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INSG COURS DE 


2020 PSYCHOSOCIOLOGIE DES ORGANISATIONS

Introduction

Depuis plus d’une soixantaine d’années, une Mais ce n’est pas seulement, ou principalement,
toute nouvelle approche née de la rencontre entre parce que l’on se trouve partout en présence d’or-
deux sciences sociales, la Psychologie et la Socio- ganisations que l’on doit y prêter attention. Cet
logie, tente de porter un regard neuf sur les orga- intérêt des organisations s’explique également en
nisations en tant que lieu de rationalité écono- grande partie parce que ces entités constituent à
mique, mais aussi et surtout en tant qu’univers de n’en point douter des lieux ou des activités à l’in-
socialisation, c’est-à-dire lieu de jeux multiples térieur desquelles les hommes et les femmes en-
mettant en évidence des conduites individuelles : il gagent et expriment toutes leurs caractéristiques
s’agit de la Psychosociologie des Organisations.
psychosociologiques. En effet, l’être humain dans
les Organisations engagent la totalité de ce qu’il
L’un des faits majeurs caractéristique de notre est  : son corps, son psychisme, ses relations so-
époque est l’omniprésence et la variété du phéno- ciales. Il peut s’y construire une identité sociale ou
mène organisationnel, ainsi que le soulignent, à la perdre toute estime de soi.

suite du Sociologue Américain Amitaï ETZIONI1, les


Sociologue et Psychologue français Francois PETIT En tant que spécialistes des sciences sociales,
et Michel DUBOIS, lorsqu’ils affirment que :

les psychosociologues cherchent par conséquent


« Dans les sociétés industrielles, l’enfant naît généra-
lement dans une organisation : maternité, clinique ou à appréhender les comportements individuels et
hôpital. La vie entière de l’Individu est ensuite jalon- collectifs des Hommes au sein des organisations
née de rencontre plus ou moins longues et plus ou
moins heureuses avec d’autres organisations : et à étudier la qualité du fonctionnement orga-
groupe scolaire - maternel et primaire -, collège, nisationnel comme un élément essentiel de la
lycée, université, administration, entreprise, syndicat,
banque, sécurité sociale… jusqu’au moment où une compétitivité des entreprises. Dans cette op-
entreprise de pompes funèbres le conduit en terre2».
tique, la Psychosociologie des organisations
En effet, le poids de l'organisation dans notre cherche quels sont les facteurs de l’environne-
société et notre vie quotidienne n’a cessé de ment qui ont une action sur le comportement
croître depuis la révolution industrielle de la fin du
des individus à l’intérieur de leur organisation,
18e siècle. Michel CROZIER3 ne dit pas autre chose
lorsqu’il soutient, pour sa part, que le succès des et de quelle façon ces derniers s’adaptent ou
grandes organisations constitue un des fondements, réagissent aux contraintes identifiées.

sinon la principale caractéristique, des sociétés mo-


dernes. L’homme moderne ne peut agir qu’à tra- Management et Organisations sont des notions
vers et au sein des organisations.
indissociables, puisque la première a pour rôle
d’organiser et de contrôler de manière ordonnée le
Pourquoi les organisations ont-elles autant d’im- fonctionnement de l’organisation. Il est donc im-
portance dans les sociétés modernes ?
possible de comprendre et de mettre en place un
On pourrait répondre, comme nous venons de management efficient en ignorant les approches
voir, que cela est lié au fait que les individus y psychosociologiques des Organisations. Un bon ges-
consacrent une grande partie de leur vie, de leur tionnaire se doit de s’en imprégner, car il a besoin
temps, mais cette réponse demeure réductrice. Ef- de savoir gérer les situations diverses impliquant
fectivement, enfants comme adultes passent une l’être humain en vue de maximiser la performance
grande partie de leur temps dans des organisa- organisationnelle.

tions. Dans les sociétés contemporaines, le seul


groupe important dont le comportement n’est pas
essentiellement lié à des organisations est les en-
fants de bas âge.

1ETZIONI Amitaï, Les organisations modernes, Paris, 1971.

2PETIT Francois et DUBOIS Michel, Introduction à Psychosociologie des Organisations, Paris, DUNOD, 1998, P.1.

3 Crozier Michel, Le Phénomène bureaucratique, Paris, Editions du Seuil, 1963, P.9.

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PARTIE 1: PSYCHOSOCIOLOGIE DES ORGANISATIONS ET ORGANISATIONS

I-1 LES ORGANISATIONS

▪ L’existence des divisions du travail c'est-à-dire des


D ans le cadre de ce cours, nous considérerons une
organisation comme étant principalement constituée
tâches, du pouvoir, des responsabilités et de communica-
tion, divisions qui ne sont pas mises en place par le ha-
sard ou du fait de la tradition, mais qui sont délibéré-
d’un ensemble de personnes qui interagissent. A ce ment instituées pour la réalisation de buts spécifiques ;

titre, elle ne peut être appréhendée qu’au travers des ▪ L’existence d’une hiérarchie, ou d’un contrôle social
actions de ces personnes.
exercé par certains membres : au sein de certaines or-
ganisations l’organigramme codifie clairement la hiérar-
chie et les relations de pouvoir ;

De la sorte, l’organisation apparait comme une


▪ L’existence de règles officielles et de procédures de tra-
construction sociale complexe, non naturelle et mo- vail : ces règles peuvent être plus ou moins développées
dulable. Elle regroupe un certain nombre de per- et formalisées, mais il importe de préciser à partir de
sonnes interdépendantes qui développent de manière critères objectifs les conditions garantissant le statut de
coordonnée des activités inscrites dans la durée et membre ainsi que les exigences rattachées à certaines
fonctions de direction notamment ;Une certaine
dirigées vers un ou plusieurs buts communs.
stabilité : la division du travail, la hiérarchie et les règles
confèrent de la stabilité à toute organisation ;

Toute organisation comprend des groupes qui sont


eux-mêmes constitués d’individus : trois points d’an- ▪ Le remplacement du personnel, c’est-à-dire que les per-
sonnes ne donnant plus satisfaction peuvent être écar-
crage pour l’analyse psychosociologique.
tées et leurs tâches confiées à d’autres. Cette restruc-
turation peut aussi se faire par déplacement ou par
promotion.

I-1-1 Diversité des organisations

Dans leur ouvrage intitulé Dictionnaire critique de


Sont exclus des entités sociales dont s’intéressent
la Sociologie, Raymond BOUDON et François BOURRI-
la Psychosociologie des Organisations des organisations
CAUD distinguent trois grandes catégories d’organisa-
informelles ou pseudo-organisations tels que la foule
tion. Ce sont :

(en général), les classes sociales, les tribus, les


▪ Les organisations bureaucratiques : caractérisées par groupes ethniques, les groupes d’amis, les familles, les
la rigueur de leur système de coordination, des statuts couples conjugaux…

sociaux alloués aux différents acteurs suivant des cri-


tères explicites (diplômes, concours…), une finalité fixée Toutes ces organisations se situent en dehors du
par une autorité de supervision. Ex : une administration.
champ d’étude de notre discipline parce qu’on re-
▪ Les organisations économiques : caractérisées par la trouve en leur sein une composante affective qui ne
contrepartie financière qu’elles encaissent suite aux rentre pas en compte dans la définition et le fonction-
produits qu’elles fournissent. Ex : une entreprise.
nement des Organisations formelles. Par exemple, dans
▪ Les organisations non lucratives : caractérisées par une entreprise, il n’y a pas besoin de relations affec-
l’absence de contrepartie financière encaissée suite aux tives pour faire fonctionner l’ensemble, c’est même
produits ou services qu’elles fournissent. Ex : une asso- déconseillé parfois.

ciation à but non lucratif.

Sans nous étendre sur cette typologie, retenons de


façon générale que les groupements dont il est globa- I-1-2 Les principales dimensions de l’organisation

lement question ici sont essentiellement de nature


économique (entreprise), sociale (syndicats), politique a. L’organisation, système ouvert

(partis), religieuse, etc. Les organisations qui nous in-


téressent dans le cadre de ce cours peuvent donc
★ L’organisation comme système

être privées, publiques, centrées sur la fabrication des L’on ne peut réduire une organisation en une
biens de consommation, des services ou qui œuvrent somme d’individus, de groupes, d’ateliers, de bureaux
dans l’humanitaire.
ou de services. Ces éléments sont, au contraire, en
état d’interaction nécessaire, c'est-à-dire d’interdé-
Ainsi, ces Organisations vont donc essentiellement pendance pour la réalisation d’un objectif commun:
se caractériser par :

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produire un bien ou un service. C’est cette interdé-


pendance qui fonde l’unité de l’organisation.

Toute modification d’un élément de celle-ci entraine


la modification de tous les autres.

Pour illustrer cette réalité, prenons l’exemple d’une


organisation qui a décidé de supprimer un de ses ser-
vices - le service Z - parce qu’elle s’est rendue
compte qu’il n’y avait plus d’utilité dans le processus de
production du bien ou du service. Quelles peuvent
être les conséquences de cette suppression ?

‣ Il n’y aura pas de surcharge de travail pour les L’organisation reçoit de son environnement des in-
autres services puisque, par hypothèse, le service Z puts ou apports de différentes natures. Certains sont
n’avait plus de fonction ;
relativement prévisibles et contrôlables : les capitaux
‣ Le reclassement du personnel dans les autres ser- nécessaires, les équipements, les matières premières,
vices peut être retenu comme solution, ce qui entrai- l’énergie, etc. D’autres sont par contre plus difficiles à
nera des modifications dans les autres services, et cerner ; c’est le cas, par exemple, des demandes en
donc, dans l’ensemble de l’organisation ;
biens ou en services exprimées dans l’environnement.
‣ A contrario, il peut ne pas y avoir reclassement du Moins prévisibles et moins contrôlables sont les indivi-
personnel, mais pur et simple licenciement collectif. dus qui vont réaliser le processus de transformation.

Pourraient alors se produire des grèves ou des mou-


vements revendicatifs qui arrêteraient ou entrave- Lorsque, le matin, ils franchissent le seuil de l’orga-
raient la marche des autres services. Quand bien nisation, ils se voient assigner des fonctions et des
même ceux-ci n’auraient pas lieu, la suppression du postes de travail, qui existent de façon impersonnelle,
service Z et le licenciement collectif de son personnel dans le processus de transformation. Ils n’en laissent
auraient un impact sur les autres services. Des stra- pas pour autant au vestiaire leurs idées et leurs sen-
tégies de protection et de concurrence inter-services
timents reliés a leur « équipement culturel » : mo-
pourraient se développer : chaque service cherchant
dèles, valeurs, normes, mythes, préjugés, stéréotypes,
à démontrer son utilité, même au détriment des
autres, pour éviter que le sort du service Z ne lui soit etc. Cet équipement s’est constitué sur place, au fil
réservé un jour.
des jours, car l’organisation est un lieu d’apprentis-
sage culturel, comme le montre Sainsaulieu (1977).
De la sorte, on voit bien que l’interdépendance à Mais il puise aussi ses sources dans d’autres systèmes
l’intérieur de l’organisation est non seulement d’ordre sociaux : l’individu à son poste dans l’organisation est,
opératoire, mais encore et surtout d’ogre social. Elle par ailleurs, fils ou fille, ou épouse, père ou mère,
s’inscrit dans la psychologie des individus et des consommateur, citoyen, contribuable ; il peut être aus-
groupes, comme dans leurs relations.
si adhérent à des associations de loisirs, à un syndicat,
★ L’organisation ouverte sur son environnement
à un parti politique, à une association écologique, etc.

L’organisation, comme tout autre système social, Les membres d’une organisation sont donc, en
est plongée dans un environnement à plusieurs dimen- quelque sorte, les représentants, au sein de celle-ci,
sions, physique, technologique, économique, politique, d’autres systèmes sociaux présents dans l’environne-
culturelle, etc. Cependant, l'environnement de chaque ment : « comme tels, il apportent avec eux des re-
organisation, si vaste soit-il, n'est pas illimité. Chaque vendications, des aspirations et des normes culturelles
fois que nous évoquerons l'environnement d'une orga- » (Schein, 1971, p. 94). Ces inputs sont transformés en
nisation, il sera sous-entendu que nous visons son en- outputs (résultats) qui sont projetés dans l"environne-
vironnement spécifique, c'est-à-dire les éléments de ment. Ce sont, tout a la fois, les services rendus, les
l'environnement général qui sont effectivement en re- produits finis, les déchets et la pollution, les salaires
lation avec l’organisation.
versés, la satisfaction ou l’insatisfaction née au cours
du processus de transformation, etc. Certains résultats
Le modèle du système ouvert

- comme la satisfaction ou l'insatisfaction - peuvent


La psychologie et la psychosociologie ont emprunté revenir au système en feed-back (cf. figure ci-contre).

a la cybernétique et a l’analyse systémique, la notion


Dans le processus de transformation, Argyris (1970)
de système ouvert, et l’ont appliquée a organisation,
distingue trois types généraux d’activités essentielles
pour créer un modèle explicatif.

qu'on trouve dans toute organisation :

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‣ des activités qui visent à l'atteinte des objectifs de opinions et des comportements en accord avec les
l'organisation, c’est-à-dire la production de biens ou normes du groupe. Citons un exemple banal : dans un
de services ;
atelier ou dans une classe de lycée, l’individu qui tente
de dépasser le quota de travail, fixé implicitement par
‣ des activités centrées sur le maintien du système le groupe de pairs, sera l’objet de leur part de sanc-
interne, c'est-à-dire tout ce qui concourt à la coor- tions (vexations, moqueries, menaces pouvant aller
dination et au développement de relations satisfai- jusqu’a la violence physique). Mais la conformité n’a
santes entre les éléments - individus ou groupes - pas toujours un caractère aussi coercitif ; elle peut se
fonder sur la rationalité de l’appartenance de I’indivi-
de l'organisation ; ces activités ont une fonction de
du au groupe : l’individu peut valoriser son apparte-
facilitation et de régulation par rapport aux activi- nance au groupe et se conformer a ses normes dans
tés orientées sur les objectifs ;
le but d’atteindre un objectif personnel. La pression à
la conformité peut aussi naitre de la relation affective
des activités, enfin, orientées sur l’adaptation à
que l’individu recherche dans le groupe ; cela nous
l’environnement qui est une condition sine qua non
conduit à évoquer un deuxième phénomène, celui de la
tant du développement de l'organisation que de sa
solidarité.

survie. Or, dans nos sociétés techniciennes et scienti-


fiques, l’environnement est en constante évolution. Dans le groupe, l’individu trouve un appui pour af-
l’organisation se doit de suivre, voire d'anticiper, quand fronter un univers organisationnel souvent hostile,
c'est possible, sur les changements de l’environnement. chargé de tensions, de pressions en tout genre et
Cette adaptation « se réalise non par homéostasie, d’anxiété. Schématiquement, on trouve dans la littéra-
comme le ferait un organisme vivant, mais en réponse ture psychosociologique et sociologique, trois interpré-
aux décisions prises en haut de la hiérarchie par les tations de la solidarité qui ne s’excluent pas mutuelle-
responsables de l’organisation  » (Lévy-Leboyer, ment.

1973) ; ces décisions peuvent être éclairées par des


‣ La première est d’ordre opératoire et stratégique : grâce
études et des enquêtes réalisées dans l'environnement.
à la solidarité, les membres du groupe se défendent de
façon plus efficace contre les pressions de l’organisation
ou contre les autres groupes ;

b. Groupes et phénomènes de groupes


‣ La seconde est d’ordre psychologique : l’affiliation au
groupe apporte un réconfort même si le groupe n’est
La division du travail fractionne le système organi- d’aucun secours, d'un point de vue opératoire et straté-
gique ;

sationnel en sous-systèmes. Pour atteindre ses objec-


tifs, une entreprise se divise, par exemple, en grands ‣ La troisième est d’ordre culturel : la solidarité existe
secteurs couvrant de grandes fonctions : production, entre les membres d’un groupe, car ils « vivent ensemble
et simultanément le même processus d’accès à I’identité
vente, administration, recherche, etc. Ces sous-sys- », comme l’écrit Sainsaulieu (1977, p. 40-41). Se sentir
tèmes, au fur et à mesure qu’on descend dans la solidaire d’un groupe, c’est pour l’individu, soumis à des
structure pyramidale, incluent des sous-systèmes plus contraintes de travail souvent fortes, récupérer un peu
nombreux mais de dimensions plus restreintes, jus- d’une existence confisquée par l’organisation.

qu’au sous-système élémentaire que constituent un


atelier ou une équipe de travail dans une usine, un Si, pour la psychosociologie des organisations, le
bureau dans une administration, une équipe de soins niveau d’analyse du groupe est insuffisant, il demeure
dans un hôpital, une classe dans une école, etc.
que l’appartenance au groupe est un facteur essentiel
Le point commun de toutes ces entités psychoso- du rapport que l’individu entretient avec l’organisation.
ciales est d’être des groupes, composés d’individus qui En résumé, le groupe peut être considéré comme un
se sont découverts au fil des jours, donc qui se support culturel, cognitif, affectif et stratégique!, es-
connaissent, qui interagissent et qui sont en état d’in- sentiel pour « survivre » dans l’ organisation ; comme
terdépendance non seulement fonctionnelle — par le tel et comme élément — sous-système — du système
travail — mais aussi psychologique.
organisationnel, le groupe mérite, toujours, une atten-
tion particulière.

Nous rappellerons, à très gros trait, deux phéno-


mènes majeurs de groupe. Le groupe, tel que nous le
vivons quotidiennement dans différentes organisations,
est créateur de normes, c’est-a-dire de règles orien- c. L’individu et organisation

tant nos comportements et nos opinions.


Le niveau de l’individu, point extrême de la division
du travail, s’il est le champ d’étude privilégié de la
Dans le groupe, l’individu est l’objet de pressions à
psychologie des organisations, ne doit pas être négligé,
la conformité : ses pairs le poussent à adopter des
comme le font trop facilement certaines analyses glo-

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balisantes de type sociologique, économique ou poli- porté une voie nouvelle de réflexion. II part de l’hy-
tique. Par exemple, dans une organisation, un conflit pothèse suivante : l’individu aspire au succès psycholo-
peut avoir des racines sociologiques profondes ; il gique et à l’estime de soi. Or, dans toute organisation,
reste qu’il s’exprime toujours a travers des individus, il est plongé dans un dilemme : satisfaire ses aspira-
considérés isolément ou en groupe. Or, ces individus tions ou répondre aux exigences de l’organisation,
ont des personnalités qui ne sont pas neutres : elles avec sa division du travail, sa pyramide hiérarchique et
réagissent subjectivement 4 la situation organisation- leur cortège de soumissions et de dépendances qui
nelle. L’organisation répond ou non aux motivations des entravent l’estime de soi et le succès psychologique. Il
individus et leur fait éprouver des frustrations et des essaie de montrer que si l’on développe les activités
satisfactions. Il est donc évident que les personnalités essentielles de l’organisation centrées sur I’atteinte
des individus, en cause dans un conflit, constituent des des objectifs, le maintien du système interne et
variantes importantes.
l’adaptation à externe, l’individu aura plus de chances
d’exprimer ses potentialités, donc, d’éprouver de l’es-
Cette rapide illustration pose de façon sous-jacente time de soi et de parvenir au succès psychologique (p.
le problème très complexe de |’adaptation réciproque 22-23).

entre |’individu et l’organisation. Argyris (1970) a ap-

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I-2 LA PSYCHOSOCIOLOGIE DES ORGANISATIONS


L a psychosociologie est véritablement née au


début des années 1930, notamment avec la recherche
d’étudier l’interaction sociale dans le cadre spécifique
et quotidien de l’Organisation. On appelle interaction,
l’influence que les individus exercent sur leurs actions
d'Hawthorne aux États-Unis. Le fondement de sa dé-
marche est de considérer que les hommes se rat- respectives lorsqu’ils sont en présence physique im-
tachent à la fois au psychique et au social, et donc de médiate les uns des autres.

préconiser une approche transversale (Revue interna-


De manière précise, cette discipline situe son ac-
tionale de psychosociologie (RIP), 1994). En pratique,
tion à trois niveaux :

elle articulera les comportements, la dimension psy-


chologique et le champ social. Ainsi, un de ses pre- Elle tente, en premier lieu, d’appréhender les com-
portements des individus travaillant au sein des or-
miers objets a été constitué par les groupes, mais ganisations en ayant recours aux concepts tradi-
également les organisations avec lesquelles la psycho- tionnels en usage chez les psychologues, tels que la
sociologie s'est sentie tout de suite en phase. Cette personnalité, le moi, la motivation, le bien-être…;

orientation a résulté notamment d'un contexte de mise


sous tension des organisations modernes, génératrice Ensuite, elle accorde un intérêt particulier aux rela-
de perte de repères et d'anxiété. Mais la psychosocio- tions qu’entretiennent les individus au sein de leur
logie a étendu ses investigations à d'autres domaines : milieu professionnel : leur interrelations, leur inter-
dépendance mais aussi les relations de pouvoir qui
le changement, le pouvoir, le leadership, les interac- naissent de ces interactions ;

tions, les déterminations idéologiques…


Enfin, elle s’intéresse à la question de savoir
comment l’individu parvient à équilibrer ou à conci-
Quels sont le champ d’étude et la méthode d’ap- lier ses propres idées, son identité sociale ou ses re-
proche de la Psychosociologie des organisations ?
présentations sociales avec les actions, les attitudes
et les buts préconisés par leur organisation.

I-2-1 Champ d’étude de la Psychosociologie 
 Comme on peut aisément le constater à travers


des Organisations ces trois niveaux d’intervention de la Psychosociolo-
gie des Organisations, le projet d’étudier l’interaction
Si l’on admet que l’objet de la Psychosociologie sociale dans le cadre spécifique et quotidien de l’or-
est l’étude des phénomènes d’interaction sociale ganisation inclut la reconnaissance implicite des fac-
entre les individus, entre des individus et des teurs organisationnels et psychologiques sur les com-
groupes et entre les groupes, nous pouvons définir portements sociaux. Cela signifie d’une part, qu’un tel
la Psychosociologie des Organisations comme un en- projet ne peut être mené à bien sans une analyse
semble de théories et de méthodes se proposant des structures et des fonctionnements de l’Organisa-

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tion et donc, sans de solides références à la Sociolo- hypothèse au moyen d’épreuves répétées, au cours
gie et surtout à la sociologie des Organisations qui desquelles on modifie un à un les paramètres de si-
est cette branche de la Sociologie qui se donne pour tuation afin d’observer les effets induits par ces
ambition d’analyser les normes, les rôles, l’évolution, changements. En d’autres termes, l’’expérimentation
la structuration et le fonctionnement des organisa- permet de tester, en terme de causalité, l’effet
tions.
( l’ i m p act) d ’ u n e o u p lu s i e u r s var ia b le (s)
indépendante(s) (VI) sur une ou plusieurs mesure(s)
D’autre part, l’influence des facteurs psycholo- ou variable(s) dépendante(s) (VD).

gique sur l’interaction sociale ne peut être négligée


lorsqu’on tente d’appréhender le comportement de Rappelons qu’une variable est un indicateur mesu-
l’Homme au sein de l’Organisation dans la mesure où rable et quantifiable qui peut changer de valeur.

la Psychologie s’intéresse également au vécu des in-


dividus (souffrance, satisfaction, motivation, mais en Une variable indépendante est une caractéristique
faisant abstraction au contexte social).
de l’individu (Ex : Hommes contre les femmes, les 18-
25 ans contre les 45-60 ans), de l’environnement
A partir de ce moment, il apparait donc clair que physique ou social (ex  : présence/absence d’autrui,
la psychosociologie des Organisations puise ses ra- couleur des murs, environnement bruyant contre un
cines dans le Courant des Relations Humaines qui environnement calme), de la tâche (difficile/facile,
s’est essentiellement appuyé sur les connaissances familière/non familière).

en vigueur au niveau de la Sociologie et de la Psy- En somme, une valeur indépendante est un élé-
chologie pour proposer une alternative organisation- ment comportant au minimum deux modalités, sur
nelle à l’OST. Parce que dans la réalité, on ne peut lequel nous n'avons pas de contrôle et qui influencera
pas séparer ce qui est individuel et ce qui est social. la variable dépendante.

Les deux sont intimement liés.

De son côté, la variable dépendante correspond à


Dans l’organisation, les facteurs sociaux in- la mesure de la réponse du participant. Il s’agit du
fluencent les individus. Par exemple dans un conflit paramètre qui varie sous l’influence de la variable
social, il y a une dimension individuelle, psychologique indépendante. En clair, une variable dépendante est
(ex : sentiment d’injustice, de peur par rapport à l’avenir)
celle dont les valeurs sont mesurées par le cher-
et en même temps une dimension sociale (pour qu’un mou-
vement puisse naitre, il faut un groupe, une Organisation.
cheur ou l’expérimentateur.

Il faut l’émergence des leaders et un mouvement est né


dans un contexte social particulier lié aux conditions de Par ailleurs, la psychosociologie des Organisations
travail, de licenciement…).
procède aussi par le biais d’autres outils méthodolo-
giques, parmi lesquels l’observation directe des indi-
vidus et des groupes de travail sur le terrain. Le
travail de terrain sera envisagé ici comme l’observa-
I-2-2 Méthodes de recherche tion des gens in situ : il s’agit de les rencontrer là
La démarche méthodologique est, comme en socio- où ils se trouvent, de rester en leur compagnie en
logie et psychologie sociale, fondée sur la méthode jouant un rôle qui permette d’observer de près cer-
expérimentale, du fait de la possibilité de manipuler tains de leurs comportement et d’en donner une des-
les variables individuelles.
cription qui soit utile pour les sciences sociales, tout
en ne faisant pas de tort à ceux que l’on observe.

La méthode expérimentale est une démarche


scientifique qui consiste à contrôler la variable d’une Les enquêtes par questionnaires et par focus
groupe peuvent également utilisées.


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