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Université Mohammed V - Agdal

Faculté des Lettres


Etudes françaises
Renouvellement des fores romanesques
Semestre 6
M. Youssef Wahboun

Le personnage
Si, au théâtre, la présence de l’acteur rend difficile l’identification du
spectateur au personnage, celle-ci fonctionne totalement dans le cas du
personnage de roman. C’est encore plus vrai dans l’œuvre de romanciers qui ont
élaboré un véritable système des personnages, où ceux-ci réapparaissent d’un
roman à l’autre (Balzac, Zola, Proust).

I- Les caractéristiques des personnages

1- Qu’est-ce qu’un personnage ?


Pour avoir droit au titre de « personnage », il faut au moins une description
physique, même très sommaire, ou un rôle narratif important, ou une
intervention à plusieurs reprises dans le cours du récit. Le personnage peut
parfois être réduit volontairement à une simple silhouette, à un individu aux
contours flous que les autres personnages croisent et dont ils se souviennent
vaguement.

2- Types et modèles
Dans le roman réaliste, le personnage est construit autour de types qui
conditionnent son élaboration : le héros courageux, le serviteur débrouillard, la
belle jeune femme à délivrer ou à conquérir, la brute sanguinaire.

Le type peut parfois devenir symbole. Certains personnages peuvent n’être


que des porte-parole d’une idée que le romancier veut exprimer. Dans la
Comédie humaine de Balzac, le brigand, l’artiste, l’homme de science incarnent
la même passion de l’absolu, la même volonté de puissance.

3- L’élaboration du personnage
Le romancier apporte souvent un soin particulier à l’onomastique1.
Inventeur la plupart du temps (sauf dans le roman historique) du nom de ses
personnages, il peut accorder à ce nom un sens particulier. Dans les Faux-
monnayeurs d’André Gide, par exemple, Passavant est un écrivain prétentieux et
Profitendieu un bourgeois dont la pratique religieuse n’a rien de sincère. Le nom
des personnages est un espace de jeu pour le romancier.
1
Etude des noms de personnages
Le corps est en général la première chose qu’un personnage connaît des
autres personnages. Avec Balzac, le personnage est perçu comme un être de
chair et de sang. Selon le principe de la physiognomonie2, le corps du
personnage balzacien révèle sa psychologie. Par exemple : le front large et haut
est signe d’une intense activité créatrice.

II- Qui fait quoi ? Le schéma actanciel

Le personnage est inséparable des actions qu’il commet et des situations


dans lesquelles le romancier nous le présente. Le schéma actanciel nous
présente le type de relations et d’interactions entre les différents personnages.
Ceux-ci (ou actants), au nombre de six, peuvent être regroupés par paires :
sujet / objet, destinateur / destinataire, adjuvant / opposant.

III- Du héros à l’anti-héros

La question du héros renvoie à l’importance hiérarchique du personnage,


c’est-à-dire au rang qu’il occupe au sein du personnel romanesque. Cinq
marques caractéristiques du héros peuvent être relevées

1- La fréquence élevée de ses apparitions dans le récit


2- Le fait qu’il commet des actions décisives
3- Son indépendance sociale et psychologique
4- La « pré-désignation conventionnelle » (Philippe Hamon) : le héros se
signale par des traits conventionnels au début du récit
5- Les intrusions d’auteur : Stendhal y a souvent recours. Exemple :
« Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment »
(la Chartreuse de Parme)

Dans le roman antique et médiéval et jusqu’au roman héroïque du 17 ème


siècle, le héros est un être invincible, qui renverse les obstacles et remporte
avec succès les épreuves. A partir du roman bourgeois du 18ème siècle, le héros
devient un homme du commun. Avec le roman de la première moitié du 19 ème
siècle (Stendhal), on s’achemine vers la constitution moderne de l’anti-héros.
Chez Flaubert, le héros est un désenchanté, taraudé par la désillusion et la
lassitude, un héros tragique, qui passe à côté de l’histoire au lieu d’y prendre
part. Le roman du 20ème siècle poursuivra dans cette voie d’un héroïsme de la
défaite. Le héros y est souvent un looser.

2
Science qui consiste à tracer le caractère d’un individu en fonction de son corps et particulièrement
de son visage.