Vous êtes sur la page 1sur 4

Étude l’impact socio-économique du coronavirus

Cas du Gabon

Termes de référence

1. Contexte et Justification

Depuis 2010, le Gabon cherche de passer d’un modèle de développement basé sur
l’économie pétrolière à celui reposant sur l’économie verte. Cette stratégie, dont le
financement reposait en partie sur le recyclage du surplus des revenus pétroliers, a
été perturbée à partir de 2015/2014 pour la baisse de plus de 50% des prix du pétrole.
Lors des cinq dernières années, le pays a dû faire d’importants efforts pour restaurer
son cadre macro-économique. La pandémie du coronavirus et ses implications, en
particulier, la baisse des prix du pétrole, risque de remettre en cause tous les efforts
consentis et ralentir l’émergence d’une économie verte respectueuse des principes du
développement durable. Dans ce contexte, au-delà du nombre des personnes
contaminées (33 testés positivement à date avec 1 décès), des incertitudes demeurent
sur (i) la durée effective de la crise sanitaire, (ii) l’ampleur de la crise économico-
financière qui en résulte, (iii) la capacité de réaction de l’économie après la fin de la
crise et sa trajectoire éventuelle, et (iv) les modalités de calibrage des politiques
publiques à court et à moyen terme pour assurer leur efficacité optimale.

2. Problématiques à envisager

Le succès des efforts visant à contenir le virus et à atténuer ses effets dépend d'un
certain nombre de facteurs. Au regard de la capacité limitée du système de santé, en
termes de gestion de pandémies et d’unités de soins intensif, il est important dans un
premier temps de se focaliser sur les mécanismes à mettre en place pour lutter
efficacement contre le virus. Ce qui pose la problématique de la gestion de l’information
pour anticiper les mesures à prendre sur la base de paramètres non encore totalement
maîtrisés (étendue des cas non détectés liés aux malades asymptotiques et au manque
de tests, durée de la période d'incubation, immunité post-rétablissement, saisonnalité
du virus…). A cela s’ajoutent d’autres aspects pouvant réduire l’efficacité des mesures
de prévention ; c’est notamment le cas du lavage régulier des mains avec du savon
dans les quartiers affectés par le manque d’eau, notamment ceux dits sous intégrés.
Tous ces éléments ont conduit le gouvernement à décréter l’isolement pour se
prémunir de toute propagation du virus. S’il est envisagé des mesures d’isolement des
externalités positives sur le plan sanitaire, les externalités négatives sur le plan
économique pourraient être importantes car le travail à domicile (dans les
secteurs/métiers où c’est possible) n’est pas facilité par l’accès limité à l’internet dans
les maisons, notamment l’internet à haut débit.

La prise en compte de ces problématiques passe par des réponses sanitaires en termes
de test (qui, comment et où), d’offre de soins pour maîtriser la propagation de la
maladie et prévenir de futures crises sanitaires (identiques, similaires ou différentes).
Ce qui conduit à s’interroger sur la marge de manœuvre pour augmenter dans le court
terme les dépenses publiques de santé et les conséquences sur la soutenabilité du
cadre macro-économique, ou à défaut financer ces dépenses supplémentaires par des
baisses (ou reports) de dépenses dans d’autres secteurs prioritaires ou dans des
investissements publics nécessaires à la croissance à moyen terme du Gabon.

Une autre interrogation porte sur la réaction de l’économie nationale confrontée à un


choc d’offre qui s’accompagne progressivement avec un choc de demande au niveau
mondial (baisse de la demande, dysfonctionnements dans les chaînes logistiques,

1
hausse des primes de risque…). En effet, en dépit de la volonté des Autorités
nationales, via le PSGE, de passer d’une économie basée sur l’exploitation des
ressources minières (pétrole, manganèse) à une économie verte, le poids du secteur
pétrolier (45% du PIB, 80% des exportations, 60% des recettes fiscales) demeure
encore important et sera le premier acteur touché par le fort recul actuellement
enregistré sur le marché mondial de pétrole. Les finances publiques vont fortement
ressentir ce choc car la loi des finances de 2020 a été préparé sur la base d’un prix du
pétrole de 57$ alors que les cours actuels varient entre 20 et 30$. Cette situation
difficile du secteur pétrolier et des finances publiques se feront ressentir dans le secteur
non pétrolier par effet de contagion; c’est notamment le cas des services fortement
dépendant de la demande des entreprises pétrolières et du programme des
investissements publics. En outre, le secteur non pétrolier pourrait pâtir de toute
amplification du volume de prêts non performants avec comme conséquence une
révision à la baisse des concours du système bancaire à l’économie. De manière
générale, l’économie gabonaise est tributaire du cycle du commerce mondial avec une
forte dépendance des exportations à la demande de la Chine (62% des exportations)
et de l’Europe, zones économiques dont l’indice de la production industrielle a baissé
de plus de 30% entre février et mars 2020. Cette situation rend particulièrement
vulnérable l’économie gabonaise à ce choc dont l’impact pourrait prendre de l’ampleur
si la crise perdure au niveau de ses partenaires commerciaux. L’économie gabonaise
pourrait aussi subir les conséquences des mesures prises (restriction des déplacements
ou éventuel confinement) pour faire face à l’évolution de la courbe épidémiologique,
situation qui oblige beaucoup d’entreprises à ne pas tourner à pleine capacité. Ce
ralentissement économique risque d’être amplifié par le recul de la consommation des
ménages du fait de l’isolement et de la baisse de leur revenus (chômage technique,
perte d’emplois, gel des activités du secteur informel…). Enfin, plus la crise perdure,
plus sera élevée la probabilité de réduction des investissements du secteur privé, y
compris les investissements directs étrangers.

Une dernière interrogation porte sur les conséquences sociales de cette pandémie, y
compris sur la cohésion sociale dont la solidité en termes de valeurs africaines sera
testée. En effet, même si le Gabon est un pays à revenu intermédiaire et faiblement
peuplé, la situation sociale reste encore caractérisée par une pauvreté relativement
forte (plus de 30% de la population sous le seuil de pauvreté) et des inégalités de
revenus et d’accès aux services sociaux de base ; en outre, une partie de de la
population tire quotidiennement ses revenus du secteur informel. Bien que le Gabon
dispose d’un système de protection sociale meilleur que celui de la plupart des pays
de l’Afrique au Sud du Sahara, son efficacité dans la situation actuelle dépend de la
capacité du Gouvernement à sécuriser ce type de dépenses sociales, voire en faire
bénéficier à de nouvelles catégories de population affectées par les conséquences de
la crise sanitaire. En outre, les mesures d’isolement (fermetures des écoles et des
activités économiques non essentielles du secteur privé, fermeture des frontières, arrêt
des déplacements interurbains…) ont des conséquences sur la disponibilité des biens
et services, en particulier l’approvisionnement en produits alimentaires, ainsi que celle
des services publics. Leur maintien sur une longue durée pourrait conduire à des
tensions inflationnistes à court terme et affecter la croissance potentielle à long terme
(cas du capital humain en cas de longue fermeture du système éducatif, sous-
investissement dans les infrastructures…).

Une bonne prise en charge de toutes ces problématiques, en particulier via des
mesures de protection sociale, est importante avec les mesures d’isolement déjà
prises ; elle le sera encore plus dans l’hypothèse de mesures de confinement total.
Enfin, il conviendra de s’interroger sur l’impact des coûts directs et indirects de ces
dépenses humanitaires et d'urgence sur les perspectives de développement à long
terme du Gabon et la réalisation des Objectifs de Développement Durable.

2
Ainsi, la pandémie du coronavirus pose des problématiques de nature multi-
dimensionnelle qui nécessitent des réponses intégrées impliquant plusieurs acteurs
(public, privé, société civile…). La determination de ces réponses structurelles
nécessite de mener une analyse de l’impact socio-économique qui n’occulte pas les
implications sur les plans de la gouvernance, y compris, l’organisation de la gestion de
crise, la sécurité et la cohésion sociale et l’intégration sous-régionale (réponses
communes et concertées, prise en charge des espaces transfrontaliers…). Cette
analyse devra aussi étudier les opportunités et défis liés à la complexité de la pandémie
en vue de mieux orienter les futures politiques publiques. Pour le PNUD, cette analyse
sera l’occasion de réévaluer les modalités de ses interventions au sein de l’Equipe de
pays des Nations Unies en vue de contribuer au renforcement de la résilience de la
Société gabonaise.

3. Objectifs de l'étude

À ce stade, il est difficile d'entreprendre une évaluation complète de l'impact socio-


économique du COVID-19 au Gabon car des incertitudes pèsent encore sur plusieurs
paramètres aussi bien sur le plan international que national (intensité, complexité de
la pandémie, courbe épidémiologique au plan national). Toutefois, une évaluation
rapide et évolutive dans le temps permettra d’avoir des repères sur les tendances,
notamment sur le secteur pétrolier, et les répercussions de la crise sur le reste de
l’économie (choc d’offre, choc de demande). A cet effet, l'étude se penchera sur les
effets de la pandémie sur des secteurs économiques critiques pour le Gabon (pétrole,
mines, foresterie, industrie, transports, commerce) et les secteurs sociaux (éducation,
santé, genre, cohésion sociale).

Sur cette base, l'objectif global de l’étude sera d'examiner les facteurs de la pandémie
du coronavirus (COVID-19) et ses impacts socio-économiques et sociaux, avec un
accent particulier sur la réalisation des ODD au Gabon.

Les objectifs spécifiques comprennent, entre autres :

• Identifier l'ampleur et les dimensions du COVID-19 au Gabon ainsi que les


facteurs explicatifs de la courbe épidémiologique, avec un accent particulier sur
les catégories de populations directement touchées par la maladie.
• Évaluer les impacts économiques à court terme sur la base d’une collecte rapide
de données, avec un accent particulier sur la baisse des prix du pétrole.
• Évaluer les impacts économiques à moyen terme, avec un accent particulier sur
les secteurs stratégiques de l’économie gabonaise en utilisant un modèle
d’Equilibre Générale Calculable.
• Examiner, dans ce cadre, l'impact social du COVID-19, y compris l’emploi, la
productivité et les revenus, les moyens d'existence durables des communautés
les plus défavorisées (urbains et ruraux) et le genre.
• Analyser les implications sur la gouvernance, y compris, l’organisation de la
gestion de crise et la cohésion sociale.
• Analyser les conséquences du COVID-19 sur les interventions programmatiques
de l’Equipe de pays des Nations Unies au Gabon, en particulier le PNUD, y
compris les ajustements à mener pour accompagner le pays dans sa stratégie
de réponse à court et moyen terme.
• Faire les recommandations appropriées (analyse des risques, politiques
publiques, coordination des réponses) pour renforcer la résilience du Gabon
face au COVID-19 ou à de futurs chocs de nature similaire.

4. Livrables

3
Sous la supervision du Représentant Résident du PNUD, assisté par le Conseiller
Économique, deux consultants nationaux (1 sénior-économiste et 1 spécialiste en
modélisation) seront recrutés pour mener l’étude. Ils auront à :

• Fournir la méthodologie succincte et les grandes lignes du rapport.


• Rédiger le draft de rapport complet couvrant les différents objectifs énumérés
ci-dessus.
• Incorporer les commentaires et présenter un projet de rapport final qui sera
examiné lors d'une session de validation avec les principales parties prenantes.
• Soumettre un rapport final (45 pages maximum) incorporant les commentaires
de la session de validation.
• Produire un « Policy Brief » (max 3-5 pages) à l’attention des décideurs.

5. Durée

La durée de l’étude sera de trois mois.

6. Compétences

• Expérience pertinente en matière de développement économique et social.


• Capacité à interagir avec les hauts fonctionnaires du Gouvernement, les
donateurs, les OSC.
• Capacité à présenter des positions cohérentes et convaincantes par écrit et
oralement.
• Conduite de travaux similaires par le passé.
• Capacité à travailler sous pression et en équipe ainsi qu’à s'adapter au
changement.

7. Éducation et expérience

• Diplôme universitaire supérieur en économie du développement ou


qualifications équivalentes.
• Minimum de dix ans d'expérience professionnelle dans les domaines de
l’économie du développement, en particulier l'analyse des politiques de
développement pour le sénior économiste.
• Minimum de cinq ans d'expérience professionnelle dans les domaines de
l’économie du développement, avec une expérience dans l’utilisation d’outils de
simulation socio-économique pour le spécialiste en modélisation.
• Bonnes connaissances des outils d’analyse quantitative et d'analyse des
données.
• Excellentes compétences en communication écrite et orale en français.