est enjeu et contre la menace
toujours grandissante « d’une science sans l’homme », la médecine assume une responsabilité
particulière. Elle a affaire à une révolution non galiléenne laquelle suscite une anthropologie
soucieuse de préserver l’intégrité de la forme humaine. Elle nous appelle à révolutionner la
révolution faustienne, c’est-à-dire la transformation de l’homme par l’homme.

Au bout de compte, on s’aperçoit à la lumière d’une médecine technologique, dans quelle


mesure la nouvelle épidémie sollicite et aiguise la réflexion philosophique. Ce qui est mis en
jeu, c’est la vie humaine. La vie qui est ouverture de la possibilité trouve son sens en l’homme
qui est la conscience authentique de la possibilité.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

2- Ibid, p 410 et suite

3- F. Dagognet, la raison et les remèdes

4- Ph . Meyer, op . cité

5- R. Passet, l’économique et le vivant

6- Ph. Meyer op . cité p 410 et suite

7- G. Canguilhem, l’idée de nature dans la pensée et la pratique médicale, pp.8- 12 et Etudes


d’histoire et de philosophie des sciences, p 405

8- G. Canguilhem, Le normal et le pathologique

9- G. Canguilhem, Ecrits sur la médecine

-D. Lecourt : G. Canguilhem

10- Etudes … p : 409

11- Ibid , p 409

12- Ph. Meyer, op . cite

13- Le cerveau et la pensée, Prospective et santé ,1980

14- Ph. Meyer, op . cité, p : 429

15- H. Stiller et M. Stiller, Vivisection et vivisecteur, p :20

16- Ibid P: 55

17- Ibid p: 77

18-G. Canguilhem, Ecrits sur la médecine, p: 68

19- Ibid p: 58

20- Ibid p: 62

21- H. Stiller et M. Stiller, op. cit. p: 58


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22-G. Canguilhem, la connaissance de la vie, p : 193

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

LA COMMUNICATION DE CRISE :

LES QUESTIONS PRINCIPALES A TRAITER, CAS DU MALI FACE


AU COVID-19

Par

Souabou TOGO

Enseignant-chercheur à l’Institut Universitaire de Gestion (IUG),


Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB).

souabou@gmail.com

Résumé

Cet article a pour objectif d’analyser la communication de crise liée au coronavirus. Il étudie
les questions principales de la communication de crise à la lumière de la théorie des 5 Whats
de Harold Lasswell (1948) et présente les mesures globales et les mesures spécifiques à la
communications prises par les autorités maliennes contre la maladie pandémique. La
communication est l’un des moyens efficaces de gestion et de prévention de crises. Le Covid-
19, déclaré officiellement au Mali le 24 mars 2020, a bouleversé les habitudes des citoyens,
compromis la qualité des relations entre personnes à l’échelle familiale, nationale, voire
internationale. L’anticipation, l’honnêteté, l’objectivité, la responsabilité sont des principes
fondamentaux de la communication de crise en fonction de la nature de celle-ci.

Mots-clés : Communication-crise-Covid-19-Mali

Abstract

The objective of this article is to analyse the communication of health crises related to
coronavirus. It studies the main issues of crisis communication in the light of Harold
Lasswell's 5 Whats theory (1948) and presents the global and specific communication
measures taken by the Malian authorities against the pandemic disease. Communication is one
of the effective means of crisis management and prevention. The Covid-19, officially declared
in Mali on March 24, 2020, has changed the habits of citizens, compromising the quality of
relations between people at family, national and international levels. Anticipation, honesty,
objectivity and responsability are fundamental principles of crisis communication depending
on the nature of this crisis.

Keywords : communication-crisis-Covid-19-Mali.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Introduction

Le Mali, pays continental en l’Afrique de l’Ouest avec 20 millions d’habitants environ, à


l’instar des autres pays du monde, a été touché par le nouveau coronavirus connu dans un
premier temps en Chine à Wuhan. Une maladie que l’Organisation Mondiale de la Santé a
déclarée « pandémique ». Depuis décembre 2019 jusqu’à maintenant, aucun remède
satisfaisant n’est trouvé pour son traitement. Cette maladie a imposé un mode de vie où les
riches et les pauvres s’égalent indépendamment de leur religion, de leur culture et leur
origine. Le confinement, les interdictions de voyages, de sorties ont redonné aux humains une
certaine égalité face à la maladie. Les dirigeants des pays du monde ont communiqué. Ils se
sont adressés à leurs peuples avec des messages divers : prévention, stratégie de lutte, mesures
sanitaires, économiques, sociales, etc. Parce que c’est une période de crise qui nécessite
beaucoup de communications avec tout le monde.

Problématique

Les crises de manière générale sont multiformes : crash d’avion, incendie dans une usine,
suicide fréquent des salariés, produit défectueux, Ebola, coronavirus. Au Mali, le
gouvernement a déclaré officiellement les premiers cas de malades de coronavirus (au nombre
de deux) le 24 mars 2020 tardivement après ses voisins comme le Burkina, le Sénégal, la Côte
d’Ivoire, le Sénégal (Ministère, 2020). Il y avait une lueur d’espoir de l’épargne du Mali de la
maladie car il était le dernier à être atteint parmi les pays voisins. La situation globale à la date
du 18 août est la suivante :2666 cas d’infections confirmés, 1990 cas de guérison et 125 cas
de décès(Fatoumata, 2020).

Les Maliens connaissent plusieurs crises en ce moment. Le Covid-19, le terrorisme,


l’insécurité, la méfiance en leur dirigeants sur toutes les questions (éducation, justice, santé,
élections, politique). Objectivement, les cas de contamination ont augmenté au Mali de mars à
Juin 2020 avec plus de mille cas. En cette période de crise, certains dirigeants africains ont
une bonne cote de confiance auprès de leurs populations. En effet un sondage tripartite réalisé
par Deloitte, Opinion Way et 35°Nord (dans 8 pays africains), révèle que les présidents
africains bénéficient de plus de cote de confiance que le président français : 39% contre 82%.
Le Royaume du Maroc vient en tête avec 97%, la Côte d’Ivoire avec 89%, l’Afrique du Sud
avec 88% (FinancialAfrik, 2020). Ces chefs d’Etat ont réussi à établir une bonne stratégie de
communication de crise pour mériter ces cotes de confiance. Au contraire, au Mali, la
confiance est loin d’être bonne entre le gouvernement et la population sceptique sur
l’existence du Covid-19 dans le pays vu la façon dont la crise est gérée. Les gigantesques
manifestations de contestation des vendredis 5 juin, 10 juillet, le mardi 11 août 2020
demandant la démission du chef de l’Etats ont la preuve qu’il y a un climat de méfiance entre
les dirigeants et les citoyens contrairement aux résultats du sondage ci-cité. Tous les grands
rassemblements ont lieu en bravant la mesure de distanciation sociale, l’interdiction de
rassemblement de plus cinquante personnes.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Ce travail tente d’apporter des éléments de réponse aux questions suivantes :

Quelles sont les mesures globales prises par les autorités maliennes pour lutter contre le
Covid-19 et leurs effets ? Quelles sont les mesures spécifiques à la communication prises par
les autorités maliennes contre le Covid-19 et leurs effets ?

Objectifs

-Présenter les mesures globales prises par les autorités maliennes contre le Covid-19 et
analyser leurs effets ;

-Analyser les mesures spécifiques à la communication prises par l’Etat malien et leurs effets.

Hypothèses

-Il existe des mesures globales prises par les autorités maliennes contre le Covid-19 avec des
effets ;

-Les autorités sanitaires maliennes ont considéré les questions principales de communication
de crise face au Covid-19.

Cet article est structuré en deux parties. Premièrement, nous présenterons les mesures
globales prises par les autorités maliennes contre le Covid-19 et leurs effets. Deuxièmement,
nous montrerons les questions principales de communication contre le Covid-19 et leurs
effets.

Méthodologie

La démarche méthodologique adoptée est l’analyse des actions de communication entreprises


par les autorités maliennes contre le Covid-19 à la lumière du schéma des 5 W de Lasswell.
Dans cette étude, nous avons utilisé les données documentaires et l’analyse de la situation
dans le pays. Cet article est divisé en deux parties. La première traite du cadre théorique, la
seconde aborde le cadre analytique.

1. Cadre théorique

1.1. Les questions principales à traiter en termes de communication de crise

En période de crise, la proactivité, la transparence et l’honnêteté dans les échanges sont des
principes cardinaux pour garantir la crédibilité du message. Le Petit Robert (2013) définit la
crise comme la « phase grave dans l’évolution des choses, des évènements, des idées »
(Dictionnaire, 2013). C’est une perturbation qui provoque un dysfonctionnement, un
déséquilibre dans une organisation, dans un système social. Mais, théoriquement, il y a deux
écoles dans l’analyse de la communication de crise : l’approche processuelle et l’approche
évènementielle (Adary, Mas, & Westphalen, 2018).Dans la première, la crise est considérée
comme la conséquence d’un dysfonctionnement antérieur qui n’a pas été résolu. Tel n’est pas
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le cas de la crise sanitaire du nouveau coronavirus 2019 en Afrique. Dans la seconde, la crise
est un événement subit et imprévisible qui se produit au sein d’un système perturbant son
équilibre organisationnel (Jean-Philippe, 2020).C’est bien le cas du Covid-19 dans chaque
pays. Aucun pays contaminé n’a pu se préparer suffisamment pour prévenir la maladie. Nul
ne savait quand elle atteindrait son pays. Contrairement à l’école processuelle, la crise de
Covid-19 n’a pas laissé le temps aux pays de préparer les processus de management. Cela est
dû à notre sens à la complexité de la maladie et à ses modes de transmission.

Quant au concept de communication de crise, il existe deux appréhensions :le sens restreint et
le sens large. Dans le sens retreint, la communication de crise est l’ensemble des techniques,
des actions de communication pour lutter contre les effets d’un évènement. Il s’agit d’un
évènement nuisible à une situation normale. Ici, la communication est un instrument de
gestion des effets de la crise. Au sens large, la communication de crise est l’ensemble des
actions de communication permettant de prévenir un danger. Cette communication englobe
l’ensemble des communications : sociale, financière, corporate, environnementale (Thierry &
Marie-Hélène, 2009). Là, la communication un outil de prévention. Une crise peut être
considérée comme une opportunité d’évolution dans la gestion des affaires publiques au sein
d’une nation à condition que la pandémie ne se transforme pas en « infodémie» (quantité
excessive d’informations sur un problème qui rend difficile l’identification d’une solution)
(OMS, 2020).

Plusieurs spécialistes (Libaert, 2018) ;(Guillaume, 2017) ;(André, 2015) ont élaboré des
techniques et des astuces pour communiquer en période de crise. Il faut reconnaitre que la
réussite ou l’échec de la communication dépend de plusieurs facteurs (Boyon & Hermann,
2014) comme l’ont montré Gilles Boyon et Luc Hermann dans leur documentaire (2014).
Dans ce documentaire, Gilles Boyon et Luc Hermann montrent comment les « spin doctors »,
c’est-à-dire les chargés de communication mettent leur expertise au service des entreprises et
des personnalités politiques et sportives en danger. Ils emploient parfois même des moyens de
manipulation des salariés pour défendre les causes des dirigeants. Dans n’importe quelle crise,
la communication apparaîtcomme un outil de gestion incontournable aujourd’hui. La
communication de crise est une communication particulière dans la mesure où elle se tient à
un moment de doute, de panique générale, voire de méfiance où les dirigeants peuvent perdre
leur crédibilité, leur réputation.

La communication devient impérative en interne et en externe à l’échelle du pays pour le cas


du Covid-19. En temps de crise, les sorties médiatiques s’avèrent cruciales. Tous les moyens
disponibles sont mobilisés parce qu’il faut un maximum de communication pour expliquer la
crise, justifier les décisions, publier les mesures barrières, rassurer la population. La plupart
des présidents africains l’ont compris. Ils n’ont pas dérogé à cet impératif. Dans la crise du
Covid-19, c’est la quiétude de la population qui est mise à rude épreuve .Jacques Lendrevie et
Arnaud de Baynast (Lendrevie & Arnaud, 2004) ont largement présenté les différentes
théories en communication. Yves Winkin les a également exposées dans La nouvelle
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communication (1981). L’approche de Harold Lasswell semble dresser le processus


fondamental d’une communication publique. Ce modèle peut être utilisé en temps de crise.

Tableau n°1 : le modèle des « 5 W »

Le cinq W Question Eléments en jeuxChamps d’analyse


Who ? Qui ? Emetteur Analyse des motivations
de l’acte de
communiquer (analyse de
la régulation ou la
manière dont le message
est modelé et contrôlé)
Sayswhat ? Dit quoi ? Message Analyse du contenu pour
dégager la signification
du message
To whom A qui ? Récepteur Analyse des
caractéristiques (sociales,
etc.) du récepteur,
analyse de l’audience)
In wichchannel ?with Par quel canal? Canal utilisé Analyse des médias
(analyse du
fonctionnement du
médium)
whateffect ? Avec quels Effet sur le Question d’influence
effets ? récepteur sociale et des
mécanismes de
l’influence (analyse des
effets)
Source : AssaëlAdary, Céline Mas, Marie-Hélène Westphalen, Communicator : toute la
communication l’ère digitale ! Parsi, Dunod, 2018, p18.

Le tableau n°1 expose les questions principales à se poser dans une stratégie de
communication. Harold Lasswell (1948) les a présentées sous formes de cinq questions depuis
les années 40 dans un article, puis dans un livre(Savoirs cdi, 2020). Pionnier dans le domaine
de la communication de masse aux USA, Lasswell a le mérite d’avoir posé ces questions pour
atteindre les objectifs de communication à l’échelle nationale surtout en période électorale. Ce
modèle théorique est toujours d’actualité en communication des organisations et en
communication sociale. Il est également appelé « modèle de la seringue hypodermique ».
Cette métaphore suppose que le message envoyé au destinataire en observant ces questions
serait bien reçu. Donc théoriquement toute communication publique se prépare à l’avance.
L’émetteur, s’il veut impacter sa cible, doit réfléchir à l’acceptabilité de sa communication
ayant des objectifs à atteindre. Le mérite de cette démarche réside dans le souci de chercher à
vérifier la force de l’action de communication (Lendrevie & Arnaud, 2004). C’est déjà, le
début d’un plan de communication (Adary, Mas, & Westphalen, 2018). En période de crise
comme celle du Covid-19, l’efficacité de la communication se mesure à la lumière de la force
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de persuasion du message auprès des récepteurs. Il faudrait parvenir à faire changer de


comportements aux publics cibles.

Traditionnellement, la crise est définie comme un « évènement bouleversant » les habitudes


internes d’une entreprise ou d’un Etat. Avec la crise du Covid-19, ce sont les habitudes
internes et externes qui sont chamboulées. Thierry Libaert et Marie-Hélène Westphal en
comparent la crise à un tremblement de terre(Thierry & Marie-Hélène, 2009) à l’échelle d’une
entreprise. Ils estiment même que la communication est un système de défense en période de
crise. La santé humaine est gravement menacée dans les pays pauvres comme dans les pays
riches. La maladie a commencé en Chine en décembre 2019, elle est entrée au Mali
officiellement en mars 2020. Soit trois mois après. L’expansion rapide de la maladie a motivé
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à la déclarer pandémique au niveau mondial. Le
Mali a des relations diplomatiques, économiques fortes avec la Chine, la France, le Maroc,
etc. Il était donc, évident que le Covid-19 pouvait entrer au Mali tôt ou tard.

2. Cadre analytique

2.1. Les mesures globales prises par les autorités maliennes contre le Covid-19 et leurs
effets

Tableau n°2 : mesures sanitaires

Mesures prises Forces Limites


1-Mise en place des centres de Les malades sont effectivement Les conditions de
prise en charge des malades de pris en charge dans les traitement dans les
Covid-19 à Bamako différents centresà Bamako. hôpitaux publics sont
C’était crucial. décriées par certains
patients.
2-Nomination d’un Elle permet aux autorités de Le coordinateur devrait
coordinateur national pour la parler le même langage et avoir le sens de
gestion du Covid-19 d’avoir la même vision de l’écoute des inquiétude
l’évolution de la maladie. des publics dans leurs
diversité.
3-Imposition du port de Ce sont des moyens efficaces Théâtralisation de la
masques de protection dans les pour briser la chaîne de mesure par certains
lieux publics et les transmission de la maladie. jeunes. La plupart des
administrations, le lavage des Maliens hésitent à
mains systématique au savon porter les masques.
de façon régulière Insuffisance des
masques à distribuer.
Tableau réalisé par nous-mêmes (juin 2020)

Tableau n°3 : quelques mesures sociales


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Beaucoup de sensibilisations La distanciation sociale


4-Distanciation sociale ont été faites à ce niveau d’un mètre au moins
(sketchs, TV, radio, journaux, n’est pas pratiquée par
réseaux sociaux) . les Maliens dans les
situations suivantes:
cérémonie de mariage,
prière à la mosquée,
obsèques, etc.
5-Fermetures des frontières En mars 2020, les autorités ont Pour la majorité des
aériennes et terrestres au trafic fermé les frontières aériennes et Maliens, la maladie est
humain terrestres comme la plupart des entrée au Mali à cause
pays contaminés. du retard dans la
fermeture des frontières
aériennes.
6-Couvre-feu : de 21h à 5h du Les bars, les salles de Cette mesure a des
matin avec fermeture des bars, spectacles, les restaurants sont effets négatifs sur les
des restaurants, des salles de des lieux de rassemblement où avoirs de certaines
spectacles. les visiteurs s’exposent au catégories de
risque de contamination. travailleurs de nuit
bars, restaurants,
discothèques...
Par contre, les lieux de
cultes sont restés
ouverts.
Tableau réalisé par nous-mêmes (juin 2020)

Ces mesures pourraient être plus efficaces, si au-delà de la communication de masse, les
relations interpersonnelles avaient été privilégiées. La communication de masse, dans son
caractère unidirectionnel, est peu efficace en matière de lutte contre coronavirus dans le
contexte malien. La population est très habituée à la communication de proximité avec une
attention accordée à la relation humaine.

2.2.Les mesures spécifiques à la communication prises par les autorités maliennes contre
le Covid-19 et leurs effets

Tableau n°4 : mesures communicationnelles

Mesures spécifiques à la Analyse des effets Limites


communication

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C discours était Le discours est utile, mais il


1-Discours du président de la longtemps attendu par est tardif pour gagner la
République à la nation le 10 avril la population qui avait confiance de la population.
avec une promesse de 500
besoin d’être rassuré, Celle-ci s’est déjà fait une
milliards de CFA comme mesure
de riposte à la maladie. d’avoir des idée sur la maladie grâce à
explications sur les l’explosion des messages sur
mesures prises et les les réseaux, les médias privés
actions entreprises. et les rumeurs. La tenue des
élections législatives le 29
avril et 19 mai ont étayé le
soupçon de certains incrédules
face à la maladie. Ce discours
télévisé n’a pas rassuré les
Maliens.
2-Création d’un numéro vert au Réponses aux Le principe de l’anticipation
début du mois de mars questions du public. est difficile à appliquer à
Pour informer, cause de la pluralité des
orienter et sensibiliser sources d’informations
la population sur le appuyée par les réseaux
coronavirus avec une sociaux. La population reçoit
capacité de réception les informations sur la
de 4.000 appels maladie avant le
gouvernement. La
centralisation des données
prend du temps. La ligne était
saturée avec quelques heures
d’appels.
3- Communiqué officiel Ce communiqué est La population pense que les
quotidien sur le Covid-19 diffusé sur les réseaux chiffres sont manipulés par les
sociaux, dans les autorités sanitaires.
journaux papiers, à la
radio, à la télévision
avec des chiffres
officiels sur le nombre
contaminés, de guéris
et de décès 24h/24.

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4- Vaste campagne de Elle permet de Lancé le 09 juin (3 mois après


sensibilisation et d’information communiquer sur le début de l’épidémie).
sur le Covid-19 à Bamako et dans l’importance du port
les régions. C’est très lent et lourd comme
des masques de
Caravane de sensibilisation de la stratégie de prévention!
population avec l’implication des protection ; du lavage
Maires, des chefs de quartiers de des mains au savon et
Bamako : 36 tricycles déployés de la distanciation
pour un mois dans les mairies du sociale pour limiter la
District de Bamako. contamination.

Tableau réalisé par nous-mêmes (juin 2020)

Quand nous regardons ces mesures à la lumière du schéma théorique de Lasswell, nous
voyons que les autorités maliennes ont communiqué sur le nouveau coronavirus comme elles
pouvaient. Les émetteurs des informations officielles étaient identifiés : Président la
République, Premier ministre, ministre de la santé, directeur national de la santé publique
coordinateur national pour la gestion du Covid-19, les leaders d’opinion (journalistes,
religieux, sportifs, artistes). Les messages sont nombreux et parfois contradictoires avec les
actes réels (élections législatives, lieux de cultes ouverts). Ils ne sont pas très clairs parce que
la maladie virale n’est pas bien connue du public, encore moins ses conséquences. C’est une
crise particulièrement bouleversante sur tous les plans (social, économique, sanitaire,
culturel). Ni les spécialistes ni les gouvernants ne peuvent expliquer satisfaisamment la nature
de la maladie et les remèdes sûrs. A ce niveau, les messages sont flous et incohérents. La cible
est connue d’avance, c’est la population dans sa généralité. Les moyens de communications
utilisés sont les canaux de communication de tous les jours (communiqué, Tv, radio, réseaux
sociaux, réunion, presse, conférences de presse). Les effets sont difficiles à mesures parce que
la maladie continue son cours. Les buts ne sont pas atteints parce que la confiance entre les
autorités et la population n’a pas été améliorée, les rumeurs continuent se propager sur la
nature du coronavirus.

Pour l’instant, il est délicat de dresser le bilan exact et exhaustif des mesures globales
sanitaires, sociales et communicationnelles. Il est peut-être même précoce de tirer de leçons
de la crise du Covid-19. Parce que la maladie n’est pas totalement éliminée jusqu’à présent.
Malgré les communications tous azimuts, la maladie existe toujours. Parce que les cas de
contamination sont quotidiens même s’ils sont considérablement réduits et que le nombre de
décès est considérablement diminué. La dangerosité de la maladie du coronavirus devrait
pousser la population malienne à adopter docilement les gestes recommandés par les autorités
politiques et sanitaires. Mais la méfiance des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants a contribué
au refus d’adopter correctement les mesures édictées (port des masques de protection,
distanciation sociale, grand rassemblement, confinement, etc.).

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Les rumeurs et les fake news aidant, les bonnes informations ont souffert à être reçues par la
population. C’est là, la limite du modèle proposé par Lasswell. Il y a plus d’émissions que de
réceptions, les récepteurs ayant très peu de moyen de réagir aux messages reçus. Pour le cas
du Mali, cela a même provoqué un comportement d’indifférence de la population aux
messages relatifs au Covid-19. La population a essayé de se protéger par des moyens
traditionnels connus (gingembre, beurre de karité, etc.). C’est le cas en Côte d’Ivoire aussi où
la population s’est ruée sur les feuilles de nîmes comme moyen de prévention contre la
pandémie.

A ce niveau, la communication de proximité serait la meilleure approche pour mieux


influencer les récepteurs sceptiques aux informations ascendantes. Or les leaders d’opinion
deviennent incontournables dans cette communication. Les relations de qualité sont tissées
entre les émetteurs et les récepteurs considérés comme interlocuteurs. Cette communication
s’articule autour de trois axes : instrumental, géographique et poétique (Adary, Mas, &
Westphalen, 2018). L’axe instrumental fait appel au choix des outils de communication
accessibles par les populations cibles : numéro vert, mailing, rencontre physique. L’axe
géographique permet de ventiler les informations du centre vers les zones reculées. Les
autorités locales y sont indispensables. Les habitants des zones de communications sont les
porte-voix pour communiquer les messages relatifs au coronavirus sans un langage sélectif ou
spécialisé.

Conclusion

Somme toute, la communication de crise n’est pas la communication de tous les jours.
Sérieusement préparée, elle a lieu lorsqu’il y a une crise, une situation de panique et
d’inquiétude généralisées à l’échelle d’un pays ou d’une organisation. Il y a trois principes à
retenir :
-anticiper (et non précipiter) dans la communication ;
-dire la vérité avec des information fiables, vérifiables et factuelles ;
-rassurer la population avec des mesures prises (pour obtenir une adhésion massive).

La communication ne guérit pas les malades, mais elle aide les responsables à mieux gérer la
situation inquiétante de Covid-19. La communication est une arme puissante pour qui sait
s’en servir d’où la nécessité d’impliquer les spécialistes de la communication dans la gestion
de cette crise sanitaire. Les débats pourront s’ouvrir après la crise pour mesurer les forces et
les faiblesses des actions entreprises durant la crise. La gestion de la maladie à coronavirus
2019 au Mali s’est ajoutée à celle de la lutte contre le terrorisme, de l’insécurité, de la
gouvernance des affaires publiques. Il ressort que les Maliens ne font pas confiance aux
gouvernants. Cette méfiance est soutenue par l’incompréhension des mesures prises surtout le
couvre-feu et la tenue des élections législatives le 19 mars et le 29 avril au cœur de la maladie.
Les autorités ont manqué de rigueur dans l’application des mesures de prévention : fermetures
des lieux de grand rassemblement, restriction rigoureuses des déplacements en ville.
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Références bibliographiques
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Boyon, G., & Hermann, L. (Réalisateurs). (2014). "Jeux d'infleunce: les stratèges de la
communication [Film].
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gouvenements que les Français. Financial Afrik du 2 juin 2020,
https://www.financialafrik.com/2020/06/02/sondage-sur-le-covid-19-les-africains-
plus-confiants-en-leurs-gouvernements-que-les-francais/.
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KEDGE BUSINESS SCHOOL: https://theconversation.com/lart-delicat-de-la-
communication-de-crise-115522 (18/05/20)
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https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/330679/9789240000797-fre.pdf
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canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-
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100
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

PANDEMIE COVID-19 ET SOCIOLOGIE DE LA SANTE AU


MAROC :
CRISE SANITAIRE OU CRISE DE CONSCIENCE SOCIALE ?
APPROCHES SOCIOLOGIQUE ET PSYCHOSOCIOLOGIQUE

Par

Mohammed AARAB

Enseignant-chercheur en sociologie, psychosociologie et philosophie,


Laboratoire de Recherche en Economie, Gestion et Société, Equipe
Interdisciplinaire de Recherche en Sociologie-Economie-Gestion et
communication, École Supérieure de Technologie-Université Moulay
Ismail- Meknès-Maroc.
Résumé

Dans cet article je vise à traiter la crise sanitaire de Covid 19 que nous vivons actuellement à
partir d’une approche sociologique qui s’intéresse à la santé et les risques. Ces deux concepts
pour les comprendre, les analyser et trouver des remèdes adéquats, il faut bien diagnostiquer
et savoir précisément comment les individus et les familles représentent et comprennent la
pandémie. Est ce qu’ils ont une représentation scientifique et médicale vis-à-vis de la santé,
de la pandémie et surtout envers la maladie et le corps, ici le cas de covid, ou au contraire, ils
ont des représentations traditionnelles, mythologiques et préscientifiques envers ces trois
concepts ? Car on ne peut lutter et trouver des solutions efficaces pour mettre fin à cette crise
sanitaire sans que les individus et la société en général ne possèdent des représentations
scientifiques et médicales. Sans cette conscience scientifique et rationnelle envers la
pandémie covid19, on ne peut pas sortir de cette crise et surmonter ce défi.

Donc les questions que je vais traiter sont les suivantes :

1-Quelles représentations, les individus et les familles ont –ils vis-à-vis du corps de la santé
et de la pandémie ? .

2- quels sont les facteurs socio-économiques et culturels qui déterminent et expliquent ces
représentations ?

3- quelle conscience sociale nous devrons avoir pour sortir de cette crise ?

Mots clés : crise, pandémie, approches-sociologie, psychosociologie, santé, Covid-19.

Abstract

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

In this article I aim to deal with the Covid 19 health crisis, which we are currently
experiencing, from a sociological approach which is interested in health and risks. These two
concepts to understand them, analyze them and find adequate remedies, it It is necessary to
properly diagnose and know precisely how individuals and families represent and understand
the pandemic is what they have a scientific and medical representation vis-à-vis health, the
pandemic and especially towards disease and the body.-here the case of covid- or on the
contrary, they have traditional, mythological and prescientific representations towards these
three concepts -. Because we cannot fight and find effective solutions to put an end to this
health crisis without individuals and society in general having scientific and medical
representations. Without this scientific and rational awareness of the covid19 pandemic, we
cannot get out of this crisis and overcome this challenge.

So the questions that need to be addressed are as follows:

1-What representations do individuals and families have vis-à-vis the body of health and the
pandemic?

2- What are the socio-economic and cultural factors which determine and explain these
representations?

3- What social conscience should we have to get out of this crisis?

Keywords: crisis, pandemic, sociology, approaches, psycho-sociology, health, Covid-19.

Introduction :

L’objectif principal de cet article est de répondre aux questions que j’ai posées
précédemment dans le résumé, à partir de la présentation et de l’analyse, les grandes étapes
et axes de la Recherche que j’ai menée sur terrain- qui a pour thème : les représentations du
corps de L’enfant chez la famille marocaine : une approche sociologique et anthropologique.
Ce travail vise à dévoiler comment les marocains envisagent, conçoivent et comment ils se
comportent avec le corps ? Est- ce qu’ils ont des représentations scientifiques ou
préscientifiques envers le corps ?

On peut dire que l’année 2020 restera marquée dans l’histoire contemporaine par l ‘arrivée et
la propagation de la pandémie Covid 16. Cette dernière a contaminé et a touché durant ces
derniers mois tous les pays et les coins du monde. On peut dire que c’est un événement et un
fait historique dans notre époque actuelle. Ce phénomène sanitaire a bouleversée la vie
quotidienne, économique, sociale et politique des sociétés. Il a provoqué de grands dégâts
aux niveaux économique, social et financier et a provoqué même plusieurs victimes et morts
et il a eu des impacts social et économique sur la société et l’économie marocaine, ce qui a
touché toutes les structures et organisations société- famille- éducation- enseignement- sport

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

– loisir- tourisme etc.….. et a infecté et influencé lourdement l’économie et la situation


financière du Maroc : cela se reflète par l’augmentation du taux de chômage parmi la
population active car de nombreuses personnes qui travaillaient dans différents secteurs , ont
perdu leurs emplois surtout dans le domaine de tourisme- transport- artisanat- le secteur
informel- et autres secteurs économiques, ce qui a touché le pouvoirs d’achat de plusieurs
familles marocaines.

L’objectif principal de ce rapport est de présenter une synthèse claire, détaillée et précise sur
l’objet de la recherche que j’ai choisie, les objectifs, les mobiles et les facteurs qui m’ont
poussé à mener une étude concernant les représentations du corps de l’enfant chez la famille
marocaine : approche psychosociologique et sociologique, ainsi que ses champs
épistémologiques et ses relations avec la sociologie, l’anthropologie et la psychosociologie
car l’étude scientifique du corps ne se limite pas seulement au domaine biologique et
médical, mais il est aussi l’objet de la recherche pour les sciences sociales et plus
spécifiquement pour la sociologie, l’anthropologie et la psychosociologie.

Ce rapport dessine et reflète les étapes et les différentes démarches méthodologiques et outils
méthodiques que j’ai utilisés dans ce travail de recherche mené sur terrain dans la région de
Fès- Meknès. Il précise aussi les hypothèses, la problématique et l’interprétation des résultats
obtenus de l’enquête auprès de la population ciblée.

Dans le but de réaliser mon objectif visé, j’ai réparti ce rapport en trois grandes parties ou
axes qui sont les suivants :

1-l’objet de la recherche : sa définition et construction de l’objet de la recherche, ses objectifs


et son architecture ou son ingénierie pédagogique.

2-Méthodologie de la recherche : formulation et élaboration de la problématique, des


hypothèses-techniques et outils de l’enquête sur terrain.

3- les résultats obtenus, les interprétations, les recommandations et la synthèse.

 Première partie : L’objet de la recherche : représentations du corps de l’enfant chez la


famille marocaine : Approche psychosociologique et sociologique des modes de
comportement envers le corps.

-l’objet de la recherche : cette thèse a pour objet de recherche « les représentations du corps
de l’enfant chez la famille marocaine : approche psychosociologique et sociologique des
modes de comportement envers le corps ». Donc il se limite dans deux grandes questions:

1- quelles sont les représentations de la famille envers le corps ?

2- comment les familles se comportent envers ce corps ?

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Le corps dont on parle ici et qui constitue le centre d’intérêt de cette recherche, désigne et
se définit en tant qu’une organisation sociale et une représentation sociale culturelle. Cette
étude s’intéresse au corps comme phénomène social, culturel et anthropologique.

Je ne me suis pas intéressé au corps dans sa dimension biologique, mais comme structure et
représentation sociale car cette dimension sociale et culturelle fait une partie du travail du
sociologue et de l’anthropologue.

Dans mon étude du corps de l’enfant, mon point de départ était la définition qu’a donné
Malek Chabel au concept du corps dans son ouvrage intitulé « le corps dans l’islam »,
en tant que phénomène culturel, social et anthropologique. Malek Chabel définit le concept
du corps comme suit : « le corps dans la diversité de ses mouvements et ses activités est un
produit culturel pur. Il faut l’étudier comme une forme symbolique du groupe, et comme un
phénomène culturel qui n’est plus neutre. »

Le corps, selon Malek Chabel : « explique la société, on peut le considérer comme son sens,
son symbole et la cause de son existence. Le corps se trouve et existe dans tous les niveaux
de l’organisation formelle et informelle de la société. »

A partir de cette définition, on peut dire que le corps se manifeste et se reflète dans plusieurs
dimensions et domaines. Le corps en tant qu’organisation sociale et comme représentation
sociale et culturelle, on doit le définir, le déterminer et le trouver dans la santé, la culture,
l’alimentation, le sport- l’habillement, la maladie et le travail. Le corps existe aussi dans
toutes les formes de communications artistiques, corporelles comme la danse, la musique et le
théâtre. Le corps de l’enfant se trouve dans tous ses divers domaines. Donc la question qui
se pose est la suivante : comment les personnes et surtout les familles conçoivent,
perçoivent et représentent le corps de l’enfant ?

Quelles représentations ont-elles sur ce corps ?

Est ce que ces familles marocaines ont des représentations scientifiques ou préscientifiques,
c’est à dire mythologique ou populaire ou autre sur le corps ?

Comment expliquer ces représentations sociales ?

Quels sont les facteurs qui déterminent ces représentations ?

Quelle relation y a-t-il entre le milieu social culturel et environnemental des familles et leurs
représentations ?

y a-t-il une corrélations entre eux ou non ?

Ce sont les principales questions qu’on va aborder, étudier et traiter le long de cette recherche.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Après la définition de l’objet d’étude de cette thèse et la formulation des principales questions
qui se posent, la question qui se pose maintenant est la suivante : quelle est le champ
épistémologique et académique et disciplinaire de cette recherche qui a pour objet les
représentations du corps ?

Quelle relation a-t-elle avec la sociologie et l’anthropologie en générale et avec la sociologie


de la santé et l’anthropologie du corps particulièrement ?

1- Les champs épistémologiques de cette thèse : Sociologie de la santé-anthropologie du


corps, sociologie de l’éducation et de la communication, la psychosociologie.
Le corps comme objet d’étude et thème de recherche se caractérise par sa diversité et sa
complexité. On peut dire que c’est un concept problématique, qui pose plusieurs
questions et problèmes et se reflète sous diverses dimensions. Ces caractères et cette
spécifié, nécessite des approches pluridisciplinaires et interdisciplinaires.
On ne peut pas classer ce thème de recherche dans une seule discipline scientifique ou
branche académique. Il fait partie à la fois de la sociologie de l’éducation, de la sociologie
de la santé, de l’anthropologie du corps, et de la psychosociologie de communication.

La sociologie de la santé est une branche ou spécialité sociologique qui étudie les
phénomènes sociologiques qui ont une relation avec la santé, la maladie et l’alimentation.

Le contenu de la sociologie de la santé est lui-même multidimensionnel puisque la vision


sociologique est teintée de paradigmes, nous le savons. En se focalisant sur la santé ou la
maladie, elle signale aussi des points de vue différents, parfois divergents, souvent
complémentaires. La sociologie s’intéresse dès lors à la médecine, aux soins, aux pratiques de
soins, mais aussi aux malades, aux professionnels de la santé, aux entreprises de production
de soins, etc. Dans tous les cas, il s’agit d’analyser et interpréter les caractéristiques et les
problématiques propres à la relation individu/société ou groupe/société dans le contexte
particulier de la santé. Une sociologie appliquée à la santé est relativement récente bien que
Durkheim, dans son étude sur le suicide, s’applique à déchiffrer une problématique sanitaire.
Le champ de la santé est approché comme une problématique spécifique avec le
développement des différents régimes de sécurité sociale. La Sécurité sociale est une
institutionnalisation que nous étudierons ultérieurement. En effet, ces modalités de protection
sociale font entrer la santé et toutes ses contingences dans le domaine public. Elles participent
au « sacre » de cette valeur dans nos sociétés. Autrement, des questionnements comme la
maladie, surtout lorsqu’elle est chronique, la déviance et les différents abords thérapeutiques
révèlent le caractère social des problématiques de la santé en examinant la santé comme un
phénomène social. Incontestablement, cette démarche dépasse le champ scientifique de la
médecine.

La santé est un fait social. Dans les années qui suivent, l’avènement d’une autre approche des
soins va renforcer cette interpellation propice au développement d’une sociologie de la santé.

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Elle concerne un domaine particulier de la médecine et des soins : la psychiatrie. D’emblée, la


santé mentale pose la question du rapport entre l’individu et la société. L’analyse des facteurs
sociaux et culturels de la maladie mentale, les représentations à l’égard de la folie et l’analyse
de l’institution psychiatrique sont largement considérées comme les travaux pionniers en
matière de sociologie de la santé. A ce titre, Erving Goffman a ouvert de réelles perspectives
et reste identifié comme tel, suite à son étude intitulée : « Asiles. Etude sur la condition
sociale des malades mentaux et autres reclus » (1961). Côté francophone, nous pouvons y
joindre Michel Foucault.

-Sujets de sociologie de la santé : à quoi s’intéresse la sociologie de la santé ?

La sociologie de la santé s’intéresse ainsi à l’analyse des conceptions et des significations de


la maladie en particulier à travers la notion de représentations sociales. Proposons quelques
rubriques :

-l’histoire : malades et maladies d’hier et d’aujourd’hui ;

- le discours et les représentations de la maladie, de la santé, de l’handicap ;

- les facteurs sociaux de la santé ;

-les indicateurs socioculturels de la santé ;

-les systèmes de santé, leurs réformes et leur avenir ;

-des profanes et professionnels : le rôle de malade et les métiers de la santé ;

- l’hôpital comme organisation productrice et comme entreprise des recompositions sociales


autour de la maladie chronique.

- d’autres médecines et d’autres médecins : notion d’itinéraire thérapeutique ;

- le droit à la santé, de la santé, d’accès aux soins de santé ;

- l’accessibilité aux services sociaux et sanitaires ;

- des problèmes sociaux ou sanitaires spécifiques : les femmes, l’obésité, les conduites à
risque et autres assuétudes, c’est la santé publique, etc. ;

-la consommation des biens et services de santé. (Cours appartenant à l’U.F. 1 Elaboration du
projet de formation Patrick VANTOMME vantompat@aol.com).

3-Les objectifs de la recherche :

Cette recherche vise à réaliser les principaux objectifs suivants :

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1- Connaitre, comprendre et analyser les représentations du corps de l’enfant chez la


famille marocaine. C'est-à-dire comment les familles représentent et conçoivent le
corps de l’enfant dans toutes ses dimensions et aspects : alimentation- santé-
maladie- sports- communication corporelle et autres.
2- Expliquer et interpréter les différentes représentations envers le corps de l’enfant, et
dévoiler la relation qui existe entre ses différentes représentations sociales et le
milieu sociétal économique et environnemental des familles.
3- La connaissance et la compréhension des différentes représentations permettent et
facilitent les modes de comportements vis-à-vis du corps de l’enfant.
4- Cette connaissance des représentations, peut nous aider à développer et renforcer les
représentations positives et scientifiques qui contribuent à l’épanouissement de la
personnalité de l’enfant et l’amélioration de sa santé.
2- L’architecture/ structure de la recherche :
Cette étude se compose de deux parties et une synthèse générale des résultats obtenus et
des horizons de cette recherche.
-la première partie est un encadrement et une approche théorique des concepts clefs
de la recherche qui sont surtout le corps et les représentations sociales. Cette partie est
constituée de trois chapitres qui sont les suivants :
-chapitre1 : le corps dans la culture occidentale : européenne- surtout française.
L’anthropologie du corps chez David le breton ;
-le corps comme organisation sociale et représentation et son évolution historique dans
les sociétés occidentales.
- le corps dans la culture arabo-musulmane : j’ai présenté, analysé et critiqué l’étude
faite par Malek Chabel dans son ouvrage intitulé « le corps dans l’islam » et autres.
-les représentations comme approche psychosociologique contemporaine :
dans le domaine de la sociologie- l’anthropologie et la psychosociologie-Durkheim-
Moscovici et Piaget.

 2-la deuxième partie : Etude pratique –Enquête sur terrain

Cette partie se compose de six chapitres qui sont les suivants :


-chapitre1 : dans ce chapitre j’ai limité et défini l’objet de cette étude, sa problématique,
ses hypothèses, les techniques de l’enquête ; l’échantillonnage et toutes les démarches
méthodologiques.
-chapitre2 : dans ce chapitre j’ai présenté, analysé et interprété les résultats de la première
hypothèse, qui concerne la relation existante entre le variable de niveau de l’enseignement
de la famille et ses représentations du corps de l’enfant.
- chapitre 3 : j’ai étudié et j’ai présenté l’influence et l’impact du milieu d’habitat-urbain
ou rural-sur les représentations sociales de la famille : quelle influence et quelle
corrélation ?
-chapitre4 : dans ce quatrième chapitre, j’ai présenté, analysé et interprété la relation qui
existe entre le milieu et le niveau social, économique, profession, revenu et son impact
sur les représentations sociales du corps.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

-chapitre 5 : dans ce chapitre, j’ai discuté et expliqué l’influence de la variable genre sur
les représentations des familles envers le corps.
Dans quelle mesure le genre-masculin ou féminin- influe sur ces représentations ?
-chapitre 6 : dans ce dernier chapitre j’ai analysé et discuté la relation ou la corrélation qui
existe entre la structure de la famille et ses représentations sociales concernant le corps
de l’enfant.
Et j’ai terminé ce travail, par l’élaboration d’une synthèse générale qui reflète les
résultats réalisés et les différentes réponses à la problématique de cette recherche, à ses
principales questions et aux pistes et horizons qu’elle peut ouvrir dans l’avenir.

 Deuxième partie : méthodologie de l’étude : la problématique, les hypothèses-


l’échantillon et techniques de recherche.

1-Problématique et questions :

La recherche dans les représentations de la famille marocaine au corps de l’enfant, suscite et


pose plusieurs questions qui sont les suivantes :

-quelles sont les représentations de la famille marocaine envers le corps ?

-est ce que ces familles ont une représentation ou des représentations sociales ?

- comment peut-on expliquer les différentes représentations sociales vis-à-vis du corps ?

- quels sont les facteurs, les variables qui peuvent influencer les représentations sociales ?

-pourquoi ces représentations sociales se différent et varient d’une famille à l’autre et d’une
société à l’autre ?

A partir de ces questions, on est arrivé à formuler et élaborer la problématique suivante :


dans quelle mesure le milieu social, économique culturel, environnemental et autre, influent
d’une façon claire et nette sur les représentations sociales des familles envers le corps de
l’enfant. ? Peut-on dire que ces facteurs déterminent et influent décisivement sur les
représentations sociales ?

2- hypothèses :

Les hypothèses que J’ai posées dans cette étude sont les suivantes :

-hypothèse 1 : on suppose que le niveau de l’enseignement et de la formation, influe d’une


façon décisive sur les représentations sociales de la famille concernant le corps de l’enfant.

Hypothèse 2 : on suppose que le lieu de résidence, urbain ou rural et la qualité de logement,


sont des facteurs qui déterminent les représentations sociales des familles vis-à-vis du corps.
Ces représentations varient selon la zone urbaine ou rurale et selon le logement structuré et
organisé ou le logement dans des quartiers marginaux.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

-hypothèse 4 : le revenu de la famille est un facteur principal qui influe sur la nature des
représentations sociales des familles.

-hypothèse 5 : le genre sexe féminin ou masculin, influe d’une façon ou autre sur les
représentations des familles marocaines envers le corps.

-hypothèse 6 : le nombre des individus qui constitue la famille et sa structure, détermine la


nature des représentations des familles au corps de l’enfant.

Donc ces hypothèses constituent des projets de lois à étudier et à vérifier à partir d’une
recherche sur terrain en s’appuyant sur des techniques pour aboutir à des résultats crédibles
et pour déterminer scientifiquement les facteurs et les variables qui influent sur les
représentations sociales vis-à-vis du corps.

3-Echantillon de la recherche :

L’échantillon de cette étude est constitué de 100 familles, 100 hommes et 100 femmes. J’ai
intégré plusieurs variables dans cet échantillon comme le niveau de l’enseignement, le genre
femme/homme, le logement et le lieu d’habitat urbain/rural, le variable nombre d’individus
dans la famille et autres.

La population étudiée est un ensemble de familles qui habitent dans la région de Fès-Meknès
surtout la province de Taza et la préfecture de Fès- Séfrou, des familles citadines et autres
rurales.

4-Techniques de la recherche :

Dans cette étude, j’ai utilisé deux techniques de recherche qui se complètent : j’ai employé le
questionnaire auprès des familles lettrées qui savent lire et répondre aux questions de
l’enquête, tandis que dans le milieu ou les familles sont analphabètes, surtout dans les zones
marginalisées et rurales, j’ai fait des interviews écrits et enregistrés pour collecter les données
et des informations.

Troisième partie : présentation, interprétation des résultats et synthèse

Dans cette dernière partie, je présente une synthèse générale qui reflète les résultats réalisés
par cette étude et qui vise à répondre, analyser et discuter la problématique principale qui est
la suivante : quelle relation /corrélation y a-t-il entre le milieu social, économique, culturel et
environnemental de la famille marocaine et leurs représentations sociales sur le corps ?

-Dans quelle mesure ce milieu social et économique, détermine t-il la nature de ces
représentations ?

 1-Le niveau de l’enseignement de la famille et ses représentations : quelle


corrélation. ?

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Notre étude sur terrain a confirmé la première hypothèse qui suppose que le niveau de
l’enseignement de la famille, influe d’une façon nette sur la nature des représentations qu’elle
a sur le corps de l’enfant. Cette vérité se reflète dans plusieurs domaines, par exemple il
existe une relation étroite entre le niveau de l’enseignement de la famille et son degré de
protection sanitaire qu’il accorde à ses enfants. Les familles qui ont des niveaux supérieurs
de l’enseignement s’intéressent beaucoup à la santé, à la qualité de nourriture, et à la
protection de leurs enfants. Leurs représentations envers la maladie et la santé se
caractérisent par une vision scientifique, médicale et moderne. Cette catégorie de famille, ne
croient plus aux institutions traditionnelles concernant la santé. Par contre, les catégories
sociales qui n’ont pas reçu d’enseignement ou qui ont un niveau très bas et faible, ont des
représentations non scientifiques et traditionnelles sur la santé, la maladie, la protection et
l’alimentation.

On peut déduire de cette réalité que l’enseignement joue un rôle décisif dans la nature des
représentations des familles envers le corps, la santé et la maladie. Donc pour comprendre
scientifiquement et avoir des représentations médicales modernes sur la santé et le corps , il
faut que les citoyens reçoivent et bénéficient d’un enseignement moderne et de qualité pour
changer la conscience des individus, des groupes et de la société.

 2-Le lieu de résidence et la nature de logement : dans quelle mesure, les


représentations se distinguent entre la zone urbaine et la zone rurale ?

La deuxième hypothèse de notre étude, suppose que le lieu de résidence-urbain ou rural et la


nature ou le mode de logement, logement organisé ou non organisé, influe d’une façon ou
d’une autre sur les représentations des familles marocaines vis-à-vis du corps.

D’après les résultats obtenus de cette enquête sociologique, on a trouvé que la variable de
résidence et de logement influe sur les représentations du corps car il y a des différences
entre les représentations des familles rurales et celles des villes.

 3-l’impact de la situation socio-économique sur les représentations :

Peut-on expliquer et comprendre la diversité et la différence des représentations des


familles à partir des inégalités sociales et de la différence de leurs revenus ?

Pour répondre à cette question, notre point de départ était l’hypothèse suivante : on suppose
que le revenu de la famille a un impact décisif sur les représentations de la famille vis-à-vis
du corps de l’enfant. Les représentations de ces familles diffèrent selon leurs situations socio-
économiques et selon leurs revenus.

Les représentations des familles aisées qui vivent dans des conditions sociales et
économiques favorables ont des représentations modernes et scientifiques envers la maladie,
la santé, le travail, l’alimentation et le sport, tandis que les familles pauvres qui souffrent de
l’exclusion sociale et de la précarité et qui vivent dans des conditions lamentables ont des
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représentations préscientifiques et traditionnelles envers la santé, la maladie, le travail et le


sport. Si on veut que la population d’une société change et développe sa conscience, ses idées
et ses positions à propos de la santé, la maladie, les pandémies et la prévention sanitaire, il
faut améliorer leurs niveaux de vie et leurs conditions sociales et économiques.

 4-l’impact de genre-masculin-féminin sur les représentations :

Est-ce que le facteur genre peut influencer les représentations envers le corps ?

Les résultats obtenus lors de cette étude concernant cette question sont les suivantes :

-les représentations de la famille vis-à-vis du corps de l’enfant masculin ou féminin, ne sont


pas stables car elles varient et évoluent suivant les étapes de développement de l’enfant, son
développement biologique et psychologique.

Cette vérité explique la différence des comportements des familles vis-à-vis du corps de leur
enfant, selon leur âge et leur genre.

-la majorité des familles encouragent leurs enfants-garçons et filles- à pratiquer des sports.

20/100 des familles ne sont pas d’accord, seulement 80 /100 des familles encouragent les
garçons, par contre on trouve 68/100 qui encouragent les filles.

On constate une légère différence entre les deux sexes. Ce qui confirme que les
représentations sociales des familles sont positives pour le sport, en tant que activité
corporelle, importante pour la santé des enfants.

En revanche, les représentations des enquêtés sur les formes artistiques d’expression et de
communication, la danse et la musique, occupent la deuxième place après les sports. Les
familles préfèrent que leurs enfants pratiquent et exercent les sports mieux que la danse ou la
musique.

En ce qui concerne les représentations sociales des parents envers le travail de leurs enfants
en tant qu’activité corporelle, on constate qu’il y a des différences entre eux :

- il y une division du travail pour les enfants, selon le sexe féminin ou masculin. Les garçons
travaillent dans les champs et gardent les troupeaux dans les zones rurales, tandis que les
filles s’occupent des travaux domestiques. Les familles pauvres justifient le travail précoce
de leurs enfants, à cause de la pauvreté et des conditions sociales et économiques
défavorables.

Les enfants ne doivent plus travailler à cet âge précoce, soit dans les villes ou dans les
campagnes car ces sortes de travail ne favorisent plus leur développement normal,
psychologiquement et biologiquement, leur place à cet âge c’est l’école.

 5-La structure de la famille et ses représentations sociales :


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Y a-t-il une corrélation entre le nombre des personnes dans une famille et ses
représentations ?

Dans quelle mesure, la structure familiale influe sur ses représentations ?

Pour répondre à cette question, on a posé des questions concernant la santé de l’enfant et son
alimentation.

Représentations sur la santé de l’enfant et l’institution hospitalière : d’après cette enquête, les
petites familles qui ont un, deux ou trois enfants visitent l’hôpital et les médecins lorsque
leurs enfants tombent malades, en revanche, les familles qui ont un grand nombre d’enfants,
et surtout les pauvres, visitent parfois des institutions traditionnelles pour le soin de leurs
enfants surtout dans les zones rurales où manquent des hôpitaux.

On déduit de ces résultats, que le nombre et la structure de la famille, influent sur la


représentation de la famille vis-à-vis de la santé des enfants.

Conclusion :

Les résultats que j’ai présentés dans cette troisième partie de ce rapport, reflète que cette
enquête sociologique menée auprès des familles marocaines pour détecter et diagnostiquer
leurs représentations sur le corps de l’enfant et dévoiler leurs comportements envers le corps,
a confirmé que les hypothèses qu’on a formulées au début de cette étude sont vraies. C’est à
dire que les représentations des familles dépendent de plusieurs variables qui sont les
suivantes :

- le milieu socio-économique de la famille, le revenu, le lieu de résidence, le mode de


logement, le milieu urbain ou rural, le niveau de l’enseignement et de l’éducation de la
famille, le genre-féminin ou masculin, la structure familiale.

Ces variables constituent les facteurs principaux qui façonnent et influencent les
représentations des familles vis-à-vis du corps, de la santé et de la maladie des enfants.

A partir de ces résultats, on peut dire et affirmer que c’est le milieu social, économique
culturel et environnemental qui détermine les représentations sociales. On ne peut pas
expliquer ou comprendre la conscience, les attitudes et les comportements des citoyens et des
personnes envers le corps, la santé, la maladie et la pandémie sans connaissance de leurs
milieux socio-économiques et culturels. C’est l’existence sociale qui explique et détermine la
conscience de l’individu. Si on constate dans une société que la conscience envers la santé, la
prévention sanitaire et les gens ne donnent plus d’importance aux mesures préventives pour
lutter contre les maladies et les pandémies, cela est du à l’absence d’une éducation en matière
de la santé et de la qualité de l’enseignement qu’ils ont acquis et les conditions défavorables
dans lesquelles ils vivent. Pour limiter, lutter et faire face à tous les risques et les pandémies-
par exemple covid 19 et pour que les citoyens changent leurs représentations négatives et

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pour qu’ils possèdent une conscience scientifique, moderne, il faut mener des grandes
réformes dans les secteurs de l’éducations et de l’enseignement en adoptant des curriculums
modernes et scientifiques et améliorer les conditions de vie de la population surtout dans les
zones pauvres-

La sociologie de la santé et du corps, doit prendre une place primordiale dans la recherche
scientifique à un niveau universitaire et accorder une grande importance à cette spécialité dans
touts les départements de la sociologie aux facultés des lettres et pourquoi ne pas programmer
ce module dans les facultés de la médecine et les autres instituts de la santé au Maroc car la
santé et ses problématisons, l’enseignement et l’éducation sont deux grands chantiers à
construire dans le nouveau modèle de développement, dans notre projet sociétal de demain et
dans notre société marocaine post-corona.

Bibliographie en Arabe

1 -‫ التنظيمات والشغل‬-‫ تقرير حول أطروحة لنيل شهادة الدكتوراه الوطنية – تخصص علم االجتماع‬-‫ محمد أعراب‬-1
‫ دراسة نفسية اجتماعية في أنماط‬/‫" تمثل األسرة لجسد الطفل‬-.‫تحت إشراف األستاذ عبد تحت عنوان‬-‫التعامل مع الجسد‬
2007 - ‫ ظهر المهراز سنة‬-‫ كلية اآلداب والعلوم اإلنسانية‬- ‫واألستاذ عنيمي الحاج ميزة مشرف جدا‬-‫السالم الفراعي‬

‫ أثر التمثالت الوظيفية على اكتساب المهارات الحركية وعلى اإلبداع لدى خريجي وغير خريجي‬:)‫ ـ ابن شرقي (محمد‬2
2004 ‫ فاس‬،‫ كلية اآلداب ظهر المهراز‬،‫ أطروحة الدكتوراه‬،‫التكوين المهني‬
.‫غير منشورة‬

.1994 ،‫ مطبعة النجاح‬،‫ الدار البيضاء‬،‫ معجم علوم التربية‬:‫ ــ الفارابي (عبد اللطيف) وآخرون‬3

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.‫ مديرية اإلحصاء الرباط‬،‫ تصنيف لخريطة الفقر بالمغرب‬:‫ـ وزارة تخطيط‬6

‫ مديرية المناهج‬،‫ إدماج مفاهيم مدونة األسرة في المناهج التربوية‬:‫ ـ وزارة التربية الوطنية والتعليم العالي والبحث العلمي‬7
.2005 ‫فبراير‬

– 76 ‫ ص‬،‫ اتفاقية حقوق الطفل‬،‫ دليل مرجعي في مجالي حقوق اإلنسان‬:‫ ـ وزارة التربية الوطنية ووزارة حقوق اإلنسان‬8
.‫ مطبعة المعارف الجديدة‬،‫ – الرباط‬82

Bibliographie en français

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3- Bourdieu, pierre : Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève- Librairie Droz ; 1972.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

4– Berthelot – Jean Michel : les sociologies et le corps : in : la sociologie contemporaine, n° 2,


1985.

5– Claud Levis strauss : la pensée sauvage, Paris , Edition Plan, 1962.

6– Corne loup Jean : les théories sociologique de la pratique sportive, Paris Presses universitaires
de France, collection : « Pratiques corporelles », 2002.

7– Cristophe de jour : Le corps entre biologie et psychanalyse, 1986, Edition Guallimord Paris.

8– Recherche psychanalytique sur Le corps, Edition P.U.F. Paris 1989.

9– David, le breton : anthropologie du corps et la modernité. Presses universitaire – France.

10– David – le breton Sociologie du corps. Collection P.U.F. Paris.

11– Debris, Régie : ce que nous dévoile le voile. La république et le sacré. Paris. Gallimard, 2004.

12– De France, Jacques : sociologie du sport. Paris, la découverte, collection repère, 2003.

13– Emile Durkheim : Formes Elémentaire de la vie religieuse. Paris. P.U.F. 1968.

14– Falloz Maroc, et Koebel Michel : L’intégration par le sport. Représentations et réalités Paris,
L’Harmattan. Collection « Logiques sociales ». 2005.

.15– Gilly : Les Représentation sociales dans le champ éducatif, cité in : Jodlet, D : les
représentations sociales. P.U.F. Paris, 1991.

16– Giordan, A : L’élève et les connaissances scientifiques, Peter Lang 2ème Edition 1987.

17– Crizez : Méthode de psychologie sociale. P.U.F, Paris 1975.

18– Jean Marie la Fortune : Introduction aux analyses sociologiques du temps Hors travail :
Fondement théoriques et enjeux sociaux du temps libres, de loisirs, de
jeu et sports.

19– Jodett.D : La représentation sociale P.U.F. Paris, 1991.

20– Malek Chabel : L’imaginaire arabo – musulman P.U.F. Paris, 1993.

21– Le corps en Islam, Presses universitaire de France, Janvier, 1999.

22– Marcel Mauss : Les techniques du Corps Sociologie et anthropologie ? Paris, P.U.F. 1950.

23– Paul Shilder : L’image du corps, Edition Guallimard. Paris, 1968.

24– Le corps : colloque des intellectuels juifs, Edition Albin Michel.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

LA BONNE GOUVERNANCE DES FINANCES PUBLIQUES EN


PÉRIODE DE CRISES:

CAS DE COVID-19

Par

Khadija BENAZZI

Enseignant-chercheur à l’ENCG de Marrakech, INREDD FSJES -


Université Cadi Ayyad.

khadija.benazzi@gmail.com

Résumé :

La situation des finances publiques au Maroc revêt un caractère déterminant pour reprendre le train de
la relance face aux impacts économiques de la crise Covid-19. Or, la dette publique était déjà à un
niveau historiquement en haut en 2019, la crise a aggravé davanatgae la situation d’endettement, ce
qui impliquerait l’adoption d’une approche pour une nouvelle gouvernance des finances publiques
susceptible de surmonter les néfastes répercussions sur l’économie nationale.

Mots clés : Finances publiques – Covid-19 – Gouvernance – Dettes publiques

Abstract:

The state of public finances in Morocco is crucial to resume the recovery train in the face of the
economic impacts of the Covid-19 crisis. However, public debt was already at a historically high level
in 2019, the crisis has aggravated the debt situation more, which would imply the adoption of an
approach for a new governance of public finances likely to overcome the harmful repercussions on the
national economy.

Keywords: Public finances - Covid-19 - Governance - Public debts.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Introduction

La situation des finances publiques au Maroc revêt un caractère déterminant pour reprendre le train de
la relance face aux impacts économiques de la crise Covid-19. Or, la dette publique était déjà à un
niveau historiquement élevée en 2019, la crise a aggravé davantage la situation d’endettement, ce qui
impliquerait l’adoption d’une approche pour une nouvelle gouvernance des finances publiques
susceptible de surmonter les néfastes répercussions sur l’économie nationale.

La crise planétaire de la pandémie du Covid-19 est aussi longue qu’intense. Toutes les
économies du monde ont été touchées et au Maroc, la situation a été prise en main dès les
premiers signes.

La fermeture des frontières, des espaces publics, de plusieurs entreprises et commerces, ont
exercé une lourde pression sur les finances de l’Etat.

Soutien aux familles, aux entreprises, facilités fiscales, équipements sanitaires sont autant de
dépenses publiques exceptionnelles qui ne peuvent être étalées dans le temps.

Le manque à gagner avec l’arrêt partiel des activités économiques, culturelles, sportives, touristiques,
reste énorme, ce qui rend la reprise plus délicate. Et là on est dans le rayon du ministère de l’Économie
et des finances qui a pour mission d’analyser et de proposer des solutions non seulement de sortie de
crise mais de relance de l’économie et de répondre à la question suivante :Quelle gouvernance des
finances publiques faut-il mettre en place psotcovid 19 ?

Le monde se trouve confronter à une épreuve sans précédent. Et c’est le moment de vérité.« Après
la crise de la COVID-19, le relèvement doit ouvrir la voie à une économie différente »

Nous devons nous attaquer aux dimensions sociales et économiques dévastatrices de cette crise, en
nous concentrant sur les plus touchés : les femmes, les personnes âgées, les jeunes, les travailleurs
peu rémunérés, les petites et moyennes entreprises, le secteur informel et les groupes vulnérables,
en particulier ceux qui font face à une crise humanitaire ou à un conflit.

Pour cela, il faut élaborer des politiques budgétaires et monétaires qui permettent d’accorder
directement des ressources aux travailleurs et aux ménages, d’offrir une assurance maladie et une
assurance chômage, d’améliorer la protection sociale et de renforcer l’aide aux entreprises pour
éviter les faillites et les pertes d’emplois massives.

Il est permis d’espérer que le Covid-19 serait l’occasion pour le Maroc de revoir son modèle
de développement et le bâtir sur une vision plus sociale de l’économie, à donner une nouvelle
impulsion au secteur de la santé, aux activités génératrices d’emploi et de revenus (PME,
PMI, TPE et start up et auto-entrepreneuriat) et à l’éducation nationale, et à revoir ses
politiques publiques.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Surtout que l’année 2021 serait difficile sur le plan des finances publiques notamment, pour l’impôt sur
les sociétés (IS) qui sera assis sur les résultats de l’exercice 2020, année fortement impactée par les
effets de la crise. Malgré, l‘effort qui sera orienté vers les secteurs sociaux et la relance économique de
manière à rattraper rapidement le déficit de croissance de cette année, une révision des modes de
fonctionnement s’impose et une réflexion sur une approche pour une nouvelle gouvernance des
finances publiques, s’imposent afin de surmonter les néfastes répercussions sur l’économie nationale.

Cette note va porter sur trois axes: mettre lumière sur les impacts budgétaires du covid ;
ensuite présenter les bonnes mesures de la gestion publique et terminer par un modèle de
gouvernance des finances publiques spécifiques EEP puisque, de par le rôle moteur qu’ils
jouent dans la dynamique économique de notre pays, ils sont directement et fortement
impactés par la crise et donc l’Etat doit mobiliser tous les moyens pour les accompagner à
dépasser cette situation difficile et inédite. .

I- Impacts budgétaires du covid 19.

Pour mesurer l’impact budgétaire du COVID-19, il faut considérer le mois de février 2020
comme le dernier mois normal de l’exécution de l’ambitieuse loi de finance 2020.

Le premier constat est que le solde ordinaire enregistré à la fin de février 2020, a continué à
être négatif en s’aggravant à 6,5 MMDH contre un 4 MMDH un an auparavant.

Et pour cause ! D’une année à l’autre, les dépenses de personnel, de matériel, les émissions au
titre de la compensation et les remboursements de TVA, augmentent au détriment des
dépenses d’investissements qui diminuent.

De ce fait, le Trésor a également dégagé un déficit budgétaire de 9,5 MMDH à fin février
2020, sans aggravation avec 2019.

Toutefois, le besoin de financement s’étant accentué à cette date à 16,2 MMDH contre 12,8
MM DH fin de février 2019, pour son financement, le Trésor a eu plus recours au
financement intérieur pour un montant de 17,3 MMDH contre 14,3 MMDH fin février 2019.

L’encours de la dette intérieure a atteint 582,1 MMDH, en hausse de 3,8% par rapport à son
niveau fin décembre 2019.

Le budget public, ainsi fragilisé du fait des orientations sociales de la Loi de Finances 2020,
ne pouvait faire face à la double crise sanitaire et économique qui a commencé en mars.

Avec le COVID-19, les prochains mois de 2020 imposeront des conditions budgétaires
différentes et certainement plus difficiles, même si toutes les mesures de soutien sociales et

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

économiques prises par le Comité de soutien économique, sont en grande partie financées par
le fonds de gestion du coronavirus lancé par SM le Roi. Ce fonds a récolté assez rapidement
plus de 30 milliards de dirhams, ce qui, de fait épargnera le budget 2020 !

Toutefois, la crise économique, dont les premières manifestions sont très graves parce
qu’elles se traduisent par un arrêt de nombres d’activités, a des conséquences budgétaires
immédiates.

D’abord sur la collecte de l’IS de 2019 au 31 mars 2020, parce que nombre d’entreprises,
indépendamment de leurs résultats de 2019, se sont trouvées face à une crise de trésorerie
telle qu’elles n’ont pas pu honorer leurs échéances fiscales.

Même si, pour l’IS, la Direction des Impôts compte plus sur le secteur financier et les grandes
entreprises, elle a des difficultés à recouvrir tous les impôts, l’IR, la TVA et tout autre impôt
indirect et n’a aucune certitude sur leur recouvrement à venir.

Donc, le Budget public 2020 souffre déjà de la baisse de recettes fiscales alors que les
dépenses courantes se maintiendront, aggravant ainsi les doubles déficits, ordinaire et
budgétaire !

Sur la base des hypothèses de CFG, les recettes ordinaires devraient baisser de 22% par rapport aux
prévisions de la loi de finances 2020.

« Les recettes ordinaires souffriront d'une baisse des revenus fiscaux. En effet, l’impôt sur le revenu
diminuera en 2020 en raison de la hausse du chômage déclenchée par le ralentissement économique
», selon la note du CFG.

II- Les mesures de gestion de finances publiques

Une gestion robuste des finances publiques permet à l’État de se prémunir contre les risques
budgétaires. Elle accroît sa capacité à réagir aux crises et à gérer les risques budgétaires.

Face à une crise comme la pandémie de COVID-19 qui évolue rapidement, il convient
d’adopter une démarche sur l’ensemble des administrations publiques, en créant une équipe
interministérielle de gestion des finances publiques, notamment pour évaluer les effets
potentiels des nouvelles mesures et propositions sur les finances publiques et le budget, et
pour s’assurer qu’elles soient appliquées de manière cohérente par l’ensemble des
administrations publiques.

Les mesures de gestion de finances publiques sont comme suit :

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1- Prendre conscience de la nécessité de repenser la politique de désengagement systématique


de l’Etat, particulièrement dans les secteurs à vocation sociale. Les modes de gestion actuels,
donnant plus de pouvoirs aux marchés qu’à l’Etat, se sont traduits par des dysfonctionnements
et des dérapages manifestes. Il est temps d’opter pour une nouvelle forme d’interventionnisme
étatique et plus intelligent, pour une meilleure dynamique à travers les instruments budgétaire
et fiscal notamment. Le temps est aussi à une régulation étatique plus appropriée des marchés,
dominés par les cartels, les monopoles de fait et les pratiques anti- concurrentielles.

2- Si tout le monde, convient que la loi de Finances 70.19 pour l’année 2020 est dépassée par
l’avènement du Covid-19, étant donné que les hypothèses économiques et financières sur lesquelles
elle a été construite ont perdu de leur pertinence, le dialogue se poursuit sur la manière de procéder à
sa révision. Une rectification de la LF doit se faire. Comme les LF trimestrielles seraient lourdes à
gérer, il est donc proposé, pour un pilotage approprié de nos finances publiques, dans le cas d’un
budget annuel, de le revoir, par une LFR, chaque trimestre (trimestrialité de la révision).

Une telle approche exige un léger réaménagement au niveau de certaines dispositions


législatives qui encadrent la préparation de la loi de Finances, son approbation par le
Parlement, son exécution et son contrôle, sa révision et sa liquidation.

L’article 4 de la LOLF ne limite pas le nombre de modifications de la LF au cours de l’année.


Cette approche (réforme) n’est pas sans changement du mode opératoire du gouvernement. En
effet, la structure rigide, en silo, très hiérarchisée et peu décentralisée, ne permet pas une
réactivité capable de transformer tout changement économique et financier, qui peut survenir
en tout temps, en avantage pour le pays.

– L’outil fiscal. Il doit moduler sa fonction de simple pourvoyeur de fonds à l’Etat et renouer
avec la plénitude de ses fonctions classiques. La fiscalité est censée constituer un instrument
privilégié au service de l’Etat, en vue d’encourager certaines branches d’activité créatrices de
richesses et de valeur ajoutée. Or, le constat est que la fonction économique de l’outil fiscal,
en tant que vecteur d’incitation et de résorption du secteur informel, à travers l’élargissement
de l’assiette et la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, a été sacrifiée à l’autel de
l’équilibre budgétaire. Il en est tout aussi bien de sa fonction sociale de redistribution des
revenus et de justice sociale. Il est tout à fait possible de concilier entre un niveau acceptable
de pression fiscale, un financement optimum des dépenses publiques, et un déficit budgétaire
soutenable. Les dernières Assises fiscales regorgent d’idées et de propositions novatrices en la
matière.

3-la gouvernance des organismes publics, il appartiendrait à l’Etat, de redéfinir le rôle des
Etablissements et Entreprises Publics, en tant que levier de croissance économique.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Le nouveau rôle à assigner au portefeuille de l’Etat devrait s’aligner sur les nouvelles priorités
nationales, en intégrant systématiquement les préoccupations sociales, outre les exigences
conventionnelles de rentabilité économique et financière.

III- Nouveau modèle de gouvernance des finances publiques cas des entreprises
et les établissements publics : Post-Covid-19

1- Réorganisation

 Puisque certains EEP, présentent des risques financiers importants susceptibles d’impacter la
viabilité des finances publiques, ils doivent donc faire d’abord l’objet de restructurations.

 L’ONEE devrait être incité à s’impliquer dans la préparation et la mise en œuvre d’une
externalisation rapide de sa caisse interne de retraite de sa branche électricité en s’inspirant de
la démarche entreprise par d’autres organismes publics comme l’ONCF et OCP.

 De la même manière, certains EEP assurant en interne la couverture des frais de maladie,
devraient externaliser ces régimes qui induisent des engagements financiers à long terme
auprès de caisses mutuelles ou d’entreprises d’assurance privée.

2- l’identification et à la catégorisation des risques potentiels afférents aux EEP, suivi de leur
évolution et à l’élaboration des mesures adéquates pour éviter leur réalisation et se protéger contre
leurs effets.

 Une revue détaillée des risques de taux de changes et des instruments de couvertures utilisés
par les EEP demeure requise pour affiner l’appréciation de la structure de la dette extérieure
consentie par les EEP.

 Il serait nécessaire d’apurer les arriérés de paiement des entreprises publiques vis-à-vis du
secteur privé

3- Exercer une veille permanente sur l’endettement des EEP

 Un dispositif dynamique de suivi et de surveillance piloter par le ministère de l’économie et


des finances, devrait permettre en particulier ce qui suit :

 être informé en temps réel sur l’endettement des EEP et son comportement

 fixer des ratios et règles prudentiels que les EEP doivent respecter en matière de
financement extérieur ;

 recourir à des instruments pour border les risques et réduire le coût de la dette;

4- Traiter en priorité le crédit de TVA accumulé par les EEP

 Vu son ampleur et la menace qu’il fait peser sur la solvabilité de certaines entreprises
publiques, notamment ONCF, OCP, RAM, ONEE, les pouvoirs publics devraient trouver un
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traitement financier à la problématique du crédit de TVA dont le montant cumulé à fin 2015 a
atteint près de 25,2 MM DH.

5-Optimiser le rendement du portefeuille public

Les transferts budgétaires des EEP en faveur de l’Etat devraient obéir aux principes de bonne gestion
de portefeuille, à savoir :

 faire le bon arbitrage entre le souci de préserver la capacité d’autofinancement de


l’entreprise pour couvrir ses investissements futurs et la rémunération de l’Etat actionnaire ;
 éviter que ces transferts soient fixés par le ministère de l’économie et des finances de façon
forfaitaire et unilatérale sans concertation préalable au sein des organes de gouvernance des
EEP concernés ;
 ne pas fixer le montant de la contribution au regard de la seule préoccupation de réduire le
déficit budgétaire de l’Etat ;
 veiller à ce que la contribution ne se limite pas à quelques EEP ayant fait preuve de bonne
gestion ;
 s’assurer que les contributions soient en ligne avec les objectifs stratégiques de l’Etat
actionnaire ;
 ne pas opérer de ponction sur les ressources des EEP par une distribution effrénée des
dividendes, surtout ceux qui se financent sur le marché financier international. Cela pourrait
avoir pour effet de dégrader leur rating.

Concernant ce dernier point, une politique de dividendes, au niveau de chaque groupe public, devrait
être formalisée et adoptée par le conseil d’administration de la société mère, et ce en conformité avec
les objectifs de l’Etat-actionnaire.

Par ailleurs, il est recommandé que les EEP ne soient pas appelés à supporter des dépenses qui sont du
ressort de l’Etat, des collectivités territoriales ou d’autres organismes publics.

CONCLUSION

Après la crise de la COVID-19, le relèvement doit ouvrir la voie à une économie différente, le
Maroc de demain doit divorcer avec certains complexes qui l’inhibaient par le passé.

La Phase de relance d’après le Professeur et économiste Najib AKSBI, reste couteuse pour les
finances de l’Etat. « Le gouvernement est convaincu qu’il est nécessaire de sortir de cette
crise par la haut, en mettant en place un plan volontariste et ambitieux, mais à condition qu’il
soit orienté vers des besoins accentués par la crise de Covid-19, notamment les secteurs de la

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santé, l’éducation, la lutte contre les inégalités sociales et les investissements dans les
infrastructures de base en milieu rural»

On doit mettre l’accent sur l’édification de l’économie et de société plus égale, plus inclusive et
plus durable, qui soient plus résistantes face aux pandémies, aux changements climatiques et aux
nombreux autres défis mondiaux que nous devons relever. Ce dont on a besoin maintenant, c’est de
solidarité. Grâce à la solidarité, on peut vaincre le virus et bâtir un Maroc meilleur.

Bibliographie :

- Article 1er du décret n°2-07-995 du 23 octobre 2008 relatif aux attributions et à


l'organisation du ministère de l'économie et des finances.
- Arrêté n°1485-14 du 25 avril 2014 modifiant l’arrêté n°3535-13 du 28 novembre
2011.
- B.O n° 5680 du 6 novembre 2008.
- Circulaire du ministre de l’économie et des finances n°2-3673 du 28 novembre 2010.
- Note circulaire du ministre de l’économie et des finances n°2-2733 du 25 mai 2007.
- Rapport de la cour des comptes (2016) : Le secteur des établissements et des
entreprises publics au Maroc : Ancrage stratégique et gouvernance.
- SBIHI.M-T, De l’impact du Covid-19 sur l’Economie marocaine, Tribune libre. 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

MESURES EN FAVEUR DES ENTREPRISES ET DES SALARIES


MAROCAINS A L’OCCASION DE COVID-19
MEASURES IN FAVOR OF MOROCCAN COMPANIES AND
EMPLOYEES FOLLOWING COVID-19 CRISIS

Par

Latifa BENAZZI
Enseignante-chercheur à l’EST de Meknès, Université Moulay Ismail.
la.benazzi@gmail.com
Résumé
La crise pandémique COVID-19 est inédite, exogène et imprévisible. Elle est en train de
changer tous les équilibres mondiaux et place, à juste titre, l’Etat au centre des enjeux sociaux
et économiques. Dès lors, il semble légitime de soutenir les entreprises nationales et de
repenser le rôle de l’État qui doit assumer correctement son action capitale sur le plan socio-
économique. Dans cette optique, il demeure entendu que l’Etat doit renforcer son soutien
budgétaire à l’économie. Ce rôle, à la fois, moteur et vital devrait absolument concilier entre
les équilibres macro-économiques et les équilibres sociaux, voire environnementaux. A ce
sujet, le Maroc a pris une série de mesures prémonitoires en vue de soutenir les différents
opérateurs économiques.
Mots clés : Pandémie- crise sanitaire- Etat providence- mesures prémonitoires- plan d’action-
positionnement stratégique- équilibres macro-économiques et sociaux.

Abstract
The COVID-19 pandemic crisis is unprecedented, exogenous and unpredictable. It is
changing all global balances and rightly places the State at the center of social and economic
issues. Consequently, it seems legitimate to support national companies and to rethink the role
of the State which must correctly assume its crucial action on the socio-economic level. From
this perspective, it remains understood that the State must strengthen its budgetary support to
the economy. This role, which is both driving and vital, should absolutely reconcile macro-
economic balances with social and even environmental balances. In this regard, Morocco has
taken a series of premonitory measures to support the various economic operators.

Key words: pandemic – health crisis – welfare state – premonitory measures – action plan –
strategic positioning - macro-economic and social balances.

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Introduction
Au regard des observateurs avertis la crise pandémique Covid-19 est inédite, exogène et
imprévisible. Elle est en train de changer tous les équilibres mondiaux. En tout état de cause,
elle remet, de fond en comble, en cause tous les modèles de développement de l’économie
mondiale, la mondialisation à outrance des chaînes de production et place, à juste titre, l’Etat
au centre des enjeux sociaux et économiques.
Ses répercussions épineuses posent incontestablement des inquiétudes certaines et engendrent
des séquelles indélébiles. Sans nul doute cette crise marquera l’histoire de toute l’humanité en
termes des taux élevés de mortalité, de chômage estimé par l’organisation international de
travail à 1,25 milliards de travailleurs, voire plus et surtout d’une récession brusque, brutale et
sans précédent de l’activité économique.

Pour s’en convaincre, sera essentiellement passé en revue la politique de soutien de


l’entreprise pendant cette période pandémique de COVID 19.
En effet, la crise sanitaire que traverse la planète entière est une spirale de chocs récurrents. À
la fois un choc d’offre, avec un impact décisif sur la production et un choc de demande,
compte tenu de la baisse de la consommation des ménages dû essentiellement au confinement
imposé. Dans ce contexte, le Maroc a été parmi les premiers pays à décréter l’état d’urgence
sanitaire et à exiger le confinement à un stade plus avancé de la propagation de la pandémie.
Dès lors, il semble légitime de soutenir les entreprises nationales et de repenser le rôle de
l’État qui doit assumer correctement son action capitale sur le plan socio-économique.
Dans cette optique, il demeure entendu que l’Etat doit renforcer son soutien budgétaire à
l’économie. Ce rôle, à la fois, moteur et vital devrait absolument concilier entre les équilibres
macro-économiques et les équilibres sociaux, voire environnementaux. A proprement parler,
il s’agit de sauvegarder les emplois, éviter la faillite des entreprises et, autant que faire se
peut, relancer les secteurs indispensables de la production.
A ce sujet, pour amortir l’effet de cette pandémie, le Maroc a pris une série de mesures
prémonitoires. En s’inscrivant dans une approche anticipative et proactive, à l’instar de la
création du Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de COVID-19, en application des
Hautes Instructions de SM le Roi Mohammed VI, parmi ces mesures on retient : l’octroi
d’une indemnité forfaitaire au profit des salariés déclarés à la CNSS, le soutien provisoire des
ménages opérant dans le secteur informel ou encore l’instauration de nouvelles règles
bancaires.
Néanmoins, la crise sanitaire actuelle s'annonce malheureusement beaucoup plus forte et
fatale. Les principaux secteurs terriblement secoués restent le tourisme, l’industrie automobile
et le textile. A titre d’exemple, selon la Confédération Nationale du Tourisme (CNT) l'impact
de la crise Covid-19 est estimé à 34,1 Md de perte en termes de chiffre d'affaires touristiques
en 2020. C’est le cas d’ailleurs pour le textile qui risque d’enregistrer des pertes colossales,
suite à un arrêt quasi-total de l’activité des entreprises au cours de cette récession. De même,
le secteur industriel reste, lui aussi, touché d’une manière directe, à cause de la réduction des
effectifs ou indirectement à travers l’arrêt des donneurs d’ordre ou le ralentissement des
chaînes de la logistique et d’approvisionnements. Egalement, le secteur agricole a subi, à la
fois, les conséquences lourdes de la sécheresse et de la pandémie. C’est le cas aussi pour des
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entreprises d’industrie ayant été contraintes de suspendre partiellement ou totalement leurs


activités à cause de cette endémie. A ce titre, il s’avère clairement qu’une grande partie des
entreprises est en arrêt total d’activités dans tous les secteurs. Ce qui va inévitablement
ralentir la croissance économique du pays et augmenter le taux de chômage.
Toutefois, vu leurs champs d’activités, certaines entreprises spécialisés dans les produits
d’hygiène et sanitaires ont pu tirer profit de la conjoncture. Malheureusement, l’industrie
agroalimentaire, quant à elle, secteur hautement stratégique pour permettre l’autonomie
alimentaire du pays, représente 150 000 emplois et 115 milliards de Dhs de chiffre d’affaires.
Elle est touchée de plein fouet par la crise du COVID-19, avec une baisse de 30% en avril. En
dépit de cette situation, l’industrie a pu maintenir l’approvisionnement du marché sur
l’ensemble des filières et, surtout, a assuré une stabilité des prix de vente.

Au lendemain de l’apparition au Maroc du premier cas de Covid-19, début mars 2020, de


nombreuses mesures visant à contrer les impacts négatifs liés à la propagation exponentielle
du virus. Pour cela, afin de faire face aux difficultés économiques et sociales, subséquentes à
la déclaration de l’urgence sanitaire, une série de mesures ont été adoptées en vue de soutenir
les différents opérateurs économiques.

1. Pour les entreprises :


- Suspension du paiement des charges sociales.
- Mise en place d’un moratoire pour le remboursement des crédits bancaires.
- Activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement.
- Programme de soutien au financement des très petites, petites et moyennes entreprises.
- Report des échéances fiscales.
- Contrôles fiscaux et ATD.
- Mesures en faveur des salariés.
- Tenue des assemblées générales et des conseils d’administration.
- Marchés publics.
- Auto-entrepreneurs.

2. Plan d’action social :


- Création d’un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie du Coronavirus.
- Traitement fiscal des dons au Fonds Spécial.
3. Pour les finances et banques :
-Approvisionnement en monnaie fiduciaire.
Bank Al Maghrib a annoncé que l’approvisionnement en monnaie fiduciaire de tout le
Royaume était assuré. Elle a également annoncé qu’un plan de coordination avec l’ensemble
du secteur bancaire a été mis en place afin que l’ensemble des guichets automatiques
bancaires du territoire soient alimentés de manière continue.
-Taux directeur à 2%.
-Mesures de politique monétaire et prudentielles pour soutenir l’accès au crédit bancaire au
profit des ménages et des entreprises.
-Tirage d’un montant de 3 milliards de dollars sur la Ligne de Précaution et de Liquidité
(LPL) du FMI.

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Dans ce contexte, un comité de veille économique(CVE) a été mis en place par le


gouvernement marocain pour suivre l’évolution de la situation économique et proposer, à cet
effet, des solutions appropriées en termes d’accompagnement des entreprises. Présidé par le
Ministre des Finances, ce comité a préconisé de nouvelles mesures réparties en trois grands
centres d’intérêts à savoir :
1- Le Report de l’impôt sur les sociétés :
Sur le volet fiscal, rien ne change pour les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires
dépassant 20 millions de dirhams (1,9 million d’euros). Pour les autres, le CVE a accepté de
reporter l’échéance des déclarations et du paiement de l’impôt sur les sociétés au 31 mars.
L’ensemble devra être payé à la fin du deuxième trimestre.
2- Soutien de la trésorerie
Pour les TPE et les PME qui poursuivent leurs activités en cette période et qui sont en
difficulté, notamment par rapport à leur trésorerie, le CVE a décidé de leur accorder des lignes
de crédit bancaires supplémentaires.
3- Anticiper la crise sociale
Le CVE semble par ailleurs vouloir prévenir la crise sociale à venir, en lien avec la
multiplication des arrêts et des fermetures d’usines, d’hôtels, de cafés et aussi le chômage
technique imposé dans plusieurs secteurs.
De surcroit, les salariés affiliés à la CNSS (sécurité sociale), vont avoir droit à une indemnité
de 2 000 dirhams (190 euros) nets mensuellement qui sera décaissée depuis le fonds pour la
gestion des effets du coronavirus mis en place et doté pour l’heure d’environ 30 milliards de
dirhams. De même, les salariés continueront de bénéficier des allocations familiales et de
l’assurance maladie obligatoire (AMO). Par ailleurs, les salariés affiliés à la CNSS pourront
bénéficier, eux-mêmes, d’un report des échéances bancaires au cours des trois prochains mois,
en ce qui concerne les crédits à la consommation et les crédits immobiliers.

Aussi convient-il d’ajouter que cette pandémie est susceptible de ralentir, voire arrêter
l’activité dans les entreprises et de modifier totalement les conditions de travail. Pour s’y
adapter, les entreprises se voient contraintes d’établir des plans de continuité d’activité,
communément appelés(PCA). Ces documents définissent clairement les actions à
entreprendre pour protéger les salariés tout en assurant la continuité de l’activité, comme ils
permettent de riposter automatiquement, et d’une manière fiable, en cas d’évolution de la
crise sanitaire.
Au demeurant, ce plan regroupe toutes les actions à conduire pour protéger les salariés face à
des situations exceptionnelles (pandémie ou autres facteurs externes). Il répond à un double
objectif :
- Maintenir l’activité essentielle de l’entreprise, éventuellement en mode dégradé,
- Protéger les salariés.
- Si ces deux objectifs entrent en litige, la sécurité et la santé des salariés doivent
toujours primer. En outre, si le PCA n’est pas obligatoire, le code de travail contraint
les employeurs à mettre en place des mesures protégeant la santé et la sécurité des
salariés.

Pour cette raison, l’établissement d’un PCA nécessite d’intégrer les conditions de travail pour
mieux anticiper les situations à risques. Cette démarche s’effectue en plusieurs étapes, à
savoir :

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126
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

- Faire un état des lieux et évaluer les risques (sanitaires, sociaux, économiques,
technique…).
- Prioriser les activités essentielles pour maintenir l’activité.
- Formuler des hypothèses sur les perturbations éventuelles pour l’organisation,
l’absentéisme et les risques qui pourraient être accrus.
- Élaborer des scénarii envisageables répondant aux hypothèses préétablies.
- Faire des simulations d’un ou plusieurs de ces scénarios, tester leur opérationnalité
et/ou de les enrichir.
A cet égard, se doter d’un PCA permet de formaliser les dangers auxquels sont exposés les
salariés, de prévenir les risques, de réagir vite afin de préserver au mieux la santé et la
sécurité des salariés et aussi la rentabilité de l’entreprise. A cet égard, le PCA permet non
seulement de renforcer la confiance des salariés dans leur entreprise, mais surtout de
maintenir ainsi une organisation efficace et performante.

CONCLUSION :

En somme, tous les regards sont désormais tournés vers le rôle réel de l’Etat, avec un retour
en force de l’Etat-providence et la nécessité de renforcer davantage l’élan de solidarité qui
s’est établi. En fait, que ce soit pour notre économie ou pour l’économie mondiale, cette crise
sanitaire mondiale a révélé tangiblement l’extrême fragilité du monde et des économies. La
leçon que l’on puisse, donc, tirer de cette crise est la nécessité de redéfinir nos priorités en
termes de dépenses publiques et de production, de rendre notre économie moins dépendante
pour les produits stratégiques et encore moins dépendante de la demande étrangère. Il n’est
pas question d’opter pour le protectionnisme, mais plutôt pour un positionnement stratégique
de précaution qui se traduit par : «Pas d’Etat, mais mieux d’Etat ».

En effet, le Maroc, toujours sous l’impulsion du Souverain, a très vite compris qu’il était
impératif d’un point de vue socio-économique de conjuguer distanciation sociale avec
solidarité nationale. Si le soutien financier aux entreprises en difficultés et à leurs salariés était
attendu, l’aide apportée aux acteurs du secteur informel reste totalement inédite. Elle renforce,
de fait, le principe de solidarité nationale et donne vie – à travers le Fonds Covid-19, qui a
permis à l’Etat de lever près de 30 milliards de dirhams (3 milliards d’Euros) en deux
semaines – au principe de justice sociale essentiel à tout modèle de développement inclusif.
Dans cette lutte planétaire contre le Coronavirus, le Royaume consacre, jusqu’ici, un budget
équivalent à 2,7% de son PIB, faisant de lui le 4 ème pays au monde, après la Suède, la
Nouvelle-Zélande et le Chili, en termes de ressources financières mobilisées en pourcentage
du PIB.

Par ailleurs, jusque-là, la grande majorité des économistes, voire des décideurs critiquaient le
modèle de croissance basé sur la demande intérieure. On le voyait essoufflé, peu rentable,
déconnecté de la réalité du monde. Mais avec le Covid-19, ce même modèle, centré sur la
dépense publique, paraît désormais comme la seule panacée contre la récession, mais surtout
comme le seul moyen pour relancer l’activité économique. A ce propos, dépenser plus, c’est :
- Maintenir à flot des entreprises en soutenant leur carnet de commande.
- Injecter de l’argent dans des travaux d’infrastructure ou autres pour créer de nouveaux
emplois et distribuer du pouvoir d’achat.
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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

- Verser pour les secteurs touchés des compensations à la sauvegarde de l’emploi. A juste
mesure, le Maroc n’est pas aussi riche que la France pour indemniser à 100% le chômage
temporaire, mais peut, comme après la crise de 2008, prendre en charge une partie des coûts
liés à l’emploi (cotisations sociales et IR notamment) dans le but ultime d’alléger les coûts
salariaux des entreprises pour limiter au maximum les pertes d’emplois. Ainsi, les secteurs
visés peuvent être l’hôtellerie, les métiers du tourisme, le transport aérien et portuaire, les
métiers et industries liés à l’import-export…etc.
- Reporter les échéances de l’impôt : beaucoup d’entreprises marocaines seront, incapables de
s’acquitter du premier acompte de l’IS payable avant fin mars ou du solde de la TVA
trimestrielle, et cela faute de trésorerie. Une pareille mesure pourrait soulager leurs finances.
Dans ce sens, d’autres mesures peuvent être prises, adaptées à chaque type d’activité et
calibrées selon l’ampleur des dégâts dans tel ou tel secteur.
Par ailleurs, au lendemain de la levée de l’état d’urgence sanitaire, il sera question d’accélérer
la mise en place d’un nouveau modèle de développement économique tant attendu en faisant
de lui une affaire de tous les marocains. L’impératif étant de tirer correctement les
enseignements de cette crise en renforçant davantage la santé, la formation et la recherche
scientifique.
Pour cela, le Maroc doit prendre, sans tarder, en main son destin et surtout sa souveraineté
industrielle et de créer d’autres chaines de valeurs. Il s’agit en particulier de réorienter ses
choix vers le développement d’une économie nationale moins dépendante de l’étranger et plus
productive. A titre d’exemple, le Maroc a pu, au cours de cette période, exporter 10 millions
de masques.
Pour encourager la confiance en soi et la relance de l’activité de l’entreprise, il est appelé plus
que jamais à
- Instaurer la culture de consommer les produits industrialisés au Maroc.
- Réinvestir dans le capital humain en valorisant les compétences marocaines et surtout
mettre en place des formations convenables au besoin du marché.
- Taper sur d’autres lignes de financement en faveur des PME notamment le crow
funding.
- Développer les entreprises Start up ciblant les niches les plus productives.
- Promouvoir la digitalisation qui est un nouveau relai de croissance des entreprises. Du
coup, il est important d’intégrer le levier numérique au centre des stratégies d’entreprises car
il leur permet rapidement de lancer leurs projets et d’accélérer durablement leur croissance. A
ce titre, le Groupe Renault Maroc, en tant qu’acteur majeur du secteur automobile national,
Seina, a relevé que la marque dispose d’un showroom virtuel, soit une plateforme digitale
sécurisée, permettant aux clients et prospects de découvrir un véhicule, demander des
démonstrations et surtout de réserver en ligne. L’avantage de cette plateforme, première de
son genre au Maroc, est de faciliter le processus d’achat complet pour les clients, notamment
en cette période où le déplacement demeure difficile et risqué.
- En fin, investir dans la recherche scientifique sachant que les dépenses en recherche et
développement (R&D) constituent 0,8% du PIB du Maroc en 2017,révélant que ce taux reste
très faible comparativement à celui des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de
développement économiques) avec un BIP de (2,3%).
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128
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Le choc naît et se propage dans la sphère économique et/ou financière et modifie son mode de
fonctionnement et ses mécanismes de régulation. A l’inverse, la crise Covid-19 est plutôt de
nature exogène et risque de déstabiliser voire bouleverser tout le système économique
existant.

BIBLIOGRAPHIE :

- BACHIRI.M, Plan de continuité d’Activité PCA, Rapport de la Commission


Innovation et Développement Industriel de la CGEM, mars 2020
- JOUHARI.N, L’impact de la crise du Covid-19 sur l’économie nationale,
https://www.maroc-hebdo.press.ma/impact-crise-covid19-economie
- JURCZENKO.E, (2000), Quel est l’impact du Covid-19 sur l’économie mondiale ?
https://www.tendancehotellerie.fr/articles-breves/vos-articles/13322-article/quel-est-l-
impact-du-covid-19-sur-l-economie-mondiale
- KERDOUDI.J, Covid 19, L’Economie mondiale : La crise de 2008et celle de 2020,
https://leseco.ma/impact-ducovid-19-sur-les-entreprises-les-conclusions-preliminaires-
de-la-cgem/
- MEKKAOUI.R, Covi-19 : Quels impacts et quelle sortie de crise,
https://leconomiste.com/article/1062820-covid-19-quels-impacts-et-quelle-sortie-de-
crise /
- THEISEN.M (2020), Comme un diamant poli : repenser sa stratégie dans un monde
postCOVID-19,
https://www.tendancehotellerie.fr/articlesbreves/publireportages/13960-
article/comme-un-diamant-poli-repenser-sa-strategie-dans-un-monde-post-covid-19.
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Renault
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Usine_Renault-Nissan_Tanger

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

CORONAVIRUS AU MAROC, REPERCUSSIONS ECONOMIQUES ET


MESURES EXCEPTIONNELLES : QUEL BILAN ?

Par

Fettouma MAA

Professeur en Economie et Gestion à l’Ecole Supérieure de Technologie de


Meknès, Laboratoire de Recherche en « Economie, Gestion et Société »
Université Moulay Ismail, Maroc.

Résumé

La crise pandémique de coronavirus est devenue un sujet d’actualité, plusieurs écrits sur
l’urgence de l’adoption des modes de fonctionnement ont été fournis par les économistes
industriels et les chercheurs du monde académiques. En effet, la propagation de la crise de
Coronavirus a fragilisé l’économie marocaine et a imposé plusieurs mesures exceptionnelles
pour relancer l’activité économique, préserver les emplois directs et indirects et endiguer les
impacts négatifs de la crise.

Mots clés : Crise ; Coronavirus ; Activité économique, Changement, Maroc, mesures


exceptionnelles, Mode de fonctionnement.

Abstract

The pandemic coronavirus crisis has become a hot topic, several writings on the urgency of
adopting operating modes have been provided by industrial economists and researchers from
the academic world. Indeed, the spread of the coronavirus crisis has weakened the Moroccan
economy and imposed several exceptional measures to revive economic activity, preserve
direct and indirect jobs and stem the negative impacts of the crisis.

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130
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Keywords: Crisis, Coronavirus, Economic activity, Change, Morocco, Exceptional


measures,Operating mode.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Introduction

La pandémie de Coronavirus a dévoilé à quel point notre économie nationale est dépendante
d’industries localisées en Europe ou en Amérique et exposée à tous les défis de la
mondialisation. Plusieurs chercheurs citent la relocalisation de la production dans certains
domaines comme étant un choix stratégique permettant de relever les contraintes financières à
court terme des entreprises.

Etant donné le raisonnement de la rentabilité qui interpelle plusieurs entreprises, de


nombreuses réflexions s’imposent concernant, le niveau optimal de la relocalisation des
richesses, le prix que devra payer le consommateur, les aides financières et les subventions
que devra accorder l’Etat pour soutenir l’activité économique.

Le Maroc à l’instar des autres pays, fait face à cette crise imposée par la propagation de la
pandémie de coronavirus, Covid-19, en adoptant des efforts exceptionnels et des mesures
d’urgence pour soutenir son économie nationale. En effet, toutes les mesures
d’accompagnement adoptées par les pouvoirs publics pour gérer la crise sont jugées vitales
et nécessaires, dans la mesure où elles permettent de limiter les conséquences négatives de la
crise.

Dans ce contexte de crise sanitaire, qui a fragilisé les grandes économies des pays développés,
plusieurs questions se posent quant aux conséquences de cette pandémie sur l’économie
marocaine et les mesures d’urgence à déployer pour relancer l’activité économique.

I. La Pandémie de Coronavirus met l'économie marocaine à l'épreuve

L’activité économique du Maroc est dépendante de la croissance européenne. En effet, l’UE


représente plus de 58% des exportations marocaines, 59% du stock d’IDE, 70% des recettes
touristiques et 69% des transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE). 76 Cette
dépendance a dévoilé à quel point notre économie nationale est fragile.

76
Note sur les impacts économiques du Covid-19 au Maroc au 26/03/2020, Délégation de l’Union européenne
au Maroc.
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132
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

 Dans ce cadre, le Conseil de Bank Al-Maghrib s’est principalement focalisé sur les
répercussions de la pandémie de coronavirus à l’échelle mondiale, indiquant que la
croissance nationale devrait se limiter à 2,3% en 2020, contre 3,8% fixée auparavant et
une réduction du taux directeur pour relancer les secteurs économiques les plus
impactés par la crise.

 Le centre marocain de conjoncture (CMC), a annoncé une baisse des prévisions de


croissance pour l’exercice 2020 avec un taux de croissance qui ne dépassera pas 0,8%,
expliquant que la création du Fonds spécial de gestion de la pandémie du coronavirus
et la solidarité agissante des Marocains, « pourrait bien faire éviter la faillite à un bon
nombre d’entreprises et sauver des emplois ».

 CFG Bank affirme à son tour l’impact négatif de la pandémie sur l’économie
marocaine, et particulièrement le secteur du tourisme qui affichera des
contreperformances remarquables qui pourront aller jusqu’à 39% de baisse du nombre
de touristes.

 Les Experts du Commerce Extérieur, (MCE), prévoient une perte de 2,6 millions de
tonnes chaque mois, soit une diminution de 20% des chiffres et volumes de biens
échangés.

 Les Professeurs Chercheurs ont souligné l’impact négatif de la crise sur la balance des
paiements et les réserves de change. Selon le Professeur Radouane Raouf de
l’Université Mohammed V de Rabat, « l’interruption des recettes du tourisme, le
ralentissement des transferts des MRE (dû à la crise en Europe) et la faible demande
étrangère peuvent être perçus comme des sources de tensions sur les réserves en
devises ».

II. Les répercussions économiques du Covid-19 : Analyse des secteurs gagnants


et perdants de la crise

Un ralentissement de l’économie nationale, une perte des revenus et un confinement durant au


moins trois mois, ont incontestablement changé le comportement des consommateurs et le
mode de fonctionnement des entreprises. Un constat qui dévoile d’une part des contre-
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133
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

performances et d’autre part, des niveaux de gains sans précédent par certains domaines et
secteurs.

La propagation du nouveau virus covid-19 et le confinement à travers le monde ont un impact


très lourd sur les secteurs du transport et du tourisme. En effet, le confinement a un impact
négatif direct sur le trafic aérien, restaurants, hôtels..etc. L’industrie marocaine est impactée
directement, à travers la cessation des commandes des principaux donneurs d’ordres, le
chômage partiel des employés et le ralentissement de la production industrielle.

Le secteur du textile et de l’habillement est parmi les secteurs les plus touchés par la
pandémie. Le textile au Maroc emploie plus de 190.000 personnes dont plus du quart a subi la
crise, suite au ralentissement de la logistique et l’arrêt des activités des principaux donneurs
d’ordre européens situés principalement en France et en Espagne comme le géant Inditex, qui
dispose de différentes marques de prêt-à-porter.

Dans le même cadre d’analyse, le coronavirus conjugué à la sécheresse impacteront


négativement le secteur agricole. Selon le Haut-commissariat au Plan, le rendement de la
production et la valeur ajoutée agricoles connaîtront une baisse sans précédent.

Cependant, il s’avère nécessaire de présenter d’autres industries et secteurs épargnés


par la pandémie du Covid 19, il s’agit principalement de l’industrie pharmaceutique, la
grande distribution et les nouvelles technologies.

 En analysant le comportement des ménages nous pouvons annoncer que le commerce


de certains produits sanitaires et alimentaires de première nécessité, ne semble pas
touché par la crise. Au contraire, les achats des ménages ont été doublés afin d’avoir
des stocks et tenir durant les mois du confinement, par conséquent, le chiffre d’affaires
de l’industrie alimentaire a augmenté.
 En ce qui concerne, l’industrie sanitaire (gel hydroalcoolique) et avec l’obligation du
port de masques le 6 avril, le volume de production a connu une nette amélioration.
Beaucoup de textiliens ont transformés leurs chaînes en lignes de production de
masques en tissu pour répondre aux besoins du marché.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

 En raison de la limitation des déplacements par les autorités, les nouvelles


technologies ont connu un succès remarquable. En effet, les ventes en ligne,
l’enregistrement et la diffusion des cours grâce aux technologies d’internet et la
réalisation des réunions par des visioconférences en l’occurrence le télétravail, ont
enregistré des flux massifs.

Face à ces répercussions, le Ministère de l’Industries, du Commerce, de l’Economie Verte et


Numérique en collaboration avec le Ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle ont
mis en place un protocole pour la gestion du risque de contamination au covid -19 dans les
lieux du travail, ce protocole vise à fournir des lignes directrices pour accompagner les
entreprises à mettre en place les mesures de précaution en vue de protéger la santé des salariés
et assurer la continuité des activités et de l’emploi. 77 Ci-dessous le contenu du plan

III. Les mesures adoptées par le Maroc pour faire face à la crise du Covid-19

Pour faire face à cette pandémie de Covid-19, et suite aux orientations royales et en
application des Hautes instructions du roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le Maroc a mis
en place une multitude de mesures anticipatives et d’aides aux populations et aux familles

77
Ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle « protocole pour la gestion du risque de contamination
au covid -19 dans les lieux du travail », 2020
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135
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

démunies impactée par la crise sanitaire. Les différentes mesures 78 adoptées visent le
renforcement de l’activité économique et concernent à la fois le secteur formel et informel. Il
s’agit principalement de :

 La création d’un fonds spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus Covid-


19, permettant de prendre en charge les dépenses sanitaires, le renforcement des
infrastructures et équipements médicaux, le soutien des entreprises et la préservation
des emplois directs.

 La Mise en place du programme « Damane oxygène » par la caisse centrale de


garantie, il s’agit d’un mécanisme de garantie exceptionnel pour venir en aide aux

78
Ministère de l’Economie, des Finances et de la réforme de l’Administration, « Communiqué de Presse :
Tenue de la huitième réunion du Comité de Veille Economique », 21 mai, 2020
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136
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

entreprises à travers le financement des charges courantes et vitales sur une durée
limitée au 30 Juin 2020. Dans ce cadre, plusieurs entreprises marocaines en ont
bénéficié.

 L’octroi des indemnités forfaitaires aux salariés des entreprises déclarées en difficultés
ou en arrêt provisoire par la caisse nationale de sécurité sociale. Egalement, cet
organisme a participé avec 500 millions de Dhs au fonds spécial pour la gestion de la
crise Covid et mis en place des actions d’accompagnement ; comme l’application
mobile MA CNSS et le centre d’appel Allo Damane, Plateforme d’édition pour limiter
le déplacement aux agences et suivre les dossiers à distance via le portail assuré….etc.

 La mise en place des dispositifs de financement couvrant tout le spectre des


entreprises (publiques et privées), négativement impactées par la pandémie. Ces
dispositifs permettent de financer le besoin en fonds de roulement des entreprises avec
un taux d’intérêt maximum de 4%. Le remboursement de ces crédits peut s’étaler sur
une période de sept ans avec deux ans de délai de grâce.

 Le lancement du dispositif « Relance TPE » : il s’agit d’une garantie de l’Etat à


hauteur de 95% pour les crédits de relance de l’activité, accordés aux TPE, commerces
et artisans dont le chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions Dhs.

 L’introduction du programme « Damane crédits » accordé pour la relance de l’activité


des entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 10 millions Dhs.

D’autres mesures et axes d’accompagnement ont été adoptées par l’Agence Nationale pour la
Promotion des Petites et Moyennes Entreprises en collaboration avec le Ministère de
l’Industries, du Commerce, de l’Economie Verte et Numérique afin de stimuler la demande
locale et encourager la production nationale pour la continuité des activités et la préservation
de la santé des ressources humaines et l’environnement social.

Ci-dessous un tableau synthétisant les principaux axes de l’offre de conseil et d’expertise


technique pour la gestion de la crise (COVID 19) :

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137
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Axes d’accompagnement Actions

Gestion et optimisation Maitrise et réduction de coût


financière
Etablir mon plan de financement pour la relance

Sécuriser les Cash flow et optimiser la trésorerie

Mettre en place une organisation financière optimisée

Plan de relance et gestion des Déployer un plan d’urgence (court terme)


risques
Mettre en place un plan de relance (moyen terme)

Optimisation de la Réorganiser les processus de production


production et de la supply
chain Lean manufacturing

Optimiser la supply chain dans le contexte COVID 19.

Transformation numérique Sécuriser les échanges et les données


de l'entreprise
Déployer des solutions numériques appropriées pour la
relance

Adopter une stratégie de transformation numérique

Sécurisation et développent Sécuriser les ventes


des ventes
Définir un plan commercial adapté aux exigences du
marché induites par le COVID 19

Reconfigurer les canaux et les réseaux de distribution

Développer une offre produit/service

Accompagnement du Réorganiser les effectifs et développer les compétences des


dirigeant et des Ressources équipes
Humaines
Mener une démarche de conduite de changement

Se conformer aux exigences sanitaires liées aux COVID-

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138
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

19.

Source : Maroc PME

Conclusion

Enfin, face à un ralentissement de l’économie nationale pendant au moins trois mois, un


appauvrissement des grands donneurs d’ordres, un arrêt des principales locomotives
industrielles et une crise sanitaire, chacun de nous est amené à chercher de nouvelles voies, de
nouvelles inspirations et pistes de réflexion, car pour gérer cette pandémie et limiter sa
propagation, il est nécessaire de changer nos habitudes et transformer notre mode de travail.

La nécessité et l’urgence de réorienter les choix stratégiques de l’économie marocaine vers le


développement d’un business model productif moins dépendant des marchés étrangers est
vitale. Il s’agit d’ajuster les règles des marchés afin de donner la priorité aux produits
marocains, chose qui permettra de transformer notre mode de fonctionnement.

Les industries productives orientées vers le marché national peuvent profiter de cette
pandémie « Coronavirus », car les secteurs tournés vers la production nationale sont moins
dépendants de la demande étrangère et restent parmi les secteurs les moins touchés par la
crise et donc les plus épargnés.

Egalement, cette crise du coronavirus a dévoilé que nombreuses mesures et réformes


stratégiques peuvent être mises en place

 Tracer au niveau gouvernemental une bonne démarche de travail basée sur la


coordination, la planification et le leadership.
 Elaborer des analyses et études multidimensionnelles, traitant les contraintes
économiques et sociales, tout en définissant clairement les objectifs à atteindre, en se
basant sur la transparence et la reddition des comptes.
 Encourager la production locale et les réformes ambitieuses d'innovation, les
initiatives d'aide aux plus démunis et les stratégies d'émergence industrielle.
Bibliographie

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139
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

 Note sur les impacts économiques du Covid-19 au Maroc au 26/03/2020, Délégation

de l’Union européenne au Maroc.

 Ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle « protocole pour la gestion du

risque de contamination au covid -19 dans les lieux du travail », 2020.

 Ministère de l’Economie, des Finances et de la réforme de l’Administration,

« Communiqué de Presse : Tenue de la huitième réunion du Comité de Veille

Economique », 21 mai, 2020

 Brochure Maroc PME, « Offres de Conseil et d’expertise technique pour la gestion de

la crise (Covid 19) », Maroc 2020

 Note du Crédit-Capital-Garantie, « Fonds de garantie PME : Damane Relance »,

Charte d’utilisation, 28 mai 2020

 Conférence – Webinaire, « Gestion financière de l’entreprise à court terme en période

de crise », CGEM-12 mai 2020.

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

LA PANDEMIE DU CORONAVIRUS :

QUEL IMPACT SUR L’ECONOMIE MAROCAINE, QUELLES


MESURES ET QUELLES LEÇONS A TIRER ?

Par

Es-sahli EL HARCHAOUI

Enseignant chercheur en Economie et Gestion à l’Ecole Supérieure de


Technologie de Meknès, Université Moulay Ismail, Maroc.

Résumé :
Le Maroc devrait trouver le bon équilibre entre son action pour éviter les effets sociaux et
économiques de la pandémie tout en veillant à ce que l’économie soit prête à se remettre
rapidement après la fin de la pandémie. Les leçons qu’on peut tirer de cette grave crise
sanitaire sont multiples. Tout d’abord la priorité à accorder à la santé humaine par la
formation, l’équipement des hôpitaux, et la recherche scientifique. Cette crise a montré que la
mondialisation est réelle, et que tout événement important dans un pays a une répercussion sur
les autres. D’où la nécessité de préserver le multilatéralisme et la solidarité internationale. Au
lieu que chaque pays prenne des mesures nationales, il vaudrait mieux plus de concertation
sur le plan régional et international, en coordination avec le G20, le FMI et la Banque
mondiale. Enfin, cette crise démontre l’importance de la recherche/développement dans les
sciences médicales, et l’obligation de travailler ensemble pour trouver des solutions.
Mots clés : Covid-19, croissance économique, balance commerciale, mondialisation, bigdata,
Maroc.
Abstract:
MOROCCO should find the right balance between its action to avoid the social and economic
effects of the pandemic while ensuring that the economy is ready to recover quickly after the
end of the pandemic. There are many lessons to be learned from this serious health crisis.
First of all, the priority to be given to human health through training, equipping hospitals, and

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141
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

scientific research. This crisis has shown that globalization is real, and that any important
event in one country has repercussions on the others. Hence the need to preserve
multilateralism and international solidarity. Instead of each country taking national measures,
it would be better to have regional and international consultation, in coordination with the
G20, the IMF and the World Bank. Finally, this crisis demonstrates the importance of
research / development in the medical sciences, and the obligation to work together to find
solutions.
Keywords : Covid-19 , economic growth , trade balance , globalization , big data, Morocco .

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142
Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

Introduction :

La pandémie de Covid-19 a provoqué un arrêt brutal de l’activité économique dans un


nombre croissant de pays. Ce coup de frein a eu des répercussions internationales avec la
baisse du commerce extérieur et la hausse de l’aversion au risque des investisseurs. Celle-ci a
déclenché une quête mondiale effrénée de liquidités en dollar ainsi que des sorties de capitaux
dans les pays en développement.

L’impact de la pandémie sur l’économie mondiale pourrait être situé entre 2.000 et 4.100
milliards de dollars, soit 2,3% à 4,8% du PIB mondial, a indiqué la Banque asiatique de
développement (ADB). Quant au FMI il qualifie cette crise comme étant la pire depuis la
grande dépression de 1929. Les bourses mondiales se sont effondrées dès le mois de mars, le
prix du baril de pétrole est tombé dans le négatif pour la première fois de l’histoire, et le
chômage grimpe en flèche partout.

Les grandes économies ont réagi en prenant des mesures énergiques de politique monétaire et
budgétaire. L’évolution à court terme de la demande et de l’activité dépendra entièrement de
la durée et de la sévérité du confinement des populations. Une fois qu’il sera levé, la reprise
sera probablement progressive et inégale. L’action des pouvoirs publics devra évoluer, les
mesures d’aide face à la pandémie cédant la place aux mesures de relance de la croissance,
avec des finances publiques encore mises à l’épreuve.

Le Maroc, en tant qu'économie axée sur la consommation, le commerce et le tourisme,


pourrait connaître des pertes importantes en 2020.Jusqu’à présent, les principaux
secteurs touchés sont le tourisme, l'automobile et le textile. L’activité
économique du Royaume sera incontestablement impactée par le repli de l’économie
européenne sachant que l’UE représente plus de 58% des exportations marocaines, 59% du
stock d’IDE, 70% des recettes touristiques et 69% des transferts des Marocains Résidant à
l’Etranger (MRE).

Ce travail cherche à analyser l’impact de la pandémie du coronavirus sur l’économie


marocaine, les mesures prises pour gérer la situation et les leçons à tirer.

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I/ Impact de la pandémie sur l’économie marocaine

Le Maroc mène des efforts pour, d’un côté, contenir la propagation du virus sur son sol, et, de
l’autre, sauver son économie nationale, dont des pans entiers ont dû brusquement baisser le
rythme ou céder complètement à l’arrêt. Les conséquences de la pandémie sur l’économie
marocaine sont très difficiles à évaluer, car nul ne sait à quelle date elle prendra fin. Mais
d’ores et déjà, le Haut- Commissariat au plan a dévoilé le 22 avril une étude sur l’impact
immédiat de la crise :

 La croissance économique nationale serait amputée de 8,9 points, au deuxième


trimestre 2020, par rapport à son évolution d’avant crise Covid-19, au lieu de -3,8
points prévu au 7 avril, Cette baisse représenterait une perte globale potentielle
d’environ 29,7 milliards de DH pour la première moitié de 2020, au lieu de 15
milliards de DH prévue au 7 avril
 Près de 142 000 entreprises, soit 57 % du tissu économique, ont arrêté définitivement
ou temporairement leurs activités. Les TPE sont les plus touchées : elles représentent
72 % des entreprises en difficulté, tandis que 26 % sont des PME et seulement 2 % des
grandes entreprises.
 La croissance de la demande étrangère adressée au Maroc a été révisée à la baisse,
pour atteindre -12,5% au deuxième trimestre 2020, au lieu de -6% prévu au 7 avril,
suite au fléchissement attendu des importations des principaux partenaires
commerciaux du Royaume
 L’aggravation du déficit s’explique principalement par l’augmentation des dépenses
sociales et économiques liées à Covid19 et la baisse des recettes fiscales, en particulier
de l’impôt sur les sociétés, par conséquent, la dette de l’administration centrale
pourrait culminer à 73% du PIB en 2020.
 L’investissement, quant à lui, poursuivrait son repli de -26,5% par rapport au
deuxième trimestre 2019, un net ralentissement des exportations, des recettes
touristiques et des envois de fonds est prévu, car la pandémie perturbe le commerce et
les chaînes de valeur mondiales.
 L’incertitude globale sur le marché du travail conduit à la perte d’emplois et de
revenus, sans savoir à quel moment ils pourraient être rétablis

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 27 % des entreprises ont réduit temporairement ou définitivement leurs effectifs, ce


qui représente près de 726 000 postes, soit 20% de la main d’œuvre des entreprises
organisées, hors secteur financier et agricole.

 Certains secteurs ont montré des signes précoces de vulnérabilité tels que le tourisme,
les transports et la logistique dans les chaînes d’approvisionnement, mais aussi – et plus
difficile à mesurer – le secteur informel transversal. Comme attendu, le secteur le plus touché
est celui de l’hébergement et de la restauration, dont 89 % des entreprises qui sont à l’arrêt.
Elles sont 76 % dans le secteur des industries textiles et du cuir et 73 % dans celui des
industries métalliques et mécaniques et 60 % dans la construction. La pêche, les mines et
l’agro-industrie sont les secteurs les moins touchés par la crise sanitaire, comptant
respectivement 24 %, 32 % et 34 % d’entreprises à l’arrêt.

La pandémie de Covid-19 a eu un impact significatif sur quasiment toutes les branches


d’activité et le secteur de la technologie n’est pas en reste.

Le problème principal auxquels les industriels sont confrontés en cette période concerne les
délais de livraison qui se font de plus en plus longs, à cause de la suspension des importations.
Les stocks se vident, les distributeurs ne sont pas en mesure de communiquer de manière
efficace sur les délais de livraison. Cette pénurie sévère du matériel risque d’entrainer une
augmentation des tarifs, et fait que la planification des projets et des déploiements devient
aléatoire et difficile à structurer.

Le secteur industriel dépend principalement de la dynamique économique locale et des


investissements des grands donneurs d’ordre notamment les opérateurs Télécoms, les
banques, les entreprises privées et les administrations publiques et à moindre degré l’export
constitué essentiellement de l’offshoring. Suite à cette crise Covid19, tous ces secteurs ont
révisé leurs priorités d’investissement et aussi la cadence d’exécution de leurs projets en cours
s’il ne sont pas simplement arrêtés. Ce qui induira un impact négatif sur le Business des
entreprises opérant dans le secteur industriel.

En parallèle on peut dire La crise a eu un impact positif au niveau de la vente de certaines


solutions industrielles. En effet, le passage en télétravail d’entreprises entières, dans le cadre

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des plans de continuité d’activité de coronavirus, a entrainé une augmentation du recours aux
solutions de travail collaboratif de télétravail et de visioconférence et aux plateformes.

La pandémie du coronavirus qui sévit au Maroc sur le plan sanitaire, a porté un sacré coup à
l’économie. A l’échelle nationale, les secteurs d’activité les plus pourvoyeurs d’emplois sont
dans une situation de quasi-arrêt. Les dernières prévisions du Fonds monétaire international
(FMI) tenant compte de l’impact du coronavirus sur l’économie nationale, légitiment
amplement de s’intéresser au niveau du taux de chômage pour l’année en cours. En effet,
l’institution de Bretton Woods prévoit un repli de 3,7% du PIB et un taux de chômage de
12,5% en 2020. Sachant que le taux de chômage se situait à 9,2% au niveau national d’après
le haut-commissariat au Plan (HCP) Au-delà de ces chiffres, d’autres indicateurs allant dans
le sens de la détérioration du marché du travail dans ce contexte en proie à la progression du
Covid-19 (plus de 840.000 salariés déclarés au chômage partiel), ainsi que d’autres faisceaux
d’indices (hausse des défaillances 28 d’entreprises) incitent à se poser la question de savoir si
le Maroc ne risque pas de connaître un chômage de masse en 2020 à cause de cette crise
dévastatrice. Laquelle a contraint les pouvoirs publics, avec l’aide du secteur privé, à mettre
sur pied une batterie de mesures pour atténuer ses conséquences sur le front économique.

Finalement, 810.000 employés du secteur privé, déclarés à la CNSS, ont été inscrits par leurs
employeurs pour bénéficier de l’indemnité que servira le Fonds spécial pour la gestion des
effets du Coronavirus au titre du mois de mars. Soit le tiers du nombre total des salariés
déclarés du secteur privé à fin février. Ces travailleurs qui ont perdu temporairement leurs
emplois, viennent s’ajouter au 1,1 million de chômeurs que comptait le Maroc à fin 2019,
selon les derniers chiffres du HCP. L’augmentation est donc phénoménale : +70% ou 1,9
million de personnes ! Le taux de chômage passerait avec cette nouvelle population à près de
16% contre 9,2% à fin 2019. La population active au Maroc (ayant un emploi ou à la
recherche d’emploi) s’élevant à 12 millions de personnes.

II/ Les canaux d’impact

1- Au niveau de la croissance :

Suite à la réunion trimestrielle de son conseil d’administration le 17 mars, la Banque centrale


marocaine a revu à la baisse ses prévisions de croissance nationale pour 2020 de 3,8% à 2,3%

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compte tenu de l’effet conjugué de la mauvaise récolte céréalière et de la propagation au


niveau mondial de la pandémie. “Les conditions actuelles suggèrent que nous nous
acheminons vers la plus faible croissance des 20 dernières années”, selon le Haut-
Commissaire au Plan. Bank Al-Maghreb a par conséquent décidé de réduire son taux
directeur de 25pbs à 2% afin de soutenir l’activité économique nationale.

Le Centre Marocain de Conjoncture table, pour sa part, sur une croissance limitée à 0,8% en
2020.

2- Au niveau de la consommation et l’investissement :

Compte tenu du gel des activités des entreprises, de la hausse attendue du taux de chômage
ainsi que des mesures sanitaires entreprises (confinement, fermeture de restaurants, de cafés,
d’usines, etc.), une baisse de la consommation des ménages (hors produits de première
nécessité) et de l’investissement devrait être attendue.

3- Au niveau du commerce :

L’impact actuel sur le commerce semble contenu au vu des conditions normales observées de
transit et de transport des marchandises. Des risques d’approvisionnement au niveau du
marché marocain en intrants importés et de baisse de la demande étrangère restent,
néanmoins, envisageables.

En effet, la crise pourrait impacter le commerce extérieur du Maroc qui représente 32% du
PIB. D’après une étude de Casablanca Fiance group Bank (CFG Bank), une baisse de 20%
des volumes totaux de biens échangés est attendue, équivalant à une perte de 2,6 millions
tonnes chaque mois à partir de mars 2020.

Au niveau de la balance commerciale, un ralentissement des exportations reste probable au


vu de la perturbation des chaînes d’approvisionnement, de l'allongement des délais de
traitement des dossiers et de la baisse de la demande étrangère adressée au Maroc.

En parallèle et étant donné la mauvaise récolte céréalière actuelle, le pays est contraint
d’importer massivement des produits de première nécessité comme le blé ou le maïs. A ce
titre, un décret adopté, prévoit la suspension des droits de douane à l’importation jusqu’au 15
juin du blé tendre, du blé dur et des légumineuses (pois chiche, lentilles, fèves, haricot blanc)
jusqu’à nouvel ordre.
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Cette hausse des importations pourrait être compensée par le déclin des cours du pétrole
(actuellement à moins d’USD 30 le baril) devant permettre au pays de réduire sa facture
énergétique.

Au vu des tensions qui semblent émerger sur les réserves en devises, le Directeur Général des
Douanes a adressé une demande à l'Association des importateurs de véhicules AIVAM afin
de réduire au strict minimum les importations en négociant avec les fournisseurs le report de
celles-ci.

A noter que dans le cadre des mesures entreprises dans le cadre de la crise du Covid-19, les
expéditions de masques chirurgicaux, de préparations antiseptiques et de masques de
protection ont été soumises à licence.

Une entreprise européenne a signalé avoir rencontré des restrictions à l’exportation depuis le
Maroc de produits pharmaceutiques (la Délégation vérifie si le problème touche plus d’une
entreprise). Globalement, l’impact du Covid-19 sur le commerce varie par secteur.

Alors que certains secteurs exportateurs, tels que le textile et l’automobile pâtissent des
conséquences de la crise , d’autres, notamment le secteur des fruits et légumes, en bénéficient.

III/ Les mesures mise en place pour lutter contre la pandémie

Le Maroc a été parmi les premiers pays à déclarer l’état d’urgence sanitaire et à imposer le
confinement à un stage avancé de la propagation de la pandémie. Cette décision rapide
s’explique par le fait que le Maroc a tiré des leçons des expériences de ses pays voisins et de
ses capacités limitées en termes d’infrastructures (seulement 670 lits d’hôpitaux au moment
de la déclaration du 1er cas).

Selon les données couplées par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF)
dépendant du Ministère des Finances avec celles élaborées par Goldman Sachs, le Maroc se
situe au 4ème rang mondial en termes de ressources mobilisées en pourcentage du PIB. Le
Maroc a mobilisé près de 2,7 % du PIB et n’est devancé que par trois pays au podium mondial
: La Suède (6 % du PIB), le Chili (4,7 % du PIB) et la Nouvelle-Zélande (4 % du PIB). A
noter que la zone euro se situe, selon ces données, à 1% du PIB.

1- Mesures financières :

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Le Roi Mohammed VI a ordonné le 15 mars la création d’un fonds spécial pour la gestion de
la pandémie de Coronavirus. Le Fonds, doté d’une enveloppe initiale de 10milliards de
dirhamsà partir du Budget général et alimenté par la suite par des dons privés et d’entreprises,
vise à tempérer les conséquences économiques et sociales résultant des mesures préventives
(en finançant les propositions du Comité de veille économique en particulier) et à réhabiliter
et mobiliser le système de santé pour faire face à la propagation de la pandémie (achat de
matériel, mise à niveau des infrastructures et traitements d'urgence).

Aujourd’hui, le Fonds comptait plus de32milliards de dirhams de contributions apportées.

2- Mesures économiques, sociales et fiscales :

a. Mesures économiques :

Sur le plan de la politique monétaire, la Banque centrale marocaine a décidé le 17 mars de


réduire son taux directeur de 25 points de base à 2% afin de soutenir l’activité économique.

Un Comité de Veille Economique (CVE) a également été créé. Celui-ci est présidé par le
Ministère de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'Administration et composé des
ministères en charge de l'Intérieur, des Affaires Etrangères, de l'Agriculture et Pêche, de la
Santé, de l'Industrie, du Tourisme et du Travail, de la Banque Centrale, du GPBM
(Groupement Professionnel des Banques Marocaines), de la CGEM (Confédération Générale
des Entreprises du Maroc), de la FCCIS (Fédération des Chambres d'Industrie de Commerce
et de Services) et de la FCIA (Fédération des Chambres d'Artisanat).

Celui-ci a pris plusieurs décisions en matière économique, sociale et fiscale.

Sur le plan économique, le paiement des charges sociales (CNSS) a été suspendu pour les
entreprises du 1er mars à juin 2020.

Les entreprises peuvent également bénéficier d'un moratoire pour le remboursement des
échéances des crédits bancaires et de leasing jusqu'au 30 juin 2020 sans paiement de frais ni
de pénalités.

Les TPE, PME et activités professionnelles en difficulté peuvent demander le report des
crédits bancaires jusqu'à fin juin 2020 ainsi qu’une ligne supplémentaire de crédit de

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fonctionnement octroyée par les banques et garantie par la Caisse centrale de garantie (CCG)
a été aussi activée.

b. Mesures sociales :

Les salariés relevant des employeurs en difficulté, en arrêt d'activité, affiliés à la Caisse
Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), bénéficieront d'une indemnité forfaitaire mensuelle de
2000 dirhams nets en plus du bénéfice des prestations relatives à l'assurance maladie
obligatoire et aux allocations familiales pendant la période allant du 15 mars au 30 juin 2020.

Cette indemnité leurs sera versée par le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du
coronavirus.

Ces salariés pourront également bénéficier du report de remboursement des échéances des
crédits bancaires, à savoir le crédit à la consommation et le crédit acquéreur jusqu'au 30 juin
2020.

Le Comité a, en outre, décidé d’activer un dispositif de paiement mobile pour transférer les
aides aux travailleurs opérant dans l’informel (au Maroc, le taux d’équipement en téléphone
mobile dépasse les 100 %).

c. Mesures fiscales :

Les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel de 2019 est inférieur à 20 MMDH, peuvent, si
elles le souhaitent, bénéficier d'un report de dépôt des déclarations fiscales jusqu'à fin juin
avec une suspension des contrôles fiscaux et des avis à tiers détenteur (ATD) jusqu'au 30 juin
2020.

3- Mesures commerciales et douanières :

Au niveau des importations et compte tenu des tensions sur les réserves en devises en lien
avec la baisse des transferts MRE et des recettes touristiques, le Directeur Général des
Douanes a adressé une demande à l'Association des importateurs de véhicules AIVAM afin
de réduire au strict minimum les importations en négociant avec les fournisseurs le report de
celles-ci.

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Concernant les exportations, l’Administration des Douanes a publié deux circulaires


portant sur la restriction quantitative à l’exportation de masques chirurgicaux, de
préparations antiseptiques et de masques de protection.

4- Mesures comptables

La pandémie du Covid-19 continue de se répandre dans le monde, à son tour, le CVE ne cesse
pas de prendre les dispositifs nécessaires pour alléger la situation. Cette fois, les mesures
concernent la mise en place d’un cadre comptable approprié permettant d’adapter les
modalités de traitement comptable de certaines opérations au contexte actuel qui revêt un
caractère exceptionnel et inédit.

De ce fait, le 20 Avril 2020 était la date où le Conseil National de la Comptabilité (CNC) a


été saisi par le CVE en vue de proposer un avis régissant le traitement comptable dérogatoire
de certaines opérations.

A ce titre, et conformément à l’article 5 du décret-loi n° 2.20.292 portant sur les dispositions


relatives à l’état d’urgence sanitaire et aux procédures de sa déclaration, il a été dérogé à la
procédure normale relative à l’adoption des avis du CNC prévue par le décret n° 2.88.19
instituant ce conseil. Ainsi, le CNC a émis, le 29 Avril 2020, l’avis n° 13 explicitant les
incidences comptables de la pandémie du Covid-19.

Le Comité Permanent dudit Conseil réuni le 23 Avril 2020 a examiné l’avis ci-dessus, élaboré
en concertation avec l’Ordre des Experts Comptables, dont les points essentiels portent sur :

Les méthodes d’évaluation et de comptabilisation des charges et pertes spécifiquement


liées à la pandémie et supportées au cours de l’exercice clos en 2020.
Les effets sur l’évaluation des risques et des charges rattachés à l’exercice clos au
31Décembre 2019.
L’information à mentionner dans l’Etat des Informations Complémentaires au titre des
événements postérieurs à la date de clôture (31 Décembre 2019).
Le principe de continuité d’exploitation.
Les cas des entités dont la date de clôture de l’exercice intervient après le 31
Décembre 2019.

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IV/ Les leçons à tirer

Covid-19 a mis en lumière les limites de l’ultralibéralisme et de l’individualisme. Les règles


du marché ne peuvent plus, seules, diriger le monde : l’Etat, que l’on veut désormais
protecteur, aura la mission stratégique d’en redresser les dérives qui se mesurent en termes de
détérioration de l’environnement (dimension écologique), d’accentuation des inégalités
(dimension sociale) et, maintenant, d’apparition d’épidémies (dimension sanitaire). Car, de
ces dimensions dépend l’avenir de l’humanité. Xavier Ragot, économiste français, a,
d’ailleurs, écrit que « l’essence de l’Etat est la survie des individus ». Comme en temps de
guerre.

La mise en valeur de l’interdépendance entre les pays et les marchés qui marquera, donc, la
fin de la logique de l’égoïsme (America first) et des nationalismes/populismes, se décline en
plus de coordination régionale et internationale organisée à tous les niveaux : au niveau du
G2, Etats-Unis – Chine, entre les deux superpuissances mondiales, au niveau du G7, groupe
des pays les plus développés dont fait partie l’Europe, entre les membres du P5, membres
permanents du Conseil de Sécurité – lequel ne s’est jamais réuni depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale – et au niveau du G20, créé récemment pour responsabiliser les grands pays
émergents.

Dans le cadre de la mondialisation avancée, il est bien sûr important que toutes ces instances
prennent en compte les conséquences de cette nouvelle crise mondiale pour les pays les plus
démunis et les pays en développement. La chute de l’activité économique mondiale, qui sera
particulièrement dure pour eux, constitue une menace réelle pour les populations les plus
pauvres (500 millions). D’où les appels à l’annulation des dettes des pays africains.

Dans ce post-2020, ce sont les systèmes les plus cohérents qui renforceront leur rayonnement.
Le big data sera un atout pour ceux qui le produisent et le maitrisent. Les plus efficients feront
le monde de demain, comme les superpuissances d’hier ont imposé leur marque dans le
cheminement de l’histoire du monde depuis 1945. Ils avanceront dans la construction des
sociétés post confinement à travers l’investissement dans les nouvelles infrastructures
informatiques à très haut débit et dans la formation qui se fera de plus en plus à distance.

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Daniel Cohen annonce, en effet, l’émergence d’un nouveau capitalisme dominant, celui du
numérique.

La vulnérabilité que le Covid-19 a révélée, nous interpelle nous, Marocains, Maghrébins,


Sud-méditerranéens et Africains , qu’elle doit nous conduire à prendre conscience de la valeur
du voisinage comme un bien commun, à ouvrir nos frontières, créer les bases de
réconciliation et de rapprochement, pour renforcer notre position de négociation dans la
gestion de la mondialisation post-2020. Elle doit nous conduire à promouvoir les partenariats
nécessaires pour réduire notre dépendance vis-à-vis du reste du monde, dépendance que nous
devons à nos seules défaillances.

Si, à court terme, la crise actuelle a brisé les liens économiques et les réseaux de production à
l’échelle mondiale, elle n’en favorise pas moins les solidarités régionales. Les initiatives de
l’Inde de créer une conférence regroupant les pays sud-asiatiques pour élaborer une stratégie
de lutte contre le virus dans un cadre régional ou, encore, du roi Mohammed VI de suggérer
aux pays africains de mettre en place une plateforme de partage des bonnes pratiques dans le
cadre de la gestion de la crise sanitaire actuelle, en sont la preuve.

Elles constituent les prémisses de la promotion de solidarités et d’interdépendances à l’échelle


régionale et du renforcement du partenariat Sud-Sud. Car, après 2020, les chaines de valeur
régionales pourraient se substituer aux chaines de valeur mondiales. La proximité prendra sa
revanche sur le lointain.

Nous devons, dans cette approche, interpeller l’Europe voisine qui doit, désormais, s’unir et
tendre la main à sa proximité, l’aire Sud-méditerranéenne et l’Afrique pour construire avec
elles un nouveau pôle de rayonnement et asseoir les bases d’une mondialisation nouvelle, plus
équilibrée et partagée.

Dans notre région afro-euro-méditerranéenne, c’est à l’Europe de tirer les leçons de cette crise
sanitaire et économique : réduire sa dépendance au niveau des chaines de valeur mondiales
avec le lointain et créer des interdépendances solides avec sa proximité au Sud. Promouvoir la
relocalisation des activités industrielles pour les intégrer dans une logique régionale qui

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intègre l’aire afro-méditerranéenne permettant, ainsi, de redonner à la Méditerranée sa


centralité en tant que mer européenne et Africaine.

Les leçons de la crise Tout d’abord, le Maroc entier s’est rendu compte de l’importance du
facteur humain dans toute initiative ou programme de l’État. On apprend que l’Homme-
citoyen instruit peut être un facteur déterminant dans la réussite des plans du développement
de son pays ; les ressources sont d’abord et avant tout humaines. En revanche, nous avons pu
vérifier, lors des « manifestations contre le Corona !», que le coût de l’ignorance et de
l’inconscience est plus élevé que ce que l’on croyait. Jadis, on estimait que les effets
dévastateurs de l’ignorance et l’analphabétisme pouvaient aller jusqu’à la criminalité, en
passant par le chômage et la pauvreté ; maintenant nous voyons qu’ils peuvent mettre en péril
une Nation. Par conséquent, nous en arrivons à la vérité à laquelle les pays développés sont
parvenus depuis plus d’un siècle : l’enseignement, la santé et la culture sont les véritables et
uniques leviers de développement, ce ne sont pas des secteurs sociaux ou improductifs, ils
sont tout simplement derrière le capital (humain) avec lequel on va créer ou compromettre
l’avenir !

1- Replacer le capital humain au cœur des priorités


Il est temps de mettre l’Homme au cœur des stratégies, programmes ou actions établis par
l’État ou les entreprises. Nous avons pu constater que, in fine, c’est le capital humain du
Maroc qui s’est réellement mobilisé -souvent par des initiatives individuelles- pour empêcher
le pire à notre pays, en l’occurrence les médecins, les infirmiers, les enseignants, les gardiens
de paix, etc. Par ailleurs, il est beau de remarquer que les récentes initiatives royales
s’inscrivent réellement dans cette logique, mettant l’Homme au centre des programmes, la
généralisation de l’enseignement préscolaire, le programme Intelaka, la Green Generation et
l’attendu Registre sociale unifié. Ensuite, l’épidémie nous a confirmé que tous les secteurs
sont interdépendants : santé, sécurité, économie, éducation, médias interagissent pour
confirmer que l’environnement est complexe, la transversalité devient la règle et seule
l’Homme peut constituer le point de relais entre les champs d’action. Nous en concluons que,
désormais, les actions de l’État doivent être multidisciplinaires plutôt que de consister en
l’établissement de plans sectoriels avant de chercher des convergences. L’exemple de l’échec
(relatif) du programme RAMED est éloquent. En revanche, l’efficacité avec laquelle est en

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train d’être combattu ce virus au Maroc est en grande partie due à l’approche intégrée et
multidisciplinaire d’un problème à caractère sanitaire. Néanmoins, les efforts auraient pu être
plus soutenus par une infrastructure de R&D, hélas, quasi-inexistante au Maroc. La recherche
scientifique (pas seulement médicale) est une composante transversale qui s’attache à
l’ensemble des activités économiques et sociales dans les pays émergents ou développés.

2- Médias, toujours incontournables


Enfin, les médias traditionnels ne sont pas morts, ils peuvent toujours récupérer leur
influence, à condition de mettre plus de contenu intéressant et constructif dans leurs
programmes. Ainsi, pour gagner sa bataille contre le coronavirus, l’État a (aussi) eu recours
aux chaînes officielles, en l’occurrence la RTM et 2M, longtemps désertées en faveurs des
réseaux sociaux, à cause d’une inflation -parfois délibérée- d’un contenu banal et sans
objectif. Toutefois, nous avons remarqué que les Marocains ont renoué avec les chaînes TV
de leurs pays une fois que le contenu s’est amélioré. Conséquence, des millions de Marocains
se tournent vers RTM, 2M et Medi1TV, intéressés par les programmes d’informations, les
capsules vidéo explicatives, etc. Informatives, constructives, incitatives et proches des
spectateurs, les chaînes traditionnelles peuvent encore contribuer à bâtir le Maroc fort et
émergent que nous espérons.

3- Les compétences acquises grâce à la crise


Le Maroc est en train de faire un pas de géant, exigences de la crise obligent, l’État et les
individus ont pu développer des compétences qui vont certainement être mobilisées au profit
du pays. La première compétence acquise grâce à la crise du Covid-19 serait l’avancée
énorme dans la maîtrise et l’utilisation des NTIC par les Marocains. Ainsi, les
administrations, les fonctionnaires, les étudiants, les salariés, etc. sont désormais aptes à
utiliser les outils des NTIC, accélérant donc la transition digitale du royaume. Par conséquent,
les E-learning, E-gouvernement, E-commerce et Remote Work sont maintenant une réalité
alors qu’ils étaient des chantiers en cours juste avant la crise sanitaire. Les exemples sont
réjouissants, et annonciateurs d’un Maroc post-crise complètement différent. Par exemple,
grâce au confinement, les enseignants sont désormais capables de donner des cours sur des
plateformes et en utilisant des logiciels adaptés, les étudiants connaissent les portails
académiques, la CNSS peut dématérialiser toute la démarche d’indemnisation, les

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administrations peuvent délivrer des papiers officiels numériques, les responsables savent
tenir des réunions par téléconférence, etc.
La deuxième vertu dont nous a muni cette pandémie serait de nous doter de responsables au
niveau de l’administration centrale et régionale rigoureux, plus expérimentés dans le travail en
réseau, le travail en situation de tension, la gestion des priorités, la prise de décision, le
discernement, la réactivité et la communication, autant de précieuses qualités qui ne sont pas
près de se dissiper après la crise. Les responsables publics ont pu montrer leurs plus grands
talents et, par conséquent, le meilleur visage de l’État: veillant au grain, soucieux du sort des
citoyens, responsable et social, chose qui se manifeste, par exemple, par les décisions du
Comité de veille économique, les précisions du directeur de l’épidémiologie, les interventions
du ministère de l’Industrie et du commerce pour la régulation de quelques marchés et même
les initiatives des maires de certaines villes.
Finalement, le Covid-19 nous a légué une infrastructure sanitaire acquise grâce au fonds de
solidarité, des procédures et des routines organisationnelles, une confiance fortifiée entre les
citoyens et les instances de l’État, une adhésion au changement (désormais, les Marocains
accepteront plus facilement les changements majeurs). Autant de prérequis indispensables au
Maroc de demain qui est en train de démontrer que, quand il veut, il peut !

Conclusion :

Notre pays le Maroc, bien que moins touché, ressent les effets de l’épidémie sur son
économie. Les premiers secteurs exposés sont le tourisme, le transport et l’événementiel. La
perte du nombre de touristes est estimée à plus de 50.000 pour les mois de février et mars
2020. Pour le transport aérien, la RAM estime la baisse de trafic à plus de 30% du 1er mars au
31 mai 2020.

Quant à l’événementiel, toutes les grandes manifestations ont été annulées, dont le stratégique
Salon de l’agriculture de Meknès (SIAM). Le commerce extérieur marocain subit aussi les
conséquences de l’épidémie notamment avec la Chine, d’où sont importés le thé vert, les
produits industriels légers, les textiles, les produits mécaniques et électroniques.

A noter que dans le cadre des efforts du gouvernement pour anticiper les répercussions
économiques de la crise sanitaire du Covid-19, le ministère de l’Economie et des Finances a
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annoncé le 11 mars 2020 la mise en place d’un Comité de veille économique qui regroupe
plusieurs ministères ainsi que les représentants du secteur privé.

Ces perspectives d’impact, restent étroitement liées à la nature en évolution rapide de la


pandémie, aux réponses des décideurs et à l’économie mondiale.

Le MAROC devrait trouver le bon équilibre entre son action pour éviter les effets sociaux et
économiques de la pandémie tout en veillant à ce que l’économie soit prête à se remettre
rapidement après la fin de la pandémie.

Les leçons qu’on peut tirer de cette grave crise sanitaire sont multiples. Tout d’abord la
priorité à accorder à la santé humaine par la formation, l’équipement des hôpitaux, et la
recherche scientifique. Cette crise a montré que la mondialisation est réelle, et que tout
événement important dans un pays a une répercussion sur les autres. D’où la nécessité de
préserver le multilatéralisme et la solidarité internationale. Au lieu que chaque pays prenne
des mesures nationales, il vaudrait mieux plus de concertation sur le plan régional et
international, en coordination avec le G20, le FMI et la Banque mondiale. Rappelons que le
G20 avait pris une part très active dans la résolution de la crise financière mondiale 2008-
2009. Enfin, cette crise démontre l’importance de la recherche/développement dans les
sciences médicales, et l’obligation de travailler ensemble pour trouver des solutions.

Bibliographie :

Délégation de l’Union européenne au Maroc - Section commerciale, Note sur les


impacts économiques du Covid-19 au Maroc au 26/03/2020
HCP, Enquête sur l’impact du coronavirus sur la situation économique, sociale et
psychologique des ménages du 14 au 23 avril 2020
https://travail-emploi.gouv.fr/
https://www.sante.gov.ma/

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LA GESTION DE LA CRISE DE CORONAVIRUS AU MAROC :


PEUT-ON PARLER D’UN MODELE ?

Par

Fatiha REGRAGUI

Professeur d’Economie & Gestion à l’EST de Meknès, Laboratoire de


Recherche en Economie, Gestion & Société « LAREGS », Université
Moulay Ismail-Maroc.

Résumé :
La crise pandémique de coronavirus a causé diverses retombées négatives sur les différents
plans, économiquement et socialement, à l’échelle nationale et à l’échelle internationale.
Le Maroc, à l’instar des autres pays, a connu cette crise et dès les premières prémices de son
apparition, il a entrepris un ensemble de dispositions règlementaires de natures sanitaire,
économique, financière et sociale.
Les résultats du plan d’action mené par les autorités marocaines à l’encontre de la pandémie
et comparativement à d’autres pays, même développés, c’est le cas des Etats-Unis, de
l’Espagne et de la France, ont été relativement satisfaisants.
Peut-on juger l’expérience marocaine en matière de gestion de la crise de Coronavirus comme
une expérience réussie ?
Quelle appréciation critique peut-on établir au sujet des différentes dispositions appliquées par
les responsables marocains afin de lutter contre les effets néfastes de la crise ?
Nous allons dévoiler dans le cadre de notre présent travail, les fondements théoriques et les
modèles économiques de la gestion de la crise, notamment le modèle macroéconomique qui a
été fondé par John Maynard Keynes, qui se considère comme source d’inspiration du Maroc
en cette période de crise.
Mots clés : Crise, pandémie, Maroc, gestion, économie, société.

Abstract :
The pandemic coronavirus crisis has caused various negative repercussions on various levels,
economically and socially, nationally and internationally.

Morocco, like other countries, has experienced this crisis and from the first signs of its
appearance, it has undertaken a set of regulatory provisions of a health, economic, financial
and social nature.

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The results of the action plan carried out by the Moroccan authorities against the pandemic
and compared with other countries, even developed ones, such as the United States, Spain and
France, have been relatively satisfactory.

Can we judge the Moroccan experience in managing the Coronavirus crisis as a successful
experience?

What critical assessment can we establish about the various measures applied by moroccan
officials in order to fight against the harmful effects of the crisis?

We will unveil in the context of our present work, the theoretical foundations and economic
models of crisis management, in particular the macroeconomic model which was founded by
John Maynard Keynes, who considers himself a source of inspiration for Morocco in this
regard crisis period.

Key words: Crisis, pandemic, Morocco, management, economy, society.

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Introduction :

Quelles sont les différentes mesures adoptées par l’Etat marocain au cours de la période de la
crise et quelles sont les mesures préventives à adopter pour la gérer et retrouver une situation
dite normale ou plutôt une situation de stabilité qui est sûrement différente de la situation
précédente et qui devra être meilleure ?

-Quel sera le nouveau Maroc post crise ?

-Quelles leçons peut –on tirer de la situation de crise alarmante ?

-Où réside l’insuffisance au niveau des stratégies, des programmes et des politiques adoptées
par nos responsables économiques ?

Pour répondre à toutes ces questions, nous allons présenter les divers effets de la crise au
Maroc, les moyens de gestion adoptées par les autorités marocaines et enfin les leçons tirées
de l’expérience vécue.

I- Les effets de la crise:

En raison de la crise et d’autres facteurs, Bank Al -Maghrib prévoit une diminution de la


croissance au Maroc pour 2020 de 3,8% à 2,3% et d’autres instances prévoient une
croissance économique très limitée en 2020.

On peut résumer les effets pervers de la crise dans les points suivants :

-La baisse de la facture énergétique suite à la diminution du prix de pétrole (prix inférieur à 30
$ le baril) ;

-La réduction du volume de l’investissement, ce qui a conduit par voie de conséquence au


problème du sous-emploi de la main d’œuvre ;

-La baisse du volume des exportations de 20% vu la hausse du prix de transport international
routier ;

-La réduction de l’activité d’un ensemble de secteurs, c’est le cas du secteur d’export.

Néanmoins, certaines entreprises ont été peu touchées par la crise telles que les entreprises
agroalimentaires, pharmaceutiques, de distribution, ... contrairement aux autres secteurs tels
que le tourisme, la restauration, le textile, l’immobilier, l’automobile et les travaux publics ;

-Sur le plan financier, on note l’éclosion des pertes au niveau de la Bourse des valeurs de
Casablanca, soit - 21,6% entre le 28 février et le 20 mars ;

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Associés à d’autres contraintes naturelles telles que la mauvaise situation pluviométrique qui
s’est annoncée depuis le début de l’année 2020 au Maroc et à la récession économique
mondiale, la situation socio-économique est devenue alarmante.

II- La gestion de la crise au Maroc :

 Depuis le début de la pandémie, l’Etat marocain a adopté une panoplie de mesures à


l’encontre de la propagation de la pandémie du Covid-19, ainsi nous pouvons étaler
ces mesures comme suit:
 la fermeture des frontières;
 l’arrêt de l’enseignement privé et public;
 l’imposition du confinement général;
 la fermeture des cafés, des restaurants, des Hammams et des mosquées ;
 l’imposition du port de masques de protection;
 la suspension de l’activité des usines;
 la création d’un fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Coronavirus;
 la réduction du taux directeur de la Banque centrale de 25 points à 2%;

 la création d’un Comité de Veille Economique (CVE) et qui a pris plusieurs


décisions comme la suspension des charges sociales des Délégations de l’Union
Européenne au profit du secteur d’automobile, du secteur de Textile et du secteur de
l’agroalimentaire et des produits de pêche en raison de la perturbation des
approvisionnements provenant de l’étranger. En outre, le Comité de Veille
Economique a mis en place une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement
qui a été octroyée par les banques et garantie par la Caisse centrale de garantie
(CCG) : « DAMANE OXYGENE » en faveur des entreprises en difficulté de
trésorerie à raison de la crise.

Le produit DAMANE OXYGENE couvre 95% du montant du crédit. Quant aux


entreprises qui n’ont pas de lignes de fonctionnement, elles peuvent bénéficier d’un
découvert exceptionnel ;

 le report de l’échéance de remboursement des crédits bancaires et de leasing


jusqu'au 30 juin 2020 pour les TPE, les PME et les activités professionnelles en arrêt
d’activité ;

 la mise en place d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2000 dirhams au profit des
salariés en arrêt d’activité et qui sont affiliés à la Caisse Nationale de Sécurité
Sociale avec une possibilité de report de l’échéance de leurs crédits bancaires ;

 l’instauration des restrictions à l’exportation des dispositifs médicaux ;


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 la soumission des masques de protection et des masques chirurgicaux à une licence ;

 le report de dépôt des déclarations fiscales jusqu'à la fin du mois de juin au profit
des entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 20 M de dirhams;

III-Les leçons tirées :

De ce qui précède, il s’avère que le Maroc s’est servi d’un double plan d’action au cours de la
période de la crise pandémique : un plan d’ajustement structurel qui est axé sur une multitude
de mesures d’action à effets conjoncturels dans le cadre de la politique économique et un plan
d’ajustement sectoriel.
En effet, la politique économique a agit sur les différents plans :
-Sur le plan budgétaire : les recettes fiscales vont diminuer contre l’augmentation des
dépenses publiques afin de limiter les effets pervers de la crise.
La politique budgétaire dans cette phase se veut expansive contrairement à l’ancienne
politique qui était restrictive ou d’austérité. Encore une fois, l’Etat s’inspire du modèle
keynésien qui préconise une action par le biais de la demande effective ou des dépenses
publiques (Consommation et Investissement) pour rétablir l’équilibre.

Le revenu d’équilibre R= C+ I= C+ E sur le plan microéconomique

Le revenu d’équilibre R= C+ I+ G= C+ E+ (X-M) sur le plan macroéconomique

Désignons par :
C : la consommation des ménages
I : l’investissement
G : la dépense publique
E : l’épargne
X : les exportations
M : les importations
(X-M) : le solde commercial

Afin de réduire les effets inflationnistes de cette politique à l’encontre du sous emploi et du
chômage, il était nécessaire de maintenir la stabilité des prix.
En effet, il convient de signaler que l’indice de prix à la production a maintenu le même
niveau dans le cadre de la période de confinement comme le prouve les statistiques officielles
qui sont diffusées par le HCP.
L’indice des prix à la production du secteur des Industries manufacturières hors raffinage de
pétrole a diminué de 0,1% au cours du mois d’avril 2020 par rapport au mois de mars 2020.
Une telle diminution puise ses fondements dans la baisse de 0,7% des prix enregistrée dans la
Métallurgie, de 0,5% de l’Industrie d’habillement, de 0,3% dans la Fabrication d’autres

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produits minéraux non métalliques et dans la Fabrication de meubles et de 0,4% dans le


travail du bois et fabrication d’articles en bois et en liège.
Alors que le prix des industries alimentaires et de l’industrie chimique reste stable.

Les indices des prix à la production des secteurs des Industries extractives, de la production
et distribution d’électricité et de la production et distribution d’eau ont gardé aussi leur
stabilité au cours du mois d’avril 2020.
INDICES DES PRIX A LA PRODUCTION PAR SECTION ET BRANCHE

Mars Avril
Var %
Code Sections et Branches 2020 2020 ‫القطاعات والفروع‬ ‫الرمز‬
‫التغير‬
‫مارس‬ ‫أبريل‬

B Industries extractives 100,1* 100,1* 0,0 ‫الصناعات االستخراجية‬ ‫ب‬

‫استخراج النفط و الغاز‬


06 Extraction d’hydrocarbures 06
115,1* 115,1* 0,0 ‫الطبيعي‬

07 Extraction de minerais métalliques 100,0* 100,0* 0,0 ‫استخراج خامات المعادن‬ 07

08 Autres industries extractives 100,0* 100,0* 0,0 ‫صناعات استخراجية اخرى‬ 08

Industries manufacturières hors ‫باستثناء الصناعات التحويلية‬


C ‫س‬
raffinage de pétrole 109,2 109,1 -0,1 ‫تكرير البترول‬

10 Industries alimentaires 109,1 109,1 0,0 ‫الصناعات الغذائية‬ 10

11 Fabrication de boissons 116,7 116,7 0,0 ‫صناعة المشروبات‬ 11

Fabrication de produits à base de


12 ‫صناعة منتجات التبغ‬ 12
tabac 117,3 117,3 0,0

13 Fabrication de textiles 101,6 101,6 0,0 ‫صناعة النسيج‬ 13

14 Industrie d’habillement 111,4 110,8 -0,5 ‫صناعة المالبس‬ 14

Industrie du cuir et de la chaussure (à ‫صناعة الجلد واألحذية‬


15 15
l’exception de l’habillement en cuir) 112,3 112,3 0,0 )‫(باستثناء المالبس الجلدية‬

Travail du bois et fabrication ‫نجارة الخشب وصنع منتجات‬


d’articles en bois et en liège, à ‫من الخشب والفلين عدا‬
16 16
l’exception des meubles ; fabrication ‫االثاث و صناعة منتجات من‬
d’articles en vannerie et sparterie 118,8 118,3 -0,4 ‫القصب و الحلفاء‬

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17 Industrie du papier et du carton 101,4 101,4 0,0 ‫صنع الورق والورق المقوى‬ 17

Imprimerie et reproduction
18 ‫الطباعة ونسخ التسجيالت‬ 18
d’enregistrements 103,3 103,3 0,0

20 Industrie chimique 123,5 123,5 0,0 ‫صناعة كيماوية‬ 20

21 Industrie pharmaceutique 94,3 94,2 -0,1 ‫الصناعة الصيدالنية‬ 21

Fabrication de produits en caoutchouc ‫صنع منتجات من المطاط‬


22 22
et en plastique 111,8 111,8 0,0 ‫والبالستيك‬

Fabrication d’autres produits ‫صنع منتجات أخرى غير‬


23 23
minéraux non métalliques 110,2 109,9 -0,3 ‫معدنية‬

24 Métallurgie 93,8 93,1 -0,7 ‫التعدين‬ 24

Fabrication de produits métalliques, à


‫صناعة منتجات معدنية‬
25 l’exclusion des machines et des 25
‫باستثناء اآلالت والمعدات‬
équipements 99,7 99,7 0,0

Fabrication de produits informatiques, ‫صنع تجهيزات معلوماتية و‬


26 26
électroniques et optiques 100,4 100,4 0,0 ‫منتجات الكترونية و بصرية‬

27 Fabrication d’équipements électriques 111,8 111,8 0,0 ‫صنع األجهزة الكهربائية‬ 27

Fabrication de machines et ‫صنع اآلالت وتجهيزات غير‬


28 28
équipements n.c.a. 103,1 103,1 0,0 ‫المصنفة في موضع اخر‬

29 Industrie automobile 99,5 99,5 0,0 ‫صناعة السيارات‬ 29

Fabrication d’autres matériels de


30 ‫صنع وسائل النقل األخرى‬ 30
transport 100,4 100,4 0,0

31 Fabrication de meubles 110,7 110,4 -0,3 ‫صنع األثاث‬ 31

32 Autres industries manufacturés 102,7 102,7 0,0 ‫صناعات تحويلية أخرى‬ 32

D Production et distribution d’électricité 115,3 115,3 0,0 ‫انتاج و توزيع الكهرباء‬ ‫د‬

35 Production et distribution d’électricité 115,3 115,3 0,0 ‫انتاج و توزيع الكهرباء‬ 35

E Production et distribution d'eau 119,0 119,0 0,0 ‫انتاج وتوزيع الماء‬ ‫هـ‬

36 Production et distribution d'eau 119,0 119,0 0,0 ‫انتاج وتوزيع الماء‬ 36

* Indices provisoires ‫* مؤقت‬


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Source : HCP

A titre de rappel, au cours de la période de crise financière des années 1980, le Maroc a du
appliquer un programme d’ajustement structurel pour bénéficier du rééchelonnement de la
dette auprès du FMI.
Ainsi, la politique budgétaire, est devenue restrictive afin de limiter la hausse des dépenses
publiques. En effet, il a fallu dans un but de contourner le déficit des finances publiques
adopter des mesures consistantes de gel de salaires, d'emploi, de réduction des bourses
d'enseignement, des dépenses d'investissement et des subventions à la consommation (Sucre,
huile et farine) voire leur suppression vis à vis du beurre, du lait, de la farine de luxe et des
produits pétroliers.
Dans un besoin d'encouragement des recettes publiques, des aménagements des taux
d'imposition fiscale ont eu lieu dans le sens de hausse, voire même la mise en place de
nouveaux impôts (l'IS, la TVA et l'IGR). Par la même occasion, les tarifs d'eau, de transport et
d'électricité ont augmenté.

Notons que le Maroc a changé l’allure de sa politique budgétaire au cours de la période de la


crise pandémique de Coronavirus puisque les dépenses publiques ont augmenté face à la
diminution des recettes budgétaires et notamment fiscales.

-La politique monétaire : Historiquement, sur le plan financier, la politique monétaire s'est
assignée la mission d'encouragement des projets les plus rentables (mission de sélection), de
mobilisation de l'épargne, d'attrait de capitaux étrangers et de lutte contre l'évasion des
capitaux nationaux.
Deux grands moyens d'action ont été employés, la manipulation des taux d'intérêt et la
mesure d'encadrement sélectif des crédits privilégiant les secteurs tournés vers l'export.
Et pour ne pas porter atteinte au financement du secteur privé, les crédits à MT
réescomptables, destinés aux PME et ne dépassant pas 1000.000 DH se sont libérés de
l'accord préalable de la BNDE.

Les taux d'intérêt débiteurs à MT ont augmenté d'un point, bien qu'une telle action favorise les
banques aux dépens des investisseurs. En revanche, les dépôts à terme ont bénéficié d'une
augmentation de taux pour encourager l'épargne.

Après 1985, la politique monétaire s'est marquée par sa souplesse car l'objectif de croissance
va regagner la place dès 1986. En effet, la nouvelle tournure de la politique monétaire se
concrétise par la libéralisation des taux créditeurs relatifs aux dépôts de durée dépassant un
an.

En 1986, fut la création d'un marché de billets de trésorerie (de 10 jours à 9 mois) pour
contrer la rigueur de l'encadrement de crédit et la réticence des banquiers à recevoir des
placements rémunérés pour éviter le risque de ne pas trouver en période de crise des
emprunteurs.
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En 1990, la libéralisation des taux s'est intégralement renforcée par la libéralisation des taux à
MT créditeurs et débiteurs des OFS et des banques tout en préservant un plafond d'1/3 par
rapport à celui d'adjudication des bons de trésor à un an du précèdent trimestre servant de
repère.

En 1991, on a appliqué le désencadrement contre la suppression progressive des emplois


obligatoires des banques et la libéralisation des taux d'intérêt à C T.

L'adoption des mesures prudentielles concrétisées par la mise en place d'une ligne de crédit
extérieur pour le financement du capital risque et d'un fonds de garantie pour la PME
exportatrice s'est vue nécessaire pour le besoin de régulation.

La réforme financière a débouché sur la promulgation de la nouvelle loi bancaire en 1993 et la


politique de monnaie et de crédit s'est adoucie dans un deuxième temps en aliénant
l'encadrement du crédit en 1991, aussi fut la libéralisation des taux d'intérêt.

Par ailleurs, la politique monétaire au cours de la période de la crise pandémique de


coronavirus a gardé son aspect expansif via l’action par les taux d’intérêt, la mobilisation de
la liquidité, la monétarisation de la dette publique et sa conversion en investissement pour
attirer les investisseurs étrangers.
-La politique du commerce extérieur : depuis les années 1980, la libéralisation et la
dévaluation du dirham sont les moyens d'action privilégiés de la politique du commerce
extérieur. La libéralisation s'est concrétisée en 1987 par l'adhésion du Maroc au GATT et par
la réduction des droits de douane, ainsi le taux plafond des droits de douane a baissé à 40% en
1992 pour qu'il soit ramené à 35% ultérieurement.
Le programme général à l’importation (PGI) a connu des rectifications dans le sens de
réduction des restrictions telles que l'obligation de licence à l'importation qui s'est supprimée à
l'égard de 90% des importations.

Quant aux exportations, on note que le code des exportations s'est réaménagé. En 1991, une
nouvelle loi sur le commerce extérieur a vu le jour insistant sur la libéralisation des
exportations, mais sans délaisser les mesures protectionnistes de la production nationale.

En mars 1992, la loi relative à la création des zones offshores s'est promulguée. En janvier
1993, la convertibilité du dirham, est entrée en vigueur suite à l'adhésion du Maroc à l'article 8
des statuts du FMI.

Le dirham et conjointement à cette panoplie de moyens d'action va jouer le rôle d'instrument


de correction afin d'aider à la stabilité de la balance de paiements.

Au cours de la période de la crise de Coronavirus, la politique monétaire s’est servie du


régime douanier et fiscal souple renforçant la libéralisation du commerce extérieur marocain.
- Sur le plan sectoriel :

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Du côté de l’agriculture : au cours de la période d’ajustement, les autorités économiques


marocaines ont révisé à la hausse les prix des produits agricoles et ont réduit de 30% les
subventions sur les engrais.

Concernant l’éducation nationale fut le renforcement de la formation professionnelle par la


mise en place d’une série de réformes au profit de la formation et de l’emploi et la
rationalisation des dépenses de l'enseignement public.

Quant au secteur des finances publiques, on a mis en place un comité de vigilance pour
étudier le problème des arriérés de paiement et on a favorisé la privatisation du secteur privé.

Pour ce qui est du secteur du commerce extérieur, l’objectif d’encouragement des industries
orientées vers l'exportation s’est poursuivi via l'assouplissement des procédures douanières, le
contrôle de changes et la libéralisation des prix.

L’analyse de la gestion de la crise pandémique, nous pousse à annoncer que cette crise a
dévoilé la nécessité de réformer le secteur d’enseignement par la promotion de la recherche
scientifique en mettant en place en place des conventions partenariales avec des professionnels
et par l’orientation de l’enseignement vers des formations plus professionnelles qui répondent
au besoin de l’entreprise à trouver la main d’œuvre qualifiante et au besoin des apprentis à
trouver la formation qui débouche sur l’emploi surtout une formation dans des domaines clés
telles que les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle, la digitalisation…

Au profit de l’ouverture commerciale et économique, le Maroc a mis en place des plans de


développement sectoriels tels que les plans Emergence, Azur, Plan Maroc vert,…
A souligner que le Pacte national pour l’Emergence Industrielle se voit attribuer 50 MM DHS
additionnelles de PIB à l’horizon 2015, pour l’agriculture et la pêche, on escompte atteindre
une augmentation du PIB de + 92 à 122 MM DHS à l’horizon 2020, pour le phosphate, on
cherche un accroissement des exportations par l’amélioration de sa valeur, pour le tourisme,
on cible 20 millions de touristes à l’horizon 2020 et pour l’énergie, on vise la couverture de
40% des besoins nationaux à l’horizon 2020 en énergie renouvelable.
En outre, des stratégies sectorielles ont été mises en place pour encourager les exportations
dans le cadre des accords de libre-échange : logistique et infrastructure, facilités foncières,
avantages fiscaux, connexion internationale, privatisation, stratégie nationale concertée pour
le Développement et la Promotion des Exportations, «Maroc Export Plus»…..
Une approche sectorielle s’impose en prenant en considération les particularités locales et
régionales du Maroc. La stratégie industrielle de substitution aux importations pourra
répondre au besoin du consommateur marocain en fonction de la production nationale sans
compter sur l’importation.
La fabrication d’un prototype de respirateur artificiel 100% marocain, les masques de
protection, l’enseignement à distance, le e-commerce, … autant d’inventions et d’innovations
des compétences marocaines qui prouvent la possibilité de substitution des produits étrangers.

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D’un autre côté, sur le plan social, le désengagement progressif de l’Etat du au faible
financement budgétaire a marginalisé un ensemble de secteurs, tels que les secteurs de
l’enseignement, de l’habitat, de la santé et surtout dans le monde rural.
Il est nécessaire de revoir notre politique économique à différents niveaux, ainsi nous
recommandons de :
 créer un impôt sur l’héritage et sur la fortune ;
 lutter contre l’évasion et la fraude fiscale par le changement et le renforcement des
mécanismes de contrôle fiscal ;
 imposer les secteurs informels qui échappent au fisc ;
 mettre l’excédent des recettes fiscales au service de la solidarité sociale ;
 institutionnaliser un impôt pour contribuer à la solidarité sociale à l’instar de la PSN ;
 encourager les secteurs stratégiques de l’économie marocaine et allouer leurs
ressources au financement des secteurs endommagés;
 veiller sur l’assistance juridique des salariés par le contrôle de la GRH dans les
entreprises privées ;
 élargir la couverture médicale et la retraite aux travailleurs indépendants. A signaler
qu’une partie de la population démunie bénéficie des programmes de couverture
médicale RAMED, mais d’autres catégories sociales vivent sans RAMED au dessous
de la norme de survie ;
 revoir le contenu des accords de libre échange de façon à servir l’investissement
orienté vers l’export tout en préservant l’autonomie de l’économie marocaine.

Conclusion
Les crises sont toujours considérées dans toutes les époques et dans tous les lieux un état
d’instabilité politique, sociale, économique, ou naturelle….

Difficile de surmonter une crise et le redressement ne peut jamais obéir aux forces naturelles
du marché ou de l’atmosphère.

L’histoire a montré que le développement du 19ème siècle a engendré une surcapitalisation


économique tout en lésant la classe ouvrière, ce qui a généré une révolution sociale pour
passer à un autre système considéré comme stable, à savoir le système socialiste (pensée
marxiste du matérialisme historique).

La crise des années 30 a remis en cause les fondements du capitalisme, ce qui a interpellé
l’intervention de l’Etat et l’action par la demande effective (pensée keynésienne).

Néanmoins, les crises pétrolières des années 70 et les désastres naturels ont remis en cause
encore une fois cette vision relative à l’intervention de l’Etat.

Autant d’expériences vécues par les économies et les sociétés qui prouvent qu’il n’y a pas un
modèle de développement, mais plutôt une adaptation à la situation par la cohésion et la

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Revue Économie, Gestion et Société Spécial Numéro 2020

solidarité entre toutes les composantes de la société, une leçon à tirer des autres pour retrouver
une nouvelle situation qui est considérée comme normale, mais en fait c’est une situation
nouvelle de stabilité et qui devra être meilleure.

Bibliographie :

- Abdellah BAKOUCHI "La politique du crédit au Maroc" -1984, P 95;

-Ahmed TRACHEN : « Economie politique », Afrique Orient-1994 ;

- Chaouki BENAZZOU: "Le Maroc face à l'endettement extérieur" - 1986 ;

-Fthalah OUALALOU et Mohammed CHIGUER: "Le secteur financier public marocain",


édition Maghrebine-1988 ;

-Jaques GENEREUX : « Economie politique », Hachette Supérieur -1993 ;

-Jaques WOLFF : « Les pensées économiques des origines à nos jours » Economica -1993 ;

-Michel DUPUY : « Economie Politique », organisation- 1994 ;

-"Les retombées du PAS", la vie économique N° 3734, vendredi 15 octobre 1993, p 4 ;

- Rapports de Bank Al-Maghrib ;

-Colloque organisé par L'INSEA :" La politique de sortie de crise et relations Nord-Sud ",
édition SMER- 1989 ;

-Institut Amadeus, "Le Maroc à l'épreuve du Covid-19", le 2 avril 2020 ;

-MAP-10/04/2020;

-Rapports, statistiques et études du HCP/ Covid-19-2020.

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