Vous êtes sur la page 1sur 163

"1
== >
""". <il
Q. """"
g;.
.... ~ =
<5' "1
~ '< Q. ~
t.;,.
s: ~~g.
i;' ="1 ~
"1
"0 ~
t:r :r
'< ~

~
~
~
,
RB/1<:$"
Propriété Ge "" ttasaaft seVegh
w l (l fi. DE ~ aUiU01HEOUE DE.
'1..'MI • •'..: Qi f.\ & 1- At*àlOo 0&

MOREY BERNSTEIN

A la recherche
:;, ~~
de
Bridey Murphy

Traduit de l'américain
t par Françoise VERNAN
i

tH
~

82.
• ,'" ~ ....J~~
... ,....
'",

.. .:
"", ~

.~- \.... ",v ..... ,~;" JI- i


NOTE DE L'AUTEUR '
PREFACE
Ccci CSI Il' n;cil d'{'v(;nl'Illcnls authenliqucs, COIH'(,I'.
lIanl des /2.cns ('xisl,ml rt-ellemen1. Les fails n'olll pas
été modifiés, mais POUl- dcs raisons faciles :, COIll.
prendre, les noms propres de la plupart des person­
nes ont été dmngés.

Ce soir, je vais tenter une expérience d'hypnotisme


comme je n'en ai jamais entreprise auparavant. Le
sujet sera Ruth Simmuns. Nous sommes le 29 novem·
bre 1952.

Je consignai celle note dans mon dossier person­


nel, puis je m'installai confortablement pour réflé­
chir un peu à la technique que j'allais utiliser ce
soir. C'était samedi après-midi, assez tard; l'expé­
rience devait commencer dans quelques heures.
Je décidai de recourir à l'habituelle régression
hypnotique pour ramener mon sujet à l',âge de un­
an. Ensuite je lui suggérerais de chercher plus loin
encore dans sa mémoire. Cela peut sembler assez
simple, mais peut-être cela fera-t-il l'affaire.
Le terme de régression dans le temps s'applique
simplement au fait de diriger la mémoire d'une per­
sonne, par hypnose, à se souvenir de détails d'épi·
\Il) M. R"rnlr"in et AIIMct Doublt,dlJ'y. 19.'ifJ ..
sodes du passé et à les faire revivre, même si ces
Druir~ dl! traductiml : R"/1f'rt l.ajforlC, 1!Jf)(J
événements ont eu lieu dans sa petite enfance.
5

,,~J l

.,
,t
;:1-,

C'est après Lille sOiree dans un club dc danse que Cette fois-ci, je voulais savoir jusqu'où pouvait
je découvris la faculté de Ruth Simmons cie r'enlrcr, atteindre sa mémoire.
en état d'hypnose, dans une transe extraordinaire­ Je me souviens à quel point me parut longue
ment profonde. Après la danse, un groupe d'une l'a l tente de l'arrivée de mes invités. Finalement, Rex
dizaine de couples environ s'était réuni chez l'ull et Ruth Simmons firent leur entrée. Ma femme me
des membres du club. Plusieurs d'entre eux insis­ dit toujours que Rex ressemble à Tyrone Power et
tèrent pour que je leur fasse une démonstr:1tÎon parle de la même façon que lui. Il est agent d'assu­
d'hypnotisme. Je leur expliquai, avec loute la cour­ rance. Quant à Ruth, c'est une petite brune pleine
toisie possible, que je n'étais pas partisan des « numé­ d'entrain, soignée, séduisante, et la partenaire de
ros" d'hypnotisme, mais que je consentais néan­ danse la plus recherchée. Ils forment un couple
moins à les guider dans un exercice de relaxation des plus populaires, et il devenait de plus en plus
progressive pOlir leur montrer toul au moins com­ difficile de les avoir à la maison. D'autant plus que
mcnt commence une transe. l'hypnotisme ne les intéresse pas particulièrement.
Au cours de la petite expérience qui suivi t, je choi­ Je réussis à supporter jusqu'au bout l'obligatoire
sis parmi eux quelques personnes qui semblaient conversation préliminaire allant des élections prési­
devoir être dl' bons sujets. Mais il j' en avait surtout dentielles jusqu'à l'excessive rigueur du temps. Rex
une qui sortait du lot : c'était Ruth Simmons. Quel­ expliqua que les affaireli ne marchaient plus aussi
ques semaincs plus lard, j'cus une nouvelle occa­ bien, mais il tomba d'accord avec moi quand je lui
sion dc raire la preuve de la justesse ùe mon obser­ fis remarquer avec raison que nul n'était en droit
vation; elle était, en effet, un sujet remarquable. de s'attendre à ce qu'elles sc poursuivent au train
C'est-à-dire qu'clic possédait la faculté d'entrer im­ d'enfer qui avait été le leur.
médiatement dans une transe profonde. Une fois terminé cc que je considérai comme un
Ce n'était donc pas par hasard qu'cHe devait se intermède poli, je me tournai vers Ruth pour lui
trollver là cc soir. Je savais que pour le but parti­ demander si elle était prête à se laisser hypnotiser.
culier que je m'étais donné elle serait un sujet ma­ D'un haussement d'épaules, elle me fit part de son
gnifique. acceptation. Je l'informai donc que, cc soir. .je pré­
Pour Ruth Simmons, cc serait de la routine; je férais qu'elle s'allonge au lieu de rester assise dans
"avais d('j:'l hvpnotis{>e (\pux rois élllpar:w<lnL A l'une son fauteuil. Je lui donnai un oreiller et une couver­
tte ces. occasions, elle avait montré d'une raç.on ture pour qu'elle puisse s'installer confortablement,
concluante qu'dIe était capable, étant hypnotisée, de
Elle acquiesça avec plaisir.
se souvenir d'événements ayant eu lieu lorsqu'elle
"n'était âgée qu(' d'un an. Mais l'C soir, j'avais l'inten­ Dès qu'elle eut calé son oreiller, tiré la couverture,
tion de tenter plus que l'habituelle régression dans ct qu'elle fut bien installée, je la priai de respirer
le temps. • sept fois profondément, le plus profondément pos­
7

sihle. Elanl donné sa position couchée, .le décidai dl' elle m'expliqua qu'elle était assise à une longue ta­
recourir pour l'hypnotiser il la vieille technique de hie et que, par conséquent, il n'y avait personne
la bougie a Il umée. devant elle. Mais elle me donna les noms de ceux
se trouvaient de part et d'autre d'elle. En outre,
Quand elle cn eut fini avec ses profondes inspira­
elle nous informa que le jeu qu'elle préférait était
tions, j'allull1ai la bougie Ct la plaçai à environ cin­
la marelle et que sa poupée s'appelait Bubbles; et
qU::lnte centimt'tn:s de ses yeux, à un angle de 45"
elle décrivit en détail sa robe de velours noir avec
par rapport à sa tête. Je lui ordonnai de regarder
de « tout peti ts » nœuds sur les poches.
fixement la flamme, en écoutant ma voix.
Il ne IlIC fallut guère que deux minutes pour la Ensuite, Ruth à l'âge de trois ans! Elle nous
mettre cn état d'hypnose. 11 n'y avait pas à dire, donna une description précise de sa poupée négresse
cette fille était un sujet incomparable; l'Ill' tomba et se souvint de son chien, Buster.
immédiatement dans une t l'alise Nous creusâmes plus loin encore dans ses souve­
Dès que je vis que c'était su[(ïsLlnt, je branchai nirs, au-delà du niveau de la mémoire consciente,
le magnétophone et me mis il parler doucement : ce qu'elle se retrouvât à l'époque de sa pre­
... M::linlenant nous allons retourner en arrière... mière année. A cet âge, elle avait exprimé son désir
nous allons l'l'tourner en arriàe ~l travers l'espace de boire de l'eau en disant : ({ Wu. Mais quand je
cl le temps, exactement comme on tourne les feuil­
lui demandai de nous dire comme elle avait réclamé
lets d'un livre... Et quand je vous parlerai à nou­ un verre de lait, elle répondit : « ... Peux pas dire
veau, vous aurez sept ans, et vous pourrez répondre ça. »
à mes quest ions. Et maintenant - enfin - je me trouvais en me­
J'attendis quelques instants. Rex, ma femme Hazel sure de tenter une expérience que je n'avais encore
et moi regardions cn silence Ruth qui semblait pro­ jamais tentée auparavant, C'est-à-dire que je m'ap­
fondément endormie, prêtais à lui faire « sauter le pas »: j'allais essayer
- Allez-vous à l'école? de voir si la mémoire humaine pouvait être ramenée
Elle répondait à mes questions d'une petite voix à une période précédant la naissance.
claire, Jamais une pareille idée ne me serait venue quel­
Qui l'st ::lssisc devant vous? ques mois auparavant. J'avais forcé d'autres sujets,
Jacqueline, par des expériences de régression d'âge, à revivre des
É t derrière vous? épisodes oubliés de leur passé. J'avais même fait
- .verni.l Mac. revenir certains sujets à la scène de leur naissance,
Je la ramenai de même au jardin d'enfants, quand mais qui eût supposé qu'il ne fallût pas s'arrêter là ?
clic avait cinq ans, Quand je lui demandai qui était Cela semblait logiquement être le bout du chemin.
assise dcvant l'Ile, elle répondit : «Personn~", puis Mais plusieurs livres et quelques autorités en la

8 9

1;
<)
,i'

matière m'avaient rait changer de pOInt de vue. avait gratté toute la peinture de son lit de fer. Elle
J'avais Ill, par exemple, le mpport d'un fameux sa­ qu'on «venait justement de le peindre pour
vant et psychiatre anglais qui, pendant de longues faire joli ".
années, s'était livré, sur plus d'une centaine de su­ Cette petite fille paraissait sc trouver en un autre
jets, à dl'S expériences de retour il des souvenirs lieu, à une autre époque. Et quand je lui demandai
d'avant la naissance. J'avais également appris que comment elle s'appelait, mon sujet répondit :
médecins, ingénieurs, pasteurs et autres,
- Friday ... Friday Murphy.
activement à ce genre de recherches.
Maintenant c'était mon tour.
J'ordonnai à Mme Simmons, plongée dans sa
transe, ct qui maintenant respirait très profondé­
ment, d'essayer de retourner encore plus loin cn ar­
ri~~. d ans ses souvenirs: ({ ... Plus loin ... plus loin ...
plus. loin... jusqu'à ce que, aussi étrange que cda pa­
raisse, vous vous retrouvic7. dans un autre décor, en
un autre lieu, en un autre temps. ct quand je vous
parlerai de nouveau, vous me direz ce qu'il en est. "
Je me tus et j'attendis anxieusement quelques ins­
tants qui me parurent très longs.
Je revins près du divan ct approchai le microphone
de ses lèvres. Nous en étions arrivés au moment le
plus important.
.~

- Maintenant vous allez me dire, maintenant vous


t'allez me dire la scène qui vous vient à l'esprit. Que ...
voyez-vous? Que voyez-vous?
- ... gratté toute la peinture de mon lit.
Je ne comprenais pas. J'hésitai, puis .le lui posaI
.Ia scuJe questiun qui s'imposât en l'occurrence :
« Pourquoi avez-vous fait eela? »
Et fécoutai telle petite voix faible, si lointaine et
si procl1l' à la fois, raconter la logique et touchante
histoire d'une petite fille à qui on avait donné la
fessée, et qui, pour se venger des grandes pel"Sonnes,

10

.r.

PREMIÈRE PARTIE

HYPNOTISME. LE PREMIER PAS


SUR LE GRAND PONT

1
.... ,.'11'


";' ,.:' Quand le téléphone sonna, il faisait nuit,
ct me trouvais au bureau, en train
dl' choisir le gagnant de notre concours de
Je n'aurais probablement jamais répondu à cct appel
si j'avais su qu'il allait m'entraîner dans
des invcstiga tions sur l'hypnotisme, la télépathie et
la voyance; qu'il m'amènerait à expérimenter le trai­
tement de l'électrochoc et des sérums de vérité; et
qu'à cause de lui j'en viendrais finalement à tenter
de percer le mystère de la mort.
A ce moment-là, je soupesais le pouvoir de persua­
sion à l'achat de deux slogans arrivés en, finale. Je
tâchais de bien me mettre dans la tête que le ga­
gnant devait être celui qui inciterait le mieux à
faire vendre n'importe quoi, depuis des lavabos jus­
qu'à des tracteurs. Le téléphone sonna de nouveau et
je dus abandonner pour répondre.
Allô!

Allô! Je voudrais parler à Morey Bernstein.

• Je suis Morey Bernstein.

13

~, Je m'excuse de vous déranger. Mais j'ai pris


,
toire habituel des cocktail-parties. Je ne mc souviens
l'avion ü Denver, il y LI une heure, cl à cause de celle plus comment elle dériva sur le sujct des marottes.
soudaine tempête, nOlis avons dû atterrir à Pueblo. Sa marotte à lui, assurait-il, était l'hypnotisme. Nous
J'ai done téléphoné tians les différents hôtels de la prétendîmcs, naturellement, qu'il plaisantait.
ville, mais il semble que Pueblo soit une ville cham­ Il ne plaisantait pas. Et nos rires durent le vexer,
pignon du Colorado. Il n'y a de chambre libre nulle car il y répondit par un défi: {{ Puisque vous ne me
part. Alors je me suis souvenu que mon cousin, croyez pas, je demande simplement que l'un de vous
George Taylor, m'avait dil d'appeler veuillc bien me servir de sujet, et je vous ferai la
si jamais je passais par Puehlo. démonstration. »
appelle donc. POllvez-vous m'aider? J'en étais toujours à m'interroger sur son sérieux
Quand il avait mt'ntionné le nom de George Taylor, lorsqu'une grande belle fille blonde s'offrit à faire
j'avais compris que c'en était fini pour ce soir du l'expérience. Elle déclara que depuis le jour où J'un
C:I!,.de slogans. Taylor était pronriétaire d'un de ses professeurs, de longues années auparavant,
r ,- 'un ranch très important, et l'uil de nos Ineil­ avait discuté de la question, elle avait toujours été
leù 'Clients. Plus de slogans; un parent de Taylor attirée par l'hypnotisme.
était là. J'assurai donc Je cousin de Taylor que Qllant à moi, cc fut là ma première expérience per­
j'allais venir le chercher tout de suite, si seulement sonnclle. J'avais entendu
Il voulait bien ml' dire où il sc trouvait. Et juste lu des art icles
avant dl' raccrocher, j'eus la présellce d'esprit dc démonstrations sur scène. Mais je n'y croyais tou­
lui (klllandet son nom. TI s'appelait Jerry Thomas. pas.
Thomas se révéla êtrc un beau et ehal'mant Quand j'étais au collègc, par excmple, je me sou­
homme dans les vingt-cinq ans. Après J'avoir amené viens d'avoir quitté l'estrade où avait lieu une séance
chez moi et avoir déposé ses bagagés dans la cham· d'hypnotisme. Jc tcnais à montrer à mes camarades
bre d'amis, je lui Pl'oposai de nOlis accompagner à que mon intelligence ne me permettait pas de m'as­
une petite réception, chez l'un de nos amis, qui de· socier à cc jcu idiot. S'ils voulaient pcrdre leur temps
vait être déjà cn plein essor. à de telles folies, tant mieux pour eux, mais moi je
Bien que l'orage nOlis obligeât à conduire lente· ne m'en mêlais pas.
ment, nous al1ei~nimcs bientôt la maison dl~ nos Cependant, cette fois-ci, j'étais bien obligé de rester
. hOtes., Je remarquai qtll' cc 1'!1onws était véritable­ là. Thomas était mon invité. En outrc,
ment un c;harmelll'. Je fus reconnaissant à mon client rieux de voir comment il allait pouvoir
'd'avoü' lin cousin aussi agréable, llIêmc s'il Ill'avait Je me rassis donc ct attendis.
emp{\ché de terminer mon travail dans le concours Thomas ordonna à son cobaye de s'allonger sur un
de slogans. divan et de s'y installer confortablement. Puis il re­
. Au début, la conversation s'aligna sur 1. réper· tira l'anneau qu'il portait à son doigt et la pria de

14 15

l.

le regarder fixement. Il lui expliqua qu'elle devait


concentrer son attention sur cet objet jusqu'à œ
qu'elle ne le voie plus que d'une manière vague et
confuse. Lui se contenta de tenir la bague devant ses
yeux et d'attendre. Nous attendions tous.
"
retourna auprès de la jeune fille, et, après avoir mur­
muré quelqu~ mots, la réveilla finalement. Elle se
leva et se dirigea aussitôt vers la cuisine, où elle
s'assit à la place qu'on lui avait réservée. En atta­
quant son souper, elle nous fit part du bien-être que
.. . Nous commençâmes même à nous agiter, presque lui avait procuré ce petit somme. «Une merveilleuse
à. nous ennuyer. La jeune fille fixait toujours l'an­ détente, proclama-t-elle, je suis prête à recommen­
ne/lU. Rien ne se passait. Thomas regardait la fille cer à n'importe quel moment! » •
",. et, nous, nous regardions toujours Thomas. Comme Après la seconde bouchée, elle laissa brusquement
la gêne augmentait, quelques personnes cessèrent de tomber sa fourchette pour enlever la chaussure et le
s'y intéresser et se mirent à chuchoter entre elles. bas de son pied gauche. Un silence absolu régnait
D'autres s'éclipsèrent en direction de la cuisine. No­ dans la pièce: nous la regardions tous avec ébahis- ..
tre hypnotiste semblait avoir manqué son coup. sement.
C'est alors qu'il se mit à parler douœment à la Cette attention unanime et ce soudain silence la
jeune fille qui, les yeux clos, avait J'air d'être sur le frappèrent, et elle jeta les yeux autour d'elle d'un
point de s'endormir. JI continuait à parler, mais air interrogateur. Elle était là, tenant à la main la
j'étais trop loin pour entendre ce qu'il disait. Quel­ chaussure ct le bas qu'elle venait d'enlever, et clle se
ques minutes plus tard, il la laissait pour se diriger demandait pourquoi tout le monde la fixait sans
vers la cuisine, où la majorité des invités faisaient parler. Qu'avait-elle fait?
montre du plus grand intérêt qu'ils attachaient à la Son chevalier servant prit la parole:
nourriture qu'à l'hypnotisme. - Que fais-tu avec cette chaussure et ce bas? Tu
Thomas assura avee confiance à ces gourmets qu'ils es à table en train de manger. Pourquoi les as-tu
n'allaient pas tarder à avoir la preuve de ses talents. enlevés?
Il nous pria instamment de nous asseoir autour de Pour la première fois, elle aperçut sa jambe nue
la table de cuisine et de nous mettre à manger. Il et ce bas et cette chaussure qu'elle avait à la main.
prétendit que le sujet dormait paisiblement, mais Je me souviendrai toujours de son expression de stu­
qu'il la réveillerait bientôt. Et à son réveil, précisa­ péfaction incrédule, car je l'ai depuis revue chez
t-i1, elie serait tout à fait normale. C'est-à-dire nor­ d'autres, peut-être un millier de fois. Elle était com­
male. à une exception près. plètement médusée. Elle demeura une minute sans
- Quand elle aura mangé deux bouchées, dit Tho­ elle releva les yeux et secoua lentement
rnas-, elle se penchera tout à coup pour enlever sa la tête. Elle ne savait pas; elle ne s'expliquait abso­
chaussure et son bas. lument pas pourquoi elle tenait sa chaussure et son
Ça, je voulais le voir. bas à la main. Elle n'essayait même pas de se l'ex­
Je n'eus pas longtemps à attendre, 'car- Thomas pliquer.

16 17

visiblement enchanté de la performance,


r- suggestion que, dans l'avenir, elle devrait tomber en
me Jeta un regard. JI n'avait pas oublié que c'était transe dès qu'il aurait compté iu<;qu'à trois ct fait
moi qui avais ri le plus fort lorsqu'il m'avait affirmé claquer ses doigts tmis fois.
qu'il était hypnotiste. Maintcnant il m'invitait muet­ Donc, elle était de nouveau endormie, prêtc pour
tement à avaler la couleuvre de la meilleure grâce notre épreuve. Thomas sa question:
possibll'. Il ne le dit pas cn propres termes, mais je Que voulez-vous que fasse pour vous prouver
lui répondis tout de même est vraiment hypnotisée?
- Je n'y crois pas!
Son fiancé fit alors une proposition :
Thomas cn fut suffoqué; il ne comprit même pas
Laissez-moi essayer quelque chose. Je la con­
de quoi je parlais : nais assez bien pour être sûr que si elle ne simule
- QU'l'st-cc que vous ne croyez pas? pas, je pourrais la faire éclatcr de rire.
- Je ne crois pas qu'elle ait été hypnotisée. Notre hypnotiste donna donc l'ordre à son char­
C'est alors que Thomas tomba de son haut. Mon mant sujet de ne se mettre à rire sous aucun pré­
scepticisme lui semblait absolument incompréhensi­ texte, de garder un visage de bois et de ne pas mani­
ble. Il sc mit à marcher de long en large devant la fester la moindre réaction. Ensuite, il lui fit ouvrir
table, se demandant comment il pourrait relever mon les yeux, tout en la maintenant dans la transe.
défi. Puis il sc tourna vers moi et me pria de lui dire Le garçon se mit alors au travaiL Il commença à
ce qu'il fallait qu'il fassc pour mc convaincre qUe son l'embrasser d'une façon assez ridicule pour susciter
sujet sc trouvait véritablement en él.at de transe. le rire. Mais comme elle ne cillait même pas, il se
- Remettez-la dans ccl état, puisque c'est comme livra à une série de gambades bouffonnes. Or, la
ça que vous l'appelez. Après tout, nous ne sommes jeune fille demeurait toujours aussi absente.
pas certains que vous ne soyiez pas de mèche tous Cependant, avant de nous avouer vaincus, j'exigeai
les deux. Nous n'avons pas entendu ce que vous lui une preuve supplémentaire. Je voulais savoir, par
avcz dit. Vous lui avez peut-être proposé de nous exemple, comment elle réagirait à la souffrance. Et
faire unc plaisanterie. Rendormez-la et nous allons la malheureuse fut soumise à une autre c;érie d'épreu­
chercher une autre épreuvc. ves, dont une aiguille enfoncée sous la p<;:au sur le
Il obéit aussitôt. Et cette fois-ci, ce fut vite fait. dessus de la main. Mais quelle que fût la nature de
Il lui suffil de compter jusqu'à trois, de faire claquer l'épreuve, il était évident qu'elle se trouvait dans un
ses doigts à trois reprises, ct la fille sembla déjà état que je n'aurais jamais cru
• (1 partïe ». Comllle je l'appris plus tard la rapidité Je commençai à me
de c~tte seconde opération était rendue possible par battu. J'avais considéré .
ce qu'on appelle des suggestions post-hypnotiques. notisés étaient des compères ou bien des gens telle­
C'est-à-dire qu'avant que Thomas l'ait réveillée la ment simples que le soi·disant hypnotiseur pouvait
première fois, il lui avait murmuré entre autres la leur faire faire n'importe quoi à sa guise" Mais cette

l
18 ~·" 19
f

tille n'0lail ni une simulatrice ni une idiote. Au con­


,

comment il était venu à s'intéresser à l'hypno-


traire, l'Ill' pn':'sentail tuutes les caractéristiques de la Une de ses parentes étant tombée malade, il
vraie fcll1l11e intelligente, normale et saine. avait songé à ce moyen de soulager ses souffrances.
D'accord, Thomas, vous avez gagne:; vous pou­ Pour cela, il avait suivi des cours de psychologie à
vez la réveiller. l'Université; l'un des rares cours où l'on traitât de
Et je m'effondrai dans un fauteuiL totalement l'hypnotisme de façon quelque peu poussée_ Et il
vaincu. Mais il s'agissait de plus que d'une défaite; reconnut même que ces cours ne faisaient qu'effleurer
j'étuis suisi d'étonnement, d'émerveillement, presque le sujet. Son étude n'avait débordé les limites du
bouleversé. manuel que par le fait de l'intérêt personnel que le
enfin compris que l'hypnotisme était une professeur attachait à cette matière.
hombardai notre vainqueur de questions. Arrivés à la maison, nous nous séparâmes rapide­
la chose existe, pourquoi, alors, ne l'utilise­ ment et un quart d'heure nc s'était pas écoulé que
t-on pas plus largement ? .. Si l'esprit peut se déta· j'entcndais déjà le ronflement de Thomas. Quant à
cher ainsi, n'y a-t-il pas dcs possibilités infinies 7... , moi, je ne fermai pas l'œil de la nuit. Je réfléchissais
Sile pouvoir de suggestion est tel, n'y a-t-il pas là une à cette nouveauté qui venait de m'apparaître : l'hyp­
arme puissante pour le bien 7... Puisque l'esprit hu­ notisme.
main pnll être ainsi dirigé, modelé. infhwncé. pour· Bien que je l'ignore encore, je venais de m'en­
quoi tous les médecins ne sont-ils pas instruits des gager sur un pont très long, un pont qui devait
donm~es fondamentales de l'hypnotisme 7... réunir deux continents, deux époqucs. Et à l'extré­
cnfin, son étude n'est-elle pas obligatoire pour tous mité de ce pont sc trouvait une fcmme que je devais
les psychiatres 7... Puurquoi la science ne s'y inté­ connaître sous le nom de Bridey Murphy.
rcsse-t-elle pas davantage 7... Pourquoi des gens
comme moi ne connaissent-ils l'hypnotisme que par
des exhibitions sur scènes Ol! à la suite d'événements
fortuits comme celui-là 7... Et puurquoi n'en fait-on
ras d'arpJication pratique dans les domaines de J'édu­
cation, dt' la justice, du commerce, de la publicité, et
d(' presque 101lles les atltn's Hclivih;s sous le soleil 7...
Pourquui ne J'utilise-t-on pas davHntage ?
J'uhl ins une réponse. La mêmc réponse quc jc
·devais encore ct toujours recevoir au cours des dix
uns qui suivirent : un haussement d'épaules.
En roulant lenlement vers la maison à travers
lu temrête qui continuait à sévir, Thomas· m'expli­

20 l
1 j.

1
,
,,)

....

sorte de magasin général pour l'indu~lrie assurant la


l distribution de plus d'un millier d'articles.
Quand j'eus l'âge dl' partir au collège, notre so­
ciété s'était rait une réputation dans tout l'Ouest. Il
ne me vint donc pas à l'idée que je puisse faite autre
chose que de me joindre à l'aLTaifC familiale.
Je choisis donc une école spécialisée dans la for­
mation des cadres: la Wharton School of Finance, de
l'Université de Pennsylvanie. Là, pendant quatre ans,
je complétai mon éducation, du <iroit commercial à
Le lendemain matin, je retournai à mon bureau. l'étude du marché des matières premières. Après
"::Officiellcment ct professionnellement, la maison s'ap­ cela, je revins au Colorado pour mcttrc la théorie en
pelait Bl'rnstcin Brothers Equipmcnt Company, Pue­ pratique.
blo (Colorado), mais, dans la !'amille, nous l'avions J'avais été préparé à mon travail, ct je l'aimais.
baptisée Ulcères CmnpaJ.:nie. Mon g.-and-père l'avait Pendant plusieurs années, j'adjoignis de nouveaux
fondée il y a une soixalltaiOl~ d'anm'es. Cl' articles ct de nouveaux rayons et intensifiai notre
que trois génératiolls s'y étaient escrimées. Et la troi­ Tout me plaisait: le choix des nouveaux
sième génération, c'est moi. Quanti grantl-père avait les voyages d'approvisionnement, l'augmen­
ouvert la boutique en 1890, cc n'était guère plus qu'un tation du chiffre d'affaires, la vente. Aussi, le matin
chantier de ferraille. JI aurait démoli n'importe quoi qui suivit l'intrusion de l'hypnotisme dans ma vie,
pOUT' récupércr la ferraille. Il rcconnaissait que ses j'aurais pu reprendre avec plaisir le concours de
ancêtres n'étaient pas vcnus sur le Mayflower, mais slogans au point où je l'avais laissé la veille. Et
il était cunvaim:u que c'étaicn t eux qui avaient dû pourtant j'avais du mal à m'y remettre ce jour-là.
démanteleT' le gros bateau. Mon esprit n'arrivait pas à se fixer sur le travail en
A la seconde génénltion, avec mon père ct mon cours; il revenait toujours aux événements de la nuit p
oncle, la firme prit Ulle vigolll'euse extension. Leurs précédente. Je finis par m'adresse!' à une librairie
efforts sc portèrent surtout Slll' l'achat ct la vente tle pour commander une demi-douzaine de livres trai­
mnrchundises allant du Illl-langeur de cin1l'1I1 HU trae­ tant de l'hypnotisme.
,tCUI' Diesel ct dl'S haiglloires aux r6crvuirs il cssGnce. Quand ils arrivèrent, je ne lus plus aucun roman.
Ils obtinn'nt lu repn~sentation lk~ fabrications améri­ Je négligeai même dans une certaine mesure les
.cnlnc~ dl'stilll~l'S Il l'industrie ct à l'agriculture ct revues ct les journaux professionnels. Je ne pouvais
ouvrirent dl'S débollch~s dl' venle l'n gros ct au dé­ plus m'arracher à ces livres; j'étais complètement
tail, Cc qui n'avait été fi l'origine qu'un chantier de envoCtté. Que le livre traitât de l'histoire de l'hypno­
ferraille était devenu UllC puissance l~ommen:i.le, une tisme, de la technique de la mise en transe, de l'hyp­
22 23
1l0Sl' 1l11'dicak, du Imitelllcnt des mauvaises hahi­
,

Hazel l'l'agi! exacll'll1cnt comme les livrcs affir­


tudes quel qu'en soil Il' suje[ j'illgurgitai tout. maient que (out bon sujet cloit réagir. El
Mai;, Ulll' questioll continuait à me harceler: pour· la réveillai, elle m'affirma que son mal de
la science n'a-t-cllc p~lS usé davantage de ce son grand étonnement, avait mystérieusement
quasi miracle? Je devais apprendre plus tanl pour paru.
quclk's raisons la science se limitait dans cc domaine, Mais bien que son étonnemcnt partll assez sin­
l't devais l;galement découvrir, à de nomorcuses preu­ cère, j'avais l'impression qlle ma honne épouse avait
ves, qlll' Cl' phénomènc (;tail, en erfet, presque un t n: qlle jc me crois quelquefois obligé de faire
miracle. elle me donne une dc ses nouvclles recettes:
.le lus, j'étudiai, je l1l'érncrvdllai, ct il' lus encore « Tu n'as qu'à avaler d'un seul coup et faire un grand
davantage. Mais je n'uvais toujours hypnotisé per­ sourire. » Il fallait donc quc j'en aie le cœur net.
sonne. Il me fallait trouvel' un sujt'!, \ln l'ooaye. Qui Je l'hypllolisai donc une sccondc fois ct lui ordon­
allait accepter dl' se prêtl~r aux cxpL'ricnces d'un Il:li alors de tenir son bras droit écarté du corps et
hypnol iste amateur? J'exposai le problème à ma l;tcndu, ct je lui dis qu'il allait devenir rigide comme
femme, pensant qu'die aumit peUl-être une sugges­ une barre de fer soudée à son corps.· Et je lui affir­
tion à me faire. Ce fut le cas. mai, en outre, que cette «barre dc fer» pourrait
Pourquoi n'cssaÎl'rais-tu pas avec moi? de­ T'ester indéfiniment dans la même position, que ce
manda !-l,Izel. J'ui l'IlCore une cie ces terrioks serait très l.lgréable et qu'clic n'cn éprouverait nulle
nes; peut-être pourrais-tll y faire l]uclque chose. Je
suis prête à essayer n'importe quoi! Je m'assis en face d'elle pour la surveiller pcndant
TOlls les mélkcins qlli l'avaient examinée, toutes quelques minutes, puis, apercevant le Reader Di­
les cliniques 011 elle avait ptlSSl' (y compris Mayo), ~est près de ma chaise, jc le pris pour le feuilleter.
l'avaienf assurée qUl~ ces mi!traincs n'avaient aucune Ensuite je regardaî dc nouveau Hazel. Juste ciel! elle
cause organique: ni lumeur, tli maladie des reins, ne bluffait donc pas. Son bras droit était toujours
ni tension artérielle. Tous s'accordaient à dire que étendu, rigide, dans la même position.
c'était sI rÎCterlll'nt psychique: or le dernier examen Après lui avoir transmis une suggestion post-hyp­
datait à peine de qut.'lques jours. Qu'attendais-je de notique pour pouvoir m'assurcr de la réalité de sa
pills ? , l' transe, je b réveillai. JI n'y avait pratiquement plus
- Donne-moi lc temps de préparer mon plan, et ~"iz
dl' doute : mon premier süjct, ma proprc femme,
.Ie vais t(: débarrasser de ta migraine, lui dis-je. avait bien été hypnotisé.
PuIs je me retirai dans une autre pièce avec une
,"~. brassée de manuels et me mis à élaborer ma tech­
Peu de temps après, l'agence publicitaire la plus
il\lporlante de toutes: les bavardages, se mit à fonc­
nique. Quand cc fut terminé, je la rejoignis. tionner. Des amis et des voisins commencèrent à me
Mfli~ ce fut trop facile. J'avais peine à y ctoire. faire part de leurs problèmes. Et ce qu'il y a de
24 25
étollnant, c'est que cette histoire d'hypnotisme les pour lui une tortul'e à l'idée
aidait véritablement. réciter sa leçon; comme
Un jour, par cxemple, un dc mes vieux amis m'ap­ basket-baIl, il risquait d'être prié de prononcer un
pela au téléphone. Il se faisait du souci au sujet dc petit discours, et il en était paralysé à l'avance. En
son neveu, et il m'énuméra d'abord toutes les qua­ ce qui concernait les filles, il était persuadé que
lités de cc neveu: ce garçon était capitaine de son même lorsqu'elles lui demandaient de les accompa­
équipe dl' basket-bail; il en avait rait l'une des meil­ gner à des « parties ". ce n'était que dans le but de
leures de toutes les équipes universit.. ires ; sc rire de ses efforts d'élocution.
collèges l'avaient sollicité comme entraîneur; il ('tait Qui plus est, il venait de faire la connaissance d'un
costaud, beau garçon, intelligent et bègue d'une cinquantaine d'années, qui lui avait con­
Alors pourquoi diable vous raites-vous du souci ? fié qu'il n'avait jamais pu parler autrement de toute
sa vie. Le pauvre garçon en avait conclu que s'il de·
Il me le dit enfin: vait être forcé de bégayer pendant un tel nombre
_ J'ai des raisons de croire qu'il a dû songer d'années, il valait mieux abandonner tout de suite.
au suicide. Vous comprenez, il bégaie. C'est embê­ II avait évidemment de bonnes raisons d'être aussi
tant. démoralisé.
Et l'oncle me fit comprendre que. si l'affaire n'l'tait Néanmoins, il suffit de quatre séances d'une heure
pas devenue véritablement inquiétante, il ne se serait avec moi pour qu'il puisse me téléphoner - jusque­
pas adressé à moi. (Ç'est une sorte de ....ompliment il là, l'usage du téléphone était pour lui un tour de
rebours auquel je devais rapidement m'habituer; on force - pour me dire qu'il n'avait plus besoin de
recourait touJours à l'hypnotisme ::n dernier ressort.) mes services. D'une voix claire et égale, il m'affirma
Mais il n'exagérait pas la chose et il voulait obtenir sans hésitation qu'il ne bégayait plus; il me remer­
de moi la promesse que je recevrais son neveu le cia en m'assurant que sa nouvelle vie était merveil·
plus tôt possible. Je lui proposai ùonc de venir me leuse.
Sans aucun doute, il était guéri. Plus d'un an plus li
voir avec lui le jeudi suivant.
Ouand je vis le garçon, je compris que l'oncle ne tard, je m'en informai auprès de son oncle. Au pre­
m'avait pas trompé. C'était, en clTet, un spécimen mier abord, celui·ci avait presque oublié que son
réus:-.i. Mai:-. SOJl hL'gaiement avait fait de lui un ,. neveu ait jamais bégayé, puis il me confirma que,
f,.
-isolé. Âussi loin que remontaient ses souwnirs, il depuis nos séances, il n'avait plus eu la moindre dif·
avait toujours souffcrt de ceHc infirmité. A ce que ficulté d'élocution.
Je compris, il n'avait jamais pu s'exprimer norma­ Mais tout ceCÏ n'était pas aussi simple qu'il pour­
lement, de loute sa vic. rait le paraître. Bien que chacune de ces séances ne,
Il m'expliqua que la perspective de chaCJ.ue nou· durât qu'une heure ou moins, je devais consacrer
velle ,journée à vivre le terrifiait. Aller en classe était de nombreuses heures à la préparation : recherches,

26 27
donllant, c'est que cette histoire d'hypnotisme les pOUl' lui une torture à J'idée qu'on pouvait lui faire
aidait véritablement, réciter sa leçon; comme capitaine de son équipe de
Un jour, par exemplç, un de mes vieux amis m'ap­ basket-baIl, il risquait d'être prié de prononcer un
pela au téléphone. Il se faisait du souci au sujet de petit discours, et il en était paralysé à l'avance. En
son neveu, ct il m'énuméra d'abord toutes les qua­ ce qui concernait les filles, il était persuadé que
lités de cc neveu: ce garçon était capitaine de son même lorsqu'elles lui demandaient de les accompa­
l'quipc dl' basket-bail; il en avait fait l'une des meil­ gner à des « parties », ce n'était que dans le but de
leures de toutes les équipes universitaires; plusieurs se rire de ses efforts d'élocution.
collèges l'av,lient sollicité comme entraîneur; il était Qui plus est, il venait de faire la connaissance d'un
costaud, beau garçon, intelligent ct sympathique, bègue d'une cinquantaine d'années, qui lui avait con­
Alors pourquoi diable vous faites-vous du souci? fié qu'il n'avait jamais pu parler autrement de toute
demaIldai-je. sa vie. Le pauvre garçon en avait conclu que s'il de­
Il me le dit enfin: vait être forcé de bégayer pendant un tel nombre
_ J'ai des raisons de croire qu'il a dû songer d'années, il valait mieux abandonner tout de suite.
au suicide. Vous comprenez, il bégaie. C'est embê­ Il avait évidemment de bonnes raisons d'être aussi
tant. démoralisé.
Et l'oncle me fit comprendre que. si l'affaire n'était Néanmoins, il suffit de quatre séances d'une heure
pas devenue véritablement inquiétante, il ne se serait avec moi pour qu'il puisse me téléphoner - jusque­
pas adressé à moi. (Ç'est une sorte de ..:ompliment à là, l'usage du téléphone était pour lui un tour de
rebours auquel je devais rapidement m'habituer; on force - pour me dire qu'il n'avait plus besoin de
rel'ouHlit toujours à l'hypnotisme :.:n dernier ressort.) mes services. D'une voix claire et égale, il m'affirma
Mais il n'exagérait pas la chose et il voulait obtenir sans hésitation qu'il ne bégayait plus; il me remer­
de moi la promesse que je recevrais son neveu le cia en m'assurant que sa nouvelle vie était merveil­
plus tÔt pussible, Je lui proposai donc de venir me leuse.
voir avec lui le jeudi suivant. Sans aucun doute, il était guéri. Plus d'un an plus
p
Ouund je vis le garçon, je compris que l'oncle ne tard, je m'en informai auprès de son oncle. Au pre­
m'avait pas trompé. C'était, en l'fret, un sp~cimen mier abord, celui-ci avait presque oublié que son
_réussi. Mais SOli b('gaÎClIlcnt avait fait de lui un I~
neveu ait jamais bégayé, puis il me confirma que,
isolé. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il depuis nos séances, il n'avait plus eu la moindre dif­
avait .toujours souffert de cette infirmilé. A ce que ficulté d'élocution,
je compris, il n'avait jamais pu s'exprimer norma­ Mais tout ceci n'était pas aussi simple qu'il pour­
lem~'nt, de toute sa vie. rai t le paraître. Bien que chacune de ces séances ne,
II m'expliqua que la perspective de chaql;le nou­
durât qu'une heure ou moins, je devais consacrer
velle journée à vivre le terrifiait. Aller en classe était
de nombreuses heures à la préparation: recherches,

26 27
établissement de mon plan ct rérélition. Pour une horriblement noué, ma première impulsion fut de
séance de quarante-cinq minutes avec un malade tourner les talons et de m'enfuir. Comment m'étais­
atteint de paralysie nerveuse, je passais plusieurs je fourré dans cette histoire? Ce bras était quelque
heures à me préparer. Tout, depuis mon entrée dans chose d'incroyable. On aurait dit un sarment nouem
la pièce jusqu'aux paroles sur lesquelles je prenais et oétrifié. terminé par des brindilles, qui avaient
congé du sujet, était arrêté ct répété à l'avance.
A la suite de cela, je ris plusieurs expériences cou­ anéanti. J'avais promis au docteur d'es­
ronnées de succès, s'appliquant à des troubles tels sayer quelque chose. Mais s'il s'était rendu compte
que migraines, insomnies, excès de tabac et mau­ de mon effroi, à ce moment-là, je suis sûr qu'il m'au­
vaises habitudes. Puis un événement vraiment rait non seulement excusé, mais qu'il m'aurait même
ficatif se produisit. Un médecin célèbre de notre aidé à sortir de la chambre. Cependant, lui me mon­
au courant de l'intérêt que je portais à l'hypnotisme, trait cc bras avec une désinvolture qui impliquait
me fit part du problème que lui posait une victime nettement qu'il ne voyait là rien d'extraordinaire. Je
de la poliomyélite. Cette femme, '11e dit-il, avait subi, me crus donc obligé d'adopter la même attitude.
du fait de la polio, de véritables lésions aux jambes, Il m'expliqua que ce bras était ainsi depuis plus
mais l'affaire se compliquait de paralysie psychique de quatre mois et que rien n'avait paru pouvoir l'amé·
du bras droit, sans nulle cause organique. liorer. Il ne rl:agissait à aucun traitement thérapeu­
Il n'eut point besoin de s'y prendre à deux fois tique, et, bien entendu, il n'existait pas de médica­
pour obtenir mon assistance. L'occasion d'apporter tion pour ce genre de chose. «Alors, voyons donc ce
mon aide dans un cas de réelle maladie était trop que vous pouvez faire! " conclut-il.
tentante. En outre, tous les livres que j'avais lus Je me mis au travail avec angoisse. Je parvins à
affirmaient que ce genre de paralysie - c'est-à-dire la mettre en transe assez facilement et ensuite, après
le symptôme lui-même - était un jeu d'enfant pour avoir obtenu les réactions hypnotiques habituelles, je
un hypllot iste compétent. lui ordonnai finalement de remuer ses doigts au
La femme, dans les trente-cinq ans, avait perdu rythme lent que je lui indiquai en comptant. Elle
une fille de dix ans, atteinte de polio en même temps le fit. Personne n'en fut plus surpris qué l'hypnotiste
Cc fait, ajouté à d'autres pénibles circons· lui-même. Je répétai cet exercice à plusieurs reprises,
tUIH.:CS, avait évidcIllIlH.:nt cuntribué il mettre la mal­ ct, après avoir donné à ma patiente une suggestion
heureuse, tant au puint de vue affectif que phy­ post-hypnotique, je la réveiIlai. C'était un grand jour.
siqu!-!, cn très mauvais état. Rien d'étonnant à ce Au cours des trois séances hebdomadaires suivan­
qu'clll' eût développé une contracture hystérique. tes, je renouvelai la même technique, obtenant cha·
Avunt même d'avoir vu l'état de ma patiente, que fois qu'elle remue davantage son bras, et, à la
j'avais accepté de m'en occuper. Mais quanq, je péné­ quatrième séance, le bras tout entier était libéré de
trai dans sa chambre d'hôpital et que je vis ce bras sa paralysie. Après qu'elle eut recommencé à faire

28 29
usage de son hras, dIe parut recouvrer très rapide­ La poursuite de mon étude m'amena ù faire ]'ex­
ment son état norm"ll. Quatre séances y avaient suffi. périence du phénomène le plus fascinant du domaine
Les suggestions post-hypnotiques que j'avais don­ de l'hypnotisme : J'extraordinaire régression d'âge.
nées à ma patiente étaient surtout des instructions Comme nous l'avons déjà vu, ceci consiste en la pos­
en vue de l'autosuggestion: l'affiI'mation que les tI'ai­ sihilité donnée au sujet, mis en état d'hypnose, de se
tements thérapeutiques de l'hôpital allaient se révé· souvenir, ou de revivre en détail des événements du
1er étonnamment plus dfiG1CeS dans l'avenir; qu'elle passé, même si ceux-ci ont cu lieu au cours de sa
devait ohéir davantage aux llireclives du physiothé· petite enfance. 11 existe deux sortes de régression
rapiste; qu'il lui fallait maintenant faire plus ample d'âge. Dans l'une, le sujet décrit un événement parti­
usage de ses dons naturels d'optinllsme et de courage culier, comme s'il s'en souvenait ou y assistait. L'au­
et qu'clic pouvait envisager avec espoir sa totale gué­ tre, que l'on appelle la véritable ou totale régression,
rison. est celle où le sujet semble revivre effectivement
L'efficacité de l'autosuggestion dans ces cas prouve quelque épisode de son passé. On dit au sujet, mis en
une Cois de plus l'étendue des possibilités que nous état de transe, de ramener sa mémoire, à travers l'es­
J possédons en nous-mêmes, par le simple usage de pace et le temps, à revivre effectivement une certaine
la f91'Ce de persuasion. J'ai conseillé à tous mes pa­ scène, qu'il doit parler de la même voix que celle
tients de recourir à l'autosuggestion le soir, ':lVant de qu'il avait alors, qu'il dcvnl éprouver les mêmes sen­
se coucher, le matin au réveil, de temps en temps sations, les mêmt's émoI ions, réagir de la même fa­
au milieu de la journée, quelquefois justt~ avant le çon, reviVl'e dans sa lolalilé la même expérience
déjeuner. A ces instants particuliers, le bègue, par f que celle qu'il a déjà vécue, disons le jour de son
exemple, devait répéter sa phrase-clef : « Si je parle 1'v­ - troisième anniversaire.
lentement, je parle purJ'uitelllent hien. » Et en même il" J'ai conservé les enregistrements de ces deux types
temps, il s'imaginait lui-même en train de faire un f de régression, et chaque fois, mes auditeurs sont
plongés dans la stupéfaction. Je suis persuadé, d'ail­
discours devant une nombreuse assistance, ou hien,
dans le rôle d'avocat, prononçant une plaidoirie spec­
taculaire devant un jury. A la paralysée. j'avais dit
t
J,
/f
leurs, que beaucoup d'entre eux ne croitnt absolu­
ment pas à ce qu'ils entendent. Me souvenant de
qu'à ccs moments prt'cis, clic devrait refaire certams l'étonnement que j'ai moi-même éprouvé lors de ma
.des simples cxen:iccs cx~culés au cours des séal1l:cs ; première expérience, je ne suis guère surpris que
1 des auditeurs soient confondus par de simples ré­
et clIc' devait aussi, Cil Illême temps, sc représenter 1
~. gressions d'âge que des centaines d'hypnotistes, de
e.lle-m.ême faisant normalement usage de son bras.
C'est-il.Jire qu'à tous ces sujets j'inculquai la combi­ psychologues et de médecins exécutent couramment.
naison de l'autosuggestion avec la création d'images JI faul reconnaître que c'est un spectacle assez
mentales extrêmement vives. L'usage répété.de ces ahurissant que de voir un homme âgé revenir à la
images mentales est étonnamment efficace. scène de l'anniversaire de ses trois ans, raconter, mi­

30 31
nute par minute, le détail des événements et se met­ vers le bas (c'est la Ilexion). Par contre, chez les
tre mt:me, parfois, à parler de la petite voix de ses bébés, jusqu'à sept mois, les doigts de pied, en
trois ans. li lui arrivait aussi de décrirc avec exac­ réponse à la mt:me stimulation, se relèvent (c'est la
dorsi/lexion).
titude les cadeaux qu'il avait reçus cc jour-lit. La
richesse de détails de la mémoire est incroyable. Tenant compte de ce fait, deux expérimentateurs,
Il l'st intéressant de noter, en outre, les change­ travaillant sur tl'oissujets adultes, démontrèrent que
ments qui sc produisent dans l'écriture, le compor­ la réaction passait de la flexion à la dorsiHexion,
tement, la façon de voir cf les réflexes au cours de lorsque les sujets étaient régressés à l'âge de cinq
ou six mois. Puis, en sens inverse, on constatait que
la régression d'âge par hypnose. Par exemple, la
signature d'un de mes sujets, ramené à l'âge de huit le réflexe se transformait de nouveau pour reprendre
ans, devait différer css(mtiellement de celle qu'il sa forme adulte, quand on leur suggérait de progres­
devait donner, si on lui disait qu'il n'avait que six ser dans les années. Ces constatations furent confir­
ans. Au niveau de cinq ans, le sujet peut encore peut­ mées pal- les expériences de LesIie Le Cron, l'un
être l~pelcr les lettres de son nom: ramené plus loin des plus brillants pionniers de l'hypnotisme mo­
dans son enfance, il ne l'l'ut pas plus l'épeler que derne.
l'écrire. Et les CXpl'rts graphologues confirment gé­ Aussi passionné que je le fus par celte technique,
n<5ralcmcnt que ces spécimens d'l~criturl', comparés à dCIlll'uruis néanmoins toujours dans l'ignorance du
ceux elrectivement produits pendant l'enfance du pOÎllt jusqUl' auqlll'! Ol! pOll\'ail Iain: r(ogrcsscr la
sU.iet, sont pratiquement identiqul's. mémoire humaine..k ne soupçonnais p.IS non plus
J'appris également qm' les tests d'intelligence ct que certains savants (aisaient usage de la régression
de lecture posés à différents degn~s de la régression hypnot iqul' pOUI' percer le secret de quelques-uns des
d'Age cunfirment sa véracité. De plus, 'illelqu'un qui mystères dl' l'humanité. Ces révélations devaient me
aurait hégayé, disons à l'âge de sept ans, sc remet­ venir par la suite.
trait à le faire, si on le ramenait à cet âge; et cc Et heaucoup plus tard aussi, .le devais découvrir
défaut de prononciation dispanlîtrait ensuite si on que celle technique ouvrait la voie qui devait me
suggérait une époque ultérieure. Les sujets que l'on conduire en dernière analyse à Bridey Murphy.
fait ainsi régresser repassent aussi par les chocs, les
maladks ct autn's épisodes dl' qul'lque nature que
ce ·sorl.
Une preuve particulièrement convaincante de la
réalfté de la régression d'âge par hypnose a été four­
nie par des expériences relatives au chatouillement
de la vollte plantaire. Si l'on chatouille la plante du
,
pied d'un adulte normal, le gros orteil tend l tourner

32
nolisL'l' peut-elle être amenée à commettre un crime

3
ou un acte immoral? Est-cc dangereux?

s'en seri-on pas davantage? N'importe

être hypnotisé? })

A nIa connaissance, il n'y a virtuellement aucun


danger de rester délinitivement en éiiilt de transe.
~ Même si un hypnotiste plonge un sdfét dans une
hypnose profonde ct s'en vu, le sujet finira par
tomher dans un sommeil normal, dont il sc réveil­
lera ensuite en temps voulu. La plupart des hypno­
listes aflïrmeront sans réserve qu'il n'existe aucun
risque dt' cc côté-là. J'ai su qu'il y avait cu des cas,
extrênwlIlcnt rares, OIJ le réveil du sujet s'est révélé
dirtîcile, mais ces cas sont tellement peu fréquents
Cqwndant mes (,xpl~ricnl'es sc multipliaient et je est à peine besoin d'en faire état.
finis p~lr connaît re les rl'ponses aux quest ions dont Je découvris nussi que n'importe qui peut appren­
tout h'lpnotistc esl assailli. I.a pn'rnii.Tc I.'sl la dre ~I hypnotiser; poillt n'l'st hesoin de posséder des
fal'ik à rl'SOUdl'l'. En lail, on peUl sans pcinl.' la forces mystl~riellsl's. F.xm:tement comme tout le
trancher. cal' personne jusqu'ici sernble savoir COlU­ monde peut apprendre à danser ct pour devenir
ment y répondre. La question: « Ou'csh-c qu'une un très bon dansl'ur. il suffit de joindre un certain
transe? » demeure essentiellement sans réponse. En talent naturel, ou don, à la pratique - il en est de
d'autres tt!rmcs, nOlis ignorons ce qu'est même de l'hypnotisme. N'importe qui peut provo­
1is III l' l't flOUS ne savons pas jusqu'oll effectivement quer une transe, mais celui qui veut s'adonner
peut aller' son pouvuir, Pcul-l'IIT, tians ks vingl­ consciencieusement à l'étude de cette science, et
cinq UIlllél'S qui vunt suivre, la sciencc dirigera-t-elle y est doué, fera évidemment un meilleur hypnotiste.
son attention sur ce domuine. ct découvrira-t-on alors Dans l'hypnotisme cornme dans la danse, il y a beau­
Sl'S Sl'crets. coup de gens qui pratiquent; il y en a peu qui excel­
Ikun'IISl'Il1l'nt toutefois, <Jl1l'lqlwS-UrlS lks pro­ lent.
IJIL~IIIl'S 0111 dl' ,':solu..... Pal l·.\l·lllplL~, IIOIIS U)llIldÎS­ Ensuite, l'hypnotistc l'st un guide. Et lIe même
. SOIfs dl'.i~1 la réponse Ü l'l'l'tailles inlerrogal ions telles '4. qu'il existe des guides meilleurs que les autres, il
que:. « N'y not-il pus de risque de rester définitive­ n'en demeure pas moins qu'aucune magie, aucun
ment en étal de tl'nnse'? L'hypnotiste doit-il possé­ attribut surnaturel ne s'impose. N'importe qui peut
deI' un pouvoir extraordinaire'? Quelqu'un peut-il hypnotiser n'importe qui.
être hypnotisé contre sa volonté? Une persopnc hyp­ La question de savoir si quelqu'un peut être hyp­

34 ~5
nolis0 contre sa volonté LI en r0alit0 deux réponses mander parl:i Ile chose, Ma is la mêmc fcmllll:, sou­
UIW n'p()IIS~' gl;II~;\"ale cl quelqucs rares exceptÎons. mise à plusieurs l'l~prisL's Ù la suggestion que son
J)'UJw façun gt-n0ralc, je n'ai jamais pu llleUre mad l'st en train d'ernpoisollner lentement son en­
qU'tHl en é.'Qe (l'alise contre sa volonté. Si un sujet rant, pourrait vl'aÎselllhlablelTlcnt déddef:qUl: le seul
refuse de conp0n:r ou (!l;cide simplement qu'il ne moyen de sauver l'enfant serait d'empoisonner le
veut pas se laisser hypnotiser, il n'y ..1 rien il raire, 1
marÎ.
Ccpend,1Il1, 6n a rd~~~é quelques ra~-es occasions où C<.~ probl&me est néanmoins purement académi­
certains sujels, malgn; kurs l'Irorts pour résister, ont que. Aucun expérimentateur sérieux ne semble avoir
pourlmlt tini par succollllwr. Le Jourll(/l (If Ml'dέ jugé hon de s'y arn::'ter. Comme l'écrit le psychologue
cal IIVpYlOfÎ.HII anglais (été 1(51) relate le cas d'une Leslic Le Cron : « Il y a à peu près autant dl' risque
inlirI1lÎi'n', t'Xccpt iOllnclll'llll'llt hOIl sujet. ü qui l'on de voir quelqu'un commell re sous l'hypnose un acte
avait précisément enjoint de résister aux efforts du répréhensihle qu'il y l'Il a lI\! le voir enlevé par une
ITH;(kdll pour l'hvpllotisC:'r. Néanmoins, en quelques
soucoupe volante. "
minlltes, cn dépit du hruit qui régnait alentour, y L'uil de Illl:S meilleurs sujets, âgé de vingt et un
compris ses propres paroles ct ses propn~s cris:-elle ans, m'en donna la l'l'CliVe, alors que je lui faisais
sc soumit à la voix persuasive du médccin, qui avait opérer une expérience de régression, Arrivé à l'fige
continué à lui parler doul'emt'nt à tnlVl~rs Cl' chari­ dl' huit ans, ie lui demandai Il' nom de l'élève assis
vluL Mais ce sont là des exceptions qui l'onlirmcnt dcrriL'rl' lui il l'én>lc ; il me répondit aussitôt. Quand
la règle.
JI exlste une autre questiun ù laquelle répond une
r'
~. le priai, tout li lait irmocernment, de me d.ire s'U
aimait cc garçon, il répondit par un non catégorique.
double solul ion : tlnc personne en état d'hypnose ({ Et pounluoi Ile l'ailliez-vous pas? »
peut-l'Ile êtrc amenée à commettre un crime ou un Celle simple question devaÎt être explosive! Il se
acte Immoral? D'upl'ès ce quc .i'ai appris, il es! uni­ révei lia d'un seul (;OU p, Ordinairemen t. quand ce
vcrscllcllll'nt recontlu qlW personne ne peut agir, en jeune homme sc trouvait plongé dans une transe hyp-'
état d'hypnosl', contre cc qui constitue ses principes notique, un clairon aurait pu lui sonner aux oreilles
essentiels. D'autre part, il est possihle, RU hout d'un ans, m'en donna la preuve alors que je lui faisais
certain temps, d'ancrer dans l'esprit d'un sujet une sur lui un effet immédiat: il sauta sur ses pieds,
slllo(~('slion l'amewmt, l'Il d{Ofinitive, à comnwll rc un
Je lui racontai la scène, en lui disant avec quelle
lwlc nmtl'aÎrc à sa mltll rc IUllci&re. NOliS 1I0llS trou­ soudaineté il était soni de transe qual1d je lui avais
vons 'dolic l'ncore une fois devant une négation demandé pourquoi il n'aimait pas cc petit garçon .
.d'ordl'c général, avec qw:lqul:s très rares oui, Une dont je lui répétai le nom qu'il m'avait indiqué, et
femHlI!', pur e:ttcmplc, n'obtcmpérerait pas à la sug­ qui était assis derrière lui en classè de neuvième.
lJefltioll d'cmpoisonner son mari. Il se pourrait même " Oh ! ça ne m'étonne pas », dit-il. Et ce fut lout. Le
qu'clle IIC réveille quand on essaierait de Jui corn, tact exigeait que je ne le pressasse pas davantage.

37
nOlis,; cOl1tre sa volonté a en n\dité deux n;ponses mamkr pareille chose. Mais la lllê1llt~ femme, sou­
une réponse gélléra le 1..'1 li lIclqucs ra rcs except ions. mise ü plusiclIl-s reprises ü la suggestion que son
D'ullL' la"'oll gém;rale, je n'ai janwis pu meltre quel­ mari est cn train d'empoisonner lentement son en­
qU'lin cn état de trallSI..' contre sa volonté. Si un sujet rant, pourrait vraisemblablement décidef> que le seul
refus" de coopC<rer Oll d(;cide simplement qu'il ne moyen dl' sauvcr l't,'nfant serait d'empoisonner le 1
1
veut pas se laisser hypnotiser, il n'y a rien ü raire. mari.
Cependant, 6n a relevé quelques rares occasions où Cc problème est néanmoins purement académi­
celülins sujl'ls, lllalgr{' leurs drol'ts pour rl;sister, ont que. Âucun expériml'ntateur sérieux ne semble avoir
pourfant fini par sucl'ollllwr. Le Journal 01 Medi­ jugé bon de s'y arrêter. Comme l'écrit le psychologue
cal Jlvp1101ism anglais ((;,,; 1(51) l'date le cas d'une
inlîrlllii'J"e, l'xl'l'ptionnellL'ml'llt bon slljet, il qui l'on
avait précisément enjoint de résister (lUX efl'orls du
r
~
Lcslie Le Cron : « JI y a à peu près autant dl' risque
de voir quelqu'un commettre sous l'hypnose un acte
répréhcnsihle qu'il y en a de le voir enlevé par une
R
Ill,"dccin pour l'hvpllotiseL Néanmoins, en qUl'lques soucoupe volante. »
minules, en dépit du hruil qui rt-gnail alcntolll', y
compris scs propres pa roks ct ses propres cris~elle
Î
(
L'uil de mcs meilleurs sujets, âgé de vingt et un
ailS, m'cil donna la preuve, alors que je lui faisais
St' soumil à la voix persuasive du médecin, qui avait f
rf~
opérer une expérience de régression. Arrivé à l'âge
continué à lui parler doucement ü travers CL' chari­ de huit ailS, je lui demandai lt.' nom de l'élève assis
vLlri. M.. is ce sont là des exceptions qui confirment dcrrii:rc lui à l'l'COll' : il me répondit aussitôt. Quand
la règle. le priai, tout à fait innocemment, de me d~re s'il
11 existe une autre question ü laquelle l't'pond une aimait cc garçon, il répondit par un non catégorique.
double sulution : une personne cn élat d'hypnose « El pourquoi ne l'aimez-vous pas? »
peut-elle êt rc amenée à commettre un crime ou un Celte simple question devait être explosive! Il se
n('te immoral? D'après ce que rai appris, il cst uni­ réveilla d'un seul coup. Ordinairement. quand ce
VCI'st!lIcrncnt recunnu qllt~ personne ne peut agir, en jeune homme se trouvait plongé dans une transe hyp-'
état ù'hypnos'-" cuntre CI.' qui constitue ses principes no tique, un clairon aurait pu lui sonner aux oreilles
essentiels. D'autre part, il est possible, au hout d'un ans, m'en donna la prcuve alors que je lui faisais
,,'i','
certain temps, d'ancrer dans l'esprit d'un sujet une sur lui un effet immédiat: il sauta sur ses pieds.
stlggestion l'amenant, çn ddinitivc, à commettre un Je lui racontai la scène, en lui disant avec quelle
a
uctl' contraire sa Iléllure fUllcii:re, Nous 1I0tlS Irou­ soudaineté il était sorti de transe quand .le lui avais
VOliS' dOliC encorc une rois devant une négation demandé pourquoi il n'aimait pas ce petit garçon,
d'onlrc général, avec quelques très rares oui. Une dont je lui répétai le nom qu'il m'avait indiqué, et
femme, par t.~xemplc, n'obtempérerait pas ü la sug­ qui était assis derrière lui en classé de neuvième.
gl'slioll d'empoisonncr son mari. Il se puurrait même " Oh ! ça ne m'étonne pas ", dit-il. Et ce fut tout. Le
qu'clle !le réveille quand on essaierait de Jui corn· tact exigeait que je ne le pressasse pas davantage.

36 37
Je ne devais jamais savoir pourquoi il avait refusé,
sous l'hypnose, de répondre ü ma question. Mais il
m'uvait dOllUé une cO!1lirlllation suppll'llll'lltaire
s~ mêmt' jusqu'à refuser de discuter
d'une qullt'fOh, lorsque ses principes s'y opposent.
r1 Je venais de terminer la second;;; sé~'nce, dans un
cas que j'avais cntrepris à la demande j'un médecin.
Le mari de ma patiente, qui avait assisté à tout. me
à part. Je supposai qu'il désirait. remercier
de l'évidente amélioration de l'état d~· s~·femme.
En SOlllllle. même pendant la transe, hl plul"lrt des Au lieu de cela, il m'assena brutalement :
gens savent cc qui sc passe ct peuvent, dans une
certaine mesure, cxen;er U11l' sorte de contrôle ct de
CCllSUl'e.
t - Il faut cesser tout de suite celte histoire d'hyp­
not iSlTIl' !
Abasourdi, je recouvrai ma respiration pour lui
Et maintenant, le grand sujet d'inquiétude: ('hyp­ demander:
notisme est-il dangerellx? On a écrit plus de bêtises - Mais pourquoi? Votre femme fait de remar­
là-dessus que sur n'importe quel autre problème. La quables progrès.
vérité - ct je crois que tous les gens compétents Oui, je le vois bien. Mais à quoi cela lui servira­
sont d'accord sur cc point - c'est que l'hypnotisme I-il si clic doit être obligée de passer sa vie à venir
en soi est absolument ino/knsiL li n'en est (' chez VOllS
~'
résulté auclIne nmSl-qlll'lll'C pernicieuse, tant au Ct'Ile fois, je m'effondrai dans un fauteuil. Revenu
point de vue Illental que physiqm'. de ma surprise, je lui dcmandai où il avait pris cette
Comme tout bon outil, il est vraisemblable idée. Il dut reconnaître que sa référence était une
puisse être nuisihle, s'il Sl' trouve l'Il dl' mauvaises vieilk~ femme qui, ayant lu des histoires à ce sujet,
mains: 011 peut toujours mésuser d'un instrument l'avait prévenu que sa femme demeurerait intoxi­
l'flicac!.'. 1.'é!ccl ril'ité l'st l'lin dl' nos plus dynamiques quée toute sa vic.
scrvilt~lIl's; ÎncOIllrillél', elle peut provoquer la mort Je dus donc commencer par le commencement, lui
cl la dl'slnIClÎoll. L't'ail nOLIs rait vivre: mais on peut faire un historique de l'hypnostime, réduire à néant
aussi s'y noyer. ('0 Illi n!.' dit Shakespeare : « Rien ces idioties et passer en revue les récentes réussites
n'cst en soi bon ou mauvais: tout dépend de ce de son utilisation. Bien qu'il se soit facilement laissé
qu'on en pense. » induire en erreur, cet homme était loin d'être un
TI imporle l:galcmenl dl' noter que l'étal de transe imbécile. Il sc mit activement à lire toute la docu­
ne 1,!liglle nullement J'espril ni le corps; le sujct. mentation que je lui avais confiée, et s'cn fut encore
en 0111 J'l', 11e dellll't1l'l' pas sous l'influence uu en chercher davantage dans les librairies Il ne s'ar­
dl' J!hypnotiste. El il ne risque en aucune façon de rêta pas là. Il interrogea personnellement deux per­
conlracter' une hahillHk qui devienne une nécessité. sonfles qui avaient une grande expérience du rôle
Jt.~ peux citer une au t re expérience personnelle à passif de l'hypnotisme, leur soutirant le plus de dé­
l'appui de cette affirmation. • tails possibles sur le danger d'en contracter un be-

311 39
J...
~
soin permanent, la eaplalioH de la volonté et, cn
gl;lléral, sur l'éventualitl; d'l'fTets ultérieurs.
Aprl~s avoir obtenu enti6n: satisfaction, il vint raire
amende h~ahle ct me suppl iCI; de reprendre le
traitement 'de !\<.l fcmrne. Il est devenu l'lin de nos
r
~
d'aull'cs pas. C'est cet inexplicable « quelque chose"
sous la dirct.:tion de l'hypnotisle. perrnl'l au
sujet de passer dans l'état de t l'anse. Bien sùr, un
hon hypnotiste peut accélérer cc processus, cl peut
même réussi r avec certains sujets réfractaires, sur
plus Icrv<.:lIts partisans. ksquc!s s'{~taient essayés en vain des hypnotistes
- Quand j'allaqllai la queslion de savoir si n'import<.: moins habiles. Il existe néanrnoin::; quelques indivi­

,
qui pouvail [~tre hYPllotisé, je Ille heurtai à hl plus dus qlli sont absolument rebelles à l'hypnose.
notable dt,raite de J'hvpnotisllll'. Jusqu'il maintenant, 1t Il Si.' 1l'Olive qUl' je fais parI il' de ces gens-là
il' pourquoi, je n'en sais rien ct je peux donc cn
on y l'l'pondait par lin lion l'atl-goriqlle. Une fois 1'.
posé que l'hypnolisle n'a pLIS il posséder dl' pouvoirs parler en connaissance de cause. Beaucoup s'étonnc­
surnaturels, il faut aller pills loin et reconnaître que l'ont peut-être du mal que .le me suis donné pour
c'est le sU,jet, ct sa réaction en présence: de ce:lui tenler de devenir Url bOI1 sujet à l'hypnose. rai
qui opère, qui est le facteur déterminant dans le tenté l'expérience avec quelques-uns des meilleurs et
des plus célèbres hypnotistes des Etats-Unis. Sans
processus de l'hypnose.
Considérons donc le sujt't lui-même. Quelles qua­
li
111
résultat. rai ensuite essayé successivement l'élcctro­
choc, un traitement à Î'anhydride carbonique, la
lités, quelles l'araclÔ'isl iqul's (,olllrihlll'nl à faire un
narco-analyse, pour linalement me soumettre à l'essai
bon sujet? Nous devons dire tout d'ahord, qu'il
de la chambre à pression égalisée, qui pcrmet effec­
s'agit là d'une question ù laquelle il !l'a jamais été
tivement la cessation de la l'I!spiration. Rien n'y fit.
donm.~ de réponse convenable, élant donné qu'elle se
Pourquoi tant d'histoires pour tenter de parvenir
ramène, somme loute, au problème l'ondl.lllll'ntal :
à devenir moi-même sujet à l'hypnose? Pour deux
qU'l'st-Cl' qu'une transe? L'expL'riel1l'e a qlland m['me
raisons. D'abord, commc nous l'avons vu, l'un des
rait f'l'ssortir un certain nombre dl' renseignements
plus sérieux obstacles aux progrès de l'hypnotisme
inl~n~ssants ct quelques certÎludes sc sont imposées.
est son apparente inapplicabilité à tout le monde. Si
PHI' exemple, il semble évidenl que les gens normaux,
l'on pouvait trouver le moyen de rendre possible à
cn hOllne santé, sont ks meillcurs sujets. En outrc,
n'importe qui l'entrée en état de transe, l'hypnotisme
l'intelligence ct la force dl' nJlll'l'ntration sont des
aurait fait alors un grand pas en avant. Je me mis
f;wft'l!l's 11['11('11\('111 f:!vor:lhh·s. Phl'i l'randc l'sI l'inlc!­
donc à l'Œuvre pour voir s'il existait une clef uni­
-Iig('nce ct plus ferme le pouvoir de concentration,.
verselle.
plus le suj<.'1 a des chances d'être bon.
Ensui tc, constatant le contrôle de leur esprit que
Mnh il y a plus encore. El définir cc « quelque manifestaient certains sujets doués. même lorsqu'ils
~:h(jse " nél'essÎlerait ulle étude scientifique appro­ sc sont hypnot isés eux-mêmes, j'étais désireux d'ac­

•f
fondie. Ccrtains sujets l'ont tout sim plcl"llen t, cf quérir le même pouvoir, Un bon sujet peut arriver
40

,
h
41
à une concentration extrême, augmenter d'ume' ma­
nière L'tonnante son ac\ivité mentale, transcender sa
,

J serieux, il nI(' (il entrcr dans la salle de traitement.


Je constatai avec surprise que k dispositif dont on
puissance psychique normale, anesthésier n'importe se faisait un tel monde n'était guère plus grand
quelle partie de SOli corps, supprimer la douleur, l qu'une boîte à cigares, ct relativement peu compli­
,1·
arriver fI une totale relaxation en n'importe quelle 1 qué. J'avais utilisé moi-même des engins électriques
circonstaIH.:e. En résullIt;, il peut devenir maître ab­ autrement plus complexes. J'en avais tant lu ct en­
solu de son esprit. N'est-cc pas là un résultat qui
vaille la peine d'être !'cchen'hé?
1 tendu sur le caractère déplaisant - exception faite
dn résultat de ces traitements! Je savais, par
C'est dalls Cl' but que j'l.'ssayai l'électro-choc et les exemple, que k patient devait enlever ses chaus­
autres tmitcnwnts. \1 Ille semblait qlll" gr{H.:c il n'la, sures, de peur que ses violents coups de pied ne
,il' pourrais auénuer l'opposition de mon système ner­ causent des dég[\ts. De môme qu'il devait mettre,
veux cl obtenir LI lit' détente Ille permettant enfin comme les boxeurs, lin protège-dents en caoutchouc.
d'entrer en élat d'hypnuse. Je me mis donc en quête Je savais égalemcnt que le patient tombe instanta­
du sésame. Je lis observer à un psychia t re dl' mes ~
1
llémt~nt dans l'inconscience, après quoi il se met à
amis que si LIlI tnlitl'll1cnl de choc pouvait ramener haleter désespérément d'unI.' manière convulsive. Le
à la normale un 1'1I'e attcÎnt de psychonévro..;;e, le corps, d'abord absolument rigide, se contracte ensuite
mt'Illl' traitement, appliqué fi une personne supposée hidellsement, nHlllllC dans les criscs d'épilepsie. A ce
normale, pourrait L~limincr quelques-unes de ses rnolllelll-Iü, des aides doivent maintenir le patient
caractéristiqul's psydliques, c'est-à-dire le n.'ndre plus pour elllpôchl'r qu'il ne sc blesse sous la violence de
!t+ docik et plus facile il manÎCr. Le docteur reconnut ces contrac! ions. Même ainsi, des fractures de ver­
que c'l'tait possible ct me proposa en riant de cher­ tèbres, de la mâchoire, des bras ou de l'os iliaque
cher moi-même. A son grand étonnement, je peuvcn t sc produire.
attelai aussi tôt. J'allais donc expérimenter tout cela par moi-même,
Je suis persuadé qu'il nc croyait pas que j'y son­ depuis la première secousse, les convulsions, dans la
geais sériellst'lIlenf jusqu'au jour Oll farrivai à son mesure où l'on en a conscience, et les sensations
hôpital pour lui rappeler son olhe. 11 tenta d'abord ultérieures.
de m'ell dissuadL'r, en Ille faisant remarquer que Or, il part une temporaire perte de mémoire, et
,'éJcclro-choç l'tait 10111 dt' même aulre chose que dc la sensation de détente - temporaire aussi - qui
.mcll rc k doigt dans une prise éledrique. Ce n'était suivit la s":t\lICe, je Ille rctrotl\'ai aussi réfractaire à
cCI·tes . pas monnaie counll1te que de voir quelqu'un· l'hypnose que je l'étais auparavant.
s'umcllcl' pour demander qu'on lui fasse subir un Ma seconde tentative, celle du traitement à
élcct )'o-chot'. l'anhydride carbonique, fut de beaucoup moins plai­
Mais ma curiosité eut raison de lui. Après les sante. Quelle rude épreuve! C'est bien la dernière
mesures préliminaires, dont un examen physique fois qu'on me verra volontairement m'offrir à faire

42 43
posel Cl' masque su r mon Un véritable cau­ rescence de corps ct d'esprit obtellue par le contrôle
chemar! de la respir;\liol1 fri"c le Idlll;ISliqlll'. I.e v(li.'i entre
Cc Irailement, consistant en l'inhalation, à travcrs en étal de transe ct demeure immobifL' de.: trh
un masque, d'un mélallge à 80 % d'oxygi.'ne ct 20 (l!iJ lllolllcnts, sans manifester dl' signe de fatigue d'au­
Clllll' sorte, et cc, par la technique du contrùlc dl' la
d'anhydride carbonique, devait pro"oquer, ~1l1,( dires
du jeulle psychiatre qui me l'avait proposé, une rl'spiratioll. Peut-l'Ire pourrais-.je arriver au ml'me
bienheureuse béatitude. Or, non sl'ukment je ne résultat par l'elle machine de remplacement. Je pro­
perdis jamais conseil'nee un seul instant, mais je filai donc d'un voyage cI'afraircs à Nl'W York pour
nlC précipiter chel'. le rnùkcin inventeur dl' cette
luttai frt'lIl~tiqlll'nll'nt contre lu sutl"oeatiol1 ct je ne
me vis jamais si près de la morl. L'expérience se thérapeutique. Ma l'cmmc m'nccompagnait. Ayant
soldait, à nouveau, par un échec complet ,\ssun' le médecin que jl: ne soufTrais ù aucun degré
Rl'staÎt encore la narco-analyse, dont il avait été de claustrophobie, j'entrai dans une sorte de cylin­
fait un ample usagl~, au cours de la Sel'onde Guerre dre horii'.ont~ll, dont le dôrnl~ glissait en <lvanl comme
mondiale, pour le traitement de soldats victimes de le cockpil d'un avion ü réaction, et m'allongeai sur
chocs l'mot ionncls ct de su rnll'nagc. La barril're que le matelas posé au rom!. Au niveau du cou, une cloi­
j'opposais à l'hypnose devait l'ertailll'IIH'llt céder à son vient séparer la tête du corps, et l'on ajuste le
l'inllllel1Cl' des sugges liolls post-hvpllot il) Ul'S données dispositif dl' compression. A travers le dôme de
après illjeclÎon dl' l'un ou ]'autr'e des sérums COUn:lIll­ pkxigla"s, le rTll;decin, du geste, vous ordonne de
mlmt l'mployés : penthotal, arnytal, scopolamine ou respirer dl' moins en moins profondément, .Îusqu'à
paraldéhyde. Là encore, Il' résullat Sl' n'vt'I:\ négatif. complète cessai ion. Cl' que je fis, et pendant plus de
Qes divag'lIions philosophiques Cl quelques descrip­ cinq minutes, je cessai totalement de respirer. Ce
tions de mes sensations furent tout cc qu'on put fun.'l1t probablement, dans toute ma vie, les uniques
obtenir de moi. Je l'épondaÎs même moins librement minutes d'immobilité absolue. Mais j'avais hâte de
aux qm'stions que l'on Ille posait que ie ne le faisais voir ma femme mc succéder dans l'appareil, pour
pouvoir la mettre en état d'hypnose à l'intérieur
à l'ét'll de veille.
En dernier recours, j'essayai la chambre à pression même du caisson. Pour cela, je devais lui parler à
égaliséc, donl j'avé.\is cu çonnaissancc par un article l'aide d'un microphone; or, ce microphone, malgré
paru dalls 1(' TÎll/l's, pl'rll1ellant au patienl de ces­ tous nos ctror!s, se refusa fi ronctionner
·scr de. respirer. COJ1(;Uf prÎlllitivl'l1Il'nt pOlir domwr . .Je fus terriblement dés~lppoil\té. EII tout cas, mes
un 1'('pOS <lUX poumons de malades atteints de lu­ efforts avaient cu au moins un résultat : tout le
berCl~los(', Cl'(te technique présentait un autre inté­
mOllde n'l'st pHS susceptihle d'être hypnotisé. Et, à
rêt. 1'0111 le monde a entendu parIer des ('trets psy­ ma connaissance, atll'ull signe extérieur ne permet
chiques des exercices de non-respiration. rendus cé­ de dist ingllcr les sujets doués de plus ou moins de
lèbres par les yogis. La démonstration de la-régéné­ disposi tions,

44 45
tr

11 est cependant généralement reconnu que cer­ nuent à subir ces infirmités. alors qu'un remède
tains facteurs agissent sur la disponibilité ù la transe. aussi dlïcacc est il leur portée. Par contre, les insom­
On constate habitucllenlL'nt que les gens normaux niaques sont assez difficiles à soigner.
et hl'urcllx font les mcillcurs sujets. Comrrw l'a re­ Contrairement à mes préjugés, on peut dire qu'une
marqm; un hypnotisle, les sujets Jes plus doués sem­ réelle volonté tendrait à rendre meilleur le sujet. du
blent étre ceux qui ont Il' moins dt, rai.-;ons dl' s'al­ rait qu'elle peut are utilisée pour coopérer avec
longer sur le divan du psychanalyste. l'hypnotiste. Par contre, les l'aibles d'esprit et les
Je remarquai que \cs <.lnxk'ux et les nerveux sont rous sont extrêmement diffkilès, sinon impossibles,
souvent des sujets difficiles, dl' 1l11'lIll' que les sœp­ ù hypnotiser.
tiques et lej gens « qui savent tout ". Il existe peu J'ai l'intime conviction que l'obstacle majeur ren­
dc dilrért.'nce entre ks sexes et les races, mais quel­ contré par J'hypnotisme, le rait que ,l'importe qui
ques hypnotistes prétendent que les femmes sont ne peut pas tomber rapidement dans une transe pro-
généralement meilleures. Quant ~l l'ôge, Il's enfants peut être, ct sera surmonté. Dès qu'une
sont infiniment plus faciles il hypnot iser que les méthode universelle ct rapide, à cct elle!, aura été
gens flgl'S, En l'ait, l'aptitude sl'mble diminucr au fur mise SUl' pied, l'hyrmotisme deviendra automatique­
ct à I11l'sure des annél's. C\'st pmll' l'die raison d'ail­ ment llll instrument thérapeutique d'une importance
tt'urs qu'un h.vpuothérapislL' a t;mis la suggestion que cOllsidl'r'lhk, Et qlle la l'Id l'Il soit psychologique,
l'on apprenne à tous les l'nfants la techniqul' de la mécanique ou ékctriquc. ks hommes dc science fini­
transe avant l'âge dl' quinze ans. ront bien par trollver le moyen d'ouvrir la serrure.
Fait étrange, Il's hvpnotisles ct I<.'s gl~ns pQSsédant Jusqu'à préscnt, c't'st l'inconcevable manque de
quelques connaissan'ces d'hypnot isme, sont,'la plu­ moyens linallcil'rs consacn;s à la recherche scienti­
part du temps, des su.iets peu doués. Tl est possihle dans cc domaine, qui fui l'entrave majeure à
que cc soit pUJ'Cl' qu'ils ne peuvent s'empêchcr de toute pl"Ogrcssion. Je n'ai trouvé nulle part de trace
suivI'(.' ct (Il~ juger d'un point de vile critique la tech­ de la moi ndre suhven t ion accordée à l'étude de l'hyp­
nique de l'opérateu\'. De même, les amis ct proches notisme à proprement parler; seule l'hypno-analyse
parents dl' l'hypllotiste suhissl'nt mal l'inlluencc de a b('nélicié une rois d'une allocation de fonds.
quelqu'un qu'ils connaissent trop hkn. Qn ohtient en Cependant, des individus isolés pOLirsuivent l'ex­
général de hien meilll'lIrs résultats sut' quelqu'un périmentation. La plupart sc bornent à l'aspect thé­
dl' tola 11'IIll'lI t 0tl'augl'r. r~lpeutique de l'hypnuse; certaills cxplorcnt les pos­
1

Les' alcooliqm's, de Illènll' lille Il's hl'gues (,'t autres t",


"t)
sibilités inllnies du ph(~n()mène de la régression d'âge,
!l('!'SOlll1l'S alteintl's de défaut d'élocution, sont le plus '1"" et un très petit nombre s'acharnent à mettre au

,
'llUUVt.'llt ((odll's à l'hypnose. Une lx'rsonn,tlité compé­ ~ . une technique parfaite.
tenll', parlant de l'hypnose, fait d'ailleurs remarquer Mais il existe encore une autre face de l'hypno­
qu'il y a lieu de s'~t()nner que tant de geps conti­

46
l. tisme, qui est peut-être la plus fascinante de toutes:

47

i
,
c'est celle qui l'Olll'l'\'lle l'exploration des rcg:lolls
inl'Olllllll'S dl' la cOliscil'lllT, aVl'C les myslères qui, dl' DEUXIÈME PARTIE

tous temps, 0111 l'ilvironné l'humanité, .le ne m'étais


cngagé dalls celte diredÎo!1; mais le destin
en décida autremcnt, car je ne devais pas tarder à
franchir une lIouvelk étape me conduisant vers le
pont,

f NOUVELLE éTAPE SUR LEGRAND PONT


i

me rendais en voilure,
avec ilia 1emIne, il Colorado Springs, clics pics
majcstucux 4ui sc pnJlilaient au nord-ouest don­
naicnt au paysage all'Iltotlr ulle l'erlaine Ilote de
grandcLi r. Rendus si Icncicux par le spcctacle de celle
beauté, nOLIs n'avions plus prononcé un mot depuis
unt' cinquantaine de minutes.
Soudain, je m'apen;L1s que je chantonnais un air;
chose ét range, au m6me instant exactement, ma
fcrnrne sc mit à cn faire autant. Cc n'esl qu'au hout
dc plusieurs couplets que nous réalisâmes ce qui
sc passait. Le même air s'était imposé à nous deux
ct nOLIs II vions ga l'dé une parf'ai te
momenl (Jll, avertis d(~ la
chacuil de nOlis sc tourlla VCfS
l'autre pour lui fHire part de sa surprisc.
Hazel s'l'(;ria en riant :
- Crois-tu que c'est dc la télépathie?
- Non, pas le moins du monde, Nous avons sim­

plement subi tous les deux la même stimulation; il

49
,;

en l'st résulté UIll' association d'idées similaires, pro­ lI1'obligl'rent il m'appesanlir plus avant sur la ques­
voquant Cil délinilivl' une réptHISe, qui sc tl'Oll\'l' l'In' lion,
dL,ms Cl' cas un air parliculier. C'est par UTI ro.'vc qlle tout commCIH,;a. Je rêvai que
Le mari dorme ü sa femme une explicalion M. Hail1l's, nolrc din'ctl'IH général, faisait irruption
sck'ntilique, sc lIloqua Hazel. Cc savanl pourra peut­ dalls mon hureau, ~Iveç sa brusquerie habitul'lll' et,
êl re allssi lIl'cxpliqucr pourquoi la ré pO 11 !-.'\.' il cet tc li l'instant précis où J"allais Ille m,eltre il parkr de­
stimulation se trouve être précisément lin air qui vanl Il' dictaphone, déposait entr~~oi et l'appareil
le « Une fois dans la vk ", pourquoi nOlis IIne liasse de papiers. Un chèque éféit sur le dessus,
avol!s cOllllllencé à k ('(mllll'r exactement ail même cl il Ille demanda si le Illontant en l'tait cxact. Je
1110111 en t. et pOUl'q uoi l;~:dl'meJlt l'as soda t iOIl dl' pen­ lui faisais oui de la tête ct il était sur le point de
Sl:CS devait aIIWIll'1' lat.akll1l'nl celte rép'll1st'. sOI'lir dl' la pièce, quand, apercevant quelque chose
Voilà jusit'lIlt'nl Cl' que dcs qmmliks lk gens SUI' mon hureau, qui devait être une lettre, il s'en
s'achanH."1I1 il (!l'couvrir. Il sc.' pl'lIl, aprl.'s loul, qu'il l'illparait l'Il disant : « Voilü justement cc que je
soit irnpossihle d'arriver il expliquer lotis Cl'S petits chcrchais. " Puis il s'en allait.
détails. N'oublie pas qlle le III00HIl' l'st peupll- de Bien que ce fûl un rêve particulièrement net. je
dl' deux hi IIilHlS d 'i mliv idus, et que Il' nom hre de me conll'ntai d'Cil parler n Hazel, sans y attacher
circonslanCl's sc rapport.\Ilt il l'!lX l'st iI1I1I1Î, .. aslrono­ pills d'importance.
! Il serait l'nCOIT plus étonnnnl. compll' tenu Or, la semaine suivante, j'étais sur le point de dic­
dc cette Illultitude de gens el d'{>vl'llcO!ellls, que de Il'!' UlIl' lelt re lorsque M. Haines l'nt ra dans 1110n
ce maclst fiim de fLlitS qui S'l'II t n'l'oll!Wnl el s'l'nt re­ hurl'au avec ulle pile dl' papiers d'lJls les mains,
croisent. il n'cn résulte pas dl' temps l'Il 1emp!-. L1ne me mÎI sous les :veux l'II me demandant si le chèque
trouhlante ('oïncilkncl.:. 11 Il'y a pas dl' quoi s'cxciter qui la sunnonlait était libellé pour le bon montant.
Ollll'e nwslI ('l'. El au moment de s'en retourner avec sa
F.t j'ajoutui :
NOI1, je IIt~ marehe pas pour la téll'pathic.
.. hahituelle, il saisit sur mOIl hureau un ordre de com­
mamie, en disant : " Tiens, c'était justement ce que
Tu ne croyais pus non plus à l'hypllot iSJ1le. je cherchais. »
Je demeurai rêveur quelques instants, puis mc
L'hypnotisme est une chose, la télépathie en est
satisfaisant de mon vieil argument des coïncitknces
ulle :llIln', El q\lant il 1;1 \,0Y;lIln" al()rs ("<,sI vl'aÎnll'nt
obi iga toires, je repris Il' cours de ma dictée,
tille hisloin'dl' fous, Si .k IlW suis trompé au
-B" Dix jours plus tard, je faisais un nouveau rêve
de l'hyplJot iSllle, cela ne vell t pas di ft' que .i 'ai tou­
lit
,~
cOllcernant notre société et notre directeur général.
ioill's lol't. ~, .
TI élait aussi limpide que Il' précl'-dcnl, ct plus cir­
Mais de nOUVl'UU, à la suite dl' noire pelite discus­ ('()Jlstand':-. Je rêvai qu'arrivant un matin il mon
sion, intervinrent une série de faits signilJcatifs, qui hllrt'au, j'y trouvai ma mère m'attendant. Avant que
50 SI
,

j'aie cu le tcmps c1'exprimer ma surprise de cette


visite inattenduL', l'ollllliprl'scnt M. Haines sc prcCl· Illent, il mit la main ü sa poche l'I l'n tira une lettre,
pitait dans Illon burl'au, regardait ma mère, puis encore pliée dans son enveloppe, qu'il Ille tendit.
moi, retournait vers la porte, toujours sans avoir ricn l'allais enfin savoir, au moins,' cc que contcnait
dit, sc penchait sur Je seuil comme pour s'assurer cettc lettre. Cependant, avant de l'ouvrir, je m'écriai:
que personllc n'é~outail. P.~}l c1aqua~t .Ia porte, ct - Attendez! attendlu une minute que je vous
prenan.t une let;a~. ~alls la ·PQ.o~e IlltenL.:UT'e d.e sa explique d'ahord COltÎtrlènt j'ai "'.·~à.. vu toute cctte
veste, Il me la· aIt en Sl' dIrIgeant vers mol. Lc scène la semaine dernière. "'~
r['VL' s'arrêtait 1 . Ils Ille regardèrent tous deux avee"stupéfaction, ma
Une semaine après, ,ÏL' discutai de ce'i rêves avcc mère sincèrement alarméc dc cet étrange commen­
ma kmllle ct un allli dl' IJcllver ct leur racontai taire. Je les éclairai de mon mieux sur mon propos
comment le premier s'était matérialisé. ct lus ensui te la lettre.
- S'il en est de mêmc du second, alors il faudra Il s'agissait d'un rapport médical concernant mon
que .ie me llIettc à songer sérieusement à cettc his­ père. Notre directeur l'avait envoyé se faire cxaminer
toire. J'admets que le prelllier n'ait pu être qu'un par un médecin, auquel il avait demaildé de faire
accident. Le dirccteur passe son temps à entrer dans un rapport détaillé, afin que la famille soit mise au
mon bureau avec des liasses de papiers dont quel­ L'Otlranl. D'Olt les précautions au sujet de la porte et
qudois Ull chèque. Mais pour le second rêve, c'est il' soin qu'il avait pris pour s'assurer de ce que mon
impossible. D'abord ma mère ne vient jamais au pèrc ne pouvait pas entendrc.
bureau le matin de bonne heure. En'iuite, depuis - Pourquoi craignez-vous tant qu'il Je sachc? de­
plus de soixante ans, il n'y a jamais cu rien de secrct mandai-je après avoir terminé la lecture de la lettre.
chez nous. Je ne vois vraiment pas quel genre dl' - Parce qu'il est question d'une espèce de hiatus,
leure Il' directeur pourrait hien vouloir cacher dans répondit M. Haines d'un air soucieux.
la pochc intérieure de sa veste, ct pourquoi il éprou­ - Un hiatus herniaire! Mais ce n'cst pas très
verait Ie bcsoin de s'assurer que personne ne pcut grave. Je craignais le pire après vous avoir vu fer­
nous entendre en parIer. mer la porte aussi hermétiquement.
C'est pourtant cc qui sc produisit Je matin sui­ J'avais donc eu, encore une fois, un rêve prémoni­
vant : en voyant ma mère là, au momcnt où j'arrivai toire, préfigurant des événements avant qu'ils aient
dOlllS 111011 bureau, .il' ne lis pas illunédiatelllcnt Je eu lieu. Dans ce cas, mon rêve concernait unc lettre,
fapprochement avec mon rêve, auquel je ne pensais qui n'avait même pas encore été écrite. Mais ces cas
plus du toul. Mais lorsquc M. Haincs fit irruption isolés ne m'auraient jamais conduit à des investiga­
dails la pièce, répétant exaL"lemcnt les premiers ges­ tions personnelles, si de nouveaux incidents n'étaient
tes du r['ve, la scène tout entière me revint à l'esprit
et je sus cc qui allait sc passer ensuite. Effective­ t' venus s'y ajouter.
C'est la mère de Hazel, Mme Higgins, qui intervint
~
52 ~ 53
fi
1
,

ensuite. Elle passa chez nous un dimandle matin, nonça que Tai avait disparu; elle demeurait int rou­
pour demamll-r ft Hazel de l'a<.:compagner. Elle sc vable. Mais le myst6re fut éclairci le lendemain soir.
rendait à la ferme pour chercher un veau Mme Higgins vint nous dire que, cc matin même,
.'. disparu depuis près d'une semaine. Et elle était sortie pour donner du lait aux chao,
-, tons, elle avait t~o
vit: J'étais en t . n de tr' la"'" ". ur le pas de sa porte la

l()rSqUe'~lld~Pèr
dans le prc!m, ce vieille Tai en per' 'attendant S,on déjeuner. Or,
matin, " ,apparu dans une Tai n'était jamais' , au rancJ.I~".le n'était même
sorte de rêve, btéfi que je rus complè!emellt éveillée. montée dans la voiture de MtÎle Higgins cl ne
Il ml' dit qu'on retrouverait le veau dans unl' cre~ pouvait absolument pas savoir dans quelle direction
vasse <.:reUS('l' par l'inonda t ion dans la berge du grand elle était partie le jour où elle avait emporté les
torrent qui traverse le ranch. petits <.:hats, puisqu'on l'avait enfermée dans le sous~
Le grand-père dl' Hazel était mort denuis plus de sol. Cela ne l'avait néanmoins pas empêchée de re~
deux ans. trouver aussitôt Il' chemin de ses petits, à seize kilo­
Mme Higgins raconta cette histoire d'unt' manière mètres de distance.
très naturelle, comme si elle s'attendait vraiment, Je m'clTorçai de n'établir aucun rapport entre ces
grâce à cet incident, à retrouver elfcctivement son incidents, car j'aurais fatalement été amené à consta­
veau. Hazel enfila un manteau pour suivre sa mère, ter la faiblesse de mes raisonnements. Très peu ùe
non sans qlle j'aie cu le temps dl' ml' gausser de gens possèdent une expérience quelconque de l'hyp~
Jeur disponibilité à sc déranger en pure perte. il' notisme, mais il semble, par contre, que presque tout
Quand elles revinrent, quelques heures le monde a éprouvé dans la vic cc genre de percep~
elles m'<.lnnond'rent que le veau avait bel ct bien été tion ull nl~sensorielk, que ce soit au sujet d'un ani­
retrouvé à l'endroit indiqué. J'insinuai li Hazel que maI ou de la mort d'un parent, ct que les normes
sa mère avait dû concllll~e par ùéduction de l'endroit courantes ne sont pas en mesure d'expliquer. Je me
où t1evnit vrai selllblahkllll' Il 1 st' trouver étonné de la complaisance avec la­
pOlIr l'attribuer ensuite à une " vision ». Hazel ne Ies gens admettent ce genre de chose - ct
se donna même pas la peine de me rl'pondre. ce jour~là, je n'y manquai pas non plus.
C'est alors que le chat d'Hazel, uoe siamoise nom­ Cependant, les phénomènes supra-naturels com~
mée Tai, l'ntra en scène. Elle avait cu réœmment mençaient à connaître un grand succès dans les
une pOrl('e de chatons, qui, du lait d'ulle mésallÎ<lIl<.:e naux, magazines ct livres. Le Reader's Digest, par
de sa part, n'étaient pas de pure race. Mme Higgins exemple, avait publié un article intitulé « Histoires
ne rencontra donc aucune object ion lorsqu'elle se ,
.'
. surnaturelles ", suivi bientôt de « L'homme qui
proposa de lC's emporter dans son ranch, situé à '"Ii<"
rêvait des gagnants ». Les journaux nous parlaient de
.th.'
environ scÎze kilomètres au sud de Pueblo. Le sur­ « Lady'" le cheval miraculeux, une vieiUe jument,
lendemain du départ des petits chats, Hazel m'an­ qui faisait preuve de pouvoir télépathique, retrouvait
.~
54 ~ 55
".,. ,../...
//
l","\~

des gens. pérdus ct, d'une manière générale, exécu­


tait d~sactes aussi peu habituels aux hommes qu'aux
chçvàux.
,
''''.:.
...
"

Bill va Icvcr quelques dOÎgts de sa· main droite;


dites·moi combien? _
Suivant mon indication, Bill leva quatre d~ts de
. Mais c'est par hasard, à la 'mitc d'une séance sa maill droite, hors dl' la vue du sujet, bien entendu..
,l1li d'hypnot iSOle, que me vint le dernier choc, l'impul. - Quatre! cria celui-ci. ".,ft

" sion décisive qui me poussa à creuser le problème de Puis, après quclqu,es autres démonstrations àussfr:Ji,.,>,;
la percept ion ext49ensorÎclle. Jé'pratiquai une expé· saisissantes, il déclara brusquclllCnt :
riem'c dc régression d'flgL" avec Bill Moery, sur un - C'est tout ce que je sais.'
sujet particulièrement doué à la transe profonde. .Je lui demandai Ct' qu'il voulait dire et il m'ex·
Nous en avions presque terminé. mais, justc avant pliqua que, lorsqu'il savait quclque chose, il le savait,
que je le réveille, jc mc mis machinalement ù mani­ tout simplement, t't puis, tout d'un coup, c'était :li
puler un volume posé sur le bureau derrii:n.: lui. ct il ne savait plus rien.
1
J'étais sur le point de parler, ce livre à la main, lors­ Bill ct moi le pressflnles dt' nos interrogations, pour
qu'il me coupa: arriver à comprendre cc mt~canismc :
- VOLIS avez un livre à la main, dit·i1, et il m'en - A quel signe voyez-vous que vous savez? Dé­
donnH Il' titre. crivez-lc nous. Es\.-cl~ que vous voyez eflcetivement
Now, nous regmdàmes avec l~tonnemcn t, nous de­ IL,,'; ohjl'ls ou est-ct' qu<o' vous interceptez nos pensées?
mandant qui lui avait posé h.'s questions ct - ce Par qllt'lIe méthode peut-oIl s'entraîner à le faire?
qui est encore plus important qui lui avait donné Quelle sensation ressentez-vous quand cette capacité
Ics réponses. Cependant, étant donné qu'il avait pu vous qui \.le ? ..
voir les livrcs avant d'l'tre hypnotisé, je voulus Nous essayions de recueillir de lui le plus de
essayer quelque chose d'autrc, dont il n'ait pas pu renseignements possibles,
avoir connaissance. Mais la performance de notre sujet était terminée
Et maintenant, qu'cst-ce que je tiens? 'f pour ce soir et au cours des quelques séances qui

Un journal. suivirent, par la suite, il demeura incapable de la

Comment s'appelle-t·il ?
Je me tenais derrière lui; bien enl~ndu, il avait
les yeux fermés et il y avait peu de chances qu'il ait
fci
}
répéter.

De tous ces incidents mis bout à bout, je ne pus


tirer aucune conclusion amenant un ré<;ultat positif.

pu yoir cc journal avant notre séance ou lors d'une CcpeIl claJlt, point n'était besoin d'être un génie pour

de ses précédentes visites. se rendre compte quc le problème valait la peine

Avec une légère h~sitation, il répondit d'être exploré.

- Wall Street Journal.


En regardant Bill, de J'autre côté de la pièce, je
demandai à notre sujet : •
,
!:II
En erret, si ces phénomènes existent bien, quelque
rares ct difficiles à classifier qu'ils puissent être, ils
ne sont pas moins susceptibles de changer radicale-
li.
56 f; 57
~)

ment notre conception de la nature humaine. Si on


,
indiquer que n'importe quel être humain dispose
ne les a jusqu'alors négligés ou méprisés que parce cfrectivl'l1l1:nt de pouvoirs télépathiques. Résultat que
qu'ils ne correspondcn t pas à l'image que la science notre professeur estimait intéressant. Et voilà que,
"~.Q'loderne a élaborée, c'est donc qu'il faut remanier quatorzl~ ans plus tard, je donnais enfin nlison à mQJ!.
. ~ette image. Peut-être que l'éclat de cette construction \il. \·ieux rnaîl re. En effet, la chose était vraiment int&'
..... a brouillé notre vision. ressante. Mais je pensai que cet homme n'avait dû
Je décidai en taqt cas de couper court à mon scep­ que satisfaire à une brèw curiosité ou vouloir re­
ticisme aveugle. Après tout, la véritable science ne cueillir quelques matériaux pour un article de revue.
repose que sur des hypothèses; il n'y a pas de mison, J'estimai qu'il y avait peu de chances pour qu'il
au premier abord, (\'6.'arter toute idée qui semble s'intéressât toujours à ce problème. Nf~anrnoins, je
ne pas (:adrer avec l'ordre de choses établi par la me mis en quête de 1'« homme aux cartes ", qui
science moderne. En out re, si celte science a résolu avait fait des expériences de télépathie dans les an­ ~1
tous les mystères depuis la forme de notre .., nées trente ct ma quête demcura infructucuscjus­

jusqu'à la fission de l'atome, il n'en demeure pas qu'au jour olt je m'adressai à un ieune médecin de

moins évident qu'elle n'a pas encore réussi à perecr mes amis.

le st'cret de la plus déconcertanlc des énigmes : - Oh! mais cc doit être le Dr J.-B. Rhinc, me ré­
œlle de l'âme humaine. ÎI-i L
C'l'st ainsi que s'engagea le second rOllnd. Le pre­ C'dait la premièn: fois que j'entendais son nom,
mier avait été l'hypnotisme. Maintenant la percep­ mais ckpuis cette dale le Dr Joseph Banks Rhine
tion extra-sensorielle, c'est-à-dire la faculté de per­ est devenu l'un des personnages qui comptent le
cevoir sans utilisation des sens. Deux quest ions se plus d.lIls Illon entourage.
posèrent à moi tout d'abord: des chercheurs avaient­ Mon ami ajouta qu'il était toujours à la Duke i~
'c
ils déjà examiné le problème? Si oui, qu'avaient-ils University et que, contrairement à mes suppositions,
trouvé? il avait consacré sa vic il l'étude des problèmes de la
l
l
Je nll' souvins qu'à l'époque oll j'étais étudiant, perception extra-sensorielle. Il était même l'une des i1
un de nos professeurs, au collège, avait rait allusion plus célèbres autorités en la matière et son dernier (1
à l'un de ses collègues de Duke University, qui exé­ ouvrage, Reacft of fliC Mind (l), était considéré ,1

culail lks expériences av{'c ses éli.'vl's, pour voir s'il comme un classique. D'ailleurs, Rhine n'était pas le
existait lIlIepl'ClIVC scielltiflqlle de la télépathie. :o...:ul, d'autres SaVailts, à travers le rnonde, se consa­
CCI 110111111e sc sl:rvait, scion lui, de cartes spécialè­ craient à des recherches relatives à la perception
mept conçue-s à cet usage ct, sc conformant à une ex t ra-sensorielle.
méthodt' striclement scientifique, éprouvait la capa­ J'appris aussi que, dès 1882, protestant contre l'in­
cité de ses élèves d'identifier les cartes en question
sans les voir etfectivcment. El le résultat. semblait (1) La double puissance dl? l'Esprit, Payot 1952.

';8 59
,
Ainsi, historiqucment tout ut! moins, il
dilrérl'nce générale, un groupe s'étai! constitllL' en
sous le nom (Il' Sm:iélt', nJ\glaise dl' Re­ Iwitelllellt que l'hypnol ÎSllle esl lot roilement lié ù la
cherche psychique, dans le hut d'étudier la télépathie, télépalhie cl il la voyarll'e. Mais Cl' Il'l'~:1 qu'à une
la voyallce, l'hypnotisTlle, le spiritisme, tous phéno­ l;poqllL' 1 rès récente, lorsque des hvpllotisles rencon­
"mènes surnaturels qu'ils estimaient de leur devoir trèrent par hasard des p!Jl'1I0!Il<:ncs de natUl'l' cxtm­
d'expliqul'r ou de rejeter comme divagations ahsur­ sensorielle, que
des, Celle organisation, utilisant des méthodes scien­ espèce de codification est en voic de sc raire - car
tifiques, est aujourd'hui plus aclive que jamais cl a il s'agit là d'ulle matière qui nous intéresse tous
amassé ulle imposante doculllt'Iltation d'études ex­ essentiellement, ct sur laquclle nuus sommes des­
périnwntalcs. tinés i:I Cil apprendre de plus en plus dans l'avenir,
A son exemple, d'aut res savant s ct chercheurs s'at.­ Quant à moi, je me familiarisai bientôt avec les
tachaient ~l pOllrsuivrl' la solution de cc [l'l'mes qui ligureront fréquemment dans cct ou­
ct en 1930, avec trois autres mcmhres de la seclion vrage :
« Psychologk » dl' la f)uke University, l'homme
P.E.S. : tout simplement les initiales'de perception
sembl(~ être aujourd'hui le maître indiscuté en cette
extra-sensorielle; se rapporte ü la perception d'un
éV~llcment extérieur, sans usage d'aucun des sens
hranche, J.-B. Rhine, lança la pn:mièr: attaque de
nlll nus.
envergure. ('\;Iail la pn'Il1Îi'rv loi" d;1Ils l'\lis
T(:Lf'I'ATlIIIJ : le transfert d'ulle pl'nsL'c li 'un esprit
des unÎvl'rsÎIaÎres sc penclmil'nt ainsi sur
cc prohlème. Silllullalll'menl, Ullt' lit fératllre se cons­ à un aut re salis l'usage dcs sells.
VOYANCE : pel'ccption d'objets ou d'événements
tilunil : des tl'ail(;s el des rapports ét:licllt puhliés
par des c1wrcheurs dl' toutes nationalill;s, J'en fis ...!
sans usage des sens sans appréhension directe des
une ample l'onsOllllnatioll, lisallt tOtlt ce qui me 10111­ j{ objets.
buit sous la muin concernallt la 1)l'I'Ception extra­ En résumé, la télépathie concerne la communica­
sl'nsoriellc, tion d'un esprit à un autœ, ct la voyance la com­
Il cOllvient dc l'elllurqlwr quc je ne rus eerles pas entre un esprit ct un objet
le seul à étendre mon intérC't de l'hypnotisme à la Il est hon de faire cette distinction, à l'aide d'cxem­
Il~lt~ptlthie, Il existe, en elfet, une l'dation
ct de sc familiariscr égalcment avec d'autres
absohw entre n's dCllx phl~nOml>n('s. Tls sont, en termes ct principes, auxquels nous nous référerons
1',11' la suÎle.
!>i proches, que lkpuis
Si une personne pense à un nombre entre un et
télépi.\1 hÎL' comme tlll
cinq et qu'une autre personne perçoive correctement
Dr Mesmer lui-ml'me, l'l:lncêtre de l'hypnotisme mo­
. derne, écrivuit un jour que les sujets plongés dans :.:e nomhre si le test est répété environ une centaine
de fois, snns erreur (et sans tricherie) - nous nous
une hypnose profondc pouvaient parfois arriver à ,. trouvons indubitahlement devant un cas frappant de
une pcrception exacte du passé ct dc l'avegir. ,;.1···.:.
60 ,.
61
, ,
'l':···.'··.
.\

hic. Dans unl' exp(Tiellce dt' Cl' gl'01T, celui qui


se concentre sur Uil chiffre est l'l'melleur, celui qui
essaie de le capter est le récepteur, ct le nombre
r

\:,':
, ,#
'.
i

téristique de voyance, plutôt que de télépathie, car

personne n'avait assisté à la chose ct n'avait même

de raison de se douter de Son éventualité Cependant,

en question est l'appel. Le résultat donné par le ré­ la netite fille avait, en quelque sorte, " vu " toute la

cepteur, oraleml~llt ou par écrit, est la réponse. Quand alors qu'elle se promenait clans la campagne.

elle est exacte, on la compte cumme un succès. PRÊMONlTlON : prophétie; c'est la prévision d'un

En l'occurrence, comme dans tous les cas de télé­


pathie, l'appel est la pensée ou l'activité mentale d'un
.'
;, événement l'utm qui ne pourrait être déduit par le

raisonnement. Cette étrange l'acuIté humaine a éga­

autre esprit. La voyance, l'Ill', l'si ln perception, sans JI


lement été l'objet de récentes recherches, dont nous

des scns, d'ohjl'ts ou d'événements ohjec­ parlerons brièvement par la suite.


IrOUVl' lin bon exemple dl' voyance d;,ms le PSYCHOKIN1,SE : terme impressionnant
livre intitulé PlumtllStllS of the divin~ (1), qui relate qu'on appelle plus familièrement "
l'expérience d'une petite Iille de dix ans. matière ", composé de deux mots grecs, pour
Elle sc promenait dans la cnmpngne lorsqu'elle esprit, et killesis, qui veut dire mouvement. L'esprit
eut soudain la « vision}) de sa mère gisant par terre, humain peut-il influer sur les objets matériels ct les
à la mnison. La perl'Cptiol1 était "ufTisml1nH..~l1t nette raire se déplacer selon son gré? Un joueur de dés
et poignante assez nelle pour inclure llll mou· « influencer» les petits carrés d'ivoire? Les
choir bordé de dentelle tombé près de sa mère et chercheurs ont trouvé une réponse à cela.
assez poignante pour la pousser ~\ aller quérir un PI\RI\PSYCHOLOCIE; la science qui s'applique à l'étude

médecin avant même dl' rentrer cl la maison. Elle de manirestntions m,mlales, telles que la télépathie,

eut un certuin mal il le convaincre de l'an~ompagncr fil' la voyance, la prémoni lion. la psychokinèse, et qui

.~
la mère étant en principe en bonne
ct en oulre é!Unt supposée Nre absente de la
~" semble aller <lu-delà des principes reconnus. Il s'agit,
en un mot, d'une branche de la psychologie s'atta­
,~~
1
maison cc jour-là. Il la suivit ccpl'ndant, ct ils trou­ chant aux recherches psychiques. Le prétixe « para»
vèrent Cil elTct la felllllle gisant sur le plancher, telle signifie « au-delà ». La traduction littérale est : « au-
que l'avait décrite l'enl'ant, y compris le mouchoir. delà de la psychologie ». •
Le ml'dedn diagnostiqua une crise cnrdiaque, et re­ Revenons maintenant à la télépathie et à la voyan­
conn\lt qu'elle n'aurait pu ('Irc sauvée ,,'ils n,(,tuicnt ce. Je fus étonné de voir il quel point est évidente
arl'Îvl;s Ù ce 11l01lWIJ! précis. l'existence de la perception extra-sensorielle, ct qu'à
Nous avons là lIlI excmple partÏl:ulièremenl carac­ aucun autre phénomène dans l'histoire de la science
on n'a aussi peu accordé d'attention. Le Dr Rhine
dé' (;UrlH'Y. Myt'rs "t Podmnrc. 1886. tra­ ct le laboratoire de parapsychologie de Duke, à la
Ie titn' : Des hallucinations télé­ suite de milliers d'expériences de cartes rigoureuse­
• '"A",:,' ment contrôlées, et au cours d'une longue période
.
62
f.
, 63

1
,

1>'

de temflS. onl f::lii la preuve formelle de la réalitt: d'un test donné. Ce facteur, le manque de cerlitude
de la voyance. quant à la façon dont évoluera LIlle expérience, a
tk constater que l'CS longtemps retardé la reconnaissance dll phénoml~lle
pas li IlIquelllen 1 SUI' ks travaux de l'hypnotisme, ct il en esl maintenant de même
l'nt repris il Du ke. Des (:xp{orit'nces probantes ont été en cc qui concerne la perception extra-sensorielle.
mCllées avec soin tians dl' nombn'uses autres uni­ Les dellx phénomènes présentent d'ailleurs d'au­
versités, dont celle de Honn, en A.llemagne, celles de 'l'es points de similitude. Tous deux ont uIle histoire
Camhridgc, cI'Oxford ct dl' Londres, en A.ngll'lelTl', tUllIultueuse. Cc ne fUI'cnt d'abord qUl' des
et heaucoup d'autres ù'oll:s anll':'I'icuincs, II y a plus isolés qui s'y intéress(~rent, et cc n'l'st que
de dix ans, le Pl' Thoilless, dl' Cambridge, avait dé­ nll'Ilt qlle la sdcnn~ voulut bien y consacrer une
c1arl~ : « Nous pouvons eonsid{'rer que la réalité de étude allentive. Les plus farouches adversaires de
CCl' phénomènes ri étl~ étahlie de façon aussi rorml'1le l'application médicale de l'hypnotisme furent les mé­
que n'importe quel autre fait du domaine de la decins (,lIx'l11ênl(~s ; cl cc sont probablement les psy­
recherche scientifique, » Dernièrenwnt, Il- physicien cholol:!lIcS qui s'élevèrent le plus violemment contre
Raynor C. Johnson écrivait : « •. , Qllt' nous la parapsychologie.
maintenant ('n mesure d'uUïnnl'r que la Du Llit <Il' c1l'monstmtions l'onvainC::lntes ct irréfu­
voyancc ct la prémonition sont des faits tahles, Oll vitll lillaknwnt il hout des r{'sistances
voilà qui est d'une port{~e considénlhle ct il l'admission dl' l'hypT\olÎsnw. fi {'si inévi­
susccpt ihle de consl'qllenl'{~s d'un(' l'X 1rêllll' impor­ en sera (Il' même pour la perception extra­
tance; la certitude que nous possédons dl' leur réa­ sensorielle. fi Il'y ;1, ('Il t'lret, pas d'autre possibilité.
lité l~St aussi fondée ct aussi solide que celle que 1,(' s('cond problème auquel sc heurtèrent les pa­
rapsychologisles élait de déterminer si le fonction­ f
nous avons des principes essenlit'ls dl' la physique ct li'
de ln chimie. ,. (/mpri,wlled Splc'Iu/o/lr, Harper, 19,'14.) nement de la télépathie et de la voyancè est, ou non, j
POlir {'cux qui éprouv\"'nt qm'Iqlll' dil'liculté, mul­ dl! domaine physique. Si la perception extra-senso­
gr6 son ~vidcnce. à ndmett re la réa 1Hé de la percep­ rielle l'sI purement physique '- c'esl-ù-dire si l'esprit J
tion extru-sensol'idlc, il serait nl'Ill-être utile de raire
La nutUrl' insai­
n'agil que comme un mécanisme -- le facteur de
distance (d'espace) doit forcément intervenir. Il con­
1
la comparaison avec
sissahk dl' ces denx t'onsti:ne leur tmit vient dom:, en conséquence, {\'dlcclllcr tles expé­
l'end Îlllpos.sibl.c l'us· rit'Ill'l',.., l'Il vue de s'assure!' s'il l'st {',\acl qlle l'o.:sprit

surance de la r6ussite d'un test spécifique quelcon'­ t ranscentlc l'espace. Le résultat de ces expériences a
que: fikn que l'hypnotisme, par exempll', soit actuel­ d'une manière concluante que la distance
leml'nl. L1ne science universellement reconnue, l'hyp­ n'affecte l'n rien les phénomènes de perception extra­ li
notÎste le plus expert n'cst cependant jamais assuré sensorielle.
d'ohtcnir une d6monstration c()nvaincantl~ -au cours Mais si l'esprit humain transcende l'espace, cela

64 65
,

et que, n1(~me si celle possihililé èxistait


nOlis cO/ldllit log:iqlll'lTIcnt il une conclusion que j'ai
la chosc Ile présenterait (//lell/1 illférêl
longtemps cOllsidérée eOllllne une illlpossibilité :
pratiqliC. )}
l'esprit duit être également capable de se dépl<lccr
J'aurais dû me souvenir de ces
dans le tClIlpS, puisquc k IèlllpS, comme nous le
est de fait que mon entêtement s'l'lait oODosé il ces
savons, est fonctioll dl' l'espace. Il faut du temps
considérations et qUi.' je n'avais
pour sc mouvoir il Iravers l'espace. Or, si l'esprit
aucun de ces cas forluits de plongées sur l'avenir
IranSi.Tlldl' IL' temps, l"l'st donc qu'il possàlc Cl' pou­
dont le récit abonde, recueillis par des observateurs
voir absoh.llllent illl'l'ovahk qU'l'st la
l.;l11inCllls el dignes de roi. En voici un exemple, tiré
.le m'étais toujours IllOllUL' de ceux
de QI/elqlies cas de prédiction, recueil de nombreux
que l'esprit humain pouvait
cas accompagnés de commen taires vérifica tirs, pu­
tudc des événemcnts futurs. Cela ml' semhlait tout
blié par Mme Edith Lyttelton, qui fut présidente
sÎmpll'lTlcll1 illL'ollL'evabk . .l'aurais prob;lblclllellt dû
de la Soeiété anglaise de Recherches psychiques:
faire un retour un peu plus sérieux sur 1'" histoire
({ ... Quelques semaines avant le Prix Schneider de
des illlpossibilitL's ». r>cpllis le COI11l11l'IlCL'l1ll'nt des
course aéronautique de 1931... j'allai un soir au
âges, 1'1J0I1l/l1l' n'a cessé de 'rejeter avec mépris des
cinéma avec mon mari et l'une de mes amies. Parmi
idées qui sont di.'Vl'lllH'S plils tard des r0alit0s cou­
les act\lalités, Oll passa des photogr<lphies des ml'Ill­
r:1I1ti.'s. Il convicllt d'ailkurs dl' noll'r qUl' les rail­
hre!-. (!;.- l'l;qllipc anglaise... d'abord l'n groupe,
leurs se rl'(TlItèrl'nt plus souvent parmi les s,lvanls
chacun d'eux en particulier. Je dois dire qu'à ce
célèhres quç chez les si III pics pa rt ieul iers. Si mon
mOl11L'lIt-lù je n'cil cOllnllissais aucun. Et la course
Newcomh, éminent S,lvant américain du débul du
ne m'inll~ressait nUlll'1l1L'1l1. Cette année, l'équipe com­
dédanlil qu'il l'lait impossible qu'ulle machine
prenait des h()mml~s de la R.A.F, auxquels s'était
PUiSSl' voler dans l'air sur dl' longues distances, Un
joint un pilote de la Marine, qui se distinguait des
arlicle pal'u dans un ioul11al de l'Est s'(;lait
autres du fait de la dissemblance de l'uniforme... Au
ainsi au sll.Îd du
moment où chacun de ces garçons nous était pré­
« 0/1 l'kilt d'urn11er il New York lm homme
senté séparément et quand la photographie de ce
dl' 46 ans '1l1i lenlail d'extorquer de l'argenl il des homme parut sur l'écran, je ressentis soudai­
~el1s ;g//orcmls et .mpersliticllx, (ll/xqllels il exhibait
nement un choc terrible, un choc physique d'une vio­
/1/1 IIIJI)(I/'{';1 (I/li, .<;('Iu/I I/li, IlïIlIs/I/{'II(/;t ri dis/(/I/I'I' la
lence extrême. Je Sllisautai Il lcl POill1 qlll' 111011 all1
voix 1lll/l/aillc, (/II IIIOVCII dc fils éleclrÎlIu.es. Il appelle assise l'ôté de moi, me demanda tOllt bas: Que
cel iuslmmel1l tin Ic l léplto1le, daw; l'évidente inlen­
sc passe<t-i! ? " Je lui répondis avec désespoir: Il
tiOIl'r!';IIIÎIN le mot " télé/!,raplte » pour gagner la
va sc tuer, il va s'écmser. " Ce fut tout, mais deux
('OIlfùlII(,(' de ceux qlli cOl/l1aisscnt le SIICC{>S de ce
ou trois semaines plus tard, on vil dans les
dernier instrument, Les gens bien informés savent
le titre: « Drame à la Coupe Schneider: le seul rnem­
perlinemment qu'il est impossible de [ral/s'heltre la

66
67 1
'1
j

l
t'

bre de J'équipe nppnrtenant à la Marine s'est abattu


en mer CI il cs! mort sur le coup, au cours d'un vol 2

d'entraînement. " Tels sont les faits. Mon amie peut


les confirmer. )}
Pour beaucoup, de tels exemples ne sont pas néces­
saires; la plupart des lecteurs peuvent fournir des
expériences personnelles. Ces prémonitions concer­
nent fréquemment des désastres à venir, collisions,
morts violentes. Quant ü moi, je les ai toujours qua­
lifiées purement ct simplement de « coïncidences ». 1

Ccpendan t, les parapsychologistes, sans rcjeter ni


1
accepter ces faits sans cont l'ole, y ont vu matière à
enquête, ct leurs expériences, scientifiquement me­
Les écrits relatifs à ln parapsychologie me réser­
vaient une dt~ccption : au sujet de l'hypnotisme, Rien
i1
nées, ont abouti à lc:\ preuve que l'homme est au t re n'avait été fait, pratiquement, pour l'employer au ,l
chose qu'ull l'orps, qu'il possède une âme indépen­ cours de ces expériences contrôlées. Je relevais par
dante des lois physiques, dont le pouvoir est capable exemple clans un livre: « Jusqu'à ce jour, personne
de transcender le rapport espace-temps-masse at taché n'a pu encore déterminer si l'hypnotisme peut être '1
à la matière. En résumé, il est reconnu qUl' l'esprit de quelque utilil0 dans les recherches l'datives nux
est Ull facteur propre, qui n'est pas uniquement loca· phénomènes extra-sensoriels, Nous avons seulement 1f
lisé dalls la matière grise organique du œrVl'au,
Avant sa mort, l~n 1923, Charles Steinmetz, mnthé· '. constaté que, salis son aide, nous obtenons des ré­
sultats plus rapides (1), » ~,

maliden dl' ~énie ct spécialiste de l'électricité, écri­ J'en étais 1roublé et je ne pouvais concevoir com­ ;,
I?
vait que, lorsque la science sc toullIern e11hn vers les ment il était possible que l'étnt de transe puisse ne
rcclwrdws spiritul-'Iles, elle l'cra plus de progrès pns intervenir utilement dans tlne expérience de i~
qu'elle n'cn aura fait pendant les cinquante der­ télépathie ou de voyance, Comme nous l'avons vu, .1
nières années de son histoire, S'il vivait encore, il
serait heureux de constater que cc temps est arrivé.
l'histoi rc de ces phénomènes est f~troit~ment liée; et
la relaxation duc à l'état d'hypnose ne peut interve­
f
nir que comme un facteur [nvorable. En outre,
j'nvais cu une expérience personnelle avec un sujet
en étal d'hypnose. <:;i de tels résultats pouvnient se
'f(, •
"%
,; (1) Les N ouve!l(!g Fral/uères de l'Esprit, de J. B. Rhinc.
Problèm" d(' P<lrap~ychologi(' no 1. Librairi{' AdrÏ<m-Maison­

'i
l~ n('uv(.'. ;~


tH!}!),

1
~'· ·

': ~ /,',

69
~
,

produire par hasard, n'était-il pas normal de suppo­ conscience, la communication entre eux devrait en
ser qu'on puisse ;Irriver ;1l1 mL'me but, lorsqu'on le être facilitée.
reclwrch;lit expressl'ment ? Le Dr Rhine me répondit aussitôt qu'il n'avait ja­
Dans un ;Illt re livre dl' Rhine, je tOlllbai sur la mais eu connaissance d'expérience opérée dans ces
remarque suivante: « Nous avons encore heaucoup conditions et il ajoutait qu'il s'attendait également
à appreIHlle sur la llleilleure façon dl' combinel à voir une plus large utilisation de l'hypnose. En
l'hypllose Ù l'exercice dl' l'CS aptitudes. » Oui, je son­ tout cas, il me pressait de proc<:der à cette expérience.
geai qu'il ,I\'ait vu juste ct que peut-l'tre le grancl .Je me mis donc à l'œuvre avec Bill Moery. Nous
ckcidàmes d'utiliser cinq objets comme base de no­
.(
écueil résidait dans le délaut de l'applic;11 ion conve­
nable de l'hypnose à ces tests. Cela me donna une tre expérience: un verre à boire, un couteau, un mor­ 1

'Tau dl' savon, une pièce dl' monnaie et une cigarette.

idée.
.T'écrivis une lettre au Dr Rhine pour lui faire part Pour chaque série de vingt-cinq appels successifs, t

de mes réflexions . .Je lui faisais remarquer que je chacun de ces objets devait apparaître cinq fois. Il

n'av,lis pu trouver dans ses livres, ni dans aucun fallait donc préparer à l'avance une ~iste de vingt­
~

autre, de rapports relatirs à des tesh l:xécutés sous cinq objets. De façon que ni le récepteur ni l'émet­
« double hypnose ». En d'autres termes, d;lllS toutes teur ne puissent avoir la moindre indication sur l'or­ 11
ces expériences, scule la personne ü qui l'on faisait dre dans lequel ces objets étaient placés sur la liste,
subir un !L'st de tdépathie ou de voyance, sc trou­ nous devions faire appel au témoin, qui devait assis­ ;,1
vait plongée en état de transe hypnotique. Je lui ter à l'expérience, pour établir celte liste dans un
demandai pourquoi 011 ne tenterait pas des expérien­ désordre voulu. Il suffisait que le nom de chacun ,j

ces où ù la rois l'l'metteur el le récepteur auraient été de Cl'S objets soit répété einq fois. Comme ici par
exemple : i
hypnotisés? En résuml', je l\li propos<li cl'hypnotiser
Ulle personne dans une pil~ce, pendant que Illon ami ;,
Bill Moery l'l'rait dl' mblll' avec une autre personne, 1 couteau 7 pièce 13 pièce 19 cigarette 1

dans une Ulltre pièce, Cl' qui nous perlllettrait de nous 2 savon 8 verre 14 cigarette 20 couteau ",\
assurer, au moyen d'expl~riences con t rÎllées, dans 3 cigarette 9 couteau 15 verre 21 couteau
quelle mesure deux sujets en état d'hypnose pou­ 4 verre 10 savon 16 pièce 22 pièce
vaienl (,()llIlllllniqul'r ensemble. S pièce 11 savon 17 savon 23 verre
Ali lieu qut' l'émetteur reste à l'état dl' veille alors 6 cigarette 12 cigarette 18 verre 24 couteau
que sl,tIl Il' rt'l'epteur l'st plongé dans l'hypnose, il me 25 savon
'semhlait que l't'preuve serait plus logique (en ce
qui l'Olll'enw J'hypnotisme) si les deux étaient éga­ Pendan t que les spectateurs prépareraient le pro­
gramme dans une pièce, Bill hypnotiserait l'émetteur
'. 1
lement placés en état d'hypnose. De celle façon, les
deux esprits devant sc trouver au même d"l!:ré d'in­ dans la cuisine, et moi, dans une autre pièce, j'hyp- !~1

f
70 71
,
notiserais le récepteur. Une fois l'émetteur mis en
,
ils furent tous deux en état d'hypnose, l'un des té­
l'lai d'hypnose, l'un des tl:ll1oins dOllnl'rait la liste moins remit à Bill la liste des vingt-cinq ()hjL~ts, Bill
à Bill. me donna le signal et nous commençümes. J'expli­
NOlis aviuns aussi prévu un moyen de signalisation quai à mon sujet que Hazel tenait i.l la .nain l'un des
éleclriquc mutuel. Grün: à ulle pl'Iite t:inq objets et le priai de me dire lequel t:'était.
ékctriqlle, Bill devaÎI Ille faire savoir Cigarette, répondit-iL
jet éttlÎI prêt il ({ envoyer» mentalement Il' Je notai « cigarette » sur mon bloc devant le n° L
ohid dL' la liste, et moi. l'II l'l'tour, je lui Puis je signalai à Bill que j'attendais l'appel suivant.
qlland Illon sujet, le )'él'(~pktlr, sl'rail pn~'t il recevoir Au bout d'une minute, il me retourna le signal, indi­ ')
1<- n" 2 lie la listl'. El ainsi dt' suite. Ce systi~ll1e éli­ quant que Hazel tenait le second objet. Je posai la
minait toule conversation cntre les hypr~()tis!cs ou question à Walter. •
lelJrs sujL'ts; lllême les lampes se trouvaient plat:ées Etant donné que c'était notre premier essai, notre
en dehors du charn p visuel dl' l'CS derniers, dOIl l, bien technique n'était évidemment pas tout à fait au point.
l~ntelldu, les yeux étaiellt ferll1és. Après Je n" 5 (qui avait été le savon), j'oubliai de
COl1stat,lllt que le premier ohjet dl' la liste était presser le bouton et après quelques minutes d'at­
k couleau, Bill devait placer un coukan dans les tente, je t:rus avoir manqué le signal de Bill qui avait
mains dl' son sujl'!, J'éJlll'lIeur, cn hli urùollllanl de p;I.... Sl; ail n" 6. J'interrogeai dont: mon sujet, qui ré­ f
se conn.'llln~r sur cd obiet, de ral,'on :'. inviler l'au­ péta « savon », Surpris, j'allai dl.'ll1arldcr ~I Bill (cn
tre suiet, dans l'autre pit'ce, ù penser que l'objet qu'il
il Cl' moment-là était un couteau, Bill devait
sur un bouton pour allulTler Il' signal
présence des témoins) où il en était ct je découvris
que, n'ayant ptlS reçu mon signal, il ml' t:royait, lui,
toujours, au n" 5. Je proposai donc, mon sujet étant
1)
que je pouvais ]10S('l' la question il mon prêt au septième appel, de garder encore le savon.
:iI
sujet . .le lIotais la réponse slIr mon hloc el Retourné auprès de Waller, je lui posai la question
ft mon tour ft Bill que j'at1l'lldais IL' n" 2. Nous de­
~"
et il me répondit avec conviction « savon ». Le reste ~
vions poursuivre ainsi jusqll'au n° 25, sans faire de l'expérience se déroula sans nouvel incident.
savoir au l'l'l'L'pteu\' si sa réponse était exade ou non, Quand je demandai à Walter pourquoi il avait ré­
POlir plus de süreté, je ne devais pas connaître moi·
',J
avec insistance {( savon» à trois reprises succes- J

m{lmc l'ordre de la liste remise à Bill. (Il' façon à il me répondit qu'il avait vu très distinctement ,1
Il'l'lll' pot'- l'Il 11Il'.~lIrl' lk Illi dUlIlI\.T la IllOimlrc ilHli­ t:e lllorceau de saVOll, et l'icI! d'autre, (Jullalll tbns
catiori. Une rois la liste épuisée, nous d,'vions réveil­ son champ visuel, à chat:U11 des trois appels, Il se
ler nos sujets l'I comparer les (1e1lX listes trouvait qu'il employa prét:isément le terme de « flot­
Le' pre11lier cobaye rut ma femme, Bill l'hypnotistl, ter)) cl il expliqua que les divers objets semblaient
pendant 'Ille dans lIne autre pièce j'hypnotisai un flotlel' dans sa perception sur une sorte de vague,
qu'il décrivit d'un geste de la main. :~
:~
second volontaire, qui devait être lc récepteU[, Quand

72 73
,

Nous fîmes ensuite le décompte des points, comp­ répoTlses anticipées sc groupaient gént-ralcmcnt en­
tant les trois « savollS » comme un seul, bkn que semble, de sorte que l'on voyait le ;.;ujel n;pondrc
la rt-Dollse. les trois fois, eÎlt été exacte, puisquc, les en;.;uitc nu 12 par Il' 13. Bien que tOlites ces l'l'ponscs
Hazel avait dkctiVl'1ill'llt tl'llU le savon il fll"sent COlllptl'CS comlTle dcs erreurs, il lù;tait pas
la main. NOliS avions ainsi neuf réussites. besoin d'être Uil Einstein pour se rendre compte que
Si Cl' l'l'sullat Il'était pas particulièrement specta­ ces anticipation;.; av.lient une signification mathéma­
culaire, il n'en deml'lIrait pas moins extr[~mement tique. Mais nous n'uviolls encore rait qu'un trop petit
sigllilicatif s'il pOllvait l'Ire maintenu. En outn:, l'inci­ nombre d'expériences pour que cela méritât d'ütre
dent dll savon nous avait particulièrement impres­
sionnés. Nous dl'cid<Îmes donc de poursuivre ces ex·
périenn.'s. dans la Illcsun' où nous pourrions trouver
SlTÎclISell1Cnt en considération.
,
'i
des Sll.il~tS - ct le temps d'y p\'Ol'l:'(\cr.
En lill mois, avec six sujets diITl\rcnts, nous eHcc­ 1
tllâmt~s six séries, soit n'nt cinquante appcl.'i. Notl'e
1I10yt'I\I1e tomba un pel!, tout en restant suffisanlc.
Et, hien qlll' l'l't Il' Il'dll1iqlll' JI' double hvpno·
tisnlt' ne sc soli pas n;\'lq,;l' 1111 S\"li'llll' dl' nH!io
1
menlalt' miranlkusl', elk uvait mis en lumière cer­ ;1
tains fal'leurs qui nOlis parurent il1tl'ressants. Et
IlOIiS y ajollt;ÎI1H'S Il' Il'sl dl' « ('onvidÎoll », $
les résull'lts flln~nl surprl'nants. Celui-ci consiste sim­
plL'llIt'nt duns le f,lit dl' faire prédsel' au sujct. après
~,
)
'$'
qll'il l~ul donné sn n 1 p0l1Sl', si sa perception de l'ob­
jl.:'t l'Iail "c1uirt'" ou "l'onfuse». Pa" exemple. il
'1
doit l'l\potHll'c : "Cig<ll'l,ttc - clair", 011 « Couteau, .,1
('ol1fus ». Oc cl'! le façon nous pouvions l'ont rôler le f:
degl'l\ de certitudc du sujl'l quunt fi ln perception de
ses propn's appl'1s, Chose ét 1';111)'<', ,,!J;Wllll dt' nos ré·
cep!clIl's avait une perception l'xlraonlinai.rement.
prt<r.:lsl' ,
JI Y uvaitl'I1l'Ort' aulre chose. TI y avait une éton­
IllHlIl' qU;1I1lité dl' répollses il !';!,,;mcl'. C'cst-Il,dire
qUl' k nln'pleu!' donnait très sOllvent la n;ponsc du
,,
i~
12, quand on lui dl'l1wndait Ic Il; ct, <.11. plus, lX'S
74
li J
"

,
~,"

"

'~ ment ce courageux savant qui avait entrepris de


] s'attaquer à ce travail de Romain.
Au moment de nous quitter, à j'aérodrome, mon
père déclara : « Je parie que ce Rhine ne l"igure
même pas dans les dossiers de Dun et Brad­
strcet » (1), et au moment où J'avion décollait, j'en
étais tou.iours à me demander s'il avait parlé sérieu­
sement. Le lendernain, Hazel et moi ét ions à Dur­
ham, en Caroline du Nord, à plus de deux mille ki­
lomètres de Pueblo, attendant dans une piècc haute
t
'" de plafond, entourée de rayonnages de livres. Nous
étions en train de regarder la bibliothèque du Dr

Je tins toujours le Dr Rhinc au courant de notre


Rhine lorsqu'il parut. Grand, bd homme, bien bâti,
il répondait mal à l'image qu'on se fait généralement 1
~
tr~1Vail ct la correspondance entre lui et moi finit d'un professeur d'Universi té. Il ne portait même pas
par prendre des proportions considérables. Le Dr de lunettes, Au-dessus de ses yeux vifs, d'épais sour­
Rhine me posait um.' foule de questions: « La porte cils noirs en broussaille montraient qUl' son opu­

~~
entre les deux pièces ét'lil-elle fermée au COl.!rs de lente chevelure blanche avait dli être noire dans le
l'expérÎl~nl'c? Vous êtes-vous entretenu, entre deux temps.
épreuves, du succès de l'épreuve venant de sc ter­ Etant donné qUl' j'avais déjà préparé une liste de
miner? Comptez-vous raire une série de tests com­ questions tapée à la machine, je n'eus pas il perdre
paratifs aVl'l' le Illl'llK' l'l'n-plcur III (-laI d'hypllose mon temps i:I les lui poser. Quant à lui, il n'eut pas
CI l'émetteur en état norm.d '1 Avez-vous aussi l'in­ à se donner la peine d'y répondre, puisqu'il avait, ~j
tention de faire l'essai aVl'C l'émelteur hypnotisé ct semhle-t-il préparé sa liste de réponses Je voulus
le réccpll'llr normal?» Et il posai 1 encore d'aulres
questions relatives aux mesures de sécurité destinées
à s'assurer de la régularité des expériences, 1J
.

me renseigner au sujet de ses expériences avec


" Lady», Je cheval miraculeux, et Hazel, r,le son côté,
avait aussi des questions à lui poser, ct bien que
~
Après avoir exécuté quatorze séries lk ces expé­ nous passâmes presquc une semaine en sa compa­ li
riel.ll:t"S comportant vingt-cinq apnels chacune, soit gnie, lorsque. nous le quittâmes, nous n'en avions
un (otal de truis cent cinquante tests, Hazel et moi pas encore fini.
décidfllllt's de rendre visite .IU Dr Rhine à son la­ Evidemment, il y a une question qui intervient
'L • ",
bonltoirl' de Duke. Tl devait pouvoir répondre à bcau­
coup de <juestions qui se posaiL'nt à nous, t't, en ou­
tre, nous étions désireux dc connaÎtrc personnelle­

76
(1) Principale
Etats-Unis. (N. du
de commerciaux des

77
i
,1
·1
toujours lorsque deux personlles intéressées par la
parapsvdlOlogie Sl' Illlun'nl l'Il pn;sl'nce : ,,('om­
,,. ~ olt giS<:lit le corps <.l<:1ns 1<1 position exacte

décrite par la sœur, dans son rêve. Le pislold était

l1lellt <lV('Z-\'O!lS 01," anwllt' Ù vous occuper dt' C('S dans le foin, là oit il était tombé apri>s avoir servi,

phl;n()111l~IlCS ? » Je la posai bien elltendu au Dr Rhine, comme elle l'avait indiqut', et le corps av"it dû

un soir oil IlOUS dînions cnsembk, L'l il me raconta ensuite rouler plus bas. On aurait dit

unl' histoire (qui app,lraît e,"galellll'ilt tians un dl' ses vu toute la scène avec une exactitude

livres), qui fut l'un des facteurs qui dt'tl'rmini:~rent qlle_ .le n'étais qu'un petit garçon à

sa dl;('Îsioll dl' sc plollger tians le tOllrbi lion des


.
1<.
f'\i
l'ct le histoire me fit une impression que

jamais ouhliée. .le suis dans l'incapacité de l


gr<1ndl' Univer­ quel' ct .k n'ai jamais rencontré personne qui puisse ~
nos plus émilll'Ills prok"sl'lIrs dl' science Il' faire, ,lvail conclu le professeur. )}
nous l1I("onta un événclllcnt, dont il av,lit été tl'moin : Ft H.him' poursuivit .
« Notre famille rul révl'illéc li Ill' rois all milieu de
la nuit par lin voisill qlli voulait emprunter' un che·
« SOli hi:-.toin: Ille frappa l'1 m'impressionna quand 1
l
ct elle m'l'st l'estée en mémoire de lon­
val el un hllggy pour Sl' rendre il un 'Jillagl' distant gues années après quc j'eus oublié la plupart des
d'enviroll Hl'lIf kilomètres. L'hommc nous l'xpliqua, autres ('hOSl'S qu'il m'avait enseignées à ses cours. Ce
pour S'l'xcuser, qUl' le sommeil dl' S,1 lemme avait n'l'st pas seulement de l'histoire que il' me

été trouhk; par lin horrible rl"ve ail sujet dl' son
frère qui habitait le village l'Il quest ion. EIIc Cil avait
mais du fail que l'holllme qui me l'avait

un professcur ct lin savant, bien que nettement troll­ :~


I5t(' à cc point bouleversée qu't'Ill.' avail insisll' pour hie:' par cet l;vénCIlll'IlI, Il'ait pas trouvé ,fi

~"
qu'il y aille ÎlIlllléd in !l'men t s'en assurer. TI nous il proposer; et qu'il ait traversé toutes les années de
raconla qu't'Ill' Illi av:lil dit avoir VlI dans SOIl rêve sa maturité, sachant qu'une telle chose s'était pro­
son l'l'l'n' l'l'lItrer chl'z lui, allleller ses hêll's à J'écu· duite, sans rien faire, même pour satisfaire sa pro­ ~l
Il's (klkler, l't monter ensllik au grenÏl'r Olt il Sl' pre curiosité. »
tirait un l'OUI' de pistolet. Elfe l'avait Vll <:lppuyer
~I
te
:j;> Quand, à son tour, il me demanda les raisons de
sur la d{-tellk l!I rouler dans le foin, l'Il gliss:mt un
peu l'Il hiais sur la pl'Iltl'. Aucune de scs tcntatives
j'lollr 1<1 rassurer Il'avaient l'Il lui raire <ldllll't1 r('
,. mon intérêt à ces questions, je me rendis, compte que
n'avais pas pris Ic temps de me les expliqucr à

moi·même. Je suppose qu'il devait en être comme 1


1

11(' s';tgissait que d'un l·:JlIdll'lll,lr. Mon pl'r" lui de l'alpiniste, dans le roman intitulé La Tour Blanche,

dOlll' Iv buggy (Il' tt."le:'pllolle n'existait pas il que l'on interrogeait pour savoir ce qui le poussait

qul') l'I ils purlin'nt chez le frère. Ils !rOlt\'èrcnt la à escalader un pic que personne avant lui n'avait

fe Il Il Ill' attendant SOli Illari, ignor,llltl' (li' tout drame. f" atteint, et qui avait répondu : ({ Parce ou'il est
Ils sc dil'igt-rellt Vl'l'S l'l'Curie, Olt 01,1ienl effective· là. »
ml'nl Ics l'hcvaux. dételés. Jls montèn'nllo alors au Notre visite à Duke nous donna un aperçu familier
78 ;;~.
79
l
~' .
,

tes personnalités du monde les découverles de Rhinl' aient reçu le ml'Ille accueil
scicntifique, Proh;lhlclllent plus que t01l1 aulre, .10­ que celui qui l'st généralement réservé ù tous les
Hanks Rhinc LI réussi à praliquer une ouver­ rnernbrcs de sa profession, Pouvions-nous nous at­
ture dalls Il' plus Illassif des rideaux dl' l'cr: le Illys­ tendre à cc qu'il échappe aux sarcasmes ct aux <ILl..
tère dl' lu nature humaine. Ses découvertes sont mentis qui se sont abattus sur presque tous les no­
révoltitiolllluircs; l'Iles imposent, en rait, une n'vi­ vateurs, depuis Giordano Bruno jusqu'à Alexandre
sion de la plupart des concept ions scientifiques ad­ Bell? TI n'y a pas de raisons pour que la nature
mises, dans les dOlllaines dl' la psychologie, de la humaine change tout à coup ct se montre bienveil·
médecine, de la philosophie ct dl' la religion. Elles lante à l'égard d'un homme qui vient démontrer
ont, pour la première fois, mis à la disposition de que tout n'est pas exactement conforme à cc que
l'holl1llll' Ull outil susceptihle de l'aider dans son l'on nOlis a appris depuis trois siècles. Les hommes
effort Vl'rs la compréhl'nsioll dl' Iui-rnême ct de dl' science ne sont, après tout, que des êtres humains,
son prochain. essentiellemcnt de la même race que ceux qui s'op­
Il va sans dire qlle Rhine ct SC" partisans durent
soutt'nir \111 pl'rp(tlul'I l"()lllhal. PL'lltlanl les
posèrent à Galilée, Mesmer, Newton, Pasteur, Sem­
1
~
melweis ... Les vérités qui ne cadrent pas avec les
res allnél's, ils furenl suhmergés dl' cril normes établies sont considérées avec mépris, sinon
l'Olli l'l' Il's compll's rendus dl' leur lahoratoire de déconsidérées.
recherches. La prim'ipule cihle était la mélhm!c ma­ Le DI G.-E. Hutchinson, prolcso.;l'ur à l'Université
thl~matiqlle d'évaluatioll utilisée pour d":'lelïninl'r la
part dl' hasnn.l pouvant intervenir dans les r":'sultnts.
Ln bataille fut gagm'e en 1937, au cours de la ses­
dl' Yale, membre de l'Acml{-mie nationale des Scien­
l'l'S, a résumé ainsi la situation: «La raison pour
I<lqudlc la plupart des savants n'aùmettent pas ces
t
sion ~lI1l1llt'lIc de l'ÂlIll'rinll1 lnstilute or Mathcma­ résultats est tout simplement qu'ils n'en ont pas
IkHI SIi.llistks, lorsqul' fut puhlil~ Il' communiqué envie, et qu'ils évitent ainsi avoir à examiner avec
dl' PI'L'SSl' suivant : soin les comptes rendus des expériences en ques­
« ... L'analyse st'ltistique est essentiellement vala­ t io]]. »
ble. Pour s'al1aqucl' loynlclllent <lUX recherches de 1\ Les ùifficultés ct contestations que rencontra
Rhine, Cl' doit être sur un autrc terrain que celui j
Rhine s'étendirent. même à la diffusion de ses ou­
des ilia 1hc:'ma 1iqlll's. » vrages. Il fallut convaincre les libraires chargés de Il
l'~I '111l'lqlll'.'i illOIS plus tard, Il' 1'1' ILV. Ilullt IIlg1oll,. leur vente. Un ancien directeur de chez Farrar et 1
~mfncnt muthc:'lllatil"il'1l dcllarvard, dans lin ~lrticle les éditeurs de son premier livre, New
~
!
,1
pOJ"tI dans t'Amer;Cl/1/ Sclwlar, fit délïnilivement la Frontiers of the Mind, paru en 1937, a raconté de
IUlllièn' sur les ('oncillsions math':'!Il:lliques relatives

~
façon pittorcsque comment il eut recours à des tours
llUX I"l'dll'I'chcs SUI' la pt.'ITl'ption extra-sensorielle. de cartes pour vaincre la méfiance des vendeurs.
Même ainsi, il n'y a d'ailleurs pas à s'éionner que Rhine aurait pu s'appeler « Prudent ». Au cours de
,!
80 81 1
notre visite, il tint ü m'exposer ses pl'incipes de
ct m'avertit 1J11C, dans le dOllwine de la
'.
,
'

expériences d'hypnose double, si un netit incident


ne s'l'tait produit. Un homme arriva Ull jour il Illon
par<lpsychologie, plus que dans allCUIl autre, il im­ bureau. Il Ile présPlltait il prelllière Vlll' <111('1111<' par­
portait d'ell faire lIll mot d'onlre illlpératif. Et il ticularité le dislingll<lnt du commun des
me dOlllla la preuve mais c'cst lui cependant qui m'incita ù m'ellgager
paroles lorsque .il' l'interrogeai sur la survie de sur le grand [10111-- et h mc lancc!' dans la plus
l':"tllle : {( Croyez-volis, doctcur, que ,'icn de l'(~tre imrortantc avcnture qui soit.
lunllain sc sllrvit apr{'s la Illort ? " Une h':~gèrc trace

i;~

de sOllrire se dessina sur ses lèvres, mais je n'en


pu tirer qu'mit' " prudente" phrasl-ologie dont il n:s­
sortait l'Il dl'n1ièn' analyse « qu'il fallait se garder
d'Ull jugement définitif" . .le lui objcctai alors que
Ill' lui demandais pas 1111 vl'nlict sl'ientiliqllt', mais
uniql1l,rrtl'llt son Orillioll pcrsollllcllc. Son sourire
s'accentua alors, mais Sl'S raro!cs restèrent aussi
prudeTltes. «Il arrive fréqm'l1llTll'nt, fit-il observer,
qlle nOlis voyons lIlI ohjet qlll' nOLIs voudrions ros­
sédcr, lIIais !lOUS J1l' pouvons le cOl1sidl'rer cornnH!
nôl n.' qw: lorsque nOlis 1';lvons dfecl ivcnll'n t acquis. "
J'
JI.' n'insistai pas davantage. "l
A 1'llpOlILll' Oll je sondai narquoisement le Dr Rhine
sur JH qm's t iOIl dl' la su l'vil', .Î<' Ill' me dOIl t:1Î s ras
le ITloins dll monde qU'llile dl' rrws propres l'xpérien­
LC.'S hypnotiques p~lr lu découvert(~ dl' Bridey Mur­
phy - ulhlÎl ml' fournir une pn~uve intéress<Jnle sur 1

le fin mot de la survie. :1


Après ks quclqlles jOllrs russé... il Dllke, l'!l qucl­
<]11(' '.;0 l'f (' on pi'lcrinngc il la c<lpitall' dl' \;, parapsv·
1

c:hologÎl', 1I0US Tentrürnes chez nous, hien déterminés

à roursuivl"e nos expériellces. Hazel avait même fait

. dl'S 'proil'Is p(Hlr l'l'quipCIIIl'llt de !lotre laboratoirl"


1
qu'clic ml' proposa d'inslnl1er il la maison pour com­

men"l'!', L'idée ml' pmut honne.


Il t~lIl probable que nous en serions cncd're à nos

R2
,

TROISIÈME PARTIE

LE GRAND PAS
~

J'étais étudiant de seCDnde année lorsque j'avais lu


!
~

Servitude lmn/aille, de SOlllerset Maugham. J'y avais


trouvé un exposé n1l'rveilleusement logique de la
matérialiste, qui s'était cristallisé en
moi jusqu'à ce que je sois devenu assez mûr pour
me poser des
Le héros du livrc, Philippe, avait reçu en cadeau,
d'un vaurien aux
dont l'étude, assurait ce
la possibilité de comprendre la
vic. Longtemps après la mort du
demeurait toujours aussi intrigué : comment le des­
sin désordonné et gratuit d'un tapis pouvait-il résou­
i dre le problème de la signification de la vie? Ce
f~
" n'cst que plus tard qu'il fit tout à coup la décou­
verte : la réponse qui s'imposait était que la vie
n'avait aucun sens. On peut dire que Philippe était
. un garçon de jugement sain et pratique. Le person­

85

1
j
,
"
nage danl maître Id que SOlTIersct une certaine déception. J'en conclus que toute
de Ill'inlluellcer losophie se targuanl de donner un ~cns il la vie n'l'lait
. avait raison de qu'un leurre. Si la justice divine existait, comment
tomhe aussi bien sur le juste que permettrait-elle qu'un üt rc possédât ü la fois intel­
cl rien n'a de caUSl' ni de ouI. » santé, oeautl; et richesse tandis qu'un autre
.le me delllnnd:.li cOHlll1enl lout le monde ne s'était ne recevait en partage que la stupidité, la maladie,
pas rendll compll', COJl1nw Philippe, que la vic était la laideur et la misère? S'il Y avait un plan préétabli,
dt-lllll"I' dl' S('I1S, salis ollicl, t'I qllc la Illort llIeltail l1le semblait alors qu'il était impuissant Olt impar­
1:
d('liniliVl'llll'lll lin à toute ['histoire. Pourquoi 1<:1 nt fait, puisqu'il permettait des destins aussi dissemhla­ ~I
disculer Sllr ['évenlttalil(' dl' la vie future? N'était-il valait mieux admettre que cc ne soit j
donc pas évidl~nl qu'uil cadavre l;tait vraiment ulle du hasard.
l'host' morle Ulll' rois pour Ioules J Pouvait-on croire J'avais suivi ::tVl'C assiduité l'école du dimanche, t:
séril'lIsl~lllent qu'il peut l'Il être autl'ClllCllt? Trois Ilwi" il ne 111t' vint jamais à l'idée que nous étions
sièclcs dl' scÎcnn: n'avaient pas n;ussi ü pruuvcr l'im­ dkclivel1lent censés croire aux histoires de la Bible.
morlalité d'lIlle scull' ÙIllC. Pourquoi donc s'acharner Je Ile ks ai jamais prises pour autre chose que des
là olt il n'y a l'il' n ? contes moraux, au même titœ que les Fahles
A l 'l;poqlll' , jl' n'avais 'I"e quinze ,ms, m,lis il y i POlir l1loi, la victoire dl' David sur Goliath ne
avait déjà longtemps que Cl' point dl' vue était le rait pas dl' c~lIe de la tortue sur Il' lièvre et je ne
mil'n. Mêml' sans m'en rendre co III pte, Îl' n'avais pu comprenais pas qu'il étail supposé avoir réellement
manqul'r de remarquer, dt'S ma pn~nlJ(.Te année
1
~ 't existé ulle personne du nom dl' David. Pas plus que ij
d'école, dl' flagrantes inl'galités entre mes camarades ;~ MoIse faisant jaillir de l'cau d'un rocher. .le ne voyais
de dasst'. L'un d'CIIX, Keith, beau,
rg
1« là que des mythes cl l'école du dimanche n'avait d'au­
,.1

brillant, ullssi doué pOUl' les études que pour les I,~ tTe but, selon moi, que de débanasser les parents de I~
SPOt·ts, avait été comhlé dès la naissance, tandis que leurs enfants une matinée de plus.
le pauvre petit Orlando, gauche l~t ridÎl:ule dans des Je n'ai vraiment jamais songé que l'on pouvait
vl'tenll'nls pas à sa t ai Ill', se mont rait inapte il tout emin' que j'y apprenais la notion de L'immortalité.
et s'attirait les cruels sarcasmes de ses cmrl<lrades, D'ailleurs mes parents n'cn savaient pas plus long
jusqu','. CI' qll'llT1 camion mît fin à sa triste vie après que moi il ce sujet ct n'avaient guèt-e le temps d'y
c.ks );l'Illainesde douloureuse agonie . .l'avais pressé rétléchir. La religion et l'immortalité demeuraient
mu mère de questions pour qu'elle ml' dise le pour­ lettre morte pour moi. Et mes études secondaires ne
quoi dl' cl'lte choqu:lIltl' inégalité, mais, avec toute firent que me confirmer dans ces
su hOIlOt' volontl;, clic n'avait su Ille satisfaire. Bien des années plus tard, mes
C'est ainsi que j'appris aussi que les grandes per­ notisllle el ensuite de percept.ion extra-sensorielle me
sonnes n'avaient pas réponse à tout, et j't:!n conçu!' firent soupçonner qu'il pouvait y avoir quelque chose

86 87
de plus. Mais je n'dais pas encore allé assez loin
,

pour que rnes corl4.:eplions antérieures soient réelle­ 1


ment entamées. Je IIIl' trouvais donc dans cel état
d'esprit quand un homme nommé Val Weston arriva
un jour dans mon bureau.
l'
L,i

Je venais de dicler mon courrier ct j'étais en train


d'enlever le cylindre du dictaphone lorsque
J dis UllL' voix derrière moi qui disait: « EXlllsez-llloi
de vous dL'rallger. .le lIl'appelle Wesloll l't iL' suis
fmilliolillairc ail IIlÎIlÎslèl'l' du COIllIlHTee. »
Jc Ille rc!.ournai et 1Ill' trouvai en pr,;sence d'un
homme hallt dl' un llll" l'V qua 1n>villgls et bât j COITI­ 1
1
Ille un IIIIIL'ur qui slll'vl'illc sa liglle. Il lll'expliquH que
.~
SOli "t'Ile l'(lIIsislait il établir une liste des produits
métallurgiques disponibles chez tous les distributeurs
de la région: Cc genre de recensemenl, au cours de
la pl;dodc de jx;nllrÎe en matière sidérurgique qui
sUÎvit la gucrre, devait pennetlre d'élal:?lir des allo­
cations, en localisant les dilTérents articles recher­
~
chés par les indus! ries travaillant pour la défense,
<lU Illoyen d'une coordination générale.
Tl resta li, environ un quart d'heure, mais, pendant
celle l'ourle dun:~e, le téléphone sonna à
d lin ddilé d'employés et de visiteurs firent
de mullipks allées el venues. Je parvins. néanmoÎns,
• à lui fournir les renseignements dont il avait besoin

89
P'

!~
el, lor'iqu'il partit,.ie crus l'avoir V\1 pour la première cn Chine et en Tnde, il était arnvl' a une connais­
ct !;I ,kllliL'I"t' rois lk Illa ,'ie. smlCl' asse7. approfondie de la philosophie ct de la
Il,
Cinq Illillull'S plus tard, il raisait dl' nouveau irrup­ religion orientales. Il s'était entretenu avec des yogis
tion dans Illon bureau, les yeux brillants d'excita­ t\,: l'I des rakirs ct avait assisté à des op(~r~ltiolls qui
tion : « .J'ai appris que vous vous intéressiez ù l'hyp­ ~ nOlis semblent toujours aussi incrovables, il nous
)'
notisllle el ù la perception extra-sensorielle! » Je autres Oecidentaux, aussi souvent que 1" récit puisse ,.
m'élllerveillai qu'il ait si rapilknll'nt cu connaissance ti nous Cil l'tre rait. Bien que ses goùts littéraires rus­
dl' cc rait, quand il Ill'expliqua qu'il avait rencolltré fi sent l'tonnamment éclectiques, il prékrilil évidern­
men t les ouvrages t ei n t és de philosoph il' rX'cidérnen t, I!!
Illon père .iuste avant dl' quitter la maison ct il Ille ~~~
répl;ta leur conversation. cc gar~'on rn'en imposait. fI était très docuillenté sur ,1
les sujets auxquels .ie rn'intéressais ct Ha7.el et moi,
Je reconnus m'adonner à ces occupations passion­
nantes l'I nous flIllles bientÎlt el1gagés dans une dis­
f\
if
rascinl's, ne sentions pas passer le temps. 1
C'est alors que le plarond rne tomba sur la tête.
cussion en ragée. Nous découvrîmes que nous ét ions
Brut,del11l'nt et sans avertissement, Weston se lançait
tous les dellx, ct depuis longll'l1lps, intéressés par les I~ d<lns des considérations relatives à la n;incarnation.
Illl'll1es qucstions. Or, lui, les avait vraiment beau­
COllp approlondies. Il avait voyagé en Orient ct il
li
Vi .fe "écoutai pl'nli<lnt quelques minutes pour rn'assurer
qu'il Ill' plais;lIltait pas; or, il était tout il rait sé­
était trl's niltivl'; l'tal1t mOIl aÎnl; dl' prl~s dl' quinze 1
1~
ricux. Moi, j'l;tais horrif il; : cornment un hornme pa­

r
ans, ses connaissances l'Il la matière dépassaient dl'
beaunHlp les miennes. Il avait, Ù ("OUI' sih, bien des
choses à me raconter. Mais la tflcht' était ardue dans
l'ette l11aisol1 dl' IOlls. Notre l'ollVl'rsatioll l'lit coupée
i
i$
raiss<lnt aussi intelligent l'I aussi norlllai pouvait-il

s'exprimer sérieusement sur une question aussi ridi­

cule! .le l'interroll1pis pOlir Illi raire remarquer qu'il

l,
KI', sc rais~lit tard ct qu'il l'tait temps que nous retour­
dl' Illllltiples interrllptiollS ct nOlis dlIl11l'S nous ré­ li nions vers la ville. Et j'entraînai rapidement HazeL
sOlldre il l'abandonner, non S~UIS avoir, all préalable,

i
Pendant tout le temps du retour, je ne cessai de
pris l'elideZ-volis pOllr la lill dl' la sClllaine.
murmurer des phrases comme : ({ ... Et dire qu'il
Westoll possédait UII petit chalet il Rye, pittores­ avait J'air si intelligent... comme on peut sc trom­
qlle village montagnard dl' la région du Greenhorn, per... je me méfierai davantage dans "J'avenir... »
à Urie hl'lIrl' dl' voiture dl' PUl'blo . .le Ill'Y rendis avec Quant il Ha7.el, elle ne m'écoutait pas; elle dormit
\I;l/el le ,>;ulledi '>lli";IIII, ct 11011<; n'prÎIIH''> Ilolre ("Oll­ profolldL~llleu t pendant toute la durée de notre voya­
vers;lt ion all point où 1I0llS l'avions laissée quelques ge de retour.
jours allparavant. Un mois plus tard, Weston revint à Pueblo pour
I~(' pn:norn dl' Wl'ston l'tant Perceval, il utilisait les besoins de son travail, mais je m'arrangeai pour
le dilllinlltil de Val, Cl' nom étant peu approprié il êt re ({ trop occupé » pour le voir ce jour-là. Il se
un homme de grand form>1t comme lui. J\,yant été rendit certainement compte que je l'évitais. Et il

90 91
avait de. en déduire tout naturellement que ses élu­
cubrations SUl' la l'l\incanlation en étaient la l'ause,
,

~\

celui d'agent d'assurances. Jusque-là. il ne s'écartait


guère du type conventionnel du petit paysan catho­
Il m' lui avait certainclllent pas échappl; que jusqu'à
lique pratiquant qui vient à la ville et gagne sa
cc qu'il ail ahordé le thème
vie cumme il peuL Mais soudainement, l'histoire de
vie-alll (;ril'lIIT-l'l-vIlll"'-l'n-vivrcz-cllcore-d 'au t l'cS,
Cayce changeait de tournure : à l'âge de vingt et
vuis sllivi awc Lill Inlcns!.' intérêt.
un ans, une laryngite aiguë lui fit perdre la voix.
.le suppose que c'cst cc Î Ce triste incident mi t fin Il sa carrière commerciale
dellx livres, donl i(' n'avais cl il dut rester chez lui pendant plusieurs mois, rumi­
aUlxlravanl : T"('ft' is (/ Riper, dl' Thomas nant sur son infirmité apparemment incurable. Fina­ Ij
cl Many Mat/siulis, du Dr Gina ('l'rminara, .k l'ons­ il apprit le metier de photographe, qui ne ,Il
talai que tous deux lruilaiellt du cas d'un homme, ",. nécessitait pas de grands e(forts vocaux.
Edgar Cayel', qui n'l~lait mort que depuis quelques
Hl~
,1l" C'est alors qu'un soir un hypnotiste ambulant fit f
~
anlll\l~s (1945). son apparition dans la ville. Il entendit parler de
1
A IIlOIJ insu d'ailleurs, l'arrivée de ces deux ouvra­ Cayœ et lui proposa d'essayer de le
ges fut le point dl' dl'parl d'une nOllvclk phase s'y soumit volontiers et le rait est que lorsqu'U se
dl' ma vil' : c'cst ainsi que .il' fus 'lIlwm'. en fin de trouvait en état d'hypnose, il pouvait de nouveau
COInpl(', Ü IlW plonge!' dam, l'dulie dl' l'CS questions parkr parfaitement, mais dès qu'il était réveillé, au­
eSlinH.;es d'i1l1e absllrditl' sans l'Ulte umélioration ne se manifestait plus ùans son
état. L'hypnotiste s'entêta. ne négligeant pas d'user
fus des suggestions posl-hypnotiqul's. Ce fut en vain.
ddouroa mon Caycc Ile pnrl<.lÏt que lorsqu'il était en transe.
attention du slIj('t 1lll>1lll' auquel ils 111(' conduisail'nt L'hypllot iste de métier, obligé par des engagements
Au dépurt, l'histt>irl' d'Edgar Cayn' 1)(' difr':rait professionnels à se rendre dans une autre vilIe. dut
dl' l'l'1I1~ dl' millkrs d'<llltn's gells qui Vl'Cl11'l'1l1 il la l'abandonner, mais le lendemain de son départ, un
1l1t:llle époqlw. JI était nl- l'Il 1877 dans une rerllle amateur, nommé AI Layne, qui avait as­
silut-l' près d'Hopkinsvilk, dans le KClllucky. Bien
qlw puurvu d'ulIl' 0dllcatioll rcl<llivl'lIH'nl lIlodl'sll'­
sisté à toutes les séances, lui fit part cJe son idée :
il était en état d'hyp­
'f
il Il'avait rr{'qlll'Iltl' son ('('ole dl' (·:lIllp:IP.lte que jus, pas de s'y remettre une
ql(i:l la dass,l' dl' tl'Oisil'IIIl', il :1\',lil l'l'pl'Ildanl unç fois elll:ore et de tenter de donner alors Ulle
l'Ollllllissalll'l' ('( 11111' COlllPl'l'hl'lISioll lot.lIl'S d'UII livre, lion de la nature de son mal? Peut-être y
qui l-Iait la' Rib1l'. \1 1.. rdis,iÏI chaque alllll;e. là le moyen d'obtenir une indication permettant d'en
Il nl' l'l'sla pas à la klïlll' l't, avant sa vingtième identifier la cause. Etant donné la faillite de tous
atll1él" il sc rendit il lu ville, Oll il l~xerça divers les autres traitements, Cayee était prêt à n'importe
métiers, dl'ptlis celui de vendeur de papctltric jusqu'il quelle initiative. Il se laissa donc hypnotiser et lors­

92 93
,

qu'on lui demanda d'expliquer les l'aisons de son son état. Tl était au comble ùe l'excitation. Non seu­
ihili!l; à parier, voiHI CL' qu'il répondit: lelllcOl! il"l' sentait mieux, mais il était en outre
" Oui, nous voyons le corps. Dans son état normal, persuadé que Cayce possédait un don exceptionnel.
il lui l'sI impossible dl.' parler, en vertu d'unL' para- Lorsqu'il SI,' 1couvait en état d'hypnose, Cayn.> s'ex­
partielle dcs muscles infl;rieurs dcs cordes vo· primait comme un médecin, usant avec exact illlllc de
cales, produik par line contraction nerveuse. C'est la terminologie technique ct scientifique; de plus ses
une cause psychologique qui produil lin ellet prescriptiolls incluaient des mesures qui, bien que
siqul'. L'acn':'lératioll dl' la circulation dans la lors des examens médicaux antérieurs,
malade, par SII!-:!-:('sIÎOIl, Iwndan! que k: patÎcnt est s'étaient révl'Iées étonnamment efficaces.
inconscient, pourrait la fa in.' disparaît rc. » était désireux de s'assurer s'ils pourraient
Laylll' iii la suggl~sti()11 prescrite par Cayce : c'cst­ être en mesure de soigner d'autres malades. Mais il
à-din.· qll'il lui expliqua que sa circulalion allait s'in­ eut du mal à persuader Cayce, oui obiectait au'il ne
tensilil'J' dans ses cordes v()calcs ct qu'il allait se connaissai t rien à la médecine,
trollver guéri. La gorge ct la poitrine dl' Cayœ rou­ lu à ce sujet, et qu'il n'arrivait pas à comprendre
girent pt'U à pcu .jusqu'à devenir écarlulcs el, au bout comment toutes ces choses pouvaient sortir de lui.
de qm'Iqucs minutes, il (ll;cIara : « ("es! (Il ne faut pas oublier que Cayec avait une amnésie
maÎl1ll'llanl. Lu g;uérison ('sI Opt;rl;l'. SlIgg;érl'z l11ain­ tolale . ,ur lou! ce qui se passait lorsqu'il était cn
tl'lUlut que la circulation rcdevienne nonnalc ct, en­ transe et qu'il (allait qu'on lui répète cc qu'il avait
suite, réveillez le patient. » se réveillait.) En outre, la réussite, dans
n'être qu'un elfet du
1
~
Luyne suivit ces instructions. Caycc se réveilla : ; ~~
il parlait normalement pour la première rois depuis ~:~'
CI l'on pouvait meltre sur le compte de
des Illois, :~ l'imagination l'amélioration de l'état de Layne. Et
puisqu'il n'avait aucun contrôle sur ce qu'il disait
t.•
'~'
LUylll' ~tnit enchanlé el ne tanin pas à venir lui
en état de transe, il craignait de pouvoir donner des

r
proposer autre chosc : puisquc Cayl'C avait su bien
diagnostiquer pour lui-même, il n'y avait pas de rai­ directÎves risquant d'être plus nuisibles que béné­
son, lui semblait-il, pour qu'il n'cn lit pas de même
fiques. l
pOlir lui, qui souffrait depuis longll'Illps de l'('stolllac. Mais l'enthousiasme de Layne ne s'avoua pas
Cayl'l' :l''l·,'pla "olt>lllkr'i (le St' l'ain' hnmo1io.;lT de " .
vaincu, Misant sur la philanthropie naturelle de 11
nmlVl'all et il décrivit alors les troubles qui afree­ L.!j (que des considérations pécuniai res avaient
seules écarté de la vocation de missionnaire), il finit 1
tait'nl l,aynL'. cn lui prescrivant les remèdes à pren­ 1
dre, 'ainsi que le réj!ilne à suivre et certains exercices. par lui arracher la promesse de tenter quelques expé­
riences. Cayce tint à préciser toutefois qu'il ne s'agi­
Apn>s s'y être l'(m('onné IWl1dant quelques semai­ rait que de venir en aide à ceux qui le demande­
nes, Lilync en éprouva une amélioration llQtablc de raient et en auraient véritablement besoin, Et il
94 gS
r

spécil1a également qu'il n'accepterait en retour ni tuellement, en donnant les causes de cet état; vous
argent ni rémunération d'aucune sorte. nous indiquerez également les mesures à prendre
Sur ce furent émises les quelque trente mille pour soulager ce corps. Vous allez répondre aux ques­
« lectures de santé» d'Edgar Caycc, titre sous lequel tions que je vous pose. »
Layne conserva tous les diagnostics émis, littérale­ Quelques minutes après, Cayce commençait à par­
ment retranscrits. Il s'avél-a très rapidement que Ier. En général, ses premiers mots étaient : {( Oui,
l'étrange faculté ùu {( médedn endormi» était elrec­ nous avons ce corps devant nous », et il poursuivait
tivcnWlI1 des plus extraordinaires, en décrivant la personne, diagnostiquant le mal et
Le plus curieux de tout, c'est qu'il n'était même conseillant les remèdes à y apporter. Si l'on tient
pas nécessaire que le consult,mt soit présent. On dé­ compte que la lettre demandant cette « lecture " ne
couvrit qu'il était possible que Cuy cc opéràt à dis­ comprenait aucun des symptômes, ni même la moin·
tance, à la condition qu'on lui ait donné le nom dre indication d'aucune sorte, cet étrange talent ne
exact de la personne et l'indication du lieu où elle s'en révèle que plus étOurdissant.
sc trouvait au moment de celte « lecture ". Par 11 est intéressant de noter que dans le cas où la
exemple, quelqu'un habitant New York pouvait se personne ne se trouvait pas à l'endroit désigné,
conlellier de lui indiquer son nom, son adresse, en Cayce disait : « Nous ne le trouvons pas. Le corps
précisant qu'il sentit chez lui, disons il deux hellres n'cst pas là, }) Quelquefois il donnait de lui-même
de l'après-midi tcl j01l1'. A l'Ill'urc dite, Cayœ Il'avait une description détaillée de la pièce, souvent agré­
qu'à desserrer sa cravate, enlever ses chaussures et mentée de commentaires tels que: « Un grand chien
s'allonger sur un divan. Ayallt appl'is la techniquc ùe dans le coin... Le corps est en train de s'en aller. ..
la luise Cil transe, il fermait les ycux ct élevait ses descend en ascenseur... Nous voyons la mère en priè­
m.lÎns fermées, paumes en l'air, au-dessus de son res. »
frolll. Puis, après avoir reçu nppan,'llllllent un signal Plus important que tout peut-être, était le fait que
1
suhcollscient, il rCtll-sl'l'lHlail ses lllains pour les croi­
ser sur son plexus solaire. Après avoir prorondément r les malades se portaient mieux après les diagnostics
de Cayce; en outre, des guérisons totales interve­
respiré à plusieurs reprises, ses yeux sc llIetWient naiént en des cas qui avaient été considérés comme
alors ù cligner, indiquant qu'il était en Ii'ain de som­ incurables. Par exemple, une jeune fille ·de l'Alabama
brer dans la transe, A ce mOlllent-là, Layne (Olt Mme avait été internée dans un asile comme folle incu­
Cayce. ou qlH.'lqu'un d'autre) lui lisait le !l'xie suivant, rable. Par la suite, Cayce découvrit un fait passé
av"it été adopté comme ouverture standard: inaperçu : une dent de sagesse barrée coinçait un
« M:lintenant vous allez avoir !levant vous (nom nerf commandant un centre nerveux du cerveau. Le
dl' la personne), habitant (adresse' complète). Vous praticien endormi suggéra l'extraction de la dent. Un
allcl. llli faire subir un examen minutieux el complet dentiste confirma après lui cette interprétation et la
et vous me direz dans quel état vous le torouvez ac­ jeune fille recouvra toutes ses facultés.

96 97
,.

la base du cerveau, précisant quelques détails de


Le cas Je plus célèbre et le plus
moindre importance. Il indiqua au Dr A.C. Layne
fut celui (Il- la petite Aimée Dietrich, de ]
comment procéder pour opérer la guérison. Celui-ci
dans le Kentucky. Depuis une grippe contractée à
la traita selon ses instructions, journellement pen­
l'âge de deux ans, le cerveau de l'enfant avait cessé
dant trois semaines, M. Cayce, sur sa demande, sui­
de se développer; en outre, à partir de l'âge de cinq
vant de temps en temps les progrès de la cure. Son
ans, elle était chaque jour saisie de convulsions. De
cerveau commença à se dégager vers le huitième
nombreux spécialistes avaient été consultés, et le
et, au bout de trois mois, elle était en parfaite
dernier avait affirmé aux malheureux parents que
ct elle l'est encore à ce jour. Plusieurs des
l'enfant souHrait d'une maladie mentale peu répan­
bons citoyens de Hopkinsville, Kentucky, peuvent
L
due, dont l'issue était invariablement fatale. Refusant 11
d'admettre leur malheur, les parents s'étaient, en
dernier ressort, adressés à Cayce. L'humble ct inculte
témoigner de ce cas.
« Signé, sous la foi du serment, devant moi, en ce
f!
huitième jour d'octobre 1910. Signatures de D.H. '1
apprenti photographe osait à peine s'engager dans
Dietrich ct Gerrig Raidt, notaire, Hamilton County,
1<,;",
un cas olt de grands médecins avaient échoué. Il Ohio. >, "
obtempéra néanmoins aux supplications des Dietrich
Les cas s'accumulant, de nombreux médecins com­
et il en résulta une histoire parfaitement auhen­
mencèrent à s'intéresser à l'homme miracle de Vir­ Ji
tirlée. ginia Beach. Quelques-uns l'utilisèrent pour faire le
Au cours de sa transe, Cayce déclara que, juste diagnostic de leurs ca!-- les plus troublants. Un méde­
avant la grippe, la petite fille avait rait IlI1l' chUte cin de Delaware, qui, pendant plusieurs années avait
d'une charrette, el que les microbes s'étaient instal­
eu recours aux talents de Caycc, attesta que son
lés d,ms la région qui avait subi le traumatisme : diagnostic s'était avéré exact dans plus de 90 %
(\'oll les dé~{\ts qui en avaient découlé. Il préconisait des cas. Un médecin de New York confirma cet
un traitement nstéopathiquc susceptible de la guérir. éstimant même que le pourcentage de réussites était
La mi'rc se souvint alors de la chutc, mais elle ne I~1 plus élevé.

eompn'nait tout de même pas comment cela pouvait Il ne faut pas en conclure cependant que Cayce

avoir cu des conséquences. En tout état de cause, on "


n'avait eu que des succès; des erreurs S'inscrivaient
procéda au traitement et, pour la première fois de­ aussi à son actif : des diagnostics inadéquats, en
trois ans, l't'nfant manifesta des signes (l'amé­ dehors de la question, etc. Cependant, dans l'ensem­
Par la suite, le père fit la déclaration sui­ ble, le résultat étai t phénoménal.
vante: Etant donné que c'était Val Weston qui m'avait
«' A cette époque, on attira notre attention sur envoyé ces deux livres, je m'étonnais, en lisant le
M. Edgar Caycc, il qui on demanda de faire un dia­ premier, qu'il ait tenu à me documenter sur la
gnostk. Par autosuggestion, il se mit en état d'hyp­ voyance médicale d'Edgar Cayce. Mais en poursui­
nose profonde et conclut à un cas de conb~stion de
99
98
,
vant ma lecture, .le compris où il avait voulu en venir. et d'une acuité intellectuelle certaine, en déduisit
Je d6.'ouvris que l'incroyable pouvoir de Caycc cen­ qu'un esprit capable de percevoir des réalitl;s Glchées
tralisait l'intérêt sur un autre problème, qui (~tait aux êtres doués de facultés normales, devrait être en
celui sur lequel Weston voulait diriger mon attention. mesure d'apporter quelques lumières sur des pro­
C'est au troisième chapitre de Many Mansiuns que blèmes d'une portée plus universelle que le fonction­
lus enlln le passionnant exposé démontrant com­ nement d'un foie malade ou des difficultés de diges­
ment l'histoire de Cayce se relie à la réincarnation. tion, Par exemple, quel système philosophique s'était
J'ai pensé qlle h.~ meilleur moyen de faire partager le plus approché de la vérité? Si l'existence humaine
au lecteur l'émotion qui s'est t~mparée de moi à cet avait un but, quel était-il? La théorie de l'immorta­
instant serait de citer un passage de cet ouvrage. lité correspondait-elle à une réalité quelconque? Si
L'auteur, le Dr Gina Cerminara, intitule son troisième oui, qu'advenait-il de l'homme après la mort? La
chapitre « Une réponse aux énigmes de la vic », qui clairvoyance de Caycc pouvait peut-être apporter une
débute ainsi : à des quest ions de ce genre?
« Au cours d'une trentaine d'années d'activités {( Cayce, quant à lui, n'en savait rien. Les questions
humanitaires, le don de double vm: dl.'. Cayee se ré­ abstraites relatives à ces fins ultimes ne l'avaient
véla absolument certain cn des milliers dl.' cas. Il effleuré. Il avait accepté sans réserve la
cs! bOIl dl' s'en souvenir lor:-.qu'on abonk la phase religion qu'on lui avait apprise à l'église; les spécu­
jt
ultérieurl' de son étrange l'arrière, Au début
pouvoir dl' perception s'l'tait
lations sur son authenticité par rapport à la philoso­
phie, la science et les autres religions étaient étran­ l~
i ~,

gères à ses préoccupations. Seul son généreux désir i


dans les régions cachées dll corps
que bien plus tard que l'on s'avisa de venir en aide à ceux qui souffraient l'avait engagé ···l
égalelllent s'étendre l'Il direction de l'extérieur ct à poursuivre ces transes inorthodoxes. Lammers fut
s'nttaqut:r IIU prohlème des rapports de l'homme avec le premier à envisager d'autres possibilités à l'exer­
l'univers et à eclui dl' la dl'slinée humaine. Voici cice de ses facultés, outre la guérison des maux cor­
comment les l~hoses sc passèrent. porels, et l'imagination de Cayce en fut troublée.
li Arthur Lamn1ers, imprimeur important de Day­ S'il n'avait pas toujours su répondre aux questions
ton, dans l'Ohio, entendit parler de Caycc pur l'lin qu'on lui posait, il 'ne voyait pas de raison à ne pas
dl~ S('S associés, ct il cn éprollva un si vif int{-rêt qu'il pouvoir répondre à celles de Lammers. »
dl~dda d'l'nt n'prendre tuul spécialcull.:llt le voyage à Cayec accepta doue l'illvitation de Lammers à se
Selma, Alahallla, où Caycc vivait à l'épOqUl" afin' de Ic rendre à Dayton pour voir dans quelle mesure ses
voir. à l'œuvrc·. Lammcrs n'avait aucun ennui de santé, dons pouvaient être utilisés dans la recherche de la
mais au hout de quelques jours d'observation, il solution de ces problèmes philosopbiques. Et Lam.
acquit la certitude que Cayce possédait un don de mers, désireux depuis quelque temps de contrôler '"
voyance réellement authentique. Cet hOnllTj,C cultivé le degré de véracité de l'astrologie, voulait également

too 10t
,
aucune idée des nombreuses ct étroites similitudes
en état d'hypnose, sur son horo­
existant entre sa croyance et les autres ct il n'avait
scope.
L'interprétation qu'il en donna indiqua que ses pas cu l'occasion d'apprécier l'élhique ct la lumière
réponses aux questions posées par Lammers n'étaient spirituelle qui resplendissaient en des lampes autres
pas du domaine de l'astrologie; elle impliquait par que sa propre forme de christianisme. Et en parti­
exemple que certaines caractéristiques et tendances culier il n'avait aucune notion de la doctrine pri­
de Lammers ne découlaient pas de l'influence d'un mordiale de l'hindouisme et du bouddhisme : la
signe particulier du zodiaque, mais qu'il fallait au réincarnation. En fait, le mot même lui répugnait,
contraire \es attribuer à Ulle vie ar/I/:r;ellre « lorsqu'il car, comme beaucoup de gens, il confondait la réin­
avait été moine ". Et c'est là qü'jntervint la révé­ carnation avec la transmigration des âmes, c'est­
lation qui me rrappa avec une violence inouïe. Et à-dire le transfert de l'âme humaine, la mort,
reconnus l'entêtement de Weston, qui, se ren­ dans une forme animttle... Ses interprétations mêmes
compte de mon refus d'écouter ses histoires de le firent bientôt revenir de son erreur. Elles lui firent
réincarnations, m'avait envoyé ce livre dans le but comprendre que réincarnation ne signifiait pas le
de servil- sa propagande. Mais je ne voulais pas me retour ùes êtres humains sur la terre sous la forme
h.lissl'r prendre au piège et je le rejetai avec rage, d'animaux et qu'il ne s'agissait pas simplement d'une
bien (lL1cidt- à persister dans mon supersl il iOI1 ignoran te. C'était une doctrine haute­
Devant Bazel, je me livrai à des récriminations ment respectable, tant aux points de vue religieux que
Des millions de gens cultivés, en Inde ;~
contre la réincarnation, le bouquin et même Cayce, .~

mais elle ne leva pas la tête au-dessus dl' son propre ct dans les pays bouddhistes, y croyaient avec intel­ ~
livre ct sc contenta de me faire remarquer que puis­ ligence ct conformaient leur vie à ces principes
qUl' je finirais tout de même par y revenir, il valait moraux. 8ien entendu, il existait de nombreuses
mieux que je le rcprennt.! tout de suite. Cc que je fis. sectes orientales qui professaient la croyance en la
Poursuivant ma lecture au point où je l'avais lais­ réincarnation de l'âme humaine sous des formes
sée, jc constatai du moins avec satisfaction que Caycc animales; mais ce n'était qu'une interprétation er­
!~
n'avait pas été plus enchanté que moi de cette décou­ "\7 ronée du véritable principe de la survie de l'âme. Le
verte. Il n'y comprenait rien ct craignit tout d'abord christianisme lui-même avait produit tics hérésies
que l'l' mt nntichréticn. Rl'venons cncon' ici au texte mensongères; la connaissance superficielle de ver­
sions déformées ne doit pas faire exclure toute pos­
de M.any Mansiuns :
« Il n'est guère difficile de comprendre le boule­
sibilité de vérité de la doctrine originale.
« Lammers fut en mesure de contribuer également
verSt'mcnt int"ime qu'éprouva Cayce. Etcvé dans une
atmosphère de strict catholicisme, il ignorait com­ à l'éclairer. Il lui expliqua que réincarnation signifie
plètement les doctrines religieuses autres que la évolution : J'évolution de l'âme d'un homme à tra­
sienne proprc. Par conséquent, à l'époque, .il n'avait vers plusieurs existences successives, parfois en tant

103
102
qu'homme, parfois en tant quc femme tantôt un qui s'était battu pendant la Gucrre Civik, el dont il
pauvre, tanlôt un prince, une fois d'une race, une donna les précedenls nom d adresse. Natllrelle·
autre fois d'une autre, jusqu'à cc que, finalement, ment, l'homme s'cmpressa de s'enquérir des tl"aceS
l'âme ait atteint à la perfection que nous a possibles permettant de vérifier la véracité dc ce
le Christ. L'âme est comme un acteur qui, chaque récit. Il finit par trouver dans les archives de l'Etat
soir, change de rôle et porte un costumc différent; avait effectivement existé une personne de cc
ou comme une main, qui se ganterait pendant un nom, ayant vécu au lieu indiqué par Caycc, ct qui
certain temps d'une enveloppc matérielle ct s'était e\wagéc dans l'armée dc Lee en 1862, comme
après J'avoir usée, sc glisserait dans un autrc gant.
Un grand nombre d'hommes supérieurs de l'Occident Outre ces confirmations d'ordre historique, il y
se sont ralliés à l'ct te id{~l' ct ont éerit SUI' ce sujet. avait également l'aspect psychologique, qui, à bien
Schopenhmll'r y croyait fermement, ainsi qu'Emer­ des égards, était extrêmement convaincant. En ce qui
son, Walt Whitman, Goethe, Giordano Bruno, Plotin, l'onccmait l'analyse psychologique, l'exactitude des
Pythagore ct Platon. » déclarations de Caycc trouvait une confirmation dans
Un pcu rassuré, Cayce sc laissa eonv:lÎncre de la vie actuelle des gens en question. Même s'il ne les
poursuivre son exploration dans cette autre dimen­ avait jamais vus, Cayce produisait une description du
sion dl' la natun: humaine, c'est-~l·dire il l'Ill'ctller de caractèrc, de~ talents, des défauts physiques, dont il
nouvelks kt'lures SUl' le thème des vies antérieures. laisait remonter l'origine aux incarnations anté­
Tandis que sc mult ipliai t l'l'tte seconde s(\rie que ricures, olt, selon lui. !.:Cs caractéristioues avaient
l'on appela « lectures de vic ", faute d'ull terme plus pris naissance,
adéq1lat, ct qui S'l'lèvent à environ deux mille cinq
cents, les doutes dl' Cayce sc dissipaient. Au point
de VOL' historique, ses lectures fournissaient des
rensdgncments qui étonnuÏl'nt presque toujours le
pel! cultivé Cuyee, à qui on les lisait après qu'il se
fut réveillé. Ainsi il dit un jour à un homme qu'il
avait été « plongeur de tabouret }) dans une précé­
dente incarnation. Personne n'avait la moindre idée
de cc qu'avait pu être cc métier. M,Iii'. l~1I rai:-.alll
des recherches, on découvrit que cela s'appliquait
.aux: hommes qui, à l'époque de la chasse aux sor­
cières, at tachaient les prétendues sorcières sur des
tnhoun.'ts ct Ics plongeaient dans un bassin.
Une autre fois, il s'agissait d'un soldat 6:onfédéré

104
3
-

c,"'·

tÏonnaire. S'il est vrai que l'âme humainc a plusieurs


maisons, c'est maintenant plus que jamais qu'il im­
porte que nous connaissions la vérité. })
Oui, j'étais d'accord sur cc point, et Hazel aussi :
le problème méritait plus ample considération. Armés
de trois questions, nous nous attaquâmes donc à la
..~
.,. première étape de notre enquête : il s'agissait de
contrùler l'histoire de Cayce, pour essayer de nous
rendre compte par nous-mêmes de son degré de véra­
cité. Notre hut consistait à nous mettre en rapport
avec des médecins, des hommes de loi ou des com­
merçants, qui aient pu avoir des rapports person­
nels avec lui. Chaque interview devait commencer
par ces questions: Premièrement: Cayce n'aurait-il
pas été un imposteur? Deuxièmement: Que pensez­
Il ne faudrait pas conclure, d'après cc que je viens vous dl' ses diagnostics médicaux? Est-il cxact qu'il
de racollter au sujet de Cayce, que je me laissai pouvait ':'Iablir des diagnostics par voyance pour des
immédiatement convaincre sans réserve. Loin de lù. étrangcrs dellleurant il des milliers de kilolTlètres?
Il va sans dire que \cs livres en question m'avaient Et enfin : Que pensez-vous de cette idéc cil' réi ncar­
paru d'une argumentation solide ct sensée; néan­ na l'ion ?
moins, Illon esprit sc refusait toujours à admettre
une chose aussi étrangère à tout cc à quoi il avait Not re prl'Ill ière dl-Illa l'l'he nous conduisit à Virgi­
été hahilué. .J'étais prêt à admettn: qu'un dl~nommé nia Beach, en Virginie, sÎl:~ge de l' « Association for
EdjJ:ar Cnyce avait bien existé, et qu'il avait certai­ Research and Enlightenment ), formée, quelque
nement dft exécuter des performances assez remar­ temps avant sa mort, par des amis d'Edgar Cayee.
quables. Mais je m'en tenais là. Cette association a pour principale mission d'éten­
Je Ille rangeai cependant à l'avis qu'exprimait le dre les recherches dans les domaines de la science,
. Dr Cenninara à la dnnièrt' page de son ouvrage : de la religion et de la philosophie, en s'attachant
« Si la r0illcanlatioll c!'>1 dh:divelllcllt la loi dl' la tout particulièrement à démontrer les liens étroits
vic inl moyen de laquelle l'homme évolue ct atteirit qui les unissent.
à la perfection... il est indubitable qu'elle mérite que Nous y fîmes la connaissance du fils de Cayce,
des· esprits sérieux s'attachent à l'étude d'une telle Hugh Lynn, qui n'a d'ailleurs hérité aucun des dons
éventualité, dont la conlinnation serait d'une portée de son père. Il s'occupe de cet organisme, conserve
aussi riche de sens, aussi féconde et au~i révolu­ les renseignements relatifs à Cayce, public un bulle­
106 107
J'

tin men sud destiné à maintenir le contact avec les homme m'a sauvé la vie; à plusieurs reprises il est
membres et fait des t:onférences sur les divers as­ venu en aide à mes amis, à ma famille ct à des mil­
pects de l'œuvre de son père. liers d'autres personnes. Comment osez-vous poser
Lorsque je me remémore ma première entrevue
avec lui, je me demande encore :::omment il ne m'a j une parcille question? "
Je me hâtai de m'excuser, à distance respectueuse,
~
i
pas flanqué à la porte. Mon évident scepticisme ct
mon obstination à minimiser les réalisations de son ~l expliquant que mon dessein n'était pas de porter
des accusations, mais de contrôler certains faits. Je 1
~
père ne le firent jamais sortir de sa t:ourtoisie; je rôussÎs à l'apaiser et il me fit le récit de ses passion­ !
suppose qu'il devait avoir l'habitude de voir des nan tes expériences avec Cayce. On comprend sans
gens arriver dans son bureau pOUl' lui dire qu'ils COll­ peine pourquoi certains de ces cas, bien que authen­
sidéraient tout cela comme des billevesées. tifiés par des documents et attestés par plusieurs
Il répondit aimablement à nos questions et, sur témoins, ne figurent pas dans les livres consacrés à
notre demande, nous conduisit dans un sous-sol de Cayce. Ils ne sont que trop fantastiques, ct je sup­
vastes dimensions où étaient classées et conservées pose que les auteurs ont dû considérer que le lec­
toutes les consultations de son père. Hazel et moi teur aurait déjà assez de mal à croire à des réali­
étudiâmes les dossiers des cas, Ic'i commentaires et sn t ions moi ns en dehors des normes.
témoignages, nous arrêtant parfois pour accabler En tout cas, lorsque j'eus fini d'interroger tous
Hugh Lynn de questions supplémentaires. Ensuite, les gens figurant sur ma liste, j'avais acquis une
nous prîmes l'avion pour New York, centre de notre certitude: Cayce n'était pas un imposteur.
enquête, pour poser nos trois questions primordiales En cc qui concerne la question de la faculté du
aux gl'llS figurant sur la liste que nous avions établie. diagnostic de Cayce, je désirais surtout m'assurer de
En ce qui concerne la première question, aueun l'authenticité de sa voyance. J'avais toujours peine
doute à ce sujet : Caycc n'avait pas été un impos­ à concevoir qu'un homme, étant en Virginie, pouvait
teur. Bien au contraire, il avait été un ..:hrétien pieux s'allonger ct décrire avec exactitude ct en détail une
et sincère, qui avait éprouvé l'obligation d'aider son scène se déroulant à New York au même moment.
prochain, au mieux cie ses capacités. Beaucoup de gens sont fermement convaincus de
L'accueil réservé à cette question allait de l'éton­ l'existcnce de la double vue. Quant à moi, .i'y avais
m'ment ironique devant mon ignorant:C ù la plus toujours opposé une lotale inaédulité, surtout avant
vive- indignation devant ma présomption. Un indus­ mes expériences sur la perception extra-sensorielle,
trielde Manhattan, blême de fureur, bondit sur ses et je doutais encore que des manifestations de
pieas en m'enjoignant de quitter la pièce : ({ Com­ voyance dignes de confiance puissent se confirmer à
ment pouvez-vous avoir l'audace d'associer le mot plusieurs reprises d'une manière contrôlée.
d'imposture au nom d'Edgar Cayce? r48it-il. Cet Nous commençâmes par les médecins. A cet égard,

108 109
1
l'ouvrage d'Eddy Sherwood, You Will Survive after « Remarquable! » conclut l'avocat en hochant la
Dea/h, était particulièrement convaincant. Nous y tête avec admiration au souvenir de cet événement.
ajoutâmes nos propres enquêtes; et nous eûmes le En l'occurrence, il s'agissait encore là d'un cas qui.
plaisir de constater que des médecins ayant connu ne sera jamais reproduit dans un livre. Publiables ou
Cayce et ayant utilisé son exceptionnelle faculté, ac­ non, tous ces cas s'ajoutaient pour confirmer d'une
ceptaient volontiers d'en discuter d'une manière façon éclatante la réalité des facultés de voyance de
quelque peu approfondie. Ils s'accordèrent à recon­ Cayee.
naître, corroborant le pourcentage donné par Eddy Lorsque nous nous attaquâmes à notre dernière
Sherwood, que l'exactitude des diagnostics de Cayce, question, celle de la réincarnation, notre tâche s'avéra
sur des patients qu'il n'avait même jamais vus, s'éle­ moins facile. Le problème étant assez imprécis, nous
vait entre 80 et 100 %. L'un d'eux insista sur le fait cherchions à l'étayer par un interrogatoire poussé:
qu'il n'avait jamais vu Cayce faire une seule erreur « Avez-vous eu une « lecture de vie» de Cayce? Si
,et que, pendant de nombreuses années, il s'était oui, estimez-vous que ce soit exact ? ... Y en a-t-il eu
adressé à lui pour résoudre ses cas les plus diffi­ d'évidemment absurdes ? .. Jugez-vous que ces « lec­
ciles. tures de vie )} soient aussi convaincantes que les
Nous ne nous en tînmes pas là. Nous voulions aussi consultations sur la santé ?... Avez-vous eu des preu­
avoir Je point de vlle des gens qu'il avait soignl;s ves de la véracité de votre « lecture » ou de celle
directement; quels qu'ils soient, de l'avocat à l'écri­ d'autres personnes, dont vous ayez eu connais­
vain et à. l'ouvrier métallurgiste, c'était toujours la sance ? .. Connaissez-vous quelqu'un à qui nous pour­
même histoire: Cayce avait fait merveille. rions nous adresser pour nous renseigner à ee su­
Un avocat nous fit part d'un exemple : un de ses jet? »
amis s'était cassé une jambe. Voyant là une occasion En cette matière, il ne fallait pas s'attendre à des
de le mettre à l'épreuve, il avait télégraphié à Cayee verdicts formels. Si, pour les consultations sur les
pour lui demander une consultation sur ee qu'il cas de maladie, la vérification avait pu être immé­
fallait faire pour cette mauvaise fracture de la jambe diate, il n'en était pas de même pour les lectures
droite. Il reçut un télégramme de Cayce, déclarant de vies antérieures. Quand elles se rappprtaient, par
que la jambe droite n'avait rien. Il crut d'abord qu'il exemple, à des événements ayant eu lieu des cen­
s'agissait d'une erreur de la part de Cayce, mais il taines d'années auparavant, il n'était guère facile de
réalisa ellsuite que c'était lui qui avait parlé de recueillir les faits permettant la vérification. Cepen­
.Iambe droite, alors que c'était la gauche qui était dant, les. archives avaient effectivement apporté de
casl}éc. Les choses étant mises au point. Cayee pro· fréquentes confirmations concernant des personna­
céda à une seconde consultation, et cette fois-ci, le ges obscurs et des points de détail décrits dans ces
voyant endormi décrivit en détail la fracture, recom· « lectures ».
mandan,t le traitement qui serait le plus. efficace. Comme le fit remarquer un homme d'affaires très
110 111
,

actif : « Non, évidemment, je n'ai pas une preuve L'un des buts de ce voyage dans l'Est était la vérI­
absolue, formelle. Tout cc que je sais, c'est que j'ai fi.cation du portefeuille de la société avec l'un des
trouvé ma propre « lecture » très impressionnante. plus célèbres banquiers de New York, que l'on sur­
Cayce m'a dit des choses sur mon caractère et ma nomme fréquemment dans le milieu de « Sorcier de
personnalité, ajoutées à d'autres éléments, dont j'ai Wall Street ». Avec ce représentant de la Bourse,
non seulement éprouvé l'exactitude, mais qui m'ont j'étais certain de ne pas m'égarer dans des conver­
même été très utiles. Je crois à tous les principes sations relatives à la réincarnation et de ramener
avancés par Cayce, et j'essaie d'y conformer ma vie. » mes préoccupations à des sujets plus terrestres, tels
Nous interrogeâmes une charmante femme qui que l'éventualité de l'augmentation du traditionnel
nous raconta qu'elle avait demandé une consultation dividende de neuf dollars de l'Arnerican Telephone
pour chacun de ses deux fils, peu de temps après and Telegraph et si Montgomery Ward, avec un actif
leur naissance. Elles dataient toutes deux de plus réalisable de plus de 82 dollars par action, pouvait
de vingt ans, et, jusqu'à présent, les révélations fon­ être considéré comme très intéressant à a'cheter au
dées, d'après Cayce, sur leurs précédentes expérien­ cours de 60 dollars, seulement... Oui, je croyais bien
ces terrestres, s'étaient révélées singulièrement exac­ que cette conférence allait être tout à fait étrangère
tes, y compris la prédiction de leurs aptitudes, de à Edgar Cayce et à ce thème. Mais je n'eus pas cette
leurs caractéristiques, de leurs goûts, de leurs pas­ chance.
sions et de leurs professions. A peine étais-je avec le boursier depuis moins d'une
Mais ce qui m'étonna le plus, au sujet de la survie, demi-heure que je remarquai sur son bureau un re­
c'est la quantité inattendue de gens sérieux et intel­ cueil de nouvelles de Kipling. Pour meubler un vide,
ligents qui admettent le fait et le considèrent avec le je laissai tomber un commentaire, par pure poli­
plus grand respect. Entre autres, un ingénieur, qui tesse, en répétant une formule qui n'est d'ailleurs
développa avec compétence une habile comparaison ~1
pas nouvelle, à savoir que Kipling était un maître
avec les ondes magnétiques et les multiples radia­ de la nouvelle. Il me répondit qu'il venait de termi- .
tions couramment employées dans les laboratoires ner la lecture de l'une d'elles, particulièrement in­
et dans les applications à notre vie de tous les jours, téressante, intitulée « La plus belle .histoire du
et qui n'en sont pas moins hors de notre perception monde », et il ajouta: « C'est au sujet de la réincar­
visuelle. Nous en reconnaissons maintenant l'exis­ nation. » Nous y étions de nouveau.
tcm.:c, pourquoi ne pas reconnaître edit: dcs facultés De là à ce que je lui fasse part de l'intérêt que
psyèhiques ? Ce rapprochement me plut et je préfé­ je prenais à la matière, il n'y eut qu'un pas, et j'ap­
rai, ce langage à la terminologie métaphysique, dans pris bientôt, non sans étonnement, que les lectures
laquelle je ne me sens jamais à l'aise. de ce financier ne se bornaient pas au Wall Street
Après toutes ces démarches relatives à Cayce, Journal. Il s'intéressait depuis longtemps à ce pro­
j'avais hâte de reprendre le cours de m~ affaires. blème, et me conseilla de me reporter à des sources

112 113
~

de références, en me suggéraht de les contrôler per­ directement à moi. Le professeur T.H. Huxley di­
sonnellement. L'une des sources citées par lui devait sait : " Seuls les esprits superficiels <;eront tentés
se trouver au troisième chapitre d~ l'Evangile selon de la nier (la réincarnation) en prétendant qu'il s'agit
saint Jean, où Jésus s'entretient avec Nicodème, l'un d'une absurdité foncière. »
des principaux parmi les Pharisiens. Et il me répéta L'examen de ce catalogue m'incita à entreprendre
les paroles de Jésus, sans même avoir à se reporter des études approfondies, que par la suite je pour­
au texte: suivis sans relâche. .le fus surpris d'y rencontrer sans
« En vérité, je te le dis, si un homme ne naît de cesse les noms de personnalités célèbres, dont je
nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Et n'aurais jamais cru qu'elles clissent même effleuré
ensuite: « Personne n'est monté au Ciel, sinon celui ce sujet. Jusqu'au cynique Voltaire, qui avait apporté
qui est descendu du Ciel, le Fils de l'homme, qui est sa contribution en disant qu'il n'était pas plus sur­
dans le Ciel. li prenant que l'homme naisse deux fois qu'une et que
En quittant le quartier de la Bourse, je pris le tout, dans la nature, était résurrection.
métro et me dirigeai vcrs la New York Public Li­ Un personnage non moins terrestre, qui n'était
brary, pour lire l'histoire de Kipling traitant de autre que l'universel Benjamin Franklin, fit à plu­
réincarnation. J'avais lu bcaucoup de Kipling, mais sieurs reprises allusion au principe de la réincarna­
je ne me souvenais pas d'y avoir vu d'allusions à tion, et composa même, à l'âge de vingt-trois ans,
ce suj<:t. Or, il ne s'était pas trompé, et l'histoire était un projet d'épitaphe:
d'ailleurs très belle.
CI-GÎT LE CORPs nE BEN.lAMIN FRANKLIN,
Profitant de l'occasion de cc que j'étais à la bi­
bliothèque, je parcourus le catalogue pour voir si j'y
Imprimeur,
trouvais d'intéressantes contributions à ce domaine. Comme la reliure d'un Vieux Livre,
Je tombai sur une bonne définition: la réincarnation dont le texte est périmé,
est la perspective selon laquelle les consciences im­ le titre et les dorures effacées,
mortelles sont pourvues d'enveloppes corporelles livré à la morsure des vers,.
appropriées à leur degré de maturité. mais l'ouvrage n'est pas perdu,
Poursuivant mes recherches, je fus sulToqué de la nOliS le savons,
quantité d'ouvrages relatifs auxinvestigalions sur la il reparaîtra encore
réincarnation, il y avait littéralement des centaines dans une nouvelle et plus élégante édition
de· références : livres, poèmes, études, anthologies. revue et corrigée
Dans quasiment tous les genres littéraires, les adep­ par
tes de la survÎe avaient dit leur mot. Et l'un des pre­ l'Auteur.
miers textes que je parcourus semblait -s'adresser

114 115
En cc qui concerne les poètes, il semble qu'ils se
,

E-r'.
sivement en un vaste tour d'horizon sur les multiples
soient enrôlés en masse dans les rangs des adeptes. aspects du problème et énumère un certain nombre
Je relevai les noms de Tennyson, Browning, Swin­ de cas particulièrement significatifs.
burne, Rossetti, Longfellow, Whitman, Donne, Goe­ L'un des plus extraordinaires est celui de la petite
the, Milton, Maeterlinck. John Masefield, le poète Alexandrine Samona, fille d'un médecin, qui mourut
lauréat anglais, écrivit : à l'âge de cinq ans, le IS mars 1910. La mère en
éprouva un très profond chagrin, aggravé par le fait
Je dis que lorsqu'un être meurt,
que, selon toutes probabilités, elle ne pourrait plus
Son âme retourne ù la terre.
avoir d'enfants. A la suite d'une fausse couche et de
Parée d'un nouveau vêtement de chair,
l'opération qu'elle avait nécessitée, les médecins
Une autre mère la fait rena'itre,
avaient émis des doutes quant à la possibilité d'une
Et la vieille lime reprend la route
nouvelle grossesse. Ceci se passait avant la mort
Avec des membres affermis
d'Alexandrine. Or, trois jours après ce triste événe­
Et un plus lumineux cerveau.
ment, elle fit un rêve. Elle vit la petite Alexandrine
s'approcher d'elle pour essayer de la consoler :
De gn.mds écrivains, des philosophes ct des pen­ « Maman, ne pleure plus, implorait l'enfant. Je
seurs ont également apporté leur contribution : ne t'ai pas qui ttée pour toujours. Je reviendrai à
Cicéron, Virgile, Platon, Pythagore, César, Bruno, toi. toute petite, comme ça. » Et du geste, elle in­
Olivier Wendell Holmes, Victor Hugo, Thomas Hux­ diquait qu'elle reviendrait sous la forme d'un bébé.
ley, Sir Walter Scott, Ibsen, Spinoza, tous. Schopen­ Sceptique, la mère n'en éprouva que peu de récon­
hauer exprime sa position cn termes non équivo­ fort. D'abord, elle se souvenait du verdict des mé­
ques : oc Si un Asiatique me demandait de définir decins, écartant en principe cette éventualité. En
l'Europe, je serais forcé de lui répondre ccci : C'est outre, elle ne prenait pas au sérieux l'idée de la réin­
la partie du monde où règne cette inconcevable aber­ carnation, qui semblait impliquée en l'occurrence. Sa
ration que l'homme fut créé du néant et que sa nais­ peine n'en fut donc pas soulagée. Les rêves n'en
sance constitue sa première apparition dans la vie. » continuèrent pas moins. Et à sa grande surprise, elle
Dans le Nouveau Testament également, on trouve constata un peu plus tard, vers le 10 avril, qu'elle
de multiples allusions ù la réincarnation. Un livre était de nouveau enceinte. Mais elle avai t encore des
est l'l'ailleurs entièrement consacré Ù cc s.ujet, c'est_ doutes. Etant donné sa santé délicate et l'avis ex­
Reincarnation in the New Testament, de James M. primé par les médecins, elle ne se croyait pas ca­
Pryse, paru en 1900. Mais l'ouvrage qui me sembla pable d'aller jusqu'au bout de cette nouvelle gros­
le plus intéressant était une étude très sérieuse et sesse. Mais Alexandrine (toujours dans le rêve) insis­
réfléchie, intitulée The Problem of Rebirth, de l'Ho­ tait: « Ne pleure plus, ma petite maman, ne pleure
norable Ralph Shirley. Elle consiste prestlue exclu- plus, je vais naître de nouveau, avec toi pour ma­

116 117
,~.

man; avant Noël je serai auprès de toi. » Et plus tard que la famille avait effectué, en effet, quelques mois
encore, c1le ajouta quelque chose qui confirma la avant la mort de la première Alexandrine, en compa­
mère dans son scepticisme : « Maman, il y a même gnie d'une femme défigurée par des excroissances sur
une deuxième petite fille en toi. » Elle voulait dire le front. Et juste avant d'entrer dans l'église, ils
qu'à sa naissance elle serait accompagnée d'une sœur. avaient rencontré un groupe de prêtres grecs, dont
Bien entendu, cela parut encore plus ridicule à cette les soutanes étaient ornées de rouge. Les parents se
mère d'un si précaire état de santé. Elle craignait souvinrent que ces détails avaient vivement frappé la
déjà de ne pouvoir donner naissance à un enfant, peti te fille.
encore moins à deux. D'ailleurs, il n'y avait jamais eu L'Honorable Ralph Shirley poursuit en énumérant
de jumeaux dans la famille. Cependant, le 22 novem­ un grand nombre d'attestations et de confirmations
bre, Mme Samona accouchait de jumelles. L'une émanant de personnages importants et officiels, qui
d'elle était totalement différente de la première pe­ avaient eu connaissance des faits. Il conclut en di­
tite Alexandrine, mais l'autre, que les parents bapti­ sant: « Il est évident que le médecin recueillit avec
sèrent du même nom, lui ressemblait trait pour trait, grand soin toutes les preuves sur l'affaire en ques­
tant au physique qu'au moral. Comme la première, la tion, permettant de satisfaire, sinon le plus obstiné
deuxième Alexandrine était gauchère et possédait les des sceptiques, tout au moins le plus intelligent des
mêmes dispositions, goûts, aversions, habitudes et fa­ chercheurs. »
çon de parler. Et comme elle, elle présentait une hy­ Il y avait des quantités de cas extraordinaires. Un
perémie de l'œil gauche, une séborrhée de l'oreille exemple, encore insuffisamment expliqué, était cité
droite et une légère asymétrie faciale. Et un incident dans un ouvrage du Pr Flournoy, de l'Univer­
encore plus impressionnant se produisit lorsque les sité de Genève. Il y a plus d'un demi-siècle, ce
petites filles eurent atteint l'âge de dix ans. La famille psychologue avait attiré l'attention sur une jeune
devait se rendre à Montréal et la mère leur dit : fille suisse, qui, en état de transe, prétendait avoir
« Quand vOus serez là-bas, vous allez voir des choses vécu autrefois dans le royaume de Kanara, au cours
que vous n'avez jamais vues. » « Mais, Maman, .le du xV" siècle. En outre, cette fille, qui n'avait même
connais Montréal, répliqua Alexandrine, j'y suis déjà pas achevé ses études primaires et qui l1'était jamais
allée. It Mme Samona protesta, mais l'enfant persista sortie du canton de Genève, connaissait parfaite­
dans ses affirmations: « Mais si, j'V suis allée. Tu ne ment des mots et des phrases en hindou et donnait
te souviens pas qu'il y avait. une grande église, avec, une foule de détails sur Kanara et un très obscur
sur le toit, une immense statue d'un homme qui prince dénommé Sivrouka. Un orientaliste vérifia
,ouvre les bras? Et tu ne te souviens pas que nous l'authenticité de son hindou et des recherches faites
y étions avec une dame qui avait des cornes, ct qu'on à Calcutta confirmèrent l'exactitude de ses connais­
a rencontré dans la ville des petits curés tout en sances politiques et historiques, qui, semble-t-il, ne
rouge? ,. La mère se rappela finalement ftn voyage pouvaient provenir que d'un ouvrage très peu connu

118 119
sur l'histoi re de l'Inde, écrit en sanscrit et, de toute lieu. Elle raconta sur sa vie conjugale des choses
évidence inaccessible à la petite paysanne suisse. tellement intimes que seule une épouse ait pu en
Encore ébranlé par le coup porté par les sympathi. avoir connaissance, et que le mari en fut ému aux
sants des adeptes de la réincarnation, je repris le larmes. ({ C'était comme si ma femme, qui est morte
cours de mes occupations professionnelles à New maintenant depuis douze ans, s'était tout à coup
York, mais, où que je fusse, je retombais inévita­ dressée devant moi », dit-il.
blement sur le même sujet. Un de mes amis s'occu­ Mais le coup de grâce fut porté lorsque la jeune
pant d'afl'aires immobilières, me montra un curieux fille déclara qu'elle avait caché une somme d'argent
et intéressant article, qu'il avait découpé lorsqu'il dans un coin d'une cave de la maison de Muttra. On
était encore au collège. II y était question d'une l'y amena et elle désigna l'endroit, où l'on creusa
jeune Indienne de onze ans, du nom de Shanti Devi, et découvrit une boîte, mais il n'y avait pas d'argent
qui prétendit et démontra par des preuves impres­ dedans. Elle en fut désappointée et persista dans son
sionnantes, qu'elle se souvenait d'une énorme quan­ aflïrmalion. C'est alors que le « mari » avoua qu'il
tité de détails provenant de sa « précédente vie)} sur avait pris l'argent après la mort de sa femme!
la terre. A l'âge de quatre ans, elle avait commencé Avant de retourner à Pueblo, j'achetai un livre
à faire d'intermittentes allusions à son existence an­ pour occuper mon voyage en avion. Je tombai sur
térieure, lorsqu'elle était la femme de Kadra Nath l'ouvrage (1) d'un psychiatre anglais de réputation
Chaubey, à Muttra, une autre ville de l'Inde. A onze mondiale, Sir Alexander Cannon, et jetant un coup
ans, ses nombreuses déclarations spontanées, entre d'œil sur la table des matières, je m'arrêtai au cha·
autres sur la façon dont elle était morte douze ans pitre XVI, intitulé : « Freud est battu en brèche
avant seulement, après la naissance de son second par la réincarnation. » En le feuilletant, je constatai
enfant (c'est·à·dire un an avant sa seconde vie), fi· avait, au cours de nombreuses années, opéré
nirent par prendre de telles proportions qu'un quelques centaines d'expériences de régression de la
homme de loi, un éditeur et un professeur, s'intéres­ mémoire; mais au lieu de se contenter de situer son
sèrent à son cas. Ayant appris que son précédent sujet à l'époque de sa petite enfance ou au jour de
« mari,. vivait encore, ils organisèrent une série de sa naissance, il avait poussé plus loin, fouillant dans
tests. Et Shandi Devi prouva aussitôt qu'elle était le mystère des souvenirs précédant la naissance.
capable de se souvenir de tous les principaux person­ C'était là une idée qui ne m'était encore jamais ve­
nagc$ de son entourage, dans cette vie précédente, et nue. J'avais conduit des dizaines d'expériences de
donner leur adresse exacte, et, bien que dans sa vie réversibilité du temps, mais je m'étais évidemment
, actuelle, elle n'ait jamais mis les pieds dans la mai· contenté de retours à l'enfance de mes sujets. Il me
• 80n de Muttra, elle peut donner une description semblait que c'était le terminus. Or, j'apprenais
détaillée de toutes les choses qui sont familières à
une femme qui a vécu douze ans auparavant en un (1) L'influence invisible, Editions du Prieuré. 1935.

120 121
maintenant que des hypnotistes ne s'étaient pas te­
nus là çt avaient poursuivi plus loin lcur enquête. 4

Moi aussi j'étais hypnotiste, et je disposais de quel­


ques excellents sujets. Qu'attendais-je donc? C'est
alors que je décidai d'explorer par moi-même cet
aspect de la mémoire du passé.

De retour au Colorado, un seul regard jeté sur


mon bureau me fit clairement comprendre qu'il s'en
faudrait de plusieurs sem<1ines au moins avant que je
puisse me lancer dans ces nouvelles expériences. Un
monceau de lettres, rapports, demandes d'offres, ré­
clamations, épreuves de publicité, bulletins de com­
mandes et catalogues s'empilait sur ma table. En
OUlre, unc quantité de contretemps et de fausses ma­
nœuvres à réparer: un wagon de fil de clôture pour
parc à bestiaux avait été expédié à Trenton, New­
Jersey, au lieu de Trenton, Nebraska... Un directeur
d'unc usine de conserves de l'Est écrivait que les ba­
lances, que nous lui avions envoyées pour peser les
bœufs, pèseraient certainement aussi les vaches, mais
que nous avions oublié d'installer le dispositif per­
mettant de \cs faire nx\csccndrc... Un fcrmicr du
Texas nous faisait remarquer avec aigreur que la
pompe, dont nous lui avions garanti un débit horaire
de quarante mille gallons, ne produisaient « pas assez
d'eau pour arroser un timbre-poste ».
Et, bien entendu, pendant mon absence, comme

123
d'habitude, un défilé de représentants étaient venus Je connaissais à peine le ménage, mais gardais le
présenter de nouveaux articles, qu'ils nous pressaient souvenir de la rapidité avec laquelle elle avait sombré
d'ajouter à notre stock. C'était également le moment dans une transe très profonde, lors des deux premiè­
du « boom » des prospecteurs d'uranium dans le res démonstrations que nous avions faites. longtemps
Colorado, et des dizaines de manufactures différentes avant que j'eus la moindre notion des possibilités
présentaient des détecteurs Geiger et autres instru­ de régression au-delà de la naissance. En outre. elle
ments de détection radioactive. Un inventeur nous ne se souvenait de rien après le réveiL En résumé,
demandait de financer son fer électrique à marquer elle réunissait toutes les qualités requises. d'autant
les bestiaux et sa grille automatique. pour l'entrée de plus qu'elle devait être parfaitement ignorante de ce
la ferme, qui s'ouvrait à l'approche de la voiture et qui concernait la réincarnation, et qu'elle n'était pas
se refermait d'elle-même après son passage. au courant de mes récentes recherches. Mon choix
Mais, petit à petit, la montagne de courrier en était fait.
retard diminuait et les casse-tête se réduisirent à Ce ne fut pas chose facile que de faire venir les
la portion journalière normale. Je pus enfin envisager Simmons à la maison. D'abord, il fallait entrer en
de mettre en train mes projets d'expériences hypno­ compétition avec les bridges. les cocktail-parties et
tiques sur les « souvenirs d'avant la naissance ». les boîtes de nuit, qui accaparaient leur emploi du
Il fallait d'abord choisir un sujet, et dans ce but temps journalier. Ensuite. Rex. qui ne connaissait
,i'avais décidé de ne m'adresser qu'à ceux capables de pratiquement rien à l'hypnotisme, ne manifestait pas
transe somnambulique, c'est-à-dire ayant une amnésie une grande attirance vers la question et n'envisa­
totale de ce qui s'est passé au cours de la transe. Je geait pas favorablement la perspective de voir sa
passai donc en revue les meilleurs sujets que j'avais femme se soumettre à une expérience d'hypnose.
rencontrés pendant l'année précédente. Je Sfffigeai Or, lorsque je lui avais fait part de mon invitation,
tout d'abord à Milton Colin, un gentil garçon de je lui avais dit franchement le but que je me propo­
vingt-deux ans, intelligent, et qui tombait générale­ sais. En fin de compte, entre une soirée du Thanks­
ment dans un état de transe profonde au bout de giving Day et une cocktail-party, la date fut fixée
quelques minutes. Mais il venait de s'engager dans pour le 29 novembre.
la marine. Lorsque les Simmons arrivèrent - "et après les
II y avait ensuite ma femme. Mais Hazel en savait préliminaires relatés dans ma préface - je me mis
M.i~ trop sur la question. Elle m'avait aidé dans mon à l'œuvre. Je dictai au microphone l'entrée en matière
enquête au sUjet de Cayce, avait lu la plupart des suivante:
ouvrages que j'avais eus entre les mains et, de ce « Nous sommes le samedi 29 novembre 1952. Il est
fait, aurait su à l'avance le but de l'expérience. Elle dix heures trente-cinq du soir, par une nuit claire et
ne répondait donc pas aux conditions idéales. très froide. Sont présents M. et Mme Rex Simmons et
C'est alors que je me souvins de Ruth .Simmons. M. et Mme Morey Bernstein. L'hypnotiste est Morey

124 125
Bernstein et le sujet Mme Rex Simmons, âgée de mais vous continuerez à voir la flamme dans votre
vingt-neuf ans. J'ai déjà hypnotisé deux fois ce sujet imagination. Même dans votre imagination, vous
au cours des six derniers mois, et, lors d'une de ces continuerez à vous concentrer sur la plus brillante
séançcs, j'ai opéré avec elle une régression dans le partie de la flamme. Et pendant que je vous parle,
temps où je l'ai située à l'âge de un an. » vous vous sentirez glisser de plus en plus dans le
Je fis allonger Ruth confortablement sur un divan. sommeil, car cette flamme est devenue pour vous le
Puis .rallumai une bougie et éteignis les lumières à symbole du sommeil. La flamme signifie sommeil;
l'exception d'une seule lampe. la flamme signifie sommeil. Même maintenant, votre
Je priai Ruth de respirer sept fois très profon­ subconscient commence à associer l'image de la
dément, en aspirant aussi complètement que possi­ flamme avec le processus du sommeil. Dans votre
ble, et en vidant ses poumons aussi totalement que subconscient, la flamme est en train de devenir le
possible après chaque expiration. Quand elle eut signal du sommeil, du profond sommeil. Que vous
fini, je tins la bougie allumée à un angle d'environ voyiez véritablement la flamme ou que vous la voyiez
quarante-cinq degrés au-dessus et en avant de sa dans votre imagination, vous allez vous sentir de
tête, à moins de quarante-cinq centimètres de ses plus en plus gagnée par le sommeil, vos membres
yeux. vont s'alourdir, vos paupières vont s'appesantir de
Je lui expliquai qu'elle devait fixer la flamme pen­ plus en plus, et vous souhaiterez tomber dans un
dant que j'allais me mettre à compter. Je comptai agréable sommeil. La flamme signifie sommeil.
un et lui enjoignis de fermer les yeux et d'imaginer Flamme et sommeil, flamme et sommeil.
qu'ellc voyait toujours la flamme avec ses « yeux de « Et puis, lorsque je dirai « deux », vous rouvrirez
l'esprit ». Puis je comptai deux, en lui disant de rou­ les yeux et vous regarderez directement la flamme
vrir les yeux et de regarder de nouveau la flamme. de la bougie. Mais même ainsi, vous remarquerez
Pendant qu'elle continuerait à la fixer, je la prévins que la vue même de la flamme vous incite encore
qu'à Irois elle devrait refermer les yeux et recréer. au sommeil; votre subconscient sera encore plus
de nouveau l'image en esprit. profondément imprégné de la notion que la flamme
A cc stade, un enregistrement de la séance aurait signifie sommeil, que la flamme est ul1 symbole de
donné: )
sommeil, que la flamme est pour vous le signal du
« Fixer les yeux sur la flamme de la bougie. Vous sommeil et que vous allez glisser dans un agréable,
allez n'marquer, dans t'ette flamme. une portion par­ reposant sommeil.
tIculièrelntmtbrillante, comme Un çcntreincandes­ «Et j'arriverai au chiffre « trois », et vous refer­
cent. Concentrez votre attention sur cet éclat, cc cœur merez alors les yeux en gardant l'image de la flamme
.. lumineux de la Damme, et, dans Quelques minutes, dans vos yeux de l'esprit. A ce moment-là, vous aurez
je vais commencer à compter. très, très sommeil. Vous garderez vos yeux fermés et
e Ouand je dirai « un », vous fermerez.les yeux, vous vous endormirez dans un profond, agréable,
126 127
reposdnt sommeil, tandis que je continuerai à vous pourrez répondre à mes questions. Maintenant. Main­
parlcr. " tenant, vous avez sept ans. Allez-vous à l'école?
Je dèmandai alors à mon sujet, qui était déjà as­ - Oui.
si clic comprenait bien mes instructions. D'une - A quelle école al\ez-vous ?
voix ensommeillée, eIle me répondit qu'clle compre­ - L'Académie Adclphi.
nait. - Très bien. Qui est assise devant vous?
Je me mis à compter, répétant d'une façon mono­ - Heu... Jacqueline.
tone après chaque chiffre énoncé, toutes les sugges­ - Et qui est assise derrière vous?
tions destinées à établir l'association entre « flamme - Verna Mae.
et sommeil •. (Je ne suis pas du tout certain que - Verna Mae quoi?
cette répétition monotone soit essentielle pour la - Booth.
mise en transe, mais elle fait partie de la routine, - y a-t-il des garçons dans la classe?
et je ne jugeai pas utile de m'en écarter en l'occur­ - Heu... oui.
rence.) Enfin, quand j'eus compté jusqu'à trois, la - Dites-moi le nom de l'un d'eux.
tête de Ruth roula sur l'oreiller; sa respiration était - Donald.
profonde et régulière. - Donald quoi?
J'employai à ce moment-là une méthode destinée - Barker.
à rendre la transe plus profonde. Puis j'opérai l'ha­ - Et qu'est-ce que vous préférez? Quel est le
bituelle réversibilité du temps. Voilà ce qu'en donne sujet que vous préférez?
la bande du magnétophone : - Heu... la lecture. La lecture.
- Est-ce que vous savez bien lire? Etes-vous
Bande n" 1 bonne en lecture?
- Assez.
« ... profondément endormie... plus profondément,
- Très bonne?
plus profondément encore... plus profondément en­
Assez.
dormie, plus profondément. Maintenant nous allons
retourner en arrière. Nous allons retourner en ar­ Très bien. Mainten:otnt reposez-vou~ et relaxez·
rière, à travers l'espace et le temps, exactement vous. Nous allons reculer plus loin encore dans l'es.
COlllllle lorsqu'on tourne à l'envers ks feuillets d'un pace et le temps. Nous allons' revenir à l'époque
livre. Et quand je vous parlerai de nouveau... quand' où vous aviez cinq ans. Quand je vous parlerai de
je vous parlerai de nouveau... quand je vous parlerai nouveau, vous, vous n'aurez plus que cinq ans. Main­
, , de' nouveau, vous aurez sept ans, et vous serez ca­ tenant, maintenant, vous avez cinq ans et vous pouvez
pable de r~pondre à mes questions. Quand je vous répondre à mes questions.
parleral de nouveau, vous aurez sept aIls et vous Allez-vous à J'école?
• •
121 129
- Heu... heu ... oui.
- Laquelle est-ce ?
Commcnt s'appelle cette école?
- Celle en velours noir... avec de minuscules petits
L'Académie Adelphi.
nœuds sur les poches ... en velours noir avec des
Dans quelle ville habitez-vous?
grandes poches... je peux mettre mes mains dedans,
Brooklyn.
avec des nœuds dessus.
Dans quelle classe êtes-vous?
- Très bien, très bien. Maintenant reposez-vous
- Jardin... d'enfants.
et relaxez-vous parce que nous allons retourner en­
- Très bien. Qui cst assis en face de vous?
core plus loin à travers l'espace et le temps. Ouand
- Personne.
je vous parlerai de nouveau, vous aurez trois ans,
- Pourquoi cela?
vous aurez trois ans. Maintenant, maintenant vous
- Oh !... nous sommes assis à de longues tables...
avez trois ans. Dites-moi, allez-vous à l'école?
personne n'est assis en face de moi. Non.

- Qui est assis à votre gauche? Vous n'allez pas à l'école?

- Heu... Violette. No-non.

Violette quoi?
Quel est votre jouet favori ?

Crosby.
Heummmmm ... un chien.

Et qui est assis à votre droite?


Un jouet ou un vrai chien?

David.
Un vrai.

- David. David quoi?


Comment s'appelle-t-il ?

- Daniels.
Buster.

- Très bien. Quel est votre jeu préféré?


Bon. Vous n'avez pas de poupées?

- Heum... heummmm... la marelle.


- Une poupée négresse.

- Quelle est votre meilleure amie?


- Comment est-elle?

- Jacqueline.
- Heu... heu ...

- Très bien. Quel est votre jouet favori?


- Dites-moi comment elle est.

- Bubbles.
- Elle est noire comme un bébé nègre... avec des
- Très bien.
cheveux noirs peints sur sa tête... et une robe verte à
Poupée. Poupée. pois blancs. Pas de ch.- :.lssurcs. Elle a une couche...
- Oh 1 je vois. Bubblesest une poupée? qui est sale... on l'a pas lavée, on n'a pas lavé la
Oui... oui. couche, personne ne l'a lavée ...
Quelle est votre robe préférée? Y a-t-il unf' - C'est très bien.
robe que vous aimiez plus que les autres? - Sale.
- Oui 1 • - Vous n'avez pas de camarades?
130 131
- Seulcment ma sœur. nere... en arrière... en arrière, en arrière à travers
- Commcnt s'appclle-t-clle? le temps ct l'espace. Et maintenant, par exemple,
- Helen... Helen. vous allez vous trouver à l'âge de six mois. Pensez
- Vous n'avez pas d'autres camarades? au temps où vous aviez six mois. Pensez au temps
- Non. où vous aviez six mois. Et maintenant, glissez plus
- Il n'y a pas de petit garçon ou de petite fille loin en arrière au temps où vous aviez cinq mois.
qui hahite à côté? Pensez-y. Tâchez de vous voir. Voyez une scène. Voyez
- Non. une scène où vous étiez à l'âge de cinq mois. Vous
- A quelle église allez-vous? n'avez pas besoin de m'en parler, mais pensez-y sim.
- Je ne vais pas à l'église. plement, et voyez-la dans votre mémoire. Mainte­
- Bon. Maintenant, je vais vous parler de nouveau nant, allez plus loin en arrière, à quatre mois. Voyez.
dans quelques instants. La prochaine fois que je vous vous vous-même, voyez quelque chose qui s'est passé
parlerai, la prochaine fois que .le vous parlerai, vous lorsque vuus aviez quatre mois. Et maintenant, allez
n'aurcz plus qu'un an. Maintenant, maintenant, vous plus loin en arrière, encore plus loin. Trois mois,
avez un an, et vous pouvez répondre à mcs questions: imaginez-vous lorsque vous aviez trois mois. Et main­
Maintcnant, quel âge avez-vous? tenant encore plus loin en arrière. A deux mois, à
- Un an. deux mois, à deux mois. Et maintenant, encore plus
- Avc7.-vOUS des jOllcts ? loin en arrière. A un mois, à un mois Voyez-vous
- Oui... des cubes et une ... heu... une poupée en vous-même lorsque vous aviez un mois. Voyez une
coton, et j'ai déchiré sa robe, et j'ai bavé dessus, et scène. Regardez-vous. Soyez en train de vous re­
je l'ai bien essuyée, et elle est devenue toute drôle. garder lorsque vous aviez un mois. Et maintenant,
- Comment s'appellc-t-elle ? allez encore plus loin en arrière. C'est étrange, mais
- Juste Bébé. vous pouvez retourner encore plus loin en arrière.
- Quc dites-vous quand vous voulez un verre «,.Je veux que vous continuiez à retourner en ar·
d'eau? rière, en arrière, en arrière dans votre mémoire. Et,
- Wa... Wa... (pour water : cau). cela peut vous paraître étonnant, cela peut vous
_ Que dites-vous lorsque vous voule7. un verre de paraître étrange, vous allez découvrir qu'il existe
loit ? d'autres scènes dans votre mémoire. Il y a d'autres
.- HclI ... je ne sais pas Ic dire. scènes de pays éloignés et de contrées lointaines,
_ Reposc7.-VOUS et relaxe?'-vous. Maintenant, je' ne dans votre mémoire. Je vais vous parler de nouveau.
v.eÙx plus vous poser d'autres questions pendant un Je vais vous parler de nouveau dans un instant. Je
moment. Mais je voudrais que vous pensiez à ce que vais vous parler de nouveau dans un petit instant.
je vous dis. Je veux que vous pensie7. aux choses dont Pendant ce temps-là, votre esprit retournera en ar­
.le vous parle. Vous allez retourner plu~ loin en ar­ rière, en arrière, en arrière, jusqu'à ce que vous sai·
132 133
SISSICZ une scène, jusqu'à ce que, aussi étrange que Et comment s'appelle votre mère?
cela paraisse, vous vous retrouviez vous-même dans Kathleen.
une autre scène, dans un autre endroit, en un autre Et comment s'appelle votre père?
temps, ct quand je vous parlerai de nouveau, vous - Duncan... Duncan... Murphy.
me direz ce qu'il en est. Vous serez capable de m'en - Quel âge avez-vous ?
parler et de répondre à mes questions. Et mainte­ - Heu ... quatre... quatre ans.
nant, reposez-vous seulement et détendez-vous pen­ - Et vous avez gratté la peinture de votre lit
dant que ces scènes viennent à votre esprit... de fer?
« Et maintenant vous allez me dire, et maintenant - Oui ... j'ai gratté la peinture.
vous allez me dire queUes sont les scènes qui vien­ - Bon. Maintenant, essayez de vous voir un peu
nent à votre esprit. Que voyez-vous? Que voyez-vous? plus âgée. Essayez de vous voir quand vous aviez
_ ... Heu... gratté la peinture de mon lit... J'a juste cinq, ou six, ou sept ans, ou quand vous étiez une
peint... J'rendre joli. C'était un lit de fer, et j'en ai plus grande fille. Etiez-vous une fille ou un garçon?
arraché la peinture. Enfoncé mes ongles dans cha­ (Comme je croyais que le nom qu'elle avait donné
que fente et tout abîmé. C'était terrible, hein. était Friday, je songeai tout à coup que Friday Mur­
- Pourquoi avez-vous fait cela? phy aurait pu être un nom masculin.)
_ J'sais pas. J'étais furieuse. J'avais reçu une ter­ - Une fille.
rible fessée. - Bon. Est-ce que vous vous voyez un peu plus
- Comment vous appelez-vous ? vieille?
- Heu... Friday. - Oui, je me vois.
- Quel est votre nom ? - Qu'êtes-vous en train de faire?
- Friday. - De jouer... de jouer à la maison... avec mon
(J'avals eu l'Impression qu'elle avait dit Friday, et frère. .
les autres personnes préscntes me .confirmèrent plus - Comment s'appelle votre frère?
tard avoir cru également qu'elle disait «Friday ». - Duncan.
Mais nous ne devions pas tarder à apprendre qu'il en - Quel est le nom de vo,tre père ?
était autrement.) - Duncan.
N'avez-vous pas un aulre nom? - Je vois. Quel âge avez-vous lorsque vous jouez
Heu... Friday Murphy. avec votre frère?
Et où habitez-vous? - Huit ans.
... je vis à Cork... Cork. - Quel genre de maison habitez-vous?
- C'est là que vous habitez? - Heu... c'est une jolie maison... une maison en
- Oui-oui. • bois... blanche... avec deux étages... ma chambre est

134 135
,,, .

en haut... je monte l'escalier et je tourne à gauche... - Il est avocat... là-bas ... un avocat... dans la ville
C'est trôs joli. et le village.
- Quel est le nom du pays où vous habitez? - Quclle ville?
C'est l'Irlande. - A Cork... à Cork.
- Ah! bon. Avez-vous d'autres frères et sœurs? (Le mot ({ avocat» nous étonna tous. Connaissant
J'ai cu un frère qui est mort. Ruth, nous étions frappés de l'incongruité de ce mot
De quoi est-il mort ? dans sa bouche) (1).
Il était malade. Il a cu quelque chose de noir... - Bon. Vous dites qu'il va à la ville et quoi en­
noir quelque chose. Je ne sais pas quoi. core?
- Quel âge aviez-vous lorsqu'il est mort? - Il est avocat. C'est un homme très bien.
J'avais quatre ans... juste '.J.uatre ans. J'étais - A quoi jouez·vous ?
toute petite. - A cache·cache. Vous voyez, Duncan m'a trou­
Je vois. Vous n'avez pas de sœur? vée.
- Non. - Duncan vous a trouvée?
- Savez-vous quel âge avait votre frère quand il - Mmm... Mmmm. Moi, je ne peux pas le trouver.
est mort? Il connaît mieux les cachettes que moi.
Non. Seulement... pas un ... Je ne sais pas. - Duncan est plus vieux que vous, n'est-ce pas?
- Maintenant que vous avez huit ans, savez-vous - Oui.
quelle année c'était? - De combien?
- Non. - Il a deux ans de plus que moi.
Vous ne savez pas quelle année? - Maintenant parlez-moi de votre père. C'est un
Dix·huit quelque chose. Dix-huit... heu... 1806. homme grand ou petit?
Dix-huit cent six? - Il est grand.
- Mmm... Mmmm. - Ses cheveux sont de quelle couleur?
- Qu'avez-vous eu au petit déjeuner? Que man­ - Un peu roux, comme les miens.
gez·vous au petit déjeuner? - Vos cheveux sont roux?
- Oh !... j'ai mangé... heu... du laiL.. du lait... - Oui, oui. Je suis une vraie rousse.
Et quoi d'autre? (Les cheveux de Ruth ne sont pas du tout roux,
-'- Des muffins. mais châtain foncé.)
- Des muffins? - Et quel est votre l'lOm ?
- Friday.
.:... Des muffins. J'ai mangé des muffins avec de la - Pourquoi vous a-t-on appelé Friday ?
confiture, et Gu lait et des fruits. Surtout des muffins. - Bridey... Bridey.
Où travaille votre père? Où travailleol--il ?
(1) Barrister, terme juridique.
136 137
- Ah! bon. Bridey. Et pourquoi vous a-t-on ap­ - Oh! à être une dame ... rien que les choses du
pelée ainsi? ménage... et ce qu'il convient de savoir.
- Du nom de ma grand-mère, Bridget... et moi - Je vois. Avez-vous été mariée?
c'est Bridey. - Oui.
- Je vois. Bon, maintenant parlez-moi de votre - Comment s'appelle l'homme que vous avez
mère. Est-elle grande ou petite? épousé?
Elle est... moyenne. - J'ai épousé... Brian.
Ses cheveux sont comment? - Qui?
Noirs. - Brian.
Elle est grande ou petite? - Est-ce son nom ou son prénom?
Moyenne. - Son prénom.
Et comment s'appelle-t-elle ? - Quel est son nom de famille?
Kathleen. - McCarthy.
- Ah! Comment s'appellent vos voisins? (L'orthographe de Brian et de McCarthy provien­
- Nous n'avons pas de voisins... nous habitons en nent d'un enregistrement ultérieur.)
dehors du village... - Bon. Que fait-il ?
- Bon. Maintenant essayez de vous voir un peu - Son père était aussi avocat, et il va à l'école.
plus vieille. Plus vieille de huit ans. Essayez de vous Et nous nous sommes mariés. Il va à l'école à Belfast.
voir grandir. Essayez de vous voir vers quinze ans... - Bon, bon. Est-ce un heureux ménage?
Le pouvez-vous? - Oui.
- Mmmm... Mmmm. - Vous ne vous disputez jamais?
- Est-ce que vous travaillez à quinze ans? Tra­
- Oh! quelquefois. Seulement... des petites dispu­
vaillez-vous quelque part ?
tes.
- Non.
- Vous restez à la maison? - Mais vous aimez Brian?
- Hé bien 1... je vais... à l'Externat de... Mme... - Oh! oui.
Mme... heu... Strayne et je ne retourne pas à la mai­ - Avez-vous des enfants?
son dc toute la semaine. - Non.
(Sl.lr le moment, nous avions cru entendre « Drain ", - Vous n'avez jamais eu d'enfant?
mais .lors d'un enregistrement ultérieur, elle nous a - Non. Pas d'enfants.
épelé le nom tel qu'il est reproduit ici.) - Vivez-vous toujours à Cork?
- Oh! vous allez à l'école? - Non... je suis allée à Belfast.
- Mmmm.:. Mmmm. (A ce stade, son accent irlandais s'était accentué.
Qu'est-ce que vous apprenez? • Ces derniers mots avaient été prononcés avec une

138 139
Bénissez cette maison en tOlite saison,

Faites qu'elle soit gaie dans la bruyère de printemps,

- Bon. Y a-t-il quelque chose d'autre que vous


aimeriez nous dire au sujet de l'Irlande?
i
Bénissez les enfall/s, bh1issez la nourri/ure,
C'est très beau. l:
Fai/es que nous soyons heureux, gais et bons.
- Bon. reposez-vous et relaxez-vous. Reposez-vous
et relaxez-vous. Videz complètement votre esprit. Re­
Ça, c'est avant de manger. tournez plus loin en arrière. Retournez à l'époque où
- Très bien. Maintenant y a-t-il quelque chose vous étiez une petite fille en Irlande, et continuez
d'autre que vous puissiez nous dire au sU,jet des encore à reculer en arrière, en arrière, en arrière, et
coutumes irlandaises, des coutumes et traditions de encore au-delà. Vous allez retourner à une autre vie,
l'Irlande, quelque chose dont vous aimeriez nous avant celle qui s'est passée en Irlande. Retournez en
parler? Avez-vous déjà été à une veillée mortuaire? arrière, encore plus loin, et encore plus loin, et en­
- Oh! oui, j'ai été à une veillée avant un enter­ core plus loin, et, aussi étrange que cela paraisse,
rement. Oh! c'était... c'était avec Brian". et son vous allez constater que d'autres scènes vont venir à
oncle". Toute le monde veille, et tout le monde est votre mémoire. Quand je vous parlerai de nouveau,
très triste. C'est toujours le jour avant. vous savez. vous vous souviendrez d'une scène, où vous vous trou­
C'est toujours le jour avant qu'on les mette dans la vez vous-même. Bien que vous y serez différente,
fosse ... dans la terre. Et tout le monde est assis au­ vous saurez que c'est bien vous, et vous pourrez
tour, et pleure, et boit du thé, et tout le monde est nous en parler. Maintenant, concentrez-vous pendant
très triste. Alors le jour suivant, on les met dans la quelques instants, et vous allez être étonnée de voir
fosse. une scène surgir dans vos souvenirs. Et maintenant,
je vais me taire ct je ne vous reparlerai que dans un
- Que voulez-vous dire, on les met dans la fosse? petit moment.
On les met dans la terre !." pour de bon. (Je lui laissai donc deux ou trois minutes de ré­
(Ici, l'accent irlandais était de nouveau tr<:s fort.) flexion. Je ne sais si ce répit était véritablement né­
- Je vois. Y a-t-il d'autres coutumes et traditions cessaire, mais je le lui accordai néanmoins. Pendant
irlandaises dont vous pourriez nous parler?
tout le temps, je tenais le petit microphone près des
- Oh !... les danses de mariage.
lèvres de Ruth, changeant parfois de main. En ou­
- Comment les appelle-t-on?
tre, le choc de toute cette histoire commençait à se
- Oh 1 c'est juste unl~ gigue irlandaise; vous dan­ répercuter en moi.)
. s ei eL ils mettent de l'argent dans vos poches... pour - Alors, y a-t-il une scène dont vous vous souve­
açheter... c'est une fête, et tout le monde donne de niez? Y a-t-il une scène dont vous vous souveniez?
l'argent, ct comme ça on a un cadeau, vous com­ Dites-le-moi. Dites-le-moi.
prenez. Ce sont les gens qui ne vous auraient pas En train de mourir... encore tout petit bébé.
donné d'autres cadeaux. • - En train de mourir?

142 143
Mmm-mmm. coup, beaucoup, beaucoup plus loin en arrière et
Qui est en train de mourir? vous allez voir une autre scène. Et dès que vous la
Moi. ve'rrez, dès que vous verrez une autre scène, vous me
Où êtes-vous? En avez-vous la moindre idée? le direz.
Dans une maison... et ma tête... me fait maL (Pas de réponse.)
Dans quel pays, le savez-vous? - Voyez-vous une autre scène?
- C'est... en Amérique. - Non ... non.
Savez-vous quel est votre nom? Rien ne vous vient à l'esprit?
Non. - Non.
Savez-vous quel âge vous avez? - Bon. Alors revenons au temps où vous étiez
Juste un bébé... un petit bébé. en Irlande. Vous revoyez-vous en Irlande et à Cork?
- Quel est le nom de votre mère? - Oui.
- Heu... Vera. - Très bien. Comment vous appelez-vous?
- Et le nom de votre père? - Bridey.
- John. Quel est votre nom de famille?
- Quel est son nom de famille? - Murphy.
- Jamieson. - Comment s'appelle l'homme que vous avez
(J'ignore absolument l'orthographe correcte; celle­ épousé?
ci est une supposition.) - Brian.
Dans quel Etat habitez-vous? - Brian quoi?
- ... Nouvelle-Amsterdam. - McCarthy.
- Est-ce que par hasard vous savez en quelle (Elle crachait littéralement toutes ces réponses,
année? comme si elle s'impatientait de la répétition de mes
- Non. questions.)
- Mais vous savez que vous êtes en Amérique? - Bon. Maintenant, tâchez de vous voir au cours
- Oui. de cette vie et au moment de votre mort. Et racon­
- Comment Je savez-vous? tez-le-moi, racon tez-Ie-moi, en spectatrice, de façon
- J'étais... .Ie le savais. que cela ne vous trouble pas. Racontez·moi comment
Et vous êtes morte? vous êtes morte.
-'- Oui. - Je suis tombée ... je suis tombée dans l'escalier,
-Bon. Maintenant videz votre esprit. Videz votre et... on dirait que je me suis cassé un os dans la
esprit ct oubliez tout cela. Vous n'avez plus à vous hanche aussi, et j'étais un terrible fardeau.
en occuper. Et vous allez retourner encore plus loin - Etiez-vous vieille?
en arrière. Vous allez retourner beaucQup, beau­ - Soixante-six ans.
144 145
avait dit soixante très vite, comme si elle qu'il était nécessaire de faire au moins une tenta­
savait ,~~.,. ~ .. '=Il" était dans la soixantaine,
tive en cette diredion. \,\
mais le six vint plus qu'elle Elle avait dit : « Brian était à l'église et il a été
éprouvait une légère difficulté à se souvenir de terriblement bouleversé de n'avoir pas ,;té là. » Cette
l'âge exact.) déclaration m'étonna. Si Brian n'avait pas assisté à
Et en définitive, comment êtes-vous morte?
sa mort, alors comment Bridey avait-elle pu savoir
Oh! simplement en... dépérissant.
avait été « bouleversé» d'apprendre qu'elle était
Vous n'aviez plus envie de vivre?
morte en son absence?
Non... J'étais un tel fardeau. Il fallait qu'on
Il n'y avait qu'une possibilité susceptible de l'ex­
me portt:.
pliquer : que Bridey ait, été consciente de ce
- Brian était-il toujours en vie?
se passait après sa mort. Je décidai donc de tirer ce
- Oui... il était là.
point au clair.)
Prenait-il bien soin de vous?
- Oui. Mais il était bien fatigué. - Quel âge aviez-vous?
Il l'était ? - J'avais soixante-six ans.
- Oui. - Sourfriez-vous au moment dç votre mort?
Dans quelle ville habitiez-vous au moment de - Non, j'étais seulement fatiguée.
votre mort? - Je vois, seulement fatiguée. Et aviez-vous envie
- Belfast. de mourir?
- Vous souvenez-vous du jour où vous êtes - Oui.
morte? - Est-cc que vous croyiez que vous continueriez
- Oui-oui. C'était un dimanche. à vivre après votre mort?
- Et vous vous en souvenez? - Oui.
- Oui. Brian était à l'église, d il a été terrible­ - Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé après
ment bouleversé de n'avoir pas été là. Il était parti, votre mort? Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé
il m'avait abandonnée. Mais il ne pensait pas que après votre mort?
ç'aurait été si vite. Une dame était venue me tenir - Je ne suis pas allée ... comme avait dit Father
compagnie pour qu'il puisse aller à l'église... et je John. Je ne suis pas allée au purgatoire!
suis morte. (A la réflexion, cette réponse semble particulière­
(Cétte réponse m'incita à diriger mes questionS ment significative. Au lieu de répondre en m'énumé­
, dans un sens que je n'avais pas prévu. Il ne m'était rant ses actes - en tout cas en disant ce qu'elle
jamais venu à l'idée que je pourrais explorer ses faisait elle répliqua immédiatement par une brus­
souvenirs dans la période située après sa mort. Mais que manifestation émotive, en déclarant qu'elle
à cette remarque de Bridey, je me rendii compte n'était pas allée au purgatoire.
146 147
C'était comme si, à ce que prételuJenl plusieurs - Heu ... je suis allée ... je suis retournée à la mai·
des auditeurs de l'enregistrement, Bridey avait été
t
son, à Cork... et j'ai... vu... mon [l'ère.
soucieuse de ce problème. Il est - Quel frère ?
possible, estimèrent les auditeurs, qu'elle ail conçu - Duncan. Et il était toujours en vie!... et teHe­
une terrible appréhension à cc sujet, lorsqu'elle gisait ment vieux!
sur son lit de mort. D'où la réaction à cette angoisse (En effet, Duncan devait probablement avoir dans
rdoulée : «Je ne suis pas allée, comme avait dit les soixante-dix ans. Et étant donné que Bridey sem­
Father John, je ne suis pas allée au purgatoire! ») blait ne pas l'avoir vu depu~' des années habitant
- Où êtes-vous allée? Belfast - il est logique que sa première réaction,
- Je suis restée dans cette maison... jusqu'à ce que devant le changement qui s'était opéré, en lui, ait
John meure. été de la surprise.)
- Et vous pouviez voir John pendant tout ce - Etait-il toujours en vie?
tt:mps-Jà? - Oui.
Oui-oui. - Et vous êtes restée dans la maison?
Father John est mort aussi? - Oui, je suis restée dans la maison de Duncan.
Oh! il est mort... je l'ai vu... Je J'ai vu mourir. - Lui avez-vous jamais fait savoir que vous étiez
Et alors vous avez parlé avec lui? là ?
Oui. - Non, il ne m'aurait... il ne m'aurait pas répondu.
- Bon. Et quand Brian est mort, vous a-t-il re­ - Comment avez-vous essayé de lui parler?
jointe? - Je... je me tenais près de son lit et je lui par­
Non. lais, mais il ne m'a jamais vue.
- Il ne vous a pas rejointe? - Il ne vous a jamais vue. Alors. est-il mort fina­
- Non... je nc l'ai pas vu... je l'ai observé... sou­ lement?
vent, jusqu'à la mort de Father John, ct ensuite j'ai - Oui, il est mort.
quitté la maison. - Et vous a-t-il rejointe à ce moment-là?
- Ah ! je vois, quand Father John est mort, vous - Non. Il y avait des quantités de gen.s que je ne
avez quitté la maison? connaissais pas.
Oui. - Des quantités de gens que vous ne connaissiez
Mais vous y êtes restée jusqu'à cc que Father pas?
John 'meure? - Oui, mais je ne voyais pas tous ceux que je
-, Oui, il venait rendre visite à Brian, alors je connaissais. Father John, je l'ai vu !... et j'ai vu aussi
restais. mon petit frère qui était mort.
- Bon. Quand vous avez quitté la maison, où (J'avais presque oublié l'histoire du petit frère de
êtes-vous allée ? • Bridey qui était mort en bas âge.)
148 149
- Oh ! vous l'avez vu ? dey était peut-être tout de même au purgatoire, sans
- Oui. s'en rendre compte.)
- Vous a-t-il parlé? - Avez-vous jamais souffert?
- Oui, il m'a parlé, mais il ne savait pas, il a - Non.
fallu que ,je lui dise que je savais qui il était. - Bon, vous n'avez pas souffert. Est-ce que vous
(Probablement que le bébé n'aurait pu reconnaître mangiez quelque chose?
cette femme de soixante-six ans; il fallait donc - Non.
qu'elle lui dise qui elle était. Par contre, Bridey dut Vous n'aviez jamais rien à manger?
le reconnaître tout de suite, car il devait être de­ Non, on ne mangeait jamais, on ne dormait
meuré semblable à ce qu'il avait été.) jamais, jamais... on n'était jamais fatigué, là.
Oh! il ne savait pas? - Bon. Maintenant dites-moi comment vous avez
- Non. finalement quitté ce monde?
- Mais vous a-t-il reconnue ensuite? Oh !... je... je suis partie de là,. et je suis née...
- Oui. II a dit qu'il se souvenait de moi, il a et j'ai vécu de nouveau, en Amérique. Je suis née en
dit des choses à mon sujet, mais il ne se souvenait Iowa... je...
pas du tout de ma mère ni de la maison ni... Il se - En Iowa?
souvenait aussi un peu de Duncan : Duncan avait - Oui... je suis...
poussé son petit berceau et l'avait renversé, et il (Là elle faisait allusion à sa naissance en Iowa, en
était tombé. Et il se souvenait d'autres choses. 1923.)
_ Vous souvenez-vous comment vous êtes née de
- Comment était-ce? Aimiez-vous là où vous
nouveau, vous souvcnez-vous comment il NQUS a été
étiez ?
possible de renaître? Dites-nous cela.
- Oui. _ J'étais... oh! j'étais seulement... je ne sais pas
Etait-ce mieux que votre vic sur terre? comment ça s'est passé, mais je me souviens seule­
Non. ment que tout à coup... je me suis trouvée... j'étais
Ce n'était pas mieux?
Non, c'était trop vide... Ce n'était pas ... on ne un bébé quoi.
_ Est-ce que quelqu'un a choisi le corps que vous
pouvait pas faire toutes les choses... on ne pouvait avez habité? Est-ce que quelqu'un a choisi ce corps?
riell accomplir... OH IlC pouvait pas parler à quelqu'un
- Je n'en sais rien.
très longtemps. Ils s'en al1aient... ils ne restaient pas Comment avez-vous su dans quel corps, com­
tri:s 'longtemps. ment avez-vous su dans quel pays aller, comment
(Là, la voix de Bridey était devenue plaintive, pres­ avez-vous su toutes ces choses? Qui s'est chargé de
que douloureuse, A ce moment-là, quelques audi­ ces détails ?
teurs - de la bande sonore - suggérère~t que Bri­ - Je ne sais -pas... Ça arrive tOut simplement...
150 151
et 011 ne se souvient pas... on se souvient de beau­ est-ce que des gens du monde des esprits peuvent
coup de choses... ct puis tout d'un coup... je me sou­ quelquefois parler à des gens oui vivent sur terre?
viens seulement d'avoir été un bébé de nouveau. Je ne sais pas.
(Bridey n'a jamais été capable de nous donner des Vous n'avez jamais vu cela se produire?
détails sur le processus de sa réincarnation. D'ail­ Non ... j'ai essayé. Il y en a beaucoup qui vou­
leurs, j'ai cu d'autres sujets intéressants depuis draient parler à des gens, mais seulement ils n'écou­
Bridey, mais aucun n'a pu éclaircir ce point. Cepen­ tent pas.
dant, d'autres chercheurs prétendent avoir eu de _ Je vois. Alors parlez-moi du temps où vous
mcilleun; résultats.) étiez un bébé en Nouvelle-Amsterdam.
Ensuite vous vous souvenez d'être morte étant Oui.
C'était avant cette n'est-ce pas?
toute petite?
- Non ... pas quand j'étais en Iowa. Oui.
(Ce n'était qu'une tentative préméditée pour la _ Etait-ce après votre vie en Irlande ou avant?
dérouter, à laquelle je recourus à plusieurs reprises Avant.
au cours des séances. Cela n'a jamais marché; elle C'était avant la vie en Irlande?
remettait toujours les choses au point.) Oui.
Pas quand voUs étiez en Iowa? Alors, avant d'être Ruth Mills, VOLIS avez vécu
Non. en Irlande? C'est bien cela .?
- Qu'avez-vous fait alors? Oui.
_ Vous viviez en Irlande, ct vous avez épousé
- J'ai vécu.
- Vous avez vécu? Et qu'est-ce que vous avez Brian McCarthy. Vous êtes morte à soixante-six ans,
ct vous êtes restée longtemps dans le monde des es­
fait?
- Oh ! j'ai vécu là un an seulement. prits, et ensuite vous êtes née de nouveau en Amé­
Comment vous appeliez-vous? rique en tant que Ruth Mills. C'est exact?
Ruth. - Oui. C'es! exact.
Parlons de nouveau de l'époque où vous viVIez
Ruth quoi?
Ruth Mills (son nom de jeune fille). en Irlande. Parlons de nouveau de l'époque où vous
BOil. BOil. Mais vous avez dû vivre longtemps viviez en Irlande et où vous êtes tombée malade.
Vous vous êtes blessée; VOtlS êtes tombée et vous
dalls. le monde des esprits avant cela?
vous êtes blessée, et finalement vous êtes morte à
- Mml11... oh... je ne sais pas.
__ Et p~~lldant tout ce temps-là, vous n'avez ja· l'âge de soixante-six ans. Vous vous souvenez de cela,
'mais pu parler à qudqu'un sur terre? n'est-ce pas?
(A partir de ce moment-là, on doit malheureuse­
- Non. J'ai essayé.
ment se rendre .~ompte que je n'avais pas préparé le
Ah! est-cc qUl' des gens du Il)fi>ooe dos esprits, "Jt/

153
152
programme de cette séance. Je sautais d'une période
,

"

~' - Pas pendant longtemps.

~
de son histoire à une autre, abandonnant un sujet - Pas pendant longtemps?
pour un autre, qui m'intéressait plus particulière­ ­ Non.
ment en cet instant, pour y revenir ensuite, quand je - Alors vous n'éprouviez aucune douleur?

songeais à poser de nouvelles questions.) - Aucune douleur.

- Oui.
- Très bien. Je voudrais que vous me disiez de
nouveau ce qui s'est passé après votre mort. Que
1

,
- Et vous ne mangiez pas?

Non.
- Et vous ne dormiez pas?
s'est-il passé après votre mort? Où avez-vous été? - Non. Pas de sommeil.
Je suis restée dans ma maison... je suis restée 1 - Comment passiez-vous votre temps?
avec Brian.
- Avez-vous pu l'observer pendant votre enter­
f' - Oh !... simplement... à regarder...
- Ce temps vous a-t-il paru long, et la durée si-
rement? L'avez-vous observé pendant qu'on enter­ gnifiait-elle quelque chose?
rait votre corps?
- Non... elle ne signifiait rien.
- Oui. Je les ai vus enterrer mon corps.

- Vous les avez vus?


- Vous n'y faisiez pas attention?
- Non... cela n'avait pas d'importance.
- Oui. Ils l'ont enterré.

Vous n'y faisiez pas attention?


- Ils l'ont enterré. Y a-t-il eu une veillée mor­
tuaire pour vous? - Non... ni jour ni nuit... comme vous avez...
- Non, parce que j'avais dit à Brian que je ne Brian...
voulais pas qu'on soit malheureux... et .. qu'on pleu­ Que dites-vous?
re... pour moi. - Pas de jour et de nuit comme pour Brian.
;- Je vois. - Brian s'est-il remarié?
,,~,~ J'étais un fardeau et... j'étais heureuse de pou­ - Non! Jamais!
'(f()lr m'endormir tout simplement. (Elle avait fait cette déclaration d'une façon inté·
- Et vous les avez regardés vous enterrer? .. ressante. Elle ne s'est pas contentée de répondre
- Oui. J'ai regardé. que Brian ne s'était pas remarié, mais' elle s'est ré­
- Avez-vous essayé de dire à quelqu'un que vous ~ criée; c'était le genre de réponse dont on peut s'at­
h.!s regardiez?
tendre de la part d'une femme qui est sûre de la
- ' Non, j'étais fatiguée.
fidélité de son mari.)
Vous étiez encore fatiguée? Vous souvenez-vous quand il est mort?
...:.. Oui. _ Non. J'aurais dû, mais je suis partie quand
- Je ne savais pas que vous ressentiez quelque Father John est mort.
chose dans cette vie? .;",;,~:~>f.,~,.
_ Vous-êtes..~artie quand Father John est mort?
" .. ",:ri~

155
...

_ Oui, ils pouvaient me comprendre.


Oui. Je suis restée là jusqu'à sa mort, et en­ Mais les gens qui étaient sur terre, comme
suite je suis retournée chez moi.
Brian, ils ne pouvaient pas vous entendre?
- Bon, mais avez-vous rejoint Father John à ce
moment-là? - Ils n'écoutent pas!
_ Ils n'écoutaient pas? Pensez-vous que s'ils
- Oh l j'ai vu Father John pendant quelque temps,
avaient essayé d'écouter ils auraient pu vous en­
et je lui ai parlé.
- Où était-il ? tendre?
Il était là dans la maison. Il venait souvent y - Oui, je le crois.
_ Mais ,-,ous n'en êtes pas sûre?
rendre visi te.
Non... Mais je l'aurais... tellement voulu.
- A Cork?
_ Mais dites-moi, dans ce monde des esprits, per­
- Non... là où était Brian, comme moi je voulais
sonne ne vous a-t-il rien appris? Vous n'avez jamais
le voir... et qu'il voulait revenir là. Il aimait venir
été à une école, personne ne vous a-t-il jamais donné
._ nous voir, et il revenait toujours là.
des directives quelconques?
- Mais dites-moi, qui est mort le premier, vous _ Non ... C'était seulement une sorte de ... chose
ou Father lohn ?
transitoire. Juste une sorte de période... comme ça.
- Moi. Mais vous vous êtes rendu compte, en somme,
Et alors lui est mort un peu plus tard? Et que vous n'êtes pas morte quand votre corps est
alors vous l'avez immédiatement rejaint ? C'est bien
cela? mort?
_ J'ai toujours désiré le dire à Brian, qui se
- Oui, il venait à la maison... i1 venait quand il
en avait envie. faisait tant de souci.
- Il se faisait du souci ?
- Mais Brian ne savait pas que vous et Father _ Il avait... peur de n'avoir pas fait assez de
étiez là, n'est-ce pas? prières, ou de n'avoir pas été assez souvent à l'églisè;.;
Non.
Je vois. Je comprends. Maintenant, retournons
- Et vous ne voyiez pas le moyen de le lui dire ? pour un instant à l'époque où vous étiez bébé à la
- Non, je ne pouvais pas. (Elle poussa un soupir Nouvelle-Amsterdam, quand vous êtes- morte étant
presque irrité.) Il n'écoutait pas.
bébé à la Nouvelle-Amsterdam. Vous vous souvenez
- Mais, est-ce que les gens qui meurent vont à
différents endroits? de cela?
- Oui, je m'en souvieils.
- .Oui... il y en avait... non, il n'y a qu'un seul Dans quel pays était la Nouvelle-Amsterdam?
endroit, mais... c'est très dispersé.
C'était en Amérique.
. - Comment parlez-vous entre vous? La Nouvelle-Amsterdam était en Amérique?
- Comme ça... comme on le fait toujours.
- levais. Les autres pouvaient vo" S .prendre? Oui.
lm
,.
,:t

- Bien, bien. Savez-vous comment cela s'appelle vous vous sentez parfaitement confortable. Vous res­
maintenant? sentez une très, très agréable, très agréable sensation,
- Non... apaisante, confortable. Je vais compter jusqu'à cinq.
- L'appelle-t-on toujours Nouvelle-Amsterdam ? Quand je serai arrivé à cinq, vous vous réveillerez et
- Non. vous vous sentirez merveilleusement bien. Un ...
- Comment l'appelle-t-on maintenant? Deux ... (1).
- New York.
- Ah! ah! (1) Tous renseignements relatifs aux enregistrements (faits

- C'est New York maintenant. d'après la bande sonon' ci-dessus reproduisant les séances
hypnotiques dl' Bridey Murphy) peuvent être obtenus au­
(Ceci est un bon exemple du décalage de l'orien­ près de la Wholesale Supply Corporation. Box 458. Puebla,
tation d'un sujet au cours d'une régression dans le Colorado,
temps. Ainsi que l'a fait remarquer le Dr Lewis
R. Wolberg, célèbre hypnotiste cl psychiatre : « La
régression n'est jamais stationnaire, elle est constam­
ment modifiée par l'intrusion du fonctionnement
mental à d'autres périodes dc temi)s. "
Ici, le sujet a d'abord répondu qu'il ne connaissait
pas le nom actuel de la NOllwlk-Amslerdam. Mais
au bout de quelques instants de n!flexion, il a été en
mesure d'utiliser ses connaissances actuelles.)
- Quel âge aviez-vous?
- Je ne sais pas... je n'étais qu'un bébé.
i,,,"'épisode de la Nouvelle-Amsterdam tout entier
. . aénué de toute valeur au point de vue de la véri­
fhtioll. Elle ne peut nOlis donner ni les dates ni
même son nom, qu'elle ne savait pas prononcer.
Toutefois, la séquence est intéressante dans la me­
sure oil elle concorde avec l'ensemble.)
- Très bien. Maintenant, reposez-vous et rclaxel:­
vous: Videz complètement votre esprit, car' vous
,allez revenir à l'époque ac.:tuelle cl au lieu où vous
'tes actuellement. Maintenant vous êtes de nouveau
à l'époque actuelle et au lieu où vous vous trouvez
en ce moment. Vous êtes parfaite~t.lilétendue,
'Il;.'i'I·"b.' :~;l'!:
'.fIliJ.:;''f''I 'iJ;
de ses formules de politesse habituelles : « Il faut
5 être idiot pour travailler un dimanche, espèce
d'imbécile! »
MacIntosh est ingénieur. Bien qu'il jouisse d'une
certaine réputation dans les milieux industriels de
tout le sud-ouest (au cours des vingt dernières an­
nées, il a été directeur de chantier d'une très im­
portante usine) il s'est établi à Puebla, Mince et bel
homme, il est particulièrement grand, mesurant près
d'un mètre quatre-vingts. L'impétueux Ecossais se
dirigea rapidement vers le fond du local, où se trou­
J
vait le matériel électrique. Il m'expliqua avec maints
Bien que le lendemain fCtt un dimanche, je me ren­ jurons, qu'il avait besoin d'un moteur de treuil de
dis au bureau à l'heure où Hazel en était encore vingt-cinq chevaux, entièrement clos, à faible vitesse
aux préparatifs du petit déjeuner. D'ailleurs, depuis de rotation et à couple élevé.
des années déjà, j'avais pris l'habitude de passer Refusant mon aide, il trouva le moteur en ques­
quelques heures au bureau chaque dimanche; après tion, puis gagnant rapidement le standard, il bran­
six jours dans cette maison de fous, je suppose que cha une ligne, demanda une communication inter­
j'étais attiré, en ce septième jour, par la perspective urbaine ct donna des instructions pour qu'un ca­
de pouvoir travailler enfin dans une atmosphère de mion vienne chcrcher le moteur dans l'après-midi.
sérénité parfaite : ni coups de téléphone, ni repré­ Me témoignant toujours un mépris total, et profé­
sentants, ni clients, pas de matériel à réparer ni de rant des malédictions contre tout le genre humain, il
d4f«ngement d'aucune sorte. remplit le bon de commande, rédigea la fiche de li­
, ..C'est alors que tout à coup, un furieux tambouri­ vraison et la classa dans le dossier adéquat. Quand
~e Sl~ fit entendre b la grande porte. Je savais exac­ tout fut terminé il se retourna vers moi: « Dis donc,
tement ce que signifiait ce bruit. Les gens normaux le Dr Saxon me raconte que tu t'occupes de
frappent aux portes. Mais cette avalanche de coups régression hypnotique. Ça m'a l'air intéressant. En
violents qui ébranlaient la maison comme un trem­ as-tu fait récemment? »
blelllent ue tCITC Il'était pas le fait d'ull être hu­ Comment m'en tirer? Même au milieu de l'usine
màln' du type courant. Cela ne pouvait être que' à ulcères et des moteurs à haute fréquence, voilà
1 St9rmy" Sam Madntosh. qu'on déterrait encore la question. J'en parlai d'abord
C'était bien lui, en effet. Je réussis à ouvrir la d'une manière générale, sans aborder le sujet des
porte avant qu'il ne l'eCU fait sauter de ses gonds, et dernières expériences. Mais je constatai que son in­
Stormy Sam se précipita sur moi en "PI'Qfé,rant une térêt se faisait de plus en plus pressant et qu'il 'IN"":'
",,'" .'1v
161

ff
i
semblait plus documenté que .ie ne l'aurais cru. Et de-chaussée et s'attaquait maintenant aux étages su­
soudain il déclara : périeurs d'une maison de campagne qu'elle n'aurait
Je vicndrai chez toi ce soir avec Mary pour probablement jamais.
entendre quelques-uns de tes enregistrements. La bobine se déroulait peu à peu, amenant lente­
Et voilà. MacIntosh ne s'embarrassait pas de for­ ment Bridey Murphy à l'endroit où elle faisait allu­
mali tés; il décidait. Bien sûr, nous étions en affaire sion à l'église Sainte-Thérèse, à Belfast. N'écoutant
ensemblc depuis de nombreuses années et sa femme, que superficiellement, j'appliquai mon attention à
Mary, passionnée de jardinage, échangeait des plan­ la mise au point de l'annonce publicitaire.
tes et des conseils avec Hazel. Tout à coup, se dressant brusquement, Stormy Sam
Ce soir donc, après l'arrivée de Sam et de Mary nous fit sursauter en s'écriant : «Fermez ce truc­
MacIntosh, je choisis, au lieu d'un enrcgistrement de là ! »
régression d'âge ordinaire, celui de Bridey Murphy, Etonné, je me levai pour presser sur le bouton
pris la nuit précédente. Pendant que nos amis s'ins­ d'arrêt, me demandant la raison de cet ordre brutal.
tallaient pour écouter, Hazel entreprit de dessiner Quelque chose l'avait-il offensé? Je le priai de s'ex­
un plan dc maison dans le style ranch et moi .le me pliquer.
mis à étudier la disposition typographique d'une page - Mais vous avez là tous les deux une chose d'une
entière de publicité dans le Record Stockman, publi­ portée considérable et vous restez assis bien tran­
cation destinée aux éleveurs. Ayant déjà entendu cet quilles comme une paire d'abrutis.
enregistrement, nOlis ne désirions pas l'écouter at­ - Du calme, Mac, nous l'avons déjà entendu une
tentivement à nOllvcaJ.l. fois.
Je ne levai les yeux qu'une fois au cours de la - Entendu 1 Entendu! Réveille-toi Rip van Win­
première partie de la bande, celle de la régression kle (1)! Je ne parle pas de l'écouter, mais de faire
d'ège ordinaire. Mary conservait l'atlitude réservée quelque chose à ce sujet!
'qui lui était habituelle, et Sam avait l'air aussi grave Devant mon incompréhension, et après m'avoir
et sérieux qu'à l'accoutumée. Plus tard, au point olt gratifié de divers autres noms d'amitié, il poursuivit:
nous avions « sauté le pas», c'est-à-dire quand la - Etant donné que tu ne prends au<:;.une précau­
régression s'étendait à des périodes antérieures à la tion, les gens ne vont pas tarder à se mettre à en
naissance du sujet, je ne manquai pas de les obser­ parler. Et c'est alors que til commenceras à te rendre
ver derecheL compte à quel point les bavardage~ et les racontars
Dès que l'histoire de Bridey Murphy commença, peuvent transformer les choses. Certains te considé­
,ils sc penchèrcnt tous les deux en avant. Mary avait
(1) Conte de Washington Irving : ayant bu une liqueur
la bouche ouverte et Sam les yeux tout plissés. Je ne mystérieuse donnée par des êtres étranges, vêtus de costumes
<Usais mot. Quant à Hazel, elle nous ignorait tous d'un autre siècle. rencontrés dans la montagne. Rip s'endormit
totalement : elle en avait fini avec le pla" du rez­ pendant vingt ans, (N. du T.l

162 163
- A propos, Mac, j'ignorais que tu t'intéressais à
reront tout simplement comme un fou inoffensif.
la réincarnation.
Mais les autres te qualifieront de cerveau brûlé, de
Il se raidit. « Je ne m'y intéresse pas! » Puis il
fauteur de trouble, de louftingue et de cinglé. Tu
s'adoucit un peu pour ajouter : « Mais il y a des
vas être inondé de coups de téléphone et de lettres
années, j'ai écrit un article sur un enfant prodige.
de médiums, d'occultistes et d'illuminés. Et pour
Et je ne m'en suis jamais remis. Mozart a composé
couronner le tout, il y aura tous ceux qui se choque­
une sonate à l'âge de quatre ans et un opéra à l'âge
ront, en se figurant que tu mets en question les
dc scpt ans. Je mc souviens de ce petit Suisse de
convictions religieuses. douze ans qui avait été nommé inspecteur du Grand
Je profitai du silence qui suivit pour réfléchir sur
Canal maritime par le Gouvernement suisse, à cause
ce point, puis .ie demandai : « Alors, que dois-je de son génie de la mécanique. Et Samuel Rechevsky,
faire? » le joueur d'échecs? A cinq ans, il a défié simulta­
_ Malheureusement, pas grand-chose. Mais il y a
nément trois champions d'Europe et les a battus tous
tout de même des mesures à envisager. D'abord que
les trois. Dans le Massachusetts, il y a eu un gosse
toi ct Hazel ne vous mêliez en rien des vérifications qui savait lire et écrire à deux ans. A quatre ans, il
à opérer en Irlandc, au sujet de ce qui est évoqué parlait quatre langues et quelques années plus tard,
dans cet enregistrement. Laisse ce soin à une organi­ il était capable de résoudrc n'importe quel problème
sation tout à fait étrangère. En d'autres termes, ne de géométrie. Et il y a quelques mois, j'ai lu dans le
mets pas ton nez dans \cs renseignellleilts à prendre Reader's Digest l'histoire de Blind Tom, un csclave
en Irlande. Ignore totalcment toute cette activité. noir, qui, la première fois qu'il a mis les mains sur
Tu n'cs que l'intermédiaire, le type qui enregisre. En­ le piano de son maître, s'est mis à jouer comme un
suite, tu dois flYre une quantité d'autres enregistre­ virtuose. Comment expliquer qu'un être encore dans
ments uvec cette fille; pendant que tu l'interrogcs, l'enfancc puisse écrire des sonates, résoudre des pro­
tu contrÔles, tu fuis des recoupements, tu y reviens. blèmes de mathématiques supérieures et faire des
n faut que tu obtiennes des fuils, encore des faits, championnats d'échecs? Il doit bien intervenir des
toujours plus de faits. facteurs que nous ne connaissons pas.» ,
Quand Mac me conseilla avec tant de légèreté de
Je m'étais déjà, moi aussi, posé ccs questions.
cc faire une quantité d'autres enregistrements », .ie ne J'avais observé, en out re, que dans la plupart des
pus m'l'mp(~l'her ch' songer 1'1 ln difficlIlté que j'avais cas, aucune hérédité ne semblait justifier ces capa­
eue'b orgamscr une seule séance. cités transcendantes. Et d'autre part, les domaines
_ Et "i .ie suis tes conseils, je ne risquerai plus dans lesquels ces prodiges manifestaient leurs ta­
d'a'voir d'enn4is? lents sont des connaissances anciennes : musique,
Storm y Sam me répondit par un sourire, expres­ mathématiques, échecs, langues.
sion que son visage prenait bien rarement Ge Non.
Ce soir-là, avant de nous quitter, Sam m'aida à
Mals fais-le tout de même. » •
165
164
établir un programme de questions pour la prochaine fort est le choc émotionnel provoqué par l'événe­
séance, dans la mesure, bien entendu, où il me serait ment, plus vif en est le souvenir.
possible de m'assurer de mon sujet pour une autre J'observai qu'il en est de même dans les expé­
séance. En établissant cette liste, nous tenions riences hypnotiques. Alors que l'hypnose étend énor­
compte de ce qu'il ne fallait pas s'attendre à ce mément le champ de la mémoire, il n'opère cepen­
qu'elle sc souvienne de détails politiques et histori­ dant pas le miracle d'évoquer des images qui n'ont
ques. pas de liens affectifs avec le sujet. L'hypnose lève
Après tout, la mémoire est foncièrement liée aux un rideau et permet à l'« œil » de l'esprit de péné­
associations d'idées. Or, celles-ci sont en rapport trer dans des profondeurs qui ne sont pas ordinaire­
étroit avec l'affectivité ct cc qui nous concerne per­ ment accessibles à l'esprit conscient. Mais même à
sonnellement. Par exemple, nous n'avons aucune dif­ cette distance, l'esprit (en état d'hypnose) ne se sou­
ficulté à nous souvenir de la scène de la remise de vient avec précision que des événements qui con­
notre diplôme de sortie du collège, même si cela tiennent pour lui, à un degré quelconque, une cer­
s'est passé il y a plus de vingt ans. Mais si on nous taine charge émotive; il conserve toujours sa ten­
demande le nom du gouverneur de l'Etat. à l'(~roque, dance à « oublier » les événements qui ne l'intéres-,
il y a de fortes chances pour que nous nc nous en
t
sent pas personnellement.
souvenions pas. Pourtant les deux faits sont aussi Il fallait donc veiller à ne pas demander l'impossi­
lointains l'un que l'autre, el il est probable que cc ble à la mémoire de « Bridey Murphy » en établis­
nom apparaissait tous les jours dans les journaux. sant notre liste de questions. Pas trop longue d'ail­
Mais notre mémoire a enregistré l'un dcs événements leurs. La première séance, qui avait duré trop long­
(
et a laissé tomber l'autre dans l'oubli. temps, l'avait exténuée, et j'avais décidé de faire la
Un jour, on m'a "demandé si le numéro six, sur le prochaine plus courte. Et étant donné que j'estimais 1;
cadran de ma montre, était un chiffre arabe ou qu'une régression d'âge dans la vie présente cons­
romain. Or, bien que .jl~ consulte souvent ma montre tituait une bonne préparation pour la régression dans
dans la journée, il m'a été impossible de répondre une vie antérieure, il ne restait plus tellement de
sans y j~ter les yeux. Et quand je la regardai, .le temps pour notre interrogatoire.
constatai que, comme dans beaucoup de cas, le nu­ De plus, je m'étais rendu compte qu'outre la limi­
méro six n'cxistait pas, étant remplacé par la trot­ tation de durée de la séance, je possédais un autre
teusc. moyen de rendre à « Bridey » la transe moins éprou­
Cc n'cst donc ni la fréquence de l'observation, ni vante: tout simplement en usant de suggestions post­
la durée de temps écoulé qui inlluc principalcmclll hypnotiques telles que : « Quand vous vous réveil­
sur la mémoire. Mais bien plutôt, c'est l'intérêt per­ lerez, vous vous sentirez beaucoup mieux qu'avant
sonnel qui est l'essence de la mémoire, et l'affectivité votre sommeil », « vous serez complètement déten­
qui en est l'élément fondamental. En résumé, plus due », « vous vous sentirez merveilleusement bien et

166 167
reposée ». Et puis, il serait peut-être bon de lui laisser instants, je vous parlerai à nouveau, et lorsque je
un petit repos de cinq minutes avant de la réveiller, vous parlerai, cette scène où vous figurez aura surgi
en lui suggérant que ce sommeil si bref équivalait à dans votre mémoire. Vous la verrez nettement et
vous serez capable de nous en flarler. Maintenant,
une heure pleine de profond sommeil.
Comme je m'en doutais, immobiliser les Simmons maintenant, quelle scène voyez-vous? Décrivez-la­
assez longtemps pour faire un second enregistrement moi.
n'était pas chose facile. Mais finalement, une semaine Je vais partir en voyage.
avant Noël, Rex m'appela pour me dire qu'ils avaient - Partir en voyage?
invité des amis pour la soirée ct me proposer d'ap­ - Mmm-mmm.
porter mon magnétophone chez eux afin de procéder - Où?
à un second enregistrement. J'acceptai. - A Antrim.
Le 18 décembre 1952, à neuf heures trente du soir, - Oil cela?
après avoir subi avec impatience une heure de con­ - Antrim.
versation mondaine, je commençai la seconde séanct" - Antrim?
en présence de plusieurs témoins. La mise en état - Oui-oui.
d'hypnose ct la régression d'âge courante sc passè­
- Où est-ce?
rent normalement. Ensuite, voilà ce que donne l'cn­ - Au bord de la mer?
registrement : - C'est au bord de la mer?
Bande n" 2 - Mmmm-mmm ... II y a des falaises ... blanches,
des falaises ensoll'illées ... ct il y a des rochers rou­
_ Et maintenant vous allez retourner encore plus
ges... (ks noirs... 'dans les ravins ... et d'autres ...
en arrière, vous allez reculer en arrière, en arrière,
convient de remarquer que cette fois-ci le sujet
en arrière. AUlisi surprenant que ('(~Iu puisse paraitre,
est revenu à une scène différente de celle dont elle
vous allcl. découvrir que vous pouvez reculer encore
s'était initialement souvenue, lors de la première
plus loin dans le passé, plus loin, plus loin, et encore
séance. Ce jour-là, elle s'était vue arrachant la pein­
plus loin. Vous allez découvrir que vous pouvez re­ ture de son lit, à l'âge de quatre ans.) .
culer plus loin, plus loin, plus loin, encore plus loin
- Et avec qui partez-vous en voyage?
dAns If' passé. Votre mémoire va retourner cn arrière,
- Avec ma mère... el mon père.
en ar-rière, en arrière. Et vous allez vous retrouver;
Et comment s'appelle votre mère?
vous allez rctrouver une scène dans laquelle vous
- Kathleen.
vous verrez vous-même, peut-être dans une autre
- Et votre père?
vie, à une autre époque, en un autre temps, en un
- Duncan.
autre lieu. Vous allez fixer cette scène où vous vous
- Quel âge avez-vous?
voyez; vous allez la revoir nettement. Dans "Quelques
169
168
- Dix ans.
Bon. Comment vous appelez-vous?
- Et vous partez en voyage?
Bridey,
- Oui-oui.
Bridey quoi?
- Un voyage à Antrim ?
Bridey Murphy.
- A Antrim.
Etes-vous sûre que ce soit votre nom, ou avez­
- Bon, et c'est au bord de la mer?
vous un autre vrai nom?
- Oui.
- J'ai été nommée du nom de ma grand-mère.
- Vous partez juste tous les trois?
- Vous avez été nommée du nom de votre grand-
- Oh! avec mon [rère aussi.
mère?
- Quel frère?
- Mmmm,
- Hé bien! Duncan, mon frère Duncan.
- Comment s'appelait-elle?
- Bon. - Bridget.
- Mmmm. - BUll. Maintenant dites-moi dans quelle ville
_ Très bien, maintenant, parlez-moi d'Antrim. vous habitez.
Parlez-m'en. Décrivez-le-moi. Comment est-cc? _. J'habite Cork.
_ C'est une ville au bord de la mer. Il y a des - Cork. Maintenant dites-moi si Cork est au nord
falaises. L'eau coule, les torrents descendent vrai­ ou au sud de Belfast.
ment très vite, et ils forment des petites rivières qui - C'est au sud de Belfast.
vont jusqu'à la mer... et il y a des falaises ... el ces - Au sud de Belfast?
falaises sont vraiment blanches... et Père dit que les - Oui-oui.
cailloux noirs, les caiIloux noirs... ils viennent du Pla­ - Quelle distance y a-t-il à peu près entre Cork
teau d'Antrim. el Bel/ast ?
- Oü est votre autre frère? - Heu... heu ... c'est dans une autre province.
_ Mon autre 'frère, le petit frère ... il est mort. Heu... Bc\fast est... non ... Belfast est... heu.., dans
Il est mort? une autre province... Je ne sais pas à quelle distance.
- Oui.
- Pouvez-vous me dire, pouvez-vous m~ dire, lors­
_ Quel âge avait-il quand il est mort?
que vous allez de Cork à Belfast... pouvez-vous me
_ Oh! c'était un bébé... un tout petit bébé... Je
dire quelques noms de villes, quelques noms des
Ile sais pas... villes et des villages que vous traversez?
'-' De quoi est-il mort? - Je traverse Carlingford... Carlingford.
_ Il a eu une maladie... Je ne sais pas ce qu'il a - Bon.
eu. 'Il est mort... quand il était encore tout. .. - ... Il y a ... il y a ... Carlingford est un lac aussi...
_ Quelle maladie a-t-il eue? un loch ... Carlingford, en Carlingford.
_ Il... Je ne sais pas... Je ne sais pas. - Bon.

170 171
_ Il Y a un loch... un loch... un lac... heu... je vois... pas. Bon, peut-être cela vous reviendra-t-il plus tard.
_ Bon. Y a-t-il un autre endroit dont vous puis­ Que fait votre père?
siez nous parler, à part Carlingl'ord, et y a-t-il d'au­ Mon père est avocat.
tres villes que vous traversiez en allant de Cork à Que fait un avocat?
Belfast? Il pratique... le métier
_ ... On passe par le Plateau d'Antrim pour aller Bon, il pratique le métier juridique. Très bien.
vers le nord ... Quand avez-vous rencontré Brian pour la première
_ Bon. Pouvez-vous nous donner le nom de quel­ fois? Pouvez-vous nous dire quel âge vous aviez lors­
ques rivières d'Irlande? Y a-t-il des rivières en Ir­ que vous avez rencontré Brian?
lande? ... l'avais dix-sept ans.
_ Il Y a Loch Carlingford et Loch Foyle... ça fait L'avez-vous rencontré à Cork ou à Belfast?
deux ... deux ... On ne dit pas fleuve, on dit loch. Je l'ai rencontré à Cork.
_ Je vois, loch est le nom des fleuves 7 Comment se fait-il qu'il était venu à Cork 7
Son père est avocat aussi ... et son père et lui
- Mmmm-mmm.
_ Bon, loch. Très bien. Dites-nous le nom d'une sont venus chez nous.
Brian est venu chez vous?
montagne d'Irlande. MllIm-1I1mm.
_ ... Montagne... il y en a une célèbre... Qu'est-ce
que c'est donc 7... Oh, je ne peux pas m'en souvenir, Et vous aviez dix-sept ans?
Mmm-mmm.
mais c'est très connu. - A quelle école alliez-vous lorsque vous aviez
_ Une montagne très connue 7 . ans?
_ Oh 1 très connue. Il yen a beaucoup en Irlande,
- l'allais à un externat.
beaucoup de montagnes. Je ne m'en souviens pas,
- Comment s'appelait cet externat?
mais Il y -en a une très célèbre... - ... Mme... Mme... heu ...
_ Alors, dltes-nous le nom d'un lac très connu.
- Quel était le nom de l'externat? Mme quoi 7
_ Foyle... Foyle est un lac... un loch... ! - ... Heu... heu... heu...
- Un loch? (Au cours de la première séance, elle avait donné
- Oui, un loch. le nom de l'externat, celui de Mme Strayne - mais
_ Un loch cst-i1 un flellve Oll nn lac 7 cette fois-ci, elle ne parvellait pas à s'en souvenir.
~ Pas lin fleuve. Cet exemple n'est pas unique : il arriva à
_ Pas un fleuve? Bon, loch. Maintenant, quel est reprises, au cours de nos diverses que la
. le nom de ces fameuses mon [agnes ? mémoire de Bridey fût sujette à ces absences tem­
_ ... Heu... je ne m'en souviens pas. poraires. Cela peut être imputé à un moindre degré
Vous le savez, mais vous ne vous en souvenez de profondeur de la transe, à des trous de mémoire,

172 173
ou à des différences d'orientation de l'attention du - Le père de Brian... c'était John.
sujet. A mon avis - et les témoins sont d'accord - John quoi?
avec moi sur ce point - Ruth atteignit à l'hypnose - McCarthy.
la plus profonde lors des enregistrements n" 1 et - Très bien, vous aviez deux amis du nom de
n° 5.) Mary Catherine et Kevin, n'est-ce pas?
- Avez-vous fréquenté d'autres écoles avant cet - Oui.
externat? - Où habitaient-ils?
- Non... J'ai toujours été là, et j'y suis restée - A Belfast.
lorsque j'ai été plus grande. - Quel était leur nom de famille?
- VOliS y habitiez? - ... Heu ... Mary Catherine et Kevin ... Moore...
- Heu ... pendant la semaine - Très bien, Mary Catherine Moore et Kevin
- Alors vous rentriez chcz vous pour le weck­ Moore, c'est bien cela?
end? - Oui.
- Oui. - Bon, bon. Maintenant, parlez-nous de votre
Brian vous a-t-il plu la première fois que vous mort. Vous souvenez-vous de votre mort?
l'avez vu? - Oui... je... m'en souviens... Je me suis simple­
- Non. ment endormie... et ie suis partie, tout simplement...
- Ouel âge avait-il? un dimanche... c'était un dimanche.
Oh 1... il avait dix-neuf ans. - C'était un dimanche?
11 avait deux ans de plus que vous? -- Mmm-mmm.
- Oui-oui. Bon. Vers quclll: heure à peu près?
Bon. Alors il ne vous a pas plu le premier jour - Cl'tait pendant que Brian était à l'église.
de votre rencontre? - Pelldant que Brian était à l'église? Quel âge
Oh 1 il était très bien. Mais il ne me disait rien aviez-vous?
de spécial. - J'avais soixante-six ans.
- Alors: comment vous êtes-vous fiancée avec lui? - Bon. Pouvez-vous me dire, pouvez-vous me dire
- Il est revenu pendant l'été et il a travaillé dans quels sont les trois éléments essentiels de la messe,
le bureau de mon père, ct... .ie suis sortie avec lui... dans l'église catholique? Quels sont les trois élé­
ulol's, je crois, Ciue lout le lIIollde a cOlIsiùéré que ments essentiels de la messe? Pouvez-vous vous en
c'étâit chose faite. souvenir?
-=- Je vois. Avez-vous aimé quelqu'un d'autre avant je n'obtins aucun résultat Qu'elle ait
de connaître Brian? il me semblait, en tout cas,
.u Heu... non. que Bridey aurait dû savoir quelque chose d'aussi
Bon. Comment s'appelait le père de Brian? fondamental. En somme, elle était mariée à un catho­
174 175
lique; par conséquent, je supposais qu'elle devait - Oui, plusieurs fois.
être un peu initiée à cette religion. J'ignore pourquoi Ah! bon.
d'ailleurs, mais j'avais l'impression qu'il s'agissait - Le Nev.'s Letter de Belfast.
là d'une connaissance tout à fait élémentaire et allant - Pourrions-nous trouver d'autres documents '!
de soi. y a-t-il eu un acte de mariage?
Mais quelques jours plus tard, Stormy MacIntosh Oh!... je crois que oui... Certainement... on a
me fit revenir de cette erreur. Pour me le prouver, publié les bans. C'est... Father John qui a fait publier
il posa la même question à plusieurs personnes. Au­ les bans.
cune ne fut capabJe d'y répondre. J'interrogeai alors Ah L. Qu'est-ce qu'une « band » ?
la personne qui m'avait suggéré cette question. A ma (J'avais l'impression qu'elle avait dit ({ bands »,
surprise, elle n'y satisfit elle-même que partielle­ mais l'un des témoins m'épela vivement le mot.)
ment.) - Oh! c'est quelque chose qu'on fait dans
- Vous souvenez-vous d'avoir assisté à une messe? l'église ... on le fait avant de se marier... on... vous
- Non. savez c'est une sorte de bulletin pour annoncer aux
Brian ne vous emmenait pas avec lui?
gens qu'on va se marier.
- Non.
- Oui, je vois. Très bien.
- Il ne vous emmenait pas?
- C'est à l'église ...
- Non.
- Quelle était votre adresse? Peut-être pouvez-
- Ah! bon. Maintenant. nous voudrions vérifier, vous vous souvenir de votre adresse à Belfast?
nous voudrions vérifier quelques souvenirs, ou quel­ Heu ... heu... heu ...
ques faits, prouvant que vous avez vécu en Irlande _ Pouvez-vous nous dire quelque chose sur le voi­
il cette époque. Pourrions-nous trouver, pourrions­ sinage ? De quel côté de la ville, par exemple?
nous truuver quelques documents, ou quelques au­ - Oh! c'était près de la ville, c'était près d'une
tres raits, qui prouveraient que vous avez vécu en Ir­ route, une route...
lande à cette époque? - Comment s'appelait cette route? Avait-elle un
- ... Heu ... il doit y avoir des articles dans le News nom?
Letter de Belfast. C'était... à environ... vingt minutes de Sainte­
- Le News Letter de Belfast? Thérèse, à pied.
'c Au sujet de Brian. Et votre adresse à Cork, pouvez-vous vous en
....::... Au sujet de Brian? souvenir?
~ Oui. Il a enseigné à la Queen's University de - C'était... La Prairie.
Belfast pehdant quelque temps... , vous savez, la - La quoi?
, Oueen's University de Belfast. La Prairie, simplement.
- Oui-oui. Et son nom a été cité dans 1P journal? Ah! bon. Je voudrais que vous vous souveniez

176 177
de votre vie en Irlande à l'époque où vous aviez - Un Irlandais?
quarante-sept ans. A ce moment-là, aviez-vous beau­ - Oui ... c'était le plus brave et le plus fort, et
coup à manger? quand il avait sept... sept ans, il pouvait tuer un
- Il Y avait.._ des... Je me souviens... nous... homme.
- Vous quoi? - C'est vrai?
Heu ... il y avait des troubles. - '" heu ... à dix-sept ans, il pouvait tenir tête à
- Il Y avait des troubles? toute une armée.
Oui, il y avait des troubles. L'avez-vous vu ?
Quel gcnre de troubles? - Non.
Hé bien 1.•• les gens du Sud... heu ... ils ne vou­ - Quand en avez-vous entendu parler?
laient rien avoir affaire avee l'Angleterre. Ils... ne - C'est ma mère qui m'en a parlé.
voulaient pas envoyer de représentants, ne pas avoir - Je vois. Avez-vous entendu parler de l'Améri·
affairc avec eux. Nous... nous ne voulions pas parler que? Pendant votre vie, avez-vous entendu parler de
gaélique. Grand-père ne voulait pas parler gaélique, l'Amérique ?
il disail : le gaélique, c'est bon pour les paysans. Ne - Heu... oui... quelque ... quelqu'un y a été. Ils sont
parle pas gaélique, c'est bon pour les paysans. allés en... Amérique.
VoIre grand-père? - Qui donc?
- Oui. - Des amis de mes parents, ils sont allés en
Comment s'appelait-il? Pennsylvanie.
Il s'appelai!... Duncan aussi. Pour y rester?
Duncan aussi? - Oui.
Mmmm. - Vous ont-ils écrit?
Bon. Vous souvenez-vous d'une guerre, ou de - Ils écrivaient toujours à ma mère... et à mon
plusicurs gucrres, dans laquclll' les Irlandais ont été père.
engagés pendant votre vic? Vous nc vous souvcncz - Comment s'appelaient ces amis?
pas de guerrcs ? - ... heu... Whitty.
- Oh ! je me souviens... de Cuchulain. - Whitty?
(A la façon dont clic J'avail le nom Whitty.
av..tÏl l'ail d'êlre Coodh.dain. C'est un alUi véri­ (Je n'avais aucune idée de l'orthographe exacte.
, fla Plus tardl'orthogntphc.) Celle-ci semble correspondre à la prononciation.)
- Dq quoi? - C'était leur nom de famille?
..:.. Cuchulain. C'était un guerrier. - Oui-oui.
- Ah! oui? Et ils sont allés s'établir en Pennsylvanie?
Oui. • - Oui-oui .
178 179
-- Aimaient-ils l'Amérique? ... pour chaque... chacune des provinces. Il y a ...
-- Oui - oh! quatre provinces... Mun.ster, Ulster.. Ulster. ..
-- Ont-ils écrit à votre mère qu'ils aimaient l'Amé­ Vous souvenez-vous d'une autre?
rique? - Heu... heu ... il y en a deux autres.
Oh! oui. -- Pouvez-vous vous souvenir du nom des deux
- Bon. Alors vous dites que vous aviez soixante­ autres?
six ans lorsque vous êtes morte? - Non.
- Oui. Bien. Revenons à l'époque de votre mort, au
- Et vous êtes morte pendant que Brian était à moment de votre mort. Quel âge aviez-vous?
l'église? J'avais soixante-six ans quand je suis morte.
-- Oui, je suis morte pendant que Brian était à -- Bon. Qu'est-il arrivé après votre mort? Dites­
l'église. nous ce qui est arrivé après votre mort. Avez-vous
(Ceci était dit d'une voix très faiblc.) assisté il vot re enterrement?
- Oui. Je les ai regardés m'enterrer. Je les ai re­
- - BOil. Maintenant, je voudrais que vous vous
gardés mettre le corps en terre.
reposiez. .Je veux que vous vous reposiez et que vous Vous les avez vus mcttre votre corps en terre?
vous rebxkz, que VOliS soviet. tout il fait confortahle. Oui.
Maintenant, nous allons retourner de nouveau à -- Et vous avez vu Brian?
votre vie en Irlande, retourner à votre vie en Irlande, -- Oh! oui, je l'ai vu. Il était là.
retourner de nouveau à votre vie en Irlande. Quel Où êtes-vous allée? Après votre mort?
est le nom de' cette fameuse montagne d' Irlande? - Je suis allée à la maison. Je suis restée dans la
(Pas de réponse.) maison ct je regardais Brian.
- Vous ne pouvez p,lS vous souvenir du nom? - Vous regardiez Brian ?
- Je ne peux pas m'en souvenir. - Oui-oui.
-- Vous ne pouvez pas vous en souvenir? Bon. Comment est mort Father John?
-- Non, je nc peux... - Fathcr John... il est tout simplement mort en
-- Alors, 'donnez-nous les noms des autres lochs. dormant.
-- Lochs! (elle corrigeait ma prononciation). - Il est mort en dormant?
Loch, très bien. Donnez-nous-en quelques-uns, - Oui.
-deux ou trois. L'avez-vous regardé mourir, dites-moi?
.....:. Loch Munster. -- Non, je ne l'ai pas regardé mourir.
' - Loch.Munster? Très bien, et un autre? Mais il vous a rejointe après sa mort?
-- Loch... Il Y a un loch pour chaque.. Oui, il est venu vers moi, et nous avons parlé...
-- Loch quoi? • Tl avait eu une mort agréable.

180 181
Il avait eu une mort agréable?
, - Pas un chagrin comme celui qu'on a ici ?
Oh! oui.
- Non ... c'est... il n'y a pas d~ quoi
Qu'a fail Father John après vous avoir quittée? - Vous ne ressentiez aucune souffrance dans ce
Où est-il allé?
monde astral?
Il m'a dit qu'il allait chez lui. - Non. Non.
- Il VOLIS a dit qu'il allait chez lui? - Aucune souffrance? Eprouviez-vous des affec­
Oui-oui.
tions de quelque ordre, des affections familiales?
- Avez-vous une idée d'olt il puisse se trouver Non.
maintenant? Vit-il sur cette terre? - Ni conjugales?
Je ne sais pas... si, il est vivant. II vit. - Non.
- Il vit?
- Je vois. Les parents restaient·i1s ensemble?
- Il vit.
- Non. Non ... nous ... c'était... Non, ma mère n'a
Comment le savez-vous? jamais été avec moi. Mon père a dit qu'il l'avait vue,
- Comme ça... je sais qu'il vit. mais pas moi.
- Mais vous ne savez pas Ol! il vit? Vous n'avez - Oh! vous n'avez pas vu votre mère?
aucune idl!e de l'endroit où il vit? - Non.
- Non ... je l'ignore. Je suis relournée à Cork et - Pourtant, votre père vous a dit qu'il l'avait vue.
je ne l'ai plus vu. - Oui.
- Je vois. Bon, pendant que vous étiez dans ce - Je vois. Il n'y avait là ni amour ni haine?
monde des esprits, pendant qUl' vous étiez dans ce - Non.
mondl' des esprits, avez-voliS entendll - Vous n'aimiez ni ne haïssiez jamais?
peler le monde astral? Avez-vous entendu quelqu'un - Non ... on aimait ceux qu'on avait quittés.
dire que ("(\Iail le monde astral? - Vous ne haïssiez personne?
- Ll' monde astral. - Non.
- Avez-vous entendu ce nom? - Vous avez dit que dans le "monde astral on ne
- Oui, Je l'ai entendu. pouvait pas parler longtemps avec quelqu'un, qu'ils
- Bon, ulors nous le désignerons sous k' nom de s'en allaient. Vous avez dit qu'on ne pouvait pas leur
monde astral. Dorénavant, nOLIs le dési)!l1l'rons sous parler longtemps parce qu'ils s'en allaient. Où al·
1(' nom d(' mond(' :ls1r;". Dnno.; t'l' llIonde ;I;.tral, éprou­ laient-ils?
viez-.vous des sentiments Oll des émotions? - Simplement... ils voyageaient.. c'était juste en
- Nous étions simplement... bien; on n'était pas... passant... il n'y a pas de temps. Là... rien ne compte...
J'Ut cu de la peine quand Fathcr John cst mort, mais simplement...
il e~1 vel\u me retrouver ct nous avons parlé, et ce - Bon. Vous avez dit que, lorsque étant dans le
n'était pas un chagrin comme celui qu'on.a ici. monde astral, vous avez quitté Belfast pour retour­
181 183
ner à Cork. Comment avez-vous été de Belfast à - Vous lui manquiez ~l ce moment-là?
Cork? _ Oui. Tl se sentait solitaire avant... mais ils par­
- ... j'ai simplement souhaité d'y être. laient ensemhle, et il avait quelqu'un.. Après sa
- Qu'avez-vous fait? mort, il était tout à fait seul.
- J'ai souhaité d'y être. - Quoi donc, après sa mort?
- Vous avez souhaité d'y être. Et combien de _ Après la mort de Father John, il était tout à
temps vous a-t-il fallu pour aller de Belfast à Cork? fait seul.
- Je ne sais pas. Il n'y avait pas de temps. - Je vois. Alors, vous pouviez lire ses pensées,
- Il n'y a pas de temps. C'est-à-dire, que lorsque pouviez-vous lire ses pensées tout le temps?
vous souhuitez d'être à Cork, vous y êtes. _ ... Si je le voulais, je pouvais... Je pouvais savoir
- A peu près. . ce qu'il désirait et ce qu'il pensait
- Ah ! bon. Très hien. Lorsque vous étiez à Cork, _ Lorsque vous avez vu votre petit frère, celui
dans ccttl' vie astrale, dans ce monde ustral, saviez­ qui t'st mort, vous nous avez dit que lorsque vous
vous cc qui se passait à Belfast, dans la maison de êtes retournée à Cork, vous avez vu votre Detit frère
Brian, pourriez-vous nous dire ce qui sc passait à qui est mort.
Belfast thms la maison dl' Brian? - Oui.
NOI\. - Comment était-il? Etait-il tIn petit enfant ou
VOliS ne le savÎcz pas? était-il comme un adulte?
Je ne regardais pas... On peut. Il était un petit enfant.
VOliS pouviez regarder? _ Exactement comme il était lorsqu'il est mort?
On peut... Mais... je ne regardais pas. Je restais il était... il était exactement comme un
là simpll'ment... on peut voir... tout ce qu'on veut. enfant, mais il n'était pas... il savait parler.
Vous pouviez voir tout cc que vous vouliez, à - Ah ! bon. Savait-il parler lorsqu'il est mort?
condition d'cn avoir envic ? - Non, il avait. .. non, il ne savait pas... il n'était
- Il suftit de le vouloir... d'y penser... pour voir encore qu'un hébé.
n'importe quoi. - Ah! mais lorsque vous l'avez vu, il savait par­
Bon. Pourriez-vous nous dire si, pendant que 1er? .
vous ~tiez à Belfast, nous dire à quoi Oui, il savait parler à ce moment-là.
l'l'lisait Briall? IIOllS dire ~l quoi il - Comment était-il habillé?
pensait? Pas de vêtements.
- Oh! je savais quand il regrettait mon absence. Pas de vêtements. Très bien. Et vous vous sou­
Je' savais quand je lui manquais... ct... je lui man­ venez d'avoir parlé avec votre petit frère. Vous sou­
quais lorsque Father John n'est plus venu à la mai­ venez-vous de ce qu'il vous a dit?
1011. - Oui... il m'a dit que... Duncan et moi avions

184 HS5
couru à travers la pièce... et bousculé le berceau, et Vous pouviez voir?
Duncan, l'avait renversé, ct il avait pleuré, ct Duncan Et on pouvait...
s'était sauvé pour se cacher, pour que ma mère croie Vous ne pouviez ni sentir ni toucher?
que c'était moi qui l'avais fait. - On pouvait entendre.
Mais, s'est-il fait mal lorsque vous avez ren­ - Mais vous pouviez entendre. Bon. Maintenant,
versé le berceau ?
dites-nous s'il y avait toujours une sorte de lumière
C'était par terre. C'était...
dans votre monde astral, s'il y avait une sorte de
Oh! je vois.
lumière, et si vous pouviez vous rendre compte
C'était très bas. Il a juste roulé dehors.
quand c'était la nuit et quand c'était le jour. Pouviez­
Duncan ct vous, aimiez-vous votre petit frère?
vous voir si c'était la nuit ou le jour pour Brian, alors
Oh! oui.. Nous l'aimions, mais il... il étgit tou­ que là où vous étiez, et qu'il y avait toujours une
jours tellement malade, et ma mère restait tout le sorte de lumière? Le pouviez-vous?
temps avec lui, depuis sa naissance. - Oui...
De quoi est-il mort, votre petit frère? - Cette lumière que vous aviez, dites-moi, pou-
- Je ne sais pas... je ne peux pas... viez-vous la voir nettement et pouviez-vous voir si
- De quoi est-il mort? c'était la nuit ou le jour pour Brian?
- Je ne peux pas m'cn souvenir... Il était tout - Oui.
bébé, je sais, mais... - Mais pouviez-vous toucher, ou sentir, ou voir
- Bon. Dans ce monde astral, dans ce monde cette lumière du monde astral? Outre:: le fait que
astral, ressentiez-vous des changements de tempéra­ vous la voyiez. pouviez-vous sentir cette lumière?
ture, faisait-il chaud ou froid? AvieZ-VOLIs un autre moyen de sentir sa présence?
- Non. - Non.
- Ni chaleur ni froid. Y avait-il des guerres, des - Vous ne pouviez pas?
combats?
- Non.
Non.
- Bon. Comment pouviez-vous le savoir s'il y avait
Ni guerre ni combats?
de la lumière tout le temps? Comment le pouviez­
Non.
vous? Comment pouviez-vous savoir si 'c'était le jour
Très bien. Dans ce monde astral, possl~dicz-vous ou la nuit pour Brian?
un sens de l'oùorat, du tULH•.:her, en 1emlicz-vous, - Je le vuyais, lui, et je voyais qu'il allait se
voyiez-vous? Aviez-vous tous ces sens? Dans le coucher, alors je m'asseyais sur son lit... et comme
monde astral, pouvait-on toucher les objets? ça on se disait que c'était le jour ou la nuit.
. Non.
- Alors, vous saviez qu'il faisait nuit parce qu'il
Pouviez-vous les sentir?
allait se coucher, mais vous ne voyiez pas, vous­
Non. On pouvait voir...
même, de changement de couleur?


186 187
- Non, non, je savais seulement que c'était la
nuit. JI agissait comme si c'était la nuit.
- Oh! je vois. Il agissait ainsi, mais vous, vous
,
" ,
- Vous alliez simplement où vous vouliez?
- Oui.

- Vous faisiez ce que vous vouliez?

ne pouviez pas le voir? -Mmmm.

- Non. - Reposez-vous, relaxez-vous, reposez-vous et re­


- Ah ! bon. Très bien. Se passait-il quelque chose, laxez-vous, reposez-vous et relaxez-vous et faisons
dans ce monde astral, existait-il des choses telles revenir à votre esprit des scènes qui ont cu lieu long­
que la mort, la maladie, la vieillesse? La mort, la temps avant votre vie en Irlande. Ces scènes vont
maladie, la vieiIIesse existaient-elles dans cè monde vous revenir à l'esprit. Ces scènes vont vous revenir
astral? à l'esprit et je vous parlerai de nouveau, dans quel­
- Il n'y avait pas de mort... on disparaissait seule­ ques minutes, et vous nous les décrirez. En atten­
ment... on passait de cette existence... on passait... à dant reposez-vous et relaxez-vous èt laissez ces scènes
une autre existence. C'est tout, il n'y avait pas de vous revenir à l'esprit. Reposez-vous et relaxez-vous,
mort. reposez-vous et relaxez-vous et contentez-vous d'écou­
Pas de maladie ? ter ma voix. Vous vous souvenez du monde astral,
Non. et vous vous souvenez de Father John et de votre
Ni de vieillesse? vie, lorsque vous étiez Bridey Murphy. Vous vous
Non. Il y avait là des vieillards. Moi j'étais souvenez de votre vie en Irlande lorsque vous étiez
vieille, j'avais... Bridey Murphy. Et vous vous souvenez d'avoir été
Etes-vous devenue plus vieille? une toute petite fille dans cette vie. Maintenant, vous
' - Non, j'avais soixante-six ans. allez penser à ce qui s'cst passé bien, bien, bien, bien
- Ah ! bon. Bien, maintenant, reposez-vous et re­ avant. Vous allez retourner en arrière encore et en­
laxez-vous, reposez-vous et relaxez-vous, et retournons core. Alors des scènes vont vous venir à l'esprit, elles
encore en arrière, en arrière dans le monde astral. vont revenir à votre mémoire, et vous allez nous les
Dans ce monde astral, aviez-vous à vous conformer raconter. Allez, dites-nous ce que c'est. Allez, mainte­
à certains règlements ou à certaines lois? Avez-vous nant racontez-nous la scène qui est d~ns votre es­
eu à vous conformer à certains règlements dans ce prit... Dites-moi ce qui se passe. Qu'y a-t-il dans
monde astral? votre mémoire?
Non. - Je ne sais pas.

Ni règlements ni lois? - Vous ne savez pas? Vous ne voyez pas une

.- Non. scène?

- Personne ne vous guidait, personne ne vous Non.

donnait des directives? Rien du tout?

Non. • Non.

t88 189
Et plus loin en arrière? - Votre mère vous l'a raconté?
Non... - Oui, et... les Contes de... Emer (ou Emir).
- Aucune scène ne vient à votre esprit. Vous ne - Les contes de qui?
voyez pas une scène où vous êtes, étant enfant ? - Emer.
... en Irlande... J'étais un enfant... une petite - Emer?
fille ... en Irlande. Je suis en train de lire... de lire... - Oui.
un livre. - Et c'était au sujet de ?
- Vous lisez un livre? Vous souvenez-vous du - C'était l'histoire de la belle fille d'Irlande...
titre de ce livre? qui possédait... six dons.
Heu ... - Elle possédait six dons?
- Ouel était le titre de ce livre? - Oui-oui.
- C'était Sorrows of.-.. Sorrows of... Deirdre (1). - Pouvez-vous vous en souvenir?
- Sorrows of... qui? - ... le don de beauté... du chant... du beau par­
Deirdre. (Elle le pronoça Dee-ay-druh.) ler... et le don de sagesse... et l'art des travaux d'ai­
_. Très bien. Quel âge aviez-vous lorsque vous guille... cl le don de chasteté.
avez lu ce livre? - Le don de chasteté. Bon. Très bien Vous sou­
- J'tlVais... huit ans. venez-volis d'autre chose de votre vie de petite fille
- C'était à quel sujet, ce livre? en Irlande?
- C'était l'histoire de Dei rd re... et eHe était très - ... heu... je me souviens... d'avoir arraché les
beHe... ct elle devait se marier avec.. œ roi... cc roi chaumes du toit.
d'Ecosse... qu'elle n'aimait pas... et un jeune homme - Arraché les chaumes du toit?
est venu pour la sauver. Elle était enfermée dans un - Oui-oui.
donjon... et ils se sont enfuis... mais ils :mt été trahis - Vous aviez un toit de chaume?
et ramenés... et luI, on l'a tué, ct elle s'est suicidée. - Non, c'était... la grange avait... un toit de chau­
C'est l'histoire de Sorrows of Deirdre. me.
- Vous l'avez lu quand vous aviez huit ans. Un toit de chaume.
- Non, c'est ma mère qui le lisait. On arrachait les chaumes... et mon père était
- Votre mère le lisait? furieux.
- C'est une histoire que loul I(~ mond,e lisait en Bon. Maintenant, je voudrais que vous pensiez
Irlande. C'est Sorrows of Deirdre. à ce qui s'est passé bien, bien, bien avant, bien avant
~' Sorrows of Deirdre. Savez-vous qui l'a écrit? cette vic en Irlande. Retournez en arrière. Sans faire
- ... non... je sais seulement que je l'ai entendu. d'effort particulier, vous allez voir que vous pouvez
retourner plus loin en arrière. Je veux que vous
(1) • Delrdre deI! Douleurs. Il • retourniez en arrière et Que vous V0US retrouviez à

190 191
la Nouvelle-Amsterdam. Retournez en arrière jus­
, ...
01', •
1-i
1
'~'

qu'à ce que vous vous retrouviez à la Nouvelle­ 6


Amsterdam. Retournez en arrière jusqu'à cc que
vous retrouviez une scène qui sc passe à la Nouvelle­
Amsterdam. Maintenant, avez-vous une scène qui se
passe à la Nouvelle-Amsterdam?
- Heu... oui...
Voyez-vous une scène qui se passe à la Nouvelle­
Ams terdam ?
Heu... heu... heu...
Ne voyez-vous pas une scène?
- Heu... j'ai mal aux bras.
Vous avez mal aux bras?
- Oui-oui. Entre la seconde et la troisième séance, Stormy
- Pourquoi avez-vous mal? MacIntosh et moi eùmes une nouvelle idée. Si cette
Oh 1... malade. fille avait réellement vécu en Irlande, si elle avait
- Vous étiez malade? Quelle maladie? bien été Bridey Murphy, pensiom.-nous, elle avait
- ... heu... heu... j'ai mal aux bras. peut-être acquis un talent ou une capacité dont elle
- Vous avez mal aux bras? Mais pourquoi avez- pourrait, soit nous faire une description au cours de
vous mal aux bras? la transe, soit, plus tard, grâce à une suggestion post­
- ... heu... j'ai mal aux jambes. hypnotique, nous faire une démonstration. Peut-être
- Vous avez mal aux jambes. Mais, vous aviez pourrait-clIc jouer du piano ou d'un autre instru­
mal à ce moment-là, pas maintenant, maintenant ment, peut-être était-elle même capable de jouer aux
vous n'avez pas mal. Bon. Laissons cette vie à la échecs. En résumé, nous espérions pouvoir provo­
Nouvelle-Amsterdam. Oublions-la et retournons en quer, chez Bridey Murphy, l'exécution d'une techni­
Irlande. que ou d'une capacité actuellement étrangère aux
(Le sujet paraissant douloureusement troublé, j'ai capacités de Ruth Simmons. .
vivement suggéré une autre scène, pour la détour­ C'est donc en ce sens que nous établîmes le plan
uer de <.:eLLe période de la Nouvelle-AmstenJam. En-, de notre troisième round. Lorsque je suppliai les
.uite j'ai terminé la séance de la façon habituelle.) Simmons de me réserver qùelques heures avant mon
départ pour New York fixé au 26 janvier, ils m'accor­
dèrent la soirée du 22 janvier 1953.
Voici la transcription de l'enregistrement de la
.
troisième séance (après l'habituelle régression d'âge):

193
Bande n" 3 cheur qui se livre au même genre d'expériences hyp­
J'en avais tiré quelques questions nouvel­
- Retournons avant l'époque de votre naissance les à poser sur le monde astral.)
dans cette vie. Retournons en arrière, en arrière, en - Oh L..
arrière avant votre naissance. Vous en souvenez-vous? - N'ont-elles pas de nom du tout?
Vous souvenez-vous de l'existence que vous avez eue - Je ne m'en souviens pas.
avant celle-ci ? - Alors, dans ce monde astral, ce monde des es­
- ... Je me souviens... seulement... d'avoir atten­ prits, pourriez-vous nous dire la différence entre les
du ... oh 1... oh 1... hommes et les femmes? En d'autres termes, y avait­
- Allez-y, dites-nol{'; quoi. Qu'al tendiez-volis? il un sexe?
- ... J'attendais... simplement... oh!... oh L.. on - Non.
attend seulement. - Bon. Mais vous pouviez dire qu'un homme était
- Où attendiez-vous? un homme et une femme une femme?
- Je... hé bien! j'attendais... là oit tout le monde - On le savait, comme ça.
attend. - Bon, vous le saviez. Maintenant, il y a une ques­
- Vous attendiez là Ol1 tout k~ mon(k attend? tion que je voudrais vous poser. Lorsque vous étiez
Comment s'appelle l'endroit où tout le monde at­ dans cc monde astral, dans ce monde des esprits, y
tend? avait-il des moments où vous vous souveniez de vos
- C'est juste l'endroit Ol1 on attend. vies précédentes?
- Oh ! je vois. Bon. Alors, dans ce cas, appelons-le Je ne m'en souviens pas.
le monde astral ou le monde des esprits, dans ce Vous ne vous en souvener. pas ?
monde aslral. cc monde des esprils, qui vous a dit Je... je me souviens de certaines choses, mais
que vous allier. avoir une autre existence? Qui vous je...
a dit que vous alliez naître à nouveau? Il y a des choses dont vous vous souvenez.
- Des... femmes. Alors tâchez d'en saisir une, tâchez de saisir quelque
- Des quoi? chose dont vous vous souvenez et parlez-nous-en.
- Des femmes. ... heu... je... me souviens... de danser... danser...
- Des femm(.~s ? Danser avec qui ?
--:- Oui. - Toute seule.
- Comment les appelle-t-on ?... Vous ne vous sou­ De danser toute seule?
venez pmi C(lmment on les appelle? Je... m'exerçais... à danser la gigue,
(A la suile des commentaires de Bridey sur le (Comme elle devait nous l'exprimer bientôt, elle
monde astral, dans les précédents enregistrements, faisait allusion à ce qu'elle dansait lorsqu'elle vivait
j'avais pris connaissance du rapport d'un autre cher­ en Irlande.)

194 195
t

Vous vous exerciez à danser la gigue? les gens savaient ce qui allait se passer... quand on
Oui... J'étais une bonne... danseuse. serait là.
Vous étiez une bonne danseuse. (Bridey Murphy McCarthy Imourut en 1864; Ruth
Oui, comme toutes les petites filles j'étais Mills Simmons est née en 1923.)
bonne danseuse. - Je vois. Très bien.
- Mais, vuus souvenez-vous d'avoir dansé dans le - Mais cela ne nous concerne pas.
monde astral ou bien, l'tant dans le monde- astral - Cela ne vous concerne pas, je sais Bon, c'est
vous souveniez-vous d'avoir dansé autrefois. très intéressant, très intéressant. Maintenant reposez­
Je me souvenais d'avoir dansé autrefois. vous et relaxez-vous, reposez-vous et relaxez-vous. Il
Vous ne dansiez pas dans le monde astral? raut que vous vous sentiez tout à fait détendue. Re­
Oh! non. posez-vous et relaxez-vous. Qu'il ne vous reste plus
Oh! non. Bon. Mais dites-moi. dans 'ce monde aucune fatigue. Maintenant je voudrais que vous
ast raI y avait-il des fous? cherchiez dans vos souvenirs plus loin, plus loin plus
- Je n'en ai pas vu. loin en arrière, mais sans faire d'effort, tout naturel­
- Vous n'en avez pas vu. Bon, c'est très bien. lement, ramenez simplement votre mémoire en ar­
Maintenant, dites-moi aussi pendant que vous étiez rière, plus loin, plus loin, encore plus loin, et vous
dans cc monde astrul, cc monde des !Jrits, pou­ allez retrouver une scène, une scène ancienne, du
viez-vous prévoir l'avenir des gen<; étaient sur temps où vous viviez sur la terre. Plus loin que le
terre? Pouviez·vous voir les gens qui étaient sur temps où vous étiez dans le monde astral, retournez
terre ct prévoir leur avenir? avant le temps où vous viviez dans le monde astral,
Oui. et vous allez retrouver une scène et nous la décrire.
Vous le pouviez? ... heu ... mon anniversaire.
Oui. Votre anniversaire? Bon.
Vous pouviez voir J'avenir? ... de mes sept ans.
Oui. Vous aviez sept ans?
Bon. Qu'est-ce qui vous fait dire que vous Mmmm oui.
pouviez? Donnez-nous un exemple. Le jour de votre anniversaire?
- Parce que je... simpll'ment... c'est comme avant Oui, mon anniversaire.
qu'vn soit né... on sait cc qui se passera.. on voit les. Bon. Et comment vous appelez-vous?
choses qui vont se passer... et j'ai vu une guerre... un Bridey.
homme là disait qu'il allait y avoir une guerre. C'était Très bien. Qui assistait à votre anniversaire?
avant que je naisse... avant que je sois née. Et il.. il ... heu... ma mère... et mon père... et mon frère.
disait... qu'il y aurait une guerre... qu'il y avait eu - Bon, et qui d'autre?
une guerre avant que je naisse ... ils pouvaient voir... - Juste la famille.
196 197
~.

Et le petit frère! Etait-il là ') de vous voir il l'époque où vous alliez à ccl ex ter­
Oh! non. II est mort! n~t.
Vous apprenait-on quelque chose au suiet de la
Il est mort? Et comment s'appelle votre autre politique?
frère? Quel est le nom de votre frère qui était là ? Oh! non,
- Duncan. - Oh! non?
_ Dunnm. Et le nom de votre mère? On ne nous apprenait pas ça.. oh non!
- Kathleen. Bon, maintenant allons plus loin et souvenez­
_ Kathleen. Et votre père, comment s'appelait­ VOliS du temps où vous deveniez plus grande fille et

il ? du temps où vous avez rencontré et finalement


- Duncan lui aussi. épousé... Qui avez-vous épousé?
_ Duncan aussi. Bon. Et votre père, Duncan, que Brian.
faisait-il? Quel était son métier? - Bien. Alors, à l'époque du mariage maintenant.
- Il était... avocat. VOLIS devez vous souvenir du mariage; donnez-nous-en

- Avocat? la date, seulement l'année. En quelle année était-ce?


- Oui. - C'était en dix-huit cent... dix-huit cent...
- Dans quelle ville? - Dites-moi, vous nous avez dit que vous habitiez
- Cork. Cork et que vous vous êtes mariée à Belfast. Com­
_ Est-cc là que vous viviez. à Cork? ment avez-vous fait le voyage de Cork à Belfast?
- Oui. Quelle sorte d'automobile vous a conduite de Cork
_ Bon. Très bien. Alors vous aviez sept ans et à Belfast?
c'était le jour de votre anniversaire. y avait-il - Pas une automobile.
qu'un d'autre? Vous en souvenez-vous? y avait-il
quelqu'un d'autre, à part ta ramille?
_ Oh !... il Y avait ... Mary était là... elle avait fait
la cuisine.
- Pas une automobile?
- J'ai voyagé en voiture de louage.
- En voiture de louage?
- Oui. une voiture de poste.
..
- Mary quoi? - Une quoi?
Mary... - Une voiture de poste avec des chevaux.
VOliS SOll\'l'IWi'-VO\1S (k son nom ne famille? - Avec des chevaux?
Non ... non ... je ne m'en souviens pas. - Oui.
Bon, très bien, je voudrais que vous deveniez - Très bien. Alors, par quelles villes, par quels
uri peu plus vieiIIe dans ceUe vie. Vieillissez un peu, endroits avez-vous passé cn allant de Cork à Belfast?
tâchez de VOliS voir à huit, Ill'uf, dix, onze, dUlIi'.c an~, - Oh !... j'ai passé... oh!... par... Moume...
et plus grande encore. Tâchez de vous voir allant à - Par où?
cet externat dont vous nous avez parlé d~jà. Tâchez - Mourne.

1'98 199
Mourne? Bon, ne cherchez pas davantage, laisse:r. cela.
Mourne, oui. J'ai traversé ... votn' grand·père parlait-il gaélique?
Quoi d'autre? Grand-père ne voulait pas parler e;aélique.
... oh ! Carlingrord et... nous avons passé par... Il ne voulait pas ?
oh 1... par. .. ... il disait... que le gaélique était bon pour les
Donnez-nous le nom d'un autre endroit. Donnez­ paysans. Il ne voulait pas le parIer.
nous le nom d'un autre endroit que vous avez tra­ Je vois. Mais vous-même, connaissiez-vous des
versé en allant à Belfast. mots de gaélique? Bridey Murphy, connaissez-vous
- ... oh! oui ... Balings Crossing (ou Baylings?) quelques mots de gaélique?
-... oh! .., seulement... des mots comme ban­
- Très bien, maintenant cela surfit. Ne vous rati­
shee (t).
guez pas davantage. Repose:r.-vous un peu. Détendez­
- Oui, et puis?
vous, relaxe:r.-vous complètcment. Quel âgc aviez-vous
- Hé bien... banshee et... oh... heu ... tup!
à peu pI-ès lorsque vous avez rencontré Brian? - Quoi?
- Environ... environ.,. seize ans. - Tup.
(Cette rois-ci Bridey dit qu'clic avait {( environ Qu'es1-ee que c'est?
seize ans ", lors dc sa rem'ontre avec Brian. Dans le T-u-p. Tur!
second enregistrement, à la l1Iême ouestÎon. l'Ile avait Qu'est-cc que cela veut dire?
répondu dix-sept ans.) Tup... oh! vous êtes un tup L.. vous êtes... une
- Bon. Brian vivait-il à Cork ou à Belfast avant espèce de bon à rien ... ce n'est pas un terme très
votrc mariage? correct, naturellement. Ils ne s'expriment pas très
Il vivait avec sa grand-mère. bien.
Oil ? - Oui, je vois. Mais dites-moi, il y avait un journal
A Belfast. à Belfast. Comment s'appelait-il ?
Ah! bon. - Belfast... Belfast News... Belfast News Letter.
Sa mère était morte ct... son père était aussi - Très bien. Le News Letter. A propos, vous ap­
un avocat. prenait-on à lire à cet externat où vous alliez? Vous
- Son père était aussi avocat. VOliS l.lvie:r. des amis y apprenait-on à lire?
qui s'appelaient Mary Catherine ct Kcvill .. Ouel était, On nous faisait la lecture.
leur nom de famille? Mary Catherine ct Kevin quoi? On vous faisait la lecture.
:- Moure, Moore. On nous faisait la lecture et nous emportions
- Est-cc que vous vous souvenez du nom de la
route sur laquelle donnait votre maison, à Belfast? (1) Fée, dont l'apparition ou les cris sous les fenêtres d'une
... route de... route de... • maison prés,lgl'aient la mort d'un de ses habitants. (N. du T.)

20f) 201
des choses à faire à la maison ... notre mère devait Oui.

nous apprendre,.. oh! beaucoup de choses.. mais on Vous en souvenez-vous bien?

nous faisait la lecture et nous apprenions à lire le... Oui.

Vous appreniez à lire aussi, n'est-ce pas? Je voudrais que vous revoyiez en esprit cette

- Oui, un peu. " Gigue du Matin ", seulement en esprit, revoyez-la


- Bon. Et parmi toutes ces lectures, avez-vous lu en esprit, et vous serez étonnée de constater, lorsque
quelque chose au sujet de la reine; dans tout ce que vous vous réveillerez cette nuit, et qu'on vous de­
vous avez lu dans votre vie, depuis le moment où mandera de la danser, que vous y arriverez très
vous fréquentiez l'externat jusqu'à votre mort, vous facilement. Pensez-y bien. Maintenant vous ne ferez
souvenez-vous d'avoir lu quelque chose au sujet de plus rien d'autre, vous vous reposerez simplement
la reine? en vous souvenant de cette" Gigue du Matin ». Sou­
- Je ne me souviens pas... d'avoir lu... quelque venez-vous de tous les pas, souvenez-vous de cette
chose au sujet de la reine. danse. Vous allez voir comme c'est facile; laissez
Bon. Maintenant je vais vous poser une ques­ votre esprit s'en pénétrer; laissez tout votre corps
tion à laquelle je voudrais que vous réfléchissiez. s'en pénétrer, et plus tard, vous allez pouvoir la
Lors de cette existence où vous étiez Bridey Murphy, danser parfaitement bien. Maintenant je vais vous
ou Bridget Murphy, aviez-vous un talent particulier? laisser quelques instants sans vous parler et vous
Saviez-vous danser? Saviez-vous jouer du piano? Sa­ allez rappeler vos souvenirs, tranquillement et agréa­
viez-vous jouer aux échecs? Ou à un autre jeu? Pou­ blement et vous revoir dansant la " Gigue du Matin ".
vez-vous nous dire cela? Vous allez vous souvenir comment on la danse. Je
- Je savais danser.
ne vais plus vous parler pendant quelques instants.
- Vous saviez danser?
Vous vous souviendrez de cela. Ce seront des souve­
- Oui. je savais danser.
nirs agréables et heureux... Très bien... Très bien.
- Etiez-vous considérée comme une bonne dan­ Reposez-vous et relaxez-vous, reposez-vous et relaxez­
seuse ? vous, et vous allez voir avec quelle facilité vous pour­
- Oh 1 j'étais seulement... ma famille trouvait que rez me parler et répondre à ces questions. Dites-moi,
je dansais bien, et, ce n'était pas... Je dansais seu­ aviez-vous d'autres talents? Saviez-vous jouer d'un
lement pour la famille. instrument de musique?
Vous dansiez seulement pour la famille?
Je .Îouais de la lyre (elle prononçait leer).
Oui.
Vous jouiez de la lyre?
y avait-il une danse que vous préfériez?

- Oui!
Je préférais la « Gigue du Matin ».

C'est ainsi que vous l'appeliez, la « Gigue du - Jouiez-vous bien?


'4

Matin,.? • _ Oh! pas maL J'ai joué... j'ai travaillé pendant

202 203
deux ans. Je jouais pas mal. Duncan jouait mieux - Avait-il un plat favori, quelque chose qu'i! pré­
que moi. férait et que vous aimiez raire pour lui?
- Duncan jouait mieux que vous? Ah bon. Croyez­ - Le bœuf bouilli aux oignons, voilà cc qu'il pré­
vous que vous sauriez jouer de la lyre maintenant, férait.
'si vous en aviez une? - Du bœuf bouilli aux oignons?
- Oui, je crois. - Oui, du bœuf bouilli ... el il fallait que ça cuise
- Vous le croyez? Très bien, Que saviez-vous toute la journée.
d'autre? Saviez-vous jouer aux échecs? - y avuit-il un plat particulièrement irlandais
Non. qu'il aimait?
- Vous ne saviez pas jouer aux échecs? - Mais ça c'est irlandais! Le bœuf bouilli aux
- Non. c'est un bon plat irlandais!
- Connaissiez-vous d'autres jeux? (Là Bridey s'était récriée d'indignation; clic sem­
- Oui, le « fancy ». blilit sulloqu':e qu'on puisse mettre en doule 'Ille le
- C'est un jeu. En quoi consiste-t-il ? bœuf bouilli aux oignons soit un plat
- On joue avet: des t:artl's. - Oui, oui, je sais. Et quoi d'autre?
- On joue avec des cartes. Et quelle sorte de - Il <limait !cs pommes LIe terre n'importe com­
jeu est-ce? ment, de qul'lqUl' façon qu'on les prépare. Il les
- C'est un jeu qui sc joue avec un tableau... et mangeait toujours avec plaisir. Et si 011 lui faisait
il deux personnes seulement. un gâteau, il était content. Je me moquais toujours
- Seulement deux personnes? de lui ct je IL' plaisantais en lui disant qu'on pou­
- J'y jouais avec Duncan ... Il fallait tourner au­ v.lil lui fain' un güteau, il le mangerait avec des
tour des carrés. Et les cartes indiquaient combien pommes de terre.
de fois on pouvait se déplacer. Est·ce que ,vous vous souvenez de noms de mai­
- Oh 1 je vois. sons de commerce de Belfast, là OÎJ vous faisiez vos
- ... Oh 1... et le premier arrivé, on lui donnait un achats, dcs magasins, des boutiques, de n'importe
muffin ou une surprise. C'était la petite récompense. quelle sorte, à Belfast? Vous souvenez-vous de quel­
Lui me donnait quelque chose qui lui appartenait, ques n0l115 '? •
dont j'avais envie. Si c'était moi qui perdais, je lui Je me souviens... de la câblerie, C'était une
dOllllUis <.juclquc chose <.jui était il 1II0i, ct <.ju'il vuu­ grosse maison de câbles.
làit.:. un livre, uu un bonbon, n'importe quoi. Le U nc grosse maison de câbles ?
gagnant avait le droit de choisir. Oui ... de cflbles ... ils faisaient des câbles,
- Bon. C'est vous qui faisiez la cuisine pour Brian, Ils faisaient des câbles?
n'est-cc pas? Oui, et il y avait une manufactq.re de tabac...
- Oh 1 oui, • c'était une... heu ...
204 205
- Quoi? - ... Oh !... heu... heu ... brate... Je vous ai parlé
- Ça commcnçait par un J ... J ... J ... quelque chose des fan tûmes.
manufacturc dc tabac. - Commcnt les appelle-t-on ?
- Et quoi d'autre? Pas d'autres compagnies, ma­ - Cc sont... ce sont les « banshee ». C'est du gaé­
gasins, boutiques, banques? Vous ne vous souvenez lique... C'cst ce que les gens disaient quand il y
pas de leurs noms? Donnez juste le nom d'un maga­ avait... quand quelqu'un allait mourir, il avait les
sin ou d'une banque, ou de n'importe quoi, ce que lamentations des banshees. C'est...
vous voulez. Donnez-moi un nom. - Très bicn. Qu'est-ce qu'un loch?
- Il Y avait... Caden's House. C'était... une mai­ ..:... C'cst... de l'eau... C'est une nappe d'eau...
son... de vêtements de femmes ... des choses que les - On l'appelle loch ou « lough » ?
dames mettent... des blouses et des camisoles et... et... - Ma mère disait « lough ».
Comment s'appelait-clic?
Vous avez toujours dit « lough »?
Caden's House.
- Oui. C'est « lough ».
Comment l'épelez-vous?
- Et Brian, que disait-il, lui?
... C ... c'est C-a-d-e-n-n-s. - Oh! il disait... simplement Loch, Loch Carling­
ford.
- Alliez-volis cn ville à Belfast?
- Oh ! oui ... j'y allais. - Loch Carlingford ?
- Oui. Ma mère dil « lough » ... Moi j'ai toujours
- Vuus souvenez-vous comment c'était, dites-moi?
dit « lough ».
- Oui, je m'cn souviens.

- Vous avez toujours dit « lough ».


- Pourquoi vous SOUVCnt~Z-vous de Quecn's Uni­ - Et lui, il dit Loch CarlingCord.
versity ?
- Bon. Très bien. C'est très bien. Etes-vous ja­
- Brian y faÏ!;lait un cours.
mais allél' à Dublin?
- y êtes-volis allée avec lui?
Non.
- Oh 1 non.
Vous n'avez jamais été à Dublin?
- VOliS n'y êtes jamais allée?
Non.
- Non. Qu'cst-ce que c'était que « La Prairie» à Cork?
- Bon. Très bien. Vous souvenez-vous d'autres - C'était... là où j'habitai~.
muts irlallll~lis ? LI dernièrc ruis, pal' cxclllple, vuus_ - Très bien. Avcz-vuus cntenùu parler de Cuchu-
nous avez dit « brate » et vous nous avez expliqué Iain?
. ,ce que' c'était. Pouvez-vous vous souvenir d'autres Oui, j'ai entendu parler de Cuchulain.
}nuts typiquement irlandais, du genre de « brate », - Et qu'en disait-on? Que faisait-il?
'qui signifie quelque chose de particulièrement irlan­ - C'était... une sorte de héros ... Nous avons hi
dais? Dites-nous d'autres mots irlandais.• des livres sur lui. C'était un héros irlandais. Il a fait

206 207
des choses merveilleuses. C'était Je plus courageux... - Peut-être le premier chiffre donne-t-i1 la date
ma mère avait lu qu'il était le plus courageux et... de votre naissance? Le premier chiffre donne-t-i1 la
Votre mère avait lu des livres au sujet de Cu­ date de votre naissance?
chulain? 1... 7 ... 9... 8.
- Oui. C'était le plus courageux et le plus fort - Très bien. Et maintenant, les autres chiffres?
des !,,'Uerriers. fit alors un de la main en disant :
- Très bien. Et qui était Conchibar? En avez- « il y a une ligne ».)
vous entendu parler? - 1... il Y a une ligne... une ligne ... et puis 1, 8,
- Conchibar... Conchibar... 6 et 4.
- Vous n'en avez jamais entendu parler? Très bien. Oublions cela maintenant. Reposez­
- Non.
- Bon. Alors oublions cela ct arrivons au moment
VOliS et relaxez-volis. Videz ent ièrement votre esprit.
Videz-le complètement. Maintenant nous allons re­
.'
de votre mort. Maintenant, la chose que je voudrais tourner à travers l'espace ct le temps. Nous allons f'
savoir, c'est en quelle année cela s'est passé. Vous revenir en arrière à travers l'espace et le temps jus­
nous avez dit que vous avez assisté à vos propres fu­ qu'au moment où vous étiez Bridey Murphy, nous
nérailles. Vous les avez vus vous enterrcr, n'est-ce allons revenir à cette époque. Revenir à l'époque où
pas? vous étiez dans le monde astral, où vous étiez dans
- Oui. le monde des esprits. Vous vous souvenez de cela.
- Bon. Si vous vous souvenez cie cela. vous vous Puis de l'époque où vous êtes née de nouveau dans
souvenez aussi de la date. Peut-être l'a-t-on marquée J'Iowa. Et maintenant nous sommes revenus à l'épo­
sur la tombe, sur la pierre tombale, on l'a marquée que actuelle, là où vous vous trouvez en ce moment.
quelque part. Vous avez certainement dû la voir. .Je veux que vous vous détendiez et que vous vous
Alors, en quelle année était-cc? sentiez tout à fait bien. Je veux que vous respiriez
- C'était en... 18... heu... 160... i, 8, 6, 4. une fois profondément et que cette aspiration vous
- 1,8,6,4? détende complètement; que ce soit comme si vous
- C'était sur la dalle... 18... je crois... je vois aviez dormi pendant une heure. Vous allez vous sen­
1,8,6,4. tir parfaitement dispose et détendue. Maintenant
- En cc moment vous êtes en train de regarder reposez-vous et relaxez-vous. Il faut que vous vous
ln tomht'? sentiez tout à rait confortable. Ensuite vous vous
- Oui. réveillerez et vous vous souviendrez très nettement
.~'. - Qu'est-ce qui y est écrit? Lisez tout, à part de cette « Gigue du Matin » que vous dansiez lors
'Ies éhiffrcs. Dih.'s-nous cc qui y cst écrit en entier. de votre existence en Irlande. Vous vous en souvien- ..
- ... Ah ... Bridget... Kathleen ... heu ... M... Mc­ drez. Et vous serez surprise de f:onstater que vous
.•.Carthy... • vous en souvenez en détail. Après votre réveil, nous
208 209
vous demanderons de la danser et vous serez capa­ faire une nouvelle tentative avant de m'avouer
ble de le faire. Pour l'instant je veux seulement que vaincu et lui ordonnai, désignant un endroit du ta­
vous vous reposiez ct que vous vous relaxiez pendant pis:
quelques minutes; car en ces quelques minutes vous - Ruth, mettez-vous là s'il vous plaît, et peut-être
atteindrez à une relaxation totale. Ces quelques mi­ qu'une impulsion va vous saisir tout à coup. Alors
nutes seront merveilleusement reposantes, plus en­ peut-être pourrez-vous nous danser la
core que le sommeil normal. Je vais cesser de vous Elle haussa les épaules, se demandant toujours de
parler ct en quelques minutes vous aurez atteint à quoi il s'agissait; mais elle se leva tout de même
une relaxation absolue, de telle sorte qu'à votre ré­ pour se diriger vers le centre de la Elle de­
veil vous vous sentirez extraordinairement bien. Vous meura plantée quelques instants devant nous, agitant
vous sentil"ez mieux qu'avant la séance. Maintenant les bras d'un geste d'impuissance désolée. Puis son
vous allez avoir quelques minutes de merveilleuse attitude changea soudain; son ::orps s'anima, ses
relaxation, très confortable, très profonde, et lorsque pieds se mirent à voltiger habilement en esquissant
vous vous réveillerez, vous vous sentirez régénérée une petite danse. Elle sautait d'abord lestement, puis
et rajeunie. Je vous parlerai de nouveau dans quel­ la danse semblait se poursuivre par une gesticula­
ques minutes... tion au cours de laquelle elle pressait sa main sur
(Je la laissai se reposer pendant quelques minutes, sa bouche. J'cn fus intrigué et lui demandai :
puis je la réveillai.) Que signifie ce geste de la main sur la bou­
Ruth une fois réveillée, je lui demandai si elle se che?
sentait bien et reposée. Elle m'assura que c'était, en C'est pour le bâillement! répondit-elle machi­
effet, le cas, mais elle avait encore l'air un peu som­ nalement.
nolent, comme quelqu'un qui vient de sortir d'un Je compris le mot, mais pas son implication :
profond sommeil. Etant donné que j'avais besoin «Pour quoi?)} Mais c'était peine perdue : Bridey
qu'elle soit tout à fait éveillée pour pouvoir lui Murphy et sa gigue avaient disparu. Il ne restait
donner la suggestion post-hypnotique - pour lui plus qu'une Ruth Simmons complètement médusée
faire danser la gigue je bavardai avec elle quel­ non seulement incapable de répondre à ma question,
ques minutes pour que la transition entre la léthar­ mais encore totalement ignorante des paroles qu'elle
Ilie ct l'état normal s'opère graduellement. venait de prononcer.
Enfin, je lui suggérai de se mettre debout au milieu Pendant qu'elle se rasseyait, se demandant tou­
de la pièce et de nous danser la }ligue. L'expression jours ce qui s'était passé, je m'interrogeai sur
:.dc stupéfaction qui se peignit sur son visage révéla l'énigme du {( bâillement ». Mais tout s'enchaîna sou­
son incompréhension. Je lui répétai donc la sugges­ dain : au cours de sa transe, elle l'avait appelée la
tion, mais, de nouveau, son air d'enfant abasourdi me «Gigue du Matin )}. Matin et bâillement, cela con· 't
donna l'impression que j'avais échoué. J6" décidai de cordait. Il faut dire que nous étions loin de la logi.

210 211
que. Et comme aucun de nous ne s'y connaIssaIt en
danses irlandaises, il fallait attendre l'enquête en 7

Irlande pour la vérification définitive.


Cette troisième séance mit un terme, pour
sieurs mois au moins, à mes expériences avec Ruth
Simmons. La Société m'envoyait à New York pour
m'occuper de l'examen du portefeuille de la maison
et me familiariser dans l'élude des valeurs bour­
sières de façon à pouvoir prévoir son avenir

Arrivé à New York, où plusieurs démarches me


sollicitèrent cn plus de l'étude de la cote financière,
j'eus à peine le temps de penser à Bridey Murphy.
Pourtant, je voulais vérifier certains points que je
pensais pouvoir découvrir à New York. Les recher­
ches de MacIntosh avaient déjà apporté quelques
confirmations. Il avait retrouvé trace, par exemple,
du News Letia de Belfast, de la Queen's Vniver­
de l'histoire de Cuchulain, de « Deirdre des
Douleurs », etc., mais Pueblo n'offrait pas beaucoup
de ressources à cet égard. Entre autres, Mac n'avait
rien pu relever en ce qui concerne la ville irlandaise
de Baylings Crossing, que Bridey prétendait avoir
traversée, mais qui n'existait sur aucun atlas. Ou bien
elle se trompait, ou bien il y avait une raison pour
que les livres consultés par Mac ne la signalent pas.
J'cssayai donc de résoudre le mystère à Manhat­
tan. Je téléphonai d'abord au consulat d'Irlande pour
demander si l'on pourrait me renseigner au sujet
d'une ville du nom de Baylings Crossing N'en trou­ ,!


vant mention nulle part, ils me conseillèrent de

213

m'adresser au British Information Service, ce que étions donc en possession d'une corroboration, tout
fis. M0me réponse; Illais là on me proposa d'ai­ au moins officieuse, des affirmations de Bridey Mur­
guiller mes recherches auprès des British and Irish phy concernant le village ne figurant sur aucun atlas.
Railways. Je leur téléphonai donc, sans plus de suc­ Même pour l'église Sainte-Thérèse, nous rencon­
cès. Baylings Crossing semblait ne pas exister. Ce n'est trâmes des difficultés inattendues. Au consulat irlan­
que quelques semaines plus tard, alors qu'avec Hazel dais, on me dit qu'il n'y avait pas d'église de ce
nous passions un week-end en compagnie d'un ami à nom à Belfast et qu'elle n'était pas portée sur leur
Long Island, que je finis par obtenir des nouvelles annuaire de Belfast. L'homme qui me répondit au
llll peu plus encourageantes. La voisine de notre téléphone au British Information Service, me donna
hôte, une passionnée d'horticulture particulièrement le même renseignement, mais, avant de raccrocher, il
fière de ses asperges, était venue nous en apporter consentit à s'enquérir plus avant. Au bout de quel­
un généreux échantillonnage. Au cours de la conver­ il revint cl m'annonça: «Oui, il existe
sation qui suivit, j'appris que notre visiteuse avait Sainte-Thérèse à Belfast. C'est une
passé plusieurs années dans le nord de l'Irlande » Toutefois, à ce moment-là, je
pendant la Seconde Guerre mondiale. Ignorant d'ail· n'étais pas en mesure de savoir s'i! s'agissait bien
leurs de la position géographique éventuelle de Bay­ de l'église en question, ni même si le nom était
lings Crossing, je tentai ma chance : « Est-ce que, exact.
par hasard, vous auriez entendu parler d'un endroit Au cours des précédentes séances, lorsque j'avais
qui s'appelle Baylings Crossing?» lui demandai-je. prié Bridey de nous citer quelques mots irlandais,
« Bien sûr, j'y suis souvent passée à bicyclette », ré­ elle nous avait donné quelques expressions (telles que
pliqua-t-clle aussitôt. Et lorsque je m'étonnai qu'on " colleen» et « banshce ») que nous connaissions
ne puisse le trouver sur les cartes, elle m'expliqua presque tous, sans avoir une connaissance particu­
qu'il ne pouvait exister de cartes assez grandes pour lière de la langue. Il y avait cependant quelques
contenir les noms des innombrahles petits hameaux termes qui m'étaient totalement inconnus, à moi et
d'Irlande. à tous ceux auxquels je m'adressais. Par exemple le,
Ouelques semaines après, cet incident se renouvela mot qui, d'après l'enregistrement, sonnait comme
pratiquement de la même façon. Hazel el moi par­ « brate", sur lequel MacIntosh avait fait de vaines
lion!!! avec une femme, d'un lout autrc sujet d'ail­ investigations, et dont je me mis à m'enquérir au­
leurs, ct renwrquant son 101'1 accent irlandais, nous près de quelques vieux Irlandais qui ne me furent
découvrîmes qu'elle était effectivement originaire 'de d'aucun secours.
la. verte Erin. Et elle nous confirma aussi avoir tra­ Je n'eus guère plus de chance avec les volumes que
versé Bayling!!! Crossing à de nombreuses reprises, je consultai à la New York Public Library. Et les
tout en nous confirmanl également qu'il ne fallait dictionnaires gaélique-anglais n'apportèrent pas non
l'as fIl'attendre à trouver cc nom sur une carte. Nous plus de solution au problème; ce que je pus trouver

2'" 215
.... "1

de plus proche, ce fut le mot « brait ", qui signil'ic Je n'dais il New York qm.' depuis une semaine
attcnte, esp('rance, et qui me parut correspondre lorsque rencontrai un éditeur que j'avais déjit vu
assez bien avec les explications de Bridey : une petite mois auparavant, au moment de mon en­
coupe que l'on vidait en faisant un vœu dont on quête Sllr l'histoire de Caycc. Etant donné son ex­
espérait la réalisation. périence personnelle des consultations de Cayee, je
Je n'y pensais presque plus lorsque se produisit l'avais porté sur ma liste des hommes d'affaires à
un incident tout à fait inattendu. J'avais fait enten­ interviewer Il se souvint de moi ct me demanda où
dre l'enregistrement ('n question à une femme d'ori­ étais de mes travaux dans cc domaine. Je ren­
gine anglaise, écrivain célèbre, et, au moment même dis hommage à Cayce ct le mis brièvement au cou­
où Bl'idey faisait allusion à cette coupe, elle me pria s'était passé depuis notre dernière
brusquement d'arrêter l'appareil. Me montrant sa entrevue, en terminant par la « découverte» de Bri­
collection d'antiquités, elle me désigna alors une pe­ dey
tite coupe en métal, terminée par de courtes anses Là-dessus il me fit remarquer que j'avais peut-être
dirigées vers le haut. D'après elle toutdois, le véri­ là mat il~re à un livre et me conseilla d'écrire environ
table nom était « quait ». Quelle qu'en rôt l'ortho­ lin millier de mots l~t de lui soumettre cet essai. J'ob­
graphe, j'avais tout de même fini par retrouver unc Il'rnpér:lÏ et, plus tard, nOlis décidâmes qu'il serait
preuve quelconque de l'existence de cet objet que bon de raire encore quelques enregistrements sup­
j'avais tant cherché. l'es avec mon sujet avant d'entn.'pl'cndre les
Un autre terme qui me donna aussi bien du mal vérifications en Irlande.
fut le « tup ", dont Bridcy avait expliqué que c'était Ayant terminé ma mission boursière. je rentrai
un qualificatif assez désobligeant s'adressant à un chez moi ct, dès mon l:lrrivée Ù Pueblo, je téléphonai
homme, une sorte de « bon à rien ». Mais le diction­ à Ruth pour lui expliquer que j'avais besoin de faire
naire donnait te bélier» (.~()mme définition. De plus encore quelques séances aussitôt que possible. Il me
amples recherches ne me procurèrent rien d'autre fallut tout de même attendre que l'équipe de base­
.tUl'lqu'à ce que je finisse par tomber sur le Thesaurus bail lie notre ville, les PIIl'blo Dodgers, fût partie
de Roget : ayant constaté que .le répétais trop sou­ affronter à Kansas les Wichita Indians pour obtenir
vent les substantifs «homme ", «type» «garçon », lin rendez-vous avec eux. Même alors tout ne marcha
m't~tais mis à chercher dcs synonymes dans ce p:1S Sil r des roulettes. Rex commençait à manifester
.fumeux recueil, ct je d(-cOllvrÎs ainsi, parmi une 1011.­ des inquiétudes :
gue. liste de qualifkatifs c()ns~\crés au mâle humain, - Vous comprenez, disait-il, moi ne demande
Je- « tUp)l de Bridey. Cependant rien n'en indiquait qu'à vendre mes polices d'assurance et à être un
l'étymologie ct il n'y était pas précisé que k mot eût type comme tout le monde; je n'ai pas envie qu'on
",:t été d'un usage courant dans J'Irlande du siècle der­ me traite de cinglé.
nier: cela demeurait encore à vérifier, • On finit cependant par organiser une séance à Rye,

21' 217
une station de montagne oll les Simmons passaient J'ai arraché la
quelques semaines de vacances. Mais cette quat rième Ah ! bon, vous avez arraché la
séance fut écourtée par un incident assez extraordi, Oui-oui.
naire. Très bien. Comment s'appelait votre frère?
Il m'était souvent arrivé, dans le passé, d'ordon­ Mon frère ... c'est Duncan.
ner à mes sujets d'ouvrir les yeux au cours de la Le nom de vot re frère est Duncan?
transe, mais jamais aucun nc l'avait fait de lui. Mmm-mm.
même et sans que jc m'y attende. C'est pourtant ce Est-cc que vous voyez nettement la maison.
se produisit au cours du quatrième enrcgistre­ dites-moi?
ment, et d'une façon qui nous terrifia 'tous, surtout Cc n'est pas la maison dont j'ai arraché le toit.
moi, interrompant brusquement ct prématurémcnt la - Ou'est-ce que c'est?
séance. Voici la transcription dc cette séance, qui eut - C'est le toit de la grange que j'ai arraché.
licu le 27 juillct 1953 (exception faite dc la régrcssion - La grange?
d'âge préliminaire). - Oui-oui.
- Ah! bon. Avez-vous reçu une fessée?
Bande n° 4 - Oh! oui.
Oui vous a donné <:ctte fessée?
- Ma mère.
- Hon, maintenant je voudrais que vous retour­ - Votre mèrt> ?
niez en arrière dans vos souvcnirs, je voudrais que - Elle m'a envoyée... dans ma chambre. Et j'ai
vous retourniez en arrière dans vos souvenirs loin, ~té privée de diner.
plus loin, marne avant le moment de votre naissance, - Ouel 6tait le nom de votre mère?
même en dl'çà du temps dl' votre naissance. Mi'mc - Kath... Kathleen.
en deçà de votre naissunce... ('herchl'z dalls vos sou­ - Ah! Vous souvenez-vous de quelqu'un d'autre?
venirs, à une époque antérieure, à un temps, à un - ... Heu ... jc mc souviens de mon frère, qui est
autre temps, où vous vous voyez vous-même dans venu à la porte. Il est venu à la porte, ct il... m'a
une scène se passant sur tcrre ... en un autre lieu. parlé... et iL était désolé. Et il... c'était vraiment
Et. dès que vous verrc7. cct 11.: scènl" vous Ine la décri. son idée à lui ... mais ie nc leur ai pas dit.
l'ez. Allez-y ct décrivez-moi ce que vous voyez. - Ah! je vois, vous avez reçu la fessée et vous
- ..:.-. ... J'ai arraché....j'ai arraché le toit avec mon n'avez ricn dit?
ft:èrc. - Oh! il a aussi reçu une fessée... mais... Ils ne
- Ou 'avez-vous fait ? voulaient pas... mais il a dit qu'il fallait que je le
J'ai arraché le toit avec mon frère. fasse, sinon il ne jouerait plus avec moi.
1~\
Ou 'avez-vous arraché du toit? • - Ah! bon.
218 219
- Alors, je l'ai fait, mais je ne l'ai pas dit à ma - Un dessus de lit. .. pour mon lit?
mère.
- Ah! oui? Et de quelle boutique venait-elle?
Etait-il plus jeune que vous? - Ma mère l'avait envoyée... de quelque part...
Non ... il est plus grand. une dame les faisait. Et elle avait fait celle-là pour
Il est plus vieux? moi.
Oh! oui. - Où habitait cette dame?
De combien? - ... Elle habite... elle habite... Oh! mon Dieu,
Il a ... deux ans dl' plus que moi. je ne sais pas exactement d'où ma mère l'a envoyée.
Bon. Et comment s'appelait-il? Elle avait commandé... quelque part... pour qu'on la
Duncan. fasse ... parce que j'avais... j'avais fini mes cours... et
De qui tenait-il son nom? j'avais bien travaillé... à l'école.
De mon père... de mon père et de mon grand· C'est vrai?
père.
- Oui-oui.
C'était aussi leur nom? - Quel âge aviez-vous?
- Oui-oui. - J'avais ... quinze ans.
- Jc vois. Qucl âge aviez-vous quand vous avez Quinze ans?
arraché la paille du toit? Oui-oui.
- ... J'avais... jc crois... j'avais à peu près huit Comment s'appelait cette école où vous alliez?
ans (très fort accent irlandais). J'allais ... dans un externat.
A pcu près huit ans? Pouvez-vous vous souvenir dc son nom?
- Oui, je crois. ... Heu ... heu ...
- Très bien. Maintenant tâchez de vous voir un Bon, reposez-vous ct ne cherchez pas trop...
peu plus âgée. Tâchez de vous voir plus âgée. Tâchez relaxez-vous ... relaxez-vous ... dites-moi le nom de cette
de vous voir grandir, regardez-vou .. grandir. Et pre­ école.
nez la scène que vous voulez ct déerivcz-la-moi. - C'était... c'était... l'externat de Mme... Mme...
Prcnez n'importe quelle scène qui vous semble inté­ Mme Stl'ayne.
ressante et parlez-m'en. N'importe quoi, ct décrivez­ - Comment l'appelle-t-on ?
la-moi. - Heu ... oui, je me souviens, c'est... S ... S... S-t.. .
... Jc vicns J'avoir une nouveUc couette. S-t-r-a ... Je vois la lettre... c'est a-y-n-e ... oui-oui.
Unc nouvclle quoi? - Très bien. Ce que vous voyez, c'est s-t-r-a-y-n ?
Unc couctte. E.
Une couette? E. Très bien. Mme Strayne, c'est cela?

Oui. Oui.

Qu'est-ce quc c'est? • Bon. Et dans quelle ville était-ce?

220 221
C'était à Cork. Voyez une scène où vous êtes un peu plus Et
Bon. Maintenant, tâchez de vous voir devenir racontez-la-moi.
un peu plus vieille. Relaxez-vous ... simplement .... re­ - '" lIeu... ma mère.
laxez-vous. Maintenant vous allez me dire quel est le - Oui?
degré de votre transe? Est-ce léger, moyen, pro­ - Ma mère... elle... m'a fait une belle robe.
fond ou très profond? Pour quelle occasion?
(D'après un article paru au Journal of Experimen­ - NOLIs devons avoir des invités.
tal H.ypnotism (l), j'avais appris qu'un sujet en état - Vous souvenez-volis qui étaient ces invités?
d'hypnose est parfaitement capable d'estimer le de­ - C'était un ami de mon père... et sa famille.
gré de profondeur de sa transe. Par conséquent, en - Oui. Et comment s'appelaient-ils?
hypnotisant Ruth pour cette séancc, je lui avais - McCarthy.
expliqué qu'elle devrait être en mesure, plus tard, de - Comment épelez-vous ce nom?
me dire à n'importe quel moment si sa transe était - ... C'est M-a-c-C-a-r-t-h-y.
légère, moyenne, profonde ou très profonde.) - M-a-c-C-a-r-t-h-y?
- Moyen. - Oui-oui.
- Moyen? Très bien. Alors attendons un peu pour - BOil. Dites-moi, combien de personnes de la
rendre votre transe plus profonde. Respirez bien à famille McCarthy sont venues vous voir?
fond. Je vpis compter jusqu'à cinq. Je vais compter (Là clic parut compter au fur et à mesure que les
jusqu'à cinq, et à chaque chiffre que je dirai, vous images se présentaient à son esprit.)
remarquerez, à votre grand étonnement, qu'automa­ - Un ... deux ... deux.
tiquement votre transe deviendra de plus en plus - Qui était-ce?
profonde. Numéro un ... Numéro deux... Numéro - 1\ Y avait... un jeune homme et son père. Un
trois ... Numéro quatre... Numéro cinq.. Très pro­ homme ét son père.
fond ... profond ... profond, de plus en plus, de plus - Le nom de famille du jeune homme était Mc·
en plus profond. Maintenant, dites-moi si votre transe Carthy, mais quel était son prénom?
est légère, moyenne, profonde ou très profonde - Son prénom... il commençait par un «B ».
Profonde. - Bon. Très bien, maintenant relaxez-vous, relaxez·
- Profonde. Très bien. Maintenant vous allez tà­ vous. Ouel était le nom du père?
ch,er de VOLIS voir un peu plus vieille. En dernier - Le père s'appelait John.
lieu, vous m'awz parlé de l'externat de Mme Strayne. - John McCarthy?
Maintenant... parlez-moi.., parlez-moi d'une scène, à - Oui.
votre choix, à une époque où vous êtes plus âgée. - Et son fils... quel était son prénom?
- ... Ah !... c'était Brian.
(1) Vol. J. no 2, avril 1953. • - C'était Brian?
222 223
• '1 .dr

c'était Brian. - L'uvez-vous vu écrit? L'aVl:z-vuus jamais vu im­


En êtes-vous sûre? primé? Dans les journaux par exemple?
- Oui... c'était cela. - Je l'ai vu ... je l'ai vu dans les journaux... J'ai
- Bon. Maintenant, tâchez de vous voir encore un vu un G ... G... G... G-o, G-o-r, G-o-r-a-n ... G-o-r-a-n.
,peu plus âgée ... tâche7. de vous voir vieillir. Et dites­ - Father John Goran ?
moi comment esl votre transe, légère, moyenne, pro­ - Oui, Father John Goran.
fonde ou très profonde? - C'était bien cela?
- Profonde. - Oui-oui.
- Très bien. Tâchez de vous voir devenir un peu - Quel genre de prêtre était-il? Le savez-vous?
plus vieille ... un pcu plus vieille. Pouvez-vous vous - Il était curé de Sainte-Thérèse.
voir, pouvez-vous voir à l'époque de votre mariage? - L'église Sainte-Thérèse?
Pouvez-vous vous voir au moment de votre mariage? - Oui-oui.
- Oui. - Ah! Et dans quelle rue était située l'église
.­ Bon. Etes-vous à l'église? Sainte-Thérèse? Dans quelle rue était·ce ?
- Non. - C'était dans la grande rue.
- Vous n'êtes pas à l'église? - Comment s'appelait-elle?
- Non. - C'était... c'était... c'était... elle donnait sur Dao­
- Où vous êtes-vous mariée? ley Road.
- Nous nous sommes mariés dans une maison de - Elle donnait sur Dooley Road ?
campagne. Moi, jc nc pouvais pas me marier à - Elle donnait sur Doolcy Road dans la grande
l'église. rue.
- Vous ne pouviez pas vous marier à l'église? - Bon, et quel était le nom de cette rue ?
Pourquoi cela? - ... Brian avait J'habitude de dire la grande rue...
- Tout simplement parce que ie ne pouvais pas. Je ne me souviens pas de la rue". ou de la route•..
Fathcr... Fathcr John m'a dit : «Vous pouvez si vous près dc Dooley Road, sur la grande rue.
vous convertissez », mais moi je ne voulais pas me - Près de Dooley Road, sur la grande rue?
convertir. - Oui.
- Oh Ilc vois. Mais ditcs-moi, c'est Father John - Bon. Et comment s'appelait la rue où était
.qui vous a mariés? votre maison?
- Oui, c'cst Father John.
- ." Nous ... habitions... Nous n'habitions pas sur
- Ah 1 Father John. Et quel était le nom de fa­ une rue ... nous habitions derrière la maison dans un
miIJe de Father John? petit cottage que... la grande maison donnait sur
- Fathcr John ? .. ça commençait par un «G »••. DooJey Road.
ça commençait par un «G »... • - La grande maison donnait sur Dooley Road ?

224 225
Oui. Nous nous promenions souvent dans la - Oui.
grande rue. Ce n'était pas très loin de ... - Où donc?
- L'église Sainte-Thérèse etait à peu près à quelle - ... IL. travaillait en partie à Belfast. Il faisait
distance de cette maison? des cours... à la Queen's University... et il aidait son
Oh! il fallait... Brian n'avait qu'à partir cinq père. II ne travaillai! pas cffcllivcment dans le cabi·
minutes avant la cloche. Et il arrivait à j'heure. net de son père, mais son père lui indiquait des
- Cinq minutes avant quoi? La cloche? gens ... dans le pays ... dans la région, dont il pouvait
- Le carillon. Il savait... tous les jours. s'occuper. Je n'étais pas très au courant, vous savez,
- Ah! oui, il le savait? Bon. Maintenant vous il ne voulait pas tout me dire, mais je savais qu'il...
allez simplement vous reposer et vous relaxer et vous qu'il n'avait qu'à écrire à son père. Il recevait peu
allez constater que vous tombez dans une transe de d'argent de lui, mais il travaillait dur.
plus en plus profonde ct que vous vous sentez mer­ - Très bien, je vois. Dites-moi, vous rendez·vous
veilleusement bien. Elle continuera à devenir de plus compte du genre de renseignements que nous dési­
en plus, de plus en plus profonde. Plus profonde à rons; le genre d'information dont nous avons be­
chaque instant. De plus en plus profonde. Rien ne soin, c'est quelque chose dont on puisse retrouver
vous troublera, rien ne vous dérangera. Maintenant une trace écrite, quelque chose d'écrit pour que
vous souhaitez être tout à fait détendue et vous nous puissions faire la preuve que vous avez bien
éprouvez un grand bien-être, de façon que, lorsque vécu cette existence dont il est question en ce mo­
vous vous réveillerez, vous vous sentirez encore ment. Alors, pouvez-volis penser à quelque chose que
mieux que vous ne l'êtes en ce moment. Et je vais l'on puisse retrouver dans des textes, dans des ar- ,
vous poser encore quelques questions. Si vous pou­ chives, pour pouvoir prouver que vous avez bien
vez vous souvenir de ce que je vous demande, vous été là ?
n'aurez qu'à me répondre. Si vous ne pouvez pas, (Terrihle éternuement de Bridey Murphy.)
vous me direz tout simplement que vous ne vous en Et c'est à cct instant que Ruth, qui jusque-là
souvenez pas. Alors, comment s'écrit le nom de était allongée, fut amenée, par la force explosive de
Brian? Comment Brian écrit-il son nom? son éternuement, à se trouver dans la .position as­
- ... C'était B-r-i-a-n. sise; et les yeux grand ouverts. Toute l'assistance
B-r-i-a-n ? Pas avec un y ? en demeura pétrifiée d'effroi pendant quelques mi­
- l'lIon 1 nutes. Il n'est pas rare que l'on ordonne à un sujet
- Et que faisait Brian? Quel était son métier? en état d'hypnose, surtout à un bon sujet tel que
- .Il était avocat.
# Ruth, d'ouvrir les yeux. Mais je n'avais jamais vu ­
- Où travaillait-il ? ni entendu parler --.-: de sujet qui ouvre spontané·
- Il travaillait... avec son père. ment les yeux à la suite d'un étemuement. Ma pre­
- Avec son père ., • mière réaction fuL donc de supposer qu'elle avait été

226 227
réveillée par la violence de cet éternuement. Mais - Bon. Maintenant nous allons revenir à l'époque
nous ne tardâmes pas à nous rendre compte que actuelle. Nous sommes en train de revenir à l'époque
Ruth était toujours profondément plongée dans sa actuelle. Nous y revenons. M'entendez-vous?
transe. Et cette découverte nous terrifia.) - Oui.
- Relaxez-vous, relaxez-vous, relaxez-vous. Com­ - Vous m'entendez?
ment vous sentez-vous? - Oui-oui.
- Puis-je avoir un linge? - Bon, alors, savez-vous où nous nous trouvons?
- Un linge? -- Je suis à Cork.
(C'est alors que l'allokment s'empara de nous. - Vous êtes Mme Ruth Simmons. Vous êtes en
Quand elle avait demandé un «linge,. (1), Rex avait train de revenir à l'époque actuelle et vous êtes
bondi ct regardait sa femme avec stupéfaction; Hazel Mme Ruth Simmons. Vous êtes à Rye, dans le Colo­
s'était mise à chercher fébrilement une couverture, rado. M'entendez-vous?
ayant mal interprété le désir exprimé par Bridey. - Oui-oui.
. Quant aux autres témoins, qui avaient immédiate­ - Vous m'entendez bien?
ment compris qu'il se passait quelque chose d'anor­ - Oui-oui.
maL ils s'inquiétaient aussi. Et lorsque je conclus - Bon. Alors, je vais compter jusqu'à cinq, et
finalement qu'elle avait besoin d'un mouchoir, j'étais pendant que je comp1craÎ, vous/ous réveillerez, et
tellement décontenancé qu'il me fallut plusieurs se­ à cinq vous serez réveillée et vous serez Mme Ruth
condes avant de me décider à sortir un mouchoir Simmons. Vous serez revenue à l'époque actuelle et
de ma poche pour le tendre à mon sujet.) à l'endroit où vous vous trouvez. M'entendez-vous?
- Maintenant, relaxez-vous, relaxez-vous. Com­ - Oui-oui.
. ment vous sentez-vous? - Comprenez-vous ce que ie dis?
- ... J'ai besoin d'un linge. - Oui-oui.
-- Oui. Vous en avez un ... Fermez les yeux ... re­ - Très bien. Numéro un... Numéro deux...
laxez-vçms ... fermez les yeux... rendormez-vous. Tout
(Nouvel éternuement.)
à J'heure je vous réveillerai. Dans quelques minutes
- ... Oh! .
Je vous réveillerai... Très bien, relaxez-vous main­
- Comment vous sentez-vous? Comment vous
tenant, fermez les yeux. Relaxez-vous et fermez
sentez-vous? Etes-vous réveillée?
. Jes. y~ux. Relaxez-vous et fermez les yeux. Relaxez­
- ... Brian a dit que j'avais pris froid.
vous et fermez les yeux. Dites-moi, entendez-vous ma
ne saurais nier que cette fois-ci j'étais abso­
voix?
htment affolé. Il eût d'ailleurs été inutile d'essayer de
- Oui.
le nier, car à cet endroit de l'enregistrement, on
entend le trémolo de ma voix. On avait l'impression
(1) En an ,lais : ltnea. • qu'elle se cramponnait à l'identité de Bridey. Si
121 229
j'avais alors gardé ma présence d'esprit, j'cn aurais
profité pour la questionner plus avant. J'en avais fait 8
plus de la moitié, et c'était peut-être l'occasion ou
jamais de la presser davantage. Mais je n'avais plus
qu'une idée en tête : la faire sortir de sa transe et
lui faire récupérer son identité réelle.)
- Il faut que vous oubliez Brian. Lorsque j'attein­
drai le chiffre cinq, vous VOLIS réveillerez et vous serez
Mme Ruth Simmons. M'entendez-vous? M'entendez­
vous?
- Oui-oui.
- Numéro un... Numéro deux ... Numéro trois ...
Numéro quatre... Numéro cinq. Vous allez vous ré­
veiller et vous serez Mme Ruth Simmons. Vous allez « Bridey }) éternua encore au cours de la cinquième
vous réveiller et vous serez Mme Ruth Simmons. séance. Mais cette fois, j'avais préparé un « linge »
Ruth, comment vous sentez-vous? Ruth? Comment et l'enregistrement ne fut donc pas interrompu. Cette
vous sentez-vous? Comment vous sentez-vous, .Ruth ? séance, qui cut lieu le 29 août 1953, se révéla ['une
Vous sentez-vous bien? des meilleures. Ru th sembla disparaître pour faire
- Oui 1 place à une jeune Irlandaise effrontée et frondeuse
(Ruth étant visiblement redevenue elle-même, du nom de Bridey, qui manifestait une personnalité
j'exhalai un soupir de soulagement qui s'entendit à bien à elle, répliquait, dont l'humeur reflétait des
'travers toute la pièce.) modifications allant de la méfiance à la gaieté, et
qui, d'une façon générale paraissait prendre grand
plaisir à la chose. Comme d'habitude, une demi­
douzaine de témoins étaient présents.
- Je veux que vous retourniez loin, loin, loin, en
arrière dans votre existence terrestre an-térieure. Je
veux que vous retourniez jusqu'à la période de la
fin de cette existence. Vous nous avez déjà parlé de
cette vie, cette vie que vous avez vécue en Irlande."
Vous nous en avez déjà parlé. Et je voudrais que vous
retourniez à l'époque de la fin de cette existence,
juste après qu'on ait enterré votre corps. Vous· en

souvenez-vous? Pouvez-vous vous souvenir de cette

231
scène? Au moment où l'on enterrait votre' corps? qui est écrit? Sur votre tombe ... là où ils vous ont
- Mmm-mmm. enterrée. Pouvez-vous lire ce qui est écrit et nous
- Voyez-vous bien cette scène, en ce moment? le dire?
Mmm-mmm.
... Il Y a ... heu... Bridget... Kathleen... M ... Mc­
Très bien. Father John est-il là ?
Carthy
Oui.
- Que veut dire le M ?
Et qui d'autre?
- C'est pour Murphy
Brian... et Mary Catherine, et l'homme qui
- Pour Murphy. Bon. Et ensuite... Y a-t-il quel­
jouait de la cornemuse. que chose d'autre sur la tombe? Y a-t-il des chiffres?
- L'homme qui jouait de la cornemuse? - ... Un ... 7 ... et je crois que c'est un 9 ... et un 8...
- Oui ... qui jouait de la cornemuse uilleenne. et puis il y a une ligne.
- Quelle cornemuse? (En parlant de la ligne qui séparait les deux dates,
- Uilleenne. elle faisait un geste de la main figurant cette ligne.)
- Ah! je vois. Et qui d'autre encore? - Il Y a une ligne, bon.
- Heu... heu... heu.._ le mari de Mary Catherine... - Et... ensuite encore un 1.
et ... - Encore un l ?
- Vous nous avez dit qu'il s'appelait Kevin. Vous - Oui, et un 8.
nous avez dit qu'il s'appelait Kevin. C'est bien exact? - Bon!
- Kevin Moore. - Et il y a .. , attendez que je voie ... un 6 ... là...
- Kevin Moore? et... Brian a dit qu'on ne l'avait pas très bien fait.
- Oui. On dirait tout de même que c'est un 4.
- Bon. Et Father John, vous dites qu'il était là ? (En arrivant au dernier chiffre, le 4, elle semblait
- Oui-oui. se souvenir d'une scène au cours de laquelle Brian
- QlIel était le nom de famille de F'Jther John? se serait plaint après la mort de Bridey et l'exé­
- Oh !... c'était... G ... Father John... Joseph... cution de sa pierre tombale - de ce que ce chiffre
- John Joseph? fût d'une lecture peu claire. «On dirait tout de
- John Joseph. Il l'avait épelé une fois ... G ... G ... même que c'est un 4 », nous assura Bridey.)
o... G. C'était G-o ou G-a... r ...m ... m-a-n ... Brian a dit qu'on ne l'avait pas très bien fait?
- , Peut-être Gorman ? - ... Il en était très mécontent.
- Oui. - Ah! oui?
- Gorman? G-o-r-m-a-n ? - C'était tout de même un 4.
- Oui. C'était G-o-r-m ...o ou a-no - Très bien. Maintenant reposez-vous et relaxez-
- Bon. C'est très bien. Alors, là où ils vous ont vous. Vous allez éprouver un grand bien-être. Cette
enterrée... pouvez-vous lire sur la tombe et voir ce séance va vous plaire beaucoup plus que toutes cel­

232 233
les d'avant. Vous allez voir comme ce sera agréable. - ... Je... il faudrait regarder dans la Bible... je
Et cela parce que vous allez vous sentir très confor­ ne m'en souviens pas.
table et que vous éprouverez beaucoup de plaisir à - Bon. Vous souvenez-vous du nom du père de
vous souvenir de toutes ces choses. Alors ce soir, Brian?
votre mémoire sera beaucoup plus précise et plus - ... Le père de Brian s'appelait John.
claire que d'habitude. Des souvenirs vont vous reve­ - Bon. Et que savez-vous de l'oncle de Brian?
nir, des souvenirs très précis. Et après votre réveil... (Ici, Bridey eut une réaction qu'elle reproduisit à
vous vous sentirez merveilleusement bien ... vous vous différentes reprises au cours de tous les enregistre­
sentirez tout à fait détendue el fraîche. Alors, au mo­ ments. Au lieu de répondre directement à la ques­
ment de votre enterrement, au moment de votre tion, il arrivait parfois que la nature de cette ques­
mort, a-t-on fait un certificat de décès? On a dû tion l'incitât à penser à quelque chose d'autre s'y
. faire un acte de décès ou publier quelque chose dans rapportant. Cette fois-ci, par exemple, la mention
les journaux? faite à l'oncle de Brian n'eut pas pour seul effet de
- Oh 1 pourquoi ne demandez-vous pas cela à lui faire souvenir de son nom, mais elle entraîna dans
Father John? la mémoire de Bridey la réminiscence d'un incident
(Elle avait dit cela plaintivement, presque doulou­ relatif au mariage de cet oncle.)
reusemen l. Comme si elle ne comprenait pas pour­ - ... Son père était furieux, mais il a épousé une
quoi je l'ennuyais avec ces histoires de documents Orangé. Quand moi je me suis mariée, il n'était pas
officiels, puisque Father John était évidemment la furieux! Attendez... vous voulez parler de l'oncle qui
• personne à qui s'adresser en ces cas-là. a épousé une Orange?
Plusieurs des personnes qui ont entendu cc pas­ - Epousé qui?
sage de l'enregistrement me demandèrent pourquoi - Une Orange.
je n'avais pas poussé davantage sur cette question, en - E pousé une Orange?
lui demandant par exemple : « Où puis-je trouver Mais oui.
Father John? » Mais ce genre d'interrogatoire aurait - Oui. Comment s'appelait-il?
pu provoquer - ceci n'est d'ailleurs qu'une hypo· - Il s'appelait Plazz. Plazz.
thèse de ma part - un trouble inutile ct un malaise, Comment l'épelez-vous?
qlle j'avais pr"mis à Rex d'éviter ft tout prix.) ... P·l-a·z ...
Hon. Maintenant relaxez-vous. Relaxez-vous. Bien!
Maintenant relaxez·vous. Quel nom nous avez-vous Z!
dit. litre celui ùe votre mari? Deux z?
- Brian. Deux z.
- Vous souvenez-vous du nom de la mère de Très bien. Dites-moi, Brian avait-il des frères
Brian? • et sœurs?

234 235
- Non. Bon... Voilà 1.•. Sa mère, sa mère... sa mère - William McGlone?
est morte. Il avait un frère ... il avait un frère... C'était - Oui, William McGlone.
encore un enfant quand sa mère est morte. Alors il - McGlone.
est allé vivre chez sa grand-mère... Il était encore un - Voulez-vous que je vous l'épelle?
enfant. - Oui.
- Mais alors, cet enfant, était-il né avant ou après - M-c... G... Un grand G.
Brian? - Oui?
- Oh, après! - l-o-n-e.
- Ah! je vois. Ainsi Brian était l'aîné? - Bon. Vous souvenez-vous de quelqu'un d'autre
- Brian n'aurait pas pu nahre après la mort de à la Queen's University? N'importe qui, catholique
sa mère! ou protestant?
(Gloussement ironique.) - Eh bien!... heu... je crois qu'il y avait, il y avait
- Bon, bon... Alors Brian était l'aîné. Vous nous ou Fîtzmaurice. Il y avait un Fitzhugh et
avez déjà dit que Brian l'aisait un cours à la Queen's un Fîtzmaurice.
University, n'est-ce pas? - Très bien.
- Oui. - Oui... Fitzhugh... Fitzmaurice.
- Bon... mais la Qucen's Ullivcrsity... C'était une - Parfait. Alors vous allez me dire quelque chose
école protestante... et Brian était catholique romain. d'autre. La Queen's University s'est appelée Queen's
Je le sais. University un peu après 1847; ce qui implique que
- Alors? Brian devait avoir la cinquantaine ou même un peu
Je le sais. Il enseignait le droit. Il n'enseignait plus.
pas la religion. - Mmmm. Il travaillait avec son père, vous savez.
- Mais, y avait-il d'autres, y avait-il d'autres ca­ C'était ce qu'il était obligé de faire ... et puis il a
tholiques qui enseignaient là ? quitté...
- Oui. Plusieurs. - Mais, est-ce qu'il... ?
Plusieurs ? ... - Il écrivait aussi.
Oue je connaissais. - Il écrivait aussi?
Plusieurs que vous connaissiez? - Oui. Il écrivait pour le News Letter.
Oui. Il écrivait pour le Belfast News Letter ?
Pouvez-vous m'cn nommer au moins un? - Exactement.
-Oui! - Bon, vous m'aviez dit avant que Brian avait
....:.. Oui? eu plusieurs articles dans le Belfast News Letter.
II Y avait un garçon, qui s'appelait William Mc­ Vouliez-vous dire qu'ils étaient au sujet de Brian ou
Glane. que...

236 237
.JIl

- Oh! non. C'est lui qui écrivait... au sujet de di­ vous vous sentirez encore mieux. Après votre réveil,
vers cas, vous savez... les choses qui étaient citées vous vous sentirez merveilleusement bien. Vous vous
dans différents... sentirez merveilleusement bien. Alors, quand vous
- Oh! il commentait simplement ces cas? étiez à Belfast, quand vous étiez à Belfast...
- Mais oui. - Vingt-cinq ans ...
- Est-cc qu'il signait ces articles? (Je ne compris pas tout de suite qu'elle me répon­
- Oh ! je suis sûre qu'il les signait. dait à la question que je lui avais posée avant qu'elle
En avez-vous lu ? n'éternue. L'éternuement m'avait légèrement décon­
- ... Oh! c'était bien trop difficile pour moi. tenancé, car j'étais un peu inquiet - mais de loin
- Ils étaient trop difficiles pour vous? pas aussi effrayé que je l'avais été au cours de la
- Oui. séance précédente. Je n'étais d'ailleurs pas le seul
- Je vois. Lisiez-vous quelquefois le Belfast News à manifester de l'inquiétude. Dès qu'elle avait éter­
Letter? nué, Rex s'était précipité avec un mouchoir, proba­
Oh!... un peu. blement pour que sa femme ne soit pas obligée de
Maintenant, en ce qui concerne... ces articles réclamer un «linge ».)
que Brian écrivit pour le News Lettu, quel âge avait­ - Hein?
il à peu près à ce moment-là? - Vous m'avez demandé quand il avait écrit.
... Heu... - Ah ! vous en êtes encore à cette question. Bon.
Voyez-vous, il est très important que nous Mais que veulent dire ces vingt-cinq ans?
sions connaître en quelle année à peu près il a - Depuis notre mariage. Ça faisait...
ces articles pour le Belfast News Letter. Pensez-vous - Vous voulez dire que vous étiez mariés depuis
pouvoir nous le dire? Allez, réfléchissez tout haut, vingt-cinq ans lorsqu'il s'cst mis à écrire des articles
si vous le préférez. Vous pouvez y réfléchir en pen­ pour le Belfast News Letter?
sant tout haut. Oui.
- ... Oh !... c'était... c'était après que nous soyons C'est cela?
mariés et que nous ayons eu... attendez... nous étions Oui.
mariés depuis ... Ah! bon.
(Bridey éternue violemmcn Et même peut-être plus. Mais c'était longtemps
-:- Relaxez-vous. Relaxez-vous. Relaxez-vous corn· après notre mariage.
pIètement. Alors, quand vous étiez là-bas... Vous ailez - Bon.
vous sentir très bien maintenant, vous allez vous -Mmm...
sentir très bien. Vous sentez-vous bien? - Dites-moi, quand vous habitiez Belfast, quand
Mmmm. vous habitiez Belfast... faisiez-vous vous-même votre
Parfait. Alors, quand vous vous· réveillerez, marché ?

238 239
·.. Je... j'en faisais une partie. Avez-vous acheté des camisoles?
Vous en faisiez une partie? Heu_.. oui...
Vous savez ... Brian ne voulait pas que je fasse (L'objedif principal de cette question était de
tout. Mais j'en faisais une partie. Et... l'amener à me citer le nom de la monnaie dont elle
- Pourriez-vous m'énumérer quelques-unes des sc servait à l'époque. Etant donné que le change ne
choses que vous achetiez et des endroits où vous les devait forcément pas être le même que le nôtre,
achetiez? Quelques-unes des choses que vous achetiez nous étions curieux de voir ce que Bridey allait en
et les boutiques qui les vendaient... là où vous fai­ dire. Mais nous avions décidé de ne pas attaquer
siez vos achats? de front, en lui demandant de but en blanc le nom
- Heu ... heu ... j'allais chez Farr. (Ce nom est pro­ ùe la monnaie, mais de l'interroger sur ses achats
noncé avec un très fort accent irlandais.) pour qu'elle soit obligée d'y venir par elle-même. Or,
- Chez qui? je savais, d'après ce qu'elle avait dit au cours d'une
- Farr. précédente séance, qu'elle avait acheté des camiso­
- Comment l'épelez-vous? les.)
- ... Heu... F-a-r-r, F-a-r-r. - Où avez-vous acheté ces camisoles?
- F... a-r-r? - ... Oh L.. Je... Oh!... Je suis allée deux fois à
- Oui-oui. cet endroit... Ce sont des choses pour dames, vous
- Qu'y vendait-on? savez! Vous savez...
- Oh ! on y vendait de la nourriture. - Oui, et alors?
- Dc la nourriture? - Je connais... cet... endroit. Oh 1...
- Oui, de la nourriture. - Comment s'appelle-t-il ?
- Savez-vous ce que c'est que du beurre en ton- ' - Heu ... J'essaie...
nelet ? Du beurre en tonnelet? - Votre mémoire va devenir plus précise et plus
- Du beurre en tonnclcl... ? nette, votre mémoire va s'éclaircir, vos souvenirs
....:.... Savez-vous ce que c'est? von t sc préciser et vous pourrez nous le dire.
- Du beurre en tonnelet ? .. C'est... - Oh ! mon Dieu, je le connais_ .
- Connaissez-vous la sauce aux câpres? - Vous nous avez dit que cette maison s'appelait
- Oui. « Cadenn's House ». C'est bien cela?
Qu'csl-l.:c quc c'cst ? - C'est ça!
-c C'est une sauce avec... qui contient de petits
- C'est bien ça ?
câpres... Ils sont tout petits ct noirs... On dirait des D'un air émerveillé
clous de girofle... Et on en met dans le poisson... - Comment le savez-vous? C'est un magasIn pour
Bon. dames, voyons.
Les câpres... • - Oui. Mais vous me l'aviez déjà dit une fois .
240 241
- «Cadcnn's Housc », c'est hien ça. - Heu... il y avait la pièce de deux pence. (Qu'elle
Et combicn payiez-vous à peu près pour une prononce « tuppence ».)
camisole? - Tuppence?
- Ah 1... c'était... Tch-tch ... (petit claquement de Oui. Et... il y avait le demi... - en cuivre
langue dubitatif). C'était moins que... Oh! c'était... ... le demi... penny. Et le six pence, et puis il y avait
Oh! Je nc... Ce n'était pas... C'était plus d'une livre. aussi... tch... vous savez, je ne suis pas supposée m'y
- C'était plus d'une livre? connaître en question d'argent.
- Oh 1.•• je ne peux pas... - Vous n'êtes pas supposée vous y connaître ?...
- Une livre et combien? - Je n'ai pas d'argent et...
Vous savez, nous avions un arrangement dans Et ? ..
les maisons pour lesquelles Brian travaillait, et ce - Ce n'est pas mon rôle.
n'était pas la même chose pour tous les articles. - Ah! bon.
C'est la raison pour laquelle il faisait, lui, les achats... En ce qui concerne l'argent... il y avait les li­
n connaissait les endroits où il fallait acheter parce vres. Mais ne dites surtout pas cela à ...
que les propriétaires de la maison lui faisaient des , Bon, bon. Maintenant, dites-moi si vous aviez
conditions spéciales. une cachette à vous, pour y mettre ce qui vous ap­
- Je comprends. partenait... peut-être de l'argent, ou.. des lettres, n'im­
- Vous voyez, alors je ne peux pas me souvenir... porte quoi? Aviez-vous une cachette?
- Une livre et combien de plus? - Que cherchez-vous à savoir?
- Hum... tch ... hum... tch... disons ... (Il faut entendre cette courte phrase dans l'enre­
- A peu près? gistrement pour pouvoir en apprécier toute la saveur.
- Hum ... six pence... en plus de la livre, et je ne L'expression soupçonneuse et méfiante dont ellc était
suis pas... chargée n'a jamais manqué de faire éclater de rire
- A peu près une livre six pence, alors? les audi teurs.)
- A peu près... peut-être. Je n'aimerais pas que - Ce que j'aimerais savoir, c'est si nous pourrions
vous répétiez que je vous ai dit cela... que j'ai dé­ trouver quelque part des documents, .quelque chose
pensé tant d'argent. d'écrit, des traces matérielles prouvant que vous avez
Bon, d'accord. Nous n'cn parlerons plus. Par­ vécu en Irlande.
lons 'de l'argent en général. Il y' avait... Quelle était Hum... tch...
la monnaie que vous aviez? Aviez-vous des billets? - Ce n'est pas la peine de nous parler de votre
--: Je n'en avais pas beaucoup. Je... cachette. Mais vous pourriez peut-être nous dire où
- Alors,' il Y avait des pièces? Comment s'appe­ nous pourrions trouver des documents prouvant que
laient ces pièces? • Bridget Murphy McCarthy a bien vécu à cette épo­
242 243
que en Irlande. Voyez-vous quelque chose de ce serez réveillée, je vous demanderai de dessiner un
genre? petit croquis, un petit croquIs. Je vous donnerai un
;. - ... Oh L.. Il me semhle que vous pourriez aller crayon et une feuille de papier. Vous dessinerez un
à l'église ou à l'hôtel de ville ... petit plan montrant l'endroit où vous habitiez par
- A l'église on trouverait des traces? rapport à l'église Sainte-Thérèse, par rapport à l'église
- Oh ! j'en suis certaine. Sainte-Thérèse. C'est-à-dire que vous dessinerez sim­
- Quel genre? plement quelques pâtés de maisons.
- Nous avons été obligés de payer une dîme. (Nouvel éternuement de Bridey.)
- Une dîme? Maintenant relaxez-volis, relaxez-vous, et que
- Oui, nous y étions obligés. Il a fallu que je votre sommeil devienne de plus en plus profond.
signe. Moi, je voulais bien signer. Mais Brian, lui, il Ainsi, lorsque vous vous réveillerez, vous serez capa­
était sCtr que nous devions le faire. ble de nous dessiner grosso modo un petit plan mon­
- Ah! lui. trant la situation de la maison de votre grand-mère...
- Et ensuite... Savez-vous que lorsque nous avons de la grand-mère de Brian, par rapport à l'église
été mariés, ils ont tout marqué sur le n:gistre de Sainte-Thérèse. Arrivez-vous à vous la représenter en
l'église? esprit? Pouvez-vous voir où se trouve la maison de
- Ils ('ont marqué sur le registre de l'église? la grand-mère de Brian?
- Et il a fallu qu'ils mettent 10111 sur nous... où Oui-oui.
nous ét ions nés... comhien d'argent nOliS avions ... oh ! Et pouvez-vous vous représenter où se trouve
tout... Tout ce qui s'était passé d41ns la ramille, si l'église Sainte-Thérèse?
personne n'avait été pendu, tout, quoi. Oui-oui.
- Et c'était à Sainte-Thérèse, n'estoC(: pas? A Et voyez· vous, comme vous nous l'avez dit. que
l'église Sainte-Thérèse? la maison de la grand-mère de Brian donne sur
- Oui, c'était à Belfast. Dooley Road ?
- Etes-vous jamais allée communier ou vous con­ - Oui, Dooley Road.
fesser? - Bon.
- Oh! non. Je n'avais pas le droit. On ne peut le ne voudrais pas vous décevoir. Je ne sais pas
pas... Mais Brian, lui, y allait. dessiner.
- ,Ah! oui. -- Vous n'aurez pas à d~~ssiner. Vous n'aurez pas
- Si vous voulez vous renseigner à ce sujet, vous à dessiner. Vous n'aurez qu'à tracer quelques lignes,
n'avez qu'à interroger Brian. juste tracer des lignes pour nous montrer combien
- Entendu. il y a de pâtés de maisons. Vous représentez-vous
- Bon. cela?
- Alors, quand vous serez réveillée, quand vous - Heu... oui... je...

244 245
Ecoutez, simplement quelques lignes, comme - Oh !... heu ... j'aimais le...
sur une carte, pour montrer combien." combien de - Quel était votre livre préféré?
pâtés de maisons séparent la maison de l'église, pour Avec une certaine timidité:
qu'on puisse voir à peu près comment elle est située. Vous allez vous moquer de moi. J'aimais les
Vous pouvez faire cela, n'est-ce pas? histoires surnaturelles, et j'aimais les livres qui ra­
- J'essaierai. contaient des choses de l'au-delà, et les contes au
- Bon. Maintenant, reposez-vous et relaxez-vous. sujet de Cuchulain que ma mère avait l'habitude de
Reposez-vous et relaxez-vous. Pouvez-vous me dire, lire.
pouvez-vous me dire quelle est votre chanson favo­ - Ah! Vous souvenez-vous du nom d'un auteur,
rite? Quelle était votre chanson favorite? du nom de quelqu'un qui ait écrit l'un de ces li­
- Heu ... J'aimais bien le... « Londonderry Air ».
vres ? Le nom de l'auteur de l'un de ces livres?
- Et quoi d'autre?
Je me souviens... d'un homme qui s'appelait...
- J'aimais... « Sean »... « Sean "..
J'ai lu des choses au sujet d'un homme... Keats. J'ai
- Quoi donc?
lu des livres écrits par un homme qui s'appelait
- «Sean ». C'est une chanson qui raconte l'his­ Keats.
toire d'un jeune homme. ' - Qu'a-t-il écrit? Quel genre d'ouvrage?
« Sean» ? - Oh !... c'était un Anglais. (D'un ton de défiance.)
- « Scan ». Mais je l'ai lu 1... hum... Il a écrit de belles choses.
- Ah! Donnez-moi encore un autre titre de chan­ Il a écrit des poèmes aussi.
son que vous aimez. - Avez-vous ... Pouvez-vous vous souvenir d'un de
- ... Heu... ses livres? Donnez-nous le titre d'un livre que vous
- Encore "'llne chanson. avez lu et le nom de son auteur. N'importe quel livre,
- Oh !... tch ... heu... heu... « The Minstrel's March ». absolument n'importe lequel.
- «The Minstrel's March " ? - Hum... Je me souviens du nom du livre... Pou­
- Oui. Je... Il n'y a pas de paroles, mais j'aimais vez-vous ... Vous ne voyez pas lequeL Vous n'avez
bien la marche. qu'à aller chez le « prêteur)} et il vous dira qui l'a
- Ah! Et votre poésie préférée? N'y avait-il pas écrit. The Green Bay. .
une poésie que vous préfériez? (En d'autres termes, Bridey Murphy me donnait
- Heu... tch... ma poésie préférée... Je ne me sou­ le titre du livre et m'envoyait demander le nom de
viens pas de ma poésie préférée. Mais j'aimais bÎen l'auteur chez le « prêteur », c'est-à-dire probable­
ça.... J'aimais bien lire. ment à ce qui correspond à nos bibliothèques de lo­
- Vous aimiez lire?
cation de livres.)
- Oh! oui.
- The Green Bay J
- Quel était votre livre préféré? •
- Oui, The Green Bay.

246 247
Bon. C'est très bien. Parfait. Maintenant... dites­ - Bon. D'accord. Mais c'était une petite coupe,
moi, avez-vous entendu parler de Blarney Castle? et le nom ressemble à « brate » ?
J'ai entendu parler du blarney. Il ressemble à « brate ».
Qu'est-ce que le blarney? Parlez-moi du blar­ Bon...
ney? Et on fait le vœu dessus, et ce vœu se réalise...
- Oh !... le blarney... c'est un èndroit où l'on va, Très bien.
et, savez-vous, on met les pieds au-dessus de la tête Hum-hum.
et on... C'est un mythe. Brian dit que Father John Dites-moi, où alliez-vous danser? Où alliez-vous
me dira la vérité au sujet de ça aussi! Il faut que... danser?
n faut poser les lèvres dessus, et alors on acquiert - Mme... Mme Strayne, elle avait une salle de
la flatterie ... le don de flatterie. danse.
- Je vois. Mais lorsque vous étiez à Cork, lorsque - Bon, et de quels instruments se servait-on, de
vous étiez à Cork, vous connaissiez déjà le blarney ? quels instruments?
- Oh! seulement... Ma mère disait : « Tu es - Il Y avait une... lyre, et il y avait des cornemu­
pleine de blarney. » ses. Je vous en ai déjà parlé, des cornemuses, mais ne
me demandez surtout pas comment ça s'écrit, hein!
- Mais vous n'êtes jamais allée à Blarney. Vous
(Cette soudaine déclaration fut exprimée avec une
n'avez jamais vu la pierre dont vous me parliez?
telle fermeté que les témoins - ceux qui assistaient
- Je ne m'en souviens pas. à la séance - ne purent s'empêcher d'éclater de
- Bon, vous nous avez déjà parlé de l'époque où rire.)
vous étiez à Cork. Vous nous avez dit que lorsque Riant:
vous étiez à Cork vous faisiez des vœux, vous faisiez - Bon, bon. Maintenant, dites-moi quelle était
des vœux sur une petite coupe, n'est-ce pas? votre danse favorite?
- Hum... humm. - Oh! ... je... j'aimais danser, tout simplement,
- Dont le nom était quelque chose comme J'aimais les gigues ... plusieurs sortes de gigues.
« brate ». - Lesquelles ?
- C'est un « brate ». - Hum... Il y avait la « Gigue de la Sorcière »••.
- Comment l'écrivez-vous? L'avez-vous jamais vu Elle était très rapide.
écrit? Laquelle?
Oh! mon Dieu... j'ai vu la coupe. La « Gigue de la Sorcière ».
- Mais vous n'avez jamais vu le mot écrit? Bah, la « Gigue de la Sorcière ». D'accord.
- Heu... Vous ... vous faites le vœu dessus. Je ne Et la... Il y avait la... Oh! mon pied! mon
connais pas l'orthographe de tous les mots, vous pied! (Un gémissement.)
savez. • (Bien que le magnétophone eût très nettement en­

248 249
registré ces derniers mots, je n'avais pas entendu pouvez y penser tout haut et retrouver en quel1e
moi-même cette première allusion à son pied. L'ap­ année c'était.
pareil était placé très près de sa bouche et par consé­ - Heu... heu... Voyez-vous, j'avais... j'avais seize
quent reproduisait très fidèlemeht tout ce que Bri­ ans en 18 et 14. C'était en 18... 18... 18 et 18.
dey prononçait. Moi, par contre, j'étais quelquefois - Quel âge aviez-vous? Nous ferons le calcul pour
obligé de m'éloigner d'clIc pour jeter un regard sur vous. Quel âge aviez-vous quand vous vous êtes ma­
mes noIes puisque depuis la seconde séance je riée?
préparais une sorte de petit programme - et il m'ar­ Eh bien! j'avais vingt ans quand je me suis
rivait donc parfois de manquer un mot par-ci par-là; mariée. (D'un air indigné :) .le J'ai calculé toute
en l'occurrence, la remarque au sU,jet du pied m'avait seule.
échappé.) - Oh! alors c'était en 18... Mais oui, je vois. Très
- Comment s'appelait l'endroit où vous alliez bien. Parfait. Bon... Maintenant parlons de nouveau
danser? Le nom de ce... N'avez-vous pas dit que de votre vie à Cork. Dites-moi, lorsque vous avez fait
c'était une salle? le voyage de Cork à Belfast... lorsque vous avez fait
_. La salIe de danse de Mme Strayne. Elle était... le voyage de Cork à Belfast, comment avez-vous fait
-- Etait-ce l'endroit dont vous nous avez déjà ce voyage?
parlé? Là où vous alliez à J'école? .J'ai voyagé en voiture de louage.
- ElIe avait une salIe de danse. (D'un air irrité :) - Bien. Alors, je voudrais que vous me disiez le
Je n'alIais pas à l'école dans la salle de danse, voyons! nom ... je voudrais que vous me disiez le nom de
- Bon, bon. Alors maintenant pensez à l'époque certains des endroits, des villes que vous avez tra­
où Father John vous a mariée. Pensez à J'époque où versées pour aller de Cork à Belfast...
Father John vous a mariée. - De Cork... pour al1er à Belfast... hum ... hum...
- Il ne m'a pas mariée. Il n'a jamais été marié. - Allez, réfléchissez tout haut. Réfléchissez tout
haut ct dites-nous à quoi vous pensez. Par où passe­
(Là aussi il faudrait entendre ces paroles pour se t-on pour aller de Cork à Belfast?
rendre compte de leur expression. Bridey avait l'air (Voici encore un exemple de question qui a évoqué
très triste, au bord des larmes presque,) chez Bridey une association d'idées. Il y eut un
Je vous parle de l'époque où Father John a silence, pendant lequel elle parut songer à quelque
célébré la cérémonie de votre madagc avec Brian. chose, puis quand elle se décida enfin à parler, ce
- ' Oh!... oui... oui, il l'a célébré. fut pour expliquer qu'elle pensait à autre chose qu'à
-:- Bon. Alors je voudrais que vous réfléchissiez, ma question.)
que vous réfléchissiez tout haut si vous le préférez. ... Excusez-moi. Je pensais à autre chose.
Essayez... essayez de vous souvenir en quelIe année A quoi pensiez-vous?
c'était. Tâchez d'y arriver... Tâchez de voie si VOUf - Je pensais que mon père était tellement malheu­
250 251
reux. Vous savez, nous avons fris le cheval et nous avait... il Y ,wail d'abord le loch ... et ensuite la ville.
sommes partis ct il était vraiment désolé. Il sc sentait C'était... voyom, ...
tellement abandonné... Je m'en allais .,i loin. Il est - Oui. Et puis?
tombé malade après cela. - Et puis nous avons traversé... mmm... mmm...
- C'est vrai? Munster. Nous avons traversé une petite ville où nous
- Oh! il était tellement bouleversé. Et moi, moi nous sommes arrêtés pour manger du gâteau de pom­
j'étais malheureuse de partir, alors. mes de terre. Oh 1... du gâteau de pommes de terre.
Et puis... Vous êtes montée dans la voiture et - Comment s'appelle l'endroit ,
vous êtes partie? - C'était... heu... Ça commence par un « D ». Je
(Lorsque, à ce moment-là, ,j'interrompis Bridey, vois un « D )} et un « a »... et un... « b »•.. D-o-b...
tous les témoins manifestèrent le regret que je ne et un « y)'.
pousse pas plus avant. En réalité, ils auraient préféré Très bien.
en entendre davantage sur « la vie personnelle de Bri­ Do-by.
dey Murphy )}. Mais notre véritable tâche consistait Très bien. Maintenant je voudrais que vous y
à essayer d'obtenir des faits matériels, des preuves, pensiez pendant un instant.
et je ne voyais pas en quoi les sentiments de son
Dans un soupir :
père pouvaient nous apporter une aide C'est pour­
quoi je l'avais ramenée à ma question précédente.) Doby.
Hum-hum. - Je voudrais que vous y pensiez. Vous nous avez
Quoi? déjà dit aussi qu'il y avait un endroit 'lui s'appelait
Hum-hum. Il était... il était fâché contre moi Baylings Crossing.
et... (petit rire de regret) '" je... Oh ! c'est juste un trou, vous savez. (Léger rire.)
- Bon. Maintenant pensez à cc voyage, pense7 à Bon, et où est-ce? Plus près de Belfast ou plus
ce voyage en voiture à cheval. Parlez-moi des endroits près de Cork?
où vous avez passé. ParIez-moi de quelques-uns de C'était plus près de Belfast.
ces endroits... dites-moi les noms de quelques-uns de Plus près de Belfast, bon. Et Mourne? Vous
ces endroits. Vous nous en avez déjà parlé... avez parlé de Mourne. Où était Mourne,' plus près
- Eh bien ? .. de...
- Vous nous avez déjà parlé de Carlingford, par - Mourne est près de Carlingford.
exemple. - Mourne est près de Carlingford ?
- Eh bien! oui, j'ai... Vous voulez savoir les noms - Oui. Mourne... près...
de ces endroits? - Très bien. Maintenant pouvez-vous vous ima­
- Oui, les noms de ces endroits, dites-les-moi. giner, pouvez-vous vous imaginer dansant la « Gigue
- C'est le nom du loch, vous savez, et -le... il y de la Sorcière )}? Vous souvenez-vous d'avoir dansé
252 253
la « Gigue de la Sorcière »? Pouvez-vous vous VOIr - Vous souvenez-vous d'un de ces morceaux que
ainsi? vous avez essayé de jouer?
- Oh ! je l'ai dansée avec Brian.. J'ai joué... Ah! j'ai joué... la « Danse des
Fées )'... la « Gigue du Matin » ... J'ai joué...
- Ah ! oui. On ne danse pas la « Gigue de la Sor­ D'un air ironique :
cière » toute seuil', sans partenaire?
- Vous jouiez la « Gigue du Matin » ?
(Petit ricanement ironique:)
- Hem-hem! Joué la « Gigue du Matin» !
- Je ne le crois pas.
- Bon, alors, au sujet de votre père... dites-moi
Ah! bon...
quelque chose. Comment s'appelait-il?
- Vous devez... Vous devez tourner en cercle, ... Mon père?
vous savez, en vous tenant les mains. Oui.
- Ah! bon. Maintenant relaxez-vous, relaxez-vous. ... Il s'appelait Duncan.
Vous allez vous sentir très bien lorsque VOLIS vous - Etes-vous sûre que c'était Duncan, Duncan Mur·
réveillerez. Vous allcz vous sentir très bien lorsque phy? .. Etes-vous sûre que Duncan Murphy était
vous vous réveillerez. Ce sera très, très agréable. Vous avocat?
vous sentirez cncore beaucoup mieux que vous ne (J'avais plusieurs raisons pour lui poser cette ques­
vous sentez mainwnant. Dites-moi, jouiez-vous, vous­ tion. D'abord, bien qu'il soit fort possible que la
même. d'un instrument dc musique? fille d'un avocat ait épousé le fils d'un autre avocat
- Hem ... hem... ce qui pouvait même avoir été pour quelque chose
(Une fois dc plus, elle semblait penser à une scène dans leur rencontre - je me demandais tout de
que ma question lui avait remise en mémoire. La même si c'était bien vrai. Car il se pouvait que Bri·
manière mécontente dOht elle scandait ses « hem... dey, du fait de son mariage avec le fils d'un avocat,
hem ... », qu'clIc répéta à plusieurs reprises, au Heu ait été tentée de se parer d'un niveau social un peu
de répondre directement à ma question, indiquait plus élevé en nous racontant que son père était
qu'clic sc remémorait quelque incident.) également avocat. Comme elle nous avait dit, par
- Est-ce que vous jouiez de la lyre? ailleurs, qu'elle habitait La Prairie, qui éjait située
- Oh! non ... Je m'amusais avec. Je ne pourrais en dehors de la ville, je me demandais alors corn·
pas dire que je .jouais de la lyre. ment il se faisait qu'un, avocat habitât la campagne.)
- Ah!... - C'est ce qu'il disait à ma mère et à moi.
- Ma... - Vous pensez qu'il était avocat?
-, VOliS souvenez-vous des airs que vous jouiez - Oui.
quand vous « vous amusiez avec la lyre »? - Faisait-il un autre travail ?
- ... Heu.., J'ai juste joué des morceaux de débu­ - Il faisait un peu dé... culture.
tants. Je n'étais pas assez... • - De quoi?

214 255
Avec
très bien, votre corps sera parfaitement dispos. Votre
- De culture!
tête sera dégagée. Et dans l'avenir... dans l'avenir,
- Qu'est-ce que c'est?
vous ne souffrirez plus d'aucune allergie. Lorsque
D'un air las :
vous vous réveillerez tout à l'heure, vous n'éprou­
- Culture! Faire pousser des :.::hoses, quoi.
verez plus aucune allergie. Vous ne serez plus jamais
- Ah! je vois. Je vois. Bon, très bien.
gênée par aucune allergie.
(Avec désespoir:)
(Encore avec la voix de Bridey :)
- Mon pied!
Je n'ai pas d'allergie. J'ai un refroidissement.
- Qu'est-cc que vous dites?
Bon. Maintenant, vous n'aurez plus de refroidis­
Mon pied. sement. Après votre réveil, vous vous sentirez très
~, - Qu'y a-t-il à votre pied? bien. Vous ne serez plus gênée ~n aucune façon.
- Oh L.. c'est... Bon.
(Cette fois-ci, je compris nettement qu'elle se plai· Numéro un. Numéro un... Numéro un, vous
gnait de son pied; mais comme j'en ignorais la rai­ revenez à l'époque actuelle, ici. Numéro deux. Nu­
son, je décidai de la réveiller. Les témoins, ainsi que méro deux... Quand je serai arrivé au chiffre cinq,
beaucoup de ceux qui ont entendu par la suite J'en­ vous serez Ruth Simmons et vous vous sentirez tout
registrement, m'ont fait remarquer que les plaintes à fait bien. Numéro trois. Numéro trois... Revenez à
concernant son pied, à chaque fois, intervenaient peu l'époque actuelle et à l'endroit où vous vous trouvez.
après ses allusions à la gigue.) Numéro quatre. Numéro quatre ... Quand j'atteindrai
- Bon. Je veux que vous vous reposiez et que le chiffre cinq, vous serez Ruth Simmons, et vous
vous vous r~laxiez. Je veux que vous vous reposiez et serez ici, à l'heure actuelle, et vous vous sentirez
que vous vous relaxiez. Je veux que vous vous repo· merveilleusement bien, à tout point de vue, et vous
siez et que vous vous relaxiez. Vous allez revenir à respirerez facilement et vous vous sentirez la tête
l'époque actuelle et à l'endroit oit vous vous trouvez. légère. Vous vous sentirez parfaitement bien. Numéro
Vous allez oublier cette existence en Irlande. Et main­ cinq. Numéro cinq... Complètement relaxée et parfai­
tenant vous allez penser à votre vie aux Etats-Unis. tement bien. Maintenant vous pouvez v,Ous réveiller
Maintenant, je vais compter jusqu'à cinq. Je vais et vous vous sentirez très bien. Numéro cinq... Vous
compter jusqu'à cinq. Et lorsque je prononcerai le vous sentez bien... vous vous sentez bien... vous vous
chitrre cinq, vous vous réveillcrcz ct vous vous senti­ sentez bien...
rez merveilleusement bien. Vous serez Ruth Sim~
mons, ct vous vous sentirez encore mieux que vous
ne vous sentez en ce moment. Vous éprouverez un
bien-être total. Et votre pied ne vous fera pas mal
du tout, votre pied ira très bien, vos jaml>es iront

.~ 256
Qui êtes-vous? demanda-l-ellc soudain.
9
C'était la première fois au cours des expériences
qu'elle posait une telle question. Voici la transcrip­
tian:
Maintenant, je voudrais que vous retourniez en
arrière, plus loin encore. Je voudrais que vous retour­
niez à l'époque d'avant votre naissance dans cette
vie. Vous nous avez déjà dit que vous vous souveniez
d'un endroit d'attente... que vous vous trouviez dans
un endroit où l'on attendait. Vous voyez-vous dans
cet endroit d'attente ?... Vous voyez-vous dans cet
endroit d'attente? Bon. Maintenant, reposez-vous et
relaxez·vous. Soyez tout à fait confortable. Tout à
Avant de terminer le livre, je voulus faire un der­ fait, tout à fait confortable. Vous allez en éprouver
nier enregistrement. Il restait encore des questions beaucoup de plaisir. Cela va beaucoup vous amuser.
auxquelles il n'avait pas été répondu. Quand elle Maintenant je voudrais que vous retourniez à cette
avait été enterrée? Quel était le nom intégral de existence que vous avez vécue en Irlande, lorsque
Brian - c'est·à-dire s'il avait un second prénom? Si vous étiez Bridey Murphy. Alors, pouvez-vous vous
elle s'était mariée à Belfast, comment il se faisait souvenir de cette existence en Irlande, du temps où
que ses parents l'avaient laissée voyager avec Brian vous étiez Bridey Murphy? Pouvez-vous vous en
avant le mariage? Si elle se souvenait de chansons souvenir?
qu'elle pourrait nous chanter maintenant? - ... mmm... humm·humm.
Et nous voulions aussi lui faire danser encore la - Bon. Maintenant je voudrais que vous reveniez
c Gigue du Matin », comme elle l'avait fait après la au moment de votre mariage. Vous souvenez-vous
troisième séance, en réponse à la suggestion post­ du moment où vous vous êtes mariée? Quand Bri­
hypnotique. Mais cette fois, nous avions projeté de dey Murphy s'est mariée? Pouvez·vous-vous en sou­
prendre en film le mouvement ailé des pieds de Ruth venir? Quand vous vous êtes mariée?
(ou de Bridey scion le point de vue auquel on se - ... Oui êtes-vous?
,plaçait). Nous invitâmes donc un cinéaste muni de (Cette question, que j'entendais pour la première
son éq"uipement. fois, confirme peut·être l'opinion de certains hypno­
, Cep.endant, le sixième enregistrement n'eut lieu que tistes, qui prétendent que l'opérateur devrait se pro­
le t-r octobre 1953. Après l'habituelle régression d'âge, jeter lui·même dans la situation, s'attribuant une
Bridey me posa une question qui me prit au dé­ quelconque identité, évitant ainsi, de la part du su·
pourvu. • jet, d'éventuelles confusions. Quant à moi, sous le
258 259
coup de la surprise. ne sus que lui donner une - Très bien.
réponse évasive.) - Et il s'appelait Joseph pour l'église.
- Je suis votre ami. Je suis votre ami. - Oui.
- Avons-nous déjà voyagé? - Et Brian.
- Voy... Si nous avons déjà voyagé? Sean Joseph Brian?
- Oui. (Je prononçai « Shawn », car au cours d'une p:r:é­
(J'étais de nouveau totalement désorienté; ce cédente séance elle avait fait allusion au nom d'une
genre d'incident ne s'était jamais produit Je ne com­ chanson, en utilisant cette prononciation. Ici, pour
prenais même pas ce "Iu'elle voulait dire avec son le nom de son mari, elle l'avait prononcé autrement;
histoire de voyage et j'étais peu tenté de la suivre elle va d'ailleurs en donner l'explication.)
sur ce terrain.) See-an.
- C'est bien. Alors, pouvez-vous voir cette... pou­ - See-an?
vez-vous voir l'époque de votre mariage? Pouvez-vous - C'est aussi « Shawn ", mais « See-an » est la
voir à quelle époque c'était ? vraie manière de le dire.
- Heum-heum. - Bon.
- Bon. Alors dites-moi le DOm de l'homme que - Hum.
vous avez épousé ? - Pas d'autre prénom ? Et Brian venait-il avant
- Brian. ou était-ce Sean Joseph Brian? Etait-ce Sean Joseph
- Brian était-il son premier ou son deuxième pré­ Brian?
nom il - Non. Sean Brian Joseph.
- ... Heu ... On l'appelait... B;ian... du nom de son - Sean Brian Joseph. Et le nom de famille?
père... Vous voulez des renseignements sur mon - McCarthy.
mari? - Très bien. Maintenant détendez-vous conforta­
- Oui. Quel était son nom en entier? Brian était­ blement. Vous allez voir que ce sera très agréable
il son seul prénom? Son seul prénom? Brian? pour vous. Relaxez-vous et vous allez en profiter com­
N'avait-il qU'lm seul prénom ou en avait-il un second? plètement. Vous n'avez qu'à vous relaxer ~ntièrement.
, - Oh! il en avait plusieurs, vous savez. Mettez-vous tout à fait à l'aise. Alors, quand vous
- Ah ! bon. Alors dites-les-moi tous. Si vous pou­ êtes-vous mariée? Vous êtes-vous mariée à Cork ou
vez vous en souvenir. à Belfast?
- Il s'appelait... Sean (qu'elle prononçait « See­ Je... me suis mariée à Cork.
an » et non pas le Shawn lt comme le nom gaélique). - Vous vous êtes mariée à Cork?
. Sean. Su. Voulez-vous que je vous l'épelle? Je me suis mariée... à Cork. Mais je n'ai pas dit
à mes parents que je me suis mariée une seconde
- Oui.
fois à Belfast.
- S-e-a-n. •
26]
260
- Oh! je vois. Vous vous êtes mariée une pre­ Alors, quand vous vous êtes finalement mariée à
mière fois à Cork et ensuite une seconde fois à Bel­ l'église, êtes-vous devenue catholique?
fast? Non. Je vous ai dit que non. Je n'ai... je n'ai
- Ne le répétez pas, hein? pas voulu. Je ne me suis pas mariée à l'église. Je me
- Non, non, c'est... suis mariée chez Father John.
- Vous répétez les choses. Chez Father John?
En riant: Oui-oui.
- Non, je ne répéterai pas ces choses-Ià. Ah! bon.
(Maintenant, j'ai la permission de mon sujet de C'est une faveur qu'il nous a faite.
répéter « ces choses-là ».) Ah! oui.
- Hum-hum. Mais je ne me suis pas mariée à Mais c'était... seulement pour. que ce soit enre­
l'église. J'ai fait cela... juste pour faire plaisir à Brian. gistré... par l'église... Pour les enfants que nous
Je vois. Alors vous vous êtes d'abord mariée à n'avons pas eus...
Cork et ensuite à Belfast? Je comprends. Maintenant, reposez-vous et re­
- Je me suis mariée là pour que mes parents laxez-vous. Reposez-vous et relaxez-vous, et soyez tout
puissent me voir et... ils étaient clésolés de ce ma­ à fait à l'aise. Prenez plaisir à ccci. En somme,
riage, vous savez. Je veux dire qu'ils avaient l'im­ vous ne pouviez pas vous confesser et communier,
pression... que j'étais... qu'ils me perdaient. Mon père puisque vous n'avez jamais été réellement mariée à
en était très malheureux. l'église.
Je n'avais pas envie de le faire.
- Je vois, et vous... et vous êtes partie pour Bel­
Vous ne vouliez pas vous confesser et commu­
fast dans une voiture de louage, vous nous avez dit ?
nier?
- Oui.
J'avais été endoctrinée toute ma vie. Pourquoi
- Bon, vous avez pris le cheval de votre père. aurais-je eu envie de le faire?
Vous nous avez dit que vous aviez pris le cheval de Je vois. D'accord.
votre père. Mais avez-vous... ? Je ne le condamnais pas.
Avec une certaine indignation: - Que dites-vous ?
- Mais c'était normal! Je ne condamnais pas Brian. C'était ainsi qu'il
Je sais. Mai:; où avez-vous pris la voiture? avait été élevé. Mais il ne. me condamnait pas non
- Ah! la voiture... elle appartenait à ... à une écu­ plus.
rie... Le mari de Mme Strayne avait une écurie. - Je vois.
- ' Oh! je vois. Bon, maintenant, relaxez-vous. - Si nous avions eu des enfants, j'avais promis
Alors, reposez-vous. Restez bien confortable. Reposez­ qu'ils seraient ce qu'il voulait.
vous et relaxez-vous. Reposez-vous et rel3itez-vous. - Je vois. Maintenant, dites-moi quel était le nom
262 263
de la grand-mère de Brian? La grand-mère de Brian - Je les achetais... Brian les achetait chez l'épi­
qui habitait tout à côté de chez vous? Comment cier.
s'appelait-elle? Comment s'appelait cet épicier?
- Vous voulez dire son prénom ? Oh L.. tch ... John...
- Oui. Son nom de famille devait être McCarthy, Vos souvenirs vont se préciser. Vos souvenirs
n'est-cc pas? vont se préciser... .
- Oh! oui. - John... John... On l'appelait John... Ça commen­
- Et son prénom? çait par un C...
- Hum... On l'appelait... oh L.• on l'appelait... Oh ! Bon. Epelez-nous ce nom, épelez-le moi.
comment dit-on cela? On l'appelait... Delilinan. n y avait un C... a ... a ... deux r.
- Devinam? Carr?
- Delilinan. Continuant à épeler :

- Oh! bon. - i... g... Je ne suis pas très forte pour épeler.

- Delilinan. - Je sais, mais nous pouvons y arriver. C-a-r-r-i.

- Bon. Alors, à Belfast, quand vous habitiez Bel­ Vous avez dit C-a-r-r-i ?
fast ... - G ... c'était g-a-n ou e-n, ou... Carri... Carri...

- Oui-oui... - C-a-r-r-i-g ?

- Ouand vous habitiez Belfast, faisiez-vous votre - ...a-n ... mais...

cuisine vous-même? - Carrigan?

- Et qui l'aurait fait si ce n'avait pas été moi? Oui, c'est ça.

- (Riant) Vous n'aviez pas de bonne? - C-a-r-r-i-g-a-n ?

- Oh! non. - C-a-r-r-i-g-a-n.

- Bon. Et quel était votre plat favori?


- Vous pensez que c'est ça?

- Hum... Je... J'aimais... heu... les galettes de gâ­


teau dc pommes dc terre. Mais on J'lcut dire que j'ai - Oui, je crois.

eu mon content de gâteau de pommes de terre - Bon...

- Peut-être n'est-ce pas l'orthographe" exacte, mais

- Qu'aimiez-vous d'autre?
- .T'aimais... oh t j'aimais... hum .. j'aimais le rôti... c'est le nom.
et j'aimais... il y avait une racine qu'on cuisait... et - Très bien. Et vos chaussures, où les achetiez­
j'aimais k rôti aux raves ... et j'aimais... hum ... le vous·? Vous souvenez-vous du nom de l'endroit où
.ragoüt... les ragoûts... oh ! j'aimais aussi tous les vous achetiez vos chaussures?
qu'on faisait au four. - Heu... hum ... je les achetais... je n'achetais pas
- Très hien. Où achetiez·vous vos provisions? Où beaucoup moi-même.
achetiez-vous vos provisions? • - Mais vous souvenez-vous du nom?

164 265
- Je... ça commençait par un ... (Abandonnant :) l'ignore. Comme je l'ai déjà expliqué. c'est le genre
Oh ! ça me fatigue d'épeler tous ces mots. de chose dont j'hésitais à m'assurer, de crainte que
- Bon. Alors, si ça vous ennuie, n'épelez pas. cela ne provoque en elle un trouble inutile, ce que
- C'est... c'est une maison ... Cadcnns... j'avais promÎs d'éviter.)
Vous nOLIs avez déjà parlé de Cadenns Rouse. - Bon. Alors, maintenant... Ecriviez-vous des let­
Est-cc exact? tres ? Ou avez-vous reçu des lettres?
- C'est là. - ... Oh 1... J e... Je recevais des lettres de la mai­
- Bon. son.
- Cadcnns Rouse. Je ne sais pas comment ça - De Cork, vous voulez dire?
s'écrit. - Oui-oui.
- Bon. Bon. Maintenant, reposez-vous et relaxez­ - Conserviez-vous certaines de ces lettres ?
vous. Reposez-vous et relaxez-vous. Et vous verrez que - Oh! oui. Je les conservais.
cc sera très agréable. Vous y prendrez beaucoup de - Pourriez-vous nous dire où vous les mettiez,
plaisir. Ce sera très amusant. Nous nous amuserons peut-être alors pourrions-nous les retrouver?
beaucoup. Soyez tranquille. - Je les gardais dans la cabane.
- Si on laisse tomber l'orthographe, ça pourra - Dans la cabane?
être agrénble. (Rires.) - Dans la maison.
- Bon. Nous allons tâcher de ne plus vous ennuyer - Dans un endroit particulier?
avec ça. - Oh! Je les mettais... Vous savez où le... vous·
- Rum. savez où le... là où il y a un plat en étain, qui est
- Nous n'allons plus vous ennuyer en vous fai­ d'une drôle de couleur foncée ... sur le second rayon.
sant épeler. - Sur le second rayon?
- Bon. - Et j'avais un minuscule petit portefeuille... et
- Ah! Comment les rues étaient-elIcs éclairées? je le mettais dedans. Je mettais là des rubans... et des
Comment les rues étaient-clIcs éclairées à Belfast? lettres. Et favais quelques... j'avais des tout petits
- ." Oh ! mon Dieu. (Soupir.) II y avait juste.. Je sachets de riz. Et j'avais aussi... c'est le ri? qu'on avait
ne sais pas... C'est à Brian qu'il f~ut demander ces jeté pour mon... hum... Et puis il y avait aussi une
choses-là... Ce n'ést pas à une femme. II y avait juste bande d'élastique que ma mère m'avait donnée pour
di.'s puli.'aux. <'IVi.'t: I.\i.'s lU1Uièn..:s dessus. mettre autour de... ma jambe... On glisse les sachets
Des poteaux avec des lumières? dedans... C'est un signe de... pureté. Elle voulait que
- Hum... Ce n'était pas... Ça brûlait. ça brûlait je le porte et je J'ai pris avec moi quand je suis
d'une certaine façon. Je n'y connais rien, moi. Je partie.
vais... je vais demander... - Bon. Très bien. Maintenant je vais vous citer
(A qui et comment elle devait le demander, je quelques noms. Peut-être en reconnaîtrez-vous un ou
266 267
plusieurs. Je vais seulement citer quelques noms. Si - Au 13 James Street?
vous en reconnaissez, dites-le-moi. Je vais commencer - Oui. Vous souvenez-vous où était le 13 James
à citer quelques noms, si vous en reconnaissez, dites­ Street?
le-moi. - Oh! certainement. Il y a quelque chose à ce
(Lors de mon voyage de retour au Colorado, avant sujet... Timber Yard...
ces trois dernières séances, je m'étais arrêté pour - Bon, alors...
affaires à Washington. J'en avais profité pour passer - Est-ce qu'iL. est-ce qu'iL. est-ce qu'il n'avait pas
à la Bibliothèque du Congrès poyr voir si je pouvais besoin d'un... Connaissait-il Brian?
y trouver d'andcns exemplaires du News Le/ter de - Je l'ignore.
Belfast. La Bibliothèque n'en possédait qu'un seul, - Je crois qu'il.. . .le crois qu'il savait... heu... heu...
daté de 1847 où je relevai quelques noms. J\~srérais qu'il savait quelque chose à son sujet. Un peu de
que l'un d'eux éveillerait un écho en Bridey, mais patience... A son sujet... c'est un... Oh! je sais quel­
mon espoir fut déçu.) que chose sur lui ... John Lawe's Timber Yard... C'est...
- Hum-hum.
oh !... Continuez. J'y réfléchirai.
- R. Percival Maxwell.
- Bon.
- Ouel nom! Teh... Qui reconnaîtrait un nom
- John Lawe...
comme ça? (Rires.) - Et maintenant, la Forster Greene and Com­
- John Lawc's Timber Yard. pany? Forster Greene and Company? .. Vous souve­
- John quoi? nez-vous des trois jumeaux de Robert Wiliamson?
- John. Lawe. John Lawe's Timber Yard. - Je ne m'en souviens pas.
- John Lawe's Timber Yard ?.. C'est un nom - Et le nom de John Craig? John Craig? Vous
d'homme, ça ? souvenez-vous de ce nom ? .. John Craig...
- Oui.' Vous ne le reconnaissez pas du tout? Il - Heu...
ne vous dit rien? John Lawe's Timber Yard, 13 James - Hardware?
Street? - Hardware? John Craig Hardware?
- Heu... - Hum-hum.
- Bon. Langtrces et Herdman. Langtrees et Herd· - Ces endroits-là sont-ils à Belfast?
man... Langtrees et Herdman. Cela vous dit-il quel. - Oui. Oui, c'est à Belfast.
_ que chose? - C'est à Belfast. Je... Avez-vous regardé dans les
- Ouel était l'autre? livres de Brian?
- . Vous voulez dire John Lawe's Timber Yard? - Non.
(Soupirs :) - Où avez-vous pris ces noms?
- John Lawe's Timber Yard... timber... - J'ai pris ces noms dans le News Letter de Bel­
... de James Street. • fast.
268 269
(Murmures.) Ah! oui. vous étiez heureuse à Cork? Vous mm lez votre vie
Bon, alors... Que dites-vous? à Cork? Alors, ce soir nous allons avoir beaucoup de
Je crois que certains de ces noms figurent dans plaisir à en reparler ensemble. Ce sera très agréable
les livres de Brian. d'en parler. Pensez donc à votre frère qui vivait à
- Oh! c'est possible. Mais ne vous ... Contentez­ Cork. Pensez à votre frère. Vous nous avez dit
vous d'écouter les noms, et s'il y en a qui vous rap­ s'appelait Duncan.
pelle quelque chose, dites-le moi. Alors, voilà d'au­ -Mmm.
tres noms. Thomas Edward... Cliff Leslie... William _ N'avait-il pas d'autre nom? Etait-ce son nom
Nielson Hancock... en entier?
- Oh!... Duncan... Duncan...
James Gibson... Richard Homer Mills... N'avait-il pas d'autres noms?
- Oh!... Moi j'en avais plusieurs pour lui.
- Ecklin Molyneaux, Molyneaux... Ecklin Moly­ Vous en aviez plusieurs ? Ah 1 oui. Et lui ?
neaux? Et à Cork, dites-moi, peut-être connaissiez­ ... Duncan...
vous Michael Barrie ou Sir Robert Kane ... N'était-ce que Duncan ou avait-il un autre nom?
Non... Il s'appelait... oui... Dans la Bible... Duncan...
- Bon. Alors, à Belfast, vous connaissiez le nom Blaine... Murphy.
de la grande manufacture de tabac de Belfast? Duncan Blaine Murphy ?
(Elle nous avait elle-même parlé, lors d'un précé­ Duncan Blaine Murphy.
dent enregistrement, d'une manufacture de tabac et Duncan s'est-il marié?
d'une câblerie, dont elle se souvenait, sans pouvoir Duncan... naturellement.
cependant en donner le nom. J'espérais que cette fois­ A-t-il eu des enfants?
ci elle en serait capable.) ... Oh! oui, il en a eu.
- La manufacture de tabac? Vous a-t-il écrit pour vous le dire quand vous
- Oui. étiez à Belfast? Vous a-t-il écrit à ce sujet? Vous
- Je sais qu'il y avait une grande manufacture de a-t-il écrit... ou...
tabac et aussi une grande câblerie, parce que Brian... _ Il s'est marié. Il s'est marié avec' la fille de
en parlait dans ses livres. Mais je ne me souviens pas Mme Strayne.
des noms. - Ah! oui?
- Vous ne vous souvenez pas des noms? Bon. _ ... C'était une jeune fille ravissante.
- ' Une manufacture de tabac et une câblerie? Oui. - Comment s'appelait-elle?
On y faisait des câbles. - Amy.
- Bon. Alors maintenant nous allons retourner à _ Le nom de la jeune fille était Amy?
Cork. Retournons à Cork. Retournons à Col"k. Alors, - Oui, Amy.
271
270
Hon. du Matin »? .. Pouvez-vous vous représenter dans
A-i-m-e-e. votrc imagination dansant la « Gigue du Matin» ?
A-i-m-e-e? - Mmmmm-mmm.
E-e. Pouvez-vous vous voir?
Bon. Très bien. Duncan était-il agriculteur? - Oui.
Comme son père? - Hon. Alors regardez-vous attentivement dansant
(Je glissai à dcssein cette tendancieuse question cette « Gigue du Matin ». Observez-vous dans cette
pour m'assurer avec plus de ccrtitude du métier de « Gigue du Matin »... dans votre imagination. Voyez­
DUllcan. Il y a lieu de noter qu'ici Bridey ne répéta vous vous-même.
pas sa précédente affirmation qu'il était aussi avo­ - Mm-mm.
cat.) - Après votre réveil, je vous demanderai de dan­
Oui ... Il était... il devait l'être. ser la « Gigue du Matin ». Je vous demanderai de
Bon. Quel genre de cultures, alors? vous lever et de danser la « Gigue du Matin ». Et
Eh hicn !... il Y avait... Oh !... Il Y cn avait plu­ vous en aurez envie. Cela vous amusera beaucoup
sieurs sortes. Il faisait du lin... du fourrage... et et vous serez très heureuse de la danser de nouveau.
puis... un peu de ... il faisait pousser un peu de tabac.
- Mm-mm.
Et puis il y avait... hum ... de l'avoinc... et .. Ai-je parlé
- Alors ce soir, après votre réveil, vous danserez
du lin ?
deux fois la « Gigue du Matin ». Vous la danserez
- Oui. Très bien. Comment faisiez-vous ces ré­
deux fois. Après votre réveil. Je vous demanderai de
coites? Comment faisait-on la moisson? Quels ins­
vous lever et de nous montrer comment on danse la
truments, quels ustcnsiles utilisait-on?
« Gigue du Matin ». Et vous serez ravie de le faire.
- Ce n'était pas moi qui la faisait.
Vous éprouverez beaucoup de plaisir à le faire.
- Non. Je veux dire comment la faisait-on?
- On les fauchait. Ils avaient un ... long... je ne - Mm-mm.
sais pas comment ça s'appelait. - Très bien. Alors, vous souvenez-vous de votre
..:.... Bon. petit frère? Vous souvenez-vous de votre petit frère,
- Un long manche... avec une drôle de lame. celui qui est mort? Celui dont vous nous avez dit
- TI-ès hien. Vous souvenez-vous dc votrc adresse qu'il était mort très jeune? Votre peti t frère.
à Cork? Vous souvenez-vous de votrc adresse à - Je ne m'en souviens pas très bien.
Cork '? - Vous souvenez-vous dc quoi Il est mort?
- .... Simplement « La Prairie ». (Pas de réponse.)
- Et maintenant... au sujet de la « Gigue du ... Une sorte de ... quelque chose de noir.
Matin » que vous nous avez dit que vous dansiez? Bon.
Pouvez-vous vous voir vous-même dansant la « Gigue ... ou quelque chose...

272 273
- Bon. Alors dites-moi si vous pouvez chanter? - C'était le douzième mois.
Pouvez-vous chanter? - Le douzième mois?
Mm-mm. - Oui-oui.
- Quelle chanson aimez-vous? Quelle chanson ir­ - Et quel jour?
landaise aimez-vous? - C'était... le douzième jour.
- Hum... hum... J'aime le « Londonderry Air '>. - Le douzième jour du douzième mois?
- Pouvez-vous chanter le « Landonderry Air Il? - Oui-oui.
- J'aimerais mieux pas. Je ne sais pas bien chan­ (Ceci ne correspond en aucune façon, ni au jour ni
ter. au mois de l'anniversaire de Ruth Simmons.)
- y a-t-il une autre chanson, une chanson vrai­ - Bon. Maintenant, je voudrais que vous preniez
ment très courte, que vous voudriez bien nous chan­ n'importe quel jour passé à Cork... n'importe lequel,
ter ? .. Juste une chanson très courte... Peut-être une mais qui ait été un jour très agréable. Souvenez-vous
petie chanson gaie, que vous aimiez bien. d'un jour que vous avez particulièrement aimé. Rap­
- Hum...
pelez vos souvenirs et racontez-moi tout au sujet de
(Elle chante :)
cette journée. Parlez-moi simplement de cette jour­
née, de ce que vous avez fait ce jour-là depuis le
Father's girl's a dancing doll. moment où vous vous êtes levée jusqu'au moment
Father's girl'.) a dancing doll. où vous vous êtes couchée. Racontez-moi cette jour­
Sing around and sl.ying around. née.
Father's girl's a dancing doll. (1) - ... Hum... Au début il y avait eu un essayage.
Et j'ai essayé... une, deux, trois .. nouvelles jupes.
- Très bien. Chantiez-vous cela en Irlande? Le Et elles avaient de grandes ceintures. Et... ma mère
chantiez-vous à Cork? a passé toute la matinée... à me faire trois jolies jupes
- Oui-oui. avec des ceintures. Et j'avais des sandales, qu'on
- Bon. Quelle était la date de votre anniversaire? m'avait envoyées. Des sandales blanches. Alors je suis
C'est-à-dire le mois et le jour. Le mois et le jour de allée chez Mme Strayne... où il y avait 11.n thé, avec
votre anniversaire? des gâteaux... en l'honneur de Geneviève, Du thé et
- Heu... c'était... hem ... c'était pendant les vacan­ des gâteaux pour Geneviève, et moi je portais mes
ces..C'était pendant les vacances. jupons blancs avec la... ceinture verte... et mes chaus­
- Vous souvenez-vous du mois? sures neuves. Et tout le monde a dit : « Vous êtes...
une... très jolie petite fille »... Mais en même temps
(1) La fille de mon père. est une poupée qui danse.
elle tendait la main vers ce que je lui apportais.
La fiJ.le de mon· pèTe est une poupée qui danse.
(Riant en moi-même :)
Qui chante en dansant et qui virevolte.

La ftHe de mon père est une poupée qui ftanse.


- Bon. Et quoi d'autre?
275
2V4
(II est intéressant de noter que lors de la toute
- Alors j'ai pris du thé et des gâteaux, et J'ai ren­
première séance, Bridey avait récité ce bénédicité
versé... Et j'ai... j'ai dû ... enlever ma jupe et rester
sans hésitation, alors qu'ici elle hésite et demeure
dans le petit salon du fond jusqu'à ce qu'elle ait
incapable de se rappeler tous les mots. Peut-être cela
séché.
indique-toi! que cette première fois le degré d'hyp_
- Qu'est-il arrivé d'autre ce jour-là?
nose était plus profond. Le Cran écrit, au sujet des
(Pas de réponse.)
- Et pourquoi était l'essayage? Pourquoi y avait­ souvenirs dans le cas de la réversibilité de temps
ordinaire: « Ces souvenirs évoqués peuvent être seu­
il un essayage ?
- Pour mes trois nouvelles jupes. Il fallait qu'on lement partiels et assez vagues; mais il arrive parfois
m'en fasse une neuve pour le goûter de Geneviève qu'ils soient parfaitement clairs et d'une remarquable
et... ma mère a dit : « Pendant que nous y sommes, abondance. »)
_ Vous m'avez déjà récité une fois cette prière.
nous allons en faire trois. »
Vous me l'avez déjà récitée une fois. Avez-vous du
- Bon.
- ... Les petites filles aiment les jolies choses. mal à vous en souvenir maintenant?
,.- Maintenant, pouvez-vous me dire... quel était le _ Bénissez... Je la connais. Bénissez cette mai­
nom que vous donniez aux fantômes? Quel était le son... Bénissez la nourriture. Il y a encore quelque
mot pour fantôme?
chose. Bénissez ... Faites que le bonheur, la gaieté, la
bonté... Mais il y a encore quelque chose d'autre.
- Un " banshee ". _ Bon. Ne vous en faites pas pour cela. Avez-vous
y a-t-il un autre mot pour fantôme?
- ... Si vous voulez connaître des mots gaéliques, déjà entendu parler de Killarney ? Avez-vous entendu
il faudra demander à quelqu'un d'autre. parler de Limerick, ou de Galway, ou de Clare?
- Bon. _ Limerick. II y a un comté de Limerick.
- Un .. banshee »... ou un Fantôme... c'est un es­ - Limerick était un comté?
prit, ou un ... C'était un comté, Limerick..
- D'accord. Mais pendant que vous étiez à Cork, - Bon.
que vous habitiez cette maison, à Cork est-ce que - Et il y avait un ... Galway. Galway.

vous faisiez une prière ou une bénédiction avant le - Qu'est-ce que Galway?

repas? Récitiez-vous unè prière avant de manger? - C'est un port.

-. Oui. - Un port'?

-Pourriez-vous nous la répéter maintenant? - Oui, un port.

- Nous disions... Bénissez... bénissez cette... heu.. _ Bon. Juste pour un instant... juste pour un ins­

cette... Bénissez cette nourriture... hum... Bénissez tant, retournons à Belfast. Revenons-en à Betfast.
cette... Faites que le bonheur, la gaieté, la bonté... Alors, dites-moi, dans la rue qui passe devant l'église
Bénissez cette... bénissez cette... • Sainte-Thérèse, devant l'église Sainte-Thérèse... en

276 277
quoi ét:li 1 faite la route? Etait-ce une route de terre, - ... On m'a enterrée... Je n'ai pas été enterrée en
ou de brique? Comment était-ce? terre sainte.
(Au cours de la cinquième séance, souvenez-vous - Oh! vous... vous n'avez pas été enterrée en
que j'avais ordonné à Bridey, sous forme de sugges­ terre sainte. Ah! bon. Très bien. Alors maintenant,
tion post-hypnotique, de dessiner une sorte de petit reposez-vous et relaxez-vous. Mettez-volis parfaite­
plan montrant la situation respective de sa maison ment à l'aise... parfaitement à l'aise. Restez parfaite­
et de l'église Sainte-Thérèse. Elle avait obtempéré à ment, parfaitement à l'aise. Dites-moi, quel était le
cette suggestion et exécuté le plan en question. Ce­ nom de votre... à Belfast, n'est-ce pas, quel était le
pendant, plusieurs jours plus tard, Hazel s'aperçut nom de votre médecin de famille?
en regardant cette « carte ,. que notre sujet avait - ... Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
dessin!! une quantité de minuscules cercles sur ce - « Chirurgeon " ? (1).
qui était censé représenter la rue. « Je parie qu'elle Ch ... ?
a voulu montrer par ces cercles qu'il y avait des L'homme qui vous a soignée iorsque vous étiez
pavés ", dit Hazel. J'avais donc décidé de m'en assu­ malade?
rer, sans rien lui en dire à l'avance. D'où cette ques­ - Oui.
tion, où j'ai précisément évité de parler de pierre, - Comment s'appelait-il ?
mais de terre ou de - J'étais malade. J'ai attrapé un terrible refroi­
- C'était une route empierrée. dissement.
- Une route empierrée. Comment appelle-t-on ces ,(L'allusion à ce « refroidissement" invitera proba­
pierres? blement le lecteur à un retour en arrière vers les
- Des pavés. précédentes séances, lorsqu'elle s'était également
- Très bien. Dites·moi, avez-vous reçu les derniers plainte de ce mauvais refroidissement qu'elle avait eu
sacrements ou l'extrême-onction, avant votre mort, au cours de la vie de Bridey Murphy. Etant donné
dans celle existence? Avez-vous reçu les derniers sa­ que beaucoup de chercheurs qui s'intéressent à ce
crements ou l'extrême-onction? domaine prétendent que la plupart des affections
(D'un ton catégorique :) courantes ont leur origine dans les vies 'antérieures,
- Non 1 plusieurs de ceux qui s'occupèrent avec moi de cette
Mais 011 vous a enterrée dans le... dans le... Ne question se demandèrent si le " refroidissement »
vous a-t·on pas enterrée dans le cimetière de Sainte­ de Bridcy n'avait pas quelque rapport avec les aller­
Th.érèse? gies actuelles de Ruth. Je n'ai malheureusement pas
(Brusquement :) eu assez de temps pour étudier plus à fond cette
- Btes-vous catholique?
- Non, Non, je ne le suis pas. • (1 j Forme archaïque de « surgeon 1), qui signifie médecin.

271 279
éventualité. Et la suggestion qui va suivre n'a guère y sentirez très à votre aise. Vous vous sentirez très
[>rovoqué d'amélioration notable.) bien et réchauffée et le refroidissement ne vous
- Maintenant, vous ne sou/l'rirez plus jamais de incommodera plus jamais. Vous n'en ressentirez plus
ce refroidissement. Vous n'en souffrirez plus jamais. jamais les effets. De même, vous n'éprouverez plus
Ce refroidissement va disparaître. Dans l'avenir, vous certaines allergies, dans la mesure où ce refroidis­
n'en ressentirez plus aucun effet. Vous ne serez plus sement cause ces allergies. Vous n'éprouverez plus
jamais gênée par les effets de ce refroidissement- Il ces allergies. Au fur et à mesure que je compterai,
va disparaître, il va s'évanouir, il va vous quitter. vous vous sentirez de mieux en mieux et de plus
Pour toujours, jamais plus vous n'en ressentirez les en plus confortable. Numéro un, numéro deux, nu­
effets. Et après votre réveil, vous en serez complè­ méro trois, numéro quatre. Vous vous réveillez gra­
tement libérée. En ce moment, votre corps est en duellement. Lorsque je dirai le chiffre cinq, vous
train de se réchauffer et de se sentir mieux. Vous allez vous retrouverez au lieu et à l'époque actuels et vous
éprouver un très agréable bien-être. Vous vous senti· vous sentirez merveilleusement bien. Numéro cinq.
rez merveilleusement bien... aussi bien que possible. Maintenant, vous allez vous réveiller et vous sentir
Votre tête sera claire, votre nez dégagé. Après votre tout à fait bien. Vous allez ouvrir les yeux lentement.
réveil, vous vous sentirez tout à fait bien. Maintenant, Ouvrez les yeux graduellement pour les habituer à la
relaxez-vous. Relaxez-vous, car vous allez vous réveil lumière. Vous vous sentirez très, très bien et parfai­
1er. Dans quelques instants, vous allez ,10US réveiller. tement à votre aise. Vous vous sentirez tout à fait
D'ici quelques secondes, vous allez vous réveiller. Et bien. Maintenant... les lumières sont-elles trop vives?
lorsque vous serez réveillée, vous aurez envie de dan­ Les lumières sont-elles trop vives?
ser la « GigÙe du Matin ». Dès que vous serez réveil­ - Ooo!
lée, vous aurez envie de danser la ({ Gigue du Matin ", - Comment vous sentez-vous, Ruth?
dès que vous serez réveillée. Après votre réveil, aus­
sitÔt après votre réveil, je vous demanderai... je vous
demanderai de prendre place au milieu de la pièce
et de danser la « Gigue du Matin ». Et vous la danse­
rez deux fois, et vous en serez ravie. Maintenant, je
m'en vais compter jusqu'à cinq. Je vais compter
jusqu'à cinq et vous vous réveillerez lorsque
j'arriverai au chiffre cinq. Vous serez revenue
au . lieu où vous vous trouvez en ce moment
et à l'époque actuelle. Vous serez revenue au lieu et
au temps présents. Vous serez Mmè Ruth Simmons.
. Vous vous trouverez dans le Colorado et NOUS vous

280
culeux qu'il soit faux que le fait même qu'il tend à
10 corroborer. Il faut admettre que, dans le cas de Bri­
dey Murphy, toute autre explication éventuelle est
plus fantastique que celle de cette réincarnation
qu'elle dotJ.ne elle-même dans son hypnose. En réa·
lité, son explication me semble la seule qui puisse
concorder. Je suppose qu'on a dû vous suggérer que
votre sujet aurait lu ou entendu une histoire qu'elle
aurait adoptée comme la sienne propre. Mais cette
théorie présente trop de points faIbles. Ce n'est pas
parce qu'on a lu ou entendu une histoire qu'on peut
aussi bien prendre, en état d'hypnose. un parfait
accent irlandais et ce n'est pas non plus cela qui lui
Lorsque j'avais prié des gens d'écouter les enregis­ aurait appris à danser la « Gigue du Matin ». En
trements, je m'étais surtout adressé à certains esprits outre, la vie de Bridey est trop terne et trop banale
réfléchis dont les analyses pénétrantes pourraient pour avoir pu faire l'objet d'une histoire. Et si cette
être susceptibles d'explorer toutes les explications histoire existe, quelle est-elle?
possibles au phénomène de Bridey Murphy. Et j'étais « De plus, si votre sujet avait lu ou entendu cette
,tout particulièrement désireux d'obtenir une conclu­ histoire, il n'y aurait eu aucune raison pour qu'elle
sion d'un de mes auditeurs, dont les éminentes qua­ ne le dise pas dans sa transe. Au contraire, elle insiste
lités intellectuelles avaient fait la célébrité dans sur le fait qu'elle a réellement vécu ces événements.
notre pays. Je lui en reparlai donc, plusieurs mois Et je ne crois pas m'avancer en disant que quiconque
après son audition des enregistrements. ayant écouté vos enregistrements ne peut que recon­
- Vous avez entenùu les enregistrements de Bri­ naître la spontanéité et la personnalité de ses ré­
dey et vous avez eu le temps d'y réfléchir. Dites-moi ponses - sans compter ses associations d'idées - qui
maintenant ce que vous en pensez. contribuent à renforcer l'impression qu'il s'agit bien
- J'y ai consacré de très longues réflexions, mais là de quelqu'un qui raconte une expérience person­
je ne suis pas encore prêt à donner une conclusion nelle et ne se contente pas de répéter une histoire.
définitive. Par .contre, je ne dem~nde pas mieux que « Il est au surplus fort peu vraisemblable qu'un
de- vous faire part de quelques observations. Par roman contienne les épisodes d'après la mort que
exemple, cette histoire de Bridey m'a fait souvenir Bridey décrit. »
d'une phrase de Hume, disant qu'aucun témoignage - Et en ce qui concerne la possibilité que tout
ne suffit à faire la preuve d'un miracle, à moins que cela ne puisse être que le produit d'une imposture?
ce témoignage soit tel qu'il serait encore plus mira­ lui demandai-je. .

282 283
- C'est encore moins soutenable que la théorie de maine, presque toutes les recherches se sont portées
l'histoire, pour quelques-unes des n:lisons que je viens dans une unique direction: la tentative d'établir une
de mentionner. En outre, !l'il s'agissait d'un truquage communication quelconque après la mort physique.
ou d'une simulation, cela impliquerait que votre su­ L'expérience du type Bridey nous propose en tout
jet joue la comédie. Or, si ce que j'ai entendu est cas de mener ces recherches dans la direction in­
une performance théâtrale, cc serait que Ruth Sim­ verse: c'est-à-dire celle des contacts à établir avec la
mons est une plus grande actrice que ne le fut Sarah conscience des individus avant leur naissance.
Bernhardt. D'ailleurs, la plupart des renseignements Il avait raison, le fait était patent. Prouver la survie
qu'elle donne pendant sa transe, ne sont pas plus de la conscience après la mort est une tâche hérissée
à sa portée qu'à la vôtre. Certains faits même ne sont d'extrêmes difficultés. En agissant en sens contraire,
pas connus de ce côté de l'Atlantique. Non, la fraude nous avions déjà apporté un point de départ solide :
n'est pas la bonne réponse. celui d'un être vivant et conscient.
« A mon avis, ,toute explication autre devrait en­
glober la combinaison fantastique de recherches coû­
teuses et compliquées, de cabotinage d'une perfec­
tion achevée, de coïncidences extraordinaires, aux­
quels s'ajoutent la fraude ct la collusion La réalisa­
tion d'une telle combinaison frise l'impossibilité.
« Mais en dépit de ces observations, je maintiens
que nous n'en. savons pas encore assez sur l'âme
humaine pour conclure avec certitude que le cas de
Bridey Murphy prouve le principe de la réincarna­
tion. Tout ce que je puis dire - et peut-être d'ail­
leurs vous aussi - c'est que nous nous trouvons en
face d'un témoignage intéressant, qui peut constituer
le point de départ de recherches plus approfondies. »
Oui, c'était bien ainsi que je voyais la chose moi­
même.
PlllS tard, au moment où j'allais le quitter il.
ajouta encore :
._ Le cas de Bridey offre un autre aspect encoura­
geant. Depuis des années, des hommes se sont achar­
nés à découvrir si la conscience humaine survivait
à la mort de son enveloppe physique. Dal:ls, ce do-
284

a'
de suite la premlere place dans ses préoccupations.
11
Même les parties de bridge et les rencontres de notre
équipe de base-baIl locale avaient la priorité sur
les Il séances Bridey ». Elle considérait maintenant
comme un fait acquis qu'au cours de sa précédente
existence elle s'était appelée Bridey Murphy, et c'était
tout. Elle disait tranquillement : « Je sais qu'il y a
quelque chose de vrai dans cette histoire de Bridey
Murphy, mais cela ne modifie en rien ma façon d'en­
visager les choses dans cette existence. ,.
Quant à son mari, son point de vue pourrait être
résumé en cette phrase, par laquelle il avait répondu
à des gens qui le pressaient de dire s'il admettait
l'idée de réincarnation : « Quel choix ai-je? Je con­
En faisant entendre mes bandes sonores à divers nais ma femme et je sais que tous ces renseignements
groupes de gens, tant dans le Colorado qu'à New ne pourraient pas venir d'elle. " Il ajouta qu'ils ne
York - groupes comprenant des sceptiques endur­ possédaient pas chez eux la moindre encyclopédie ni
cis, aussi bien médecins qu'hommes de loi, hommes le moindre livre pouvant contenir ces éléments et
d'église et financiers - je ne manquai évidemment qu'ils n'étaient même pas abonnés à une bibliothèque.
pas d'être bombardé de questions. Certaines d'entre Un problème qui embarrassait les auditeurs réflé­
elles se répétant fréquemment, il me semble opportun chis fut un Jour assez brutalement exposé par un
d'en traiter ici. éditeur de ,journaux : « Si cette histoire de Bridey
Bien entendu, la plupart des gens me demandaient Murphy, avec tout ce qu'elle implique, est vraie,
quelle avait été la réaction de Ruth Simmons. Com­ comment se fait-il que j'en entende parler pour la
ment une jeune femme normale du xx· siècle, surtout première fois par un homme d'affaires? Comment
intéressée par ses devoirs de mère de famille et de est-il possible que des psychiatres ne s'occupent pas
maitresse de maison, avait-eHe réagi en entendant de ces recherches-là? » •
50 propre voix rsconter IIn(' existence antérieure A cela, il faut d'abord répondre qu'il existe, en
qu'elle aurait vécue au XIX " siècle en Irlande? ,II fait, des psychiatres qui s'en occupent, et ce depuis
est évident que Ruth, qui n'avait jamais été effleurée des années. Il n'y a qu'à citer Sir Alexander Cannon,
jusque-là par l'idée de la réincarnation, fut frappée le grand psychiatre anglais, qui affronte depuis long­
de stupéfaction par la découverte de Bridey ; et plus temps l'énigme de la réincarnation. C'est ce savant
elle e~ entendait, plus son effatement augmentait. ennobli, titulaire d'un nombre imposant de titres
Mais les devoirs de sa vie courante repretfaient tout universitaires, qui écrit:

286 287

,~~
"
,.t

" Pendant des années, la théorie de la réinc3rqation crainte de la mort qu'à l'espoir de la vie, finisse par
fut pour moi un cauchemar, ct je fis de mon. mieux la rejeter comme une superstition sans intérêt... »
pour la réfuter. J'en vins même à discuter avec mes Il né faut donc pas s'étonner que les milieux pro­
sujets en état d'hypnose pour leur démontrer qu'ils fessionnels ne se manifestent pas plus ouvertement.
racontaient des folies. Cependant, au fur et à mesure Beaucoup de spécialistes célèbres savent fort bien
que mes sujets, l'un après l'autre, s'obstinaient à me qu'ils auraient plus à perdre qu'à gagner s'ils fai­
, raconter la même histoire, malgré leurs convictions faient connaître l'intérêt qu'ils portent à ce sujet.
diverses et variées, je finis par arriver, après avoir Par contre, un homme œaffaires n'encourt par les
examiné plus d'un millier de cas, à être forcé de mêmes risques. Je n'ai pas lieu de supposer que le
reconnaître que la réincarnation existait bel et bien. }) tonnage de produits métallurgiques distribués par ma
(L'Influence invisible, EdilÎons du Prieuré.) . Société baissera du fai t de mes expériences.
Or, il n'est pas le seul. Il existe, en effet, un grand En tout cas, nous avons de bonnes raisons de croire
nombre de savants que leurs expériences ont amenés qu'au cours de la prochaine décennie nous enten­
à la même conclusion. Par conséquent, on peut donc drons du nouveau dans ce domaine.
répondre que des spécialistes se sont penchés sur le Autre question qui surgit aussi inévitablement : si
problème et qu'ils ont rendu publique leurs décou­ nous avons tous eu des vies antérieures, comment se
vertes. Toutefois, pour une raison ou pour une autre, fait-il que nous n'en ayions aucun souvenir? Je ne
la divulgation de ces rapports n'a pas été aussi éten­ suis évidemment pas qualifié pour résoudre ce pro­
due qu'elle aurait pu l'être. blème. Mais je peux néanmoins signaler ce qu'en pen­
Par ailleurs, ces chercheurs en savent beaucoup sent certains autres chercheurs; leurs théories vont
plus qu'ils ne l'admettent. Mais il ne faut pas leur de celle de Conan Doyle, disant que «de tels souve­
en vouloir; cela fait malheureusement partie des rè­ nirs compliqueraient énormément notre vie actuelle»
gles du jeu qui s'imposent. Une jeune personne ex­ jusqu'à l'hypothèse admise par ce psychologue qui
pliquait ainsi son silence après qu'elle eut fait la prétend qu'il est possible que nous pourrions avoir
découverte de la preuve de la réincarnation : « Je des réminiscences de notre passé si notre éducation
gardai cette expérience dans un profond secret, car, ct nos conditions de vie, surtout dans le monde occi­
• toute jj\"!une que je fusse, .le n'ignorais pas le juge­ dental, n'avaient «lavé nos cerveaux », détruisant ces
ment que le monde formulerait à l'encontre du nar­ souvenirs.
1'ateùr d'une telle histoire. Il Un autre savant estime, lui, que la plupart des
. Kipling aussi a envisagé ce problème : « Je vis enfants conservent des soùvenirs de leur existence
avec, chagrin que les hommes allaient dénaturer et prénatale, mais que ceux-ci sont progressivement
fausser cette histoire; que les croyances rivales al­ effacés par la suggestion répétée, à la fois directe­
laient la dépecer et la travestir jusqu'à ce que, enfin, ment et indirectement, que tous les enfants sont ori­
le monde occidental qui s'attacl;le davantage à la ginellement créés à leur naissance. (L'efficacité du

288 289

.. ""
« lavage de cerveau" a été exploité d'une façon spec­ nuence de l'hypnose. (Et des gens frappés d'amnésie,
taculaire, quoique dans un tout autre but, par les pour qui leur passé est devt'nu absolument lettre
communistes qui ont « rééduqués» des G.I's faits pri­ morte, réagissent souvent nositivement à l'h,,~~,,­
sonniers en Corée. Ceux-ci ont commencé par rire des tisme.)
efforts de persuasion qui s'exerçaient sur eux, mais Dans cet ordre d'idées, l'opinion générale semble
ces manœuvres persistantes ct systématiques - sorte être que, bien que nous ne nous souvenions pas de
• d'hypnotisme au petit pied - ont finalement eu rai­ délails spécifiques de notre existence passée, nous en
son des idées ct des opinions de certains de ces sol­ conserverons cl'pendant des impressions, àes ten­
dats, avec un succès qui a frappé dc stupeur le monde ùances, des talent~ (1) et des dispositions, qui nous
occidental.) empêchent de répéter des erreurs déjà commises et
Mais il semble néanmoins que certaines personnes nous guident dans le processus éternel de l'évolution.
conservent des souvenirs de leur existence passée.
Très souvent, au cours de discussions sur ce sujet•
• L'exemplc de la jeune lï1\e indienne cité dans un des gens ont prétendu que le principe de la réincar­
"r~r~dent chapitrc, quoique plus sensationnel que la
nation est «injuste" - que le fait de peiner dans
rt des autres cas, n'est pas rare dans les pays
la vie sans avoir de souvenir conscient de notre passé
taux. D'ailleurs, notre mémoire n'est pas un sûr
est absolument injustifiable. Que cela nous fasse
'talon cie l'existence de notre vie antt~ricurc. Comme
plaisir ou non, le problème est tout de même là. Et il
le dit un écrivain quelque part : «Le papillon ne
nous incombe avant tout de nous assurer si cela
•.,se souvient certainement pas de "a vil' de chenille;
correspond bien à la réali té.
mais cc manque de mémoirc ne change ricn au fait
et ne modifie pas son identité. " Chaque fois que j'ai fait entendre à un groupe de
1 Selon Rlldolf Stciner, nous n'avons pas Ù nOlis SOll­ gens la régression dans le temps de Bridey Murphy,
* cier des raisons qui nous cmpêchcnt de nOLIs souvc­ il s'est toujours Irouvé au moins une personne d'ima­
. nir de notre passé. «Cc n'est pas ccla qu'il faut se gination vive pour envisager une autre possibilité :
demand~r, dit-il, mais plutÔt comment nous arrivons
« Puisque vous pouvez la' faire retourner dans le
à atteindre à une telle science. » passé, pourquoi n'essayeriez-vous pas de lui faire pré­
Il faut reconnaître que la science ne sait pas en­ voir l'avenir? En somme, pourquoi n'y aurait-il pas
core bien comment ronctionne la mémoire. Peu d'cn­ progression dans le temps? »
tre nous se ~ouvicnncllt d'évl(nements ayant eu lieu J'avais de bonnes raisons pour n'avoir jamais tenté
avant" l'figc de· trois ans. Par conséquent, comment d'entruÎner un sujet dans l'avenir. Même si ses « pro­
pouvons-nous .normalcment espérer nous souvenir de phéties » se révèlent par la suite erronées, l'attente
. ce qui s'cst passé dans une vie antérieure? A cet
;, ""ard. il est intéressant de noter que des souvenirs (l) Ce qui pourrait expliquer, par exemple, l'énigme des
oubliés de la petite enfance reviennent ~ous l'in­ enfants prodiges. (N. de l'A.).

290 291

-o.t4? II<
de ces (~vônel\lcnls risque de provoquer un sentiment carnée, ayant déjà formé en elle ces talents, ces ca­
d'angoisse. Si elle avait «vu », par exemple, à une ractéristiques, ces tendances, aux cours de ses exis­
époque donnée de l'avenir, un hôpital, une maladie, tences précédentes, les porte avec elle dans sa vie
un accident, ou pire même, il pourrail en résulter actuelle.
pour elle, ou ses amis et parents qui auraient été Et que dire alors de l'envers de cet argument: les
mis au courant, unc appréhension incessante qui au­ similitudes que l'on retrouve dans une famille? Nous
rait duré jusqu'à cc que la date finale soil passée. r>ourrons citer à ce sujet un passage emprunté au
Néanmoins, certaines revues scientifiques consa­ docteur John Mc Taggart (Human Immortality and
crécs il J'hypnotisme (1) ptlhlknl dcs rapporls l'l'id Pre-existance) :
tifs à des expériences de progression dans Ic temps.
C'est encorc un domaine de l'hypnol isme qui nous «Un homme dont la nature présente certaines
réserve (ks révélations inléressantes. caractéristiques, au moment où il va être réincarné,
La question dc l'hén\dilé ('gaIement l'sI générale­ retournera dans un corps descendant d'ancêtres dont
ment évoquée au cours de ces assauts de questions: les caractéristiques sont semblables. Ce sera donc la
'Nous SOIl1I1H.'S d'on's el déjà pr('1!i i:l reconnaître que personnalité de ses ancêtres et la similitude de cette
le,. données que nous possédons sur l'hérédité sont personnalité avec la sienne qui détermineront le fait
faites dl' plus de mystères que dl' solutions. Qui que ce sera dans ce corps plutôt que dans un autre
nous n'a été stupéfié par les différel1œs constantes qu'il sera réincarné. La forme de la tête ne détermine
entre deux frères qui n'ont rien de commun, par un pas la forme du chapeau, mais elle compte tout de
génie qui apparaît suhitement dans llll milieu familial même dans le choix de ce chapeau pour cette tête
tout de médiocrité, par un criminel sorti d'une fa­ en particulier... >l
mille hautement estimahk'? A quelqul's exceptions En résumé, les arguments qui s'opposent à l'héré­
près, les descendants d'llll génie attcifmcnl rarement dité comme unique explication de la personnalité
à l'envergure de leurs parents: ct les dissemblances ct des aptitudes sont de poids. Dans le Nouveau Tes­
physiques ct mon:lles qui pc.~uvent exister dans une tament, nous voyons Jésus dire à Nicodème: «Ce
seule famille sont purfois inexplicables. qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de
En tout cas, de quelque façon qu'on les retourne l'Esprit est esprit. » Et il est d'ailleurs' intéressant
et qu'on les envisagl', les doc1 rillt's l'cial in''' i'I l'héré­ de noter que ces paroles viennent après la déclara­
dité sont illlpuÎssanlL's à donner la def ()ç ces énig­ I ion : «Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut
'mes-. Par contn', le pl'inc.'ipe de la réincarnaI ion voir le royaume de Dieu_ }>

s'adnJ?tc parfaitement à la situation : l'enlilé réin­ Les expériences faites avec Bridey Murphy peu­
vent-elles être reproduites avec n'importe qui ? Cette
(1) Il Journlll 01 Clinicat Ilnd Experimental Hypnosis » et question m'a été posée par de multiples personnes
• BrltlKh Journal of Mcdlcul Hypnotlsm >l. curieuses d'explorer leur propre passé. Et je remar­

292 293
quai d'ailleurs à ce sujet qu'il s'agissait le plus des entités qui peuplent le monde des esprits dimi­
souvent dl' krnll1es. Pourquoi les l'l'milles s'jntércs, nue. Ensuite, également, l'histoire du !l1ond(' moderne
sent-elles plus que les hommes à leurs expériences ne remonte qu'à quelques milliers d'annl'cs, Or, les
prénatales, je l'ignore, mais c'est un fait qu'il m'a hiologistes nous assurent que notre planète est vieîlle
bien fallu constater. de quelques billions d'années. Les découvertes ar­
Un jour. qui n'est peut-être pas tellement lointain. en Orient, en Egyptc, au Cambodge ct
il est possible que l'on puisse sonder les profondeurs au Mexique, prouvent que de grandes civilisations
de l'âme de n'importe quel sujet. Pour le moment ont existé dans 1" passé en des lieux qui ne sont plus
toutefois. il faut reconnaître que Ruth Simmons est à l'heure actuelle que des déserts. JI est donc possi­
ct que celle faculté, hIe qu'il y ait cu un temps ùe population beaucoup
l'ai déjà expliqué, ne sc rencontre pas plus nombreuse que nous ne le supposons.
chez tout lc monde. Cc n'est donc pas tous les jours Une existence antérieure ne serait-clIc pas pour
de la semaine que l'on risque de découvrir une « Bri­ quelque chose dans le fait qu'il nous arrive
dey Murphy ». Mais maintenant que heaucoup d'ex­ ment d'avoir une impression de familiarité en pré­
périmentateurs commencen t à prospectcr dans cc sence d'un événement ou d'un lieu? Les Français
domaine, il n'y a pas de doute que la tentative Bridey appellent cela le «déjà vu ". Et Walter Scott a dit
ne tardera pas à faire figure, un jour ou l'autre, de quelque part:
travail d'amateur. « Combien de fois nous trouvons-nous en compa­
Par ailleurs, j'ignore totalement ce qui peut être gnie de gens que nous n'avions jamais rencontrés
accompli à l'aide des drogues. Si par exemple on uti­ auparavant, et éprouvons-nous cependant l'impres­
lisait le penthotal ou un autre sérum conjointement sion mystérieuse ct vague que ni le lieu ni les inter­
à ces expériences d'hypnose, il serait intéressant dc locuteurs, ni la conversation, ne sont totalement nou­
• voir ce qu'on pourrait obtcnir avec des sujets nor­ veaux pour nOlis; il n'y a pas à dire, on a la sensa- .
malement peu doués. J'cspère que des médecins tion qu'on pourrait prévoir ce qui va venir par la
feront dc!ol recherches à cet égard. suite, »
Comment répondre à la qucstion soulevée par la Qu'advient-il de la race, de la nationalité, du sexe
con!olidérahlc augmentation de la population du d'une personne au cours de cette évolutlon à travers
globe? A la réflexion, il ressort au moins deux con­ les âges? Evidemment, la nationalité doit pouvoir
!lhl~nltiolll> cSl>culielk:l> ; IJ'i.lbonl k nombre lotal changer scion les époques. En cc qui concerne le sexe,
d'èntités contenues à la fois dans ce monde et dans d'après ma propre expérience or, je n'ai opéré en
le monde astral demeure constant même si la pro­ tout que trois expériences de régression prénatale ­
portion ent~ela quantité de celles qui sont sur terre je n'ai pas ohservé de changement chez les sujets se
et de celles qui habitent le monde invisible se modi­ souvenant de précédentes existences terrestres. Outre
fie. Alors que la population terrestre augmepte, celle Bridey Murphy, j'ai eu un sujet féminin qui préten­

:at4 295
dait avoir été une vieille fille institutrice en Améri­ plausible et semble, qui plus est, concorder avec l'en­
<.Hl XIX" ~ièclc ct Ull sujl:! lIlùle qui (en scm blc dcs faits. 11 existc un nomhre extraordinaire
d'hypnose évidemment) racontait une intéres­ d'ouvrages traitant de ces questions et, d'après les
sante expérience terrestre antérieure dans laquelle informations sérieuses qui m'ont été données, beau­
il avait été du même sexe. coup d'autres sont actuellement en chantier et doi­
Cependant, j'ai entendu parler d'autres expérien­ vent prochainement paraître.
ces où on relevait des changements de sexe d'une in­ Etant donné que je suis allé à l'aveuglette, il est
carnation il l'autre. Et on afrirme en outre qu'il y a évident que j'ai fait des erreurs. Lorsque j'y repense
également des transferts d'une ruce ~l une autre. je me rends compte de tout cc qui aurait
(Par ailleurs, ces constatations sont conlïrmées par de toutes les questions qui auraient dû
les exp(~riences d'Edgar Cayce, qui prétend que race, Mais je ne suis qu'un amateur. Et sur­
nationalité ou sexe peuvent différer d'unc incarnation tout, j'ai été si soudainement amené à me lancer dans
à l'autre.) ce genre d'investigations. En outre, je n'avais rien
Bien entendu, il m'a été posé un grand nombre de qui pût me guider, pas même un manuel. Dans n'im­
questions auxquellcs jc n'étais pas qualifié pour ré­ porte quel autre domaine, on a toujours la possibi­
pondre : A quel stade la '( charge électromagnéti­ lité de se référer à une autorité quelconque; pour la
que à haute fréquence" (ou psyché) pénètre dans régression d'âge, par exemple, il existe des méthodes,
l'emhryon humain? S'il est possible dl' sc rendre comprenant la technique de la suggestion, où l'on
compte de la moyenne de la durée sl'parant une exis­ trouve même des séances reproduites in extenso, à
tence de la suivante ? Qu'c.~st-cc qui d(~terl1line la titre de modèle. Mais quand on « saute le pas », que·
ou moins grande mpidité de la réincarnation de la l'on fait retourner le sujet au-delà de sa petite en­
psyché (extrêmement aCl:élérée comme dans le cas il n'va nlus dc marche à suivre préétablie,
de Shanti Devi, la jt~une Hindouc, ou difll'réc d'un et de faire pour le mieux selon
dcmi-siède ou plus)? Quel ('st Il' ll1L'canisllw de la son inspiration.
r~incarnalioll, c'est-à-dire CDl1lllwnt la psyché s'in­
En ce qui concerne l'interrogatoire à fairc subir au
troduit-clic dans l'embryon? Enfin, la question que sujet, je dois avouer que, lors de la première séance,
j'avais posée moi-même à Bridey Murphy : Oui prend je me sentais dans une situation plutôt-critique. Que
soin de tous ces détails? faut-il demander à une jeune femme qui vous déclare
('X anrupto qu'elle a vécu en Irlande au sièclc précé­
Tout l'Il ,,:ollvell<.lllt de 111011 igllOI'i.lllC<.!, je peux néan·
moins' commenter ce que les gens qui ont étudié la dent? Si clic, elle savait où elle était, moi je ne
quest.ion, y compris les universitaires dont l'intelli­ le savais plus du tout! Et les fois suivantes, ce ne
gence est infiniment plus vaste ct entraînée que la fut guère plus facile. Je disposais bien de l'aide de
mienne, ont conclu sur ces problèmes, auxquels ils quelques amis intelligents et avisés, dont des hom­
se sont attaqués de front. Ce qu'ils en ont d~duit est mes de loi. pour l'établissement de mon question­

297
296
naire, mais nous n'étions tous que des débutants en enquête sur Cayce, que j'enregistrai la première
la matière. Un avocat ml' raconta qu'il avait appelé bande sonore en novembre, la troisième en janvier,
tout le personnel de son bureau pour leur soumettre pour partir ensuite à New York quatre jours plus
le problème: « Si une femme se présentait aujour­ tard. Et je n'y étais pas encore depuis une semaine
d'hui devant vous en vous déclarant qu'elle a vécu qu'un éditeur me suggérait d'en faire la matière d'un
en Irlande de 1798 à 1864, que lui demanderiez-vous livre.
pour vous assurer qu'elle dit bien la vérité?» Or,
ils avaient tous séché.
J'étais gêné à l'égard dl' Ruth Simmons par cer­
taines restrictions d'un alltre ordre. TI m'était néecs­
saire d'ohtenir l'agrément dl' son mari, Rex, qui, s'il
ne m'a jamais donné d'ordres, m'a néanmoins fait
part de recommandations que j'étais ohligé de res­
pectcr scrupuleusement. Dès la premièrc séance, il
m'avait prié, pour ne pas que Ruth sc fatigue exa­
gérément, de m: pas la garder plus d'une heure en
état de transe. Cdte durée incluant le tcmps néces­
saire à la mise en hypnose ct à la régression d'âge
ordinairc, il ne m'lm restait plus beaucoup pour ('in­
terrogatoire de Bridcy Murphy. Rex avait d'autres
soucis. Ayant remarqué que chaque fois qu'il était
,question dc l'épisode dc la Nouvelle-Amsterdam, sa
.femme manifestait des signes évidents de douleur,
j'avais dtî, par la suitc, éviter cc sujet. D'une façon
générale, d'ailleurs, jc m'arrangeais pour ne pas évo­
quer des choscs susceptibles de provoquer chez Ruth
des sentiments de malaise ou d'angoisse.
Il me fallait en outn' bannir de mes qUl'stions
tOllt Cl' qui pouvait avoir lin caractèrc personnd ou
intime,.même si ccla aurait pu présenter pour moi un
Intérêt particulier ct apporter des révélations de va­
leur, de crainte d'incidents embarrassants.
Et vraiment, les événemcnts s'étaient tellement pré­
cipités 1 A peine avais-je terminé, cn octobre, mon

298
quête personnelle, écrivit : «Il semble qu'à cette
12 époque, l'enregistrement des actes d'état civil ait
été extrêmement rare.»
Un autre expert en b matière fit part de ses dou­
tes quant à la possibilité d'une wlution rapide et
facile du problème, et nous prédit de longues démar·
ches, en soulignant ce qualificatif. Ce qui d'ailleurs
ne contribuait pas peu à compliquer les choses, c'est
que Bridey est le prénom le plus employé en Irlande.
Nous réalisâmes donc rapidement qu'une enquête
approfondie constituait une entreprise de grande en·
vergure, et il me fallait remettre le manuscrit défi·
nitif cinq mois avant la date de parution, qui avait
L'enquête sur Bridey Murphy, décida l'éditeur, déjà été fixée à la fin de l'automne 1955. Il fut donc
devait être menée par des gens étrangers à la ques­ décidl~ de publier le résultat de ces enquêtes vers le
tion et se trouvant sur place en Irlande. Tenant printemps de 1955. On avait déjà éclairci plusieurs
compte du fait que ni moi ni mon sujet n'avions ja­ points ilTlportants, dont quelques-uns d'une certaine
mais voyagé hors d'Amérique, il décréta qu'il valait valeur.
mieux n'y rien changer jusqu'ù ce que le manuscrit En ce qui concerne le beau-père de Bridey, l'avo·
soit terminé. Les recherches furent donc confiées à cat, un avoué irlandais nous fit parvenir le rapport
des hommes de loi irland<lis, des bibliothécaires et suivant : «Nous avons consulté le Registre de Kings
diverses personnes dont on ne me révéla pas le nom Tnn au sujet des avocats exerçant à Cork en 1830, et
à l'époque. Il m'était ainsi impossible de les influen­ il semble qu'il y ait un John McCarthy... Il était
cer, ni même de communiquer avec eux. C'est-à-dire originaire de Cork et il avait fait ses études à Clon·
que tout se passait absolument en dehors de nous. gowes Sehoo!. Par conséquent, il devait être catho·
Il s'avéra rapidement que la recherche de Bridey lique. » Ceci confirme l'affirmation de Bridey.
Murphy ne serait pas aussi facile que nous l'avions
Lors d'une autre séance, Bridey nous'avait dit que
tout d'abord supposé. En fait, la méthode à adopter
Brian avait acheté des « provisions » ehez un épicier
pOllr pron\dcr <lIlX invcstitTations était en l'Ile-même
qui s'appelait, scIon clic, John Carrigan. Elle nous
. un .pn.lblème. Un bibliothécaire de Cork déclara que.
avait donné à la fois son nom et son prénom et elle
d'habitude on ne tenait pas registre des naissances,
avait même épelé le premier. Un bibliothécaire de
. des mariages ct des décès avan t 1864. Et le corres­
Belfast découvrit qu'en effet il avait existé un John
pondant d'un journal de Londres, qui s'était intéressé
Carrigan qui gérait une épicerie, 90 Northumberland
à l'affaire pour son compte et s'était livré à une en­ Street. Etant donné qu'il n'y avait qu'un épicier de

300 301
ce nom à Belfast à l'époqlle, le fait mérite d'être cisé Bridey). Le « Londonderry Air}) était aussi très
noté. à l'époque de Bridey. Quant il Keats, qui
Une autre fois, Bride.y nous avait dit aussi avoir était né cn 1795, e!le pouvait fort bien l'avoir lu,
acheté des produits d'alimentation chez Farr, sans bien qu'il fût un Anglais, comme elle le faisait remar­
nous donner Il' prénom, mais en épelant le patro­ quer avec regret. Elle avait aussi correctement énu­
nyme. Les recherches faîtes à Belfast confh-mèrent méré \es pièces de monnaie en circulation en son
qu'un épicier du nom de William Farr avait tenu temps : la livre, les pièces de six pence, deux pence
• boutique aux 59 ct 61 de Mustard Street, entre Done­ (<< tuppl'Ill'e») et le demi-penny de bronze.
gall Street ct North Street, et que c'était également lin éminent spécialiste de la littérature irlandaise
le seul de ce nom exerçant ce métier à l'époque à nous confirma que tous les détails fournis par Bridey
Belfast. sur l'histoire de Cuchulain étaient exacts: « ••. A sept
. On intcrrogea un centre d'études folkloriques sur ans, il pouvait tuer un homme... et à dix-sept ans
la danse déaite par Bride)' au moment de son ma­ il pouvait tenir tête à toute une armée. »
riage : « ... Oh ! c'est juste une gigue irlandaise; vous Bridey nous avait donné plusieurs petits détails
dansez ct ils nwltent dc ]';tq!l'nl dans vos poches... » matériels qui ne nous avaient pas particulièrement
Il nous fut répondu qu'il était dfcl.:tivemlmt de pra· frappés au début, mais qui, plus tard vus sous un
tiqUl' l'(luranle, 1. l'occasion des certain angle, prirent une valeur considérable. Elle
scr des danses au cours desquelles les invités nous avnÎl dit, par exemple. avoir lu un livre intitulé
saient des pièces d'argent dans la poche des « The Green Bay». J'avais d'abord pensé qu'il devait
mari('s pour leur porter chance. y avoir cu des quantités de romans du même titre
Il en était dc même de la coutume à laquelle Bri­ parus en Amérique au cours du XIX" siècle.
dey avait fait allusion, consistant à consigner dans Mais je dus constater avec surprise que je m'étais
la Bible familiale les naissances, mariaifes ct thkès, lourdeml'llt trompé. ct à la New York Library je ne
. qui était effectivement une habitude consacrée à pus trouver qu'un seul « The Green Bay Tree» et
Cork au cours clu XIX· siècle. Lt~s toits de pas le moindre «The Green Bay». Par contre, d'Ir­
chaume aussi. Et Galway était bien un port. Et une lande, j'appris qu'un ro:rmm de ce nOll} avait bien
manufacture de tabac et une câblerie également im­ paru dans cc pays au XIX· siècle.
portantes avaient en effet exislé à Belfast il l'époque Autre exemple encore au sujet de Carlingford et
ùe llridey. OU.!lll ~lllX mols" hansllcc ), ct « tur», ils du Loch Carlingl'ord : on ne les trouve dans aucun
étnient êxacts, :linsÎ que lu définition qu'cl le en cc que d'ailleurs Bridey avait elle-m6me ajouté
donnait. 10rsqu'c11e en avait parlé. Et elle avait tenu à préciser
On' découvrît également. non pas une, mais plu­ qu'il y avait d'abord le loch et ensuite le village; les
sieurs chansons intitulées" Scan }) devait d'ail­ enquêteurs confirmèrent tout cela. (Nous hésitons
leurs être prononcé « Shé;lwn », ainsi que l'a~ait pré­ cependant sur le sens de son explication : a-t-elle
302 303
voulu dire que le viJ1age s'était construit là par la plusieurs mois, le rapport suivant : « Je n'ai jamais
suite, ou que, venant de Cork on arrive d'abord sur reçu de réponse aux lettres que j'ai adressées à la
le loch avant d'atteindre le village; il Y a ici une paroisse de Sainte-Thérèse."
ambiguïté.) Le News Letter de Belfast et la Oueen's University
La question de Mourne maintenant: les montagnes existaient tous deux égaiement du temps de Bridey,
de Mourne figurent sur presque toutes les cartes et existent d'ailleurs encore. Mais jusqu'ici nous
d'Irlande; mais Bridey avait spécifié qu'il s'agissait n'avons pas encore pu savoir s'il demeure des traces
d'un village. Nous ne le découvrîmes sur aucune carte de la collaboration de Brian à ce journal et si l'Uni­
et dans aucun atlas, mais j'ai appris depuis qu'un versit(' Cil a cunservé de William McGlone, Fitzhugh
petit village de cc nom existait cffectiwrnent. ou Fitzmaurice.
Le récit que fait Bridey dc la coutume consistant Sur plus d'un point les experts et les personnes
à embrasser la pierre du château de Blarney (<< vous compétentes démentirent les déclarations de Bridey,
mettez vos pieds au-dcssus de votre tête») pour ob­ mais il s'avéra cependant que Bridey avait eu raison.
tenir le don de la flatterie, était vrai pour son temps, Lorsque, son assertion ayant été mise en doute, Bri·
mais la façon de procéder a changé depuis, d'après dey avait maintenu avec insistance que bien qu'il fût
les renseignements que nous a cOll1muniqm;s une au­ catholique Brian avait enseigné à la Oueen's Univer·
torité irlandaise en la matière, car on a creusé un trou qui est une institution protestante, nous étions
·à l'intérieur du parapet, dans lequel s'assied la pero restés sceptiques, el il L'n avait été de même de lu per­
sonne qui veut cmbrasser la fameuse pkrrc. sonne consultée par la suite. Mais l'enquête révéla
Ouand nous lui avions demandé le genre de cul­ que la question dc l'obédience religieuse nc s'oppo­
tures que sa famille faisait pousser à Cork, Bridey sait pas à l'admission des professeurs ni des étudiants
,,",vait cité le lin, Ic fourrage, l'avoine ct le tabac. Il est au sein de cette Faculté. Et c'était Bridey qui avait
: de fait que ces plantations sont fréquentes dans la dit vrai.
· contrée, mais cn outre cettc déclaration .iettc une Dans son ensemble, Bridey avait fidèlement raconté
, lumière intéressllnte, car dc sourcc digne de foi il l'histoire de Deirdre, à l'exception du fait que le
nous a été précisé quc quclques plants de tabac roi en question était le roi de l'Ulster et non le roi
étaient en effet, à l'époque, cultivés dans les environs d'Ecosse. C'cst ce que nous trouvons dans la plu­
de Cork, mais que ceci était probablement ignoré de part des versions inspirées par cette légende, en par­
· la grande majorité. (D'ailleurs, dans lin ollvrngc amé­ liculier les deux plus connues, qui sont la «Dcirdre "
· ricain ·fort sérieux, le tabac ne figure pas sur la liste. de W.B. Yeats ct la "Deitdre des Douleurs» de
des cultures pratiquées à Cork.) J.M. Synge. Mais l'un de nos enquêteurs a tout de
En' ce qui concerne Father John et l'église, un même fini par découvrir au moins deux autres ver­
homme de loi irlandais auquel on avait demandé de sions (l'une conforme au manuscrit de Glenn Masain,
nous renseigner à ce sujet, nous fit, au bout de conservé à la Bibliothèque des Avocats à Edinburgh,

304 305
l'autre étant une transcription de Theophilos O'Fla­ Nous fîmes une découverte intéressante au sujet
nagan), dans lesquelles figure un épisode supplémen­ du très curicux nUIll de l'uncle de 13riail, CL'ItIÎ ( qlli
taire, où il est question du roi d'Ecosse auquel par­ avait épousé une Orange », que Bridey avait déclaré
vien't la renommée de la beauté de Deirdre et qui s'appeler Plazz. A la suite de ses recherches, un Irlan­
songe alors à la prendre pour épouse. dais nous écrivit. « Plazz : il s'agit d'un nom parfai­
On .a aussi critiqué chez Bridey l'usage du mot tement authentique, qui ajoute à la véracité de
« slip» (pour jupe), pré,tendu anachronique, et on a l'histoire. C'est la déformation populaire du nom
dit que « petticoat » correspondait mieux à la termi­ catholique, extrêmement rare, B1aize, le saint patron
nologie de l'époque. Mais ulle étude plus minutieuse irlandais des gens allligés de lIIaux de gurge. » Il m'a
prouva que « slip» était un mot d'un usage ancien été impossible de trouver quelqu'un ayant entendl..'
et distingué et que l'une de ses acceptions de l'épo­ parler de L'l' Ilom, cc qui rend des plus improbable
que correspondait à « robe, jupe ou tablier d'enfant ", que Ruth Simmons (élevée dès son plus jeune âge
ce qui l~tait le cas en l'occurrence. (Voir la descrip­ par un oncle d'origine norvégienne et une tante issue
tion dans le sixième enregistrement.) d'un mélange d'Allemands, d'Ecossais et d'Irlandais)
L'allusion de Bridey à l'oncle qui avait «épousé ait pu en avoir connaissance.
une Orange» fut également passée au crible. Plu­ L'allusion à l'oncle Plazz est caractéristique à un
sieurs personnes prétendirent qu'elle aurait dû dire autre point dL' vue de J'authenticité qui se dégage du
« Orangeman» et non « Orange». Mais là encore témoignage de Bridey. Par exemple, lorsque je lui
l'enquête donna raison à Bridey : l'appellation avais demandé, le nom de cct oncle, elle ne m'avait
d' « Orange» s'appliq\1ait en Trlande à un parti de pas rait une réponse laconique et ~;uperficielle - du
protestants fanatiques, qui avaient formé en 1795 la genre de œlle que rerait quelqu'un qui répète une
société secrète des « Orangemen". Il est donc pos­ chose apprise ou qui invente. Elle avait au contraire
sible qu'on en ait désigné les membres, surtout les procédé par association d'idées, comme lorsqu'un
femmes, du surnom d' « Oranges ». souvenir personnel vous revient ou qu'on pense à
Venait le mot "linge », qu'uvnit soudain employé un fait dont on a eu réellement connaissance: « Vous
Bridey, au cours de la quatrième séance, lorsqu'elle voulez parler de l'oncle qui a épousé une Orange? »
avait éternué. NOliS avions évidemment compris Cette question lui avait également rappélé que le
qu'e11c réclamait lin mouchoir, mais nous avons éga­ père de Brian avait été furieux de ce mariage. Ce
l~m~nt appris que le terlm' n'l;.tait pas employé Cil qui avait ilillellé ensuite celle remarque: « Mais moi,
Irlande à l'heure actuelle. Nous avons cependant dé­ quand je me suis mariée, il n'était pas furieux! » Et
CO\lvert par la suite que l'une des significations de tout cela était venu à la simple demande du nom
ce mot - tombé en désuétude dans son emploi au de l'oncle. Et tous les enregistrements fourmillent
singulier - désignait parfois un vêtement ou un mou­ d'exemples semblables.
choir en toile. • Sans aucun doute, de nouvelles preuves continue­

306 307
ront à nous parvenir aprl~s J'impression de ce livre (1), que les merveilleuses possibilités de l'hypnotisme
I! es! llll:ltH' possible que certains lecteur!-> sOient en étaient une réalité et n'appartenaieilt pas au domaine
mesure d'apporter leur contribution personnelle en de la fantaisie. En passant par les t:xpérienccs de phé­
nous envoyant des renseignements pertinents, nomènes psychiques combinés à la télépathie et à la
1 est raisonnable de s'attendre ù ce voyance, j'ai ensuite rencontré sur ma route l'œuvre
que certains des souvenirs .de Bridey soient quelque d'Edgar Cayce, pour tomber finalement sur le cas
peu déformés ou entachés d'erreur, même en cc Bridey Murphy.
qui concerne les dates essentielles. Mais, dans Cl' Ainsi que je l'ai déjà dit, j'avais espéré que des
domainc, il est normal dc ne pas rencontrer des preu· cerclcs scientifiques s'intéresseraient à cette étude.
ves mathématiques. La conclusion à en tirer serait Mais mon optimisme n'a pas tardé à s'émousser.
plutôt d'examiner si les principes qui en dél.:oulent Je me suis cntretenu à ce sujet avcc les représentants
ne méritent pas d'être pris sérieusement cn consi· du service de psychologie d'une Université de l'Est,
dération. cn leur proposant d'approfondir ces questions de leur
mais je n'ai abouti à rien.
Le cas Bridey Murphy ne fut, en somme, qu'une Comme l'aurait dit Bridey Murphy : « Ils n'écou­
exploration purement personnelle, J'espère néan· tent pas! "
moins que de nombreux chercheurs ­ J'ai tout de même rencontré des gens qui ont fait
teurs qualifiés, médccins, psycholo!Zues - vont plus qu'écouter. Dernièrement, par exemple, un mé­
tre en chant ier leur programme tI'invesl decin qui avait entendu parler de mes travaux s'est
sonnelles. JI est même possihle qu'une ou adressé à moi et a souligné le fait que, bien qu'en
de nos plus importantes fondations nationales s'y in­ général le public en soit peu averti, des expériences
téresslmt. L'enjeu en vaut certes la peine. Comme du genre de celle de Bridey Murphy ne sont pas
dit POPl', « l'étude qui, avrmt loute autre importe à chose nouvelle et ne constituent rien d'absolument
c'(-s! hien e<.'lk de l'homme ». original. Il développa ensuite un projet d'extension
Quant à moi, ma voie fuI celle du sceptique : j'ai d<.' cc genre de recherches, projet à tel point pas­
d'abord cu un aperçu en dehors dc mes préoccupa­ sionnant que j'ai du mal à réprimer mon impatience
tions professionnelles ct cnsuite j'ai acquis suffi­ de le voir mis en application, .
samment dl' connaissanccs pour me rendre compte Il semble donc bien que je sois sur le point de
m'engagcr plus avant sur le grand pont
(1) "~fT('ctlv('nll'nt un journlllistl, dl' Dpnvpr, William J. Bnr­
ker, fit d~Nrl'('hel'ch(~s t'Il Irll111dp .. t découvrit
Qu('lqur's
tlllt~ eontJr!l1l111t le,; dJl't'll de « Bridey Murphy ».
Il publia
un urtlele dans le f).'//1'('T Post. ('Il mars 1956. « Th., truth
IIbout Brldpy Murphy n, Qui concluait npUemcnt en faveur
de la thèNI~ de 10 réincarnation. (N. d. E.l •

308
TABLES DES MATIERES

Préface. . . .... . ..... .... . . . ... . . . . .. .... ..... 5

Première partie :
Hypnotisme, le premier pas sur le grand pont 13

Deuxième partie :
Nouvelle étape vers le grand pont 49

Troisième partie :
Le grand pas ................................ 85

I L'AVENTURE MYST-=RIEUSE

ANTrBI Elisobeth
A 279"':'
du COSII1IOB et de.
civilisation. d.lsparue.

AVE LUCIFER
terrestres sont-ils prévisibles dons
un proche avenir?
'd'hui, bien des ""t"s 10na­
adOff>n1 un dieu qui doi 1 tout BOWEN Charles

A 315.... EN QUETE DES

HUMANOIDES
BARBARIN Georg". Des extra-terrestres ont-ils atterri
A l 1fi':' LE SECRH récemment sur notre sol?
LA GRANDE
Elle porte la morQue
,'iurhIJmoine BROWN Rosemary
A 229" L'ENIGME DU GRAND A 293'" EN COMMUNICATION
SPHINX AVEC L'AU-DELA
Les on!;.olqllpmcnt!) prophétIQu(1~ du Oc grands compositeurs docédé&
Sphinx dictent de nouvelles musiques 0
Rosemary Brown
BARRAUL T Armand
A 2~1* L'OR CAYCE Edgar
DU MllLlE;MI:: MAliN A :l00' VISIONS DE L'ATLANTIDE
La (cd("cou\I('rtc/ à notre ~ièclc. ck~ Voici réunies cn volume toutes les
Por potable de Poroc('lo.;e perceplions Que Coycc, le voyant.
cut de la civillsotion atlantidienne
BERGIER Jacque,.
A 2~0" LES CHARROUX Robe,t
A 190"':' TRESORS DU MONDE
ont yt~lt(', localise 250 qui restent
louto~ 10'0 bpoque'.
A 271' LES LIVRES MAUDITS
Pourt~uoi C('I., hvrc"i redoutablp,", 'iont­
ih, ,-ysU'mntiqucment dô1ruil~,? CHEVALLEY Abel
A 312. 1 [~ MAITRES
A 200" LA BETE DU GEVAUDAN
~ECRETS DU TEMPS
Fut-ellc un loup énorme ou un
L'aventure de qw\lquu'. humtnes monstre humai,..?
e)(traordinaires venus du tutur
CHURCHWARD James
BERNSTEIN M",,,y A 773"* MU, lE CONTINENT
A ) l)M A LA RECHERGfE PERDU
DE BRIDEY MURPHY Voici l'histoire de Mu. Atlantide de
une Îeunc Améorl­ l'Océan Pacifique
d'une vÎf' onté- A 241 *" L'UNIVERS SECRET DE MU
Toutes les civilisations de l'Anti.
Quité sont issues de Mu, la mère­
ot RIBES J •• C. potrie (juin 1975)
LE DOSSIER A 291"" LE MONDE OCCULTE
• DES CIVILISAllONS
EXTRA- TERRESTRES
DE MU
La révélation des doctrines ésoté­
Des contacts avec des être.. extra­ riques de l'empire de Mu
(11 ' ....
DANIKEN Erich von HOMET Marcel LlSSNER Ivar PLANSON Claude

A 322.... RETOUR AUX ETOILES A 309"':'" A LA POURSUITE A 318"'" CIVILISATIONS A 323"M VAUDOU,

Les souvcnir~ de nos maitres cos­ DES DIEUX SOLAIRES MYSTERIEUSES - T, 1 UN INITIE PARU,

miques agissent en nOu:-; En Amérique du Sud, l'auteur re­ De Stonehenge il Baalbeck, les Les my.t ère, du

.'
trouve la trace d'une antique civi­ mystères de, civilisations de l'An­ 'par le mari d'une

lî~otÎon disporue cien Monde


DARAUL Arkan A 319~" CIVI LlSATIONS
A 283." LES SOCIETES SECRETES HUSSON Bernard MYSTERIEUSES - T. :: RAMPA T. Labsang
Un grand voyageur fait le point sur A 313'''' TRANSMUTATIONS Toutes les énigmes de l'Afrique,
de l'Asie et de l'Amérique latine
A Il *" LE TROISIEME ŒIL
les sociét.és secrèt•• traditionnelles ALCHIMIQUES L'ouverture du troisième œil, qui lit
et actuellement en activité Toute l'histoire des transmutations à l'Intérieur des êtres
en or effectuées devant témoins
l A 210"" HISTOIRE DE RAMPA ,
MILLARD Joseph Un lama tibétain nous initie ~'~:
A 2.32':":' L'HOMME DU MYSTERE, voyage astral ,~ i
HUTIN S.r18 EDGAR CAYCE A 226"'. LA CAVERNE . ,
A 238* HOMMES ET CIVILISA­ Edgor Coycc, .;;OU\ hyptlo~(!, pouvait DES ANCIENS j'
TIONS FANTASTIQUES diogna.tiquer l,,, maladies des pré­ Les pouvoirs occultes des hauts
!
_ , ' , l'Atlantide, la Lémurle, sents et des absents dignitaires des lamaseries du Tibet
"
'Hvrlf~rhnr;'n ct le pays des Amo­ A 256';":' LES SECRETS DE L'AURA,

Cornille zones
A 269 1!tl!1 GOUVERNANTS

MOUlA J. Gt LOUVET P. La perception de l'ouro et l'usogê.


de • la corde d'argent »
"'fi
A 2'17". LES MAISONS A 20'1." SAINT-GERMAIN,

Un grand savant INVISIBLES ET


LE ROSE-CROIX
A 277':'" LA ROBE DE SAGESSE
ne cesse pas avec SOCIETES SECRETES
IMMORTEL
Les épreuves d'initiation du jeune j
A 310...... LA MORT
, qui tiennent le devant Le comte de Saint-Germain fut-il loma :1
mondiale ont-ils le pou- un immortel ou un grand initié de A 298~ LES CLES DU NIRVANA)
ET SON MYSTERE La préparation de ICl vie future ;
10 Rn,c- Croix?
Lu phénomône, occultes sc ratta­ dans le monde astral
chant b la mart prémonltlon~,
apparitions, manitestation. psy­ KOLOSIMO HIUVILLE PI.r...
chiQUes A A 301 01n11 CES AUTRES VIES QUE ROBINSON Lytl., W.
VOUS AVEZ POURTANT A 305'''' EDGAR CAYCE ET
A 311" APRES LA MORT VECUES LE DESTIN DE L'HOMME
La mort n'est pas la mort : elle Dons une vie antérieure, elle avait Cayee, sous hypnose, a révélé les
, ouvre lur une outre vic 616 la fille de Pauline Bonaparte grandes lignes du destin de l'huma­
LARGUIER Léa nité
MUQUILIN Michel A 220* lE FAISEUR D'OR,
NICOLAS FLAMEL OIIINDOWSKI Ferdinand ROULET Alfred
A S1"1** LE DOSSIER DES la découverte de la pierre philoso­ A 202." BETES, HOMMES A 320" A LA RECHERCHE
INFLUENCES COSMIQUES
L'influenc:e dOl plon"es. aclontlfl­ phale ET DIEUX DES EXTRA-TERRESTRES
du roi du monde ct la Comment pntrùr en contact ove...
quement d6montr6e d'outre-espace?
LE POER TRENCH Brlnsley cité souterraine de
.IRION Werner A 252* LE PEUPLE DU CIEL
Les at rC's de l'."pace se mêlent à SADOUL Jacques
A 215'7** LE NAZISME, SOCIETE nous pour orla"'.,, notre civilisation PICHON Joan-Charles
SECRETE A 30;>". LES TRENTE ANNEES A A 258** LE TRESOR
D~ 10 Salllte V"hmr' "" o ro" rr
Ani.. LES GEANTS DES
lhul4, los nazis an' rotrouv6 la VENUS DU CIEL
mime locl6t6 magique tournée vers L'histoire de l'humanité a 6tt, in­ Echappunl
le Mal fi uenc6e pa, des êtres venus diction de A
d'ailleurs sdence
J, et ICILlIY D,
"KE James A.
..,. 297** NOS VIES ANTERIEURES LULlE et ADAMSKI
. Â 285*" DIALOGUE AVEC
Un psychiatre qui solgne HI mala­ A 260" LES SOUCOUPES

VOLAlIlTES ONT ATTERRI L'AU-DELA SAINT -CLAIR David


des por hypno.e, assis" de la Après la mort de son fils, l'évêque
femm., m6dlum .IIeeptlonnel, prouv., Le récit du voyage • en SOUCOUIO" A 304"" MAGIE

volante • de Adamski Pike s'entretient avec lui grâce à Les rites sanglants de

10 "011 t' de. vi.. an"rleur.. des médiums enfin dévoilés

IAURAT De"b
A 187* L'ATLANTIDE ET
LE REGNE DES GEANTS
Les statues cyclopéennes des Andes
et de l'île de Pâques, derniers té­
moins de l'Atlantide
A 206" LA RELIGION OES
GEANTS ET LA CIVILISA­
TION OES INSECTES
'"
TALAMONTI Uo
A 317"''''' UNIVERS INTERDIT
Les phénomènes de voyonce, pré­
monition/ fantômes ct magie

TARADE GIIY
A 2140" SOUCOUPES VOLANTES

ET CIVILISATIONS

D'OUTRE-ESPACE
Leb vaisseaux de l'espace peuvent

, SCIENCE-FICTION
et FANTASTIQUE
Dans cette sene, Juque. Sadoul
édite ou réédite les meilleur. auteurs du genre
La haute clvilisQtlon des insectes à être retrouvés dons des textes

l'origine de notr. société dotant du Moyen Age ct de l'An­

tiquité
ALDISS Brian W_ COOPER Ed....."d
520"'" LE MONDE VERT 480.... PYGMALION 2113
Wlllla... TOCQUET Rob.rt Dans Ic~ frondaisons d'un arbre gi­ John pauyalt-il réellement ailT'llf
264"'. L'ILE MAGIQUe A 273.... LES POUVOIRS SECRETS gantesque, des colonies de créatures Morion-A, une femme robot?
Le. rite. sanglants et sexuels du DE L'HOMME humaines tentent de survivre

vaudou haWen Les possibilités insoupçonnée, du

humain '
médiumnité, télé- ASIMOV "Dac CURVAL Philippe
"104" LES CAVERNES D'ACIER 595'''' LE RESSAC DE L'ESPACE
Gérant de A Dan. les cités soulerraines du futur, Des envahisseurs extra-terrestres
185""" LES TEMPLIERS SONT 1. mourtrler est dcmclJré semblable surtout préoccupés de créer 10
PARMI NOUS o lul-mllme beauté et l'harmonie (luln 19751
Leur trésor a échoppé à la canva l -
tl.e des rois

" 451"" LES ROBOTS

Comment les robols, d'abord escla-

/II. 196'" LE TRESOR MAUDIT DE


ve", -,OlJmlC; de... hOmmE":i, devinrent DICK Philip K.
RENNES-LE-CHA TEAU h,.... , mailres 547* LOTERIE SOLAIRE
Quel trésor trouva l'abbé Sa VALLEE Jacquet 468.. FACE AUX FEUX DU SOLEIL Un monde régi par le hasard et les
leux
pour pouvol r dépenser plu. A 308** CHRONIQUES ~.HJI \olorio. tes hommp$ ne ~c ren­
DES APPARITIONS contraient tamai.., ct. pourtant 1 un 563"'" DR, BLOODMONEY
mlm.rd et demi de troncs? La vic quotidienne dons une civi­
EXTRA-TERRESTRES meurtre venait d'y être commio;
A-303'" LA RACE FABULEUSE
Le. apparitions de 484** TYRANN
lisation po:;t -atomique
'"',Le. rois. faits néon" • étuicnt-Us lantes depuis les 567**'" LE MAITRE DU

"~ d'origine (lxtra-terrestre?


HAUT CHATEAU
quit.!! jusqu'à nos
A Ile""" LE SECRET DES CATHARE<; L'occupation des U,S.A_ par le
" I.e tr'lor de Monhégur n'élait pas VILLENEUVE Roland Japon ct I-Allema(jne après la vic;·
. t d. plècos d'or moi. d'une A 235* LOUPS-GAROUS tUire de l'Axe en 1947
'étlo. In'Inlm.nt plus pr6c1ouu ET VAMPIRES 594"" SIMULACRES
Un" 6lud" 'Ur lours mœurs, Le pouvoir doit-il détenu par des,
amours Interdites ct leurs temps est pro­ hommes ou des simulacres animés
tatlans actuelles \lala_ctIQue de électroniquement? (juln-' 1975)
LA LUNE. A 307* SABBAT ET SORTILEGES
CLE DE LA BIBLE Une évocation pri'ciso de. cultes
Lo Bible dkrit la colonisation de
voue'" à Satan hier ot auiaurd'hui IOULU Ple,re EWERS H.H_
, 10 Terr. par dOl cosmurlaute< venu,
0458""" lES 505"'* DANS L'EPOUVANTE ,
'd'une o"tr~ ["nnMf' WILLIAMSON 0"or9" H les portes du fantastique s'ouvrent
sur celles de l'horreur
A-2"''''''' ,
LES CAHIERS DE COURS

DE MOISE

A 289"" LES GITES SECRETS.


DU LION
1d*'1rac:ID de Fatima, la proph6t1e
Il Y a un savoir ,ceret coché dons FA.MER Philip José

dl' i'iilnt Malachl., l'infiuonce « oe­


certains lieux connus de très rare, LES AMANTS ETRANGERS
tfologlquo • du zodiaque inltiês amou" d'un terrien avec une
CLARKE Arthllr C. non humaine
Mg""" 200I-L'ODYSSEE
.. .;!II: DE L'ESPACE
'te voyage tantostlQue aux confins
du cosmos a suscité un film célèbre
A L'ENVERS
et descente aux
", 1,;'

HAMILTON Edmond· mourir il Providençe en ''.SoJ..­ LES MEILLEURS RECITS DE TOLKieN J.R.R,
~ AMAZING STORIES »
486*"' BILao L'Ii HOIBIT

432.... LES ROIS DES ETOILES est-II bien mort?


John Gordon avait échangé son es­ .• ....." " œuvres importantes de la pre­
Les hobbjts sont dos créotur. pa­

DAGON mt~re revue de science-fiction

prit contre celui d'un prince des retour du dicu Dagon, et cifiques, mals allbo savait If rendre

579'1'''' LES MEILLEURS RECITS DE Invisible, ce qui le JMc


diInI dN
6tolles nombreux outres de terreur « WEIRD TALES. - T. 1
490" LE RETOUR AUX ETOILES
combats terrifiants

La meilleure rcvue de fantastique


John Gordon et l'olseal,l. penllQnt

:Korkhonn luttent pOur sauver 1'''''4 LOVECRAFT H.P, et DERLETH A.


pire de Fomalhaut
tV..:.~ ;.....
411"" LE RODEUR DEVANT
LE SEU 1L
et d'horreur des Etot$-Unis

580"'* LES MEILLEURS RECITS


'.
VAN VOGT A.E.
362"* LE MONJ;lE DES A

_
r
. ,
~INLIIN Roll "~\' Au nord d'Arkhom, il est une forilt « WEIRD TALES. - T,
GOsseyn n'exlstatt g'us : il lui f(lll. ".;

, '10- UN~:rE SUR L'ETE où rôdent d'anciennes ct terrible. De Lovecraft il Robert lait reconquérir justru"& son HlIIntlté
~
, tour r.trou"'er celle qu'il aimait, Il pUISsance. tous 'cs grands auteurs de
381111111.. A LA POURSU ITE
jr. lui I\Iffliolt de rIWonlr 30· on. on
MIRRITT Abraham
.lIES pLANS
'
.,.", CI'1'II... .. ;~ IC::HACHNER Not Les slatls '-'t beaux,
Intelligents,
<'19'" LES ENFAr-t1'S
DE MATHUSALEM
551 n LES HABITANTS DU MIRAGE
La luHe d'un homme! conlre le 504"* L'HOMME DISSOCIE
La solidarité interraciole entre Ter~
supérieurs aux I)ommes : c'est pour­

quoi ils doivent se dissimuler

CortCIJtÎ. homm,,~ jouissent d'une dicu··Kraken venu d'outre-espace


riens ct Martiens doit-elle posser 392':'" LA FAUNE DE L'ESPACE:

..mi-Immortalite. Pour fuir Ics pcr­ 514*" LA NEF D'ISHTAR avant le patriotisme? Au cœur d'un désert d'étoiles,
~e "
~ Ils portont il la cenquôtc Il aimait Sharane, né,e il y a vaisseau spatial rencontre d.. litres
'
• toIle. 6000 am il Babylone... IILVIR81RG Robert
fabuleux _
'
POOKAYNE, FILLE DE MARS 495'" L'HOMME
397"'" LES JOUEURS OU A

_ __ oventures d'une odelcsccn'" DANS LE LABYRINTHE L'enjeu dè cc siècle éloigné dans le"

_tienne et d'un bébé-fée sur MOORE Catherine L. Depuis 9 ons, Muller vlvoit au cœur futur, c'est la domination deI môh~

d'un labyrinthe porse!mp de pièges des ",'

ETOILES, GARDE-A cou­ morlt,l~


418"':' L'EMPIRE DE L'ATOMI

la guerre galactique. 51!~"<' LES AILES DE LA NUIT


est L'accession ou pouvoir suPt6me cIu.,

maigri!- ,es armuros. L'humanité conquÎsc ...c d';:'co(Jvrc


Seigneur Clone Linn, le mut4;lnt aU)(

IlUPporlc 1.." plu. du" de', pouvoÎrs psycholo~iQucs nou­


vCoux pouvoirs fabuleux (mol' 19"5) '.
DOUBLE ETOILE 419~" LE SORCIER DE LINN

acteur, double d'"n hemml' La Terre conquise. c'est
l'uni.,.,.'
politique, doit continuer de IIMAK Cllttord D.

313** DEMAIN
hostile des extra-terrestres qui s'oP­

el r6le dons la vio (moi e désormais ou Seigneur


ClaM"
Lo,

OTTUM Bob ex"'l"


~c dCn"lnr....innt mutant génial (juin
1975~ ..
568M PARDON, VOUS N'AVEZ
loir il 10 vei
439"* LES ARMURERIES
DT' ._- '\,"
PAS VU MA PLANETE?

Un ,'x!",-I.rr...!re e.t chargé dt·


rilaillor une édition pirote du ma·
'00·· DANS

OES S
Commont tUBI< UQ est
LorSC!ue McAlliste~ entro1iJlh w
• '
boutique d'armes, ,1 se,"ïrçuve"'dft,o:,

le f u .
1\11,.....
gozinc Time d"ll mort depuis ,440"" fl;g FABRICANTS D'ARMes

La Guilde des armuriers avait c:Qn­

RAYER Francis G. damné il mort Robert Hedrok, malt

ITURGION Théodor.. celui-ci était immortel

424". LE LENDEMAIN ,,,.. LES PLUS QU'HUMAINS


DE LA MACH 1NE CO, ""fa,," l'tranges ne seraient-ils' 463"* LE LIVRE DE PTATH
i",
• Muudll colt If' nom dr Monli<'y IHI', Ic". IJiulllllvr', de l'hum(mÎté de
Après sa mort, le capitdfne
P••r
Row.on " entendait-il di Fe! " d, HOlroid sc réveile dons le corps du"

domoln? dieu Ptoth

toutes ports, Or, cc nom" éloit 1" ilI59"':' CRIS 1 AL QUI SONGE
~Icn Fuyant des poronts indiqnc~, Horly 475 11'" LA GUERRE •.
trouve refuge dons un cirque aux , CONTRE LE RULL·,'"

IADOUL Jacquo. per5onnoges fantastiques Seul Trev~r Jamieson pouvait sqIAtO'!;"

182.... LES MEILLEURS RECITS DE l'humanltp de son plus mogef en.',',

, • ASTOUNDING STOR41S • KILLDOZER­ nemi : le Rull ,


~",/\~ 1
Une mulatlon capitale dont;"'''ls­ LE VIOL COSMIQUE 496"" DESTINATION UNIWERS,
,
taire de la st.ence-fic tion améri, extra-terrestres il l'assaut des De la Terre jusqu'aux c:on!ltl's de la


caine hommes ct de leurs machines
., Gola<ie

'It " •
;.,~...":·N"'O:
,. "'l(~l~,.
-;~~.. "li ;.'~~i~;~>~, . •
~. .-. ~ . j.
....
YONNHu'" ICvrtiJr.'.f:l
"
",
.\ "

!I:\
~lAM()NDIA "'< .. • 470.... ABATTOIR 5 )t.';~!l!o-
l"
,
,t.wrton , - mols Il se trouvait à Dresde, en, ')9~
d!.'ltttS , .....'"ft/ sous les bombardements, et, en .1­ '.
même temps, sur la planète Tral­
tamadore

",.. •
556"" l! BERCEAU DU CHAT
La GIàl:a-9 0 la particularité de·
transtormer tout ce Qui est liquide

, en solide...
pour­
\In pouvoir tota-
.,.".,.1 1975~\ZELA%NY Rog••
: " '.. '509* L'ILE DES MORTS
.. Qui avait bien pu r,"suscHer plu­
oÔ le sieurs ennemis défunts de FrancÎ'
Sandow?

:'D.,IO~S J'AI "U


31, rue. de Tdurnon, 7S006-Paris â

.
'ExclusiviM de '/tente en librairltl
~
FLAM~ON

,
~

EN FRANCE p, BRODARD ET TAUPIN .,


6, pince d', • Paris,

,.,.
'*' Uline ~ La FI
,
'112.' . l)épbt I~I
21-04-19n,

trimestre 1975.•

. " ,. 1'!~..
"
'II ..

.~...
.... •
~~" .
~; ~""~ :,It.. ,.~