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Thème

LA VERITE / LA SCIENCE

Introduction générale
problématique :
1) la vérité es-elle dans les choses ou bien dans l'esprit et le jugement ?
2) La vérité est-elle pure ou appartient-elle toujours à une idéologie ?
3) La croyance et la vérité : une relation qui n'est pas si claire

Il existe une définition traditionnelle de la vérité :


« conformité de la pensée et des choses » (adaequatio intellectus et rei)
C'est le « et » qui pose problème :
a- conformité de la pensée AVEC les choses ; j'observe, je découvre, je tire une vérité... C'est une
perspective réaliste. La réalité nous indique ce qu'est la vérité.
b- conformité des choses AVEC la pensée ; je calcule, je théorise... la réalité se conforme à mon
jugement. Par exemple l'héliocentrisme : si j'observe, je vois bien que c'est le soleil qui se déplace. Si
je calcule, je comprends que c'est la Terre. Révolution copernicienne (du savant Copernic) : la vérité
est dans le jugement. Cette révolution dans la connaissance de la vérité apparaît à la Renaissance.
Galilée écrit : « la nature est écrite en langage mathématique ». La connaissance mathématique est la
condition pour à mise à jour de la vérité.

A partir de là, la vérité se fait. Elle se construit. Comme le dit Karl Popper : « la vérité se fait, de
même que la santé, la richesse et la force. »

Etude de textes :

1) Où est la vérité ?
2) La vérité doit être utile
3) Le savant croit à son hypothèse

I- OU EST LA VERITE ?

1) La recherche de la vérité
« Quiconque pense commence toujours par se tromper. L'esprit juste se trompe d'abord tout autant qu'un
autre ; son travail propre est de revenir, de ne point s'obstiner, de corriger selon l'objet la première esquisse.
Mais il faut une première esquisse ; il faut un contour fermé. L'abstrait est défini par là. Toutes nos erreurs
sont des jugements téméraires, et toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées. On
comprend que le liseur ne regarde pas à une lettre, et que, par un fort préjugé il croit toujours l'avoir lue,
même quand il n'a pas pu la lire, et si elle manque, il n'a pas pu la lire. Descartes disait bien que c'est notre
amour de la vérité qui nous trompe principalement, par cette précipitation, par cet élan, par ce mépris des
détails, qui est la grandeur même. Cette vue est elle-même généreuse ; elle va à pardonner l'erreur ; et il est
vrai qu'à considérer les choses humainement, toute erreur est belle. Selon mon opinion, un sot n'est point tant
un homme qui se trompe qu'un homme qui répète des vérités, sans s'être trompé d'abord comme ont ait ceux
qui les ont trouvées. »
Alain

– donnez la problématique du texte et la thèse de l'auteur.


– Dans un court paragraphe (10 lignes), argumentez : « toute erreur est belle »
– qu'est-ce qu'un « sot » ?
2) La méthode
L'enquête de l'esprit est le fondement de toute vérité. La réalité est source de pièges. L'observation ne
peut donner naissance qu'à une connaissance / science naïve, rudimentaire. Seule la puissance de
l'inspection de l'esprit est en mesure, à l'exemple de Galilée de réléver la vérité du monde. Descartes
établit donc une méthode pour garantir le bon usage de cette puissance de l'esprit et de la raison.

« Le premier [principe ou règle] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la
connusse évidemment être telle : c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la
prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si
clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Le
second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait,
et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en
commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu,
comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés ; et supposant même de l'ordre entre
ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. Et le dernier, de faire partout des
dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. Ces
longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir,
pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m'avaient donné occasion de m'imaginer que
toutes les choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s'entre-suivent en même
façon et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et
qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les déduire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si
éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre. »
Discours de la méthode, II Garnier T. I, p. 586 - 587.

– résumez les quatre règles de la méthode

3) L'expérience
Entre théorie et expérience, il se trouve une sorte de conflit issu de cet héritage entre les
partisans de l'osbervation et ceux qui défendent la puissance du raisonnement.
Claude Bernard cherche une dialectique pour réconcilier les deux perspectives.

« L'observateur ne raisonne plus, il constate ; l'expérimentateur, au contraire, raisonne et se fonde sur


les faits acquis pour en imaginer et en provoquer rationnellement d'autres. Mais, si l'on peut, dans la théorie
et d'une manière abstraite, distinguer l'observateur de l'expérimentateur, il semble impossible dans la pratique
de les séparer, puisque nous voyons que nécessairement le même investigateur est alternativement
observateur et expérimentateur. On voit donc que tous les termes de la méthode expérimentale sont solidaires
les uns des autres. Les faits sont les matériaux nécessaires ; mais c'est leur mise en oeuvre par le
raisonnement expérimental, c'est-à-dire la théorie, qui constitue et édifie véritablement la science. L'idée
formulée par les faits représente la science. L'hypothèse expérimentale n'est que l'idée scientifique,
préconçue ou anticipée. La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par l'expérience. »

Claude Bernard

– expliquez la phrase : « La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par l'expérience »
II- VERITE ET IDEOLOGIE

Trouvez et rédigez une définition de « l'idéologie »

1) l'idéologie scientifique : l'utilitarisme

« De quoi nous sommes-nous occupés ? Non pas de la vérité, mais de vérités, au pluriel, de certaines
idées directrices, de certains processus se réalisant au milieu des choses elles-mêmes, et n'ayant pour
caractère commun que d'être, toutes, des idées qui paient. Elles paient, en nous conduisant, si elles ne nous y
font pas pénétrer, vers quelque partie d'un système intellectuel qui plonge en de nombreux points, dans les
perceptions sensibles. [...] Bref, le mot « vérité » n'est pour nous qu'un nom collectif résumant des processus
de vérification, absolument comme « santé, richesse, force », sont des noms désignant d'autres processus
relatifs à la vie, d'autres processus qui paient, eux aussi. La vérité est une chose qui se fait, de même que la
santé, la richesse et la force, au cours de notre expérience. »
W. James, le Pragmatisme (1911)

– Quelle est la thèse de l'auteur ?


– Expliquez la phrase : « La vérité est une chose qui se fait, de même que la santé, la richesse
et la force, au cours de notre expérience »

2) La connaissance de la vérité est « disciplinaire »

A l'intérieur de ses limites, chaque discipline reconnaît des propositions vraies et fausses […]. Bref,
une proposition doit remplir de complexes et lourdes exigences pour pouvoir appartenir à l'ensemble d'une
discipline ; avant de pouvoir être dites vraie ou fausse, elle doit être, comme le dirait M. Canguilhem, « dans
le vrai ».
On s'est souvent demandé comment les botanistes ou les biologistes du XIXème siècle avaient bien pu faire
pour ne pas voir que ce que Mendel disait était vrai. Mais c'est que Mendel parlait d'objets, mettait en œuvre
des méthodes, se plaçait dans un horizon théorique, qui étaient étrangers à la biologie de son époque. […]
Mendel, lui, constitue le trait héréditaire comme objet biologique absolument nouveau, grâce à un filtrage
qui n'avait jamais été utilisé jusque-là : il le détache de l'espèce, il le détache du sexe qui le transmet ; et le
domaine où il l'observe est la série indéfiniment ouverte des générations où il apparaît et disparaît selon des
régularités statistiques. Nouvel objet qui appelle de nouveaux instruments conceptuels, et de nouveaux
fondements théoriques. Mendel disait vai, mais il n'était pas « dans le vrai » du discours biologique de son
époque. »
Michel Foucault, l'ordre du discours (1971)

– définissez ce qu'est une « discipline » scientifique.


– Que signifie, ici, « être dans le vrai » ?
III- SAVOIR ET CROIRE

1) l'hypothèse et la croyance
a- Aristote et l'étonnement :

la première cause de recherche scientifique est une émotion qui paraît de prime abrd
irrationnelle : l'étonnement. Point de départ du désir de connaître et comprendre, ce
sentiment reste une motivation fondamentale.

« C'est, en effet, l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux
spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se
présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur
exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du
Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l'Univers. Or apercevoir une difficulté et s'étonner,
c'est reconnaître sa propre ignorance (c'est pourquoi même l'amour des mythes est, en
quelque manière, amour de la Sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). »
Aristote, Métaphysique

– donnez ne définition de « l'étonnement »

b- la science est remplie d'irrationnalité : Pascal montre qu'une démonstration (scientifique)


est impossible.

« Il est évident que les premiers termes qu'on voudrait définir en supposeraient de précédents
pour servir à leur explication, et que de même les premières propositions qu'on voudrait prouver en
supposeraient d'autres qui les précédassent ; et ainsi il est clair qu'on n'arriverait jamais aux premières. Aussi,
en poussant les recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu'on ne peut plus
définir, et des principes si clairs qu'on n'en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve. D'où
il paraît que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce
soit dans un ordre absolument accompli. »

- Comment Pascal parvient-il à remettre en cause la « démonstration » ?

c- Le savant doit croire à son hypothèse. L'hypothèse doit être travaillée jusqu'à sa validation
expérimentale. Mais si c'est le cas, cela signifie que la science et la connaissance scientifique
reposent sur une origie irrationnelle. Cela ne remet pas en cause les résultats mais interroge
sur l'objectivité. Le savant, s'il croie fermement à son hypothèse n'est-il pas tenté de « tout
faire » pour la prouver ? Jusqu'où peut-il aller ?

Le philosophe Alain nous rappelle la distiction croire et penser :

« Penser n'est pas croire. Peu de gens comprennent cela. Presque tous, et ceux-là même qui
semblent débarrassés de toute religion, cherchent dans les sciences quelque chose qu'ils puissent croire. Ils
s'accrochent aux idées avec une espèce de fureur ; et si quelqu'un veut les leur enlever, ils sont prêts mordre.
(...) Lorsque l'on croit, l'estomac s'en mêle et tout le corps est raidi. Le croyant est comme le lierre sur l'arbre.
Penser, c'est tout fait autre chose. On pourrait dire : penser, c'est inventer sans croire. Imaginez un noble
physicien, qui a observé longtemps les corps gazeux, les a chauffés, refroidis, comprimés, raréfiés. Il en vient
concevoir que les gaz sont faits de milliers de projectiles très petits qui sont lancés vivement dans toutes les
directions et viennent bombarder les parois du récipient. Là-dessus le voilà qui définit, qui calcule ; le voilà
qui démonte et remonte son gaz parfait, comme un horloger ferait pour une montre. Eh bien, je ne crois pas
du tout que cet homme ressemble un chasseur qui guette une proie. Je le vois souriant, et jouant avec sa
théorie ; je le vois travaillant sans fièvre et recevant les objections comme des amies ; tout prêt à changer ses
définitions si l'expérience ne les vérifie pas, et cela très simplement, sans gestes de mélodrame. Si vous lui
demandez Croyez-vous que les gaz soient ainsi ? il répondra : Je ne crois pas qu'ils soient ainsi ; je pense
qu'ils sont ainsi. »

– expliquez : quelle distincton établit l'auteur entre « croire » et « penser » ?

2) Foi et savoir

La seule façon de distinguer la croyance et la science c'est d'observer leurs relation à la vérité
et l'erreur. En science l'erreur est aussi importante, sinon plus que la vérité. En religion, l'erreur n'existe pas.
Les vérité religieuses restent vraies, éternellement. En science, l'erreur est essentielle.

La « falsification » ou « réfutation » est le procédé par lequel une théorie vient « rendre fausse » une
autre antérieure. Toute les vérités scientifiques ne cessent d'être attaquées de toute part pour montrer leurs
fragilités, imprécisions, inexactitudes. La science ne fonctionne donc pas par « preuve » ou « démnstration »
de la vérité d'une théorie mais par les tests en vue de la contredire, de l'invalider. Lorsqu'un scientifique
arrive à démontrer l'insuffisance d'une théorie, il la « falsifie » ou « réfute », c'est-à-dire qu'il montre qu'elle
n'est plus satisfaisante. Une autre théorie doit donc la remplacer. C'est donc le « négatif », l'erreur, qui fait
progresser la science.

K. Popper est le théoricien de cette « falsification » ou « réfutation » :

« Toute mise à l'épreuve véritable d'une théorie par des tests constitue une tentative pour en démontrer la
fausseté (to falsify) ou pour la réfuter. Pouvoir être testé c'est pouvoir être réfuté; mais cette propriété
comporte des degrés : certaines théories se prêtent plus aux tests, s'exposent davantage à la réfutation que les
autres, elles prennent, en quelque sorte, de plus grands risques. On ne devrait prendre en considération les
preuves qui apportent confirmation que dans les cas où elles procèdent de tests authentiques subis par la
théorie en question : on peut donc définir celles-ci comme des tentatives sérieuses, quoique infructueuses,
pour invalider telle théorie [...]. On pourrait résumer ces considérations ainsi : le critère de la scientificité
d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou encore de la tester. »
K. Popper, La logique de la découverte scientifique, (1934)

- expliquez la phrase : « le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de


l'invalider »
IV- OU SONT LES FEMMES dans le monde scientifique ?

Paticipants à la 1ère Conference de Solvay, en 1911, à Bruxelles


Marie Curie est la seule femme... Elle parle (?) ou plutôt écoute Henri Poincaré... image du paternalisme masculin scientifique.

Assis : Walther Nernst, Marcel Brillouin, Ernest Solvay Hendrik Lorentz, Emil Warburg, Jean Baptiste Perrin, Wilhelm Wien, Marie
Skłodowska-Curie, et Henri Poincaré.
Debouts : Robert Goldschmidt, Max Planck, Heinrich Rubens, Arnold Sommerfeld, Frederick Lindemann, Maurice de
Broglie, Martin Knudsen, Friedrich Hasenöhrl, Georges Hostelet, Edouard Herzen, James Hopwood Jeans, Ernest Rutherford, Heike
Kamerlingh Onnes, Albert Einstein, and Paul Langevin.

« Se situer du point de vue des femmes pour contester l’androcentrisme des savoirs traditionnels et la «
naturalisation » de l’infériorité des femmes par plusieurs grands penseurs de l’humanité n’a rien
d’incompatible avec la raison d’être de l’activité scientifique, soit la production de connaissances
nouvelles. »
Francine Descarries, Université du Quebec à Montréal

entretien avec des jeunes chercheurs sur la place des femmes dans le monde scientifique.

https://youtu.be/V72snyzvPo0

- Que pensez-vous de ces propos ? Que retenez-vous ?