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Application de la notion de dipôle : l'électrocardiographie | Physique • UE3

Tutorat Santé Lyon Sud

UE3

Application de la notion de dipôle :


l'électrocardiographie

Cours du Professeur C.PAILLER-MATTEI

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SOMMAIRE

I. POLARISATION D’UNE FIBRE MUSCULAIRE (OU NERVEUSE).................................................................. 3


I.A. ETAT DE REPOS ...........................................................................................................................................3
I.B. PROGRESSION DU SIGNAL ELECTRIQUE ...........................................................................................................3
I.C. EQUIVALENCE DIPOLAIRE D’UNE CELLULE EXCITEE ..............................................................................................3
1. Notion d’angle solide ...........................................................................................................................3
2. Notion de feuillet électrique .................................................................................................................4
3. Potentiel créé par une fibre au repos (ou totalement dépolarisée) ......................................................5
4. Potentiel créé par une fibre partiellement dépolarisée ........................................................................6
II. PRINCIPE DE L’ECG ............................................................................................................................. 7
II.A. INTRODUCTION .........................................................................................................................................7
II.B. PROPAGATION DE L’ONDE ELECTRIQUE DANS LE TISSU NODAL .............................................................................7
II.C. MESURE DE L’ECG A L’AIDE D’ELECTRODES ......................................................................................................8
1. Dérivations électrocardiographiques ...................................................................................................8
2. Dérivation des membres ......................................................................................................................8
3. Dérivations précordiales ......................................................................................................................9
II.D. LE DIPOLE CARDIAQUE EQUIVALENT ..............................................................................................................9
II.E. LA THEORIE D’EINTHOVEN..........................................................................................................................10
1. Les 3 hypothèses d’Einthoven ............................................................................................................10
2. Les différents résultats de la théorie d’Einthoven ..............................................................................10
III. INTERPRETATION DE L’ECG .............................................................................................................. 12
III.A. TRACE TYPE DE L’ECG ...............................................................................................................................12
III.B. AXE ELECTRIQUE DU CŒUR (DANS LE PLAN FRONTAL) .....................................................................................12
1. Signification de l’axe électrique du cœur ...........................................................................................12
2. Utilisation des dérivations des membres pour déterminer l’axe électrique du cœur ..........................13
3. Application : méthode pour déterminer l’axe électrique du cœur ......................................................13
III.C. RYTHME CARDIAQUE ...............................................................................................................................14

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I. POLARISATION D’UNE FIBRE MUSCULAIRE (OU NERVEUSE)

I.A. ETAT DE REPOS

La cellule (myocardique dans notre cas) au repos est polarisée, c’est-à-dire que les concentrations
ioniques de part et d’autre de sa membrane sont différentes en nature et en concentration.

Le potentiel membranaire à l’intérieur de la cellule est négatif et celui à l’extérieur est positif.

Vu de loin, l’ensemble de la cellule peut être considérée comme la somme d’un grand nombre de paires de
dipôles opposées. A grande distance, le champ et le potentiel électrostatique créés par ces dipôles sont
quasiment nuls.

I.B. PROGRESSION DU SIGNAL ELECTRIQUE

La propagation du signal électrique (influx nerveux/électrique) dans le tissu myocardique peut


s’expliquer d’un point de vue électrique par la propagation d’une onde de dépolarisation
membranaire.

En pratique, elle s’accompagne d’une modification profonde mais transitoire de la perméabilité


membranaire qui modifie les concentrations ioniques et donc les équilibres électriques de part et d’autre
de la membrane (du négatif au positif à l’intérieur de la cellule). Puis la perméabilité ionique est restaurée
et suivie d’une onde de repolarisation (l’intérieur de la cellule redevient négatif).

I.C. EQUIVALENCE DIPOLAIRE D’UNE CELLULE EXCITEE

1. Notion d’angle solide

1.1. Introduction
Angle solide, noté Ω

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Unité : stéradian (sr)


Dimension : pas de dimension !

L’angle solide Ωest l'analogue tridimensionnel de l'angle plan (ou bidimensionnel).


𝑙𝑜𝑛𝑔𝑢𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝑙′ 𝑎𝑟𝑐
Définition de l’angle plan dans l’espace bidimensionnel : 𝛼 =
𝑟𝑎𝑦𝑜𝑛 𝑑𝑢 𝑐𝑒𝑟𝑐𝑙𝑒
Définition de l’angle solide dans l’espace tridimensionnel :

𝑆
Ω=
𝑅2

Avec : S surface interceptée par le cône sur la sphère de rayon


R

1.2. Angle solide élémentaire

Soit un point M de la surface élémentaire dS , r la


distance de O à M, 𝑢
⃗⃗⃗ un vecteur unitaire porté
par OM et α le demi-angle au sommet du cône.

On cherche donc l’expression de l’angle solide « sous lequel de O on voit dS », c’est-à-dire l’expression de
l’angle solide délimité par le cône de sommet O et de base dS.
Désignons par dS0 la section droite du cône en M; par définition l’angle solide élémentaire dΩ a pour
𝑑𝑆0 𝑑𝑆 cos 𝛼
expression: 𝑑Ω = =
𝑟2 𝑟2

⃗⃗⃗⃗ . 𝑢
On reconnaît un produit scalaire : 𝑑𝑆 × 𝑐𝑜𝑠 𝛼 × 𝑢 = 𝑑𝑆 ⃗ (avec 𝑢
⃗ vecteur unitaire)

⃗⃗⃗⃗⃗ .𝑢
𝑑𝑆 ⃗
D’où : 𝑑Ω =
𝑟2

2. Notion de feuillet électrique

On appelle feuillet électrique un ensemble de 2 distributions de charges de signes contraires réparties sur
les faces d’une lame très mince (dont l’épaisseur e est très petite par rapport à ses dimensions latérales).
Une membrane cellulaire est donc assimilable à un feuillet électrique.

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Soit dS un élément de surface d’une membrane cellulaire


et σ la densité surfacique de charge de cette membrane
𝑑𝑞
(telle que : 𝜎 = )
𝑑𝑆
Pour un point M, suffisamment éloigné de la membrane
cellulaire, la surface dS est assimilable à un dipôle de
moment dipolaire 𝑑𝑝 , perpendiculaire au feuillet, de
module : ∥ 𝑑𝑝 ∥ = 𝑒𝑑𝑞 = 𝑒𝜎𝑑𝑆

3. Potentiel créé par une fibre au repos (ou totalement dépolarisée)

3.1. Puissance d’un feuillet électrique, notée ⃗𝝁


C’est le vecteur de même sens et de même direction que 𝑑𝑝 (moment dipolaire), tel que : ∥ 𝜇 ∥ = 𝑒𝜎 = 𝜇.

3.2. Potentiel créé par un feuillet électrique

Le potentiel électrostatique élémentaire créé en un point M de


l’espace par un élément de feuillet électrique de densité surfacique σ
s’écrit :
1 𝑑𝑝.𝑟 1 𝑒𝜎𝑑𝑆 cos 𝛼
𝑑𝑉(𝑀) = =
4𝜋𝜀0 𝑟 3 4𝜋𝜀0 𝑟2
⃗⃗⃗⃗⃗
𝑑𝑆.𝑢 ⃗ 𝑑𝑆 cos 𝛼
or : 𝑑Ω = =
𝑟2 𝑟2
1 1
donc : 𝑑𝑉(𝑀) = 𝑒𝜎𝑑Ω = 𝜇𝑑Ω
4𝜋𝜀0 4𝜋𝜀0

Si la densité surfacique de charges et l’épaisseur du feuillet sont uniformes, alors la puissance l’est aussi. Le
potentiel total est alors égal à :
1
𝑉(𝑀) = 𝜇Ω + 𝑐𝑠𝑡𝑒 ⇒ 𝑐𝑠𝑡𝑒 = 0 Car pour M éloigné du feuillet, alors Ω petit et le potentiel créé par
4𝜋𝜀0
le feuillet est donc négligeable.
1
D’où : 𝑉(𝑀) = 𝜇Ω
4𝜋𝜀0

Remarque :
Le potentiel du feuillet ne dépend donc que du contour du feuillet et non de sa forme (plate ou bombée) (si
la puissance est uniforme).

3.3. Potentiel créé par une fibre au repos


Une fibre musculaire au repos (ou totalement dépolarisée) est comparable à un feuillet complètement
fermé qui, vu d’un point M, présente deux faces semblables à deux feuillets vus sous le même angle solide,
de puissance égale en module mais opposés en direction.

Le potentiel résultant est nul quel que soit le point M considéré (même résultat dans le cas d’une fibre
totalement dépolarisée).

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4. Potentiel créé par une fibre partiellement dépolarisée


Si la fibre est partiellement dépolarisée (en voie de dépolarisation ou en voie de repolarisation), l’une de
ses extrémités est dépolarisée tandis que l’autre est au repos.
L’angle solide, sous lequel la fibre partiellement dépolarisée est vue du point M, est divisé en trois régions
d’angles solides différents :

Région correspondant à l’angle solide Ω1 : le potentiel est


nul au point M car les portions CD et 
DE ont des effets
opposés 

Région correspondant à l’angle solide Ω3 : même chose
que pour Ω1 


Région correspondant à l’angle solide Ω2 : contient deux


portions BC et FE qui l’une et l’autre 
« montrent » à M leur
face positive. 

Le potentiel en M de la région de l’angle Ω2 est donné par :

1 1
𝑉(𝑀) = 𝜇1 Ω2 + 𝜇2 Ω2
4𝜋𝜀0 4𝜋𝜀0

Avec μ1 et μ2 respectivement les puissances des parties de feuillet entre BC et entre FE.
1
D’où : 𝑉(𝑀) = (𝜇1 + 𝜇2 )Ω2
4𝜋𝜀0

Si la distance r entre la fibre et le point M est grande devant les dimensions de la fibre (sa section), alors le
potentiel s’écrit :
1 𝑆 cos 𝛼 𝑆 cos 𝛼
𝑉(𝑀) = (𝜇1 + 𝜇2 ) car : Ω2 =
4𝜋𝜀0 𝑟2 𝑟2

Ainsi une fibre partiellement dépolarisée est assimilable à un dipôle (qui se déplace avec le front de
polarisation). Son moment dipolaire 𝑝 est perpendiculaire au front de dépolarisation (front d’activation) et
orienté de la zone de dépolarisation vers la zone au repos. La norme du moment dipolaire est alors :
(𝜇1 + 𝜇2 )𝑆.

Remarque : `

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Le moment du feuillet représentant la membrane cellulaire est perpendiculaire à celle-ci, alors que le
moment dipolaire équivalent de la fibre en voie d’excitation est dans l’axe de la fibre (c’est ce qu’on a vu
au-dessus).

II. PRINCIPE DE L’ECG

II.A. INTRODUCTION
L’électrocardiogramme (ECG) est l’une des méthodes exploratoires les plus largement utilisées et les plus
utiles en médecine contemporaine. Il est essentiel pour l’identification des troubles du rythme cardiaque,
pour le diagnostic des anomalies du coeur et constitue un examen d’appoint en présence de désordres
généraux qui affectent aussi le reste de l’organisme.

Les électrocardiographes enregistrent l’activité électrique du coeur. Ils enregistrent également l’activité
d’autres muscles, cependant ils sont conçus pour filtrer le plus possible cette activité électrique parasite
(celle des autres muscles) afin qu’elle perturbe le moins possible le signal cardiaque.

Les différences de potentiels mesurées par l’électrocardiographe sont de l’ordre du millivolt. La taille de
chaque onde correspond à l’amplitude du voltage générée par l’événement qui lui a donné naissance. Plus
le voltage est élevé, plus l’onde est ample.

II.B. PROPAGATION DE L’ONDE ELECTRIQUE DANS LE TISSU NODAL


Les phénomènes que nous venons de décrire se produisent de façon périodique dans le cœur
(dépolarisation/repolarisation).
Le muscle cardiaque est doué de propriétés contractiles. Les contractions des cellules musculaires sont
initiées par un groupe cellulaire dédié, le nœud sinusal. Ces cellules se dépolarisent de façon spontanée et
se repolarisent ensuite pour donner le rythme cardiaque (60-100 pulsations/min).
La dépolarisation se propage ensuite par le tissu nodal (spécialisé dans la conduction du courant).
Le courant électrique permet aux oreillettes de se contracter, ce qui fait passer le sang dans les ventricules.
L’onde de dépolarisation transite ensuite par le nœud auriculo- ventriculaire : ce dernier module la
fréquence et transmet l’onde au faisceau de His. Ce faisceau de His se divise en 2 branches, droite et
gauche, pour les 2 ventricules. Enfin, le signal électrique atteint le réseau de Purkinje à l’intérieur des parois
ventriculaires.

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II.C. MESURE DE L’ECG A L’AIDE D’ELECTRODES

L’ECG s’obtient en mesurant les potentiels (plus précisément, différences de potentiels) en différents
points du corps.

1. Dérivations électrocardiographiques
On appelle dérivation un système de 2 électrodes entre lesquelles on enregistre une différence de
potentiel.
Il existe deux types de dérivations :
• dérivation unipolaire: lorsque la différence de potentiel est mesurée par rapport à une électrode
de référence (c’est-à-dire dont le potentiel reste constant au cours du cycle cardiaque)
• dérivation bipolaire: lorsque la différence de potentiel est mesurée entre 2 électrodes situées à
peu près à la même distance du coeur.

Remarque :
L’ECG standard est constitué de l’enregistrement de 12 dérivations, à savoir 6 dérivations des
membres et 6 dérivations précordiales.

⇒10 électrodes de mesure : 3 électrodes des membres, 6 électrodes précordiales, 1 électrode de
référence.

2. Dérivation des membres


Il y en a 3 ; les électrodes sont placées sur les membres (qui jouent un rôle de fil conducteur) :
• Le poignet (ou épaule) droit : 𝑉𝑅
• Le poignet (ou épaule) gauche : 𝑉𝐿
• La jambe gauche en général (ou le bas ventre) : 𝑉𝐹 (foot en anglais)

Les dérivations des membres comportent :


• 3 dérivations bipolaires, notées D1, D2, D3, telles que :
 D1 = 𝑉𝐿 − 𝑉𝑅
 D2 = 𝑉𝐹 − 𝑉𝑅
 D3 = 𝑉𝐹 − 𝑉𝐿
• 3 dérivations unipolaires, notées VR, VL, VF, telles que :
 VR = 𝑉𝑅 − 𝑉𝑊
 VL = 𝑉𝐿 − 𝑉𝑊
 VF = 𝑉𝐹 − 𝑉𝑊
Avec 𝑉𝑊 le potentiel de référence constant pris comme origine.

Remarque :
Les dérivations des membranes explorent le cœur dans le plan frontal (vertical). Elles constituent un
enregistrement « à grande distance » de l’activité électrique du cœur : celui-ci est donc assimilable à un
dipôle.

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3. Dérivations précordiales
Les dérivations précordiales comportent 6 dérivations unipolaires, notées V1, V2, V3, V4, V5 et V6. Le
potentiel de référence est toujours 𝑉𝑊 . Les 6 électrodes sont placées sur le thorax en des endroits précis et
universellement adoptés.

Remarque :
Les dérivations précordiales explorent le cœur dans le plan horizontal. Elles sont placées relativement près
du cœur, qui n’est alors plus assimilable à un dipôle : on adopte la théorie du feuillet.

II.D. LE DIPOLE CARDIAQUE EQUIVALENT

Le potentiel créé par les fibres cardiaques, observé à grande distance, peut être assimilé à celui créé
par un dipôle électrique unique équivalent qui résulte de tous les dipôles élémentaires.

Cependant, comme on le voit sur le schéma ci-contre, le vecteur du


moment dipolaire varie en fonction du déplacement de l’onde de
dépolarisation dans le cœur.

A grande distance, on confond les origines des vecteurs représentant


ces moments dipolaires en un point (O) appelé le centre électrique
du cœur.

Au cours du cycle cardiaque, l’extrémité des moments


dipolaires décrit une boucle fermée appelée
vectocardiogramme. La position moyenne de ce
vecteur est appelé axe électrique du cœur.

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II.E. LA THEORIE D’EINTHOVEN


Elle permet d’expliquer les tracés observés dans les dérivations des membres et de construire le potentiel
de référence 𝑉𝑊 pour les dérivations unipolaires.

1. Les 3 hypothèses d’Einthoven

• 1ère hypothèse :
A chaque instant, le potentiel créé par le cœur est assimilable à celui créé par un dipôle unique (justifié par
l’observation éloignée du coeur). Le vecteur moment caractérisant le dipôle cardiaque varie au cours du
cycle cardiaque en origine, direction, sens et norme.

• 2ème hypothèse :
L’origine du vecteur moment de ce dipôle peut être considérée comme fixe et est appelée centre
électrique du cœur. En effet, la mesure du potentiel à grande distance du cœur (théorie du dipôle) permet
de supposer que tous les points de mesure sont approximativement à égale distance des électrodes.
La courbe décrite au cours du cycle cardiaque par l’extrémité du vecteur moment du dipôle s’appelle le
vectocardiogramme. C’est une courbe gauche (c’est-à-dire non plane), dont on ne considère souvent que
les projections dans le plan frontal ou horizontal.

• 3ème hypothèse :
Les points de recueil R, L et F des dérivations des membres sont assimilés aux 3
sommets d’un triangle équilatéral dont le centre électrique du coeur occuperait le
centre de gravité (simplification).

2. Les différents résultats de la théorie d’Einthoven

2.1. Détermination du potentiel de référence 𝑽𝑾

D’après le chapitre 2 (dipôle électrostatique), le potentiel aux


points R, L, F s’écrit respectivement :
1 𝑝. 𝑢 ⃗⃗⃗⃗𝑅
𝑉𝑅 =
4𝜋𝜀0 𝑟𝑅 2
1 𝑝. ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝐿
𝑉𝐿 =
4𝜋𝜀0 𝑟𝐿 2
1 𝑝. ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝐹
𝑉𝐹 =
4𝜋𝜀0 𝑟𝐹 2
En raison des 2ème (origine du vecteur moment du dipôle cardiaque fixe, au centre électrique du cœur) et
3ème hypothèses (RLF triangle équilatéral, d’où: 𝑟𝑅 =𝑟𝐿 =𝑟𝐹 =𝑟0 ) d’Einthoven, alors :

1 𝑝.𝑢⃗⃗⃗⃗⃗𝑅 1 𝑝.𝑢⃗⃗⃗⃗⃗𝐿 1 𝑝.𝑢⃗⃗⃗⃗⃗𝐹


𝑉𝑅 = 𝑉𝑅 = 𝑉𝑅 =
4𝜋𝜀0 𝑟0 2 4𝜋𝜀0 𝑟0 2 4𝜋𝜀0 𝑟0 2

Le triangle RLF étant équilatéral, on a nécessairement : 𝑢


⃗𝑅+ 𝑢 ⃗𝐿+ 𝑢 ⃗𝐹 = 𝑂 ⃗
On en déduit alors que : 𝑉𝑅 + 𝑉𝐿 + 𝑉𝐹 = 0
Pour obtenir le potentiel de référence, il faut donc enregistrer le potentiel : 𝑉𝑅 + 𝑉𝐿 + 𝑉𝐹 = 0.
Ce potentiel est obtenu à l’aide d’un circuit additionneur équivalent à 3 résistances égales, notées R.

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On construit ainsi la borne centrale de Wilson, 𝑉𝑊 , dont le potentiel est bien nul, tel que (loi de Kirchhoff
𝑉𝑅 −𝑉𝑊 𝑉𝐿 −𝑉𝑊 𝑉𝐹 −𝑉𝑊
(loi des nœuds)): + + =0
𝑅 𝑅 𝑅
1
Soit : 𝑉𝑊 = (𝑉 + 𝑉𝐿 + 𝑉𝐹 ) = 0
3 𝑅
Ainsi les dérivations unipolaires des membres VR, VL et VF sont obtenues en enregistrant les différences de
potentiel entre l’électrode correspondante et la borne de Wilson.
Les différences de potentiel VR, VL et VF sont donc respectivement égales à 𝑉𝑅 , 𝑉𝐿 et 𝑉𝐹 .

Remarque :
Les différences de potentiel 𝑉𝑅 , 𝑉𝐿 et 𝑉𝐹 sont donc proportionnelles à la projection du moment dipolaire
cardiaque respectivement sur les axes ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝑅 , ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝐿 𝑒𝑡 ⃗⃗⃗⃗
𝑢𝐹 .

2.2. Cas des dérivations bipolaires


Soit la dérivation bipolaire D1= 𝑉𝐿 -𝑉𝑅 , on peut écrire :
1 𝑝.𝑢⃗𝐿 1 𝑝.𝑢⃗𝑅 1 𝑝
D1 = 𝑉𝐿 -𝑉𝑅 = − = . (𝑢
⃗𝐿 ⃗ 𝑅)
− 𝑢
4𝜋𝜀0 𝑟0 2 4𝜋𝜀0 𝑟0 2 4𝜋𝜀0 𝑟0 2

Or 𝑢⃗𝐿− 𝑢⃗ 𝑅 est de même direction et de même sens que RL, donc


même direction que le vecteur unitaire 𝑢⃗ 𝐷1 de la dérivation D1 (Cf.
figure)

De plus: ∥ 𝑢
⃗𝐿− 𝑢⃗ 𝑅 ∥ = 2 × cos 30 = √3
(car les angles d’un triangle équilatéral font 60° et 60/2 = 30 ; cf
schéma ci-dessous) :

Donc 𝑢
⃗𝐿− 𝑢
⃗ 𝑅 = √3𝑢
⃗ 𝐷1
√3 𝑝
D’où D1 = .𝑢
⃗ 𝐷1
4𝜋𝜀0 𝑟0 2
Ainsi les différences de potentiel D1, D2 et D3 sont elles aussi proportionnelles à la projection du
moment dipolaire cardiaque respectivement sur les axes 𝑢 ⃗ 𝐷1 , 𝑢
⃗ 𝐷2 , 𝑒𝑡 𝑢
⃗ 𝐷3 .

2.3. Conclusion générale


D’après la théorie d’Einthoven : à chaque instant, la déflexion électrocardiographique enregistrée selon une
dérivation donnée des membres est proportionnelle à la projection instantanée du vecteur moment
dipolaire cardiaque sur la direction de la dérivation considérée.

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Remarque :
3
On ajoute un facteur a (𝑎 = ) devant les dérivations unipolaires afin d’avoir un coefficient de
2
proportionnalité très proche de celui des dérivations bipolaires (√3). Le tracé est identique aux dérivations
unipolaires classiques correspondantes.

III. INTERPRETATION DE L’ECG

III.A. TRACE TYPE DE L’ECG

• L’onde P correspond à la dépolarisation auriculaire (= de l’oreillette). Elle est normalement


positive en D1, D2, D3. Elle survient après un temps de latence de 80-100 ms (segment
isoélectrique)

• Le complexe qRs correspond à la dépolarisation ventriculaire. Il comprend dans sa forme


complète une première déflexion négative q, une déflexion positive R (amplitude 1-1,5 mV) et
une déflexion négative s (durée complexe qRs environ 80ms). L’onde de repolarisation
auriculaire n’est pas vue, car elle est totalement masquée par le complexe qRs.

• L’onde T correspond à la repolarisation ventriculaire.

L’intervalle PR compris entre l’onde P et le complexe qRs est normalement isoélectrique et traduit le délai
entre l’activation des oreillettes et celle des ventricules. Ce délai est obtenu grâce au retard pris par l’influx
électrique dans le noeud auriculoventriculaire.
Le segment ST, entre la fin du complexe qRs et le début de l’onde T est normalement isoélectrique.

III.B. AXE ELECTRIQUE DU CŒUR (DANS LE PLAN FRONTAL)

1. Signification de l’axe électrique du cœur


On a vu que le flux électrique cardiaque suit un chemin bien défini à travers le cœur (répartition
spécifique).

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L’axe électrique du cœur est un indicateur de la direction générale que prend l’onde de dépolarisation
lorsqu’elle « s’écoule » à travers les ventricules.
L’axe électrique du cœur est donc de façon conventionnelle désigné par l’angle (en degrés) représentant la
direction du courant électrique se déplaçant à travers les ventricules.

2. Utilisation des L'axe électrique moyen du coeur dans le plan frontal se


dérivations des membres
détermine à partir du système hexaxial de Bailey qui
pour déterminer l’axe
électrique du cœur regroupe les 6 dérivations D1, D2, D3, aVR, aVL et aVF
autour d'un point central (centre du cœur).
La détermination de l’axe électrique du coeur se déduit de la
« valeur » de l’onde qRs (dépolarisation ventriculaire).
Par convention, 0° désigne la direction D1 et +90° désigne la
direction aVF.

3. Application : méthode pour déterminer l’axe électrique du cœur

1. On commence par choisir deux dérivations qui « regardent » le cœur


à angle droit l’une par rapport à l’autre : par exemple D1 et aVF.

2. On mesure ensuite la dimension totale de la polarité du complexe


qRs en D1 et en aVF. En soustrayant la profondeur de l’onde s de la
hauteur de l’onde R.

3. Soit D1=-8 mm (polarité négative) et aVF=+9 mm (polarité positive).


La polarité (positive ou négative) indique si l’influx électrique se
dirige vers l’électrode (positif) ou s’en éloigne (négatif).

A partir de la longueur de la polarité du complexe qRs en D1 et aVF, on construit le diagramme vectoriel


suivant:

Par construction vectorielle (sommation vectorielle) on obtient la


direction de l’axe électrique du coeur.

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8
Par conséquent, l’angle de l’axe électrique du coeur est alors donné par : tan 𝛼 = ( ) ⇒ 𝛼 =
9
8
𝑎𝑟𝑐𝑡𝑎𝑛 ( ) = 42 °
9
(d’après les règles de trigonométrie).
L’axe électrique du cœur étant mesuré à partir de D1, il est nécessaire de rajouter 90° pour obtenir sa
valeur correcte, soit : 𝛼 = 42° + 90° = 132°

Remarque :
Le flux électrique qui se dirige vers une électrode provoque une déflexion positive et le flux qui s’en éloigne
provoque une déflexion négative.

Par conséquent, si l’influx électrique se propage à angle droit par rapport à une dérivation, les complexes
qRs qui en découlent seront isoélectriques (les déflexions positives et négatives s ‘annulent mutuellement).

III.C. RYTHME CARDIAQUE


En général le rythme cardiaque est régulier et imposé par le noeud sinusal. L’appréciation de la régularité
du rythme cardiaque (équidistance des complexes qRs) et la fréquence cardiaque sont établies grâce à
l’ECG.

L’ECG permet de distinguer bradycardies (rythme trop faible) , tachycardies (rythme trop élvevé), arythmies
(rytme irrégulier)...

Exemple :

Un électrocardiogramme enregistré en conditions standards (vitesse de déroulement du papier 25


mm. 𝑠 −1 ) fait apparaître un rythme régulier avec un espace de 12 mm entre deux complexes
consécutifs.
Déterminer la fréquence cardiaque.

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