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on pense à George Floyd et sa famille, dit-elle. Ce


procès a fait resurgir beaucoup de traumatismes au
A Minneapolis, «ce verdict est une
sein de la communauté noire. J’ai l’impression que
première étape» contre les policiers c’est la première fois que je peux souffler depuis bien
racistes longtemps. »
PAR ALEXIS BUISSON
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 21 AVRIL 2021 Niché dans un quartier résidentiel de petites maisons
avec jardins décorées de pancartes « Black Lives
Matter » (« la vie des Noirs compte »), le carrefour
d’East 38th Street et Chicago est devenu l’épicentre
du nouveau mouvement antiraciste qui a balayé les
États-Unis dans le sillage de la mort de George Floyd.
Après la tragédie, il a été transformé en « George
Floyd Square » avec, en guise de pièce centrale, un
énorme poing serré entouré de portraits de victimes
A George Floyd Square, Minneapolis, mardi 20 avril © AB / Mediapart de brutalités policières. Le trottoir devant Cup Foods,
Après la reconnaissance, mardi, de la culpabilité de le magasin alimentaire devant lequel George Floyd
l’agent de police blanc Derek Chauvin dans la mort de a été tué, est devenu un mémorial à ciel ouvert,
George Floyd, les militants de Black Lives Matter à avec bouquets de fleurs, bougies et messages divers
Minneapolis, épicentre de la lutte contre les violences disposés çà et là.
policières, appellent à maintenir la pression.
En face, sur une station-service abandonnée, la phrase
Minneapolis (États-Unis).– Au coin d’East 38th « là où il y a le peuple, il y a du pouvoir» a été inscrite.
Street et de Chicago Avenue, à Minneapolis, des La zone est protégée par des barrières et des blocs
centaines de personnes sont rassemblées, ce mardi 20 de béton. Selon le point d’entrée, un écriteau nous
avril, pour se souvenir de George Floyd. C’est là, le souhaite la bienvenue dans « l’État libre de George
25 mai 2020, que ce quadragénaire afro-américain a Floyd », un autre demande aux « personnes blanches »
trouvé la mort, son cou pressé par le genou de l’agent de « se décentrer » et leur rappelle qu’elles viennent
de police blanc Derek Chauvin. pour « soutenir et non être soutenues ».
Quelques minutes avant que la foule ne commence
à se réunir en masse à ce carrefour fermé à la
circulation, l’ex-policier a été reconnu coupable par un
jury populaire des trois chefs d’inculpation (meurtre,
homicide involontaire et violences volontaires) qui
pesaient sur lui. Annoncé depuis la grande tour du
palais de justice du comté de Hennepin, à quelques
kilomètres de là, le verdict est tombé après dix petites
A «George Floyd Square», Minneapolis, mardi 20 avril © AB / Mediapart
heures de délibération, au terme de trois semaines d’un
procès très médiatique suivi de près dans une ville Ce mardi, la foule multiraciale, multiconfessionnelle
encore sous le coup de l’émotion. et multigénérationnelle qui s’y rassemble est à l’image
Pour Lavasin McMillion, une Afro-Américaine qui a de l’Amérique qui a défilé pendant l’été pour réclamer
grandi à un pâté de maisons du carrefour où George la fin du racisme systémique et de la violence policière
Floyd est mort, cette décision est «historique ». « contre les minorités racisées. On y croise aussi bien des
Je suis très heureuse pour notre ville et notre État. couples bi-raciaux que des groupes d’amis de couleurs
C’est un moment de fête, mais aussi de tristesse quand

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de peaux différentes, des seniors et des jeunes filles combat. Après Derek Chauvin, le procès de ses trois
voilées, des Blancs contre le suprémacisme blanc ou collègues, présents au moment de l’interpellation de
des jeunes Noirs fiers de leurs racines… George Floyd, débutera fin août. Les militants contre
Andrea, une résidente hispanique, admet avoir les violences policières veulent également obtenir la
« pleuré » en entendant la lecture du verdict. « Je ne condamnation de Kim Potter, l’agente accusée d’avoir
voulais pas être seule aujourd’hui, confie-t-elle. Nous tué Daunte Wright. Au-delà, c’est la police dans son
avons besoin de la police mais nous voulons qu’elle ensemble qu’ils veulent réformer.
arrête de tuer des Noirs ou des Latinos !» À Minneapolis, pourtant considérée comme un bastion
Comme les autres habitants de Minneapolis, théâtre progressiste, 92 % des agents qui travaillent en ville
d’émeutes et de violences l’été dernier, elle attendait n’y habitent pas, l’un des taux les plus élevés du
l’annonce du verdict avec une certaine inquiétude. Le pays, et la police municipale avait en 2020 un budget
centre-ville, où se trouve le palais de justice, était six fois plus grand que les services de santé. Si le
largement désert mardi et de nombreux commerces conseil municipal a voté l’an dernier pour remplacer
s’étaient barricadés en prévision de pillages. La sa police par un autre système, ce projet ambitieux a
tension s’est accentuée à la mi-avril avec la mort de pris du retard et le maire démocrate, Jacob Frey, est
Daunte Wright, un Afro-Américain de 20 ans, tué par allé jusqu’à demander des crédits supplémentaires en
une policière qui affirme avoir confondu son Taser et réponse à la hausse de la criminalité.
son arme à feu. Cette nouvelle tragédie, en banlieue «Nous devons continuer à nous battre. Ce verdict n’est
de Minneapolis, a donné lieu à des confrontations qu’une première étape sur le chemin vers l’égalité
violentes entre manifestants et forces de l’ordre. « réelle. Il n’y aura pas de justice tant qu’il y aura
Avec cette affaire, nous sommes devenus une zone du racisme dans le domaine de l’éducation, de la
d’occupation militaire », reprend Andrea. santé, de l’emploi, observe Shelia King, une Afro-
En fin d'après-midi, une pasteure locale se saisit d’un Américaine née à Minneapolis. Jusqu’à présent, les
micro pour donner le coup d’envoi d’une «veillée agents de police étaient rarement condamnés pour
multiconfessionnelle». Certes, il faut fêter le verdict, leurs actions. Ils pouvaient nous faire du mal sans se
déclare un intervenant, mais il faut aussi continuer le soucier des conséquences. Maintenant, le vent tourne.
Nous n’en sommes qu’au début. »

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