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Frank Duff révèle ses pensées sur la vraie dévotion à Marie

Frank Duff révèle ses pensées sur la vraie dévotion à Marie

Maria Legionis Septembre 1996

"Dans mon cas, je n'avais pas le degré de connaissance qui serait nécessaire pour absorber la Vraie
Dévotion. En effet, il me paraissait frôler l'absurde." Frank Duff

Cet article a été publié pour la première fois dans Maria Legionis en 1980.

Parfois, la vraie dévotion est considérée comme une mode, mais c'est tout sauf cela. La fausse idée
est servie par le langage de l'extrême dévotion qui est la spécialité de De Montfort. Parfois, il semble
parler en termes d'excès, mais il est essentiel de reconnaître qu'il n'y a pas d'excès théologique dans
ses propositions. Le fait notable que le nouveau Saint-Père, au début de son règne, se proclame
adepte de cette dévotion devrait suffire à le démontrer.

Cependant, les circonstances selon lesquelles tant de personnes ne le font pas, et que l'on en trouve
beaucoup qui s'y opposent, prouve que cela présente certaines difficultés et qu'il faut l'expliquer.
Peut-être suis-je moi-même bien placé pour tenter cette tâche parce que toutes les difficultés
possibles se sont présentées à moi lorsque je suis entré en contact avec le livre de De Montfort. Je
pense que ces obstacles auraient normalement prévalu mais des choses d'un caractère inhabituel
sont intervenues péremptoirement pour renverser la balance.

Alors peut-être que vous accepterez ce préambule. Toutes les préfaces n'ont pas d'utilité mais je
pense que celle-ci l'a. Je demande donc votre patience pendant que je fouille dans l'histoire de mon
premier contact avec le Livre à l'âge de vingt-neuf ans environ, jusqu'à ce que je n'avais même pas
entendu parler de De Montfort. Peu de temps après, la Société Saint-Vincent-de-Paul a acquis Myra
House.

Un soir, j'ai croisé un groupe de Frères qui écoutaient l'un d'eux parler. Je me suis arrêté pour
écouter et j'ai découvert qu'il avait entre les mains un livre dont il discutait avec animation. C'était la
vraie dévotion. Sa description ne m'a pas retenu mais j'ai appris son nom et son auteur. Bien que je
ne m'en sois pas rendu compte, cet événement occasionnel a déclenché une réaction en chaîne
d'impulsions ou d'événements qui étaient destinés à avoir des conséquences importantes pour moi.
La première est venue très peu de temps après, alors que je parcourais les étagères d'une des
librairies d'occasion qui à cette époque envahissaient les Quais.

J'ai repéré un exemplaire de la Vraie Dévotion et comme une curiosité suffisante avait été éveillée en
moi par le récit que j'avais écouté si récemment, je l'ai acheté pour la somme de quatre vieux pence.
Cela s'est avéré être une découverte dans une autre direction; c'était la première édition anglaise de
la Vraie Dévotion, traduite par le Père Faber et imprimée à Dublin. Je l'ai encore.

J'ai aussitôt procédé à sa lecture. Le résultat a été une sorte de crise en moi. Je suppose que je me
serais considéré comme ayant une certaine dévotion à Notre-Dame, mais cela ne dépassait
certainement pas la dimension du sentimental. C'est ce qu'on nous a enseigné dans le Catéchisme de
l'époque. Mary a été incluse dans une section générale sur les saints et on nous a dit qu'il était
«légal» d'être pieux envers elle. En d'autres termes, ce n'est pas un péché, une description ridicule
qui reviendrait presque à le placer dans la même catégorie que les chevaux de soutien ou la

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consommation modérée d'alcool. Avec cet enseignement à contrecœur, il était remarquable que
l'attitude populaire soit à la hauteur de ce qu'elle a fait.

Dans mon cas, je n'avais pas le degré de connaissance qui serait nécessaire pour absorber la Vraie
Dévotion. En effet, cela me paraissait frôler l'absurde. Mais j'ai réussi à persévérer jusqu'au bout.
Cependant j'en avais assez. Je l'ai mis sur une étagère et je ne pense pas que je l'aurais jamais
rouvert. Ma lecture avait créé un préjugé à son encontre.

Mais c'est là que l'effet de chaîne est entré en jeu. Très peu de temps après, j'ai fait la connaissance
de Tom Fallon, un membre éminent de la Société Saint-Vincent-de-Paul, un éminent fonctionnaire et
un personnage tout à fait remarquable. Il est mort au Mexique il y a quelques années à l'âge
d'environ quatre-vingt-seize ans. Il y avait servi comme prêtre depuis le début de 19208, y compris la
persécution Obregon à son apogée.

Une question qu'il me posa très vite était de savoir si j'avais lu la Vraie Dévotion. Ma réponse que
j'avais, a amené la question supplémentaire: qu'est-ce que j'en ai pensé? Tom pouvait être brusque
dans ses manières et ma réponse que je n'avais pas été impressionné par le livre me fit penser que je
ne l'avais pas lu avec attention: que je l'avais seulement parcouru. Le livre était un classique suprême
dans son domaine, des connaissances nécessaires, et c'était à moi que je le comprenais.

J'ai donc repris la Vraie Dévotion en main et je l'ai parcourue avec soin. Le résultat était le même
qu'avant. Il y avait un abîme entre ce qu'il exposait et ce que je possédais. J'en ai fait rapport à Tom
Fallon.

Je trouve maintenant étrange qu'il n'ait pas cherché. pour m'interroger sur les défauts qui me
gonflaient si gros et qui ne lui étaient pas du tout visibles. Combien de fois cette performance a-t-elle
été faite pour convaincre une relecture de ma part, je ne peux pas précisément. Permettez-moi de le
répéter une demi-douzaine de fois. Aucun résultat spécifique ne semblait émerger de chaque
nouvelle lecture, et pourtant chacune semblait avoir la qualité d'un pas vers un objectif. Et c'est
exactement ce à quoi les choses ont fonctionné. J'étais engagé dans la dernière lecture forcée
lorsqu'une sorte de phénomène s'accomplit. Sans aucun processus de pensée menant à cela,
quelque chose que je ne considérerais que comme une faveur divine m'a été accordé. C'était la prise
de conscience soudaine que le livre était vrai. Mais pourquoi cela devrait-il être? Je ne comprenais
pas plus les choses que je ne l'avais fait auparavant. Mais c'était là: une conviction complète que ce
que j'avais considéré comme exagéré et irréel était pleinement justifié.

Ce moment est resté dans mon esprit avec une clarté absolue. Je n'ai qu'à y penser et il se tient
devant moi dans son teint surprenant d'origine. À ce moment-là, j'ai su que le livre était vrai.

Quel effet cela a-t-il eu sur moi? Très grosso modo, je dirais que c'était double. J'ai vu que la faute
était principalement en moi. Il me manquait tout un champ de connaissances à l'égard de Notre-
Dame qui était nécessaire pour comprendre sa position telle que présentée par la Sainte. J'allais
devoir admettre que je ne savais vraiment rien d'elle. La deuxième partie de cette pensée était que
De Monfort n'écrivait pas pour un tel que moi mais pour une classe théologiquement éduquée qui
possédait les fondements que le livre exigeait. Il présumait une connaissance de cette fondation.

Le point se pose: Tom Fallon faisait-il la même chose à mon égard? Faisait-il l'erreur de supposer que
j'avais les connaissances qui me permettraient d'apprécier à nouveau le livre? Et cela pourrait-il être
la raison pour laquelle à aucun moment il n'a sondé ou discuté avec moi des raisons pour lesquelles
je n'étais pas à l'écoute du livre!

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Toutes ces choses ont bougé dans mon esprit mais ont finalement abouti à une conclusion
péremptoire. C'était que je devais saisir la connaissance que de Monfort présumait. À ce stade, les
choses sont restées pendant un certain temps. Ne sachant pas exactement comment trouver ce que
je voulais. Je n'ai pris aucune mesure.

Mais l'action est venue. Il s'est imposé en vertu de cette réaction en chaîne dont j'ai déjà parlé. Peut-
être que cela fait fausse note de dire qu'il s'est imposé à moi. Car lorsque la transaction est analysée,
j'avais en quelque sorte mérité la succession de liens. J'avais suivi chacun d'eux tel qu'il s'était
présenté. J'avais acheté le livre simplement en entendant quelqu'un le recommander à un groupe. Je
l'avais alors lu attentivement. Ce n'est pas ma faute si je n'ai pas réussi à faire passer son message.
Lorsque la série de liens suivante, qui étaient les interventions de Tom Fallon, s'est affirmée, j'ai cédé
docilement d'une manière qui n'était pas tout à fait typique de moi. À la fin de cette série particulière
de liens, on pourrait peut-être dire que je m'étais qualifié pour recevoir encore une autre impulsion.
Dois-je signaler que je découvrais par moi-même la procédure que la Légion appelle Action
symbolique ou les 39 étapes. Dans les difficultés, faites un pas dans la foi. Cela met en mouvement
une succession d'entre eux jusqu'à ce que le couronnement arrive. L'étape suivante était d'un type
complètement différent et dans un autre domaine.

Pour être utile à un ami, j'ai effectué ma première visite au mont Melleray. La réaction en chaîne
suivante m'a rencontré pour ainsi dire à la porte du monastère. Le maître invité m'a demandé si je
souhaiterais avoir un livre. "Un livre". M'écriai-je, sa question provoquant un choc en moi. "Oh oui, je
veux particulièrement un livre, j'en veux un sur la théologie de la Sainte Vierge, un livre assez
profond pour me donner la plénitude de sa position mais en même temps assez simple pour que je le
comprenne". Il m'a promis de regarder autour de lui dans leur bibliothèque.

Peu de temps après, il est venu me voir avec un livre. Il s'intitulait "La connaissance de Marie" et il
était par un Père Januarius de Concilio. Il contenait trois cents pages et un premier coup d'œil sur eux
suggéra qu'il était assez profond. J'ai commencé tout de suite là-dessus. Je n'étais pas allé bien loin
avant d'être saisi de la même sorte d'excitation qui m'était venue lorsque la Vraie Dévotion s'était
soudainement révélée à moi. Parce que de Concilio était exactement ce que je cherchais. C'était
exactement pour moi. Il était tout à fait compréhensible, mais il était également plus complet dans
ce qu'il enseignait sur son sujet. Cela a commencé à me dévoiler l'éminence envoûtante mais vraie
de la femme sur laquelle Dieu avait construit tout son plan de toute éternité.

Néanmoins, la suite inattendue a suivi un revers en ce qui concerne la dévotion mariale. Ceci est
particulier compte tenu de l'enseignement avancé du chapitre VIII. Cela ne peut s'expliquer que par
le fait que le Concile avait décidé de substituer un décret séparé au sujet de Notre-Dame, un chapitre
du Décret sur l'Église. Une déduction spécieuse serait qu'un chapitre est moins qu'un décret. Il faut
également être plus réservé dans un décret général afin de maintenir une juste proportion. Mais le
gain d'être si catégoriquement présenté comme faisant partie de la doctrine essentielle de l'Église
pèse de loin sur la perte de la séparation. Bien entendu, le temps rétablira bientôt l'équilibre. Entre-
temps, la présence de la Légion sur le terrain a pris une importance supplémentaire. C'est le gardien
spécial et le propagateur parmi les gens du rôle correct de Notre-Dame. Pour cette raison, la Légion
doit accorder une attention et une importance particulières à la Vraie Dévotion en tant que moyen
souverain de maintenir son propre esprit.

Jusqu'à présent, j'ai parlé en termes généraux de la Vraie Dévotion, plus de sa qualité de
proclamation sur Marie que de dévotion spéciale à elle. Mais le livre déclare que son but est
l'établissement d'un système de dévotion envers elle. Il appelle cela l'esclavage ou la consécration
totale à Notre-Dame. C'est une anomalie que le livre pose ainsi certaines difficultés à sa manière.

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Beaucoup de personnes sont aliénées de la dévotion et de la consécration par les pratiques
recommandées par le Saint et pour cette raison se détournent du livre lui-même.

C'est malheureux pour toutes les raisons. Une raison particulière est que l'essentiel de sa dévotion ne
consiste pas dans les choses dont ces gens reculent mais dans son esprit constant d'unité et de
dépendance envers Notre-Dame.

Le mot «esclavage» évoque chez certains une antipathie irrationnelle comme si nous étions obligés
d'adopter la mentalité d'un esclavage terrestre. Aussi la prescription de De Montfort du port d'une
chaîne pour nous garder à l'esprit de notre soumission à Notre-Dame suscite l'aversion.

Je souligne que si cette attitude de pure sentimentalité était autorisée à s'enfuir avec les choses, elle
pourrait dire avec une force équivalente contre notre utilisation du Crucifix. Pourquoi ces objecteurs
ne s'en prennent-ils pas à cela comme introduisant dans nos esprits une barbarie honteuse et
dépassée associée à de vils criminels et à leur terrible punition? Mais c'est précisément pour cette
raison que nous nous consacrons au Crucifix; cela nous rend vivant ce que Jésus a pris sur lui pour
nous. Je répète que les chaînes et les pratiques pénitentielles proposées par 51. Louis-Marie ne sont
pas essentielles à sa Dévotion. Mais elles ne peuvent certainement pas être exclues comme aides à
l'acquisition de l'idée centrale qui est celle d'une prise de conscience de notre dépendance totale à
Marie, notre Mère. Dieu lui-même nous a placés dans cette condition et cela s'étend à des extrêmes
bien au-delà de notre capacité de les mesurer. L'esclavage peut sembler être un état privé, mais
comme le souligne le Manuel, il laisse l'esprit et l'âme libres et est peu comparé à l'extrémité de la
dépendance et de l'amour de l'union que nous devrions nous efforcer de cultiver en nous-mêmes
envers notre exquise Reine et Mère. . Cela est dû de notre part dans le cadre de notre état
catholique ordinaire et non parce que Saint Louis Marie de Montfort l'y enjoint. Sa position est de
nous rappeler qu'elle nous est due, plutôt que de nous l'imposer.

Dans ce même sens que c'est l'esprit intérieur de la Dévotion qui compte plus que les pratiques qui y
sont impliquées, la forme même de Consécration recommandée par la Vraie Dévotion pourrait être
laissée de côté. Mais cela irait trop loin dans la direction opposée et risquerait à la fin de nous
échapper complètement de la Dévotion. Nous sommes composés de corps et d'esprit, et chacun vit
hors de l'autre. Par conséquent, la vraie dévotion pour la réalité et la permanence doit posséder une
forme corporelle ou tangible.

Quant à la prise en charge de la Dévotion d'une manière pratique, je ne saurais trop parler. En
premier lieu, j'ai vu la Légion elle-même surgir au simple contact de De Montfort sur un groupe
intéressé. Aussitôt ce groupe s'est développé dans la Légion. Bien sûr, il devait garder une sorte de
veillée, attendant ce moment depuis qu'il l'avait prophétisé il y a plus de deux cents ans. "J'attends
avec impatience", dit-il, "une grande légion de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, des
deux sexes, pour combattre le monde, le diable et la nature corrompue en ces temps plus que jamais
périlleux qui sont à venir" .

Mais l'union entre la Légion et le Saint allait plus loin que son insufflation de vie en elle. Il devrait
continuer à le nourrir et la Légion devrait nécessairement lui admettre ses obligations. D'une
manière étrange et puissante, la Légion a pu le faire. Bien qu'il soit mort en 1716 dans l'odeur de la
sainteté, sa cause de canonisation a pris du retard en chemin et a semblé s'arrêter avec sa
béatification par Léon XIII. Mais la diffusion de la Légion à travers le monde en fit l'un des saints les
plus invoqués de l'Église et apporta ce qui avait été l'élément manquant, l'estimation ou le culte
populaire. Et aussitôt Rome a agi. Non seulement il a été canonisé en 1950, mais sa statue a été
placée dans une position seigneuriale à Saint-Pierre, parmi les plus grandes.

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Permettez-moi maintenant de poser la question: quelle est la meilleure façon de lire son livre et de
pratiquer sa dévotion, car ces opérations doivent aller de pair en tant que jumelles. Je serais enclin à
dire que la meilleure méthode consisterait à lire chaque jour une page de la Vraie Dévotion, mais à la
manière d'une prière ou d'une méditation, cherchant à drainer l'idée et l'esprit même de chaque mot
dans nos esprits. , acceptant ce qu'il déclare comme un message de sa part; rejetant l'idée que les
expressions très fortes qui sortent tout le temps de ses lèvres à propos de la Sainte Vierge
représentent au moindre degré un embellissement injustifié d'elle. Car c'est là, je pense, le charme et
la vertu mêmes du livre: qu'il peut sembler si souvent se séparer de la réalité et plonger dans un
monde fantastique et extravagant qui lui est propre. Mais méfiez-vous lorsque vous vous surprenez à
imaginer que tel est le cas. Parce qu'il n'y a ni exagération ni fantaisie. Aucun livre n'a jamais traversé
une telle épreuve par le feu et est sorti aussi triomphalement que celui-ci.

De plus, l'immensité de Marie dépasse notre capacité à l'exagérer. Notre intelligence ne peut
vraiment pas l'entourer. Le chef-d'œuvre de Dieu échappe nécessairement à notre pleine
compréhension de sorte que lorsque des aperçus lumineux nous sont offerts, nous trouvons trop la
lumière.

Alors encore une fois, je le recommande vivement. Lisez le livre régulièrement dans un esprit
d'acceptation totale. Attardez-vous sur ses différentes parties. Capturez ses idées en plein essor et
recevez-les en vous comme par la foi même. De cette manière, la vraie Marie se montrera à vous et
pourra exercer son plein pouvoir maternel sur vous. Ainsi ferez-vous votre passage à travers cette vie
valable, ce qu'il est censé être.

Frank Duff

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