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Université Sidi Mohammed Ben Abdellah

Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Fès.

6ème semestre : 2020 – 2021


Parcours : Economie & Gestion
Matière : Relations Economiques Internationales
Enseignante : Mme. Nada Moufdi

Chapitre 1 : Les théories traditionnelles de l’échange


international

Semestre 6
Introduction

Le commerce international n’a commencé à se développer qu’au XVIII ème


siècle avec la révolution industrielle en Angleterre. Durant les siècles
précédents, fleurissait la doctrine mercantiliste, qui préconisait de limiter les
achats à l’étranger, pour accumuler les réserves en or. En 1776, l’économiste
anglais Adam Smith publiait l’ouvrage « recherche sur la nature et les causes de
la richesse des nations ». Cet ouvrage prônait la division et la spécialisation du
travail, pour une action plus efficace, et traçait la théorie des avantages absolus :
si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur coût, il vaut
mieux acheter cette marchandise de ce pays.

Aujourd’hui, les économies nationales sont de plus en plus ouvertes sur le


monde. De ce fait, il s’avère nécessaire dans toute analyse des phénomènes
économiques de tenir compte de la diversité des économies actuelles et des
interdépendances s’établissant entre les différents pays. D’où la nécessité
d’étudier les relations économiques internationales.

En effet, l’étude des relations économiques internationales a acquis une


importance primordiale à cette époque où l’économie internationale est soumise
à deux tendances contradictoires majeures ayant de fortes implications sur les
nations et les populations de la planète. La première tendance est celle de la
mondialisation-globalisation accélérée et la deuxième tendance est celle de la
régionalisation-segmentation de plus en plus accentué.

Ainsi, le cours des relations économiques internationales essaiera d’analyser


cette réalité à travers les axes suivants :

1- Les théories traditionnelles de l’échange international


2- Les analyses récentes de l’échange international
3- La balance des paiements
4- Le libéralisme et le protectionnisme
5- L’organisation du libre-échange dans les faits : l’OMC
6- Les accords de libre-échange.
Chapitre 1 : Les théories traditionnelles de l’échange
international

La théorie de l’échange international est l’une des plus vieilles branches de l’analyse
économique. Elle s’est développée en Grande Bretagne dès la fin du XVIIIème dans un
contexte marqué par le triomphe des idées libérales. Ces dernières prônaient la liberté
d’entreprendre et d’enrichissement individuel comme source de bien être collectif. En même
temps, cette idéologie défendait l’idée que le libre échange sur le plan extérieur est un facteur
d’enrichissement général pour toutes les nations.

Ce n’est donc pas un hasard que se soient deux auteurs britanniques qui se trouvent à l’origine
de la formulation des premières théories du commerce international en prônant le libre
échange comme facteur d’enrichissement des nations.

En 1776, l’économiste Anglais Adam Smith publiait l’ouvrage « Recherche sur la nature et
les causes de la richesse des nations »1. Cet ouvrage prônait la division et la spécialisation du
travail, pour une action plus efficace et traçait la théorie des avantages absolus.

En 1817, l’économiste Anglais David Ricardo publiait l’ouvrage « Des principes de


l’économie politique et de l’impôt »2, où il établissait la théorie des avantages comparatifs.
Cette théorie indique qu’un pays a intérêt à exporter et importer des produits, même s’il
détient un avantage absolu pour chacun des produits. Il suffit qu’un pays bénéficie d’un
avantage comparatif : c’est-à-dire qu’il soit relativement plus efficace dans la production de
certains biens.

Même si ces théories reposent sur des principes rationnels, elles restent particulièrement
valables dans le contexte de la G.B de la fin du XVIIIème siècle.

Entre les deux guerres, Heckscher et Ohlin (1933) et puis Samuelson (1950) essaient de
dépasser les explications d’Adam Smith et de D. Ricardo. Ils présentent le modèle HOS qui
explique le recours à l’échange extérieur par les dotations relatives des facteurs de production
entre les nations. Ces trois théories expliquent les échanges internationaux de manière
différente. Mais, elles reposent sur deux piliers communs : une définition identique de la
nation et le recours au principe des avantages absolus (A. Smith) et comparatifs (D. Ricardo et
le modèle HOS).

1
A.Smith, « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations », 1776, Coll « Idées », Gallimard,
Paris.
2
D.Ricardo, « Des principes de l’économie politique et de l’impôt », 1817, Flammarion, Paris.
Section 1 : La théorie des avantages absolus chez Adam Smith

Les économistes classiques et néoclassiques sont partisans du libre échange qui selon eux est
favorable au développement des nations : le libre échange est une doctrine économique qui
vise à limiter les obstacles à la circulation des biens, des services et des capitaux entre les
économies nationales. Pour les partisans du libre échange, l’échange international s’explique
par la nécessaire division du travail entre les nations, permettant une production au moindre
coût. La division internationale du travail correspond donc à la situation résultant d’une
spécialisation de la production au niveau mondial.

1.1. La théorie de l’avantage absolu

Dans son ouvrage principal « La recherche sur la nature et les causes de la richesse des
nations » (1776), A. Smith élabore sa théorie des avantages absolus.

« Le maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la
chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire….ce qui est prudence dans la conduite de
chaque famille en particulier ne peut guère être folie dans celle d’un grand empire. Si un pays
étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de
l’établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du
produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque
avantages »3.

Selon cette théorie, chaque pays doit se spécialiser dans la production et l’exportation de biens
qu’il peut produire à des coûts inférieurs à ceux du reste du monde et importer les produits
qu’il aurait produits à des coûts plus élevés. Ainsi, A. Smith défend l’idée que la
spécialisation qui s’appuie sur les avantages absolus accroît la richesse nationale.

Prenons l’exemple de deux pays, le Maroc et la France, vivant en autarcie, c’est-à-dire sans
aucune relation commerciale et produisant deux biens, les mixeurs et le vêtement. Supposons
que ces deux pays n’utilisent qu’un seul facteur de production, la main d’œuvre, et qu’il ya un
rendement constant d’échelle. Représentons la fonction de production ainsi :

Tableau 1 : Unité de travail pour produire une unité de bien

Mixeur Vêtement

France 2 6

Maroc 4 2

3
A.Smith, « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations », 1776, Coll « Idées », Gallimard,
Paris, pp. 257-258.
Pour produire un mixeur, cela demande deux employés en France contre quatre au Maroc. De
même, pour produire une unité de production vestimentaire (une veste), la France met au
travail six employés contre deux au Maroc. Dans ces circonstances, la France possède un
avantage absolu dans la production des mixeurs tandis que le Maroc détient le même avantage
pour le vêtement.

On pourrait traduire cet exemple numérique en disant que la production d’un mixeur requiert
moins de main-d’œuvre en France qu’au Maroc ; la productivité dans l’industrie
électroménager est donc plus élevée en France, d’où son avantage absolu. Les deux pays
gagneraient-ils à faire des échanges et à quelles conditions ?

Il est évident qu’advenant un échange, la France exporterait ses mixeurs au Maroc et


importerait des vêtements. De fait, en excluant les coûts de transport, il serait profitable à une
entreprise française d’échanger trois mixeurs sur le marché marocain contre six vestes et de
les ramener au pays. Comme ces trois mixeurs échangés localement ne lui auraient rapporté
qu’une veste, l’entreprise dégage de cet échange un profit de cinq vestes. Les transactions de
cette nature vont persister jusqu’ à ce que les prix des deux biens s’égalisent dans les deux
pays. La France aura tendance à se spécialiser dans la production de l’électroménager et le
Maroc dans la production vestimentaire : c’est cela qui constitue le modèle classique
d’avantage absolu.

1.2. Critique de la théorie de l’avantage absolu

Pour A. Smith, le commerce international ne peut être avantageux que si :

- Les nations se spécialisent chacune dans la production et l’exportation des biens pour
lesquelles elles disposent d’une productivité de travail plus élevée que les autres ;
- Les nations adoptent le libre échange et la libre circulation des marchandises et
éliminent tous les obstacles qui entravent les échanges.

La spécialisation et la division internationale du travail conjuguée à la liberté des échanges


entre les nations répandent l’«opulence générale » et accroissent la richesse de tous les pays.
Le marché international, comme le marché national, libéré des obstacles est capable d’orienter
les ressources (travail et capital) vers les emplois les plus productifs pour chaque nation, de
valoriser les excédents issus de cette affectation et de faire bénéficier les nations échangistes
des gains générés par cette valorisation.

Cette analyse comporte une limite évidente : un pays qui ne dispose d’aucun avantage absolu
dans la production d’un bien est condamné à l’autarcie. De même qu’un pays qui dispose d’un
avantage absolu dans la production de tous les biens ne peut pas participer au commerce
international.

La théorie des avantages comparatifs de D. Ricardo a permis d’enrichir, d’approfondir la


théorie d’A. Smith et de dépasser sa limite.
Section 2 : La théorie des avantages comparatifs

Dans son ouvrage « Des principes de l’économie politique et de l’impôt » (1817), David
Ricardo, auteur classique anglais, tente de trouver une solution à l’impasse de la théorie d’A.
Smith. Il propose alors la théorie des avantages comparatifs.

Cette théorie indique que chaque nation doit se spécialiser dans les productions dans
lesquelles son désavantage est le moins grand, pour lesquelles elle dispose de la productivité
la plus forte ou la moins faible vis-à-vis de ses partenaires. Cette production est celle pour
laquelle elle détient un avantage comparatif lui permettant d’accroître la richesse nationale.

Un avantage comparatif est donc un avantage obtenu par une nation dans l’échange
international lorsque, comparativement aux autres biens, son désavantage sur un bien, en
termes de coûts et de prix de vente, est moindre. Grâce à l’échange international, les nations
obtiennent une quantité de biens plus importante que celle dont elles disposaient sans
spécialisation. Ainsi, les richesses mondiales augmentent.

2.1. La théorie de l’avantage comparatif

L’analyse Ricardienne des échanges prend tout son sens dès qu’on la replace dans son
contexte historique. Dans la première moitié du XIX siècle, le décollage industriel précoce de
la Grande-Bretagne et l’avance technique qu’elle acquiert sur les pays européens aurait pu
laisser croire à un ralentissement des échanges et à un appauvrissement des économies trop
durement concurrencées par les productions britanniques. L’histoire a montré que c’est
exactement le contraire qui s’est produit, conformément aux prédictions du modèle Ricardien.

Le modèle Ricardien est resté relativement simple dans sa formulation de base (ce qui
n’exclut pas d’ailleurs une certaine complexité dans le traitement). Ainsi, il suppose que la
fabrication des différents biens ne nécessite qu’un seul facteur de production, le travail.
Cependant, c’est dans ce qui pourrait passer par une simplification ou une hypothèse irréaliste
que réside la force de démonstration du modèle Ricardien. En insistant sur l’offre, résumée
toute entière par la seule mesure de la productivité du travail, il démontre non seulement
l’influence déterminante des écarts de technologie dans l’essor du commerce international,
mais aussi les limites du principe Simithien des avantages absolus. La détention d’une
technologie supérieure n’est pas, en soi, garante d’une meilleure compétitivité internationale
pour le pays qui l’a détient ; l’échange international profite même aux économies dans
l’absolu peu productives.

L’enjeu dans ce modèle ne réside pas tant dans les coûts absolus de production que dans les
coûts relatifs ou les coûts d’opportunités. En tenant compte de cette contribution de Ricardo,
modifions légèrement l’exemple caractéristique de production des mixeurs et du vêtement au
Maroc et en France.
Tableau 2 : Unité de travail pour produire une unité de bien

Mixeur vêtement

Maroc 6 12
France 4 2

Dans ce cas, on voit bien que la France a un avantage absolu dans la production des deux
biens. Le Maroc a-t-il un intérêt quelconque à échanger avec la France, et à quelles
conditions ? En France, un mixeur s’échange contre deux unités de vêtement, d’où un ratio
d’échange de un sur deux. Au Maroc, un mixeur s’échange pour une demi-unité de vêtement.
Donc, au Maroc, pour produire un mixeur, il faut sacrifier la moitié d’une unité de vêtement,
ce qui rend le mixeur moins cher si on le compare au coût d’opportunité plus élevé en France.
Ainsi, la France a un avantage absolu dans la production des deux biens mais seulement un
avantage comparatif dans la production vestimentaire. De son côté, le Maroc quoique n’ayant
aucun avantage absolu, détient tout de même un avantage comparatif dans la production
électroménager.

Une entreprise marocaine peut alors tirer profit de l’exportation des mixeurs et de
l’importation du vêtement. Elle peut échanger en France un mixeur contre deux vêtements et
réaliser un profit de 1,5 vêtement par rapport au commerce domestique. Parallèlement, un
exportateur français de vêtements gagne à échanger une unité de vêtement contre deux
mixeurs au Maroc, lesquels une fois transportés en France vont équivaloir à quatre unités de
vêtements, d’où un profit de trois unités de vêtements. L’orientation du commerce entre les
deux parties se devine clairement : le Maroc exporte les mixeurs et importe le vêtement, la
France faisant l’inverse. La Maroc détenant un avantage comparatif dans les mixeurs, le prix
relatif de ce produit y serait plus bas qu’en France.

Dans ces deux exemples d’avantage absolu et d’avantage comparatif, on suppose l’existence
d’un seul facteur de production et d’un rendement constant d’échelle. Le coût du facteur
(main d’œuvre) est présumé égal au prix du bien qui équivaut au multiple du taux de salaire et
de la quantité de travail par unité de bien.

2.2. Les critiques de la théorie de D. Ricardo

La théorie des avantages comparatifs de D. Ricardo est souvent jugée en la confrontant aux
évolutions récentes de l’économie mondiale. De ce point de vue, ses limites sont
incontestables.

En effet, le raisonnement de Ricardo repose sur un certain nombre d’hypothèses très strictes
dont les principales sont :
- Le travail est le seul facteur de production : le capital, lui-même, est assimilé à du
travail indirect, c’est-à-dire que sa valeur est mesurée par la quantité de travail qui a
été nécessaire pour fabriquer les outils, les machines, etc.
- Parfaite mobilité des facteurs de production à l’intérieur du pays : la main d’œuvre
circule librement entre les secteurs. La qualification, la reconversion, etc. ne posent
aucun problème.
- Il existe un plein emploi des facteurs de production dans chaque pays : il n’y a pas de
chômage.
- Immobilité des facteurs de production entre les pays : il n’y a pas de migrations
internationales de production ni de firmes multinationales.
- Les pays ont des techniques de produits différentes.

Nous nous trouvons face au caractère restrictif et irréaliste de ces hypothèses.

La mobilité du travail et du capital est aujourd’hui une réalité incontournable. Les firmes
ne se contentent plus d’exporter leurs produits mais vont elles-mêmes s’implanter à
l’étranger dans le cadre d’une stratégie de production ou de commercialisation. Ces
comportements supposent une forte mobilité des facteurs de production qui rend invalide
une des hypothèses de départ de D. Ricardo.

D. Ricardo explique les différents avantages comparatifs par l’existence de technologies


différentes d’un pays à l’autre. Pour lui, la production dans laquelle se spécialise un pays
lui procure définitivement un gain. Ainsi, l’avantage comparatif n’évolue pas ; il est
statique, ce qui interdit toute perspective de changement de situation pour un pays.
L’émergence des « nouveaux pays industrialisés » démentit complètement cette approche.

D’autres critiques formulées à l’encontre du modèle Ricardien portent sur :

- l’origine de la différence des coûts comparatifs : D. Ricardo ne précise pas les sources
de la différence des coûts de production,
- l’hypothèse de constance des coûts qui débouche sur une spécialisation absolue de
chaque économie (monoproduction), chose que l’on ne retrouve pas dans la réalité,
- la négligence de la demande : le modèle Ricardien ne prend pas en compte la demande
considérée par d’autres auteurs comme déterminant fondamental de la spécialisation
des économies.

Au-delà de ces critiques, l’approche de Ricardo reste pertinente sur le fond : c’est encore le
coût relatif qui est le facteur déterminant de l’échange aujourd’hui. Il faut cependant souligner
qu’elle ne permet pas d’approfondir les causes qui sont derrière l’échange entre les nations.
En d’autres termes, qu’est ce qui fait qu’un pays a un coût relatif inférieur et détient ainsi un
avantage comparatif ?
Section 3 : La théorie des dotations factorielles : Modèle H.O.S

Il s’agit d’analyses formulées en 1919 par le suédois E. Heckscher4, reprise en 1933 par le
suédois B. Ohlin5 et reformulées mathématiquement par l’américain P.A. Samuelson6 à partir
de 1941.

Ce modèle, HOS au nom de ses auteurs, prolonge la théorie des avantages comparatifs de
Ricardo en expliquant l’origine de l’avantage comparatif : les pays se spécialisent dans les
productions qui incorporent le facteur de production le plus abondant localement ;
deuxièmement, exportent les biens qui renferment beaucoup de facteurs qu’ils possèdent en
abondance et, troisièmement, importent des biens qui nécessitent beaucoup de facteurs de
facteurs qui lui manquent.

3.1. Le théorème H.O.S

Contrairement à Ricardo, Heckscher (1919) admet que les techniques de production peuvent
être transférées d’un pays à l’autre. Dès lors, si les coûts de production sont différents, c’est
parce que les prix des facteurs de production y sont différents. Dans les pays richement dotés
en facteur travail, le niveau des salaires est si bas, qu’il pousse les entrepreneurs à utiliser
davantage de main d’œuvre que dans les pays où le facteur travail est rare et coûteux. C’est
donc parce que les pays sont intégralement dotés en facteurs de production que leurs coûts de
production sont différents.

En 1933, Ohlin énonce la loi des proportions des facteurs en se fondant sur l’origine des
différences des coûts. Un pays tend alors à se spécialiser dans la production pour laquelle la
combinaison des facteurs dont il dispose lui donne le maximum d’avantages. Les inégalités
dans les dotations de facteurs entraînent des écarts de prix et des différences de spécialisation
des économies. Il donne l’exemple de l’Angleterre qui possède beaucoup de travail et peu de
terre, et l’Australie, qui possède beaucoup de terre et peu de travail. Il en déduit que
l’Angleterre a intérêt à se spécialiser dans l’industrie, et l’Australie dans l’agriculture.

4
Heckscher.E, « The effect of foreing trade on the distribution of income”, Ekonomisk tidskrit, vol.21. 1919.
5
Ohlin.B, « Interregional and international trade, Cambridge, Harvard University press, 1933.
6
Samuelson.P.A, « international factor price equalization once again”, Economic journal, Vol. 59, n°234.
Exemple n°1 : Le cas de l’Angleterre et de l’Australie
Spécialisation du pays dans
Abondance des terres Le prix relatif de la
des combinaisons à forte
et relative pénurie du terre par rapport au
intensité de terre et à faible
facteur travail en travail est faible
intensité de travail
Australie

Abondance du travail Le prix relatif de la Spécialisation du pays dans des


et pénurie de terres terre par rapport au combinaisons à forte intensité de
de l’Angleterre travail est élevé travail et à faible intensité de terre

Ainsi, chaque pays importe les biens qui incorporent des facteurs qui sont rares sur son
territoire ou coûteux, et exporte les biens qui incorporent des facteurs qui sont abondants sur
son territoire et donc peu coûteux. Considérant les effets de la spécialisation internationale sur
les prix des facteurs de production, les travaux d’Heckscher, d’Ohlin et de Samuelson
avancent la proposition plus connue sous le nom de Théorème HOS : « A long terme, le
commerce international tend à produire une égalisation des rémunérations de facteurs ».

Une égalisation qui ne saurait être cependant absolue, en effet, le commerce international
conduit chaque pays à se spécialiser dans la production intensive en facteur abondant sur son
territoire. L’incitation à échanger sera d’autant plus forte que les prix relatifs sont différents.
Dès lors, lorsque les rémunérations des facteurs seront suffisamment proches, les différences
de coûts s’estompent, et l’incitation à échanger diminuera et le commerce international
cessera de croître.

Exemple n° 2 : Le cas de l’Australie

Abondance des Le prix relatif de la Spécialisation du pays dans


terres et relative terre par rapport des combinaisons à forte
pénurie du facteur au travail est faible intensité de terre et à faible
travail en Australie intensité de travail

Augmentation de la production Diminution de la production de textile,


agricole ; Hausse des besoins en ceci libère du facteur travail ; Baisse du
terre ; Hausse du prix relatif de la prix du facteur travail
terre.
3.2. Les hypothèses du théorème H.O.S

Le modèle H.O.S conserve les hypothèses fondamentales de Ricardo et ajoute d’autres toutes
aussi discutables :

- Le modèle postule un monde à deux biens, deux pays (domestique et étranger) et deux
facteurs de production substituables (capital et travail). C’est ce qu’ils conviennent
d’appeler le modèle 2 × 2 × 2.
- La fonction de production est présumée identique dans chacun des pays.
Contrairement à Ricardo, les auteurs de ce modèle considèrent que les producteurs des
deux pays ont accès aux mêmes techniques de production.
- Fonctions de production à rendements d’échelle constants et à productivités
marginales décroissantes.
- Les facteurs de production sont mobiles à l’intérieur d’un pays et immobiles entre les
pays.
- La concurrence est pure et parfaite.
- Préférences identiques des consommateurs.

3.3. Critiques du modèle néo-classique de spécialisation

La théorie basée sur les différences de dotation en facteurs de production suppose


l’immobilité des facteurs de production. Or, les mouvements de capitaux, les transferts de
technologie et les migrations de main-d’œuvre ne cessent de se développer.

Aussi, le modèle H.O.S suppose l’immobilité des facteurs de production, alors que le
processus de mondialisation est fondé sur la mobilité des facteurs de production.

Ce sont là les critiques les plus courantes formulées à l’égard du marché des facteurs tel que
décrit par le modèle néo-classique.

D’autres critiques visent le marché des produits et surtout l’hypothèse de la concurrence


parfaite. Celle-ci suppose l’homogénéité des biens et des techniques de production entre pays.
Elle est donc incompatible avec le renouvellement technologique et avec les stratégies de
différenciation des produits généralement établies par les FMN.

Par ailleurs, le modèle H.O.S appartient à la statique et ne se prête guère au traitement d’une
évolution historique de longue période qui requiert un traitement dynamique. Il n’est
également pas possible d’accepter le choix du modèle néo-classique à deux facteurs et à deux
produits. Enfin, ce modèle ignore la présence plus que probable de rendements d’échelle non
constants, et ne cadre pas avec la réalité caractérisé, souvent, par des rendements d’échelle
croissants.
3.4. Vérification empirique du modèle H.O.S : le paradoxe de Leontiev

Plusieurs questions ne manquent pas de se poser à l’égard de la validité du modèle de la


dotation factorielle. Les pays appliquent-ils le principe des avantages comparatifs ? Chaque
pays exporte-t-il le bien intensif en son facteur abondant ou se spécialise-t-il dans la
production de certaines catégories de biens ? L’échange s’effectue-t-il entre pays de dotation
différente de facteurs ? Voilà quelques-unes des interrogations qu’il convient d’examiner.

Pour vérifier le modèle H.O.S, W. Leontiev (1953)7 a effectué une étude empirique, qui remet
en question la théorie H.O.S. L’auteur s’est concentré sur des données américaines dans 50
industries. En se limitant au cas des Etats-Unis, il a pu montrer que contrairement à ce qui a
été démontré par la théorie H.O.S, les Etats-Unis exportaient vers le reste du monde des biens
à forte intensité de main-d’œuvre en échange de biens à forte intensité en capital. Ce paradoxe
a été interprété par l’auteur lui-même en disant que les exportations américaines sont
intensives en main d’œuvre qualifiées et à forte valeur ajoutée, alors que les importations sont
relatives à des produits intensifs en travail qualifié.

En effet, Leontiev considère que son paradoxe relève du capital humain. Il s’agit de
reconnaitre que le facteur travail est hétérogène et a une composante de main d’œuvre
qualifiée due à une éducation formelle et à une expérience professionnelle échelonnée dans le
temps. Pour Leontiev, les Etats-Unis, abondants en main-d’œuvre qualifiée, exportent les
biens intensifs en cette main-d’œuvre qualifiée. En d’autres termes, les industries
exportatrices américaines ont un fort contenu en facteur de main-d’œuvre qualifiée ; c’est
notamment l’ingénierie, les services financiers, les produits manufacturés de haute
technologie auxquels s’ajoutent, de nos jours, les services informatiques, de
télécommunications, etc.

L’explication donnée par Leontiev de son paradoxe est à l’origine du développement par de
nombreux économistes des théories néo-factorielles de l’échange qui distinguent plusieurs
types de travail selon le niveau de qualification. Ainsi, pour étudier la composition du travail
incorporé dans les produits échangés, D.B. Keesing8 distingue plusieurs catégories de
travailleurs depuis les plus qualifiés (scientifiques et ingénieurs) jusqu’à la main-d’œuvre non
spécialisée (manœuvres).

D’autres économistes ont commenté l’article de Leontiev, soit en émettant des réserves quant
à la méthode utilisée par l’auteur, soit en rejetant la théorie suédoise de l’échange.

Malgré leur domination sur le plan de l’analyse des déterminants du commerce entre nations,
les théories classiques et néo-classiques de l’échange international ont fait l’objet de plusieurs
critiques.

Tout d’abord, ces théories avaient une forte connotation idéologique et politique, leur
principal but était de maintenir la domination de la Grande-Bretagne sur le monde. La G.B

7
Leontiev,W.W, « Domestic production and foreign trade: the American positioned re-examined”, Proceedings
of the American philosophical society, Vol. 97. 1953.
8
Keesing.D.B, « Labor skills and comparative advantage », American economic Review, Vol. 56, 1967.
devait se spécialiser dans les productions à forte valeur ajoutée (notamment dans la
production industrielle) et innovantes, alors que les autres nations devaient se spécialiser dans
les productions les moins dynamiques, c’est-à-dire celles dans lesquelles le progrès technique
était très faible.

Ensuite, l’échange international selon cette théorie est perçu comme une chose naturelle et
volontaire. Alors que cette période a connu le développement d’un commerce captif entre les
puissances coloniales et leurs empires coloniaux. Les colonies étaient de simples sources
d’approvisionnement en matières premières et de marchés pour les produits manufacturés des
entreprises de la puissance coloniale. La spécialisation internationale des colonies n’avait rien
de naturel ni de volontaire puisqu’elle était imposée par la métropole et subie par les pays
dominés.

Selon Ricardo, l’échange international d’un pays dépend de sa capacité à offrir des biens
ayant un coût inférieur à ses concurrents étrangers. Ce raisonnement n’est plus suffisant pour
expliquer la multiplicité des facteurs de la compétitivité (qualité, différenciation des produits,
délais de livraisons,…).

Le développement du commerce intra-branche est une remise en question des théories de


l’avantage comparatif et des dotations factorielles. Ces dernières considèrent que la différence
est à la base du commerce entre les nations (exemple des pays qui exportent des matières
premières et qui importent des produits manufacturés). Or aujourd’hui, le commerce entre
pays industrialisés est d’abord un commerce de produits différenciés mais satisfaisant le
même besoin (exemple : un pays peut exporter des automobiles et importer des automobiles).
Le commerce intra-branche est basé sur l’existence de similitudes entre les pays. C’est un
échange portant sur des produits différenciés répondant à une demande de différence de la
part du consommateur.

Enfin, les théories anciennes du commerce international considèrent que les avantages
comparatifs des nations sont naturels et statiques. Or, ce que l’on constate aujourd’hui, c’est
la tendance des nations à mettre en place de nouveaux avantages dans des secteurs
prometteurs grâce à des politiques commerciales et industrielles stratégiques. En effet,
l’histoire économique nous montre que les pays qui avaient acquis des avantages dans
certaines branches industrielles les ont perdus au profit d’autres pays qualifiés de « suiveurs ».
Cette même histoire nous révèle que certains pays ne cessent de réaliser succès après succès
dans leurs efforts de développement industriel. Hier, c’était l’habillement et la chaussure ;
aujourd’hui, c’est la micro-électronique, l’automobile, l’aéronautique et d’autres technologies
de pointe ; c’est-à-dire que l’avantage comparatif n’est pas uniquement une question de
« dotations factorielles naturelles » statique mais il est aussi dynamique, complexe et
malléable. Seuls des efforts soutenus et continus sont capables de garder un avantage ou d’en
développer d’autres. Les avantages ne peuvent être éternels puisqu’il arrivera un moment où
leur exploitation ne sera plus possible.

Cette menace permanente de perte des avantages acquis dans certains secteurs ou branches
concerne tous les pays y compris les pays développés. Ainsi, certaines productions telles que
le Textile, les industries du cuir, du bois, des jouets, matériel électrique, sont vouées (dans
certains cas sont déjà) sauf innovation majeure, à être délocalisées vers des zones à bas
salaires. Ainsi, les pays d’ancienne industrialisation qui ne parviennent pas ou tardent à s’en
dégager risquent fort de régresser vers le statut semi-périphérique.

Si donc le caractère dynamique des spécialisations internationales et de la compétitivité


internationale n’est plus à démontrer sur le plan pratique, on peut se demander si au niveau
théorique, on peut trouver des arguments en faveur de ce qu’il est convenu d’appeler «
l’avantage construit».

Ce concept n’a pas encore de fondement théorique bien structuré, mais se trouve dans de
nombreux travaux tels ceux d’E. Vogel (1985), M. Porter (1990) ou de R. Reich (1991).
D’une manière générale, il traduit la capacité à valoriser les avantages naturels à partir des
dynamiques organisationnels (….). Cette capacité met en jeu les « aptitudes »…de l’Etat
(Bellon, 1994).

Cela dit, l’avantage construit comporte une importante dimension systémique et structurelle.
Il dépend moins des compétences propres de l’Etat en tant que producteur que de ses
compétences à organiser des relations avec d’autres acteurs : entreprises privées et publiques,
institutions d’enseignement et de recherche, institutions de formation, organismes de
financement, services et institutions intervenant dans le domaine légal, technique,
commercial, politique, social,…..La dynamique des spécialisations internationales et
l’évolution vers des spécialisations de qualité dépendent de la capacité de l’Etat, à travers des
politiques structurelles à renforcer les liens entre ces différentes institutions.

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