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Littérature féminine au Maroc

Table des matières

I-Littérature féminine au Maghreb 2

a-Un grand aperçu panoramique1 5

II-Siham Benchekroun 5

A-L’écriture féministe de l’engagement 6

B-Présentation générale du Recueil de Nouvelle………………………………………………7

c-Extrait et commentaire 9

Conclusion……………………………………………………………………………………………………10

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Intervention des grandes autres auteures pas nécessairement du Maroc mais en plus de la Tunisie et de
l’Algérie, eux aussi participe à la même occasion à partager les différentes thèmes de la littérature féminine.
C’est pourquoi le fameux procédé « écriture intertextuelle » s’impose d’avantage à notre étude ou de ce qu’on
pourrait dénommer la « rémanence ». C’est-à-dire, derrière les pensées de Benchekroun émergent des idées
proustiennes ou djebariennes sans qu’elle le sache à son tour.

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Littérature marocaine francophone au féminin

Un grand aperçu panoramique

Cette intervention a un propos très simple, celui de présenter des textes en


français de romancières marocaines, suivant un axe thématique. Ces textes
évoquent tous l’amour et le rapport homme/femme (de la passion illégitime au
mariage arrangé), opposant parfois ce rapport amoureux ou social à
l’autonomie de l’individu-femme. L’autre thème récurrent, qui apparait dans
ces textes choisis, est le sentiment de non-appartenance à la communauté, ou
le déracinement, provoqué parfois par l’émigration, qui fait surgir l’envie de
fuir ou même de se donner la mort. On essaiera d’analyser les images de la
féminité que ces textes présentent : On évoquera ainsi Bouthaina Azami Tawil,
Rajae Benchamsi, Halima Ben Haddou, Fatiha Boucetta, Nouzha Fassi, Leila
Houari et Fatima Mernissi (bien que le roman de cette dernière n’ait pas été
écrit en français), auteures qui appartiennent à des générations diverses et
dont la thématique et le style sont bien différents. On ne prétends donc pas
caractériser une « écriture féminine » qui enfermerait ces écrivaines dans une
sorte de ghetto littéraire : on est convaincu cependant qu’elles développent de
préférence des sujets comme ceux mentionnés plus haut, et surtout qu’elles
partagent des préoccupations en rapport avec le conflit entre tradition et
modernité, la division sexuée de l’espace, les relations entre hommes et
femmes et la préservation de la mémoire, entre autres. Mais on s’intéressera
aussi aux « formes textuelles privilégiées par les romancières marocaines »,
afin de voir s’il y des formes ou des structures communes à ces romans, dont la
spécificité pourrait être celle d’une « écriture au féminin » au Maroc. Jean
Déjeux, un des historiens les plus reconnus de la littérature maghrébine
francophone, a établi en 1994 que la « littérature marocaine est plus
importante en arabe qu’en français ». Mais la littérature francophone est
moins « importante » dans le sens quantitatif seulement, puisqu’elle inclut les
auteurs très marquants et prestigieux dans la littérature maghrébine comme
Driss Chraibi, Abdelkébir Khatibi ou Tahar Ben Jelloun, sans oublier ceux de la
communauté juive, comme la pionnière Elisa Chimenti qui a publié son premier
recueil de contes en1935. Quant aux femmes, laissant de côté Chimenti qui
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reste un cas particulier, elles se sont exprimées un peu plus tard que ces
contemporains masculins par l’écriture en français : les Marocaines
commencent à écrire en cette langue surtout à partir des années 1980. Déjeux
compte seulement quinze écrivaines en 1992, dont dix romancières. J’en ai
choisi sept, dont trois ne sont pas mentionnées par l’historien puisqu’elles ont
commencé à publier après 1992. On va parcourir leurs œuvres par ordre de
parution, en essayant d’y voir les points communs ou les oppositions.

La première est Halima Ben Haddou, auteure d’un seul roman, au titre
explicite : Aicha la Rebelle, publié il y a déjà vingt ans et un an. Ce texte est
d’une facture « classique », et même un peu anachronique, dans le sens qu’il
suit les modèles « scolaires » du roman réaliste français du XIXème siècle,
comme le font d’autres écrivaines maghrébines, tel que l’a souligné Christiane
Achour (1991). Mais le cas de Ben Haddou est spécial, et même héroïque,
puisqu’elle a écrit et publié ce roman dans des conditions physiques très
pénibles. Paralysée depuis l’âge de neuf ans, Ben Haddou a matérialisé toute sa
volonté de vivre et sa soif de liberté dans cet unique roman. Son héroïne est
une femme qui est mise sur la liberté et l’indépendance personnelle avec une
force extraordinaire, envers et contre tout. Mais, évidemment, sa décision
provoque son isolement radical dans la communauté rurale où elle habite : les
gens l’appellent « l’Espagnol »- le roman est situé à l’époque de l’occupation
espagnol-, à cause de sa différence par rapport à la situation des autres
femmes du village. Cette solitude radicale se traduit finalement par un désir de
quitter ce monde si âpre et cruel. La citation suivante, où le texte se laisse aller
à une écriture un peu moins maitrisée et rationnelle que dans le reste du
roman, montre bien cette angoisse qui ne pourra être résolue que par
l’acceptation de la communauté :

«  Elle avait une envie folle de fuir…fuir le monde qui l’avait toujours
repoussée….fuir les gens qui l’avaient toujours méprisée…fuir la vie qui ne lui
avait rien donné sans le faire suivre de regret…fuir son corps toujours
insatisfait….fuir son âme perpétuellement torturée…fuir…fuir…fuir sans
cesse….fuir ses erreurs, ses remords, ses regrets….fuir pour aller vers….mais,
pour aller où ?... vers qui… » (p 304).

Halima Ben Haddou, comme plusieurs écrivaines du XIXème siècle, qui ne sont
presque jamais sorties de leur foyer, constitue un des cas où l’on se demande
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d’où les femmes écrivaines peuvent tirer cette vigueur et ces passions
déchainées. L’auteure elle-même répond d’ailleurs que celles-ci procèdent de
ses lectures et de son imagination. Un cas très différent de Ben Haddou celui de
Leila Houari, qui est née au Maroc, mais est partie pour la Belgique avec sa
famille à l’âge de sept ans. A dix-neuf ans, elle a essayé le retour à Casablanca,
mais cette expérience a été un échec qui s’est terminé par son retour en
Europe. Dans son roman de Zeïda de nulle part, Houari raconte aussi l’histoire
d’une jeune femme qui essaie ce retour au pays d’origine de sa famille, mais
qui ne se sent à l’aise ni « ici» ni « là-bas ». C’est un conflit typique du groupe
littéraire et sociologique que certains critiques ont appelé le « beur » (la
mecque phuket) dont Houari pourrait faire partie. Dans son deuxième ouvrage,
Quand tu verras la mer, l’auteure développe encore le thème de la migration et
du contact des cultures. Ce texte qui en fait un recueil de nouvelles, peut
néanmoins s’assimiler à un roman par l’imbrication des thèmes et des images
dans les quatre récits qu’il contient, et qui sont surtout fortement liés entre eux
par la présence de la mer en tant qu’élément mythique pour les personnages
déracinés qui l’invoquent. Les quatre nouvelles sont précédées d’une
couverture, qui, par son extension, pourrait en constituer une cinquième, et qui
encadre les récits postérieurs, dans un procédé fréquent dans les romans
maghrébins écrits par des femmes : le début nous présente un personnage
(plus ou moins identifié ou identifiable avec l’auteure, selon les cas) qui se
remémore son passé ou manifeste son désir d’expliquer une histoire. On a
interprété cela comme un « désir de narrativité » très fort qui marquerait cette
écriture féminine, et qui pourrait être causé par la volonté de combattre le
silence ancestral des femmes, de prendre la parole, tel que certaines auteures
comme l’Algérienne Assia Djebar le disent explicitement. Mais en même temps,
ce procédé est aussi une façon de se protéger de la part de l’écrivaine, de
rendre plus difficile la réception autobiographique de l’œuvre, pourtant
facilitée par d’autres moyen comme la présentation éditoriale qui assimile les
héroïnes de ces romans à leur auteurs comme dans Le Ressac de Nouzha Fassi
par exemple). Ces textes présentent comme fictifs des énoncés de réalité,
déguisent le témoignage en roman en changeant les noms des personnages,
mais ils procèdent du besoin urgent qu’on ces femmes de se raconter. Le
prochaine œuvre retenue est celle de Fatima Marnissi (née à Fès, en 1940) qui
s’intitule Rêve des femmes : une enfance au harem, publié en 1994, malgré le

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fait qu’il n’ait pas été écrit en français mais en anglais, parce qu’il reprend les
thèmes fondamentaux de la plupart des romans marocains qu’on a lu et
étudiés. Rêve des femmes revendique sa parenté avec le genre du conte oral
(nous y trouvons beaucoup d’allusions aux Mille et une Nuits et à d’autres
récits légendaires racontés par les femmes cloîtrées, mais ce texte partage avec
les autres romans cités son inspiration autobiographique, médiatisée par une
forte composante fictionnelle. Toutes ces écrivaines montrent leur fascination
pour l’exercice d’une imagination qui déborde les limites physiques et mentales
imposées aux femmes. Fatima Mernissi fait aussi allusion à d’autres sujets que
nous avons déjà rencontrés, comme la considération problématique du corps
féminin, l’importance de certaines espaces de sonorité féminine, dont parfois
le hammam, qui constitue aussi une possibilité d’expansion de ce corps caché,
ignoré ou martyrisé : et l’importance de la figure maternelle, généralement
résignée à l’oppression. Le fil conducteur de Rêve des femmes- qui est
d’ailleurs un récit assez fragmentaire, tel que l’indique le sous-titre de l’édition
anglaise : Tales of Harem Child Hood- est la recherche, de la part des enfants
protagonistes (la narratrice et un de ses cousins surtout), du sens du mot
« harem », apprend finalement la narratrice, dérive de « harem » qui signifie
« ce qui est interdit », ce qui est au-delà des limites licites. Cette idée de la
limite ou de la frontière constitue un leitmotiv du récit, qui se termine avec
l’expérience de la frontière décisive, celle qui existe entre les femmes et les
hommes : le cousin peut franchir les murs de la maison paternelle et la
narratrice est, par contre, condamnée à s’y enfermer comme les autres
femmes. Mais Rêve des femmes adopte un ton très peu dramatique (au
contraire de Aicha la Rebelle, par exemple) et même parfois enjoué (un des
atouts du roman est le jeu entre la perspective naïve et directe de la narratrice,
qui est une enfant, et la vision de l’auteure en tant qu’adulte qui lui donne
parfois une teinte nostalgique par rapport à ce monde féminin, heureusement
ou malheureusement disparus à jamais.

II-Siham Benchekroun

Biographie

Native de Fès, elle obtient son baccalauréat scientifique au lycée mixte de fès
et poursuit des études de médecine au Maroc, à Rabat puis à Casablanca. En
tant que médecine, Benchekroun se spécialise dans les thérapies cognitive-
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comportementale et les thérapies psy-corporelles (hypnose, relaxologie). Elle
soutient notamment un mémoire universitaire sur la prise en charge
traditionnelle des troubles sexuels féminins. Ecrivain et poétesse de l’intime
démarre par un premier roman, est l’œuvre intitulée Oser vivre, publié en
1999 qui a suscité de nombreux travaux, notamment l’androgynie dans la
littérature la réflexion chez mainte département et à son échelle les
universités. Poly-artiste qu’elle soit, animant plusieurs ateliers et conférence, à
l’instar de la question de l’héritage au Maroc. Au niveau associatif, elle était
chef de file et directrice de l’Association Marocaine de lutte contre le Cancer.
Ses œuvres :

Oser vivre : roman, Casablanca : Eddif 1999, 272 pages, Empreintes Edition
2004, 288 pages, Edition en arabe : An Ahya, Empreintes Edition, 2002,
traduction par Abdellhadi Idrissi, 288 pages

Chama : roman, Empreintes Edition, 2008, 134 PAGES

Les jours d’ici, nouvelles, Casablanca, Empreintes Edition, 2003 ? 178 pages.

Le récit féminin au Maroc, collectif, Presse universitaire de Rennes, 2005

Amoureuses  : nouvelles, Empreintes Edition, 2012, 178 pages

L’héritage des femmes. Réflexion pluridisciplinaire sur l’héritage au Maroc

A-L’écriture féministe de l’engagement

1-Les visages de l’amour amoureux

Benchekroun déploie une prose élégante, délicate, imagée pour décrire le


sentiment amoureux de femme aux multiples facettes. De sa plume acérée,
sensible et extrêmement audacieuse, elle nous invite dans l’intimité de ces
femmes amoureuses parfois d’un homme, parfois de deux, parfois juste du
sentiment amoureux, et nous révèle sans hésitation toutes les facettes de
l’amour, ses plus nobles comme ses plus obscures: trahisons, infidélités,
manipulations, amours interdit côtoient souvent au sein du même récit
tendresse, complicité, et promesses éternelles.

2-Hymne à l’amour et à la féminité


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En donnant la parole à neuf femmes amoureuses. Siham Benchekroun chante
l’hymne à l’amour et à la féminité. Elle nous invite par la même occasion à
réfléchir sur la notion de l’amour au féminin pluriel dans toutes ses dimensions
et aussi à découvrir ses facettes les plus secrètes. Elle son achève son recueil de
nouvelles par une revendication de la liberté de l’amour lui-même: « un jour je
t’avais dit: je t’aimerai encore même si je ne t’aime plus, je veux t’aimer au-
delà du temps, au-delà de toi, au-delà de moi. Et il me semble que plus
j’avancerais, dans cet amour, plus je me libérerai de toi. Je ne veux avoir besoin
de toi pour t’aimer (….). » Aspect fugitif du sentiment amoureux? Ou bien plus
on aime, plus on se libère de l’être aimé. Page 172

B-Présentation générale du Recueil de nouvelle


La structure du recueil invite un lectorat à visiter l’âme féminine, avec un style
empathique et lyrique.
L’écrivaine Benchekroun brosse les portraits de neuf femmes amoureuses qui
se comptent dans neuf textes bien ficelés, en prose et poésie, afin de dégager
les contours de la diversité du sentiment de l’amour? La marchande nous disait
« mon opinion n’a rien d’exceptionnel, ma chérie! Depuis toujours, et partout,
les hommes ne désirent des femmes que leurs corps et les femmes veulent
être richement payées pour leurs services (….) Bien sûr je ne pratiquerai pas ce
métier toute ma vie, mais j’ai quelques années de jeunesse devant moi et je
compte en retirer le maximum… Que veux-tu que je te réponds: plus d’un
homme t’aime, plus il débourse pour toi. C’est la seule preuve d’amour qui me
convainc ». Page 153

La semblable nous révélait : « je souffre de ne pouvoir en parler à personne,


comment avouer cet amour-là? Et ce qui est fou, c’est que je peux partager
avec Sonia la plus grande des intimités sans qu’on y trouve à redire: je peux la
serrer dans mes bras, l’embrasser, la voir nue et me dévêtir à côté d’elle,
dormir dans son lit… Comme des anges, nous n’avons pas de sexe, puisque
nous ne sommes que des femmes. De toutes façon destinées à être parquées
ensemble, à l’abri des hommes qui seules sont sexués. Par contre si j’avais le
malheur d’exprimer mon désir et ma passion contre-nature, si j’avais
l’insolence de chasser la même proie dans le territoire masculin ». Page 116

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b-Extrait et commentaire des parcelles d’un discours amoureux
• La Sauvage nous disait : « Car oui, je mourrais si je ne bondis pas d’un
cœur à un autre, d’un rire à un cri, comme une chèvre des montagnes
jouant avec le vent. Que l’on me tienne trop longtemps immobile, dans
les mêmes bras, et me voilà dépérissant tel un oiseau sauvage que l’on
aurait piégé. Il m’est tout aussi impossible d’être la femme d’un seul
homme, qu’à cet oiseau de ne s’abreuver qu’à une seule source. L’amour
m’est liberté, sinon tombeau ». Page 54

Commentaire :

• La Vassale rétorqua ainsi: «  un soir quand je l’ai rejoint au lit, il m’a dit :
‘’ je vais me marier. Je reste trop longtemps en voyage et je ne peux pas
vivre dans le péché. Je prendrai une femme de la région de Tétouan. Ne
t’inquiète pas, tu ne manqueras de rien».

• Je vous le jure Sidi, sur ce que j’ai de plus cher, que je n’ai pas fait
entendre le moindre gémissement, même si mon cœur s’est déchiré. Je
sais que mon mari est juste et vertueux et je ne peux pas m’opposer à ce
que notre Dieu le Très-Haut a Lui-Même permis. » page 128

Commentaire :

Au comble de bonheur, Fatna cède à la joie de ses parents, finit par se marier
avec sidi Mohammed qui descend d’une famille aisé. Elle a dû s’endurcir par les
rumeurs colportés sur sa promu, pour éviter d’être répudiée jusqu’à ce qu’elle
visite la maison du juge (Qadi) pour introduire le lecteur dans une description
introspective sur son malheur incessant à la maison de sa nièce. Devenue, la
souffre-douleur, car chagrinée par le comportement abusif et injuste à cause
de la jalousie foncière de la mère de sidi-Mohammed.

• la Vénéneuse : «  il m’a posé des questions précises : couchait-il dans


mon lit, mangeait-il à la maison, avais-je un objet intime appartenant à

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sa maitresse ? Il m’a demandé les noms de mon beau-père, ma belle-
mère, mon époux, mes propres parents, mes enfants… Il s’est renseigné
sur nos lieux de naissances. Puis il a pris un porte-plume qu’il a trempé
dans un encrier et il s’est mis à tracer de larges signes incompréhensibles
sur un bout de feuille quadrillé. Ensuite, il a jeté une fournée de
brindilles dans le kanoun où les braises luisaient encore. Un crépitement
a précédé les volutes de fumée qui se sont élevées. Il enfumé
rapidement son papier, l’a plié plusieurs fois, enveloppé dans un rouleur
de gaz et noué le tout par un cordon. » page 96

Commentaire :

Douteuse et fatigué par le désintéressement continuel éprouvé de son mari,


elle part à la consultation d’un magicien à Derb sultan dans le but de rendre
son mari casanier. Les effets sont réversibles, contente par le résultat
escompté. Elle finit par déceler l’énigme de son mari à travers son
interlocutrice Salwa dans le département Crédit qu’elle révèle des propos
déplaisants

• L’éternelle: « T’imaginer. Tu portes une chemise si légère que le vent fait


frissonner ton corps. Elle est blanche. Tu es clair dans l’absence du jour.
Tu es bleu comme la mer. Tu es beau. J’enfouis ma tête à travers la large
échancrure. Je me cache contre ta peau. Je m’enfonce dans ton odeur
tiède. Ta poitrine bat comme un animal nouvellement né. La tête
inclinée, tu souris aux étoiles. Envie de plonger dans tes yeux et y boire
les scintillements du ciel. Eau-Sable-peau-baiser salé sur tes lèvres
entrouvertes. Souffle chaud recueilli comme une offrande. Envie de
plonger dans toi. Comme on s’abandonne à la mer. Etourdie, chair
crispée, cœur battant. L’égarement vertigineux de la fusion ». page 165

Commentaire :

• La semblable dans son discours « jeune adolescente, je n’ai surtout


connu des hommes que leurs injustices et leurs hypocrisies. Amères
réminiscences. Mon vieux maître d’arabe qui, en me raccompagnant de
l’école chez mes parents, et sans prononcer un mot, avait pris et posé

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frénétiquement ma petit main sur son entrejambe tandis que je tenais
de la retirer désespérément. Mon oncle paternel qui faisait asseoir sur lui
l’enfant de 12 ans que j’étais et frottait les petits fesses contre son pubis
en faisant mine de chanter des refrains rythmés. Mon grand cousin dont
j’ai subi les attouchements muets jusqu’à l’âge où j’ai enfin osé me
rebiffer. Et jusqu’au père de ma meilleure amie d’enfance qui, au lieu de
me reconduire chez moi, m’avait emmenée dans une sorte de studio
sombre tapissé de postes de femmes nues et de fausses peaux de tigre.
J’avais réussi à m’enfuir par miracle.» Page 106

Commentaire :

L’image redondante du traumatisme qu’elle a subi à son âge prématuré.


Victime de plusieurs attouchement sexuels, son orientation est dévoyée
puisqu’elle détestera les hommes et privilégierai les femmes. D’ailleurs elle
s’éprendra de Sonia lors d’une nuitée chez elle, de surcroît elles partageront le
même lit.

Conclusion

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de l’évocation, malheureusement trop


rapide, de ces romans écrits par des Marocaines Francophones appartenant à
plusieurs générations d’aujourd’hui ? En somme, ces romans présentent tous
une image très conflictuelle des femmes, spécialement quand il s’agit des
rapports de celles-ci avec les hommes (c’est pourquoi ils décrivent en absent),
et également au sujet de la maternité. Désir et maternité restent deux
domaines incompatibles et même farouchement opposés. Ce conflit provoque
au pire des pulsions autodestructrices et même suicidaire : dans d’autre cas, il
débouche dans ce « désir de narrativité » dont j’ai parlé, et l’écriture-mais
surtout, le fait de narrer et d’écouter des histoires-devient le seul moyen de
pouvoir maitriser, même de façon imaginaire, ce tiraillement de forces
opposées que constitue la situation souvent paradoxale des femmes
contemporaines, pas seulement marocaines.

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