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Institut National du Travail et de la Formation Professionnelle

Cycle préparatoire au concours interne d’inspecteur du travail 2010

Économie de l’entreprise et de l’emploi

D. Glaymann, Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne

Investissement et croissance : corrigé


Introduction 
‐ Accroche :  à  l’heure  où  l’on  peine  à  faire  repartir  la  croissance,  l’interrogation  sur  les  liens  entre  la 
croissance et l’investissement redevient d’actualité. 
‐ Définitions des mots clés : investissement (différents types et acteurs) ; croissance. 
‐ Problématique  :  y  a‐t‐il  un  lien  de  causalité  entre  investissement  et  croissance  ?  Ce  lien  est‐il 
automatique ? Est‐il réciproque ?  
‐ Annonce du plan. 
 
1. L’investissement a des effets quantitatifs et qualitatifs favorables à la croissance 
A) Les différents types d'investissements contribuent à rendre la croissance possible 
Les investissements permettent de maintenir ou d’accroître le volume et la qualité de la production 
1. Dans le domaine des investissements (I) matériels, les I de remplacement permettent de maintenir en l'état 
le stock de capital fixe et donc la production, les I de capacité augmentent le stock de capital fixe et avec lui le 
volume  de  production,  les  I  de  productivité  modernisent  l'appareil  de  production  et  ainsi  renouvellent  et 
développent  les  productions.  L'incorporation  du  progrès  technique  généré  par  les  I  de  productivité)  a  non 
seulement  des  effets  quantitatifs  mais  aussi  des  effets  qualitatifs  en  transformant  la  production.  Les  effets 
quantitatifs ne sont pas identiques en toute situation ni à toute échéance comme on le verra plus loin. 
2.  Dans  le  domaine  des  I  immatériels,  les  I  de  formation  permettent  à  la  main  d'œuvre  d'améliorer  sa 
qualification et donc accompagnent la modernisation des productions, les I en R&D jouent dans le même sens, 
les I en marketing et publicité contribuent à élargir la vente, donc la production. 
3. Les I publics jouent également un rôle particulier du fait des externalités positives qu'ils engendrent et qui 
ont  eux  aussi  des  effets  quantitatifs  et  qualitatifs.  En  outre,  que  ces  I  peuvent  aussi  jouer  un  rôle 
contracyclique face à un ralentissement économique  momentané (cf. Keynes). 
 

B) Sans investissements, il ne peut y avoir ni progrès technique, ni croissance 
Faute d’I, la production ne peut croître ni en volume, ni en qualité. 
1.  On  ne  peut  accroître  les  volumes  de  production  si  on  ne  les  anticipe  pas  en  investissant :  les  I  actuels 
conditionnent la production et la croissance ultérieures. 
2.  L'I  est  le  vecteur  du  progrès  technique  qu’il  introduit  dans  l’appareil  de  production.  Sans  ce  progrès 
technique, la croissance ne peut durer et les variations qualitatives n’existent pas. Or, ne pas changer conduit 
à ne pas croître. 
3.  On  observe  néanmoins  que  la  réalisation  d’I  passés  ne  garnatit  pas  que  l’activité  économique  permette 
d’atteindre le niveau de croissance potentielle. Il arrive en effet que le capital fixe qui a été acquis au moyen 
des  I  ne  soit  pas  totalement  employé  et  fasse  l’objet  d’un  sous‐emploi,  comme  ce  la  arrive  pour  la  main‐
d’œuvre disponible dont une partie peut être au chômage. 
 

On peut alors constater que l'investissement est une condition nécessaire à la croissance. Différents mécanismes 
économiques permettent de préciser ce lien de causalité. 
 
 
 
 
 
2. L’investissement  permet  la  croissance  en  agissant  sur  l’offre  et  sur  la  demande  selon  les 
différentes théories économiques. 
A) L’I favorise la croissance en influençant l’offre comme l’expliquent les économistes néoclassiques 
1. Les I de renouvellement maintiennent la capacité de la production, les I de capacité l'augmentent, les I de 
modernisation améliorent la productivité. En accroissant la rentabilité l’offre, l'I judicieusement choisi, c’est‐
à‐dire de nature à assurer une rentabilité favorise donc la croissance ; la référence à la Loi des débouchés (de 
JB Say) permet ensuite d’affirmer l’impossibilité d’une surproduction durable. 
2.  Il  faut  donc  rendre  l’I  attractif.  Les  Libéraux  souhaitent  que  tout  soit  fait  pour  rendre  l'environnement 
économique  et  social  favorable  à  l'investissement.  Cf.  le  Théorème  de  Schmidt  :  « Les  profits  d'aujourd'hui 
sont les investissements de demain, qui sont les emplois d'après‐demain ». 
   

L'automaticité de ces relations est mise en doute dans les faits et par les économistes keynésiens qui insistent 
sur la demande plutôt que sur l'offre. 
 

B) Selon les keynésiens, l’I contribue à la croissance en activant la demande dont il est une composante. 
1.  Dans la logique keynésienne, la causalité lie en fait investissement et demande globale (laquelle inclut la 
consommation des ménages, l’I privé, l’I public et les exportations en économie ouverte). Plus la demande est 
élevée, plus la production et la croissance sont fortes. 
2. Mais le niveau de l’I qui résulte des choix des entrepreneurs peut générer une croissance insuffisante pour 
approcher le plein emploi, qui est réciproquement une condition nécessaire à la durabilité de la croissance. 
Les pouvoirs publics doivent donc intervenir pour stimuler l’I : non seulement en baissant les taux d'intérêt 
ou en diminuant les impôts sur les bénéfices (solutions libérales), mais aussi en développant des I autonomes 
(non induits par la croissance) et parallèlement en distribuant des revenus supplémentaires aux ménages à 
forte propension à consommer. 
3.  Cette  logique  justifie  alors  une  politique  d’I  autonome  de  l'État  qui  s'appuie  sur  le  multiplicateur 
d'investissement. L'État décide des I ne correspondant a priori à aucune demande solvable (autoroute, TGV, 
fusée Ariane...). Il y aura donc un supplément d’I dans l'économie qui générera des revenus supplémentaires 
(profits, bénéfices, salaires…), donc des dépenses (de consommation et d’I) favorables à la croissance.  
 

Avec  des  explications  différentes  et  malgré  des  choix  de  politique  économique  contradictoires,  tous  les 
économistes  productivistes  s’accordent  à  considérer  que  l’I  agit  positivement  sur  la  croissance  à  condition 
d’atteindre une rentabilité et un niveau suffisants. Qu’en est­il de la relation inverse ? 
 
3. Réciproquement, la croissance agit sur l'investissement 
A) Différents mécanismes montrent que la demande agit sur l'investissement 
1.  C’est  d’abord  le  cas  du  mécanisme  de  l'accélérateur  d’investissement  qui  montre  que  la  demande  
(notamment la consommation des ménages) liée à l’augmentation des revenus due la croissance alimente une 
augmentation des I productifs des entreprises pour leur permettre de répondre. 
2. La théorie keynésienne montre que même la demande anticipée joue un rôle décisif pour déterminer les I. 
B) L’observation empirique confirme la réalité de ces phénomènes d’entraînement réciproque 
1. La demande des ménages et la demande extérieure sont deux facteurs qui influencent l’absence, le retour 
voire l’accélération de la croissance. En effet, la vigueur ou au contraire l’atonie de ces deux composantes de la 
demande incitent ou désincitent les entrepreneurs à investir. Dès lors, l’I apparaît non seulement comme une 
condition de la croissance, mais il en est aussi un résultat. 
2.  Cela  s’explique  notamment  par  la  dimension  sociopsychologique  de  la  décision  d’investir  ou  de  ne  pas  le 
faire.  Or,  la  croissance  en  cours  a  un  effet  fort  sur  le  niveau  de  confiance  ou  de  crainte  dans  l’avenir  qui 
contribue à ce que des investisseurs franchissent ou non le pas. 
 

Conclusion 
Le  lien  de  causalité  entre  investissement  et  croissance  paraît  assez  solidement  établi.  Mais  l’existence  d’un 
lien inverse ne doit pas être sous‐estimé car il amène à s’interroger sur les conditions permettant de trouver 
le niveau optimal d’investissement par rapport aux objectifs de croissance recherchés. 
Au‐delà,  on  peut  aussi  s’interroger  sur  le  rythme  et  le  type  de  croissance  et  d’investissement  qu’il  est 
souhaitable  dans  l’optique  du  développement  durable  (donc  des  effets  des  activités  économiques  sur 
l’environnement) et du développement humain (donc des retombées sur les populations). 

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