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OSÉE 2, 1 – 25

INTRODUCTION

Nous allons analyser le chapitre 2 du prophète Osée, car il a marqué une étape décisive
dans la théologie du peuple d'Israël sur ses relations d'alliance avec YHWH. L'expérience
matrimoniale du prophète en devienne le symbole, parce que, "chez Osée, l'homme se
confond avec le prophète1. Étant donnée les différents genres littéraires à l'intérieur du
chapitre, nous aborderons ce problème au fur et à mesure que nous avançons dans notre
analyse exégétique, avant d'aborder le commentaire qui est le plus important pour faire une
lecture approfondie du texte et d'en tirer le message.

I. LE TEXTE

1. Osée 2,1-25

rpe_S'yI al{åw> dM;ÞyI-al{) rv,îa] ~Y"ëh; lAxåK. ‘laer"f.yI-


ynE)B. rP;Ûs.mi hy"h'w>)û1
~T,êa; yMiä[;-al{) ‘~h,l' rmeÛa'yE-rv,a] ~Aqúm.Bi hy"h'w>)û
`yx'(-lae( ynEïB. ~h,Þl' rmeîa'yE
wD"êx.y: ‘laer"f.yI-ynE)b.W hd"ÜWhy>-ynE)B.
WcB.q.nIw>û 2

`la[,(r>z>yI ~Ayð lAdßg" yKiî #r<a"+h'-!mi Wlå['w> dx'Þa,


varoï ~h,²l' Wmïf'w>
`hm'x'(rU ~k,ÞyteAx)a]l;w> yMi_[; ~k,Þyxea]l; Wrïm.ai 3

Hv'_yai al{å ykiÞnOa'w> yTiêv.ai al{å ‘ayhi-yKi( WbyrIê


‘~k,M.aib. WbyrIÜ 4

`h'yd<)v' !yBeîmi h'yp,ÞWpa]n:w> hyn<ëP'mi ‘h'yn<’Wnz>


rseÛt'w>
1
E. JACOB, Osée, en CAT XIa. Neuchâtel (Suisse) 1965, p. 10. Cf. aussi, E. RUIZ, El amor en Oseas (trabajo
personal dactilografiado de teología bíblica para la U.P.C). Madrid 1984, pp. 6-7.
1
Hd"+l.W")hi ~AyàK. h'yTiêg>C;hi’w> hM'êrU[]
hN"j<åyvip.a;-!P,5

`am'(C'B; h'yTiÞmih]w: hY"ëci #r<a<åK. ‘h'“Tiv;w>


rB'ªd>Mik; h'yTiäm.f;w>
`hM'he( ~ynIßWnz> ynEïb.-yKi( ~xe_r:a] al{å h'yn<ßB'-
ta,w>
6

~t'_r"Ah) hv'ybiÞho ~M'êai ‘ht'n>z") yKiÛ 7

‘yb;h]a;m. yrEÜx]a; hk'úl.ae hr"ªm.a' yKiä


`yy")WQviw> ynIßm.v; yTiêv.piW yrIåm.c; ym;êymeW
‘ymix.l; ynEÜt.nO
~yrI+ySiB; %KeÞr>D:-ta, %f'î-ynIn>hi !ke²l' 8

`ac'(m.ti al{ï h'yt,ÞAbytin>W Hr"êdEG>-ta, ‘yTir>d;g")w>


ac'_m.ti al{åw> ~t;v'Þq.biW ~t'êao gyFiät;-al{)w>
‘h'y“b,h]a;m.-ta, hp'ÛD>rIw> 9

!AvêarIh") yviäyai-la, ‘hb'Wv’a'w> hk'Ûl.ae hr"ªm.a'w>


`hT'['(me za'Þ yli² bAjï yKiä
rh'_c.YIh;w> vAråyTih;w> !g"ßD"h; Hl'ê yTit;än"
‘ykinOa'( yKiÛ h['êd.y") al{å ‘ayhiw> 10

`l[;B'(l; Wfï[' bh'Þz"w> Hl'² ytiyBeîr>hi @s,k,’w>


Ad+[]Am)B. yviÞArytiw> ATê[iB. ‘ynIg"d> yTiÛx.q;l'w>
bWvêa' !keäl'11

`Ht'(w"r>[,-ta, tASßk;l. yTiêv.piW yrIåm.c; ‘yTil.C;hiw>


h'yb,_h]a;m. ynEåy[el. Ht'Þlub.n:-ta, hL,îg:a] hT'²[;w> 12

`ydI)Y"mi hN"l<ïyCiy:-al{) vyaiÞw>


`Hd")[]Am lkoßw> HT'_B;v;w> Hv'äd>x' HG"ßx; Hf'êAfm.-
lK' ‘yTiB;v.hiw> 13

yb'_h]a;(m. yliÞ-Wnt.n") rv,îa] yliê ‘hM'“he hn"ït.a, hr"ªm.a'


rv,äa] Ht'ên"aEåt.W ‘Hn"p.G: ytiªMovih]w: 14

`hd<)F'h; tY:ïx; ~t;l'Þk'a]w: r[;y:ël. ~yTiäm.f;w>


~h,êl' ryjiäq.T; rv,äa] ‘~yli['B.h; ymeÛy>-ta, h'yl,ª['
yTiäd>q;p'W 15

h'yb,_h]a;m. yrEåx]a; %l,TeÞw: Ht'êy"l.x,w> ‘Hm'z>nI


d[;T;Ûw:
2
p `hw")hy>-~aun> hx'Þk.v' ytiîaow>
rB'_d>Mih; h'yTiÞk.l;ho)w> h'yT,êp;m. ‘ykinOa'( hNEÜhi !
keªl'
16

`HB'(li-l[; yTiÞr>B;dIw>
hw"+q.Ti xt;p,äl. rAkß[' qm,[eî-ta,w> ~V'êmi ‘h'y“m,r"K.-ta,
Hl'Û yTit;’n"w> 17

s `~yIr")c.mi-#r<a<)me Ht'îl{[] ~Ayàk.WI h'yr<êW[n>


ymeäyKi ‘hM'“V' ht'n>["Üw>
yvi_yai yaiÞr>q.Ti hw"ëhy>-~aun> ‘aWhh;-~AYb;
hy"Üh'w> 18

`yli([.B; dA[ß yliî-yair>q.ti-al{)w>


`~m'(v.Bi dA[ß Wrïk.Z"yI-al{)w> h'yPi_mi ~yliÞ['B.h;
tAmïv.-ta, yti²rosih]w: 19

‘hd<F'h; tY:Üx;-~[i aWhêh; ~AYæB; ‘tyrIB. ~h,Ûl'


yTi’r:k'w> 20

hm'_d"a]h'( fm,r<ßw> ~yIm;êV'h; @A[å-~[iw>


#r<a'êh'-!mi rABåv.a, ‘hm'x'l.miW br<x<Üw> tv,q,’w>
`xj;b,(l' ~yTiÞb.K;v.hiw>
~l'_A[l. yliÞ %yTiîf.r:aew> 21

`~ymi(x]r:b.W* ds,x,Þb.W jP'êv.mib.W qd<c<åB. ‘yli


%yTiîf.r:aew>
s `hw")hy>-ta, T.[;d:ßy"w> hn"+Wma/B, yliÞ %yTiîf.r:aew> 22

~yIm"+V'h;-ta, hn<ß[/a, hw"ëhy>-~aun> ‘hn<[/a,( aWhªh;


~AYæB; Ÿhy"åh'w> 23

`#r<a")h'-ta, Wnð[]y: ~heÞw>


rh'_c.YIh;-ta,w> vAråyTih;-ta,w> !g"ßD"h;-ta, hn<ë[]T;
#r<a"åh'w> 24

`la[,(r>z>yI-ta,( Wnð[]y: ~heÞw>


hm'x'_rU al{å-ta, yTiÞm.x;rI)w> #r<a'êB' ‘yLi h'yTiÛ[.r:z>W
25

hT'a;ê-yMi[; ‘yMi[;-al{)l. yTiÛr>m;a'w>


p `yh'(l{a/ rm;îayO aWhßw>

3
"1 Le nombre des fils d'Israël sera comme le sable de la mer qu'on ne peut ni mesurer ni
compter, et il arrivera qu'à l'endroit où on leur disait: «Vous n'êtes pas mon peuple», on leur
dira: «Fils du Dieu vivant»,
2
Les fils de Juda et les fils d'Israël se réuniront, ils se donneront un chef unique et ils
submergeront2 le pays: car grand sera le jour de Yizréel.
3
 ¶ Dites à vos frères: «Ammi, mon peuple», et à vos soeurs: «Rouhama, Bien-aimée».
4
Faites un procès à votre mère, faites-lui un procès, car elle n'est pas ma femme, et moi je ne
suis pas son mari. Qu'elle éloigne de son visage les signes de sa prostitution, et d'entre ses
seins les marques de son adultère.
5
Sinon, je la déshabillerai toute nue, je la mettrai comme au jour de sa naissance, je la
rendrai semblable au désert, j'en ferai une terre desséchée et je la ferai mourir de soif.
6
Ses enfants, je ne les aimerai pas, car ce sont des enfants de prostitution.
7
Oui, leur mère s'est prostituée, celle qui les a conçus s'est couverte de honte lorsqu'elle
disait: «Je veux courir après mes amants, ceux qui me donnent mon pain et mon eau, ma
laine et mon lin, mon huile et ma boisson.»
8
C'est pourquoi je vais fermer ton chemin avec des ronces, le barrer d'une barrière - et elle
ne trouvera plus ses sentiers.
9
Elle poursuivra ses amants sans les atteindre, elle les recherchera sans les trouver; elle
dira: «Je vais retourner chez mon premier mari, car j'étais plus heureuse alors que
maintenant.»
10
Et elle n'a pas compris que c'est moi qui lui donnais le blé, le vin nouveau et l'huile
fraîche; je lui prodiguais de l'argent, et l'or, ils ont fabriqué des Baal.
11
C'est pourquoi je viendrai reprendre mon blé en son temps, mon vin nouveau en sa saison,
j'arracherai ma laine et mon lin qui devaient cacher sa nudité.
12
Maintenant je vais dévoiler sa honte aux yeux de ses amants et personne ne la délivrera de
ma main.
13
Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes, ses néoménies, ses sabbats, et toutes ses assemblées
solennelles.
14
Je dévasterai sa vigne et son figuier dont elle disait: «Ils sont le salaire que m'ont donné
mes amants.» Je les changerai en fourré, et les bêtes sauvages en feront leur nourriture.

2
La BJ traduit: "ils déborderont hors du pays"; E. Jacob, traduit: "ils monteront hors du pays"; Alonso Schökel
traduit: "resurgirán de la tierra"; littéralement: "ils monteront du pays / de la terre".
4
15
Je lui ferai rendre compte des jours des Baals auxquels elle brûlait des offrandes: elle se
parait de ses anneaux et de ses bijoux, elle courait après ses amants et moi, elle m'oubliait! -
oracle du SEIGNEUR.
16
C'est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur.
17
Et de là-bas, je lui rendrai ses vignobles et je ferai de la vallée de Akor une porte
d'espérance, et là elle répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle monta du
pays d'Égypte.
18
Et il adviendra en ce jour-là - oracle du SEIGNEUR - que tu m'appelleras «mon mari», et
tu ne m'appelleras plus «mon baal, mon maître».
19
J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, et on ne mentionnera même plus leur nom.
20
Je conclurai pour eux en ce jour-là une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du
ciel, les reptiles du sol; l'arc, l'épée et la guerre, je les briserai, il n'y en aura plus dans le
pays, et je permettrai aux habitants de dormir en sécurité.
21
Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l'amour
et la tendresse.
22
Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR.
23
Et il adviendra en ce jour-là que je répondrai - oracle du SEIGNEUR - , je répondrai à
l'attente des cieux et eux répondront à l'attente de la terre.
24
Et la terre, elle, répondra par le blé, le vin nouveau, l'huile fraîche, et eux répondront à
l'attente de Yizréel.
25
Je l'ensemencerai pour moi dans le pays, et j'aimerai Lo-Rouhama, et je dirai à Lo-Ammi:
«Tu es mon peuple», et lui, il dira: «Mon Dieu»".

2. Délimitation, division et structure du texte

Dans le premier chapitre, Dieu s'adresse personnellement au prophète avec une série

d'impératifs en deuxième personne: %lE / "va", xq; / "prends" (v. 2), ar:q. / appelle (vv.
4.6.9). C'est Dieu qui parle, qui donne des ordres et Osée exécute. Le deuxième chapitre

commence en troisième personne (hy"h'w>): "sera"), comme si c'était la suite de ce qui


précède, quoique le genre littéraire est différent, on passe du châtiment au salut, et à partir du

v. 4 revient l'impérative (WbyrI), mais cette fois-ci c'est le mari / prophète qui parle. Au

5
chapitre 3, YHWH s'adresse à nouveau au prophète ( hw"hy> rm,aOYw:), tout comme
au premier chapitre (… hw"÷hy> rm,aYo’w:: v. 2.4.6.9).
Les chapitres 1-3 d'Osée constituent la première unité littéraire du livre, dont le thème
principal est celui du mariage et des enfants, avec un procès matrimonial au centre, dominant
la scène., formant une structure concentrique (a) 1,2-9; b) 2,4-25; a') 3,1-5). Avec
l'introduction d'un bref oracle de salut (2,1-3), nous sommes devant un schéma binaire:
châtiment / salut (1,2-9 / 2,1-3 = 2,4-15 / 2,16-25; 3,1-4 / 3,5) qui va commander une grande
partie du livre. Comme le 3,5, à peine remplit sa fonction de résolution du châtiment, certains
ont déplacé 2,1-3 après 3,53. Mais il est préférable garder le texte dans son état actuel, avec
l'anticipation de 2,1-3, car il fait inclusion avec 2,25, formant ainsi une structure concentrique:
A) 2,1-3: les fils et leurs noms (oracle de salut)
B) 2,4-15: procès à la femme = peuple (oracle de châtiment)
A') 2,16-25: résolution du procès; les fils et leurs noms (oracle de salut)

II. LES ENFANTS ET LEURS NOMS (2,1-3)

1. Division du texte

Cette brève prophétie, surtout en annonçant la réunification des deux royaumes sous
un seul roi, comme au temps de David, se trouve hors de l'horizon prophétique d'Osée. On
combine la bénédiction de la fécondité patriarcale avec la promesse davidique (2 S 7). Les
liens syntaxiques sont faibles, mais l'ordre des différents éléments est cohérent:
a) croissance du peuple (v. 1a)
b) nouvelle adoption de la part de Dieu (v. 1b)
c) réunification des deux royaumes et nouvelle alliance (vv. 2-3)

2. Commentaire

 2,1a: La comparaison rappelle les textes de la tradition patriarcale (Gn 22,17;


32,13).

3
Parmi ceux-là se trouve la BJ, 1ère édition (1956).
6
 2,1b: rv,a] ~Aqúm.Bi pourrait être traduit par "au lieu de" et "à l'endroit où".
Nous préférons cette dernière traduction pour mieux garder la nuance du sens locatif, plutôt
que substitutif, en consonance avec les références locales du texte: "terre", "pays", Yizréel.

yx'(-lae( ynEïB.: cette expression est un peu inattendue, car logiquement, après
yMiä[;-al{) ("no-mon peuple"), on s'attendrait l'expression yMiä[; ("mon peuple") qui
est une formule d'alliance. Elle est remplacé par yx'(-lae( ynEïB. ("Fils du Dieu vivant")
qui est une formule d'adoption, nous rappelant Ex 4,22-23. Le titre divin "vivant" va très bien
dans le contexte de vie et fécondité de ce chapitre 4. Il faut aussi noter la variation expressive:

laer"f.yI ynEB. / yx'(-lae( ynEïB..


 2,2: La réunification des deux royaumes sous un seul roi était un rêve constant d'une
grande partie du peuple. Selon le contexte, un tel désir était favorable à la dynastie davidique,
si nous tenons compte des critiques du prophète à la dynastie du royaume du Nord (Os 7).

"Le jour de Yizréel", c'est-à-dire, "le jour de Dieu planta" ( la[,(r>z>yI ~Ayð),
sera grand parce que la semence "poussera" / "montera" ( hl[, comme en Dt 29,22) de la terre
déjà purifiée et ensemencée par Dieu. Or, même s'ils sont "fils de Dieu", ils ne sont pas de
divinités: ils pousseront dans la terre (sol) ou de la terre (sol).
 2,3: Cette nouvelle appellation est une formule d'alliance qu'on retrouve au v. 25,
formant une inclusion.

III. L'AMOUR TRAHI ET RENOUVELÉ (2,4-25)

Nous sommes, sans doute, devant la meilleure page du livre d'Osée et probablement
devant un de grands poèmes de tout l'AT. C'est le poème d'un amour mal payé, parce que non
correspondu, mais toujours vivant malgré tout.
Si le poème répond à une expérience réelle du prophète, nous devons penser à un
homme passionnément amoureux qui, en découvrant la trahison de sa femme, essaie de s'en
débarrasser de cet amour pour éviter la souffrance, sans y arriver. L'oublie supposerait la paix,
mais l'amour ne le permet pas. Il l'appelle "prostitué", essaie de se venger en lui arrachant ses
cadeaux, en l'exposant à la honte publique, mais l'amour continue.

4
Cf. aussi Os 6,2; 13,14.
7
Si Osée a passé vraiment par cette terrible expérience, voilà qu'un jour, subitement,
tout est éclairé d'en haut et dans son amour vécu dans la douleur découvre un autre amour
plus élevé et plus profond: l'amour de YHWH pour son peuple. Dieu a aussi aimé comme un
mari follement amoureux et trahit par son épouse, mais il continue à l'aimer malgré tout, parce
qu'il ne peut que l'aimer et toutes le mesures entreprises contre elle sont dictées par cet amour
(cf. Cant 8,6s).
Il faut lire ce poème dans le contexte ou arrière-plan des cultes à la fertilité aux Baals.
Les israélites voulaient adorer Dieu qui leur guidait dans l'histoire et, simultanément, voulait
rendre culte aux Baals qui nourrissaient les cycles des saisons agricoles avec des pratiques
aberrantes, comme la prostitution sacrée (cf. Nb 25).
Mais YHWH est un Dieu jaloux (Ex 20,5) et ne permet pas ce syncrétisme qui est
considéré comme une trahison. Il a voulu s'occuper de la fécondité des saisons, des hommes
et des champs (Dt 28,4). Si les israélites veulent obtenir ces bénédictions en flirtant avec
d'autres divinités, le Seigneur leur fera échouer pour qu'ils apprennent ou se rappellent qui les
contrôle et les octroie.
Tenant compte, donc, de ce milieu religieux, Osée utilise le symbole du mariage,
inaugurant ainsi un nouveau langage au service de la révélation divine.

1. Développement et composition du poème

Il est composé de deux tableaux antithétiques, en forme de diptyque, articulés par la

particule !kel' du v. 16. Il est surprenant la quantité de verbes en première personne dont le
sujet est Dieu, tandis que de l'épouse on mentionne ses pensées, réflexions, ignorances et
confusions (vv. 7b.9b.10a.14a).
Dans tout cet univers symbolique, il faut tenir compte de certaines équivalences pour
mieux comprendre le texte:
Époux = YHWH
Épouse = Israël = terre / fils / fruits
Amants = idoles (peut-être aussi les nations étrangères)

a) Premier tableau du diptyque (2,4-15)

1. Genre littéraire

Il se présente explicitement comme un byrI, c'est-à-dire, un "procès" ou "jugement


contradictoire" où l'époux fidèle dresse un réquisitoire contre l'épouse infidèle. Mais, à la
8
place de se présenter personnellement, il le fait à travers ses enfants, qui au long du procès se
verront eux-mêmes impliqués, car l'épouse n'est autre qu'Israël, la communauté d'israélites.
Le jugement cherche tout d'abord un arrangement ou réconciliation par la
reconnaissance des faits et le repentir de l'épouse, mais cela échoue, l'époux prendra d'autres
mesures5:
1) exposition publique de la faute avec tous les aggravants, sans laisser aucune
échappatoire dialectique ou mentale;
2) annonce de représailles justifiées.
Ce schéma de plaidoirie par procureur, d'accusation et sentence, est imité

2. Articulation du tableau

Tenant compte des signes d'articulation, nous pouvons diviser le texte en trois temps:

 vv. 4-6 : impératif (WbyrI) / "sinon" (!P,) châtiment

 vv. 7-9 : yKi + yKi délit / "c'est pourquoi" (!kel') châtiment (retour)

 vv. 10-15: ayhiw> délit / "c'est pourquoi" (!kel') châtiment /

hT'²[;w> châtiment

Le double !kel' est très important parce que cela prépare le paradoxe du troisième !
kel' au v. 16. Il y a ce qu'on appelle continuité formel et rupture du procès:
v. 8 : %f' î -ynIn>hi !ke²l' = "C'est pourquoi, me voici que je fermerai"
v. 11: bWvêa' !keäl' = "C'est pourquoi je viendrai"

v. 16: h'yT,êp;m. ‘ykinOa'( hNEÜhi !keªl' = "C'est pourquoi, voici que


je la séduirai"

3. Commentaire

 2,4-6: Procès et châtiment.


 v.4: Le procès est un acte juridique. Le mari prononce une formule de divorce /
répudiation, c'est la proclamation de la rupture formelle du mariage: "elle n'est plus ma

femme, je ne suis plus son mari" (Hv'_yai al{å ykiÞnOa'w> yTiêv.ai al{å
‘ayhi). Tout est fini et maintenant c'est le tour de l'intervention des enfants. Mais, si tout est
fini, pour quoi faire intervenir les enfants? Par hasard, ont-ils encore le pouvoir de réconcilier
5
Ce schéma de plaidoirie par procureur, d'accusation et sentence, est imité par Isaïe dans "le chant de la vigne"
(Is 5,1-7).
9
leurs parents? Que cherche-t-il vraiment par cette intervention? Il y a quelque chose
d'inavouable qui gêne ici la cohérence logique du commencement.
D'autre part, un parallélisme rigoureux accumule ici fornication et adultère.
Probablement le prophète fait ici allusion aux signes externes que portaient les prostituées au
visage ou sur la poitrine (cf. Tamar: Gn 38, surtout les vv. 15.18.25), ou, peut être, il pourrait
faire allusion, au sens métaphorique, à l'effronterie.
 2,5: Le prophète annonce le châtiment de la honte publique qui sera développé plus
tard (vv. 11-12)6. La femme est ainsi diffamée et le mari délié de ses engagements. Osée
décrit ce châtiment:
a) En termes humains, soulignant la nudité totale. Pour certains, cette nudité "comme

au jour de sa naissance" (Hd"+l.W")hi ~AyàK.) ferait référence à la sortie d'Égypte,


dont Ezéchiel développe ce moment: "À ta naissance, au jour où tu vins au monde, on ne te
coupa pas le cordon, on ne te lava pas dans l'eau pour te nettoyer, on ne te frotta pas de sel,
on ne t'enveloppa pas de langes. Nul n'a tourné vers toi un regard de pitié, pour te rendre un
de ces devoirs par compassion pour toi. Tu fus jetée en pleine campagne, par dégoût de toi,
au jour de ta naissance." (Ez 16,4s).
b) En termes végétaux, la femme = terre est réduite à steppe infertile par manque

d'irrigation et de graine (hY"ëci #r<a<åK. ‘h'“Tiv;w> rB'ªd>Mik;


h'yTiäm.f;w>). "Mourir de soif" (am'(C'B; h'yTiÞmih]w:) établit un lien entre
"femme" et "terre": la terre peut avoir soif au sens métaphorique (Ez 19,13; Ps 63,2), mais
seulement la "femme" peut mourir. Cela pourrait aussi insinuer, sur un plan imaginatif,
l'appétit sexuel insatisfait de la femme (cf. Sir 26,12)7.
 2,6: Ce verset reprend le thème de 1,2-8.
 2,7-9: Ces versets nous présentent les premières mesures prises par l'époux afin
d'empêcher la rencontre de l'épouse avec ses amants, de sorte que celle-ci, désespérée et seule,
se sente forcée de retourne avec son mari, qui cherche toujours la réconciliation. C'est la
stratégie amoureuse suivie par le mari. Il y a une répétition calculée qui montre ce
changement désiré et qui forme une inclusion entre le v. 7 et le v. 9:

‘yb;h]a;m. yrEÜx]a; hk'úl.ae hr"ªm.a' = "elle disait: «Je veux courir après
mes amants…" (v. 7).

6
Cf. Ezéchiel l'appelle "le châtiment des femmes adultères" (Ez 16,37s; cf. aussi 23,29).
7
Concernant l'homme, c'est l'image du puit ou de la source (cf. Pr 5,18; Ct 4,12).
10
yviäyai-la, ‘hb'Wv’a'w> hk'Ûl.ae hr"ªm.a'w> = "elle dira: «Je vais
retourner chez mon premier mari…" (v. 9).
Ces paroles de l'épouse mettent en évidence son amour intéressée: de ses amants8, elle
cherche leurs dons plus que leur amour. Ces dons élémentaires —nourriture et vêtement—
c'est le mari qui doit les fournir, selon la législation de Ex 21,10.

Le six possessifs avec suffixe de première personne du singulier (yrIåm.c;

ym;êymeW ‘ymix.l; yy")WQviw> ynIßm.v; yTiêv.piW = "mon pain et mon


eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson"), manifestent le profond égoïsme de
l'épouse. La religion de Baals n'est que simple et pur intérêt: "do ut des".
Or, la stratégie di mari (vv. 8-9) consiste à profiter de cette attitude égoïste de sa
femme, de sorte que, la conduisant à l'échec9, elle sente la nostalgie de sa situation précédente,

qui était meilleure (hT'['(me za'Þ yli² bAjï yKiä = "car j'étais plus heureuse alors que
maintenant"), et revienne à son mari. Le verbe principal est "retourner" ( bWv). Mais s'agit-il
d'un retour authentique? Il semble plutôt un retour intéressé (cf. Lc 15,17-18). Suffira-t-il ce
retour à un mari amoureux? Se révélera-t-il cette stratégie efficace? En outre, est-ce que la
femme renvoyée peut retourner sans plus à son mari?10
La suite (vv. 10-11), où nous rencontrons la même situation et la répétition du même

schéma syntaxique, avec !ke²l', montre que cette stratégie se révèle inopérante et le retour
ainsi conçu ne peut pas marcher.

 2,10-11: Le v. 10 est une contrepartie du v. 7 avec la répétition du verbe !tn =


donner11, la mention des dons dans de termes synonymes12 et l'opposition entre hr"ªm.a' =
"elle disait" et (h['êd.y") al{å ‘ayhiw>: "mais elle ne savait pas". Cette symétrie
souligne la prolongation du v. 10b, qui ajoute "l'argent et l'or"13 aux dons alimentaires. Or, le

8
N'oublions pas que les "amants" symbolisent les "idoles" / "puissances étrangères" (cf. Jr 44,17).
9
La triple négation marque l'échec (vv. 8.9a.9b).
10
Un cas semblable est considéré en Dt 24,1-4. Jérémie applique cette situation aux relations matrimoniales entre
YHWH et son peuple (Jr 3,1)
11
…ynEÜt.nO ‘yb;h]a;m. = " mes amants qui me donnent …" (v. 7c); … Hl'ê yTit;än"
‘ykinOa'( = "c'est moi qui lui donnais …" (v. 10).
12
yy")WQviw> ynIßm.v; yTiêv.piW yrIåm.c; ym;êymeW ‘ymix.l;: "mon pain et mon
eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson" / bh'Þz"w> … @s,k,’w> rh'_c.YIh;w>
vAråyTih;w> !g"ßD"h;: "le blé, le vin nouveau et l'huile fraîche … l'argent, et l'or".
13
Aux bijoux on fait référence au v. 15.
11
v. 10b est suspect, car le passage de la première à la troisième personne ( l[;B'(l; Wfï[')
n'est pas justifié: le contexte parle de vénérer les idoles et non pas de les fabriquer14.

Par les quatre possessifs du v. 11 ( yTiêv.piW yrIåm.c; yviÞArytiw>


‘ynIg"d>: "mon blé et mon vin nouveau, ma laine et mon lin"), le mari rétablit la véritable
propriété des dons, déformée par l'égoïsme de l'épouse: nourriture et vêtement sont propriété

de YHWH qui les donne généreusement. En faisant mention de "en son temps" ( ATê[iB.)

et "en sa saison" (Ad+[]Am)B.) on revient au contexte des cycles agraires qui ne sont pas
contrôlés par les Baals, mais par YHWH.
 2,12-15: C'est une variante de tout ce qui a précédé avec quelques éléments
nouveaux et un final expressif. Voyons les correspondances:
v. 12: parties honteuses (génitales) nudité (v. 5a)
v. 13: fêtes
v. 14: plantes se situent entre "terre" (v. 7bc) et fruits (v. 11a)
v. 15a: baals amants (vv. 7.9)
v. 15b: courir après courir après (v. 7b)
Le v. 15a identifie les personnages et les actions des versets précédents. Le procès
entamé au v. 4 conclut avec un verdict de condamnation. Puisque la femme n'a pas changé, il
n'y rien à attendre après ce procès. Mais c'est vraiment ainsi?
 v. 12: Les amants contempleront sans peine l'humiliation de l'adultère 15 et ils
n'essaieront ni pourront rien faire pour empêcher le châtiment que va lui infliger son mari.

 v. 13: Les solennités religieuses (d[eAm) sont des jours de rencontre avec YHWH
et avec les concitoyens. Le peuple voulait les garder en même temps que les cultes de la
fertilité, mais ils sont incompatibles16.

 v. 14: La dévastation de la vigne et du figuier est une variante de la sécheresse et de


l'aridité du v. 517. Le "figuier" et la "vigne" ont un sens cultuel. Mais ils sont aussi l'image du
bonheur réalisé lors de la fête des Tabernacles. Plus tard, ils seront l'image du bonheur et de la

réussite (2 R 18,31; Jl 2,22; Za 3,10). Il y a un jeu de mots entre "figuier" ( hn"aeT.) et

14
Le verbe hf[ + l plus le complément signifie "convertir en", "transformer", "falsifier", "fabriquer".
15
Sur la "nudité publique", cf. Is 47,3; Na 3,5; sur "l'infamie", cf. Dt 22,21; Jg 20,10.
16
Il y a un jeu de mots entre yTiB;v.hi (faire cesser) et HT'_B;v; (shabat).
17
Cf. Is 7,23-25; Mi 3,12. Sur la "vigne" ou plutôt la "treille" et sur le "figuier", cf. 2 R 4,39; Mi 4,4.
12
"salaire de la prostitué" (hn"t.a,)18: la prostitué demandait ylI !t,Ti hm; = "que me

donneras-tu?" et le client répondait … %l' !t,a, rv,äa] é!Abr"[eh'* hm'ä = "Quel

gage te donnerai-je?" (Gn 38,16.18). Les "bêtes sauvages" (hd<)F'h; tY:ïx;) son un
élément nouveau qui suggère l'intervention des puissances étrangères ennemies (cf. Ps 80,9-
14).
 v. 15: Par la voie du syncrétisme, de l'amour partagé, elle arrive à l'abandon du
mari. L'infidélité à son mari est une démonstration de son oubli 19 et celui-ci n'est pas la preuve
que l'amour est fini? Si elle l'a oublié et il a rompu avec elle, on dirait qu'une histoire d'amour
est conclue. Mais, malgré tout, il n'arrive pas à oublier (cf. Is 49,15). Si elle ne change pas,
c'est bien lui qui devra alors changer, c'est-à-dire, il devra persévérer dans son amour constant
et invincible; il devra passer d'un amour trompé et déçu à un amour compréhensible et
généreux; il devra changer de stratégie, c'est-à-dire, retourner aux commencements, à l'amour
des origines. Il faudra, à la place de se venger, reconquérir le premier amour et il devra le faire
tout seul, sans intermédiaires. Les menaces seront remplacées par les paroles amoureuses et
au procès succédera lui faire la cour avec passionnément.

b) Deuxième tableau du diptyque (2,16-25)

1. Genre littéraire

Nous avons un changement. Nous passons du genre littéraire byrI au genre littéraire
"oracle de salut". Le lien avec ce qui précède se réalise, du point de vu littéraire, à travers la

particule !kel'.

2. Division du texte

Tenant compte des signes temporels "en ce jour-là" (‘aWhh;-~AYb;), nous


devons diviser ce deuxième tableau en quatre sections inégales:
vv. 16-17: Lui et elle, appel et réponse
vv. 18-19: Elle et lui, l'appelant époux
vv. 20-22: Alliance avec les animaux; mariage avec elle
vv. 23-25: cycle de fertilité; noms des enfants
18
hn"t.a, apparaît une seule fois dans l'AT avec ce sens en Os 2,14, à la place de !n"t.a,: Dt 23,19; Ez
16,31.34; Os 9,1; Mi 1,7.
19
Xkv ("oublier") a ici un sens cultuel, tout comme rkz ("faire mémoire", "commémorer", "actualiser un
événement du passé") qui est une fonction essentiel du culte israélite. C'est pourquoi, "oublier" dans ce contexte
équivaut à abandonner le culte de YHWH pour les faux cultes aux baals (cf. E. JACOB, op. cit., p. 30).
13
Les deux premières sections sont commandées par le dialogue implicite des époux.
Les deux autres sections sont commandées par l'initiative de l'époux. Dans ce contexte
matrimonial, certaines expressions sont teintées de résonances sexuelles.

3. Commentaire

 2,16-17: L'axe est formé par deux verbes: rbd / hn[: il parle et elle répond. Tout
commence avec une séduction à l'envers. Si dans d'autres textes, "séduire" signifie simuler
amour pour abuser d'une personne, particulièrement d'une femme (cf. Ex 22,15; Jr 20,7), ici,
par contre, l'amant détourne l'attention de la femme et la trompe pour renouer les relations.
 v. 16: Le verset commence de manière emphatique avec un dédoublement de la

forma normale ynIn>hi20 par ‘ykinOa'( hNEÜhi pour bien marquer l'initiative de ce
qui va suivre:
 Conduction au désert pour y être seuls, sans distractions possibles, où la pure
présence mutuelle leur fera tout oublier, où tous les deux, tous seuls, rempliront
l'espace (Ct 7,12). Le "désert" est l'espace des anciennes fiançailles (Jr 2,2). C'est
pourquoi, le retour aux endroits, aux lieux des premiers amours, est réveiller des
souvenirs, raviver des nostalgies21. Comme signale E. Jacob, "le désert est selon
Osée et selon l'ensemble de la tradition lévitique le lieu de création du peuple
d'Israël; la voie de la re-création passe donc nécessairement par le désert"22

 Parler au cœur23 (HB'(li-l[; yTiÞr>B;dIw>) = "faire la cour", comme Hamor


à Dina (Gn 34,3), le lévite à sa femme (Jg 19,3), Booz à Ruth (Rt 2,13) et YHWH à
Jérusalem (Is 40,2)24. Au Sinaï, Dieu parle au peuple sur un ton catégorique et le
peuple a peur, ici, par contre, Dieu parle sur le ton convaincant d'un tendre
amoureux.
 v. 17: Le langage amoureux est confirmé par un don:

 Les "vignobles" (~ymir"K.), déjà octroyés dans le désert (Dt 6,11; Jos 24,13),
sont une sorte de dot.

 La Vallée de Akor (rAkß[' qm,[eî), signifie la "vallée du châtiment" ou la "vallée


du malheur" (cf. Jos 7,25) qui rappelle le sacrilège d'Akân (Jos 7,24). C'est d'un
sacrilège semblable que l'épouse est devenue responsable, utilisant les dons de
20
Nous trouvons cette forme 178 fois dans l'AT.
21
cf. Ez 20,35, sous un autre aspect: "je vous mènerai au désert des peuples et je vous y jugerai face à face".
22
E. JACOB, op. cit., p. 30.
23
Littéralement: "parler sur le cœur"
24
Pour une amplification biblique de ce langage il faut aller au Cantique des Cantiques.
14
YHWH pour rendre culte aux idoles (v. 15). Et bien, le "malheur" finit et la vallée
devient un "passage", une "porte" ouverte à l'espérance25.
 Aux quatre verbes utilisés par lui (séduire, conduire, parler, donner), elle réplique

avec un seul verbe: elle "répond" (ht'n>["Üw>) comme autre fois, ils renouent
leur relation et revit la jeunesse.
 2,18-19: Comme bien indique E. Jacob, le contenu de cet oracle est tout à fait
antibaal, jusqu'au point de disparaître du vocabulaire le nom de Baal, tellement il sera
odieux26.

 v. 18: yaiÞr>q.Ti = "tu m'appelleras" peut être considéré comme un changement


de la troisième à la deuxième personne du singulier. Selon Alonso Schökel, il pourrait s'agir

d'une forme archaïque de la troisième personne et le "y" ( y ) i serait un complément objet =


"me"27. En LXX nous trouvons aussi la 3ème sig. fem.: kale,sei (elle appellera). Cette lecture est
suivie par les versions Syriaque et Vulgate. Il est pratiquement impossible décider si la forme
originale est la 2ème. ou la 3ème. sig. fem. Le suffixe du TM peut bien refléter un suffixe complément
objet original qui, en poésie, peut prendre la forme du suffixe possessif: "elle m'appellera". De toutes
façons, on comprend le complément "me" qu'il soit explicit ou non et dans ce cas on pourrait accepter
la 2ème. sig. fem., suivie par la BJ et la TOB.

Il y a une opposition entre yvi_yai et yli([.B;. Tandis que yvi_yai signifie

seulement "mon mari" ("mon homme"), yli([.B; est un terme ambiguë, puis qu'il peut
signifier "mon mari", "mon maître", "mon seigneur", "mon baal", c'est-à-dire, "mon idole".
On peut donc confondre le Seigneur (YHWH) avec les faux dieux ou en faire de lui un dieu

de plus d'une série de dieux. Avec l'appellation yvi_yai il n'y aura plus de confusion, parce
que le mari légitime n'est pas interchangeable. Par ce nom, l'épouse reconnaît les droits de son
unique mari, répond à son amour et annule la rupture formule au début (v. 4).
 v. 19: Alors, Dieu ôtera non seulement de sa bouche, mais aussi de sa mémoire le
nom des idoles.
 2,20-22:

. Il y a ainsi une série d'allusions: Akor (rAkß[') sonne comme "stérile" (rq'['); vallée (qm,[e) / porte
25

(xt:P,; l'utilisation de la racine


xtp est significative dans le Cantique des Cantiques [Ct 5,2.5-6; 7,14]) et une
série d'oppositions: malheur (rAkß[') / espérance (hw"q.Ti); désert (rB"d>Mi) / "vigne" (~r<K,: c'est
un terme fréquent dans le Cantique des Cantiques, 9 fois [Ct 1,6(2x); 1,14; 2,15(2x); 7,13; 8,11(2x).12] de 100
fois environ dans tout l'AT).
26
Cf. E. JACOB, op. cit., p.31.
27
Cf. L. ALONSO SCHÖKEL – J.L. SICRE DIAZ, Profetas. Introducciones y comentario, vol. II. E.
Cristiandad. Madrid 1980, p. 878.
15
Alliance et mariage ou fiançailles: l'alliance est établie avec les animaux et les
fiançailles avec la femme.
 v. 20: Avant les noces, l'époux établit la paix en leur faveur, c'est-à-dire, les
israélites, représentés par l'épouse. La paix est rétablie sur deux fronts: celui des animaux
sauvages ou potentiellement nuisibles et celui des batailles humaines. Tandis que les animaux
peuvent être domestiqués ou domptés, les armes de guerre doivent être détruites. Seulement
comme ça les habitants pourront se coucher en paix: "je mettrai la paix dans le pays; vous
vous coucherez sans que rien vienne vous troubler; je ferai disparaître du pays les animaux
malfaisants; l'épée ne passera plus dans votre pays" (Lv 26,6)28. Le changement de la formule

xj;b,l' bv;y" (habiter en paix / tranquille / en sécurité) pour xj;b,l' bk;v' (se coucher en
paix / tranquille / en sécurité) semble introduire, dans ce contexte, une connotation du type
sexuelle.
 vv. 21-22: La formule des fiançailles est solennelle avec la triple répétition du verbe

fra et l'énumération des dons ou du prix et annule ainsi la sentence du début (v. 4). Le
Seigneur paie un nouveau prix29, non pas avec des bien matériels, mais avec des attitudes et

des relations personnelles. Les deux premières (jP'êv.mib.W qd<c<åB. = "droit" et


"justice") expriment l'aspect légal, le droit ou légitimité. Les deux suivantes

(~ymi(x]r:b.W* ds,x,Þb. = "amour" et "tendresse") expriment l'aspect profondément


affectif. La cinquième (hn"+Wma/B, = "fidélité") exprime l'aspect de stabilité. C'est ainsi

que le mariage sera "pour toujours" (~l'_A[l.).


On peut se demander si ce sont des attitudes apportées seulement par l'époux ou si
faut-il que l'épouse y participe. Évidement le nouveau mariage ne pourra être durable que si
l'épouse se remplit du sens de la justice, de l'amour et de la fidélité. Mais l'épouse ne pourra
pas puiser ces attitudes d'elle-même, elle devra les recevoir de l'époux, comme elle en a déjà
donné de preuves auparavant. Alors, si transformée ainsi par l'amour de l'époux, elle réussit à
"répondre" (v. 17) avec les mêmes attitudes du mari le mariage sera vraiment "pour toujours".

28
Concernant les animaux, cf. Is 11,6-8; Ct 2,15; concernant la guerre, cf. Is 2,4; 9,4; Mi 5,9-11; Ps 76,4.
29
Selon 2 S 3,14, la préposition B. introduit le prix payé pour l'épouse.
16
Au triple "je te fiancerait" (%yTiîf.r:aew>)30 de l'époux (vv. 21a.21b.22) répond

un verbe unique et dense, prononcé par l'épouse: hw")hy>-ta, T.[;d:ßy" = "tu


connaîtras / reconnaîtras le Seigneur" (4,1.6; 5,4; 6,6; 8,2; 13,4). Dans ce contexte

matrimonial le verbe [dy a un fort et bien connu sens sexuel (cf. Gn 19,8; Nb 31,17; Jg
11,39, etc.)31.
 2,23-25: Le cycle de la fécondité est rétabli, celui-là justement que l'épouse avait
cherché inutilement chez les idoles. Cette fécondité embrassera les fruits agricoles et les

enfants; le lien entre les deux sera Yizréel, (la[,(r>z>yI = "Dieu sème")32. La réponse de
Dieu est énoncée explicitement dans le texte dans un ordre inverse à celui d'une demande,
implicite dans le texte. L'ordre de cette demande commence, donc, par le nom de Yizréel qui
fonctionne comme sentence grammaticale: demande adressée aux fruits, ceux-ci passe la
demande à la terre, celle-ci demande au ciel d'être fécondée et celui-ci demande à Dieu
d'envoyer la pluie. Dieu répond à cette demande du ciel, celui-ci, en envoyant la pluie, répond
à la terre qui, à son tour, répond aux fruits en les produisant et ceux-ci répondent à la
demande initiale.

Alors, Dieu, en reprenant le nom de Yizréel (la[,(r>z>yI) répond avec un énoncé en

forme de promesse: "je l'ensemencerai" (h'yTiÛ[.r:z>W), dont le complément sont les


enfants, les israélites. Le premier but de cette action divine sera récupérer les trois enfants

abandonnés: la[,(r>z>yI (Yizréel), hm'x'_rU al{å (Non-aimée) et ‘yMi[;-al{)


(Non-mon-peuple).

 v. 23: Dans ce verset nous voyons le côté féminin de l'élément ( #r<a,) "terre" /
"pays" qui apparaît trois fois (vv. 23.24.25), de même que "fiancer" (vv. 21a.b. 2). Deux mots

dont la prononciation est assez semblable: #r<a, / fra. Cette terre est réaffirmée dans son
symbolisme féminin et maternel, étendue et fécondée par le sperme céleste, puisque la "terre"
dépend de l'eau tombée du ciel (Dt 11,10-12).

30
Le terme fra s'utilise pour parler des noces d'une jeune "vierge" et non d'une femme qui a déjà été mariée (cf.
TOB, pp. 1100-1101, note "v"). La triple répétition est une manière d'exprimer en hébreu le superlatif, l'aspect
absolu de ces noces.
31
Quelques manuscrits et la Vulgate ont restreint le sens en ajoutant "que je suis le Seigneur".
32
Sous la signification de ce nom est sous-jacent le rite sacré du mariage, de l'ensemencement de la femme par
l'homme, mais la semence signifie aussi le commencement, le nouveau départ, la possibilité pour le peuple d'une
reprise de son histoire
17
 v. 24: Les trois produits de la terre (blé, vin, huile) sont les mêmes du v. 10a. Á

l'unique "répondre" (hn[) du grand changement (v. 17b) correspondent les cinq "répondre"
des vv. 23a.b.c.24a.b.
 v. 25: Le nom Yizréel ("Dieu sème" ou "ensemence") résonne au début du verset:

"Je l'ensemencerai pour moi dans le pays" (#r<a'êB' ‘yLi h'yTiÛ[.r:z>W). Comme
explique E. Jacob, "le rite du mariage sacré, de l'ensemencement de la femme par l'homme est
clairement sous-jacent, mais la semence est aussi le commencement, le nouveau départ en
général. Ce sera pour le peuple la possibilité d'une reprise de son histoire, avec une prose de
conscience renouvelée de sa réalité de peuple de l'alliance" 33. En effet, nous avons une

formule d'alliance: "et je dirai à Lo-Ammi: «Tu es mon peuple»" (hT'a;ê-yMi[; ‘yMi[;-
al{)l. yTiÛr>m;a'w>)34 qui annule celle de 1,9: ~k,l' hy<h.a,-al{ ykinOa'w>
yMi[; al{ ~T,a; yKi ("car vous n'êtes pas mon peuple et moi je n'existe pas pour vous").

IV. CONCLUSION

L'expérience amoureuse de la vie matrimoniale d'Osée a été décisive pour comprendre


et exprimer les relations de YHWH avec son peuple, des relations d'alliance qui dépassent le

cadre simplement juridique qui pourrait être impliqué dans le terme ds,x,. Mais cette forme
originale d'interpréter l'amour divin avait provoqué, sans doute, un grand scandale parmi les
contemporains du prophète35.

YHWH aime (bha) Israël d'un amour semblable à celui d'Osée pour Gomer, sa
femme (1,3). Cette femme infidèle (1,2; 3,1) qui court derrière ses amants (2,7.9.15), est
l'image d'Israël, épouse de YHWH, qui se prostitue avec les idoles (2,10.15; cf. 3,1; 4,18;
9,10) et les nations étrangères, en se prosternant devant leurs dieux (7,11s; 8,9-11).
Ce comportement adultère est une déchéance pour Israël, se dégradant jusqu'à la
catégorie de vulgaire prostitué bon marché et provocant la colère de YHWH, son époux,
33
E. JACOB, op. cit., p. 33.
34
Cette fórmule hT'a;-yMi[; yMi[;-al{l. yTir>m;a'w> ressemble à (~k,yhel{a/) ~k,l'
hy<h.a,-al{ ykinOa'w> yMi[; al{ ~T,a; yKi de 1,9 mais en forma negative. Ces expressions
rappellent les formules d'alliance de Ex 6,7 (yli ~k,t.a, yTix.q;l'w> ~yhil{ale ~k,l' ytiyyIh'w>
~['l.), ainsi que celle de Jr 31,33 (~yhil{ale ~h,l' ytiyyIh'w> ~['l. yli-Wyh.yI hM'hew>) et
celle de Ez 37,23 (~yhil{ale ~h,l' hy<h.a, ynIa]w: ~['l. yli-Wyh'w>).
35
Cf., DTAT, cols. 121-122.
18
jusqu'au point de lui faire dire: ~t'b'h]a; @seAa al{ ("je ne les aimerai plus": 9,15) et le
pousse à rompre les relations matrimoniales, en la répudiant: Hv'yai al{ ykinOa'w>
yTiv.ai al{ ayhi-yKi ("car elle n'est pas ma femme, et moi je ne suis pas son mari ":
2,4). Cette relation qui correspond à la forme normale de concevoir le mariage dans l'AT 36, ne
sera pas, cependant, la réponse définitive de Dieu, puisque un tel comportement supposerait
"le renoncement de Dieu à être Dieu"37 et YHWH est Dieu et non pas homme (11,9). C'est
pourquoi, l'amour finira pour triompher définitivement et généreusement (2,17-25; cf. 14,5).
Cet amour généreux est d'une qualité exclusive à Dieu, c'est l'amour compatissant,

c'est-à-dire, la piété, la miséricorde: hm'x'_rU al{å-ta, yTiÞm.x;rI)w> = "et


j'aimerai Lo-Rouhama" (2,25)38. Cette qualité d'amour jaillit du plus profond des entrailles
divines.

Sauf en 14,4, où le terme fait partie d'une confession de foi, la racine ~xr n'apparaît
que dans les deux premiers chapitres. Osée présente ce comportement divin de forme
antithétique: au premier élan de colère, manifesté par un refus sans pitié à aimer (2,6; cf.
1,6.8), YHWH finit par répondre avec un élan empreint d'amour miséricordieux (2,3.21.25).

Cet amour, uni au ds,x,, est à la base de toute l'histoire de l'alliance entre YHWH et son
peuple: ~ymix]r;b.W ds,x,b. (2,21) et lui seul est capable de trouver une solution

originale, celle de reprendre les relations totalement à neuf: yTir>B;dIw> rB'd>Mih;


h'yTik.l;how> h'yT,p;m. ykinOa' hNEhi !kel' HB'li-l[; = "C'est pourquoi je
vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur" (2,16). Mais cette solution
suppose le pardon absolu, la recréation radicale de l'épouse infidèle, de sorte qu'il puise se

remarier avec elle (fra: 2,21a.21b.22). Cette action de Dieu par laquelle il transmettra à
l'épouse (Israël) "la justice et le droit, l'amour et la tendresse (miséricorde)" (2,21), comme

cadeau de noces, comme dot, la rendra capable de "répondre": yviyai = "mon mari" (2,18).
Osée a compris, cependant, que l'amour humain comme réponse à l'amour divin est
vécu dans le contexte de l'alliance et des relations qui en découlent. D'où le fait qu'il utilise,

36
Cf. DTAT, col. 122.
37
G. QUELLE, TDNT, vol. I, p. 32.
38
Dieu aime avec un amour compatissant et miséricordieux. C'est pourquoi, d'autres traduisent: "j'aurais pitié de
Lo-Ruhamah" (BJ). Osée utilise uniquement la racine ~xr pour parler de l'amour de YHWH pour son peuple et
jamais pour exprimer l'amour de celui-ci pour YHWH ou pour d'autres membres du peuple.
19
pour exprimer cet amour la racine dsx. Dans ce contexte d'alliance, donc, le ds,x, divin
(2,21) exige comme réponse adéquate le ds,x, humain (cf. 12,7), de sorte que cet "amour
loyal" (ds,x,) devient l'essence même de la religion d'Israël, ce qui donne sa véritable valeur
à toutes ses manifestations (6,6).
Or, Dieu / Époux est le seul qui peut provoquer et rendre possible cette réponse
humaine qu'il exige. Mais cette réponse, la femme / épouse n'est pas capable, par ses propres
forces, de la donner d'elle-même: cet amour humain, comme réponse, continue d'être un don
de Dieu qu'il faut mettre en pratique au jour le jour, parce que l'alliance que Dieu renouvelle

est une alliance éternelle: ~l'A[l. (2,21).

20