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Hellénisme, hellénisation :

Acculturation et transferts culturels dans le monde hellénistique.

C’est une question difficile, bien qu’elle soit à la base de la définition même de
l’époque hellénistique par Droysen : « hellenismus ». Selon lui, Alexandre avait eu le dessein
de fusionner 2 mondes, l’Orient et le monde grec, et aurait permis la diffusion de la culture
grecque en Orient.
Le terrain de ce débat a été d’abord été occupé par les opposants à cette théorie, comme Claire
Préaux « critique de l’idée de civilisation mixte ».
Puis impacté par le débat sur colonisation et décolonisation, voir notamment l'article de Will
(repris dans Historica Graeco-Hellenistica - Choix d'écrits 1953 - 1993 (1996), édité en
1998) : "Pour une anthropologie coloniale du monde hellénistique, paru en 1985.
Dans les années 1990, à la suite des études anthropologiques menées sur les relations entre
Indiens et Européens dans la région des grands lacs américains, se développe le concept de
"middle ground", à la suite de R. White (Le Middle Ground, Indiens, Empires et Républiques
dans la région des Grands Lacs, 1650-1815, Toulouse, éd. Anacharsis, 2010 – la version
originale en anglais était parue en 1991). Il définit un "entre-deux", entre cultures et entre
peuples.
C'est assez proche du concept développé par plusieurs historiens en France, de "transfert
culturel" : le passage d'un objet culturel (langue, production artistique…) d'un contexte dans
un autre en modifie le sens et on doit donc relativiser la notion de centre et valoriser les
imbrications et les métissages.
Voir notamment :
LEGRAS, Bernard (dir.). Transferts culturels et droits dans le monde grec et hellénistique.
Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2012 (généré le 03 mars 2020).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/psorbonne/9470>. ISBN :
9791035101664. DOI : 10.4000/books.psorbonne.9470.

COUVENHES, Jean-Christophe (dir.) ; LEGRAS, Bernard (dir.). Transferts culturels et


politiques dans le monde hellénistique : Actes de la table ronde sur les identités collectives
(Sorbonne, 7 février 2004). Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2006
(généré le 03 mars 2020).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/psorbonne/33456>. ISBN :
9791035101909. DOI : 10.4000/books.psorbonne.33456.

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A l'inverse, beaucoup de sources antiques, et l'historiographie du XIXe et du début du XXe s.,
insistaient sur la notion d' "hellénisation", comme une forme de "civilisation" qui améliorerait
la vie des peuples conquis (vision coloniale). C'est ainsi que Plutarque, dans son traité Sur la
Fortune ou la Vertu d'Alexandre, I, 328-329, fait d’Alexandre un civilisateur, répandant la
culture grecque en Orient, et mêlant « dans un seul cratère d’amitié les peuples d’Asie et
d’Europe ».

Rappel des deux formules citées dans le premier CM :


Droysen : « L’hellénisme est, en fin de compte, le mélange de l’élément hellénico-
macédonien avec la vie locale et ethnique des autres pays. Or il s’agit de savoir, à ce qu’il
semble, lequel des deux facteurs l’emportera, qui aura la prépondérance définitive. »
Bouché-Leclercq : « si l’empire unitaire d’Alexandre est tombé avec lui, le mouvement
imprimé par lui ne s’est pas arrêté. Les peuples ne retournent point à leurs habitudes
premières : ils sont groupés maintenant en royaumes « hellénistiques », et leur évolution
gravite autour du foyer lumineux de la civilisation jadis grecque, maintenant gréco-
orientale. »
=> il y a "mélange", mais au profit de la culture grecque.

Rappel 2 : L’adjectif « hellénistique » n’existe pas en grec ancien ; seules sont attestées les
formes « hellenizein » et « hellénismos », pour désigner l’adoption, par un non-Grec, de la
langue et des coutumes grecques. Ces termes, ainsi que l’adjectif « hellénistès » sont
employés dans un contexte particulier, qui est celui de l’hellénisation des Juifs : l’adjectif
désigne un Juif qui a adopté la langue et la culture grecques, au détriment de la stricte
observance des lois du judaïsme.

Il faut donc interroger cette notion d'hellénisation, en gardant à l'esprit la complexité des
situations locales, voire individuelles.

Quels sont les indicateurs d'hellénisation que l'on pourrait considérer comme
pertinents ?
- la langue et l'onomastique
- l'adoption des institutions poliades
- des éléments liés à la culture grecque : gymnases, théâtres…

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- l'adoption des divinités grecques (mais il y a des phénomènes d’assimilation avec des
dieux locaux, et c’est parfois très superficiel)

Il n'est, évidemment, pas possible de faire une présentation générale de la question, pour
l’ensemble du monde hellénistique ; on doit plutôt multiplier les exemples, dont le nombre et
la qualité varient aussi d'une région à l'autre, parce que le substrat sur lequel se développent
les royaumes hellénistiques est très divers, et les modes de dominations divers aussi.

Plan du cours :
I. Le rôle des cités, le phénomène de "poliadisation".
A. Un phénomène variable selon les régions.
B. L’exemple des gymnases. La paideia grecque pour tous ?
II. Limites de l’hellénisation : clivages et résistances.
A. Le cas de l'Egypte.
B. Tensions et conflits en Judée.
III. La place des élites indigènes.
A. Les indigènes dans l'administration.
B. L'armée comme vecteur d'assimilation.

I. Le rôle des cités, le phénomène de "poliadisation".


A. Un phénomène variable selon les régions.
En Asie Mineure, le processus d’hellénisation est ancien, et n’a pas été imposé par une
conquête ; c’est le résultat de relations commerciales et culturelles très actives dès la haute
époque archaïque. Mais c'est à l’époque hellénistique que ce processus arrive à son terme en
Carie par exemple : les cités sont totalement hellénisées dans leurs institutions, leur culture et
même leur anthroponymie à la fin du IIe ; idem en Lycie).
En Lydie en revanche c’est moins profond, même si Sardes, la plus grande cité de la région,
et des fondations attalides comme Apollonis (fondée sous Eumène II) et Philadelphia (Attale
II) fonctionnent comme des cités grecques.
Nous avons quelques informations sur le cas de Sardes : elle acquiert le statut de polis en 226
grâce à Attale Ier. Ph. Gauthier (Nouvelles inscriptions de Sardes II, Droz 1989) a suggéré
une hypothèse sur le processus, selon lequel « la communauté, jusque-là informelle, des Grecs

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et des indigènes hellénisés qui vivaient dans la ville de Sardes, se côtoyant au gymnase ou au
théâtre, s’organisa alors, vers 226, en corps politique", et entérine ce nouveau statut par
l'envoi d’une ambassade à Delphes. Selon Ph. Gauthier, le passage dans l'orbite attalide a dû
impliquer le départ des fonctionnaires séleucides, créant une sorte de " vide administratif ",
remplacé par une nouvelle tutelle plus lointaine et plus légère de Pergame, rendant une ré-
organisation de la communauté de Sardes nécessaire : « Sans doute assez nombreux, les
Gréco-Macédoniens et les Sardiens hellénisés choisirent le cadre de la polis, et le firent agréer
par Attale Ier. » Mais les détails nous échappent complètement : comment a-t-on, par ex.,
défini le corps civique ?

Dans le cœur du royaume séleucide, en Syrie du Nord, des cités sont implantées dès le début
de la dynastie, et dotées d’un territoire ce qui a un impact sur toute la région : rôle
fondamental de la Tétrapole = Antioche sur l’Oronte, Séleucie de Piérie, Laodicée sur mer et
Apamée. Mais on ne sait pas quelle est la profondeur de l’hellénisation induite par ce
remodelage du territoire.

L'impression générale est plutôt celle d'une "mosaïque", comme le montre l'ex. de la région
du Pont : on a des cités grecques anciennes sur la rive sud de la Mer Noire (Amisos et Sinope)
+ des fondations des rois du Pont au IIe s. A l’intérieur, on a des villages indigènes, et des
sanctuaires dont les prêtres sont des sortes de petits dynastes locaux, mais il y a aussi une
agglomération importante, Amaseia, hellénisée elle aussi (reliée au port grec d’Amisos), et
qui est la capitale du royaume du Pont.
On retrouve cet aspect "bigarré" des statuts et des formes de communautés dans l'inscription
sur la dôréa de Mnésimachos dans la plaine de Sardes, vue en TD.

=> Le phénomène de "poliadisation", bien que très réel et visible dans nos sources,
n'affecte donc pas toutes les régions et toutes les communautés de la même manière.
2 facteurs (parfois combinés) produisent cette « poliadisation » :
 volonté d’un souverain hellénisé de créer des cités grecques dan son royaume,
avec un gymnase et un théâtre notamment ;
 « osmose culturelle spontanée » (Cl. Vial) cf cas d’Hanisa en Cappadoce, sur
un ancien site hittite, qui acquiert peu à peu le statut de cité sous la dynastie
des Mithridate = à la fin du IIe siècle ou au début du Ier, elle est dotée
d’institutions grecques, de cultes grecs et de tous les éléments d’une culture
grecque.

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B. L’exemple des gymnases. La paideia grecque pour tous ?
Petit à petit, le modèle de la polis grecque déteint donc sur les villes plus anciennes, à la fois
dans le domaine institutionnel, et dans le paysage urbain (construction de gymnases, de
théâtres). À Aï Khanoum, en Bactriane, fondée dans la fin du IVe siècle, on a tous les
ingrédients d’une ville grecque : théâtre, gymnases, bâtiments administratifs…
On constate la présence de gymnases dans toutes les cités et la plupart des villes, et même
dans des petites bourgades en Égypte ; mais sont-ils fréquentés par d’autres que par les Grecs
et, éventuellement, l’élite hellénisée ?
Plusieurs exemples montrent que ces vecteurs de la culture grecque constituent un lieu de
contact entre populations locales et immigrés gréco-macédoniens.

Base de la statue de Diotimos (Sidon, début du IIe s. av. J.-C.)


La cité de Sidon [honore] Diotimos, fils de Dionysios, dikastès (juge),
qui a remporté la course de char aux concours néméens. Timocharis
d'Éleuthernes a fait [la statue]. Le jour où, dans la vallée argolique, tous
les compétiteurs poussèrent en avant leurs rapides chevaux pour le
concours, le peuple de Phoronis t'a décerné un bel honneur, et tu as reçu
la couronne éternellement mémorable. Car le premier des citoyens, tu as
rapporté de l'Hellade la gloire d'une victoire hippique dans la maison
des nobles Agénorides. La sainte cité cadméenne, Thèbes, exulte elle
aussi en voyant sa métropole illustrée par des victoires. Et quant à ton
père, Dionysios, son vœu formé au sujet du concours a été rempli quand
l'Hellade a fait retentir cette clameur : ce n'est pas seulement par les
navires que tu excelles, ô fière Sidon, mais aussi par des chars attelés,
remportant la victoire.

Sur la question du gymnase, et son rôle dans la formation des élites non grecques, cette
inscription de Sidon datant de 200 BC env. (la date du texte est donnée par celle du sculpteur,
crétois, fin IIIe - début IIe) nous éclaire.
Le texte est une épigramme, poème qui respecte ici les loi de l'épinicie, forme littéraire de
l'éloge aux vainqueurs de concours (cf œuvres de Pindare à l'époque classique). Il exploite
aussi, conformément à la tradition, les ressources de la mythologie pour relier Sidon aux
grandes cités grecques de légende : Agénor, 1er roi de Sidon, père de Cadmos, fondateur de
Thèbes, et fils de Phoronis, roi d'Argos. NB : les Argiens gèrent le sanctuaire de Zeus

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Néméen, où Diotimos a été vainqueur. Ces rappels mythologiques sont courants dans les
textes émanant de cités nouvelles, pas seulement à Sidon : cf lien entre Sparte et Juifs (par
Abraham), entre Tyr et Delphes…
D'autre part, le fait même qu'un Sidonien participe aux Jeux néméens montre qu'il est reconnu
comme Grec. D'autres Sidoniens se sont illustrés dans des concours grecs : dès 269, 2 boxeurs
phéniciens dont un Sidonien ont concouru à Délos, et des concours sur le modèle grec sont
attestés en Phénicie même : Olympeia de Tyr en 172, et des concours en l'honneur de
l'Apollon de Delphes à Sidon.
Le texte indique l'existence d'un gymnase à Sidon (mais ce n'est pas archéologiquement
attesté avant le début du Ier s. av. JC), et de concours de type grec. Les institutions liées aux
concours gymniques sont véritablement transférées, implantées en milieu phénicien.
En revanche, le terme de "dikastès", emprunté au vocabulaire institutionnel grec, recouvre un
terme phénicien, celui de "sophet", qui signifie "juge", mais qui a un aspect politique = en
Phénicie, cela désigne celui qui dirige la cité, le chef du peuple, qui n'a rien à voir avec le sens
grec de "dikastès".
Le gymnase et l'éducation qui y est donnée permet à une élite locale de revendiquer son
appartenance au monde grec, et donc de trouver sa place dans le nouvel ordre, et de renforcer
sa légitimité de supériorité sur le monde indigène, dont elle est pourtant issue.
Autre exemple d'hellénisation par la paideia grecque : l'épigramme funéraire de Sophytos,
indigène d’Arachosie, au début du IIe siècle.

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Longtemps la maison de mes aïeux avait été florissante
Quand la violence irrésistible des trois Moires l’anéantit ;
Et moi, tout jeune, privé de la fortune de mes pères,
Moi, Sophytos, - dénuement pitoyable ! – de la race de Naratos,
Ayant cultivé les talents de l’Archer et des Muses
Unis à une noble sagesse, alors je réfléchis
Aux moyens d’élever bien haut un monceau de richesses ;
C’est pourquoi, me livrant au commerce et me rendant dans de
nombreuses villes,
J’ai récolté, sans subir nul dommage, une vaste fortune.
Environné d’éloges, me voilà revenu dans ma patrie après des années
Innombrables, et mon retour fut une joie pour mes amis.
Et tout à la fois la maison de mes pères, qui était délabrée, aussitôt
Je l’ai reconstruite sur nouveaux frais et plus grande qu’avant,
Et, comme leur tombeau gisait écroulé à terre, j’en ai fait faire un autre ;
La stèle, de mon vivant je l’ai placée sur le chemin, pour qu’elle parle.
Voyez comme ils sont dignes d’être imités, ces travaux que j’ai
accomplis :
Puissent mes fils, mes petits-fils conserver la maison qu’ils me doivent !

Acrostiche :
Par les soins de Sophytos, fils de Naratos.

Le texte montre un « vernis culturel » (vocabulaire homérique, formules ampoulées…) qui


permet au personnage de montrer sa réussite.

Point commun à ces phénomènes d'hellénisation par l'éducation : ces élites hellénisées se
trouvent surtout en contexte urbain, même si des petites agglomérations pouvaient disposer
d'un gymnase, en Egypte, notamment. Mais les dotations de terres à des soldats démobilisés
jouent sans doute un rôle dans cette "capillarité" de l'éducation à la grecque.
Dans la région du Fayoum, objet des attentions du pouvoir lagide, et où de nombreux colons
grecs sont présents, des gymnases sont attestés dans les papyrus, notamment dans les archives
de Zénon : à Philadelphie, il verse une contribution importante au gymnase, il est l’ami intime
de son directeur, Déméas, promeut la carrière des jeunes athlètes prometteurs, et « hérite »
aussi, à la mort de Déméas, d’un jeune musicien plutôt exigeant, Héracléotès.
La ville de Philadelphie est un exemple intéressant de cette implantation d'éléments grecs en
milieu égyptien : Apollonios, dioecète de Ptolémée II, et patron de Zénon, y reçoit un
domaine dans le cadre de la mise en valeur de cette oasis par le pouvoir royal. Une vraie petite
ville se construit à l’est du grand canal qui amène l’eau du Nil, avec un plan en damier, et des
maisons en briques crues. Les sanctuaires de Philadelphie sont nommés dans la

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correspondance de Zénon, mais leur emplacement n’est pas connu : ils sont dédiés à des dieux
grecs, comme Zeus, Déméter, les Dioscures ou les dieux de Samothrace, des dieux égyptiens
(le dieu crocodile Souchos, ou Pomrémarès, divinisation d’ Aménemhmat III comme dieu
crocodile, Thouéris, déesse de la fertilité en forme d’hippopotame), ou des divinités
« mixtes » comme Isis et Sarapis. Des temples sont également consacrés au culte royal : un
temple des dieux Adelphes, et un Arsinoeion, sans doute reliés au complexe dédié à Isis et
Sarapis.
Les lettres mentionnent aussi un marché, entouré d’un portique, un théâtre, et le gymnase. Est
également mentionné un « palais royal », qui n’est en fait qu’un bâtiment où séjourne le roi
lorsqu’il est de passage dans la région.
Le premier gymnase mis au jour par l'archéologie dans la région a été découvert il y a 3 ans
par une équipe germano-égyptienne dirigée par la prof. Cornelia Römer. Le site est situé dans
le village de Watfa, au nord-ouest de l'oasis de Fayum, à environ 80 kilomètres au sud-ouest
du Caire. On a identifié une grande salle de réunion, qui était décorée de statues, une salle de
banquet, une cour et une piste de course d'env. 200 m de long (= 1 stade)

II. Limites de l’hellénisation : clivages et résistances.


Dans beaucoup de régions, coexistent des élites hellénisées en partie, et des traditions locales
très vivaces.
En Babylonie, et dans les régions au nord du Golfe Persique, l’hellénisme est présent dans les
cités fondées par les Séleucides (Séleucie du Tigre notamment, qui est une des capitales
séleucides, jusqu’à sa conquête par les Parthes en 141.) Babylone elle-même a subi une
influence de l’hellénisme, elle a un gymnase et un gymnasiarque, encore attestés dans une
inscription de 110/109, mais elle a toujours gardé sa composante mésopotamienne (cultes,
écriture cunéiforme).

A. Le cas de l'Egypte.
Comme dans beaucoup de régions, la masse de la population conserve sa culture propre, sa
langue, sa religion. Mais il y a aussi une forte composante grecque dans la population, et la
réalité est donc complexe.
On perçoit, dans les documents papyrologiques, 2 groupes distincts : les Egyptiens et les
Grecs. Le phénomène d’acculturation semble très superficiel : chacun de ces groupes a sa
langue, sa religion, son mode de vie. On a aussi une distinction des espaces : les Egyptiens
sont surtout des paysans, vivant dans les campagnes, tandis que les Grecs sont plutôt dans les
villes. Les soldats grecs sont dotés de lots de terre (clérouques) et après Raphia, suite à leur

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enrôlement dans l'armée, des indigènes reçoivent aussi des kleroi. Il semble que ces derniers
le cultivent directement, alors que les Grecs qui le faisaient étaient très minoritaires. Ces
derniers résidaient en ville, et percevaient seulement les revenus de leur terre.
Le droit confirme ce cloisonnement : en Egypte coexistent 3 systèmes de droits :
- droit local égyptien (relevant du tribunal des laocrites)
- droit royal (relevant des dikastères)
- droit particulier des cités grecques (Naucratis, Ptolémaïs et Alexandrie)
S'y ajoutent des tribunaux particuliers pour les litiges entre Grecs et Egyptiens
Ptolémée VIII Evergète II émet un décret en 118 : régulation pour déterminer de quel droit on
relève ; c’est fonction de la langue de rédaction du contrat.
Néanmoins, des élites locales se développent, pratiquant parfois une double onomastique (cf.
à Akôris en Moyenne Egypte, à la fin du IIe s., un nommé Dionysios fils de Képhalas, dont le
nom égyptien est Plénis, soldat comme son père avant lui ; cultivateur royal et prêtre d’une
divinité locale, il sait écrire en grec et en démotique. Comme son frère, il se définit comme
« Grec né en Egypte »).
Un fort contraste distingue la capitale royale, Alexandrie (ville grecque), de Memphis, ville
égyptienne au sud du delta, qui devient à partir du IIe siècle la capitale religieuse (lieu des
synodes des prêtres). Le roi y vient pour son couronnement, pour les anniversaires de leur
accession au trône, mais il y fait aussi des visites officielles : cf en 164 la triade Ptolémée VI,
Ptolémée VIII et Cléopâtre II. Un lien est établi entre deux « dynasties » : le roi se fait
couronner à Memphis, le prêtre de Ptah se fait investir par le souverain à Alexandrie.
Dans le sud de l’Egypte, la situation est plus problématique. C’est dans cette région que sont
construits les monuments les plus imposants par les souverains, mais c’est aussi celle où il a le
plus de mal à maintenir son contrôle.
Les Ptolémées on fait de grands travaux de constructions dans de nombreux sanctuaires
(comme le temple d’Horus à Edfou construit dans la 2e moitié du IIIe s., et décoré au IIe s. : le
décor sculpté représente le couronnement de Ptolémée VIII en 130, par les déesses de Haute
et Basse Egypte, Nekhbet et Ouadjet).
La région est souvent en révolte ouverte contre le pouvoir d’Alexandrie et échappe souvent
au contrôle des souverains lagides :
- Grande sécession de la Thébaïde de 206 à 187.
- Nouvelle révolte en 164 (Ptolémée VI prend Panopolis).
- A partir de 130, guerres locales sur fond d’affaiblissement dynastique.
- Révolte de Thèbes en 90.

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Dans le reste du pays (la chôra), le problème du contrôle se pose aussi : Ptolémée V Epiphane
crée en 187 (durant la grande sécession de la Thébaïde + des révoltes dans le delta) la charge
d’épistratège de la chôra, la plus haute charge du royaume. Sous sa responsabilité se trouve un
stratège (puis épistratège) de la Thébaïde.
L'aspect conflictuel des relations entre Egyptiens et souverains grecs est illustré par un texte
« apocalyptique » écrit vers 130 av. J.-C., et conservé dans des papyrus plus tardifs (IIe-IIIe s
ap. J.-C.) : l' Oracle du Potier. Le texte se présente comme la traduction en grec d’un original
égyptien, et fait le récit d’une prophétie faite au roi Aménophis (souverain remontant
probablement au Moyen Empire) : y sont décrits des malheurs futurs de l’Egypte, et le ton est
violemment anti-grec. Les Grecs sont présentés comme des fauteurs de troubles, et qualifiés
de "Typhoniens" = adorateurs de Typhon-Seth, le dieu malfaisant des perturbations. Un roi
venu du Soleil rétablira la prospérité.
Il en est de même pour d’autres peuples, comme les Phéniciens, les Juifs, les Arméniens. Ils
ont été dans la dépendance administrative vis-à-vis du pouvoir royal, et affectés par
l’hellénisme en raison des contacts multiples. Le cas des Juifs est particulièrement intéressant,
puisqu’il témoigne le plus clairement d’une résistance à l’hellénisation par une partie de la
population.

B. Tensions et conflits en Judée.


NB : on reviendra plus en détail sur le cas de cette région en TD.
La Judée est incluse dans la Syrie Creuse, qui fait l’objet des 5 guerres de Syrie entre Lagides
et Séleucides, entre 281 et 198, jusqu’à la conquête par Antiochos III. + une 6e sous
Antiochos IV, entre 172 et 168.
L’autorité des Ptolémées s’exerçait par le biais de gouverneurs militaires, et des revenus
étaient prélevés par Alexandrie. Mais la perception des taxes était souvent déléguée à des
personnages locaux, comme le montre l’exemple des Tobiades (cf texte de Flavius Josèphe,
Antiquités juives, XII, 4, § 160-161 ; 164-165 ; 167-182 ; 184-185, prévu fin mars en TD).
Les bonnes dispositions de Ptolémée II à l’égard des Juifs sont attestées par la traduction en
grec de la Bible (plutôt destinée aux Juifs d’Égypte), mais aussi par des dons au temple de
Jérusalem, et la libération des esclaves contre compensation financière (Lettre d’Aristée 19-
24).
La Judée est soumise à un tribut, mais ses institutions sont préservées.
L’attitude des Juifs envers les Ptolémées, en tant que collectivité, est difficile à percevoir. Un
passage du Livre de Daniel, 11, 14, a été interprété comme le témoignage d’une révolte à
Jérusalem, qui aurait aidé Antiochos III à se saisir de la ville. La seule certitude est en fait ce

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qui est indiqué dans les deux documents retranscrits par Flavius Josèphe, AJ § 138-144 et §
145-147 : les, ou des Juifs de Jérusalem ont aidé Antiochos III à expulser la garnison lagide
de la citadelle (Acra).
Il n’y a pas d’hellénisation forcée, mais les coutumes grecques s’infiltrent parmi les Juifs : il y
a des villes à population mixte (Acco-Ptolémaïs par ex.), des communautés d’expression
grecque, ou mixtes, et des contacts commerciaux et administratifs

Après la conquête par Antiochos III, le nouveau pouvoir montre la même gestion de la région.
Deux documents importants sont retranscrits par Flavius Josèphe, Ant. J. XII, 138-144 et
145-147 :
1) Le premier, parfois qualifié de « charte séleucide de Jérusalem » est une lettre
royale adressée à Ptolémaios, fils de Thraséas, stratège de Syrie et Phénicie.
Antiochos III énumère une série de privilèges accordés aux Juifs en reconnaissance
de leur soutien, en particulier la restauration du Temple.
2) Le second est un édit royal qui reconnaît et renforce les interdits religieux des
Juifs. Il reconnaît la sacralité de Jérusalem et du Temple.
=> La bonne volonté d’Antiochos III se manifeste par 4 séries de mesures : des dons pour la
reconstruction du temple, une reconnaissance des lois ancestrales des Juifs, des exemptions de
taxes, et la libération des Juifs réduits en esclavage.
L’ensemble de ces décisions procède à la fois d’une bonne intention à l’égard des Juifs, dans
le but probablement de conserver leur fidélité, contre de possibles tentatives des Lagides de
reprendre la région, et aussi de la volonté de restaurer l’économie de Jérusalem, ce qui est
utile en termes de fiscalité. Ces mesures sont présentées comme des « récompenses ».
Cet épisode marque le début des bonnes relations entre Antiochos III et le grand prêtre Simon
(la charge reste dans la famille des Oniades, mais la nomination doit être ratifiée par le
souverain), puis entre leurs successeurs, Séleucos IV (187-175) et Onias III. Séleucos IV rend
hommage au temple et finance des cérémonies sacrificielles.
Les tensions commencent à la fin du règne de Séleucos IV et au début de celui d’Antiochos
IV. A l'origine, il s'agit de querelles internes aux élites juives = rivalité entre Onias III et
Simon, le contrôleur du temple. Ce dernier conduit le ministre Héliodore à tenter de se saisir
du trésor du Temple, ce dont il est détourné par des manifestations divines (II Macc, 3, 8-30).
Jason, qui remplace son frère Onias comme grand prêtre, essaie de se rapprocher du nouveau
roi, Antiochos IV, en promettant d’augmenter les revenus des Séleucides, en échange du
soutien du souverain pour l’aider à garder sa charge de grand prêtre. Sa position est en effet
reconnue par le roi : Onias III est le premier grand prêtre jamais déposé. Jason prend le

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contrôle de la situation grâce à l’appui du roi, et suscite une accélération de l’hellénisation de
Jérusalem (il crée un gymnase, un éphébeion, et des « Antiochéens de Jérusalem », qui est soit
un politeuma composé de Juifs hellénisés, soit une refondation de Jérusalem sous le nom du
roi).
=> Question de l’opposition Ioudaïsmos – Hellenismos (les deux mots apparaissent
pour la première fois dans II Macc., mais l’idée est aussi au début de I Macc. (§I, 11-13) :
« en ces jours-là sortirent d’Israël des fils d’iniquité, et ils en séduisirent un grand nombre en
disant : "Allons faire alliance avec les Gentils qui nous entourent… ». Plus loin c’est
Antiochos IV qui est présenté comme l’instigateur d’une hellénisation forcée (ibid, 41-42) :
« le roi envoya par écrit à tout son royaume l’ordre de former, tous, un seul peuple, et
d’abandonner chacun ses propres coutumes. » Mais on ne connaît rien de tel dans le reste du
royaume.
Après la « journée d’Éleusis » (cercle de Popilius) Antiochos IV revient en Judée, et mène
une brutale répression (massacre de 40 000 Juifs selon Macc. II) = manière de régler la guerre
civile, qu’il interprète comme un début de soulèvement. Pourquoi une telle violence dans la
« pacification » ? Il faut supposer une agitation, ou du moins une interprétation par le roi de la
situation comme potentiellement dangereuse pour sa domination dans la région.
Il installe 2 gouverneurs, avec des garnisons sans doute : Philippe à Jérusalem, et Andronicos
au Mont Garizim en Samarie. En 167, il envoie une troupe commandée par Apollonios,
composée de mercenaires de Mysie, qui fait régner une atmosphère de terreur (massacre le
jour du sabbat). Une occupation séleucide permanente s’installa à Jérusalem (garnison sur
l’Acra).
Le roi prend aussi des décisions contre la religion juive : I Macc parle d’une volonté
d’hellénisation forcée dans tout le royaume, mais il est plus probable que l'objectif est de
faire la police entre les Juifs qui s’opposent autour de problèmes religieux. Puisque la religion
est la cause de l’agitation, Antiochos IV s’en prend à la religion (fin 167) : interdiction de tous
les rites juifs (sabbat, fêtes). Les deux principaux sanctuaires juifs sont dédiés à des dieux
païens : le Temple de Jérusalem à Zeus Olympios, et celui du Mont Garizim à Zeus Xénios.
C’est l’ « abomination de la désolation » (décembre 167) = Matthieu 24,15, reprise d’une
prophétie de Daniel 9, 27.
Cela a suscité l’image d’un Antiochos IV promoteur de l’hellénisme pour unifier son royaume
(dans la lignée d’Alexandre). Mais on ne constate pas de conséquences ailleurs, en Babylonie
par exemple. En tout cas ces décisions brutales sont l’élément déclencheur de la révolte des
Maccabées, qui est un peu une révolte contre l’hellénisation, mais surtout contre le pouvoir
séleucide. En 166, Judas Maccabée et ses frères réunissent une armée de 6 000 hommes, qui

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en comptera à la fin plus de 10 000. Les livres des Maccabées insistent sur leur attitude
pieuse, En décembre 165, le Temple est délivré, et consacré à nouveau en 164 (origine de la
fête de Hanoukka), année de la mort d’Antiochos IV.
En 163/2 l’édit de persécution est annulé, mais la guerre reprend. Le stratège Nicanôr est
vaincu et tué, puis en 160, la situation se renverse au profit des Séleucides et Jonathan, frère et
remplaçant de Judas, est contraint de se cacher dans les collines de Judée. Mettant à profit les
querelles dynastiques séleucide (lutte entre Démétrios Ier et Alexandre Balas), il devient
finalement grand prêtre en 152 ; il cumule alors pouvoir politique et pouvoir religieux. Dans
le conflit dynastique qui les oppose, Balas et Démétrios Ier accordent des privilèges à
Jonathan, afin de s’assurer son soutien ; Démétrios exempte les Juifs de taxes et de tribut,
accorde le droit d’asile au Temple, et garantit le respect de la Torah, mais ils soutiennent
Balas.
Jonathan est assassiné en 143, et remplacé par son frère Simon, qui obtient de Démétrios Ier
la charge de grand prêtre, et celle de stratège et ethnarque des Juifs ; le roi en fait un de ses
amis, moyennant quoi Simon reconnaît la souveraineté séleucide, mais c’est déjà presque une
fiction, comme en témoigne l'expulsion de la garnison séleucide de l’Acra, la citadelle de
Jérusalem.
C'est le début d'un Etat autonome, grandement favorisée par la crise de la royauté séleucide :
le petit-fils de Simon, Aristobule prend le titre royal en 104. L’État hasmonéen dure jusqu'à la
conquête de la région par Pompée en 63.

Les divisions entre Juifs de Judée sont de plusieurs natures, se combinent et augmentent les
tensions à la fois avec le pouvoir royal, et entre les différents groupes socio-économiques :
modernes / traditionalistes en matière de religion ; pro-Ptolémées / pro-Séleucides ; milieu
aristocratique et sacerdotal / reste de la société ; populations urbaines plus hellénisées /
population rurales plus traditionalistes…
Le cas judéen montre qu'il y a souvent dans ces "tensions" apparemment ethnico-culturelles
d'autres aspects, en particulier une composante économique, qui s'exprime dans la réaction à
la pression fiscale (cf. cas de fuites de paysans égyptiens), et la question de la répartition des
terres entre indigènes et immigrés, qui génère des inégalités économiques.

III. La place des élites indigènes.


A. Les indigènes dans l'administration.
L'étude des "amis" des rois par I. Savalli-Lestrade a apporté des informations intéressantes sur
la composition de ce groupe.

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Noter que c’est le cas de l’Egypte qui est le mieux documenté grâce aux papyrus.
Il y a dès Ptolémée Ier des Egyptiens parmi les officiers de haut rang et les membres de
l’administration. Ils sont majoritairement issus de la caste sacerdotale. Ex de Manéthon,
conseiller de Ptolémée Ier. Les rois ont recours à des experts dans le domaine du droit, de la
religion. Ils ne portent pas le titre de philoi, mais ils sont proches du souverain, et intégrés à la
vie de la cour.
Ex. d'Apollonios et de Zénon, tous deux originaires de Carie : le premier est ministre des
finances de Ptolémée II, et reçoit un domaine dans le Fayoum. Le second, secrétaire du
précédent, accompagne et assiste Apollonios dans ses fonctions, et acquiert aussi des
richesses personnelles. En 248, lorsqu'il quitte le service d’Apollonios, avant d’avoir atteint la
quarantaine, il se consacre entièrement à ses propres affaires, en association avec son jeune
frère. Il investit l’argent qu’il a gagné pendant la période précédente dans le fermage d’impôt
et le prêt à intérêt.
Il y a aussi des officiers égyptiens dans l’armée dès le règne de Ptolémée Ier.
=> Les hommes qui se sont ralliés au nouveau pouvoir sont utiles au roi, car ils ont des
compétences dans le domaine militaire, le domaine religieux, et il y a aussi des personnages
compétents sur le plan du droit, ou de la médecine. Ils semblent majoritairement originaires
du delta, et de Memphis (où se trouve la capitale de la satrapie jusqu’en 313 ou 311)
Ex de Juifs ralliés aux Lagides : Joseph le Tobiade sous Ptolémée V ; Dôsithéos fils de
Dimylos, grand archiviste de Ptolémée III, prêtre éponyme d’Alexandre et des Ptolémées en
223/2, que III Macc. décrit comme « un Juif de naissance qui, par la suite, changea de
coutumes et s’écarta des doctrines de ses pères » (1, 3).
Cas intéressant : la Bible des Septante, traduction de l’enseignement de Moïse, commandée
par Ptolémée II. L'histoire est racontée dans la Lettre d’Aristée à Philocrate. Cette initiative a
suscité plusieurs hypothèses d'explications : ou bien simple volonté de collationner le savoir
pour la bibliothèque, ou bien traduction destinée aux Juifs d’Alexandrie, hellénisés et
désormais incapable de comprendre l’hébreu, ou bien volonté du roi de comprendre le droit à
appliquer aux Juifs dans son royaume.

B. L'armée comme vecteur d'assimilation.


Un cas illustrant cet aspect en Egypte: la famille de Dryton, à partir d’un dossier
papyrologique (archives familiales, produites entre 174 et 94 av. J.-C., 51 papyrus et 8
ostraka, en grec et en démotique) :
Après la mort de Dryton, autour de 126, les archives passent à sa fille aînée, Apollonia,
mariée à un certain Kaies. Dryton était originaire de Crète, et devenu citoyen de Ptolémaïs.

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Installé à Pathyris, une quarantaine de km au sud de Thèbes (dans les années 160, Ptolémée
VI y a installé une forte garnison militaire, qui est détruit par les forces rebelles en 88 BC ;
plusieurs centaines de papyrus liés à ces soldats ont été retrouvés).
En 150 BC, il se remarie avec la fille d’un de ses collègues militaires, originaire de
Cyrénaïque et très égyptianisé. La jeune fille se nomme Apollonia en grec, et Senmonthis en
égyptien. Leur propre fille aînée, qui hérite d’une grande partie des archives, a un double nom
aussi : Apollonia comme sa mère, ellepoorte aussi le nom égyptien de Senmouthis
La 2e épouse de Dryton, Apollonia I, d’origine cyrénéenne, a sans doute vu dans ce mariage
avec un officier crétois d’origine une occasion de se présenter comme grecque. Elle dispose
de ses propres biens, hérités de son père probablement. Elle bénéficie dans ses affaires du
soutien de son mari, et se présente comme grecque dans ses contrats de prêts, et dans ses
plaintes auprès de l’administration grecque.
L’essentiel des papiers concerne des prêts, à la fois des contrats pour les grosses sommes
passés devant des notaires grecs ou égyptiens, et de simples reconnaissances de dettes pour les
petites sommes. Il n'y a pas de titres de propriétés, contrairement à la majorité des autres
archives de Pathyris. Mais un aspect est particulièrement intéressant : on a 3 testaments faits
par Dryton (on n’en connaît que 11 pour la période ptolémaïque), et trois accords de divorce.
Et des pétitions (plaintes), expédiées à l'administration par tous les membres de la famille
(enteuxeis)
Les archives des familles de Pathyris sont à la fois en grec et en démotique. Mais tandis que
les autres familles suivent les coutumes égyptiennes et utilisent le démotique pour les
documents privés, Dryton et Apollonia vivent selon la législation grecque, comme le montrent
les 3 testaments de Dryton, en accord avec le droit grec.
Les 5 filles de Dryton et Apollonia changent de monde : elles se marient avec des Egyptiens,
et suivent pour leurs mariages et leurs divorces les réglementations égyptiennes. Et surtout,
leurs enfants portent tous des noms égyptiens.

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La notion d'hellénisme < "hellénizein", vivre à la grecque, mais l'hellénisation est un concept
"mou".
L'idée d'une volonté des pouvoirs royaux de faire vivre à la grecque les peuples conquis n’est
pas pertinente : il n’y a pas de « programme » de ce type chez les souverains hellénistiques.
Qu'en est-il de la volonté des individus vivant dans les royaumes de vivre à la grecque ? On
voit que c'est vrai pour certaines élites indigènes, qui espèrent obtenir ou garder des positions

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dominantes en se rapprochant du pouvoir. Mais il y a aussi des phénomènes de rejet par
d’autres.
Il faut aussi ajouter que l'hellénisme atteint aussi des régions "périphériques", aux limites
extrêmes des royaumes, ou même en dehors des régions conquises (ex. des royaumes "indo-
grecs").

Statue de Bouddha vêtue d’un manteau de style grec, originaire du Gandhâra (Musée Guimet)

Chapiteau au bouddha (Gandhâra) (Musée Guimet)

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