Vous êtes sur la page 1sur 6

L'ENTREPRENEURIAT ORGANISATIONNEL

Enjeux et perspectives

Olivier Basso, Alain Fayolle

Lavoisier | « Revue française de gestion »

2009/5 n° 195 | pages 87 à 91


ISSN 0338-4551
ISBN 9782746224766
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2009-5-page-87.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour Lavoisier.


© Lavoisier. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)


sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)


INTRODUCTION
OLIVIER BASSO
Singleton Institute, Bruxelles
ALAIN FAYOLLE
EM Lyon ; CERAG

L’entrepreneuriat
organisationnel
Enjeux et perspectives
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)


P
ourquoi ce numéro spécial sur l’en- caractérisées de cette manière, leur taille et
trepreneuriat organisationnel ? Deux leur histoire ne semblant pas avoir épuisé
grandes raisons nous semblent justi- leurs forces créatrices et la vitalité de leurs
fier ce choix. commencements. Les administrations
D’une part, l’entrepreneuriat organisation- publiques mêmes (hôpitaux, univer-
nel – traduction de plusieurs expressions de sités, etc.) sont couramment incitées à se
langue anglaise (intrapreneurship, corpo- comporter de la sorte. D’autre part, les sala-
rate venturing, corporate entrepreneur- riés de l’entreprise ne connaissent que trop
ship…), souvent utilisées, mais non exacte- bien les exhortations à agir en entrepreneur,
ment synonymes – désigne un phénomène à développer un « esprit start-up » pour
qui apparaît de plus en plus au cœur des faire face aux changements incessants qui
préoccupations de nombreuses entreprises. affectent l’organisation de leur travail (péri-
Le qualificatif d’« entrepreneurial » semble mètre mouvant des missions, contenu évo-
désormais paré de toutes les vertus : les lutif des tâches, échéances glissantes, colla-
grandes entreprises innovantes sont souvent boration transversale, mode projet, etc.).

DOI:10.3166/RFG.195.87-91 © 2009 Lavoisier, Paris


88 Revue française de gestion – N° 195/2009

Ces changements de postures, au niveau des Theory & Practice et Journal of Business
organisations et de leurs employés, ne sont Venturing, ont proposé à une ou deux
pas nouveaux. Ils font l’objet d’études et de reprises, à partir du début des années 1990,
recherches en management depuis la fin des des dossiers ou des numéros spéciaux sur ce
années 1970 alors que se constituent dans thème. En France et dans les pays franco-
les grandes entreprises américaines les pre- phones, mis à part quelques livres et articles
mières unités de corporate venturing. Selon isolés4, le domaine semble encore peu cou-
Bouchard (2009, p. 1), le premier article1 vert et vraisemblablement mal connu.
consacré au corporate entrepreneurship L’objectif de ce numéro spécial est donc
paraît en 1969 et le premier ouvrage2 dédié double. Il s’agit tout d’abord, de mieux faire
au corporate venturing en 1978. Entre connaître cette notion d’entrepreneuriat
temps, deux articles de Norman Macrae organisationnel, de souligner les liens
parus dans The Economist3 en 1976 et en qu’elle entretient avec d’autres notions, telle
1982 annonçaient la montée du phénomène. que l’innovation, et d’autres disciplines, de
De même qu’un article d’Octave Gélinier situer les principaux enjeux et d’indiquer
publié, en 1978, dans la Revue française de quelques perspectives de développement.
gestion, dans lequel il affirmait : « Les pays, Le présent dossier regroupe cinq contribu-
les industries, les entreprises qui innovent et tions qui s’inscrivent dans le cadre de cette
se développent sont ceux qui pratiquent démarche.
l’entrepreneuriat. Les statistiques des 30 Les trois premières s’intéressent à diffé-
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)


dernières années sur la croissance, les rentes facettes du phénomène en le reliant
exportations, les innovations brevetées le notamment à des problématiques proches
démontrent clairement: cela coûte très cher telles que les communautés de pratique
de se passer des entrepreneurs » (Gélinier, (Blanchot-Courtois et Ferrary), l’inno-
1978, p. 9). Mais la vogue du terme « intra- vation durable (Ronteau et Durand) ou la
preneurship » et sa visibilité médiatique ont revitalisation des activités (Hernandez). Les
été assurées par le best-seller de G. Pinchot, deux dernières contributions questionnent
Intrapreneuring (Pinchot, 1985), qui consti- la solidité du champ en pointant l’histo-
tue assurément le manifeste de l’entrepre- ricité du phénomène étudié (Hatchuel,
neuriat organisationnel, présenté voire Garel, Le Masson et Weil) ou en examinant
exalté à travers une galerie de portraits d’in- les conditions de validité d’un de ses
trapreneurs, véritables héros de l’innovation concepts clés, l’entrepreneuriat organisa-
au sein de grandes organisations souvent tionnel (Basso, Fayolle et Bouchard)
rétives au changement. L’article initial de Valérie Blanchot-
Depuis, plusieurs revues généralistes, Courtois et Michel Ferrary, « Valoriser la
comme Strategic Management Journal ou R&D par des communautés de pratique
spécialisées, comme Entrepreneurship d’intrapreneurs » apporte immédiatement

1. Westfall (1969, p. 235-246).


2. Norman D. Fast, The rise and fall of corporate new venture divisions, UMI Research Press, Ann Arbor, Mich., 1978.
3. Macrae (1976) et Macrae (1982, p. 67-72).
4. Signalons l’exception notable d’un dossier de l’Expansion Management Review (n° 125, été 2007) et d’une série
d’articles sur le sujet parus dans le journal Les Échos en juin 2007.
L’entrepreneuriat organisationnel 89

un contenu concret à la notion d’intrapre- symboliques des dirigeants et du manage-


neuriat en examinant précisément un dispo- ment dans l’animation d’une vision straté-
sitif innovant, « Coup de pousse », élaboré gique stimulante permettent l’élaboration
par Gaz de France afin de développer des cohérente des perceptions des acteurs
compétences intrapreneuriales. Le recours internes et assoit la vraisemblance sociale
au prisme des communautés de pratiques d’une « culture pour l’innovation ». Une
permet aux auteurs de proposer une expli- semblable conviction sous-tend l’étude, « Le
cation rigoureuse de la démultiplication réentrepreneuriat comme alternative à la
possible de comportements initialement restructuration classique d’entreprise »,
perçus comme déviants. En effet, « au menée par Émile-Michel Hernandez qui
niveau collectif, la création d’une commu- s’emploie à montrer comment les démarches
nauté d’innovateurs partageant des pra- de redressement d’entreprises en difficulté
tiques, des normes et des valeurs com- peuvent se distribuer entre approche clas-
munes permet de constituer un groupe sique de restructuration et réinvention de
porteur d’une sous-culture intrapreneuriale l’entreprise. C’est ce phénomène de renou-
qui, dès lors qu’il atteint une taille critique, veau stratégique qui est analysé à travers
s’auto-renforce et se diffuse au sein de l’or- l’étude approfondie de 11 cas d’entreprises.
ganisation (…) Plus la nouvelle pratique est L’auteur met alors en évidence un processus
déviante des pratiques existantes et plus la spécifique, qu’il nomme réentrepreneuriat,
dimension communautaire est importante et qui se déploie en quatre temps (signal,
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)


pour faire émerger, réifier et diffuser les vision, convention et finalisation). Le signal
nouvelles connaissances et favoriser les peut être assimilé à une prise de conscience
processus d’identification des acteurs. ». des dirigeants de la gravité de la situation et
La problématique se déplace lorsque l’on du besoin de changement. La vision suit la
s’interroge sur la persistance de la dyna- prise en compte des signaux perçus et insti-
mique d’innovation au travers du temps et tue le comportement entrepreneurial comme
au-delà de la création initiale, marque de la logique dominante de changement. Le
l’entrepreneuriat indépendant. La contribu- temps de la convention marque la volonté du
tion de Sébastien Ronteau et Thomas top-management de faire adhérer les parties
Durand, « Comment certaines organisations prenantes internes et externes au projet de
innovent dans la durée » vise à analyser le changement. Enfin, la finalisation est le pas-
phénomène en travaillant à partir de quatre sage à l’acte, la mise en œuvre des décisions
cas d’entreprises (Dassault Systèmes, de réentrepreneuriat. Selon l’auteur, le réen-
L’Oréal, Salomon, Groupe SEB). Partant trepreneuriat est l’une des formes que peut
d’une liaison intime entre innovation et prendre le processus entrepreneurial dans les
entrepreneuriat individuel, leurs travaux organisations existantes.
suggèrent « que les processus d’émergence Les deux dernières contributions portent un
d’une capacité à innover dans la durée regard critique sur la littérature déjà pro-
s’agencent autour d’un travail d’institution- duite sur le sujet, en interrogeant le sens de
nalisation de l’innovation et de l’entrepre- l’objet étudié et en questionnant la solidité
neuriat organisationnel ». Le jeu des inter- d’un de ses concepts clés. Dans la première,
actions répétées et les manipulations intitulée, « L’intrapreneuriat, compétence
90 Revue française de gestion – N° 195/2009

ou symptôme ? Vers de nouvelles organisa- la littérature sur l’intrapreneuriat, l’orienta-


tions de l’innovation », Armand Hatchuel, tion entrepreneuriale. Il donne lieu à une
Gilles Garel, Pascal Le Masson et Benoît relecture de la genèse de ce concept et par
Weil s’interrogent sur le sens du phéno- là même à une première évaluation de sa
mène intrapreneurial analysé comme la cohérence conceptuelle. Il met notamment
réussite organisationnelle d’une innovation en évidence les aléas d’un processus de
portée par un champion en lutte avec la construction du concept en discernant plu-
structure. Les auteurs replacent dans un sieurs phases et en indiquant les déplace-
premier temps cette approche héroïque de ments de sens que subit le construit au
l’innovation en perspective et montre com- cours de ses reprises et applications. Ce
ment elle constitue à leurs yeux un symp- retraitement conceptuel a pour effet d’alté-
tôme de l’inadéquation actuelle des disposi- rer le sens initial et de le complexifier. Les
tifs d’innovation (modèles de conception auteurs prônent donc in fine un retour aux
réglée) au sein des entreprises modernes. fondements sans se perdre dans des dis-
Une telle lecture s’efforce alors de réinter- tinctions qui ne peuvent donner lieu à opé-
préter l’intrapreneuriat comme l’indice rationalisation.
d’une faiblesse structurelle de l’organisa- En conclusion, si l’ensemble des contribu-
tion que tente de pallier telle ou telle ini- tions présentées répond aux deux objectifs,
tiative isolée rejoignant en cela les critiques d’exploration et de réflexion critique, que
de Ghoshal et Bartlett (1995) conjurant nous avons préalablement annoncés, les
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)


« the myths of internal venturing and “intra- apports de ce dossier ne sauraient à eux
preneurship” that have already been debun- seuls porter sur l’ensemble des enjeux de
ked in practice ». L’analyse débouche ici sur l’entrepreneuriat organisationnel et en
la proposition de nouveaux principes d’or- esquisser de manière exhaustive les pers-
ganisation de l’innovation ou pour pectives d’évolution. C’est pourquoi nous
reprendre l’expression des auteurs, de formulons le souhait que ce travail théma-
« nouveaux régimes de la conception ». tique puisse conduire d’autres chercheurs et
Le second article critique, « L’Orientation praticiens à entrer dans la conversation
entrepreneuriale, histoire de la formation ainsi initiée afin de susciter d’autres ques-
d’un concept » (Basso, Fayolle et Bouchard) tionnements ou d’apporter de nouvelles
porte le regard sur l’un des concepts clés de pièces au dossier.

BIBLIOGRAPHIE
Gelinier O., « Renaissance de l’esprit d’entreprise », Revue française de gestion, n° 16, 1978,
p. 9.
Ghoshal et Bartlett, “Building the entrepreneurial corporation: New organizational
processes, new managerial tasks”, European Management Journal, vol. 13, n° 2, June
1995, p. 139-155
Macrae N., “The Coming Entrepreneurial Revolution: a survey”, The Economist, December
1976, p. 42
L’entrepreneuriat organisationnel 91

Macrae N., “We’re All Intrapreneurial Now”, The Economist, 283, April 17, 1982, p. 67-72.
Norman D. Fast, The rise and fall of corporate new venture divisions, UMI Research Press,
Ann Arbor, Mich., 1969.
Pinchot, G., Intrapreneuring: Why You Don’t Have to Leave the Corporation to. Become an
Entrepreneur, New York, Harper & Row, 1985.
Westfall S. L., “Stimulating corporate entrepreneurship in U.S. industry”, The Academy of
Management Journal, vol. 12, n° 2, 1969, p. 235-246.
© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)

© Lavoisier | Téléchargé le 04/04/2021 sur www.cairn.info (IP: 41.108.110.34)